RENDEZ-VOUS JNE

Le lancement de l’annuaire 2019 des JNE à la Maison des Acteurs du Paris durable

C’est à la Maison des Acteurs du Paris durable que les JNE ont fêté le 28 mars dernier la sortie de leur annuaire 2019.

par Laurent Samuel

Richard Varrault, président des JNE, et Ana P. Souza Da Silva, animatrice de la Maison des acteurs du Paris durable, lors du lancement de l’annuaire 2019 des JNE, le 28 mars 2019 à la Maison des acteurs du Paris durable – photo Antoine Bonfils

Une petite vingtaine d’adhérents des JNE avaient fait le déplacement, dont notre doyen, Philippe  Saint-Marc (90 ans). Ana P. Souza Da Silva, l’une des animatrices de la Maison des Acteurs du Paris durable, nous a présenté les activités de cette antenne de la mairie de Paris installée dans une école du Marais, au 21 rue des Blancs Manteaux. Cette Maison se définit comme un « lieu d’animation et d’accueil des évènements organisés par les « Acteurs du Paris durable »», telles que, dans les prochaines semaines, la Quinzaine du commerce équitable ou la Fête de la Nature. Son slogan : « Un projet commence toujours par une rencontre… »

Richard Varrault, président des JNE, a présenté l’annuaire – une « cuvée » très spéciale pour le 50e anniversaire des JNE – remis à chaque participant, avant de détailler les événements et festivités programmées pour célébrer les 50 ans de notre association, avec le congrès-anniversaire qui a lieu du 17 au 19 mai dans le Parc naturel régional des Pyrénées catalanes, une journée d’études sur l’histoire des JNE prévue aux archives nationales le 17 octobre, et un colloque sur les plantes le 5 décembre.

 

Merci à l’équipe de la Maison des Acteurs du Paris durable pour son accueil.

Compte-rendu du colloque des JNE « Effondrement ou transformations »

Voici le compte-rendu du colloque des JNE « Effondrement ou transformations », qui s’est tenu le 19 mars 2019 dans la salle Jean Dame (Paris IIe), en présence de 80 à 100 personnes. Les débats étaient animés par Hervé Kempf, de Reporterre, partenaire de ce colloque avec Adrastia et l’institut Momentum.

par Anne-Claire Poirier

Colloque JNE Effondrement ou transformations, 19 mars 2019. De g. à d., Virginie Maris, Corinne Morel-Darleux, Hervé Kempf, Agnès Sinai, Arthur Keller, Richard Varrault, Yves Cochet – photo Antoine Bonfils

Introduction : Richard Varrault, président des JNE

« Au centre de votre cerveau, un petit ensemble règle d’une « main » de maître tout ce que vous faites : le striatum. »

Je vais vous entretenir d’un petit ensemble au centre de votre cerveau qui règle d’une « main » de maître tout ce que vous faites : le striatum. Cet organe nous gouverne depuis toujours, la survie c’est son truc, il a la main sur les fonctions indispensables à la survie : manger, copuler, explorer, conquérir, dominer. Chaque action positive dans ces domaines, il récompensera de dopamine son possesseur ou sa possesseure. Les femmes et les hommes sont équipés de ce commandant de bord qui ne supporte pas la contrariété. Des souris, amputées de leur striatum, se sont laissées mourir de faim. Elles n’exploraient plus leur environnement, elles avaient perdu l’envie de vivre. De la sorte on ne peut amputer l’Homme de son maître, mais on peut subtilement lui apprendre que de bonnes actions pour son environnement peuvent aussi donner lieu à des récompenses, la dopamine…
Si vous avez envie d’explorer une partie du bazar que ce petit élément à fait sur la planète, vous pouvez lire le livre de Sébastien Bohler, Le bug humain, pourquoi notre cerveau nous pousse à détruire la planète et comment l’en empêcher… (Editions Robert Laffont, 2019).

Yves Cochet (à d.) lors du colloque des JNE Effondrement ou transformations du 19 mars 2019. A g., Arthur Keller – photo Antoine Bonfils

Yves Cochet : écologiste, ancien ministre de l’Environnement (2001-2002), collapsologue

« L’effondrement est notre destin »

Je suis convaincu désormais que l’effondrement est inévitable et inéluctable dans les 10-15 ans qui viennent. Qu’entend-t-on par effondrement ? Il s’agit d’un processus systémique et mondial à l’issue duquel les besoins de base ne sont plus fournis à la population par les services encadrés par la loi et où les gouvernements ne sont plus en possession des pouvoirs régaliens.

Certains assurent que l’on pourra s’en tirer par des progrès incrémentaux, je ne suis pas d’accord. Nous sommes en train de franchir des seuils dans plusieurs domaines qui entraînent des rétroactions positives et font de la terre un automate incontrôlable. Trop souvent en politique, les gens pensent qu’en échangeant des opinions, tout va s’arranger. La nature n’a pas d’opinion, elle a une logique froide.

Je place le nucléaire en tête des menaces, mais aussi l’extinction d’espèces cruciales (phytoplanctons, pollinisateurs, etc.) et les pandémies. Ce ne sont pas des faits linéaires. Par exemple, la fonte du pergélisol provoquerait un relargage massif de méthane, accélérant massivement le réchauffement climatique.

Que reste-t-il à faire ? Réduire les souffrances et le nombre de morts. Pour cela, je ne vois qu’un seul moyen politique, c’est de mettre en place une économie de guerre avant la guerre. Ça n’a jamais existé dans l’histoire. Il faut donner le pouvoir aux localités afin qu’elles préparent l’autosuffisance alimentaire et énergétique. C’est précisément à cause de cette non-préparation de l’effondrement que celui-ci est probable, voire certain…

Arthur Keller lors du colloque des JNE « Effondrement ou transformations » le 19 mars 2019. A g., Agnès Sinai – photo Antoine Bonfils

Arthur Keller, ingénieur, auteur, conférencier et explorateur de voies de résilience

«  Il faut déconstruire les faux espoirs pour construire des espoirs lucides »

La partie naturelle du monde est déjà en état d’effondrement. Ceci n’est pas une opinion, ce sont des faits scientifiques. En voici quelques exemples :
– on recense quatre fois plus de zones mortes aujourd’hui qu’en 1950…
– le pergélisol fond plus vite que les prévisions scientifiques…
– le vivant s’effondre : 60 % des vertébrés ont disparu en 44 ans…
– l’IPBES (La Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques) assure que 75 % des sols au niveau mondial sont dans un état critique et la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) avertit d’un risque de famine mondiale…

Le problème aujourd’hui est que la façon d’aborder la thématique de l’effondrement passe à côté de sa nature profondément systémique. Par exemple, le dérèglement climatique est présenté comme le problème, or c’est une conséquence. Le problème est thermo-dynamique.

La problématique étant systémique, il faudrait donc que les solutions soient systémiques. Or nous n’en avons pas, nous savons même pas ce que c’est. Les solutions dont on nous parle n’en sont pas, l’impératif de croissance demeure et nous cherchons à préserver le système par la science ou la technique. Ce solutionnisme appuyé sur des technologies de toutes sortes (cleantech, smartech, etc.) ne fait que rajouter des couches de complexité et rend le système encore plus vulnérable. L’optimisation est à l’inverse de la résilience…

Trois actions sont aujourd’hui nécessaires :
– Déconstruire les faux espoirs pour construire des espoirs lucides ancrés dans les actes et les territoires. Par exemple, on peut tenter aujourd’hui un certain type d’activisme, mais il est vain de demander à nos gouvernants de résoudre les problèmes climatiques… D’autre part, il ne faut pas occulter la quantité de souffrance que comprend l’effondrement. Au contraire, il faut en parler autour de nous…. et il ne faut pas occulter la quantité de souffrances que cela comprend.
– Entrer en résistance contre le système : il faut des gens pour se mettre devant le bulldozer afin de limiter l’ampleur et la violence de l’effondrement…
– Entrer en résilience et construire des sociétés en parallèle de celle-ci. Cela va se passer au niveau local ou ça ne se passera pas. Ainsi, à mesure que les choses vont se tendre dans la société A, les gens pourront migrer vers des sociétés B. Il y aura une grande descente industrielle. En anticipant, on peut espérer une amélioration qualitative de nos modes de vie en temps d’effondrement.

Corinne Morel-Darleux au colloque des JNE sur « Effondrement ou transformations », le 19 mars 2019 à Paris. A g., Virginie Maris. A d., Hervé Kempf – photo Antoine Bonfils

Corinne Morel-Darleux, Conseillère régionale Auvergne Rhône Alpes, membre du bureau de la Fondation Copernic et du Mouvement Utopia

« Chaque combat pour un dixième de degré vaut la peine d’être mené »

Après onze ans de militantisme politique, je suis obligée aujourd’hui de changer de mode d’action politique. Les scientifiques ont fait leur travail, maintenant c’est à nous de prendre le relais. Et ce n’est n’est pas la peine d’attendre que les gens changent progressivement. Nous devons nous mettre dès aujourd’hui en mode pré-guerre : modes de vie, relations aux autres, etc.

Je préconise plusieurs actions :
– Continuer à alerter même s’il y a de plus en plus d’articles sur l’effondrement car le lien n’est pas encore fait avec l’économie capitaliste, etc. Le climat est traité comme un bulletin météo par les médias. Or chaque dixième de degré sur le thermomètre planétaire sera pire que le précédent en termes d’impacts. Chaque combat pour un dixième de degré vaut donc la peine d’être mené ;
– Organiser le pessimisme pour ne pas avoir des individus déboussolés mais plutôt que cela débouche sur des actions collectives pour préserver ce qui doit l’être. Par exemple, il est important de continuer à s’interposer face aux grands projets inutiles et destructeurs. En outre, les actions qui visent à protéger les écosystèmes sont les mêmes que celles qui nous préparent à l’après-effondrement : l’agriculture urbaine, la sobriété énergétique, etc. L’enjeu c’est faire en sorte qu’on puisse vivre de façon digne et décente, y compris pendant l’effondrement. Il y a aussi un aspect social qui vient renouveler la question de la lutte des classes : les pauvres (et les femmes) sont déjà les premiers à souffrir… il faut réfléchir à ce que l’effondrement soit le moins inégalitaire possible.
– Arrêter de se taper les uns sur les autres ! C’est désespérant de retrouver les mêmes querelles dans le milieu politique et associatif. Car oui, nous avons besoin que Cyril Dion nous raconte de belles histoires et que Deep Green Resistance nous apprenne les stratégies de guerre. Il faut archipelliser les îlots de résistance afin que chacun soit à son poste mais avec stratégie commune. D’autre part, les choses doivent se construire à la bonne échelle, celle du collectif. Les survivalistes se leurrent tous seuls dans leur coin.

Quid de la répression ? Nos sociétés sont des machines à annihiler le vivant. Les espèces ne disparaissent pas, nous les exterminons. Où est le seuil où on considère qu’il faut partir en résistance ? Est-ce qu’on y est ou pas ? Que faut-il pour qu’on sorte de la léthargie ?
C’est précisément parce que l’Etat ne tolère rien qu’il faut revoir nos modes d’action. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, la résistance a pris le maquis : sabotage et résistance armé. Il y a un sens de l’auto-défense à reconquérir car cela sera bientôt nécessaire… Il faudrait au moins pouvoir en discuter.

Virginie Maris au colloque des JNE sur « Effondrement ou transformations » le 19 mars 2019 à Paris – photo Antoine Bonfils

Virginie Maris, chercheuse au CNRS en philosophie de l’environnement

« Ce qui nous scandalise véritablement, c’est que ça nous arrive à nous »

Avec l’effondrement, il y a le problème de l’incommensurabilité : accélération de l’effondrement de la biodiversité alors que la temporalité humaine stagne et peine à faire du sens, à changer.

Le temps nous dit quelque chose d’autre : il y a la flèche du temps ascendante, héritée de la modernité, qui dit que le simple passage du temps nous garantit le progrès. Et puis il y a une autre flèche où le présent porte déjà un futur morbide. En fait, les conditions présentes encapsulent tous les futurs possibles. Il faut retenir que dans la nature, ce qui règne c’est l’aléa. Donc on doit s’abstenir de laisser les forces mortifères qui nous ont mis dans cette situation dicter des solutions et déterminer le futur. Il faut plutôt penser qu’il y a une indétermination radicale chez l’humain et s’ouvrir à une créativité radicale, y compris dans la lutte : les révolutions réelles sont inattendues et ne sont pas déjà codées.

Le vivant s’effondre, c’est un fait. Mais les chiffres invisibilisent alors que l’effondrement est déjà éprouvé et vécu par des millions de gens. En fait, ce qui nous scandalise véritablement ,c’est que ça nous arrive à nous, sociétés développées et industrialisées, que dans dix ans nous allons vivre comme des Syriens ou des Tchétchènes… Je suis surprise par mon propre égoïsme : pourquoi ça me scandalise que ça m’arrive à moi ? Il faut accepter que ce n’est pas toute la planète qui va s’effondrer avec nous. Accepter qu’on a un gros problème en temps que société moderne capitaliste mais ça ne doit pas nous aveugler à ce qui se passe à côté. C’est pourquoi, on ne doit pas délaisser la protection du monde sauvage et continuer de s’inspirer d’autres façons d’être au monde. Après l’effondrement, il faudra certes pratiquer l’agriculture et l’énergie, mais il faudra aussi savoir créer du vivre-ensemble, savoir faire société…

Agnès Sinai au colloque JNE « Effondrement ou transformations » le 19 juin 2019. A g., Hervé Kempf – photo Antoine Bonfils

Agnès Sinaï, journaliste environnementale et enseignante, co-fondatrice de l’Institut Momentum

« Une société complexe comme la nôtre peut se simplifier »

Nous travaillons sur un scénario d’évolution de l’Ile-de-France comme biorégion en 2050 : imaginer qu’une société complexe comme la nôtre peut se décomplexifier, se simplifier… Il s’agit soit d’un antidote à l’effondrement, soit d’une solution post-effondrement.

Il s’agit de travailler sur une politique qui rompt avec l’imaginaire de croissance (y compris croissance verte et transition énergétique) et opte pour un programme de résilience et d’interruption du temps linéaire (arrêt de la mobilité de masse par exemple en passant de 5 millions de véhicules en Île-de-France à 90 000).

Dans le modèle politique biorégional, les actifs travailleront dans le domaine agricole : polyculture et maraîchage intensif des 600 000 hectares de terres arables en Île de France, arbres comestibles partout dans la ville. Les départements périphériques accueilleront les ex-Parisiens.

Il y a également un programme de résilience énergétique locale : très forte descente énergétique (rationnement avec carte carbone régionale : 1 Teq pétrole/an/personne).

Nous travaillons aussi sur l’initiative Karma : un pôle de low tech/agroforesterie en lieu et place du projet Europa City.


VOIR VIDÉOS DU COLLOQUE 
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L’arbre champêtre, un allié indispensable contre le changement climatique

Voici le compte-rendu du petit-déjeuner JNE du 23 octobre 2018 à la Fondation pour le progrès de l’homme.

par Carine Mayo

Intervenants
Frédéric Coulon : Paysagiste et agronome (Solagro, Afac-agroforesteries)
Sylvie Monier : Directrice de la mission haies Auvergne, cofondatrice de l’Afac-agroforesteries
Christophe Pinard : chargé de mission Bureau changement climatique et biodiversité au ministère de l’agriculture et de l’alimentation, coordinateur du plan de développement de l’agroforesterie
Claude Fromageot : directeur de la Fondation Yves Rocher, partenaire de l’Afac-agroforesteries dans le cadre du programme Plantons pour la planète.
Débat animé par Jean-Philippe Beau-Douëzy, membre des JNE

D’après Frédéric Coulon, agronome et représentant de l’association Solagro, il reste aujourd’hui en France 850 000 kilomètres de haies. En moins d’un demi-siècle, deux millions de kilomètres de haies ont été arrachés et 7000 à 8000 kilomètres de haies disparaissent encore chaque année. Or il faudrait inverser la tendance et planter 750000 km de haies d’ici 2050 selon le scénario de transition agricole et énergétique Afterres 2050 conçu par Solagro.

En effet, l’arbre rend de nombreux services. L’un des moins connus est l’intérêt de son feuillage comme fourrage pour les troupeaux. Les feuilles apportent certains éléments qui dynamisent la digestion et favorisent l’approvisionnement en minéraux des animaux. Il est aussi utile de planter des arbres pour favoriser un effet brise-vent et limiter l’érosion des sols. De plus, les arbres stockent de l’eau sous les parcelles. Intéressant, quand on sait qu’aujourd’hui il y a un déficit de précipitations de 40 mm d’eau chaque année dans le sud-ouest et que les modèles climatiques prévoient un doublement de ce déficit en 2040. Globalement, un mètre de linéaire de haie permet de stocker entre 3 et 5 m3 d’eau. Un kilomètre de haie à maturité permet également de stocker 130 tonnes de CO2. Si l’on plantait 750000 kilomètres de haies d’ici 2050 et si l’on développait 100000 hectares d’agroforesterie, on pourrait compenser environ 10 % des émissions de CO2 de l’agriculture en 2050.

Un plan pour l’agroforesterie

« En 2012, Stéphane Le Foll a lancé le projet Agroécologie pour la France accompagné de plusieurs plans dont celui sur le développement de l’agroforesterie le 17 décembre 2015 », explique Christophe Pinard, chargé de mission biodiversité et agroforesterie au sein du ministère de l’Agriculture. Ce plan comporte cinq axes : recherche, questions juridiques et financières (la PAC intègre une mesure en faveur de l’agroforesterie), formation, valorisation économique, international. Un dispositif de suivi de l’évolution du bocage a été mis en place et une deuxième version de ce plan devrait voir le jour pour 2020 avec une déclinaison régionale. D’ores et déjà, trois régions se montrent très dynamiques : la Normandie, la Corse et l’île de la Réunion (plantations de café et de cacao en agroforesterie). Toutefois, on continue à arracher plus de haies qu’on en plante. Ce peut être lié à des chaudières surdimensionnées dans certaines régions, mais aussi à des résistances des agriculteurs. « Beaucoup d’agriculteurs considèrent qu’une haie représente une gêne pour tourner avec les machines, et coûte cher à entretenir », explique Sylvie Monier, chargée de la mission Haies Auvergne Rhône-Alpes.

Changer de regard

Il faut inverser cette vision négative et montrer que le bocage peut être un soutien à la production agricole et que la biomasse produite peut avoir une valeur économique. On passe d’une vision de l’arbre « décor » à une vision de l’arbre utile, source de revenu, souligne Sylvie Monier. Dans le contexte du changement climatique, il est intéressant de savoir qu’une température au-delà de 30° C entraîne l’échaudage du blé qui arrête de remplir son grain. Quand ça arrive au printemps, cela conduit à une perte de rendement importante. L’ombre, la transpiration des arbres, permettent d’atténuer la chaleur et de gagner quelques jours de rendement en plus. L’arbre agit comme un tampon climatique : il permet d’atténuer les excès de chaud, de froid, d’eau. Un service également bénéfique pour les éleveurs. Dès qu’il fait très chaud, les animaux souffrent. Il y a beaucoup de mortalité, l’été, dans les bâtiments. Sous un arbre, il y a 10 degrés de moins.

Planter avec les agriculteurs

Cet hiver, la mission Haies Auvergne va planter 25 kilomètres de haies avec 200 agriculteurs et deux techniciens. Il y a de grandes disparités dans le financement et l’aide de la Fondation Yves Rocher permet d’homogénéiser le financement des agriculteurs sur tout le territoire. « On va atteindre avec la Fondation la plantation de 3 millions d’arbres depuis 2010, soit 3000 km de haies (un arbre tous les mètres) », note Sylvie Monier. L’Afac-Agroforesteries a développé la marque Végétal local, qui permet d’utiliser une grande diversité de graines adaptées à chaque région avec une trentaine de structures dont une dizaine de pépinières spécialisées en plants d’arbres et d’arbustes. Pour l’agriculteur, la haie est une source de biomasse dont le principal intérêt est que l’on peut la récolter quand on veut, à la différence des céréales qui se récoltent chaque année au même moment. Si demain, on gère la haie beaucoup mieux, en recréant des arbres têtards (trognes), récoltés régulièrement, on va produire entre 4 et 10 fois plus de biomasse. La haie peut aussi fournir des plaquettes de bois qui peuvent avantageusement remplacer la paille pour la litière des animaux. Intéressant, d’autant que la paille a doublé de prix cette année avec la sécheresse. L’AFAC accompagne aussi les communes pour qu’elles installent de petites chaudières et travaille avec le ministère sur un label de bois issu de bocage géré durablement.

L’aide de la fondation Yves Rocher

« Le village de La Gacilly, d’où était originaire Yves Rocher, n’a pas fait le remembrement, ce qui explique sans doute son attachement à l’arbre », indique Claude Fromageot, directeur de la fondation Yves Rocher. Cet attachement se traduit par une action de mécénat qui a conduit cette fondation à soutenir l’AFAC-agroforesteries depuis dix ans. En France, 400 kilomètres de haies ont été plantés par an. La fondation intervient aussi à l’international et a favorisé des échanges, par exemple entre des planteurs mexicains et français. Aujourd’hui, 82 millions d’arbres ont été plantés et l’objectif est d’atteindre la plantation de 100 millions d’arbres. « Planter des arbres nous remet en connexion avec la nature. La haie est un tiers-lieu végétal. Elle permet de recréer de la vie sociale et la notion de bien commun pour refaire corps social » souligne Claude Fromageot.

Quelles aides de la PAC ?

Depuis 2015, il y a des mesures de conditionnalité pour obtenir des aides pour le maintien et la création de haies, notamment la mesure BCAE7. Ces mesures ont une application régionale. Par exemple, dans les Pays de Loire, elles ne s’appliquent pas aux prairies ! « Aujourd’hui, un agriculteur qui a une haie dont l’emprise peut atteindre 10 mètres au sol touche une prime sur l’intégralité de sa surface agricole y compris la haie et peut avoir jusqu’à cent tiges d’arbres par hectare. Il n’y a donc pratiquement pas de limite à la plantation d’arbres pour obtenir la prime PAC », explique Sylvie Monier. Un arbre isolé compte aussi comme surface écologique et peut aider l’agriculteur à atteindre les 5 % de surfaces écologiques qui vont lui permettre d’obtenir les paiements verts de la PAC qui peut représenter une somme importante par rapport aux revenus très bas de certains. Mais on revient de loin : avant, l’arbre était exclu de la zone primée, l’arrachage était autorisé et les haies devaient faire moins de deux mètres de large. Aujourd’hui, la situation a changé. Ainsi, l’AFAC agroforesteries reçoit de plus en plus de demandes d’aides pour la plantation d’arbres et l’on est passé de 400 000 arbres plantés par an à 600000 arbres. Un observatoire national de suivi de ces plantations est en place sur le choix des essences, les motivations des agriculteurs, le type d’implantation…

Les arbres de bord de route sont menacés

« Quand il s’agit de sécurité, de fibre ou de réseaux à faire passer le long des routes, l’arbre n’est jamais respecté », relève Sylvie Monier. Mais la prise de conscience arrive au sein des conseils départementaux. Dans le département de l’Allier, on ne taille plus les haies au carré mais de manière latérale et en hauteur, ce qui les laisse pousser. Les haies sont entretenues et le conseil départemental cherche à valoriser le bois récolté pour chauffer les collèges. En Haute-Garonne, le bois déchiqueté est utilisé comme paillage lors de plantations de nouvelles haies. Du coup, on réfléchit à la façon de gérer les arbres et ils sont davantage respectés. En outre, la loi du 8 août 2016, pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages comporte des mesures nouvelles de protection des alignements d’arbres de bord de route.

Coopération internationale

Les échanges avec des planteurs mexicains ont permis de conforter l’idée que les graines de plantes végétales locales poussent mieux. En zone tropicale, le développement de l’agroforesterie consiste souvent à retrouver des pratiques anciennes abandonnées « comme au Togo où l’on trouve des systèmes à plusieurs étages comme dans les forêts comestibles décrites par Robert Hart en Angleterre », note Jean-Philippe Beau-Douëzy. Si l’on ne pratique pas l’agroforesterie en Afrique, on verra les sols disparaître. La question se pose aussi pour les sols européens. « Pour le moment, ils contiennent 1,5 % de matière organique, mais au-dessous de 1 %, c’est la désertification », explique Frédéric Coulon, de Solagro.

L’Europe soumise au risque de désertification

Ainsi, des études montrent que la moitié des sols agricoles européens est soumise au risque de désertification. Avec le changement climatique, la vitesse à laquelle le carbone est consommé par les bactéries et les champignons va augmenter. Si l’on n’enclenche pas un processus fort de plantation d’arbres pour remettre du carbone dans le sol, on ne s’en sortira pas. Les lycées agricoles commencent à s’intéresser à l’agroforesterie. Ainsi, le lycée agricole de Montluçon a mis en place une expérimentation de litière sur plaquettes de bois pour des vaches. Sur 189 établissements agricoles publics en France, 80 ont un enseignement d’agroforesterie. Pour que ça marche, il faut arriver à faire passer l’idée que l’écologie n’est pas une perte d’argent. L’effet de brise-vent d’une haie peut amener une amélioration du rendement de 30 % sur l’espace protégé par la haie une année sèche. Avec 200 euros, on peut créer un parcours arboré pour des volailles. Mais au-delà, à travers la plantation d’arbres, c’est un nouveau rôle qui échoit aux paysans, plus en lien avec les attentes de la société.

L’introduction du colloque des JNE sur la condition animale

Voici le compte-rendu de l’introduction du colloque des JNE sur la condition animale, qui a eu lieu le 7 septembre 2018.

Accueil de Jacques Boutault, maire du 2e arrondissement de Paris

Jacques Boutault ©Antoine Bonfils



Mettre en œuvre l’écologie implique une vraie volonté politique d’agir. Or nous sommes face à une situation où les pouvoirs publics continuent à donner des passe-droits aux chasseurs, à autoriser le massacre des oiseaux par exemple, incapables de faire le lien entre leurs discours, les constats scientifiques et l’action qu’il faudrait mener de toute urgence.

A notre niveau dans le 2e arrondissement, les élèves peuvent s’alimenter de façon non carnée dans les cantines. Au-delà de l’acte concret, cela permet de contribuer à l’éducation de la jeunesse pour que ceux-ci, une fois adultes, comprennent qu’on peut changer leurs habitudes et que la priorité est de sauver cette nature qui est en train de mourir sous nos yeux, cette nature dont nous sommes issus.

Georges Chapouthier, neurobiologiste, philosophe, membre des JNE

Georges Chapouthier © Maurice Chatelain

La sensibilité animale prend un tour décisif au XVIIe siècle avec Descartes. Qui dit en substance : le corps humain et le corps animal sont des objets, mais l’homme échappe à ce statut d’objet parce qu’il a une âme qui provient de Dieu. La conséquence positive de ce dualisme cartésien, c’est le développement de la science : puisque le corps est un objet matériel, on peut le disséquer, l’analyser…. La négative, c’est d’avoir traité les animaux comme des machines, et souvent de façon abominable.

Curieusement, à force d’étudier le corps des animaux, on a pu constater qu’ils fonctionnaient comme nous. Qu’ils mangeaient, respiraient comme nous, avaient de l’affection, de la sensibilité comme nous. Avec le développement de la théorie de l’évolution, on s’est aperçu que non seulement l’homme est proche de l’animal par ses mécanismes biologiques et génétiques, mais qu’il est issu de l’animalité.

Hors quelques-uns – les éponges, les vers solitaires – l’écrasante majorité des animaux, des huîtres à l’orang-outan en passant par l’abeille, a une sensibilité qu’on appelle nociception, soit la capacité d’avoir des récepteurs dans le corps qui alertent l’organisme si quelque chose de dangereux se manifeste – trop grande chaleur, froid, etc.

Chez les animaux plus céphalisés, au système nerveux plus complexe, la nociception existe toujours, mais, lorsqu’elle comprend une part d’émotion, on parlera de douleur, lorsqu’elle s’accompagne d’une part de cognition ou conscience, on parlera de souffrance.

Un mot assez commode permet de séparer les animaux qui n’ont qu’une nociception brute, réflexe, comme les moules par exemple, de ceux qui ont une nociception plus compliquée, plus cognitive, comme le chimpanzé : la sentience (nociception + conscience).

Quid des invertébrés ? Prenons les céphalopodes, comme la pieuvre et la seiche. Sur le plan anatomique, ce sont des escargots transformés, mais, sur le plan intellectuel, ils font des choses extraordinaires, très proches de ce que font certains mammifères ou oiseaux. On a des raisons de penser qu’ils ont une forme de conscience, de leur environnement au moins, et que des régions de leur cerveau correspondent au cortex cérébral. On suppose que quand ils changent de couleur par exemple, ils manifestent des émotions. Tout cela est à l’étude.

Si, effectivement, les animaux ne sont plus des machines, s’ils ressentent douleur, souffrance, ne faut-il pas les traiter mieux que nous les traitons ? Longtemps la morale traditionnelle ne s’est intéressée qu’aux hommes. Peu à peu des penseurs ont défendu l’idée qu’il y avait une morale à avoir aussi vis-à-vis des animaux. Aujourd’hui, on se demande : peut-on faire n’importe quoi avec l’environnement ? Du coup, beaucoup demandent qu’il y ait une morale plus unitaire, qui respecterait à la fois les hommes, les animaux, l’environnement. Cela ne veut pas dire qu’il faut traiter les trois sur le même pied. L’une des meilleures façons de le faire, c’est la Déclaration universelle des droits de l’animal de 1989 qui considère qu’il faut respecter les animaux, leur donner des droits, mais dit aussi qu’ils ne sont pas tous équivalents, qu’ils ont des besoins qui diffèrent, que le besoin de la moule n’est pas celui du chimpanzé, qu’il faut aussi tenir compte des équilibres naturels, que l’homme n’a pas a priori à intervenir quand il y a un conflit entre un tigre et un daim… Cette Déclaration, enfin, se distingue clairement de la Déclaration des droits de l’homme. C’est important : s’il faut donner des droits aux animaux parce qu’ils sont sensibles, il ne faut pas confondre droits de l’animal et droits de l’homme.

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Toutes les vidéos du colloque sur la condition animale en ligne sur le site des JNE

L’intégralité des captations vidéo des tables-rondes du colloque JNE  sur l’amélioration de la condition animale est désormais disponible en ligne sur ce site, ainsi que sur la toute nouvelle chaîne YouTube des JNE.

Colloque des JNE sur la condition animale : la table-ronde sur le sort des animaux d’élevage. De g. à d., S. Dinard, L. Charbonneaux, H. Kempf, C. Pelluchon et B. Gothière © Antoine Bonfils

Le message de bienvenue de Jacques Boutault, maire du 2e arrondissement de Paris, et l’introduction du biologiste Georges Chapouthier : c’est ici.

La table-ronde « comment intéresser le public au sort de la faune sauvage » : c’est là.

La table-ronde « comment améliorer le sort des animaux d’élevage ? » : c’est ici.

La table-ronde « quels droits donner aux animaux ? »: c’est là.

Quant à la chaîne YouTube des JNE, vous la trouverez ici.

Merci à Michel Cros et à Pierre-Yves Touzot pour la captation et la mise en forme de ces enregistrements vidéo.

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