Rio+20

Entretien avec Alain Canet : l’arbre champêtre fait sortir du schéma dominant qui veut sauvegarder l’environnement à grand frais

En opposition aux approches environnementales « domaine par domaine », revendiquées sans succès dans le cadre du sommet Rio+ 20, le président de l’Association française d’agroforesterie, Alain Canet, propose une démarche simple, globale, transversale et rentable : remettre l’arbre au cœur des parcelles agricoles.

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Propos recueillis par Françoise Nowak
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Françoise Nowak : Alain Canet, vous présidez l’Association française d’agroforesterie, qui promeut l’ensemble des pratiques agricoles associant les arbres aux cultures ou à l’élevage. A ce titre, vous avez diffusé une sorte d’interpellation sur les vertus de l’arbre champêtre, à l’occasion de la tenue du sommet mondial dénommé Rio+20. Pourquoi ?

Alain Canet - photo Arbre & Paysage 32

Alain Canet : Les structures qui veulent promouvoir une meilleure gestion de notre avenir, et ont voulu peser sur les décisions prises dans le cadre du sommet Rio + 20, s’attachent généralement à un aspect particulier, sans le relier aux autres, comme s’il en était indépendant : les unes défendent la faune sauvage, d’autres militent pour la réduction des gaz à effets de serre, d’autres encore pour améliorer la qualité de l’eau…  Or l’expérience que nous avons de l’agroforesterie dans le monde et les recherches menées sur les arbres qui poussent en dehors des forêts, que ce soit au bord des routes, le long des rivières, parmi les cultures ou dans les zones d’élevage, montrent que ces végétaux constituent une clef de voûte très puissante : leur développement permet de réduire notablement l’ensemble de nos problèmes environnementaux. Ces plantes ont en outre leur raison d’être dans tous les écosystèmes terrestres…
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F. No. : En quoi l’arbre champêtre peut-il intervenir positivement, du point de vue climatique ?

A. C. : Ces arbres, tels les tilleuls ou les noisetiers, font office de brise-vent et de parasol. Ils résistent mieux que les arbres forestiers aux vents violents, parce que leur extension racinaire est 1,5 fois supérieure à celle de leurs cousins sylvestres. Grâce à ces effets, ils créent des microclimats et se comportent comme de véritables amortisseurs d’excès météorologiques.Par ailleurs, synthèse chlorophyllienne oblige, les végétaux ligneux proviennent tous à 99,8 % du carbone gazeux, ce fameux CO2 dont on voudrait aujourd’hui réduire et si possible piéger les émissions devenues trop élevées. Ceux qui nous intéressent ici peuvent de ce fait servir de puits de carbone à grande échelle pour limiter le changement climatique global consécutif à ce trop-plein, grâce à deux phénomènes méconnus. L’une de ces caractéristiques est que dans quatre cas sur cinq, ces pourvoyeurs d’ombre peuvent croître et se reproduire naturellement dans les espaces de prédilection que sont pour eux les pourtours de parcelles et les rives des cours d’eau. Il suffit pour cela d’arrêter de « nettoyer » systématiquement ces endroits, et de laisser s’y déployer les ronces qui y apparaissent de façon spontanée, pendant deux à trois ans. En effet, ces dernières tiennent lieu de terreau de choix pour les graines et autres glands perdus par les oiseaux qui passent à leur portée. C’est du reste ainsi que quasiment tous les chênes actuellement centenaires se sont formés ! L’autre phénomène est que notre planète dispose de surfaces énormes pour accueillir ce type d’arbres : la superficie utilisable à cette fin sans danger en bordure des routes françaises est par exemple aussi grande que celle de l’ensemble des parcs naturels de notre pays. Dans le seul département du Gers, elle représente déjà 3000 ha !

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F. No. : Vous parlez de même beaucoup du rôle de l’arbre champêtre, par rapport à l’humus. Pourquoi ?

A. C. : La raréfaction de l’humus devient critique. Il est désormais avéré que l’agriculture industrielle a fait passer dans le monde entier le volume de cette substance, dans les terres cultivées, de 4 % en moyenne, avant son avènement, à 1,5 % à présent, ceci pour deux raisons. D’une part, elle recourt systématiquement au labour. Ce processus détruit les microorganismes du sol pourtant indispensables pour générer la série des transformations qui aboutissent à cette matrice de la fertilité.Le dégagement d’azote disponible pour les plantes, opéré exclusivement par les champignons, en est une, et non des moindres ! Or la biodiversité dans son ensemble commence là : sans cette microflore et cette microfaune, la chaîne du vivant est rompue.D’autre part, cette pratique culturale met les terrains à nu la plus grande partie du temps, ce qui a deux effets négatifs. Le premier est qu’elle empêche ces véritables « estomacs » de consommer ce dont ils ont besoin en permanence pour être biologiquement vivants, donc productifs : je veux parler des matières issues de la décomposition des végétaux diversifiés qui s’y développeraient sans discontinuité et sans effort de notre part, comme dans les forêts, si l’on ne bridait pas la nature! Le second est que ces aires sont ainsi sujettes à une érosion galopante… Loin d’être anecdotique, ce pourcentage de 1,5 % traduit que nous sommes quasiment au seuil d’un état désertique massif, dans lequel plus rien ne pourra bientôt pousser, même sous perfusion d’engrais chimiques ! D’ailleurs, les rendements des cultures obtenues avec cette approche stérilisante baissent partout. Il est donc urgent de réagir !

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F. No. : En quoi les arbres champêtres peuvent-ils inverser cette situation dramatique ?

photo Arbre & Paysage 32

A. C. : Ils procurent une quantité d’humus particulièrement grande, puisque tous les ans, 40 % de leurs racines se décomposent sous cette forme, et cet humus retient l’eau comme une éponge. D’où l’importance colossale de la présence de ces plantes spécifiques, autant au sein des parcelles agricoles qu’à leur périphérie. En lisière, ces marqueurs du paysage attirent les insectes pollinisateurs et invitent une végétation couvrante variée à se développer spontanément autour d’eux, de l’herbe à la mousse, en passant par leurs rejets… De quoi héberger une faune dite « auxiliaire », telles les coccinelles, qui protège très efficacement les cultures situées à proximité des maladies comme des ravageurs.Loin de nuire aux cultures et de les envahir, les arbres plantés parmi elles leur sont eux aussi bénéfiques, si on sait associer et bien positionner ces différentes catégories de végétaux les unes vis-à-vis des autres. Il suffit de faucher épisodiquement la ligne de prairie naturelle qui prend naissance entre elles et de ne pas dépasser un maximum de 50 arbres à l’hectare, pour que tout se passe bien. Les rendements augmentent alors considérablement : par leur effet brise-vent, les systèmes agroforestiers induisent un gain de production pouvant osciller entre 5 et 30 %, dans les grandes cultures et dans les secteurs de maraîchage. Mieux, leur impact de protecteur climatique peut faire doubler le tonnage des pommes et des poires, dans les vergers ! En outre, une étude de l’INRA datée de 2009, qui ne tient pas compte de ces paramètres, atteste que ces associations peuvent intensifier la production globale de 36 % !… Et je ne parle pas de la possibilité offerte de reconstituer un sol riche de manière accélérée, à partir d’un broyat de jeunes branches fraîches que l’on appelle Bois raméal fragmenté (BRF).

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F. No : On imagine que l’eau joue un rôle non négligeable dans ce processus… Au-delà de retenir cet élément vital sur place, quel impact les arbres champêtres ont-ils sur ce chapitre ?

Agroforesterie en Charente - photo Arbre & Paysage 32

A. C. : Le fait qu’ils améliorent la perméabilité de la terre, en la décompactant, par l’intermédiaire de leurs racines, est relativement connu. Qui sait, en revanche, qu’ils font office d’arrosoirs souterrains pour les plantes avoisinantes dans un rayon égal à leur hauteur, en créant des sortes de réseaux hydrographiques secondaires ? Ajoutons que par leur apport en humus, et en protégeant les parcelles de l’assèchement par leur effet thermique, ils augmentent encore la quantité d’eau localement mobilisable pour les cultures.Par ailleurs, ces « gîtes d’oiseaux » réduisent la vitesse du ruissellement consécutif aux intempéries, jouant ainsi un rôle naturel d’écrêteur de crue : on a observé qu’ils peuvent retarder d’un mois, voire davantage, le transfert de certaines pluies automnales vers les rivières. Concernant la qualité de l’eau, maintenant, ils ont un double effet. D’une part, la bonne santé biologique du sol qu’ils créent et la faune auxiliaire qu’ils convient amènent à réduire, voire à supprimer le recours aux fertilisants et pesticides artificiels pour les plantes des alentours. Voilà qui neutralise le risque de voir ces substances qu’on économise  emportées par les précipitations jusqu’au milieu aquatique situé en aval ! D’autre part, ces grands végétaux ont la capacité d’intercepter, de stocker et de transformer à leur profit ces mêmes composés, lorsque les eaux qui s’écoulent à leur pied en contiennent. C’est dire leurs vertus épuratoires.Affirmer que les arbres champêtres nous aident à régler nos différents problèmes environnementaux de façon globale et transversale n’a décidément rien d’exagéré !

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F. NO : Qui plus est, vous affirmez que l’agroforesterie est une activité rentable ?

A. C. : Oui ! Pour commencer, en conséquence des bienfaits précédents, elle occasionne de l’épargne, de deux manières. Premièrement, elle fait diminuer, voire réduit à zéro, le budget alloué aux produits phytosanitaires. Deuxièmement, elle allège ou supprime les investissements en machines agricoles nécessaires pour épandre ces produits et pour irriguer, ainsi que les achats d’eau. Ensuite, elle améliore le rendement des cultures… Enfin, elle fournit gratuitement des matériaux précieux. De nos jours, le bois noble utilisé en Europe provient aux 4/5 de forêts lointaines que l’on dégrade pour exploiter ce filon. Pourtant, les arbres champêtres de nos contrées ont les qualités requises pour nous approvisionner, près de chez nous, en grosses branches dont on peut faire les parquets et les toitures. Ils sont aussi pourvoyeurs de bois de chauffage, actuellement sous la forme de bûches et de plaquettes, et cette énergie renouvelable est à juste titre de plus en plus prisée. J’ai déjà parlé du BRF qui peut éviter l’acquisition de paillage et est également commercialisable, à hauteur de 25 € le m3, mais il ne faut pas oublier les fruits que donnent ces arbres, l’éco-tourisme que peut engendrer la beauté et la biodiversité du paysage qu’ils dessinent et le miel qui peut être récolté dans les parages.

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Trogne - photo Arbre & Paysage 32

Il est même possible d’intensifier l’ensemble des productions correspondantes grâce à une taille régulière spécifique. Celle-ci provoque des ramifications très importantes, hors de portée du bétail et des animaux sauvages, en prolongeant la vie de l’arbre qui prend alors le nom de « trogne » … De plus, lors de cette taille, la coupe du feuillage et des jeunes rameaux fournit un fourrage supplémentaire, loin d’être négligeable.Là où une ou plusieurs de ces possibilités sont correctement mises en œuvre, les exploitants peuvent à terme gagner au moins deux fois mieux leur vie. C’est déjà le cas des paysans du Périgord qui élèvent des canards sous des noyers dont ils assurent la récolte et sur lesquels ils prélèvent du bois, tandis que la fiente des dits canards nourrit leur terre !

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F.NO. : Cette activité peut-elle être créatrice d’emplois ?

A.C. : Sans aucun doute, et cela en transformant des contraintes réglementaires en opportunité ! Dans le Gers où j’habite, sur les 1000 km qui bordent des cours d’eau, la moitié ne compte presque pas d’arbres. Or les frênes colonisent spontanément ces territoires. On pourrait leur accorder la place qu’ils veulent prendre, sur les berges concernées, plutôt de les éliminer, dès qu’ils manifestent leur existence ! On en compterait alors, dix ans plus tard, au moins 50 000, sur les 500 km de bandes enherbées de 2 m de large exigées là par la PAC. Au lieu d’être subi, ce prélèvement d’espace sur les cultures, qui vise à protéger l’eau des pollutions générées par l’agriculture, serait profitable. Il conduirait à doter la région de deux postes d’experts agroforestiers, de celui d’un menuisier, de celui d’un négociant en bois, et permettrait à un apiculteur de s’installer !

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F.No. : Forte de ces qualités, l’agroforesterie s’est largement développée dans les pays dits du Sud. Pourquoi n’est-ce pas le cas ailleurs, et en particulier en Europe ?

A. C. : Après la Deuxième Guerre mondiale, l’arbre champêtre a été considéré comme gênant, parce qu’il rendait peu aisé le maniement des machines agricoles mises alors sur le marché. En prime, le pétrole n’était pas cher, et l’exode rural privait de la main d’œuvre requise pour les coupes à réaliser. On ignorait également l’importance du rôle de l’humus.A notre époque, tout cela a changé ! Nous disposons en particulier de machines performantes, peu onéreuses et peu consommatrices d’énergie pour collecter le bois. Pour autant, ce qui freine le développement de l’agroforesterie, ce ne sont ni les contraintes pratiques, ni son coût – et pour cause – mais des idées reçues très regrettables !

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F. No. : Quelles sont ces idées reçues ?

A. C. : Beaucoup d’exploitants perçoivent l’arbre comme un intrus, comme un empêcheur de cultiver en rond, alors que c’est un intrant ! Ils voient uniquement l’encombrement correspondant et la surface qu’il « retire » à leurs cultures, sans en voir tous les avantages.De plus, les plus productivistes d’entre eux ne jurent que par la monoculture : ils ont du mal à accepter que ce réservoir de biodiversité puisse être un élément clé de l’économie agricole. Si l’on regarde maintenant du côté des collectivités, laisser des ronces au bord des chemins et des routes s’oppose à l’image de propreté qu’elles veulent donner. Il y a un gros travail de communication à faire pour les convaincre de s’engager dans cette voie. Enfin, l’arbre champêtre fait sortir du schéma dominant qui veut sauvegarder l’environnement « à grand frais », alors que ce modèle n’est ni viable, ni souhaitable ! L’agroforesterie ouvre la voie d’une production agricole rentable, qui s’avère vertueuse et durable, parce qu’elle préserve la nature en même temps ! Cette approche est tellement simple, qu’elle dérange énormément de gens, mais c’est aussi ce qui fait sa force. Espérons que les décideurs des prochains sommets onusiens prendront rapidement la mesure des enjeux cruciaux qu’elle représente !

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Pour en savoir plus :

www.agroforesterie.fr

www.arbre-et-paysage32.com

http://www.youtube.com/watch?v=P831hBMJB_w

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Les trognes, l’arbre paysan aux mille usages, de Dominique Mansion (Editions Ouest France, 2010).

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Exposition « Trognes, têtards et têteaux », Ecomusée de la Brenne (Indre), du 30 juin 2012 au 31 décembre 2012.
http://www.parc-naturel-brenne.fr/images/phocagallery/dmdocuments/expo-ecomusee-trognes-2012.pdf

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Rio+20 : en attendant les autres méga-évènements…

Malgré quelques critiques adressées au gouvernement brésilien pour son manque d’audace pendant la Conférence, la page de Rio+20 a rapidement été tournée. L’opinion publique est en effet déjà tournée vers les autres grands rendez-vous que la ville de Rio accueillera dans les prochaines années.

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par Jean-Claude Gerez

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La scène se passe le 3 juillet 2012 dans le théâtre Tom Jobim, situé au coeur du Jardin Botanique de Rio de Janeiro. Quelques jours à peine après la clôture du Rio+20, le tout puissant groupe de presse Globo y organise un séminaire baptisé « l’Héritage de Rio+20 » auquel participe un public trié sur le volet, composé de représentants de grandes entreprises, d’institutions et de personnalités politiques.

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Izabella Teixera, ministre de l'environnement du Brésil - DR

Invitée d’honneur, Izabella Teixeira, la ministre de l’Environnement brésilienne, commence son intervention en lisant à haute voix quelques titres d’articles, franchement critiques, publiés à l’issue de la Conférence de l’ONU. Puis elle s’interrompt et sourit. « Mesdames et messieurs, ces articles ont été publiés à la fin de la Conférence de… 1992 ! Si je me suis livrée à cette petite plaisanterie, c’est pour vous rappeler que la critique est ponctuelle et qu’une analyse correcte de l’héritage de Rio+20 demande un temps historique différent. »

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La sortie d’Izabella Teixeira n’a évidemment rien de fortuit. Sitôt la Conférence de l’ONU terminée, la ministre a été en effet, tout comme la présidente Dilma Rousseff, la cible de multiples critiques au Brésil sur le manque de « vrais » engagements. A commencer par celle émanant d’Eduardo Viola, professeur de Relations Internationales à l’Université de Brasilia et reconnu comme étant l’un des meilleurs spécialistes en négociations climatiques du pays. « Le Brésil aurait être beaucoup plus offensif, a-t-il déploré, en appuyant notamment la proposition de l’Union Européenne de créer une Organisation Mondiale de l’Environnement. Mais le conservatisme du gouvernement dans les négociations a été l’un des motifs de l’absence de résultats. » Une vision partagée par la société civile brésilienne dans son ensemble, qui a dénoncé « la volonté de boucler coûte que coûte un accord, fût-il vide ou presque, pour laisser croire que le Brésil avait aujourd’hui une position de leader incontournable. »

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En attendant, l’opinion publique brésilienne, elle, a rapidement tourné la page du Rio+20. Les actualités politiques (scandale de corruption politique) et sportives (football, bien sûr !) ont repris sans tarder leur place de choix sur les écrans de télévision et les unes des journaux. Les rares retours sur la Conférence de l’ONU ont plutôt été de nature à vanter le bien fondé de l’organisation d’un tel évènement à Rio de Janeiro. D’autant que la cité « merveilleuse » accueillera dans les trois prochaines années les Journées Mondiales de la Jeunesse (2013), quelques matches de la Coupe du Monde (2014) et les Jeux Olympiques (2016). De quoi drainer toujours plus de touristes et doper ainsi le commerce (+6 % durant Rio+20, d’après le syndicat des commerçants de Rio) et l’activité hôtelière.

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Certes, les critiques n’ont pas manqué sur les difficultés des transports urbains, les prix élevés et la difficulté à communiquer. Mais une grande majorité des participants à la Conférence a déclaré vouloir revenir afin de mieux connaître le pays. C’est en tout cas ce que révèle une enquête réalisée auprès de 228 personnes étrangères (101 journalistes et 127 représentants de délégations). 97 % des personnes interrogées par l’Institut Brésilien du Tourisme (Embratur), ont assuré qu’ils reviendront faire du tourisme au Brésil et 60 % d’entre eux ont même indiqué repartir avec une meilleure image du pays.

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Rio+20 : la région, au cœur des négociations du Sommet de la Terre

Du 18 au 22 juin, le Nord-Pas-de-Calais apportait sa contribution au troisième sommet de développement durable depuis 1992.

 

par Anne Henry-Castelbou

 

Christo Ecologico - photo Anne Henry-Castelbou

 

Arrivée dès lundi 18 juin matin, trois des quatre représentants officiels de la Région – Myriam Cau, Vice-Présidente du Conseil Régional et Présidente du Cerdd (Centre Ressource du Développement Durable), Emmanuel Cau, Vice-président du Conseil Régional, et Jacques Parent, Maire de Merville – étaient attendus par la Ministre de l’Environnement (NDLR : de l’époque…) Nicole Bricq avec d’autres responsables politiques français en entretien privé.

 

Il s’agissait de nourrir la Ministre de propositions, afin de l’aider dans sa négociation avec le Brésil, le Canada, les États-Unis, la Chine, soient les grands pays négociateurs sur les 136 présents. Une manière de montrer que l’État français était à l’écoute des suggestions de la société civile. Car la négociation a été difficile, avec d’un côté la France, l’Europe, les États Insulaires, qui prônaient entre autres une gouvernance mondiale de l’environnement (OME) et un renforcement de la protection des océans. Et ce face aux autres grandes puissances mondiales qui ne veulent pas entendre parler d’OME. Sans parler de la notion d’économie verte, mise de côté dès le début des négociations.

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« Le Brésil centralise les négociations et est en train de faire effondrer le niveau d’ambition du texte final. Nous devons faire monter la pression politique »,  expliquait Nicole Bricq lundi midi. L’Église n’était pas en reste non plus, avec une déclaration de l’Observatoire Permanent du Saint-Siège à l’ONU, réclamant auprès des négociateurs notamment « une définition d’un nouveau modèle de développement enraciné dans la dignité humaine ».

 

Présence des Indiens

Sommet des Peuples - photo Anne Henry-Castelbou

 

Par la suite, toute la semaine, la délégation des 26 personnes de la région (collectivités, entreprises, chercheurs, associations …) ont participé aux conférences d’experts, apporté eux-mêmes leurs contributions lors de table-rondes autour de thèmes comme « Villes durables : vers de nouveaux modèles économiques d’entreprises et de territoires ? » ou « Territoires en transition écologique et sociale vers un autre mode de développement ». Et bien sûr, ils sont allés sentir le poumon de cette manifestation mondiale, à savoir le Sommet des Peuples. Dans un parc situé à 2 heures du Sommet officiel, beaucoup de pays étaient représentés, allant de la France (Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement, Secours Catholique …) à Taïwan, la Bolivie … en passant par les Indiens brésiliens en tenue traditionnelle. Une ambiance digne de la Fête de l’Humanité qui contrastait avec le sérieux du Sommet officiel, façon Villepinte. Cela n’a pas empêché certaines passerelles, les Indiens venant au Sommet officiel tandis que les gens de l’ONU se déplaçaient au Sommet des Peuples. La Région s’est en tout cas mobilisée toute la semaine pour porter une voix optimiste dans cette phase de transition, nécessaire vers un autre mode de développement.

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 « On ne devrait pas attendre dix ans pour organiser le prochain Sommet de la Terre. »

Myriam Cau- photo Anne Henry-Castelbou

 

Tel est le message de Myriam Cau, qui a mené la délégation Nord-Pas-de-Calais à Rio. Depuis deux ans, elle est présidente du CERDD et le Sommet de Rio est le point d’orgue de son mandat, qui s’achève en juillet 2012. C’est l’État qui reprendra la présidence en la personne du SGAR, Secrétaire Général des Affaires Régionales, Laurent Hottiaux. La préparation du Sommet a été de longue haleine, « mais s’inscrit complètement dans la préparation par ailleurs du Schéma Régional d’aménagement et de Développement du Territoire du Conseil Régional. Cette année préparatoire du Sommet nous a permis d’avoir une vision plus large et de ne pas s’engluer dans des aspects techniques.» Myriam Cau est restée fortement mobilisée durant cette semaine à Rio : « On ne devrait pas attendre dix ans pour organiser le prochain Sommet de la Terre. Les choses sont en train de s’accélérer, que ce soit le nombre de réfugiés environnementaux, les changements climatiques, l’atteinte à la biodiversité … On sent notre Ministre de l’Environnement Mme Nicole Bricq volontaire sur ce sujet. C’est à elle de faire comprendre au Chef d’Etat que raisonner en terme de croissance, c’est tendre vers un nouveau modèle économique. » Ne faudrait-il pas alors que le prochain Sommet soit réalisé à l’initiative d’un pays européen pour faire accélérer les choses ? « Pourquoi pas ! Encore faut-il que nos chefs d’Etat en soient convaincus ! »

 

Cet article a été publié dans la Croix du Nord, et reproduit sur le site des JNE avec son accord.

Bilan de Rio+20 : les Nordistes font le point

La délégation du Nord-Pas-de-Calais a constaté une véritable avancée des régions, villes, entreprises et associations du monde entier, en matière de développement durable. Et revient motivée.

 

par Anne Henry-Castelbou

 

La délégation Nord-Pas-de-Calais à Rio - photo Anne Henry-Castelbou

Samedi 23 juin dernier : fin du Sommet de la Terre. Et déjà, Myriam Cau * faisait le point avec ses troupes à Rio avant de rentrer en France. Que retirer de ce sommet ? Quels sont les projets régionaux de demain en matière de développement durable ? Car s’il y a eu des avancées à Rio, notamment la fixation d’Objectifs de Développement Durable (voir ci-dessous les Essentiels), nombreuses sont les déceptions.

 

N’ont pas été traités le statut des réfugiés climatiques, la protection des aires marines en haute mer, la création d’une cour mondiale pour l’environnement… Autant de marques de désengagement des États. D’où les nombreuses expositions artistiques et manifestations contestataires. Sur place, certains membres de la délégation ont trouvé la qualité des débats à dimension variable, parfois sans innovation. Christian Dutertre, enseignant-chercheur, a regretté « qu’il n’y ait pas eu au sein même de la délégation régionale de syndicat, ni de PME au Sommet ». De son côté, Nathalie Holec, en charge du développement durable au Conseil Régional et présente à Johannesbourg en 2002, n’a pas « ressenti une dynamique forte de vouloir changer le monde. J’ai été déçue par le contenu, c’est comme s’il ne s’était rien passé en dix ans ».

 

Succès de la société civile

Pourtant, le grand succès de ce sommet a été – et ce pour la première fois – la présence de la société civile, véritable force vive du développement durable. ONG, collectivités, entreprises, associations, syndicats, chercheurs du monde entier ont échangé sur leurs bonnes pratiques, prouvant qu’ils n’avaient pas attendu l’harmonisation des états pour agir. D’ailleurs, François Hollande, un des seuls chefs d’États Européens à s’être déplacé au Sommet, a notamment annoncé sur place la volonté « d’associer à terme la société civile aux décisions nationales, notamment lors de prochaines conférences sociales et environnementales ». Six régions et une dizaine de villes françaises, dont Merville, Dunkerque, Grande-Synthe, étaient présentes à Rio. Autant dire que la délégation Nord-Pas-de-Calais était la plus importante – 25 personnes – et la plus visible.

 

Au-delà de la participation aux négociations et aux tables-rondes, chacun en a profité pour renforcer des partenariats. Ainsi, le Conseil Régional a rencontré l’État du Minas-Gerais, avec qui il coopère depuis un an. Cet Etat minier réhabilite en ce moment d’anciennes mines d’or. Le Nord-Pas-de-Calais lui apporte toute son expertise, notamment en matière de recyclage. Myriam Cau a également participé à la signature d’une déclaration d’engagement commune au Sommet Mondial des États Fédérés et Régions. Une manière de renforcer les liens entre les différentes régions du monde sur le développement durable. Claude Lenglet, vice-président du World Forum Lille, annonce de son côté avoir « signé un partenariat avec l’Institut brésilien Ethos, spécialiste de Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) ».

 

Le Nord-Pas-de-Calais en avance

Myriam Cau, Vice-Présidente du Conseil Régional Nord-Pas-de-Calais, Présidente du Cerdd (Centre Ressource du Développement Durable), en charge de la délégation régionale - photo Anne Henry-Castelbou

 

Pour Pierre Radanne, négociateur à Rio et un des initiateurs du développement durable dans le Nord, le succès de Rio dépendra de la « capacité des pays et territoires à élaborer ces objectifs de développement durable, notamment via les Agenda 21, dans un délai de 3 ans. Le Nord-Pas-De-Calais est très avancé sur ce sujet et peut jouer un rôle majeur » (NDLR : écoutez Pierre Radanne face aux JNE à Rio en cliquant ici). Mais d’ores et déjà, la majorité des participants de la délégation reviennent avec de nouveaux projets en tête, avec la volonté de continuer à travailler ensemble et d’essaimer autour d’eux cette dynamique du développement durable. Pour Myriam Cau : « Il est urgent d’agir et de renforcer notamment les liens entre collectivités, entreprises et syndicats. Et nous allons préparer une charte des responsabilités, à faire signer aux acteurs régionaux à l’automne 2012, avec un point tous les deux ans. Il faut dépasser les ambitions de l’Agenda 21. » Pour Lou Dengreville, de l’Observatoire de la Biodiversité du Nord-Pas de Calais, « je fourmille de nouvelles idées pour l’Observatoire. La participation à ce sommet m’a renforcée dans mon action et me donne envie de travailler davantage en réseaux. » Pour Claude Lenglet, « grâce à son nouveau partenariat avec Ethos, appelé Global Union Force Substainability, le World Forum Lille est prêt à s’engager demain auprès des entreprises, villes, associations régionales pour mettre en œuvre des actions de RSE ». Preuve que Rio+20 n’a pas été un sommet, mais plusieurs : celui des États, celui de la Société Civile, celui des Peuples, celui des rencontres.

 

* Vice-Présidente du Conseil Régional, Présidente du Cerdd (Centre Ressource du Développement Durable), en charge de la délégation régionale.

 

Cet article a été publié dans la Croix du Nord, et reproduit sur le site des JNE avec son accord.

 

 

Les essentiels du dossier

25 Nordistes au Sommet de la Terre

La délégation du Nord-Pas-de-Calais, présente au Sommet de la Terre 2012 à Rio du 18 au 22 juin, regroupait des collectivités, entreprises, associations, instituts de recherche et d’enseignement supérieur.

Principales avancées du Sommet

Adoption du statut de non-régression, qui empêche les Etats de faire marche arrière en matière d’acquis d’environnement, au niveau législatif – élargissement des compétences du PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement), basé au Kenya – fixation d’ici 2015 d’Objectifs de Développement Durable, à mettre en œuvre d’ici 2030 – création de financements innovants dédiés à l’environnement.

Rio+20 : appel à la création d’un Tribunal moral de l’environnement

Si les États ont eu du mal à s’entendre, les juristes du monde entier se sont mobilisés à Rio pour faire avancer le droit de l’environnement.

 

par Anne Henry-Castelbou

 

Vendredi 22 juin 2012 : fin du Sommet de la Terre. Résultat des négociations : beaucoup de statu quo, mais quelques avancées en matière juridique. Tout d’abord, a été adopté le statut de non-régression, qui empêche les Etats de faire marche arrière en matière d’acquis d’environnement, au niveau législatif. C’est une première universelle ! Grâce à la forte présence des syndicats, la protection des travailleurs a été actée, avec un niveau plancher en matière de droits sociaux. Ce qui n’a pas été traité : le statut des réfugiés climatiques, la protection des aires marines en haute mer,… et la création d’une Cour mondiale de l’Environnement.

 

Qu’à cela ne tienne, une équipe constituée de Cristovam Buarque, sénateur brésilien, et d’Edgar Morin, président de l’Institut International de Recherche Politique de Civilisation à Poitiers, a proposé à Rio de créer un Tribunal moral pour juger les crimes contre le futur de l’humanité.

 

Appel aux personnalités

 

Cette proposition est préparée depuis longtemps. « Nous sentions que Rio+20 n’allait pas accoucher de grandes décisions. C’est pourquoi différents ateliers avaient été orchestrés en amont à Poitiers, Paris, Dijon, mais aussi à Brasilia afin de réfléchir à des propositions novatrices », précise Jean-Marc Salmon, chercheur enseignant à l’Institut International de Recherche Politique de Civilisation. Le 19 juin, à la veille de la fin des négociations internationales, a été annoncée ce projet, en présence notamment d’Eva Joly, au titre de présidente de la Commission du développement au Parlement Européen.

 

« Ce tribunal serait moral et non légal. Il s’agirait de dénoncer et non de condamner, explique Cristovam Buarque. Cela concernerait tous les projets qui portent atteinte à l’environnement, la biodiversité, mais aussi les systèmes financiers, les médias soupçonnés de manipulation de l’information… Une équipe à constituer d’une trentaine de personnalités étudierait le dossier pour le qualifier ou non de crime contre l’avenir de l’humanité. Les conclusions seraient ensuite postées sur internet. « Notre légitimité viendra du nombre de personnes touchées par notre démarche. » Un appel international est donc lancé pour constituer ce groupe, avec des techniciens et des politiques (anciens Présidents de la République, Prix Nobel …).

 

Rapide à constituer

 

« Beaucoup de pays comme l’Équateur ou la Turquie demandent une régulation internationale de l’humanité. Mais nombreux sont les États à avoir peur du droit international. Il est toujours compliqué pour un politique d’avoir une vision long terme à cause de son mandat. La seule façon de faire le mariage entre la vision court terme du politicien et les besoins de long terme de l’humanité, c’est d’avoir des règles éthiques sans frontière pour les biens de l’humanité », insiste le Sénateur Buarque.

 

Le Tribunal moral de l’environnement est déjà soutenu par Michel Prieur, président du Centre International de Droit Comparé de l’Environnement, et seul négociateur français à Rio en matière de droit de l’environnement , à l’origine du principe de non-régression : « A défaut d’avoir une Cour Internationale de l’Environnement, un tribunal moral peut se constituer rapidement. Tout dépendra qui s’en occupe scientifiquement et moralement. »

 

Cet article a été publié sur le site Actuel Avocat et reproduit avec son accord. A lire aussi, l’article de Claude-Marie Vadrot sur le site des JNE : Une idée naissante à Rio : une Cour pénale internationale pour les crimes environnementaux.

Rio+20 : l’album photo des JNE

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Rio+20 : le carnet de voyage de Bernard Desjeux (9). L’escalier de couleur

La suite du carnet de voyage de l’un des journalistes des JNE présents à Rio.

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par Bernard Desjeux

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Le jardin zoologique est situé dans le magnifique parc de Quinta Boa Vista, non loin du fameux stade de la Macarena en plein toilettage pour cause de prochaine Coupe du monde de foot.

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Je prends le métro, effectue une savante « transferencia » (correspondance) de la ligne 1 vers la ligne 2. C’est l’occasion de palper un peu la vie quotidienne de Rio. Si peu de gens parlent français, je trouve toujours quelqu’un en espagnol ou en anglais prêt à m’aider, à me rendre service avec une grande gentillesse. Les participants du Sommet des peuples finissent de plier leur tente et de lever le camp sous le regard ferme de la police. Je suis un peu déçu par le jardin zoologique qui, s’il renferme de nombreux animaux intéressants, exprime toute la tristesse des zoos du monde avec des cages et des grillages. J’espérais avec la luxuriance de la végétation un cadre plus vivant, hélas…

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Je reprends le bus vers la Cathédrale où j’ai le tort de ne pas rentrer à l’intérieur, parcours un peu les quartiers Centro et Lapa qui attendent la nuit pour explorer de nouveau des rythmes de samba. Chaud, chaud… Le fameux tramway qui montait vers Santa Thérésa n’existe plus et je prends un taxi salvateur vers la Chacara de Ceu, où sont exposés de magnifiques tableaux de peintres brésiliens et européens (Vlaminck, Van Dongen…) J’apprécie particulièrement un certain Debret dont j’ignore tout.
Petite omelette avec vue sur la baie de Guanabara reproduite dans nombre de tableaux que je viens d’apprécier. Je flâne dans les ladeiras, ces rues en pente du quartier Santa Thérésa pour emprunter après quelques tâtonnements l’escalier du couvent réalisé dans les années 90 par un artiste chilien, Jorge Selaron, en hommage au peuple brésilien. J’admire quelques maisons anciennes avant de déboucher sur le quartier de la Cathédrale. Contraste saisissant de cette architecture de verre et de ligne droite à deux pas des rues anciennes de Lappa et du Centro.

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Dans un bar des bruits de télé : c’est la fin du match France-Espagne, je m’attable, commande une bouteille d’eau « avec gaz », mes voisins supportent la France, me bombardent de questions sur le foot en Europe, ils y vont en septembre. La jeune femme supporte avec ferveur le club Vasco de Gama, il faut absolument que je reste au Brésil pour voir le prochain match dimanche prochain.. Et voilà, fin de partie pour la France, un penalty et la France est éliminée. Prochaine émission, une novellas, ces séries brésiliennes qui inondent le monde et plus particulièrement l’Afrique. La vie continue…

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Après avoir été sous pression pendant quelques jours dans un tourbillon d’une « foultitutde » d’informations insaisissables, cela fait du bien de reprendre un rythme normal, prendre son temps, marcher à pied, prendre le bus, la nuit est tombée, il est 5 heures, Rio s’éveille…en bas là-bas la samba de lapa…

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Retrouvez Bernard Desjeux  sur son site http://bernard.desjeux.free.fr

 

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Rio+20 : le carnet de voyage de Bernard Desjeux (8) : la samba du bonheur

La suite du carnet de voyage de l’un des journalistes des JNE présents à Rio.

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par Bernard Desjeux

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Il y a comme une ambiance de fin de partie, les derniers papiers ont été envoyés, chacun fait son programme pour découvrir Rio. Avec Joël, nous décidons de monter au Corcovado malgré une pluie menaçante, il y eut un gros orage cette nuit, c’est la saison. Le Corcovado, c’est, vous savez, cette célébrissime montagne surmonté d’une immense statue du Christ rédempteur.

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Nous passons par acquis de conscience jeter un coup œil au sommet des peuples à Flamengo. Les héros sont fatigués, le sol détrempé, les Indiens sont repartis dans leur forêt. Le lieu ressemble plus à un vide grenier du week-end qu’à un lieu militant. Reste quelques membres des sans terre, du campesimos qui somnolent sur leur chaise en attendant un communiqué final… J’ai demandé à Maxime, membre d’Attac, ce qu’il attendait de ce sommet, il m’a répondu : rien. En voilà au moins un qui ne risque pas d’être déçu.
Coup de chance, le ciel s’éclaircit et nous pouvons admirer le magnifique site de la baie de Rio à couper le souffle. On a beau l’avoir vu des milliers de fois en photos, au cinéma…

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J’arrive à identifier les quartiers, le jardin botanique, le parc national urbain de Tijuca, le lagoa rodrigo de freitas… Dans le funiculaire qui nous redescend, de joyeux musiciens nous accompagnent sur un air de samba… Quelle joie.

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Jouxtant le terminus se trouve le musée d’art naïf qui regroupe une belle collection autour de Rio et du reste du monde : Egypte, Ghana, Sénégal avec un fixé sous verre de Madou Fall représentant le départ de Sheikou Amadou Bamba vers le Gabon…

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Après l’effort, le réconfort Martha, Jean-Claude ont préparé une délicieuse caipirinha, citron vert et alcool de canne à sucre. Chacun, je pense, a le sentiment du travail accompli. Dans des registres différents, chacun a essayé de se dépatouiller de ce sommet et il est intéressant de voir la façon de travailler des uns et des autres.

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Je n’ai jamais fait aussi vite, j’ai envoyé les photos de la conférence de presse de François Hollande 10 minutes après la fin de celle-ci. Cela dit, je ne suis vraiment pas persuadé du bien-fondé de cette course de vitesse après l’actualité où l’on passe plus de temps le nez dans le guidon de son ordinateur qu’à écouter, voir ce qui se passe, vérifier, recouper… D’ailleurs, je n’ai pas du tout l’impression d’avoir assisté à la même chose que mes petits camarades. Comment peut-on écrire comme Claude Marie Vadrot « Pour tous, le bilan, version écologiquement et politiquement correcte, est très mitigé. » Ces raccourcis journalistiques et superficiels ne correspondent vraiment à rien, j’ai rencontré beaucoup de gens qui étaient contents et beaucoup insistaient plus sur la grande richesse de ce sommet avec l’impossibilité de profiter de tout : 60 tables rondes au seul Pavillon de France, des centaines de rencontres bilatérales, de déjeuners, sans parler des rencontres fortuites, j’ai un plein sac de cartes de visites et ma boîte mail remplie de messages d’amitié. J’ai assisté à de nombreux forums au sommet des peuples sur la forêt, l’eau, le logement… Retrouvés, les amis de ENDA Dakar, j’ai continué à échanger dans l’avion tard dans la nuit avec un délégué du ministère de l’environnement de Côte d’Ivoire. Alors parler d’échec d’un revers de clavier, cela me semble un peu coupable et très prétentieux. Voilà qui est dit.

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Il est temps d’aller entendre les choses sérieuses. Le scenarium dans le quartier de Lapa : dans un cadre incroyable, un orchestre chauffe la salle avec des sambas d’enfer. Jean-Claude, tout de blanc vêtu, se métamorphose doucement absorbé par la piste de danse. Je crois comprendre à cet instant pourquoi il aime tant ce pays et comment il a su nous le dévoiler avec sensibilité. Des rythmes nègres, des rythmes métisses non pas universels ou affadis, mais plutôt des rythmes essentiels qui vous bouleversent les tripes vous réchauffent les sens et le cœur, vous transportent ailleurs, c’est-à-dire au centre de tout, disons-le, je suis bouleversé d’émotion par cette musique qui me transporte dans le bonheur. Je retournerai à Lapa le lendemain une partie de la nuit, picorant de bar en bar des pépites de vie… Rio : Obligado (merci)

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Rio 2012 : tous les héros sont fatigués…

 


par Claude-Marie Vadrot

Les diplomates, les délégués, les spécialistes plus ou moins autoproclamés qui ratiocinent depuis des lustres en persécutant des journalistes, les grandes associations qui se fâchent tout rouge avant de se recoucher prudemment pour négocier ce qui n’est plus négociable, les groupes protestataires ou marginaux qui n’ont plus guère d’idées neuves, ont montré à Rio que tout le système qui veut ou prétend vouloir sauver la planète est à bout de souffle.

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Entre les délégués qui traînaient leurs valises dans l’officiel Centre de conférence sinistre comme une morgue, et les contestataires qui trimbalaient leurs sacs à dos au Sommet des Peuples de stands en stands, la différence résidait essentiellement dans l’accoutrement.

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Costards sombres d’un côté, jeans délavés de l’autre et entre les deux les hiérarques associatifs tentant une impossible synthèse, aux prises avec la tentation du mimétisme. Les deux trois mondes ne se sont guère rencontrés, séparés de toute façon par une trentaine de kilomètres. Dans les sommets environnementaux, on ne mélange plus les torchons et les serviettes.

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En dehors d’un passionnant débat sur la déforestation entre convaincus, le Sommet des Peuples a surtout brillé par les « artisans » vendant leurs colifichets folkloriques ou des T-shirts fabriqués en Chine. Des Indiens plus ou moins emplumés venus faire de la com et que l’on retrouvait aux portes de la Conférence, fournissant enfin des images aux photographes fatigués des portraits de délégués endimanchés.

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La déclaration officielle a été bouclée avant que ne commence la conférence, les délégués ne parlant plus que pour leurs opinions publiques. Le texte du Sommet des Peuples n’a été publié qu’au dernier moment sans que l’on sache qui l’a signé et après avoir été édulcoré à la demande des associations brésiliennes. Quant aux déclarations indignées des grandes associations, elles ont duré ce que durent les roses, l’espace d’un matin…

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De ce grand raout de Rio, il ne reste donc pas grand chose et la moindre des résolutions adoptées à Stockholm en 1972, à Rio en 1992, voire à Johannesburg, aurait fait frémir d’horreur par sa radicalité les diplomates venus enterrer le sauvetage de la planète en grande pompe mais avec des mots creux. Même l’économie verte a (heureusement) sombré dans les océans dont les Etats se préoccuperont une autre fois. Ne flottent plus que des mots et des bonnes intentions pavant l’enfer onusien. Puisque, de toutes façons, il n’a été présenté aucun bilan, aucun rapport sur les décisions (c’était le temps où il y en avait…) prises à Rio il y a 20 ans.

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Toutes les réunions ont été trempées, délavées, dans le nouvel Esperanto puisé dans les mille et une manières d’accommoder le « développement durable ». C’est-à-dire le développement « qui dure ». Avec ses odeurs de pétrole, de sable bitumineux, de gaz de schiste, de gros profits et nouveaux gadgets économiques et politiques repeints en vert très pâle par les lobbies industriels.

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Alors, dira le lecteur, pourquoi vous êtes-vous déplacés, pourquoi avoir contribué à dépenser quelques tonnes de gaz carbonique de plus ?

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Peut-être parce que lorsqu’il est question de sauver la biodiversité, de mette le holà au réchauffement climatique, de sauver les peuples indigènes, de préserver l’agriculture paysanne, de développer les énergies renouvelables, de réduire les pollutions, on croit toujours qu’un miracle est possible. Il ne s’est pas produit. Le célèbre Christ du Corcovado qui domine la baie polluée de Rio a manifestement tourné le dos à la conférence…

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.Cet éditorial, comme tous ceux de ce site, n’engage que son auteur.

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Retrouvez Claude-Marie Vadrot sur Médiapart et Politis.

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Une déclaration du ministre des Finances : l’Algérie dit non à la taxe carbone

Voici un article publié dans La Nouvelle République (Algérie) du lundi 25 juin 2012.

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par M’hamed Rebah

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L’Algérie rejette la taxe carbone. Le ministre des Finances, Karim Djoudi, présent à la Conférence Rio+20, l’a implicitement annoncé en déclarant que « l’Afrique refuse d’être taxée pour les émissions de gaz a effet de serre, produites par les pays développés ». Il estime que l’impact financier du changement climatique doit être pris en charge selon le principe du «pollueur-payeur».

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Le ministre algérien a rappelé que les pays développés sont à l’origine du changement climatique actuel, dont les effets négatifs grèvent les budgets des pays les moins avancés et constituent des goulets d’étranglement pour leur développement. Il affirme à ce propos que « l’Algérie reste solidaire avec ». Le ministre a évoqué la « responsabilité historique » des plus grands émetteurs de carbone. Les pays industrialisés doivent, en quelque sorte, « se racheter » en apportant un soutien financier aux pays en développement par un traitement courageux et volontaire de la dette des Etats et par le transfert gratuit de compétence et de savoir-faire.

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L’Algérie est concernée par la taxe carbone que l’Union européenne veut imposer aux compagnies aériennes opérant sur son territoire pour réduire les gaz à effet de serre émis par le transport aérien. Cette disposition, entrée en vigueur théoriquement le 1er janvier 2012, oblige les compagnies opérant dans l’Union européenne, quelle que soit leur nationalité, à acheter l’équivalent de 15 % de leurs émissions de CO2, soit 32 millions de tonnes, pour lutter contre le réchauffement climatique. Dans le cadre du Système d’échange de quotas d’émissions de gaz à effet de serre de l’UE (Seqe), environ 4 000 compagnies aériennes devraient, selon les estimations, acheter à l’UE des permis de polluer. Il y a quelques mois, le ministre algérien des Transports avait fait savoir que la compagnie Air Algérie ne payait pas encore cette taxe.

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On sait que de nombreux pays et compagnies, en tête la Chine, refusent de s’en acquitter. Un législateur chinois a déclaré que les compagnies aériennes chinoises s’opposaient fermement à la décision de l’UE d’inclure l’industrie de l’aviation chinoise dans son système de commerce des droits d’émission, estimant cela non conforme aux conventions internationales. La Chine considère que la démarche unilatérale de l’UE va à l’encontre du principe d’équité respecté par les organisations internationales de l’aviation civile.

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Au début de cette année, près de 30 pays avaient signé une déclaration à Moscou exprimant leur opposition à ce projet de taxe carbone.

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