ACTUALITES

Colloque JNE le 19 mars 2019 à Paris: effondrement ou transformations

Nous sommes heureux de vous inviter à assister au colloque « Effondrement ou transformations » qui se tiendra le mardi 19 mars 2019 à la salle Jean Dame, 75002 Paris. Le débat sera animé par Hervé Kempf avec la participation de 3 intervenantes et 2 intervenants. Le colloque durera 2 heures dont presque une heure réservée aux questions de la salle.

« Viande in vitro » : introduction au débat

Un débat se développe sur les implications anthropologiques et philosophiques de la « viande in vitro », pour le moment objet de recherche intensive.

par Suzanne Körösi

Cette branche de l’industrie agro-alimentaire bénéficie actuellement des investissements importantes ( Bill Gates, Richard Branson, des grandes multinationales telles que Cargill et Tyson Giants) promettant d’une mise sur le marché d’ici quelques années. Les arguments écologiques sont au cœur de la communication des chercheurs et des financeurs.

Voici deux articles pour lancer le débat :

« Manger in vitro et vivre sans les animaux, un projet inhumain » par Joceline Porcher paru dans
Terrestres en octobre 2018

Manger in vitro et vivre sans les animaux, un projet inhumain

« Le goût de la viande et ses contradictions, réponse à J.Porcher » par Élodie Vieille-Blanchard paru dans Terrestres, janvier 2019

Le goût de la viande et ses contradictions : réponse à J. Porcher

Vos réflexions et contributions sont les bienvenues !

Conférence de presse : la démocratie participative en danger

Conférence de presse

La démocratie participative en danger
Radiation d’un lanceur d’alerte sur les enquêtes publiques

Avec la présence de :

Corinne LEPAGE, avocate, ancienne ministre de l’environnement
Michèle RIVASI, députée européenne
Gilles MARTIN, professeur émérite de l’Université Côte d’Azur
Jean UNTERMAIER, professeur émérite de l’Université de Lyon-III
Gabriel ULLMANN, ex commissaire-enquêteur

Le MERCREDI 6 mars de 15h00 à 16h30
Mairie du 11ème arrondissement de Paris, 12 Place Léon Blum

Gabriel Ullmann (JNE), docteur-ingénieur, a conduit des enquêtes publiques en tant que commissaire-enquêteur durant de nombreuses années au cours desquelles il a été amené à donner des avis défavorables sur des projets importants (comme le Center Parcs de Roybon, et, tout récemment, le projet de ZAC industrielle Inspira).

Pour cette raison le préfet Lionel Beffre a demandé sa radiation, qui a été prononcée le 6 décembre, à la majorité des voix d’une commission d’aptitude dont le préfet désigne…six des neuf votants (avec quatre représentants en propres). Le motif principal retenu est que l’ex commissaire-enquêteur « conçoit les enquêtes publiques comme des missions d’expertise. Cela le conduit à mener des investigations et à rédiger des développements sortant du cadre d’une exécution complète et diligente de l’enquête ». Il lui est également reproché des articles publiés sur le droit de l’environnement ! Un recours circonstancié contre cette décision a été déposé le 13 février 2019. Le Tribunal administratif de Lyon en a été saisi.

Cette radiation met en lumière les conflits d’intérêts qui règnent au sein des commissions d’aptitude des commissaires-enquêteurs. Ce sont autant de graves atteintes à l’indépendance des commissaires-enquêteurs. Tout comme à la liberté d’expression.

Les entraves à la démocratie participative se multiplient depuis plusieurs années, la régression du droit de l’environnement s’amplifie en même temps que s’épanchent les discours contraires. La situation est devenue telle qu’on assiste même à un dévoiement de l’autorité environnementale en région, censée informer en toute objectivité et indépendance le public. Jamais n’ont été aussi fortes les menaces sur les enquêtes publiques et sur la démocratie locale à laquelle elles participent activement.

Alors que nous sommes à la fin du débat national, les intervenants entendent faire connaître les pressions et sanctions exercées sur les commissaires-enquêteurs qui osent émettre des avis défavorables, la partialité des commissions d’aptitude qui les contrôlent, ainsi que les obstructions apportées à la complète information et à la participation du public au processus de décision.

Contacts : Sébastien Barles 06 75 00 63 31 Gabriel Ullmann 06 01 77 84 84

Entre écologie et écologisme, par J-D. et Ph. Lebreton

La Société Française d’Ecologie et Evolution (SFE2) vous propose le regard de Jean-Dominique et Philippe Lebreton, respectivement Directeur de Recherche émérite et Professeur honoraire en écologie, sur la frontière entre écologie scientifique et écologie politique.

Article édité par Anne Teyssèdre (JNE).

Des arguments issus de l’écologie en tant que discipline scientifique, et plus largement des sciences de l’environnement, sont souvent repris dans un contexte politique ou militant. On parle alors souvent d’écologisme, le suffixe en « isme » portant pour beaucoup une connotation péjorative, liée à un caractère catastrophiste et radical de l’écologie politique. Cette tension entre écologie scientifique et écologie politique conduit d’ailleurs désormais souvent à distinguer écologue (le scientifique) et écologiste (le militant).

Naturalistes par tradition familiale, nous avons été l’un et l’autre acteurs à des titres et degrés divers, et différents pour l’un et l’autre, de l’écologie scientifique, de la protection de la nature et à partir de là de l’écologie politique depuis plus de 50 ans. Nous sommes donc naturellement amenés, à partir de notre expérience personnelle, à nous pencher sur les rapports entre écologie scientifique et écologie politique, et sur la frontière entre les deux champs, sans prétendre ni au recul ni à l’exhaustivité d’autres textes.

Pour lire la suite de ce texte, cliquez ici sur le site de la SFE2.

Lettre ouverte des JNE à Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale et de la jeunesse, et François de Rugy, ministre de la Transition écologique et solidaire, sur l’enseignement des Sciences de la vie et de la Terre (SVT)

Messieurs les Ministres,

Notre association, qui rassemble plus de 200 journalistes spécialisés en environnement, a été alertée des graves atteintes portées à l’enseignement des Sciences de la vie et de la Terre (SVT) par des scientifiques et des enseignants.

Nous exprimons la plus vive inquiétude sur les capacités futures de la jeunesse à comprendre les grands enjeux environnementaux qui n’ont jamais été aussi prégnants.

Ainsi, en classe de première, les SVT (Sciences de la Vie et de la Terre) ne feront pas partie du tronc commun. Elles constituent désormais un des enseignements de spécialité. Il est à craindre qu’une proportion importante des lycéens oriente ses choix vers d’autres options, surtout que l’enseignement des SVT pourrait ne pas être proposé dans l’ensemble des lycées. Cette inquiétude est d’autant plus fondée que le nombre de postes au concours externe au CAPES de SVT connaît cette année une baisse importante de 20 % par rapport à la session précédente de 2018, elle-même consécutive à une réduction comparable l’année précédente.

Tout aussi grave est la situation de la classe de terminale, y compris pour les élèves qui auront choisi un parcours scientifique. Les élèves n’auront plus la possibilité de conserver des enseignements de mathématiques, de physique-chimie et des SVT puisqu’ils ne pourront conserver que deux spécialités sur les trois qu’ils auront choisies en première. Un certain nombre d’entre eux se trouvera ainsi privé de cours de SVT pour privilégier les deux autres spécialités.

Enfin, la situation des SVT en classe de seconde, qui concerne l’ensemble des lycéens, reste la même que précédemment. C’est-à-dire que cet enseignement reste le parent pauvre des cours de sciences puisqu’il est dispensé à raison de 1 h 30 par semaine, contre 3 h pour la physique-chimie et 4 h pour les mathématiques. La réforme du lycée aurait pu être mise à profit pour proposer un meilleur équilibre horaire entre les matières scientifiques, d’autant que le programme des SVT a fortement été étendu. Les élèves auront plus de notions à aborder dans un temps toujours aussi réduit.

Ces modifications profondes des conditions d’enseignement des SVT nous font craindre qu’une partie importante de la population n’ait pas le savoir scientifique de base pour comprendre les grands enjeux environnementaux qui sont de plus en plus complexes, en particulier ceux du climat, de la biodiversité et de l‘énergie, mais également tous les autres qui suscitent des controverses : OGM, nanotechnologies, gaz de schiste, gestion des déchets radioactifs …

C’est grave en ces temps où nos lecteurs ont de plus en plus de difficultés à faire la différence entre une information et une « fake news» diffusée sur les réseaux sociaux, entre un fait scientifique et une opinion. C’est grave en ces temps où les théories complotistes et les rumeurs fleurissent et où le public se méfie de plus en plus des sciences. Chaque citoyen doit pouvoir exercer son esprit critique. Encore faut-il qu’il ne soit pas laissé dans l’ignorance. Que sera un public complètement naïf ?

Notre rôle en tant que journaliste est d’informer, d’alerter, d’interpeller et de donner les éléments des débats pour que chacun puisse se forger sa propre opinion, non pas sur les faits, mais sur les analyses et les choix de politiques environnementales. C’est pourquoi nous sommes très sensibles à une dégradation des connaissances de base du public sur ces sujets.

Cette réforme ne fera que renforcer le doute sur les sujets que nous traitons et qui font appel à des notions supposées être apprises en SVT. Quelle sera la capacité du public à ne pas considérer que faits scientifiques et opinions se valent ? Etre « réchauffiste » ou « négationniste du climat » n’est plus alors qu’une question personnelle et non plus une question scientifique. C’est déjà un peu le cas. Ce le sera plus encore.

Nous avons ainsi plus que jamais besoin d’un public éclairé.

C’est pourquoi nous sommes contre cette réforme et la baisse du nombre de postes au concours externe au CAPES de SVT et nous vous appelons impérieusement à reconsidérer les décisions qui ont été prises à ce sujet.

Nous serions ravis de vous rencontrer pour en discuter plus avant avec vous.

Nous vous prions d’agréer, Messieurs les Ministres, en l’expression de notre très haute considération.

Adresse au Président de la République

Monsieur le Président, quittez le vieux monde de la chasse et du sang !

par Yves Paccalet
Philosophe, écrivain, naturaliste

J’ai soutenu, en réunion publique comme sur les réseaux sociaux, l’aventure politique d’Emmanuel Macron. Je pensais qu’il était le seul capable de nous éviter le fatal combat des populistes, Le Pen contre Mélenchon. Je me sentais heureux qu’enfin un candidat se proclame européen avec ferveur et le sourire, sans cette moue de dégoût que je voyais sur la figure de tous les autres.

Un an et demi plus tard, Emmanuel Macron a lancé quelques bons chantiers pour débloquer la France, lui secouer les rhumatismes et l’inviter à marcher. Sa gestion des affaires internationales est plutôt réussie – et chacun sait que, dans ce domaine, rien n’est simple.

Malgré la bonne décision prise à Notre-Dame des Landes, il est, hélas, un domaine où le chef de l’État me consterne : celui de la vie sauvage et de la biodiversité, dont il agite le mot sans le comprendre. Je suis désolé de devoir écrire qu’il ne connaît rien à la nature, ce qui se conçoit, mais qu’il s’en moque, ce qui est grave. Il semble n’éprouver ni compassion pour les animaux et les plantes, ni respect pour ces systèmes écologiques complexes dont dépendent notre air, notre eau et notre terre, notre nourriture, nos espaces de loisir ou nos plaisirs de vivre.

Emmanuel Macron reçoit en pompe élyséenne le patron de la Fédération Nationale des Chasseurs (la FNC), Willy Schraen. Celui-ci affirme à qui veut l’entendre que, depuis le début, le Président lui a tout cédé. Info ou intox ? Il y a évidemment une part de vérité dans les propos du conducator des pétoires. Je redoute que, lors de ces entrevues, Emmanuel Macron n’ait que trop manifesté à quel point il préfère les flingueurs aux amis des bêtes. J’ai peur que le Président ne soit entré dans le jeu pervers des semeurs de cartouches, qui voudraient imposer l’idée selon laquelle ils incarnent les meilleurs (les seuls !) protecteurs de la nature. Non, monsieur le Président : les chasseurs ne jouent pas un rôle écologique utile : ce ne sont que des préleveurs de gibier, le plus souvent viandards, parfois braconniers. Non, monsieur le Président : les tireurs de petits plombs, de chevrotines ou de balles grosses comme le doigt ne savent pas grand chose des êtres sur lesquels ils braquent leur canon, et dont ils se prétendent abusivement les « gestionnaires » !

Sur ce coup-là, Emmanuel Macron me devient une énigme. Je me demande comment un bel esprit comme le sien, pétri de philosophie et de littérature, connaissant quand même un peu de science, capable de saisir la finesse et les nécessités de la vie sous toutes ses formes, peut cautionner la boucherie chasseresse, et notamment l’ignominie moyenâgeuse que constitue la chasse à courre – avec ses costumes de carnaval ensanglanté et ses cors qui sonnent l’hallali du cerf ou du renard épuisés… La Grande-Bretagne, l’Allemagne et d’autres pays ont interdit cette sinistre pratique qui occupe, chez nous, quatre cents équipages et dix mille participants. J’attends que la France suive l’exemple.

Emmanuel Macron aurait confié à Willy Schraen qu’il était « solidaire et défendait toutes les valeurs de la chasse française », ou encore qu’il désirait « soutenir la globalité de ce qui se passe au niveau de la ruralité en matière de chasse et la chasse à courre en fait partie ». Je déplore la myopie de cet homme jeune et moderne, qui se fiche du martyre infligé à des êtres de chair et de sang, au seul prétexte qu’il existe une tradition de sadisme chez des tueurs qui sont aussi des électeurs ! J’espère que le Président comprendra au moins qu’en changeant de chemin, il gagnerait beaucoup plus d’électeurs chez les amis de la vie qu’il n’en perdrait chez les obsédés de la mort.

Emmanuel Macron paraît tellement faible devant les acteurs de la chasse ! Je veux juste lui rappeler que, pour devenir le Président empathique, jeune et inédit qu’il rêve d’incarner, il doit se souvenir que les manieurs de fusil sont aujourd’hui, en France, à peine plus d’un million, et que leurs effectifs ne cessent de décliner. Pourquoi, dès lors, leur offrir des crédits nationaux grâce auxquels ils peuvent abaisser le prix du permis de chasse de 400 à 200 euros ? Pourquoi tolérer que ces individus aillent dans les écoles propager le virus de la souffrance et de la mort jusque dans le crâne de nos petits ? Pourquoi permettre aux tueurs à cartouchière d’adapter un silencieux sur leur arme, sachant que, s’ils abattent chaque année plus de 30 millions d’animaux, les chasseurs causent aussi plusieurs dizaines de morts humaines et des centaines de blessés, sans oublier d’autres victimes chez les ânes, les vaches ou les chiens ? Pourquoi cautionner la survie des piégeages dits « traditionnels » aux petits oiseaux (tenderie, gluau…), qui ne sont que barbaries ? Pourquoi désirer rétablir les « chasses présidentielles » à Chambord – ces massacres de cerfs ou de sangliers aux seules fins de la diplomatie ? Pourquoi concéder au patron des chasseurs de France le fait que l’État accroîtra les périodes de chasse au gibier d’eau, et notamment (contre le vœu du Parlement européen) la traque aux oies sauvages ? Les superbes oies sauvages, monsieur le Président ! Celles-ci seraient tirées en pleine période de constitution des couples reproducteurs… Souvenez-vous de vos lectures d’enfant, du Merveilleux voyage de Nils Holgersson sur le dos d’un jars… Ne préférez-vous pas ce rêve d’harmonie au fracas des fusils ?

Il est une autre façon de vous racheter aux yeux de la nature et des naturalistes, monsieur le Président. Elle consiste à montrer que vous vous occupez de la biodiversité au point de favoriser la survie de nos plus grands prédateurs. Aidez les associations de protection de la nature à conserver ces merveilles de l’évolution qu’on appelle le lynx, le loup ou l’ours brun ; dans nos DOM-TOM, le requin-tigre ou le requin-bouledogue ; sans oublier le renard, le chacal doré et tous les autres de moindre taille… Dites « non » au massacre organisé de ces carnivores nécessaires ! Abaissez (supprimez !) les insupportables quotas d’extermination des loups que vous avez cautionnés ! Faites réintroduire d’autres ours dans les Pyrénées, afin de constituer dans ces montagnes une population de plantigrades suffisante pour y garantir la survie de l’espèce. Un trésor de la vie. Et un bonheur pour nos ruraux, nos randonneurs, nos naturalistes, nos artistes, nos cinéastes, nos poètes – et nos enfants jusqu’à plus de cent ans !

Tri et collecte : le maillon faible du recyclage des déchets plastiques en Algérie

Depuis plusieurs mois, l’attention des observateurs en Algérie est monopolisée par les élections présidentielles d’avril prochain, éclipsant tout le reste, dont, évidemment, les préoccupations écologiques.

par M’hamed Rebah

L’écologie a tout de même fait, en décembre dernier, une brève apparition dans l’actualité, projetée par la saisie, au port de Bejaïa, par la Douane algérienne, de 17 conteneurs de déchets plastiques importés, présentés, au départ, sur les sites électroniques qui ont donné l’information, comme des ordures ménagères, ce qui a eu pour effet immédiat de choquer l’opinion publique, car des déchets de ce type ne manquent pas en Algérie et ils posent même de sérieux problèmes pour leur élimination, beaucoup de centres d’enfouissement technique (CET) étant saturés et l’argent pour en construire de nouveaux, de moins en moins disponible.

Fait curieux : l’industriel-importateur et la banque publique qui l’a accompagné dans cette opération, ignoraient, tous deux, que la législation algérienne interdit l’importation de déchets plastiques. Ils étaient destinés à une unité de fabrication de sangles d’arrimage pour transporter les briques. L’industriel, établi à Biskra, importait ces sangles avant de décider de les fabriquer sur place à l’aide de déchets plastiques, mais il s’est heurté au manque de déchets et a été contraint de les acheter en Espagne (15 conteneurs) et en Allemagne (2 conteneurs), 343 tonnes en tout.

Il justifie son opération d’importation en se référant à la ministre de l’Environnement et des Energies renouvelables qui a, d’après lui, reconnu qu’il y avait un problème de récupération et de recyclage des déchets en Algérie. Une étude de l’Agence nationale des déchets (AND) le confirme. En 2014, à l’échelle nationale, sur une quantité de 11 millions de tonnes de déchets ménagers et assimilés, le taux de recyclage a été de 10 %. Selon cette étude, la quantité enfouie dans le CET de Biskra (dans la commune d’El Outaya) n’a pas dépassé, en moyenne sur l’année, 150 tonnes/jour, dont 18,56 % de déchets plastiques. Autrement dit : en 2014, année de l’étude, un peu plus de 27 tonnes de déchets plastiques ont été acheminés chaque jour vers le CET de Biskra, qui est la ville de l’industriel-importateur. Il avait, tout près, un gisement non négligeable de matière première pour ses sangles. L’étude ne précise pas la quantité de déchets plastiques qui est récupérée et recyclée à partir du CET de Biskra.

Quoiqu’il en soit, pour l’AND, les déchets plastiques sont avant tout un polluant à combattre. La preuve : l’Agence a lancé en novembre dernier un concours orienté vers les Youtubeurs pour les inciter à réaliser des vidéos sur la thématique retenue par l’Organisation des Nations Unies pour la journée mondiale de l’environnement du 5 juin 2018 : « combattre la pollution plastique ».

Par contre, pour le secteur informel, la collecte et le recyclage des déchets plastiques sont une bonne affaire. Notre confrère Le Quotidien d’Oran a fait état dans son édition du samedi 19 janvier 2019, du démantèlement d’un atelier de recyclage du plastique à Gdyel (près d’Oran), qui ne disposait d’aucune autorisation légale d’exercer. Les déchets plastiques collectés étaient entreposés dans un garage puis recyclés à l’aide d’un équipement approprié. L’«opérateur» concerné n’a rencontré aucune des difficultés évoquées par les autres investisseurs qui ont tendance à expliquer leur réticence à se lancer dans ce créneau, par le problème de la collecte des déchets, identifiée de longue date par les spécialistes algériens, comme étant, chez nous, le «maillon faible» dans le processus de recyclage du plastique.

Dans le cas de la bouteille en plastique, ce processus commence au niveau du consommateur pour peu qu’il soit convaincu de la nécessité de trier lui-même ce déchet et pour peu également qu’il trouve à proximité le conteneur réservé aux bouteilles en plastique. On a pu constater, en été, le nombre impressionnant de bouteilles en plastique laissées aux abords des plages, jetées ça et là par les baigneurs qui les ont utilisées pour se rincer les pieds et enlever le sable avant de quitter les lieux. A peu près le même constat peut être fait pour les sachets en plastique abandonnés au gré du vent qui les pousse vers la mer.

Cet article a été publié dans La Nouvelle République (Alger) du lundi 21 janvier 2019.

Hommage à Dominique Allan Michaud, pionnier de la mémoire de l’environnement et des études sur l’écologie politique

Comme c’est le cas pour beaucoup de précurseurs, le travail de Dominique Allan Michaud, décédé le 1er janvier 2019, n’aura pas été considéré à sa pleine valeur de son vivant.

par Laurent Samuel

Dominique Allan Michaud, président-fondateur du Réseau Mémoire de l’Environnement (RME) et pionnier de la recherche sur l’écologie politique, à Venise en 2014

Chercheur en sociologie politique dans des UMR (unités mixtes de recherche) du CNRS (Université de Paris X puis Ecole Normale Supérieure), Président-fondateur du Réseau Mémoire de l’Environnement (RME), Dominique Allan Michaud était né en 1948 à Limoges, dans la Haute-Vienne. C’est dans sa ville natale, où il était allé rendre visite à sa mère pour les fêtes de fin d’année, qu’il a été terrassé par un infarctus. Mort un quart d’heure après être arrivé aux urgences, il a été enterré le 5 janvier à Limoges.

Dès le milieu des années 1970, Dominique Allan Michaud est le tout premier chercheur en sciences politiques à se pencher sur le mouvement écologiste naissant et son engagement sur le terrain électoral. Sa démarche se fonde à la fois sur l’étude des textes issus du mouvement et sur des entretiens avec ses acteurs. C’est ainsi que l’auteur de ces lignes, alors journaliste à La Gueule Ouverte et militant aux Amis de la Terre, le rencontre pour la première fois en 1975. Avec une passion qui se marie avec la rigueur scientifique, Dominique Allan Michaud débusque sans relâche les raccourcis, réécritures et approximations qui foisonnent dans les ouvrages et articles consacrés à l’écologisme. Dominique Allan-Michaud est ainsi l’un des rares à établir contre une certaine vulgate du Parti Vert, que René Dumont (premier candidat écologiste à une élection présidentielle en 1974), n’est nullement le « père » de l’écologie politique en France, et que celle-ci a été impulsée dès la fin des années 60 par des personnalités comme le journaliste et dessinateur Pierre Fournier (collaborateur de Charlie Hebdo, fondateur de La Gueule Ouverte et membre de l’AJEPN, aujourd’hui JNE) et le mathématicien Alexandre Grothendieck, fondateur du mouvement Survivre.

Sur la lancée de ses recherches, ce passionné de l’histoire de l’écologisme impulse en 2001 – au sein de l’Association pour la création de la Fondation René Dumont – le Projet Mémoire de l’Environnement. Celui-ci débouche en 2003 sur un Manifeste pour une culture de l’environnement (lire ici), puis sur la création du Réseau Mémoire de l’Environnement (RME). Le RME inclut aujourd’hui vingt-trois centres de documentation et d’archives, réunissant plus d’un million de documents sur l’environnement.

Au-delà de ce travail de coordination, de recherche des sources documentaires et d’archivage, Dominique Allan Michaud tient à ce que ce Réseau remplisse une mission de recherche, d’information et d’éducation sur l’environnement et son histoire. « Le RME s’efforce, modestement et de façon non exhaustive, d’aider à décrypter les représentations fautives, de résister aux simplifications exagérées comme aux croyances abusives. Une tâche difficile tant la société du spectacle avec sa « guerre d’ego » domine plus que jamais. Pour cette tâche, il donnera le plus possible la parole à différents acteurs, à des chercheurs, journalistes, militants de diverses spécialités, sensibilités ou obédiences », souligne-t-il dans le texte de présentation du Réseau.

Dans cette perspective, Dominique réalise plusieurs entretiens vidéos avec des personnalités de l’écologie, dont les JNE Jean Carlier (décédé en 2011) et Philippe Saint-Marc, ainsi que Charlotte Paquet-Dumont (décédée en 2013) ou Gisèle Chaleyat (décédée en 2018), qui sont mis en ligne sur le site du RME ou de l’AgroParisTech.

Membre du bureau de la Fondation René Dumont, donateur du Musée du Vivant, longtemps pilier du Felipe (Festival du livre et de la presse d’écologie), Dominique Allan Michaud prend en 2009 la présidence du Collectif Coopérations, Natures et Sociétés (CNS), pour lequel il organise – en partenariat avec le RME et d’autres associations – des projections-débats sur des thèmes relatifs à l’écologie à Brétigny (Essonne) et dans le XVIIIe arrondissement de Paris. Ce passionné de cinéma fait ainsi découvrir à un nouveau public des classiques comme Soleil Vert, mais propose aussi des documentaires sur l’agriculture en ville ou la manifestation antinucléaire de Bugey du 10 juillet 1971, avec des interviews rarissimes de Fournier et Grothendieck.

Homme d’écrit et d’image, d’une rare rigueur intellectuelle (ce qui lui a valu d’être boudé, voire boycotté par quelques « bons esprits »), Dominique Allan Michaud était une personnalité attachante et chaleureuse, qui avait le don de transformer chaque AGO (Assemblée générale ordinaire) du RME en une soirée conviviale magnifiée par une ou deux bonnes bouteilles de vin (bio comme il se doit). Pour l’auteur de ces lignes (secrétaire général du RME), l’annonce si inattendue de son décès a endeuillé ce début d’année, qui est celle du 50e anniversaire des JNE. A nous maintenant d’honorer sa mémoire en faisant connaître celle de l’écologie.

Les JNE adressent leurs condoléances à la famille et aux proches de Dominique Allan Michaud.

Les travaux de Dominique Allan-Michaud sont synthétisés dans un ouvrage de référence (hélas trop peu lu et cité) : L’Avenir de la société alternative : Les idées 1968-1990…, paru en 1990 aux Editions de l’Harmattan et réédité sous forme d’e-book en 2010.

 

Sonic sea : la pollution sonore des océans menace la vie marine

La Société Française d’Ecologie et Evolution (SFE2) vous propose ce regard de Céline Sissler-Bienvenu, directrice d’IFAW France, sur la pollution sonore des océans.

Depuis des millions d’années se joue, sous la surface des mers du globe, une symphonie faite de sons naturels émanant aussi bien de la houle, de la dérive et de la fonte des icebergs ou encore du ressac, que des animaux qui peuplent ce monde dont le mythe a voulu, à tort, qu’il soit celui du silence. Mais cette symphonie, autrefois mélodieuse, est aujourd’hui dissonante. Invisible, insidieux, nocif, de source humaine, impulsif ou continu, le bruit, reconnu pour ses effets délétères sur la santé humaine, a désormais envahi les profondeurs des océans pour s’y installer durablement, s’y propager inexorablement et y menacer gravement l’ensemble de la faune marine.

Pour lire la suite de cet article, cliquez ici sur le site de la Société française d’écologie et d’évolution (SFE2).

Article édité par Anne Teyssèdre (JNE) pour la SFE2.

 

Le manège solaire des vers de Roscoff

La Société Française d’Ecologie et Evolution (SFE2) vous propose ce regard de Bruno Corbara, maître de conférence à l’Université Clermont-Auvergne, sur l’écologie et le comportement social d’organismes ‘chimères’, les vers de Roscoff.

Colonies de vers de Roscoff (Symsagittifera roscoffensis) sur l’estran, marée descendante (Cliché Xavier Bailly, Station Biologique de Roscoff, équipe Modèle Marins Multicellulaires)

Certains organismes qui vivent en groupe produisent parfois, lorsqu’ils se déplacent collectivement, des mouvements rotatoires. De telles “rondes” ont été observées chez des êtres très divers, allant des bactéries jusqu’aux poissons. Si elles sont parfois accidentelles et peuvent avoir (surtout lorsqu’elles durent) des conséquences négatives, les rondes animales peuvent aussi être bénéfiques pour leurs participants. Pour un banc de poissons, tourner en rond peut ainsi être une façon efficace de se défendre collectivement contre certains prédateurs. Tout récemment, Nigel Franks et ses collaborateurs de l’université de Bristol en Angleterre – avant tout des spécialistes du comportement des fourmis – ont découvert que de telles rondes avaient un effet positif chez de minuscules ‘vers’ marins fort éloignés de leurs hyménoptères favoris…

Pour lire la suite de cet article, cliquez ici sur le site de la Société française d’écologie et d’évolution (SFE2).

Cet article a été également publié dans le n°30 de la revue ESpèces (décembre 2018).

Edité par Céline Breton pour ESpèces et par Anne Teyssèdre (JNE) pour la SFE2