Dossier Fukushima

L’accident de Fukushima maintenu au secret

Comme si un accident nucléaire n’était qu’un banal fait divers industriel…

.

par Claude-Marie Vadrot

.

IMG_2492

Fukushima & Claude-Marie Vadrot

Le 7 août 2013, le gouvernement japonais et l’entreprise Tepco qui gèrent tant bien que mal, et plutôt mal, les suites de l’accident de Fukushima, ont proclamé une « situation d’urgence » ; après avoir dû admettre que de l’eau fortement radioactive s’écoulait vers la mer.

.

Deux semaines plus tard, les mêmes ont décrété une « alerte grave », avouant une réalité dissimulée depuis longtemps : chaque jour ce sont 300 000 litres d’eau contaminée qui polluent le Pacifique ; sans que l’origine en soit clairement identifiée tant les réservoirs de contention hâtivement installés sont nombreux. Dans la foulée, les officiels ont admis que les nappes souterraines seraient également « un peu » contaminées.

.

A chaque fois que les autorités et Tepco s’embrouillent dans le manque de transparence et les mensonges, ils sont contraints de dévoiler un peu plus l’étendue de la catastrophe en cours. Qu’il s’agisse des rejets dans l’eau et dans l’air, des agriculteurs, des écoles polluées, des habitants toujours réfugiés à des dizaines ou des centaines de kilomètres dans des bâtiments provisoires ou des pêcheurs qui ne peuvent pas vendre leurs poissons pour cause de radioactivité supérieure aux taux autorisés.

.

Un confrère japonais qui suit pour Politis les méandres de la désinformation organisée depuis les premiers jours sur l’accident affectant les réacteurs et la piscine de refroidissement toujours en équilibre instable, explique : « mes compatriotes n’ont jamais pu mesurer l’étendue des dégâts et les rares visites organisées pour la presse sont tellement encadrées qu’il est impossible aux journalistes de comprendre dans quel état se trouvent les réacteurs et les bâtiments délabrés qui les abritent. Si on peut utiliser ce mot. Ils n’ont même pas le droit de se munir d’instruments de mesures précis ; notamment ceux enregistrant le cumul de tous les éléments radioactifs polluant le site. En fait, sauf quand le mensonge est trop gros ou qu’un ingénieur finit par passer quelques informations à la presse, nous ne savons rien de précis de la situation sur un site qui est plus gravement pollué et détruit que l’était celui de Tchernobyl. »

.

Si, à Tchernobyl, le gouvernement soviétique de l’époque n’a pu conserver le secret sur l’état des lieux que quelques jours avant que n’intervienne l’armada des liquidateurs qui risquèrent et souvent sacrifièrent leur vie pour procéder aux interventions d’urgence, celui du Japon a pratiqué l’omerta avec efficacité. Réussissant même à écarter les spécialistes étrangers de l’essentiel de l’information scientifique et industrielle. Comme si un accident nucléaire était un accident industriel ordinaire.

.

Alors, tout ce que j’ai vu, en Ukraine comme au Japon, rappelle dans le moindre des détails une réalité difficilement évacuable : impossible de limiter dans le temps comme dans l’espace les conséquences d’une catastrophe survenant dans une centrale. Quelles qu’en soient les origines, il n’a pas de fin.

.

Les ingénieurs de la Tepco, soutenus par le lobby nucléaire et le gouvernement, amusent donc périodiquement la presse nationale et internationale avec des annonces qui ne sont que des opérations de communication destinées à entretenir l’illusion qu’il leur est possible de faire face. Ainsi, le gigantesque projet consistant à racler la couche de terre des zones contaminées est au point mort. Pour au moins deux raisons, d’abord la difficulté de l’opération et ensuite l’impossibilité de trouver un endroit pour entreposer des dizaines de millions de tonnes de terre polluée.

.

L’autre initiative consistant à équiper des singes macaques et des sangliers avec des dosimètres couplés à des GPS pour répertorier et cartographier sans risque les espaces contaminés a avorté. Et les fameux robots qui devaient explorer les réacteurs explosés sont tombés en panne les uns après les autres (comme à Tchernobyl) « bloqués » par l’intensité de la radioactivité. Dans l’enceinte de deux réacteurs dont les officiels ont annoncé il y a longtemps que la température et l’activité nucléaire étaient revenues « à la normale ». Conséquence : nul ne sait ce qui s’y passe et dans quel état ils se trouvent, puisque personne ne peut y aller « voir » sans risque mortel.

.

Pour ce qui concerne les risques sanitaires que courent les ouvriers, techniciens et ingénieurs qui se relaient au déblaiement et au refroidissement, le black out et les mensonges sont les mêmes que pour la population, les évacués comme ceux qui reviennent clandestinement. Sans oublier les 360 000 enfants menacés de cancer qui restent (théoriquement) sous surveillance médicale mais que le gouvernement évoque de moins en moins souvent. Officiellement, la catastrophe nucléaire n’a entraîné ni maladie ni décès.

.

Cet article a été publié en 2013 dans l’hebdomadaire Politis.

.

.


.

Fukushima : des centaines de milliers d’hectares impossibles à décontaminer

Après la catastrophe nucléaire de Fukushima, le gouvernement japonais a décidé de décontaminer la zone irradiée. Une centaine de communes sont concernées, certaines situées à plus de 100 km de la centrale. Mais la tâche est insurmontable, en particulier parce que 65 % de cette zone est couverte par la forêt, où il est impossible de faire baisser à main d’homme la radioactivité prisonnière des feuilles et de l’humus.

.

par Magali Reinert

.

csm_Un_technicien_de_l_agence_de_l_energie_atomique_japonaise_mesure_la_radioactivite_dans_la_foret_a_quelques_kilometres_de_la_centrale_de_Fukushima-Daiichi_Magali_Reinert_Novethic_919032993a

Un technicien de l’agence de l’énergie atomique japonaise mesure la radioactivité dans la forêt à quelques kilomètres de la centrale de Fukushima-Daiichi @ Magali Reinert / Novethic

 

Selon l’Agence de l’énergie atomique japonaise, la commune de Kawaguchi est un « modèle » : à une vingtaine de kilomètres de la centrale de Fukushima-Daiichi qui a explosé en mars 2011, le maire annonce avoir réussi sa décontamination.

.

Cet article a été publié le 10 mars  2015 sur le site Novethic. Pour lire la suite du texte, cliquez ici.

 

 

 

.

.


.

Fukushima : l’insoluble problème des déchets contaminés

A Fukushima, les déchets contaminés s’accumulent. Des millions de mètres cubes de terre et de végétaux irradiés sont entassés dans des sacs en plastique, des centaines de milliers de litres d’eau radioactive sont stockés autour de la centrale… Et personne ne sait jusqu’où se sont enfoncés les trois cœurs de réacteurs fondus.

.

par Magali Reinert

.

a,

A Fukushima, la terre et les végétaux irradiés sont entassés dans des sacs en plastique @ Magali Reinert / Novethic

 

Sur le papier, le calendrier de gestion des déchets contaminés était simple : les communes irradiées acceptaient d’accueillir dans des lieux de stockages temporaires (kariokiba) les sacs étanches remplis de terre et végétaux radioactifs issus de la décontamination. Le gouvernement s’engageait, de son côté, à récupérer tous les sacs d’ici janvier 2015, pour les acheminer sur deux grands sites de stockage longues durée. Mais janvier 2015 est passé et les sacs s’entassent toujours dans les kariokiba.

.

Cet article a été publié le 11 mars  2015 sur le site Novethic. Pour lire la suite du texte, cliquez ici.

 

 

.

.


.

 

Fukushima : récit d’un désastre

Retour sur un livre essentiel pour saisir la portée de la catastrophe

.

par Catherine Levesque

.

product_9782070450473_195x320(1)Lors de mon premier voyage au Japon, un an et demi après le tsunami, j’ai lu l’ouvrage * de Michaël Ferrier, qui m’a profondément marquée, dans la très littéraire collection blanche NRF Gallimard *. À la manière d’un Emmanuel Carrère, ce professeur de littérature, qui réside à Tokyo, y raconte l’événement avec précision : la gigantesque secousse sismique qui a fait tanguer les gratte-ciel de la mairie de Tokyo, les vagues dévastatrices qui ont noyé la côte nord-est de Honshu, déclenchant une catastrophe encore plus menaçante, celle de Fukushima, vingt-cinq ans après Tchernobyl.

.

Michaël Ferrier rend compte et livre les faits de façon quasi organique : la capitale assombrie, le rationnement, le tourisme en berne malgré la floraison des cerisiers, les dosimètres en rupture de stock…

.

Avec son épouse, il décide de « monter dans le Tohoku » – pour s’approcher au plus près de la zone interdite – un cercle de 20 kilomètres de circonférence autour de la centrale éventrée, si bien décrit dans le film The Land of hope (2013). À bord d’une camionnette remplie de vivres, de vêtements et de médicaments, il décrit la désolation, les odeurs, la « météo des radiations » livrée par Radio Fukushima, tout en livrant au fil du récit des témoignages de survivants et des éléments scientifiques précis et éclairants qu’il obtient auprès des chercheurs, des institutions…

.

Les cent dernières pages se concentrent sur les villages-frontières de la zone contaminée et sur ce que l’auteur nomme la « demi-vie » : les répliques, la désinformation, les confidences d’un liquidateur, la décontamination, la pluie que l’on redoute… Un essai puissant sur « une catastrophe lente, diluée, une catastrophe continuée ».

.

Le titre Fukushima, Récit d’un désastre est depuis sorti en collection Folio (n° 5549), Gallimard.

.

À lire également sur le même thème : L’Archipel des séismes, Écrits du Japon après le 11 mars 2011, éd. Picquier Poche.

.

.


.

Fukushima : Toshihide Tsuda, un épidémiologue entêté

L’homme est discret tout comme l’a été son passage en France, il y a quelques semaines. Pourtant, Toshihide Tsuda est un scientifique qui mérite d’être connu.

.

par Dominique Lang

.

IMG_2521

La centrale nucléaire de Fukushima @ Claude-Marie Vadrot

Son domaine : les études épidémiologiques qu’il mène au sein de l’université d’Okoyama, au sud du Japon, avec comme objets d’études déjà à son compteur les effets de l’arsenic ou des poussières de silice. Et aussi du mercure, de triste mémoire dans le pays.

.

C’est, en effet, au Japon qu’a eu lieu un des premiers grands scandales sanitaires liés à des activités industrielles toxiques. L’usine pétrochimique de Minamata, installée en 1907, portait pourtant haut les couleurs de l’industrie japonaise. Mais, à partir de 1949, une maladie nouvelle apparut dans la région. Et il fallut toute la perspicacité et la persévérance d’un médecin du travail de l’entreprise, le docteur Hajime Hosokawa, pour faire expérimentalement le lien entre l’oxyde de mercure abondamment utilisé dans l’usine et l’épidémie en cours. Il avait observé, en effet, que certains chats du port de la ville étaient perturbés au point d’aller se noyer dans la mer : c’était donc, notamment, par les poissons contaminés au mercure – nourriture commune des chats et des humains – que la maladie se répandait. Des centaines de décès, des milliers de malades et de malformations congénitales en suivirent. Sans oublier l’émergence plus lente des leucémies.

.

Né en 1958, dans les années où éclatait l’ampleur de cette catastrophe, le professeur Tsuda a-t-il été marqué par ce drame au point d’orienter son propre engagement ? L’histoire ne le dit pas. Mais sa dernière publication (1) témoigne au moins qu’il est aussi opiniâtre que le docteur Hosokawa. Depuis le mois d’octobre 2011, il mène, en effet, une impressionnante enquête épidémiologique auprès des enfants et adolescents des comtés avoisinants de la centrale nucléaire de Fukushima-Daichii. Car, si les autorités se sont toujours voulues rassurantes après avoir évacué les populations vivant à moins de 20 km de la centrale, la réalité d’une contamination sanitaire de ce genre résiste souvent aux précautions de base et aux principes.

.

Patiemment, en deux vagues d’examens par ultrasons menés sur la période 2011-2014, l’homme a ainsi examiné plus de 300 000 enfants. Parmi les conclusions, actuelles de son travail, qui se poursuivra dans les années à venir, la mise en évidence d’un « excès de cancers de la thyroïde parmi les enfants et les adolescents de la préfecture de Fukushima » ne peut qu’inquiéter. Bien sûr, des experts locaux, s’appuyant sur une enquête de l’OMS rendue publique en 2013, ont immédiatement parlé de chiffres faussés, du fait d’un dépistage systématique qui aurait naturellement fait augmenter le nombre de cancers détectés. Mais les chiffres sont entêtés : l’ordre de grandeur des cas détectés dépasse de loin celui d’un simple « effet de dépistage ». Et les chiffres varient avec le degré d’exposition au nuage radioactif. L’homme lutte désormais pour que les autorités sanitaires anticipent cette multiplication – qui va s’accélérer – des cas des cancers de la thyroïde et des autres, dans les années à venir.

.
(1)  « Détection des cas de cancers par ultrasons parmi des résidents âgés de 18 ans et moins, à Fukushima, 2011-2014 ». Epidemiology, 2016, 27.

.

Cet article a été publié dans le quotidien la Croix, que les JNE remercient pour l’autorisation de reproduction.

.

.


.

Fukushima : la catastrophe nucléaire et l’agriculture

Le département de Fukushima était l’un des trois départements du Japon les plus peuplés d’agriculteurs. L’accident nucléaire a totalement changé cet secteur, très important dans l’économie de la région. Voici une petite chronique des quelques mois qui ont suivi l’accident, enrichie avec des éléments d’actualité récents.

.

par Hanyu Noriko

.

Centrale Fukushima 1

La centrale nucléaire de Fukushima @ Claude-Marie Vadrot

Après le séisme et le tsunami du 11 mars 2011, les aliments de secours ont été envoyés de toutes les régions du Japon vers les régions touchées. Il n’y avait aucune information sur la contamination par des substances radioactives rejetées de la centrale nucléaire de Fukushima Dai-ichi.

.

Ce n’est que le 21 mars qu’après avoir découvert des épinards hautement contaminés, les autorités japonaises ont publié les noms des variétés de légumes à ne pas faire circuler sur le marché. A Takahagi, ville située dans le département voisin d’Ibaraki, à 86 km au sud de la centrale, l’activité de l’iode 131 était de 15.020 Bq/kg et celle du césium (134, 136 et 137) 524Bq/kg dans un échantillon d’épinards, dépassant largement les normes provisoires au Japon de 2.000 Bq/kg pour l’iode et de 500 Bq/kg pour le césium.

.

Les produits agricoles interdits pour la circulation sont devenus nombreux: épinards et légumes de la famille des brassicacées (choux, navet, colza, moutarde, raifort, cresson…) produits dans les trois départements d’Ibaraki, Tochigi et Gunma, lait de Fukushima et d‘Ibaraki et persil d’Ibaraki. Les légumes de Fukushima tels que les choux et brocolis ont été placés sur la liste des aliments dont il fallait « limiter la consommation ».

.

Entre la fierté de paysan et les blessures psychologiques et économiques

Les agriculteurs s’inquiétaient des rumeurs. Les consommateurs éviteraient tous les produits agricoles de ces régions même s’ils sont aux normes. Un dirigeant de la coopérative agricole de Fukushima ne cachait pas sa colère : « les impacts économiques et psychologique sont énormes pour les agriculteurs. Des légumes qu’ils ont fait pousser avec beaucoup d’amour sont bannis. Les consommateurs n’achètent même pas le riz mis sur le marché avant l’accident nucléaire. Nous subissons les influences des rumeurs. »

.

Un agriculteur bio de Fukushima installé depuis 30 ans à 60 km de la centrale s’est suicidé le lendemain de la déclaration du gouvernement sur la recommandation de limiter la consommation des choux de Fukushima.

.

Il apparaît que les agriculteurs sont divisés en trois groupes. Ceux qui gardent l’espoir de continuer à cultiver dans leur région, mais sont sceptiques, ceux qui veulent reconstruire l’agriculture dans la région et ceux qui ont abandonné l’idée de continuer l’agriculture dès qu’ils ont vu la gravité des conséquences de l’accident nucléaire. Murakami Shimpei fait partie de ce dernier groupe. Agriculteur bio installé à 40 km de la centrale, marié et père de trois enfants en bas âge, il a témoigné lors de son passage en France en mai 2011. Alertés par des amis anti-nucléaires, lui et sa femme se sont vite rendus compte que les informations officielles étaient fausses et que la fusion du cœur du réacteur avait déjà commencé. Ils ont été  les premiers à partir pour se réfugier chez les parents de l’épouse à 500 km de la centrale. Ayant perdu tout ce qu’il a construit à Fukushima, Murakami Shimpei veut passer le reste de sa vie à lutter contre l’énergie nucléaire.

.

Les normes et contrôles sont-ils suffisants ?

Le 28 mars 2011, les gouverneurs des huit départements au sud et au sud-ouest de la centrale et celui de Fukushima ont demandé au gouvernement de rendre moins sévères les seuils des substances radioactives dans les produits agricoles. Deux de leurs demandes ont été entendues. Le gouvernement a décidé le 31 mars 2011 d’autoriser la circulation des produits agricoles si la contamination était inférieure aux normes, avec trois contrôles de suite pendant plus de deux semaines. De plus, l’interdiction de circulation ne serait plus fixée au niveau départemental, mais communal. Cela faciliterait la commercialisation des produits agricoles.

.

Mais les normes avaient été déjà adoucies après l’accident nucléaire de Fukushima. Avant, il n’y avait pas de normes sur les substances radioactives dans les aliments produits au Japon. Le gouvernement japonais a fixé une norme provisoire de 500 Bq/kg basée sur celle édictée pour les produits importés après l’accident de Tchernobyl : 370 Bq/kg pour les césiums. A titre de référence, Strahlentelex, association allemande pour les informations sur la radioactivité, recommande aux habitants au Japon de ne pas consommer des produits contenant plus de 8 Bq/kg de césium 137 pour les adultes et 4 Bq/kg pour les enfants… Cette recommandation découle d’un résultat d’analyses suivant l’accident de Tchernobyl.

.

« Mangez les produits agricoles des régions sinistrées pour la solidarité ! »

Pour lutter contre les rumeurs et soutenir les agriculteurs des régions proches de la centrale nucléaire de Fukushima, plusieurs acteurs ont commencé à lancer des actions à partir du mois d’avril 2011 : les cuisiniers utilisaient des produits de ces régions en affichant leur solidarité avec les agriculteurs. Les grossistes de produits agricole, l’Association nationale des commerçants et des étudiants ont collaboré avec la Coopérative agricole du Japon (JA), le plus important organisme agricole qui regroupe plusieurs activités liées à l’agriculture, afin de vendre directement aux consommateurs des fruits et légumes, des produits laitiers et de la viande de ces régions à des prix avantageux.

.

Les produits vendus avaient le certificat de sécurité délivré par les autorités sanitaires départementales ou la JA. Le 28 avril 2011, le ministre de l’agriculture et la ministre chargée des consommateurs ont publié un communiqué commun : « Nous préparons une campagne « Aidez les régions en mangeant ! » afin de solliciter la consommation des produits alimentaires des régions sinistrées par le séisme et des zones voisines. Le but de l’action est de soutenir la reconstruction des régions grâce à la solidarité. »

.

La réaction des consommateurs a été complexe. D’une part, une méfiance vis-à-vis des produits issus de fermes proches de la centrale. D’autre part, la volonté de soutenir les agriculteurs sinistrés. Kameda Toshihide, président à Fukushima de Nominren, syndicat agricole japonais qui est membre du réseau international Via Campecina, a exprimé son avis à Paris le 16 mai 2011 lors de sa visite : « Ce mouvement est très touchant, mais je préfère qu’ils nous soutiennent autrement. Je voudrais livrer aux consommateurs des aliments sains. Je ne veux pas faire un acte qui ne convient pas à ma philosophie. » Murakami Shimpei, présent à Paris aux côtés de Kameda, a ajouté : « Les contrôles sanitaires ne sont pas réalisés systématiquement. »

.

Le calvaire des animaux de ferme

Le 20 avril 2011, le gouvernement a interdit l’entrée dans la zone située dans un rayon de 20 km autour de la centrale de Fukushima. A cette date, 78.000 habitants de cette zone étaient déjà évacués. Avant le 11 mars, y vivaient 3.500 bovins, 30.000 cochons, 680.000 poules et 100 chevaux. Deux mois plus tard, 1.300 bovins et 200 cochons rescapés ont été retrouvés. Les autres animaux étaient morts à cause du manque d’aliments et d’eau. Le gouvernement a ordonné l’euthanasie des animaux restants si les propriétaires étaient d’accord. Mais l’identification des propriétaires des animaux et la capture des bêtes sorties en pleins champs demande énormément du travail. Et il est difficile de trouver des personnes acceptant de travailler sous de hauts niveaux de radiations. Pour sauver ces animaux et étudier l’impact des radiations sur eux, un groupe des vétérinaires a eu l’idée de créer un sanctuaire regroupant les bêtes dont les propriétaires ont refusé l’euthanasie.

.

Le bétail à risque dispersé à travers tout le Japon

Le 21 avril 2011, deux nouvelles zones d‘évacuation en dehors de celle des 20 km ont été définies : une zone de risque d’irradiation de 20mSv /an, que les habitants étaient priés de quitter dans un délai d’un mois, et une zone que les habitants devaient être prêts à quitter en cas d’urgence. Le bétail situé dans ces zones, surtout 20.000 bovins, devait aussi quitter les lieux pour d’autres régions.

.

Ainsi, le ministère de l’agriculture a commencé à chercher partout dans le Japon des fermes qui accepteraient ces bêtes. Avant le transfert, les animaux sont tous contrôlés et seuls ceux avec une radioactivité inférieure aux normes pouvaient sortir de la région. Si elle était plus élevée, on laverait les animaux avant de les réexaminer. Avec un nouveau contrôle, si la radioactivité baissait, les animaux étaient considérés comme sains. La norme pour le bétail est la même que pour les êtres humains. La préfecture de Fukushima avait « adouci » ce seuil le 14 mars 2011. Les bovins et les cochons ont été achetés par des départements situés très loin de Fukushima. Mais avant ce tranfert du bétail, les professionnels d’élevage vendaient librement la viande de la zone hautement contaminée.

.

Des produits agricoles de Fukushima pour les Jeux olympiques de Tokyo ?

Cinq ans plus tard, la situation est loin d’être maîtrisée. Les réacteurs continuent à produire de l’eau contaminée radioactive, utilisée pour le refroidissement. Déjà, en avril 2011, la compagnie d’électricité Tepco avait lâché dans la mer 14.000 tonnes d’eau contaminée. En 2014, on a découvert que l’eau contaminée des réservoirs fuyait vers la mer et les eaux souterraines. Les terres contaminées sont de plus en plus volumineuses. Beaucoup d’agriculteurs de Fukushima ont arrêté leurs activités. S’ils continuent, ils mettent sur la terre des produits empêchant la fixation de césium dans les végétaux : le chlorure de potassium et la zéolite. En décembre 2015, 166 enfants et adolescents de Fukushima âgés de 0 à 18 ans sont atteints du cancer de la thyroїde ou sont soupçonnés de l’être. Le 29 février 2016, trois ex-dirigeants de Tepco ont été inculpés pour négligence professionnelle.

.

Malgré les difficultés, le gouvernement japonais veut reconstruire Fukushima. Ainsi, un ministère d’Etat en charge de la reconstitution a été créé en 2012 suite au séisme et aux accidents nucléaires. Les Jeux olympiques de Tokyo de 2020 seront une excellente occasion de relancer l’économie et de montrer à la société internationale la réalité de la reconstruction. De ce point de vue, le ministre en charge des Jeux olympiques et paralympiques de Tokyo, Endo Toshiaki, a exprimé en juillet 2015 son intention d’organiser des pré-sélections à Fukushima et d’utiliser des produits alimentaires de Fukushima dans les villages olympiques et paralympiques. Une direction en harmonie avec la politique régionale. Le 2 mars 2016, le gouverneur de Fukushima, Uchibori Masao, a déclaré dans une interview au Fukushima Mimpo, quotidien régional de Fukushima, qu’il voulait recommander aux producteurs l’obtention de la certification de sécurité des produits agricoles, forestiers et de la mer de Fukushima et organiser un système de fourniture des produits régionaux aux Jeux olympiques et paraolympiques. Le slogan « Mangez les produits des régions sinistrées pour la solidarité » sera-t-il élargi au niveau international ?

.

Cet article a été publié en 2011 dans la revue Campagnes Solidaires. Il a été révisé et actualisé pour le site des JNE.

.

.


.

Sur le site des JNE, deux dossiers spéciaux sur Fukushima et Tchernobyl

Trente ans après Tchernobyl et cinq ans après Fukushima, les JNE, dont certains membres ont réalisé des reportages sur les lieux et qui avaient organisé deux voyages de presse à Tchernobyl, ont décidé de mettre en ligne deux dossiers spéciaux sur ces catastrophes nucléaires.

.

Autour des deux dates anniversaires (11 mars pour Fukushima et 26 avril pour Tchernobyl), de nombreux textes seront progressivement publiés. Revenez donc régulièrement sur notre site afin de les découvrir…

Dossier Tchernobyl – 30 ans
Dossier Fukushima – 5 ans

Parmi les multiples sources d’informations accessibles sur ces deux accidents nucléaires majeurs, signalons la chronologie régulièrement réactualisée réalisée par la revue Silence sur Fukushima.

.

 

.

Signalons aussi ces conférences à Paris et à Lyon.

.

Fukushima#5 Affiche 2016 v5(5) - copie

.

Fukushima 5 ans apr__s 12 mars MDP

.

.


.

.

Retour à Fukushima

Des habitants mal informés entre angoisses et désespoirs et une centrale en plein bricolage.

.

par Claude-Marie Vadrot

.

04 Centrale Fukushima 2

Le bâtiment du réacteur N° 2 de Fukushima est resté dans le même état qu’en 2011 car la radio-activité qui y règne empêche toujours toute intervention. @ Claude-Marie Vadrot

Bien avant les zones encore interdites du département de Fukushima, les traces des inondations qui viennent de ravager la région sont visibles. Elles ont tué au moins une vingtaine de personnes et elles n’ont pas épargné les stockages, réputés provisoires, des 22 millions de tonnes de terre contaminée grattée sur une partie des terres polluées par l’accident du 11 mars 2011. Enfermés dans d’énormes sacs noirs et recouverts de bâches bleues ou vertes, ces déchets sont entassés dans des anciens champs de riz interdits de culture. L’eau des rivières en crues a entraîné un nombre inconnu de ces sacs de terre radioactive dans des rivières, sur d’autres champs et vers la mer. Y compris aux abords de la centrale accidentée. De quoi renforcer, malgré la discrétion des autorités, la méfiance qui étreint les Japonais quand il leur est suggéré de retourner dans les communes où l’interdiction de résider a été levée.

.

De nombreux spécialistes viennent de se réunir pendant une semaine dans la petite ville d’Hirono de nouveau ouverte, pour faire le point sur les conditions d’un retour. Mais, sur les 8000 personnes qui habitaient cette bourgade avant l’évacuation, seuls 2800 ont accepté de revenir. Les autres attendent d’avoir la certitude qu’ils peuvent le faire sans risque. Ils préfèrent l’hébergement chez des parents ou des amis ou dans les villages provisoires, logés dans de petites maisons de deux pièces dotées de tout le confort construites en hâte aux abords des petites villes épargnées, à un retour dans des hameaux ou des villages abandonnés. Ils craignent de s’y trouver un peu seuls sans avoir la certitude que ce retour sera sans effet sur leur santé. Ainsi raisonnent Yuka et Kazuo, un couple de 73 ans logé provisoirement depuis des années dans le village provisoire de Onigoe, une zone périphérique d’Ikawi, petite cité qui a échappé à l’évacuation. Assis sur les trois marches qui donnent accès à la maison offerte par les autorités, ils expliquent : « Nous avons assez déménagé, nous sommes fatigués. Nous resterons ici jusqu’au jour de mars 2017 où notre logement provisoire sera détruit comme le prévoit la loi. Ensuite, nous ne savons pas quoi faire. Nous ne sommes même pas sûrs que nous pourrons y manger les légumes du jardin. Et puis, il faudra tout débroussailler, c’est au dessus de nos forces, ceux qui nous traitent d’assistés doivent le comprendre ».

.

En attendant, Yuka cultive quelques légumes devant sa porte, comme d’autres résidents provisoires. A quelques maisons de là, une mère de famille qui surveille distraitement ses deux enfants, exprime la même angoisse du lendemain, inquiète pour la nourriture qu’elle retrouverait dans son village à quelques kilomètres de la centrale : « comment être absolument certains qu’elle sera saine, comment faire confiance aux contrôles des produits de cette région ? ». Une remarque qui revient dans les conversations de ceux qui attendent pour se décider ou ceux qui ont accepté de revenir à Hirono et constatent que la plupart des magasins restent fermés. Beaucoup d’évacués sont passés de l’interrogation du début, « quand est-ce que nous rentrerons ? » à une autre question «  jusqu’à quand pourrons nous rester ? ». Soit parce qu’ils n’ont pas confiance, soit parce qu’ils ont reconstruit une autre vie, avec des nouveaux voisins et un nouvel environnement plus rassurant. Ils traînent une angoisse diffuse que le visiteur éprouve au bout de quelques jours en songeant à la radioactivité.

.

Régulièrement réunis dans des « groupes de paroles », des parents –surtout les mères, en fait – reviennent sur le risque de contamination, y compris pour les repas servis dans les écoles qui ont été rénovées puis rouvertes : « Nous n’avons pas vraiment confiance, mais nous n’avions pas le choix, explique Daisuke Watanabé, mère de deux enfants. De plus, il y a pour tous la crainte de l’insécurité, les étrangers sont trop nombreux à Hirono. » Les « étrangers », ce sont les 3000 travailleurs appelés pour se relayer aux réparations de la centrale et qui sont plus nombreux en ville que les habitants revenus. Tous en parlent dans ces réunions informelles, les accusant de tous les maux, leur moralité et leurs « mœurs » de célibataires sont aussi fréquemment évoquées que la question de la nourriture. Au point de rechercher systématiquement des produits alimentaires qui viennent d’autres régions du Japon.

.

Pourtant, entre les collines et les petites montagnes verdoyantes, dans les zones considérées comme n’étant plus dangereuses, les champs de riz, petits et grands, sont proches de la récolte. Et les agriculteurs supplient les consommateurs de leur faire confiance, souvent en vain comme Niitsuma Ryohei qui s’est converti au bio il y a dix ans. Il cultive cinq hectares de riz, un hectare de soja et un hectare de brocolis et s’apprête à produire un peu de la boisson nationale, le saké. Il commence son plaidoyer par une célébration des paysages au sein duquel il vit : «  Nous avons une région et des paysages magnifiques, il faut les sauver. Il faut préserver notre nature, nos magnifiques rivières et nos poissons, nos fleurs, nos arbres. Nous restons volontairement à l’écart de l’agriculture de masse, nous respectons notre environnement. Bien sûr, je sais qu’il est difficile d’admirer un beau bouquet sur une table en ayant le ventre creux. Mais le bio et cette nature seront notre bouée de sauvetage, deux richesses qui nous permettrons de faire revivre notre province. C’est pour cela qu’il faut nous faire confiance, acheter nos produits, oublier la méfiance. C’est comme cela que nous réussirons à faire revenir des paysans et surtout des jeunes dans notre région ». Un objectif qui semble difficile à atteindre quand l’on constate que l’école toute neuve d’une petite ville, Nahara, dont les 7500 habitants ont été autorisés à revenir cet été, est désespérément vide pour la rentrée. « Nous sommes toujours malheureux », explique un habitant revenu avec réticence.

.

Dans le lycée d’Hirono, le Futuba Mirai high school, qui n’accueille pour l’instant que 150 jeunes gens, les adolescents hésitent entre optimisme et craintes difficiles à avouer, craintes qu’ils ont exprimé dans une courte pièce de théâtre jouée devant les habitants et les spécialistes venus essayer de les persuader d’un retour sans risque. Ce dont tente de les convaincre Natsuko Yoshida, une de leurs enseignantes, professeur d’anglais. Au cours d’un déjeuner à la cantine de l’établissement, après avoir rappelé que née dans la région elle a toujours vécue près du nucléaire, elle explique : « notre maison a été dévastée par le tsunami et j’ai eu de la chance, comme ma famille, de sortir saine et sauve de cette catastrophe. La contamination ? Beaucoup de mes anciens lycéens sont persuadés d’avoir été contaminés par ce qu’ils ont mangé dans les semaines et les mois suivant l’explosion. Ils ajoutent qu’ils n’y peuvent plus rien. Ce qui pose problème, c’est la coexistence entre ceux qui ont vécu directement la catastrophe et ceux qui ont suivi les événements de plus loin, ils n’ont pas le même vécu, les mêmes souvenirs ». L’un d’eux dira, après avoir longtemps hésité, pris par la timidité et la crainte d’être mal vu : «  vous savez, ce n’est pas facile d’être à la fois un survivant et peut-être porteur d’une maladie à venir à cause de la radioactivité…C’est pour cela que j’ai voulu jouer dans notre petite pièce ».

.

Les craintes, les hésitations, les pensées difficiles à exprimer, pour les ados comme les adultes, vieux ou jeunes, on les comprend en abordant les zones toujours interdites pour cause de contamination. Les collines et les forêts sont aussi belles qu’au sud, mais les villages et les hameaux sont morts, les champs abandonnés et les maisons désertes. Déjà mangées par la végétation qui commence à masquer les murs et les routes gardées par des policiers portant un masque devant les barrières qu’ils gardent jour et nuit pour faire respecter les interdictions. Un pays mort que surveillent des capteurs automatiques affichant des chiffres changeant selon la météo et les configurations du terrain. Des images et une atmosphère qui rappellent de façon sinistre la zone interdite de Tchernobyl.

.

Cet article a été publié dans l’hebdomadaire Politis.

.

.


.

Fukushima : visite angoissante au coeur d’une centrale sinistrée

Un journaliste des JNE a pu visiter la centrale nucléaire de Fukushima. Voici son témoignage.

.

par Claude-Marie Vadrot

.

L’un des bâtiments réacteur de la centrale nucléaire de Fukushima, non encore réparé pour cause de trop forte radioactivité – @ Claude-Marie Vadrot

Plus de quatre ans après l’accident qui a affecté trois de ses réacteurs, la découverte, sous étroit contrôle, de la centrale sinistrée de Fukushima où s’affairent des milliers d’ouvriers intérimaires et des centaines de techniciens, reste un choc angoissant. Le désordre y règne toujours et l’image obsédante des centaines d’énormes cuves pleines d’eaux contaminées, rappelle que la question de la pollution n’est pas réglée et que fréquemment, notamment lors des pluies diluviennes qui ont frappé la région à la mi-septembre, la contamination continue à atteindre le sous-sol et la mer : passant sous la plage où, vision saisissante, deux réacteurs – heureusement à l’arrêt lors du tsunami – avaient été construits parce que la Tepco avait fait des économies pour assurer leur refroidissement. Sans tenir compte de l’éventualité d’un tsunami.

.

Autre question non réglée que les visiteurs découvrent en dépit des précautions des « guides » qui contrôlent la prise de photographies: la maîtrise des trois réacteurs en partie fondus. Non seulement nul homme et nul robot ne peut aller évaluer les dégâts et apprécier l’état du magma de combustible nucléaire, mais les bâtiments n’ont pas été réparés. Pour cause de radioactivité trop importante. Seule la piscine ou refroidissaient les barres de combustible usagées a été sécurisée. Les responsables avaient promis la construction d’un sarcophage de protection pour 2019, mais ils n’osent plus avancer une date car ils ne peuvent pas l’envisager tant qu’ils ne sauront pas exactement dans quel état sont les réacteurs et si la température ne va pas brusquement remonter au dessus des 100 degrés officiellement annoncés.

.

IMGP2241

Une vue des 22 millions de tonnes de terres radioactives dispersées un peu partout dans la campagne près de Fukushima, simplement stockées dans des sacs noirs ou sous des bâches bleues @ Claude-Marie Vadot

Il suffit de se souvenir, pour être sceptique sur l’avenir, qu’il a fallu plus d’une dizaine d’années au consortium formé par Vinci et Bouygues pour construire et assembler le nouveau sarcophage destiné à coiffer un seul réacteur de la centrale de Tchernobyl et qu’il n’est toujours pas en place. Pour un coût qui devrait dépasser deux milliards d’euros en grande partie payé par la BERD, la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement. Les responsables de la centrale affirment qu’ils ne connaissent pas le montant des travaux déjà engagés.

.

Que le retour à la « normale » dans les réacteurs de Fukushima soit désormais « envisagé » pour l’horizon 2040, se lit dans l’état du chantier où fourmillent des hommes dotés de masques et de combinaisons de protection côtoyant d’autres ouvriers arborant un dérisoire masque en tissu sur la bouche. Guère étonnant que depuis le début des travaux, la Tepco ait déjà « usé » une centaine de milliers de salariés. Des intérimaires, sans qualification pour la plupart, atteignant les limites – non révélées – de leur exposition quotidienne à la radioactivité. Nul ne connaît non plus, tout au moins officiellement, les dégâts, maladies ou décès, de cette exposition permanente.

.

Pourtant, ces travailleurs évoluent dans un paysage de cauchemar où la radioactivité évolue de mètre en mètre, atteignant des sommets près des réacteurs accidentés. Les hommes, les camions et les grues travaillent dans un univers de déchets rouillés, de voitures et d’engins contaminés dont nul ne paraît savoir quoi faire. Tous les véhicules du personnel présents sur place au moment de l’accident rouillent doucement sur les parkings depuis quatre ans et demi. Les milliers d’arbres du pourtour de la centrale irradiés du pourtour lors de l’explosion des bâtiments ont simplement été coupés et couchés aux abords de la clôture qui délimitent les frontières des installations. Ils attendent, comme les dizaines de millions de tonnes de terre grattée entassés dans les anciens champs de riz de la région, recouverts de bâche insuffisante à empêcher les ruissellements et les infiltrations dans les nappes souterraines.

.

IMGP2215

Une petite ville abandonnée à 20 kilomètres de la centrale explosée de Fukushima @ Claude-Marie Vadrot

Entre les tas de déchets, les ferrailles rouillées, les cuves de rétention d’eau, serpentent des centaines de tuyaux et de câbles que les Japonais devront un jour décontaminer. Dans un désordre indescriptible, le long de routes étroites que parcourent des norias de camions d’où sortent parfois des nuages de poussières. Comme un résumé de la course contre la contamination menée par les ingénieurs de l’entreprise. Ils assurent qu’ils progressent mais n’en fournissent aucune preuve. Toutes les blessures de la catastrophe restent visibles. Et le projet d’injecter un mur de glace dans le sol pour contenir les infiltrations qui se poursuivent vers la mer, n’est pour l’instant qu’une méthode sous expérimentation. Les spécialistes de la Tepco en sont encore au stade du bricolage et des tâtonnements, qu’il s’agisse de leur environnement industriel pollué ou des réacteurs fondus grillent en quelques minutes les robots téléguidés envoyés les explorer tant les radiations restent fortes…

.

Cet article paraît également sur le site Mediapart. Une version plus longue a été publiée dans l’hebdomadaire Politis du 8 octobre 2015.

.

.


.

ANNUAIRE 2019
Spécial 50 ans


Ils nous soutiennent
pour nos 50 ans