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Un commissaire enquêteur radié pour avoir trop bien informé le public lors d’enquêtes publiques

Le débat national est-il crédible, quand dans le même temps des représentants de l’Etat (tels les préfets) n’hésitent pas à faire radier les commissaires-enquêteurs qui donnent toute la place à la démocratie participative lors des enquêtes publiques ? L’exemple du cas tout récent de Gabriel Ullmann (membre des JNE), après plus de 20 ans d’exercice de commissaire-enquêteur, est démonstratif.

Chaque année, on compte entre 6 000 et 8000 enquêtes publiques, soit en moyenne presque deux enquêtes par semaine et par département. Les enquêtes, qui visent de gros projets de proximité, constituent un facteur essentiel de la démocratie locale. D’ailleurs, les commissaires-enquêteurs chargés de les conduire (désignés de façon indépendante par les Tribunaux administratifs) ont notamment pour tâche et devoir de « conduire l’enquête de manière à permettre au public de disposer d’une information complète sur le projet, plan ou programme, et de participer effectivement au processus de décision » (L. 123-13 du code de l’environnement).

Or, en fait l’administration n’accepte pas que le commissaire-enquêteur exerce pleinement cette fonction car cela remettrait trop en cause ses déficiences d’instruction des dossiers soumis à enquête et pourrait être une entrave à la réalisation des projets, quels que soient leur qualité et leurs impacts.

Ainsi, dans le cadre d’un très gros projet de ZAC (Zone d’aménagement concerté) industrielle de 250 ha dans le nord-Isère, dont de nombreuses activités Seveso, à proximité immédiate de riverains, en partie en zone inondable et dans des zones naturelles patrimoniales (pelouses sèches en bord de Rhône), Gabriel Ullmann a présidé la commission d’enquête (projet Inspira) du 30 avril au 13 juin 2018. Les conclusions défavorables unanimes de la commission ont été rendues le 27 juillet (lire ici).

Dès le début de l’enquête, le 6 mai, le président du département Jean-Pierre Barbier demandait son éviction de la commission. Le président du TA (Tribunal administratif) de Grenoble lui répondait par la négative de façon circonstanciée le 16 mai. Le préfet prenait alors aussitôt le relais, en faisant constituer un dossier en radiation le concernant dès le 1er juin.

La commission d’aptitude des commissaires-enquêteurs, quasi entièrement au main du préfet, décide de sa radiation le 6 décembre. L’atteinte commise à l’indépendance des commissaires-enquêteurs, mais aussi aux Tribunaux administratifs, qu’on bafoue ainsi, paraît gravissime. De même que l’atteinte à la liberté d’expression (radiation pour de simples articles sur la régression du droit de l’environnement parus dans la revue en ligne Actu-Environnement.com).

De surcroît, et c’est tout aussi grave, les conflits d’intérêts dans ce dossier sont majeurs au sein de la commission de radiation. Ainsi, outre le préfet qui dispose de 4 sièges sur 9 (juge, partie et procureur), la commission de radiation, saisie par le préfet, comprend notamment M. Christian Coigné qui est :
a) PDG d’Isère-Aménagement, maître d’ouvrage d’Inspira, filiale d’ELEGIA dont le PDG est M. Barbier (qui avait demandé l’éviction de Gabriel Ullmann de la commission d’enquête)
b) Vice-Président du département 38, dont le président est le même Barbier
c) Président du CAUE 38, dont… un salarié siège aussi à la commission de radiation. De plus, les revenus du CAUE dépendent de la part départementale de la taxe d’aménagement votée chaque année par le département
d) Vice-Président de l’association des maires de l’Isère…dont un des membres (maire) est aussi membre de la commission de radiation.

Mais c’est cette même commission qui exige chaque année des Commissaires enquêteurs de justifier l’absence de conflits d’intérêts, etc.

La boucle est bouclée quand le 18 novembre, Isère Aménagement fait un recours contre les vacations de Gabriel Ullmann en tant que président de l’enquête concernant son projet… suivi de peu par la décision de la commission de radiation qui considère alors, le 6 décembre, que Gabriel Ullmann doit être radié parce que notamment, vu ses investigations pour la complète information du public, cela se traduirait par un coût trop élevé pour les maîtres d’ouvrage. Et cela, alors même que le dossier de saisine du préfet ne comporte aucun grief à ce sujet et que le code de l’environnement impose : « La commission doit, au préalable, informer l’intéressé des griefs qui lui sont faits et le mettre à même de présenter ses observations » (R.123-41 du code de l’environnement).

Il nous semble donc essentiel que de tels faits, surtout dans le contexte actuel, soient connus.

Lettre ouverte à François de Rugy : à quand la signature des contrats de transition écologique pour le site de Gardanne ?

Voici un communiqué de Yannick Jadot, Michèle Rivasi et plusieurs responsables d’EELV. Nous avons décidé de le reprendre sur le site des JNE car à notre connaissance le sujet n’a guère eu d’écho dans la presse nationale (en dehors d’un article de Fabrice Nicolino dans Charlie Hebdo du 2 janvier 2019). En tant que journalistes spécialisés en nature/écologie, l’affaire nous interpelle doublement car Daniel Kretinsky rachète non seulement nos centrales à charbon, mais aussi une partie de la presse française (une partie du Monde, Elle, Marianne…).

« La vente d’Uniper France à Daniel Kretinsky pour EPH Energetický a Průmyslový Holding (EPH) a été annoncée par Uniper Allemagne le 24 décembre. La presse allemande a titré : « Avec l’achat des sites Uniper, Kretinsky entre dans le secteur de l’énergie en France ». EPH multiplie les acquisitions dans le charbon et le gaz. Le groupe tchèque, très présent dans les énergies fossiles en Europe centrale, investit à contre-courant de l’évolution énergétique, en rachetant des centrales charbon amorties en Allemagne, en Italie, au Royaume-Uni et maintenant en France.

Dans le même temps, l’Etat français ayant décidé la fermeture de toutes ses centrales à charbon, en tant que ministre de la Transition écologique et de la solidarité, François de Rugy s’est engagé dans la signature de contrats de transition écologique pour accompagner la mutation des territoires dont celui de Gardanne concerné par la fermeture de la centrale à charbon Uniper.

Dans ce cadre, le Ministre et ses collaborateurs dont le Préfet, ont reçu, plusieurs fois depuis octobre, les plus hauts cadres dirigeants d’Uniper France. François de Rugy a également reçu tous les acteurs politiques, institutionnels et syndicaux impliqués dans cette transition énergétique.

Lors de ces rencontres, le Ministère n’a jamais fait mention de la vente par Uniper de la centrale de St Avold (2 groupes au gaz et un groupe au charbon), de celle de Gardanne ( groupe V au charbon et groupe IV à la biomasse), d’un parc éolien et d’une centrale solaire à la société de Daniel Kretinsky. L’Etat, garant de la politique énergétique de la France, un des leviers principaux de la lutte contre le réchauffement climatique, était-il au courant de cette vente ? Etait-il tenu à la discrétion vis-à-vis de ses partenaires ?

Cette vente questionne le devenir des sites charbon et leur transition énergétique vers les ENR. D’autant que nous connaissons les résultats des rachats et exploitation par EPH des centrales à charbon dans les autres pays européens et que ces expériences n’augurent rien de positif. En 2017, Daniel Castvaj, porte-parole du groupe a en effet déclaré : « Du point de vue pratique et moral, nous considérons comme incorrect le rejet des sources d’énergies nécessaires pour répondre aux besoins fondamentaux des habitants d’Etats européens ». Sans compter que Daniel Kretinsky qui ne cache pas son intérêt pour Engie dont l’Etat actionnaire souhaite se désengager, semble vouloir devenir un opérateur incontournable  dans la politique énergétique française.

Monsieur le Ministre, vous qui avez aujourd’hui une vision précise des objectifs de l’Etat en matière de transition énergétique, en avez-vous aussi une concernant les objectifs financiers et de rentabilité de  Daniel Kretinsky ? En avez-vous le contrôle ? Y-a-t-il cohérence et compatibilité avec la politique énergétique de l’Etat français ? Il est essentiel de le faire savoir car il en va de la transparence de notre politique énergétique.

En octobre, l’Etat s’est engagé à signer un contrat avec Marseille Provence Métropole concernant le groupe V au charbon de la centrale de Gardanne et à participer à la mise en oeuvre d’un projet de transition avec l’ensemble des acteurs publics et privés.

Monsieur le Ministre, vous avez entre les mains un projet cohérent de transition énergétique du site de Gardanne « Projet de territoire en transition énergétique et gestion prévisionnelle des emplois » qui s’appuie sur un couplage filière mix énergétique et filière bois. N’est-ce pas le moment de le faire connaître et d’en débattre publiquement avec tous les acteurs ? Nous sommes prêts à participer activement au processus et à la dynamique de transition énergétique afin que Gardanne, terre d’énergies, devienne terre des énergies renouvelables. »

Yannick Jadot, député européen, membre de la Commission parlementaire Industrie, Energie et Recherche,
Michèle Rivasi, député européenne, membre de la Commission Environnement, Santé Publique,
Guy Bennaroche, co-secrétaire régional Eelv Paca,
Rosy Inaudi, conseillère départementale Eelv du Canton de Gardanne,
Brigitte Apothéloz, conseillère municipale de Gardanne.

Le dossier de transition peut être adressé à la presse sur simple demande.
Contact presse : Sébastien Barles 06 75 00 63 31

Bonne année 2019 et joyeux cinquantenaire des JNE

 


par Richard Varrault, président des JNE

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La fin de l’année 2018 a été marquée par la disparition de deux adhérents de notre association, Marie Hellouin et Roger Cans en novembre et décembre, toutes nos pensées vont à leurs familles et amis.

Mais la vie, de nous toutes et tous, se poursuit malgré les peines et les chagrins.

Aussi, j’espère que vous avez passé d’excellentes et chaleureuses fêtes de fin d’année et je vous souhaite une très bonne année 2019 pleine de projets personnels ou en communs, pour notamment mettre en valeur le travail important de nos prédécesseurs à l’occasion de notre cinquantenaire en 2019.

Si notre profession est sinistrée (secret des affaires, meurtres de nombreux journalistes et opposants à des projets écocides et environnementaux partout dans le monde, sans compter les progrès continus de l’Intelligence Artificielle qui nuira de plus en plus à l’intelligence des journalistes), nous devons continuer à résister aux fake news et autres désinformations et infox sur les réseaux sociaux. Notre concentration sur les sujets que portent les JNE depuis de nombreuses années doit nous permettre de revenir sur le devant de la scène comme cela a pu être le cas avec la lutte contre le bétonnage de la Vanoise au XXe siècle.

Les projets en 2019 ne manquent pas. Quelques-uns seront auto-labellisés « 50 ans des JNE », d’autres s’inscriront dans la marche normale de la vie de l’association. Ainsi en mars doit se tenir un colloque sur l’Effondrement, avec la participation de personnalités politiques et d’intervenants du monde des sciences. Un autre colloque aura lieu sur les plantes en novembre ou décembre 2019 (en préparation durant ce début d’année).

Les JNE s’efforceront d’être présents aux événements associés à la 7e session plénière de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) qui se tiendra à Paris au printemps et fera de cette ville la capitale mondiale de la biodiversité. De même, l’association souhaite envoyer des journalistes à la COP25, qui se tiendra au Chili, pour la 25e session de la Conférence des Parties (CdP 25) qui aura lieu en même temps que la 15e réunion de la Conférence des Parties siégeant en tant que Réunion des Parties au Protocole de Kyoto (CMP 15) et la deuxième réunion de la Conférence des Parties siégeant en tant que Réunion des Parties à l’Accord de Paris (CMA 2). Du 11 au 22 novembre 2019 (dates à confirmer selon le site de la CCNUCC). Un voyage qui pourrait comprendre aussi d’autres journalistes que les JNE, à l’instar de celui organisé en 2012 pour Rio +20…

Dans le cadre des rassemblements, il y aura aussi en mai 2019, le Congrès des JNE qui se tiendra dans le Parc Naturel des Pyrénées Catalanes (région Occitanie) où nous attendons sur 3 jours et 2 nuits une cinquantaine de congressistes. Au programme, notre AG 2019 et quelques visites de lieux emblématiques accompagnées de conférences et rencontres avec les élus et les animateurs du Parc Naturel Régional.

Le dernier événement pour 2019 est une rencontre, sous la forme d’un colloque, sur une journée, sur l’histoire des JNE et du mouvement écologiste, à l’occasion de la remise des archives de l’association aux Archives Nationales. Cette rencontre sera accompagnée d’un débat sur l’information et l’écologie aujourd’hui, avec projections de films documentaires et une soirée festive. Le tout aux mois d’octobre ou de novembre. Les bonnes volontés seront les bienvenues pour la préparation et l’organisation de cette journée.

Le dernier élément commun sera la publication d’un numéro spécial du journal de l’association le Canard Sauvage qui sera disponible pour la rencontre sur la remise de nos archives (bonnes volontés bienvenues à nouveau).

Notons, dès à présent que l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) se réunira en 2020 (du 11 au 19 juin), à Marseille. La France étant l’hôte pour ce congrès mondial qui verra la présence de près de 10 000 congressistes originaires de 192 pays (le précédent s’est tenu à Hawaï en 2016). Les JNE se proposent d’y tenir un stand, en tout cas, une présence, pour présenter l’association, en partenariat éventuel avec une autre structure…

Un programme qui dépasse le simple cinquantenaire de notre association et la volonté de revenir dans l’arène en donnant aux JNE une audience qui n’est pas réellement à la hauteur de la présence de ses adhérents dans les différents médias de notre pays. Nous avons en effet des adhérents, dont certains ont une véritable liberté de parole, mais qui passent trop souvent sous silence leur appartenance à notre association. Quelques citations à bon escient permettraient de faire connaître, à tout le moins, notre existence. L’appui des réseaux sociaux devrait aussi accentuer cette présence « publique »…

L’appel des 500 pour un « lundi vert » : « Nous nous engageons à remplacer la viande et le poisson chaque lundi »

Quelque 500 personnalités, parmi lesquelles Isabelle Autissier, Juliette Binoche ou Matthieu Ricard, ainsi que plusieurs membres des JNE, s’engagent à remplacer chaque lundi la viande et le poisson.

Il existe aujourd’hui des raisons impératives de diminuer collectivement notre consommation de chair animale en France. Nous pensons que chaque personne peut faire un pas significatif dans ce sens pour l’un ou l’autre des motifs suivants : la sauvegarde de la planète, la santé des personnes, le respect de la vie animale. Nous nous engageons à titre personnel à remplacer la viande et le poisson chaque lundi (ou à aller plus loin dans ce sens). Voici les arguments qui nous semblent décisifs.

La production de viande est l’une des activités humaines ayant les conséquences les plus néfastes pour l’environnement. Elle constitue un gaspillage des ressources naturelles. Selon l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, produire une seule calorie de viande nécessite 4 à 11 calories végétales.

S’alimenter avec des végétaux plutôt qu’alimenter des animaux avec des végétaux pour ensuite les consommer permettrait de dégager de 2 à 20 fois plus de protéines par hectare cultivé, et par conséquent de répondre de manière plus rationnelle aux défis alimentaires de la planète dans un contexte de population croissante. L’élevage représente aussi une cause principale de déforestation et de perte de biodiversité. Par exemple, 85 % des surfaces déboisées de la forêt d’Amérique du Sud ont été dédiées à l’élevage.

De plus, il contribue selon les Nations unies à 14,5 % des émissions totales des gaz à effet de serre. Il est donc possible de considérer, comme le fait le président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), qu’« une journée sans viande peut aider à lutter contre le changement climatique ».

Une cause certaine de cancer
Enfin, l’élevage consomme une quantité très importante d’eau potable. L’empreinte eau du bœuf par calorie est environ vingt fois supérieure à celle des céréales ou des féculents. L’élevage contribue aussi à la pollution de l’air. Par exemple, en France, environ 70 % des émissions d’ammoniaque, un des principaux précurseurs de particules fines PM25, sont issues de l’élevage. Les dégâts environnementaux de la consommation de chair animale sont également constatés en mer, où la surpêche représente une cause massive de destruction des écosystèmes et d’extinction écologique.

La santé humaine est la deuxième raison objective de limiter la consommation de chair animale. L’intérêt que les êtres humains ont développé pour la viande ne présente plus aujourd’hui les mêmes bénéfices que durant d’autres périodes de l’évolution humaine. Selon les autorités scientifiques, la viande n’est absolument pas indispensable à l’équilibre alimentaire : dans tous les pays développés, elle peut être remplacée par des végétaux, lesquels fournissent des protéines et des nutriments que l’organisme peut assimiler. Manger moins de viande serait même favorable à la santé en contribuant à atténuer le risque de maladies cardiovasculaires, de diabète et d’obésité.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a établi que la viande rouge transformée était en effet une cause certaine de cancer, tandis que la viande rouge non transformée en était une cause probable. Aujourd’hui, les Français consommant près de 100 g de viande chaque jour augmentent de 30 % leur probabilité de développer un cancer en comparaison à ceux qui se limitent à 40 g en moyenne.

Plus globalement, si l’humanité optait pour une alimentation entièrement à base de végétaux, le taux de mortalité humaine chuterait entre 6 % et 10 %. Enfin, les risques sanitaires liés à l’élevage industriel sont un autre préjudice majeur : les fermes industrielles qui regroupent des milliers d’animaux dans des espaces très confinés facilitent la propagation d’épidémies et de souches bactériennes dont certaines sont résistantes aux antibiotiques.

Mutilations systématiques sans anesthésie
Actuellement, en une année, 74 milliards d’animaux terrestres (mammifères et oiseaux) et entre 500 et 1 000 milliards d’animaux aquatiques sensibles (poissons, crustacés décapodes, et mollusques céphalopodes) sont tués pour la consommation humaine. Les recherches récentes en éthologie indiquent que ces animaux disposent de structures anatomiques et de capacités cognitives et sensorielles leur permettant de ressentir la douleur, et leurs comportements indiquent qu’ils sont affectés lorsqu’ils sont blessés (ou même, pour une grande partie d’entre eux, lorsqu’ils voient leurs congénères l’être).

En France, 99 % des lapins, 95 % des cochons, 90 % des veaux et 82 % des poulets de chair sont élevés de manière intensive, c’est-à-dire qu’ils sont confinés dans des cages ou des bâtiments fermés afin de les engraisser et les maintenir en vie jusqu’à leur abattage précoce. L’image commerciale d’animaux heureux en élevage (bio ou non) est presque toujours fausse. Pour éviter les blessures dues à l’entassement des animaux ou pour le goût de la viande, l’élevage procède à des mutilations systématiques sans anesthésie (becs, cornes, pattes, dents, queues, testicules).

Enfin, après avoir subi des conditions de transport souvent inadéquates et brutales, la moitié des animaux abattus en France sont encore conscients lorsqu’ils sont saignés. Le sort des poissons n’est pas plus enviable que celui des animaux terrestres. Par exemple, dans le cas de la pêche au chalut, d’immenses filets en forme d’entonnoir capturent tous les animaux qui s’y amassent, mêlés à divers débris.

Déversés sur de la glace, ils y agonisent asphyxiés, écrasés par les autres poissons ou meurent par éclatement de leurs organes internes à cause de la décompression. Si l’on en doutait encore, une commission d’experts qualifiés a établi qu’« il n’y a aucune bonne raison de conclure que les poissons seraient insensibles à la douleur ».

En conclusion, pour l’un ou plusieurs des arguments que nous venons de mentionner (la planète, la santé et les animaux), il nous semble à la fois rationnel, souhaitable et réaliste d’infléchir nos habitudes, en commençant par nos repas chaque lundi. Bien que ces évolutions de pratiques individuelles ne soient pas suffisantes pour produire tout le changement nécessaire (qui relève naturellement d’un niveau plus global), nous pensons qu’elles y contribuent. C’est donc l’engagement que nous prenons publiquement et que nous vous invitons à prendre avec nous.

Premiers signataires : Isabelle Adjani, actrice ; Christophe André, psychiatre ; Yann Arthus-Bertrand, photographe ; Isabelle Autissier, navigatrice et présidente du WWF France ; Aurélien Barrau, astrophysicien (Institut universitaire de France) ; Stéphane Bern, journaliste ; Juliette Binoche, actrice ; Allain Bougrain-Dubourg, journaliste ; Eymeric Caron, journaliste ; Jean-Paul Curtay, médecin nutritionniste (académie des sciences de New York) ; Boris Cyrulnik, neuropsychiatre ; Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France ; Luc Ferry, ancien ministre ; Flavie Flament, animatrice ; Cécile de France, actrice ; Brigitte Gothière, cofondatrice de L214 ; Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France ; Lolita Lempicka, créatrice de mode ; Frédéric Lopez, animateur ; François Mariotti, nutritionniste (INRA-Agro Paris Tech) ; Eric Piolle, maire de Grenoble ; Matthieu Ricard, moine bouddhiste ; Liv Sansoz, triple championne du monde d’escalade ; Jean-Louis Servan-Schreiber, patron de presse ; Matthieu Vidard, journaliste ; Cédric Villani, mathématicien et député ; Delphine Wespiser, Miss France 2012.

Cet appel a été publié en avant-première dans le Monde. Liste complète des 500 signataires à lire ici.

Bonne année 2019 !

L’équipe d’animation du site des JNE (Association des journalistes et écrivains pour la nature et l’écologie) souhaite une bonne année 2019 à la planète et à ses habitant(e)s humains et non humains.

par Laurent Samuel

En 2018, notre site a reçu près de 185 000 visites (contre un peu de 150 000 en 2017), avec  près de 78 000 visiteurs différents (contre 65 000 en 2017), pour un total de près de 1,2 million de pages vues (contre un peu plus d’1 million en 2017).

Merci à tous nos lecteurs fidèles, membres ou non de notre association, ainsi qu’à toutes celles et ceux que le hasard d’une recherche sur – par exemple – Lilo (moteur de recherche qui finance des projets sociaux et environnementaux et protège votre vie privée) a conduit sur nos pages.

Ce site est animé par l’auteur de ces lignes (rédacteur en chef), avec Danièle Boone, qui gère les rubriques livres et presse écrite, et l’assistance technique toujours efficace de notre webmestre, Pierre Demeure. De nombreux adhérents, dont notre Président Richard Varrault et, pour n’en citer que quelques-uns, Marc Giraud, Mhamed Rebah, Carine Mayo, Jane Hervé, Jean-Claude Génot, Michel Cros, Michel Sourrouille, Bernard Boisson, Anne-Claire Poirier y collaborent régulièrement. Merci à tous pour leur participation.

En 2018, les JNE ont déploré le décès de plusieurs figures historiques de notre association : Roger Cans, ancien responsable de la rubrique environnement au Monde ; Nicole Aussedat, grande défenseure des océans; Marie Hellouin, réalisatrice de documentaires pour Arte et France 5.

Sur le plan des enjeux planétaires majeurs (crise climatique, érosion de la biodiversité), l’année 2018 ne nous a guère apporté de bonnes nouvelles (en voici quand même quelques-unes recensées par le Monde). De la démission de Nicolas Hulot aux résultats modestes (selon les optimistes…) de la COP24 en Pologne, les derniers mois n’ont fourni que peu d’occasions de se réjouir.

Cela n’a pas empêché les JNE de se mobiliser, en organisant notamment un débat autour des fake news et des entraves à la liberté d’informer (merci à Christel Leca pour la préparation et l’animation) et un colloque sur l’amélioration de la condition animale, qui a connu un vif succès, prolongé par de riches débats sur ce site et sur les réseaux sociaux (merci à Carine Mayo et à Michel Cros pour l’organisation), ainsi que des petits déjeuners et des voyages.

Les JNE vous souhaitent une bonne année 2019, qui sera marquée pour nous par le cinquantenaire de notre association créée en 1969, dont nous vous reparlerons prochainement.

 

 

 

Colloque International sur l’anthropomorphisme à Strasbourg

Ce colloque avait lieu dans le cadre du programme de la Maison interuniversitaire des Sciences de l’Homme-Alsace (MISHA, Université de Strasbourg) 2017-2018 « La rencontre homme-animal au croisement de la religion, de la culture et de la science ».

par Michel Cros

Ce colloque, qui s’est déroulé les 8 et 9 novembre 2018, s’est ouvert sur une citation de Frédéric Joulian « Comparer l’incomparable : des vertus et des limites de la comparaison hommes/primates » que le primatologue a développé dans sa conférence pour problématiser, dans le cadre d’une primatologie et anthropologie méthodologique, une vision plus large de l’anthropomorphisme, devenu une question centrale dans la société d’aujourd’hui. Cliquez ici pour lire un extrait du texte de Frédéric Joulian, Comparer l’incomparable : des vertus et des limites de la comparaison hommes/primates.

Les podcasts (enregistrements audios) de ces deux journées sont en ligne en cliquant sur le titre de la conférence de chaque intervenant du colloque 2018 accessible sur ce lien : https://sites.google.com/site/droitetethiquedelanimal/ue-debats-ethique-animale/la-rencontre-homme-animal-vers-un-anthropomorphisme-critique

Voici une vidéo sur ce colloque.

A noter aussi, ces six panneaux-posters d’étudiantes en Master 2 Écophysiologie, écologie et éthologie sur l’anthropomorphisme exposés lors de ce colloque initié dans le cadre du Master Ethique et Droit de l’Animal dirigé par Cédric Sueur, Maître de Conférences à l’Université de Strasbourg.

1) Le syndrome de Noé : Quand l’amour des animaux se transforme en cauchemar

Marie Ehrhardt et Manon Rochette-Castel nous expliquent comment et pourquoi un tel syndrome peut toucher des personnes souvent isolées en quête de « sauver » des animaux domestiques d’une manière obsessionnelle et qui se trouvent dans l’incapacité de les soigner et de leur offrir un espace approprié.

Vous pouvez visionner leur poster en cliquant ici.

2) Sommes-nous trop anthropomorphisés pour « reconnaître » l’intelligence des animaux ?

Salomé Tricoire, s’appuyant sur les écrits de Franz de Waal, Heisenberg, L. Dickel, nous invite à découvrir, à partir de 4 exemples souvent mal interprétés – la conscience de soi, le système nerveux, la conscience de la mort, la mémoire photographique – les particularités bien spécifiques des espèces animales bien distinctes de l’Homme.

Vous pouvez visionner son poster en cliquant ici.

3) L’animal dans les civilisations et croyances

Béatrice Luisi et Laurène Momon revisitent les civilisations anciennes pour nous faire découvrir, à travers les mythes du singe et du chat, les rapports spirituels et religieux entre l’homme et l’animal ; « Le singe humanisé pour le meilleur et pour le pire », « Le chat animal vénéré et détesté à travers les âges ». Une parenté avec l’humain permet aussi à certains peuples de les protéger comme c’est le cas des bonobos interdit de chasse par les Bataké.

Vous pouvez visionner leur poster en cliquant ici.

4) La place dans les procès des animaux : miroir de l’anthropomorphisme

A travers six exemples de procès avec les animaux, les auteures de ce poster, Estelle Baroux et Marie Lavaux, nous décrivent l’animal en tant qu’agent moral ; cas du cochon pendu au moyen-âge ou patient moral ; avec le selfie de Naruto, la femelle macaque, sujet de droit avec la libération de Sandra, l’orang outan d’Argentine ou objet de droit. Flash-back sur cette évolution anthropomorphique juridique historique.

Vous pouvez visionner leur poster en cliquant ici.

5) La représentation des animaux dans les films d’animation

Alice Bernard et Julie Gaillard s’interrogent sur l’impact anthropomorphisé des dessins animés de certains films. Si l’évolution de cette image à l’écran apparaît plus engagée dans la conscience sociétale de notre époque (écologie et militante), elle n’en reste pas moins contradictoire et mériterait un suivi éthique pédagogique.

Vous pouvez visionner leur poster en cliquant ici.

6) Anthropomorphisme et sourire animal

Que se passe-t-il quand on sourit et comment l’interpréter chez l’animal ? Marijo Marques a choisi cinq portraits d’animaux; décryptant leurs faciès souriants pour nous montrer les simulacres qui peuvent se cacher dans leurs expressions faciales. Une meilleure connaissance du comportement animalier permettra d’y répondre.

Vous pouvez visionner son poster en cliquant ici.

 

Algérie : l’écologie locale sauvée par l’économie d’énergie

La réunion gouvernement-walis (NDLR : hauts fonctionnaires de l’Etat qui dirigent les wilayas, collectivités territoriales décentralisées), tenue mercredi 28 et jeudi 29 novembre 2018, à Alger, est loin d’avoir fait la part belle à l’écologie locale, et si, finalement, celle-ci a été prise en compte, c’est par le biais de l’économie d’énergie imposée par les restrictions budgétaires qui ne permettent plus le financement des excès dans l’éclairage public ni le gaspillage dans la consommation d’électricité des administrations et établissements relevant des communes.

par M’hamed Rebah

Les inquiétudes créées par la situation financière du pays poussent à la «rigueur» dans les dépenses publiques, en premier lieu celles des collectivités locales. Les gestionnaires locaux doivent faire baisser la consommation d’énergie, non pas pour des raisons écologiques ou de développement durable, mais parce que l’Etat n’a plus suffisamment d’argent pour s’offrir le gâchis qui a caractérisé, dans ce domaine, les périodes fastes d’avant la chute des prix du pétrole sur le marché mondial. Le ministre de l’Energie, Mustapha Guitouni, a fait savoir aux walis que la consommation d’électricité des communes – dont plus de la moitié va à l’éclairage public – constitue 8 % de la consommation nationale de cette énergie. L’efficacité énergétique a toujours été une notion inconnue des administratifs et élus qui gèrent les communes, en dépit des appels qui leur sont lancés fréquemment par les autorités centrales, pour la rationalisation de la consommation énergétique et l’utilisation des énergies renouvelables.

Le retard dans ce domaine apparaît à la lecture des recommandations issues des travaux de l’atelier « Service public de proximité », organisé dans le cadre de la rencontre Gouvernement-walis. Elles portent sur « la nécessité de mettre en place des mesures institutionnelles et réglementaires permettant de généraliser l’utilisation des énergies renouvelables et de rationaliser la consommation d’énergie au niveau des collectivités locales et de l’ensemble des secteurs ». Comme si rien n’avait déjà été fait dans ce sens. Pourtant, il existe une circulaire signée conjointement par le ministère de l’Energie et celui de l’Intérieur – qui a également en charge les départements des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire – pour demander aux collectivités territoriales de limiter la consommation de l’énergie et d’introduire les énergies renouvelables. Le ministère de l’Energie a signé aussi un mémorandum de coopération avec le ministère des Travaux Publics et des Transports, à propos de la transition énergétique, mais destiné surtout à alléger la facture de carburants des collectivités locales, par la rationalisation de la consommation d’énergie, la promotion du GPL (gaz de pétrole liquéfié) et du GNC (gaz naturel carburant), et la réduction de l’usage du gazole et de l’essence.

Qu’est-ce qui bloque, sur le terrain, la concrétisation des bonnes intentions des pouvoirs publics ? En fait, les assemblées populaires communales (APC) concernées n’ont pas les ressources humaines nécessaires à une démarche de transition énergétique. De plus, leur mode de fonctionnement, marqué par des réticences à faire participer les élites à la gestion locale, les prive de capacités humaines « dormantes », disponibles. Les plans élaborés d’en haut ne sont pas accompagnés par un effort de mobilisation des moyens humains pour les mettre en œuvre. Le personnel chargé de l’application des mesures décidées par les cadres des ministères et par les membres des «commissions intersectorielles», ne reçoit pas la formation exigée par les activités qui en découlent. Quand, en plus, ce personnel est faiblement motivé, voire pas du tout, ni moralement, ni financièrement, il ne faut pas s’attendre à ce que les objectifs prévus soient atteints. C’est le cas pour la démarche d’économie d’énergie comme pour le reste des préoccupations environnementales à caractère local : valorisation des déchets ménagers, économie d’eau, amélioration du cadre de vie… Sur ces questions, l’impression de faire du surplace, ou, parfois, pire, de régresser, correspond malheureusement à la réalité. Pour la gestion des déchets ménagers et l’hygiène publique, c’est carrément l’impasse. En février 2017, alors ministre des Ressources en eau et de l’Environnement, Abdelkader Ouali avait évoqué un projet de charte communale de l’environnement (CLE) tournée vers l’action, impliquant tous les acteurs locaux : citoyens, institutions, opérateurs économiques. Une bonne idée tombée dans l’oubli.

Cet article a été publié dans La Nouvelle République (Alger) du mardi 4 décembre 2018.

 

Décès de la journaliste et réalisatrice Marie Hellouin

Les JNE apprennent avec tristesse le décès de Marie Hellouin, adhérente de longue date de notre association.

Marie Hellouin avait écrit ou réalisé de nombreux films sur des sujets liés à l’écologie, notamment pour l’émission Gaia de Dominique Martin Ferrari et pour Arte, comme le Futur à contre-courant, consacré à l’avenir de l’approvisionnement énergétique de l’Europe.

Longtemps fidèle des assemblées générales et autres réunion de notre association, Marie avait collaboré au magazine Ça m’intéresse, et écrivait parfois pour le site internet des JNE.

Voici le message envoyé par sa famille.

Amélie et Jean d’Hennezel ont au regret de vous faire part du décès de leur mère, Marie Hellouin le 1er décembre,
des suites d’une longue maladie. Merci de prévenir les membres de votre association. Si des membre de votre association désiraient adresser une intention à la famille, vous pouvez le faire :
    A sa fille Amélie : ameliedepanama@yahoo.fr
    A son fils Jean : autourdumonde07@yahoo.fr

 
Les obsèques de Marie seront organisées selon sa volonté, elle souhaitait être incinérée.
Pour respecter ses demandes, il y aura deux cérémonies:

Celle de la crémation qui sera totalement laïque.
Ce moment aura lieu :
Vendredi 7 Décembre de 15H30 à 16h
Crématorium du Père Lachaise,
71 rue des Rondeaux 75020 PARIS
Métro: GAMBETTA

La crémation aura lieu après la cérémonie. Nous n’y assisterons pas.
Pour ceux qui viendraient en voiture, l’accès à un parking dédié à cet effet est autorisé, il suffit de dire pour Madame Hellouin de Ménibus à l’entrée.

Une cérémonie religieuse avec une messe du souvenir, aura lieu jeudi 13 décembre à 15 h à la Paroisse Notre-Dame de L’Assomption de Passy, 88-90 rue de l’Assomption, M°Ranelagh.

Ceux qui le désirent sont les bienvenus à l’une comme à l’autre.

Sincères salutations

Les enfants de Marie Hellouin,  Amélie & Jean

 

Hommage à Roger Cans, grand journaliste et ami fidèle

Roger Cans est décédé le 27 novembre dernier. Un hommage personnel à un journaliste hors pair, qui était aussi un ami discret et fidèle.

par Laurent Samuel

Roger Cans ramassant une grenouille au marais de Cré-sur-le-Loir en 2010 © Jean-Baptiste Dumond

Précis, curieux, rigoureux, persévérant… Roger Cans avait toutes les qualités pour être un excellent journaliste. Sans oublier l’esprit critique, la solide culture générale, le refus des chapelles intellectuelles et un sens de l’humour exemplaire. Bien qu’ayant travaillé une vingtaine d’années dans le « quotidien de référence », à savoir le Monde (qu’il continuait bien après son départ à appeler affectueusement « le journal »), Roger n’avait jamais eu la grosse tête, contrairement à tant d’autres officiant dans des organes de presse moins prestigieux.

Passé à la rubrique environnement au début des années 1980 (où il avait succédé à un autre JNE, Marc Ambroise-Rendu), Roger Cans, porté par l’actualité (pluies acides, couche d’ozone, premières grandes alertes sur le changement climatique…), s’était battu avec succès pour que le Monde accorde davantage de place à ce sujet alors « émergent ». Sa gentillesse (qui n’excluait pas la force de caractère) et son sens de la convivialité faisaient qu’on ne pouvait pas se fâcher durablement avec lui, même quand il avait qualifié Brice Lalonde, alors fraîchement nommé ministre de l’Environnement, de « cosmopolite » (en référence à sa mère anglaise et à ses cousins américains), sans réaliser que ce terme était utilisé de façon codée par l’extrême-droite pour (dis)qualifier les juifs.

Membre actif des JNE depuis les années 1980, il avait participé à de nombreux voyages, congrès, colloques et autres petits déjeuners. Jusqu’à ce que la maladie l’affaiblisse trop ces derniers mois, il était l’un des collaborateurs les plus fidèles du site internet des JNE. Lors des réunions du Conseil d’administration dont il fut longtemps le secrétaire général, les membres non végans attendaient avec impatience les succulentes rillettes artisanales qu’il ne manquait jamais de nous apporter de la Sarthe !

Roger Cans n’était pas seulement un journaliste d’exception, rompu à la presse écrite ainsi qu’à l’audiovisuel (après son départ du Monde, il avait réalisé plusieurs sujets pour l’émission Gaia de Dominique Martin Ferrari), mais aussi, comme certains d’entre nous l’avaient découvert tardivement en 2014, lors de la publication de son livre Nature(s) Morte(s), édité aux éditions Grandvaux avec le concours de nos amis Catherine et Bernard Desjeux, un dessinateur et un peintre de nature de grand talent.

Toutes mes condoléances à son épouse Chantal, qui a elle aussi beaucoup oeuvré pour les JNE, à sa famille et à ses proches.

Une rencontre naturaliste avec Roger Cans

Roger Cans est décédé le 27 novembre 2018. Nous l’avions rencontré en 2015 pour faunesauvage.fr

par Jean-Baptiste Dumond

Roger Cans observe une vipère tuée trouvée sur la route © Jean-Baptiste Dumond

Quelques étapes de votre parcours de vie ?

Je viens d’avoir 70 ans. Depuis mes culottes courtes, je suis amoureux de la nature. J’habite alors à la campagne (Maule, 78), dans un grand jardin où coule la Mauldre et où ma mère élève poules, canards, lapins et même une chèvre pour le lait. Mon père, ingénieur agronome, rapporte de l’orge pour la basse-cour et fait la chasse aux rats. En classe de sixième, je découvre les sciences naturelles, une des rares disciplines scolaires qui me passionne, ainsi que le dessin. Avec les louveteaux, je pratique la pêche en mare. Dans un petit aquarium, j’élève tritons, épinoches, que dévorent un dytique et une sangsue !

Des maîtres à penser ? 

Mon premier maître, c’est  Jules Verne, que je dévore à 14/15 ans. En même temps, je participe à des sorties naturalistes que conduit un ancien chef éclaireur, qui se trouve être un collègue de mon père. Un mycologue très pointu. Avec mes jumelles et mes petits atlas Payot, illustrés par Robert Hainard, je fais de l’ornithologie de terrain entre Versailles et Chevreuse. J’apprécie beaucoup les séances de Connaissance du monde (Chasse à l’ours en Yougoslavie, Chasse à la baleine aux Açores, etc.).

Pourquoi l’animal sauvage ? 

Bien qu’initié très tôt à l’animal domestique, je préfère la faune sauvage. L’été, durant les vacances en Mayenne, je participe à la moisson. Je capture campagnols et mulots réfugiés sous les gerbes en meule, et parfois une couleuvre. J’observe les poules d’eau et les rats musqués à la queue de l’étang. Je pêche ablettes,  perches et gardons. Un été en Corse, j’observe une belette qui vient visiter régulièrement notre trou à ordures.

Si vous en étiez un ? 

Si je devais choisir une réincarnation en animal sauvage, je choisirais le fou de Bassan. Il vole merveilleusement, nage à la surface de la mer et y plonge jusqu’à plusieurs mètres pour attraper son poisson. Voler, nager, plonger, c’est tout ce que j’aime avec la marche et le vélo.

Quelques belles rencontres à relater ? 

Ma première rencontre, décisive, fut un squelette de lapin trouvé dans une haie mayennaise. J’entrepris de le monter à la seccotine, mais la colle de poisson ne tient pas à l’humidité. Je n’ai donc conservé que le crâne. Depuis ce jour, je garde les crânes, qui résument à eux seuls tout l’animal. Un été aux Sables d’Olonne, j’ai découvert un cadavre de tortue luth, exposé sous une tente, formolisé. Mon plus gros animal sauvage à portée de main. Très impressionné.

Des lieux préférés ?

Je n’ai pas de lieu préféré, car j’aime découvrir de nouveaux sites. J’ai inventorié les forêts d’Ile de France quand j’étais jeune. Adulte, j’ai exploré les fonds marins de Méditerranée en allant chaque été en Grèce, où j’ai retrouvé la tortue caouanne en train de pondre sur l’île de Zakynthos. J’ai aussi été passionné par la rencontre des « big five » en Afrique du sud, à deux reprises. Sans oublier les hippopotames et un oryctérope. En Guyane, où j’ai pu aller à plusieurs reprises, j’ai vu les tortues luth pondre sur la plage des Hattes et les ibis rouges dans les marais.

Et un lieu mythique où aller ? 

J’ai un trou dans mes visites à travers le monde : les îles Galapagos, pour côtoyer les iguanes marins, les phoques et les tortues terrestres géantes. Mais c’est un site trop couvert par le cinéma, la télévision et la presse. Mon vrai rêve serait de traquer le rhinocéros à dos d’éléphant au Népal ou en Inde. Un animal pour moi mythique, découvert par le dessin de Dürer et la dépouille présentée au Muséum. Avant qu’il ne soit trop tard…

Quelle œuvre illustre le mieux votre parcours ?

L’œuvre qui illustre mon parcours est le livre Nature(s) Morte(s), édité par Grandvaux en 2014. On y trouve un grand choix de mes dessins et peintures, réalisés depuis 1959. D’abord des oiseaux, puis des mammifères, reptiles ou batraciens, et enfin des champignons. Un hymne involontaire à la biodiversité.

Quel matériel utilisez-vous dans votre activité ? 

Mon matériel est des plus simples : un crayon, une gomme et du papier. En passant à la couleur, j’ai utilisé les boîtes à godets qu’utilisent tous les enfants, avec divers pinceaux, plus des tubes de noir et blanc. Comme je ne peins que des cadavres, je les fais chez moi, sur mon bureau, en lumière artificielle, dans un grenier aveugle. L’éclairage est donc constant. Je peins sur papier blanc, l’animal seul, sans fond. Je peins aussi sur papier noir, notamment les champignons.

Et quelle technique de rencontre avec le sauvage ? 

Pour les animaux vivants, j’observe à l’affût ou en marche. Avec mes jumelles toutes neuves, j’ai découvert le grimpereau, jamais vu auparavant à l’œil nu. Puis j’ai observé un couple de mésanges à longue queue en train de construire son nid sur le tronc d’un chêne enveloppé de lierre. Un bon observatoire : une mare en forêt. On y voit les oiseaux venir s’y désaltérer ou y prendre des bains.

Un conseil à un débutant ? 

Au débutant, je conseille les jumelles et un petit carnet à spirale pour noter les coches. Je préfère la marche, mais le vélo permet de couvrir plus de terrain et de mettre pied à terre pour ramasser une trouvaille ou contempler un spectacle. Pour ceux qui aiment dessiner, le carnet accueille aussi les croquis. On peut faire des observations à plusieurs, mais le mieux est d’être seul, pour ne pas effaroucher.

Un animal disparu revient, lequel ?

Même un être fantastique. Le pic noir, jamais vu dans ma jeunesse, est maintenant présent. La grande aigrette aussi. La tourterelle turque est tellement abondante que l’épervier s’y attaque imprudemment. Je n’ai pas assez d’imagination pour rêver d’un animal fantastique.

Une initiative envers la faune sauvage ? 

Plutôt que de nourrir les oiseaux l’hiver, pour le plaisir de les voir, je préfère aménager le jardin avec des refuges pour les hérissons ou les tritons, que je ne vois pas. Je plante des arbres et laisse le lierre y monter, pour offrir des reposoirs et des abris à la petite faune. Je participe au ramassage des batraciens qui sortent de la forêt pour se reproduire dans le marais.

Une ou des associations qui vous tiennent à cœur ?

Je soutiens les actions de la LPO, de l’ASPAS, des CPN et de mon CPIE de La Flèche. Il a obtenu l’installation (à grands frais) de onze crapauducs sous une route de Cré-sur-le-Loir (72). Il procède à des comptages très précis de batraciens et de chauves-souris, malgré l’indifférence – voire la méfiance – de la population locale.

Quelle urgence pour la vie sauvage ? 

L’urgence, pour le respect de la vie sauvage, c’est la mise en réserve d’espaces privilégiés. On ne protège les espèces que si on protège leur territoire. Une priorité : la préservation ou la replantation des haies. Et la conservation des mares.

Vous disparaissez demain, quel message laissez-vous ? 

Je souhaiterais que les Français élèvent moins de chiens et de chats de compagnie, qui n’ont plus de rôle utile. Surtout les chats, qui sont de redoutables prédateurs de la petite faune, alors même qu’ils ont des croquettes à volonté. Sans parler des oiseaux en cage, alors que leur vocation est de voler librement.

Cet article a été publié sur le site Faune Sauvage (cliquez ici pour en lire la version intégrale).