MEDIAS

Terre Sauvage n° 270


Le nouveau Terre Sauvage est arrivé hélas, il faut le dire, le magazine est de moins en moins sauvage et de plus en plus, en séduction… non pas du lectorat mais des annonceurs. Les nouvelles rubriques, « jardin », « cuisine » et « bien être » sont totalement conso et pourraient tout aussi bien être dans un « féminin ». Autre tendance hérissante : la pipolisation. A-t-on vraiment besoin de découvrir le marais poitevin avec Jean-Louis Foulquier ? J’ai beaucoup d’estime pour ce monsieur et sa passion de la chanson mais côté nature, ses commentaires sont plutôt désopilants. D’ailleurs, dans ce sujet, on ne nous épargne aucun cliché, « la Venise Verte », les « bayous du Poitou », etc. On nous promet pour le prochain numéro la découverte des gorges de la Loire avec deux footballeurs, Patrick Revelli et Loïc Perrin. Aïe ! Par contre, les randos en formule  guide détachable est une excellente initiative.

Le « Voyage » a perdu son qualificatif « nature ». Consacré à Mayotte, ce sujet intitulé «L’île-lagon aux senteurs d’ylang-ylang », un programme sable blanc et doigts de pied en éventail en quelque sorte, pourrait lui aussi être dans n’importe quel magazine. Parmi les nouvelles rubriques, notons encore, une double « questions/réponses » empruntée à Ça m’intéresse sensée répondre aux questions des lecteurs et une double « Action » qui pourrait bien être empruntée à La Salamandre. L’entretien (avec le philosophe Alain Leygonie dans ce numéro) est heureusement maintenu dans une rubrique nommée « Idée » qui remplace « le grand témoin ».

Bon, le premier numéro d’une nouvelle formule, souvent trop peaufiné, n’est pas forcément le meilleur. Mais les indices ne sont pas prometteurs. Même la base line est à la baisse : « Un autre regard sur la nature » est devenu « Vive la nature ! ». Jean-Jacques Fresko, le rédacteur en chef qui n’écrit plus un édito mais un post-scriptum nous dit « nous avons voulu vous rendre la nature encore plus proche, plus humaine » . Et voilà le mot est jeté ! La nature se doit d’être humaine, bien domptée. « Pas réservée aux naturalistes (…) pas confisquée par quelques initiés sentencieux », poursuit Fresko. No more comment.
(Danièle Boone)

Terre Sauvage, 5,50 € – www.terre-sauvage.com

Ça m’intéresse Hors-Série Vivre Mieux

Le mensuel Ça m’intéresse lance un hors-série sur l’écologie, sous-titré « les bonnes idées qui changent la vie ». Le dossier du premier numéro est consacré aux produits bio, dans le domaine de l’alimentation, mais aussi de la maison et des cosmétiques. On y remarque la signature de Carine Mayo (JNE). A signaler aussi une excellente enquête d’Isabelle Verbaere sur les produits sans huile de palme. Sous le titre « ils l’ont fait », ce hors-série fait aussi la part belle à toutes sortes d’expériences positives comme la création d’une monnaie locale à Villeneuve-sur-Lot ou les « bus cyclistes » de Toulouse. Des bonnes idées que l’on a envie de partager et de faire connaître, comme l’explique dans son édito Frédéric Karpyta, responsable éditorial de ce hors-série. En résumé, un magazine résolument concret, mais qui, loin du système D individualiste, souligne l’urgence et la désirabilité de solutions collectives.
(Laurent Samuel)

 

Ça m’intéresse Vivre Mieux, en kiosques, 4,90 euros

 

 

« Water makes money », un tournant dans le combat pour la gestion publique de l’eau

Jean-Claude Oliva (JNE) a visionné le documentaire Water makes money, diffusé le 22 mars 2011 sur Arte. Voici son analyse.

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par Jean-Claude Oliva

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Les réalisateurs de Water makes money n’en sont pas à leur coup d’essai. Leslie Franke et Hermann Lorenz ont réalisé en 2005 Eau : service public à vendre. Ce premier documentaire, diffusé dans les réseaux militants, menait l’enquête sur la privatisation de l’eau en Allemagne et en Angleterre.

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C’est ainsi qu’ils ont rencontré Veolia et Suez et pris conscience de l’importance de ces entreprises, les premières, et de loin, dans leur domaine, au niveau mondial. Cela leur a donné envie d’en savoir plus et de poursuivre leurs investigations dans le berceau de la marchandisation de l’eau, c’est-à-dire en France, où elles desservent environ 80 % des usagers de l’eau et sont omniprésentes dans les marchés publics locaux : déchets, transports, énergie, etc.

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L’ambition de ce film est donc de décortiquer un système de collusion, voire de confusion, entre pouvoirs économiques et politiques. Et son premier mérite est d’exister ! En effet, les documentaires sur ce sujet ne se bousculent pas au portillon dans notre pays. C’est que les pressions sont fortes, il y a même un précédent malheureux : le documentaire Flow, attaqué en diffamation par Suez, a vu sa diffusion compromise, bien qu’il ait eu gain de cause devant la justice.

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Water makes money est lui attaqué par Veolia, mais une première tournée de diffusion militante à l’automne lui a évité cette censure rampante. Son passage sur la chaîne franco-allemande constitue un encouragement pour d’autres réalisateurs et pour aller plus loin dans cette voie.

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Les réalisateurs se sont heurtés à l’obstacle de la langue et du système administratif français. Sans surprise, c’est sur les parties consacrées à Berlin ou à Munich qu’il sont les plus pertinents et les plus convaincants. Le resten’est pas déshonorant, mais on reste un peu sur sa …soif ! L’essentiel porte sur des mécanismes financiers déjà éventés depuis de nombreuses années, comme l’affaire Carignon à Grenoble… Ce regard rétrospectif n’est pas sans intérêt pour un large public qui a pu passer à côté.

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Mais au-delà de son contenu, le film a un intérêt majeur : il rend visible que les temps ont changé et qu’un mouvement en faveur de la gestion publique de l’eau est en train d’émerger, en France comme en Allemagne et dans bien d’autres pays. C’est grâce à lui que le film a vu le jour, avec une souscription portée par les comités locaux d’ATTAC.

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Et réciproquement, des dizaines de projections débats en région parisienne ont réuni avec la Coordination Eau Île-de-France, de multiples associations, des élus et … des centaines de participants, révélant une dynamique citoyenne inespérée, il y a peu encore. De quoi célébrer avec un certain optimisme la journée mondiale de l’eau !

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« Water makes money », sur Arte le 22 mars et en débats au cinéma La Clef

A l’occasion de la Journée mondiale de l’eau, Arte diffuse mardi 22 mars 2011 à 20 h 40 le documentaire Water makes money.

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Découvrez la présentation de ce film ici sur le site d’Arte.

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Dès le lendemain, le cinéma La Clef (34 rue Daubenton, à Paris, M° Censier-Daubenton) projette pendant trois semaines Water makes money. 8 débats sont prévus avec la Coordination Eau Île-de-France.

Vendredi 25 mars à 20 h, avec Madjid Messaoudène, élu de Saint-Denis et délégué titulaire au SEDIF (Syndicat des Eaux d’Ile de France) et Joël Josso, secrétaire de la Coordination Eau Île-de-France

Dimanche 27 mars à 16 h avec Maurice Martin, président de l’AREPCAMY (Association pour le Retour de l’Eau en Régie Publique dans la Communauté d’Agglomération de Mantes en Yvelines)

Lundi 4 avril, à 20 h, avec Joël Josso, secrétaire de la Coordination Eau Île-de-France

Jeudi 7 avril, à 20 h, avec Maurice Martin, président de l’AREP-CAMY (Association pour le Retour de l’Eau en Régie Publique dans la Communauté d’Agglomération de Mantes en Yvelines)

dimanche 10 avril, à 16 h, avec Christian Metairie, vice-président de l’Aggliomération Val de Bièvre, délégué à la protection et mise en valeur de l’environnement, et animateur du groupe d’élus pour un retour de l’eau en gestion public au SEDIF

Lundi 11 avril à 20 h, avec Christian Metairie et Emmanuel Poilane Directeur de la Fondation France Libertés Danielle Mitterrand

mardi 12 avril à 20 h, avec Jean-Luc Touly, responsable eau à la Fondation France Libertés Danielle Mitterrand et conseiller régional Europe Ecologie Les Verts Ile de France

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Pendant toute cette période, l’exposition l’Eau en Île-de France est visible, gratuitement, tous les jours (sauf lundi) de 14 h à 20 h dans ce même cinéma.

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www.cinemalaclef.fr

« Bonobos », la bande-annonce

Voici la bande-annonce du film Bonobos d’Alain Tixier, qui sort dans les salles le 30 mars prochain.

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Ci-dessous, le synopsis de Bonobos.

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Il était une fois au cœur du Congo une espèce de grands singes que l’on ne trouve nulle part ailleurs, les bonobos. Plus intelligents, plus farceurs, plus fascinants que tous les autres singes, ils sont pourtant en voie de disparition.
Claudine André, qui consacre sa vie à leur défense, a ouvert une réserve unique au monde. Elle va y accueillir Béni, un petit bonobo capturé par les hommes, qui va réapprendre la vie en communauté et se préparer à affronter les dangers de la jungle.

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Claudine André est l’invitée d’un petit déjeuner des JNE le 24 mars 2011 (voir ici).

Silence n° 368


Ça marche, de plus en plus, pour se déplacer,  pour le plaisir, pour se transformer, pour militer… Une des photos publier montre l’homme qui marche, célèbre sculpture de Giacometti, et un visiteur qui lui aussi marche dans l’autre sens. Lequel suivre ? Celui qui va avec un monde qui va toujours de plus en vite et nous entraîne toujours plus loin de nous, ou le chemin du temps retrouvé, car c’est cela aussi la marche, du recul par rapport à la folle allure qui nous envourne tant et si bien qu’on en oublie de penser ! A noter encore un article intitulé « Sables bitumineux : l’impasse énergétique » et un autre sur la « Désobéissance dans les services publics » et pour finir, la rencontre avec la communauté de paix San José d’Apartado, prise entre deux feux, au milieu du fracas des armes colombiennes.
(Danièle Boone)

Silence, 4,60 € – www.revuesilence.net

Terre sauvage n° 269


A la une, l’ours slovène. Le photographe Bruno d’Amicis avec deux cinéastes slovaques rencontré par hasard  lors de sa quête du plantigrade nous offre quelques superbes images notamment d’une ourse et ses oursons et l’occasion de découvrir cette belle nature slovène. La rubrique « nature d’ici » est consacré à la Brenne. Un bon papier signé de Maurice Soutif illustré de dessins mais dans lequel on n’apprend rien de nouveau. Le Brenne est un sujet récurent. On comprend, c’est tellement beau ! Goût d’ailleurs encore avec deux sujets quasi aux antipodes, Polynésie et Norvège. Le grand témoin, Tui De Roy, une photographe animalière, raconte son parcours, depuis son enfance aux Galápagos jusqu’à son rêve d’Antarctique. Enfin, les sentiers nature nous proposent de randonner autour d’Albi.
(Danièle Boone)



Terre Sauvage, 5,50 € – www.terre-sauvage.com

Record d’audience pour « Notre poison quotidien » sur Arte

Le documentaire de Marie-Monique Robin, diffusé le mardi 15 Mars sur Arte a réalisé la meilleure audience de l’année pour un documentaire diffusé en prime time par la chaine franco-allemande.

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Le programme a été regardé par 1 251 000 téléspectateurs soit 4,8 % de part d’audience.

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C’est également la quatrième meilleure audience de l’année pour la chaine, toutes cases confondues, après « Les enquêtes de l’inspecteur Wallander », « Meurtriers sans visage », « Se souvenir des belles choses » et « Loin du paradis »

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Rediffusion le 18 mars à 10 h 30, le 26 mars à 14 h 30 et le 14 avril à 14 h 45.

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Le documentaire « Notre poison quotidien » a été soutenu par la Région Poitou-Charentes hors dispositif fonds d’aide cinéma.

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(merci à Marie-Pierre Cabello pour l’info)

« Notre poison quotidien », surtout pour le journalisme et la démocratie

Frédéric Denhez, auteur de nombreux ouvrages sur le climat et l’environnement, a visionné Notre poison quotidien, le documentaire de Marie-Monique Robin diffusé sur Arte le 15 mars 2011. Il n’a pas aimé, et nous explique ici pourquoi.

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par Frédéric Denhez

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Il fallait voir « le » Robin comme il avait fallu se farcir le visionnage de Home, en communion, la bouche ouverte et la langue rentrée, car critiquer des œuvres édificatrices n’est jamais gratifiant dans un pays à l’esprit aussi manichéen que le nôtre.

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J’ai donc regardé Notre poison quotidien, mais ma langue a suivi mes bras : elle est tombée. Depuis, elle tourne. Voici ce qu’elle m’a dit.

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Ce documentaire n’apporte strictement rien de nouveau. Mais alors, rien ! Intoxication des agriculteurs, DJA, cocktails chimiques, PCB, conflits d’intérêt, Aspartame, voilà des sujets qui datent, que j’avais traité pour beaucoup dans mes pollutions invisibles il y a cinq ans, et qui sont débattus depuis des années chez les scientifiques. Marie-Monique Robin enfonce des portes ouvertes dans un habit de martyre en entonnant une mélopée émouvante en apparence, inquiétante en réalité.

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Les agriculteurs malades, très malades à cause des pesticides ? Certes, il y eut longue négation du problème par les intéressés eux-mêmes, en particulier par les syndicats professionnels, mais cette réelle omertà, qui s’est tout de même arrêtée dès lors que les pouvoirs publics décidèrent des études épidémiologiques dans les années 1980, est aussi et peut-être surtout le reflet du problème grave, en France, de la difficulté de reconnaissance des maladies professionnelles, lequel problème n’est qu’une façon de voir l’état désolant de la médecine du travail dans ce pays.

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Par ailleurs, ces malheureux agriculteurs ont été contaminés directement, parce qu’ils ont utilisé durant de longues années différents produits dont les risques toxicologiques sont clairement indiqués sur les emballages et les modes d’emploi. De même que les menuisiers subissent des cancers particuliers à cause des poussières de bois. Rien à voir, donc, avec un empoisonnement quotidien de nos pauvres physiologies par la bouffe.

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En ce qui concerne cette pauvre DJA (dose journalière admissible), la « thèse », très longue, fait beaucoup sourire car depuis 2005 en Europe et en France (INVS), la DJA n’est plus utilisée de façon systématique. Pour caractériser des effets toxiques que l’on sait maintenant subtils, la DJA est complétée ou remplacée par la MOE (Margin of Exposure) et la MOBB (Margin of Body Burden). La première est, grossièrement, le rapport entre le niveau de concentration auquel apparaît un effet toxique et le niveau d’exposition d’une population cible à la substance étudiée. La seconde, basée sur des marqueurs biologiques, est la marge de sécurité existant entre la concentration d’une population en un élément toxique (rapportée au poids corporel) et la concentration critique de cet élément à partir de laquelle il y a effet toxique.

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Quant à dire que la DJA est du domaine de l’arbitraire, c’est faux, elle est le produit d’expérimentations et de calculs ; s’étonner de même que les facteurs de sécurité soient des conventions, c’est oublier l’essence même de l’évaluation d’un risque flou et diffus (en outre, ce facteur a beau être contesté depuis des années, aucune étude contradictoire n’a été à même de le détrôner) ; quant à affirmer que si une DJA est abaissée c’est donc que celle d’avant ne protégeait pas assez le citoyen, c’est refuser de concevoir qu’une norme puisse évoluer en fonction des recherches ou des impératifs socio-économiques, et donc ne pas envisager qu’on ne puisse pas tout connaître au moment où on fixe une DJA.

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Ce que ne dit pas non plus Marie-Monique Robin, c’est que l’évaluation de la toxicité a bien changé depuis trente ans. On ne se contente plus de doser des polluants, on repère et analyse des marqueurs biologiques (sang, urines, tissus etc.) et, depuis quelques années, des marqueurs d’effets (réponse de l’organisme à la contamination)…

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À propos des cocktails chimiques, cela fait aussi quelque temps qu’ils sont étudiés. Pourquoi ne le sont-ils pas plus ? Parce qu’il est déjà difficile, long et coûteux de caractériser la toxicologie d’un polluant, alors, pensez, des cocktails ! En outre, dans l’absolu, à quoi sert d’établir des profils toxicologiques de cocktails moléculaires dans la mesure où ils sont propres à chaque individu ! ? D’autant plus que chaque individu est soumis à d’autres stress tels que son régime alimentaire, son exposition aux ondes, au bruit etc., bref, sa façon de vivre dans son environnement.

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Néanmoins, les scientifiques ont établi des méthodes de mesures spécifiques à des « familles » de polluants, basées sur le calcul d’équivalences toxicologiques avec la molécule « phare » de chacune de ces familles dont on connaît bien la toxicité. Ces « concepts » concernent notamment la famille des dioxines, des PCB, des HAP et de certains perturbateurs endocriniens (les mimétiques des œstrogènes).

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Sur les cancers, s’il est quasi évident que le lien santé-environnement existe, s’il est parfaitement vrai que le rapport du CIRC était ridicule (car il n’avait pris en compte que les cancers d’origine professionnels, dus à une exposition à un plus faible nombre de molécules – au demeurant assez bien connues – que celles auxquelles nous sommes confrontées), s’il est aussi vrai que les cancers augmentent, il n’y en a que quelques-uns qui grimpent de façon inquiétante, notamment chez les jeunes.

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Mais l’environnement est un tout, et le cancer est une maladie multifactorielle qui ne naît pas, d’ailleurs, uniquement suite à une agression. C’est bien le mode de vie occidental qui est en cause, cela, elle le dit, mais dans ce mode de vie, il n’y a pas que les pesticides, il y a la bouffe — elle le dit aussi — le stress, l’absence d’activités physiques etc.

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Quant à la démonstration de Béliveau, c’est assez pathétique. S’il suffisait de bouffer de la canneberge pour ne pas avoir de tumeur au cerveau, ça se saurait depuis longtemps.

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Je passe sur le ridicule consternant d’Orissa. Ben oui, chez les pauvres, comme chez nous il y a deux siècles, on a moins de cancer. Mais on a une espérance de vie faible, les bébés meurent tôt, les femmes disparaissent en couche et on crève de trop d’arsenic dans l’eau des puits trop profonds de cette région de l’Inde. Le curcuma ? Alors, mangeons du curcuma. Mais notre métabolisme européen y est-il habitué ? L’exemple du soja laisse à penser le contraire : son effet œstrogénique est plus puissant chez nous que chez les Asiatiques parce que « leur » métabolisme travaille cet aliment depuis des milliers d’années, alors que le nôtre ne le connaît que depuis une génération.

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Et puis, il n’y a pas que le cancer, qui nous obnubile parce qu’il nous fait peur. Il y a un probable effet facilitateur de nombres de polluants dans l’obésité, les allergies, les maladies neurodégénératives et les retards scolaires. De cela, Marie-Monique Robin ne parle pas, ou si peu.

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Les pesticides. Marie-Monique se focalise dessus mais elle ne montre que des cas avérés dans des populations très ciblées, utilisatrices ou très exposées à ces produits (les agriculteurs). Dont beaucoup ont été interdits, en particulier les organochlorés dans les années 1970. Étrangement, elle ne dit pas que l’on retrouve de moins en moins de ces produits et des PCB dans notre sang, mais que, par contre, on trouve de plus en plus de phtalates (assouplisseurs de plastiques), de PBDE (polybromodiphényléther, retardateurs de flammes) et autres PFO. L’INVS a aussi repéré, dans son tout récent rapport (paru hier), du paradichlorobenzène, émis par les antimites et les sent-bons des toilettes. Et des pyréthrinoïdes, parfois… naturels, concentrés dans les biocides du jardin. Rien ou presque sur la bouffe, tout dans l’air intérieur.

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Enfin, le BPA. Toxique, perturbateur endocrinien, tout cela on le sait, mais c’est peanuts par rapport à d’autres polluants dont elle ne parle pas, tous ceux de l’air intérieur, justement, les COV, muscs synthétiques, formaldéhyde, phénoxyéthanol, triclosan, et surtout phtalates qui sont bien plus présents, avec des effets au moins identiques. Dans la vie d’un être humain, la contamination par les biberons est tout aussi marginale par rapport à celle, par exemple, des boîtes de conserve.

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Sur l’aspartame, elle n’a pas tort. Ce produit est aussi inutile que toxique, on le sait. Que les Américains, avec Rumsfeld, aient été « orientés » dans leurs décisions, c’est connu. Mais c’était il y a un quart de siècle et de l’autre côté de l’Atlantique ! Quel est le rapport avec la situation d’aujourd’hui, en Europe ? Marie-Monique Robin fait cette transposition pour accuser les agences sanitaires d’être au service des industriels, et pas des citoyens. Une phrase incroyable.

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C’est infondé et parfaitement dégueulasse, ne serait-ce que dans le procédé : la directrice de l’EFSA a bien dit — et c’est vrai — que les personnes en conflit d’intérêt ne participent pas aux débats. Mais la réalisatrice a insisté sur la gêne évidente de la dame de façon à nous faire oublier cette procédure déontologique. Certes, les mentions de conflit d’intérêt ont été ensuite retirées des documents officiels, mais la procédure fonctionne. En dépit du Mediator et de l’agence du médicament, deux exceptions qui confirment la règle.

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Les travaux du labo italien ? Je ne suis pas spécialiste, mais je sais que ce qu’on a reproché aux chercheurs, c’est que les femelles ayant affiché une augmentation nette de leur taux de cancers avaient été comparées à des femelles témoins qui présentaient, si ma mémoire est bonne, deux fois moins de cancers que chez des femelles « normales ». La « preuve » n’était donc pas irréfutable, mais le monde scientifique n’en avait de toutes les façons pas besoin.

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Finalement, notre consœur ne dit rien de ce qui est récent. Notre exposition aux produits historiques — ceux dont elle ne fait que causer — a été divisée par 5 à 20 suivant les régions et les générations, parce que les gouvernements ont fait le nécessaire, que les agences sanitaires ne sont plus tout à fait inféodées aux pouvoirs depuis le sang contaminé et l’amiante, que depuis une dizaine d’années l’évaluation des risques et des impacts ont été séparés (d’où la création des agences, sauf dans un domaine particulier… le médicament), que les conflits d’intérêt sont quand même bien gérés, en dépit du Mediator, mais oui.

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Comme par hasard, elle n’a pas parlé de Reach, qui a été et est encore, en dépit de ses limitations, une révolution réglementaire, juridique et industrielle en Europe. Comme par hasard, elle n’a interrogé aucun spécialiste français, et n’a montré ses contradicteurs que dans des plans où ils sont hésitants.

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Bref, dame Robin s’est promenée dans le vaste monde pour exposer des faits anciens, connus de tous, pour asseoir sa thèse que rien n’a changé et que tout le monde est pourri, et qu’on vivrait mieux à bouffer des légumes, sans viande ni pinard.

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Mais pourquoi tant d’approximation ? Pourquoi être aussi caricatural ? La réponse est sans doute à chercher dans cette violence étonnante envers les agences sanitaires. Elle ne choque finalement pas dans une époque où les ONG et les « experts » se présentent comme les seuls à pouvoir garantir la santé des citoyens et de l’environnement, face à l’État, les pouvoirs publics, les politiques, qui ont tout abandonné, ne comprennent rien et sont tous pourris.

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Le but profond des ONG est de récupérer la fabrique de la norme, de la législation en récupérant l’expertise. De même que celui des assureurs est de récupérer de fait la norme et la réglementation dans le champ des risques naturels par l’outil de l’évaluation du coût de ne rien faire et le moyen de la franchise et de l’individualisation de la garantie. De même que le « marché » a récupéré la gestion du dioxyde de carbone à l’échelle européenne, aux dépens de la taxe, pourtant transparente parce que votée et encadrée par les pouvoirs publics.

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Derrière cela, il y a en vérité une idéologie inquiétante qui vise à privatiser la formation des règles du vivre ensemble. C’est-à-dire à démanteler l’État, une fois encore. Les politiques sont peut-être des ânes, mais ils sont élus. Les agences sont faillibles, mais leur statut et surtout celui de leurs membres en garantissent a priori l’indépendance. En quoi les ONG et les experts seraient-ils plus sérieux, moins soumis aux lobbys, plus représentatifs du peuple ? En rien. Il et elles ne représentent qu’eux-mêmes et ceux et celles qui les financent. Mais les politiques et nous, les médiateurs, soumis que nous sommes au discours des ONG censés aujourd’hui incarner la nouvelle citoyenneté que chacun recherche dans un monde perdu dans l’individualisme, leur accordons une oreille incroyablement bienveillante.

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Il y a clairement un enjeu démocratique lourd dans cet anodin documentaire. L’oligarchie des experts, pour paraphraser Hervé Kempf, a phagocyté les inquiétudes pour y répondre selon ses objectifs sans avoir de compte à rendre. Si demain la loi, la norme, le règlement, la taxe se font à l’extérieur des lieux où le peuple est représenté, que ce soit par les élus ou certains de ses membres réunis en conférences de consensus, une idée qui marche, soit dit en passant, et la démocratie aura été vidée de son sens. Avant de prétendre faire de l’écologie et de sauver la planète, il faut d’abord faire de la politique et préserver le fragile équilibre républicain. Changer les murs de la maison plutôt que le décor intérieur à chaque mode, c’est merveilleux, mais si les fondations ne tiennent plus, cela n’est pas… durable.

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(merci à Jean-François Narbonne et Jade Lindgaard pour l’échange de vue).

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Les Pollutions invisibles, Delachaux & Niestlé, 2005, 2007, réédition octobre 2011.

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La dictature du carbone, Fayard, à paraître en septembre.

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