Tribunal Monsanto

Le Tribunal Monsanto contre l’agriculture industrielle

 


par Jane Hervé
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Aimant la nature et respectant l’environnement, il est impossible de ne pas se sentir concerné par les événements majeurs qui bouleversent l’histoire de l’homme, des plantes, des semences, des sols, de l’eau. A savoir la fabrication et la commercialisation de produits dont les effets sont néfastes sur toute la chaîne de vie, celle qui conduit de la semence aux plantes, puis s’introduit dans le corps des animaux et des humains.

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L’entreprise américaine Monsanto, productrice de semences OGM, voulant breveter le vivant et commercialisant l’herbicide Round Up, a été jugée/jaugée par un tribunal international réuni à La Haye du 14 au 16 octobre 2016 par des juristes et des écologistes de grande responsabilité (Corinne Lepage, Vandana Shiva, Marie-Monique Robin, Hans Herren, Gilles-Eric Seralini, etc.).

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Une telle démarche – une première pourrait-on dire – est un défi à l’impunité d’une entreprise qui, dans le monde entier, déverse et vend ses productions à la dangerosité désormais reconnue. Les êtres humains sont atteints dans leur chair de mille façons : cancers, malformations, diabète, maladies rénales… La maladie qui les épuise limite leur force de combat lors des procès insupportables menés contre ce monstre.

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Les lobbies de l’entreprise ont une efficacité d’hydre qui pénètre parfois les gouvernements, parfois les entreprises, parfois les groupes d’experts scientifiques. Leurs avocats sont redoutables. Les victimes qui osent se battre sont très seules, même si aujourd’hui elles se regroupent, même si aujourd’hui des experts soutiennent leur point de vue dans la lutte contre ces agrotoxiques. Certains ont, de surcroît, perdu leur emploi.

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Le récent rachat de Monsanto par l’allemand Bayer (fabricant notamment de pesticides néocortinoïdes tels que le Gaucho) accroît nos inquiétudes face aux risques liés à l’agrochimie et à la réduction de la biodiversité qui accompagne son développement. Il s’esquisse ainsi un monde d’êtres mutants que nous subissons sans l’avoir choisi : des hommes, des animaux, des plantes qui ne seraient plus que des produits chimiquement transformés. Ce faisant, subrepticement, nous perdons notre liberté en perdant le contact avec la nature et ses productions (herbes, animaux, hommes).

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Que dire, sinon que nous sommes dans l’attente du jugement des quatre juges et de la Présidente du Tribunal qui ont su écouter avec tant de soin les victimes, les experts scientifiques et les avocats ? Au moins, il y aura là un commencement de reconnaissance de ce que nous refusons vivement : qu’un mastodonte agrochimique fasse régner une dictature d’un nouveau genre. Un simple commencement, car il faudra ensuite définir ce crime nouveau – celui d’écocide – qui déferle sur toute l’humanité.

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Retrouvez notre dossier sur le Tribunal International Monsanto en cliquant ici. Comme tous les éditos du site des JNE, ce texte n’engage que son auteur(e). La photo de Jane Hervé est de Martine Pesez.

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Tribunal International Monsanto : qui possède la vie et le futur de la vie ?

Il fallait aller à La Haye pour voir l’inimaginable : le début du jugement de l’entreprise américaine Monsanto jaugée, examinée, évaluée.

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par Jane Hervé

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Les apiculteurs mexicains Angelica El Canche et Feliciano Ucan Poot, témoins au Tribunal International Monsanto (La Haye, 14-16 octobre 2016)

Les dégâts de ses produits sur les hommes, les animaux, les plantes, le sol et l’eau sont désormais évoqués entendus, enregistrés, sans être pour autant reconnus par ceux qui les ont causés. Du 14 au 16 octobre 2016, un formidable tribunal citoyen s’est tenu à La Haye avec de vraies victimes et de vrais experts jugés par de vrais juges. Un tribunal pédagogique pour faciliter la prise de conscience de tous. Une étape fondamentale. L’organisation en elle-même était déjà un défi international : Corinne Lepage, Vandana Shiva, Hans Herren, Arnaud Apoteker, Marie-Monique Robin et bien d’autres s’y étaient attelés avec force et succès. Ils conjuguaient leur volonté de lutter ensemble contre ce monstre Monstranto ( !) dont le lobby fonctionne à l’échelon mondial en infiltrant gouvernements, entreprises et groupes scientifiques ou en poussant à des procès onéreux les victimes empoisonnées par les produits utilisés (dont l’herbicide Round Up, le plus utilisé dans le monde et contenant du glyphosate).

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Lutter comment ? Par quel bout commencer  dans un tel champ de désespoir et de rébellion ? En écoutant la parole des victimes. Elles viennent de diverses nations – du Burkina-Faso au Sri Lanka, de l’Argentine au Canada – mais se sont rassemblées pour exprimer les faits et leur vécu. Elles ont révélé à quel point les produits commercialisés depuis des années par l’entreprise Monsanto – herbicides, pesticides, fongicides, OGM – vendus au nom de la croissance et de la rentabilité agricole, étaient dangereux. Toutes ont témoigné de leur douleur avec une grande dignité. Hommes et femmes ont payé dans leur chair la présence ou la respiration de ces produits engendrant des malformations des enfants (en cas de grossesse), des troubles autistiques (en augmentation depuis l’utilisation des OGM en 1996), des maladies de reins, de l’œsophage et des cancers multiples. Ces victimes ont lutté avec courage contre la maladie ou la perte d’emploi  : des cultivateurs accusés à tort d’usage de semences OGM ou épuisés par la lutte qui s’ajoute à leur travail quotidien pour survivre et vivre de leur travail, des apiculteurs mayas (1500 familles touchées) qui ne peuvent vendre leur miel bio contaminé par les OGM des champs voisins, des scientifiques aussi évincés des programmes de recherches pour avoir osé informer sur les substances réelles contenues dans le Round Up.

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Observer les plantes dont la « croissance est déformée » et qui deviennent plus résistantes. Constater que de nouvelles herbes sauvages apparaissent « dont les racines ne stockent plus rien » (c’est-à-dire plus d’eau) alors qu’elles servaient jadis d’engrais naturel. Observer les bêtes aussi. Certains animaux dont le fourrage contient du glyphosate souffrent de troubles de l’estomac. Constater que l’eau et les nappes phréatiques sont également touchées.

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Ecouter la parole des avocats et des experts, ensuite. Ils ont rassemblé les témoignages des victimes et parfois des études. En Argentine, 35 études ont été menées par des universitaires, révélant que les eaux de pluies étaient affectées, que 4 000 km de rivières étaient empoisonnées, bien que bues par les animaux, les hommes et les plantes. Pas moins de 21 travaux scientifiques font état de l’apparition de malformations (reins, œsophage, etc.). Tous ont mesuré à quel point les preuves d’atteinte par le glyphosate/OGM étaient difficiles à donner pour deux raisons : tout d’abord les « éléments techniques » étaient aux mains de Monsanto, ensuite les victimes avaient peu de moyens financiers.

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Comprendre que les avocats de Monsanto trouvent toujours une faille : infiltration de membres du lobby auprès de certains ministères (en tant que consultants en Australie) et de certains gouvernements, contestations tous azimuts des expertises scientifiques avec infiltration de scientifiques qui leur sont dévoués, procès incroyablement onéreux qui détruisent la force mentale et les finances des victimes. Les méfaits de Monsanto sont déjà extrêmement difficiles à prouver. D’abord invisibles et méconnus, ils se développent « dans le temps » jusqu’à la compréhension de la vérité. Ils touchent des lieux géographiquement très éloignés (Australie, Canada, Mexique, Brésil, etc.), rendant difficile la conjonction des colères et des revendications légitimes. Le rachat récent de Monsanto par Bayer conjugue de surcroît les forces de destruction de la santé, en facilitant le contrôle de toute la chaîne agricole et rendant encore plus écrasant le combat des victimes.

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Cinq juges venus d’Argentine, du Canada, du Sénégal, du Mexique et de Belgique rendront leur verdict. Ils répondront aux questions  suivantes : la firme Monsanto viole-t-elle le droit à un environnement sain, propre et durable ? Viole-t-elle le droit de se nourrir ? Porte-t-elle atteinte aux normes de santé ou au droits des enfants à jouir de la santé ? Viole-t-elle la liberté indispensable de la recherche scientifique ? Est-elle complice de crime de guerre en fournissant des produits utilisés en 1962 au Vietnam ? Est-elle coupable d’un crime d’écocide en détruisant l’environnement ? Un combat juridique à mener car si ce crime est reconnu il est aussi un « crime contre l’humanité ».

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Qui possède la vie quand toute la Nature est en train d’être tuée, quand la biodiversité disparaît ? Telle est la question qui se pose. Cette Assemblée des Peuples révèle que le plus grave est à venir. Si la destruction de la nature se généralise irrémédiablement, elle touchera les générations futures, enfants et petits enfants. Pourront-ils survivre sur une terre dévastée, avec une eau polluée, des plantes et des animaux déformés ? « La seule chose est de s’unir » aujourd’hui, nous qui sommes en pleine force, éblouis par les combats individuels de tous ceux que nous avons entendus.

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Le tribunal Monsanto face à « l’écocide »

Pendant deux jours à La Haye, des victimes du monde entier sont venues accuser le géant américain de l’agrochimie et faire progresser la justice environnementale.

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par Olivier Nouaillas

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Habitant à plus de 5 000 kilomètres de distance, elles ne s’étaient jamais rencontrées. Mais c’est le même malheur qui les a réunies. À La Haye, devant le tribunal Monsanto, Sabine Grataloup, 45 ans, habitante de l’Isère, et Maria Liz Robledo, 40 ans, venue d’Argentine sont tombées dans les bras l’une de l’autre. Ces deux mamans vivent en effet les mêmes souffrances. « Mon fils, Théo, est né il y a neuf ans avec une grave malformation de l’œsophage. Il a fallu séparer les systèmes respiratoires et digestifs. Son larynx étant atteint, il a fallu faire en plus une trachéotomie. Au total, 50 opérations. Et la 51e est prévue cette semaine », informe Sabine, la voix empreinte d’émotion. Même douleur chez Maria, l’Argentine, qui raconte que sa petite fille Marina, bientôt 3 ans, a dû, elle aussi être opérée « d’une atrésie de l’œsophage. Elle est trop faible et ne peut pas aller à l’école maternelle ».

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La cause de ces souffrances communes ? « Les chirurgiens nous ont dit que le seul lien possible pointait vers les pesticides », poursuit Sabine. Elle s’est alors souvenue qu’au tout début de sa grossesse elle avait traité le manège de son ranch d’équitation « avec du désherbant contenant du glyphosate », le fameux Roundup, « vendu comme biodégradable et non nocif par Monsanto », a-t-elle insisté. En Argentine, la maison de Maria est juste à côté d’un entrepôt de glyphosate. Et sa petite ville de 1 900 habitants « est cernée par des cultures de soja OGM de Monsanto, qui oblige les agriculteurs à traiter leurs champs avec du glyphosate, y compris par épandage aérien ».

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Des témoignages qui dépassent l’imagination

Pendant deux jours, le tribunal Monsanto de La Haye a reçu des plaintes venues des cinq continents sur les pratiques de la firme américaine. Paysans africains du Burkina Faso ruinés par l’introduction du coton transgénique BT, cultivateurs du Sri Lanka souffrant de maladies rénales dues à un traitement au glyphosate, apiculteurs mexicains qui ne peuvent plus vendre leur miel suite à la présence de pesticides dans le pollen du soja transgénique, mainmise sur les semences d’aubergine au Bangladesh… la liste est longue des dommages dont ont témoigné paysans, médecins, experts agronomiques et scientifiques tout au long de ces deux jours d’audition. Et certains témoignages dépassent l’imagination, comme cette vaste étude épidémiologique menée en Argentine et présentée par le docteur Damian Verzenassi. Depuis l’introduction en 1996 du soja transgénique dans son pays (les OGM y occupent aujourd’hui 95 % des cultures agricoles), ce dernier a constaté une augmentation spectaculaire des fausses couches et malformations congénitales : de 8,8 naissances pour 1 000 dans les années 2000 à 17,9 en 2014 ! Ou encore celui de ce syndicaliste sri lankais qui a témoigné qu’il a fallu 30 000 morts dans son pays entre 1984 et 2000 pour y interdire l’usage du glyphosate, classé depuis en « cancérogène probable pour l’homme » en 2015 par l’Organisation mondiale de la santé.

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Françoise Tulkens, présidente du Tribunal International Monsanto

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Rendre un avis consultatif
Certes, ces témoignages à charge n’ont pas pu être contrebalancés par les arguments de Monsanto, la firme américaine ayant refusé de venir à La Haye devant ce tribunal citoyen sans statut officiel. Et le géant de l’agrochimie, en cours de rachat par l’allemand Bayer, de dénoncer dans une lettre ouverte « cette parodie de procès ». « Nous ne sommes pas là pour prononcer un verdict ou condamner qui que ce soit, lui a répondu calmement Françoise Tulkens, la juge belge, présidente de ce tribunal pas comme les autres. Notre but, ici, est de rendre d’ici à quelques mois ce qu’on appelle un avis consultatif, dont pourront s’emparer les tribunaux internationaux. Pour aller plus loin et faire progresser le droit en matière d’environnement et de santé publique. Notamment sur la définition juridique de l’écocide » (lire encadré ci-dessous). Car si le public de ce tribunal citoyen, réuni à l’Institut des sciences sociales de La Haye, était pour la majorité constitué de militants (faucheurs volontaires d’OGM, paysans de Via Campesina, écologistes, agriculteurs bio), les cinq juges étaient, eux, de grands professionnels. Comme Françoise Tulkens, ancienne vice-présidente de la Cour européenne des droits de l’homme, nommée en 2012 au panel consultatif de l’ONU sur les droits de l’homme au Kosovo et présidente de ce tribunal Monsanto. Qui n’a pas hésité à rappeler à l’ordre – gentiment et avec pédagogie – le public afin qu’il n’applaudisse pas les interventions.

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Marie-Monique Robin en conclusion du Tribunal International Monsanto – La Haye, 16 octobre 2016

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Une brèche dans le mur de l’impunité

« Nous devons faire notre travail avec sérieux, confie Françoise Tulkens à La Vie. Même si notre légitimité vient d’avoir été saisie par la société civile. Comme dans les années 1960-1970 avec le Vietnam, où c’est le tribunal Russell qui avait fait progresser la notion de crimes de guerre. » Au soir de ces jours d’auditions si riches et denses, Marie-Monique Robin, la réalisatrice du film-documentaire le Monde selon Monsanto (2008) et marraine du comité d’organisation de La Haye, ne cachait pas sa fierté : « Nous venons à notre tour d’ouvrir une brèche dans le mur de l’impunité. »

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Le droit de protéger la nature
Son livre fera certainement date dans l’histoire de l’environnement. Valérie Cabanes, juriste en droit international, est l’auteure d’Un nouveau droit pour la Terre. Pour en finir avec l’écocide. Présente dans les coulisses du tribunal Monsanto à La Haye, elle explique à La Vie ce que pourrait être la reconnaissance du crime d’écocide : « Ce terme a été lancé dans les années 1960 par le biologiste américain Arthur Galston à propos de l’usage de l’Agent orange, un désherbant fabriqué déjà par Monsanto et utilisé par l’armée américaine comme défoliant au Vietnam. C’est justement cela un écocide : porter atteinte durablement à des éléments vitaux sur Terre : l’eau, les forêts, les océans, le climat… tous les écosystèmes. La voie pour progresser passe, à mon avis, par l’amélioration du Statut de Rome, qui, signé en 1998 par 124 pays, a permis la création de la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye pour juger les crimes de guerre et les génocides. D’ailleurs, récemment, sa procureure générale, la Gambienne Fatou Bensouda, a envisagé son extension, notamment aux ravages écologiques et à l’exploitation illicite des ressources naturelles. Le principe de base étant, pour moi, que la nature ne doit plus être considérée comme une simple ressource. Cela doit nous amener, nous, Occidentaux, à une sorte de révolution intérieure afin de détrôner l’homme de sa suprématie sur la nature. »

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Un nouveau droit pour la Terre. Pour en finir avec l’écocide, de Valérie Cabanes, Seuil, 20 €.

Cet article a été publié dans l’hebdomadaire La Vie du 20 octobre 2016.

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Tribunal International Monsanto : la satisfaction d’Arnaud Apoteker

Voici la réaction d’Arnaud Apoteker, pionnier français de la lutte contre les OGM et coordinateur du Tribunal, à l’issue du Tribunal International Monsanto, qui se tenait du 14 au 16 octobre 2016 à La Haye (Pays-Bas), en présence d’une délégation d’une dizaine de journalistes des JNE.

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par Myriam Goldminc

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Arnaud Apoteker, coordinateur du Tribunal International Monsanto – photo DR

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Cliquez ici pour écouter l’interview d’Arnaud Apoteker

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Le témoignage de deux bénévoles du Tribunal International Monsanto

Voici le témoignage de deux étudiants français qui ont travaillé bénévolement pour le Tribunal International Monsanto, auquel une délégation de journalistes des JNE a assisté à La Haye (Pays-Bas) du 14 au 16 octobre 2016.

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par Myriam Goldminc

Cliquez ici pour écouter l’interview

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Jean-Paul Sikeli : « Le Tribunal international, un pas important vers la fin de l’impunité pour Monsanto »

Voici une interview audio de Jean-Paul Sikeli (Côte d’Ivoire), secrétaire exécutif de la Copagen (Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain), réalisée au cours du Tribunal International Monsanto, qui se tenait du 14 au 16 octobre 2016 à La Haye (Pays-Bas), et qui a été couvert par un groupe de 11 journalistes des JNE.

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par Myriam Goldminc

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L’équipe de la COPAGEN, avec Jean-Paul Sikeli – photo D.R.

 

Cliquez ici pour écouter l’interview

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Tribunal International Monsanto : quand la pression citoyenne veut faire évoluer le droit

Voici notre compte-rendu de la dernière session du Tribunal International Monsanto, qui s’est achevé le 16 octobre 2016 à La Haye (Pays-Bas).

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par Carine Mayo

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L'avocat William Bourdon au Tribunal International Monsanto de La Haye, 16 octobre 2016 - photo Carine Mayo

L’avocat William Bourdon au Tribunal International Monsanto de La Haye, 16 octobre 2016 – photo Carine Mayo

Il a revêtu sa robe d’avocat pour venir parler devant les juges du Tribunal International Monsanto. Pour William Bourdon, invité à s’exprimer sur le thème de la violation du droit à l’information par cette multinationale, les preuves s’accumulent et le temps joue contre Monsanto. « Les entreprises devront rendre des comptes », souligne-t-il.

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A ceux qui seraient dubitatifs face à l’intérêt d’un tel événement et à la difficulté que connaissent les victimes à faire reconnaître les préjudices subis, il répond : « la modernisation du droit s’obtient toujours au forceps.»

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Le thème de l’évolution du droit a été au centre des débats de ce dernier après-midi du Tribunal International Monsanto.

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« Le droit suit la société civile, suit les événements », a déclaré dans sa conclusion la présidente de ce tribunal symbolique, Françoise Tulkens. « Le droit est fait pour vous, il n’est pas fait pour les livres de droit », a-t-elle précisé en s’adressant au public.

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Suite à cet événement, les cinq juges (pour l’essentiel, d’anciens magistrats à la retraite) vont délibérer. Puis, ils vont travailler sur l’immense masse d’informations qui leur a été fournie afin de rendre un avis consultatif.

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Celui-ci « trouve sa légitimité dans le fait que c’est la société civile qui le met en place », a expliqué Françoise Tulkens, qui fut professeure de droit à l’université de Louvain en Belgique et juge à la Cour européenne des droits de l’Homme.

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Applaudissements de fin au Tribunal International Monsanto - La Haye, 16 octobre 2016 - photo Carine Mayo

Applaudissements de fin au Tribunal International Monsanto – La Haye, 16 octobre 2016 – photo Carine Mayo

Cette « advisory opinion » devrait comporter des constatations et des recommandations et contribuer à caractériser le « crime d’écocide », c’est-à-dire la destruction de la nature qui compromet la vie sur Terre. Quand sera-t-il rendu ? « Ni trop tôt, ni trop tard. Il faut que ce soit solide, sérieux », a précisé la présidente du Tribunal. Peut-être le 10 décembre, journée internationale des droits de l’Homme ou bien le 22 avril, jour de la Terre.

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« Ce tribunal restera marqué dans nos mémoires. Nous venons de vivre un moment historique, unique », a déclaré en conclusion la journaliste Marie-Monique Robin, réalisatrice du film Le monde selon Monsanto et marraine de l’événement.

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« C’est de l’avenir de la planète et de nos enfants dont il s’agit », a-t-elle souligné, avant de conclure : « je pense que nous venons d’ouvrir une petite brèche dans le mur de l’impunité.»

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Tribunal International Monsanto : des témoins racontent leur combat pour la santé

Voici un nouvel article d’une journaliste JNE, en l’occurrence notre Présidente, présente à La Haye pour le Tribunal International Monsanto.

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par Carine Mayo

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Tribunal International Monsanto à la Haye – 15 octobre 2016 – photo Carine Mayo

« Nous sommes en face d’une épidémie de malformations induite par l’homme. Je ne trouve pas normal que ce soit à des individus isolés comme nous de tirer la sonnette d’alarme. » Sabine Grataloup est venue témoigner du calvaire subi par son fils Théo, né avec une malformation de l’oesophage, alors que son petit garçon âgé de 9 ans va subir dans quelques jours sa 51e opération.

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C’est par ce témoignage fort que le Tribunal international Monsanto a ouvert sa session. Directrice d’une agence de tourisme équestre, Sabine utilisait chaque année un produit à base de glyphosate pour désherber sa carrière d’équitation, un produit qu’elle avait choisi parce qu’il lui semblait « le moins nocif et le plus biodégradable ». Cette année-là, elle a répété ce traitement phytosanitaire en lequel elle avait toute confiance. Elle ne savait pas qu’elle était enceinte. Or, c’est justement à la 3e et 4e semaine de grossesse que se forment l’oesophage et la trachée, explique-t-elle. Pour elle, il n’y a pas de doute : « toutes les études m’amènent à considérer que ce qui est arrivé à Théo n’est pas un cas isolé.»

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Après elle, vient un autre témoignage semblable, celui de la maman d’une petite fille en Argentine, née elle aussi, avec une affection à l’oesophage, alors qu’elle résidait à proximité d’entrepôts contenant de l’herbicide et que les pulvérisations de ce produit étaient fréquentes autour de son village. « Il faut se battre pour la santé. Je ne veux pas qu’il y ait d’autres Martina », déclare la jeune femme. Et de dénoncer : « Dans notre pays, on ne nous écoute pas. Il n’y a pas les lois dont nous avons besoin. »

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C’est justement parce qu’il y a, à leurs yeux, une carence du droit qu’ils sont venus témoigner ici au Tribunal International Monsanto à La Haye. Tel Damian Verzenassi, ce médecin argentin, qui a expliqué que le nombre de fausses couches, de malformations à la naissance et de cancers a explosé dans son pays, où règnent la culture de soja OGM et les épandages de glyphosate. Ou encore Christine Sheppard, agricultrice américaine, victime d’un lymphome non-hodgkinien, qui avoue ne plus sortir de chez elle, car son système immunitaire est devenu très fragile à la suite de sa maladie et des traitements qu’elle a reçus. Vu l’importance de l’enjeu, elle a cependant accepté de venir témoigner, elle aussi.

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« La fonction de ce tribunal n’est pas de condamner, mais de dire le droit », a déclaré l’avocate Corinne Lepage, en ouverture de ce procès symbolique, tout en regrettant l’absence de représentants de Monsanto. Les juges – de vrais magistrats aujourd’hui à la retraite – devront se prononcer sur la conformité des actions de Monsanto face aux règles de droit international et de droit privé. Les organisateurs de cet événement ont ainsi l’espoir de faire évoluer les règles de droit et de permettre aux victimes des produits phytosanitaires d’aller faire reconnaître les atteintes dont ils ont été victimes devant la justice.

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Mais l’application du droit est liée au bon fonctionnement de la démocratie, comme l’a rappelé Marcelo Firpo, chercheur et représentant de l’association de santé publique ABRASCO au Brésil. Beaucoup de témoins ont ainsi dénoncé la collusion entre les Etats et la multinationale.

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Toutefois, l’exemple du Sri Lanka est venu apporter une note d’espoir. Après une recherche ayant montré un lien entre des maladies rénales et la contamination de l’eau par le glyphosate, le gouvernement a interdit l’importation de cette substance.

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Tribunal International Monsanto : des paysans témoignent à l’Assemblée des peuples

Un groupe de journalistes des JNE assiste au Tribunal International Monsanto qui se tient du 14 au 16 octobre à La Haye (Pays-Bas) et à l’Assemblée des peuples qui l’accompagne. Voici le premier de leurs compte-rendus. Guettez les infos de nos envoyés spéciaux sur le fil Tweeter des JNE et notre page Facebook !

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par Carine Mayo

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A l'Assemblée des peuples de La Haye le 14 octobre 2016, Vandana Shiva dénonce le monopole des multinationales - photo Carine Mayo

A l’Assemblée des peuples de La Haye le 14 octobre 2016, Vandana Shiva dénonce le monopole des multinationales – photo Carine Mayo

Ils sont venus des quatre coins de la planète raconter comment leur vie s’est trouvée modifiée du jour au lendemain suite à la confrontation avec la multinationale Monsanto (aujourd’hui Bayer).

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Tel Percy Schmeiser, agriculteur canadien accusé par cette firme d’avoir cultivé illégalement du colza transgénique, alors que ces champs avaient été contaminés par cette plante en 1997. « A cette époque, nous ne savions même pas ce qu’étaient des OGM (GMO en anglais). Nous pensions que cela voulait dire General Motors », explique-t-il.

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Il raconte alors les menaces et les pressions qu’il a subies pour ne pas avoir voulu payer de redevance à la multinationale, dénonce une culture de la peur.
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Malgré cela, il a tenu bon et a fini par gagner en obtenant au bout de onze ans de procès la reconnaissance de la contamination de ses champs. « Aucune entreprise, aucune entreprise ne devrait pouvoir contrôler la vie », conclut-il.
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Farida Akhter (Bangladesh), Nilvia Silva (Brésil), Ali Tapsoba (Burkina Faso), Charito Medina (Philippines) ainsi qu'une traductrice à l'Assemblée des peuples de La Haye le 14 octobre 2016 - photo Carine Mayo

Farida Akhter (Bangladesh), Nilvia Silva (Brésil), Ali Tapsoba (Burkina Faso), Charito Medina (Philippines) ainsi qu’une traductrice à l’Assemblée des peuples de La Haye le 14 octobre 2016 – photo Carine Mayo

Nilvia Silva, représentante de la Via Campesina et des paysans sans terre au Brésil, évoque les expropriations dont ont été victimes les paysans. « La production de soja transgénique a assassiné les paysans du Brésil, d’Argentine, d’Uruguay », assène-t-elle.
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Même son de cloche chez Ali Tapsoba, du collectif citoyen agroécologique du Burkina Faso, qui dénonce l’introduction du coton transgénique dans son pays et le désordre social qu’elle a provoquée. « Chez nous nous partageons les graines depuis des millénaires. » Une pratique qui a été bouleversée par l’arrivée de Monsanto. « Sur le plan économique et social, c’était la catastrophe. Nous ne pouvions plus vendre notre coton. Les paysans se sont retrouvés dans la misère. »
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Mais la société civile s’est mobilisée et le Burkina a arrêté de produire du coton transgénique. Ali Tapsoba est venu à La Haye avec deux propositions : réfléchir à un fonds international contre Monsanto et à la création d’un fonds international des femmes pour la souveraineté alimentaire.
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« Ici je ne suis plus burkinabé, je suis africain, je suis européen, je suis américain, je suis asiatique », proclame cet orateur hors pair. Et de conclure : « la semence est la mère de toute chose. »

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