Dossier biodiversité

Le chat prédateur

Voici le compte-rendu d’une conférence de NatureParif organisée le 17 mars 2016 à Paris.

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par Roger Cans

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AfficheConfMars2016_BDL’orateur du jour est un jeune doctorant du Muséum, Roman Pavisse, spécialiste des espaces naturels modifiés. Il commence par expliquer l’origine de notre chat domestique, qui ne vient pas du chat sauvage de nos forêts (Felix sylvestris), mais d’un chat plus oriental, le chat ganté africain. C’est pourquoi le chat domestique, comme son ancêtre oriental, préfère les milieux ouverts.

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Comme le chien et les autres animaux domestiques, le chat a fait l’objet d’une longue sélection pour un usage bien spécifique : la lutte contre les rongeurs qui dévorent les réserves de grains. Les Egyptiens de l’Antiquité l’appréciaient et l’ont momifié dans les tombes. Au Moyen-Age, en revanche, le chat devient l’animal du diable. A Ypres, en Belgique, on jetait les chats du haut du beffroi pour que cela porte bonheur ! Même La Fontaine, au XVIIe siècle, décrit le chat paresseux et sournois. Ce n’est qu’à partir du XVIIIe siècle, avec le romantisme, que le chat devient un animal de compagnie.

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Aujourd’hui, en France, c’est l’animal de compagnie le plus fréquent : 12,7 millions au dernier décompte, établi à partir des déclarations des propriétaires. Ce qui, compte tenu des chats errants ou en divagation, dépasse les 13 millions. Au fil des ans, le nombre de chats augmente, tandis que celui des chiens baisse.

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Dans les zones périurbaines, les chats remplacent la fouine et le renard en matière de prédation. Il faut souligner que le chat domestique est un prédateur entièrement dépendant de l’homme et donc indifférent à l’abondance des proies, qu’il tue par instinct ou jeu et ne mange généralement pas. Alors que le prédateur sauvage mange toujours sa proie, et ne tue qu’elle.

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Quel est l’effet de la prédation du chat domestique sur la faune sauvage ? Tout dépend du terrain. S’il s’agit de l’Europe continentale, par exemple, on n’a pas relevé de disparition d’espèces. Mais il en va tout autrement dans les espaces clos, comme les îles. Au XIXe siècle, en Australie, on a introduit le chat pour lutter contre les rats et les lapins, eux-mêmes introduits par les premiers colons, volontairement ou non. Le chat a proliféré, limitant la prolifération des rats et des lapins, mais exterminant les petits marsupiaux qui n’avaient pas de prédateurs et étaient donc sans défense. On estime qu’il y a aujourd’hui 20 millions de chats errants en Australie, responsables de la disparition de 28 espèces sauvages.

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Dans les petites îles, où les oiseaux marins nichent souvent au sol, le chat fait des dégâts considérables. C’est notamment le cas dans l’île de Molène, en Bretagne, aux îles Kerguelen, dans l’océan austral, où le chat mange les pétrels, ainsi que dans les Antilles ou les îles de la Méditerranée. En Grèce, la moitié des lézards disparaissent sous la dent du chat. Au Mexique, c’est le petit varan bleu, et en Nouvelle-Zélande, un petit oiseau rare.

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Les Anglo-Saxons ont été les premiers à tenter de chiffrer l’hécatombe, qui se monte chaque année à des milliards d’oiseaux et petits mammifères. Au Royaume-Uni, on a calculé qu’un chat domestique peut tuer 1.100 proies par an, portant sur 70 espèces différentes (dont 60 % de rongeurs). Une autre étude a montré que 986 chats avaient tué 14.000 proies dans l’année (dont 69 % de mammifères). Ces résultats, établis à partir des déclarations des propriétaires, sont forcément en dessous de la réalité, puisque les chats peuvent manger leur proie ou ne pas la rapporter. Les Anglais estiment que, tous les six mois, les chats font disparaître chez eux 57 millions de mammifères et 27 millions d’oiseaux. Aux Etats-Unis, des chats munis de caméras au cou ont montré que, dans certaines régions, leurs proies étaient surtout des serpents et des lézards.

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En France, l’étude de la prédation des chats ne fait que commencer. Le Muséum vient de lancer une campagne pour la participation des particuliers à cette recherche. Ils sont invités à signaler leurs constatations sur un site dédié. Toute information est bonne à prendre, même imprécise ou lacunaire. La difficulté, avec les chats, c’est que chacun a sa façon de chasser et de choisir ses proies. Avec les petits rongeurs comme les mulots, pas de risque d’extinction, car ils font plusieurs portées nombreuses par an. Avec les chauves-souris, en revanche, qui ne font qu’un petit par an, la menace est réelle.

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Les jardins périurbains offrent un terrain d’étude privilégié, car on y trouve beaucoup de chats. Et ce sont eux, souvent, qui permettent de connaître la faune sauvage qu’on ne voit jamais parce qu’elle est nocturne, comme les lérots, muscardins ou chauves-souris. En juillet 2015, 2.500 participants ont fourni leurs données : sur 14.000 proies rapportées, on a dénombré 135 espèces de vertébrés (on ne compte pas les insectes), dont 80 oiseaux et 35 mammifères. Au total, on estime qu’une proie sur deux n’est pas indésirable. Autrement dit, les chats tuent moitié de « nuisibles » et moitié d’animaux « utiles » ou neutres. Il arrive qu’un chat s’attaque à la vipère ou au crapaud, qu’il sait toxiques. Constatation importante : le nourrissage du chat n’a aucune incidence sur sa recherche de proies.

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Pour évaluer la « zone de chalandise » du chat domestique, on a équipé 40 félins de bornes GPS. Mais les résultats sont encore très partiels. Quels sont les remèdes à la prédation du chat ? Il y en a trois : le collier à clochette ou grelots, la stérilisation ou le maintien du chat bouclé la nuit à l’intérieur. Mais ce ne sont que des palliatifs, car on ne peut empêcher un chat de se livrer au geste instinctif du petit fauve. Et beaucoup de propriétaires répugnent à brider leur cher compagnon fourré.

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Les réintroductions d’espèces sont rares et leur milieu naturel dégradé

La réintroduction est importante pour réhabiliter une espèce disparue d’origine mais aussi pour améliorer les programmes de l’enseignement public, renforcer des populations en voie de disparition,  contribuer à la science de la réintroduction,  ainsi que pour augmenter la taille, la diversité génétique et développer la répartition géographique de la population sauvage.

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​par Frédérique Gilbert

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Des réintroductions réussies d’animaux issus de parcs zoologiques, il y en a quelques-unes.

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Voici quelques exemples :

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TamarinsLions©CLeca

Tamarins lions au Brésil – photo ©CLeca

Des tamarins-lions dorés Rosalia Leontopithecus ont rejoint la forêt atlantique du Brésil pour compléter la population sauvage en voie de disparition.

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L’oryx d’Arabie Oryx leucoryx était éteint dans la nature avant d’être réintroduit dans les réserves à Oman en 1982.

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Le condor de Californie Gymnogyps californianus a reçu un programme réintroduction en 1992.

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Mais aussi le cheval de Przewalski Equus ferus przewalskii, le bison d’Europe Bonasus bisons, l’ibis chauve Geronticus eremita et beaucoup d’autres espèces ont déjà profité de ces programmes intéressants.

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La réintroduction est très utile et c’est un travail passionnant dans lequel les zoos jouent un rôle important.

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Pourtant, les réintroductions ne sont pas banalisées dans de nombreux parcs zoologiques parce que c’est coûteux, compliqué et parfois infructueux. Mais le succès augmente avec le temps, il y a de plus en plus de solutions aux problèmes rencontrés.

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Il y a bien sûr quelques règles à suivre pour que les choses se passent au mieux.

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Il est essentiel que ce genre de projet soit suivi et soutenu du point de vue socio-économique et juridique. Il doit également être pleinement compris, accepté et soutenu par les collectivités locales. Les règlements et les permis doivent être en règle et en accord avec les politiques ainsi qu’avec les législations avant que le projet ne démarre.

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Les animaux destinés à la réintroduction doivent provenir d’un groupe bien géré génétiquement en protégeant les groupes captifs et l’environnement qui accueillera ces individus. D’où l’importance d’un protocole vétérinaire bien établi et suivi.

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Un groupe spécialiste de la réintroduction de l’UICN  (l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature) a également mis en place des lignes directrices pour la réintroduction qui ont été élaborées suite à l’apparition de nombreux projets de réintroduction dans le monde entier.

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Il est à présent essentiel de se lancer et de travailler sur ce genre de projet, pour la protection d’espèces, pour la biodiversité de la terre et pour notre enseignement.

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Quelle capacité d’adaptation de la biodiversité au changement climatique ?

Un travail de prospective sur la capacité d’adaptation de la biodiversité au changement climatique a été mené depuis 2011 par la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité (FRB).

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par Christine Virbel

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LogoFRB-Complet-QFruit du résultat de travaux remarquables, un rapport vient d’être publié. Il analyse des données remontant parfois jusqu’au siècle dernier pour en tirer des conclusions et des prospectives de recherche. Ce rapport, intitulé Réponses et Adaptations aux changements globaux, est téléchargeable ici sur le site de la FRB.

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L’intérêt d’un tel travail est de comprendre, dans la mesure du possible, comment les organismes vivants, les espèces s’adaptent aux changements de leurs conditions de vie et d’identifier des freins à la compréhension de ces aptitudes. L’idéal est, à terme, de pouvoir déterminer quelles espèces auront tendance à s’adapter seules rapidement et quelles espèces auront besoin de l’intervention des hommes pour continuer à exister (même si une restauration n’est pas toujours réalisable ou même souhaitée *).

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L’enjeu est de taille. Il s’agit à la fois d’assurer notre alimentation, mais aussi de vérifier que les écosystèmes dont nous retirons des services essentiels et gratuits (production d’oxygène, maintien des sols, captation de CO2 ou épuration de l’eau…) peuvent survivre et se renouveler dans de nouvelles conditions climatiques. La biodiversité s’est organisée en écosystèmes interdépendants sur des temps géologiques importants. Or, les changements globaux actuels se produisent de façon très rapide.

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Cinq grands mécanismes de flexibilité ont été identifiés : la plasticité phénotypique, l’évolution génétique, la migration, le réarrangement des communautés et la dynamique des stratégies, des savoirs et des pratiques.

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Le travail de recherche s’est effectué à partir de cas d’études. On citera tout d’abord celui de mésanges charbonnières, observées pendant 47 ans (1961-2007) à Oxford, et ayant réussi à avancer leur date de ponte de 14 jours pour faire coïncider le besoin de nourriture des oisillons avec la présence de chenilles plus tôt dans l’année, en raison d’une feuillaison précoce des arbres. En adaptant leur période de ponte, les mésanges ont réussi à faire survivre l’espèce et même à en augmenter les effectifs. A noter toutefois, une étude portant sur la même espèce aux Pays-Bas a montré que trop peu de femelles avaient réussi à adapter leur période de ponte, entraînant une baisse des effectifs dans ce cas. L’origine de cette différence de plasticité de la date de ponte tiendrait dans des différences environnementales, comme les températures, que ces oiseaux utilisent pour se reproduire. Il a pu exister entre ces deux pays une différence dans les températures au sein de la journée ou bien entre saisons expliquant l’adaptation de la ponte dans un cas mais pas dans l’autre. Les auteurs invitent donc à la prudence avant de généraliser des résultats sur le potentiel adaptatif, même au sein d’une même espèce.

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Une autre étude, menée à Montpellier entre 1970 et 2015 sur le moustique Culex pipiens, a montré que des changements génétiques rapides surviennent lors de l’introduction de substances toxiques comme les pesticides, les métaux lourds ou les antibiotiques dans les écosystèmes. Dans le cas de ce moustique, une résistance à un large spectre d’insecticides organophosphorés transmissible à ses descendants a été observée dans les populations naturelles. En effet, comme l’indique l’étude, plus l’effectif d’une population est élevé, plus sa diversité génétique est grande et plus son potentiel adaptatif est important. Ainsi, dans le cadre de la préservation d’espèces, il est important de veiller à ce qu’un nombre suffisant de sujets soit conservé, dans des milieux non fragmentés où des conditions de vie variées permettront aux gènes d’évoluer différemment, laissant ainsi une chance à l’espèce en question de développer un gène adapté aux nouvelles conditions de vie qu’entraîne et entraînera le changement climatique.

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Enfin, une étude sur la migration de la plante Crepis sancta en milieux urbains mérite encore d’être citée. Cette plante dispose de deux types de graines : des graines se disséminant au vent et des graines plus lourdes tombant aux alentours de la plante. En milieu urbain où les habitats sont très réduits, la dissémination au vent s’est vue réduite en faveur d’une reproduction par les graines lourdes en l’espace d’une dizaine d’années seulement. La plante s’est adaptée, mais a également réduit ses capacités d’adaptation à un autre changement potentiel futur où la reproduction par dissémination serait plus favorable. L’habitat fragmenté urbain isole par ailleurs les populations, diminuant encore plus la diversité génétique et donc le potentiel adaptatif des espèces pour l’avenir. Les connaissances actuelles ne permettent donc pas de dire si les réponses évolutives qui se mettent en place et fonctionnent actuellement seront favorables à la persistance des espèces en milieu fragmenté à long terme.

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Des exemples supplémentaires dans le rapport permettent d’illustrer les autres mécanismes de flexibilité.

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Si ces études permettent déjà de dégager des mécanismes de flexibilité, elles ne peuvent toutefois présager de l’avenir à plus long terme. C’est pourquoi le rapport préconise de définir des axes de recherches pour répondre à quatre défis majeurs : comprendre les processus d’adaptation, étudier le couplage entre ces sources de flexibilité, proposer des indicateurs du potentiel d’adaptation et intégrer ces sources de flexibilité dans les scénarios sur la biodiversité.

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* Il existe parfois des réticences à des (ré)introductions ou des déplacements d’espèces. Pourtant, la conservation d’espèces d’origine n’est pas toujours adaptative localement.

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Un exemple réussi d’écotourisme artisanal

L’écotourisme est un concept anglo-saxon qui répond à des critères bien particuliers : découvrir les sites naturels de la planète intacts ou peu perturbés, généralement des sites protégés, avec des petits groupes, un moindre impact sur la nature, le respect des populations humaines rencontrées et un apport de devises qui doit profiter aux aires protégées visitées.

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par Jean-Claude Génot

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La Ruaha : le plus grand parc national de Tanzanie (plus de 22 000 km2) – @ Jean-Claude Génot

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C’est une forme de tourisme qui s’adresse à des gens ayant un certain pouvoir d’achat aimant la nature, la faune sauvage et les grands espaces.

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Cette appellation est souvent détournée et utilisée par des professionnels du tourisme voulant élargir leur part de marché qui ne respectent pas un ou plusieurs des critères cités précédemment.

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La question de savoir si l’écotourisme est le moyen que le tourisme classique a trouvé pour aller exploiter les lieux naturels les plus reculés a toujours fait débat.

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Ainsi, malgré un discours de protection de l’environnement, l’écotourisme est-il compatible avec la fréquentation soutenue de territoires exceptionnels ? (*) Soyons clairs, toutes les formes de tourisme ont un impact sur la nature et les sociétés visitées. Mais le petit nombre de personnes impliquées dans l’écotourisme et l’éthique des entreprises et de leurs guides font des écotouristes des voyageurs prêts à s’adapter aux conditions locales plutôt que des touristes cherchant l’exotisme sans renoncer à leur confort.

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Pour avoir travaillé avec différents tours opérateurs (TO) en écotourisme et même guidé à titre expérimental un groupe en Biélorussie, je peux témoigner que ces entreprises sont souvent de petite taille, animées par des gens passionnés de nature et désireux de la faire découvrir à d’autres. Certaines associations ont été tentées de proposer ce type de prestation. Mais elles n’ont pas toujours réussi à maintenir cette activité car on ne s’improvise pas professionnel de l’écotourisme parce qu’on aime la nature, de la même façon qu’il ne suffit pas d’aimer la bonne cuisine pour être restaurateur.

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Amateur de safari depuis de nombreuses années, j’ai trouvé un guide d’expéditions naturalistes en Afrique dont la société, African Escapades, créée en 1995, correspond parfaitement à un écotourisme à taille humaine. Son fondateur, Frédéric March, est un passionné d’Afrique depuis le plus jeune âge. Zoologue et ornithologue, c’est un guide très expérimenté dont l’éthique conduit à faire découvrir la faune sauvage dans le respect de la nature (pas de dérangement de la faune pour une belle photo, limitation des déchets, bivouacs avec le moins de traces visibles) et des populations locales (respect des personnes et de leur mode de vie). Ses expéditions sont limitées à deux véhicules et 7 personnes, voire moins.

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J’ai participé à 5 voyages au cours des 20 dernières années : Zimbabwe, Namibie, Zambie-Malawi, Botswana et Tanzanie-Malawi-Zambie, une expédition spécialement organisée pour les vingt ans d’African Escapades. Frédéric March est un authentique artisan de l’écotourisme. Il aménage lui-même ses véhicules tout terrain pour les rendre plus robustes au niveau mécanique et plus autonomes en matière de produits transportés (carburant, eau, alimentation), ce qui représente des centaines d’heures de travail par véhicule. Il conduit, guide, cuisine, prépare les bivouacs, répare les véhicules et assure les contacts avec la police locale sur route et aux frontières avec humour et patience. Il est secondé par Innocent Muganhiri, responsable de la logistique, mais également chauffeur, guide et cuisinier. Inno est citoyen du Zimbabwe, pays où est installé African Escapades. Les devises laissées par le passage des groupes aident à la sauvegarde de certaines espèces ainsi qu’au développement des parcs nationaux africains.

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Concernant les populations locales, Frédéric achète tous ses produits localement sur les marchés en veillant à bien laisser son argent aux femmes, piliers des familles africaines. Il soutient certaines initiatives locales des femmes qui vendent des vêtements et autres produits, comme en Zambie par exemple. Il est en contact avec de nombreuses ONG locales qui agissent pour aider les paysans à se protéger contre les dégâts occasionnés par la faune sauvage en dehors des parcs nationaux. Il entretient de bonnes relations avec les gardes des parcs et échangent avec eux ses observations naturalistes.

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Si dans la plupart des expéditions, les groupes font des bivouacs en brousse, certaines nuits (la première après le voyage aller et la dernière avant le voyage retour) se passent dans des lodges de charme. Rien n’est laissé au hasard car chaque voyage est méticuleusement préparé pour tester les lieux d’accueil et pour repérer le trajet et les sites de bivouacs dans les endroits les plus sauvages. Grâce à sa connaissance de la faune africaine et des comportements des animaux, il peut donner les meilleurs conseils à ses clients pour éviter tout problème au cours du voyage et permettre de vivre des grands moments d’émotion quand la nuit, un éléphant passe juste à côté de votre tente. Son charisme, son sérieux et son expérience de l’Afrique ont fait son succès au point que de nombreux clients lui sont fidèles depuis 20 ans et que certains sont devenus ses amis.

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Si un safari vous tente hors des sentiers battus comme dans les parcs de la Ruaha, de la Luangwa ou du Kgalagadi, avec des accompagnateurs expérimentés suivant un itinéraire soigneusement élaboré et personnalisé, vous pouvez consulter www.africanescapades.fr

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* Gagnon C. et Gagnon S. 2006. L’écotourisme entre l’arbre et l’écorce. De la conservation au développement viable des territoires. Presses de l’Université du Québec. 414 p.

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Non Monsieur Hollande, les chasseurs ne défendent pas la nature. Ils l’aiment ensanglantée !

En se plaçant unilatéralement du côté des chasseurs dans un entretien au Chasseur français, le Président Hollande commet une faute morale… et politique.

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par Yves Paccalet

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chasseur-uneMonsieur le président ! Je lis l’entretien que vous accordez au magazine Le Chasseur français du 21 octobre 2015. Vous voulez protéger l’appellation « Laguiole » (le couteau et le fromage) que de gros malins ont accaparée : d’accord ! Vous refusez de créer une nouvelle niche fiscale qui ferait aux chasseurs le cadeau de leur permis de tuer : encore heureux…

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D’autres de vos propos me plaisent moins. Je ne pense pas, comme vous, que les chasseurs entrent dans la catégorie de ceux qui « défendent la nature ». Ils l’exploitent et la massacrent plus qu’ils ne la gèrent. Ils ne l’aiment qu’ensanglantée.
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Je comprends que, pour des raisons électorales, vous manifestiez « beaucoup de considération » à leur égard : mais vous oubliez que d’autres, parmi vos électeurs potentiels, et bien plus nombreux selon les sondages, désirent protéger et contempler ces espèces que les chasseurs n’apprécient qu’au bout de leur fusil.
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En France, le nombre des chasseurs a chuté au-dessous du million, probablement même à moins de 900.000 (les chiffres de l’Office national de la Chasse posent problème). Or, ces moins de 1,5 % de la population nationale privent les parents et les enfants de toute promenade en forêt le mercredi et le dimanche (voire d’autres jours lorsqu’une « battue » est ouverte).

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Au vu des accidents que provoquent ces Nemrods (une quarantaine de morts et plusieurs dizaines de blessés par an, rien que dans notre pays), ils devraient, bien davantage que les requins (lesquels causent moins de dix morts chaque année, et dans le monde entier), être classés parmi les espèces les plus dangereuses de la Terre. Parmi les « nuisibles », pour utiliser un adjectif de leur vocabulaire que je récuse…

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Monsieur le président, dans votre entretien au Chasseur français, votre sortie sur les loups me semble particulièrement inadmissible :

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« Chaque année, dites-vous, il sera décidé du nombre de loups à abattre en fonction de l’évaluation des risques et de la croissance de la population de loups ».

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Je vous rappelle que Canis lupus est une espèce protégée par la Convention européenne de Berne, que la France a ratifiée, et qui ne saurait être modifiée que par une décision des deux tiers des signataires. Je m’étonne de la contradiction qui surgit, ici, entre votre fonction régalienne de gardien de la Constitution et des institutions du pays, et l’autorisation littéralement hors la loi que vous accordez à des tueurs d’animaux protégés.

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Sur le fond, je vous rappelle que les loups sont revenus par eux-mêmes sur notre territoire, depuis l’Italie voisine (certains, désormais, y rentrent depuis l’Allemagne et la Suisse ; en attendant leurs congénères espagnols). Au rebours de ce que vous suggérez, leur population n’est nullement en accroissement. En France, ils étaient un peu plus de 300 en 2014.

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Cette année, on en dénombre moins. Or, les « autorisations » de « prélèvement » (la litote utilisée pour dire qu’on leur loge une balle dans le ventre) ont été augmentées de moitié : elles passent de 24 à 36. Une absurdité, fût-ce aux yeux du plus ignorant des naturalistes…

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Monsieur le Président, depuis le mois de juillet 2015, comme le relève l’association de protection de la nature FERUS, 13 loups ont déjà été fusillés de façon « officielle » (et d’autres braconnés). Les éleveurs de brebis réclament qu’on en exécute toujours davantage. Certains bergers (et les politiciens qui les caressent dans le sens de la laine) vont jusqu’à exiger l’« éradication » du prédateur. Allez-vous leur donner raison ?

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Je vous rappelle que, s’il existe 300 loups en France, on en recense 1 500 en Italie et 2 000 en Espagne, où les problèmes que pose le carnivore sont infiniment moins aigus que chez nous. Si nous désirons réellement aider les bergers (ce qui est notre volonté à tous deux), nous devons améliorer le gardiennage des troupeaux dans la montagne (en embauchant par exemple des chômeurs), plutôt que d’envoyer ad patres les rares « fauves » qui nous restent.

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Car l’ennemi numéro un de l’éleveur n’est pas le loup, mais le prix de la viande de mouton sur un marché mondial dominé par l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Argentine.

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Je regrette que, tels les pires politiciens de la droite de la droite (mettons Christian Estrosi ou Laurent Wauquiez), vous vous entêtiez à faire de Canis lupus le trop facile bouc émissaire de notre incapacité à réguler ce secteur de l’économie.

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Monsieur le Président, durant votre quinquennat, j’ai la tristesse de constater que la nature sauvage endure le martyre. Vous êtes en train, en ce moment même, de transformer nos forêts, nos montagnes et nos mers en parages où le sang ruisselle. Les abattages succèdent aux carnages, et cela ne semble guère vous toucher.

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Vous avez entamé, et vous vous préparez à conclure, une extermination du troupeau de bouquetins du massif du Bargy, en Haute-Savoie. La justice a rejeté le recours des associations naturalistes : plusieurs centaines de ces ruminants vont donc mourir dans les alpages, tirés à l’arme lourde par une légion de nervis aidés d’hélicoptères.

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Pourquoi cette folie ? Parce que certains ongulés seraient vecteurs de la brucellose. Mais le massacre a été ordonné avant même qu’on ait confirmé la contamination, et au mépris de la seule solution scientifique et efficace au problème : la vaccination.

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Monsieur le Président, pourquoi ne raisonner qu’avec l’esprit du bourreau ? À l’île de la Réunion, je constate la même indignité : dans le cadre du plan gouvernemental intitulé « Cap Requins », plusieurs requins bouledogues, des requins tigres et même un grand requin blanc ont été récemment « prélevés ».

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Ces poissons superbes n’avaient mordu personne. On les harponne et on les achève à titre « préventif », alors qu’ils figurent (au moins pour le tigre et le grand blanc) sur la liste des espèces en voie d’extinction dressée par l’Union internationale pour la Conservation de la Nature (l’UICN).

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Partout en France, les chasseurs réclament (et obtiennent !) qu’on les autorise à organiser des battues au renard ou des déterrages de blaireaux. Au nom de la tradition et de la « ruralité », ils veulent continuer à piéger à la trappe ou à la glu les ortolans, les pinsons ou les bouvreuils.

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Ils exigent qu’on leur permette de « résoudre » le « problème » des vautours, qu’ils accusent ridiculement d’attaquer les vaches vivantes. Ils se font forts de régler le sort des corbeaux, des cormorans, des phoques, des dauphins, que sais-je ?

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Je l’ai entendu hier et j’en suis resté sur le derrière : des grues cendrées en migration par milliers au lac du Der ! Les chasseurs, ces prétendus « amis de la nature », désirent en vérité éliminer manu militari tout ce qui les « gêne » dans leur utilisation simpliste et univoque (tuer ! tuer !) des composants sublimes et nécessaires de nos écosystèmes.

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Je n’aime pas, monsieur le Président, que vous vous placiez unilatéralement dans leur camp.

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Monsieur le Président, nous sommes nombreux, dans ce pays, à ne plus supporter l’holocauste. Je désirerais que, pour vous et votre gouvernement, l’écologie ne se résume pas aux questions d’énergie, de pollution ou de transport, bref à des combats que je mène également, depuis quarante ans, mais qui ne sont pas suffisants.

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J’aimerais qu’en prononçant le mot « biodiversité », vous preniez enfin conscience que la nature subit davantage de blessures et de désastres qu’elle n’en a jamais enduré depuis que l’Homo est sapiens. Je voudrais que vous formiez, dans votre imagination, l’image de vraies plantes, de vrais animaux, de vrais prédateurs.

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Je serais ravi que vous n’adoptiez pas pour ligne politique l’idée de confier la gestion de la « ruralité » aux chasseurs plutôt qu’aux écologistes ; aux mitrailleurs plutôt qu’aux amoureux de la beauté vive ; aux massacreurs en tenue léopard plutôt qu’aux amis de la subtilité et des équilibres ; aux assassins des beautés palpitantes plutôt qu’aux naturalistes, aux promeneurs, aux écrivains, aux cinéastes, aux peintres, aux poètes et aux rêveurs.
Je revendique de votre compréhension et de votre amour de l’humanité même que vous laissiez à l’usage de nos enfants et des enfants de nos enfants les trésors vivants que nourrit encore la Terre. Que vous preniez la défense du requin, du loup, du lynx et de l’ours brun, plutôt que de les laisser agonir d’injures et anéantir à la balle ou au couteau par des êtres basiques, obsédés par la mort du « nuisible » ou du « gibier », et fiers de revêtir l’uniforme martial pour aller répandre la terreur à travers champs et bois.

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Je vous en supplie, monsieur le président : faites taire les fusils et écoutez la symphonie du monde !

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Cet article est aussi paru sur le site le Plus de l’Obs.

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Les photographes animaliers s’engagent pour la biodiversité

L’association Tendua organisera du 4 au 21 novembre 2015 à la Marie du 6e arrondissement de Paris une exposition/vente pour montrer la beauté de la biodiversité, mais aussi pour recueillir des fonds afin de la protéger.

par Marc Giraud


Beautes-naturelles
À quelques jours du début de la COP21, l’association Tendua souhaite montrer concrètement son engagement pour la préservation de la biodiversité dans le monde. Association indépendante de loi 1901, créée en 2008 par Myriam Dupuis, Tendua recueille des fonds afin de soutenir des projets variés sur le terrain, dans des pays qui souvent manquent de moyens. Étude et protection de la panthère des neiges dans toute sa zone de répartition, suivi des derniers lions du Namib, protection du tapir de Colombie, conservation du gibbon Hoolock de l’Ouest (un primate très menacé en Inde), mais  aussi participation au collectif CAP Loup pour la protection du canidé en France, ou encore sensibilisation du public à l‘importance du rôle des requins dans les écosystèmes marins.

Seize photographes professionnels et amateurs ont donc rejoint l’association pour cette manifestation parisienne. En offrant généreusement leurs images, les meilleurs photographes professionnels de nature *1, des membres de Tendua *2 (dont plusieurs JNE), ainsi que le laboratoire de photo Rainbow color pour les tirages, ont rendu cette exposition possible.

Chaque photographe a sélectionné l’un de ses clichés préférés et les 25 tirages exposés sont numérotés et proposés à la vente afin de contribuer financièrement à plusieurs projets d’étude, de réhabilitation ou de sauvegarde d’espèces menacées dans le monde, en finançant l’acquisition de pièges photographiques, de colliers satellite, des salaires de soigneurs, l’achat de médicaments…

L’exposition « Beautés naturelles » est en accès libre du lundi au vendredi 10h30 à 17h, le jeudi jusqu’à 19h, le samedi: 10h à 12h, le 21 novembre: 10h à 17h, à la Mairie du 6e arrondissement – Galerie du Luxembourg, 78, rue Bonaparte, 75006 Paris.

Un vernissage sera organisé le jeudi 5 novembre 2015 à 18h en présence de Jean-Pierre Lecoq, Maire du 6e arrondissement de Paris, et de Olivier Passelecq, adjoint au Maire du 6e arrondissement chargé de la Culture.

Contact : tendua@tendua.orgwww.tendua.org


* 1 Frédéric Buyle, Tony Crocetta, Christine et Michel Denis-Huot, Ivan Kislov, Pascal Kobeh, Julie Labarre-Boileau, Yves Lefèvre, Gilles Marquis, Vincent Munier et Alain Pons.
* 2 Christian Baillet, Myriam Dupuis, Olivier Güder et François Moutou.


Le parc national de la Forêt noire : plus de sauvage !

Un écologue membre des JNE est parti à la découverte du parc national de la Forêt noire, en Allemagne. Tout nouveau, tout beau ?

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par Jean-Claude Génot *

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PN FORET NOIRE 2015 006

Le parc national de la Forêt noire @ Jean-Claude Génot

Alors que la canicule s’annonce sur l’Alsace, je n’ai aucune hésitation à rouler vers le tout nouveau parc national allemand de la Forêt noire, perché sur les crêtes de cette montagne, séparée des Vosges par la plaine du Rhin. Là haut à 900 mètres, l’air est plus frais en cette matinée de juillet alors qu’en plaine il fait déjà très chaud.

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Cette vallée chauffée à blanc et densément peuplée a pourtant vu quelques jours plus tôt un loup italien se faire écraser sur une route au bord du Rhin ; l’animal venait de Suisse. Cette information a été totalement noyée dans le flot des urgences humaines, n’intéressant qu’une poignée de gens passionnés de nature. Accompagné de deux amis naturalistes, notre groupe a rendez-vous avec un biologiste du parc qui a accepté de nous recevoir pour répondre à nos questions sur ce nouveau parc créé le 1er janvier 2014.

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Si ce parc a vu le jour, c’est parce qu’il faisait partie des promesses de campagne des Verts aux élections du Land de Bade-Wurtemberg (capitale Stuttgart). Or, ce sont eux qui ont emporté la présidence et ici en Allemagne, les politiciens respectent apparemment leurs promesses. La taille du parc est modeste : 10 061 ha en 2 zones, l’une de 2 447 ha et l’autre de 7 164 ha. Entre les deux zones centrales se trouve de la forêt privée que le parc pourrait chercher à acquérir à moyen et long terme. Le parc ne possède aujourd’hui que 32,7 % de sa surface en non-intervention (incluant des zones déjà classées en réserve naturelle avant la création du parc) et a comme objectif d’ici 30 ans d’avoir 75 % de sa superficie en libre évolution. Ne respectant pas les critères de l’UICN (ainsi la chasse aux cervidés y est encore pratiquée, avec 150 cerfs tués par an par des fonctionnaires du parc et des chasseurs locaux), le parc se considère comme un parc national en cours de développement.
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Une équipe de 70 personnes a été recrutée,intégrant des gens d’un centre d’éducation déjà existant, des forestiers et des nouveaux personnels. L’équipe est répartie dans 5 départements : administration, recherche-monitoring-conservation de la nature, éducation, développement régional-tourisme-planification et forêt-infrastructures.

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Le premier plan d’actions 2014-2018 du parc prévoit d’engager les chantiers suivants : mise en place du zonage, règles de circulation, balisage des sentiers, accueil touristique, éducation à la nature, gestion et protection de la faune, recherche et monitoring. Dix personnes travaillent au service recherche-monitoring-conservation. Ce sont des spécialistes de la végétation, de mycologie, d’entomologie et de monitoring.

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Le parc national de la Forêt noire est essentiellement couvert d’une forêt de montagne avec des lacs et des cirques glaciaires, des tourbières acides à sphaignes, des landes et des prairies en crête d’origine humaine (Grinden en allemand) qui couvrent 2 à 3 % de sa surface. La forêt est composée de 70 % d’épicéas au lieu de 10 % naturellement. Dans le passé, les Allemands ont massivement planté de l’épicéa à la place d’une forêt naturelle composée de hêtres et de sapins avec de l’épicéa autochtone, cantonné dans les parties les plus montagnardes.

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Entre temps, la forêt a été renversée par la tempête Lothar de décembre 1999 et de grandes zones ont dépéri suite à la recrudescence des scolytes de l’épicéa. Les trésors naturels de ce parc sont caractéristiques de la montagne : chouette chevêchette, chouette de Tengmalm, grand tétras dont un cinquième de la population de tout le massif se trouve dans le parc national, pic tridactyle qui profite des nombreux arbres dépérissant et bien d’autres espèces de reptiles, de flore et de fonge (NDLR : champignons), avec la découverte depuis la création du parc d’une espèce rare, nouvelle pour le Bade-Wurtemberg. Deux lynx venus du Jura suisse sont présents au sud du parc. Quant au loup, il pourrait très bien faire son retour dans cette montagne riche en cervidés.

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Comme le montre un sentier aménagé dans une zone où tous les arbres, principalement des épicéas, se sont renversés en 1999, aujourd’hui, à part des sorbiers des oiseleurs et quelques bouleaux, c’est l’épicéa qui se régénère naturellement. Le parc ayant choisi comme objectif principal de protéger les processus naturels, le sauvage mis en avant dans toute sa communication ne rime pas forcément avec naturalité puisque l’épicéa, imposé à la nature par les hommes, revient aujourd’hui en force spontanément à la place de la forêt naturelle. Mais qu’importe, ce qui compte avant tout est la libre expression des processus naturels, d’ordinaire majoritairement contrariés par la « gestion » pour maintenir des espaces ouverts.

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D’ailleurs, les protecteurs du grand tétras s’inquiètent que des biotopes à grand tétras (tourbières, lisières avec prairies, pré-bois, forêts ouvertes par la tempête ou les scolytes) aujourd’hui favorables à l’espèce ne soient menacés… par la nature quand le parc aura 75 % de sa surface en libre évolution. La réponse de notre hôte est claire : le parc est trop petit pour gérer la population de grand tétras de tout le massif, population qui fait l’objet de mesures extrêmement artificielles comme cela est décrit dans un chapitre (Des forêts claires en Forêt noire) de mon dernier livre (Plaidoyer pour une nouvelle écologie de la nature).

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Le parc n’a pas été accepté facilement par tous les acteurs. Comme cette montagne touristique est très fréquentée, en été comme en hiver (randonnée pédestre, VTT, ski de fond), les acteurs du tourisme ont craint des restrictions de circulation, donc une baisse de leur activité. Ceux de l’industrie du bois ont vu une ressource à laquelle ils n’auraient plus accès.Pour être accepté, le parc a donc imaginé un conseil d’administration incluant des représentants des communes.

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Pour rassurer, le parc va engager des actions pour développer un tourisme compatible avec la protection. Pour ne pas désespérer immédiatement la filière bois locale, le parc intervient encore sur les 70 % qui actuellement ne sont pas en libre évolution. Comment ? En enlevant des épicéas dans les zones à grand tétras ainsi que dans les zones touchées par la tempête pour favoriser sapins et hêtres. De plus, le parc compte sur les épicéas atteints par les scolytes pour fournir du bois durant la période de transition. Mais le parc sait qu’il ne transformera pas les forêts d’épicéas en hêtraie-sapinière en quelques décennies.

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Avec ses forêts plantées d’épicéas dont une partie est désormais en libre évolution, ce parc national est un exemple de plus en Europe, de ce que l’on appelle la nature férale, une nature autrefois exploitée à des fins agricoles ou forestières, où les activités humaines cessent subitement et où la dynamique naturelle s’exprime librement.

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* Ecologue

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Je remercie Marc Förchler pour son accueil et ses informations.

 

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Protéger la nature : le bêtisier

En plein contexte de loi sur la biodiversité et de COP 21, jamais les questions d’écologie n’ont eu une telle occasion de faire débat dans notre pays soumis au puissant conditionnement mental de la croissance et des marchés.

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par Jean-Claude Génot *

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Vous pensez sans doute que la loi sur la biodiversité va enfin nous libérer de cette propagande qui nous conduit à tout penser en termes économiques ? Eh bien non ! Passons sur le fait qu’avec la sémantique, on enterre définitivement la loi de 1976 dite loi de protection de la nature. En effet, la nature est englobante, un tout complexe qui nous contient. La biodiversité, elle, est vue comme un assemblage d’espèces que l’homme peut manipuler et « gérer » selon ses besoins. Il est très instructif de voir que le ministère de l’Ecologie a choisi pour illustrer son site internet un tube à essai avec une plantule et une scientifique dans un laboratoire en train d’observer une plaque d’échantillons que l’on imagine d’origine biologique.

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Le plus grave dans cette loi figure à l’article relatif à la compensation des atteintes à la biodiversité. Vous y voyez un bon moyen pour freiner la destruction des espèces et des espaces naturels ? Détrompez-vous ! Au contraire, c’est le début de la fin pour la nature et les réglementations qui la régissent. Delphine Batho, ancienne ministre de l’Ecologie, ne s’y est pas trompée, puisqu’elle a dénoncé à juste titre un premier pas vers la financiarisation de la biodiversité. De quoi s’agit-il ? Simplement de laisser détruire plus facilement un coin de nature si le destructeur peut restaurer le même milieu ailleurs ou acheter des actions permettant de conserver des espaces naturels avec des crédits biodiversité sur le même modèle que les crédits carbone, c’est-à-dire payer pour continuer à détruire.

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9782707185853Ce phénomène est déjà bien engagé dans de nombreux pays anglo-saxons et un excellent livre, Prédation. Nature, le nouvel eldorado de la finance,  de Sandrine Feydel et Christophe Bonneuil, explique les mécanismes qui ont permis cette mainmise de la finance sur la nature et analyse les conséquences négatives déjà constatées dans les pays où ce système existe. Ce livre montre les ponts existant aux Etats-Unis, à l’origine de ce modèle, entre le monde des grandes entreprises et des banques et celui des grandes ONG de la conservation. Demain, en croyant soutenir certaines ONG pour la protection de la nature, nous précipiterons sa destruction par sa mise sur le marché.

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Les auteurs du livre montrent que les lobbyistes de la financiarisation de la nature ont gagné la partie au sein de la Commission européenne. Rien d’étonnant à ce que tous les technocrates de l’environnement qui font les lois et les règlements nous dirigent droit vers cette marchandisation de la nature.

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Comment en sommes-nous arrivés là ? Les protecteurs de la nature sont responsables parce qu’ils ont voulu socialiser la nature alors qu’il fallait ensauvager les esprits et rendre le maintien de la nature sauvage indispensable. La nature est devenue paysagère, la biodiversité est gérée et au final la société croit que la nature sans hommes ne peut pas exister, voir même ne doit plus exister. Des exemples ? Il y en a tout un bêtisier dont je vous livre quelques cas pris au hasard.

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Dans la forêt de Fontainebleau, l’ONF a décidé de réintroduire….le mouton pour pâturer dans des pelouses et des landes afin de conserver « la biodiversité ». Bel abus de langage car qui sait mesurer « la » biodiversité ? En fait, il s’agit d’intervenir au profit d’espèces des milieux ouverts au détriment d’espèces des milieux boisés, un choix essentiellement culturel et non scientifique. Cette opération de jardinage écologique consiste à conserver un paysage du XIXe siècle plus qu’à protéger la nature. Personne ne semble se demander quel sera l’impact sur le milieu des moutons, quand on connaît les méfaits du surpâturage. Que dire de la logique de cette opération quand dans le même temps l’ONF se plaint de la surdensité du cerf, capable lui aussi d’aller consommer les ligneux indésirables ? Et pourquoi, si le cerf ne fait pas l’affaire, ne pas réintroduire des herbivores sauvages comme le bison d’Europe qui a plus sa place en forêt que le mouton ?

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Dans une motion C « Osons un nouveau pacte citoyen et républicain » présenté lors du dernier congrès du Parti socialiste de 2015, une proposition visant à développer la filière bois énergie souligne que cela « permettrait de se débarrasser des vieux arbres secs, qui sont les premiers à s’enflammer l’été ». Outre le fait que cette question des incendies ne concerne que les zones méditerranéennes, la totale méconnaissance des élus socialistes en matière d’écologie, notamment sur le rôle du bois mort, peut être vue comme une malformation congénitale qui devrait écarter ces gens de tout pouvoir car la planète a déjà assez souffert des décisions politiques et économiques d’ignorants de la nature.

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En avril 2015, la Direction Départementale des Territoires de Haute-Loire a autorisé qu’un chamois qui s’approchait trop d’un troupeau de moutons soit abattu. Cet individu isolé menaçait le troupeau selon l’éleveur. Il aurait pu être endormi et transplanté ailleurs. Mais la solution radicale a été préférée. Bel exemple de la façon dont on traite la question du sauvage en France, pays de campagnes maîtrisées et ordonnées où la nature est vue comme une menace permanente.

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Enfin, le ministère de l’Ecologie a lancé cet été une offre d’emploi d’avenir pour constituer une brigade loup et participer aux opérations d’abattage ordonnées par l’Etat. Le profil demandé nécessite une aptitude au maniement des armes de catégories C et D (armes de chasse lisses et rayées), des notions de balistique, un permis de chasser, la possession du Brevet Grand Gibier serait un plus, une origine « rurale » et une formation type BEPA agricole, avec une spécialité cynégétique ou aménagements. Que le ministère chargé en principe de protéger la nature en vienne à se soucier d’abord des moutons en dit long sur le revirement idéologique auquel nous assistons et sur les priorités françaises : une nature aseptisée sous contrôle et expurgée de toute altérité sauvage.

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Travailler aujourd’hui pour un organisme environnemental ne suffit plus à faire de vous un protecteur de la nature quand ces structures visent en fait à faire le bonheur de la nature contre son gré. Le citadin végétarien qui décide de ne pas avoir d’enfants protège mieux la nature à moyen et long terme.

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* Ecologue

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La Journée du Gouf à Capbreton le 20 septembre 2015

Première journée sur le canyon de Capbreton, phénomène géologique extraordinaire, réservoir de biodiversité et de mystères… Avec les plus grands spécialistes mondiaux du Gouf ! Evénement majeur, libre et gratuit, unique et transversal, à ne rater sous aucun prétexte !

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Une journée organisée par Hugo Verlomme (JNE)

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affiche gouf basse def

.VOICI LE PROGRAMME :

Dimanche 20 septembre, Gratuit – Ouvert à tous
Auditorium du Casino
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10h : Ouverture. Présentation de la première Journée du Gouf (Hugo Verlomme).

10h30 : Trois conférences sur la géologie, la formation des canyons du Golfe de Gascogne, et du Gouf en particulier, l’influence de sa « tête » proche des plages, son évolution rapide. Avec Jean-François Bourillet (Ifremer Brest) et Hervé Gillet (Maître de conférences à l’Université de Bordeaux).
– Témoignage de plongeurs de Capbreton ayant plongé sur le Gouf. Photos inédites.

12h30 : Inauguration d’une œuvre d’art sur la terrasse
Dégustation gastronomique de produits de la mer pêchés dans le Gouf.

14h-16h : Démonstration de sauvetage côtier sur le plage de l’Estacade (Stéphanie Barneix, Alexandra Lux).

14h30 : Reprise des conférences. Thématique : Merveilles de la biodiversité.
– Impact du Gouf sur la faune régionale des poissons (Jean-Claude Quéro, ancien chercheur de l’Ifremer).
– Bilan des connaissances sur les espèces, parfois inhabituelles, présentes au fond du canyon, images inédites filmées en profondeur (Marie-Noëlle de Casamajor, Ifremer Anglet).
– Présentation des cétacés plongeurs et des requins abyssaux présents dans le Gouf, définition de la biosurveillance (Alexandre Dewez, expert scientifique, fondateur du GEFMA).
– Pratiques de pêche sur le canyon, mise en perspective du présent par le passé (Gilles Morandeau, Ifremer Anglet ; Anne-Marie Cocula, historienne, vice-présidente du Conseil Régional d’Aquitaine).
– Rôle des Affaires Maritimes et des marins pêcheurs, pêche, réglementation, surveillance des sites sensibles, tels que le Gouf (Jean-Luc Vaslin, administrateur en chef des Affaires Maritimes, Délégué à la Mer et au Littoral 64/40 ; Patrick Lafargue, Président du Syndicat des Pêcheurs).

18h30 : Clôture
– Déambulation poétique et narrative d’un conteur, Pépito Matéo, qui nous entraîne dans les profondeurs insondables du Gouf.

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Casino de Capbreton
Place de la liberté, 40130 Capbreton, Aquitaine, France

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Un regard critique sur les marchés de biodiversité

La Société Française d’Ecologie (SFE) vous propose une critique du documentaire de Sandrine Feydel et Denis Delestrac, « Nature, le nouvel Eldorado de la finance », par un groupe d’économistes et d’écologues impliqués en sciences de la conservation.

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http://www.sfecologie.org/regards/2015/08/21/r64-nature-et-finance-levrel-et-al/

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Bonne lecture, et n’hésitez pas à poster vos commentaires et questions sur les forums de discussion de ces nombreux « regards » sur la biodiversité !

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Bien cordialement à tous,
Anne Teyssèdre (JNE)

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http://www.sfecologie.org/regards/

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Précédents « regards et débats » en ligne sur la plateforme SFE :

Regards et débats mis en ligne en 2015 :
http://www.sfecologie.org/regards/tous-les-regards/?a=2015

Regards et débats mis en ligne en 2014 :
http://www.sfecologie.org/regards/tous-les-regards/?a=2014

Regards et débats mis en ligne en 2013 :
http://www.sfecologie.org/regards/tous-les-regards/?a=2013

Regards et débats en ligne depuis 2012 :
http://www.sfecologie.org/regards/tous-les-regards/?a=2012

Regards et débats en ligne depuis 2011 :
http://www.sfecologie.org/regards/tous-les-regards/?a=2011

Regards et débats en ligne depuis 2010 :
http://www.sfecologie.org/regards/tous-les-regards/?a=2010

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Société française d’Ecologie
http://www.sfecologie.org/

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ANNUAIRE 2019
Spécial 50 ans


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