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Hommage à Michel Serres, pionnier des droits de la nature

Les JNE saluent la mémoire et l’oeuvre de Michel Serres, décédé le 1er juin 2019 à l’âge de 88 ans.

par Laurent Samuel

Paru en 1990, son livre le Contrat naturel a puissamment contribué à la prise en compte juridique des droits de la nature.

Notre site avait publié deux articles lors de la récente réédition (enrichie et augmentée) de ce « brûlot qui proposait d’élever la nature au rang de sujet de droit », l’un de Gabriel Ullmann (lire ici), l’autre de l’auteur de ces lignes (lire là).

A lire aussi, un texte de Michel Sourrouille en réaction à un entretien avec Michel Serres paru dans le Monde en août 2018 sur le thème « c’était mieux avant ? ».

En 2018, Michel Serres avait accepté d’intervenir en conclusion de notre colloque sur la condition animale, avant de se décommander en raison de ses problèmes de santé.

Les JNE adressent leurs condoléances à sa famille et à ses proches.



Ci-contre, la Une de Libération du 3 juin 2019.

 

Denis Cheissoux (JNE), lauréat du prix Reporters d’Espoir 2019 pour son émission « CO2 mon amour » sur France Inter

L’association Reporters d’Espoir, qui agit pour le journalisme de solutions, a choisi de décerner le prix Reporters d’Espoirs 2019 dans la catégorie radio à France Inter et Denis Cheissoux (JNE) pour CO2 mon amour première émission d’environnement en France (diffusée le samedi de 14h à 15h).

Denis Cheissoux, lauréat du Prix Reporters d’Espoir 2019

Pour la quinzième édition de ce prix, Denis Cheissoux a été choisi par un jury constitué de professionnels des médias parmi sept nominés. Sa volonté à délivrer des informations décryptées, qui donnent envie d’agir a été saluée : « Cette année nous mettons à l’honneur une voix engagée, libre dans le ton et de solutions qui consacre depuis plusieurs années son travail à des émissions constructives. C’est l’engagement dans la durée, en plus de son travail de décryptage, de découverte de la nature en France, dans les villes qu’il s’agit de saluer »

Le prix Reporters d’Espoirs 2019 met à l’honneur les journalistes, innovateurs des médias et futurs professionnels, pour leurs sujets traités sous l’angle « problème + solution ». Depuis 2004, il a distingué plus de 100 lauréats. Cette année, six prix sont décernés parmi six catégories : presse écrite, télévision, radio, innovation, jeunes et international.

Le jury est composé de 14 membres de la presse écrite (Voix du Nord, Figaro, La Croix), de la télévision (Envoyé spécial, BFM Business, TF1, Clique TV, France 5), de la radio (Europe 1, Eloquentia) ainsi que Hugo Décrypte, Unifrance Film, etc.

Forêt de Naliboki (Belarus) : une ode à la nature ensauvagée

Depuis 2013, notre adhérente Annik Schnitzler visite régulièrement la forêt de Naliboki (Belarus), l’objectif étant de se plonger dans un univers de nature bien moins artificialisé que les milieux français.

Couple de loups visitant la maison de Kasimir – photo Vadim Sidorovich

par Annik Schnitzler

 

La forêt y est protégée (chasse totalement interdite) sur 900 km² et exploitée dans le reste du territoire par des coupes rases. Ensuite, ces coupes sont laissées à leur évolution naturelle durant près de 80 ans, période au cours de laquelle les usagers, qu’ils soient forestiers, chasseurs ou cueilleurs de champignons ou ramasseurs de bois d’élan, ne pénètrent que sporadiquement. La reconquête végétale y est foisonnante. Avec le temps, ces anciennes coupes deviennent des places fortes pour la grande faune : bison, élan, cerf, sanglier, chevreuil, loup, lynx et ours.

Les marécages de Naliboki ont été drainés entre 1960 et 1980 par les Russes qui occupaient alors Belarus. L’entretien de ces drains a ensuite été abandonné depuis les années 1990. Grâce au dynamisme des castors, protégés durant la même décennie, les drains se sont rebouchés par leurs barrages, le niveau moyen des eaux est remonté et les marais ont réapparu. Les mares multiples créées par les castors ont multiplié le nombre et la diversité des poissons, grenouilles et insectes aquatiques, ainsi que pour leurs prédateurs, de la loutre, le vison aux rapaces.

Les castors, très nombreux, sont consommés régulièrement par les loups et les lynx, voire le renard lorsque le niveau des eaux des canaux s’abaisse en été. En bref, par l’abandon des pratiques humaines et la protection de la grande faune, le milieu s’est grandement enrichi.

De telles situations existent sans doute ailleurs en Belarus et plus largement dans l’Est de l’Europe, mais cette forêt présente une particularité : elle bénéficie de la présence d’un scientifique passionné, Vadim Sidorovich. Professeur à l’Académie des Sciences de Minsk, cet homme de terrain la parcourt et l’étudie depuis plusieurs décennies. Il la connaît en fait depuis sa jeunesse, et y est profondément attaché. Vadim a récemment quitté son emploi à Minsk pour s’installer avec sa famille dans l’ancien petit village de Naust, et pour y étudier tout à loisir les interactions entre grands prédateurs. Il accueille des touristes pour leur montrer la nature biélorusse et l’accompagner dans ses travaux de recherches.

La science que Vadim prodigue à ses visiteurs est prodigieuse. Il reconnaît toutes les traces, en déduit les comportements des prédateurs au cours de l’année, et leurs interactions multiples, que ce soit pour les partages de territoire de chasse ou de reproduction. L’abandon des marais est idéal pour l’observation naturaliste et la recherche scientifique, dont il partage les observations et déductions dans des livres et des récits courts, publiés en anglais sur son site. En relisant mes notes sur six ans, j’ai le sentiment d’avoir accumulé une foule d’observations sur une faune extraordinairement variée : grue cendrée, cigogne noire, bécassine des marais, aigle pomarin, tétras lyre, grand tétras, cygne chanteur, garrot à œil d’or, castor, loutre, pour ne citer que quelques espèces qui ont pratiquement disparu d’Europe de l’Ouest.

La recherche personnelle de Vadim a considérablement évolué au fil de ces six années, en fonction d’événements naturels qu’il a soigneusement observés et décrits. Ainsi, quand je suis arrivée à Naliboki en mai 2013, j’ai pu assister à un événement rare : la chute brutale en proies après l’hiver très long et très rude qui a touché une grande partie de l’Europe. Dans la forêt, près de 90 % des cerfs, chevreuils et sangliers sont morts de faim. Cela a bien évidemment boosté la reproduction printanière du loup. La recherche des tanières de petits loups a donc été un succès pour Vadim, mais à l’automne suivant, bien des petits sont morts de faim, en raison de l’absence de proies. Les parents ont tenté de nourrir leurs portées en s’attaquant davantage aux castors, en consommant du chien dans les villages, du renard ou du chien viverrin, ce qui est tout à fait inhabituel. Certains louveteaux abandonnés ont pu survivre dans les prairies abandonnées en consommant des rongeurs : à l’automne, ils ont parfois rejoint des meutes et ont ainsi survécu.

La recherche des tanières de loup est le point culminant de l’année pour Vadim : elle se fait entre fin avril-début mai jusqu’à début juin, car les naissances s’étalent durant ces deux mois. Mais en fait, elle débute dès le mois de mars, car bien avant la naissance des petits, les parents ont déjà creusé plusieurs tanières ou choisi d’autres emplacements (anciennes tanières, tanières d’où ils expulsent les légitimes propriétaires tels que renards ou blaireaux) et d’où ils mettront éventuellement leurs petits à l’abri de toutes sortes de dangers qui le menacent : une trop grande densité d’herbivores qui peuvent les piétiner quand ils sont petits ; l’arrivée d’un ours errant ; trop de moustiques, un dérangement humain. Les loups déplacent sans cesse leurs petits pour ces multiples raisons.

Louveteaux d’une semaine dans la forêt de Naliboki (Belarus) en mai 2019 – photo Vadim Sidorovich

Cette relocalisation constante explique que la recherche des petits a quelque chose de frénétique. J’ai suivi Vadim plusieurs printemps dans ce but plusieurs années de suite entre 2013 et 2019, au cours du mois de mai. Mais en fait, sa recherche débute bien avant, au cours des premiers mois du printemps. Il inspecte alors les chemins pour y repérer les traces territoriales laissées par les couples reproducteurs, qu’on repère par des grattages au sol et des crottes placées bien en vue pour avertir les autres couples. Les traces, très nombreuses en avril, se font discrètes après la mise-bas de la femelle. Mais il subsiste celles du mâle qui parcourt les bois pour nourrir la femelle et les petits.

J’ai eu la chance d’être présente deux fois, en 2014 et en 2019, lors de la découverte de tanières habitées par des petits loups à chaque fois âgés d’à peine une semaine. Mais les tanières occupées en mai se font progressivement rares avec le retour progressif du lynx. En fait, les traces de loup disparaissent après le mois d’avril, et les recherches de petits sont de moins en moins couronnées de succès. Grâce à la pose de nombreuses caméras dans la forêt, à des endroits judicieusement choisis, Vadim a vu se dessiner l’histoire conjointe de ces deux prédateurs : le lynx recherche activement les petits des loups pour les tuer. Ce sera autant de concurrents en moins dans l’établissement des territoires et la quête des proies ! Il semblerait que le loup ait peur du lynx, car ses griffes acérées peuvent lui labourer le ventre. Quelques photos prises par les caméras prouvent ce fait : sur l’un d’elle on voit un bref combat entre loup et lynx, au cours duquel un lynx inflige une large blessure à un loup. Sur une autre, on voit un loup passer, apeuré, devant un poteau où le lynx a lancé un jet d’urine, tandis qu’un autre mord un autre poteau empreint de l’odeur d’un lynx. Sur plusieurs autres, on voit le lynx pénétrer dans une tanière de loup. Ces deux dernières années, les meutes reproductrices n’étaient plus que 3 alors qu’elles comptaient plus de 25 reproducteurs les années précédentes.

Que va devenir la population de loups de Naliboki ? Va-t-elle disparaître, sous la pression du lynx ? L’avenir nous le dira.

Des lieux particulièrement attachants de la forêt de Naliboki sont aussi ceux des anciens villages, presque tous détruits par les nazis en 1942. En pleine forêt, nous tombons parfois sur des maisons en ruines, associées à quelques traces d’ancienne activité humaine. Vadim s’y intéresse de près, soucieux de préserver la mémoire de cette vie paysanne disparue. Ces histoires sont relatées dans ses livres et sur son site.

Kasimir Hryhartseich – photo Vadim Sidorovich

Un lieu magique est celui où a vécu Kasimir Hryhartseich. Il habitait la dernière maison d’un hameau disparu dénommé Barsucha, où il est mort vers 2010, âgé de 80 ans. Ce hameau avait été créé au XVIIe siècle, sur un îlot entouré par les deux bras de la rivière Izliedz, au centre de la forêt. Il s’était peu à peu vidé de ses habitants au cours du XXe siècle, après avoir développé une production locale de charbon. En 1942, il ne restait plus qu’une famille de 11 personnes de 3 générations : une grand-mère, un couple et leurs 8 enfants, dont Kasimir.

En 1942, les nazis ont brûlé leur maison. La famille a alors vécu dans une indigence totale, dans un trou creusé dans le sol de la propriété, où ils entretenaient un feu constant, car ils manquaient d’allumettes. Leurs deux chèvres leur ont été volées par des voisins eux aussi dans une posture difficile en raison des combats. Ils ont vécu les hivers en se nourrissant de baies de viorne desséchés (qui se conservent en hiver), de myrtilles et autres végétaux de la forêt durant l’été ; de temps en temps, le père aidait les partisans soviétiques dans leurs activités de guérilla, ce qui lui permettait de rapporter quelque nourriture à sa famille. Dans de telles conditions, la mère et quatre des enfants sont morts de faim. Kasimir, lui, a survécu. Devenu adulte, il est retourné sur les lieux et y a fondé un nouveau foyer en reconstruisant une autre maison juste à côté de celle où il était né. Trois enfants y ont été élevés, un garçon et deux filles ; les parents vivaient du commerce de paniers fabriqués avec du bois local de saule, des produits de leur potager et de leur verger, de leurs animaux domestiques, et de la fabrication d’alcool. Une fois adulte, le fils a continué la fabrication d’alcool avec son père. Mais c’est un métier dangereux, notamment parce qu’il faut défricher. Un jour, un arbre s’est effondré sur lui, et il est mort, à 32 ans, dans les bras de son père. Les filles sont parties se marier en ville. Les deux époux sont restés seuls. Puis l’épouse a succombé à 65 ans à une consommation de champignons toxiques, ce qui semble arriver assez souvent parmi les habitants de cette forêt.

Le vieil homme a alors vécu dans ce hameau perdu durant 15 ans. Vadim lui rendait visite de temps en temps, lorsqu’il étudiait la faune, et lui apportait des chiens errants pour lui tenir compagnie. Mais il lui était impossible de les garder, car les loups les tuaient lorsqu’ils s’éloignaient de sa maison. Kasimir est mort en solitaire, à 80 ans, et son corps n’a été découvert que 3 mois plus tard par une de ses filles. Depuis, le site est abandonné, et la nature y a repris ses droits.

Cette histoire est d’une infinie tristesse, et a imprégné ces lieux d’une sorte d’irréalité. Y aller est presque une expédition, car les chemins d’accès sont peu visibles. La remontée des eaux suite à l’activité des castors explique que par endroits, le chemin d’accès soit envahi par la végétation semi-aquatique. La rivière principale qu’il faut traverser pour arriver aux anciennes maisons de Kasimir perd régulièrement son pont lors des inondations hivernales, qui ont sans doute gagné en violence et en fréquence.

La maison de Kasimir – photo Vadim Sidorovich

Les activités agricoles et pastorales du site ne sont visibles que par les différentes végétations qui ont envahi les lieux : les buissons épais de ronces ou des bois de jeunes bouleaux serrés correspondent aux anciens champs de pommes de terre, les buttes très hautes de graminées aux zones de pâture. La maison se dessine derrière un ancien verger de pommiers vénérables, qui donnent encore des fruits, très appréciés des animaux sauvages. Cette maison est tout en bois, selon la tradition biélorusse, avec d’élégants volets peints en bleu défraichi. Le bleu habille aussi le toit d’un joli puits en ruine tout à côté. La maison principale, dernière demeure de Kasimir, a été laissée telle qu’elle était de son vivant. A l’extérieur, de petits instruments d’agriculteur sont encore accrochés au mur, comme un petit collier orné de clous qu’on mettait au veau pour l’empêcher de téter sa mère.

L’intérieur de la maison de Kasimir – photo Vadim Sidorovich

On pénètre à l’intérieur de la maison en soulevant un vieux cadenas rouillé maintenant la porte par un clou. De l’antichambre remplie de divers objets cassés, on pénètre dans la salle principale, dominée par un grand poêle en faïence bleu vif. Le mobilier est dans un bien triste état : des chaises et une table défoncées, un divan éventré, un lit avec édredon et coussin déchirés, des vêtements et rideaux poussiéreux, du papier peint décollé, de vieux tableaux. Dans un coin de la maison, un livre de comptes ouvert côtoie une photo d’une petite fille, et d’un dessin d’enfant. Au-dessus de cet endroit subsistent encore des représentations de la Vierge en papier très défraîchi.

Sous la maison, un blaireau y a installé un terrier une année. Si le toit de la maison principale est encore en place, ceux des deux maisonnettes adjacentes se sont effondrés. Sans doute la construction était-elle moins solide. L’une d’elles servait d’étable : il reste encore le foin ; devant elle, une énorme luge qui devait servir à rapporter le bois de la forêt disparaît sous la végétation. Dans l’autre maison, étaient stockés les paniers en osier, qui s’accumulent encore sous le toit défoncé. Des nids d’oiseaux parsèment les charpentes.

Devant ces deux maisonnettes, se trouve un monticule d’environ 20 m de diamètre, couvert d’herbes, qui correspond au lieu où se trouvait l’ancienne maison brûlée par les nazis. Durant la terrible période de famine qu’a endurée la famille, le père y avait planté quelques légumes.

La faune sauvage a bien adopté ces lieux tranquilles : les caméras posées à proximité des pommiers montrent des ours recherchant les pommes avant l’hiver. Ils y ont laissé des crottes impressionnantes. Les caméras posées face aux poteaux électriques, dont les fils ont disparu, révèle le passage de renards, ours, loups (qui élèvent leurs petits derrière le marécage), blaireau, chien viverrin.

En 2019, la caméra a saisi les jeux de l’ours mâle qui s’est installé dans les bois derrière la maison. Il s’agit d’un individu de grande taille, dont la silhouette se dresse, tout en noir, devant la maison abandonnée. Les deux points lumineux de ses yeux ajoutent à la magie des photos. Il semble prendre un réel plaisir à se frotter le dos ou la tête contre la résine très odorante qui exsude du poteau, et y passe de longs moments.

Vadim Sidorovich connaît une des tanières des loups qui visitent également le site. Mais pour l’atteindre, il faut traverser la deuxième rivière, qui elle aussi s’est totalement ensauvagée. Son cours, dévié durant l’époque russe, a peu à peu retrouvé un parcours plus naturel, aidé par la chute des arbres dans le cours d’eau, et les barrages de castors en amont. On la traverse en équilibre sur des bois morts, munis de bâtons pour garder l’équilibre.

Rivière marécageuse dans la forêt de Naliboki (Belarus) – photo Vadim Sidorovich

Au-delà de la rivière s’étend un très grand marécage constitué d’aulnes. Ces aulnes ont des racines aériennes afin d’éviter l’asphyxie, qui aident à parcourir ce marais inondé l’hiver, et gorgé d’eau l’été ; il suffit en fait de sauter de l’un à l’autre, lorsqu’ils sont suffisamment proches. Si la distance est trop grande, les branches ou arbres tombés servent de passage. Cela a été le cas lors de ma visite en novembre. En mai, le niveau de l’eau était plus bas, et le marais a pu être parcouru en posant aussi le pied sur les touffes de laiches et d’iris jaunes qui se sont développées au printemps. Evidemment, il est fréquent de tomber dans des trous d’eau ou dans la boue meuble, et d’en ressortir les bottes trempées. Ce marais est splendide, avec ses cassissiers sauvages, et ses fleurs de populage et de l’hottonie des marais, une rareté en Europe depuis la perte de ses zones humides !

Par sa grande surface et la difficulté pour le traverser, ce marais est devenu un puissant frein à la pénétration humaine ; il laisse tout loisir aux prédateurs de se reproduire dans les petits îlots dunaires boisés qui lui font suite, et qui étaient utilisés dans un passé lointain comme charbonnières. D’anciennes tanières de loups ont été creusées dans certaines d’entre elles : sur le sable rejeté par les parents, apparaissent des charbons de bois vieux de plusieurs siècles. Les arbres déracinés offrent aussi d’autres abris aux loups pour édifier des tanières temporaires.

Un lieu profondément empreint de spiritualité.

Pour en savoir plus, les sites de Vadim Sidorovich :

https://www.wolfing.info/

https://sidorovich.blog/

 

 

Convocations de journalistes à la DGSI : lettre ouverte au procureur de la République

De nombreux avocats, des syndicats et des organisations professionnelles s’élèvent contre les auditions de journalistes ayant travaillé sur les ventes d’armes à l’Arabie Saoudite et aux Emirats arabes unis. Lettre ouverte publiée dans Libération. Cette lettre ouverte a été signée par les JNE.

Monsieur le Procureur de la République,

Nous écrivons en qualité d’avocats, d’organisations professionnelles et de syndicats, pour vous demander solennellement de mettre un terme à la procédure ayant conduit d’ores et déjà à l’audition des journalistes pour une supposée violation du « secret-défense » concernant la vente par la France d’armements utilisés au Yémen.

Tout d’abord, nous rappelons avec force que le droit à la liberté d’expression, tel qu’il résulte de l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’Homme, comprend la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques. Cette ingérence est manifestement caractérisée lorsque des journalistes sont entendus alors qu’ils se bornent à exercer leur mission d’informer et qu’ils concourent au droit d’accès à l’information sur un débat d’intérêt général. C’est incontestablement le cas s’agissant des journalistes qui réalisent des investigations sur la fourniture et l’usage d’armes françaises au Yémen.

Comment dans ces conditions a-t-on pu considérer que ces auditions puissent en quoi que ce soit concourir à la manifestation de la vérité et ne pas anticiper le fait qu’elles seraient nécessairement perçues comme une initiative susceptible de brider la liberté d’information ?

Ensuite, la Cour européenne des droits de l’Homme réaffirme avec solennité régulièrement que la protection des sources journalistiques est l’une des pierres angulaires de la liberté de la presse. Or, le fait que la DGSI, service administratif avec des fonctions de police judiciaire, interroge des journalistes est par nature susceptible de porter atteinte au secret des sources, qui est pourtant la garantie de la liberté de la presse, condition indispensable de la démocratie.

Enfin, nous ne pouvons que constater qu’il incombe au pouvoir exécutif de décider ou non de classifier des informations. Ce droit relève donc d’une appréciation dont le caractère discrétionnaire sinon arbitraire ne saurait être contesté. Il faut ajouter à cela que les magistrats du parquet sont placés sous l’autorité du Garde des Sceaux. L’administration est donc à la fois juge de l’opportunité de la classification des informations mais également de l’initiative des sanctions qui pourraient éventuellement être prises. Ce cumul de prérogatives est d’autant plus problématique s’agissant du Yémen où des intérêts commerciaux considérables, mais également politiques, sont en jeu et semblent l’emporter aux yeux de nos décideurs sur des considérations humanitaires et de droits de l’Homme et ce alors même que le pays traverse, selon l’ONU, la « pire crise humanitaire au monde ».

C’est dans ces conditions que nous vous demandons de mettre un terme aux auditions et éventuelles poursuites contre les journalistes en cause.

Nous adressons copie de la présente à Monsieur le Président de la République Emmanuel Macron, monsieur le secrétaire général du Conseil de l’Europe, à Madame le Haut-Commissaire aux Droits de l’Homme des Nations Unies et au rapporteur spécial sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression de l’ONU.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Procureur de la République, l’expression de notre considération distinguée.

Premiers signataires :
Avocats : Me Basile Ader, Me Arié Alimi, Me Christophe Bigot, Me Mattéo Bonaglia, Me William Bourdon, Me Vincent Brengarth, Me Apolline Cagnat, Me Antoine Comte, Me Marie Dosé, Me Léa Forestier, Me Raphaël Kempf, Me Henri Leclerc, Me Judith Levy, Me Jean-Pierre Mignard, Me Jean-Baptiste Soufron, Me Henri Thulliez.
Organisations professionnelles et syndicats : SAF, SNJ, SNJ-cgt, Cfdt journalistes, APJ (Association confraternelle de la presse judiciaire), Informer n’est pas un délit, On ne se taira pas
Société des Journalistes : France 3, TV5 Monde, France Soir
Journalistes : Elodie Guegen, Geoffrey Le Guilcher, Hervé Kempf, Jean-Baptiste Naudet, Philippe Piot, Nicolas Vescovaci.

Un conseil de médiation et de déontologie journalistique sur les rails

Réunie le 17 mai, 2019, l’AG des JNE a confirmé le soutien de l’association à la création d’une instance de médiation et de déontologie journalistique et renouvelé sa confiance à Christel Leca pour les représenter au sein de l’ODI (Observatoire de la déontologie de l’information) et d’un des groupes de travail en vue de la création de cette instance, indépendante, tripartite et non juridique. Christel Leca participera au groupe de travail sur le périmètre de ses compétences et à la prochaine réunion des fondateurs, le 17 juin prochain. Voici le communiqué publié ce week-end.

De nombreuses organisations de journalistes, d’éditeurs, d’agences de presse et des représentants du public (*) ont jeté les bases, jeudi 16 mai 2019 à Vanves, d’un conseil de médiation et de déontologie journalistique (**). Une instance tripartite qui impliquera à la fois les journalistes, les médias et le public.

En défendant les règles professionnelles, ce conseil a pour objectif premier de garantir à chaque citoyen l’accès à une information de qualité.

Trois groupes de travail, sur le périmètre des compétences, la structure et le fonctionnement de cette instance, ont été constitués. Ils rendront leurs conclusions avant juillet. L’ambition est de créer cette instance avant la fin de l’année 2019.

17 mai 2019

Contact : odi.observatoire@gmail.com

(*) SNJ, CFDT journalistes, Collectif informer n’est pas un délit, Journalisme et citoyenneté, Profession : Pigiste, FFAP, SNRL, ODI, CDLP, Sociétés et collectifs de journalistes et de lecteurs , écoles de journalisme, associations d’éducation populaire, Alliance internationale de journalistes, Union Internationale de la presse francophone, etc.

(**) Dénomination provisoire

Algérie : les maladies à transmission hydrique prises au sérieux

A l’approche de l’été, le risque d’épidémies de maladies à transmission hydrique (MTH) est pris au sérieux par les pouvoirs publics qui envisagent de traiter sans attendre les «points noirs» sur les réseaux d’alimentation en eau potable et d’assainissement.

par M’hamed Rebah

Un comité national de lutte contre les MTH impliquant, principalement, les ministères chargés des Ressources en eau, des Collectivités locales, de la Santé et de l’Environnement, est prévu pour mettre en œuvre une stratégie nationale dans ce domaine. Il s’agit d’éviter que se reproduise la situation créée l’an dernier, au milieu de l’été, par la pollution de l’oued Beni Azza (Khazrouna, à l’entrée de Blida) qui a entraîné l’apparition de cas de choléra dans un site d’habitats précaires. Au même moment – août 2018- d’autres cas de choléra avaient été enregistrés ailleurs dans le pays. La négligence dans la surveillance de l’état de certains cours d’eau (comme oued Beni Azza), dont les allures d’égout sont pourtant évidentes, est une des causes de la résurgence des MTH.

Les spécialistes algériens ont toujours classé les MTH en première position sur la liste des maladies dues à l’impact de la pollution sur la santé humaine. A la fin des années 1980, l’action énergique du ministère de la Santé par l’intermédiaire de sa direction de la prévention avait permis de casser le cycle spécial du choléra en Algérie. L’éducation sanitaire avait fait reculer les diarrhées infantiles et, par corrélation, le choléra également.

C’est localement que la lutte contre les MTH doit se mener. Le rôle des bureaux d’hygiène communaux est important. L’intervention de la police des eaux peut être décisive, mais, visiblement, elle ne contrôle rien ou pas suffisamment.

Les particuliers qui creusent des puits dans leur propriété sans autorisation et sans respect des normes techniques et sanitaires, constituent une des sources de MTH. Leurs puits, non recensés, peuvent entraîner la pollution de la nappe par les nitrates, les composés organiques solubles et les pathogènes fécaux. A Oran, selon notre confrère Le Quotidien d’Oran (9 avril 2019), les services de la direction de la Santé et les bureaux d’hygiène communaux ont mis en place un dispositif pour la désinfection des puits.

A l’origine des épidémies de MTH, on trouve toujours les eaux usées, soit quand elles s’infiltrent dans les puits ou les nappes, soit quand elles sont utilisées pour l’irrigation de cultures agricoles, ou par «échange» entre les canalisations d’eau potable et les égouts, la fameuse cross-connexion. En Algérie, la loi interdit, de la façon la plus explicite, l’irrigation à l’aide d’eaux usées brutes.

On sait que des quartiers nouveaux, composés pas seulement de cités-dortoirs mais aussi de villas somptueuses, érigés sur des terres détournées de leur vocation agricole, sont restés longtemps dépourvus de réseaux d’assainissement, utilisant des fosses septiques vidées par camions citernes. Le Code de l’eau fait obligation aux villes de plus de 80 000 habitants et aux grandes unités industrielles, d’épurer leurs effluents.

Au risque créé par les eaux usées non épurées, s’ajoute, en été particulièrement, celui des déchets mal gérés. Il y a quelques jours, Le Quotidien d’Oran (12 mai 2019) signalait le malaise vécu par les habitants d’une cité à Relizane, à cause des tas de déchets et détritus jetés dans une benne métallique et des conséquences sur la santé publique, notamment chez les enfants.

L’été, c’est également, la prolifération des déchets plastiques en tous genres. Par méconnaissance de la problématique posée par les déchets plastiques éparpillés dans la nature, les pouvoirs publics et les collectivités locales ne s’investissent pas suffisamment dans leur gestion et dans la protection de l’environnement et de la santé humaine, face à ces nuisances.

Cet article a été publié dans La Nouvelle République (Alger) du samedi 18 mai 2019

Commissaire-enquêteur, une fonction en voie de précarité, voire de disparition : un enjeu démocratique

Suite à l’affaire Inspira « Espace industriel responsable et multimodal », Gabriel Ullmann, commissaire-enquêteur, a été radié par les autorités locales.

par Richard Varrault (Président des JNE)

Conférence de presse le 6 mars 2019 à la mairie du 11e, Paris. De g. à dr. : Jean Untermaier, Michèle Rivasi, Gabriel Ullmann, Corinne Lepage

Pour présenter ce cas de figure exemplaire, j’ai préféré utiliser la préface écrite par Gabriel Ullmann (pour le dossier de presse de la conférence qui s’est tenue le 6 mars 2019 à la mairie du 11e arrondissement de Paris) plutôt que de tenter une présentation du site Inspira avec tous ses liens historiques et intrications avec de nombreux acteurs économiques et industriels qui apparaîtront progressivement, sans heurter le lecteur quant à la complexité de cette importante opération.

Il m’est apparu que le plus important est le jeu vicieux avec lequel l’Etat et ses services semblent s’amuser et qui vise, au final, à faire disparaître le commissaire-enquêteur du processus démocratique dans les échanges nécessaires avec les habitants concernés par une opération. La volonté de dématérialiser la réalité qui nous mettait autrefois en contact avec des agents, humains, comme nous, pour les remplacer par des questionnaires et des commentaires sur Internet semble un retour en arrière surtout quand les services publics, d’une façon générale, disparaissent de plus en plus de nos territoires.

Préface de Gabriel Ullmann, ex commissaire-enquêteur

Le 7 mai 2018, le président du département de l’Isère demandait au président du Tribunal administratif de Grenoble mon éviction de la commission d’enquête sur le projet Inspira. Le 16 mai, un refus lui était signifié. Le 1er juin, le préfet, à la demande du président du département, ouvrait un dossier en radiation.

Les premiers propos tenus lors de mon audition, le 6 décembre 2018, devant la commission de radiation de la liste des commissaires-enquêteurs furent ceux du secrétaire général de la préfecture. Après avoir énoncé son décompte de mes avis défavorables rendus ces dernières années, il a considéré que ce n’était pas acceptable, sans même chercher à examiner s’ils étaient justifiés ou non, du moment que « les dossiers instruits par l’administration ne peuvent conduire qu’à des avis favorables » ! Ces propos sont démonstratifs d’une culture préfectorale qui ne peut guère s’accommoder d’une réelle participation du public au processus de décision, bien que les textes l’exigent. L’objet est d’autoriser les projets, quelle que soit la qualité de leur évaluation, quels que soient leurs impacts. Les prescriptions compenseront…

L’autocensure qui s’ensuit de la part des commissaires-enquêteurs explique en partie le très faible nombre d’avis défavorables (moins de 1 %). Au-delà de ma radiation, dont le procès a été initié par le préfet de l’Isère Lionel Beffre, deux mois avant que le rapport et les conclusions de ma dernière enquête ne furent déposés, c’est sur les atteintes croissantes portées à la démocratie participative que je souhaite attirer l’attention.

Comment accepter qu’un élu, maître d’ouvrage, fasse en début d’enquête une intervention auprès d’un Président de tribunal administratif, puis, éconduit, s’entende aussitôt avec le préfet pour contourner la justice et instruire un procès en radiation. Procès dont la décision revient à une commission départementale d’aptitude dont six des neuf membres sont désignés par ledit préfet (quatre représentants pour lui seul) ; deux sont représentés par le maître d’ouvrage en question et par un organisme financé par lui. Une seule voix est accordée, par le préfet là encore, à une association de protection de l’environnement. Comment ne pas dénoncer le fait qu’un préfet puisse ainsi être juge, partie et procureur et puisse instruire, requérir, puis délibérer et décider de la radiation d’un commissaire-enquêteur à la demande d’un maître d’ouvrage ?

Attestation de M. Dufour (à la suite de l’enquête sur le Center Parcs de Roybon), Vice-Président du Tribunal administratif de Grenoble et président durant de nombreuses années de la commission sur la liste d’aptitude aux fonctions de commissaire-enquêteur

« M. Gabriel Ullmann a mené plusieurs dizaines d’enquêtes publiques (…). Au cours de toutes ses missions M. Ullmann a montré ses très grandes qualités tant professionnelles qu’humaines : ses travaux sont menés avec beaucoup de rigueur et témoignent d’un investissement très important dans l’étude des dossiers et l’appréhension du contexte particulier de chaque enquête, réussissant à en synthétiser toutes les particularités, qu’elles soient locales, juridiques, administratives ou techniques.

Ses connaissances très larges dans ces différents domaines sont constamment enrichies et mises à jour. Il a fait la preuve de son savoir-faire dans la conduite d’enquêtes complexes menées dans des contextes parfois sensibles. Il est également à souligner que M. Ullmann a su présider à plusieurs reprises des commissions d’enquête, en parvenant à travailler en bonne intelligence avec des personnalités aux profils divers pour rédiger des rapports et des avis fort intéressants. Lors de toutes les enquêtes qu’il a conduites ses compétences intellectuelles, sa rectitude intellectuelle et morale et son esprit indépendant, qui sont les qualités cardinales d’un commissaire enquêteur, ont été grandement appréciées ».

Regroupés au sein d’une Compagnie Nationale des Commissaires-Enquêteurs

La loi du 12 juillet 1983, dite loi Bouchardeau, a profondément modifié la procédure d’enquête publique en France, tant dans sa forme que dans son esprit. L’information et la participation du public ainsi que la protection de l’environnement sont devenues les éléments essentiels et le commissaire-enquêteur avait vu sa mission et ses responsabilités largement renforcées.

Dans ce contexte, la Compagnie Nationale des Commissaires-Enquêteurs (association loi 1901) a été fondée en 1986 pour inciter au regroupement des commissaires-enquêteurs, souvent trop isolés. Elle est le seul organisme regroupant à l’échelle nationale les commissaires-enquêteurs de France, y compris dans les DOM-TOM.

Elle fédère actuellement 45 compagnies régionales ou départementales et compte près de 3500 adhérents.

Le lecteur intéressé retrouvera de nombreuses informations sur les commissaires-enquêteurs en se rendant sur le site de l’association.

Le projet de consultation 2.0

La question aujourd’hui pour tous les commissaires-enquêteurs consiste à maintenir le bon exercice de leur profession dans un contexte de transformation. Contexte qui semble balayer tous les avis qui vont à l’encontre de la volonté de l’Etat de réformer l’existence des enquêtes publiques en supprimant tout contact humain et toute discussion particulière pour ne conserver qu’une « vague » consultation dématérialisée.

Dématérialisation qui laissera chacune et chacun sans contact avec un commissaire qui prend le temps de s’imprégner de chaque opération et d’instaurer des dialogues en place publique. De plus, avec ce système les affichages sur le terrain disparaissent, or c’est un des moyens privilégiés pour l’information préalable du public.

Sur cette nouvelle sauce sans contact, ni contexte qui puisse être appréhendé par tous, bref sur le projet de consultation 2.0, vous pouvez voir la vidéo de l’Oeil du 20 heures de France 2 mise en ligne le 22 janvier 2019.

Le projet portera sur l’expérimentation dans deux régions, les Hauts de France et la Bretagne. Résultats dans trois ans et l’enquête publique risquera bien de disparaître si le gouvernement est satisfait de cette mise en conditions réelles.

La France, pays des Droits de l’Homme, semble virer de bord, avec un exécutif qui accroît notamment le pouvoir des préfets en leur permettant de contourner un certain nombre de règles. Un grand débat qui aurait rassemblé plusieurs centaines de milliers de propositions et son compte rendu présidentiel du 25 avril qui ne fait mention d’aucune de ces participations citoyennes. Nous sommes en droit, en tant que journalistes spécialistes des questions climatiques et de biodiversité, de nous poser des questions sur la sincérité et les capacités de nos gouvernants à relever les défis, dans notre pays, auxquelles sont confrontés quasi quotidiennement les Français.

Dans tous les cas, pour l’heure, le lecteur pourra se référer d’une part, au dossier de la conférence de presse (lire ici) et, d’autre part, aux conclusions de l’enquête publique, bien étayée, comme chacun pourra la lire.

Le lecteur pourra se référer également aux deux vidéos ci-dessous :

 

Michèle Rivasi pointe les dérives de la réforme et Gilles Martin montre qu’une commission peut être truquée

Pour compléter l’information du lecteur et donner une « certaine » réalité aux réalisations sur la zone Inspira, vous trouverez, deux communiqués de presse sur l’inauguration du nouveau site Hexcel et la visite de Martine Guibert, vice-présidente de la région chargée des transports sur le site d’Inspira. Ceux-ci expriment plus, à mon avis, une certaine forme de novlangue issue de la technostructure visant à donner à chaque expression et, éventuellement information, une consensualité administrative où celles et ceux qui font partie du groupe se reconnaissent et donc approuvent sans protester qui pourrait se résumer par «langue de bois »:

Pour comprendre l’état d’esprit de ces industriels, vous trouverez ici un extrait du rapport d’activité 2017 portant sur l’écologie (Axe responsable) et là la version intégrale du rapport d’activité 2017 d’Inspira.

Pour montrer que la situation ne s’arrange pas, le lecteur trouvera la lettre de solidarité d’une commissaire-enquêtrice du Puy-de-Dôme, elle-même écartée par les subtilités du renouvellement de sa fonction.

Et voici en conclusion l’intervention de Corinne Lepage lors de la conférence du 6 mars 2019 qui s’exprime sur la crise démocratique.

Hommage à Louis Bériot, grand pionnier du journalisme d’environnement en France

Les JNE saluent la mémoire de Louis Bériot, mort le 15 avril dernier. Ce grand pionnier du journalisme d’environnement en France avait créé en 1971 avec Michel Péricard la célèbre émission La France défigurée, diffusée sur la 1ère chaîne de l’ORTF, puis sur TF1.

par Laurent Samuel

Louis Bériot

Né en 1939, Louis Bériot fut notamment reporter à la RTF, chef de service à France Soir, rédacteur en chef à France Inter, directeur de la rédaction d’Antenne 2, où il avait lancé le Téléthon. Il avait aussi publié de nombreux livres, dont Ces animaux qu’on assassine, aux éditions du Cherche-Midi.

Très tôt passionné par l’environnement, il avait fondé au milieu des années 70 l’association Espaces pour Demain, et été l’un des initiateurs en 1979 du Comité d’action pour le solaire, qui avait organisé un « Jour du Soleil », avant de faire partie du Comité 21.

Louis Bériot n’avait jamais fait partie des JNE (personne n’est parfait !), mais était l’un des fondateurs dans les années 1970 d’une association des journalistes de l’environnement (sans rapport avec l’actuelle AJE).

Apprécié pour sa gentillesse et son professionnalisme, Louis Bériot avait tenu à rédiger lui-même son avis de décès : « Salut la compagnie! Je pars sans regrets, heureux de la vie riche, exaltante et passionnante qui m’a été offerte; insatiable curieux du voyage qui s’ouvre à moi. Comme disait Chateaubriand: «Il faut finir tôt ou tard». Ne vous inquiétez pas, ne me pleurez pas. Riez, aimez et vivez à ma santé.»

Les JNE adressent leurs condoléances à sa famille et à ses proches.

 

Fichage des journalistes et des citoyens : la vigilance s’impose

Suite à la révélation par France 2 et le Monde de l’existence d’un fichier élaboré pour le compte de Monsanto et contenant des informations personnelles sur des journalistes, des scientifiques et des acteurs du monde politique, syndical et associatif, les JNE réaffirment avec vigueur la nécessité pour notre démocratie de respecter la liberté d’opinion de chaque citoyen et d’expression de la presse. Ce fichage constitue un premier pas vers ce qui pourrait déboucher sur un contrôle accru des citoyens.

Pour sa part, notre association, qui a organisé le déplacement d’une dizaine de journalistes au Tribunal international Monsanto en 2016, compte bien continuer à exercer sa mission d’information et d’accompagnement des journalistes dans l’exercice de leur profession. Elle se déclare solidaire de ses adhérents, qui, présents dans ce fichier, seraient décidés à porter plainte comme l’ont déjà fait Le Monde, Le Parisien, Radio France, l’AFP…

Brahea armata : les palmiers ont-ils une âme ?

Voici un texte d’Alain Hervé (décédé le 8 mai dernier) publié en 1995 dans son livre La passion des palmiers (pp. 51-52). Il a été lu par son ami Ghislain Nicaise, membre comme lui des JNE, lors de la cérémonie qui lui a été consacrée le 13 mai 2019 dans sa ville natale de Granville, dans la Manche. Acheminé à cette occasion depuis la Côte d’Azur par Ghislain, un palmier Brahea armata sera planté sur les terres familiales de l’île de Chausey, l’île la plus chère à Alain.

Palmier Brahea armata – photo Mediterranean Nature

par Alain Hervé

Ceux-là ont le courage de leurs opinions. On reproche souvent (en Provence) aux palmiers leur caractère factice. Les Brahea armata de Beaulieu sur-Mer sont des palmiers de casino (vous les connaissez peut-être sous leur ancien nom d’Erythea armata, ce qui ne change rien)…. Illuminés le soir, empanachés de girandoles pour les fêtes de fin d’année, ce sont des poules de luxe, ou plutôt des autruches végétales. Avec des plumes, comme l’on verra. Ils doivent leur nom à l’astronome danois Tycho Brahé, qui vivait dans la petite île de Ven, sur la mer Baltique où lors d’un séjour adolescent, j’ai dormi dans un hôtel en planches, peint en blanc, mais où je n’ai vu aucun palmier… Quand on a dit ça, on n’a rien dit.

Que savons-nous de ces palmiers dont le cœur perché à vingt mètres de haut a depuis longtemps échappé aux hommes ? On se tord le cou pour ne voir que leurs dessous. Les voilà au terme prochain de leur aventure séculaire. Ils ont atteint leur ciel, le ciel vers lequel ils ont tendu toute leur vie. C’est cela la vie d’un palmier : faire migrer vers la lumière une architecture vivante, dont les éléments sont empruntés à la terre. Cette aspiration vers la lumière est sans doute commune à toutes les espèces vivantes, qui sans elle n’existeraient pas. Mais le Brahea a ceci en commun avec le cénobite, le mystique du désert, et quelques autres palmiers, tel le Washingtonia robusta, qu’il met toutes ses forces à pousser dans une seule direction. Vers le haut. Il lévite. De là à penser que les palmiers ont une âme… Je ne vois aucune raison objective d’en douter davantage que de l’âme humaine. Bien sûr quand on dit ça on n’a rien dit. J’imagine que les peintres en savent plus long que nous sur ce qu’ils prennent le long loisir d’observer. Parce qu’ils tentent de reproduire ce que la nature a déjà dessiné, ils peuvent comprendre la nécessité de ces pièges à lumière que sont les palmes gris-vert du Brahea et le feu d’artifice indolent de ses inflorescences crémeuse qui jaillissent de quatre mètres à partir du cœur de la plante, jusqu’à dépasser ses palmes…

Originaires de la Baja California au Mexique, résistants au froid (-1 7 ° à Montpellier), les Brahea armata se sont bien acclimatés sur la Côte. Mais qu’ils sont lents à exister. Leur horloge interne n’a pas grand-chose à voir avec la nôtre. Ils sont là depuis si longtemps que l’on oublie qu’ils sont là. On se souvient d’eux petits lorsque l’on était enfant. Ils étaient évidents. Si évidents, qu’on ne les voit plus, qu’on les oublie pendant trente ans. Et puis, devenu un homme, un jour dans la rue levant les yeux on voit le phénomène. Il vient de projeter ses inflorescences tropicales, plumeuses, plumeteuses (voilà les plumes) par dessus le macadam du trottoir. Il donne son spectacle sans prévenir. Que ceux qui savent voir voient. Telle est la dure loi de l’amateur de palmiers. Il ne voit jamais assez bien ses palmiers.

Bien sûr, quand on a dit ça, on n’a rien dit, mais ça donne à réfléchir.

ANNUAIRE 2019
Spécial 50 ans


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