Colloque JNE condition animale

Colloque JNE sur la condition animale : comment intéresser le public au sort de la faune sauvage ?

Voici le compte-rendu de la première table ronde du colloque JNE sur la condition animale, qui avait lieu le 7 septembre 2018 et était animée par Jean-Luc Fessard (JNE).

par Maryvonne Ollivry

Allain Bougrain Dubourg, journaliste, producteur, président de la LPO, membre des JNE

Allain Bougrain-Dubourg © Annelli Airaskinen

Pour répondre à cette question complexe « Comment sensibiliser le grand public à la préservation, au respect de l’animal sauvage ? », m’est venue en mémoire une situation vécue : j’étais à Taïwan en reportage et trois trafiquants m’ont fait cette proposition : « On va tuer un tigre, il nous manque un partenaire, si vous voulez être le quatrième, on vous autorise à filmer la mise à mort, le dépeçage, etc. » J’ai refusé bien sûr. Plus de vingt ans après, je me demande si j’ai bien fait. Si j’avais rapporté des images bouleversantes, est-ce que je n’aurais pas accéléré la prise de conscience nécessaire à l’égard du vivant ? On voit bien que pour les animaux domestiques, notamment d’élevage, ce sont les images de L214, à qui je rends hommage, qui ont permis de secouer les consciences.

Pour la faune sauvage, c’est compliqué. Déjà, il convient de rappeler sa dimension par rapport aux animaux domestiques. D’après le professeur Blondel du CNRS, les mammifères seraient 1261 millions de tonnes sur la planète. 67 % pour le bétail, 30 % pour l’homme, soit 97 %. Ne reste que 3 %… pour la baleine, l’écureuil, la musaraigne, le rhinocéros, etc. Ensuite, il y a cette habitude que nous avons de considérer l’animal sauvage à travers la notion d’espèce, de quota, de population, de globalité. Or ce sont des individus. Lors de l’Erika en 1999, je peux vous assurer que les centaines de milliers d’oiseaux touchés, c’était à chaque fois un individu agonisant…

Revenons au tigre. Un tigre a besoin de 50 km2 pour vivre, pour marquer son terroir. Un tigre a besoin d’être seul. Quand on le renferme dans une voiture-cage de 9m2 de sciure, c’est tout simplement indécent, inacceptable, surtout quand il est en promiscuité avec des lions et autres tigres.

Julie Lasne, éthologue de terrain, spécialisée dans les animaux sauvages et consultante en communication

Julie Lasne © Antoine Bonfils

Forte de mon expérience sur le terrain, dans les jungles, les savanes, je l’affirme : les numéros animaux dans les cirques sont des actes de cruauté, tant au sens scientifique que politique, c’est-à-dire qu’ils sont contre-nature, ils vont à l’encontre de la biologie de l’animal, de ses besoins fondamentaux, comportementaux. Il faudrait arrêter de faire croire à la relation d’amour avec ces animaux, qu’on peut obtenir ces numéros via des friandises,

J’ai apporté les photos de travail d’un des plus grands dresseurs de cirque, testament posthume qu’il a confié à Pita : on voit que les éléphanteaux sont ligotés au sol pendant trois semaines d’affilée vingt-trois heures par jour. Pour obtenir qu’un éléphant se lève sur ses pattes arrière, on leur plante une lame dans les pattes avant, de façon à ce que, s’il perd l’équilibre, la lame les blesse… Les muscles de l’éléphant ne sont pas proportionnels à sa taille, ses pattes arrière ne peuvent supporter que 40 % de son poids. Si on l’oblige à se dresser debout, il doit supporter les poids de son corps plus celui de sa tête, ce qui aboutit à des déformations des pattes et des problèmes articulaires. D’où le taux de 50 % d’euthanasie chez ces animaux-là. Un éléphant dans la nature vit 60 ans, dans les cirques et en captivité, en moyenne 30 ans. Un tigre, un fauve vit dans la nature 16 ans, en captivité il est censé pouvoir vivre 25-30 ans ; dans les cirques, vous n’en verrez jamais au-delà de 10 ans. A partir de 8 ans, il va commencer à devenir trop dangereux pour son dompteur. La question : où passe-t-il ensuite ? Il passe dans les réseaux…. D’où notre action, et notre rapport élaboré avec Code Animal, pour obliger les gouvernements à être plus vertueux.


Manuel Mersch, vétérinaire, président de Véthique, Association Vétérinaire Pour le Respect et la Dignité de l’Animal

Manuel Mersch © Antoine Bonfils

Véthique est une association vétérinaire créée il y a un an et demi qui a pour but de promulguer l’idée que les vétérinaires, s’ils sont bien sûr là pour soigner, ont aussi le devoir de protéger. J’ai été amené très tôt à me passionner pour le monde animal. A la maison, le sujet de discussion avec mes parents était bien souvent les relations avec les animaux et l’environnement (NDLR : Manuel Mersch est le fils de notre présidente d’honneur Nicole Lauroy). Ensuite, j’ai suivi des études de vétérinaire qui m’ont permis de transformer ma passion en vocation, et j’ai choisi comme thèse de doctorat la réintroduction du lynx dans les Vosges qui était réalisée à la fin des années 80. Ensuite, je suis parti en Afrique. J’ai assisté en 1992 à la capture des perroquets gris du Gabon qui alimentait un trafic international et, en même temps, j’ai assisté à une déforestation tout aussi illégale au Cameroun. Je suis revenu et depuis, j’exerce en libéral et je suis également, depuis de nombreuses années, vétérinaire sapeur-pompier. Tout ceci pour vous dire que mon parcours m’a permis d’identifier certaines affinités des vétérinaires pour la préservation de la faune sauvage.
Conformément à son code de déontologie, le vétérinaire a obligation de soins d’urgence à un animal. Nous sommes donc amenés à exercer médecine et chirurgie sur un animal sauvage selon notre degré de compétence. Le vétérinaire est aussi sentinelle de l’état de santé de la faune sauvage en exerçant, non pas une surveillance sanitaire qui reposerait uniquement sur les maladies, mais bien une bio-surveillance de la faune, en s’intéressant aux facteurs de risques. Les populations d’animaux sauvages peuvent être soit vecteurs, soit réservoirs d’agents pathogènes partagés avec l’homme ou les animaux domestiques. Elles peuvent être révélatrices de problèmes de santé qui résultent des pollutions ou des changements environnementaux, naturels ou humains. Enfin, le vétérinaire a un rôle d’information et de communication auprès des publics, ce rôle-là est tout aussi important pour expliquer la biologie des espèces animales, leurs impératifs et leur habitat naturel.

Si nos connaissances scientifiques ont progressé, force est de reconnaître un changement sociétal inexorable aux dépens de la faune et de la flore. Que faire alors ? Revenir vers le jeune public avec une pédagogie tournée vers le vivant. Au nom d’un prétendu principe de précaution – risques d’allergie, de zoonose, il n’y a quasiment plus de possibilité d’avoir un animal de compagnie en classe. Or leur présence est source de calme et de concentration, tout le monde est d’accord. Revenons aux classes vertes, aux sorties scolaires en forêt. En se plongeant dans le livre de la nature, des vocations précoces pourront alors naître en faveur de nos amis les animaux. Pour conclure, je tiens à revenir sur le code de déontologie des vétérinaires qui mentionne les devoirs des vétérinaires envers les animaux. Car avoir des devoirs envers les animaux, n’est-ce pas déjà reconnaître leurs droits ?

Marc Giraud, journaliste, écrivain, chroniqueur, membre des JNE, porte-parole de l’ASPAS (Association pour la protection des animaux sauvages)

Sur le dilemme d’Allain avec le tigre, je me demande si – et à l’époque j’aurais fait comme lui- le mieux n’aurait pas été de montrer l’image en effet. Car l’important ce n’est pas notre sensibilité, c’est l’efficacité. L214 l’a montré, et il faut avoir du courage pour affronter quelque chose qu’on déteste. Ce sont des citoyens qui ont pris les choses en main, qui ont fait les images eux-mêmes pour dénoncer des choses. Jusqu’alors dans les médias, on disait « c’est trop négatif, ça va faire fuir tout le monde », en fait ça a touché tout le monde.

Pour ce qui est des animaux sauvages, nous sommes peu à en parler dans les médias. La plupart sont des vétos, d’ailleurs, on me demande toujours si je suis véto, ça m’agace : les animaux ne sont pas toujours malades ! On peut aussi en parler autrement que pour le vaccin du chat, on peut montrer l’écureuil et la mésange qui sont passionnants.

Comment faire ? Il faut se mettre à la place des autres, et là on a du mal. On a souvent une culture scientifique, et le scientifique c’est à peu près le contraire de la communication. C’est exhaustif, ça veut tout dire. Une des clés, c’est parler le langage de tout le monde, raconter aux gens ce qu’ils peuvent voir eux-mêmes. Qu’ils se réapproprient leur patrimoine naturel, qu’ils s’intéressent à nouveau aux mésanges, aux papillons, parce qu’aujourd’hui, un enfant sait reconnaître les logos de marques industriels mais pas un paon-du-jour d’une tortue, et c’est dommage.

Yves Paccalet, journaliste, écrivain, réalisateur, membre des JNE

Yves Paccalet © Antoine Bonfils

Dans le hameau de montagne où je suis né en 1945, il y avait les animaux dits utiles, dont on pouvait utiliser le lait, la viande ou la force de travail. Il y avait les animaux nuisibles – le renard qui mangeait les poules, par exemple. Et puis il y avait les animaux qui ne servaient à rien, qui étaient loin, qu’on voyait de temps à autre, dont on ne savait ni le nom ni les mœurs. Cette simplicité-là allait avec une civilisation agricole et pauvre, ce qui est encore le cas pour l’essentiel des humains aujourd’hui.

Adulte, je suis parti pendant une vingtaine d’années avec Cousteau. On a vu beaucoup de spectacles extraordinaires, et on a vu déjà beaucoup de destructions. On est devenus de moins en moins explorateurs, mais de plus en plus défenseurs de l’environnement et des animaux. On parlait du tigre maintenu en cage, on a eu très vite le même raisonnement avec le dauphin, ces animaux qui parcourent plus de deux cent kilomètres par jour, et qu’on maintient dans des bassins. Toutes les découvertes récentes montrent notre parenté étroite avec non seulement les grands singes mais aussi les dauphins qui sont intelligents, ont une conscience.

Un point, qu’on oublie quand on fait de l’écologie, me paraît essentiel : les animaux et les plantes sont dans notre culture. Nous sommes, depuis le début de notre civilisation, en relation avec des animaux. Nous ne pouvons pas envisager la culture occidentale s’il n’y a pas tous les animaux des Fables de La Fontaine, on ne peut pas comprendre la culture des Inuits s’il n’y a pas le mythe de Sedna et les animaux qui vont avec, Je crois que la destruction que nous sommes en train de faire, nous les hommes, de la faune et de la flore sauvage, c’est non seulement une destruction de l’écosystème, une destruction du vivant, mais c’est aussi une destruction de nos cultures humaines. C’est une façon de priver, nous, égoïstes adultes, nos enfants d’une grande partie de leurs rêves. Les animaux ne sont pas seulement des espèces utiles, dont on a besoin pour toutes sortes de raisons. Ce sont des espèces dont les enfants ont besoin pour rêver.

.

.


Le 4 octobre, Journée mondiale des animaux

La Journée mondiale des animaux est célébrée ce jeudi 4 octobre, jour de la Saint François-d’Assise, donnant lieu à de nombreuses initiatives à travers la planète. Les JNE, qui viennent d’organiser en septembre à Paris un colloque sur la condition animale, ont tenu à s’en faire l’écho.
.

Ainsi que nous l’apprend Wikipédia, « l’initiative a été introduite lors du Congrès international pour la protection des animaux à Vienne en 1929, puis ce fut lors du congrès se déroulant à Florence en 1931 que la Journée mondiale des animaux fut instaurée. Les défenseurs des animaux du monde entier célèbrent la Journée mondiale des animaux le 4 octobre, jour de la Saint-François-d’Assise. Le fondateur de l’ordre des Franciscains et saint patron des animaux considérait en effet les animaux comme des créations vivantes de Dieu, les élevant au rang de frère de l’homme. Pour saint François d’Assise, même un ver de terre répondait à la volonté divine et était digne de protection. Ce n’est donc pas un hasard s’il est généralement considéré comme le premier défenseur des animaux. »

Cliquez ici pour vous connecter sur la page officielle de cette Journée.

A l’occasion de la journée mondiale des animaux le jeudi 4 octobre, France 2 mobilise sur cette cause son antenne, ses programmes et leurs déclinaisons numériques. A noter en particulier, un numéro du magazine Complément d’enquête à 22 h 55 sur le thème Vegans, écolos, chasseurs : touche pas à mes bêtes !

Ils prétendent tous défendre la cause animale, mais sont-ils tous sincères ? Les vegans attaquent les boucheries au nom de la libération des animaux… Les chasseurs eux se proclament “premiers écologistes de France » dans leur dernière campagne de pub. En Australie, des Indiana Jones éradiquent des milliers de chats au nom de la préservation des espèces ! Complément d’enquête  sur ces nouveaux « défenseurs » de la cause animale…

Dans la foulée de cette Journée, l’association The Animal Alliance Channel (TAAC) organise les 6 et 7 octobre 2018 à Paris à la Maison de la Radio un évènement inédit consacré à la communication inter-espèces et à la conscience au sein du Vivant : les Dialogues avec l’Animal. Christine Kristof des JNE figure parmi les intervenants.

On vous fait part de cette campagne…

Signalons aussi la parution d’un hors-série de Sciences et Avenir sur l’intelligence des animaux domestiques.

On en profite enfin pour vous signaler que de nouveaux compte-rendus et vidéos réalisés à l’occasion du colloque des JNE du 7 septembre 2018 sur la condition animale sont désormais en ligne sur ce site, regroupés sur ce lien.

.

.


 

Colloque des JNE : Comment améliorer le sort des animaux d’élevage ?

De gauche à droite : S. Dinard, L. Charbonneaux, H. Kempf, C. Pelluchon et B. Gothières © Antoine Bonfils

La deuxième table-ronde du colloque des JNE sur la condition animale a réuni un éleveur, une philosophe et deux responsables associatives.

par Diana Semaska

Animé par Hervé Kempf, rédacteur en chef de Reporterre et membre des JNE, ce débat a réuni :
● Léopoldine Charbonneaux, directrice du CIWF (Compassion in World Farming)
●Stéphane Dinard, éleveur, président de l’association Quand l’abattoir vient à la ferme
● Brigitte Gothière, co-fondatrice, porte-parole et directrice de l’association L214
● Corine Pelluchon, philosophe


Corine Pelluchon : Vers une nouvelle place des animaux dans notre société ? Quelles stratégies adopter pour résoudre les dilemmes liés à l’élevage ?

Corinne Pelluchon © Antoine Bonfils

La cause animale s’impose à notre société parce que les violences infligées tous les jours sur les milliards d’animaux élevés dans le monde sont le miroir d’un modèle de développement non seulement fondé sur une exploitation sans limites, méprisant les besoins de base des animaux, leur sensibilité et leur subjectivité, mais aussi aveugle aux limites environnementales et injuste vis-à-vis des personnes travaillant dans cette industrie. Ce modèle dégrade donc à la fois l’animal, l’environnement et l’humain. La cause animale se trouve donc au point de convergence de quatre volets de la transition écologique et solidaire : justice sociale, environnement, santé et bien-être animal. Elle est un problème civilisationnel, dont l’enjeu est notre âme.

Le défi consiste à réduire le décalage, d’une part entre ce que nous croyons, ce que nous savons et nos comportements. Et d’autre part, entre une société civile convaincue et « des politiques qui ne font rien ». Cette inertie française, on la devrait entre autres à « des oppositions stériles dont nous sommes les champions », par exemple entre welfaristes d’un côté (qui demandent l’amélioration des conditions de vie des animaux), et abolitionnistes de l’autre (qui prônent l’abolition totale de l’exploitation animale et nient le bien-fondé des mesures pouvant améliorer le bien-être animal). Or, les chantiers sont trop nombreux et urgents pour se permettre de tels atermoiements : delphinariums, corridas, foie gras, révision de la Politique agricole commune, des accords transatlantiques, etc. La cause animale gagnerait à ce que ses défenseurs mettent en avant ce qu’ils ont en commun, au lieu de se diviser. Il est par ailleurs possible de travailler à la fois sur le temps long, « où l’on accompagnerait le questionnement moral de l’exploitation des animaux » – et le temps court. Temps court qui doit être consacré à oeuvrer avec les éleveurs, comme avec tous ceux dont le travail implique des animaux, afin de leur proposer des pistes concrètes pour améliorer les conditions de vie de ces derniers.

Ayant elle-même participé à des réunions de travail avec des industriels de la mode, des éleveurs, des abatteurs et des industriels de l’agroalimentaire, elle veut miser sur la coopération et la créativité humaine, « pas uniquement sur la peur ». Informer, oui, mais en y mettant les formes.

Elle appelle par ailleurs à faire preuve de « générosité » et non de « machisme discursif » (qui n’est pas l’apanage des hommes, précise-t-elle), très présent au sein des élites intellectuelles et qui consiste à employer une forme de communication « qui écrase sans se servir de l’argumentation ». Mettre en opposition vegans et non vegans, par exemple, ou caricaturer l’anti-spécisme (« ils vont se marier avec des chats ou des chiens ») crée un climat délétère, qui empêche la coopération pour des questions d’ego.


Brigitte Gothière : Scandales dans les abattoirs : faut-il remettre en question l’alimentation carnivore ?

Brigitte Gothière © Danièle Boone

Les scandales dans les abattoirs dénoncés par L214 se basent certes sur seulement quelques minutes de films, mais ces minutes traduisent une réalité bien plus large, qui a lieu en France sur 3 millions d’animaux chaque jour. Dès lors, ces scandales justifient la remise en cause de l’alimentation carnée. Sur la chaîne d’abattage Doux à Chantonnay, 240 poulets sont abattus par minute, soit 4 par seconde. Des conditions dans lesquelles les animaux sont « au mieux inquiets, au pire terrorisés », et où les ouvriers « se voient demander l’impossible, à savoir tuer avec gentillesse ». Brigitte Gothière souligne que si 80 % des chaînes d’abattage en France ont été déclarées non conformes lors d’un audit au printemps 2017 et que ces infractions aggravent bel et bien la souffrance, ce qui choque le public, ce ne sont pas les infractions. C’est l’abattage. Dans la mesure où aujourd’hui, en France, on peut se nourrir autrement, cette violence que l’on retrouve dans l’élevage mais aussi dans la chasse, la pêche ou l’aquaculture, devrait nous poser question.

Néanmoins, les militants des différents courants de la cause animale se rejoignent sur l’élevage intensif : il est nécessaire d’interdire ces pratiques inhérentes à l’industrie telles que le broyage des poussins, la castration à vif des porcelets, la séparation du veau de sa mère, etc.

La difficulté principale réside dans l’intense lobbying réalisé par les industriels auprès des politiques. Et d’évoquer les Etats généraux de l’alimentation, à l’issue desquels aucune des mesures significatives proposées pour les animaux, comme l’interdiction des cages pour les poules pondeuses, le contrôle vidéo dans les abattoirs ou l’amélioration des conditions de transport, n’a été adoptée. Manque de courage et indifférence constituent une brèche au sein de la classe politique, dans laquelle les lobbies s’engouffrent comme des couteaux dans du beurre. Plusieurs rapporteurs de la loi Alimentation ont ainsi déjà travaillé pour des abattoirs, ou l’industrie agroalimentaire, ou étaient liés d’une manière ou d’une autre à la FNSEA.

L214 poursuit donc son travail de dénonciation des infractions, de démarchage des entreprises, de développement de l’alimentation vegan et de maintien de la sensibilité chez les enfants. « Les industriels veulent montrer que les animaux ont été heureux, et si possible qu’ils se sont suicidés. Nous travaillons à montrer le contraire ». Reste la difficulté de se mesurer, en termes de com’, à des Interbev ou Charal qui disposent respectivement de « 29 et 17 millions d’euros de budget pub » et qui font systématiquement appel à l’imagerie champêtre et bucolique des petits élevages d’antan pour faire rêver le chaland. Malgré des plaintes déposées à l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité concernant plusieurs campagnes, dont une sur les produits du Sud-Ouest mettant en avant le foie gras avec mention « Proverbe gersois – canards heureux, canards savoureux », L214 n’est jamais arrivé à faire condamner ou retirer une seule publicité.

Que pense-t-elle d’initiatives comme Quand l’abattoir vient à la ferme ? Difficile de concevoir qu’on puisse tuer avec respect quelqu’un qui avait sa vie à vivre. Mais à choisir, elle « préfère les modèles plus réduits d’élevage comme celui de Stéphane Dinard » (lire ci-dessous) aux autres. La première préoccupation reste l’élevage de masse et l’industrialisation. Mais « il serait bien d’être d’accord sur le fait que tuer quelqu’un sans son accord ne peut être qualifié de respect ». Notre cercle de considération morale ne comprend encore et toujours que l’être humain. Or, la frontière avec les autres êtres est arbitraire : si nous sommes différents, nous avons en commun la sentience, et l’envie de vivre bien.


Stéphane Dinard : Animaux d’élevage, pour une vie et une mort dignes

Stéphane Dinard © Antoine Bonfils

Eleveur de cochons et de vaches en Dordogne, Stéphane Dinard a renoncé à l’abattoir en 2008, en toute illégalité : « j’avais le sentiment d’abandonner mes animaux ». Fondée en 2016 avec la sociologue Jocelyne Porcher, son association Quand l’abattoir vient à la ferme sillonne depuis deux ans la France pour mobiliser d’autres éleveurs autour de la légalisation de l’abattage à la ferme des animaux destinés à la commercialisation. (Aujourd’hui, seuls les lapins et les volailles peuvent être abattus à la ferme en vue d’une vente). L’association a participé aux Etats généraux de l’alimentation en 2017 et y a obtenu l’autorisation d’expérimenter des outils comme la remorque d’abattage ou le camion d’abattoir, utilisés déjà par la Suisse, la Suède, la Hongrie ou le Luxembourg.

Avec ces outils et des personnes compétentes, l’abattage à la ferme peut contribuer à moins de stress chez l’animal. En effet celui-ci ne subit ni le transport, ni le confinement avec des congénères épouvantés. Stéphane Dinard tue donc ses veaux en plein air, au milieu du troupeau, lorsqu’ils ne sont plus attachés à la mère. « Aucun animal n’est stressé ». Sa volonté s’inscrit dans une démarche globale de retour à un type d’élevage « comme avant la révolution industrielle », c’est-à-dire plus petit, adapté à l’environnement et créateur d’emploi – « c’est comme pour le loup, il faut plus de bergers ». Un élevage à taille humaine qui permette de consommer moins de viande, mais de meilleure qualité.

Mais pour que ce type d’élevage se développe, le consommateur doit se réapproprier son alimentation en lui consacrant un prix juste. Pas évident : malgré le succès du bio et du local, l’alimentation pèse de moins en moins lourd dans le budget des Français, qui lui dédient 1/5e de leurs dépenses de consommation.

Stéphane Dinard envisage-t-il de renoncer un jour à la viande ? « Mes animaux d’élevage ont vocation à être consommés. C’est mon choix. Dans notre environnement, il y a les mangeurs et les mangés, de la bactérie au plus gros, c’est ainsi ».


Léopoldine Charbonneaux : Des solutions pour un mode d’élevage respectueux des animaux, des êtres humains et de la nature

Léopoldine Charbonneaux © Antoine Bonfils

Compassion In World Farming (CIWF) a été fondée il y a cinq ans par un éleveur laitier extensif à qui l’on a un jour proposé de diversifier son élevage avec des poules en cage, ce qu’il a trouvé aberrant. Il crée donc l’association CIWF dans le but de mettre fin à l’élevage industriel à long terme, et d’y améliorer les conditions de vie des animaux à court terme. Le défi est de taille puisqu’environ 80 % des animaux élevés en France le sont en intensif. Et malgré les promesses des politiques quant à un changement de modèle, les élevages sont encore fortement incités à s’industrialiser.

Aussi l’association promeut-elle, du moins à court terme, la politique des petits pas, en travaillant à l’engagement des entreprises de l’agroalimentaire. L’espoir, à long terme, étant de faire avancer la réglementation. Par exemple, elle promeut l’étiquetage du mode d’élevage pour tous les produits animaux, à l’instar de ce qui existe pour les oeufs. Une collaboration avec le groupe Casino, aux côtés d’OABA (Oeuvre d’assistance aux bêtes d’abattoir) et de LFDA (La Fondation droit animal, éthique et sciences), permettra dès octobre prochain de voir étiquetés les poulets en fonction de leur niveau de bien-être.

L’ONG mise également sur la mobilisation citoyenne, via des pétitions et des enquêtes diffusées dans les médias. Elle lancera ainsi prochainement une Initiative citoyenne européenne (ICE), dans le but de mettre fin à toutes les cages d’animaux (poulets, poules, lapins, cailles, truies, etc.). Elle fait également connaître certains aspects de l’élevage encore largement ignorés du grand public et (donc ?) des politiques. C’est le cas des conditions de transport longue distance. Le transport d’animaux peut actuellement durer 60 heures par voie terrestre, 15 jours par voie maritime dans les navires bétaillers qui mènent les animaux vers l’Afrique et le Moyen-Orient. Or, au-delà de 8 heures, les bêtes sont déshydratées, épuisées et risquent la mort. Entre 2013 et 2016, 24 000 animaux seraient morts à cause des mauvaises conditions lors de transports maritimes, sur 10 millions de moutons et de vaches ayant traversé la Méditerranée. L’ONG milite donc pour l’arrêt des transports longue distance hors de l’Union européenne et exige une limite à huit heures maximum au sein de l’UE. Mais malgré ses demandes et celles d’autres ONG, et alors que 89% des Français seraient favorables à cette limitation de huit heures, la loi Agriculture et Alimentation ne contient aucune mesure allant dans ce sens.


Conclusion : comment améliorer le sort des animaux d’élevage ?

● Informer et mobiliser les personnels politiques, même s’il ne faut pas trop en attendre,
● Poursuivre la mobilisation des acteurs économiques liés à l’élevage (éleveurs, agroindustriels, mode, etc.)
● Continuer d’informer et de sensibiliser le grand public et les enfants sur les animaux et les alternatives à l’utilisation des produits animaux,
● Informer et mobiliser le consommateur (étiquetage, labels, etc.).

.

.


Comment faire avancer la condition animale : les réponses de Marc Giraud

Marc Giraud, écrivain, journaliste, porte-parole de l’ASPAS, était l’un des intervenants du colloque des JNE sur la condition animale, qui avait lieu le 7 septembre dernier. Il revient ici sur quelques questions abordées au cours des débats.

.

Entretien réalisé par Nathalie Giraud

.

.

.


Le colloque des JNE sur la condition animale diffusé sur la radio Parole d’Animaux

La web radio Paroles d’Animaux, accessible gratuitement sur Internet, diffuse le vendredi 14 septembre l’enregistrement audio des débats du colloque des JNE sur la condition animale. Cet enregistrement sera disponible à l’écoute et au téléchargement sur ce site à partir du 15 septembre.

.

.

« Nous diffusons l’intégralité du colloque dès vendredi soir sur la radio à 22 h (durée 2 h 46). Nous avons volontairement coupé les questions venant de la salle car la qualité de son était souvent mauvaise.

Le colloque sera disponible à l’écoute et au téléchargement dès samedi sur le site de la radio www.paroledanimaux.com  menu>podcast>conférence. Il sera disponible en permanence dans podcast>archives>conférences.

Nous vous en souhaitons bonne écoute. La diffusion de notre enregistrement est totalement libre de droit.
A bientôt »

.

.


Le colloque des JNE sur la condition animale en images

Le public est venu nombreux pour assister au colloque sur la condition
animale qui a eu lieu le vendredi 7 septembre à Paris. © Antoine Bonfils

voir toutes les photos

.

.


Colloque des JNE sur la condition animale : quels droits donner aux animaux ?

De gauche à droite : Hélène Thouy, Antoine F. Goetschel, Pascal Durand, Sabine Brels. Table ronde animée par Carine Mayo © Antoine Bonfils

Au cours de la dernière table-ronde du colloque des JNE sur la condition animale, qui s’est tenu le 7 septembre 2018 à Paris, une juriste et trois avocats, dont deux qui ont choisi la voie politique, ont exposé leur point de vue sur les droits à donner aux animaux.

par Nathalie Tordjman

Animé par Carine Mayo, vice-présidente des JNE, ce débat a réuni :
– Sabine Brels, docteure en droit, cofondatrice de Global Animal Law (GAL),
– Antoine F. Goetschel, avocat, auteur, avocat pour les animaux en procédures pénales du Canton de Zurich (2007-2010), président de Global Animal Law (GAL),
– Hélène Thouy, avocate, cofondatrice du Parti animaliste,
– Pascal Durand, eurodéputé (Les Verts-Alliance Libre Européenne), vice-président de l’intergroupe sur le bien-être animal au Parlement européen.

Sabine Brels : comment porter la protection animale à l’échelle globale ?

Sabine Brels @ Antoine Bonfils

En France, il demeure des pratiques envers les animaux qui ont été interdites dans d’autres pays, alors que le poids de l’économie, de la culture et des lobbys, qu’on invoque souvent, n’y était pas moindre. Ainsi la chasse à courre a été interdite en Ecosse et en Angleterre au début des années 2000, l’élevage pour le foie gras en Israël en 2003, celui des animaux à fourrure aux Pays-Bas en 2012, et même la corrida en Catalogne depuis 2010.

Si les choses ne bougent pas, en particulier pour la corrida, alors que 74 % des Français demandent son interdiction, c’est que la France est soumise à quelques puissants de l’oligarchie tauromachique qui tiennent les rènes du pouvoir.

On observe ainsi un décalage entre les aspirations des citoyens et les décisions politiques. Un sondage IFOP d’avril 2018 indique que 80 % des Français considèrent la cause animale comme quelque chose d’important et que les politiques ne font pas assez. En termes de droit, les peines encourues en France pour cruauté envers les animaux restent moins punies que le vol, alors que la Wallonie inflige jusqu’à 10 000 euros d’amande et 15 ans de prison.

Sabine Brels et Antoine F. Goetschel, qui ont créé l’organisation Global Animal Law (GAL) Project en 2014, veulent porter la cause animale à l’échelle mondiale. Ils lancent une convention pour les intérêts fondamentaux des animaux. Car au-delà des droits naturels comme celui de vivre, d’être libre, de ne pas être soumis à des actes de cruauté, ils ont aussi le droit d’être représentés, c’est-à-dire d’avoir des avocats.

Antoine F. Goetschel : donner une représentation juridique aux animaux, pourquoi et comment ?

Hélène Thouy et Antoine F. Goetschel © Maurice Chatelain

Antoine F. Goetschel s’occupe de la cause animalière depuis une trentaine d’années pour le canton de Zurich en Suisse,. Ila été amené à être l’avocat des animaux pour les procédures pénales. Ainsi les animaux ont pu avoir une voix dans l’application de la loi. A ce titre, il a eu à traiter jusqu’à 200 cas par an. Dans la procédure, la première chose est d’avoir connaissance de la maltraitance. Pour cela, il faut savoir reconnaître qu’un animal est maltraité, sans être sous l’emprise d’une émotion. Les vétérinaires sont souvent les seuls à pouvoir être des témoins objectifs, mais pendant longtemps, le bien-être animal n’a pas fait partie de leurs fonctions, limitées à la santé publique, à celle de l’animal et de l’environnement. Au niveau juridique et non éthique, il faut qu’il y ait une infraction à la loi et que quelqu’un porte plainte. La question est : qui porte plainte contre le responsable de la maltraitance, qui est le plus souvent le détenteur de l’animal ? Est-ce le service vétérinaire qui est témoin de la maltraitance ? Ou bien le procureur ou les services de l’Etat, qui en ont connaissance ? Mais l’Etat est plutôt souvent du côté du détenteur ? En fait, il y a besoin de la voix de l’animal. Un des travaux de l’organisation Global Animal Law (GAL) Project est de comparer ce qui se passe dans différents pays, et de voir ce qui peut être transposé, en poussant chaque nation à créer une instance qui donne une voix aux animaux.

Hélène Thouy : la cause animale, une question politique

Les enjeux de la cause animale sont multiples. Il y a d’abord celui de la justice. La façon dont on traite l’autre révèle quels droits on s’octroie sur l’autre, qu’il soit humain ou animal. C’est aussi un enjeu de paix, car plusieurs rapports soulignent le lien entre violences faites aux animaux et celles faites aux humains. Ensuite, il y a un enjeu environnemental. Deux tiers des terres agricoles consacrées à l’élevage sont responsables de déforestation massive et de pollutions ayant des conséquences de santé publique et alimentaires puisqu’un kilo de protéine animale nécessite sept kilos de protéine végétale. Enfin, il y a un enjeu démocratique, car on constate un décalage entre la mobilisation des citoyens et des associations et la prise en compte au niveau politique. Ainsi 67 % des Français estiment que les animaux sont mal défendus par les politiques, 90 % sont pour l’interdiction de l’élevage des poules en cage, 85 % contre la castration à vif des porcelets. Les amendements concernant ces interdictions ont été rejetées par l’Assemblée nationale au printemps, tout comme la vidéo-surveillance dans les abattoirs, pourtant souhaitée par 85 % des sondés.

Une autre considération a prévalu à la création du Parti animaliste, c’est la complaisance des autorités publiques pour faire reculer le mouvement animaliste : interdictions de manifestations comme autour des arènes lors de corridas, poursuites pour attroupements non déclarés ou encore menaces contre des professionnels qui commercialisent l’alimentation végan, par les services de la Répression des fraudes.

Face à ces constats, le Parti animaliste, indépendant politiquement et financièrement, a une approche monothématique. En se présentant à des élections comme les prochaines européennes en mai 2019, l’idée est de donner une visibilité à la cause animale et de la faire avancer dans tous les partis. Il existe 19 partis animalistes dans le monde.

Pascal Durand : un statut européen de l’animal ? Quelles propositions pour changer la réglementation ?

Pascal Durand © Antoine Bonfils

Pour la question animale, il faut se montrer unis pour que les choses avancent. Au niveau européen, les élections qui ont un scrutin proportionnel font que la question animale peut être représentée au Parlement, alors qu’en France avec un scrutin majoritaire, ça sera compliqué sans un régime d’alliances.
Il y a une prise en compte de cette question au niveau du Parlement européen, mais ce n’est pas une compétence européenne. Ce sont les Etats qui régissent la chasse, la vivisection, les animaux dans les cirques, etc. par des choix nationaux. L’Europe essaie d’intervenir là où elle le peut, comme pour les exportations d’animaux vivants sur laquelle elle peut légiférer, mais là aussi ce sont aux Etats de faire appliquer les lois.

La France est très en retard pour beaucoup de sujets animalistes, mais les choses peuvent bouger rapidement avec une mobilisation citoyenne et celle des associations.

Conclusions : Comment faire avancer les choses ?

  • Proposer un contre projet animaliste aux puissants lobbys.
  • Mener une action judiciaire en arrivant à prouver que la loi a été prise dans des intérêts privés, pour la seule cause d’organisations professionnelles.
  • Arriver, en France, à sortir la gestion du bien-être animal de la tutelle du ministère de l’Agriculture, et lui créer, non un secrétariat d’état, mais un ministère à part entière.
  • Intégrer la question du bien-être animal au pacte mondial de l’ONU.
  • Avancer sur les différentes causes (chasse, cirque, etc.) sans les exclure les unes les autres.

.

.


Sensibilité animale : trois questions à Georges Chapouthier, neurobiologiste et philosophe

Georges Chapouthier, neurobiologiste et philosophe, était l’un des intervenants du colloque des JNE sur la condition animale, qui a attiré près de 200 personnes le 7 septembre 2018 à Paris. Il répond ici à trois questions sur la sensibilité animale.

Entretien réalisé par Diana Semaska

.

.


Entretien avec Julie Lasne : cirques, zoos, industries de loisirs, une exploitation des animaux contre nature

Julie Lasne © Danièle Boone

A l’occasion du colloque des JNE sur la condition animale, qui s’est tenu à Paris le 7 septembre 2018, l’une des intervenantes, Julie Lasne, éthologue de terrain spécialisée dans les animaux sauvages et consultante en communication vie sauvage, nous fait le point sur les menaces qui pèsent sur la faune sauvage.  

Entretien réalisé par Myriam Goldminc
→ julie lasne éthologue

Cliquez sur le lien ci-dessus pour télécharger le fichier audio, que vous pouvez lire par exemple avec le logiciel gratuit VLC.

 

 

.


.

La non-protection animale en France : un constat sans appel

Alors que notre Hulot national vient de démissionner, en raison de ses déceptions et de son impuissance à protéger l’environnement et les animaux face au pouvoir des lobbies, le colloque des JNE à Paris le 7 septembre a constitué des « états généraux » de la cause animale, dressant un constat sans appel.

par Sabine Brels

Sabine Brels © Antoine Bonfils

Ce constat est le suivant : la grande majorité des Français demande une protection renforcée des animaux, mais leurs représentants ne suivent pas.

En effet, 80 % des Français jugent la cause animale importante (sondage IFOP de 2017), mais 67 % considèrent que les animaux sont mal défendus par les politiques (sondage IFOP de 2018).

Concernant la chasse, 91 % des Français sont favorables à une réforme de l’organisation et de la réglementation sur la chasse pour les adapter à la société actuelle (sondage IFOP de 2016), sachant que 82 % des Français sont favorables à ce que le dimanche devienne un jour non chassé (sondage IFOP de 2017). Soit 3 points de plus qu’en 2016 (source : collectif Dimanche sans chasse) et 28 points de plus qu’en 2009 (source : ASPAS).

Concernant les animaux sauvages, 87 % des Français souhaitent l’extension de la protection contre les mauvais traitements aux animaux sauvages (sondage SOFRES de 2011), et 78 % sont favorables à la reconnaissance du statut d’être vivant et sensible pour tous les animaux sauvages (sondage IFOP de 2017).

En effet, rappelons que les animaux sauvages en liberté sont considérés comme des res nullius (ou choses sans maître) et errent dans une zone de non-droits et de non-protection. En ce sens, l’article 521-1 du Code pénal limite son champ d’application aux animaux domestiques, apprivoisés ou captifs, excluant ainsi les animaux sauvages de sa protection face aux actes de cruauté.

Concernant la chasse à courre, 84 % des Français sont contre (sondage IFOP de 2017) et 75 % souhaitent l’interdire, considérant qu’il s’agit d’une « pratique d’un autre âge » (sondage IPSOS de 2010).

Rappelons que celle-ci a déjà été interdite dans d’autres pays, dont ceux pour lesquels il s’agissait d’une pratique séculaire comme l’Ecosse depuis 2002 et le Royaume-Uni en 2005.

Concernant la corrida, les chiffres sont tout aussi parlants.

80 % des Français considèrent que le supplice et la mise à mort d’un animal, comme lors des corridas et des combats de coqs, encore autorisés par l’alinéa 7 de l’article 521-1 précité du Code pénal, ne peuvent plus être considérés comme un spectacle en 2018 en France (sondage IFOP de 2018).

74 % des Français sont favorables à l’interdiction des corridas en France (sondage IFOP de 2018 cité par 30 Millions d’Amis). Soit 1 point de plus qu’en 2015 (source : Alliance anticorrida) et 8 points de plus qu’en 2010 (source : La Lettre de l’opinion). Et 78 % sont favorables à l’interdiction pour les mineurs de moins de 16 ans d’assister à des corridas avec mise à mort des taureaux (sondage IFOP de 2018).

Là où elles sont encore autorisées, l’avis n’est pas plus favorable, sachant que 75 % des habitants des départements « taurins » sont opposés aux corridas (sondage IFOP de 2017).

Ici aussi, la France figure parmi les derniers pays à continuer d’autoriser cette barbarie et à y exposer les enfants (cf. Sabine Brels, « Il faut interdire la corrida partout en France ! », Le Monde, 7.06.2012).

Qu’en est-il de l’avis des Français sur la détention des animaux sauvages ?

67 % des Français sont favorables à l’interdiction des animaux sauvages dans les cirques (sondage IFOP de 2018 cité par 30 Millions d’Amis). Selon un sondage réalisé par les docteurs vétérinaires Sophie Dol et Sophie Wiseur, 81 % des Français et des vétérinaires ayant répondu sont favorables à une interdiction des animaux sauvages dans les spectacles.

Pour les delphinariums, 54 % des Français sont favorables à leur interdiction. 72 % se déclarent opposés à la capture et au maintien en captivité de dauphins pour les montrer au public (sondage IPSOS de 2011). Selon le sondage des Drs Dol et Wiseur, 78,5 % des Français et des vétérinaires ayant répondu sont favorables à une interdiction des cétacés et autres espèces dans les delphinariums (chiffres issus d’une Tribune du Parti citoyen pour les animaux).

A noter que nos voisins wallons viennent d’interdire, le 19 juillet dernier, la détention des cétacés en captivité (Aymeric Renou, « Bien-être animal : la Wallonie, un exemple à suivre ? », Le Parisien, 23.08.2018). En 2013, l’Inde avait reconnu les cétacés comme des sujets de droits, l’année d’après ce fut l’Argentine avec l’Orang-Outan Sandra, et cette année l’Inde a étendu sa position en ouvrant la porte aux droits des animaux, comme pour les personnes humaines (Holidogtimes, « En Inde, l’État de l’Uttarakhand accorde les mêmes droits aux animaux qu’aux humains », 4.07.2018).

Des solutions existent pour éviter toutes les souffrances animales institutionnalisées, et il n’y a qu’un pas à faire pour suivre l’exemple d’autres pays qui ont compris qu’il était temps de mettre un terme à des pratiques inacceptables d’un point de vue éthique.

Même les plus rentables ! Il convient d’insister sur ce point, car l’argument économique est trop souvent avancé pour conserver le statu quo à l’encontre des mesures de protection progressistes.

Ainsi lorsqu’il faisait partie des principaux pays producteurs de foie gras, Israël en a interdit la production sur son territoire en 2003 et toute forme de commercialisation en 2013. Quant aux élevages d’animaux à fourrure, ceux-ci ont été interdits en 2012 aux Pays-Bas alors même que cette activité était l’une des plus lucratives et rapportait des milliards au PNB néerlandais (voir plus d’informations dans la thèse de l’auteure. Sabine Brels, Le droit du bien-être animal dans le monde : évolution et globalisation, Harmattan, 2017).

Des exemples existent donc pour montrer que les intérêts des animaux peuvent désormais prévaloir juridiquement.

Or la France continue à autoriser des pratiques reconnues mondialement comme faisant partie des plus cruelles, à savoir les élevages d’animaux à fourrure, le gavage pour la production du foie gras, la chasse à courre ou encore la corrida… Sans compter toutes les autres que d’autres pays ont commencé à interdire également (comme le broyage des poussins vivants, la castration à vif des porcelets, l’abattage sans étourdissement, etc.). Ainsi, la France n’est pas seulement mal placée au niveau international, elle l’est surtout au niveau européen, puisque les pays de l’UE sont censés faire partie des plus protecteurs (voir Sabine Brels, Le droit du bien-être animal dans le monde : évolution et globalisation, Harmattan, 2017). Relevons cependant les problèmes d’application des lois en général et des normes communautaires en particulier, tel que récemment mis en lumière avec le scandale des transports d’animaux vivants dans des conditions contraires à l’objectif de bien-être animal, faisant pourtant partie des objectifs de l’UE. Dans tous les cas, aucun autre pays dit civilisé ne semble cumuler autant d’atrocités légalement autorisées alors que la majorité de sa population s’y oppose.

En outre, les peines prévues par l’article 521-1 du Code pénal sont de 2 ans de prison et 30 000 euros d’amende en cas de sévices graves et d’actes de cruauté. Relevons que le vol est puni plus sévèrement par l’article 311-3 de ce même code (3 ans et 45 000 euros, soit 1 an et 15 000 euros de plus). Ce constat est assez révélateur de l’importance octroyée par le législateur français au sort des animaux.

Alors certes, les décisions récentes sont venues appliquer des peines plus élevées. Mais en sommes-nous aux 15 ans de prison et aux 10 millions d’amende en cas de cruauté envers les animaux prévus par nos voisins wallons depuis le 19 juillet dernier ? La comparaison est là aussi sans appel.

Le statu quo est dû au manque de volonté politique certes, mais aussi au manque de contre-pouvoirs ! Heureusement, la cause animale se politise, notamment par le biais de partis comme le Parti animaliste (programme à lire ici), représenté lors du colloque des JNE par Hélène Thouy, avocate et cofondatrice. Le Pr Corine Pelluchon, auteure du Manifeste animaliste (Alma, 2017), a rappelé lors du colloque des JNE l’importance de cette politisation et d’un contre-pouvoir efficace.

Malgré tout, cette dernière année a vu passer le rejet systématique de mesures telles que l’obligation des caméras dans les abattoirs à la suite des scandales révélés par l’association L214 (représentée au colloque des JNE par sa confondatrice Brigitte Gothière, dont les propos au sujet de ces rejets systématiques ont été sans équivoque) et à l’interdiction des cages pour les poules pondeuses, malgré la majorité citoyenne. Sans parler de la loi alimentation, où les animaux ont fait figure de grands oubliés, malgré l’urgence de revoir notre système de production et de consommation. Le système carniste industriel actuel étant littéralement suicidaire puisqu’il mène non seulement les animaux, mais aussi la planète et les humains eux-mêmes à leur propre perte. De plus en plus d’études, dont les rapports de la FAO, vont dans ce sens. Voir aussi l’ouvrage du collectif d’experts, La vérité sur la viande, Les Arènes, 2013.

Sommes-nous vraiment en démocratie ? La question se pose.

Les citoyens ne sont-ils pas censés être représentés par leurs élus dans l’adoption des lois ? Est-ce que des lobbies qui ne représentent, pour les chasseurs et les aficionados, qu’une infime minorité de la population, peuvent bloquer la demande d’une large majorité de citoyens ?

La démocratie pro-animaux est-elle dans l’incapacité à faire face à cette dictature de la cruauté, qui ne jure que par un traditionalisme et un capitalisme délétères ? Où l’ancien bloque le nouveau, et où le profit à tout prix se fait sur le dos des animaux, qui paient le prix fort de la rentabilité à outrance des géants agroalimentaires et pharmaceutiques. Qui, rappelons-le, font respectivement des centaines de milliards et de millions de victimes animales tous les ans dans le monde. Le Animal Slaughter Counter permet de le réaliser en temps réel.

Aujourd’hui l’heure est grave. Pour les générations présentes et futures, qu’elles soient humaines ou animales. Pour preuve, les lobbies de la viande et de la chasse se retrouvent désormais à faire leur propagande dans les écoles !

Alors… Le cas français est-il vraiment désespéré ?

Rien n’oblige la France à en rester là. Au contraire ses citoyens, de plus en plus nombreux à se soucier de la cause animale, l’enjoignent de remonter la pente !

Est-ce possible pour autant ? Un exemple probant est celui du Québec. En effet, cette province canadienne est passée de la meilleure des pires, à l’une des provinces les plus protectrices grâce à sa nouvelle loi sur le bien-être animal adoptée en décembre 2015.

Si nos cousins de la nouvelle France y sont arrivés, pourquoi pas nous ? Et pourquoi ne pas aller plus loin et montrer la voie à suivre pour les droits des animaux, comme la France l’a fait pour les Droits de l’homme au siècle des Lumières ?

Nous sommes à une époque charnière de notre temps. A un tournant pour les animaux. A un carrefour entre l’avant et l’après. A un point de bascule entre la justice des hommes et la justice pour tous. A un point de non-retour dans la prise de conscience de la souffrance d’autrui, et à un point d’éveil où la cause animale n’a jamais fait autant d’adeptes.

Pourquoi ? Sans doute car les animaux n’ont jamais été autant persécutés et massacrés, tant quantitativement que qualitativement à l’échelle mondiale, qu’ils soient sauvages ou domestiques et utilisés à des fins de plus en plus controversées.

Des solutions existent.

Des solutions qui permettent aisément de les épargner. Des solutions que nous connaissons, et qui ne demandent qu’à être appliquées et à se généraliser.

Qu’il s’agisse des alternatives végétales aux produits animaux ou des interdictions de cruauté, la voie est désormais ouverte au développement d’une nouvelle façon de vivre et de considérer les animaux (voir notamment l’ouvrage collectif dirigé par la Pr Laurence Harang, Cruelty Free, Hachette, 2018).

Notre maison brûle. Ceci n’est pas une métaphore. Pour preuve, la gigantesque marche pour le climat qui s’est tenue un peu partout dans le monde le 8 septembre, réunissant plusieurs centaines de milliers de personnes. « Selon l’organisation 350.org, qui a géré en partie l’événement, l’urgence climatique a réuni 50 000 citoyens dans les rues de Paris ce samedi après-midi (selon les organisateurs, 18 500 selon la police) », indique le site de Libération.

Nous le savons aujourd’hui, l’exploitation animale massive est l’un des principaux facteurs de réchauffement planétaire (voir par exemple l’ouvrage du collectif d’experts, La vérité sur la viande, Les Arènes, 2013). C’est aussi un fléau global pour les animaux, l’environnement et la santé humaine (voir aussi pour un résumé à ce sujet, Sabine Brels, « La protection animale : vers une justice globale ? », dans Cruelty Free, Hachette, 2018, p. 20).

Pour conclure, la France n’est pas condamnée à en rester à l’ère de la prédation carniste préhistorique. Et même si ce pays, de tradition cartésienne et de traditions tout court, a pu considérer comme Descartes que les animaux étaient des machines incapables de souffrir, leur sensibilité est désormais reconnue, y compris dans le Code civil. Il revient donc à ceux qui dirigent d’en tirer les conséquences, afin d’aller vers un monde plus juste pour tous.

.

.