Dossier loup

Le retour du loup : ce que l’on ne vous dit pas…

En aucun cas, le fait de tuer des loups ne règlera les problèmes des éléveurs… Voire, cela risque bien de les développer !

.

par Jean-Pierre Lamic

.

Un retour naturel

Loups – photo libre de droits

Le loup a totalement disparu de France entre 1920 et 1940, victime d’empoisonnements à la strychnine et du manque de gibier, dans un pays où la pression agricole laissait de moins en moins de place à la vie sauvage.

Contrairement à ce que certaines personnes de mauvaise foi laissent entendre, voire affirment, le loup est revenu en France de manière naturelle ; justement parce qu’avec l’abandon de nombreuses terres agricoles, et la création de Parcs nationaux, la faune sauvage a pu réapparaître.

À l’image des grands prédateurs africains qui suivent les migrations des gnous, le loup, inexorablement, s’est réinstallé dans nos forêts, lui aussi, et cela est logique selon les règles que la nature a élaborées !

C’est le 4 novembre 1992 que des agents du Parc National du Mercantour découvrirent sa présence lors d’un comptage de chamois. Il s’agissait du Canis lupus italicus, le loup italien.

Pour ma part, c’est en 2001 que je pus observer pour la première fois des traces de loups dans la neige, et trouver un cadavre de chevreuil, à quelques encablures de la frontière italienne…

La meute que je venais de surprendre avait emporté la partie haute de la bête. Logique puisque le loup mange en premier le cœur et les poumons de ses proies. Il ne s’agissait donc pas de chiens errants…

Pendant quatre ans, je n’ai rien dit, et tout est resté paisible alentour…

Et puis, cela s’est su dans ma région, et à partir de ce moment-là, les polémiques et problèmes se sont petit à petit développés.

.

Apprendre à connaître le loup

Loup blanc – photo libre de droits

Dans les années 1990, quand je terminais mes saisons de ski, je passais tous les ans visiter le Parc des loups du Gévaudan à Sainte Lucie en Lozère.

Fondé et tenu à l’époque par Gérard Menatory (décédé en 1998), ancien résistant, journaliste et naturaliste, ce lieu permettait d’approcher les loups, mais surtout, grâce à lui, de comprendre leur comportement, leur vie sociale, leur mode d’organisation, et les rapports dominant/dominé qui le caractérisent.

C’est ainsi que je pris un jour une photo au 50 mm allongé dans l’herbe, à un mètre cinquante d’un loup craintif et intrigué.

Depuis ce jour, je respecte le loup, comme l’ensemble des composantes de la biodiversité.

.

Des observations de terrain qui dérangent…

Accompagnateur en montagne, je vis sur le terrain, 365 jours par an, qu’il pleuve qu’il neige, ou qu’il vente !

Les éleveurs ne possèdent pas l’exclusivité en ce domaine… Qu’on ne se méprenne pas : je respecte aussi la plupart d’entre eux, ceux qui, par leur travail dans les Alpes, en maintenant des troupeaux en altitude, aident à la préservation de la biodiversité (40 % est en train de disparaître sous l’effet principal du réchauffement climatique qui met des arbres, donc de l’ombre, là où il y avait la pelouse alpine, composée de plantes rares).

Ceux-là fabriquent de bons fromages issus de notre terroir, sans pesticides, ni OGM, grâce à des AOC.

En revanche, que dire de ce que j’ai pu observer sur le terrain à de nombreuses reprises ?

Des brebis, souvent une quinzaine, laissées seules à plus de 2 300 mètres d’altitude, voire plus, errant sous un col frontalier…

Plusieurs fois, j’ai détourné mon chemin pour éviter une rencontre impromptue avec un patou. Mais de chien, comme de berger, il n’y en avait pas…

Cet été, en pleine polémique sur la présence du loup dans la région, suite à plusieurs attaques, j’ai même croisé un troupeau entier, composé d’une cinquantaine de bêtes disséminées, seules à cinq cent mètres de la frontière italienne (On estime à 1 000 le nombre de loups dans ce pays pour un peu plus de 300 en France et au Portugal, et 2 000 en Espagne…).

.

Crotte de loup près d’une patte de mouflon – photo Jean-Pierre Lamic

À quelques mètres de brebis paissant tranquillement, une crotte de loup trônait sur un rocher…

À partir de ces observations, il est possible de conclure – soit que certains bergers continuent à appliquer des méthodes d’élevage non adaptées au milieu naturel environnant – soit que ces agissements révèlent une volonté délibérée de créer le problème avec le loup.

À quelle fin me direz-vous ? Et bien tout cela pourrait bien être de nature idéologique et politique.

Et il semble que la pression exercée par ces mêmes éleveurs sur les pouvoirs publics pour obtenir un plan d’abattage des loups fonctionne…

.

Des solutions qui n’en sont pas !

Un nouvel arrêté interministériel a été pris et autorise le tir de 40 loups du 1er juillet 2017 au 30 juin 2018.

À ce jour, déjà 25 loups ont été abattus. Huit dans les Alpes Maritimes (06), sept dans les Hautes-Alpes (05), six en Savoie (73) et quatre dans le Var (83).

Cent onze ! C’est le nombre de loups officiellement abattus par la France depuis leur retour naturel en 1992, soit un tiers de leur nombre estimé en 2017.

Comment est-ce possible, alors que l’espèce est classée protégée en France et en Europe ?

Notre pays est en infraction avec les textes européens qu’elle a signés. Ces textes permettent exceptionnellement des tirs, en cas de prédation sur le « bétail », « lorsque tous les autres moyens ont été tentés pour l’éviter ».

Et l’État a même pris en charge l’abattage des loups avec la création de brigades de louveterie sous l’égide de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS).

Malheureusement, cette politique a pour unique vocation de contenter et tenter de calmer les éleveurs, les lobbies agricoles et ceux de chasseurs.

Ce que les décideurs ne mesurent pas, c’est la montée des protestations issues de la société civile, largement favorable à la présence du loup en France. Une pétition regroupant trente personnalités circule.

De plus, en aucun cas, le fait de tuer des loups ne règlera le problème… Voire, cela risque bien de le développer !

.

Pourquoi le choix de tuer des loups ne règlera pas le problème ?

Louveteau – photo libre de droits

Une meute de loups en France est généralement constituée d’un couple dominant, accompagné de jeunes de l’année d’avant et des louveteaux nés entre avril et mai (elle est composée en moyenne de 5 à six individus).

Elle est donc dirigée principalement par le mâle dominant (alpha), notamment lors des déplacements du groupe et pour organiser la chasse.

Si vous le tuez, eh bien vous désorganisez la meute. Et une meute désorganisée cherchera des proies faciles car elle ne dispose plus de la possibilité d’appliquer des stratégies élaborées en commun…

Tuer des loups n’a donc aucun sens. Il faudrait les éradiquer totalement pour régler le problème de la cohabitation avec l’homme et c’est bien ce qui fut fait par le passé… Depuis, n’a-t-on donc rien appris ?

Par ailleurs, le loup, comme la plupart des prédateurs et charognards se trouvant en bout de chaîne alimentaire, a la capacité d’autoréguler ses naissances. S’il a de quoi se nourrir, il fait plus de petits (l’inverse est vrai aussi). Les prélèvements effectués actuellement pourraient bien ne pas compenser une natalité accrue du fait d’un gibier plus abondant, voire surabondant dans le cas du sanglier !

.

Pourtant des solutions, il en existe !

Voici une anecdote qui en dit long sur l’éloignement de la politique française actuelle avec les véritables actions de terrain qu’il conviendrait d’envisager et mettre en œuvre.

Le maintien des meutes de loup dans un espace sauvage

Dans les années 2 000 j’accompagnais plusieurs voyages en Calabre, terre d’élevage par excellence, aux rares ressources annexes (bois et conserveries).

J’avais pris l’habitude de proposer à mes clients une sieste sous un arbre, posté au beau milieu d’une immense prairie située au cœur d’un Parc national. Lors d’un circuit, je trouve cette prairie totalement labourée de manière mécanique et me demande quelles sont les raisons qui ont pu prévaloir à ces travaux.

La réponse m’est donnée quelques mois plus tard. À l’entrée de la prairie se trouve un panneau indiquant : « Ici, nous régénérons la prairie de manière à fournir une alimentation abondante à la population locale de cervidés. Ceci, dans le but de garantir au loup une nourriture suffisante et abondante… ».

Le tout à quelques centaines de mètres de fermes vivant de l’élevage…

L’une des principales solutions, jamais évoquée en France, est donc de faire en sorte que le loup demeure dans des zones où la faune sauvage est abondante et qu’il puisse y jouer pleinement son rôle de prédateur…

Cet hiver, j’ai suivi chaque semaine, durant quatre mois, les traces de loups dans la neige.

Ces observations m’ont conduit à comprendre les méthodes de chasse des loups présents dans la forêt où je me trouvais.

Leur proie quasi-exclusive est le sanglier, qui envahit littéralement nos campagnes, notamment dans des régions comme la Savoie où il est peu chassé (les chasseurs locaux, le plus souvent seuls, recherchent avant tout le chamois, le cerf, et le chevreuil).

Des loups se postent à l’affût des axes de passage habituels des sangliers, les pourchassent vers le bas de la pente où d’autres les attendent… Imparable !

Ce faisant, ils deviennent un allié des éleveurs bovins qui voient leurs prairies d’altitude être de plus en plus fréquemment labourées et endommagées par lesdits sangliers en surnombre…

Organisés de la sorte, avec une nourriture abondante et facile à chasser, les loups n’ont aucune raison de sortir de leur territoire… Et donc de s’attaquer à des troupeaux !

C’est à l’exact emplacement où j’ai rencontré les loups pour la première fois en 2 001 que je suivais les traces de leurs descendants cet hiver…

Mais voilà, l’ONF débarque un jour, en toute méconnaissance de ce qui se passe dans cette forêt, et entreprend un abattage important… (Avant que les communes des stations de ski de Vanoise décident de quitter l’aire d’adhésion du Parc National éponyme, la faune de ces espaces était en partie gérée par des gardes de cette entité…).

La meute de loups est dérangée et se retrouve désorientée, à découvert, là où des proies peu ou mal gardées paissent dans les prés.

Imaginez : vous vous rendez au supermarché pour acheter de la viande, et devant le magasin, se trouvent des poulets entassés sur un rayonnage ! Vous entrez ?

.

La protection des troupeaux

Un film diffusé sur France 2 au moment des fêtes de Noël 2016 montrait la scène suivante : un loup s’approche d’un troupeau gardé par un patou. Le chien met le loup en fuite et le poursuit. Peu de temps après, deux loups reviennent… Cette fois, c’est le patou qui s’éloigne !

Oui, les canidés fonctionnent sur le modèle dominant/dominé ! Il serait temps de s’en apercevoir !

Il suffit donc de protéger les troupeaux avec plusieurs chiens, pas nécessairement ces monstres venus d’Anatolie (les kangal) que l’on commence à introduire dans nos montagnes.

Maintenant, ce sont les randonneurs et les accompagnateurs en montagne qui se retrouvent bien malgré eux au cœur d’un problème qui ne les concerne pas, et doivent gérer l’augmentation du nombre de chiens potentiellement dangereux aux abords des chemins !

Obligés de changer d’itinéraires, d’effectuer de longs détours, voire de rebrousser chemin, ils se trouvent pris en otage par une minorité qui s’est octroyé le monopole des espaces naturels.

Plusieurs de mes collègues refusent dorénavant d’encadrer des sorties sur certains itinéraires.

Les accompagnateurs en montagne sont environ 3 500 à exercer leur métier en France, et participent largement à développer une économie locale et estivale, souvent en partenariat avec de nombreux éleveurs du cru, comme à Peisey-Nancroix, où, fils d’agriculteurs, pour la plupart, ils encadrent jusqu’à 28 000 sorties par été !

.

Sortir des oppositions stériles

Il devient urgent de sortir du schéma pro/anti loups dépassé, et dans lequel les écologistes d’un côté et les éleveurs de l’autre, sont, au même titre que le loup l’est aujourd’hui, l’ennemi à abattre !

Les autres (randonneurs, professionnels de la montagne) deviennent les otages de ces oppositions stériles.

Jean-Michel Bertrand, réalisateur, auteur du film La Vallée des loups, lors de sa soirée de présentation à la Rosière durant l’hiver dernier, ne disait rien d’autre, et racontait que sur son territoire, là où se trouve la meute filmée, un éleveur ayant expérimenté la garde de son troupeau avec plusieurs chiens n’avait pas subi d’attaque.

La protection et l’encadrement des troupeaux est donc l’une des principales solutions à appliquer, à condition qu’elle soit faite de manière raisonnée.

Tout faire pour maintenir le loup dans des espaces naturels préservés pourrait être bénéfique à tous : éleveurs, environnementalistes, simples touristes, amoureux de la nature ou accompagnateurs en montagne.

.

Quelques chiffres pour mieux comprendre

En Savoie, en 2004, 72 % des brebis dont la mort était attribuée au loup étaient issues de troupeaux non protégés, 4 % seulement provenaient de troupeaux bien protégés (étude DDAF 2004).

Ne conviendrait-il pas d’actualiser ces chiffres ?

Rappelons que la protection des troupeaux est prise en charge au moins à 80 % par l’État et l’Europe.

On estime à 46 000 chaque année le nombre de moutons tués ou perdus à l’échelle des Alpes françaises sur un total de 850 000 bêtes. Avant l’arrivée du loup, on évaluait à au moins 100 000 le nombre de moutons tués tous les ans par des chiens en France. Soit environ 15 000 à l’échelle des Alpes. Problème dont on n’entend jamais parler… Estimation réalisée à partir de l’enquête nationale de G. Joncour.

On a dénombré 9 788 brebis tuées par le loup en 2016, essentiellement dans les Alpes-Maritimes, contre 8 964 en 2015, 4 920 en 2011, 3 800 en 2005 et 1 500 en 2000. Source : article du Monde du 23 mai 2017.

En comparaison, quelque 400 000 brebis meurent chaque année au niveau national de maladies, d’accidents sur les alpages, de la foudre, selon les estimations de France Nature Environnement.

En cas de maladie établie, les brebis abattues sont remboursées 64 € à l’éleveur. En cas d’attaque de loup, la moyenne des indemnisations est de 155 € par animal.

.

Conclusion

Loup – photo libre de droits

Il est évident que le loup continue d’endosser le rôle de bouc émissaire vis-à-vis des problèmes rencontrés par les éleveurs.

Pourtant, s’il est vrai que le retour du loup oblige certains éleveurs, soit à changer leurs méthodes d’élevage, soit à trouver des protections efficaces, et que cela peut générer un stress, il n’en est pas moins vrai que le loup est un animal craintif et ne s’attaque pas à l’homme.

Le traitement qui lui est infligé est donc sans proportion avec ceux qui sont réservés aux réels problèmes pour celui-ci : chaque année sur la Terre, le moustique tue 725 000 personnes, l’homme lui-même génère 475 000 victimes, le serpent 50 000 et le chien 25 000 !

En outre, l’éleveur peut bénéficier d’aides conséquentes…

Aujourd’hui ce problème est géré par des politiques, qui manifestement, pour la plupart, ne maîtrisent pas le sujet ! La loi du 14 avril 2006 réformant les parcs nationaux français dont l’esprit était, selon Roselyne Bachelot, la ministre de l’Écologie de l’époque, de permettre aux élus des communes situées en zones périphériques des parcs nationaux de mieux intégrer les principes du développement durable, a abouti à l’opposé de cette volonté affichée (cet affichage ne représentait donc qu’une façade de circonstance).

Autrefois gérés par des scientifiques et naturalistes, ces espaces protégés sont aujourd’hui largement dépendants d’élus, plus enclins à parsemer nos montagnes de canons à neige qu’à prendre en charge les nombreux problèmes environnementaux découlant du dérèglement climatique, dont celui du loup pourrait bien être une conséquence indirecte… Un ami chasseur me racontait il y a peu qu’il avait tué un cerf à 2 400 mètres d’altitude ! La faune autrefois régulée par le climat en altitude, l’est de moins en moins !

Il est urgent de redonner aux scientifiques, naturalistes, acteurs et bénévoles de terrain (comme ceux qui officient au sein de Pastoraloup), le rôle social qui était le leur avant que n’entre en vigueur ce texte de loi, qui constitue certainement le plus important frein à la résolution de la problématique énoncée ici.

.

Accompagnateur en montagne, Jean-Pierre Lamic est l’auteur de Tourisme durable, Utopie ou réalité ?, Éditions L’Harmattan – 2008.

.

« On reconnaît le degré de civilisation d’un peuple à la manière dont il traite ses animaux. » Gandhi

.

Bibliographie

Gérard Ménatory, La vie des loups : du mythe à la réalité, Paris, Stock, coll. Nature, 1990 (1re éd. 1969), 333 p. (ISBN 978-2-234-02267-6, OCLC 716530346)

Gérard Ménatory, Les loups, Lausanne, Payot, coll. Comment vivent-ils ?, 1991 (ISBN 978-2-601-02225-4, OCLC 715705305)

https://blog.voyages-eco-responsables.org/2012/11/20/faut-il-liquider-les-parcs-nationaux/

https://www.babelio.com/livres/Paccalet-Eloge-des-mangeurs-dhommes-Loups-ours-requins/645826

.

.


.

La recherche des petits de loups dans une forêt biélorusse : une leçon d’histoire naturelle et d’humanité

Rechercher les petits de loups au plus profond de leur domaine, entre forêts et marais ,est passionnant pour qui cherche à se rapprocher au plus près de la nature sauvage. J’ai eu cette opportunité durant trois séjours au printemps passés en compagnie de Vadim Sidorovich, zoologiste biélorusse spécialiste de la grande faune européenne, membre de l’Académie nationale des sciences à Minsk. Son site (cliquez ici) et sa page sur Research Gate donnent toute la mesure de ses compétences scientifiques.

.

par Annik Schnitzler

.

P1000224

Marques de griffes du mâle délimitant le territoire – photo @ Annik Schnitzler

Depuis une quinzaine d’années, ce scientifique étudie le loup et ses relations avec les autres carnivores (lynx, ours) dans diverses forêts de Belarus. La forêt de Naliboki, à l’ouest de la capitale, comprend au sein de ses 2750 km² une population viable de loups, qui varie entre 27 et 70 individus répartis en une trentaine de meutes. La régulation de l’espèce est active mais interdite au cœur d’une petite réserve de 900 ha. Cette interdiction de la chasse au loup dans la réserve est difficile à maintenir car le loup est considéré comme nuisible dans ce pays. Elle n’est réalisée que grâce à l’énergie et l’influence de ce chercheur d’exception.

.

La forêt de Naliboki détient toute la grande faune mammalienne européenne de plaine : élan, bison, cerf, sanglier, chevreuil, loutre, ours et lynx. Une telle richesse fait rêver : pourquoi à Belarus et non dans mon pays, pourtant si riche en forêts ? La différence tient essentiellement dans les mentalités, bien plus que dans les densités de populations. Les Biélorusses acceptent bien plus volontiers la présence d’animaux dangereux : la trace des ours dans les vergers lorsqu’ils viennent manger les pommes avant l’hiver ne les effraie guère, la présence de loups aux portes des villages et parfois jusqu’aux abords de la capitale non plus, quoiqu’ils ne les apprécient pas. Sans doute ont-ils oublié les désagréments de ces animaux, au regard des atrocités qu’ils ont subies par les nazis durant la deuxième guerre mondiale.

.

Ce qui a aussi favorisé la conservation de la grande faune est l’abandon de l’exploitation intensive de la forêt (au niveau des drainages et de la collecte des fourrures de mustélidés et de castors notamment) après le départ des Russes en 1990. Enfin, des lois de protection ont été édictées pour le lynx et l’ours, qui aident à leur recolonisation.

.

Les loups se nourrissent principalement de mammifères de poids moyen (chevreuil, castor et sanglier). Le castor en particulier est privilégié : il est devenu très abondant depuis une décennie grâce à l’abandon de l’entretien des canaux et de sa chasse (près de 800 individus par 100 km² actuellement dans toute la forêt).

.

En 15 ans, ce scientifique a découvert à Naliboki 168 petits, soit quelques portées de 1 à 11 par an, le nombre moyen de petits étant de 6. Lors de leur découverte, ils peuvent avoir de quelques jours à quelques semaines, en fonction de la période de leur découverte. Assez étonnamment, il arrive qu’il y ait des petits d’âges différents dans un même site, indiquant que les mères les ont réunis pour les élever ensemble.

.

La technique de découverte des petits est complexe. Les recherches débutent en hiver afin de délimiter les limites de chaque territoire de loup, en interprétant les traces laissées par les loups reproducteurs dans la neige et sur les pistes sableuses de la forêt. A cette époque et au début du printemps, les loups marquent aussi leur territoire en grattant les bords de chemin de leurs griffes. L’interprétation des pistes laissées par la femelle demande une grande attention, car à un moment donné, avant l’accouchement, on peut déceler des différences dans la forme de ses empreintes (plus profondes) et l’allure générale de la piste (plus ondulante), en raison de sa grossesse.

.

Après l’accouchement, les traces autour de l’aire de reproduction se transforment : il ne reste plus que le mâle qui nourrit la femelle allaitante : ses traces sont nombreuses et en étoile à proximité de l’endroit de naissance des petits, lorsqu’il part pour la nourrir, et directes lorsqu’il revient avec les proies. Avec une carte, il est ainsi possible de dresser ainsi ses va-et-vient et de préciser l’endroit où se trouvent les petits. Il faut alors rechercher au sein même du domaine vital dans les habitats qui sont connus pour être les plus favorables : des souches renversées, des buissons denses, une zone de hautes herbes. La forêt, peu fréquentée par les habitants sauf sur les pistes, et riche en sous-bois denses et en bois morts. Il faut dire qu’après les coupes d’arbres (parfois sur plus de 5 ha), le forestier ne revient plus pendant 80 ans ! La succession naturelle avec jeunes boisements touffus et arbres renversés s’enclenche, rendant ces sites très hospitaliers pour la faune, du loup à l’élan. Par ailleurs, les marais sont nombreux et ne sont plus exploités depuis les drainages faits par les Russes dans les années 1990. Autant de bonnes cachettes pour la reproduction de la faune de Naliboki.

.

Loup

Tenir des petits de loup dans ses bras est une expérience unique – Photo @ Vadim Sidorovich

J’ai pu durant deux ans suivre Vadim Sidorovich lors de ses recherches dans les parties les plus profondes de cette forêt, qui dure de mars à fin mai. Cette recherche est plutôt épuisante : de l’aube à la fin de l’après midi, nous parcourons en voiture, puis à pied les marais, dunes boisées, coupes anciennes, explorant les bois morts, marchant sur les bois tombés pour passer d’un bras de rivière ou d’un marais à l’autre, ou traquant les indices de présence de la tanière. Si nous approchons du but, mais sans le trouver, la femelle alertée, emporte ses petits dans un autre endroit, parfois à plusieurs kilomètres. Il faut donc également détecter sur les chemins les traces fraîches. J’ai eu la chance d’être présente lors de la découverte d’une portée, et de pouvoir, durant un petit moment, les tenir dans les bras. La femelle n’était pas très loin mais ne se risquerait pas à intervenir. Mais dès qu’on est partis, on sait qu’elle récupère les petits et les cache dans une autre partie de la forêt. Nous ne revenons plus dans son domaine, car l’essentiel est fait : compter la portée, évaluer son état sanitaire, prélever des poils pour une éventuelle recherche génétique, marquer les petits pour suivre leur évolution au cours de l’été jusqu’à l’hiver suivant.

.

1701:040715:02C:CAMERA3 :5

En un mois, entre mars et avril 2015, cette tanière a reçu les visites des espèces suivantes : 2 blaireaux, 3 renards, 1 chien viverrin, 2 lynx, 2 loups noirs, 2 loups gris, une biche. L’un des renards est rentré dans la tanière, le lynx (ci-dessus) a déposé une crotte – Photo @ Vadim Sidorovich

Il faut savoir que le couple ne fait pas qu’une seule tanière, mais des dizaines au sein de son territoire vital, en général bien au centre pour éviter les agressions des meutes voisines.

.
D’autres facteurs entrent en jeu : la proximité d’un cours d’eau, la proximité d’une route afin de surveiller les allers et venues des hommes des villages alentour; l’éloignement de zones très riches en grands herbivores, toujours prêts à piétiner les petits, de zones à ours ou à lynx qui n’hésitent pas à les tuer également (pour une raison évidente de régulation entre prédateurs !).

.

Avant l’accouchement, par nervosité et inquiétude, la femelle confectionne de nombreux nids à ciel ouvert, creuse quelques tanières dans les dunes ou en rafraîchit d’anciennes. Elle peut aussi récupérer celles creusées par un renard après en avoir tué ou jeté sur le côté les petits.. Cette pléthore de lits de repos pour les petits sert à les transporter au cours de la saison de reproduction.

.

Les raisons sont multiples. Le danger tout d’abord : la présence de visiteurs humains (dont Vadim Sidorovich, qui m’assure que les loups le connaissent), la venue d’un lynx ou d’un ongulé sauvage. Ou alors pour des raisons de confort : la tanière est infestée de parasites, ou trop étouffante; le nid est trop ensoleillé ou trop humide et les moustiques trop nombreux.

.

_17C2613

Poupée trouvée près d’une tanière – photo @ Fabien Brugmann

Au final, le domaine de reproduction d’un couple peut inclure jusqu’à 62 nids et près de 10 tanières, répartis en plusieurs endroits et distants de plusieurs kilomètres. C’est dire la difficulté de trouver la portée ! Souvent, on trouve sur les chemins ou près des tanières des objets curieux : plastique coloré, pneu crevé, et même une tête de poupée, tous mordillés par les petits. Ils ont été ramenés par les parents des dépotoirs des villages proches afin d’aider les petits à passer la période difficile de la percée des dents.

.

Le transport constant des petits est en fait d’une efficacité toute relative pour leur survie, surtout s’ils sont nombreux. Il arrive que les parents en oublient un, surtout si les distances entre les tanières sont de plusieurs kilomètres; ils peuvent prendre froid, surtout s’il pleut beaucoup. Par ailleurs, les petits sont fragiles, sujets à des maladies. Au final, seulement la moitié survivra, qu’on pourra entendre hurler la nuit aux lieux de rendez vous automnaux, d’où ils attendent leurs parents. J’ai eu le plaisir d’apprendre que les petits que j’avais eu dans mes bras avaient tous survécu l’hiver suivant.

.

Suivre Vadim Sidorovich dans ses recherches est enrichissant pour qui se passionne pour la faune sauvage, car il explique volontiers tout ce qu’il a pu accumuler de connaissance sur la nature biélorusse. Le plus extraordinaire pour moi a été de réaliser que cette forêt inconnue des naturalistes était le symbole évident de que pourraient être les forêts occidentales : le lieu d’un partage strict des territoires entre prédateurs (loup, lynx, ours, renard) et aussi entre herbivores (cerf, élan, bison, sanglier). La coexistence est bien la base de la vie, même si elle se base sur l’agression et la prédation, car au final, la vie y est foisonnante dans le respect de chacun. Une coexistence dont l’homme pourrait aussi faire partie en France, s’il changeait de mentalité.

.

.


.

Jean-Jacques Annaud, écologiste ?

« Si Pékin est envahi par des nuages de poussière, c’est à cause de la disparition des loups » affirme Jean-Jacques Annaud.

 

par Marc Giraud

 

Jean-Jacques Annaud pendant le tournage du « Dernier Loup » – photo © Mars Distribution

La discussion se déroule à l’inauguration de l’expo du Parc zoologique de Paris, le 16 février dernier. Le réalisateur du Dernier Loup (lire notre critique ici) explique : « Les loups chassent les marmottes (peut-être bien des sousliks) et les empêchent de proliférer. La disparition des prédateurs entraîne un surpâturage qui élimine les herbes protectrices des sols, il ne reste que de la poussière ». Ecologiste, Annaud ? À sa manière. Il aime les paysages grandioses et les animaux impressionnants, et les célèbre incontestablement dans ses œuvres.

 

Supposant que son film témoigne d’une sensibilité au problème, je demande à Annaud ce qu’il pense de la situation du loup en France et de l’utilité de le protéger. Et là, il se montre beaucoup plus prudent, bottant en touche en renvoyant dos à dos bergers et écologistes. Annaud ne s’aventurera pas dans un domaine qu’il ne semble pas connaître, et n’entend pas être « l’étendard d’une cause ». Il préfère conclure : « mes films parlent d’eux-mêmes ». La fiction ne rejoindra pas la réalité.

 

 

Le dernier Annaud

Le dernier loup, nouveau film de Jean-Jacques Annaud, est à la fois un hymne à la nature libre et une critique sans concession de la politique environnementale chinoise.

 

par Marc Giraud

 

affiche_fullLes décors sont magnifiques, les animaux sont magnifiques, les personnages sont magnifiques, la morale est magnifique. Si avec ça vous n’êtes pas content, c’est que vous cherchez l’originalité.

 

Le film Le dernier loup est tiré du best seller chinois Le Totem du loup de Jiang Rong (2004), vendu à plus de 20 millions d’exemplaires, œuvre littéraire de référence pour bien des naturalistes. Le film, quant à lui, a démarré fort avec près d’un million d’entrées quotidiennes en Chine. Son succès est assuré.

 

Le dernier loup est à la fois un hymne à la nature libre et une critique sans concession de la politique environnementale chinoise, commencée à l’époque Mao, qui a marqué le début d’une impitoyable destruction de la vie sauvage toujours en vigueur. L’histoire en bref : deux jeunes Chinois des villes viennent « éduquer » les arriérés des steppes. En fait, ce sont les deux lettrés qui vont apprendre la sagesse des nomades mongols. Les Mongols sont respectueux des équilibres naturels, ils acceptent les loups comme des éléments indispensables et sacrés. Mais les consignes venues du pouvoir chinois imposent l’éradication des loups dans le but protéger les troupeaux et de transformer les steppes en terres agricoles. De grands déséquilibres s’annoncent…

 

La scène la plus marquante du film est probablement l’attaque du troupeau des chevaux des Chinois par les loups, réalisée avec un habile mélange de réalité et de trucages, en nuit américaine (tournée le jour, mais bleuie en post production). Sublimes, les loups de Mongolie engagés malgré eux pour le spectacle ne sont pas vraiment dressés, mais habitués aux humains. Lorsqu’ils courent dans les grands espaces, en fait ils sont enfermés dans de vastes espaces, nécessitant parfois plusieurs kilomètres de clôtures. La caméra est située de telle manière qu’elles restent hors champ. Ces authentiques loups de Mongolie, une sous-espèce désormais très rare dans la nature, vivent aujourd’hui au Canada, loin de leurs steppes et de la liberté.

 

Au total, le tournage a nécessité 480 techniciens, près d’un millier de moutons, 25 loups, une cinquantaine de dresseurs et de soigneurs, dont des gardes armés pour les protéger. En effet, les fermiers locaux, désirant les accoupler avec leurs chiennes pour améliorer la race, auraient bien volé un loup s’ils le pouvaient. Le loup est de plus en plus précieux…

 

Durée : 1 h 58
Réalisation Jean-Jacques Annaud
D’après le roman Le totem du Loup de Jiang Rong

 

Contacts presse André-Paul Ricci apricci@wanadoo.fr Rachel Bouillon rachel.bouillon@orange.fr et Tony Arnoux – tél. 01 49 53 04 20
Photos téléchargeables sur www.marsfilms.com

 

A lire, notre entretien avec Jean-Jacques Annaud

 

A voir, l’expo au Parc zoologique de Paris

 

 

Au loup !

Jusque dans certains milieux écolo-libertaires se véhiculent de drôles d’idées noires. Voilà qu’on y crie « au loup » ! Qu’on y fait la propagande de films apparemment documentés, mais à l’argumentaire plus que biaisé, pour exiger la « régulation » des loups en insistant sur les images des carnages et sur la fin de l’agriculture paysanne.

 

par Thierry Lodé *

 

DSC_0016

Manifestation d’éleveurs au Champ de Mars le 27 novembre 2014 @ Marc Giraud

 

Pourtant, cette intimidation cinématographique, qui a valeur d’une thèse à charge contre la vie sauvage, ne peut guère faire croire que l’élevage serait en péril en France à moins d’une très grosse manipulation.

 

Pour 24.7 %  de « parcs naturels », il n’existe sur le territoire français que 2 % de zones en réserve pour le maintien de la faune sauvage quand l’espace naturel et nos montagnes sont de plus en plus avalés par les aéroports, par des barrages, par l’intensification des cultures, par le tourisme et par la croissance urbaine. Il est probable pourtant que cette invasion continuelle des espaces soit de plus en plus incompatible avec la présence de la faune sauvage. Alors, la solution serait, sinon de détruire tous ces animaux qui gênent, au moins de les écarter ailleurs, plus loin encore, de réduire leur prétendue « prolifération » ?

 

Mais que viennent faire tous ces moutons seuls et sans défenses dans nos montagnes et sur nos causses ? Pourquoi ces territoires fragiles sont-ils entre les mains de propriétaires terriens qui admettent un pâturage aussi brutal ? D’autant que la plus grande part de la production ovine reste largement industrielle ou quasi industrielle et dépendante des subventions bien qu’elle se présente comme extensive. Il y a environ 7 millions de moutons en France (seulement 38000 en bio, soit 0,5 %) dont 2 millions pour la production laitière, mais tout cela finit toujours à l’abattoir où un agneau se vend 6 € la tête. Car ce qui menace la filière, c’est le modèle économique lui-même. A peu près 14 tonnes sont exportées sur un total de 65 tonnes, soit quasiment 1 agneau produit pour l’étranger sur 5. Dans les élevages, 60 % de la mortalité des agneaux survient pendant les 3 premiers jours. Et à l’âge adulte, les conditions atroces du transport des brebis domestiques à des densités réglementaires de 5 moutons par m² (!) durant jusqu’à 19 heures  (mais le voyage peut durer 2 semaines) entraînent à elles seules la mort de milliers d’animaux. Enfin, moins de 1800 élevages ont admis les mesures de protection contre le loup. Or, d’après les chiffres maximum, les loups emportent à peine 0,08 % du cheptel un peu avant l’abattoir. Quelle place reste-t-il pour la faune sauvage ? Les lions, les tigres, les panthères et les ours attaquent bien davantage ailleurs, prélevant aussi régulièrement des animaux domestiques. Il existe, même au Canada, des accidents avec les humains. Et j’en suis désolé, du point de la détresse humaine, un paysan espagnol, un ouvrier agricole indien, ou un éleveur tanzanien valent bien autant qu’un producteur d’ovins français.

 

Les détracteurs du loup répètent toujours la même chose, il faut « réguler ». Mais les éleveurs ont déjà droit à effectuer des tirs de défense pour tuer ou effaroucher les loups qui approchent les herbages. Ils ne s’en privent pas. Il s’ajoute désormais nombre de battues, menées tambour battant. L’élimination exceptionnelle d’individus agressant un troupeau peut se comprendre, mais l’élimination indifférenciée ne s’avère jamais une solution durable. A combien de loups tués s’arrêteront-ils ? Car ici, le mot « régulation » n’est qu’une autre forme du mot « élimination ». On tue tout ce qui est vu. On a déjà « régulé » c’est-à-dire tué 33 loups en France (15 femelles et 18 mâles au 30 novembre 2014), soit 11 % de la population des 300 loups français (il y a 3000 loups en Espagne), dont des femelles gestantes ou allaitantes. Les chasseurs « régulent » c’est-à-dire massacrent tous les ans 200 000 putois, 150 000 martes, 300 000 belettes et nombre de renards, de blaireaux, de fouines et de visons pour « protéger » leur gibier. Et pourtant, le petit putois de nos campagnes est juste accusé de manger des grenouilles, des lapins et… des rats !

 

A-t-on été si mauvais dans l’enseignement que l’écologie n’est plus vécue que comme une économie du monde ? Quand et à combien d’animaux tués cesseront ils de dire qu’il y a trop de renards, de loups, de blaireaux ? Cette prétendue « régulation » est une incongruité écologique. Les prédateurs ne prolifèrent jamais. Plus même, chez des animaux vivant en communautés sociales, le groupe familial constitue la clé de la survie. Tuer des loups au hasard entraîne juste l’éclatement des groupes. Le territoire atteint environ 200 km². Les survivants inexpérimentés qui n’ont rien pu apprendre risquent alors de mener une vie plus ou moins erratique et, s’en prenant aux proies les plus faciles, ils peuvent au contraire aggraver le problème des attaques contre les moutons. La proie « naturelle » du loup reste le chevreuil, et le prédateur a besoin d’environ 3 à 5 kg de viande par semaine, soit en moyenne 1 à 2 chevreuils par mois, moins de 2 % de ce que l’activité cynégétique tue. Car les chasseurs tuent 500 000 cervidés en France par an et entre 1985 et 2000, le nombre de chevreuils abattus a été multiplié par 4. On le constate, les chiffres n’ont rien de comparable.

 

Il n’y a pas à être pour ou contre le loup, mais juste à apprendre à vivre avec les animaux sauvages qui nous accompagnent durant notre passage sur cette planète. Vivre avec les animaux comme les agriculteurs biologiques apprennent à cultiver en tolérant les plantes sauvages. Cela n’est pas facile, mais la nature n’est pas la seule affaire des petits propriétaires qui industrialisent nos vies. Notre monde est comme un château de cartes et la biodiversité est nécessaire à notre survie, comme les abeilles et les syrphes pollinisent des millions de plantes à fleurs, depuis nos courgettes à nos assiettes, comme les vers de terre labourent et digèrent des millions de tonnes de déchets et comme les oiseaux, les blaireaux et les fouines dispersent des milliards de graines. On ne sait pas bien à partir de quelles altérations les écosystèmes perdent leur intégrité fonctionnelle mais ôter une carte, puis une autre, encore une autre et c’est l’ensemble de notre monde qui s’écroulera… On a pourtant vu défiler à Paris des cortèges de tracteurs demandant à continuer à user des pesticides encore, et encore.

 

Au lieu de précariser les ouvriers agricoles, d’exploiter les pauvres et de détruire les milieux naturels, il faut réinventer une agriculture humaine avec des bergers, de vraies communautés et où la survie des uns ne dépendra pas du prix de vente d’animaux regardés comme marchandises, ni de la destruction des autres espèces. Ce n’est pas le loup qui menace l’agriculture paysanne, c’est l’industrialisation de nos vies !

 

Doit-on considérer la nature comme un espace mercantile dévolu à toujours plus d’échanges marchands ? Doit-on exploiter toutes les « ressources », braconner tous les rhinocéros ? Détruire tous les tigres ? Massacrer tous les putois ? Eliminer tous ces animaux dont on affirme qu’ils dérangent afin de garder seulement des espèces condamnées à perpétuité à être contemplées dans des « réserves » où seuls Mickey et Goofy seraient bien gentiment derrière des grilles ? Partout l’érosion de la biodiversité s’aggrave et la détérioration des milieux s’empire, et, cependant, jamais autant d’éléphants, de tigres, d’hermines et de rhinocéros n’ont été braconnés.

 

Alors, qui orchestre cette nouvelle fable du loup et de l’agneau ? Je me refuse à vivre dans un monde dépeuplé d’animaux sauvages où la seule réalité serait l’économie de nos vies assujetties aux marchandises. Ce que veulent ces gens-là, c’est une nature vide, bien propre, sans dangers ni animaux sauvages, dépeuplée de tout ce qui en fait l’écologie vitale. Apparemment, les hérauts de« Chasse pêche nature et tradition » et autres réactionnaires semblent encore posséder bien de la marge. Ne nous trompons pas d’ennemis. Nous ne voulons pas de ce monde-là, vide des êtres vivants et seulement rempli de leur police, de leurs producteurs et de leurs marchands. Oui, la nature n’est pas un monde de petits pandas gentils, la vie sauvage peut être inquiétante, vivre c’est prendre des risques.

 

Mais le vrai danger en France, ce n’est pas la survie d’à peine 300 loups sauvages, c’est la gigantesque propagande idéologique de 3 millions de fachos dans l’hexagone.

 

 

* Professeur d’écologie évolutive, UMR CNRS 6552.

 

 Cet article a été d’abord publié sur le site L’En Dehors.

 

Pauvres loups, pauvres médias

À la manif des éleveurs à Paris, le 27 novembre dernier, avec leurs brebis au pied de la tour Eiffel, tous les grands médias étaient là. Quasiment aucun n’a fait son métier. On s’est contentés de filmer l’événement, sans réfléchir, sans aller écouter d’autres opinions, sans chercher d’info équilibrée. L’info est devenue de l’intox. Hooooouuuu !

 

par Marc Giraud

 

Manif d'éleveurs au Champ de Mars le 27 novembre 2014 @ Marc Giraud

Manifestation d’éleveurs au Champ de Mars le 27 novembre 2014 @ Marc Giraud

 

C’était donc, une fois de plus, le grand jour des éleveurs, qu’on a encore, et encore entendus réclamer la peau du loup. Il n’est évidemment pas question d’éluder leurs difficultés, qui mériteraient mieux qu’une condescendance éphémère, mais de chercher une info impartiale, solide, honnête, sur les vrais problèmes de la filière ovine. Car l’avenir des petits éleveurs est incertain, avec ou sans loup. Arrêtons de focaliser sur une vie sauvage déjà bien mal en point, et de faire confiance à ces cancres de la zoologie que sont les lieutenants de louveterie, qui prennent les chats pour des tigres…

 

On n’imaginerait pas faire des reportages sur l’automobile que sous l’angle unique des accidentés de la route (et pourtant dans ce cas, il y a mort d’homme). C’est néanmoins ce que les médias font aujourd’hui avec le loup, qui n’existe plus à leurs yeux que comme un potentiel croqueur de brebis. Rien d’autre.

 

À tous les journalistes qui désireraient évoquer un peu plus sérieusement le sujet, je ne saurais trop conseiller de se renseigner sur les vraies difficultés financières de la filière ovine, qui ne survit que grâce aux subventions de citoyens largement favorables au loup. Les associations le disent depuis fort longtemps sans arriver à se faire entendre. Il existe pourtant des documents fort bien réalisés sur le sujet. Celui de CAP Loup est excellent.

 

A lire aussi en cliquant ici, la tribune d’un scientifique, Thierry Lodé, sur le loup. Parce que quelqu’un qui ne bêle pas avec les moutons, ça fait tellement de bien…

 

Selon l’ASPAS, 14 loups ont été tués en France depuis trois mois, ce pour quoi l’administration commence à être pudique. Sans compter les petits morts de faim pour la louve allaitante, le braconnage, les accidents de la route en grande partie dus à l’état des loups ayant été empoisonnés…

 

Les chiens de Nicolas Vanier ont encore tué des brebis. Mais que fait Bové ?

Des chiens de traîneau du cinéaste pipole avaient déjà été abattus cet hiver par un éleveur exaspéré par leurs attaques, mais ça n’a rien changé. Ces faits divers soulignent à quel point les politiques et les médias sont focalisés sur les loups, et oublient les vraies difficultés de l’élevage ovin.

 

par Marc Giraud

 

En tout, plusieurs dizaines de brebis ont été massacrées par les chiens de Vanier. Ce nouvel incident s’est déroulé le 3 juin dernier, près du camp du cinéaste dans le Vercors (Drôme), avec cette fois-ci neuf victimes. En juin 2012, six brebis et cinq agneaux avaient été tués par deux chiens de traîneau fugitifs appartenant à Nicolas Vanier. L’éleveur, découvrant le carnage, avait abattu les chiens dans la bergerie même. En décembre 2013, deux toutous s’échappaient à nouveau du camp de Vanier. Leur fugue s’était soldée par le massacre de deux brebis et plusieurs autres blessées, toujours dans cette même bergerie du Vercors. À chaque fois, des promesses avaient été faites. Mais cela n’a visiblement pas suffi.

 

Dans le département des Alpes de Haute-Provence, sur les 27 dernières attaques sur des troupeaux, la responsabilité du loup n’a été écartée que 11 fois, suite à des constats dressés par des experts. Et lorsque dans 80 % des cas, l’expertise ne détermine pas avec certitude le responsable de la prédation, alors, au bénéfice du doute, l’attaque est systématiquement imputée au loup. Cela permet alors aux éleveurs d’être indemnisés, mais du coup cela fait aussi remonter de façon très importante les statistiques de dégâts de loups. En découlent alors les conséquences financières que cela implique, avec les décisions de tirs de loups injustifiables, délivrées par les préfets. Rappelons que les chiens divagants font bien plus de dégâts que les prédateurs sauvages, et que 500 000 brebis de réforme sont abattues et brûlées chaque année, chiffre sans commune mesure avec les dégâts des loups.

 

Pour les dégâts de Vanier, ça ne date pas d’hier. Voir « controverse » dans son portrait sur Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Vanier

 

Chaque année, les adhérents de l’Association pour la Protection des Animaux Sauvages (ASPAS) élisent le personnage qu’ils apprécient le plus ou le moins pour leurs actions vis-à-vis de la nature. Positif, le Trophée de plume 2012 revient à Paul Watson, le pacifique destructeur de baleiniers. Nicolas Vanier a reçu quant à lui le Trophée de plomb pour son attitude anti-écologique, les représentants de cette association lui reprochant la position qu’il a prise sur les loups dont les bergers sont victimes. Pour 65 % des adhérents de l’ASPAS, Nicolas Vanier se sert de l’image sympathique de l’explorateur pour suivre une carrière médiatique et opportuniste. Car derrière cette image se cache selon eux un fou de chasse, prenant des positions anti-écologistes révoltantes. Soutien au lobby des chasseurs de phoques, affirmations anti-scientifiques, comme dans son film Le dernier trappeur (« il n’y aurait pas tant d’animaux s’il n’y avait pas de chasseurs »…), conditions de tournage déplorables pour les bêtes sauvages et domestiques exploitées dans son film Loup, construction d’un camp touristique sur une zone protégée du Vercors, attaques de ses chiens de traîneau sur des animaux.

 

CAP Loup : un collectif pour mieux défendre les loups

Plusieurs associations particulièrement actives dans la protection des prédateurs (ASPAS, Ferus, SFEPM, LPO Paca, etc.) se sont rassemblées pour fonder CAP Loup le 4 avril dernier.

 .

par Marc Giraud

.

thPourquoi, en effet, ne pas mener ensemble les mêmes actions en faveur de la biodiversité ? Ce collectif entend défendre sans ambiguïté nos loups, si malmenés par les lobbies de la chasse et de l’agriculture, et même par l’État.

.

À noter : l’absence de FNE de ce collectif, sans doute parce que la fédération s’est montrée plus « souple » dans ses positions que ses collègues, y compris d’associations qu’elle est censée représenter.

.

Plus ferme, CAP Loup est rigoureusement opposé à la politique d’autorisation des tirs létaux mise en œuvre depuis le début du plan loup 2013-2017, qui encourage ces tirs au lieu de garantir que tout soit fait pour les éviter.

.

CAP Loup souhaite également agir pour favoriser des techniques pastorales permettant la cohabitation avec la vie sauvage. Car, malgré ce que certains prétendent, aimer le loup ne veut pas dire mépriser le berger, bien au contraire !

.

Enfin, le collectif se battra crocs et griffes afin que le statut d’espèce protégée du loup ne soit pas remis en question.

.
Vu l’état d’esprit catastrophique de la majorité des politiques et des médias contre les prédateurs, CAP Loup ne va pas manquer de travail…

.

http://www.cap-loup.fr

.

Contacts presse : Jean-François Darmstaedter (FERUS) 06 30 20 59 64, Pierre Athanaze (ASPAS) 06 08 18 54 55, Pierre Rigaux (SFEPM) 06 84 49 58 10.

.

Anti-loups au pouvoir, ou pouvoir anti-loups ?

Considérant que les pouvoirs publics sèment la violence, les principales associations de protection de la nature ne se rendront pas au Comité départemental loup des Hautes-Alpes le vendredi 13 décembre 2013. Voici pourquoi.

 .

par Marc Giraud

.
Petit résumé de la situation : plusieurs préfets prennent des arrêtés illégaux de tirs au loup lors de battues, ce qui attise la discorde entre éleveurs et protecteurs. Quelques associations réagissent à ces arrêtés (ASPAS, FERUS et LPO PACA) et – forcément – gagnent, au moins au début (rappelons que ces tirs exceptionnels ne devraient avoir lieu que pour des troupeaux encore sur le terrain et bien gardés, ce qui n’est pas forcément le cas).

.

Face aux suspensions de tirs obtenues par les associations, les éleveurs réagissent violemment. Le 8 novembre, se sentant vraisemblablement soutenus par les autorités, préfet en tête, certains d’entre eux vandalisent les locaux de la Société alpine de protection de la nature, ce qui est là aussi très moyennement légal. Ils ne sont pas inquiétés. Le 12 novembre, Serge Preveraud, président de la FNO (Fédération nationale ovine), se permet d’envoyer une lettre officielle à ses adhérents pour leur conseiller de balancer des cadavres de brebis sur les locaux des associations ayant gagné en justice. Lui non plus n’est pas inquiété. Mais les associations, elles, sont inquiètes. Et inquiétées.

.

Le Conseil général (Cg) des Hautes-Alpes lui-même arrête soudain de travailler avec la LPO, mettant à mal les visites scolaires et autres activités. Pour le Président du Cg, Jean-Yves Dusserre, les suspensions de tir vont « à l’encontre de la protection du pastoralisme », oubliant qu’il ne s’est agi que de respect de la loi, et que les troupeaux sont déjà largement descendus des montagnes. Les pouvoirs publics sont donc clairement partisans, et l’on peut considérer cela comme une mesure de rétorsion.

.

Réaction de l’ASPAS qui, dans ces conditions, refuse comme FERUS de se rendre au comité départemental loup des Hautes-Alpes : « Dans un État de droit, la suspension d’un acte administratif ne devrait pas être scandaleuse parce qu’une association a demandé au juge d’en vérifier la légalité, mais parce que l’acte déféré s’est avéré être illégal. »

.

Violences anti-loup, violences anti-écologistes, et… incurie des médias ?

Les tirs qui ont suivi le Plan loup, puis le « symposium loup » qui se tenait du 9 au 12 octobre 2013, ont mis le feu aux poudres médiatiques, qui semblent n’avoir attendu que ça. Beaucoup en profitent pour crier au loup, casser de l’écolo au passage, sans montrer de curiosité sur les arguments des protecteurs. Un sondage Ifop nous apprend que 80 % des Français sont contre l’éradication du loup, mais qui s’en soucie ? Et qui se soucie aujourd’hui de protéger la nature en France ?

 .

par Marc Giraud

.

Évidemment, je ne parle pas de vous chers collègues JNE, ni des journalistes qui font bien leur boulot, heureusement on en trouve encore d’excellents, curieux et courageux. Loin de moi également l’idée de taper sur la profession d’éleveur, ni de sous-estimer les difficultés économiques de l’élevage ovin.

.

Mais il conviendrait de bien soupeser tous les aspects du problème loup avant de l’aborder, car le prédateur cristallise et réveille toutes les haines, y compris à l’encontre des protecteurs de la nature, et ça n’est ni très rationnel ni très sain. Voici donc quelques arguments que l’on aimerait entendre un peu plus souvent pour rééquilibrer les débats, voire les élever un peu…

.

Nous savons tous que la filière ovine va mal, avec ou sans loup, l’affaire du Rainbow Warrior et les importations de viande de mouton néo-zélandais qui ont suivi y sont certainement pour beaucoup. Depuis 1990, l’élevage s’est effondré de 50 % en Poitou-Charentes, où il n’y a pas de loup, contre 26 % en Rhône-Alpes, où le prédateur est installé depuis 1992 !

.

La filière ovine va si mal qu’elle est déjà aidée, ce qui n’est satisfaisant pour personne. Les éleveurs touchent des primes à la bête qui s’appuient sur des subventions françaises et européennes, donc avec l’aide des contribuables, qui seraient en droit de demander des comptes sur ce que l’on fait de leur argent. Nombre de protecteurs s’apprêtent d’ailleurs à demander l’arrêt de ces subventions, histoire de clarifier le contexte.

.

Avant la création du Parc du Mercantour, il y avait très peu de brebis et essentiellement des vaches. Le pastoralisme n’est donc pas une forte tradition dans la région des loups, il ne rapporte rien localement, en tout cas tellement moins qu’un tourisme nature qui serait fondé sur une biodiversité préservée, et des écoutes de hurlements par exemple.

.

Or, le mouton n’est en aucun cas bon pour la biodiversité montagnarde. Le biologiste Gilbert Cochet le compare à un chalut dévastant tout, et rappelle que le surpâturage a appauvri la flore et la faune, en faisant disparaître notamment des orchidées et des papillons. La biodiversité est désormais plus riche – ou moins pauvre – dans les stations de ski que dans les zones de pâturage ! Dans son excellent livre Feral, le journaliste écologue britannique Georges Monbiot lance de son côté une critique forte contre le mouton dans son pays, qu’il considère comme une “vermine laineuse” !

.

L’exemple des pays voisins irrite les anti-loups, qui veulent faire croire que les montagnes sont différentes ailleurs (moins verticales sans doute). Rappelons qu’il y a 2 500 loups en Espagne et 24 millions de moutons… Que les loups sont aux portes des villes, comme en Italie à Rome ou à Florence, sans que cela pose plus de problèmes que cela.

.

Oui, mais le pauvre berger qui voit ses brebis tuées ? C’est évidemment une catastrophe, qui le nierait ? Mais c’est une catastrophe parmi beaucoup d’autres ; bien plus importantes : chaque année en France, 400 000 à 500 000 brebis de réforme sont envoyées à l’équarrissage. Le loup aura du mal à rivaliser… Mais la brebis égorgée est forte émotionnellement, et ça, ça plaît à la télé. Si les images des loups abattus circulaient aussi facilement, sans doute le réflexe des téléspectateurs s’en trouverait-il fortement modifié…

.

On peut aussi se demander à qui appartient la montagne, car nombre de manifestants anti-loup se comportent comme s’ils en étaient les seuls dépositaires. Quid des Français qui n’ont pas la chance, comme eux, de vivre dans des paysages sauvages aussi beaux, et qui exercent des professions tout aussi dures qu’eux ? Quid des générations futures ?

.

Ouvrons les yeux : la haine du loup a dépassé le simple problème de la protection des troupeaux. Pourquoi ces arrêtés pour des tirs aux loups alors que les troupeaux redescendent, ou dans des départements où l’on n’a encore aperçu qu’un seul individu ? Notons d’ailleurs que plusieurs arrêtés de tirs ont déjà été annulés suite à des recours de l’Aspas et d’autres associations, ce qui en dit long sur le respect des lois montré par les préfets dans cette affaire. Ah oui : le loup est une espèce protégée, on a tendance à l’oublier…

.

Enfin, quelle nature voulons-nous ? Vouloir éliminer le loup, c’est ouvrir la porte aux fourches et aux fusils pour tout ce qui gêne. C’est-à-dire, en gros, tout ce qui ne rapporte pas de pognon à court terme. Avec les loups viennent les ours, les lynx (déjà braconnés jusqu’au dernier dans les Vosges), les vautours, les bouquetins, les renards, les blaireaux, les fouines, les belettes… La liste ne s’arrêtera pas. Voulons-nous juste stériliser la nature pour satisfaire quelques acharnés qui, de toute façon, ne seront jamais satisfaits ?

.

Pour ouvrir le débat à d’autres points de vue, les médias ont leur responsabilité. À moins que la destruction de la nature ne leur semble pas quelque chose de si important que ça…

.

ANNUAIRE 2019
Spécial 50 ans


Ils nous soutiennent
pour nos 50 ans