Colloque JNE condition animale

Toutes les vidéos du colloque sur la condition animale en ligne sur le site des JNE

L’intégralité des captations vidéo des tables-rondes du colloque JNE  sur l’amélioration de la condition animale est désormais disponible en ligne sur ce site, ainsi que sur la toute nouvelle chaîne YouTube des JNE.

Colloque des JNE sur la condition animale : la table-ronde sur le sort des animaux d’élevage. De g. à d., S. Dinard, L. Charbonneaux, H. Kempf, C. Pelluchon et B. Gothière © Antoine Bonfils

Le message de bienvenue de Jacques Boutault, maire du 2e arrondissement de Paris, et l’introduction du biologiste Georges Chapouthier : c’est ici.

La table-ronde « comment intéresser le public au sort de la faune sauvage » : c’est là.

La table-ronde « comment améliorer le sort des animaux d’élevage ? » : c’est ici.

La table-ronde « quels droits donner aux animaux ? »: c’est là.

Quant à la chaîne YouTube des JNE, vous la trouverez ici.

Merci à Michel Cros et à Pierre-Yves Touzot pour la captation et la mise en forme de ces enregistrements vidéo.

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Sabine Brels, docteure en droit, cofondatrice du GAL Project : une majorité de Français demande une meilleure protection des animaux

Sabine Brels, docteure en droit, cofondatrice du GAL Project, dresse un bilan du colloque des JNE sur la condition animale, dont elle était l’une des intervenantes. Pour elle, un consensus s’est dégagé parmi les participants et dans l’opinion publique en faveur d’une protection accrue des animaux.

Propos recueillis par Michel Cros

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Présentation d’une proposition de convention universelle sur la santé et la protection des animaux destinée à l’ONU, par Sabine Brels, docteure en droit

Sabine Brels, docteure en droit, qui était l’une des intervenantes du colloque des JNE du 7 septembre 2018 sur la condition animale, nous explique dans cette vidéo le projet de convention-cadre universelle sur le droit des animaux.

Propos recueillis par Michel Cros

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En vidéo, une table-ronde du colloque des JNE sur la condition animale : quels droits donner aux animaux ?

Voici la captation vidéo intégrale de la troisième et dernière table-ronde du colloque des JNE du 7 septembre 2018 sur la condition animale, consacrée au thème : quels droits donner aux animaux ?

 

Animé par Carine Mayo, vice-présidente des JNE, ce débat a réuni :
– Sabine Brels, docteure en droit, cofondatrice de Global Animal Law (GAL),
– Antoine F. Goetschel, avocat, auteur, avocat pour les animaux en procédures pénales du Canton de Zurich (2007-2010), président de Global Animal Law (GAL),
– Hélène Thouy, avocate, cofondatrice du Parti animaliste,
– Pascal Durand, eurodéputé (Les Verts-Alliance Libre Européenne), vice-président de l’intergroupe sur le bien-être animal au Parlement européen.

Vous trouverez ici un compte-rendu écrit de cette table-ronde.

Merci à Michel Cros et à Pierre-Yves Touzot pour la captation et la mise en forme de cet enregistrement.

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En vidéo, une table-ronde du colloque des JNE sur la condition animale : comment améliorer le sort des animaux d’élevage ?

Voici la vidéo de l’intégralité de la deuxième table-ronde du colloque des JNE sur la condition animale  du 7 septembre 2018, dont le thème était : comment améliorer le sort des animaux d’élevage.

 

Merci à Michel Cros et à Pierre-Yves Touzot pour la captation et la mise en forme de cet enregistrement.

Vous trouverez ici un compte-rendu de cette table-ronde.

Animé par Hervé Kempf, rédacteur en chef de Reporterre et membre des JNE, ce débat a réuni :
● Léopoldine Charbonneaux, directrice du CIWF (Compassion in World Farming)
● Stéphane Dinard, éleveur, président de l’association Quand l’abattoir vient à la ferme
● Brigitte Gothière, co-fondatrice, porte-parole et directrice de l’association L214
● Corine Pelluchon, philosophe

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En vidéo, une table-ronde du colloque des JNE sur la condition animale : comment intéresser le public au sort de la faune sauvage ?

Voici l’enregistrement vidéo intégral de la première table-ronde du colloque des JNE du 7 septembre 2018 sur la condition animale, dont le thème était : comment intéresser le public au sort de la faune sauvage.

 

Merci à Michel Cros et à Pierre-Yves Touzot pour la captation et la mise en forme de cet enregistrement.

Vous trouverez ici un compte-rendu de cette table-ronde.

Les intervenants
Allain Bougrain Dubourg, journaliste, producteur, président de la LPO, membre des JNE
Julie Lasne, éthologue de terrain, spécialisée dans les animaux sauvages et consultante en communication
Manuel Mersch, vétérinaire, président de Véthique, Association Vétérinaire Pour le Respect et la Dignité de l’Animal
Yves Paccalet, journaliste, écrivain, réalisateur, membre des JNE

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En vidéo, l’introduction du colloque des JNE sur la condition animale

Voici la vidéo intégrale de l’introduction du colloque des JNE sur la condition animale, qui s’est tenu le 7 septembre 2018 à la salle Jean Dame, dans le IIe arrondissement de Paris.

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Après un message de bienvenue de Jacques Boutault, maire du IIe arrondissement, le biologiste Georges Chapouthier, membre des JNE, nous expose les enjeux scientifiques de la question.

Merci à Michel Cros et à Pierre-Yves Touzot pour la captation et la mise en forme de cet enregistrement.

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Aymeric Caron : « supprimons tous les élevages ! »

Nous connaissions déjà le livre d’Aymeric Caron, Antispéciste (éditions Don Quichotte). Nous avons écouté son discours lors d’une conférence-débat devant les membres du mouvement Utopia fin septembre 2018.  Pour prolonger les réflexions engagées lors du colloque des JNE du 7 septembre sur la condition animale, en voici le contenu.

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Propos recueillis par Michel Sourrouille

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Aymeric Caron, invité du mouvement Utopia

«  L’écologie se diffuse partout, même pour Macron ! L’écologie porte en effet moralement quelque chose de juste, mais qui n’a pas encore de réels résultats en politique. Il faut en effet distinguer l’écologie molle (superficielle selon Arne Naess) et l’écologie essentielle, profonde. La première est ethnocentrée, estime que les animaux sont à notre service. Nous chiffrons tous les aspects du vivant, parlons de quotas de CO2 et l’introduction de deux ours… Tout cela exprime notre préférence pour la valeur utilitaire. Pour moi au contraire toute forme de vie a une valeur intrinsèque, nous ne sommes pas le centre de tout. Actuellement toutes les décisions dépendent de l’économie, de la circulation monétaire. La bio-démocratie serait un autre rapport au vivant, une optique éthique. La bio-démocratie se pose la question des conséquences de notre action. La notion de solidarité, nos possibilités d’empathie, rendre heureux les autres, c’est cela qui rend vraiment heureux. L’utilité de notre existence, c’est de minimiser la souffrance autour de nous. La question animale se positionne dans la même lignée. Nous devons passer du statut de tueur à celle de tuteur, sinon on s’autodétruit.

Un ministre de l’environnement ne sert à rien car l’écologie est transversale, devrait imbiber l’état d’esprit de tous les ministères. Un citoyen non informé est inefficace, or le système actuel empêche de penser. A mon avis, il faudrait instituer un permis de voter, vérifier la maîtrise du sujet sur lequel on est appelé à se prononcer. Le CESE (Comité économique, social et environnemental) devrait être remplacé par un Comité du Vivant, une assemblé naturelle constituée d’experts. Cette nouvelle chambre du Parlement représenterait les enjeux environnementaux étendus aux intérêts des animaux non humains.

Le spécisme est une discrimination liée à l’espèce. Nos distinctions actuelles posent problème. Par exemple un lapin peut être un animal de compagnie et protégé en conséquence, ou un animal sauvage sans aucun protection, un lapin d’élevage destiné à être mangé ou un animal de laboratoire subissant des expérimentations. On s’autorise des actes qu’on ne ferait pas pour des humains, par exemple égorger un cochon alors que c’est une espèce sensible. Nous avons différencié les gens selon leur sexe ou leur couleur, nous devrions tendre pour les animaux à cet universalisme auquel nous sommes parvenus pour les humains. Quid des végétaux ? Le cri de la carotte ? Les études sur la sensibilité des végétaux ne me semblant pas fiables. Il ne possèdent ni synapses, ni système cérébral central. Par contre il m’est personnellement très pénible de voir un arbre qu’on abat.

Nous avons besoin de morale, de définir les valeurs qui nous disent ce qui est bien ou mal. Le sens historique, c’est l’ouverture de notre considération morale au-delà des humains. J’aime mon chat et mes poules, on se comprend, on a le même vouloir vivre. Le curseur est simple, il n’y a pas de demi-mesure entre esclavage et non esclavage. On est pour ou on est contre. Si le lion mange la gazelle, il n’a pas le choix. Nous, nous avons le choix. L214 a lancé des actions qui n’aboutissent pas. J’ai donc créé le Rassemblement des écologistes pour le vivant (REV) car il me semble que rentrer dans le champ politique est nécessaire pour faire avancer ses idées. On pèse sur le calcul électoral en faisant perdre de voix aux autres partis, on peut alors rentrer dans un processus de négociation. Mon parti est anti-productiviste, anti-libéral. Mais nous allons plus loin, nous militons contre tous les élevages, y compris l’élevage bio de proximité. Je suis pour un modèle agricole exclusivement végétal avec fermeture de toutes les boucheries. L’action physique de certains militants, on n’y peut rien, même si insulter son interlocuteur ne sert pas la cause que je défends. »

Comme les autres textes mis en ligne sur ce site, ce point de vue n’engage bien sûr pas les JNE.

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Journée Mondiale des Animaux : l’appel pour les dauphins de Frédérique Gilbert (Cetasea)

Voici un appel de Frédérique Gilbert (JNE), fondatrice et présidente de l’association Cetasea, lancé pour la Journée Mondiale des Animaux du 4 octobre. Des réflexions qui prolongent les débats du colloque des JNE sur la condition animale, qui s’est tenu le 7 septembre dernier.

Frédérique Gilbert avec l’acteur Jean-Marc Barr, parrain de l’association Cetasea (photo Michel Cros)

Pourquoi est-il intéressant de se soucier des dauphins, pourquoi donner de l’argent dans la recherche et l’écologie des océans ?

Les dauphins et les humains sont tous deux des mammifères, ils ont des comportements proches, des « réseaux sociaux » et leur régime alimentaire comprend une grande partie des espèces issues de la mer. Mais contrairement à nous, les dauphins sont exposés à des menaces telles et évoluent dans une eau de mauvaise qualité 24 heures sur 24 à cause de l’Humain.

Nos similitudes écologiques et physiologiques font des dauphins une « espèce sentinelle » importante non seulement pour nous avertir des risques pour la santé, mais également pour nous aider à comprendre comment on peut tirer profit des nouvelles découvertes médicales.

Des chercheurs de la NOAA, la principale agence américaine responsable de la protection des dauphins dans la nature qui soutient des projets nationaux et internationaux visant à étudier les problèmes de santé des mammifères marins, ont récemment découvert que les grands dauphins vivant dans les estuaires de la côte de Géorgie présentaient les plus hauts niveaux de biphényles polychlorés (PCB) jamais observés dans la faune marine. Le terme PCB englobe une série de contaminants persistants qui ont été interdits aux États-Unis depuis la fin des années 1970 en raison de leurs effets néfastes sur la santé. Les niveaux extraordinairement élevés de PCB mesurés chez les dauphins, soit une concentration maximale de 2 900 parties par million, pourraient inhiber leur fonction immunitaire.

En août dernier, l’équipe a mené une étude médicale de capture-libération des dauphins sur cette population et a mis en évidence une diminution des taux d’hormones thyroïdiennes, une élévation des enzymes hépatiques et une indication de la fonction immunitaire supprimée.

Les chercheurs étudient si les populations de dauphins côtiers et les communautés humaines partageant les mêmes ressources de fruits de mer sont exposées à des risques similaires.

Les dauphins peuvent offrir des indices sur le traitement du diabète chez l’homme

Des recherches menées en partie par la National Marine Mammal Foundation (NMMF), une organisation à but non lucratif, ont mis au jour des preuves selon lesquelles les grands dauphins pourraient être le premier modèle animal naturel pour le diabète de type II. Une étude plus approfondie de leur génome pourrait élucider un traitement possible pour une maladie qui représente environ 5 % de tous les décès humains dans le monde, selon l’Organisation mondiale de la santé.

Ces études ont montré que les dauphins en bonne santé semblaient facilement activer et désactiver un état semblable au diabète, selon les besoins. Ce mécanisme de « commutation » est probablement dû au régime très riche en protéines et en glucides. Les analyses ont révélé qu’un mécanisme de jeûne chez les dauphins peut déclencher une série de modifications dans les propriétés chimiques du sérum qui correspondent à celles observées chez les humains atteints de diabète.

Ces études montrent également que les humains et les dauphins peuvent avoir des résultats similaires au regard de maladies chroniques associées au diabète, tels que la résistance à l’insuline, l’hémochromatose (surcharge en fer) et les calculs rénaux.

Les chercheurs de la NOAA ont également découvert que l’exposition d’animaux de laboratoire à une toxine produite par la prolifération d’algues de mer microscopiques peut provoquer des convulsions et éventuellement conduire à l’épilepsie chez presque tous les animaux testés.

Les chercheurs ont également travaillé sur les animaux marins captifs et sauvages.  Après avoir réalisé que certaines otaries étaient prises de convulsions alors qu’il n’y avait pas de prolifération d’algues nuisibles, les chercheurs ont commencé à croire que l’intoxication par l’acide domoïque, une neurotoxine produite par l’algue Pseudo-nitzschia australis, pourrait avoir évolué vers une maladie épileptique chronique.

L’établissement de ce nouveau lien entre les océans et la santé offre une nouvelle perspective aux chercheurs et aux cliniciens qui étudient l’épilepsie humaine.

Le type d’épilepsie ressemble à celle de l’humain, comme le confirme au moins un cas humain lié à la consommation de moules contaminées par la toxine de l’acide domoïque.

Cette recherche pourrait fournir des informations importantes sur la manière dont les dauphins et d’autres espèces, y compris l’homme, réagissent à l’intoxication par l’acide domoïque. Les dauphins échoués avec des niveaux élevés d’acide domoïque ne survivent pas assez longtemps pour être traités et étudiés. Il est possible que l’empoisonnement initial aigu entraîne une mort subite. Toutefois, ces nouvelles découvertes indiquent que les animaux qui survivent à une crise initiale sont susceptibles de développer une maladie neurologique avec des changements de comportement et une gravité croissante des crises spontanées. Cette nouvelle information peut aider à orienter les recherches futures et les efforts d’intervention d’urgence lors du prochain événement de prolifération d’algues nuisible.

En étudiant la biologie des dauphins en apprend sur la manière dont les virus infectent les humains et les animaux terrestres. Ces recherches pourraient permettre de prévenir les épidémies.

Le papillomavirus humain s’est révélé commun chez les grands dauphins et représente probablement le premier modèle naturel de papillomavirus en dehors de l’espèce humaine. Communément appelé HPV chez l’homme, le virus a toujours entraîné de grands risques pour la santé, notamment des tumeurs du col utérin ou du cancer chez les femmes, en particulier les femmes atteintes de plusieurs types de papillomavirus. Cette nouvelle étude montre que, même si les dauphins hébergent également plusieurs types de papillomavirus, ils ne semblent pas avoir le cancer, mais seulement les verrues génitales. D’autres recherches sur le génome de ce virus chez les dauphins pourraient aider à comprendre, gérer et prévenir le cancer du col utérin chez l’homme.

La santé des animaux marins et de l’écosystème est liée à la santé et au bien-être public. Nous sommes tous concernés, tous liés. A nous de les protéger, de nous protéger….

Frédérique Gilbert
Fondatrice et présidente de l’association Cetasea loi 1901
+33.(0)6.31.63.22.10
Préservons l’environnement, n »imprimons que si nécessaire !
www.cetasea.eu

Parce que la protection du monde sauvage est une priorité,
Parce que protéger c’est agir
Parce que protéger c’est d’abord connaître
Parce que protéger c’est aussi s’unir

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Comment intéresser le public au sort de la faune sauvage ?

Voici le compte-rendu de la première table ronde du colloque JNE sur la condition animale, qui avait lieu le 7 septembre 2018 et était animée par Jean-Luc Fessard (JNE).

par Maryvonne Ollivry

Accueil de Jacques Boutault, maire du 2e arrondissement de Paris

Jacques Boutault ©Antoine Bonfils

Mettre en œuvre l’écologie implique une vraie volonté politique d’agir. Or nous sommes face à une situation où les pouvoirs publics continuent à donner des passe-droits aux chasseurs, à autoriser le massacre des oiseaux par exemple, incapables de faire le lien entre leurs discours, les constats scientifiques et l’action qu’il faudrait mener de toute urgence.

A notre niveau dans le 2e arrondissement, les élèves peuvent s’alimenter de façon non carnée dans les cantines. Au-delà de l’acte concret, cela permet de contribuer à l’éducation de la jeunesse pour que ceux-ci, une fois adultes, comprennent qu’on peut changer leurs habitudes et que la priorité est de sauver cette nature qui est en train de mourir sous nos yeux, cette nature dont nous sommes issus.

Georges Chapouthier, neurobiologiste, philosophe, membre des JNE

Georges Chapouthier © Maurice Chatelain

La sensibilité animale prend un tour décisif au XVIIe siècle avec Descartes. Qui dit en substance : le corps humain et le corps animal sont des objets, mais l’homme échappe à ce statut d’objet parce qu’il a une âme qui provient de Dieu. La conséquence positive de ce dualisme cartésien, c’est le développement de la science : puisque le corps est un objet matériel, on peut le disséquer, l’analyser…. La négative, c’est d’avoir traité les animaux comme des machines, et souvent de façon abominable.

Curieusement, à force d’étudier le corps des animaux, on a pu constater qu’ils fonctionnaient comme nous. Qu’ils mangeaient, respiraient comme nous, avaient de l’affection, de la sensibilité comme nous. Avec le développement de la théorie de l’évolution, on s’est aperçu que non seulement l’homme est proche de l’animal par ses mécanismes biologiques et génétiques, mais qu’il est issu de l’animalité.

Hors quelques-uns – les éponges, les vers solitaires – l’écrasante majorité des animaux, des huîtres à l’orang-outan en passant par l’abeille, a une sensibilité qu’on appelle nociception, soit la capacité d’avoir des récepteurs dans le corps qui alertent l’organisme si quelque chose de dangereux se manifeste – trop grande chaleur, froid, etc.

Chez les animaux plus céphalisés, au système nerveux plus complexe, la nociception existe toujours, mais, lorsqu’elle comprend une part d’émotion, on parlera de douleur, lorsqu’elle s’accompagne d’une part de cognition ou conscience, on parlera de souffrance.

Un mot assez commode permet de séparer les animaux qui n’ont qu’une nociception brute, réflexe, comme les moules par exemple, de ceux qui ont une nociception plus compliquée, plus cognitive, comme le chimpanzé : la sentience (nociception + conscience).

Quid des invertébrés ? Prenons les céphalopodes, comme la pieuvre et la seiche. Sur le plan anatomique, ce sont des escargots transformés, mais, sur le plan intellectuel, ils font des choses extraordinaires, très proches de ce que font certains mammifères ou oiseaux. On a des raisons de penser qu’ils ont une forme de conscience, de leur environnement au moins, et que des régions de leur cerveau correspondent au cortex cérébral. On suppose que quand ils changent de couleur par exemple, ils manifestent des émotions. Tout cela est à l’étude.

Si, effectivement, les animaux ne sont plus des machines, s’ils ressentent douleur, souffrance, ne faut-il pas les traiter mieux que nous les traitons ? Longtemps la morale traditionnelle ne s’est intéressée qu’aux hommes. Peu à peu des penseurs ont défendu l’idée qu’il y avait une morale à avoir aussi vis-à-vis des animaux. Aujourd’hui, on se demande : peut-on faire n’importe quoi avec l’environnement ? Du coup, beaucoup demandent qu’il y ait une morale plus unitaire, qui respecterait à la fois les hommes, les animaux, l’environnement. Cela ne veut pas dire qu’il faut traiter les trois sur le même pied. L’une des meilleures façons de le faire, c’est la Déclaration universelle des droits de l’animal de 1989 qui considère qu’il faut respecter les animaux, leur donner des droits, mais dit aussi qu’ils ne sont pas tous équivalents, qu’ils ont des besoins qui diffèrent, que le besoin de la moule n’est pas celui du chimpanzé, qu’il faut aussi tenir compte des équilibres naturels, que l’homme n’a pas a priori à intervenir quand il y a un conflit entre un tigre et un daim… Cette Déclaration, enfin, se distingue clairement de la Déclaration des droits de l’homme. C’est important : s’il faut donner des droits aux animaux parce qu’ils sont sensibles, il ne faut pas confondre droits de l’animal et droit sde l’homme.

Allain Bougrain Dubourg, journaliste, producteur, président de la LPO, membre des JNE

Allain Bougrain-Dubourg © Annelli Airaskinen

Pour répondre à cette question complexe « Comment sensibiliser le grand public à la préservation, au respect de l’animal sauvage ? », m’est venue en mémoire une situation vécue : j’étais à Taïwan en reportage et trois trafiquants m’ont fait cette proposition : « On va tuer un tigre, il nous manque un partenaire, si vous voulez être le quatrième, on vous autorise à filmer la mise à mort, le dépeçage, etc. » J’ai refusé bien sûr. Plus de vingt ans après, je me demande si j’ai bien fait. Si j’avais rapporté des images bouleversantes, est-ce que je n’aurais pas accéléré la prise de conscience nécessaire à l’égard du vivant ? On voit bien que pour les animaux domestiques, notamment d’élevage, ce sont les images de L214, à qui je rends hommage, qui ont permis de secouer les consciences.

Pour la faune sauvage, c’est compliqué. Déjà, il convient de rappeler sa dimension par rapport aux animaux domestiques. D’après le professeur Blondel du CNRS, les mammifères seraient 1261 millions de tonnes sur la planète. 67 % pour le bétail, 30 % pour l’homme, soit 97 %. Ne reste que 3 %… pour la baleine, l’écureuil, la musaraigne, le rhinocéros, etc. Ensuite, il y a cette habitude que nous avons de considérer l’animal sauvage à travers la notion d’espèce, de quota, de population, de globalité. Or ce sont des individus. Lors de l’Erika en 1999, je peux vous assurer que les centaines de milliers d’oiseaux touchés, c’était à chaque fois un individu agonisant…

Revenons au tigre. Un tigre a besoin de 50 km2 pour vivre, pour marquer son terroir. Un tigre a besoin d’être seul. Quand on le renferme dans une voiture-cage de 9m2 de sciure, c’est tout simplement indécent, inacceptable, surtout quand il est en promiscuité avec des lions et autres tigres.

Julie Lasne, éthologue de terrain, spécialisée dans les animaux sauvages et consultante en communication

Julie Lasne © Antoine Bonfils

Forte de mon expérience sur le terrain, dans les jungles, les savanes, je l’affirme : les numéros animaux dans les cirques sont des actes de cruauté, tant au sens scientifique que politique, c’est-à-dire qu’ils sont contre-nature, ils vont à l’encontre de la biologie de l’animal, de ses besoins fondamentaux, comportementaux. Il faudrait arrêter de faire croire à la relation d’amour avec ces animaux, qu’on peut obtenir ces numéros via des friandises,

J’ai apporté les photos de travail d’un des plus grands dresseurs de cirque, testament posthume qu’il a confié à Pita : on voit que les éléphanteaux sont ligotés au sol pendant trois semaines d’affilée vingt-trois heures par jour. Pour obtenir qu’un éléphant se lève sur ses pattes arrière, on leur plante une lame dans les pattes avant, de façon à ce que, s’il perd l’équilibre, la lame les blesse… Les muscles de l’éléphant ne sont pas proportionnels à sa taille, ses pattes arrière ne peuvent supporter que 40 % de son poids. Si on l’oblige à se dresser debout, il doit supporter les poids de son corps plus celui de sa tête, ce qui aboutit à des déformations des pattes et des problèmes articulaires. D’où le taux de 50 % d’euthanasie chez ces animaux-là. Un éléphant dans la nature vit 60 ans, dans les cirques et en captivité, en moyenne 30 ans. Un tigre, un fauve vit dans la nature 16 ans, en captivité il est censé pouvoir vivre 25-30 ans ; dans les cirques, vous n’en verrez jamais au-delà de 10 ans. A partir de 8 ans, il va commencer à devenir trop dangereux pour son dompteur. La question : où passe-t-il ensuite ? Il passe dans les réseaux…. D’où notre action, et notre rapport élaboré avec Code Animal, pour obliger les gouvernements à être plus vertueux.

Manuel Mersch, vétérinaire, président de Véthique, Association Vétérinaire Pour le Respect et la Dignité de l’Animal

Manuel Mersch © Antoine Bonfils

Véthique est une association vétérinaire créée il y a un an et demi qui a pour but de promulguer l’idée que les vétérinaires, s’ils sont bien sûr là pour soigner, ont aussi le devoir de protéger.

Conformément à son code de déontologie, le vétérinaire a obligation de soins d’urgence à un animal. Nous sommes donc amenés à exercer médecine et chirurgie sur un animal sauvage selon notre degré de compétence. Le vétérinaire est aussi sentinelle de l’état de santé de la faune sauvage en exerçant, non pas une surveillance sanitaire qui reposerait uniquement sur les maladies, mais une bio-surveillance de la faune. Un animal ne vit pas sans rien, il vit dans un milieu naturel. Les populations d’animaux sauvages peuvent être soit vecteurs, soit réservoirs d’agents pathogènes partagés avec l’homme ou les animaux domestiques. Elles peuvent être révélateurs également de problèmes de santé qui résultent des pollutions ou des changements environnementaux, naturels ou humains. Enfin, le vétérinaire a un rôle d’information et de communication auprès des publics, ce rôle-là est tout aussi important pour expliquer la biologie des espèces animales, leurs impératifs et leur habitat naturel.

Si nos connaissances scientifiques ont progressé, force est de reconnaître un changement sociétal inexorable aux dépens de la faune et de la flore. Que faire alors ? Revenir vers le jeune public avec une pédagogie tournée vers le vivant. Au nom d’un prétendu principe de précaution -risques d’allergie, de zoonose-, il n’y a quasiment plus d’animal de compagnie en classe. Revenons aux classes vertes, aux sorties scolaires en forêt. En se plongeant dans le livre de la nature, des vocations précoces pourront alors naître en faveur de nos amis les animaux.

Sur le dilemme d’Allain avec le tigre, je me demande si – et à l’époque j’aurais fait comme lui – le mieux n’aurait pas été de montrer l’image en effet. Car l’important ce n’est pas notre sensibilité, c’est l’efficacité. L214 l’a montré, et il faut avoir du courage pour affronter quelque chose qu’on déteste. Ce sont des citoyens qui ont pris les choses en main, qui ont fait les images eux-mêmes pour dénoncer des choses. Jusqu’alors dans les médias, on disait « c’est trop négatif, ça va faire fuir tout le monde », en fait ça a touché tout le monde.

Pour ce qui est des animaux sauvages, nous sommes peu à en parler dans les médias. La plupart sont des vétos, d’ailleurs, on me demande toujours si je suis véto, ça m’agace : les animaux ne sont pas toujours malades ! On peut aussi en parler autrement que pour le vaccin du chat, on peut montrer l’écureuil et la mésange qui sont passionnants.

Comment faire ? Il faut se mettre à la place des autres, et là on a du mal. On a souvent une culture scientifique, et le scientifique c’est à peu près le contraire de la communication. C’est exhaustif, ça veut tout dire. Une des clés, c’est parler le langage de tout le monde, raconter aux gens ce qu’ils peuvent voir eux-mêmes. Qu’ils se réapproprient leur patrimoine naturel, qu’ils s’intéressent à nouveau aux mésanges, aux papillons, parce qu’aujourd’hui, un enfant sait reconnaître les logos de marques industriels mais pas un paon-du-jour d’une tortue, et c’est dommage.

Yves Paccalet, journaliste, écrivain, réalisateur, membre des JNE

Yves Paccalet © Antoine Bonfils

Dans le hameau de montagne où je suis né en 1945, il y avait les animaux dits utiles, dont on pouvait utiliser le lait, la viande ou la force de travail. Il y avait les animaux nuisibles – le renard qui mangeait les poules, par exemple. Et puis il y avait les animaux qui ne servaient à rien, qui étaient loin, qu’on voyait de temps à autre, dont on ne savait ni le nom ni les mœurs. Cette simplicité-là allait avec une civilisation agricole et pauvre, ce qui est encore le cas pour l’essentiel des humains aujourd’hui.

Adulte, je suis parti pendant une vingtaine d’années avec Cousteau. On a vu beaucoup de spectacles extraordinaires, et on a vu déjà beaucoup de destructions. On est devenus de moins en moins explorateurs, mais de plus en plus défenseurs de l’environnement et des animaux. On parlait du tigre maintenu en cage, on a eu très vite le même raisonnement avec le dauphin, ces animaux qui parcourent plus de deux cent kilomètres par jour, et qu’on maintient dans des bassins. Toutes les découvertes récentes montrent notre parenté étroite avec non seulement les grands singes mais aussi les dauphins qui sont intelligents, ont une conscience.

Un point, qu’on oublie quand on fait de l’écologie, me paraît essentiel : les animaux et les plantes sont dans notre culture. Nous sommes, depuis le début de notre civilisation, en relation avec des animaux. Nous ne pouvons pas envisager la culture occidentale s’il n’y a pas tous les animaux des Fables de La Fontaine, on ne peut pas comprendre la culture des Inuits s’il n’y a pas le mythe de Sedna et les animaux qui vont avec, Je crois que la destruction que nous sommes en train de faire, nous les hommes, de la faune et de la flore sauvage, c’est non seulement une destruction de l’écosystème, une destruction du vivant, mais c’est aussi une destruction de nos cultures humaines. C’est une façon de priver, nous, égoïstes adultes, nos enfants d’une grande partie de leurs rêves. Les animaux ne sont pas seulement des espèces utiles, dont on a besoin pour toutes sortes de raisons. Ce sont des espèces dont les enfants ont besoin pour rêver.

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