Dossier Pollinisateurs

L’agriculture européenne en manque d’abeilles

Une étude menée par des chercheurs britanniques et publiée sur le site Plosone.org révèle que la diminution des colonies d’abeilles en Europe pose des problèmes de pollinisation pour l’agriculture.

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par MH Léon

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Ce phénomène est à mettre en relation avec l’augmentation de la superficie des cultures nécessitant des insectes pollinisateurs ; augmentation, fruit des politiques européennes agricoles liées au biocarburant. Cette étude, basée sur les résultats issus de 41 pays européens, montre que le nombre d’abeilles nécessaires à la pollinisation des cultures en Europe a augmenté près de 5 fois plus vite que les colonies, entre 2005 et 2010. Par conséquent, le nombre d’abeilles est insuffisant pour fournir plus de 90 % de la demande dans 22 pays étudiés.

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Les résultats de cette étude soulèvent des inquiétudes quant à la capacité de nombreux pays à faire face à des pertes importantes de pollinisateurs sauvages et mettent en évidence, s’il en était besoin,  l’importance des abeilles en Europe et dans le monde.

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Pour en savoir plus : http://www.plosone.org et cet article de la rubrique Planète du Monde.

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300 000 signatures pour les abeilles

Les abeilles domestiques font le buzzzz ! Un débat au Parlement européen les concernant va s’engager dans les semaines à venir et jusqu’à mai 2013. Il est encore temps de signer la pétition en faveur des insectes pollinisateurs, qui a déjà rassemblé 300 000 signatures.

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par Marc Giraud

Le 6 septembre 2011, dans l’affaire Bablok, la Cour de Justice de l’Union Européenne a décidé que du miel contaminé avec du pollen de maïs MON810 ne pouvait être commercialisé faute d’autorisation de ce pollen pour l’alimentation humaine. Cet arrêt indique également qu’un étiquetage est obligatoire au-delà d’une présence de 0.9 % de pollens issus d’OGM autorisés dans l’alimentation humaine.
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Pour les organisations à l’origine de la pétition, « la décision a marqué, au plus haut niveau, la reconnaissance de l’incompatibilité de la culture des OGM avec l’apiculture. La conséquence logique de cet arrêt aurait dû être l’édiction par les Etats membres de règles visant à protéger l’apiculture contre les contaminations par les OGM. Malheureusement la Commission a préféré demander aux Etats membres d’attendre avant d’agir. C’est pourquoi, il y a un an, la pétition a été créée, puis enregistrée auprès de la Commission des pétitions du Parlement européen ».

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Dans cette affaire, on évoque les abeilles domestiques parce qu’elles nous apportent du miel, et que les enjeux financiers sont visibles. Mais n’oublions pas les espèces sauvages (bourdons et abeilles solitaires pour ne parler que des hyménoptères), tout aussi importantes dans la pollinisation de tous les végétaux !

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Les organisations partenaires de la pétition :

Agir pour l’environnement, Amis de la Terre, Apis Bruoc Sella, Attac, ASPAS, Biocoop, CONAPI, Confédération Paysanne, Danmarks Biavlerforening, FFAP, FNAB, FNE, FNOSAD, FRAPNA, Générations Futures, GIET Info, Greenpeace, Inter-Environnement Wallonie, LPO, Natagora, Nature et Progrès, Nature et Progrès Belgique, Mouvement de l’Agriculture Bio-Dynamique, OGM Dangers, One Voice, Réseau Semences Paysannes, Syndicat National d’Apiculture, UNAAPI, Union Nationale de l’Apiculture Française, Veille au grain…

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Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site http://www.ogm-abeille.org

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Contre le maïs insecticide

Avant c’était facile : il y avait les plantes alimentaires et les plantes insecticides, par exemple le pyrèthre.

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par Marie-Paule Nougaret

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Coccinellle – photo Wiki commons

On ne mangeait pas les plantes insecticides. On les cultivait – on cultive toujours le pyrèthre au Kenya – pour fabriquer des poisons plus violents quelquefois que ceux de l’industrie, mais sans résidu, qui disparaissent avec la dépouille de leur victime, par décomposition.

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Avec les OGM tout change : une toxine insecticide empruntée à une bactérie du sol se reproduit dans l’aliment et agit de l’intérieur.

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La culture ne résiste pas aux insectes, comme on l’allègue, elle les tue. La plante alimentaire devient insecticide. Reste à savoir ce qui peut y résister.

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Les abeilles sont des insectes, victimes des insecticides en général. Les obtenteurs de plantes comestibles insecticides prétendent vendre, assez cher, de merveilleuses exceptions.

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Des apiculteurs pensent au contraire que ces OGM fragilisent les ruches, déjà sous la menace d’autres dangers. A l’appui de cet argument ils ne peuvent fournir que leurs observations et leur métier : si le maïs insecticide Mon 810 tue les abeilles, on ne pourra pas le prouver.

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Le crime serait presque parfait

Les butineuses voyagent à 10 km et plus (travaux de Luc Belzunce à l’INRA), effort considérable et elles ont faim. Elles se nourrissent de pollen bourré de protéines qui s’attache à leurs brosses quand elles visitent les fleurs (et prélèvent avec leur trompe du nectar dont la ruche tire le miel).

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Le maïs émet son pollen en nuage visible et le confie au vent. Les abeilles cherchent plutôt celui, lourd et nourrissant, des plantes mellifères, mais le maïs OGM produit beaucoup de pollen.

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Le maïs OGM fabrique davantage de pollen que ses cousins si bien (certains disent « en sorte ») qu’il se croise avec les maïs alentour et dénature leurs grains. Une firme a ainsi pu poursuivre au Canada Percy Schmeitzer, cultivateur de vieux maïs américains, pour contrefaçon (ou copie illégale) d’OGM, et les juges l’ont condamné. D’évidence le pollueur n’est pas toujours le payeur.

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Les ailes de l’abeille vrombissent si vite qu’on ne les voit pas. Ce métabolisme ultra rapide, vorace en énergie, digère aussi à toute vitesse. Si la butineuse avale un toxique, mettons un pollen insecticide, tombé par extraordinaire dans une fleur à nectar, elle succombe en vol et ne revient jamais.

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Le miel est propre mais la preuve du crime : le cadavre de l’abeille, a disparu. Allez le découvrir dans un rayon de 10 km…

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Le doute profite à l’accusé.

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Du côté des coccinelles

Les larves de coccinelles dévorent les pucerons. Les jardiniers le savent et évitent de traiter à la première attaque, de crainte d’éliminer les bêtes à Bon Dieu et leurs précieux rejetons.

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Des chercheurs ont élevé des larves de coccinelles à deux points (Aralia bipunctata) sur des œufs de mites de farine (« pyrales»), enduits de toxines microbiennes utilisées dans les OGM insecticides. Les larves ont vite succombé. Cette étude (parmi d’autres), a entraîné l’interdiction du maïs Mon 810 en Allemagne. D’autres chercheurs ont contredit ces résultats : les larves de coccinelles auraient survécu. Il apparaît maintenant qu’ils les ont ôté, à la fin, de leur nourriture badigeonnée de toxines pour varier leur menu (merci à Sciences citoyennes pour l’info).

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Fragilité des OGM (et de l’information)

Trois laboratoires de biologie moléculaire, à Barcelone en Espagne, à Lucknow en Inde et à Florence en Italie, ont vérifié le génome du maïs Mon 810 (insecticide) et découvert que sa description ne correspondait plus au produit : de l’ADN a bougé et s’est re-mélangé; ils y ont par exemple trouvé le gène assez ennuyeux nptii, de résistance à deux antibiotiques (kanamycine et néomycine), qui ne figurait pas dans la carte génétique soumise aux autorités. Comment y est –il venu ? Mystère. La biologie moléculaire emploie des antibiotiques comme outils. Les résultats ont paru dans les revues de spécialistes, dont les références se trouvent à partir du site extraordinaire de la bio-physicienne Mae-Wan Ho I-sis, Institute of Science in Society.

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Ceci pose la question du transfert horizontal d’ADN, d‘espèce à espèce, par opposition au transfert vertical de génération en génération. Les constructions génétiques artificielles semblent en effet plus fragiles que les gènes d’origine et susceptibles de se promener et fabriquer par exemple, de nouveaux microbes infectieux.

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Un scientifique de l’université de Iéna, en Allemagne, aurait selon Ho, élevé des larves d’abeilles sur du pollen OGM et retrouvé le transgène (transféré dans la plante) parmi les gènes des bactéries de leur tube digestif … Un journaliste l’a raconté dans The Observer en Angleterre. Puis un reporter de la télévision ZDF lui a rendu visite et, au passage, annoncé que sa publication serait refusée par Nature : il le tenait de Monsanto qui l’a su avant le chercheur. Ainsi va notre métier.

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Marie-Paule Nougaret anime le blog l’Echappée.

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OGM et abeilles : entretien avec Yves Elie

Réalisateur et co-auteur de Témoin gênant, et entre autres de L’arbre aux abeilles, Yves Elie prépare actuellement un nouveau film et un nouveau livre sur la relation homme-abeille. Il vit comme apiculteur dans les Cévennes.

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Propos recueillis par Marie-Pierre Cabello

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M.P.C. : L’Agence européenne de sécurité alimentaire (AESA) a estimé que la sécurité du pollen de maïs en tant qu’ingrédient alimentaire ne pouvait être certifiée. Et a fortiori, la sécurité du pollen du maïs MON 810 devrait l’être encore moins.  Pourquoi des études scientifiques ne sont-elles pas faites sur ces risques par les professionnels apiculteurs ?
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Un rucher tronc – © Photo Yves Elie

Y. E. : Ce sont des études très complexes qui ne peuvent pas être menées directement par des apiculteurs. De plus, utiliser les résultats potentiels de ces études signifie aussi être capable de faire face à une bataille rangée juridique. Les organisations des apiculteurs sont depuis plusieurs années totalement submergées par le poids que représente la question des pesticides. La « lutte juridique » a coûté et coûte très cher en finances, c’est un réel problème en ce sens qu’elle a accaparé les énergies, et peut être détourné d’autres problèmes dont celui-ci. S’il en est réellement un ? Je suis perplexe quant à la nature réelle du problème.

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Quoiqu’il en soit, c’est un apiculteur allemand ou autrichien qui a soulevé la question,  à la base. Il pensait probablement par-là avertir sur le danger de diffusion des OGM dans notre environnement. Conclusion, cela tendrait plutôt à déclencher des mesures pas très favorables pour le miel et les produits de la ruche.

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Quand on sait que la situation des agriculteurs et apiculteurs en général est très fragilisée, on peut dire que l’effet produit est certainement loin du but recherché. Un effet de lobbying « bruxellois ? Difficile de ne pas l’envisager. Quoiqu’il en soit, imaginons trois secondes quelles devraient être, selon la même logique « bruxelloise »,  les conséquences sur notre alimentation, si on prenait en compte des analyses prouvant noir sur blanc la présence d’OGM dans notre alimentation et nos organismes.

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Je fais allusion à toute une série de travaux scientifiques rigoureux, effectués déjà depuis des années, et très peu médiatisés, à l’inverse de certains pseudo scoops scientifiques. Ces analyses fantômes cloîtrées dans les sarcophages de l’actualité scientifique semblent mettre  en évidence la présence d’éléments de construction OGM dans les organismes ayant consommé d’autres organismes alimentés d’OGM. Cela ne toucherait plus une micro-filière, l’apiculture,  mais des filières larges et politiquement puissantes. Par exemple celle des producteurs et importateurs de tourteaux de soja OGM. Et par extension les filières qui utilisent ces tourteaux, qui transforment les produits d’élevage, etc, etc.

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Là, on ne parlera plus d’OGM et on ne s’intéressera pas aux constats qui établiraient le transfert d’OGM dans nos selles et fluides corporels divers. Alors va-t-on lever le voile sur ces questions ? Chercher à évaluer le risque ? Pour finalement conclure avec une élégance bien rôdée  « qu’on ne peut pas conclure » ? Ou va-t-on faire de l’abeille déjà malmenée un bouc émissaire ?

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C’est ça le réel sujet. Pour ce qui est de la composition des comités d’experts de l’AESA, il semble qu’au delà des belles  apparences, il n’y ait pas grand chose de nouveau sous le soleil. Par quel miracle devrait-il en être autrement ? Qu’attendons-nous des experts, qu’ils jouent le rôle de Zorro ou de Robin des bois ? La réalité n’est pas un film de Walt Disney. Seule la perception de ce qu’on mange, boit, etc, peut être la source de changements concrets. En premier lieu dans nos métabolismes.

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M.P.C. : Le gouvernement français vient de demander à la Commission européenne de suspendre d’urgence la culture du maïs MON 810 sur le territoire de l’Union européenne. Il s’appuie sur un avis de l’AESA du 8 décembre 2011, qui montre que cette culture « présente des risques importants pour l’environnement » et particulièrement pour la faune. Il est souligné l’apparition de résistances à la toxine. L’AESA recommande par ailleurs de mette en place des « zones-refuges » pour les insectes. Est-ce réaliste ?

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Ruches modernes – © Photo Yves Elie

Y.E. : La mise en place de zones refuges présuppose que le reste du territoire le nécessite et que les insectes sont exposés à n facteurs perturbants pour leur biologie, c’est la reconnaissance officielle de ce que notre association dit publiquement, à savoir que un pourcentage majeur de notre territoire est biocide. Une zone refuge bien sûr est peu de chose. C’est un geste politique astucieux, il faudrait entendre le point de vue d’entomologistes. De facto, les zones dites « défavorisées » de montagne, par exemple les Cévennes, sont déjà des refuges. Ça ne coûtera pas cher d’y coller une étiquette. Les refuges sont peu d’espace même si par le passé des espèces se sont développées dans des zones refuges, mais de la taille de deux ou trois régions françaises, exemple l’abeille noire (fin des dernières grandes glaciations). Ce projet de « zones refuges » relatif au maïs MON a un arrière-goût de mise en scène reposant sur des réseaux de connivence. N’oublions pas que Monsanto n’est pas européen.

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M.P.C. : En septembre 2011, la Cour européenne de justice a estimé que sans autorisation spécifique, les miels contenant du MON 810 devaient être interdits à la consommation humaine. Donc si le MON 810 est autorisé en culture, comment pourront tenir économiquement les apiculteurs, en raison de la contamination OGM ?

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Y.E. : Comment pourront tenir les autres filières agricoles qui sont peut-être bien déjà contaminées par les OGM ? Comment s’alimenteront les Européens qui comme Monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir, mangent semble-t-il de l’OGM d’ores et déjà sans le savoir, ce à diverses sauces.

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En dehors du confort que procure le prix relativement réduit des denrées alimentaires, qui se soucie vraiment des « détails » ? Par exemple de l’utilisation d’enzymes capables post-mortem, de souder, amalgamer de manière admirable des morceaux de viande (ou de poisson) de différentes origines. Je ne parle pas d’une trouvaille du Docteur Frankenstein, mais simplement de « Frankenfood » , comme on dit aux USA. Ce gadget biochimique qui soude les viandes  existe, il est très utilisé, et ce n’est pas le seul gadget de ce type dans nos industries alimentaires. Je ne serais pas étonné que les OGM soient dangereux, mais le plus dangereux est probablement notre ignorance. Et vu la complexité et la technicité de ces problèmes, j’ai surtout la conviction qu’en tant que citoyens nous n’avons pas d’autres choix que de développer une forme de sensibilité pour réagir face à cela sans être obligé d’absorber les kilotonnes de prose pseudo-spécialisée qui noient le poisson. Au fond, c’est juste une affaire de conscience et de la place que l’homme veut avoir dans le cycle du vivant.

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La seule issue me paraît être d’ordre philosophique et poétique.
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Son association  : http://www.ruchetronc.fr édite La Gazette de L’arbre aux Abeilles.

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Son courriel : grand.rue@sfr.fr

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ANNUAIRE 2019
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