OPINIONS ET DEBATS

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Le recours Hulot

François Hollande  proposerait à Nicolas Hulot de prendre en charge un super ministère, selon un article paru dans Libération. Cela ressemble à l’appel au secours d’un homme qui se noie et recherche une bouée de sauvetage.

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par Alain Hervé

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Nicolas Hulot @ DR

Hulot, ce qu’il représente  et ceux qu’il représente ont tout à perdre dans une telle aventure.

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Hulot peut devenir président de la République en 2017, si la France se réveille.

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Face à une gauche erratique, une droite vieillissante, une extrême droite dangereuse mais porteuse du désespoir populaire, Hulot peut prendre la tête d’une politique totalement nouvelle, qui comprenne les enjeux dramatiques du climat, de la pollution, des migrations, de la crise sociale, de la crise agricole et du reste.

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Il jouit d’une faveur considérable auprès des Français. Il a le goût du risque, nous l’avons vu pendant des années au cours de ses reportages. Il est intelligent, nous l’entendons  souvent à la radio et à la télévision exprimer ses observations et livrer ses analyses. Il aime la nature mais pas moins l’homme. Il a fait preuve d’un grand sens pratique dans la gestion de sa fondation. Il est encore jeune mais assez mûr.

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Le voilà, l’homme providentiel que certains appellent et ne trouvent pas.

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En 2012 il a commis une seule faute, se présenter à la présidentielle via les Verts, qui lui ont préféré une femme intéressante mais totalement ignorante de l’écologie.

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Peut-être était-ce trop tôt ? Et tant mieux pour l’échéance qui arrive.

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De nombreuses femmes et homme politiques et de la société civile, de gauche et de droite qui partagent ses convictions, ne peuvent pas les exprimer dans le contexte actuel. Elles, ils seront à ses côtés pour gérer le grand chambardement que promettent les années à venir.
Le seul siège que puisse lui proposer Hollande.
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Cet article est paru sur le site du Sauvage.

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Bien-être animal : une question d’éthique

La France est, dit-on, la lanterne rouge de l’Europe en la matière. Pourtant, depuis quelques années, la cause animale soulève de plus en plus de questions éthiques à la fois sur le statut des animaux domestiques ou de la faune sauvage et de la responsabilité des hommes à leur égard.

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par Myriam Goldminc

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Descartes avait assimilé les animaux aux automates. En France, cette représentation de l’animal-objet reste encore d’actualité comme le montre la façon dont les animaux sont traités dans nos élevages industriels ou tués dans les abattoirs sans étourdissement…

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Malgré une lente évolution du statut juridique des animaux, les lois françaises comportent de nombreuses incohérences. Certes, il y a quelques avancées. Depuis janvier 2015, la question du droit de l’animal est devenue un thème d’actualité. Un récent amendement à la loi de modernisation et de simplification du droit, adopté par l’Assemblée nationale, vise à définir dans le Code civil l’animal comme un « être vivant doué de sensibilité … soumis au régime des biens corporels ». Cette proposition, bien que très symbolique, doit encore être validée par diverses instances, tel le Conseil constitutionnel, et inscrite dans le code pénal. De même, si l’article 521-1 de notre code pénal précise qu’« un acte de cruauté envers un animal domestique, ou apprivoisé, ou tenu en captivité, est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende », il ne mentionne à aucun moment les animaux sauvages en liberté. Renards, cerfs et autres sangliers ne sont pas protégés contre les actes de cruauté, contrairement aux animaux domestiques.

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Une législation incomplète

Si le code rural reconnaît à nos animaux de compagnie le statut d’être sensible, ce n est pas la même chose pour la faune sauvage. Ainsi, un renard serait-il moins sensible à la douleur qu’un chien, sous prétexte qu’il est classé comme nuisible ? Ce genre d’aberration provoque un tollé chez les associations de protection animale, qui dénoncent des méthodes cruelles de la chasse comme le déterrage du blaireau, ou la pratique de la chasse à courre. Cette dernière est interdite depuis 2005 en Angleterre.
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Dans le Code de l’environnement, les animaux sauvages sont répartis en trois catégories distinctes : les espèces protégées, les espèces dites de gibier (que l’on peut chasser) et les espèces qui peuvent être considérées comme nuisibles (que l’on peut donc détruire). La raison de ce flou juridique est due à la pression du lobby de la chasse (un million de chasseurs en France) avec des fédérations bien représentées à l’Assemblée nationale. En outre, les mauvais traitements commis à l’encontre de la faune sauvage ne sont pas punissables en tant que tels !

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Élevage industriel et maltraitance
De la ferme des 1000 vaches en passant par les porcheries et poulaillers industriels, les cas de maltraitances animales sont courants. Par exemple, près de 50 millions de poules pondeuses par an sont élevées dans les poulaillers. Ces poules étant envoyées à l’abattoir et remplacées chaque année, environ 100 millions de poussins sont mis au monde pour renouveler les cheptels. La moitié de ces « poussins d’un jour » sont des mâles qui terminent dans les bacs d’équarrissage des couvoirs. Conséquence de plusieurs décennies de sélection génétique, les poussins mâles nés de lignées destinées à la production d’œufs de consommation sont devenus des rebuts, pas assez charnus pour l’industrie du poulet. Ce sont environ 50 millions de poussins mâles qui sont ainsi éliminés en France chaque année au premier jour de leur vie : déchiquetés vivants à l’aide de broyeuses, gazés, étouffés ou laissés à leur sort dans les bennes à ordures.

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logo-L214L’association L214, organisation de défense des animaux d’élevage, a rendu public l’an dernier dans une vidéo ce massacre des poussins dans un couvoir de Bretagne, ce qui a suscité une vague d’indignation. Le 4 octobre 2015, 45 députés et sénateurs de tous bords ont demandé au ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, de mettre fin cette pratique. La réponse obtenue précise que l’élimination des poussins est autorisée par le règlement à condition que la méthode entraîne immédiatement la mort. Toutefois, le ministre a évoqué la recherche d’outils permettant de définir le sexage avant incubation ou avant l’éclosion. Une telle méthode existe déjà en Allemagne : des chercheurs de l’Université de Leipzig ont mis au point une méthode de détermination prénatale du sexe des poussins. Ce procédé permettrait un tri précoce par spectrométrie dès le 3e jour. Une première mise en œuvre industrielle de cette méthode devrait débuter dès 2016 à titre expérimental. Quant au ministre de l’Agriculture allemand, il devrait présenter dès 2017 un plan d’interdiction de cette méthode d’ élimination des poussins mâles dans les poulaillers industriels.

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Autre scandale : en octobre 2015, suite aux images insoutenables de souffrances sévères infligées aux bovins, ovins, chevaux et porcs dans l’abattoir d’Alès, celui-ci a été fermé par décision municipale en attendant l’enquête sur les pratiques de cet établissement.
Egalement pointée du doigt par les associations de protection des animaux d’élevage : l’industrie du foie gras. La mortalité des canards gavés est jusqu’à vingt fois plus importante que celle de canards non gavés, du fait de blessures ou d’affections liées au passage du tuyau métallique, ou de la défaillance d’organes vitaux. Malgré les rapports de la Commission de Bruxelles qui condamne cette forme d’élevage particulièrement cruelle, celle-ci n’est pas remise en question par le ministère de l’Agriculture (la France représente 73 % de la production mondiale de foie gras).

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Bien sûr, le Code pénal punit les sévices et la maltraitance, mais de la théorie à la pratique, le fossé, comme on le voit à travers ces quelques exemples, est immense. D’où l’appel de nombreux défenseurs des droits des animaux à la création d’un Secrétariat d’État au droit animal. Il ne s’agit pas seulement d’une affaire de droit, mais d’un problème d’éthique qui est posé à chacun. Mathieu Ricard résume bien cette réflexion : « Si nous comprenions, et ressentions en toute conscience qu’en vérité nous sommes tous des « concitoyens du monde », au lieu de considérer les animaux comme une sous-catégorie d’être vivants, nous ne permettrions plus de les traiter comme nous le faisons. »

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Pour en savoir plus

Ethique & Animaux
www.droitsdesanimaux.net

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Les associations Albert Schweitzer Foundation, Compassion in World Farming (CIWF), L214 et PETA UK appellent le Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, à prendre des mesures urgentes et significatives dans la production de foie gras en France, Belgique, Bulgarie, Espagne et Hongrie.

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Éthique animale, de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, PUF, 314 p., 26 €.

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La libération animale, de Peter Singer, Grasset, 380 p., 22,10 €.

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Les réintroductions d’espèces sont rares et leur milieu naturel dégradé

La réintroduction est importante pour réhabiliter une espèce disparue d’origine mais aussi pour améliorer les programmes de l’enseignement public, renforcer des populations en voie de disparition,  contribuer à la science de la réintroduction,  ainsi que pour augmenter la taille, la diversité génétique et développer la répartition géographique de la population sauvage.

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​par Frédérique Gilbert

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Des réintroductions réussies d’animaux issus de parcs zoologiques, il y en a quelques-unes.

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Voici quelques exemples :

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TamarinsLions©CLeca

Tamarins lions au Brésil – photo ©CLeca

Des tamarins-lions dorés Rosalia Leontopithecus ont rejoint la forêt atlantique du Brésil pour compléter la population sauvage en voie de disparition.

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L’oryx d’Arabie Oryx leucoryx était éteint dans la nature avant d’être réintroduit dans les réserves à Oman en 1982.

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Le condor de Californie Gymnogyps californianus a reçu un programme réintroduction en 1992.

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Mais aussi le cheval de Przewalski Equus ferus przewalskii, le bison d’Europe Bonasus bisons, l’ibis chauve Geronticus eremita et beaucoup d’autres espèces ont déjà profité de ces programmes intéressants.

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La réintroduction est très utile et c’est un travail passionnant dans lequel les zoos jouent un rôle important.

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Pourtant, les réintroductions ne sont pas banalisées dans de nombreux parcs zoologiques parce que c’est coûteux, compliqué et parfois infructueux. Mais le succès augmente avec le temps, il y a de plus en plus de solutions aux problèmes rencontrés.

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Il y a bien sûr quelques règles à suivre pour que les choses se passent au mieux.

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Il est essentiel que ce genre de projet soit suivi et soutenu du point de vue socio-économique et juridique. Il doit également être pleinement compris, accepté et soutenu par les collectivités locales. Les règlements et les permis doivent être en règle et en accord avec les politiques ainsi qu’avec les législations avant que le projet ne démarre.

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Les animaux destinés à la réintroduction doivent provenir d’un groupe bien géré génétiquement en protégeant les groupes captifs et l’environnement qui accueillera ces individus. D’où l’importance d’un protocole vétérinaire bien établi et suivi.

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Un groupe spécialiste de la réintroduction de l’UICN  (l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature) a également mis en place des lignes directrices pour la réintroduction qui ont été élaborées suite à l’apparition de nombreux projets de réintroduction dans le monde entier.

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Il est à présent essentiel de se lancer et de travailler sur ce genre de projet, pour la protection d’espèces, pour la biodiversité de la terre et pour notre enseignement.

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De la forêt au champ d’arbres : François Terrasson avait raison

Triste anniversaire que ce début d’année 2016. Cela fait dix ans que François Terrasson a quitté ce monde chaotique plus que jamais anti-nature.

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par Jean-Claude Génot

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Cloisonnement en hiver

Cloisonnement réalisé par l’ONF dans les Vosges du Nord @ Jean-Claude Génot

En 1996, François Terrasson publiait dans la revue La Recherche un article intitulé « De la forêt au champ d’arbres. L’Office national des forêts se fourvoie dans l’imitation des pratiques agricoles ». A partir de ses observations dans la forêt de Tronçais (labours, sous-bois ratissés, fossés sur creusés, cloisonnements qui mettent fin à la sensation de continuité forestière, broyage inesthétiques de la végétation), il réalise que le chêne est cultivé par une « hyper technique » qui n’a rien à envier aux pratiques agricoles (1). Notre stratège en influence naturaliste a eu raison avant tout le monde en soulignant que : « Ce qu’on a fait à l’agriculture, on va le faire à la sylviculture ».

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Aujourd’hui les faits s’accumulent et confortent la prévision terrassonienne. Produire de l’électricité en brûlant du bois comme à Gardanne nécessite d’énormes quantités de ce « matériau ». Avec un tel procédé industriel, l’arbre, formidable organisme vivant, devient une biomasse et la forêt un champ d’arbre car après la coupe rase, les forêts céderont le pas aux plantations de conifères à croissance rapide. De plus, le piètre rendement énergétique de ce procédé et le bilan carbone global de toute la chaîne d’approvisionnement, notamment les importations de bois venant de l’étranger, montrent qu’un tel choix au nom de la lutte contre le réchauffement climatique n’est pas soutenable.

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Pour récupérer plus de biomasse en forêt car les arbres ne suffisent pas, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) envisage sérieusement la récolte du bois au sol et même de toute la litière, alors même que les feuilles constituent la première source de matière organique des sols. Risque d’appauvrissement des sols ? L’ADEME pense à tout puisqu’il suffirait de restituer au sol des minéraux sous la forme de cendres issues de la combustion du bois, riches en magnésium, calcium, phosphore, potassium et silice. Ils ont d’ailleurs suscité une thèse pilotée par l’INRA pour étudier l’impact sur les sols des diverses modalités de récolte de la biomasse. Si un tel procédé était validé, le sol forestier serait (mal) traité comme le sol agricole, un vulgaire support pour produire du bois et des feuilles, devenus source d’énergie.

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Dans le futur parc national « feuillu de plaine » situé entre la Côte d’Or et la Haute Marne, l’ONF transforme les taillis sous futaie en futaie régulière plus facilement mécanisable, introduit du douglas dans cette forêt de feuillus et procède à des coupes dans la future réserve intégrale déclenchant de vives réactions de certaines associations de protection de la nature. Quant aux propriétaires privés, ils sont sommés de mobiliser plus de bois pour produire plus. Un tel parc national est vidé de son sens. L’Etat n’a pas voulu voir qu’en demandant à l’ONF de produire plus tout en lui confiant la gestion de ce futur parc, il demandait au chat de garder les souris. Quand François Terrasson s’opposait aux parcs et réserves, c’était pour éviter d’en faire des alibis pour mieux détruire à l’extérieur. Il n’imaginait pas qu’on en arriverait à détruire autant ou plus la nature dans un pseudo parc national qu’en dehors !

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Cloisonnement réalisé par l'ONF dans les Vosges du Nord @ Jean-Claude Génot

Cloisonnement réalisé par l’ONF dans les Vosges du Nord @ Jean-Claude Génot

Quand on veut éliminer son chien, on l’accuse de la rage ! C’est pourquoi l’ONF répète inlassablement que le hêtre ne va pas résister au réchauffement climatique et qu’il faudra le remplacer, comme par hasard, par des essences plus résistantes comme certains résineux à croissance rapide tels que le douglas. Pourtant, on vient de découvrir en République Tchèque que le scolyte à double épine (Ips duplicatus), insecte xylophage originaire du nord de l’Eurasie, se développe sur le douglas. De plus, le douglas possède une capacité de survie considérable aux sécheresses moyennes, mais pas aux sécheresses exceptionnelles.

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Un de leurs experts, Jean-François Dhote, utilise des arguments totalement contradictoires pour éliminer le hêtre : « Le hêtre, dont l’aire de répartition devrait reculer d’ici quelques décennies sous le coup du réchauffement, prendrait à court terme et spontanément une place croissante, réduisant la capacité future des forêts à s’adapter aux changements climatiques ». (http://www.jardinsdefrance.org/quelle-foret-pour-demain/)

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Vous avez bien lu, le hêtre va reculer, mais en attendant, il se régénère parfaitement bien et est un frein à l’adaptation aux changements climatiques. Il fallait y penser, le vrai danger vient d’une espèce autochtone, sans doute parce qu’elle va gêner les efforts de plantation pour lui substituer une espèce allochtone à croissance rapide réclamée par la filière bois. Et si le hêtre ne s’adaptait pas au réchauffement climatique, pourquoi ne pas lui substituer la même essence mais d’une provenance adaptée à un climat plus sec comme celui du sud de la Suisse ? C’est bien triste, mais le cerveau de certains pseudo-spécialistes lui aussi subit les effets du réchauffement climatique…

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Tout ce qui se profile sous couvert d’adaptation au changement climatique et de réduction des gaz à effet de serre vise à en finir avec la forêt telle que François Terrasson la définissait : « On perçoit comme forêt ce qui ne porte pas de façon apparente la marque de l’ordre humain ». Adieu forêt magique, désordonnée, sombre et composée d’arbres vénérables, place au champ d’arbre clair quadrillé de couloirs pour les machines, composée d’arbres standardisés, rajeunis et espacés, qui répond aux attentes de l’industrie et à la volonté de maîtrise de certains ingénieurs forestiers qui ne pouvaient pas supporter que la forêt, dernier refuge du sauvage, ne soit pas domptée.

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(1) Génot J-C. 2013. François Terrasson, penseur radical de la nature. Editions Hesse. 237 p.

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Nous n’avons qu’une seule toute petite planète

La sortie de Star Wars, le Réveil de la force nous donne l’occasion d’une réflexion sur la science-fiction et l’écologie.

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par Elise Rousseau

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44677396Cela semble une lapalissade, et pourtant…

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Depuis quelques générations, nous avons été élevés avec un imaginaire de science-fiction. Rappelez-vous… 2001, l’Odyssée de l’espaceBlade Runner, ça se passe en 2019.

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Star Trek, allez, ça nous laisse encore un peu de temps, vers 2260. Alien aussi, 2122, dans un siècle. La Planète des singes, 2500. La Guerre des Etoiles, pas de date, c’était il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine…

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Mais tout cet imaginaire nous raconte la même chose : l’humanité se déplacera aisément dans l’espace, aura colonisé d’autres planètes. On finit presque par y croire, d’autant que nos scientifiques continuent d’explorer l’espace… depuis la Terre.

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Mais la vérité, c’est que nous sommes en 2015. On est péniblement allé sur cette vieille Lune, et c’est tout ! On ne sait pas encore aller sur Mars sans griller nos astronautes aux rayons cosmiques et les faire revenir très malades.

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L’Enterprise et le Millenium Falcon n’existent que dans nos contes de fées modernes. La science-fiction, c’est aussi lié à un pur problème narratif : longtemps, la Terre suffisait aux aventures de nos héros, on pouvait supposer que des monstres se cachaient dans les contrées inconnues…

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Mais maintenant qu’on a tout exploré, qu’on a fait le tour du monde, comprenez les écrivains : il faut bien déplacer ailleurs, plus loin, dans l’espace, les protagonistes. Pour plus d’aventures, plus d’inconnus, et pour avoir à nouveau des possibilités de monstres qui font peur…

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Pour déployer un imaginaire débridé, tout simplement !

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Peut-être qu’un jour on ira sur Mars et ailleurs, qui sait ? Mais on n’y est pas encore ! Et admettons qu’on soit un jour plus à l’aise pour aller vadrouiller dans l’espace, ben, avant de trouver une autre Terre, y’a du boulot. Parce que pour le moment, les autres planètes, question habitat, température et atmosphère, on a trouvé mieux… Elles ne sont pour la plupart simplement pas vivables. Dans l’Univers, la Terre, les Terres s’il y en a d’autres, sont des raretés, des merveilles uniques.

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Puis, admettons donc, avec beaucoup d’espoir, qu’on trouve un jour quelque part un autre caillou à peu près habitable. La vie s’y serait sans doute aussi développée. Et si ceux qui squattent là-bas sont aussi sympathiques que nous-mêmes ici chez nous, il y a des chances pour qu’on n’y soit pas vraiment attendu… (On imagine la qualité des échanges culturels avec les extraterrestres… vu comme on a déjà du mal à accueillir les réfugiés politiques de notre propre espèce qui souffrent dans leur pays depuis des années…).

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Par contre, à beaucoup plus court terme, on est en train de bousiller notre seule, unique, toute petite planète, nos ressources, notre futur… Et on élimine les animaux et les plantes qui sont ici avec nous, embarqués dans la même histoire, nos seuls compagnons d’aventure, nos uniques et irremplaçables camarades de la vie. Arrêtons de fantasmer et de projeter un futur hypothétique où après avoir pourri notre planète, on pourra aller dégueulasser celles des autres (si elles existent…). On n’a qu’une seule planète, et pour le moment, on y est vissé, et sans aucun échappatoire. On est en train de détruire notre seule fragile maison, notre fabuleux rivage, notre dernier refuge.

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Du bois-énergie méprisant l’écologie forestière et les citoyens

Quelques retours à l’issue des Assises Nationales de la Forêt devant l’ineptie du projet d’incinérateur biomasse à Gardanne.

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par Bernard Boisson

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L’imposture
Du bois-énergie contre les écosystèmes forestiers ; la mise sous tutelle de toute une conscience démocratique par des tractations politico-financières précipitées et en catimini, juste avant des élections présidentielles ; l’intérêt de multinationales comme E.ON (énergéticien d’origine allemande) à capter des subventions asséchant les fonds publics qui auraient pu être octroyés à des projets d’économie d’énergie ou d’énergies renouvelables à plus petite échelle, mais à rendement bien supérieur et plus pourvoyeurs d’emplois ; une excroissance industrielle trouvant son espace d’impunité à travers la sidération du public… En bref, une vaste imposture écologique, économique et humaine. C’est dans ce rapport de forces que se joue un projet sorti de son échelle : un incinérateur biomasse, relatif à la reconversion de l’actuelle centrale thermique à charbon de Gardanne aux abords d’Aix-en-Provence.

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NDLR : selon le site Conso Globe, « le projet de l’électricien allemand consiste à convertir la tranche 4 de la centrale, fonctionnant au charbon et au coke de pétrole pour une puissance électrique de 250 MW en une unité de production utilisant la biomasse pour une puissance électrique de 150 MW »|.

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La centrale électrique de Gardanne @ Bernard Boisson

Un incinérateur biomasse industriel de cette échelle vise initialement une intensification des coupes rases en forêt sur un rayon d’action de 400 km ! De même, suivront selon toute logique des champs d’arbres ne dépassant pas 40 ans au profit de leur carbonisation, un âge bien en deçà de leur espérance de vie réelle ; ce qui nous conduit à un profond désagrégement des paysages tant sur le plan écologique que patrimonial. Des élus comme ceux des PNR (Parcs Naturels Régionaux) du Luberon, et du Verdon ainsi que d’autres qui n’ont jamais été préalablement consultés, se sont opposés à cette dégradation paysagère augurée. En résulte dès lors la décision d’importer du sud-ouest des Etats-Unis et du Canada, 80 % de la ressource via le port de Fos-sur-Mer ; un déplacement du problème, une parfaite ineptie concernant l’empreinte carbone du bois-énergie tandis que se présente la COP 21 !

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Lors des Assises Nationales des Forêts, s’est exprimée ouvertement la crainte des forestiers de devenir les futurs boucs émissaires de l’opinion publique face à la multiplication des coupes rases, et à la dégradation paysagère des régions par des plantations d’arbres à durée de plus en plus réduite au profit du bois énergie. Nous assistons chez le forestier lucide à une position en porte-à-faux entre sa conscience professionnelle et la demande de technocrates, de hauts fonctionnaires et d’élus spectaculairement égarés dans la déréalisation des chiffres, pour ne pas dire dans quelques intérêts financiers fort pervers. Là, s’entrevoit une position de souffrance plus ouvertement déclarée par quelques-uns.

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Mais comme souvent, les griefs professionnels et moraux se cachent derrière les chiffres que nous lisons, notamment via le collectif SOS Forêt du Sud.

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Une imposture sur les subventions
Plus de 9 milliards de bénéfices par an seront empochés par E.ON. A quoi s’ajoute en prime plus d’un milliard d’euros sur 20 ans de subventions prélevées sur la facture d’électricité de chaque français. En incluant les aides aux investissements, ainsi que les frais d’entretien des voiries d’accès à la charge des collectivités locales… nous aboutissons à une estimation de 1,4 milliard d’euros, à comparer au 1/6 du coût total que pourrait constituer la rénovation thermique de plus de 100 000 logements parmi les 4 millions de foyers en précarité énergétique.

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Un gaspillage d’énergie et une perte d’emplois
Pour 130 MW efficaces livrés au réseau, sur les 400 MW thermiques produits, nous aurons une perte des 2/3 de l’énergie dissipée dans l’atmosphère par la tour réfrigérante. Nous avons donc un rendement énergétique de 32,5 % sans prendre en compte la déduction de l’énergie dans les chantiers de coupes, du broyage, des transports du bois (à considérer désormais à l’échelle transatlantique !), et des pertes en ligne de distribution trop centralisée. Ces 32,5 % sont à comparer aux rendements de plus de 80 % de biomasse en cogénération. Ainsi nous avons uniquement sur le gaspillage énergétique de Gardanne, l’équivalence perdue d’une dizaine de micro-centrales à circuit court. De surcroît, le ravage d’une telle exploitation va induire la destruction des filières locales générant la perte de plusieurs centaines d’emplois, bien supérieure au nombre créé par E.ON.

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Un verrouillage administratif et judiciaire
La multinationale E.ON pourra, grâce aux tribunaux mis en place par le traité transatlantique TAFTA, porter plainte contre l’Etat français ou contre toute collectivité locale, pour entrave à leurs bénéfices. Les investissements ayant commencé, le pire reste donc à craindre.

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Cela range au nombre des exemples multiples, les droits universels de l’éthique entièrement mis sous tutelle de la mondialisation des intérêts, dans une inversion totale du rapport légitime des valeurs.

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Des précédents
Remarquons aussi que l’incinérateur biomasse de Gardanne a eu un précédent britannique : le complexe industriel de Drax, au débit quinze fois supérieur à celui promis par Gardanne et important tout son bois d’Amérique du Nord !

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Toutefois, en Bourgogne, Adret Morvan, membre du collectif SOS forêt, a déjà démontré qu’un autre projet Erscia (plus petit que Gardanne) ne servait que les intérêts de quelques-uns au détriment des habitants et de la ressource locale. Le projet a finalement été annulé par la justice grâce à l’action de deux associations (Loire Vivante et Decavipec) conjuguée au juridique, ainsi qu’à l’occupation du site conduite par Adret Morvan en attendant que la justice se prononce. Ces faits, sans doute guère relayés par la presse nationale, montrent aux citoyens qu’il n’y a pas à se décourager à porter leur indignation quand des faits comme Notre-Dame-des-Landes et Sivens plus médiatisés les conditionnent à penser le contraire. Le professionnalisme de plus en plus pris en défaut par la société civile, le bénévolat portant des contre-expertises dépassant sa connaissance technique au-delà des intuitions premières, constituent une dérive de société particulièrement grave entamant très en profondeur le pacte de confiance entre la société civile et les pouvoirs.

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Les réactions
Du côté des autorités, qui y croit vraiment ? Nous ne saurions imaginer à quel point le droit de réserve dans les professions, la peur de se compromettre dans sa carrière personnelle par rapport à une ineptie imposée d’en-haut, semble faire tenir nombre de projets insensés comme un vernis tenant collé le bois pourri.

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La centrale électrique de  Gardanne @ Bernard Boisson

Au sujet de Gardanne, nous assistons à une indignation française des élus de base sans allégeance au niveau national dans les intérêts de carrière. Mais pourquoi la direction du Parc National des Cévennes a-t-elle cautionné le projet et la coupe sur son propre territoire ? Est-ce la vocation d’un Parc National français de faire de la surexploitation sylvicole pour le bois énergie au mépris total des écosystèmes forestiers et du paysage patrimonial ? Où est sa dignité dans la valeur de l’exemple ? Quelle signification et quelle légitimité restera-t-il dès lors à l’intérêt de constituer des Parcs Nationaux en France ? Jusqu’à quel degré le curseur de l’ineptie peut-il être poussé ? Telles sont les questions passant par l’esprit du tout venant découvrant le sujet.

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Pourtant, deux films éloquents montrent déjà le phénomène : Biomascarade, de Benoît Grimont, qui a été diffusé le 20 octobre à 20 h 30 sur France 5, et un autre plus ancien, L’Erreur Boréale de Richard Desjardins sur la surexploitation des forêts boréales canadiennes. Dans ces deux films, la méthode est montrée : on évide en coupe rase les parties internes des forêts laissant des bandeaux d’arbres sur les bords de route pour ne pas que cela se voie. Clôtures et barrières arguant de la propriété privée sont destinées à refouler les curieux indésirables.

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La forêt privée semble beaucoup plus vulnérable aux injonctions futures du bois-énergie que les forêts domaniales déjà fortement prélevées pour le bois d’œuvre, au point que nous pouvons nous interroger si des mesures d’incitations fiscales ne seront pas bientôt instaurées pour placer davantage les propriétaires privés entre la carotte et le bâton.

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Jusqu’où va la gravité d’une suspicion
La société civile représentée par différents penseurs aux Assises Nationales de la Forêt est en droit de se poser maintes questions. Les intérêts de marché ont-ils le droit à ce point de déposséder les peuples de leur cohésion avec la terre, de sorte que les générations futures n’auront plus que comme seul choix de s’enraciner dans des lieux déracinés ? Se fiche-t-on de la relation sensible aux lieux et de son incidence en retour sur la richesse de la culture et de l’âme d’un peuple ? Je me souviens de cette chanson de Bob Dylan s’indignant des pilotes de B52, qui avant de bombarder le Viêt-Nam se réunissaient pour la prière. Cette chanson dénonçait que l’on « mettait Dieu de son côté » pour n’importe quoi ! En fait-on autant aujourd’hui avec l’écologie ? Le bois-énergie au titre des « énergies renouvelables » est-il une façon de mettre l’écologie de son côté au mépris total des écosystèmes forestiers, de la biodiversité et de la naturalité, avec pour appui une ignorance instrumentalisée ? S’agit-il d’un bois-énergie au mépris de la relation humain/nature alors que des approches comme la sylvothérapie démontrent l’importance de forêts de qualité pour la santé et pour l’équilibre mental des individus et des peuples ? Là aussi nous pourrions signaler une non assistance à maturation des populations sur leur devenir et une spoliation démocratique. Car nous pouvons nous demander aussi si le tarissement des subventions pour une culture terrienne et une éducation écologique est vraiment à ce point fortuit étant donné les jeux de collusion des pouvoirs publiques agglutinés à certaines puissances économiques sans foi ni loi ?

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Plus largement, quel que soit le niveau d’échelle de l’évènement, quand se posent des polémiques d’arbres et de forêts abattus, cela renvoie à peu près systématiquement à une forme de viol démocratique, où une collusion politico-financière minoritaire a imposé en catimini et au forcing ses décisions, au mépris de la globalité de ceux qui seront impliqués concernant la destruction des paysages dans leur maturité et la dégradation des écosystèmes. C’est notamment aux niveaux communal et régional un phénomène récurrent entre des élus et le BTP faisant fi des contradicteurs scientifiques et de la sensibilité citoyenne. Nous sommes donc dans un discrédit très grave de l’exercice public au profit des recettes gagnées par des minorités, alors qu’outre les impacts désastreux, d’autres secteurs prioritaires seront asséchés dans les budgets. Dans l’extrême, la reconversion d’industrie énergéticienne du charbon vers le bois-énergie conduit à une régression fulgurante de la qualité forestière rappelant les temps de déforestation liés aux anciennes forges et aux industries du verre dont la France se ventait pourtant d’être sortie depuis le début du XIXe siècle. Il serait temps de comprendre que l’âge dinosaurien de l’industrie est terminé et que la science du XXIe siècle est destinée à un autre futur.

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De plus, parce que la volonté est de sauver d’abord un certain gigantisme industriel, prenons garde à ce que le bois-énergie ne se joue pas sur des mensonges comptables à l’heure où l’on ne peut plus taire le climat face au carbone produit.

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L’impasse
L’incinérateur biomasse de Gardanne se situe donc dans la monstruosité du déni, au point paroxystique contre l’écologie forestière, contre la valeur paysagère des régions et des pays, que cela soit le nôtre ou que ce soient les Etats-Unis, le Canada, et demain sans doute d’autres pays…

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Car cela fait bien longtemps que le champ de réflexions de l’écologie forestière, essentiel et prévalent, reste volontairement éludé…

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Cela fait longtemps que sous le vocable « forêt » les « champs d’arbres » et les « écosystèmes forestiers » ne sont pas respectueusement discernés, au point que dans les statistiques, les surfaces forestières restent de la « forêt » tandis qu’augmentent la présence des coupes rases et des stades très immatures de reboisement. C’est dans l’aggravation générale de cette tendance que le bois-énergie fait désormais son nid. S’en suit l’art de faire mentir les chiffres. Un seul article ne saurait dire à quel point la gestion forestière repose sur une acculturation profonde de la population et sur une dérive perverse de la politique forestière.

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Quand on ne répond pas à temps aux questions fondamentales d’une civilisation face aux déséquilibres de toutes parts en croissance, s’ajoute une étape supplémentaire dans l’absolutisme économique contre la Terre et contre l’humain. En lui une logique exclusive de profit finit par ressembler à un extrémisme refusant de déclarer son nom… Est évincée de ce type de rationalité une lucidité honnête dans l’intelligence systémique concernant la biodiversité sylvestre, les dynamiques forestières, le climat, l’équilibre mental des populations dans la cohésion nature/humain alors que cette prise en compte devient aussi une priorité devant la béance des déséquilibres. Sous l’effet d’une raison sectaire, nous partons dans une spectaculaire inadéquation comportementale de nos sociétés avec ses milieux de vie finissant par ressembler à une forme de démence économique en fin de caricature. Alors que tout discours officiel a toujours porté en préambule que la forêt a trois fonctions (écologique, sociale, et économique), qu’il soit vertement rappelé à l’Etat ses prérogatives sur la valeur écologique et psychosociale de la forêt qui devraient être pris en compte aujourd’hui à un niveau bien plus mature de conscience, compte tenu des avancées de connaissances dans ces deux domaines…

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Des questions de fond dans la levée de conscience
La question se pose : quel courage voulons-nous laisser à l’irrémédiable quand nous le manquons à mettre hors d’état de nuire des projets fous ? Avons-nous comparé les deux pour nous sentir à notre aise à tout laisser filer ? Aimons-nous si peu notre descendance au point de lui faire payer le prix de notre absence dans les enjeux actuellement en cours ? Sommes-nous en temps de paix sous la mainmise de multinationales, comme sous un régime d’occupation, et devons-nous retrouver sous d’autres formes le courage des résistants d’antan pour dire « non » à des décisions que tout être humain non assujetti à des enjeux personnels de carrière refuse ?

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Est-il même supportable de laisser dans ce domaine, nos élus nationaux commémorer nos héros de résistance, alors qu’ils laissent revenir par d’autres portes l’assujettissement des peuples ? Car soyons honnêtes : Gardanne est majoritairement refusé tandis que l’Etat est utilisé pour donner toute couverture aux tenants de tels projets, les faisant passer au forcing !

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Gardanne : un problème forestier qui en cache d’autres, mais le dénominateur commun des dénis dans la mentalité technocratique semble rester sensiblement le même en tous. Ce serait plus simple de remonter d’abord à ce niveau, pour repenser différemment en aval toutes les décisions à reprendre, n’est-ce pas ?

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Outre que cela apparaisse le dernier recours, il devient aberrant que ce soient aujourd’hui des citoyens libres de la société civile qui doivent s’extraire de leur vocation initiale pour jouer un militantisme d’alarme afin de dénoncer les impostures politico-financières compromettant les équilibres de nos sociétés comme la santé de la Terre. N’est-ce pas le signe d’alerte qu’un professionnalisme a chuté dans un état profondément délétère ?…

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Au-delà de telles questions et considérations, remercions l’existence d’un collectif comme SOS Forêt à faire entendre ce scandale, et la disposition des syndicats forestiers à vouloir revaloriser leur profession au-delà des simples revendications de salaire. Les idées et les vocations ne manquent pas. Alors pourquoi fait-on comme si rien n’existait ? Bon sang ! A qui cela profite-t-il ?

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Ces lignes à peine achevées, voient d’un seul coup des kalachnikovs à Paris s’octroyer toute l’attention des médias et de la population. Quand un certain extrême du non-sens prend tout le devant de la scène, outre les morts et les blessés à déplorer, cela permet à d’autres types d’absurdité de mieux s’installer à l’ombre de toutes les attentions. Il est singulièrement effrayant de voir tous les maux de la Terre se faciliter mutuellement dans l’émergence sans qu’aucune alliance entre eux se révèle. La COP 21 trouvera tous les services de sécurité nécessaires pour elle, alors que sont interdites les contestations off voulant dénoncer les insuffisances, les dénis et les inepties d’un monde politico-financier face au climat, à l’écologie et aux valeurs démocratiques ? Bien sûr, l’objectif est de les interdire au titre de l’alibi sécurité survenu à point nommé. Dès lors, reste le baroud d’honneur pour la frange avertie de la population ou de bien de prendre un train pour manifester dans des capitales voisines. Mais dès lors, où va-on dans cette grande confusion ? Que décidons-nous ?

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Initiatives et remarques…
Quel que soit ce qui sera décidé par rapport à la COP 21, il importe dans toutes les régions de France d’avoir des comités citoyens de vigilance vis-à-vis de leurs paysages écologiques et patrimoniaux, tout particulièrement à l’égard des modes de gestion forestière dans le respect de leurs fonctions « écologiques » et « sociales » dans une période où l’Etat, les grosses entreprises, et la finance attestent de manière criarde de manquements et de méfaits graves au mépris de l’intérêt général.

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Il est urgent d’exiger de l’Etat de se ressaisir dans les responsabilités pour lesquelles les citoyens le mandatent, car beaucoup de gens instruits, très choqués qu’il faille s’extraire de leur profession et de leur vocation pour réagir aux manquements professionnels de bien des décideurs, comprennent vite l’hémorragie du temps qui serait nécessaire pour retenir les dégâts en cours, tant par du militantisme d’alerte que par un bénévolat démesuré au service de l’information. C’est là aussi détourner gravement un peuple de son énergie vers l’essentiel…

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Bernard Boisson anime le site Nature Primordiale. Pour en savoir plus sur les problèmes posés par l’exploitation de la biomasse au niveau européen, il vous conseille vivement le rapport rédigé par Fred Pearce pour l’ONG Fern.

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Non Monsieur Hollande, les chasseurs ne défendent pas la nature. Ils l’aiment ensanglantée !

En se plaçant unilatéralement du côté des chasseurs dans un entretien au Chasseur français, le Président Hollande commet une faute morale… et politique.

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par Yves Paccalet

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chasseur-uneMonsieur le président ! Je lis l’entretien que vous accordez au magazine Le Chasseur français du 21 octobre 2015. Vous voulez protéger l’appellation « Laguiole » (le couteau et le fromage) que de gros malins ont accaparée : d’accord ! Vous refusez de créer une nouvelle niche fiscale qui ferait aux chasseurs le cadeau de leur permis de tuer : encore heureux…

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D’autres de vos propos me plaisent moins. Je ne pense pas, comme vous, que les chasseurs entrent dans la catégorie de ceux qui « défendent la nature ». Ils l’exploitent et la massacrent plus qu’ils ne la gèrent. Ils ne l’aiment qu’ensanglantée.
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Je comprends que, pour des raisons électorales, vous manifestiez « beaucoup de considération » à leur égard : mais vous oubliez que d’autres, parmi vos électeurs potentiels, et bien plus nombreux selon les sondages, désirent protéger et contempler ces espèces que les chasseurs n’apprécient qu’au bout de leur fusil.
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En France, le nombre des chasseurs a chuté au-dessous du million, probablement même à moins de 900.000 (les chiffres de l’Office national de la Chasse posent problème). Or, ces moins de 1,5 % de la population nationale privent les parents et les enfants de toute promenade en forêt le mercredi et le dimanche (voire d’autres jours lorsqu’une « battue » est ouverte).

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Au vu des accidents que provoquent ces Nemrods (une quarantaine de morts et plusieurs dizaines de blessés par an, rien que dans notre pays), ils devraient, bien davantage que les requins (lesquels causent moins de dix morts chaque année, et dans le monde entier), être classés parmi les espèces les plus dangereuses de la Terre. Parmi les « nuisibles », pour utiliser un adjectif de leur vocabulaire que je récuse…

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Monsieur le président, dans votre entretien au Chasseur français, votre sortie sur les loups me semble particulièrement inadmissible :

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« Chaque année, dites-vous, il sera décidé du nombre de loups à abattre en fonction de l’évaluation des risques et de la croissance de la population de loups ».

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Je vous rappelle que Canis lupus est une espèce protégée par la Convention européenne de Berne, que la France a ratifiée, et qui ne saurait être modifiée que par une décision des deux tiers des signataires. Je m’étonne de la contradiction qui surgit, ici, entre votre fonction régalienne de gardien de la Constitution et des institutions du pays, et l’autorisation littéralement hors la loi que vous accordez à des tueurs d’animaux protégés.

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Sur le fond, je vous rappelle que les loups sont revenus par eux-mêmes sur notre territoire, depuis l’Italie voisine (certains, désormais, y rentrent depuis l’Allemagne et la Suisse ; en attendant leurs congénères espagnols). Au rebours de ce que vous suggérez, leur population n’est nullement en accroissement. En France, ils étaient un peu plus de 300 en 2014.

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Cette année, on en dénombre moins. Or, les « autorisations » de « prélèvement » (la litote utilisée pour dire qu’on leur loge une balle dans le ventre) ont été augmentées de moitié : elles passent de 24 à 36. Une absurdité, fût-ce aux yeux du plus ignorant des naturalistes…

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Monsieur le Président, depuis le mois de juillet 2015, comme le relève l’association de protection de la nature FERUS, 13 loups ont déjà été fusillés de façon « officielle » (et d’autres braconnés). Les éleveurs de brebis réclament qu’on en exécute toujours davantage. Certains bergers (et les politiciens qui les caressent dans le sens de la laine) vont jusqu’à exiger l’« éradication » du prédateur. Allez-vous leur donner raison ?

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Je vous rappelle que, s’il existe 300 loups en France, on en recense 1 500 en Italie et 2 000 en Espagne, où les problèmes que pose le carnivore sont infiniment moins aigus que chez nous. Si nous désirons réellement aider les bergers (ce qui est notre volonté à tous deux), nous devons améliorer le gardiennage des troupeaux dans la montagne (en embauchant par exemple des chômeurs), plutôt que d’envoyer ad patres les rares « fauves » qui nous restent.

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Car l’ennemi numéro un de l’éleveur n’est pas le loup, mais le prix de la viande de mouton sur un marché mondial dominé par l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Argentine.

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Je regrette que, tels les pires politiciens de la droite de la droite (mettons Christian Estrosi ou Laurent Wauquiez), vous vous entêtiez à faire de Canis lupus le trop facile bouc émissaire de notre incapacité à réguler ce secteur de l’économie.

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Monsieur le Président, durant votre quinquennat, j’ai la tristesse de constater que la nature sauvage endure le martyre. Vous êtes en train, en ce moment même, de transformer nos forêts, nos montagnes et nos mers en parages où le sang ruisselle. Les abattages succèdent aux carnages, et cela ne semble guère vous toucher.

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Vous avez entamé, et vous vous préparez à conclure, une extermination du troupeau de bouquetins du massif du Bargy, en Haute-Savoie. La justice a rejeté le recours des associations naturalistes : plusieurs centaines de ces ruminants vont donc mourir dans les alpages, tirés à l’arme lourde par une légion de nervis aidés d’hélicoptères.

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Pourquoi cette folie ? Parce que certains ongulés seraient vecteurs de la brucellose. Mais le massacre a été ordonné avant même qu’on ait confirmé la contamination, et au mépris de la seule solution scientifique et efficace au problème : la vaccination.

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Monsieur le Président, pourquoi ne raisonner qu’avec l’esprit du bourreau ? À l’île de la Réunion, je constate la même indignité : dans le cadre du plan gouvernemental intitulé « Cap Requins », plusieurs requins bouledogues, des requins tigres et même un grand requin blanc ont été récemment « prélevés ».

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Ces poissons superbes n’avaient mordu personne. On les harponne et on les achève à titre « préventif », alors qu’ils figurent (au moins pour le tigre et le grand blanc) sur la liste des espèces en voie d’extinction dressée par l’Union internationale pour la Conservation de la Nature (l’UICN).

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Partout en France, les chasseurs réclament (et obtiennent !) qu’on les autorise à organiser des battues au renard ou des déterrages de blaireaux. Au nom de la tradition et de la « ruralité », ils veulent continuer à piéger à la trappe ou à la glu les ortolans, les pinsons ou les bouvreuils.

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Ils exigent qu’on leur permette de « résoudre » le « problème » des vautours, qu’ils accusent ridiculement d’attaquer les vaches vivantes. Ils se font forts de régler le sort des corbeaux, des cormorans, des phoques, des dauphins, que sais-je ?

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Je l’ai entendu hier et j’en suis resté sur le derrière : des grues cendrées en migration par milliers au lac du Der ! Les chasseurs, ces prétendus « amis de la nature », désirent en vérité éliminer manu militari tout ce qui les « gêne » dans leur utilisation simpliste et univoque (tuer ! tuer !) des composants sublimes et nécessaires de nos écosystèmes.

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Je n’aime pas, monsieur le Président, que vous vous placiez unilatéralement dans leur camp.

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Monsieur le Président, nous sommes nombreux, dans ce pays, à ne plus supporter l’holocauste. Je désirerais que, pour vous et votre gouvernement, l’écologie ne se résume pas aux questions d’énergie, de pollution ou de transport, bref à des combats que je mène également, depuis quarante ans, mais qui ne sont pas suffisants.

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J’aimerais qu’en prononçant le mot « biodiversité », vous preniez enfin conscience que la nature subit davantage de blessures et de désastres qu’elle n’en a jamais enduré depuis que l’Homo est sapiens. Je voudrais que vous formiez, dans votre imagination, l’image de vraies plantes, de vrais animaux, de vrais prédateurs.

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Je serais ravi que vous n’adoptiez pas pour ligne politique l’idée de confier la gestion de la « ruralité » aux chasseurs plutôt qu’aux écologistes ; aux mitrailleurs plutôt qu’aux amoureux de la beauté vive ; aux massacreurs en tenue léopard plutôt qu’aux amis de la subtilité et des équilibres ; aux assassins des beautés palpitantes plutôt qu’aux naturalistes, aux promeneurs, aux écrivains, aux cinéastes, aux peintres, aux poètes et aux rêveurs.
Je revendique de votre compréhension et de votre amour de l’humanité même que vous laissiez à l’usage de nos enfants et des enfants de nos enfants les trésors vivants que nourrit encore la Terre. Que vous preniez la défense du requin, du loup, du lynx et de l’ours brun, plutôt que de les laisser agonir d’injures et anéantir à la balle ou au couteau par des êtres basiques, obsédés par la mort du « nuisible » ou du « gibier », et fiers de revêtir l’uniforme martial pour aller répandre la terreur à travers champs et bois.

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Je vous en supplie, monsieur le président : faites taire les fusils et écoutez la symphonie du monde !

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Cet article est aussi paru sur le site le Plus de l’Obs.

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Inondations catastrophiques

Les inondations catastrophiques sur la Côte d’Azur ce 3 octobre auraient pu être évitées, ou au moins atténuées.

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par Roland de Miller

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Certes, l’orage très violent immobilisé pendant deux heures sur Cannes, Antibes, Biot, Mandelieu, Vallauris et Nice est typiquement un exemple du réchauffement climatique et il se reproduira de plus en plus fréquemment. Mais c’est trop facile d’accuser le ciel ou Météo France !
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510CCdaZfVL._SY291_BO1,204,203,200_QL40_Ce que l’on constate surtout, c’est une irresponsabilité totale dans l’urbanisation frénétique de cette région beaucoup trop densément peuplée. On a construit à tour de bras malgré les avertissements. Par exemple ceux de René Richard (La Côte d’Azur assassinée ? 1971). Jusqu’à 30 % de la surface des communes sinistrées se situe en zone inondable.

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La spéculation immobilière a entraîné une bétonisation et un goudronnage aberrants de toutes les surfaces, une suppression de la végétation sauvage et des zones tampons, vierges et inoccupées (notamment les zones humides). D’où la force avec laquelle l’eau dévale les pentes et les rues puisqu’elle est empêchée de pénétrer dans les sols. De plus, une irresponsabilité dans la gestion des déchets entraîne un engorgement des canaux d’évacuation, d’où des hauteurs d’eau extrêmes dans les habitations et les garages souterrains.

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Voilà une fois de plus la preuve que la Côte d’Azur est trop densément peuplée et que le règne de l’Argent et de la Technique peut faire de cette région un enfer pour des centaines de milliers de gens. La prospérité citadine faite de mensonges et de malhonnêtetés ne peut que s’effondrer un jour… Qui aura le courage de le dire sans crainte de faire reculer les sacro-saints intérêts du tourisme et du lobby immobilier ?

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Les habitants sinistrés ont beau pleurer devant les caméras de la télévision, en vérité, si on analyse bien les causes profondes et les erreurs historiques depuis cinquante ans, ils sont quand même responsables de ce qui leur arrive. Chaque propriétaire de villa, chaque électeur est responsable. Les maires ne veulent pas reconnaître leurs fautes. Comme le montre Hervé Kempf (JNE) sur le site de Reporterre, les fripouilles politiques veulent continuer à « développer » la plaine du Var.

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Les particuliers autant que les autorités ont laissé s’installer tout un mode de vie absurde qui n’est pas viable et où les habitants se laissent piéger et emporter dans leurs voitures par les torrents en crue. La Nature ne fait que rétablir un tant soit peu son ordre imparable. Sait-on que les Amérindiens recommandent de ne jamais creuser la Terre car un jour ou l’autre elle retient prisonniers ceux qui l’outragent. Qui aura l’humilité d’accepter cette leçon, si dure soit-elle ? Qui acceptera de remettre en cause l’attitude hypermatérialiste qui règne sur la Côte d’Usure et l’attachement à la sacro-sainte Automobile ? En matière de gestion des eaux, l’ignorance voulue et entretenue des impératifs écologiques est carrément criminelle. Aujourd’hui, on frappe les esprits avec des images-choc. Demain, les propriétaires de villas vont reconstruire à l’identique. Mais on évacue la réflexion critique et il n’y a pas de véritable prise de conscience.

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Qui peut croire qu’il aura la chance de ne pas se noyer dans la prochaine inondation ?

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Protéger la nature : le bêtisier

En plein contexte de loi sur la biodiversité et de COP 21, jamais les questions d’écologie n’ont eu une telle occasion de faire débat dans notre pays soumis au puissant conditionnement mental de la croissance et des marchés.

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par Jean-Claude Génot *

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Vous pensez sans doute que la loi sur la biodiversité va enfin nous libérer de cette propagande qui nous conduit à tout penser en termes économiques ? Eh bien non ! Passons sur le fait qu’avec la sémantique, on enterre définitivement la loi de 1976 dite loi de protection de la nature. En effet, la nature est englobante, un tout complexe qui nous contient. La biodiversité, elle, est vue comme un assemblage d’espèces que l’homme peut manipuler et « gérer » selon ses besoins. Il est très instructif de voir que le ministère de l’Ecologie a choisi pour illustrer son site internet un tube à essai avec une plantule et une scientifique dans un laboratoire en train d’observer une plaque d’échantillons que l’on imagine d’origine biologique.

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Le plus grave dans cette loi figure à l’article relatif à la compensation des atteintes à la biodiversité. Vous y voyez un bon moyen pour freiner la destruction des espèces et des espaces naturels ? Détrompez-vous ! Au contraire, c’est le début de la fin pour la nature et les réglementations qui la régissent. Delphine Batho, ancienne ministre de l’Ecologie, ne s’y est pas trompée, puisqu’elle a dénoncé à juste titre un premier pas vers la financiarisation de la biodiversité. De quoi s’agit-il ? Simplement de laisser détruire plus facilement un coin de nature si le destructeur peut restaurer le même milieu ailleurs ou acheter des actions permettant de conserver des espaces naturels avec des crédits biodiversité sur le même modèle que les crédits carbone, c’est-à-dire payer pour continuer à détruire.

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9782707185853Ce phénomène est déjà bien engagé dans de nombreux pays anglo-saxons et un excellent livre, Prédation. Nature, le nouvel eldorado de la finance,  de Sandrine Feydel et Christophe Bonneuil, explique les mécanismes qui ont permis cette mainmise de la finance sur la nature et analyse les conséquences négatives déjà constatées dans les pays où ce système existe. Ce livre montre les ponts existant aux Etats-Unis, à l’origine de ce modèle, entre le monde des grandes entreprises et des banques et celui des grandes ONG de la conservation. Demain, en croyant soutenir certaines ONG pour la protection de la nature, nous précipiterons sa destruction par sa mise sur le marché.

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Les auteurs du livre montrent que les lobbyistes de la financiarisation de la nature ont gagné la partie au sein de la Commission européenne. Rien d’étonnant à ce que tous les technocrates de l’environnement qui font les lois et les règlements nous dirigent droit vers cette marchandisation de la nature.

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Comment en sommes-nous arrivés là ? Les protecteurs de la nature sont responsables parce qu’ils ont voulu socialiser la nature alors qu’il fallait ensauvager les esprits et rendre le maintien de la nature sauvage indispensable. La nature est devenue paysagère, la biodiversité est gérée et au final la société croit que la nature sans hommes ne peut pas exister, voir même ne doit plus exister. Des exemples ? Il y en a tout un bêtisier dont je vous livre quelques cas pris au hasard.

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Dans la forêt de Fontainebleau, l’ONF a décidé de réintroduire….le mouton pour pâturer dans des pelouses et des landes afin de conserver « la biodiversité ». Bel abus de langage car qui sait mesurer « la » biodiversité ? En fait, il s’agit d’intervenir au profit d’espèces des milieux ouverts au détriment d’espèces des milieux boisés, un choix essentiellement culturel et non scientifique. Cette opération de jardinage écologique consiste à conserver un paysage du XIXe siècle plus qu’à protéger la nature. Personne ne semble se demander quel sera l’impact sur le milieu des moutons, quand on connaît les méfaits du surpâturage. Que dire de la logique de cette opération quand dans le même temps l’ONF se plaint de la surdensité du cerf, capable lui aussi d’aller consommer les ligneux indésirables ? Et pourquoi, si le cerf ne fait pas l’affaire, ne pas réintroduire des herbivores sauvages comme le bison d’Europe qui a plus sa place en forêt que le mouton ?

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Le plan de gestion 2015-2019 de la réserve naturelle nationale des Sagnes de la Godivelle, en Auvergne, prévoit pour les forêts du bassin versant de ces milieux tourbeux de remplacer les épicéas par du douglas et du mélèze dans le cadre du changement climatique. Qu’on laisse planter des résineux exotiques dans une réserve naturelle montre que ce statut est vidé de son sens initial, à savoir protéger la nature. Enfin, qu’on prenne prétexte du changement climatique pour ressortir les vieilles recettes du productivisme des trente « désastreuses » est pitoyable et un non-sens scientifique (aucune étude ne montre que les résineux choisis seront capables de mieux résister que les feuillus), écologique (on ne connaît pas l’impact sur les milieux de ces introductions de résineux allochtones) et économique (quel risque fou de ne pas faire confiance aux essences locales et de planter sans aucune garantie à court et moyen terme). C’est la libre évolution qui devrait prévaloir dans une réserve naturelle. Sinon, un site Natura 2000 peut suffire et alors il vaut mieux planter des feuillus que des résineux.

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Dans une motion C « Osons un nouveau pacte citoyen et républicain » présenté lors du dernier congrès du Parti socialiste de 2015, une proposition visant à développer la filière bois énergie souligne que cela « permettrait de se débarrasser des vieux arbres secs, qui sont les premiers à s’enflammer l’été ». Outre le fait que cette question des incendies ne concerne que les zones méditerranéennes, la totale méconnaissance des élus socialistes en matière d’écologie, notamment sur le rôle du bois mort, peut être vue comme une malformation congénitale qui devrait écarter ces gens de tout pouvoir car la planète a déjà assez souffert des décisions politiques et économiques d’ignorants de la nature.

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En avril 2015, la Direction Départementale des Territoires de Haute-Loire a autorisé qu’un chamois qui s’approchait trop d’un troupeau de moutons soit abattu. Cet individu isolé menaçait le troupeau selon l’éleveur. Il aurait pu être endormi et transplanté ailleurs. Mais la solution radicale a été préférée. Bel exemple de la façon dont on traite la question du sauvage en France, pays de campagnes maîtrisées et ordonnées où la nature est vue comme une menace permanente.

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Enfin, le ministère de l’Ecologie a lancé cet été une offre d’emploi d’avenir pour constituer une brigade loup et participer aux opérations d’abattage ordonnées par l’Etat. Le profil demandé nécessite une aptitude au maniement des armes de catégories C et D (armes de chasse lisses et rayées), des notions de balistique, un permis de chasser, la possession du Brevet Grand Gibier serait un plus, une origine « rurale » et une formation type BEPA agricole, avec une spécialité cynégétique ou aménagements. Que le ministère chargé en principe de protéger la nature en vienne à se soucier d’abord des moutons en dit long sur le revirement idéologique auquel nous assistons et sur les priorités françaises : une nature aseptisée sous contrôle et expurgée de toute altérité sauvage.

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Travailler aujourd’hui pour un organisme environnemental ne suffit plus à faire de vous un protecteur de la nature quand ces structures visent en fait à faire le bonheur de la nature contre son gré. Le citadin végétarien qui décide de ne pas avoir d’enfants protège mieux la nature à moyen et long terme.

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* Ecologue

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Les « zootels » à insectes

Apparus il y a une quinzaine d’années (d’abord chez nos voisins allemands), les hôtels à insectes fleurissent actuellement un peu partout.

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par Jean-Claude Génot *

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hotel insecte

Hôtel pour insectes – photo @ Jean-Claude Génot

Ces « hôtels » sont aux insectes ce que les nichoirs sont aux oiseaux, des gîtes artificiels. Ils se présentent généralement sous la forme d’étagères comportant divers compartiments séparés. Ces derniers comportent divers matériaux pour attirer les insectes : bois ou brique percés de trous, roseaux coupés, paille, terre, pot de fleurs, etc.

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Certains compartiments sont protégés par un grillage contre les prédateurs. Ces hôtels à insectes sont très souvent couverts d’un toit plus ou moins grand.

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Ces aménagements rencontrent un certain succès auprès des collectivités, des associations et des particuliers qui veulent agir en faveur de la biodiversité.

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On commence à en voir un peu partout, même sur des ronds-points, en bordure de routes fréquentées et dans des zones urbaines.

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Pour de nombreux protecteurs de la nature et éducateurs à l’environnement, l’hôtel à insectes est devenu un outil incontournable. Il complète le kit du parfait protecteur de la biodiversité. Il a tout pour plaire car il se voit, il peut être inauguré et surtout il montre de quoi l’homme est capable pour protéger activement la nature.

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Mais au fait, et les insectes dans tout ça ? Si l’on en croit l’entomologiste Vincent Albouy (1) qui a testé l’efficacité des divers abris à insectes, tous peuvent être remplacés par des abris naturels : tiges mortes de végétaux, terriers de campagnols, anfractuosités, vieux murs, vieil arbre creux, lit de feuilles mortes, mousse épaisse et même le sol.

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En clair, il suffit de laisser de la place à la nature spontanée et de ne pas nettoyer son jardin en automne pour « faire propre ». Les insectes y trouveront les abris nécessaires pour passer l’hiver ou les gîtes pour se reproduire. Il en va des insectes comme des oiseaux, les nichoirs et autres abris artificiels ne servent à rien si autour la nature est bétonnée.

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A quoi sert d’installer un hôtel à insectes si, à côté, on utilise des pesticides ou si on supprime la moindre zone de friche ? Et si la nature offre les mêmes abris que ces ersatz en béton de bois ou en brique, pourquoi donc vouloir à tout prix les installer ? Justement, l’homme a absolument besoin de croire qu’il n’y a pas de nature protégée sans qu’il y mette sa patte, une signature bien humaine qui flatte l’orgueil de se croire indispensable à la nature.

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L’immense avantage de ces hôtels est qu’ils permettent de protéger à bon compte une nature par ailleurs massacrée à grande échelle. La nature nous gêne, on ne la veut plus que dans des petites zones réservées à cet effet. Elle est devenue la biodiversité, un assemblage d’espèces que l’on peut manipuler à souhait, qui doit être mise dans une case pour ne pas entraver le développement économique.

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C’est pourquoi l’hôtel à insectes est idéal, vite bricolé et vite casé dans un coin, tant pis s’il n’y a pas ou peu d’insectes. La nature est généreuse et a horreur du vide, elle trouvera toujours des mouches, des araignées ou des guêpes pour venir dans ces abris. Et puis, si l’hôtel reste vide, on peut tout faire pour attirer des clients. Citons Vincent Albouy : « Mais ces nichoirs ne sont occupés que si je force la main, ou plutôt le tarse, des reines. Quand je repère au début du printemps un bourdon explorant le sol, cherchant un endroit pour nicher, je le capture pour l’introduire dans le nichoir en bouchant l’orifice de sortie. Je n’ouvre celui-ci que 24 heures plus tard ».

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Oui, vous avez bien lu, si ce bel hôtel ne plaît pas aux insectes, on les force à y loger ! Mais alors ,s’ils servent plus à nous faire plaisir qu’à protéger les insectes, quel est leur rôle ? Vincent Albouy pense qu’ils sont avant tout des supports pédagogiques qui entraînent des questions de la part du public.

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Face à un tel équipement, on peut aisément imaginer que tout bon guide nature pensera à parler de l’importance de protéger les insectes et qu’alors les questions du public porteront sur les dimensions de l’hôtel, les matériaux employés et l’emplacement idéal pour l’installer. Si le guide sait bien captiver son auditoire, qui pensera à lui demander pourquoi vouloir absolument fabriquer une telle installation alors que les insectes ont toujours su trouver ce qu’il leur fallait dans la nature ? Pourquoi contraindre les insectes à venir dans ce gîte artificiel grillagé, ce « zootel » bien en évidence où les insectes sont à la vue de tout le monde, alors que, dispersés dans la nature, ils sont plus à l’abri de leurs prédateurs ?

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Eh bien, parce que l’homme souffre de gestionite (2), cette maladie qui consiste à vouloir tout contrôler et gérer la biodiversité comme si la nature ne pouvait exister sans notre intervention. J’entends déjà certains protecteurs écologiquement corrects me dire que mes critiques sont dérisoires et exagérées, que ces hôtels à insectes partent d’un bon sentiment qu’il ne faut absolument pas entraver car les gens ont besoin d’agir en faveur de la nature.

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A cela, je réponds que l’enfer est pavé de bonnes intentions et que dans cette histoire, rien n’est anodin. Car ces « zootels » et autres ersatz de nature confortent tout ceux, et ils sont nombreux, qui pensent qu’on peut remplacer la nature spontanée, indomptable et débordante par des artifices. Derrière ces équipements qui valorisent l’homme et desservent la nature dans ce qu’elle a de sauvage, il y a l’idée que la technique, même la plus élémentaire, peut pallier le manque de nature.

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L’hôtel à insectes n’est que le début d’un processus visant à domestiquer la nature pour mieux la maîtriser et à faire croire que la nature doit être adaptée à notre société, mais pas l’inverse. D’ailleurs, n’a-t-on pas déjà contraint la nature à vivre dans des réserves ? Ainsi pour penser les villes de demain, des écologistes travaillent avec des architectes pour concevoir des habitations où humains et animaux peuvent cohabiter (3), du hérisson à l’hirondelle. Mais là encore, cet avenir radieux pour la biodiversité, ce meilleur des mondes où ne vivraient que les espèces anthropophiles, est remis en cause par les naturalistes eux-mêmes qui rappellent une évidence : « Vous aurez beau installer tous les nichoirs que vous voulez, si vous ne pensez pas à planter des arbustes autochtones où les oiseaux trouveront à se nourrir, eh bien ils ne viendront pas ».

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Mieux vaut laisser de la place à la nature spontanée et planter des arbres pour demain que de construire des gîtes artificiels pour attirer les animaux sauvages dont la raison d’être est de vivre librement. Car l’herbe folle, l’arbre mort, le lierre et la ronce ne sont pas uniquement des refuges pour les animaux, ils sont aussi les éléments fondamentaux des lieux où s’épanouit la nature sauvage. Ces lieux qui peuvent nous aider à construire nos identités selon Anne-Caroline Prévot, chercheur au CNRS (4). Alors, de grâce, arrêtons nos bricolages d’Homo faber. La nature sait mieux que nous ce dont elle a besoin, ayons l’humilité de le reconnaître.

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* Ecologue

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(1) Vincent Albouy. 2008. Nichoirs et abris à insectes, quelle efficacité ? Insectes n°150 : 25-28.

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(2) Jean-Claude Génot. 2008. La nature malade de la gestion. Sang de la Terre. 239 p.

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(3) Julia Koch. 2015. En colocation avec M. Hérisson. Courrier international n°1284 du 11 au 17 juin, page 58

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(4) Anne-Caroline Prévot. 2015. Se mobiliser contre l’extinction d’expérience de nature. Espaces naturels n°51 : 18-19.

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