OPINIONS ET DEBATS

Le scandale de Notre-Dame-des-Landes

Après le Larzac, Plogoff, Serre de la Fare, voici maintenant Notre-Dame-des-Landes. Même combat. Même entêtement des promoteurs, qui veulent absolument se lancer dans une vaste opération immobilière et un équipement surdimensionné par rapport aux besoins réels.

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par Roger Cans

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non-landesLe projet, qui remonte au temps du Concorde, n’a plus de raison d’être. Déplacer un aéroport du centre-ville dans le bocage est une aberration pour la clientèle, déjà habituée au TGV. Un aéroport commun à Nantes et Rennes ? C’est une farce. Le TGV va aussi arriver prochainement à Rennes.

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Les habitants de Nantes en ont assez de voir passer les avions. Et alors ? Les habitants de Choisy-le-Roi et de Palaiseau en voient passer beaucoup plus avec la plate-forme d’Orly, très bien reliée à la capitale. J’ai habité Nice, où l’aéroport de la Côte d’Azur est depuis longtemps le deuxième aéroport international de France. Les habitants de Nice, notamment dans le quartier de la Californie, sont aux premières loges pour le bruit des avions. Mais ils savent que l’aéroport est vital pour l’économie de la ville et ils s’en accommodent. De toute façon, il est impossible de transférer les pistes ailleurs, dans la montagne. Mais, comme le trafic aérien a décuplé, il a fallu agrandir l’aéroport. Et l’on a alors décidé de construire une nouvelle piste en pleine mer, moyennant un apport colossal de matériaux pour combler la fosse méditerranéenne – ce qui n’a pas été sans mal.

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A Nantes, il n’y a pas de fosse marine. Agrandir l’aéroport ne pose aucun problème technique. Mais la municipalité espère récupérer des terrains avec le transfert de la plateforme à une quinzaine de kilomètres de là, dans des prairies humides peu favorables à des pistes d’atterrissage. Comme il n’y avait pas d’urgence (on est loin de la saturation à l’aéroport de Nantes), les choses ont traîné, jusqu’à ce qu’une conjoncture politique favorable se présente : le maire de Nantes nommé premier ministre d’un gouvernement de gauche. D’où la relance d’un projet mille fois examiné, reporté et réexaminé.

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La France, depuis le plan Marshall et l’installation du quartier général de l’OTAN (le SHAPE), en 1949, est dotée d’une multitude de plateformes aéroportuaires, souvent transformées en terrains militaires dormants ou en parkings utilisés pour les grands rassemblements gitans. Chez nous dans la Sarthe, l’aéroport du Mans ne sert plus qu’à accueillir – à grands frais – des avions privés de plus en plus rares. Même La Flèche a son aérodrome, utilisé pour les sports aériens. Les pistes peu fréquentées abritent une flore intéressante, dans la mesure où l’aérodrome n’est qu’un terrain d’atterrissage enherbé.

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Dans une région où l’on construit la ligne à grande vitesse Le Mans-Rennes, où l’on a tracé une autoroute (A 28) pour relier Caen à Tours, on nous demande maintenant de participer au financement d’un équipement ruineux, inutile et même nuisible à l’environnement, au profit du transport aérien ! Trop, c’est trop. Le gouvernement, à quelques mois d’une échéance électorale décisive, ne va tout de même pas se donner le ridicule d’évacuer manu militari les défenseurs de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.

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Même Mitterrand avait compris en 1981 qu’il fallait renoncer à des projets contestés – à juste titre – et il avait mis un terme au long combat du Larzac (dix ans) et au projet de Plogoff, qui aurait défiguré la Pointe du Raz, aujourd’hui devenue Grand site de France. Son gouvernement avait aussi renoncé au barrage de Serre de la Fare, qui devait engloutir 14 kilomètres des gorges de la Loire, « dernier fleuve sauvage d’Europe ». Que le gouvernement abandonne maintenant, pendant qu’il en est encore temps, le stupide projet de Notre-Dame-des-Landes.

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Lettre ouverte aux candidats écologistes à la présidentielle

Voici un appel lancé par un adhérent de longue date des JNE, qui s’exprime ici à titre personnel. Vos réactions sont les bienvenues ! Nous publierons sur ce site les textes que les membres des JNE souhaiteront nous proposer au sujet de l’élection présidentielle de 2017.

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par Jean-François Noblet

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Jean-François Noblet

Bonjour,
Militant associatif pour la protection de la nature et de l’environnement depuis 1970, je voudrais vous convaincre de ne surtout pas vous présenter comme candidat écologiste aux prochaines élections présidentielles pour les raisons suivantes.

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L’avènement d’un parti politique basé sur l’écologie a été un formidable espoir pour l’immensité des militants associatifs qui travaillent quotidiennement sur ces questions fondamentales. Il faut reconnaître que cela a montré à l’opinion l’importance de ces questions quand les candidats d’Europe Ecologie Les Verts ont réalisé de bons scores et quand des élus écologistes ont pu faire avancer les problèmes dans les communes et les conseils généraux.

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Leur participation négociée au gouvernement a pu obtenir autrefois des décisions importantes telles que l’arrêt de Super-Phénix, la centrale nucléaire de Creys Malville (38). On remerciera donc certains écologistes politiques tels qu’Yves Cochet ancien ministre de l’Ecologie, pour leur engagement positif. Dans les régions, les conseils généraux ou les communes, nombre d’élus écologistes ont obtenu de belles avancées pour la vraie prise en compte de l’érosion de la biodiversité, du changement climatique ou de l’épuisement des richesses naturelles de la planète. On ne remerciera jamais assez, par exemple, Serge Revel et Catherine Brette en Isère, Christian Bouchardy en Auvergne, Alain Chabrolles au conseil régional Rhône-Alpes.

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Hélas, il nous faut constater avec regret que cette belle évolution de la société qui montre une corrélation positive entre les scores du parti vert et les résultats concrets obtenus par les militants associatifs est en train de s’effondrer.

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Tout d’abord, l’éviction de Nicolas Hulot, le scandale de harcèlement sexuel de Denis Baupin et la recherche effrénée de postes ministériels de Jean-Vincent Placé et Emmanuelle Cosse ont démontré que les écologistes politiques ont les mêmes travers que les membres des autres partis politiques : recherche du pouvoir, de l’argent et luttes fratricides. A l’exception de la parité hommes/femmes, le parti Vert est devenu un parti politique identique aux autres, anéantissant l’idée contraire.

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Alors, on devient candidat chez les écologistes, non plus par conviction ou compétence, mais parce qu’il y a encore de la place à prendre.

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L’échec flagrant de Cécile Duflot qui s’intéresse plus au haschich qu’à la biodiversité a fini par démontrer que le gouvernement pouvait continuer le nucléaire, les pesticides, les Center parcs, Notre-Dame-des-Landes ou les tirs de loups sans craindre l’opposition d’un parti devenu si minoritaire et silencieux.

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Quant aux députés écologistes, à l’exception de Michèle Bonneton, on cherche encore quels sont les résultats obtenus de la dernière législature.

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Alors se présenter aujourd’hui aux élections présidentielles avec l’espoir de faire au mieux 3 ou 4 % des voix est une folie qui va finir de tuer le parti politique des Verts et les idées fondamentales des militants associatifs.

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En effet, vous allez montrer encore plus vos divisions internes avec l’organisation d’une primaire.

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Vous allez finir de gaspiller les finances du parti sans espérer un remboursement de l’Etat.

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Vous allez démontrer que l’écologie n’est plus une priorité en période de crise, ce qui est déjà la politique actuelle de plusieurs départements et régions alors que c’est la seule solution pour s’en sortir.

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En renonçant à vous présenter aux élections présidentielles, vous auriez la possibilité de montrer que vous êtes conscients de vos responsabilités. Cela ne vous empêcherait pas d’intervenir dans la campagne en pesant sur tous les autres candidats. Les médias apprécieraient cette sagesse revenue. Vous auriez le temps et les finances pour former et préparer de véritables écologistes pour les élections législatives prochaines.

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L’écologie est une idée majeure, à défendre dans tous les partis. Elle ne devrait plus être l’unique propriété des Verts qui n’ont pas su la défendre comme il aurait fallu le faire.

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Renoncer à montrer à l’opinion que 3 ou 4 % des citoyens seulement adhèrent à cette idée serait un acte majeur dans la vie politique française et l’occasion d’une renaissance.

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Ne vous présentez pas aux élections présidentielles !

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Retrouvez Jean-François Noblet sur son blog en cliquant ici.

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Vivre simple, un art à réinventer

Un mode de vie simple adapté à la modernité d’aujourd’hui est à réinventer. Ni rétrograde ni limitatif, il implique de nouveaux comportements et un retournement radical de la pensée.

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par Marie-Joséphine Grojean

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Le dernier livre en date de Marie-Joséphine Grojean : La Vie simple (Editions de la Fenestrelle)

Porteur d’éthique, il contribuera à une distribution plus équitable des biens matériels dans la communauté humaine et à l’avènement de sociétés plus conviviales.

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Nos sociétés de consommation, et donc de déchets, sont toxiques. Elles épuisent les ressources naturelles, bouleversent les équilibres écologiques et géopolitiques, accroissent les inégalités sociales…

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Pour la première fois dans l’histoire, l’intensité et la multiplicité des activités et productions humaines sont telles qu’on parle d’une nouvelle ère géologique : l’Anthropocène.

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Dérèglement climatique, réduction de la biodiversité, pollution des eaux, des sols, de l’air, montée du niveau des mers, la planète serait-elle en danger ? Non. Mais nous, habitants de cette planète, sommes en danger. Vivre autrement est urgent et nécessaire. Nous devons réapprendre à vivre simple.

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La vie aujourd’hui : complexité, vitesse, accumulation, obsolescence

Imaginez le contenu d’une boîte de couture, ses écheveaux, ses fusettes, ses bobines, les fils emmêlés qui partent dans toutes les directions, les aiguilles, les épingles, ciseaux, etc., tout cela en vrac, prêt à l’emploi… Ou imaginez un tableau électrique avec ses fusibles, dérivations, câbles de toutes couleurs, disjoncteurs, boutons, etc. Imaginez encore les voies entrecroisées d’un échangeur d’autoroute aux abords d’une mégapole. Allez jusqu’à visualiser les réseaux informatiques qui transmettent les informations sur toute la planète en direction de chaque ordinateur…

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Transposez ces images en mode de vie ; voilà ce que nous vivons au quotidien dans la modernité d’aujourd’hui : un enchevêtrement complexe de données, d’obligations, de besoins, de désirs, de contacts, de normes, d’activités, d’horaires, tout cela au milieu d’un arsenal d’objets et d’appareils électriques, électroniques, médiatiques qui ne demandent qu’une chose, qu’on les jette et les remplace au plus vite…

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Mener une vie plus simple ? Comment faire dans ce fouillis accablant ? Et pourquoi ? Et, au fait, cela veut dire quoi, une vie simple ?

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Disons-le carrément : vivre simple aujourd’hui est difficile

Au niveau du temps d’abord : jusqu’alors, les humains étaient plutôt en phase avec les rythmes naturels, ce qui donnait un tempo biocompatible. Aujourd’hui, dans le rythme ambiant, mécanique, informatique, robotique, nous vivons haletant, courant après le temps : nous n’avons plus le temps !

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L’espace aussi a changé de dimension. Jusqu’alors on vivait sur un territoire, aujourd’hui on vit sur une planète. Dans cet espace élargi – mondialisation oblige – on est sans cesse incité à penser global, et cela fait énormément d’informations à intégrer. La pensée globale se soucie des grands problèmes du monde, du climat, des conflits, des ressources naturelles, des flux migratoires… Mais, avec ses données statistiques et ses propositions générales, elle reste souvent abstraite. Et surtout, elle nous détourne du local, et en premier lieu de nous-même et donc du seul champ d’action sur lequel nous ayons concrètement prise. C’est toujours au niveau local que l’on agit et c’est dans ce qu’il y a de plus local qu’on ressent, c’est-à-dire en soi-même : là où justement peut naître une démarche de simplification à exercer dans les actes ordinaires de la vie de tous les jours.

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Penser global, oui, mais agir local dans une dynamique interactive qui est celle de ce nouveau paradigme à mettre en œuvre pour une nouvelle forme de société dont nos comportements sont le terreau.

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Vivre simple est difficile parce que cela implique de quitter les habitudes et les conditionnements liés à l’énorme pression économique, financière, administrative qui enferme dans le toujours plus et veut faire de chaque individu, d’abord et avant tout, un consommateur.

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Cette vision matérialiste où règnent les notions de pouvoir d’achat, de croissance infinie, de bonheur généralisé, d’emploi garanti relève d’une utopie mensongère : comment croire en une croissance infinie sur une planète finie avec des ressources naturelles finies, déjà surexploitées, et une population en expansion aux demandes croissantes ? Mener une vie simple, c’est donc d’abord développer une pensée qui interroge les faits et participe à l’avènement d’une autre économie, respectueuse des humains et de la planète : l’économie circulaire et solidaire.

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Cette frénésie d’accumulation d’objets dans les maisons, de nourriture dans les frigos, d’occupations multiples, de conversations téléphoniques interminables, de déplacements incessants, de désirs sans fondement relève de l’ordre du quantitatif et des valeurs de l’avoir. Ces valeurs mettent chacun en compétition, créant une mentalité individualiste du chacun pour soi. Elles gomment des valeurs essentielles : partage, solidarité, fraternité. Les valeurs de l’avoir comblent rarement les véritables aspirations humaines qui sont de l’ordre de l’être : être bien (bien-être), être en relation (partager), être joyeux (danser, rire, vivre ensemble)…

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Vivre simple : une démarche d’autonomie et de responsabilité

Si vivre simple est d’abord une réaction contre nos sociétés de consommation et de déchets, c’est aussi une démarche d’hygiène mentale pour contrer les trop nombreuses stimulations qui nous assaillent et nous déstabilisent. C’est surtout une démarche d’autonomie et de responsabilité qui requiert discernement, détermination et qui s’exerce au plus modeste du quotidien. Consommer autrement, raisonnablement, en conscience, de façon sélective. S’informer par soi-même de l’origine des produits, de leur mode de production ou de fabrication, de l’impact des déchets sur l’environnement, de leur toxicité, de leur destination. Eliminer l’inutile. Rechercher des informations vraies et en tirer des conséquences. Agir non à partir de consignes dictées mais de décisions prises en conscience ; le contraire de la facilité, surtout avec des enfants, si perméables à la conformité.

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Cette démarche autant intellectuelle que concrète, qui se soucie des causes et des effets de ses actes, relève d’une éthique associant autonomie et responsabilité : ce que je fais en tant qu’individu résonne avec l’ensemble, tout comme l’ensemble résonne en moi, mais j’ai le pouvoir d’agir sur cette résonance par l’effet de mon jugement souverain.

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Ce processus de simplification donne naissance à une autre écologie : l’écologie profonde. On passe d’une écologie exclusivement focalisée sur l’environnement extérieur à une écologie intérieure, qui prend soin de soi- même, des autres et de l’ensemble du vivant comme faisant partie de soi.

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En finir avec des idées reçues

Vivre simplement n’est pas, comme on pourrait le croire de prime abord, un renoncement, c’est un choix qui, paradoxalement en réduisant, remplit. Il y a du contentement à vivre plus simplement, voire parfois un sentiment de plénitude, celui de participer, chacun à son niveau, à une évolution collective de conscience et au nécessaire changement de société.

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Vivre plus simplement n’est pas un retour en arrière ; la démarche ne renie ni les avancées scientifiques ni les apports de la technologie, mais vise à leur maîtrise. Les écrans sont dévoreurs de temps ? Poser des limites. User avec discernement des outils informatiques. Tenir à distance les gadgets prometteurs d’une vie idyllique. En somme, ne pas se laisser dominer ni par la matière ni par la technique ni par les idéologies consuméristes.

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Aucun misérabilisme dans un mode de vie simple. L’accumulation d’objets dans les maisons, de vêtements dans les placards, d’appareils ménagers n’est pas synonyme de luxe mais d’encombrement et de désordre. Ne pas confondre les besoins réels et les besoins induits : qu’est-ce que je peux éliminer ? Qu’est-ce qui est vraiment utile pour que je me sente bien, que ma famille se sente bien, que les autres, eux aussi, se sentent bien ? Qu’est-ce que je peux supprimer sans pour autant me priver ?

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Vivre simple n’est pas vivre austère et limité, ni vivre dans le manque : c’est s’alléger. Cet allégement, paradoxalement, est un enrichissement : il ouvre l’espace pour les rencontres, les découvertes comme celles d’autres modes de vie, moins prédateurs que les nôtres…

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Cette simplification volontaire est en fait un art de vivre que chacun dessine en fonction de ses données, de ses goûts, de ses aspirations : c’est un art de vivre créatif, évolutif, responsable, éthique.

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Du vivre simple au buen vivir, de l’individu au collectif

Cet art de vivre est en train de s’implanter au collectif dans ce qu’on appelle en Amérique latine, le buen vivir (le « bien vivre »).

La politique du buen vivir (soutenue par le philosophe Edgar Morin dans ses plus récents écrits) a été inscrite dans les constitutions indigénistes des gouvernements de Bolivie et d’Equateur. Elle vise la construction d’une société conviviale à la mesure de l’humain en favorisant une multitude de petites unités de production qui, constituant un maillage concret du territoire, le revivifie. Cette vision économique et sociale locale, solidaire, concrète, engagée s’appuie sur un mode de gouvernance participatif qui vise à placer l’humain en première ligne.

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Une nouvelle logique

Le choix du vivre simple, comme celui du buen vivir, dépasse toujours l’individu. C’est un engagement personnel en vue d’un collectif régénéré par l’action de chacun : ce que je ne gaspille pas peut servir à d’autres ; la sobriété que je choisis résonne dans l’univers… Par la convergence de multiples actions individuelles, une autre dynamique sociale s’enclenche. C’est ainsi qu’une nouvelle logique peut s’implanter, une logique où les contraires ne s’opposent plus mais se complètent, où des liens se tissent entre l’un et le multiple, la diversité et l’unité, la personne et la planète, l’individu et le collectif… De ce retournement de la pensée surgit alors, en dehors de toute morale normative ou prescriptive, une éthique où les valeurs de solidarité, de partage, de fraternité trouvent place, en toute logique. Ce chemin d’éveil rend possible une nouvelle vision du vivant et de l’humain.

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Vivre simple devrait donc s’imposer comme une renaissance, un nouveau classicisme qui, s’appuyant sur la tradition, s’invente au présent, en fonction des données de la modernité, et ouvrant des pistes aux générations futures. Une renaissance au service de la vie, elle-même au service de l’humain dans une vision cyclique et solidaire, qui est le fondement du fonctionnement de la nature.

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Cet article a été publié dans Biocontact n° 272, octobre 2016.

 

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Marie-Joséphine Grojean. Conférencière, auteur, membre de l’académie de l’Eau et de l’Association des journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie (JNE). Ses travaux portent principalement sur la rencontre entre les cultures, les liens entre les humains et la nature, l’éducation interculturelle, le chamanisme, l’eau. Sur le thème de l’eau, elle a élaboré et mis en place entre Marseille et Carthage le programme éducatif expérimental interculturel « L’eau et la vie en Méditerranée », qui a réuni plus de 1 500 jeunes pendant cinq ans. Elle a réalisé le film Les gens du fleuve, tourné au Mali et au Sénégal (France 2/Unesco). Elle a suivi les enseignements de chamans de différents continents. Ses livres, ses publications et ses émissions, notamment à France Culture, visent à relier tradition et modernité, à s’ouvrir aux autres cultures, à donner à comprendre un monde en mutation.

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Les livres de l’auteur
La planète bleue, éd. Albin Michel, 1986.
Une pédagogie de l’eau, 1997. Disponible en version numérique sur Google Books.
Une initiation chamanique, éd. Yves Michel, 2010.
Les Cévennes, rêve planétaire, éd. Albin Michel, 2004.
• La vie simple, éd. de la Fenestrelle, 2016.

Bibliographie
Toujours plus, François de Closets, éd. Grasset, 1982.
La convivialité, Ivan Illich, Le Seuil, 1973.
Introduction à la pensée complexe, Edgar Morin, Points, 1990.
La puissance des pauvres, Majid Rahnema, Jean Robert, éd. Actes sud, 2008.
Vers la sobriété heureuse, Pierre Rabhi, éd. Actes sud, 2013.
Equateur : de la république bananière à la non-république, Raphaël Correa, préface d’Edgar Morin, éd. Utopia, 2013.
Le buen vivir : pour imaginer d’autres mondes, Alberto Acosta, éd. Utopia, 2014.
Philosophie du vivre, François Jullien, éd. Gallimard, 2015.

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Nature férale, nature géniale

Prendre en compte la féralité signifie de reconnaître que les sociétés humaines n’ont pas de droit absolu sur les terres qu’ils ont occupées et qu’ils continuent d’habiter.

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par Annik Schnitzler et Jean-Claude Génot

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La friche est un symbole de la nature férale, ici dans le Vercors diois – photo Jean-Claude Génot

Si la féralité a été définie par les zoologistes pour les animaux domestiques retournés à l’état sauvage (on parle d’espèce férale ou marron), puis par les botanistes pour les plantes échappées des cultures et naturalisées, les paysages en déshérence, évoluant spontanément tout en conservant les empreintes de leur passé cultural (ou tout autre usage) procèdent bien de la même logique. Un terme synonyme pourrait être celui de nature « ensauvagée».

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Dès lors tout milieu ayant fait l’objet d’un usage agro-sylvo-pastoral ou industriel puis abandonné et laissé à la dynamique spontanée peut être qualifié de féral.

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Les friches et les boisements spontanés ou accrus forestiers sont des exemples de nature férale.

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Le concept de féralité suppose de préciser trois notions :

1) L’impact de l’espèce humaine sur l’environnement naturel, la faune et la flore a été très important très tôt dans l’histoire de son expansion sur la planète : autour de 200 000 ans pour l’Afrique, 100 000 ans pour le Moyen Orient, 70 000 ans pour l’Eurasie, 50 000 ans pour l’Australie, 4  000 ans pour l’Europe, 15 000 ans pour l’Amérique. Cet impact ne trouve aucun équivalent, et surtout à une telle échelle, pour aucune autre espèce animale.

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2) La féralité repose sur une notion de génétique. Elle se définit comme l’aboutissement d’interactions génétiques constantes au cours du temps, au sein d’un même genre ou d’une même espèce entre taxons sauvages, cultivés et ensauvagés, avérées au niveau animal, végétal et microbien (Gressel, 2005). Ce processus est celui de la « dédomestication ». Les échanges contribuent à sélectionner des taxons naturalisés adaptés aux conditions écologiques locales, conduisant parfois à des formes invasives.

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Un exemple très actuel est celui de la vigne sauvage, native d’Europe, qui s’est continuellement croisée avec les cultivars et espèces ensauvagées depuis sa domestication, il y a près de 9 000 ans. Les complexes génétiques entre espèce sauvage, cultivars et formes ensauvagées menant à des espèces férales, se sont effondrés avec les maladies américaines, remplacés par d’autres complexes composés de cultivars, porte-greffes américains échappés, et parfois, dans les rares endroits, avec les populations reliques de vigne sauvage.

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Ces processus de dédomestication sont très fréquents dans la nature férale. Par extension, on peut aussi considérer que la dédomestication se produit à l’échelle de l’écosystème, par dédomestication des processus créés par l’anthropisation, qui agissent sur les gènes, les communautés et leurs interactions.

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3) La notion de féralité est associée à l’abandon de tout impact direct par l’homme pour des usages quels qu’ils soient. Cela n’implique pas le retour aux écosystèmes originels (début/milieu de l’Holocène) car certaines espèces (et donc certains processus) ont disparu, remplacés par d’autres espèces (et processus), en raison d’une anthropisation de plus en plus massive, surtout depuis l’ère industrielle.

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Dans les gorges de l’Allier, la forêt revient sur les fortes pentes – photo Jean-Claude Génot

.Au regard de la référence à la domestication, il semble pertinent de lier la définition de la nature férale aux époques où l’homme est passé du stade de chasseur-cueilleur à celui de producteur. La nature férale serait donc née à différentes époques dans le monde, lorsque l’homme a développé l’agriculture.

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Toutefois, il serait naïf et erroné de limiter l’impact de l’homme sur son environnement aux civilisations dites de production, opposant ainsi l’homme chasseur-cueilleur, considéré comme faisant partie de la nature, à l’homme défricheur et créateur de nouvelles espèces. Les témoignages de changements durables de l’environnement par les chasseurs cueilleurs sont certes moins nombreux que ceux liés aux conséquences de la domestication, mais suffisamment convaincants pour qu’on les prenne en considération. Citons, parmi les faits les plus connus (même s’ils sont très débattus), le rôle que l’homme a pu jouer dans l’extinction de la mégafaune à la fin du Pléistocène dans les deux Amériques, en Australie et en Eurasie.

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Mais c’est l’avènement du Néolithique qui marque une étape importante dans la transformation des paysages par l’homme. Ainsi la nature férale la plus ancienne serait donc née il y a près de 10 000 ans pour le Moyen Orient, autour de 7 000 ans pour l’Europe, lors des périodes de déprise agricole prolongée. La notion de temporalité et de surface est à prendre en compte dans le concept de féralité. Une longue temporalité est nécessaire dans bien des cas, pour que s’instaurent de manière permanente les processus qui aideront à la stabilité de tout l’ensemble. Dans ce terme de stabilité, les invasions et extinctions locales d’espèces sont comprises. Quoique les recherches faites dans les écosystèmes féraux soient peu développées, il semble que cette stabilité écosystémique requiert de très longues durées.

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Il semble aussi évident que la pérennité de ces écosystèmes féraux sera d’autant mieux assurée que les surfaces seront grandes, ce qui les soustrait aux influences humaines indirectes.

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En d’autres termes, un écosystème est dit féral si :

1) l’empreinte humaine due à un usage (agricole, forestier, cynégétique, industriel ou urbain) est avérée par la présence d’espèces férales ou par toute modification durable avérée de l’environnement, au niveau des sols ou de l’hydrologie ;

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2) il est laissé en libre évolution : plus ce temps est long et plus la surface est importante, plus l’écosystème est protégé des influences anthropiques, ce qui devrait lui permettre d’atteindre un état de résilience et de résistance face aux stress environnementaux. De fait la nature férale est une nature reconstituée par elle-même après abandon par l’homme.

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Comme la notion de féralité suppose l’arrêt de tout usage direct par l’homme, tout espace chassé, soumis à la cueillette, protégé volontairement de certains événements (feux) n’est pas pleinement féral. On ne va pas forcément se priver de protéger un espace dont l’essentiel des usages a été abandonné sur le long terme et sur de larges espaces (cas des jeunes forêts méditerranéennes par exemple), ce qui permettra dans quelques siècles de retrouver des forêts méditerranéennes matures, parce que certains usages doivent être maintenus (protection pour le feu par exemple) ou parce qu’il y a des réticences parmi les populations locales (pour la chasse par exemple).

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Forêt spontanée d’une soixantaine d’années dans les Vosges du Nord – photo Jean-Claude Génot

Parmi les avantages que les sociétés humaines ont à conserver des espaces féraux, figure le retour d’écosystèmes autonomes, parfois assortis du retour spontané d’espèces rares (Schnitzler et Génot, 2012) si les mesures de protection sont bien appliquées partout en France et en Europe. On peut y ajouter la restauration des sols, la limitation de l’érosion, l’humidification du mésoclimat.

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La libre évolution est aussi la meilleure solution pour que reviennent des zones humides fonctionnelles (tourbières, forêts inondables, marais), qui ont été grandement modifiées par des siècles d’activités humaines. Pour cela, la société doit accepter l’arbre dans les tourbières,doit renoncer à l’enlèvement systématique du bois mort dans une partie conséquente des rivières, et encourager le retour d’espèces « ingénieurs » comme le castor. C’est bien d’ailleurs pourquoi elles sont prônées dans de nombreuses actions de restauration.

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Il reste cependant aux gestionnaires à accepter et faire accepter la double idée que :
1) la nature ne reviendra pas à l’état préexistant ;
2) les évolutions sont inconnues. Il s’agit donc là d’une nature évoluant vers la féralité et non d’une restauration au sens où on l’entend classiquement.
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Prendre en compte la féralité signifie de reconnaître que les sociétés humaines n’ont pas de droit absolu sur les terres qu’ils ont occupées et qu’ils continuent d’habiter. La nature férale est une nature à empreinte humaine forte, que les sociétés acceptent donc de décoloniser, sans en rechercher un bénéfice quelconque. Si toutefois cela peut s’avérer essentiel pour les générations à venir, qui l’utiliseront comme référence par rapport aux espaces utilisés.

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* Depuis 2012, il existe un groupe de travail « wilderness et nature férale » piloté par l’UICN France. Les deux auteurs ont contribué à formaliser le concept de féralité dans une note validée par ce groupe de travail.

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Bibliographie

GRESSEL J. 2005. Crop Ferality and Volunteerism. Taylor & Francis Group. LLC. 422 p.

SCHNITZLER A. et GENOT J.-C. 2012. La France des friches. De la ruralité à la féralité. Editions Quae. 186 p.

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Ménager la nature

Cette tribune publiée le 10 juin 2016 dans Libération compte parmi ses auteurs une adhérente des JNE, Marie-Paule Nougaret. Un cri d’alarme qu’il nous a paru indispensable de reprendre sur notre site.

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par François de Beaulieu, écrivain, Gilles Clément, jardinier, écrivain, Pierre Lieutaghi, ethnobotaniste, écrivain, Bernadette Lizet, ethnologue, directrice de recherches au CNRS, Marie-Paule Nougaret, journaliste, écrivain (JNE).

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NDDL avril 2013 (57)

Notre-Dame-des-Landes en avril 2013 @ François de Beaulieu

La Protection de la Nature, votée à l’unanimité des deux chambres en 1976 n’est plus de mise. La loi sur la biodiversité que l’Assemblée et le Sénat examinent en deuxième lecture, souhaite une « reconquête de la nature ». Reconquête par la nature serait plus sage en la circonstance, mais ce ton offensif n’est pas nouveau : au début des années 90, la Direction de la Protection de la Nature devint la Direction de la Nature, ce qui prêtait à sourire et finit par être corrigé. Diriger la nature, ça n’avait pas de sens en biologie, où tant de phénomènes restent sans explication, mais beaucoup dans le vieil ordre symbolique, aujourd’hui plus puissant que jamais.

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La loi cite par trois fois « le ministre chargé de la protection de la nature » mais aucun n’assume cette mission. L’Allemagne, l’Espagne et l’Italie possèdent des autorités de protection de la nature, la France une Direction de la Biodiversité et de l’Eau. Le Conseil National de Protection de la Nature que la loi a prévu, demeurera consultatif. Les décisions se prennent ailleurs. La Nation n’entend plus défendre des espaces fragiles, ou des espèces rares, par principe. Pour la seule raison qu’ils le sont.

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Elle a pourtant beaucoup de biens en garde. A la croisée des quatre climats (océanique, méditerranéen, continental, alpin), avec d’infinies variations, des eaux courantes, des steppes, la flore préglaciaire des Alpes maritimes, des îles loin de tout et des forêts tropicales luxuriantes, elle jouit d’une diversité, tant sauvage que cultivée, dont il faudra répondre devant le monde. Ce n’est pas un hasard si ce pays continue de manger, et plutôt bien, dans le désastre industriel. Ou si la première législation de l’agriculture biologique en est venue, à l’initiative du Sénat, en 1981.

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La nouvelle loi prend acte de notre privilège, sans admettre l’obligation de conserver. Cette nature qu’on ne protègera plus, hors de danger, pourrait-on croire, il s’agit en fait, d’en tirer parti. L’article 33 organise en effet la « compensation » de la disparition, la mort, d’un site riche en biodiversité, par la restauration d’un autre, très dégradé, pour un coût estimé selon la perte, ou par l’achat « d’unités de compensation » dans une « réserve d’actifs naturels ». La biodiversité devient affaire comptable, chose déjà absurde; car qui peut évaluer le prix, pour la santé publique du silence de la nature ou au contraire des chants d’oiseaux ? Mais pas seulement. C’est un appât pour les investisseurs.

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Ainsi la nature ne serait-elle qu’un capital, à investir selon son gré, voire à transférer d’un clic. Mais en réalité, la restauration des milieux, c’est la nature qui l’effectue. Pas ces marchands « d’actifs naturels », qui prétendent qu’on paye le principe même de leur négoce. On peut orienter son action, on peut décaper le sol à la place des grands herbivores disparus de la contrée, la nature travaille néanmoins. Elle sème des plantes pionnières sur les sols bétonnés. Elle nettoie l’air le jour, elle épure les eaux polluées par (et mieux que) l’industrie, elle reproduit les gènes. Elle entre dans toutes nos productions. La biodiversité qu’on perd avec la destruction d’un site, ce n’est pas une liste d’espèces. Ce sont toutes leurs interactions dans le flux de la vie, par microbes interposés, et les mutations à venir, et l’évolution.

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La nature a besoin de temps et de conditions précises pour se régénérer, d’autant plus qu’elle entre dans une crise d’ampleur géologique. La Nation l’avait compris en décrétant des espaces protégés. Mais l’article 33BA propose de les mettre en gage chez les dévastateurs. Plus précisément, d’identifier « les espaces naturels à fort potentiel de gain écologique appartenant à des personnes morales de droit public et les parcelles en état d’abandon, susceptibles d’être mobilisés pour mettre en oeuvre des mesures de compensation ». Comme si la destruction était devenue une obligation, les mesures pour l’éviter une simple formalité, comme si la nature se reconstituait à la demande, n’importe où, miraculeusement, dans l’état où on l’a détruite ! A nos élus d’en décider, à l’avenir de les juger.

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La nature, ce n’est plus un en-dehors vaguement lyrique, c’est l’avenir même.

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Les centrales nucléaires prolongeront-elles nos vies de dix ans ?

Une réaction décalée aux dernières déclarations de Ségolène Royal sur une prolongation possible de la vie des centrales nucléaires…

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La-Petite-Fleur-Paccalet

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Si j’étais élue présidente de la république en 2017 !

Si vous étiez élue présidente de la République en 2017, comment feriez-vous pour que Rémi Fraisse et Vital Michalon ne soient pas morts en vain ? Quel serait votre calendrier de décisions urgentes ou prioritaires, à moyen ou à plus long terme ?

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par Marie-Paule Nougaret

12786283-remi-fraisse-vital-michalon-quand-l-histoire-se-repeteSans compétence pour diriger, je note que ces deux décès se sont retournés contre les pacifistes : on était tranquille, la violence nous perturbe, donc c’est la faute des morts.

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J’ai vu comment le décès de Vital Michalon à Malville a vidé le mouvement écologiste, en 1977 (ça fera quarante ans lors de mon élection).

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Je me souviens que des amis à Libération accusaient Greenpeace de pro-soviétisme lors de l’attentat contre le Rainbow Warrior : un mort, journaliste portugais, Fernando Perreira.

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Je crains fort de voir mes sympathisants acculés à un affrontement décidé ailleurs.

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Munie du pouvoir exécutif, donc, et puisque désormais celui-ci contrôle les deux autres, j’interdis l’usage des armes de guerre dans les opérations de maintien de l’ordre, pour commencer.

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Deuxio, j’invite Paul Watson en France comme réfugié politique et le nomme citoyen d’honneur.

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Trois, j’enseigne l’éco-toxicologie et la toxicologie industrielle à l’ENA.

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Je retire aux préfets l’option de s’asseoir sur des jugement qui auraient cassé l’autorisation d’exploiter une installation dangereuse et je les nomme responsables sur leurs biens propres des effets de leurs décisions (comme les maires le sont déjà).

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J’introduis le contrôle inopiné des incinérateurs et propose l’interdiction progressive des emballages et menuiseries en PVC, cancérigènes dans les incinérateurs et refusés de ce fait par le recyclage (pour recycler il faut chauffer). Il y a d’autres plastiques, après tout.

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Actionnaire de Total, j’oblige les installations de désulfuration des fuels à fonctionner en circuit fermé (leur retire l’autorisation de rejets de SO2 dans l’air). Ainsi aurons-nous des raffineries dernier cri, comme en Arabie, au lieu de vieux clous.

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J’ouvre un registre national des cancers pour en établir la carte, comme tout pays civilisé.

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Je crée un fonds abondé par les pollueurs locaux pour dédommager les habitants des zones dont la valeur des immeubles s’écroulerait aussitôt.

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Je ressuscite la cartographie annuelle des pollutions industrielles, avec l’adresse des dix plus gros pollueurs sur une carte de France, polluant par polluant.

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Je rétablis les bureaux du ministère de l’environnement en province (DIREN).

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J’abroge la loi de 2004 sur les sites pollués, et crée un fonds, comme en Hollande, ou aux Etats-Unis, pour dépolluer, en cas de problème de santé publique, si le pollueur s’est dérobé … et ensuite le poursuivre en justice pour rembourser la Nation de ses frais.

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Je lance un audit des besoins des hôpitaux, de la justice et des inspections du travail.

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J’oblige Vinci à construire un mur anti-bruit autour de l’église Saint Antoine de Calorgue, du XIIe siècle, que la firme est en train tranquillement de cerner avec deux échangeurs (doublement de l’autoroute A 9 refusé lors de l’enquête publique par cinq commissaires enquêteurs). Et encore, c’est gentil !

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Je mets les gares ferroviaires au centre des villes.

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J’applique les traités de protection de la nature que la France a signés : l’interdiction de chasse en période de nidification, sans exception, ou l’arrêt des chantiers quand on a découvert sur place une espèce rare menacée et/ou inconnue jusqu’alors dans le pays.

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Je somme la Caisse des dépôts de sortir les fonds de la Caisse d’épargne de la construction d’autoroutes, ce qu’elle a commencé, non pas pour spéculer sur la bio-diversité, détruisant pour accumuler de la valeur financière, mais pour investir dans le solaire, l’hydro-électrique, l’éolien à petite échelle, autonome ou en coopérative locale, comme les Allemands.

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J’interdis les brevets sur les crétineries du genre oreilles de Mickey, qui interdisent de les fabriquer en France et ne servent qu’à siphonner à l’étranger des bénéfices sous forme de royalties.

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Je rétablis les études et le diplôme d’herboriste en sorte de protéger la flore médicinale comme les patients.

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Je lance l’étude de la culture du Prunus africana et autres plantes sauvages sur-exploitées dans le Tiers monde pour la pharmacopée anti-tumorale.

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Je signe enfin les décrets d’application de la loi juillet 2014, autorisant l’emploi des tisanes en agriculture (au lieu de pesticides dangereux).

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Après le Smic industriel, j’insiste pour que l’Allemagne instaure un Smic agricole (pour payer ses ouvriers étrangers).

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Je refuse même d’entendre parler d’accord de commerce tant que les Etats-Unis n’auront pas signé la convention de Vienne qui met les traités au dessus des lois (sauf pour eux).

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Sachant que plus les arbres sont gros, plus ils dépolluent l’eau, l’air et les sols (de sept façons), je propose de fixer un prix pour tous les arbres, selon leur rareté, leur âge, leur beauté, leur valeur historique. Une telle mesure qui existe au nord de l’Europe,  oblige à payer avant d’abattre, même chez les particuliers, et de réfléchir avant de dégager un sol lunaire pour bétonner.

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Ici s’arrête l’exercice de mégalomanie – ça fait du bien, mais bon, je dois surtout plus travailler !

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Cet article a d’abord été publié sur le blog de Paul Jorion, où vous pouvez lire de nombreux commentaires d’internautes  à son sujet.

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Le recours Hulot

François Hollande  proposerait à Nicolas Hulot de prendre en charge un super ministère, selon un article paru dans Libération. Cela ressemble à l’appel au secours d’un homme qui se noie et recherche une bouée de sauvetage.

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par Alain Hervé

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Nicolas Hulot @ DR

Hulot, ce qu’il représente  et ceux qu’il représente ont tout à perdre dans une telle aventure.

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Hulot peut devenir président de la République en 2017, si la France se réveille.

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Face à une gauche erratique, une droite vieillissante, une extrême droite dangereuse mais porteuse du désespoir populaire, Hulot peut prendre la tête d’une politique totalement nouvelle, qui comprenne les enjeux dramatiques du climat, de la pollution, des migrations, de la crise sociale, de la crise agricole et du reste.

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Il jouit d’une faveur considérable auprès des Français. Il a le goût du risque, nous l’avons vu pendant des années au cours de ses reportages. Il est intelligent, nous l’entendons  souvent à la radio et à la télévision exprimer ses observations et livrer ses analyses. Il aime la nature mais pas moins l’homme. Il a fait preuve d’un grand sens pratique dans la gestion de sa fondation. Il est encore jeune mais assez mûr.

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Le voilà, l’homme providentiel que certains appellent et ne trouvent pas.

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En 2012 il a commis une seule faute, se présenter à la présidentielle via les Verts, qui lui ont préféré une femme intéressante mais totalement ignorante de l’écologie.

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Peut-être était-ce trop tôt ? Et tant mieux pour l’échéance qui arrive.

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De nombreuses femmes et homme politiques et de la société civile, de gauche et de droite qui partagent ses convictions, ne peuvent pas les exprimer dans le contexte actuel. Elles, ils seront à ses côtés pour gérer le grand chambardement que promettent les années à venir.
Le seul siège que puisse lui proposer Hollande.
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Cet article est paru sur le site du Sauvage.

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Bien-être animal : une question d’éthique

La France est, dit-on, la lanterne rouge de l’Europe en la matière. Pourtant, depuis quelques années, la cause animale soulève de plus en plus de questions éthiques à la fois sur le statut des animaux domestiques ou de la faune sauvage et de la responsabilité des hommes à leur égard.

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par Myriam Goldminc

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Descartes avait assimilé les animaux aux automates. En France, cette représentation de l’animal-objet reste encore d’actualité comme le montre la façon dont les animaux sont traités dans nos élevages industriels ou tués dans les abattoirs sans étourdissement…

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Malgré une lente évolution du statut juridique des animaux, les lois françaises comportent de nombreuses incohérences. Certes, il y a quelques avancées. Depuis janvier 2015, la question du droit de l’animal est devenue un thème d’actualité. Un récent amendement à la loi de modernisation et de simplification du droit, adopté par l’Assemblée nationale, vise à définir dans le Code civil l’animal comme un « être vivant doué de sensibilité … soumis au régime des biens corporels ». Cette proposition, bien que très symbolique, doit encore être validée par diverses instances, tel le Conseil constitutionnel, et inscrite dans le code pénal. De même, si l’article 521-1 de notre code pénal précise qu’« un acte de cruauté envers un animal domestique, ou apprivoisé, ou tenu en captivité, est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende », il ne mentionne à aucun moment les animaux sauvages en liberté. Renards, cerfs et autres sangliers ne sont pas protégés contre les actes de cruauté, contrairement aux animaux domestiques.

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Une législation incomplète

Si le code rural reconnaît à nos animaux de compagnie le statut d’être sensible, ce n est pas la même chose pour la faune sauvage. Ainsi, un renard serait-il moins sensible à la douleur qu’un chien, sous prétexte qu’il est classé comme nuisible ? Ce genre d’aberration provoque un tollé chez les associations de protection animale, qui dénoncent des méthodes cruelles de la chasse comme le déterrage du blaireau, ou la pratique de la chasse à courre. Cette dernière est interdite depuis 2005 en Angleterre.
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Dans le Code de l’environnement, les animaux sauvages sont répartis en trois catégories distinctes : les espèces protégées, les espèces dites de gibier (que l’on peut chasser) et les espèces qui peuvent être considérées comme nuisibles (que l’on peut donc détruire). La raison de ce flou juridique est due à la pression du lobby de la chasse (un million de chasseurs en France) avec des fédérations bien représentées à l’Assemblée nationale. En outre, les mauvais traitements commis à l’encontre de la faune sauvage ne sont pas punissables en tant que tels !

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Élevage industriel et maltraitance
De la ferme des 1000 vaches en passant par les porcheries et poulaillers industriels, les cas de maltraitances animales sont courants. Par exemple, près de 50 millions de poules pondeuses par an sont élevées dans les poulaillers. Ces poules étant envoyées à l’abattoir et remplacées chaque année, environ 100 millions de poussins sont mis au monde pour renouveler les cheptels. La moitié de ces « poussins d’un jour » sont des mâles qui terminent dans les bacs d’équarrissage des couvoirs. Conséquence de plusieurs décennies de sélection génétique, les poussins mâles nés de lignées destinées à la production d’œufs de consommation sont devenus des rebuts, pas assez charnus pour l’industrie du poulet. Ce sont environ 50 millions de poussins mâles qui sont ainsi éliminés en France chaque année au premier jour de leur vie : déchiquetés vivants à l’aide de broyeuses, gazés, étouffés ou laissés à leur sort dans les bennes à ordures.

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logo-L214L’association L214, organisation de défense des animaux d’élevage, a rendu public l’an dernier dans une vidéo ce massacre des poussins dans un couvoir de Bretagne, ce qui a suscité une vague d’indignation. Le 4 octobre 2015, 45 députés et sénateurs de tous bords ont demandé au ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, de mettre fin cette pratique. La réponse obtenue précise que l’élimination des poussins est autorisée par le règlement à condition que la méthode entraîne immédiatement la mort. Toutefois, le ministre a évoqué la recherche d’outils permettant de définir le sexage avant incubation ou avant l’éclosion. Une telle méthode existe déjà en Allemagne : des chercheurs de l’Université de Leipzig ont mis au point une méthode de détermination prénatale du sexe des poussins. Ce procédé permettrait un tri précoce par spectrométrie dès le 3e jour. Une première mise en œuvre industrielle de cette méthode devrait débuter dès 2016 à titre expérimental. Quant au ministre de l’Agriculture allemand, il devrait présenter dès 2017 un plan d’interdiction de cette méthode d’ élimination des poussins mâles dans les poulaillers industriels.

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Autre scandale : en octobre 2015, suite aux images insoutenables de souffrances sévères infligées aux bovins, ovins, chevaux et porcs dans l’abattoir d’Alès, celui-ci a été fermé par décision municipale en attendant l’enquête sur les pratiques de cet établissement.
Egalement pointée du doigt par les associations de protection des animaux d’élevage : l’industrie du foie gras. La mortalité des canards gavés est jusqu’à vingt fois plus importante que celle de canards non gavés, du fait de blessures ou d’affections liées au passage du tuyau métallique, ou de la défaillance d’organes vitaux. Malgré les rapports de la Commission de Bruxelles qui condamne cette forme d’élevage particulièrement cruelle, celle-ci n’est pas remise en question par le ministère de l’Agriculture (la France représente 73 % de la production mondiale de foie gras).

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Bien sûr, le Code pénal punit les sévices et la maltraitance, mais de la théorie à la pratique, le fossé, comme on le voit à travers ces quelques exemples, est immense. D’où l’appel de nombreux défenseurs des droits des animaux à la création d’un Secrétariat d’État au droit animal. Il ne s’agit pas seulement d’une affaire de droit, mais d’un problème d’éthique qui est posé à chacun. Mathieu Ricard résume bien cette réflexion : « Si nous comprenions, et ressentions en toute conscience qu’en vérité nous sommes tous des « concitoyens du monde », au lieu de considérer les animaux comme une sous-catégorie d’être vivants, nous ne permettrions plus de les traiter comme nous le faisons. »

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Pour en savoir plus

Ethique & Animaux
www.droitsdesanimaux.net

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Les associations Albert Schweitzer Foundation, Compassion in World Farming (CIWF), L214 et PETA UK appellent le Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, à prendre des mesures urgentes et significatives dans la production de foie gras en France, Belgique, Bulgarie, Espagne et Hongrie.

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Éthique animale, de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, PUF, 314 p., 26 €.

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La libération animale, de Peter Singer, Grasset, 380 p., 22,10 €.

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Les réintroductions d’espèces sont rares et leur milieu naturel dégradé

La réintroduction est importante pour réhabiliter une espèce disparue d’origine mais aussi pour améliorer les programmes de l’enseignement public, renforcer des populations en voie de disparition,  contribuer à la science de la réintroduction,  ainsi que pour augmenter la taille, la diversité génétique et développer la répartition géographique de la population sauvage.

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​par Frédérique Gilbert

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Des réintroductions réussies d’animaux issus de parcs zoologiques, il y en a quelques-unes.

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Voici quelques exemples :

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TamarinsLions©CLeca

Tamarins lions au Brésil – photo ©CLeca

Des tamarins-lions dorés Rosalia Leontopithecus ont rejoint la forêt atlantique du Brésil pour compléter la population sauvage en voie de disparition.

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L’oryx d’Arabie Oryx leucoryx était éteint dans la nature avant d’être réintroduit dans les réserves à Oman en 1982.

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Le condor de Californie Gymnogyps californianus a reçu un programme réintroduction en 1992.

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Mais aussi le cheval de Przewalski Equus ferus przewalskii, le bison d’Europe Bonasus bisons, l’ibis chauve Geronticus eremita et beaucoup d’autres espèces ont déjà profité de ces programmes intéressants.

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La réintroduction est très utile et c’est un travail passionnant dans lequel les zoos jouent un rôle important.

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Pourtant, les réintroductions ne sont pas banalisées dans de nombreux parcs zoologiques parce que c’est coûteux, compliqué et parfois infructueux. Mais le succès augmente avec le temps, il y a de plus en plus de solutions aux problèmes rencontrés.

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Il y a bien sûr quelques règles à suivre pour que les choses se passent au mieux.

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Il est essentiel que ce genre de projet soit suivi et soutenu du point de vue socio-économique et juridique. Il doit également être pleinement compris, accepté et soutenu par les collectivités locales. Les règlements et les permis doivent être en règle et en accord avec les politiques ainsi qu’avec les législations avant que le projet ne démarre.

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Les animaux destinés à la réintroduction doivent provenir d’un groupe bien géré génétiquement en protégeant les groupes captifs et l’environnement qui accueillera ces individus. D’où l’importance d’un protocole vétérinaire bien établi et suivi.

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Un groupe spécialiste de la réintroduction de l’UICN  (l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature) a également mis en place des lignes directrices pour la réintroduction qui ont été élaborées suite à l’apparition de nombreux projets de réintroduction dans le monde entier.

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Il est à présent essentiel de se lancer et de travailler sur ce genre de projet, pour la protection d’espèces, pour la biodiversité de la terre et pour notre enseignement.

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