OPINIONS ET DEBATS

Nature férale, nature géniale

Prendre en compte la féralité signifie de reconnaître que les sociétés humaines n’ont pas de droit absolu sur les terres qu’ils ont occupées et qu’ils continuent d’habiter.

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par Annik Schnitzler et Jean-Claude Génot

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La friche est un symbole de la nature férale, ici dans le Vercors diois – photo Jean-Claude Génot

Si la féralité a été définie par les zoologistes pour les animaux domestiques retournés à l’état sauvage (on parle d’espèce férale ou marron), puis par les botanistes pour les plantes échappées des cultures et naturalisées, les paysages en déshérence, évoluant spontanément tout en conservant les empreintes de leur passé cultural (ou tout autre usage) procèdent bien de la même logique. Un terme synonyme pourrait être celui de nature « ensauvagée».

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Dès lors tout milieu ayant fait l’objet d’un usage agro-sylvo-pastoral ou industriel puis abandonné et laissé à la dynamique spontanée peut être qualifié de féral.

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Les friches et les boisements spontanés ou accrus forestiers sont des exemples de nature férale.

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Le concept de féralité suppose de préciser trois notions :

1) L’impact de l’espèce humaine sur l’environnement naturel, la faune et la flore a été très important très tôt dans l’histoire de son expansion sur la planète : autour de 200 000 ans pour l’Afrique, 100 000 ans pour le Moyen Orient, 70 000 ans pour l’Eurasie, 50 000 ans pour l’Australie, 4  000 ans pour l’Europe, 15 000 ans pour l’Amérique. Cet impact ne trouve aucun équivalent, et surtout à une telle échelle, pour aucune autre espèce animale.

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2) La féralité repose sur une notion de génétique. Elle se définit comme l’aboutissement d’interactions génétiques constantes au cours du temps, au sein d’un même genre ou d’une même espèce entre taxons sauvages, cultivés et ensauvagés, avérées au niveau animal, végétal et microbien (Gressel, 2005). Ce processus est celui de la « dédomestication ». Les échanges contribuent à sélectionner des taxons naturalisés adaptés aux conditions écologiques locales, conduisant parfois à des formes invasives.

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Un exemple très actuel est celui de la vigne sauvage, native d’Europe, qui s’est continuellement croisée avec les cultivars et espèces ensauvagées depuis sa domestication, il y a près de 9 000 ans. Les complexes génétiques entre espèce sauvage, cultivars et formes ensauvagées menant à des espèces férales, se sont effondrés avec les maladies américaines, remplacés par d’autres complexes composés de cultivars, porte-greffes américains échappés, et parfois, dans les rares endroits, avec les populations reliques de vigne sauvage.

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Ces processus de dédomestication sont très fréquents dans la nature férale. Par extension, on peut aussi considérer que la dédomestication se produit à l’échelle de l’écosystème, par dédomestication des processus créés par l’anthropisation, qui agissent sur les gènes, les communautés et leurs interactions.

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3) La notion de féralité est associée à l’abandon de tout impact direct par l’homme pour des usages quels qu’ils soient. Cela n’implique pas le retour aux écosystèmes originels (début/milieu de l’Holocène) car certaines espèces (et donc certains processus) ont disparu, remplacés par d’autres espèces (et processus), en raison d’une anthropisation de plus en plus massive, surtout depuis l’ère industrielle.

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Dans les gorges de l’Allier, la forêt revient sur les fortes pentes – photo Jean-Claude Génot

.Au regard de la référence à la domestication, il semble pertinent de lier la définition de la nature férale aux époques où l’homme est passé du stade de chasseur-cueilleur à celui de producteur. La nature férale serait donc née à différentes époques dans le monde, lorsque l’homme a développé l’agriculture.

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Toutefois, il serait naïf et erroné de limiter l’impact de l’homme sur son environnement aux civilisations dites de production, opposant ainsi l’homme chasseur-cueilleur, considéré comme faisant partie de la nature, à l’homme défricheur et créateur de nouvelles espèces. Les témoignages de changements durables de l’environnement par les chasseurs cueilleurs sont certes moins nombreux que ceux liés aux conséquences de la domestication, mais suffisamment convaincants pour qu’on les prenne en considération. Citons, parmi les faits les plus connus (même s’ils sont très débattus), le rôle que l’homme a pu jouer dans l’extinction de la mégafaune à la fin du Pléistocène dans les deux Amériques, en Australie et en Eurasie.

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Mais c’est l’avènement du Néolithique qui marque une étape importante dans la transformation des paysages par l’homme. Ainsi la nature férale la plus ancienne serait donc née il y a près de 10 000 ans pour le Moyen Orient, autour de 7 000 ans pour l’Europe, lors des périodes de déprise agricole prolongée. La notion de temporalité et de surface est à prendre en compte dans le concept de féralité. Une longue temporalité est nécessaire dans bien des cas, pour que s’instaurent de manière permanente les processus qui aideront à la stabilité de tout l’ensemble. Dans ce terme de stabilité, les invasions et extinctions locales d’espèces sont comprises. Quoique les recherches faites dans les écosystèmes féraux soient peu développées, il semble que cette stabilité écosystémique requiert de très longues durées.

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Il semble aussi évident que la pérennité de ces écosystèmes féraux sera d’autant mieux assurée que les surfaces seront grandes, ce qui les soustrait aux influences humaines indirectes.

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En d’autres termes, un écosystème est dit féral si :

1) l’empreinte humaine due à un usage (agricole, forestier, cynégétique, industriel ou urbain) est avérée par la présence d’espèces férales ou par toute modification durable avérée de l’environnement, au niveau des sols ou de l’hydrologie ;

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2) il est laissé en libre évolution : plus ce temps est long et plus la surface est importante, plus l’écosystème est protégé des influences anthropiques, ce qui devrait lui permettre d’atteindre un état de résilience et de résistance face aux stress environnementaux. De fait la nature férale est une nature reconstituée par elle-même après abandon par l’homme.

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Comme la notion de féralité suppose l’arrêt de tout usage direct par l’homme, tout espace chassé, soumis à la cueillette, protégé volontairement de certains événements (feux) n’est pas pleinement féral. On ne va pas forcément se priver de protéger un espace dont l’essentiel des usages a été abandonné sur le long terme et sur de larges espaces (cas des jeunes forêts méditerranéennes par exemple), ce qui permettra dans quelques siècles de retrouver des forêts méditerranéennes matures, parce que certains usages doivent être maintenus (protection pour le feu par exemple) ou parce qu’il y a des réticences parmi les populations locales (pour la chasse par exemple).

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Forêt spontanée d’une soixantaine d’années dans les Vosges du Nord – photo Jean-Claude Génot

Parmi les avantages que les sociétés humaines ont à conserver des espaces féraux, figure le retour d’écosystèmes autonomes, parfois assortis du retour spontané d’espèces rares (Schnitzler et Génot, 2012) si les mesures de protection sont bien appliquées partout en France et en Europe. On peut y ajouter la restauration des sols, la limitation de l’érosion, l’humidification du mésoclimat.

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La libre évolution est aussi la meilleure solution pour que reviennent des zones humides fonctionnelles (tourbières, forêts inondables, marais), qui ont été grandement modifiées par des siècles d’activités humaines. Pour cela, la société doit accepter l’arbre dans les tourbières,doit renoncer à l’enlèvement systématique du bois mort dans une partie conséquente des rivières, et encourager le retour d’espèces « ingénieurs » comme le castor. C’est bien d’ailleurs pourquoi elles sont prônées dans de nombreuses actions de restauration.

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Il reste cependant aux gestionnaires à accepter et faire accepter la double idée que :
1) la nature ne reviendra pas à l’état préexistant ;
2) les évolutions sont inconnues. Il s’agit donc là d’une nature évoluant vers la féralité et non d’une restauration au sens où on l’entend classiquement.
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Prendre en compte la féralité signifie de reconnaître que les sociétés humaines n’ont pas de droit absolu sur les terres qu’ils ont occupées et qu’ils continuent d’habiter. La nature férale est une nature à empreinte humaine forte, que les sociétés acceptent donc de décoloniser, sans en rechercher un bénéfice quelconque. Si toutefois cela peut s’avérer essentiel pour les générations à venir, qui l’utiliseront comme référence par rapport aux espaces utilisés.

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* Depuis 2012, il existe un groupe de travail « wilderness et nature férale » piloté par l’UICN France. Les deux auteurs ont contribué à formaliser le concept de féralité dans une note validée par ce groupe de travail.

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Bibliographie

GRESSEL J. 2005. Crop Ferality and Volunteerism. Taylor & Francis Group. LLC. 422 p.

SCHNITZLER A. et GENOT J.-C. 2012. La France des friches. De la ruralité à la féralité. Editions Quae. 186 p.

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Ménager la nature

Cette tribune publiée le 10 juin 2016 dans Libération compte parmi ses auteurs une adhérente des JNE, Marie-Paule Nougaret. Un cri d’alarme qu’il nous a paru indispensable de reprendre sur notre site.

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par François de Beaulieu, écrivain, Gilles Clément, jardinier, écrivain, Pierre Lieutaghi, ethnobotaniste, écrivain, Bernadette Lizet, ethnologue, directrice de recherches au CNRS, Marie-Paule Nougaret, journaliste, écrivain (JNE).

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NDDL avril 2013 (57)

Notre-Dame-des-Landes en avril 2013 @ François de Beaulieu

La Protection de la Nature, votée à l’unanimité des deux chambres en 1976 n’est plus de mise. La loi sur la biodiversité que l’Assemblée et le Sénat examinent en deuxième lecture, souhaite une « reconquête de la nature ». Reconquête par la nature serait plus sage en la circonstance, mais ce ton offensif n’est pas nouveau : au début des années 90, la Direction de la Protection de la Nature devint la Direction de la Nature, ce qui prêtait à sourire et finit par être corrigé. Diriger la nature, ça n’avait pas de sens en biologie, où tant de phénomènes restent sans explication, mais beaucoup dans le vieil ordre symbolique, aujourd’hui plus puissant que jamais.

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La loi cite par trois fois « le ministre chargé de la protection de la nature » mais aucun n’assume cette mission. L’Allemagne, l’Espagne et l’Italie possèdent des autorités de protection de la nature, la France une Direction de la Biodiversité et de l’Eau. Le Conseil National de Protection de la Nature que la loi a prévu, demeurera consultatif. Les décisions se prennent ailleurs. La Nation n’entend plus défendre des espaces fragiles, ou des espèces rares, par principe. Pour la seule raison qu’ils le sont.

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Elle a pourtant beaucoup de biens en garde. A la croisée des quatre climats (océanique, méditerranéen, continental, alpin), avec d’infinies variations, des eaux courantes, des steppes, la flore préglaciaire des Alpes maritimes, des îles loin de tout et des forêts tropicales luxuriantes, elle jouit d’une diversité, tant sauvage que cultivée, dont il faudra répondre devant le monde. Ce n’est pas un hasard si ce pays continue de manger, et plutôt bien, dans le désastre industriel. Ou si la première législation de l’agriculture biologique en est venue, à l’initiative du Sénat, en 1981.

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La nouvelle loi prend acte de notre privilège, sans admettre l’obligation de conserver. Cette nature qu’on ne protègera plus, hors de danger, pourrait-on croire, il s’agit en fait, d’en tirer parti. L’article 33 organise en effet la « compensation » de la disparition, la mort, d’un site riche en biodiversité, par la restauration d’un autre, très dégradé, pour un coût estimé selon la perte, ou par l’achat « d’unités de compensation » dans une « réserve d’actifs naturels ». La biodiversité devient affaire comptable, chose déjà absurde; car qui peut évaluer le prix, pour la santé publique du silence de la nature ou au contraire des chants d’oiseaux ? Mais pas seulement. C’est un appât pour les investisseurs.

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Ainsi la nature ne serait-elle qu’un capital, à investir selon son gré, voire à transférer d’un clic. Mais en réalité, la restauration des milieux, c’est la nature qui l’effectue. Pas ces marchands « d’actifs naturels », qui prétendent qu’on paye le principe même de leur négoce. On peut orienter son action, on peut décaper le sol à la place des grands herbivores disparus de la contrée, la nature travaille néanmoins. Elle sème des plantes pionnières sur les sols bétonnés. Elle nettoie l’air le jour, elle épure les eaux polluées par (et mieux que) l’industrie, elle reproduit les gènes. Elle entre dans toutes nos productions. La biodiversité qu’on perd avec la destruction d’un site, ce n’est pas une liste d’espèces. Ce sont toutes leurs interactions dans le flux de la vie, par microbes interposés, et les mutations à venir, et l’évolution.

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La nature a besoin de temps et de conditions précises pour se régénérer, d’autant plus qu’elle entre dans une crise d’ampleur géologique. La Nation l’avait compris en décrétant des espaces protégés. Mais l’article 33BA propose de les mettre en gage chez les dévastateurs. Plus précisément, d’identifier « les espaces naturels à fort potentiel de gain écologique appartenant à des personnes morales de droit public et les parcelles en état d’abandon, susceptibles d’être mobilisés pour mettre en oeuvre des mesures de compensation ». Comme si la destruction était devenue une obligation, les mesures pour l’éviter une simple formalité, comme si la nature se reconstituait à la demande, n’importe où, miraculeusement, dans l’état où on l’a détruite ! A nos élus d’en décider, à l’avenir de les juger.

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La nature, ce n’est plus un en-dehors vaguement lyrique, c’est l’avenir même.

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Les centrales nucléaires prolongeront-elles nos vies de dix ans ?

Une réaction décalée aux dernières déclarations de Ségolène Royal sur une prolongation possible de la vie des centrales nucléaires…

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La-Petite-Fleur-Paccalet

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Si j’étais élue présidente de la république en 2017 !

Si vous étiez élue présidente de la République en 2017, comment feriez-vous pour que Rémi Fraisse et Vital Michalon ne soient pas morts en vain ? Quel serait votre calendrier de décisions urgentes ou prioritaires, à moyen ou à plus long terme ?

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par Marie-Paule Nougaret

12786283-remi-fraisse-vital-michalon-quand-l-histoire-se-repeteSans compétence pour diriger, je note que ces deux décès se sont retournés contre les pacifistes : on était tranquille, la violence nous perturbe, donc c’est la faute des morts.

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J’ai vu comment le décès de Vital Michalon à Malville a vidé le mouvement écologiste, en 1977 (ça fera quarante ans lors de mon élection).

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Je me souviens que des amis à Libération accusaient Greenpeace de pro-soviétisme lors de l’attentat contre le Rainbow Warrior : un mort, journaliste portugais, Fernando Perreira.

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Je crains fort de voir mes sympathisants acculés à un affrontement décidé ailleurs.

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Munie du pouvoir exécutif, donc, et puisque désormais celui-ci contrôle les deux autres, j’interdis l’usage des armes de guerre dans les opérations de maintien de l’ordre, pour commencer.

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Deuxio, j’invite Paul Watson en France comme réfugié politique et le nomme citoyen d’honneur.

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Trois, j’enseigne l’éco-toxicologie et la toxicologie industrielle à l’ENA.

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Je retire aux préfets l’option de s’asseoir sur des jugement qui auraient cassé l’autorisation d’exploiter une installation dangereuse et je les nomme responsables sur leurs biens propres des effets de leurs décisions (comme les maires le sont déjà).

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J’introduis le contrôle inopiné des incinérateurs et propose l’interdiction progressive des emballages et menuiseries en PVC, cancérigènes dans les incinérateurs et refusés de ce fait par le recyclage (pour recycler il faut chauffer). Il y a d’autres plastiques, après tout.

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Actionnaire de Total, j’oblige les installations de désulfuration des fuels à fonctionner en circuit fermé (leur retire l’autorisation de rejets de SO2 dans l’air). Ainsi aurons-nous des raffineries dernier cri, comme en Arabie, au lieu de vieux clous.

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J’ouvre un registre national des cancers pour en établir la carte, comme tout pays civilisé.

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Je crée un fonds abondé par les pollueurs locaux pour dédommager les habitants des zones dont la valeur des immeubles s’écroulerait aussitôt.

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Je ressuscite la cartographie annuelle des pollutions industrielles, avec l’adresse des dix plus gros pollueurs sur une carte de France, polluant par polluant.

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Je rétablis les bureaux du ministère de l’environnement en province (DIREN).

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J’abroge la loi de 2004 sur les sites pollués, et crée un fonds, comme en Hollande, ou aux Etats-Unis, pour dépolluer, en cas de problème de santé publique, si le pollueur s’est dérobé … et ensuite le poursuivre en justice pour rembourser la Nation de ses frais.

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Je lance un audit des besoins des hôpitaux, de la justice et des inspections du travail.

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J’oblige Vinci à construire un mur anti-bruit autour de l’église Saint Antoine de Calorgue, du XIIe siècle, que la firme est en train tranquillement de cerner avec deux échangeurs (doublement de l’autoroute A 9 refusé lors de l’enquête publique par cinq commissaires enquêteurs). Et encore, c’est gentil !

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Je mets les gares ferroviaires au centre des villes.

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J’applique les traités de protection de la nature que la France a signés : l’interdiction de chasse en période de nidification, sans exception, ou l’arrêt des chantiers quand on a découvert sur place une espèce rare menacée et/ou inconnue jusqu’alors dans le pays.

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Je somme la Caisse des dépôts de sortir les fonds de la Caisse d’épargne de la construction d’autoroutes, ce qu’elle a commencé, non pas pour spéculer sur la bio-diversité, détruisant pour accumuler de la valeur financière, mais pour investir dans le solaire, l’hydro-électrique, l’éolien à petite échelle, autonome ou en coopérative locale, comme les Allemands.

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J’interdis les brevets sur les crétineries du genre oreilles de Mickey, qui interdisent de les fabriquer en France et ne servent qu’à siphonner à l’étranger des bénéfices sous forme de royalties.

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Je rétablis les études et le diplôme d’herboriste en sorte de protéger la flore médicinale comme les patients.

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Je lance l’étude de la culture du Prunus africana et autres plantes sauvages sur-exploitées dans le Tiers monde pour la pharmacopée anti-tumorale.

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Je signe enfin les décrets d’application de la loi juillet 2014, autorisant l’emploi des tisanes en agriculture (au lieu de pesticides dangereux).

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Après le Smic industriel, j’insiste pour que l’Allemagne instaure un Smic agricole (pour payer ses ouvriers étrangers).

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Je refuse même d’entendre parler d’accord de commerce tant que les Etats-Unis n’auront pas signé la convention de Vienne qui met les traités au dessus des lois (sauf pour eux).

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Sachant que plus les arbres sont gros, plus ils dépolluent l’eau, l’air et les sols (de sept façons), je propose de fixer un prix pour tous les arbres, selon leur rareté, leur âge, leur beauté, leur valeur historique. Une telle mesure qui existe au nord de l’Europe,  oblige à payer avant d’abattre, même chez les particuliers, et de réfléchir avant de dégager un sol lunaire pour bétonner.

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Ici s’arrête l’exercice de mégalomanie – ça fait du bien, mais bon, je dois surtout plus travailler !

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Cet article a d’abord été publié sur le blog de Paul Jorion, où vous pouvez lire de nombreux commentaires d’internautes  à son sujet.

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Le recours Hulot

François Hollande  proposerait à Nicolas Hulot de prendre en charge un super ministère, selon un article paru dans Libération. Cela ressemble à l’appel au secours d’un homme qui se noie et recherche une bouée de sauvetage.

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par Alain Hervé

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Nicolas Hulot @ DR

Hulot, ce qu’il représente  et ceux qu’il représente ont tout à perdre dans une telle aventure.

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Hulot peut devenir président de la République en 2017, si la France se réveille.

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Face à une gauche erratique, une droite vieillissante, une extrême droite dangereuse mais porteuse du désespoir populaire, Hulot peut prendre la tête d’une politique totalement nouvelle, qui comprenne les enjeux dramatiques du climat, de la pollution, des migrations, de la crise sociale, de la crise agricole et du reste.

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Il jouit d’une faveur considérable auprès des Français. Il a le goût du risque, nous l’avons vu pendant des années au cours de ses reportages. Il est intelligent, nous l’entendons  souvent à la radio et à la télévision exprimer ses observations et livrer ses analyses. Il aime la nature mais pas moins l’homme. Il a fait preuve d’un grand sens pratique dans la gestion de sa fondation. Il est encore jeune mais assez mûr.

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Le voilà, l’homme providentiel que certains appellent et ne trouvent pas.

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En 2012 il a commis une seule faute, se présenter à la présidentielle via les Verts, qui lui ont préféré une femme intéressante mais totalement ignorante de l’écologie.

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Peut-être était-ce trop tôt ? Et tant mieux pour l’échéance qui arrive.

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De nombreuses femmes et homme politiques et de la société civile, de gauche et de droite qui partagent ses convictions, ne peuvent pas les exprimer dans le contexte actuel. Elles, ils seront à ses côtés pour gérer le grand chambardement que promettent les années à venir.
Le seul siège que puisse lui proposer Hollande.
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Cet article est paru sur le site du Sauvage.

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Bien-être animal : une question d’éthique

La France est, dit-on, la lanterne rouge de l’Europe en la matière. Pourtant, depuis quelques années, la cause animale soulève de plus en plus de questions éthiques à la fois sur le statut des animaux domestiques ou de la faune sauvage et de la responsabilité des hommes à leur égard.

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par Myriam Goldminc

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Descartes avait assimilé les animaux aux automates. En France, cette représentation de l’animal-objet reste encore d’actualité comme le montre la façon dont les animaux sont traités dans nos élevages industriels ou tués dans les abattoirs sans étourdissement…

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Malgré une lente évolution du statut juridique des animaux, les lois françaises comportent de nombreuses incohérences. Certes, il y a quelques avancées. Depuis janvier 2015, la question du droit de l’animal est devenue un thème d’actualité. Un récent amendement à la loi de modernisation et de simplification du droit, adopté par l’Assemblée nationale, vise à définir dans le Code civil l’animal comme un « être vivant doué de sensibilité … soumis au régime des biens corporels ». Cette proposition, bien que très symbolique, doit encore être validée par diverses instances, tel le Conseil constitutionnel, et inscrite dans le code pénal. De même, si l’article 521-1 de notre code pénal précise qu’« un acte de cruauté envers un animal domestique, ou apprivoisé, ou tenu en captivité, est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende », il ne mentionne à aucun moment les animaux sauvages en liberté. Renards, cerfs et autres sangliers ne sont pas protégés contre les actes de cruauté, contrairement aux animaux domestiques.

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Une législation incomplète

Si le code rural reconnaît à nos animaux de compagnie le statut d’être sensible, ce n est pas la même chose pour la faune sauvage. Ainsi, un renard serait-il moins sensible à la douleur qu’un chien, sous prétexte qu’il est classé comme nuisible ? Ce genre d’aberration provoque un tollé chez les associations de protection animale, qui dénoncent des méthodes cruelles de la chasse comme le déterrage du blaireau, ou la pratique de la chasse à courre. Cette dernière est interdite depuis 2005 en Angleterre.
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Dans le Code de l’environnement, les animaux sauvages sont répartis en trois catégories distinctes : les espèces protégées, les espèces dites de gibier (que l’on peut chasser) et les espèces qui peuvent être considérées comme nuisibles (que l’on peut donc détruire). La raison de ce flou juridique est due à la pression du lobby de la chasse (un million de chasseurs en France) avec des fédérations bien représentées à l’Assemblée nationale. En outre, les mauvais traitements commis à l’encontre de la faune sauvage ne sont pas punissables en tant que tels !

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Élevage industriel et maltraitance
De la ferme des 1000 vaches en passant par les porcheries et poulaillers industriels, les cas de maltraitances animales sont courants. Par exemple, près de 50 millions de poules pondeuses par an sont élevées dans les poulaillers. Ces poules étant envoyées à l’abattoir et remplacées chaque année, environ 100 millions de poussins sont mis au monde pour renouveler les cheptels. La moitié de ces « poussins d’un jour » sont des mâles qui terminent dans les bacs d’équarrissage des couvoirs. Conséquence de plusieurs décennies de sélection génétique, les poussins mâles nés de lignées destinées à la production d’œufs de consommation sont devenus des rebuts, pas assez charnus pour l’industrie du poulet. Ce sont environ 50 millions de poussins mâles qui sont ainsi éliminés en France chaque année au premier jour de leur vie : déchiquetés vivants à l’aide de broyeuses, gazés, étouffés ou laissés à leur sort dans les bennes à ordures.

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logo-L214L’association L214, organisation de défense des animaux d’élevage, a rendu public l’an dernier dans une vidéo ce massacre des poussins dans un couvoir de Bretagne, ce qui a suscité une vague d’indignation. Le 4 octobre 2015, 45 députés et sénateurs de tous bords ont demandé au ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, de mettre fin cette pratique. La réponse obtenue précise que l’élimination des poussins est autorisée par le règlement à condition que la méthode entraîne immédiatement la mort. Toutefois, le ministre a évoqué la recherche d’outils permettant de définir le sexage avant incubation ou avant l’éclosion. Une telle méthode existe déjà en Allemagne : des chercheurs de l’Université de Leipzig ont mis au point une méthode de détermination prénatale du sexe des poussins. Ce procédé permettrait un tri précoce par spectrométrie dès le 3e jour. Une première mise en œuvre industrielle de cette méthode devrait débuter dès 2016 à titre expérimental. Quant au ministre de l’Agriculture allemand, il devrait présenter dès 2017 un plan d’interdiction de cette méthode d’ élimination des poussins mâles dans les poulaillers industriels.

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Autre scandale : en octobre 2015, suite aux images insoutenables de souffrances sévères infligées aux bovins, ovins, chevaux et porcs dans l’abattoir d’Alès, celui-ci a été fermé par décision municipale en attendant l’enquête sur les pratiques de cet établissement.
Egalement pointée du doigt par les associations de protection des animaux d’élevage : l’industrie du foie gras. La mortalité des canards gavés est jusqu’à vingt fois plus importante que celle de canards non gavés, du fait de blessures ou d’affections liées au passage du tuyau métallique, ou de la défaillance d’organes vitaux. Malgré les rapports de la Commission de Bruxelles qui condamne cette forme d’élevage particulièrement cruelle, celle-ci n’est pas remise en question par le ministère de l’Agriculture (la France représente 73 % de la production mondiale de foie gras).

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Bien sûr, le Code pénal punit les sévices et la maltraitance, mais de la théorie à la pratique, le fossé, comme on le voit à travers ces quelques exemples, est immense. D’où l’appel de nombreux défenseurs des droits des animaux à la création d’un Secrétariat d’État au droit animal. Il ne s’agit pas seulement d’une affaire de droit, mais d’un problème d’éthique qui est posé à chacun. Mathieu Ricard résume bien cette réflexion : « Si nous comprenions, et ressentions en toute conscience qu’en vérité nous sommes tous des « concitoyens du monde », au lieu de considérer les animaux comme une sous-catégorie d’être vivants, nous ne permettrions plus de les traiter comme nous le faisons. »

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Pour en savoir plus

Ethique & Animaux
www.droitsdesanimaux.net

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Les associations Albert Schweitzer Foundation, Compassion in World Farming (CIWF), L214 et PETA UK appellent le Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, à prendre des mesures urgentes et significatives dans la production de foie gras en France, Belgique, Bulgarie, Espagne et Hongrie.

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Éthique animale, de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, PUF, 314 p., 26 €.

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La libération animale, de Peter Singer, Grasset, 380 p., 22,10 €.

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Les réintroductions d’espèces sont rares et leur milieu naturel dégradé

La réintroduction est importante pour réhabiliter une espèce disparue d’origine mais aussi pour améliorer les programmes de l’enseignement public, renforcer des populations en voie de disparition,  contribuer à la science de la réintroduction,  ainsi que pour augmenter la taille, la diversité génétique et développer la répartition géographique de la population sauvage.

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​par Frédérique Gilbert

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Des réintroductions réussies d’animaux issus de parcs zoologiques, il y en a quelques-unes.

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Voici quelques exemples :

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TamarinsLions©CLeca

Tamarins lions au Brésil – photo ©CLeca

Des tamarins-lions dorés Rosalia Leontopithecus ont rejoint la forêt atlantique du Brésil pour compléter la population sauvage en voie de disparition.

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L’oryx d’Arabie Oryx leucoryx était éteint dans la nature avant d’être réintroduit dans les réserves à Oman en 1982.

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Le condor de Californie Gymnogyps californianus a reçu un programme réintroduction en 1992.

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Mais aussi le cheval de Przewalski Equus ferus przewalskii, le bison d’Europe Bonasus bisons, l’ibis chauve Geronticus eremita et beaucoup d’autres espèces ont déjà profité de ces programmes intéressants.

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La réintroduction est très utile et c’est un travail passionnant dans lequel les zoos jouent un rôle important.

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Pourtant, les réintroductions ne sont pas banalisées dans de nombreux parcs zoologiques parce que c’est coûteux, compliqué et parfois infructueux. Mais le succès augmente avec le temps, il y a de plus en plus de solutions aux problèmes rencontrés.

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Il y a bien sûr quelques règles à suivre pour que les choses se passent au mieux.

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Il est essentiel que ce genre de projet soit suivi et soutenu du point de vue socio-économique et juridique. Il doit également être pleinement compris, accepté et soutenu par les collectivités locales. Les règlements et les permis doivent être en règle et en accord avec les politiques ainsi qu’avec les législations avant que le projet ne démarre.

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Les animaux destinés à la réintroduction doivent provenir d’un groupe bien géré génétiquement en protégeant les groupes captifs et l’environnement qui accueillera ces individus. D’où l’importance d’un protocole vétérinaire bien établi et suivi.

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Un groupe spécialiste de la réintroduction de l’UICN  (l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature) a également mis en place des lignes directrices pour la réintroduction qui ont été élaborées suite à l’apparition de nombreux projets de réintroduction dans le monde entier.

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Il est à présent essentiel de se lancer et de travailler sur ce genre de projet, pour la protection d’espèces, pour la biodiversité de la terre et pour notre enseignement.

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De la forêt au champ d’arbres : François Terrasson avait raison

Triste anniversaire que ce début d’année 2016. Cela fait dix ans que François Terrasson a quitté ce monde chaotique plus que jamais anti-nature.

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par Jean-Claude Génot

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Cloisonnement en hiver

Cloisonnement réalisé par l’ONF dans les Vosges du Nord @ Jean-Claude Génot

En 1996, François Terrasson publiait dans la revue La Recherche un article intitulé « De la forêt au champ d’arbres. L’Office national des forêts se fourvoie dans l’imitation des pratiques agricoles ». A partir de ses observations dans la forêt de Tronçais (labours, sous-bois ratissés, fossés sur creusés, cloisonnements qui mettent fin à la sensation de continuité forestière, broyage inesthétiques de la végétation), il réalise que le chêne est cultivé par une « hyper technique » qui n’a rien à envier aux pratiques agricoles (1). Notre stratège en influence naturaliste a eu raison avant tout le monde en soulignant que : « Ce qu’on a fait à l’agriculture, on va le faire à la sylviculture ».

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Aujourd’hui les faits s’accumulent et confortent la prévision terrassonienne. Produire de l’électricité en brûlant du bois comme à Gardanne nécessite d’énormes quantités de ce « matériau ». Avec un tel procédé industriel, l’arbre, formidable organisme vivant, devient une biomasse et la forêt un champ d’arbre car après la coupe rase, les forêts céderont le pas aux plantations de conifères à croissance rapide. De plus, le piètre rendement énergétique de ce procédé et le bilan carbone global de toute la chaîne d’approvisionnement, notamment les importations de bois venant de l’étranger, montrent qu’un tel choix au nom de la lutte contre le réchauffement climatique n’est pas soutenable.

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Pour récupérer plus de biomasse en forêt car les arbres ne suffisent pas, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) envisage sérieusement la récolte du bois au sol et même de toute la litière, alors même que les feuilles constituent la première source de matière organique des sols. Risque d’appauvrissement des sols ? L’ADEME pense à tout puisqu’il suffirait de restituer au sol des minéraux sous la forme de cendres issues de la combustion du bois, riches en magnésium, calcium, phosphore, potassium et silice. Ils ont d’ailleurs suscité une thèse pilotée par l’INRA pour étudier l’impact sur les sols des diverses modalités de récolte de la biomasse. Si un tel procédé était validé, le sol forestier serait (mal) traité comme le sol agricole, un vulgaire support pour produire du bois et des feuilles, devenus source d’énergie.

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Dans le futur parc national « feuillu de plaine » situé entre la Côte d’Or et la Haute Marne, l’ONF transforme les taillis sous futaie en futaie régulière plus facilement mécanisable, introduit du douglas dans cette forêt de feuillus et procède à des coupes dans la future réserve intégrale déclenchant de vives réactions de certaines associations de protection de la nature. Quant aux propriétaires privés, ils sont sommés de mobiliser plus de bois pour produire plus. Un tel parc national est vidé de son sens. L’Etat n’a pas voulu voir qu’en demandant à l’ONF de produire plus tout en lui confiant la gestion de ce futur parc, il demandait au chat de garder les souris. Quand François Terrasson s’opposait aux parcs et réserves, c’était pour éviter d’en faire des alibis pour mieux détruire à l’extérieur. Il n’imaginait pas qu’on en arriverait à détruire autant ou plus la nature dans un pseudo parc national qu’en dehors !

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Cloisonnement réalisé par l'ONF dans les Vosges du Nord @ Jean-Claude Génot

Cloisonnement réalisé par l’ONF dans les Vosges du Nord @ Jean-Claude Génot

Quand on veut éliminer son chien, on l’accuse de la rage ! C’est pourquoi l’ONF répète inlassablement que le hêtre ne va pas résister au réchauffement climatique et qu’il faudra le remplacer, comme par hasard, par des essences plus résistantes comme certains résineux à croissance rapide tels que le douglas. Pourtant, on vient de découvrir en République Tchèque que le scolyte à double épine (Ips duplicatus), insecte xylophage originaire du nord de l’Eurasie, se développe sur le douglas. De plus, le douglas possède une capacité de survie considérable aux sécheresses moyennes, mais pas aux sécheresses exceptionnelles.

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Un de leurs experts, Jean-François Dhote, utilise des arguments totalement contradictoires pour éliminer le hêtre : « Le hêtre, dont l’aire de répartition devrait reculer d’ici quelques décennies sous le coup du réchauffement, prendrait à court terme et spontanément une place croissante, réduisant la capacité future des forêts à s’adapter aux changements climatiques ». (http://www.jardinsdefrance.org/quelle-foret-pour-demain/)

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Vous avez bien lu, le hêtre va reculer, mais en attendant, il se régénère parfaitement bien et est un frein à l’adaptation aux changements climatiques. Il fallait y penser, le vrai danger vient d’une espèce autochtone, sans doute parce qu’elle va gêner les efforts de plantation pour lui substituer une espèce allochtone à croissance rapide réclamée par la filière bois. Et si le hêtre ne s’adaptait pas au réchauffement climatique, pourquoi ne pas lui substituer la même essence mais d’une provenance adaptée à un climat plus sec comme celui du sud de la Suisse ? C’est bien triste, mais le cerveau de certains pseudo-spécialistes lui aussi subit les effets du réchauffement climatique…

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Tout ce qui se profile sous couvert d’adaptation au changement climatique et de réduction des gaz à effet de serre vise à en finir avec la forêt telle que François Terrasson la définissait : « On perçoit comme forêt ce qui ne porte pas de façon apparente la marque de l’ordre humain ». Adieu forêt magique, désordonnée, sombre et composée d’arbres vénérables, place au champ d’arbre clair quadrillé de couloirs pour les machines, composée d’arbres standardisés, rajeunis et espacés, qui répond aux attentes de l’industrie et à la volonté de maîtrise de certains ingénieurs forestiers qui ne pouvaient pas supporter que la forêt, dernier refuge du sauvage, ne soit pas domptée.

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(1) Génot J-C. 2013. François Terrasson, penseur radical de la nature. Editions Hesse. 237 p.

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Nous n’avons qu’une seule toute petite planète

La sortie de Star Wars, le Réveil de la force nous donne l’occasion d’une réflexion sur la science-fiction et l’écologie.

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par Elise Rousseau

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44677396Cela semble une lapalissade, et pourtant…

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Depuis quelques générations, nous avons été élevés avec un imaginaire de science-fiction. Rappelez-vous… 2001, l’Odyssée de l’espaceBlade Runner, ça se passe en 2019.

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Star Trek, allez, ça nous laisse encore un peu de temps, vers 2260. Alien aussi, 2122, dans un siècle. La Planète des singes, 2500. La Guerre des Etoiles, pas de date, c’était il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine…

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Mais tout cet imaginaire nous raconte la même chose : l’humanité se déplacera aisément dans l’espace, aura colonisé d’autres planètes. On finit presque par y croire, d’autant que nos scientifiques continuent d’explorer l’espace… depuis la Terre.

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Mais la vérité, c’est que nous sommes en 2015. On est péniblement allé sur cette vieille Lune, et c’est tout ! On ne sait pas encore aller sur Mars sans griller nos astronautes aux rayons cosmiques et les faire revenir très malades.

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L’Enterprise et le Millenium Falcon n’existent que dans nos contes de fées modernes. La science-fiction, c’est aussi lié à un pur problème narratif : longtemps, la Terre suffisait aux aventures de nos héros, on pouvait supposer que des monstres se cachaient dans les contrées inconnues…

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Mais maintenant qu’on a tout exploré, qu’on a fait le tour du monde, comprenez les écrivains : il faut bien déplacer ailleurs, plus loin, dans l’espace, les protagonistes. Pour plus d’aventures, plus d’inconnus, et pour avoir à nouveau des possibilités de monstres qui font peur…

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Pour déployer un imaginaire débridé, tout simplement !

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Peut-être qu’un jour on ira sur Mars et ailleurs, qui sait ? Mais on n’y est pas encore ! Et admettons qu’on soit un jour plus à l’aise pour aller vadrouiller dans l’espace, ben, avant de trouver une autre Terre, y’a du boulot. Parce que pour le moment, les autres planètes, question habitat, température et atmosphère, on a trouvé mieux… Elles ne sont pour la plupart simplement pas vivables. Dans l’Univers, la Terre, les Terres s’il y en a d’autres, sont des raretés, des merveilles uniques.

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Puis, admettons donc, avec beaucoup d’espoir, qu’on trouve un jour quelque part un autre caillou à peu près habitable. La vie s’y serait sans doute aussi développée. Et si ceux qui squattent là-bas sont aussi sympathiques que nous-mêmes ici chez nous, il y a des chances pour qu’on n’y soit pas vraiment attendu… (On imagine la qualité des échanges culturels avec les extraterrestres… vu comme on a déjà du mal à accueillir les réfugiés politiques de notre propre espèce qui souffrent dans leur pays depuis des années…).

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Par contre, à beaucoup plus court terme, on est en train de bousiller notre seule, unique, toute petite planète, nos ressources, notre futur… Et on élimine les animaux et les plantes qui sont ici avec nous, embarqués dans la même histoire, nos seuls compagnons d’aventure, nos uniques et irremplaçables camarades de la vie. Arrêtons de fantasmer et de projeter un futur hypothétique où après avoir pourri notre planète, on pourra aller dégueulasser celles des autres (si elles existent…). On n’a qu’une seule planète, et pour le moment, on y est vissé, et sans aucun échappatoire. On est en train de détruire notre seule fragile maison, notre fabuleux rivage, notre dernier refuge.

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Du bois-énergie méprisant l’écologie forestière et les citoyens

Quelques retours à l’issue des Assises Nationales de la Forêt devant l’ineptie du projet d’incinérateur biomasse à Gardanne.

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par Bernard Boisson

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L’imposture
Du bois-énergie contre les écosystèmes forestiers ; la mise sous tutelle de toute une conscience démocratique par des tractations politico-financières précipitées et en catimini, juste avant des élections présidentielles ; l’intérêt de multinationales comme E.ON (énergéticien d’origine allemande) à capter des subventions asséchant les fonds publics qui auraient pu être octroyés à des projets d’économie d’énergie ou d’énergies renouvelables à plus petite échelle, mais à rendement bien supérieur et plus pourvoyeurs d’emplois ; une excroissance industrielle trouvant son espace d’impunité à travers la sidération du public… En bref, une vaste imposture écologique, économique et humaine. C’est dans ce rapport de forces que se joue un projet sorti de son échelle : un incinérateur biomasse, relatif à la reconversion de l’actuelle centrale thermique à charbon de Gardanne aux abords d’Aix-en-Provence.

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NDLR : selon le site Conso Globe, « le projet de l’électricien allemand consiste à convertir la tranche 4 de la centrale, fonctionnant au charbon et au coke de pétrole pour une puissance électrique de 250 MW en une unité de production utilisant la biomasse pour une puissance électrique de 150 MW »|.

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La centrale électrique de Gardanne @ Bernard Boisson

Un incinérateur biomasse industriel de cette échelle vise initialement une intensification des coupes rases en forêt sur un rayon d’action de 400 km ! De même, suivront selon toute logique des champs d’arbres ne dépassant pas 40 ans au profit de leur carbonisation, un âge bien en deçà de leur espérance de vie réelle ; ce qui nous conduit à un profond désagrégement des paysages tant sur le plan écologique que patrimonial. Des élus comme ceux des PNR (Parcs Naturels Régionaux) du Luberon, et du Verdon ainsi que d’autres qui n’ont jamais été préalablement consultés, se sont opposés à cette dégradation paysagère augurée. En résulte dès lors la décision d’importer du sud-ouest des Etats-Unis et du Canada, 80 % de la ressource via le port de Fos-sur-Mer ; un déplacement du problème, une parfaite ineptie concernant l’empreinte carbone du bois-énergie tandis que se présente la COP 21 !

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Lors des Assises Nationales des Forêts, s’est exprimée ouvertement la crainte des forestiers de devenir les futurs boucs émissaires de l’opinion publique face à la multiplication des coupes rases, et à la dégradation paysagère des régions par des plantations d’arbres à durée de plus en plus réduite au profit du bois énergie. Nous assistons chez le forestier lucide à une position en porte-à-faux entre sa conscience professionnelle et la demande de technocrates, de hauts fonctionnaires et d’élus spectaculairement égarés dans la déréalisation des chiffres, pour ne pas dire dans quelques intérêts financiers fort pervers. Là, s’entrevoit une position de souffrance plus ouvertement déclarée par quelques-uns.

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Mais comme souvent, les griefs professionnels et moraux se cachent derrière les chiffres que nous lisons, notamment via le collectif SOS Forêt du Sud.

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Une imposture sur les subventions
Plus de 9 milliards de bénéfices par an seront empochés par E.ON. A quoi s’ajoute en prime plus d’un milliard d’euros sur 20 ans de subventions prélevées sur la facture d’électricité de chaque français. En incluant les aides aux investissements, ainsi que les frais d’entretien des voiries d’accès à la charge des collectivités locales… nous aboutissons à une estimation de 1,4 milliard d’euros, à comparer au 1/6 du coût total que pourrait constituer la rénovation thermique de plus de 100 000 logements parmi les 4 millions de foyers en précarité énergétique.

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Un gaspillage d’énergie et une perte d’emplois
Pour 130 MW efficaces livrés au réseau, sur les 400 MW thermiques produits, nous aurons une perte des 2/3 de l’énergie dissipée dans l’atmosphère par la tour réfrigérante. Nous avons donc un rendement énergétique de 32,5 % sans prendre en compte la déduction de l’énergie dans les chantiers de coupes, du broyage, des transports du bois (à considérer désormais à l’échelle transatlantique !), et des pertes en ligne de distribution trop centralisée. Ces 32,5 % sont à comparer aux rendements de plus de 80 % de biomasse en cogénération. Ainsi nous avons uniquement sur le gaspillage énergétique de Gardanne, l’équivalence perdue d’une dizaine de micro-centrales à circuit court. De surcroît, le ravage d’une telle exploitation va induire la destruction des filières locales générant la perte de plusieurs centaines d’emplois, bien supérieure au nombre créé par E.ON.

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Un verrouillage administratif et judiciaire
La multinationale E.ON pourra, grâce aux tribunaux mis en place par le traité transatlantique TAFTA, porter plainte contre l’Etat français ou contre toute collectivité locale, pour entrave à leurs bénéfices. Les investissements ayant commencé, le pire reste donc à craindre.

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Cela range au nombre des exemples multiples, les droits universels de l’éthique entièrement mis sous tutelle de la mondialisation des intérêts, dans une inversion totale du rapport légitime des valeurs.

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Des précédents
Remarquons aussi que l’incinérateur biomasse de Gardanne a eu un précédent britannique : le complexe industriel de Drax, au débit quinze fois supérieur à celui promis par Gardanne et important tout son bois d’Amérique du Nord !

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Toutefois, en Bourgogne, Adret Morvan, membre du collectif SOS forêt, a déjà démontré qu’un autre projet Erscia (plus petit que Gardanne) ne servait que les intérêts de quelques-uns au détriment des habitants et de la ressource locale. Le projet a finalement été annulé par la justice grâce à l’action de deux associations (Loire Vivante et Decavipec) conjuguée au juridique, ainsi qu’à l’occupation du site conduite par Adret Morvan en attendant que la justice se prononce. Ces faits, sans doute guère relayés par la presse nationale, montrent aux citoyens qu’il n’y a pas à se décourager à porter leur indignation quand des faits comme Notre-Dame-des-Landes et Sivens plus médiatisés les conditionnent à penser le contraire. Le professionnalisme de plus en plus pris en défaut par la société civile, le bénévolat portant des contre-expertises dépassant sa connaissance technique au-delà des intuitions premières, constituent une dérive de société particulièrement grave entamant très en profondeur le pacte de confiance entre la société civile et les pouvoirs.

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Les réactions
Du côté des autorités, qui y croit vraiment ? Nous ne saurions imaginer à quel point le droit de réserve dans les professions, la peur de se compromettre dans sa carrière personnelle par rapport à une ineptie imposée d’en-haut, semble faire tenir nombre de projets insensés comme un vernis tenant collé le bois pourri.

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La centrale électrique de  Gardanne @ Bernard Boisson

Au sujet de Gardanne, nous assistons à une indignation française des élus de base sans allégeance au niveau national dans les intérêts de carrière. Mais pourquoi la direction du Parc National des Cévennes a-t-elle cautionné le projet et la coupe sur son propre territoire ? Est-ce la vocation d’un Parc National français de faire de la surexploitation sylvicole pour le bois énergie au mépris total des écosystèmes forestiers et du paysage patrimonial ? Où est sa dignité dans la valeur de l’exemple ? Quelle signification et quelle légitimité restera-t-il dès lors à l’intérêt de constituer des Parcs Nationaux en France ? Jusqu’à quel degré le curseur de l’ineptie peut-il être poussé ? Telles sont les questions passant par l’esprit du tout venant découvrant le sujet.

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Pourtant, deux films éloquents montrent déjà le phénomène : Biomascarade, de Benoît Grimont, qui a été diffusé le 20 octobre à 20 h 30 sur France 5, et un autre plus ancien, L’Erreur Boréale de Richard Desjardins sur la surexploitation des forêts boréales canadiennes. Dans ces deux films, la méthode est montrée : on évide en coupe rase les parties internes des forêts laissant des bandeaux d’arbres sur les bords de route pour ne pas que cela se voie. Clôtures et barrières arguant de la propriété privée sont destinées à refouler les curieux indésirables.

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La forêt privée semble beaucoup plus vulnérable aux injonctions futures du bois-énergie que les forêts domaniales déjà fortement prélevées pour le bois d’œuvre, au point que nous pouvons nous interroger si des mesures d’incitations fiscales ne seront pas bientôt instaurées pour placer davantage les propriétaires privés entre la carotte et le bâton.

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Jusqu’où va la gravité d’une suspicion
La société civile représentée par différents penseurs aux Assises Nationales de la Forêt est en droit de se poser maintes questions. Les intérêts de marché ont-ils le droit à ce point de déposséder les peuples de leur cohésion avec la terre, de sorte que les générations futures n’auront plus que comme seul choix de s’enraciner dans des lieux déracinés ? Se fiche-t-on de la relation sensible aux lieux et de son incidence en retour sur la richesse de la culture et de l’âme d’un peuple ? Je me souviens de cette chanson de Bob Dylan s’indignant des pilotes de B52, qui avant de bombarder le Viêt-Nam se réunissaient pour la prière. Cette chanson dénonçait que l’on « mettait Dieu de son côté » pour n’importe quoi ! En fait-on autant aujourd’hui avec l’écologie ? Le bois-énergie au titre des « énergies renouvelables » est-il une façon de mettre l’écologie de son côté au mépris total des écosystèmes forestiers, de la biodiversité et de la naturalité, avec pour appui une ignorance instrumentalisée ? S’agit-il d’un bois-énergie au mépris de la relation humain/nature alors que des approches comme la sylvothérapie démontrent l’importance de forêts de qualité pour la santé et pour l’équilibre mental des individus et des peuples ? Là aussi nous pourrions signaler une non assistance à maturation des populations sur leur devenir et une spoliation démocratique. Car nous pouvons nous demander aussi si le tarissement des subventions pour une culture terrienne et une éducation écologique est vraiment à ce point fortuit étant donné les jeux de collusion des pouvoirs publiques agglutinés à certaines puissances économiques sans foi ni loi ?

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Plus largement, quel que soit le niveau d’échelle de l’évènement, quand se posent des polémiques d’arbres et de forêts abattus, cela renvoie à peu près systématiquement à une forme de viol démocratique, où une collusion politico-financière minoritaire a imposé en catimini et au forcing ses décisions, au mépris de la globalité de ceux qui seront impliqués concernant la destruction des paysages dans leur maturité et la dégradation des écosystèmes. C’est notamment aux niveaux communal et régional un phénomène récurrent entre des élus et le BTP faisant fi des contradicteurs scientifiques et de la sensibilité citoyenne. Nous sommes donc dans un discrédit très grave de l’exercice public au profit des recettes gagnées par des minorités, alors qu’outre les impacts désastreux, d’autres secteurs prioritaires seront asséchés dans les budgets. Dans l’extrême, la reconversion d’industrie énergéticienne du charbon vers le bois-énergie conduit à une régression fulgurante de la qualité forestière rappelant les temps de déforestation liés aux anciennes forges et aux industries du verre dont la France se ventait pourtant d’être sortie depuis le début du XIXe siècle. Il serait temps de comprendre que l’âge dinosaurien de l’industrie est terminé et que la science du XXIe siècle est destinée à un autre futur.

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De plus, parce que la volonté est de sauver d’abord un certain gigantisme industriel, prenons garde à ce que le bois-énergie ne se joue pas sur des mensonges comptables à l’heure où l’on ne peut plus taire le climat face au carbone produit.

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L’impasse
L’incinérateur biomasse de Gardanne se situe donc dans la monstruosité du déni, au point paroxystique contre l’écologie forestière, contre la valeur paysagère des régions et des pays, que cela soit le nôtre ou que ce soient les Etats-Unis, le Canada, et demain sans doute d’autres pays…

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Car cela fait bien longtemps que le champ de réflexions de l’écologie forestière, essentiel et prévalent, reste volontairement éludé…

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Cela fait longtemps que sous le vocable « forêt » les « champs d’arbres » et les « écosystèmes forestiers » ne sont pas respectueusement discernés, au point que dans les statistiques, les surfaces forestières restent de la « forêt » tandis qu’augmentent la présence des coupes rases et des stades très immatures de reboisement. C’est dans l’aggravation générale de cette tendance que le bois-énergie fait désormais son nid. S’en suit l’art de faire mentir les chiffres. Un seul article ne saurait dire à quel point la gestion forestière repose sur une acculturation profonde de la population et sur une dérive perverse de la politique forestière.

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Quand on ne répond pas à temps aux questions fondamentales d’une civilisation face aux déséquilibres de toutes parts en croissance, s’ajoute une étape supplémentaire dans l’absolutisme économique contre la Terre et contre l’humain. En lui une logique exclusive de profit finit par ressembler à un extrémisme refusant de déclarer son nom… Est évincée de ce type de rationalité une lucidité honnête dans l’intelligence systémique concernant la biodiversité sylvestre, les dynamiques forestières, le climat, l’équilibre mental des populations dans la cohésion nature/humain alors que cette prise en compte devient aussi une priorité devant la béance des déséquilibres. Sous l’effet d’une raison sectaire, nous partons dans une spectaculaire inadéquation comportementale de nos sociétés avec ses milieux de vie finissant par ressembler à une forme de démence économique en fin de caricature. Alors que tout discours officiel a toujours porté en préambule que la forêt a trois fonctions (écologique, sociale, et économique), qu’il soit vertement rappelé à l’Etat ses prérogatives sur la valeur écologique et psychosociale de la forêt qui devraient être pris en compte aujourd’hui à un niveau bien plus mature de conscience, compte tenu des avancées de connaissances dans ces deux domaines…

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Des questions de fond dans la levée de conscience
La question se pose : quel courage voulons-nous laisser à l’irrémédiable quand nous le manquons à mettre hors d’état de nuire des projets fous ? Avons-nous comparé les deux pour nous sentir à notre aise à tout laisser filer ? Aimons-nous si peu notre descendance au point de lui faire payer le prix de notre absence dans les enjeux actuellement en cours ? Sommes-nous en temps de paix sous la mainmise de multinationales, comme sous un régime d’occupation, et devons-nous retrouver sous d’autres formes le courage des résistants d’antan pour dire « non » à des décisions que tout être humain non assujetti à des enjeux personnels de carrière refuse ?

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Est-il même supportable de laisser dans ce domaine, nos élus nationaux commémorer nos héros de résistance, alors qu’ils laissent revenir par d’autres portes l’assujettissement des peuples ? Car soyons honnêtes : Gardanne est majoritairement refusé tandis que l’Etat est utilisé pour donner toute couverture aux tenants de tels projets, les faisant passer au forcing !

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Gardanne : un problème forestier qui en cache d’autres, mais le dénominateur commun des dénis dans la mentalité technocratique semble rester sensiblement le même en tous. Ce serait plus simple de remonter d’abord à ce niveau, pour repenser différemment en aval toutes les décisions à reprendre, n’est-ce pas ?

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Outre que cela apparaisse le dernier recours, il devient aberrant que ce soient aujourd’hui des citoyens libres de la société civile qui doivent s’extraire de leur vocation initiale pour jouer un militantisme d’alarme afin de dénoncer les impostures politico-financières compromettant les équilibres de nos sociétés comme la santé de la Terre. N’est-ce pas le signe d’alerte qu’un professionnalisme a chuté dans un état profondément délétère ?…

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Au-delà de telles questions et considérations, remercions l’existence d’un collectif comme SOS Forêt à faire entendre ce scandale, et la disposition des syndicats forestiers à vouloir revaloriser leur profession au-delà des simples revendications de salaire. Les idées et les vocations ne manquent pas. Alors pourquoi fait-on comme si rien n’existait ? Bon sang ! A qui cela profite-t-il ?

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Ces lignes à peine achevées, voient d’un seul coup des kalachnikovs à Paris s’octroyer toute l’attention des médias et de la population. Quand un certain extrême du non-sens prend tout le devant de la scène, outre les morts et les blessés à déplorer, cela permet à d’autres types d’absurdité de mieux s’installer à l’ombre de toutes les attentions. Il est singulièrement effrayant de voir tous les maux de la Terre se faciliter mutuellement dans l’émergence sans qu’aucune alliance entre eux se révèle. La COP 21 trouvera tous les services de sécurité nécessaires pour elle, alors que sont interdites les contestations off voulant dénoncer les insuffisances, les dénis et les inepties d’un monde politico-financier face au climat, à l’écologie et aux valeurs démocratiques ? Bien sûr, l’objectif est de les interdire au titre de l’alibi sécurité survenu à point nommé. Dès lors, reste le baroud d’honneur pour la frange avertie de la population ou de bien de prendre un train pour manifester dans des capitales voisines. Mais dès lors, où va-on dans cette grande confusion ? Que décidons-nous ?

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Initiatives et remarques…
Quel que soit ce qui sera décidé par rapport à la COP 21, il importe dans toutes les régions de France d’avoir des comités citoyens de vigilance vis-à-vis de leurs paysages écologiques et patrimoniaux, tout particulièrement à l’égard des modes de gestion forestière dans le respect de leurs fonctions « écologiques » et « sociales » dans une période où l’Etat, les grosses entreprises, et la finance attestent de manière criarde de manquements et de méfaits graves au mépris de l’intérêt général.

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Il est urgent d’exiger de l’Etat de se ressaisir dans les responsabilités pour lesquelles les citoyens le mandatent, car beaucoup de gens instruits, très choqués qu’il faille s’extraire de leur profession et de leur vocation pour réagir aux manquements professionnels de bien des décideurs, comprennent vite l’hémorragie du temps qui serait nécessaire pour retenir les dégâts en cours, tant par du militantisme d’alerte que par un bénévolat démesuré au service de l’information. C’est là aussi détourner gravement un peuple de son énergie vers l’essentiel…

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Bernard Boisson anime le site Nature Primordiale. Pour en savoir plus sur les problèmes posés par l’exploitation de la biomasse au niveau européen, il vous conseille vivement le rapport rédigé par Fred Pearce pour l’ONG Fern.

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