Dossier forêts

Du bois-énergie méprisant l’écologie forestière et les citoyens

Quelques retours à l’issue des Assises Nationales de la Forêt devant l’ineptie du projet d’incinérateur biomasse à Gardanne.

.

par Bernard Boisson

.
L’imposture
Du bois-énergie contre les écosystèmes forestiers ; la mise sous tutelle de toute une conscience démocratique par des tractations politico-financières précipitées et en catimini, juste avant des élections présidentielles ; l’intérêt de multinationales comme E.ON (énergéticien d’origine allemande) à capter des subventions asséchant les fonds publics qui auraient pu être octroyés à des projets d’économie d’énergie ou d’énergies renouvelables à plus petite échelle, mais à rendement bien supérieur et plus pourvoyeurs d’emplois ; une excroissance industrielle trouvant son espace d’impunité à travers la sidération du public… En bref, une vaste imposture écologique, économique et humaine. C’est dans ce rapport de forces que se joue un projet sorti de son échelle : un incinérateur biomasse, relatif à la reconversion de l’actuelle centrale thermique à charbon de Gardanne aux abords d’Aix-en-Provence.

.

NDLR : selon le site Conso Globe, « le projet de l’électricien allemand consiste à convertir la tranche 4 de la centrale, fonctionnant au charbon et au coke de pétrole pour une puissance électrique de 250 MW en une unité de production utilisant la biomasse pour une puissance électrique de 150 MW »|.

« .

La centrale électrique de Gardanne @ Bernard Boisson

Un incinérateur biomasse industriel de cette échelle vise initialement une intensification des coupes rases en forêt sur un rayon d’action de 400 km ! De même, suivront selon toute logique des champs d’arbres ne dépassant pas 40 ans au profit de leur carbonisation, un âge bien en deçà de leur espérance de vie réelle ; ce qui nous conduit à un profond désagrégement des paysages tant sur le plan écologique que patrimonial. Des élus comme ceux des PNR (Parcs Naturels Régionaux) du Luberon, et du Verdon ainsi que d’autres qui n’ont jamais été préalablement consultés, se sont opposés à cette dégradation paysagère augurée. En résulte dès lors la décision d’importer du sud-ouest des Etats-Unis et du Canada, 80 % de la ressource via le port de Fos-sur-Mer ; un déplacement du problème, une parfaite ineptie concernant l’empreinte carbone du bois-énergie tandis que se présente la COP 21 !

.

Lors des Assises Nationales des Forêts, s’est exprimée ouvertement la crainte des forestiers de devenir les futurs boucs émissaires de l’opinion publique face à la multiplication des coupes rases, et à la dégradation paysagère des régions par des plantations d’arbres à durée de plus en plus réduite au profit du bois énergie. Nous assistons chez le forestier lucide à une position en porte-à-faux entre sa conscience professionnelle et la demande de technocrates, de hauts fonctionnaires et d’élus spectaculairement égarés dans la déréalisation des chiffres, pour ne pas dire dans quelques intérêts financiers fort pervers. Là, s’entrevoit une position de souffrance plus ouvertement déclarée par quelques-uns.

.
Mais comme souvent, les griefs professionnels et moraux se cachent derrière les chiffres que nous lisons, notamment via le collectif SOS Forêt du Sud.

.

Une imposture sur les subventions
Plus de 9 milliards de bénéfices par an seront empochés par E.ON. A quoi s’ajoute en prime plus d’un milliard d’euros sur 20 ans de subventions prélevées sur la facture d’électricité de chaque français. En incluant les aides aux investissements, ainsi que les frais d’entretien des voiries d’accès à la charge des collectivités locales… nous aboutissons à une estimation de 1,4 milliard d’euros, à comparer au 1/6 du coût total que pourrait constituer la rénovation thermique de plus de 100 000 logements parmi les 4 millions de foyers en précarité énergétique.

.

Un gaspillage d’énergie et une perte d’emplois
Pour 130 MW efficaces livrés au réseau, sur les 400 MW thermiques produits, nous aurons une perte des 2/3 de l’énergie dissipée dans l’atmosphère par la tour réfrigérante. Nous avons donc un rendement énergétique de 32,5 % sans prendre en compte la déduction de l’énergie dans les chantiers de coupes, du broyage, des transports du bois (à considérer désormais à l’échelle transatlantique !), et des pertes en ligne de distribution trop centralisée. Ces 32,5 % sont à comparer aux rendements de plus de 80 % de biomasse en cogénération. Ainsi nous avons uniquement sur le gaspillage énergétique de Gardanne, l’équivalence perdue d’une dizaine de micro-centrales à circuit court. De surcroît, le ravage d’une telle exploitation va induire la destruction des filières locales générant la perte de plusieurs centaines d’emplois, bien supérieure au nombre créé par E.ON.

.

Un verrouillage administratif et judiciaire
La multinationale E.ON pourra, grâce aux tribunaux mis en place par le traité transatlantique TAFTA, porter plainte contre l’Etat français ou contre toute collectivité locale, pour entrave à leurs bénéfices. Les investissements ayant commencé, le pire reste donc à craindre.

.

Cela range au nombre des exemples multiples, les droits universels de l’éthique entièrement mis sous tutelle de la mondialisation des intérêts, dans une inversion totale du rapport légitime des valeurs.

.

Des précédents
Remarquons aussi que l’incinérateur biomasse de Gardanne a eu un précédent britannique : le complexe industriel de Drax, au débit quinze fois supérieur à celui promis par Gardanne et important tout son bois d’Amérique du Nord !

.

Toutefois, en Bourgogne, Adret Morvan, membre du collectif SOS forêt, a déjà démontré qu’un autre projet Erscia (plus petit que Gardanne) ne servait que les intérêts de quelques-uns au détriment des habitants et de la ressource locale. Le projet a finalement été annulé par la justice grâce à l’action de deux associations (Loire Vivante et Decavipec) conjuguée au juridique, ainsi qu’à l’occupation du site conduite par Adret Morvan en attendant que la justice se prononce. Ces faits, sans doute guère relayés par la presse nationale, montrent aux citoyens qu’il n’y a pas à se décourager à porter leur indignation quand des faits comme Notre-Dame-des-Landes et Sivens plus médiatisés les conditionnent à penser le contraire. Le professionnalisme de plus en plus pris en défaut par la société civile, le bénévolat portant des contre-expertises dépassant sa connaissance technique au-delà des intuitions premières, constituent une dérive de société particulièrement grave entamant très en profondeur le pacte de confiance entre la société civile et les pouvoirs.

.

Les réactions
Du côté des autorités, qui y croit vraiment ? Nous ne saurions imaginer à quel point le droit de réserve dans les professions, la peur de se compromettre dans sa carrière personnelle par rapport à une ineptie imposée d’en-haut, semble faire tenir nombre de projets insensés comme un vernis tenant collé le bois pourri.

.

La centrale électrique de  Gardanne @ Bernard Boisson

Au sujet de Gardanne, nous assistons à une indignation française des élus de base sans allégeance au niveau national dans les intérêts de carrière. Mais pourquoi la direction du Parc National des Cévennes a-t-elle cautionné le projet et la coupe sur son propre territoire ? Est-ce la vocation d’un Parc National français de faire de la surexploitation sylvicole pour le bois énergie au mépris total des écosystèmes forestiers et du paysage patrimonial ? Où est sa dignité dans la valeur de l’exemple ? Quelle signification et quelle légitimité restera-t-il dès lors à l’intérêt de constituer des Parcs Nationaux en France ? Jusqu’à quel degré le curseur de l’ineptie peut-il être poussé ? Telles sont les questions passant par l’esprit du tout venant découvrant le sujet.

.

Pourtant, deux films éloquents montrent déjà le phénomène : Biomascarade, de Benoît Grimont, qui a été diffusé le 20 octobre à 20 h 30 sur France 5, et un autre plus ancien, L’Erreur Boréale de Richard Desjardins sur la surexploitation des forêts boréales canadiennes. Dans ces deux films, la méthode est montrée : on évide en coupe rase les parties internes des forêts laissant des bandeaux d’arbres sur les bords de route pour ne pas que cela se voie. Clôtures et barrières arguant de la propriété privée sont destinées à refouler les curieux indésirables.

.

La forêt privée semble beaucoup plus vulnérable aux injonctions futures du bois-énergie que les forêts domaniales déjà fortement prélevées pour le bois d’œuvre, au point que nous pouvons nous interroger si des mesures d’incitations fiscales ne seront pas bientôt instaurées pour placer davantage les propriétaires privés entre la carotte et le bâton.

.

Jusqu’où va la gravité d’une suspicion
La société civile représentée par différents penseurs aux Assises Nationales de la Forêt est en droit de se poser maintes questions. Les intérêts de marché ont-ils le droit à ce point de déposséder les peuples de leur cohésion avec la terre, de sorte que les générations futures n’auront plus que comme seul choix de s’enraciner dans des lieux déracinés ? Se fiche-t-on de la relation sensible aux lieux et de son incidence en retour sur la richesse de la culture et de l’âme d’un peuple ? Je me souviens de cette chanson de Bob Dylan s’indignant des pilotes de B52, qui avant de bombarder le Viêt-Nam se réunissaient pour la prière. Cette chanson dénonçait que l’on « mettait Dieu de son côté » pour n’importe quoi ! En fait-on autant aujourd’hui avec l’écologie ? Le bois-énergie au titre des « énergies renouvelables » est-il une façon de mettre l’écologie de son côté au mépris total des écosystèmes forestiers, de la biodiversité et de la naturalité, avec pour appui une ignorance instrumentalisée ? S’agit-il d’un bois-énergie au mépris de la relation humain/nature alors que des approches comme la sylvothérapie démontrent l’importance de forêts de qualité pour la santé et pour l’équilibre mental des individus et des peuples ? Là aussi nous pourrions signaler une non assistance à maturation des populations sur leur devenir et une spoliation démocratique. Car nous pouvons nous demander aussi si le tarissement des subventions pour une culture terrienne et une éducation écologique est vraiment à ce point fortuit étant donné les jeux de collusion des pouvoirs publiques agglutinés à certaines puissances économiques sans foi ni loi ?

.

Plus largement, quel que soit le niveau d’échelle de l’évènement, quand se posent des polémiques d’arbres et de forêts abattus, cela renvoie à peu près systématiquement à une forme de viol démocratique, où une collusion politico-financière minoritaire a imposé en catimini et au forcing ses décisions, au mépris de la globalité de ceux qui seront impliqués concernant la destruction des paysages dans leur maturité et la dégradation des écosystèmes. C’est notamment aux niveaux communal et régional un phénomène récurrent entre des élus et le BTP faisant fi des contradicteurs scientifiques et de la sensibilité citoyenne. Nous sommes donc dans un discrédit très grave de l’exercice public au profit des recettes gagnées par des minorités, alors qu’outre les impacts désastreux, d’autres secteurs prioritaires seront asséchés dans les budgets. Dans l’extrême, la reconversion d’industrie énergéticienne du charbon vers le bois-énergie conduit à une régression fulgurante de la qualité forestière rappelant les temps de déforestation liés aux anciennes forges et aux industries du verre dont la France se ventait pourtant d’être sortie depuis le début du XIXe siècle. Il serait temps de comprendre que l’âge dinosaurien de l’industrie est terminé et que la science du XXIe siècle est destinée à un autre futur.

.
De plus, parce que la volonté est de sauver d’abord un certain gigantisme industriel, prenons garde à ce que le bois-énergie ne se joue pas sur des mensonges comptables à l’heure où l’on ne peut plus taire le climat face au carbone produit.

.

L’impasse
L’incinérateur biomasse de Gardanne se situe donc dans la monstruosité du déni, au point paroxystique contre l’écologie forestière, contre la valeur paysagère des régions et des pays, que cela soit le nôtre ou que ce soient les Etats-Unis, le Canada, et demain sans doute d’autres pays…

.

Car cela fait bien longtemps que le champ de réflexions de l’écologie forestière, essentiel et prévalent, reste volontairement éludé…

.

Cela fait longtemps que sous le vocable « forêt » les « champs d’arbres » et les « écosystèmes forestiers » ne sont pas respectueusement discernés, au point que dans les statistiques, les surfaces forestières restent de la « forêt » tandis qu’augmentent la présence des coupes rases et des stades très immatures de reboisement. C’est dans l’aggravation générale de cette tendance que le bois-énergie fait désormais son nid. S’en suit l’art de faire mentir les chiffres. Un seul article ne saurait dire à quel point la gestion forestière repose sur une acculturation profonde de la population et sur une dérive perverse de la politique forestière.

.

Quand on ne répond pas à temps aux questions fondamentales d’une civilisation face aux déséquilibres de toutes parts en croissance, s’ajoute une étape supplémentaire dans l’absolutisme économique contre la Terre et contre l’humain. En lui une logique exclusive de profit finit par ressembler à un extrémisme refusant de déclarer son nom… Est évincée de ce type de rationalité une lucidité honnête dans l’intelligence systémique concernant la biodiversité sylvestre, les dynamiques forestières, le climat, l’équilibre mental des populations dans la cohésion nature/humain alors que cette prise en compte devient aussi une priorité devant la béance des déséquilibres. Sous l’effet d’une raison sectaire, nous partons dans une spectaculaire inadéquation comportementale de nos sociétés avec ses milieux de vie finissant par ressembler à une forme de démence économique en fin de caricature. Alors que tout discours officiel a toujours porté en préambule que la forêt a trois fonctions (écologique, sociale, et économique), qu’il soit vertement rappelé à l’Etat ses prérogatives sur la valeur écologique et psychosociale de la forêt qui devraient être pris en compte aujourd’hui à un niveau bien plus mature de conscience, compte tenu des avancées de connaissances dans ces deux domaines…

.

Des questions de fond dans la levée de conscience
La question se pose : quel courage voulons-nous laisser à l’irrémédiable quand nous le manquons à mettre hors d’état de nuire des projets fous ? Avons-nous comparé les deux pour nous sentir à notre aise à tout laisser filer ? Aimons-nous si peu notre descendance au point de lui faire payer le prix de notre absence dans les enjeux actuellement en cours ? Sommes-nous en temps de paix sous la mainmise de multinationales, comme sous un régime d’occupation, et devons-nous retrouver sous d’autres formes le courage des résistants d’antan pour dire « non » à des décisions que tout être humain non assujetti à des enjeux personnels de carrière refuse ?

.

Est-il même supportable de laisser dans ce domaine, nos élus nationaux commémorer nos héros de résistance, alors qu’ils laissent revenir par d’autres portes l’assujettissement des peuples ? Car soyons honnêtes : Gardanne est majoritairement refusé tandis que l’Etat est utilisé pour donner toute couverture aux tenants de tels projets, les faisant passer au forcing !

.

Gardanne : un problème forestier qui en cache d’autres, mais le dénominateur commun des dénis dans la mentalité technocratique semble rester sensiblement le même en tous. Ce serait plus simple de remonter d’abord à ce niveau, pour repenser différemment en aval toutes les décisions à reprendre, n’est-ce pas ?

.
Outre que cela apparaisse le dernier recours, il devient aberrant que ce soient aujourd’hui des citoyens libres de la société civile qui doivent s’extraire de leur vocation initiale pour jouer un militantisme d’alarme afin de dénoncer les impostures politico-financières compromettant les équilibres de nos sociétés comme la santé de la Terre. N’est-ce pas le signe d’alerte qu’un professionnalisme a chuté dans un état profondément délétère ?…

.

Au-delà de telles questions et considérations, remercions l’existence d’un collectif comme SOS Forêt à faire entendre ce scandale, et la disposition des syndicats forestiers à vouloir revaloriser leur profession au-delà des simples revendications de salaire. Les idées et les vocations ne manquent pas. Alors pourquoi fait-on comme si rien n’existait ? Bon sang ! A qui cela profite-t-il ?

.
Ces lignes à peine achevées, voient d’un seul coup des kalachnikovs à Paris s’octroyer toute l’attention des médias et de la population. Quand un certain extrême du non-sens prend tout le devant de la scène, outre les morts et les blessés à déplorer, cela permet à d’autres types d’absurdité de mieux s’installer à l’ombre de toutes les attentions. Il est singulièrement effrayant de voir tous les maux de la Terre se faciliter mutuellement dans l’émergence sans qu’aucune alliance entre eux se révèle. La COP 21 trouvera tous les services de sécurité nécessaires pour elle, alors que sont interdites les contestations off voulant dénoncer les insuffisances, les dénis et les inepties d’un monde politico-financier face au climat, à l’écologie et aux valeurs démocratiques ? Bien sûr, l’objectif est de les interdire au titre de l’alibi sécurité survenu à point nommé. Dès lors, reste le baroud d’honneur pour la frange avertie de la population ou de bien de prendre un train pour manifester dans des capitales voisines. Mais dès lors, où va-on dans cette grande confusion ? Que décidons-nous ?

.

Initiatives et remarques…
Quel que soit ce qui sera décidé par rapport à la COP 21, il importe dans toutes les régions de France d’avoir des comités citoyens de vigilance vis-à-vis de leurs paysages écologiques et patrimoniaux, tout particulièrement à l’égard des modes de gestion forestière dans le respect de leurs fonctions « écologiques » et « sociales » dans une période où l’Etat, les grosses entreprises, et la finance attestent de manière criarde de manquements et de méfaits graves au mépris de l’intérêt général.

.

Il est urgent d’exiger de l’Etat de se ressaisir dans les responsabilités pour lesquelles les citoyens le mandatent, car beaucoup de gens instruits, très choqués qu’il faille s’extraire de leur profession et de leur vocation pour réagir aux manquements professionnels de bien des décideurs, comprennent vite l’hémorragie du temps qui serait nécessaire pour retenir les dégâts en cours, tant par du militantisme d’alerte que par un bénévolat démesuré au service de l’information. C’est là aussi détourner gravement un peuple de son énergie vers l’essentiel…

.

Bernard Boisson anime le site Nature Primordiale. Pour en savoir plus sur les problèmes posés par l’exploitation de la biomasse au niveau européen, il vous conseille vivement le rapport rédigé par Fred Pearce pour l’ONG Fern.

.

.


.

Une tournée forestière au Portugal

L’Association Forêt Méditerranéenne, dont le siège est à Marseille, organise chaque année un voyage d’étude sur le terrain. Cette année, c’était le Portugal.

.

par Roger Cans

.

Pour nous y rendre, nous avons d’abord traversé le nord de l’Espagne, où la forêt se borne à des plantations d’eucalyptus. A gauche de la route, des eucalyptus, à droite de la route, des eucalyptus. Affligeant de monotonie. Ces arbres d’importation se régénèrent maintenant naturellement, de sorte qu’ils sont durablement installés.

.

Au Portugal, il y en a aussi, mais beaucoup moins. Dans l’Alentejo (« l’outre Tage ») où nous avons circulé, les premiers eucalyptus ont été plantés dans les années 1950 pour lutter contre la malaria. Mais, depuis, les grands conglomérats du papier ont vu tout l’intérêt du bois d’eucalyptus pour fabriquer du papier blanc de qualité écriture (alors que les résineux servent pour le papier carton ou le papier journal). Donc, l’eucalyptus fait aussi partie du paysage portugais. Et il ne sert pas qu’au papier. Il m’est arrivé d’acheter en France un manche de pioche en bois d’eucalyptus fabriqué au Portugal !

.

Cependant, l’essentiel des boisements est constitué de chênes verts (80 %) et de chênes liège (20 %). Dans les plaines de l’Alentejo, on ne trouve que de la savane arborée, où la densité d’arbres est très faible : 50 chênes verts à l’hectare et seulement 4 chênes liège à l’hectare (en moyenne). En fait, ce sont de vastes pâtures à vaches ou à moutons, où les arbres ne servent que de parasols. Les grands propriétaires fonciers ne vivent pas de la vente du bois, car le bois de feu (chêne vert) ne trouve plus preneur et le liège a perdu la moitié de sa valeur sur le marché. Ce qui rapporte, c’est la prime à la vache allaitante offerte par l’Union européenne, comme en Corse. Les bovins vivent leur vie seuls dans la savane, avec de l’herbe en hiver et des plantes sèches durant l’été. On ne s’occupe d’eux que pour les vendre. L’Union européenne, qui a décidément bon dos au Portugal, finance aussi des reboisements de chênes liège sur les terres en friche.

.

Pour trouver de la vraie forêt, il faut aller dans la montagne, vers la frontière espagnole. Le maquis de cistes et de chênes verts abrite le chêne liège qui, là, est exploité. La première levée de liège (dit « mâle ») est faite lorsque l’arbre atteint 70 cm de tour. La première récolte ne donne que du liège à broyer pour faire des panneaux ou du matériel isolant. Le liège de repousse (dit « femelle ») sera récolté ensuite tous les neuf ans. C’est avec lui qu’on fait les bouchons de qualité. Les ouvriers chargés du démasclage travaillent avec une simple hache, dont le manche est taillé en pointe pour décoller l’écorce du tronc. Ils doivent faire attention à ne pas toucher l’aubier, sous peine de blesser l’arbre. Ils portent eux-mêmes leur récolte sur l’épaule jusqu’à la remorque d’un tracteur qui pénètre dans le maquis. Nous avons vu la même chose au Maroc, dans les forêts du Rif.

.

L’arbre le plus exploité dans l’Alentejo est l’olivier, pour sa précieuse huile. Mais à la culture traditionnelle de l’olivier qu’on laisse vieillir en le taillant à hauteur d’homme pour faciliter la récolte, se substitue aujourd’hui une nouvelle technique : les oliviers sont plantés très serrés et taillés comme une vigne à 1 m 20, 1 m 30. De loin, on dirait en effet des vignes très denses, mais ce sont de jeunes oliviers qui vont être récoltés mécaniquement et que l’on ne laissera pas vieillir. C’est la culture industrielle de l’olivier…

.

L’autre arbre très exploité est le pin pignon (notre pin parasol), planté par parcelles entières pour produire les pignes, très appréciées dans la cuisine. Mais, comme l’eucalyptus, il prend feu très facilement. L’incendie est la principale menace en « forêt méditerranéenne », même lorsqu’elle est plutôt atlantique.

.

La cigogne est un oiseau omniprésent dans la région. A proximité des points d’eau, on voit des nids sur tous les poteaux télégraphiques (que l’oiseau préfère aux arbres pour sa sécurité). Sur les pylônes de lignes à haute tension, on aperçoit des anémomètres qui tournent constamment : ce sont des dispositifs pour dissuader cigognes et grands rapaces de se poser et de s’électrocuter. Astucieux et économique. Curieusement, on ne trouve pas d’éoliennes dans la région pour exploiter l’énergie du vent. Cela viendra peut-être.

.

Nous visitons un Centre d’études et de sensibilisation à l’environnement, installé sur 200 hectares de collines. On y pratique le reboisement de chênes verts sur « bourrelets à double butée », arrosés par goutte à goutte. On y cultive les plantes aromatiques et médicinales. Des dames sont occupées au tri du fenouil séché, au milieu de cartons pleins de trésors : sachets d’origan, de tilleul, de romarin, de menthe, de sauge, d’immortelle et même de feuilles de frêne. Le Centre élève des ânes, des chèvres, des moutons… et des paons. Le caroubier, ici, est un arbre fourrager. On donne ses gousses chocolatées au bétail.

.
On vante aussi l’architecture bioclimatique avec des constructions en pisé avec toiture reposant sur des cannisses. Le Centre a mis au point une cabane de berger modèle, dont plusieurs exemplaires sont exposés au milieu d’un champ. Les quelques cultures de céréales sont labourées selon les courbes de niveau, pour éviter l’érosion. Malheureusement, l’arrivée des tracteurs a perturbé cette bonne habitude héritée de la traction animale. Dans les collines alentour, bien des labours sont effectués dans le sens de la pente. La sensibilisation ne fait que commencer…
.

.


.

Le charme du hêtre

Quand on aime la forêt, on aime toutes ses composantes animales et végétales.

 

par Jean-Claude Génot, écologue

 

Photo Jean-Claude Génot

Photo Jean-Claude Génot

J’apprécie tous les arbres à condition qu’ils soient dans leurs stations naturelles et pas introduits par les forestiers pour des raisons purement économiques. Mais il y a un arbre que j’aime par dessus tout, c’est le hêtre. Pourtant, cet arbre n’a ni la longévité du chêne, ni la popularité du sapin. Il est considéré comme commun, fragile en cas de tempête et très dominateur face aux autres espèces de lumière.

 

Mais sa fragilité en fait sa principale qualité écologique. S’il tombe, il alimente le sol en bois mort, s’il perd une branche charpentière, il offre des opportunités d’installation aux champignons et aux insectes et s’il casse au niveau du tronc, il devient une chandelle propice à la recherche de nourriture des pics. C’est l’arbre des climats humides et frais. Il a besoin de pomper beaucoup d’eau dans le sol et aussi d’humidité ambiante pour hydrater directement son feuillage.

 

Son tronc lisse et gris devient une véritable colonne d’eau en cas de pluie, collectant tous les ruisselets venus des branches de son houppier. Il abrite lichens et mousses, et quand il devient très âgé, son écorce se craquelle et prend du relief dans lequel s’installent des mousses spécifiques que l’on observe dans les forêts pluri-séculaires de Roumanie.

 

C’est l’arbre naturel de nombreuses régions d’Europe, des Carpates de l’est à l’ouest de la France. Ne supportant pas le plein soleil, le hêtre est un arbre forestier par excellence, poussant bien à l’ombre. Si le forestier n’avait pas favorisé le sapin en montagne et le chêne en plaine, le hêtre régnerait en maître sur toute l’Europe centrale.

 

Toutefois, le hêtre peut cohabiter avec d’autres arbres et arbustes selon les stations écologiques comme le chêne pédonculé, le sapin, l’épicéa, l’érable sycomore et le houx. Dans les hêtraies sur sols acides, la flore est assez pauvre en sous-bois. Mais sur les sols neutres, la hêtraie accueille une flore herbacée plus riche et plus abondante (lamier jaune, sceau de Salomon multiflore, arum tacheté, mélique uniflore, ail des ours, etc.) ainsi que de nombreux arbustes (troène, aubépine, cornouiller, noisetier).

 

Le hêtre a des troncs aux formes multiples : fûts élancés dans les forêts « cathédrales », rabougris dans les forêts d’altitude, tordus comme à Verzy ou en têtards avec des formes fantastiques. Le hêtre est aussi bien adapté au sol calcaire qu’au sol gréseux, à la montagne qu’à la plaine et se prête à toutes les sylvicultures, du taillis à la futaie.

 

La hêtraie abrite de nombreuses espèces, grâce à ses grands troncs, son feuillage dense et ses fruits, les faînes, qui ont même nourri les hommes. Le loir, le pic noir, le pigeon colombin, la chouette de Tengmalm, la martre, le rhinocéros, coléoptère qui pond ses œufs dans le bois vermoulu, et l’ours (en Slovénie et des Abruzzes) vivent dans les hêtraies pour s’y nourrir, notamment quand la faînée est abondante, pour s’y reproduire ou les deux.

 

Hormis les faînes dont les hommes ont tiré de l’huile ou qu’ils ont mangé en bouillie ou en fruit sec, le hêtre a fourni un excellent bois de chauffage depuis des millénaires et a permis aux hommes de survivre face au froid. Les hêtraies ont beaucoup souffert des besoins multiples des sociétés, surtout à la veille de la Révolution française au travers des coupes, du pâturage ou du ramassage de la litière.

 
Dans de nombreuses régions d’Europe, les charbonniers ont exploité de très nombreuses forêts de hêtres jusqu’au début du XXe siècle. Les forestiers ont transformé les hêtraies sur exploitées en forêts de résineux à croissance rapide pour les besoins industriels dès le milieu du XIXe siècle. Même aujourd’hui, le hêtre, par son caractère naturel, spontané et dynamique, est considéré par certains forestiers comme la « mauvaise herbe » de la forêt parce qu’il gêne le chêne ou le pin, espèces de lumière, mais aussi parce qu’il rapporte moins quand il est de moindre qualité.

 

Pourtant, son rôle écologique est primordial dans le contexte du produire plus car cet arbre fournit le plus de micro-habitats pour la faune (fente, fissure, loge de pic, cavité naturelle) et qu’il peut générer plus facilement du bois mort à cause de son instabilité au vent et aux bris de glace. Conserver des vieux hêtres est donc indispensable pour la naturalité des forêts. Donner un nouveau rôle économique au hêtre dans la construction ou l’ameublement serait un moyen de relancer l’intérêt pour cet arbre merveilleux.

 

Mais qu’en est-il de l’avenir du hêtre face au changement climatique ? Le facteur clé pour cette espèce est le manque d’eau en été, bien plus qu’une élévation de la température moyenne. Or, le futur climat annonce des stress hydriques plus fréquents, ce qui rendrait le hêtre plus vulnérable aux attaques de champignons et d’insectes. Face à cette situation, deux attitudes s’opposent : ceux qui veulent remplacer le hêtre par une espèce plus résistante, comme par hasard le Douglas, un résineux à croissance rapide présent en France depuis moins d’un siècle (qui pourtant peut aussi souffrir d’épisodes de fortes sécheresses), et ceux qui misent sur la diversité génétique du hêtre, présent depuis les dernières glaciations, et capable de résister à des stress hydriques importants grâce à des écotypes plus tolérants à la sécheresse.

 

Le département de la santé des forêts a mesuré le déficit en feuilles du hêtre en France (ce déficit est un symptôme de stress lié au manque d’eau, de ce fait l’arbre peut moins bien assurer la photosynthèse). Il est passé de 20 % en 1997 à 30 % en 2011. Au changement climatique, s’ajoutent l’augmentation de la concentration en gaz carbonique et les apports azotés atmosphériques qui renforcent l’acidification des sols. Aucun modèle à ce jour ne peut prédire l’état de santé de la hêtraie d’ici les cinquante prochaines années. Il est probable que les hêtraies européennes vont subir des modifications plus ou moins profondes et qu’elles vont muter vers de nouveaux écosystèmes comprenant toujours du hêtre mais avec une autre composition végétale liée à la chimie des sols et au climat. D’ailleurs, la présence nouvelle du raisin d’Amérique et du cerisier tardif est un des symptômes de cette mutation. Ce n’est pas sans raison que l’UICN a classé les écosystèmes de hêtraie dans la catégorie « quasi menacés ».

 

S’il fallait des preuves de la beauté des hêtraies, ce sont les couleurs fauves de l’automne ou le vert tendre des premières feuilles printanières, teintes merveilleuses d’une diversité inouïe.

 

 


 

Les secrets des arbres décryptés par Francis Hallé

Professeur de botanique basé à Montpellier, Francis Hallé est un spécialiste de l’arbre, et particulièrement de son architecture. Désireux d’étudier la forêt tropicale, il a lancé à la fin des années 1980 les expéditions appelées « radeau des cimes », consistant à déposer à la cime des arbres des boudins gonflés avec des filets, afin d’inventorier la biodiversité de la canopée. Voici le compte-rendu de sa conférence à l’abbaye de l’Epau (Sarthe), le 11 mars 2014.

 

par Roger Cans

 

L’animateur lui demande de définir un arbre. Hallé répond qu’il avait naguère une définition, mais qu’un voyage en Afrique du Sud l’a jeté dans la perplexité : il existe là-bas un arbre souterrain dont les racines et le tronc restent sous terre, et dont le feuillage rampe au sol, en grandes surfaces. Il avoue qu’en matière de biologie, il a commencé par les animaux. Comme dit Francis Ponge, « les animaux, c’est l’oral ; les plantes, c’est l’écrit ». L’arbre est autonome et divisible. « Avec un sécateur, je vous en fais des centaines ». L’homme, en revanche, est indivisible. C’est l’individu. L’animal se fait manipuler par les plantes, qui l’attirent par leurs fleurs et leurs fruits. Sans champignons dans le sol, pas d’arbres.

 

Les eucalyptus d’Australie ont montré la timidité des couronnes, qui ne veulent pas se toucher. L’arbre épargne ses congénères, surtout les grands. En Afrique orientale, les gazelles broutent les feuilles de l’acacia. Mais l’arbre attaqué émet instantanément un signal pour que les autres acacias dégagent des toxines afin de se préserver. Les arbres sous le vent, alertés par l’arbre brouté, échapperont au broutage des gazelles. Il existe donc une forme d’empathie chez les arbres.

 

Un phénomène curieux : dans les jardins de Kew Gardens, dans la banlieue de Londres, les chênes se bouturent au sol par leurs branches basses. En Tasmanie, il existe un arbre de 43.000 ans qui se multiplie par les racines et produit sans cesse des clones. Une forme d’immortalité. L’arbre produit aussi des déchets : la lignine, substance rigide qui forme le cœur de l’arbre.

 

En matière d’architecture de l’arbre, on connaît 22 modèles pour 70.000 espèces. Tout le monde connaît le modèle sapin, bien droit avec ses branches transversales. Pour connaître l’âge d’un arbre, nous avons chez nous les cernes de croissance. Mais ce n’est pas valable partout. Par exemple, l’hévéa fait un cerne tous les 40 jours, et certains arbres d’Asie font des cernes tous les trois ans. Si l’on met à plat toutes les surfaces d’un arbre, on aboutit à des superficies immenses. Un arbre urbain moyen fait 200 hectares !

.

« Ma première forêt tropicale ? En Côte d’Ivoire quand j’avais 22 ans. J’étais comme Darwin découvrant la forêt atlantique du Brésil : stupéfait. Quand on a commencé à étudier les insectes de la canopée, on est passé de 3 millions d’espèces à 30 millions ! Il y a là-haut des crabes qui mangent les têtards de rainettes dans le creux mouillé des branches. En 2012, nous avons lancé l’Etoile des cimes au Laos, beaucoup plus légère que le radeau, qui pouvait porter six personnes. Pour la biodiversité, la forêt tropicale est imbattable : la bande équatoriale recèle 75 % de la biodiversité, alors que les mers n’en recèlent que 14 % ! »

 

« Mon dada : l’agroforesterie. » On peut pratiquer l’agriculture en forêt, à condition de connaître les arbres pour les exploiter au mieux et les replanter après. L’arbre est une usine d’épuration, qui capte le CO2 et rejette de l’oxygène. Au Japon, on étudie les réactions de l’arbre avant le séisme, grâce à des électrodes fixées sur les racines. « Je suis pour qu’on plante des arbres dans les cours des prisons. L’univers minéral, 24h sur 24, c’est l’enfer ».

 

Le plus grand arbre d’Afrique ? C’est le moabi. Tailler les arbres les rend dangereux. L’arbre n’a ni queue ni tête. L’arbre mobilier urbain : on l’abat quand il est trop grand, et on le remplace par plusieurs jeunes : c’est une arnaque, car le grand arbre fait partie du patrimoine, et la replantation de jeunes arbres coûte cher (alors que le grand arbre épure l’air gratuitement).

 

Le 3 avril, le Collectif SOS Forêt France monte à Paris

Depuis plusieurs mois, notre collectif alerte et informe les citoyens sur les conséquences graves qu’aurait l’adoption, en l’état, du projet de loi d’avenir sur la forêt.

 

UiCDGigHkNhGszq-556x313-noPadNous avons mis à disposition de tous et des élus notre analyse du projet de loi et nos propositions d’amendements faisant consensus au sein de nos différentes structures  adhérentes.

 

Ces documents et bien d’autres sont disponibles sur notre site. Grâce à notre mobilisation, notre pétition a déjà recueilli plus de 35 000 signatures en 15 jours .

 

Le 3 avril prochain, c’est le dernier jour de dépôt des amendements au projet de loi d’avenir sur la forêt. Quelques jours plus tard, à partir du 8 avril, les Sénateurs examineront le projet de loi.

 

Ce 3 avril sera l’occasion pour nous tous de réaffirmer notre détermination et notre refus d’intensifier et industrialiser la gestion forestière comme l’a été l’agriculture, avec les conséquences désastreuses que nous connaissons tous !

 

Symboliquement et de façon festive, nous vous appelons tous à nous rejoindre à 11h aux abords du Sénat (dans le parc près du kiosque) pour lancer un appel fort à une autre alternative pour la forêt et la filière bois.

 

De toutes les régions, venez habillés de noir, avec un ou 2 bâtons de marcheurs… Le Collectif assurera l’animation…

 

Et retrouvons nous ensuite l’après-midi pour échanger sur la suite à donner (fin vers 17 h maximum)

 

Contacts: www.sosforet.org et  contact@sosforet.org

Signez la pétition sur change.org/sosforet

Retrouvons le plaisir d’agir ensemble

S.O.S. forêt : sauvegarder la forêt… ou la supprimer ?

La politique forestière française risque de livrer la forêt aux traders du bois.

 .

par Jean-Claude Génot, écologue

.

L’humanité est dans un bus qui roule à tombeau ouvert vers un précipice. Il n’y a pas de chauffeur, mais chacun de nous peut soit accélérer soit freiner par ses choix de vie, la surconsommation ou la sobriété. Notre civilisation technophile et expansionniste du toujours plus nous mène vers ce que le philosophe et artiste Robert Hainard nommait « la saturation et l’horreur d’un camp de concentration généralisé ». Nous en avons une démonstration de plus avec la politique forestière française instaurée depuis le Grenelle de l’environnement et la loi Forêt en cours de discussion qui risque de livrer la forêt aux traders du bois.

.

Pour François Terrasson, penseur radical de la nature : « On perçoit comme forêt ce qui ne porte plus de façon apparente la marque de l’ordre humain. » Sommées de travailler plus pour une économie tyrannique fondée sur l’exploitation et la compétition, les forêts vont devenir des champs d’arbres, quadrillées de cloisonnements et de routes pour les machines.

.

Pense-t-on réellement que la biodiversité, cette nature qui s’adapte à nos activités parce qu’elle flatte notre orgueil de régent du monde naturel, est le bon moyen d’aborder la question centrale de la forêt ? Non bien sûr, seule la nature dans ce qu’elle a de sauvage, de libre, de spontanée et de résistante à l’homme, peut être le seul indicateur des limites à notre puissance.

.

Que se passe-t-il dans les forêts des Vosges du Nord (800 km2 dont 70 % de forêts publiques ayant un fort déficit de gros bois ; seulement 7 % de forêts matures) où je travaille comme écologue?
.

Les coupes pour le bois énergie sont apparues, elles ne respectent pas toujours le nécessaire maintien au sol des branches de moins de 7 cm de diamètre. Ce bois énergie pour chaufferies concurrence le bois bûche pour les habitants.

.

Les cloisonnements d’exploitation trop souvent à moins de 30 mètres d’intervalle dénaturent la forêt. Les rotations entre deux coupes sont plus courtes et nous sommes en route vers une décapitalisation et une baisse des diamètres d’exploitabilité. Des coupes sont pratiquées le long des chemins forestiers pour alimenter le Moloch du bois énergie sous couvert d’assainir la voirie et de protéger la « biodiversité »,mais pas celle liée aux arbres coupés…

.

Des aménagements forestiers classent en régénération des parcelles avec un diamètre moyen trop faible. La mécanisation avec notamment les abatteuses, apparue après la tempête Lothar, se généralise avec un principe non durable : adapter la forêt aux machines.

.

Un plan de développement de massif pour les forêts privées est en cours dans un secteur où 1200 ha de forêts spontanées, de 50 à 70 ans, ont été classées en ZNIEFF. Des signaux inquiétants surtout après avoir connu une embellie liée, en Alsace, à la fin des coupes rases et des plantations il y a un peu plus d’une décennie.

.

Face à la loi Forêt du plus fort sous-tendue par l’implacable raisonnement économique à court terme nous allons à marche forcée vers une industrialisation de la forêt, une « modernisation » du niveau de celle que l’agriculture a connu il y a cinquante ans. Le Plan Pluriannuel Régional de Développement Forestier, qui prévoit un agrandissement des unités de gestion, est à la petite propriété forestière privée ce que le remembrement fut à l’agriculture paysanne pendant les trente glorieuses (voir le texte sur le PPRDF http://www.forets-sauvages.fr/automne_modules_files/pdocs/edited/r108_10_naturalite_13.pdf.).

.

D’autre part, les propriétaires privés ont des avantages fiscaux et des aides directes s’ils coupent leurs forêts, mais rien n’est prévu pour ceux qui choisiraient de laisser leurs forêts en libre évolution alors que ces dernières jouent un grand rôle dans les politiques de protection de la nature.

 

Face à cette offensive des idolâtres de la croissance économique, il faut résister comme le propose le collectif SOS Forêt ( www.sosforet.org) car il y a une alternative à l’application du modèle agronomique à la forêt. Les acteurs du territoire du Parc naturel régional des Vosges du Nord l’ont exprimé dans la nouvelle Charte de ce Parc forestier (62 % de la surface) en se fixant deux objectifs : augmenter le degré de naturalité des forêts et développer une économie du bois locale à forte valeur ajoutée. S’il fallait un nouveau slogan à une politique forestière, ce serait : « produire mieux tout en augmentant le degré de naturalité et la gestion participative ».

.

Le communiqué du collectif SOS Forêt est à lire ici.

.

Les protecteurs de la nature existent-ils encore ?

Dans la lettre d’information des JNE du 24 juillet (et ici sur notre site), Marc Giraud se demandait légitimement si la protection de la nature existe encore en France.

.

 

Par Jean-Claude Génot

.

Il est vrai que la période actuelle est troublante puisque après les dégâts du méchant développement économique des trente glorieuses nous assistons maintenant aux dégâts du gentil développement durable fait d’éoliennes, d’éco-quartiers, de lignes TGV, de chaufferies bois sans remettre en cause la croissance et la démographie, ni les choix de la technoscience (OGM, nucléaire, nanotechnologie, géo-ingéniérie, transhumanisme) qui nous mènent droit à une planète artificielle invivable. En résonance au texte de Marc, j’ai envie de demander si les protecteurs de la nature existent encore, vous savez ceux qui osent interpeller les puissants et dire parfois niet (en référence à François Terrasson) au nom de la nature. Depuis le Grenelle de l’environnement, on peut se poser la question en ce qui concerne France Nature Environnement, et en particulier son réseau forêt.

.

Dans le numéro 36 de janvier-mars 2012 de la revue L’Ecologiste, Hervé Le Bouler, responsable du réseau forêt de France Nature Environnement, à la question « Comment expliquez-vous les très fortes contestations actuelles des coupes à blanc réalisées par l’ONF ? », a répondu : « Du point de vue biologique pur, il n’y a pas de problème, on n’est pas dans le cas d’une dégradation de la forêt ». Je ne peux que recommander à ce monsieur de lire certains ouvrages d’écologie forestière dont Les arbres qui cachent la forêt. La gestion forestière à l’épreuve de l’écologie de Didier Carbiener (publié en 1995 par Edisud) qui explique simplement les méfaits des coupes rases sur les sols et sur l’écosystème forestier, sans parler bien entendu des sacrifices d’exploitabilité, à savoir que l’on coupe des arbres qui pourraient encore grossir et rapporter plus d’argent à leur propriétaire.

.

Comme les journalistes de la revue L’Ecologiste sont consciencieux, ils ont enchaîné avec une autre question : « Justement, on pourrait éviter ces traumatismes si on changeait de modèle sylvicole et si on passait à la futaie irrégulière où par définition il n’y a jamais de coupe à blanc ? Qu’en pensez-vous ? » le « spécialiste forêt » de FNE a répondu : « La futaie irrégulière, c’est très compliqué. C’est très intéressant, ça développe l’intelligence forestière, et il est sûr que cela présente un énorme avantage en termes de stabilité de paysage. Mais c’est un déni de réalité, parce que l’on ne remarque plus les coupes. Moi je crois qu’il faut une prise de conscience que l’on doit couper les arbres, il ne faut pas être hypocrite, eh oui, on va couper ! Cela étant, je suis à 100 % pour la futaie irrégulière. Oui, cent fois oui ».

.

Pour éviter ce genre de propos consternant dans la bouche d’un administrateur de FNE, on ne peut que lui recommander de s’inscrire à des stages sur la futaie irrégulière dispensée notamment par l’association Pro Silva et de se rapprocher de l’Association Futaie Irrégulière. Mais peut-être que le « spécialiste forêt » de FNE ne sait pas que la forêt naturelle des zones tempérées se rapproche plus de la futaie irrégulière que de la futaie régulière ?

.

Comment en est-on arrivé là ? A ce que le responsable de la forêt d’une fédération nationale de protection de la nature soit un forestier traditionnel (dirigeant une pépinière forestière de l’Etat pour le Ministère de l’agriculture) dont les lacunes en écologie sont évidentes ? Fabrice Nicolino a bien sûr apporté des éléments de réponse dans son ouvrage remarquable Qui a tué l’écologie ? (éditions les Liens qui libèrent). Non content d’avoir signé le « produire plus tout en préservant mieux la biodiversité » lors du Grenelle de l’environnement en ayant l’impression d’une victoire, FNE n’a rien voulu entendre des protestations émanant des associations régionales des régions forestières (Alsace, Lorraine, Rhône-Alpes, Franche-Comté) sur les effets néfastes du slogan et ne s’est pas associé aux initiatives comme celle du collectif SOS Forêts Lorraine, devenu entre temps une initiative nationale soutenue par le WWF.

.

FNE n’a toujours pas remis en cause sa position qui la rend complice de la surexploitation des forêts et semble aveugle à ce qui se passe dans les forêts publiques (décapitalisation, rajeunissement des forêts, baisse des diamètres d’exploitabilité) au nom du produire plus. Souhaitons que l’enquête lancée par FNE sur la gouvernance avec les acteurs forestiers auprès des associations adhérentes lui fasse enfin changer de position car, dans le cas contraire, on pourra se demander si le Ministère de l’agriculture n’a pas lancé une OPA sur le réseau forêt de FNE.

.

Des forêts, pour qui et pour quoi ?

L’année de la forêt, qui vient de s’achever, fut surtout celle de la déforestation. Mais comment concevoir une gestion forestière capable de produire du bois, mais de qualité, d’accueillir le public, mais avec des limites, et de protéger la nature, mais sans artifice ?

par Jean-Claude Génot, écologue, membre des JNE

 

On peut se questionner sur la portée de ces années dédiées à des causes souvent perdues. 2010 fut l’année de la biodiversité, alors que la situation mondiale s’aggrave. L’année des forêts, en 2011, a eu pour contexte mondial la déforestation pour planter du soja ou des palmiers à huile, la transformation de forêts en plantation d’arbres OGM, la pression sur la ressource pour le bois énergie et des compagnies asiatiques qui lorgnent sur les forêts de Sibérie, tandis que chez nous le Grenelle de l’environnement nous conduit gentiment à la surexploitation pour le développement durable…

 

Il est intéressant de noter que de nombreux organismes ont accompagné l’année internationale des forêts d’un slogan, à savoir « des forêts pour les hommes ». Ce titre en dit long sur l’anthropocentrisme arrogant des hommes et notre incapacité à reconnaître également les forêts comme milieux de vie d’autres communautés vivantes que la nôtre. Le slogan éthiquement acceptable aurait dû être « des forêts pour les hommes et pour la nature ». Mais voilà, la forêt n’est vue que comme une pourvoyeuse de ressources et les autres espèces qui en dépendent n’ont qu’à bien se tenir et s’adapter ou disparaître, d’ailleurs n’est-ce pas la dure loi de la nature, comme le disent les néo-libéraux ? Cette vision utilitariste de la forêt peut certes conduire à de la mesure dans les prélèvements pour cause de gestion en bon père de famille. Mais l’absence de reconnaissance de l’autre, la nature non citée dans le slogan, n’incline pas à sa préservation.

 

Mais au fait, des forêts pour quoi faire ?

Un grenier à grumes pour les scieurs ? Un enclos de chasse pour les notables ? Un centre de loisirs pour les citadins stressés ? Un puits de carbone pour les technocrates de l’environnement ? Un jardin pour la biodiversité ? Seule une poignée de naturalistes revendique une forêt sauvage, libre et peu visitée, source d’émotions et de valeurs spirituelles*. Mais la forêt laissée à elle-même n’est manifestement pas d’actualité dans notre société obsédée par la rentabilité économique. Voyons, il faut être réaliste et laisser l’horrible zonage aux Américains, avec d’un côté des forêts naturelles dans les parcs nationaux et de l’autre des forêts rabotées par les compagnies « sylvo-minières ».

 

Chez nous, l’exception française a créé la forêt multifonctionnelle. C’est en fait un zonage déguisé, à savoir 98 % de forêt de production, 1 % de forêt d’accueil (les tables, parkings, bancs et autres équipements si « naturels ») et 1 % de forêt de protection (les réserves). Mais est-ce que l’on souhaite un autre zonage à l’échelle du pays avec d’une part, des champs d’arbres pour la production intensive sans trop se soucier des impacts sur la nature et, d’autre part, des forêts pour la détente, la chasse et la protection de la nature dans lesquelles la production n’est pas l’objectif principal, bref une sylviculture à deux vitesses ?

 

La gestion doit être multifonctionnelle quel que soit l’endroit, répètent en chœur les forestiers publics et certains gestionnaires privés. Il ne reste plus qu’à donner du contenu à ce qualificatif. Il faut donc essayer de concevoir une gestion forestière capable de produire du bois, mais de qualité, d’accueillir le public, mais avec des limites, et de protéger la nature, mais sans artifice.

.

Il existe une sylviculture qui permet de prendre en compte ces trois aspects sans schizophrénie, elle est dite à couvert permanent et pratique la futaie irrégulière. Mais s’il apparaît difficile à certains d’appliquer une telle gestion, ce n’est pas tant pour des raisons techniques ou économiques que culturelles et psychologiques. Car cette gestion « douce » et globale demande un comportement éthique, à savoir moins maîtriser la forêt et plus s’insérer dans la dynamique naturelle. On retombe donc toujours sur la question de la confiance en la nature et plus encore sur l’amour de cette nature, l’amour vu comme Sylvain Tesson le définit : « Aimer, c’est reconnaître la valeur de ce que l’on ne pourra jamais connaître ».

 

* Forêts Sauvages est une association de loi 1901 née en 2005. Son objectif principal est la préservation des écosystèmes à fonctionnement naturel au travers des principaux objectifs suivants : protection de façon intégrale des surfaces forestières conséquentes par la maîtrise foncière , promotion de la naturalité à tous les niveaux et édition d’un périodique diffusé par voie électronique : Naturalité, la lettre de Forêts Sauvage.

Le site de Forêts sauvages, Fonds pour la naturalité des écosystèmes : www.forets-sauvages.fr

 

L’exposition Forêts du monde des JNE à la mairie du XIIe arrondissement de Paris du 12 au 26 décembre 2011

Les JNE ont le plaisir de vous inviter au vernissage de l’exposition Forêts du monde le mercredi 14 décembre à la mairie du XIIe arrondissement de Paris dans le hall à 18h30, puis dans la salle Bel Air pour discuter autour d’un verre…

.

Cette exposition, déjà présentée dans le cadre du Festival du livre et de la presse d’écologie, réunit les photos de plusieurs membres de l’association. Elle se tiendra dans le hall de la Mairie du XIIe arrondissement du 12 au 26 décembre.

.

Adresse : 130 avenue Daumesnil. Métro Dugommier ou Daumesnil.

.

Photos de Gérard Blondeau, Bernard Boisson, Jean-Claude Chantelat, Pierre Demeure, Bernard Desjeux, Christine Kristof, Christel Leca, Marie-Hélène Léon, Geneviève Renson, Jean Robert, Elise Rousseau, Yves Thonnerieux, Jérôme Tubiana, Christian Weiss.

.

Avec la participation de
Pierre Demeure pour la conception technique et de
Pascale Marcaggi, Laurent Samuel, Richard Varrault…

.

Encadrement des photos : Sylvie Blondeau

.

Coordination : Carine Mayo

.

La forêt française au risque du changement climatique

A l’occasion de l’Année internationale de la forêt, une journée d’étude intitulée « Que nous apprend la recherche sur la vulnérabilité des forêts au changement climatique » a été organisée le 17 novembre 2011 à Paris (FCBA, Institut technologique du bois), avec la participation de l’INRA, l’ONF, l’ANR (Agence nationale de la recherche), ainsi que les réseaux spécialisés AFORCE et ECOFOR.

.

par Roger Cans

.

D’une manière générale, la recherche s’est montée très humble et incertaine face à des phénomènes que l’on commence seulement à étudier sérieusement. Alors que l’on dit souvent que la production de bois augmente avec l’augmentation du taux de CO2 dans l’air, la recherche tempère cette constatation. Certes l’INRA observe l’augmentation des rendements en blé, parce qu’il est moins sensible au déficit hydrique que les arbres. Si, dans de bonnes conditions de précipitations, la forêt est aujourd’hui plus productive, c’est dû à l’augmentation de durée de la saison végétative et au carbone disponible dans l’air pour la photosynthèse. Le CO2 limite l’évapotranspiration (fermeture des stomates) et favorise la production chlorophyllienne, donc les réserves en carbone.

.

Mais on observe localement des cas contraires, comme dans le Sud-Ouest. L’INRA de Bordeaux signale une « décroissance du confort hydrique » des arbres dans une grande partie de la façade atlantique (Centre Ouest et Sud-Ouest), suite à des périodes de sécheresse consécutives. Car « la forêt est la culture la plus impactée par le réchauffement climatique ». En matière forestière, en effet, « le stress hydrique n’est pas compensé par l’augmentation du taux de CO2 ». De sorte que le rendement du pin maritime a baissé de 10 % à 15 %. C’est en effet la température qui fait transpirer l’arbre, et donc pilote sa croissance et son rendement. « L’effet total est donc négatif pour la forêt ».

.

C’est pourquoi l’on observe déjà des changements dans le Sud-Ouest, où le hêtre tend à disparaître, et où le chêne vert gagne vers le nord et l’ouest. La sécheresse et la canicule de 2003 ont provoqué une forte mortalité du douglas en Dordogne, car c’est un arbre à forte surface foliaire (comme le sapin ou l’épicéa). Les pins, dont la surface foliaire est faible, sont moins affectés par les fortes chaleurs, car ils transpirent moins.

.

Si l’on se tourne vers le reste des espèces forestières, voici le bilan. Le chêne sessile, actuellement, couvre toute l’Europe, sauf l’Espagne au sud et la Scandinavie au nord. Si l’on se fie aux modèles climatiques (- 200 mm de précipitations, + 2,85 °), le chêne sessile devrait disparaître de France en 2080 et se réfugier en Scandinavie. Le hêtre de plaine devrait disparaître au nord-ouest (Normandie) en 2055, et au contraire prospérer en montagne avec le réchauffement et le taux de CO2…

.

Pour le pin sylvestre, la moitié ouest de la France devient défavorable, car la température est plus déterminante que les précipitations. Pour le chêne vert, le climat sera plus favorable. D’une manière générale, la végétation méditerranéenne s’étendra vers l’ouest et le nord (« jusqu’à la Belgique »). Donc  « la forêt tempérée est à risque », car le climat est premier. Le sol n’est qu’une variable d’ajustement.

.

A l’INRA de Nancy, où sont centralisés les résultats de la recherche, on constate que la sécheresse de 2003 a provoqué une diminution de la « croissance radiale » (diamètre du tronc) de 20 % dans la moitié nord et de 16 % à 18 % en forêt méditerranéenne. Les cercles de croissance du douglas se réduisent après 2003, car l’effet de la sécheresse est différé. L’effet retard peut être spectaculaire, comme on le constate en forêt de Vierzon (Centre) : la sécheresse de 1962 n’a jamais été guérie et les chênes ont continué à dépérir et mourir jusqu’en 2008 !

.

Un paradoxe : ce sont souvent les arbres qui ont eu la croissance la plus rapide, jeunes, qui s’avèrent les plus vulnérables ensuite. Sur le Mont Ventoux (Vaucluse), les sapins morts sont souvent sur les meilleurs sols (enfants gâtés) alors que ceux sur sol caillouteux se sont habitués au stress. D’une manière générale, les arbres âgés sont en général plus fragiles que les jeunes. Mais les jeunes hêtres sont plus vulnérables au stress hydrique que les vieux. Si le chêne pédonculé souffre plus du réchauffement que le sessile, c’est parce qu’il est plus vulnérable aux chenilles et à l’oïdium, qui sont favorisés par les hivers doux. Une chose que l’on ne sait pas : quel est le seuil de stress hydrique fatal ? Une sécheresse sévère ? Plusieurs sécheresses récurrentes ?

.

Une chose est sûre, c’est que la réserve hydrique de l’arbre (dans le sol) est déterminante. Les Tunisiens le savent bien qui cultivent l’olivier espacé de 8 m dans le nord, de 12 m à Sousse (centre) et de 24 m à Sfax (sud). A l’IDF (Institut de développement forestier), on souligne qu’il ne faut pas confondre dépérissement et mortalité. Beaucoup d’arbres forestiers dépérissants finissent par récupérer avec des conditions plus favorables. Des chercheurs ayant étudié le gradient d’une espèce (son étagement en altitude ou sa répartition géographique) ont découvert des différences génotypiques qui permettent de penser que les arbres s’adapteront ou auront au moins la faculté de s’adapter.

.

Un point faible de la recherche : « C’est vrai, tous nos modèles sont calés sur des forêts monospécifiques. Pour les forêts mélangées ou irrégulières, nous sommes désarmés ». Or les forestiers de terrain constatent tous que, d’une façon générale, les forêts mélangées sont moins vulnérables que les plantations monospécifiques. La biodiversité, on l’a répété durant l’année 2010, est bien un gage de bonne santé pour tout écosystème.

.

ANNUAIRE 2019
Spécial 50 ans


Ils nous soutiennent
pour nos 50 ans