Dossier Ecologie et Démographie

Débat JNE sur démographie et écologie : quelques questions écrites

Lors de la conférence-débat JNE sur « Démographie et écologie, le sujet tabou » qui a eu lieu à Paris le 15 mai 2014, des questions ont été posées par écrit dans la salle. Comme les questions sont souvent significatives des réponses à donner, en voici la transcription pour réflexion.

 

 par Michel Sourrouille

 

– L’animal sauvage s’autorégule. Est-il donc plus « intelligent » que l’homme ?

 

– Est-il juste que parmi les 5000 espèces de mammifères une seule espèce, homo sapiens pèse (avec ses animaux d’élevage) 90 % du total de la biomasse de l’ensemble des  mammifères ? Quelle équité si une seule espèce occupe toute la place ?

 

– Que veut dire « biocapacité » ?

 

– Quels sont les rapports entre multiplication humaine et extinction animale ?

 

– Quels moyens proposez-vous pour convaincre les démographes, les écologistes, les politiques… de faire décroître la population tout de suite ?

 

– Quels sont les moyens réalistes pour ralentir les naissances humaines ?

 

– Comment influer sur des politiques pro-natalistes en Afrique ?

 

– Comment réformer les systèmes d’allocation familiales en France de manière à mieux maîtriser la démographie ?

 

– Comment imaginer la situation de l’Inde dans la seconde partie du siècle quand ce pays aura plusieurs centaines de millions de personnes âgées ?

 

– A monsieur Pison, démographe et membre de l’INED : Certains dénatalistes (dont moi) rêvent d’un monde peu peuplé. Si vous aviez une baguette magique, à quel nombre d’humains seriez-vous attaché ?

 

– Que signifie vraiment le mot « transition démographique » qui nous fait croire à une baisse de la population alors que même en passant d’un taux d’accroissement annuel mondial de 2,1 % dans les années 1960-70 à 1,2 % maintenant, en réalité il y avait 70 millions d’habitants en plus chaque année dans les années 1960-70 et maintenant (chiffres de 2012) 84 millions de plus par an ?

 

– Les projections faites par les démographes intègrent-elles des hypothèses du type hiver nucléaire, résistance aux antibiotiques, baisse de fécondité à cause des perturbateurs endocriniens ?

 

– Les projections de l’ONU prennent-elles en compte les probables guerres et génocides à venir à cause de l’épuisement des ressources ? Et la folie des hommes augmentée par le stress ?

 

– Que pensez-vous des thèses de Chefurka sur le lien entre PIB, énergie et population ?

 

– René Guénon a écrit dans les années 1930 « le règne de la quantité ». Il a tout dit : la qualité est devenue secondaire depuis déjà des siècles. Il faudra aller dans le mur pour comprendre…

 

– Ne peut-on considérer que ce monde qui va à l’envers amènera l’homme à en tirer les leçons ?

 

– Ne faut-il pas revenir à des visions du monde biocentriques, ces visions portées par 95 % des 6 900 langues du monde parlées dans des sociétés non anthropocentriques ?
– Comment répondez-vous aux gens qui disent : Vous n’avez qu’à vous suicider pour commencer ?

 

La réponse de Michel Sourrouille à cette dernière question : Pas besoin de faire un acte volontaire, notre espèce humaine en ce moment est vraiment en train de se suicider : épuisement à court terme des énergies fossiles et fin de la civilisation thermo-industrielle, perturbations climatiques extrêmes pour des centaines d’années, généralisation des bidonvilles et de leur situation explosive, mortalité par guerres, famines et épidémies (évènements dont parlent déjà tous les jours les médias), etc. Le genre humain mérite-t-il d’être sauvé de sa tentative suicidaire ? Ceux qui portent comme nous l’idéal d’un monde meilleur n’ont pas envie de se suicider, ils ont tant d’efforts à accomplir pour essayer de sauver l’humanité du suicide…

 

Débat JNE démographie : l’intervention de Michel Sourrouille

Voici le texte intégral de l’intervention de Michel Sourrouille (JNE) lors de la conférence-débat à Paris organisée par les JNE le 15 mai 2014 sur le thème Démographie et Ecologie, le sujet tabou.

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par Michel Sourrouille 

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Nous n’avons pas refusé du monde pour cette conférence, dommage. Déjà un signe que la question démographique est tabou !  Je me présente, coordinateur du livre Moins nombreux, plus heureux et organisateur principal de cette rencontre au nom des JNE (Journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie). Le sous-titre explique vraiment l’idée générale partagée par les 13 contributeurs, « l’urgence écologique de repenser la démographie ». Il nous faut à la fois envisager la question alimentaire comme le fait dans le livre Jacques Maret, la question religieuse (Jean-Claude Noyé, JNE) ou la question migratoire comme je l’écris dans le chapitre que j’ai rédigé…

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Le livre condense la plupart des points de vue sous l’angle commun de la maîtrise de la fécondité. Le dépassement des capacités de charge de la planète exige une réduction volontaire de la population humaine. Sinon il y aura (et il y a déjà) guerres, épidémies et famine comme l’avait prévu Malthus. Je ne comprends donc pas les réticences à aborder ce sujet. Le malthusianisme devrait être un élément essentiel de notre réflexion individuelle et collective, c’est au contraire le grand absent. La démographie est un véritable tabou, particulièrement en France. Pourquoi ?

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Avoir une intervenante femme pour cette tribune aujourd’hui a été tâche impossible, les femmes spécialistes de la problématique démographie/écologie sont extrêmement rares. Dans le livre que j’ai coordonné, il y a une seule femme pour douze hommes, Corinne Maier. Il est vrai que le désir de maternité est encore privilégié par notre société. Pourtant, les femmes devraient être les premières à revendiquer le droit de choisir un avenir durable pour leurs enfants. Les hommes, pour leur part, ne se sentent pas concernés pour la plupart. Soit ils considèrent que la maternité est le domaine privilégié des femmes, soit (dans certaines cultures) leur conception machiste fait que le nombre d’enfant n’a pas à être limité puisque c’est l’expression de leur virilité. Difficile de faire admettre à toutes et à tous que le statut de la femme ne dépend pas de son statut de mère !

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Même l’association organisatrice de cette conférence, JNE, a été pusillanime *. Ses membres n’ont pas d’avis déterminé sur la question démographique, seulement un intérêt… distant. Il y a eu exigence de « neutralité » pour ce débat, confrontant ceux qui pensent que la démographie ne pose pas problème et les autres. Pourtant, des spécialistes de la nature devraient savoir que l’expansion illimitée d’une espèce dans un milieu limité aboutit à sa réduction inéluctable. Les humains ne peuvent pas faire exception à cette règle. Pour conforter le pluralisme des débats, nous avions invité Vincent Cheynet, le rédacteur en chef du mensuel la Décroissance. Sa recension sur le livre que je représente titrait « misanthropie ». Pourtant, vouloir la décroissance démographique repose au contraire sur un amour des humains, le surnombre se conjugue avec l’instabilité sociale. Etonnant que quelqu’un qui défend la décroissance ne veuille pas envisager la décroissance malthusienne, ni même s’exprimer publiquement : Cheynet n’a pas voulu participer au « piège » que constituerait selon lui le débat d’aujourd’hui.

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Nous avons un démographe à la tribune, Gilles Pison. Je constate qu’il a utilisé tout son temps de parole pour parler transition démographique et évolution probable de la population, sans jamais penser aux contraintes écologiques. Il est comme beaucoup d’experts, enfermé dans sa propre discipline ; il ne peut pas avoir d’analyse holiste, globale. Pourtant la démographie est de fait en interrelation avec tous les autres éléments, socio-économiques ou écosystèmiques. Notons que l’Ined dont Pison fait partie a été ouvertement nataliste. L’Ined avait pour mission en 1945 d’examiner « les moyens matériels et moraux susceptibles de contribuer à l’accroissement quantitatif et à l’amélioration qualitative de la population ». Maintenant, ses  chercheurs se contentent de dire qu’il n’y a pas de problème, la démographie va se stabiliser un jour ou l’autre grâce à une baisse providentielle de la natalité. Alain Hervé (JNE)  les juge ainsi dans notre livre collectif : « Jamais je n’ai entendu un démographe dire que les humains se multipliaient excessivement… Ils observent un tassement  des courbes de croissance… Ils annoncent avec un grand sourire, toujours le sourire, que la transition démographique est en vue. » Tout nous indique que l’avenir ne va pas se passer aussi bien sur une planète dont on a déjà dépassé les limites : il n’y aura plus de développement économique sans perturbations écologiques nouvelles.

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Nous n’avons pas d’agronomes à cette tribune, mais le constat serait le même que pour les démographes : chacun sa spécialité, c’est ahurissant. Jacques Caplat estime dans son dernier livre Changeons d’agriculture  que la démographie n’est pas un problème puisque l’agriculture pourra nourrir 12 milliards d’êtres humains… Il suffit de se convertir à l’agriculture biologique ! Pierre Feillet de l’Inra, dans Quel futur pour notre alimentation ?, penche de son côté pour l’agriculture « de précision » (OGM, GPS sur le tracteur, drones, etc.). La démographie n’est pas pour lui un problème puisque le progrès technique résoudra tous les problèmes. Tous ces experts ne considèrent jamais la loi des rendements décroissants dans l’agriculture et le poids écologique d’une démographie croissante.

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Du côté des écologistes, c’est  carrément renversant. Il n’y a pas une seule motion sur la démographie pour un parti, Europe Ecologie – Les Verts, qui les émet pourtant en rafales. Celle de 2009 a été refusée faute de signataires en nombre suffisant. Leur prise de position en 2013 sur les allocations familiales se veut « une politique familiale résolument écologiste », ce qui veut dire pour eux une politique « résolument engagée dans l’aide à la parentalité ». Quant à leur commission immigration, elle s’occupe des sans papiers, pas de démographie ni d’écologie. Les autres courants politiques, droite et gauche confondus, sont ouvertement natalistes. Dans sa préface de notre livre, Yves Cochet montre bien que le malthusianisme reste un tabou, autant au niveau national qu’international. Je ne dirai rien des cathos, vous connaissez tous leur position sur la contraception et l’avortement.

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Conclusion : cet ostracisme généralisé envers la question démographique est absolument incompréhensible. Le planning familial devrait être une bonne nouvelle pour les femmes… pour les écologistes… pour les générations futures… et même pour les autres espèces étouffées par la pullulation humaine ! Le droit de choisir du nombre de ses enfants est une très bonne chose, encore faudrait-il procréer en toute connaissance de cause, avec une nette perception des contraintes écologiques.

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Pour moi, une conférence-débat sans ouverture sur la vie serait inutile. C’est pourquoi je conseille à tous d’adopter un comportement malthusien dans sa vie familiale, de s’informer, d’acheter bien sûr le livre Moins nombreux. Au niveau associatif, vous pouvez adhérer à Démographie responsable, le seul collectif en France qui milite pour la bonne cause. Au niveau politique enfin, je me contente de poser cette question qui demande réflexion : y a-t-il une différence fondamentale entre délivrer un permis de conduire et obtenir un permis de procréer ?

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Pour en savoir plus, lire ce résumé du livre Moins nombreux, plus heureux (l’urgence écologique de repenser la démographie).Ce livre est disponible chez votre libraire ou à commander en ligne : Amazon ; Decitre ; FNAC

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* Note de Laurent Samuel, rédacteur en chef de ce site et vice-président des JNE : il n’y a eu de la part du Conseil d’administration des JNE (dont Michel Sourrouille est membre) nulle « pussillanimité » vis-à-vis de ce débat, mais des discussions parfois vives portant sur son organisation dans un esprit pluraliste, tant en termes d’opinions que de sexes. En tant qu’association de journalistes, les JNE n’ont pas vocation à prendre position sur le fond des sujets, mais à susciter et à animer les débats sur toutes les questions relatives à l’environnement, comme cela a été le cas lors de la conférence-débat du 15 mai.

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Débat JNE sur la démographie : l’intervention de Denis Garnier (Démographie responsable)

Voici le texte intégral de  l’intervention de Denis Garnier (Démographie responsable) au débat JNE sur démographie  et écologie du 15 mai 2014 à Paris.

par Denis Garnier

JNE 1

 

Fin 2011, la population mondiale a franchi le cap des 7 milliards, 12 ans seulement après celui des 6 milliards !

 

Il aura fallu de l’ordre de 150.000 ans pour arriver au premier milliard et donc seulement 12 ans pour « gagner » le dernier…

 

La flèche orange indique que les 5 derniers milliards, y compris celui en cours, auront été imposés à la planète avec un rythme moyen de seulement 13 ans : on serait tenté de parler de cadence infernale !

 

Evidemment, par rapport à la population précédente, chaque nouveau milliard représente un pourcentage inférieur. Mais sur le plan écologique, l’impact supplémentaire que doit supporter la planète est à chaque fois le même, du moins avec un certain décalage dans le temps…

 

Quant à la dernière colonne, celle des doublements : elle parle d’elle-même.

 

Bien que les milliards suivants devraient arriver un peu moins vite, il faut savoir que les projections de population de l’ONU ont été régulièrement revues à la hausse ces six dernières années. Pour 2050, nous sommes passés de 9,1 à 9,3, puis maintenant 9,6 milliards.

 

Comment la planète va-t-elle faire pour accueillir autant de monde ? Evidemment elle ne pourra pas s’y dérober, mais ça va se traduire par un bouleversement des équilibres écologiques, y compris l’éradication d’un grand nombre d’espèces vivantes. Il faut savoir que d’ores et déjà, 97 % des tigres ont été éliminés depuis le début du XXe siècle.

 

JNE 2

 

Pour évaluer l’impact de l’humanité sur la planète, nous disposons aujourd’hui d‘un outil assez performant : il s’agit de l’empreinte écologique. Celle-ci est en moyenne de 2,7 hectares par personne, c’est-à-dire que nous utilisons 2,7 hectares pour notre consommation et l’absorption de nos déchets, et ce alors que nous ne disposons que de 1,8 hectares par personne, qui correspondent à la biocapacité moyenne individuelle.

 

La question qui vient à l’esprit est évidemment la suivante : comment est-ce possible ? Comment peut-on consommer plus que ce qui est produit par la planète ? Eh bien, tout simplement, en prélevant au-delà de ce qui est renouvelable, en puisant de façon inconsidérée dans le capital de la Terre : par exemple nous vidons les océans de leurs poissons, nous asséchons les nappes phréatiques ou encore nos augmentons la concentration de CO2 dans l’atmosphère…

 

Si l’on fait le rapport entre la biocapacité et l’empreinte, on peut alors dire la chose suivante : en ressources renouvelables, la planète ne dispose que des 2/3 de nos besoins. Dès lors, si l’on applique ce ratio à notre effectif actuel de 7,2 milliards, on peut en conclure qu’avec le style de vie moyen que nous avons actuellement, la population maximale que peut accueillir la planète de façon relativement durable est égale aux 2/3 de ces 7,2 milliards, c’est-à-dire 4,8 milliards d’habitants seulement !

 

Si l’on rapproche enfin ces 4,8 milliards des 9,6 prévus en 2050 et que j’ai cités au début, on peut dire qu’à cette date, si nous n’avons toujours pas changé notre comportement, nous serons alors exactement 2 fois trop nombreux !

 

JNE 3

 

On regarde maintenant l’évolution de l’empreinte et de la biocapacité depuis le début des années soixante. On remarque tout de suite que, dès 1970, les deux indicateurs se sont croisés. C’est à partir de ce moment là que nous avons commencé à utiliser plus d’une planète. Le dépassement s’est ensuite accentué, non pas tant à cause de l’empreinte que de la baisse de la biocapacité.

 

Ce graphique, qui indique l’évolution de l’empreinte écologique et de la biocapacité, montre effectivement cette baisse inexorable de la biocapacité individuelle, mais il montre aussi au passage que, depuis quarante ans, le « dépassement écologique » auquel on aboutit aujourd’hui est dû en priorité à la baisse de la biocapacité individuelle et donc, in fine, à l’augmentation de la population mondiale.

 

Il a été dit plus haut que nous serons 2 fois trop nombreux en 2050. On pourrait néanmoins trouver une solution en baissant notre mode de vie. Pour cela, dans les 36 ans qui nous séparent de 2050, il nous faudrait le diviser par deux. Mais cela ne pourrait raisonnablement pas se faire de façon uniforme, puisque ce mode de vie est très inégalitaire…

 

Pour voir un peu où cela nous conduirait, admettons ce que l’on entend souvent, à savoir que 20 % des humains vivent avec 80 % des ressources de la planète. Bien qu’ils portent a priori sur la répartition, on va voir que ces pourcentages en disent aussi beaucoup sur la question des effectifs.

 

En effet, si l’on veut simplement atteindre un mode de vie égalitaire, ce ratio 20/80 implique une division par quatre de l’utilisation des ressources au Nord en espérant, par un système de vase communiquant (tout à fait aléatoire), multiplier par quatre celle du Sud.

 

Ça ne sera déjà pas une mince affaire que de faire accepter cela aux populations occidentales qui sont loin de vivre dans l’opulence pour au moins la moitié d’entre elles. Mais admettons que cela soit possible : on aura alors résolu la question « morale », mais pas la question écologique qui restera pleine et entière, puisque la consommation globale restera inchangée.

 

En effet, on vient de voir qu’il faut diminuer la consommation globale par 2. Et donc, il va encore falloir pratiquer une nouvelle division par 2 qui conduira au final une division par huit de celle de départ des occidentaux pour une simple augmentation par deux de celle du Sud.

 

Ce que montre cette rapide évaluation, c’est que nous en sommes arrivés à un tel niveau de population, par rapport aux ressources finies de la Terre, que l’entreprise paraît utopique et peu rentable.

 

Ce qui ressort aussi de ces calculs, c’est l’erreur historique qui a consisté à laisser filer la démographie depuis les années 70 du siècle dernier, où l’alerte avait pourtant été lancée par le Club de Rome, le rapport Meadows et même René Dumont, père spirituel des écologistes français et qui se sont empressés par la suite d’oublier cet aspect, pourtant fondamental, de la question écologique…

 

 

JNE 4

 

Il existe évidemment une solution complémentaire, qui serait profitable pour l’ensemble des humains, qu’ils soient du Nord ou du Sud, et qui consisterait à stabiliser la population au plus vite, et à la faire décroître ensuite en douceur.

 

On pourrait par exemple se caler sur la projection basse de l’ONU (en vert), ce qui nous ramènerait, en 2100, légèrement au-dessous du niveau de la population actuelle. On voit qu’alors le gain de population serait de quatre milliards : quatre milliards en moins, cela correspondrait à près de 40 % de consommateurs-pollueurs en moins par rapport à ce qui est annoncé : les bénéfices en terme écologiques et de niveau de vie seraient tout à fait appréciables.

 

JNE 5

 

Ceci étant, si la question de la surpopulation est d’abord mondiale, elle est parfois encore plus préoccupante au niveau local.

 

On peut citer plusieurs «points chauds» avec en tête le Bangladesh qui, dans 36 ans, aura une densité de population qui, si elle était identique ici en France, nous conduirait à être 774 millions, chiffre tout à fait astronomique ! Ce pays est suivi du Burundi, du Rwanda, d’Haïti et des Philippines, dont des densités équivalentes, comme on peut le voir, nous amèneraient à être excessivement nombreux.

 

On peut néanmoins objecter avec raison que ces pays sont plus petits que le nôtre et que l’extrapolation ne se justifie pas pleinement : en effet, ceux-ci ne seraient somme toute qu’une province française plus ou moins étendue.

 

Il n’en va pas de même pour les trois pays en majuscule (sur la diapo ci-dessous), à savoir l’Inde, le Nigéria et le Pakistan, qui sont tous plus grands que le nôtre : avec des densités équivalentes aux leurs, nous serions aux alentours de 260 millions en 2050. Dans le cas indien, il faut imaginer une France de 278 millions d’habitants, entourée de cinq autres pays tout aussi surpeuplés : qui peut croire que nous conserverions alors un quelconque bien-être ? Et pourtant les habitants de ces pays vont devoir « faire avec ».

 

On peut enfin citer le cas apocalyptique de l’Egypte, constituée essentiellement de déserts, et dont l’équivalent de « densité de vie » nous conduirait à être alors plus d’un milliard…

 

Il ne faut néanmoins pas rêver, même en prenant des mesures douloureuses en terme de niveau de vie et des mesures non-coercitives en ce qui concerne la natalité, du fait des processus physiques déjà enclenchés, nous ne parviendrons pas à stopper l’avalanche des maux environnementaux, sociaux et humanitaires qui s’apprête à nous tomber dessus.

 

Tout au plus peut-on dire que la situation sera moins pire. Bien moins pire en tout cas que celle qui nous attend si nous nous contentons des seules pistes actuellement envisagées par la communauté internationale.

 

C’est donc pourquoi notre association, Démographie Responsable, ainsi que celles qui œuvrent dans le même sens dans le monde anglo-saxon, appellent l’ONU, via la promotion de la famille restreinte, à décréter l’état d’urgence démographique.

 

NDLR : pour agrandir les diapos, il vous suffit de cliquer dessus.

 

Compte-rendu du débat JNE sur Démographie et Ecologie

Voici le compte-rendu du débat JNE sur Démographie et Ecologie qui avait lieu le 15 mai 2014 à la mairie du IIe arrondissement de Paris.

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par Roger Cans

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Notre présidente Carine Mayo présente les intervenants et rappelle que, pour beaucoup d’écologistes, la question démographique est taboue. L’ordre des interventions est tiré au sort.

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Denis Garnier, de Démographie responsable, aborde le premier la question. Il indique qu’il a fallu 150.000 ans pour que l’humanité atteigne son premier milliard et seulement 12 ans pour le second milliard. D’où la création, en 2009, de Démographie responsable. L’homme est aujourd’hui en concurrence directe avec la mégafaune, comme l’éléphant ou le tigre, très menacés. Par son empreinte écologique, l’homme a besoin de 2,7 hectares pour que sa consommation soit soutenable. Mais sa biocapacité – son crédit capital—n’est plus que de 1,8 hectare. Les courbes de ces deux indicateurs se sont croisées en 1970. Résultat : 20 % des hommes consomment 80 % des ressources. L’alerte a été donnée par La bombe P, le Club de Rome et René Dumont. Nous sommes dans un « état d’urgence démographique » avec comme projection basse 8 milliards d’habitants en 2050.

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Gilles Pison, directeur de recherche à l’Institut national d’études démographiques (INED), déroule ses chiffres : 6 milliards en 1999, 7 milliards en 2011, 9 milliards en 2050 ? 11 milliards en 2100 ? Nous abordons aujourd’hui la transition démographique, qui parvient à un certain équilibre entre natalité et mortalité. Jusqu’au XVIIIe siècle, en Europe, la mortalité infantile était telle que la population était stable. Entre 1800 et 2005, avec la chute de la mortalité infantile et les progrès de l’hygiène, la population européenne a quadruplé. On peut considérer que la transition démographique est achevée en Europe, en Asie et en Amérique. Reste l’Afrique, où la démographie est toujours galopante. En 2100, on devrait compter 638 millions d’Européens et 4 milliards d’Africains. Une constatation générale : l’ensemble de la population mondiale vieillit. La pyramide des âges, autrefois en forme de tour Eiffel se mue en meule de foin avec un gonflement des personnes âgées. Pour consulter les chiffres de l’INED en temps réel, voir www.ined.fr.

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Notre camarade Michel Sourrouille, organisateur du débat et coauteur d’un livre sur le sujet (13 auteurs), l’affirme d’emblée : « Moins nombreux, plus heureux ». Ils ont étudié l’accroissement naturel et les flux migratoires. Michel se déclare malthusien, tant pour la stricte natalité que pour le mode de vie. Il y a le permis de conduire, pourquoi pas le permis de procréer ?

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La parole revient alors à un objecteur de croissance venu des Cévennes, Christian Sunt. Les hommes vivent dans des écosystèmes différents dont ils doivent assurer la pérennité. L’explosion démographique est liée chez nous à la société industrielle. Nous sommes plus nombreux parce que nous vivons plus longtemps. Plus grave que le nombre, c’est le mode de vie qui fait de nous de grands prédateurs. On défriche aux tropiques pour notre consommation de viande, pour le soja et l’huile de palme. Nous nourrissons trop d’ animaux de compagnie. Dans les Cévennes, les chevaux ne servent plus qu’aux loisirs. Il faut abandonner la politique nataliste propre à la France et permettre une éducation collective et gratuite des enfants, qui doivent devenir un patrimoine commun et non plus l’étroite propriété héréditaire de leur parent.

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Débat : Gilles Pison souligne que le taux d’accroissement ne cesse de baisser depuis 50 ans. Ce à quoi Denis Garnier fait observer que le ralentissement n’empêche pas les milliards de s’ajouter. Michel dit qu’on peut toujours compter sur les guerres et les épidémies pour réduire l’accroissement, mais que le crucial est le pic pétrolier qui provoquera un manque d’énergies fossiles. Christian Stunt estime que les deux pierres de touche sont l’éducation des filles et l’énergie. Lorsqu’elle fait de l’aide au développement, l’Europe ne s’occupe pas de planning familial. Il y a 200 millions de femmes en demande de planning.

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Michel précise que le débat fera l’objet d’une journée complète en octobre prochain. Gilles Pison fait état de prévisions qui conduisent au suicide du Japon : plus que 10 Japonais en l’an 3.000 ! Michel remarque que l’empreinte écologique ne compte que les ressources destinées à l’homme et non aux autres espèces. La solution ? La météorite, ironise Gilles Pison. Denis Garnier admet que l’on puisse vivre à 11 milliards, mais ce sera sans les éléphants. Il suggère d’arrêter les allocations familiales au deuxième enfant. En Guyane, ils en sont encore à 3,4 enfants par femme.

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Un intervenant de la salle, Jacques Maret, paysan, explique que sa conscience a été éveillée par Tchernobyl, le professeur Pellerin et son professeur de classe. Comment nourrir 12 milliards d’hommes ? Augmenter la production ? Non. Assurer la répartition. S’il n’y a plus de pétrole, Paris sera affamé en quatre jours. Que l’on pense à l’île de Pâques. Un hectare par personne, ce n’est pas assez. Il en faut cinq.

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Michel conclut : soyons inquiets pour réagir. Il nous suggère de revoir notre fécondité personnelle, de penser aux enfants des autres et de changer notre mode de vie. Un auditeur constate : « Mais on est trente dans cette salle ! ». Un autre, membre du mouvement Colibri, affirme que chacun peut agir.

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Démographie et écologie, le sujet tabou 

 


par Michel Sourrouille

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L’association des JNE veut agir par tous moyens appropriés pour que les médias s’accordent à délivrer une information rigoureuse en matière de maintien des équilibres naturels, diversité des espèces ou atteinte aux ressources de la planète. C’est pourquoi elle organise le 15 mai prochain à Paris une conférence-débat sur un thème largement ignoré par les médias, la démographie.

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Le fait que l’expansion humaine détériore gravement les équilibres de la planète, entraîne une extinction des espèces et épuise toutes les ressources terrestres est bien documenté. Mais les différents intervenants de cette conférence ne sont pas tous d’accord sur les interrelations entre écologie et démographie.

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L’association Démographie responsable, fondée en 2009, considère que la plupart des efforts réalisés en matière de protection de la nature risquent d’être réduits à néant du fait même de l’expansion continue du nombre des humains, expansion qui conduit inéluctablement à l’occupation de la quasi-totalité les territoires et à la consommation de toutes les ressources naturelles.

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Son objectif principal est d’essayer de convaincre de la nécessité d’orienter nos sociétés vers une démographie plus modeste aussi bien dans les pays les plus riches que dans les nations en voie de développement. Dans les pays développés parce que le niveau de consommation individuelle comme la densité de peuplement y sont souvent déjà très élevés et dans les pays en voie de développement parce que ce sont eux qui concentrent l’essentiel du potentiel de croissance démographique de demain. Elle tente d’alerter aussi bien sur les contraintes alimentaires qui pèseront demain sur un monde surpeuplé que sur la nécessité de préserver des espaces pour les autres espèces peuplant la Terre.
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L’INED (Institut national d’études démographiques) a été créé à la Libération. A l’époque, l’expansion démographique était ouvertement prônée ; de nombreuses mesures à caractère nataliste ont été prises (quotient familial, primes pour le troisième enfant…). L’avortement et les méthodes de contraception étaient interdites. L’institut de recherche était même chargé d’examiner « les moyens matériels et moraux susceptibles de contribuer à l’accroissement quantitatif et à l’amélioration qualitative de la population ». Les principaux directeurs de l’Ined, Alfred Sauvy et Gérard Calot, ont d’ailleurs affirmé publiquement leur natalisme.

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Cette option idéologique n’a pas complètement disparu, mais elle s’exprime sous des formes plus subtiles parmi les membres de l’Ined. Ainsi Jacques Vallin refusait récemment dans le journal La Croix toute idée d’une « surpopulation » de la planète, qui va « contre son humanisme ». Il croit en la capacité de l’homme à s’adapter à l’évolution des ressources, à condition que les progrès soient accessibles au plus grand nombre et que le risque environnemental soit pris au sérieux.

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Le MOC, le mouvement politique des objecteurs de croissance, défend l’idée de décroissance au sens de réduction du PIB et de l’empreinte écologique pour les pays du Nord. Il s’agit de ne plus collaborer à la fabrication du capitalisme et d’explorer les alternatives concrètes qui couvrent tous les besoins humains : alimentation, logement, santé, transport, éducation, culture… La composante démographique est quasiment absente de leurs revendications. On se contente de formules vagues du type « pour nous la liberté ne consiste pas à franchir sans cesse les limites mais à vivre en commun dans les limites de l’équilibre des écosystèmes ».

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Pour d’autres décroissants, la critique des malthusiens est même virulente. Ainsi Vincent Cheynet, rédacteur en chef du mensuel La Décroissance, a pu écrire : « En fréquentant les milieux écologistes, nous croisons inévitablement des militants pour la réduction de la population humaine […] il est particulièrement aisé de percevoir le caractère pathologique de leur démarche. » Pour le PPLD (Parti pour la décroissance), « un tel débat ouvre la porte à des politiques eugénistes inquiétantes ».

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Un livre collectif a été récemment publié avec la participation de trois membres de JNE : Moins nombreux, plus heureux (l’urgence écologique de repenser la démographie) aux éditions Sang de la Terre. Les treize auteurs de ce livre ont fait le constat qu’une population moins nombreuse facilite l’organisation sociale, le partage de l’espace, et donc l’émergence possible de relations apaisées entre humains et avec la nature. Ils ont aussi considéré que nous n’avons pas le choix : l’urgence écologique nous impose de maîtriser notre fécondité. On montre que le droit au nombre s’oppose à une société plus agréable et plus juste ; on y discute de la politique nataliste française, du phénomène migratoire, de l’effondrement probable de la population, des conceptions religieuses de la fécondité, et même du droit à vivre de la faune et de la flore, menacé par notre expansion. Nous devons, de fait, apprendre à partager l’espace avec autrui et les autres espèces. Chaque lecteur pourra butiner à son gré dans ces pages, en ne perdant pas de vue que la dénatalité est un exercice tellement complexe que toutes les portes d’entrée sont possibles.
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Notre association, les Journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie, a été créée en 1969. Elle a contribué à l’émergence des nouvelles rubriques des médias consacrés aux questions d’environnement à une époque où tout le monde se méfiait de ce type d’informations. Il paraît normal aujourd’hui qu’elle s’intéresse à la question démographique alors que la tendance politique et médiatique, quasi unanime, prône le maintien des mesures natalistes en France et veut ignorer ce que veut dire capacité de charge d’un écosystème.
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Nous espérons que cette conférence-débat sur les liens étroits ente démographie et écologie permettra une meilleure compréhension de la problématique malthusienne.

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« Démographie et écologie, le sujet tabou »
jeudi 15 mai de 19 h à 21 h au 8 rue de la Banque – 75002 Paris
Salle des expositions (1er étage de la Mairie du 2e arrondissement) – métro Bourse
Intervenants :
Denis Garnier, représentant de l’association Démographie responsable
Gilles Pison, Directeur de recherche à l’INED (Institut national d’études démographiques)
Michel Sourrouille (JNE), coordinateur du livre L’urgence écologique de repenser la démographie (Editions Sang de la Terre)
Christian Sunt, représentant du Mouvement des objecteurs de croissance

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Entrée libre dans la limite des places disponibles;

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Membre du Conseil d’administration des JNE, Michel Sourrouille anime le blog Biosphère et le Réseau de documentation des écologistes. Cet édito n’engage que son auteur.

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ANNUAIRE 2019
Spécial 50 ans


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