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Compte-rendu du débat JNE : décroissance ou croissance verte ?

Par Danièle Boone

Peut-on avoir une croissance infinie ? Cela apparaît de plus en plus improbable. Les plus optimistes misent sur une croissance verte, raisonnable et durable. Les adeptes de la décroissance, eux, ne croient plus à un possible passage en douceur et prônent une action radicale. Alors, décroissance ou croissance verte ? Peut-on être écologiste et productiviste ?

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Le 16 septembre 2010, Jean-Claude Noyé, administrateur des JNE, a réuni pour en débattre Bettina Laville, avocate, conseiller d’Etat en disponibilité, fondatrice et présidente d’honneur du Comité 21, Philippe Bodard, maire de Mûrs-Erigné (PS), Serge Lepeltier, maire de Bourges (Parti radical), Vincent Liégey (Parti de la décroissance) et Jean-Paul Morel, qui représentait Jacques Boutault (Les Verts), qui nous recevait en sa mairie du 2ème arrondissement de Paris.

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Jean-Claude Noyé et Carine Mayo, présidente des JNE, qui animaient la soirée, ont d’abord posé des questions aux invités afin de préciser le sujet du débat. Vincent Liégey et Philippe Bodard ont ouvert l’exercice. Comment définir la décroissance et le mot est-il heureux ? leur a t-on demandé. « Ce terme est volontairement provocateur pour remettre en cause l’imaginaire occidental et nous aider à nous poser les bonnes questions », explique le premier. Le second dit ne pas bien connaître le mouvement, mais partage l’idée de la nécessité d’un retour à la simplicité et à la sobriété. « Au nom de la croissance, on tue l’homme. ».

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Le credo politique de ce profond admirateur de Pierre Rabhi est humaniste. Homme de terrain, il a instauré les cantines scolaires bio en s’appuyant sur l’économie locale. Il a également favorisé la création d’Amap et s’est engagé sur le 0 % de pesticides dans sa commune.

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Et le développement durable ? Peut-on y croire ? La question est posée à Bettina Laville et à Serge Lepeltier. « Ce n’est pas parce que le greenwashing existe qu’il faut rejeter le concept » constate la première. Cette championne de l’éloquence a redit l’histoire en repartant des fondamentaux de Ivan Illich et d’André Gorz développés dans les années soixante-dix. « Le monde tourne fou, tout le monde le sait. Il faut changer ». Pour elle, la décroissance est un mouvement passionnant, mais pour aller plus loin, il lui faut abandonner ce terme qui fait grincer, « invendable en politique », renchérit Serge Lepeltier.

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Ce dernier a courageusement défendu sa position (il croit les limites très éloignées), alors que la salle croit plutôt à l’urgence. L’élu de Bourges mise sur les emplois verts pour soulager l’économie. Très attaché à la notion de liberté individuelle (qui sous-entend la liberté de consommer), il suggère une nouvelle orientation du débat autour de décroissance et démocratie.

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« Le développement durable est du marketing politique, martèle Vincent Liégey. Il faut faire un pas de côté et sortir des schémas traditionnels pour avoir une chance de sortir de l’impasse. On a envie de se réapproprier nos choix, de donner du sens à notre vie. »

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De quelle décroissance parle-t-on ? a demandé quelqu’un dans la salle. De l’empreinte écologique ? Du PIB ? De l’émission des gaz à effet de serre ? De la consommation d’énergie ? Et c’est là, la richesse et la faiblesse de la discussion qui est partie un peu dans tous les sens. Ce débat d’idées ne traduit-il pas notre incapacité à agir ?

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Les grands changements de l’histoire ont toujours été le fruit de crises profondes, ont constaté tous les invités. Le chemin risque donc de nous être imposé. La crise a d’ores et déjà contraint à une baisse de la consommation. Le début de la décroissance ? Mais faut-il donc que l’enfantement se fasse toujours dans la douleur ? Ne pourrions-nous pas prendre en main notre destin ? Le débat reste ouvert.

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A lire, un point de vue critique de Laurent Samuel sur son blog Planète (cliquez ici).

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A visionner, le reportage vidéo de Gaia Network sur ce débat (cliquez ici).

« Severn, la voix de nos enfants », la bande-annonce

Severn, la voix de nos enfants, film de Jean-Paul Jaud, sort en salles le 10 novembre 2010.

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Pour en savoir plus, cliquez ici sur le site « dédié » de ce film.

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Plusieurs journalistes membres des JNE l’ont déjà visionné en projection.

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Vous trouverez prochainement leurs réactions – a priori pas unanimes… – sur notre site.

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En attendant, voici la bande-annonce de ce documentaire qui se situe dans la lignée de ceux de Yann Arthus-Bertrand, Nicolas Hulot et Coline Serreau.

Une consultation citoyenne sur l’avenir de la biodiversité en Europe

La Commission européenne a lancé (discrètement…) une consultation des citoyens européens sur l’avenir de la diversité biologique dans l’Union Européenne.

Cette consultation se termine le 22 octobre.

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Chacun peut y participer en cliquant ici.

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Attention : seuls les questionnaires entiers seront pris en compte; il faut donc répondre à toutes les questions et aller jusqu’au bout (ça prend environ 15 mn).

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Source : ASPAS (Association pour la Protection des Animaux Sauvages)
Secrétariat : accueil@aspas-nature.org
BP 505 – 26401 CREST CEDEX
Tél : 04 75 25 10 00 / Fax : 04 75 76 77 58
http://www.aspas-nature.org

Mondial de l’automobile 2010 : un Salon à deux vitesses où l’écologie n’est pas forcément là où on l’attend…

Tous les deux ans, je n’y coupe pas, je me rends à pied au Mondial de l’automobile à la recherche de LA voiture propre.

Par Christine Virbel

La Kangoo Z.E. de Renault, véhicule électrique utilitaire - Photo CV

Il y a deux ans, la tendance des voitures électriques était déjà sensible. Cette année, l’électrique est vraiment la star du Mondial.

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Les nombreux modèles, dont certains particulièrement soignés en termes de couleurs et d’aménagement intérieur, reflètent bien les attentes du public de pouvoir enfin rouler propre, de façon silencieuse… et économique (2 €  les 100 km).

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Notons toutefois que les véhicules électriques sont vraiment propres si la production d’électricité se base sur des énergies renouvelables. Les composants des batteries méritent aussi d’être étudiés de près pour savoir d’où ils proviennent, dans quelles conditions ils sont extraits et si les réserves sont viables à long terme. Bref, il reste des progrès à faire.

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Concernant le thermique, les avancées en matière d’émissions de CO2 existent aussi puisqu’une Clio 1, 2 ou un Fiat 500 affichent respectivement 90 et 95 g/km. Les hybrides quant à elles descendent jusqu’à 59 g/km. Aussi telle ne fut pas ma surprise de passer devant un monstre rectangulaire à quatre roues affichant sans vergogne près de 400 g/km d’émissions de CO2 !

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J’ai remercié la législation européenne qui oblige dorénavant à afficher les caractéristiques techniques des voitures comme celles des machines à laver avec les lettres A, B, C ou D en fonction de la performance énergétique du modèle. Le long cigare métallisé affichait un gros G. Je ne savais même pas qu’on pouvait descendre si bas dans l’alphabet !

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J’ai soudain réalisé qu’à l’instar de notre époque, le Mondial est finalement un salon à deux vitesses, dans lequel le monde de l’automobile de 1900 côtoie celui des années 2000 et qu’il faut un certain temps avant qu’une nouvelle technologie ne s’impose.

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Un tour dans les autres pavillons m’a toutefois rassurée : les initiatives positives existent, mais là où on ne les attend pas forcément comme celle de ce loueur automobile, qui lorsque l’on réserve un véhicule propose de rechercher un ou plusieurs passagers pour effectuer le voyage. Le client rentre en partie dans ses frais de location, le passager voyage à petit prix et le tout émet moins de CO2. Quand on vous dit qu’écologie rime avec économie !

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Un peu plus loin, un assureur m’a proposé de participer au tirage au sort d’un vélo électrique (il n’y a pas que la voiture dans la vie), m’indiquant qu’on pouvait aussi assurer son vélo. Preuve que ce moyen de transport a de l’avenir !

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Je n’ai pas trouvé le stand des kartings électriques ,mais je sais qu’ils existent et que les courses endiablées de ces véhicules auront dorénavant le mérite de ne pas rendre sourds pilotes comme spectateurs ni de les enfumer.

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Les dossiers de presse à l'heure du "zéro papier" - photo CV

Les stands ont eux aussi évolué : pour obtenir des informations sur les véhicules, plus de prospectus mais des écrans d’ordinateurs et des bornes de téléchargement.

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Je suis repartie aussi légère que j’étais venue et je n’aurai pas, comme les années antérieures, des sacs plastiques remplis de catalogues et de dossiers de presse qui traîneront deux ans de suite autour de mon bureau (ledit bureau étant déjà couvert d’autres documents).

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Que dire enfin des belles plantes présentes années après années autour des véhicules fièrement exposés, toutes plus belles et plus sexy les unes que les autres et qui vont certainement faire grandir le nombre d’adeptes du covoiturage…

Comment lutter contre les méfaits des pétroliers en Equateur ?

Les JNE ont co-organisé  le 24 septembre 2010 un petit déjeuner avec José Gualinga, Indien Kichwa d’Amazonie, porteur du projet Chemin de Fleurs de la Frontière de Vie. Il était entouré de Corinne Arnould, présidente de l’association Paroles de Nature pour le soutien des Kichwas, Carlos Jativa, ambassadeur d’Equateur à Paris, et Jacques Boutault, maire du IIe arrondissement de Paris.

Carlos Jativa, ambassadeur d’Equateur à Paris, et José Gualinga, représentant des Indiens Kichwa (photo Christine Virbel)

Par Christine Virbel

José Gualinga, représentant du peuple indien Kichwa de Sarayaku en Equateur, était l’invité des JNE à l’occasion d’un petit déjeuner le 24 septembre à la mairie du IIe arrondissement de Paris.

Cette communauté d’Amazonie résiste pacifiquement depuis 25 ans à des compagnies pétrolières qui tentent de la chasser de son territoire pour en exploiter les ressources.

Face aux agressions de plus en plus violentes dont elle a fait l’objet récemment, la communauté Kichwa a décidé de manifester médiatiquement, en dehors des démarches juridiques qu’elle a entreprises au niveau international pour faire respecter ses droits.

Carlos Jativa, ambassadeur d’Equateur à Paris, est intervenu en premier pour souligner l’importance du changement qui s’est effectué en Equateur avec l’arrivée au pouvoir du président Rafael Correa qui, pour la première fois, a fait inscrire dans la constitution de son pays les droits inaliénables de la Nature.

Le gouvernement équatorien a également pris une décision courageuse en proposant à la communauté internationale le projet Yasuni-ITT, visant à ne pas exploiter les réserves pétrolières situées dans la réserve naturelle de Yasuni, afin de protéger sa biodiversité et de lutter contre le changement climatique. En contrepartie, le pays demande une contribution à hauteur de 50 % de la manne financière qu’aurait apportée l’exploitation pétrolière. Les ressources sont estimées à 850 millions de barils de pétrole (soit 20 % des réserves du pays) pour un montant de 5 millions d’€.

A la suite de cette intervention, José Gualinga a rappelé que les peuples indiens d’Equateur ont soutenu l’élection du président Correa et que la reconnaissance des droits de la Nature dans la constitution est une avancée unique au monde. Pour lui, cette avancée est due aux protestations, luttes et grèves menées par les peuples indigènes d’Equateur ces 20 dernières années et qui demandaient de respecter la Nature et les peuples vivant en son sein.

Pourtant, José Gualinga s’est dit préoccupé de voir que deux lois récentes ne respectent plus les droits reconnus à la Nature, notamment la loi sur les hydrocarbures, votée il y a deux mois par l’Assemblée Nationale, et la loi minérale qui serait inconstitutionnelle, car votée sans consultation des peuples indigènes.

Malgré ces réserves, José Gualinga a expliqué que les Kichwas ont appuyé l‘initiative Yasuni-ITT du gouvernement parce qu’ils pensent qu’aujourd’hui, il faut baser le développement du pays sur un autre modèle que celui des hydrocarbures. Cependant, cette initiative pour la zone Yasuni ne doit pas se faire au détriment du reste de la forêt amazonienne dont l’exploitation pétrolière semble déjà prévue (*).

En effet, l’exploitation pétrolière de la forêt amazonienne défriche et pollue le lieu de vie des peuples indigènes et les menace de disparition. La communauté de José Gualinga a d’ailleurs eu maille à partir avec plusieurs compagnies pétrolières depuis 1989, dont certaines appuyées par des militaires. L’état d’urgence, avec fermeture des écoles, blocage des activités économiques du village, des travaux agricoles et de la chasse, a parfois été nécessaire pour se défendre.

Mais, en dehors de ces situations d’urgence, les Kichwas ont décidé de mener une action symbolique en créant une ceinture de protection de leur réserve naturelle avec des arbres dont la canopée se couvrira bientôt de fleurs: Le Chemin de Fleurs de la Frontière de Vie. Pour José Gualinga, « ce chemin de fleurs parle en faveur d’une préservation de la biodiversité, de la richesse culturelle des peuples indigènes et donne de l’émotion à celui qui est triste ou malade. C’est aussi une déclaration indiquant que ce territoire doit être sans pétrole et que les peuples indigènes sont actifs en ce XXIe siècle ». Par cette action hautement symbolique, les Kichwas veulent ainsi transmettre à l’Occident leur conviction qu’il faut vivre en harmonie avec la nature pour assurer notre existence à tous sur cette Terre. Sur le terrain, le projet se traduit aussi par des actions environnementales et sociales.

Pour soutenir José Gualinga, l’association « Paroles de Nature »a été créée par Corinne Arnould. Le collectif « Artistes & Frontière de Vie », composé de 100 artistes, s’est joint à elle pour faire connaître le projet des Kichwas.

Jacques Boutault, maire du IIe arrondissement de Paris, lui aussi présent lors du petit déjeuner, a exprimé son soutien à l’initiative ITT Yasuni, promue par le gouvernement équatorien, ainsi qu’aux actions de résistance pacifique du peuple Kichwa de Sarayaku contre les méfaits des pétroliers. Jacques Boutault a décidé d’organiser à partir du 4 octobre 2010 l’exposition « Des fleurs contre le pétrole », dédiée au peuple Kichwa de Sarayaku, pendant laquelle le hall de la mairie du IIe arrondissement est transformée en forêt tropicale.

Les fleurs du chemin de vie ne seront visibles que dans 10 à 20 ans, mais déjà, le projet essaime.

* Lors du petit déjeuner JNE, l’ambassadeur d’Equateur a reconnu qu’une société coréenne a obtenu un accord du gouvernement pour réaliser des études de faisabilité d’exploitation pétrolière du bloc 23, situé au sud de la réserve Yasuni. Mais « ceci ne veut pas dire qu’il y aura nécessairement exploitation de la zone », a-t-il affirmé.

Pour en savoir plus

Le site Frontière de vie

L’article de Christine Virbel sur son blog http://bonnesnouvellesenvironnementales.over-blog.com/article-rencontre-avec-jose-gualinga-indien-kichwa-d-amazonie-des-fleurs-contre-du-petrole-57877247.html

L’interview de José Gualinga et Corinne Arnould dans l’émission Terre à Terre de Ruth Stégassy (JNE) sur France Culture le 25 septembre 2010, en réécoute ou podcast.

L’interview de José Gualinga dans l’émission « Partir avec » de Sandrine Mercier sur France Inter le 27 septembre 2010, en réécoute ou podcast.

Le Point Afrique menacé par la situation au Sahel

Le Point Afrique réduit ses vols à Mopti (Mali) et Atar (Mauritanie).

par Bernard Desjeux

Maurice Freud, Point Afrique ©Desjeux

Au cours d’une conférence de presse donnée mercredi 22 septembre au restaurant Zango, 15 rue du Cygne à Paris, Maurice Freud, revenu dans la nuit du Niger, a annoncé l’annulation de tous ses vols, sauf Mopti au Mali et Atar en Mauritanie. Il conservera une activité d’agence de voyage qu’il va gérer au coup par coup. Après une année déficitaire de plus d’un million d’euros, il a décidé d’étudier au mieux un certain nombre de licenciements au sein de la coopérative Point Afrique. Une quarantaine de personnes sont concernées.

En 15 ans le Point Afrique avait développé un flux touristique significatif (70 000 personnes/an) dans des régions jusqu’alors ignorées : Mauritanie, Mali, Niger. Maurice Freud, très affecté par ce qui est l’essentiel de sa vie, va envisager d’utiliser ses réserves (6 millions d’euros) pour développer le micro-crédit, développer l’élevage, encourager des opérations de développement…

« Cet argent appartient aussi aux populations, il est juste qu’ils en profitent un peu. » Pour ces pays, les conséquences vont être catastrophiques et risquent d’alimenter les sympathisants de l’Aqmi. « La meilleure arme contre le terrorisme, c’est le développement » répète inlassablement Monsieur Ndiaye Bah, ministre de l’Artisanat et du Tourisme du Mali. En classant certaines zones en rouge ou en orange, le ministère des Affaires étrangères français laisse le champ libre aux trafics en tout genre. On parle d’un montant de 75 milliards de dollars pour les flux de drogue. A titre de comparaison, le PIB du Mali est de 8 milliards !

Avec de telles sommes en jeu, qu’il faut manier avec précaution ( qui a fait l’addition ?), on imagine facilement les corruptions et complicités. Les différents mouvements touaregs de rébellion ont enrichi leurs dirigeants, mais pas les jeunes « ishomars » qui sont tenté de continuer dans des chemins douteux. L’Aqmi a parfaitement réussi à déclencher des peurs paniques dans ces régions sans que l’on discerne des objectifs cohérents. C’est bien là tout le problème, une nébuleuse qui se développe en cellules actives ou dormantes, réelles ou supposées qui, semble-t-il, sous-traitent des enlèvements un peu comme des contrats maffieux. Les lendemains risquent d’être douloureux. Une vraie tragédie.

Ci-dessous, le communiqué du 23/09/2010 de l’équipe Point-Afrique :

En raison de la récente dégradation des conditions de sécurité dans le Sahara central, Point-Afrique se voit contraint de stopper complètement son activité (vols et circuits) en Algérie, dans le nord Niger (Agadez) et le nord Mali. Nous maintenons nos vols et circuits au départ de Mopti (Mali) et d’Atar (Mauritanie). Nous présentons nos excuses les plus sincères à tous ceux qui avaient prévu de visiter avec nous l’une de ces destinations ; bien entendu, ils seront intégralement remboursés. D’autres informations, plus détaillées, vous seront données sur notre site dans les prochains jours.

L’action humanitaire, acteur du développement durable

par Pierre Arnault

Il est des lectures de vacances qui donnent à réfléchir pour l’année – ou les années – qui suivent. C’est le cas de La justice dans la peau, géopolitique de l’action humanitaire, publié cette année. L’auteur, Denis Viénot, nous emmène dans un tour du monde de ceux qui souffrent, des faibles, mais aussi de ceux qui luttent, qui relèvent la tête dans et après les catastrophes.

Secrétaire général du Secours Catholique/Caritas France de 1991 à 1998, président de Caritas Europa de 1999 à 2005 puis, de 2005 à 2007, de Caritas Internationalis, Denis Viénot expose un large panorama d’actions menées dans le monde par le réseau Caritas, tant pour répondre à l’urgence qu’au développement ou au plaidoyer (action auprès des institutions internationales et des gouvernements). Cet ouvrage fourmille d’informations, d’analyses qui aident à mieux comprendre la situation dans de nombreux pays.

Parmi les nombreuses actions et pistes d’actions, les constats sans concession, figure le secteur agricole. En effet, des milliers de programmes agricoles se réalisent dans le monde grâce à des ONG, notamment le réseau Caritas Internationalis, au plus près des populations en s’appuyant sur leur expérience, par exemple dans le Nord-Est du Brésil où les programmes portent sur l’approvisionnement en eau potable, la récupération des sols, des techniques adaptées, la lutte contre la famine et l’exclusion sociale.

Denis Viénot attire l’attention sur les achats de terres par des sociétés étrangères qui détruisent des équilibres agricoles précaires mais essentiels pour les populations locales. La société sud-coréenne Daewo a “loué” pour 99 ans 1,03 million d’hectares auprès des pouvoirs publics de Madagascar pour cultiver des céréales et de l’huile de palme destinées à l’exportation. Par ailleurs, il souligne l’échec des cultures de substitution : un paysan afghan gagne 13 000 $ par ha en cultivant du pavot, contre 400 $ avec le blé.

L’auteur évoque également le changement climatique en soulignant le risque de conflits dans 46 pays touchant 2,7 milliards de personnes. A partir de Kiribati, dans le Pacifique, regroupe 33 îles de 2 à 3 mètres au-dessus du niveau de la mer, qui sont donc très vulnérables aux marées ; il constate que la température de l’eau a augmenté de 28 ° à 29 ° C depuis 1950, que les stocks de poissons baissent et que les pluies sont plus rares. Et de questionner : “où iront les réfugiés de l’environnement ?”, alors que les populations des pays riches détruisent l’environnement à force de consommation excessive, alors que la population des pays pauvres surexploite les ressources simplement pour survivre. Il estime que « les pays développés doivent s’obliger à un financement public additionnel d’au moins 130 Md € d’ici à 2020 pour permettre aux pays en voie de développement de s’adapter aux impacts du changement climatique et mettre en place leur développement durable ».

Dans la même perspective, il relève que « la gestion de l’eau est un volet essentiel des programmes visant à la lutte contre la pauvreté et au développement dans toutes ses composantes », car plus d’un milliard de personnes n’ont pas accès à l’eau potable. S’il constate que la gestion des cours d’eau génère plus de coopérations régionales que de conflits au niveau des Etats, il n’en va de même pour « les niveaux locaux et individuels où les tensions entre les usagers de l’eau s’attisent ». Et de rappeler que « pour économique qu’elle soit, l’eau conçue comme un bien est un objet de droit ».

Enfin, dans les actions en cours, à noter celle de Développement et Paix, au Canada, qui demande que les compagnies minières canadiennes fonctionnent à l’étranger selon les mêmes standards qu’au Canada. Alors qu’aujourd’hui « les sociétés minières exploitent les richesses des pays du sud, saccagent l’environnement et contribuent à la corruption par des mécanismes financiers non transparents ».

Outre les informations multiples dans les domaines d’action des Caritas et autres ONG, Denis Viénot souligne donc la place essentielle accordée à l’environnement et au développement durable (on ose à peine utiliser ces mots tant ils sont galvaudés…) par ces organisations. Avec ces réalisations, de nombreuses actions auprès des instances internationales et des gouvernements sont menées sous le label “plaidoyer”. Un plaidoyer pour plus de raison, pour plus d’humanité.

La justice dans la peau, géopolitique de l’action humanitaire, par Denis Viénot, aux éditions DDB.

Editorial : et si l’on misait sur l’intelligence collective ?

par Carine Mayo, présidente des JNE

Incendies en Russie, inondations au Pakistan et en Chine… Ce mois de juillet 2010 a été le plus chaud des mois de juillet jamais observés sur Terre. Le dérèglement climatique s’installe et l’on commence à en voir les effets. Côté biodiversité, ce n’est guère mieux. La disparition des espèces se poursuit de manière inexorable et la conférence de Nagoya, destinée à stopper l’érosion de la biodiversité en octobre prochain, se dirige vers un échec, tout comme la conférence de Copenhague sur le climat.

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Seule différence révélatrice : le silence médiatique qui entoure ces questions. La disparition des oiseaux, des poissons, des forêts, pour beaucoup, c’est triste, mais moins grave que le chômage, les famines… Et pourtant tout est lié. Si nous n’arrivons pas à vivre en bonne intelligence avec la terre et à préserver nos ressources naturelles, les hommes en seront aussi affectés et surtout les plus pauvres.

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L’écologie, il faut le répéter, n’est pas une préoccupation de pays riches, mais concerne l’ensemble du monde. Alors que faire ? Se désespérer ? Allumer la télé pour oublier ? Trouver de nouveaux moyens pour alerter l’opinion ? C’est cette dernière voie qu’ont choisie trois organisations écologistes américaines pour agir contre le réchauffement climatique (lire ici l’article d’Hélène Crié, dans la rubrique Actualités internationales). Elles en appellent à « l’action directe de masse » réunissant des centaines voire des milliers de personnes, sur le modèle des actions initiées par Martin Luther King pour défendre les droits des Noirs américains. Chacun est invité à soumettre ses idées à ces organisations car « nous sommes plus intelligents ensemble que seuls », affirment-elles.

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Le développement d’une intelligence collective comme outil permettant de créer une société « libre et durable », c’est aussi la théorie développée par Thanh Nghiem dans un livre passionnant, Des abeilles et des hommes (Bayard). Pour elle, « la solution ne viendra pas d’en haut » et il faut favoriser la « pollinisation des idées » qui va créer des passerelles vers une société désirable.

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Cette intelligence collective, nous essayons de la mettre en pratique nous aussi au sein des JNE depuis plus de 40 ans, en nous appuyant sur les analyses et les compétences de nos 250 membres, journalistes, écrivains, photographes… Dénoncer ce qui ne tourne pas rond, interroger l’avenir et participer à l’émergence d’une conscience écologique dans la société, tel est notre but.

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Pour être plus pertinents, plus réactifs par rapport à l’actualité, nous avons mis en place un nouveau site internet, avec un découpage qui permet de trouver plus rapidement l’information recherchée, un agenda détaillé des manifestations environnementales, un meilleur classement des chroniques des livres qui viennent de paraître, un renvoi vers les sites de nos adhérents…

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Une formule qui continuera d’évoluer en fonction des commentaires et de l’actualité, et un site à butiner au gré de vos intérêts. Bonne lecture !

Une interview exclusive de Brice Lalonde sur les négociations climat

En avant-première pour la nouvelle formule du site des JNE, voici une interview de Brice Lalonde, ambassadeur chargé des négociations sur le changement climatique.

Cet entretien a été réalisé par Dominique Martin Ferrari de Gaia Network. Il sera publié dans un  » leaflet » de 14 pages de Cop à Cancun, qui sera inclus dans le coffret « Nuit du climat », en vente à partir du 23 septembre : 6 h d’archives et de débats et un inédit « Copenhague, un espoir déçu ».

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Brice Lalonde, vous avez été en tant qu’ambassadeur du climat pour la France, l’un des négociateurs de Copenhague. Quelle leçon peut-on tirer de son « échec » ?

Nous avons dû faire face à une mauvaise organisation, mais surtout, nous nous sommes heurtés à d’immenses problèmes impossibles à résoudre en une seule conférence. Par exemple, comment gérer la rareté écologique ? ou encore la gouvernance mondiale. L’ONU date de l’après guerre et son mode de fonctionnement n’est peut-être plus adapté. Enfin, il faut changer l’économie mondiale, apprendre à ne plus consommer de charbon ou de pétrole. Ce n’est pas une mince affaire ! On a présumé de nos forces, de nos moyens, du temps qu’il faut pour résoudre ces questions.

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A Copenhague, des décisions ont malgré tout été prises, comme celle d’attribuer un fonds de 100 milliards de dollars aux pays les plus démunis, et ce, en fonds additionnels ?

C’est l’objet d’intenses discussions autour de l’idée d’une fiscalité internationale. Taxes sur les transports maritimes et aériens ? Taxes sur les transactions financières  (proposition française), taxe carbone appliquée au niveau international ?
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En attendant, des initiatives s’organisent sur le terrain avec des financements précoces volontaires. La France a décidé d’affecter 20 % des financements précoces qu’elle met sur la table à la préservation des forêts tropicales. La négociation principale s’accompagne donc d’actions concrètes : on avance petit à petit, on montre que c’est possible. Chaque pays s’inscrit dans des partenariats comme celui que la France a annoncé au sommet de Nice avec le Kenya : équiper l’Afrique d’énergies renouvelables.

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Comment voyez-vous le sommet de Cancun au Mexique en décembre 2010 ?

J’espère qu’il confirmera l’accord de Copenhague et le complètera d’une série de décisions sur les forêts, la coopération technique, l’adaptation, le financement. Un accord sur les objectifs de réduction d’émissions interviendra en dernier.

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Comment capturer l’effort de réduction proposé par chaque pays à Copenhague dans un accord général ? Il faudra auparavant régler la question d’un système de mesures et de vérification des efforts. En définitive, tous les pays doivent « apprivoiser » leur avenir sans carbone. L’Europe pourra considérer de son côté l’idée de pousser à moins 30 % son effort de réduction.

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C’est le début d’une coopération de longue durée dont les outils sont à inventer En 1992 à Rio, nous étions dans un moment de grâce après la chute du mur de Berlin. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Tout est plus difficile.
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Et nous souffrons d’une situation inédite : il n’y a plus de pays leader, mais une coalition de réticences diverses dominée par un couple difficile à ébranler, les Etats-Unis et la Chine, qui ne paraissent guère désireux d’avancer, alors qu’ils représentent 40 % des émissions mondiales.

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Propos recueillis par Dominique Martin Ferrari
1er septembre 2010

Plaidoyer pour les vautours, par Jean-François Terrasse

Voici un texte de Jean-François Terrasse, membre des JNE. Il a été mis en ligne le 3 septembre 2010 sur le site Reporterre, et publié en tribune dans Libération.

photo © Pierre Demeure

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Non, les vautours ne sont pas des prédateurs d’animaux vivants…

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.L’Europe méridionale abritait quatre espèces de vautours tout autour de la Méditerranée : le vautour fauve, le vautour moine, le vautour percnoptère et le gypaète barbu. De ces importantes populations, il ne subsiste que des reliques. La France et surtout l’Espagne jouent un rôle capital dans la conservation de ces oiseaux en Europe, persécutés jusqu’à l’anéantissement dans de nombreux pays, de la fin du XVIIIe siècle à la fin du XXe.

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En France où ces grands oiseaux ont failli disparaître, des actions de conservation pionnières ont permis tout d’abord de sauver les derniers survivants dans les années 70 – 80, puis de renforcer et de réintroduire les espèces disparues, gypaète barbu dans les Alpes, vautour fauve et vautour moine dans les Causses et le sud des Alpes. Ces projets pilotes initiés en France ont servi de modèles dans d’autres pays européens. Les protecteurs de la nature français peuvent s’enorgueillir d’être à la pointe du savoir-faire pour ces techniques de biologie de la conservation.

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Les vautours sont parmi les plus grands oiseaux du monde approchant 3 mètres d’envergure. Ce sont des ailes volantes, explorant en planant, sans dépenser d’énergie, d’immenses surfaces à la recherche visuelle des cadavres de mammifères sauvages ou domestiques dont ils se nourrissent. Contrairement à une idée reçue, l’odorat ne joue aucun rôle dans cette prospection. C’est en observant le comportement d’autres oiseaux opportunistes, corvidés et milans, qu’ils découvrent un animal mort. Tel un réseau d’observateurs invisibles dans le ciel, s’observant mutuellement, ils accourent de toute part dès qu’un festin est signalé.20 ou 30 vautours fauves font disparaître les chairs putréfiées d’une brebis ou d’un cervidé en moins d’une heure. Là où les quatre espèces de vautours sont présentes, les restes .coriaces et les os sont éliminés. La place reste nette, sans plus de ressources pour les mouches et les bactéries. Le tube digestif des vautours élimine les germes et on a pu dire qu’ils sont un  » cul de sac épidémiologique ». Leur rôle est donc d’éliminer dans la nature les gros animaux morts, bloquant ainsi la propagation des germes pathogènes.

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En Europe, depuis des siècles, les vautours sont des commensaux du pastoralisme, suivant les troupeaux transhumants et éliminant les cadavres. Ce service rendu aux éleveurs était tellement reconnu qu’en Espagne existait près de chaque village un endroit baptisé « muladar » où l’on déposait les cadavres des animaux de trait et du bétail.

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A la fin du XXe siècle et jusqu’à nos jours, plusieurs changements économiques majeurs sont venus perturber cet équilibre éleveur-vautours. D’abord la mécanisation de l’agriculture, les tracteurs contrairement aux animaux de trait n’étant pas recyclables par les vautours ; puis la quasi disparition des grandes transhumances à pied ; enfin le remplacement de l’élevage extensif par un élevage industriel concentrationnaire, produisant des tonnes de déchets animaux transformés ensuite en farines de viandes et d’os ; couronnant le tout, la crise de la vache folle (ESB) avec l’avènement d’une obligation stricte d’équarrissage industriel et payant pour tous les particuliers (190 à 300 € selon les départements pour un cheval…). C’est particulièrement en Espagne que cette révolution dans les pratiques d’élevage a provoqué d’abord une augmentation importante des populations de vautours fauves (20 000 couples) venant se nourrir aux portes des porcheries industrielles. Et dès les années 2003-2004, l’équarrissage généralisé privait les vautours de ressources et créait une famine totale dans ces grandes colonies de vautours du versant sud des Pyrénées situées en Aragon et en Navarre.

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On a pu voir alors au piémont des Pyrénées françaises des réunions de vautours affamés s’approchant des fermes pour se repaître d’animaux morts, ce qui était devenu totalement inhabituel. On peut comprendre que des éleveurs français se soient inquiétés, surtout en présence de vautours dévorant un veau mort né ou la mère en difficulté de vêlage non assistée et déjà condamnée. Très vite, la rumeur colportée par les médias a fait état d’attaques délibérées sur des animaux sains, affirmant que les vautours avaient changé de comportement et étaient devenus des prédateurs !

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Aucune expertise sérieuse n’est venue confirmer cette attestation gratuite, même si les constats des vétérinaires les disculpent globalement. Dans le pire des cas, des vautours affamés ont aggravé des situations où un animal en difficulté et sans assistance était déjà condamné. Aussitôt, à partir de quelques cas isolés, la polémique a fait du vautour fauve le bouc émissaire à la fois des difficultés de l’élevage et des frustrations des opposants d’une politique de conservation de la biodiversité incluant pêle-mêle, l’ours, le loup, la chasse du grand tétras et le Parc National des Pyrénées. Des faux témoignages grossiers diffusés sur la toile continuent d’alimenter et d’aggraver cette polémique stérile.

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En réalité, dans les Pyrénées françaises où l’élevage est important, la petite population de vautours fauves (525 couples en 2007) est bien intégrée au pastoralisme. Tout le monde peut y observer des dizaines de vautours survolant les alpages où abondent brebis (621 000), vaches (157 000), chevaux (12 000), chèvres (14 000) pour 5 300 exploitations pastorales (1) sans aucun problème. Les vautours éliminent sans frais pour l’éleveur et la collectivité des milliers de cadavres, économisant ainsi une énorme quantité de CO2 généré par l’équarrissage (transport, incinération) d’ailleurs souvent impraticable dans des montagnes peu accessibles. Ces oiseaux, véritables alliés sanitaires, sont donc parfaitement intégrés dans une politique de développement durable.

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En annonçant à Toulouse le 26 juillet 2010 des mesures discréditant l’utilité des vautours fauves, la Secrétaire d’Etat à l’écologie, Madame Chantal Jouanno se situe à l’opposé d’une politique de gestion intelligente de la faune sauvage. Mais sans doute voulait-elle faire plaisir à une frange d’électeurs, éleveurs-chasseurs de subvention, et adversaires déclarés de toute forme d’acceptation de la nature « sauvage ».

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(1) Chiffres pour l’année 2004, Courrier de l’environnement, INRA, N° 57, 07/2009.

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Source : Courriel à Reporterre.

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L’auteur : Jean-François Terrasse est président de la mission Rapaces de la LPO (Ligue de protection des oiseaux).
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Pour en savoir plus : http://www.lpo.fr

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A lire aussi, un article de Pierre Demeure sur la Maison des vautours en Lozère.