Editos

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2017, ou le climato-scepticisme en 140 signes

 


par Olivier Nouaillas
vice-président des JNE

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Nous vivons une époque formidable. Prenez le changement climatique, depuis la fin du XXe siècle, des milliers d’articles scientifiques ont été écrits pour mieux nous convaincre de la réalité du changement climatique. Généralement, ce sont des articles documentés, de plusieurs pages, avec des graphiques. Mieux, en 1988, sous l’égide à la fois de l’ Organisation météorologique mondiale (OMM) et du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) a été créé. Il rassemble des centaines de climatologues du monde entier et venant de blocs géopolitiques différents (Etats-Unis, Europe, Chine, pays émergents…).

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A intervalles réguliers – en général tous les cinq ans – le GIEC publie des rapports qui font plusieurs milliers de pages et demandent une somme extraordinaire de travail. Ils sont, en effet, tous relus, discutés dans les ,moindre détails et adoptés par consensus. Et notre boulot de journaliste, c’est précisément ensuite de les rendre clairs, simples, accessibles au grand public, en un mot de les vulgariser. Et là aussi des milliers d’articles, reportages, enquêtes ont été écrits sur le sujet.

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Le cinquième et dernier rapport du GIEC a ainsi été rendu public en 2014. Il a conclu à 95 % à la responsabilité de l’homme dans le changement climatique à l’échelle de la planète. Ces rapports du GIEC ont également servi de base aux travaux de 22 COP, réunissant les diplomates du monde entier. Avec des milliers d’heures de réunions, de débats, de textes amendés. Il y a eu des avancées, puis des échecs (Copenhague), pour aboutir finalement à l’accord de Paris en 2015. Dans lequel les représentants de 196 pays ont conclu à la nécessité de limiter le réchauffement climatique à 1,5 ° C. Même si les conditions et les moyens pour y arriver sont aujourd’hui loin d’être réunis, c’est au moins une direction claire pour les dirigeants du XXIe siècle.

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Et puis, un jour, vous avez un inconnu qui arrive sur le devant le scène. Il s’appelle Donald Trump. Jusqu’à présent, il n’a jamais fait de politique. C’est un milliardaire qui a construit des gratte-ciel et qui ne connaît rien du tout au changement climatique. Il s’adresse au peuple, à ceux qu’on appelle les déclassés de la société américaine, avec des mots simples, pour ne pas dire simplistes. Le changement climatique ? Il lui règle son compte dans un tweet de 140 signes, sa façon fétiche de s’exprimer : « Un canular, un concept inventé par la Chine pour affaiblir l’industrie américaine ». Et cela marche ! Multipliant les mêmes méthodes sur d’autres sujets aussi complexes (les migrants, le libre échange, Israel/Palestine, etc.), l’inconnu milliardaire est élu président des Etats-Unis – avec tout de même 2, 8 millions de voix de moins que sa rivale – et il prendra ses fonctions ce vendredi 20 janvier.

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Les sociologues ont inventé un nouveau mot pour désigner cette méthode qui lui réussit si bien : « la post vérité ». Ecoutons la définition qu’en donne le très sérieux dictionnaire Oxford qui l’a désigné comme mot de l’année 2016 : « Des circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence pour modeler l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles ». On peut l’appeler beaucoup plus simplement « un mensonge », et dire dans le cas de Trump « plus c’est gros, plus cela marche ». Car, contrairement à ce que l’on dit parfois encore aux enfants – « ce n’est pas bien de mentir » – en politique, le mensonge paye. De plus en plus. Et cela nous pose à nous journalistes, et encore plus quand nous travaillons dans le domaine de l’environnement et de l’écologie, de redoutables problèmes. Dans une chronique publiée fin décembre par le journal le Monde, Stéphane Foucart, qui travaille au service Planète de ce quotidien, faisait ainsi remarquer que « parce qu’ils sont complexes les faits d’environnement sont, lorsqu’ils sont plongés dans le chaudron de la conversation, parmi les plus vulnérables au mensonge ». Et de citer cette réflexion particulièrement pertinente d’un scientifique français : « En matière de climat, il faut dix secondes pour dire une ânerie et dix minutes pour expliquer pourquoi c’est une ânerie ». Encore plus dans un pays où l’historienne américaine Naomi Oreskes a montré dans son livre remarquable Les marchands des doute (Editions Actes Sud) que « dire des âneries » était aussi une activité 100 % idéologique et financée par des lobbys industriels puissants (tabac, amiante, pétrole, etc. ).

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Nous en sommes là … A partir du 20 janvier, nous allons entendre beaucoup « d’âneries » venues d’outre-Atlantique. Et comme le système médiatique et les réseaux dits « sociaux » sont fascinés aujourd’hui par le buzz et la transgression – qui ont peu de choses à voir avec le véritable débat démocratique – le président qui s’exprime en 140 signes va faire les gros titres. Cela va être une période pénible. Elle va durer au moins quatre ans. Quatre ans qui seront (peut-être) définitivement perdus dans la lutte contre le changement climatique, alors qu’au contraire le temps presse. Pourvu d’un véritable talent de bateleur d’estrade, Donald Trump saura trouver les mots pour tenter de nous ridiculiser. Et il n’hésitera pas, lui le milliardaire « représentant du peuple », à nous assimiler aux « élites », aux « bien-pensants », aux « bobos », une rhétorique certes caricaturale, mais qui a beaucoup de succès en ce moment. Pourtant, il va nous falloir tenir bon sur ce qui est l’essentiel de notre métier de journaliste : les faits. Surtout en matière de changement climatique. Répétons-le donc calmement : 2016, l’année où les Etats-Unis ont élu le pire président climato-sceptique de toute l’histoire, a été la plus chaude depuis 1880.

 

Journaliste à la Vie, Olivier Nouaillas est l’auteur du Changement climatique pour les Nuls (First, 2014) et, avec Jean Jouzel, de Quel climat pour demain ? (Dunod, 2015). Retrouvez Olivier Nouaillas sur son blog en cliquant ici.

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Canons à neige et folie douce


par Yves Paccalet

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Aurons-nous de la neige en hiver ? Dans les Alpes ? Dans les autres montagnes de France, d’Europe, du monde ?

Je contemple Courchevel, de l’autre côté de la vallée que j’habite. La station fait cracher des dizaines de canons à neige… Je sais : selon le vocabulaire officiel, on ne dit pas « canon à neige », mais « enneigeur ». On ne parle pas de « neige artificielle », mais de « neige de culture ». La litote ou la novlangue n’ont pas fini de nous reformater les neurones.

Au XXIe siècle, le principal problème des stations d’hiver est évidemment climatique. Voici des années que je le répète, que je le serine, que je le martèle aux responsables locaux, régionaux ou nationaux : dans nos montagnes, nous perdons, en tendance, chaque année un jour d’enneigement et un centimètre d’épaisseur de neige cumulée. Cela semble minime à ceux qui ne voient que le bout de leur nez. Mais un jour par an, au bout de 30 ans, cela fait un mois complet, soit le quart de la saison d’hiver actuelle ! Un manque à gagner inquiétant…

Les canons à neige paraissent être « la » solution. Mais seulement aux yeux des naïfs ou des bétonneurs… Ils exigent d’énormes réserves d’eau en altitude, donc des barrages (des « retenues collinaires », dit la novlangue). Ils consomment de grandes quantités d’énergie (d’électricité) : seules les plus riches stations peuvent se les payer. De toute façon, pour fonctionner, ils ont besoin qu’il fasse froid (si possible, moins de 0 degré Celsius) et que l’atmosphère soit bien sèche (l’idéal : un taux d’hygrométrie de 20 %).

Or, le réchauffement climatique sévit en altitude deux fois plus intensément qu’en plaine. Cela signifie moins d’eau qui tombe du ciel, ou de l’eau qui arrive sous forme de pluie au lieu de neige, et qui dévale trop vite la pente. Cela veut dire aussi un excès de chaleur qui s’oppose à toute tentative de fabriquer encore et toujours la fameuse neige « de culture »

Les stations françaises aujourd’hui en activité fonctionneront-elles encore dans 30 ans ?

J’en doute pour celles qui sont édifiées à basse altitude – autour de 1.000 mètres, soit la quasi-totalité de celles du Massif central, du Jura et des Vosges, mais aussi des Préalpes (Vercors, Chartreuse, Bauges, Aravis…). Dans les Alpes et les Pyrénées, les plus hautes et les plus rupines (Morzine, Avoriaz, Courchevel, Val d’Isère, Val-Thorens, L’Alpe d’Huez, Les Deux-Alpes, Isola 2000, La Mongie, etc.) survivront un peu plus longtemps, mais au prix d’investissements aussi affolants qu’incertains.

Si la montagne désire vivre demain du tourisme, elle n’a d’autre issue que de compter sur les quatre saisons et la belle nature. Je veux dire : au moins autant sur les parcs nationaux et les balades, que sur le ski et les activités connexes. Sur les ours, les loups et les chamois, autant que sur les kilomètres et les kilomètres obsessionnels de pistes bleues, rouges ou noires…

Mais les chamois et les loups dégagent de maigres profits, comparés aux gains mirifiques de la spéculation immobilière. Le pognon, je le crains, aura raison de la splendeur altière des cimes. L’artifice l’emportera probablement sur le bonheur des sites encore vierges et le respect de la vie sauvage.

Voici quelques jours (le vendredi 25 novembre, en commission réunie à Chambéry), une unité touristique nouvelle (UTN) a obtenu un avis favorable.

Celui-ci rend possible la construction, à Tignes, d’un nouveau village du Club Méditerranée (1.050 lits), et d’une piste de ski de plus de 200 mètres de longueur, entièrement couverte et éclairée jour et nuit, enneigée à l’année par des canons ad hoc, et couplée avec un centre aqualudique. Piscine à vagues et ski d’été sur béton… Artifice à tous les étages…

On enrage à cette perspective. Le ski d’été devient, certes, de moins en moins praticable en pleine nature, sur le glacier voisin de la Grande Motte que le réchauffement climatique fait fondre à toute vitesse et où béent les crevasses… Mais de là à transformer la montagne en triste parc d’attractions !

À 2.100 mètres d’altitude, en Tarentaise, avec une partie de son territoire au cœur du parc national de la Vanoise (ce symbole de la biodiversité libre et sauvage), la commune-station de Tignes bat tous les records en matière d’absurdité saccageuse. Elle a décidé de singer le « dôme alpin » artificiel et artificiellement enneigé que les pétrodollars du Golfe ont permis d’édifier dans le désert de Dubaï ! On veut croire que telle ne sera pas l’image ordinaire de nos montagnes dans les prochaines décennies. On craint les flocons de la désillusion…

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Cet article a été publié ici sur le + de l’Obs.

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Avec ou sans Trump, les dynamiques locales se poursuivent

 


par Carine Mayo, présidente des JNE.
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Les Etats-Unis dénonceront-ils l’accord de Paris sur le climat ? La question est sur toutes les lèvres ici à la COP22 de Marrakech, depuis l’élection de Donald Trump, farouchement climato-sceptique, à la présidence américaine.

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Au début, les négociateurs ont tenté de se rassurer en disant que les Etats-Unis, liés par la signature de l’accord de Paris, ne pourraient se désengager avant 2020, date correspondant à la fin de son mandat. Mais il suffirait qu’ils se retirent de la Convention-cadre des Nations-Unies sur le changement climatique (CCNUCC) et tout pourrait aller beaucoup plus vite.

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Que fera alors la Chine, l’autre grand pays responsable des émissions de gaz à effet de serre ? Dénoncera-t-elle à son tour l’accord de Paris ou prendra-t-elle le leadership sur le plan des énergies renouvelables pendant que les Etat-Unis développeront les gaz de schiste et feront des forages pour trouver du pétrole dans l’Arctique ? Beaucoup d’experts estiment que la Chine, qui a réussi à faire chuter le coût des panneaux photovoltaïques de manière importante et est en train de devenir leader dans le domaine des énergies renouvelables, ne va pas s’arrêter sur sa lancée.

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En attendant, les chefs d’Etat qui se sont succédé à la tribune de la COP22, mardi 15 novembre, ont essayé de faire bonne figure. François Hollande a invité les Etats-Unis à « respecter l’accord de Paris », « irréversible en droit (…) et dans les consciences ». Dans les coulisses, les négociateurs s’appliquent à définir les règles du jeu de la mise en œuvre de l’accord de Paris : comment comptabiliser les émissions de gaz à effet de serre ? Comment s’assurer que chaque pays respectera ses engagements ? C’est le cœur de cet accord, qui n’est pas contraignant et est basé sur la transparence et l’exemplarité.

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L’exemplarité, c’est justement ce que le Maroc a voulu mettre en avant, en affichant une politique ambitieuse en matière d’énergies renouvelables. Ainsi, cet Etat s’est engagé à ce que 42 % de son électricité provienne des énergies renouvelables à l’horizon 2020, avec 14 % d’énergie solaire, 14 % d’énergie éolienne et 14 % d’énergie hydroélectrique. Le royaume arbore fièrement sa centrale solaire Noor, une centrale dite « thermodynamique » qui utilise des panneaux solaires pour concentrer les rayons du soleil et chauffer un fluide qui fait tourner des turbines à vapeur et produit de l’électricité. Une technique qui permet de stocker de l’électricité trois heures après le coucher du soleil.

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Si, pour le moment, c’est le choix d’une énergie centralisée qui a été fait, dans les campagnes, les habitants rêvent de pouvoir s’acheter des pompes solaires pour pouvoir remonter l’eau des puits et irriguer leurs cultures. Les sécheresses prolongées et les pluies intenses créant de l’érosion, font qu’il est de plus en plus difficile de cultiver. Mais les communautés locales ne manquent pas d’idées pour améliorer leur résilience et développer les circuits courts, comme dans le village d’Asni qui a créé une coopérative et pratique désormais l’agroécologie dans ses vergers grâce à l’aide de l’ONG Agrisud. Cette association a aussi mis en place un programme de restauration de la palmeraie de Marrakech en diversifiant les cultures et accompagnant cinquante familles dans cette évolution.

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Les femmes ne sont pas en reste. Ainsi, Souhad Azennoud, lauréate du prix Terre de Femmes 2016 de la fondation Yves Rocher, a créé trois coopératives agricoles pour promouvoir l’apiculture, le petit épeautre et l’huile d’olive et replante des arbres pour stocker du carbone et limiter l’érosion. En la rencontrant, on se dit que si tous les citoyens de la base jusqu’au sommet de l’Etat, développaient la même énergie à limiter leurs émissions de gaz à effet de serre, on pourrait espérer contenir le changement climatique.

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Le Tribunal Monsanto contre l’agriculture industrielle

 


par Jane Hervé
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Aimant la nature et respectant l’environnement, il est impossible de ne pas se sentir concerné par les événements majeurs qui bouleversent l’histoire de l’homme, des plantes, des semences, des sols, de l’eau. A savoir la fabrication et la commercialisation de produits dont les effets sont néfastes sur toute la chaîne de vie, celle qui conduit de la semence aux plantes, puis s’introduit dans le corps des animaux et des humains.

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L’entreprise américaine Monsanto, productrice de semences OGM, voulant breveter le vivant et commercialisant l’herbicide Round Up, a été jugée/jaugée par un tribunal international réuni à La Haye du 14 au 16 octobre 2016 par des juristes et des écologistes de grande responsabilité (Corinne Lepage, Vandana Shiva, Marie-Monique Robin, Hans Herren, Gilles-Eric Seralini, etc.).

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Une telle démarche – une première pourrait-on dire – est un défi à l’impunité d’une entreprise qui, dans le monde entier, déverse et vend ses productions à la dangerosité désormais reconnue. Les êtres humains sont atteints dans leur chair de mille façons : cancers, malformations, diabète, maladies rénales… La maladie qui les épuise limite leur force de combat lors des procès insupportables menés contre ce monstre.

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Les lobbies de l’entreprise ont une efficacité d’hydre qui pénètre parfois les gouvernements, parfois les entreprises, parfois les groupes d’experts scientifiques. Leurs avocats sont redoutables. Les victimes qui osent se battre sont très seules, même si aujourd’hui elles se regroupent, même si aujourd’hui des experts soutiennent leur point de vue dans la lutte contre ces agrotoxiques. Certains ont, de surcroît, perdu leur emploi.

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Le récent rachat de Monsanto par l’allemand Bayer (fabricant notamment de pesticides néocortinoïdes tels que le Gaucho) accroît nos inquiétudes face aux risques liés à l’agrochimie et à la réduction de la biodiversité qui accompagne son développement. Il s’esquisse ainsi un monde d’êtres mutants que nous subissons sans l’avoir choisi : des hommes, des animaux, des plantes qui ne seraient plus que des produits chimiquement transformés. Ce faisant, subrepticement, nous perdons notre liberté en perdant le contact avec la nature et ses productions (herbes, animaux, hommes).

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Que dire, sinon que nous sommes dans l’attente du jugement des quatre juges et de la Présidente du Tribunal qui ont su écouter avec tant de soin les victimes, les experts scientifiques et les avocats ? Au moins, il y aura là un commencement de reconnaissance de ce que nous refusons vivement : qu’un mastodonte agrochimique fasse régner une dictature d’un nouveau genre. Un simple commencement, car il faudra ensuite définir ce crime nouveau – celui d’écocide – qui déferle sur toute l’humanité.

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Retrouvez notre dossier sur le Tribunal International Monsanto en cliquant ici. Comme tous les éditos du site des JNE, ce texte n’engage que son auteur(e). La photo de Jane Hervé est de Martine Pesez.

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Le retour en force des climato-sceptiques

 


par Olivier Nouaillas
vice-président des JNE

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Après l’accord arraché lors de la COP 21 à Paris, on les croyait réduit au silence et à quelques personnes aussi marginales qu’isolées, mais non : les climato-sceptiques font un retour en force dans le débat public. Et cela, plus surprenant, des deux côtés de l’Atlantique. Ainsi, coup sur coup, Donald Trump et Nicolas Sarkozy, tous deux candidats à la fonction suprême dans leur pays pour 2017, viennent de dire des énormités sur le changement climatique. Et le pire, c’est qu’ils semblent fiers de leur démagogie et qu’ils espèrent tous les deux que cela leur rapportera (des voix).

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Passe encore que Donald Trump, le tonitruant et réactionnaire milliardaire américain, porte-parole de tous les populismes (de l’islam aux migrants en passant par les armes à feu), après avoir qualifié le changement climatique de « bullshit » (connerie) n’hésite pas à affirmer que « le changement climatique est une invention des Chinois » (sic). On sait, en effet, depuis George Bush (fils) et son refus de signer le protocole de Kyoto, que le climato-scepticisme est un des marqueurs idéologiques des républicains américains. D’ailleurs, Noami Oreskes, l’historienne américaine , dans son remarquable livre Les marchands de doute (Le Pommier, 2010) a démontré comment les lobbys industriels (industries du tabac, de l’énergie, du pétrole), qui oeuvrent contre toute réglementation de santé publique ou environnementale, se sont progressivement infiltrés à l’intérieur du Parti républicain. Faisant, après la lutte contre le communisme, de l’écologie « la nouvelle idéologie à combattre… »

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Non, le plus surprenant, c’est que cette rhétorique grossière contre la réalité du changement climatique et le sérieux des travaux des scientifiques du GIEC, ait été reprise par un homme politique français. Et pas un quelconque second couteau. Non, Nicolas Sarkozy, en personne, ancien Président de la République et artisan du Grenelle de l’environnement en 2007 (!!!!). En effet, n’en déplaise à des esprits partisans, jusqu’à présent, la droite française, dans sa quasi totalité, s’était montrée réfractaire aux thèses climato-sceptiques, si prégnantes dans le monde anglo-saxon. Du célèbre discours de Jacques Chirac à Johannesburg au Sommet de la Terre de 2002 (« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs »), à l’adoption du principe de précaution dans la Constitution, la réalité du changement climatique faisait l’objet d’un vaste consensus, y compris dans la droite républicaine. En 2009, lors du Sommet de Copenhague, Nicolas Sarkozy a même prononcé au nom de la France, un discours dans lequel il n’y a pas une seule ligne à changer. Devant l’ensemble des chefs d’Etat réunis et pointant son doigt sur l’assistance il déclarait, en effet : « Qui osera dire que l’objectif de 2° C maximum d’augmentation de la température ne nous impose pas, à nous les pays riches, de réduire de 50 à 80 % nos gaz à effet de serre ? ». En ajoutant, toujours le doigt tendu vers l’assistance : « les scientifiques nous ont dit ce qu’il fallait faire. C’est à nous d’agir ».

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Oui, qui osera dire « qu’il fallait être arrogant comme l’homme pour penser que c’est nous qui avons changé le climat » et que « la première cause de dégradation de l’environnement, c’est le nombre d’habitants sur la planète ? » (NDLR : et donc plus le changement climatique).  Oui, qui osera dire cela ? Et bien c’est … le même Nicolas Sarkozy en 2016, candidat à la primaire de la droite et prêt pour cela à tout les reniements et à toutes les transgressions démagogiques. Qui, par son comportement sans foi, ni loi, justifie pleinement cette phase du grand théologien américain James Freeman Clarke : « la différence entre le politicien et l’homme d’Etat est la suivante : le premier pense à la prochaine élection, le second, à la prochaine génération ».

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Oui, Jean Jouzel, le célèbre glaciologue français, ancien vice-président du GIEC, a mille fois eu raison de qualifier les propos de Nicolas Sarkozy de « pitoyables » et « d’insulte à la communauté scientifique ». Oui, Nicolas Hulot, le plus célèbre écologiste français, a eu raison de dénoncer « le virage à 180 ° de Nicolas Sarkozy sur le climat ». Ajoutant : « mon sentiment, c’est que c’est sûrement pour de bas calculs électoraux. Et c’est dommage, parce que c’est une question qui doit transcender les clivages politiques car la réalité va nous rattraper ».

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La réalité, c’est, en effet, qu’il est plus que probable qu’après 2014 et 2015, l’année 2016 sera vraisemblablement la plus chaude depuis 1880, date des premiers relevés météorologiques. Alors, au-delà des questions de droite au gauche et sans vouloir tomber dans la grandiloquence, les éventuelles élections de Donald Trump, là-bas, et de Nicolas Sarkozy, ici, seraient une très mauvaise nouvelle pour ceux qui croient (et se battent) encore pour l’avenir de l’humanité et de la Planète.

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Journaliste à la Vie, Olivier Nouaillas est l’auteur du Changement climatique pour les Nuls (First, 2014) et, avec Jean Jouzel, de Quel climat pour demain ? (Dunod, 2015). Retrouvez Olivier Nouaillas sur son blog en cliquant ici.

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Les médias et la chasse : vers plus de transparence ?

 


par Marc Giraud

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Oser critiquer le lobby de la chasse dans les médias reste une chose rare, longtemps restreinte à des débats « pour ou contre » manichéens, aussi forts en décibels que faibles en arguments. Le traditionnel reportage sur le brave papy qui ramène un lapin à la maison pour nourrir sa famille tombe en désuétude, mais la censure, et pire, l’autocensure, s’observent encore largement dans les médias dominants.

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Pendant des années, l’ouverture générale de la chasse n’a donné lieu qu’à des marronniers, des reportages ingénus sur un phénomène de société que personne ne semblait remettre en cause. Ne semblait seulement. En effet, les campagnes de sensibilisation des associations sur les dessous de la chasse, la puissance financière et politique du lobby, son manque de démocratie, son impact destructeur sur la nature, ses oppositions aux mesures de protection, et bien sûr la souffrance des animaux, ont petit à petit fait leur chemin. Quelques pionniers avaient défriché ce chemin, comme Christian Zuber avec ses images de chasse à courre (interdit d’antenne par les autorités, il les diffusait lors de conférences avec Nadine Saunier, bravant des menaces de mort), Bernard Groslier et Paule Drouault dévoilant la réalité des pièges à mâchoires à la télé, ainsi que quelques autres JNE ou associatifs courageux. D’autres ont repris la relève avec le Roc, aujourd’hui disparu, ou l’Aspas, qui a réussi, entre autres, à alerter les médias sur les accidents liés à la chasse et à faire nuancer leurs reportages.

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Paradoxalement, le lobby chasse est de plus en plus fort en communication et en connivences politiques *, alors que ses effectifs baissent. Bien que les chiffres ne soient pas clairement communiqués, on ne compte plus qu’un million de chasseurs en France, et quasiment le double de végétariens ! Les rapports avec la nature, et la sensibilité à la souffrance animale évoluent, mais les responsables politiques beaucoup moins, car ils sous-estiment le poids électoral des millions de randonneurs et autres utilisateurs de la nature.

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Et les médias ? Notre confrère Allain Bougrain Dubourg a payé très cher ses prises de position contre le braconnage des tourterelles dans le Médoc, avec un brusque arrêt de ses émissions décidé par Xavier Gouyou-Beauchamps, alors Président de France Télévisions, mais également chasseur. Plus récemment, une enquête réalisée pour Canal +, Chasse, le pouvoir au bout du fusil, dénonçait consciencieusement les brutalités sur le terrain, le laxisme des autorités face aux accidents, les abus de pouvoir, en montrant à la fois des manœuvres de prosélytisme auprès des écoliers, ou un lobbyiste dictant les engagements du président de la République en faveur des chasseurs. Le reportage a été déprogrammé dès sa première diffusion le 10 septembre 2013, ce qui s’apparente à de la censure.

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D’autre part, les sujets sur la chasse sont presque systématiquement écartés par les responsables de rédaction (il ne s’agit pas là que de mon expérience personnelle), parce que « polémiques ». Les polémiques dérisoires ne dérangent pas les médias, mais la chasse fait encore peur. Tout se passe comme s’il était interdit de parler de la chasse sans la présence d’un chasseur **. Le simple fait d’énoncer des réalités objectives, même si elles sont critiques, n’est donc guère répandu dès qu’il s’agit de chasse, sans doute par crainte de réactions qui n’oublient pas d’être vives. Le sujet est donc écarté d’emblée, et l’information y perd beaucoup, ce qui s’apparente à de l’autocensure.

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Aujourd’hui, l’information évolue : elle change de médias. Si je ne peux pas entrer par la grande porte, je passe par la fenêtre ! Longtemps interdites de télé, les images des souffrances animales dans les abattoirs ont récemment flambé sur le Net. Diffusées par l’association L214, elles ont suscité un tel retentissement dans le public que les médias dominants ont bien été obligés de relayer l’info. Le même cheminement semble se profiler pour la chasse. Exaspérés par l’immobilisme de la situation, les citoyens diffusent eux-mêmes l’info. Un peu partout en France, des associatifs organisent des manifestations, des sit ins, réalisent des films (aux images parfois très dures), relaient des pétitions. Tellement de pétitions, d’ailleurs, qu’elles finissent par se noyer les unes les autres. Mais elles reflètent un ras-le-bol qui monte, qui monte. Les opposants à la chasse, ou tout simplement ceux qui en critiquent légitimement le fonctionnement, devraient finir par se faire entendre.

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Pour en savoir plus
L’Aspas (Association pour la protection des animaux sauvages) diffuse 10 vérités sur la chasse, pendant 10 jours, à l’occasion des principales ouvertures en France (en gros le 11 septembre au sud de la Loire, et les 18 et 25 septembre au nord).
Juste une vérité parmi les dix : « Chasser bourré, c’est légal ». En France, il n’y a pas d’alcootest pour les chasseurs, et pas de sanction en cas de chasse en état d’ébriété. Pourtant, un fusil n’est pas moins dangereux qu’une voiture…
Dossier de presse et contact : Madline Reynaud, Directrice – tél. 04 75 25 62 14 – direction@aspas-nature.org

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Un livre

chasse
Comment se promener dans les bois sans se faire tirer dessus
 Marabout – 192 pages – 18×12,5 cm – 6,50 €.

Contact presse Alizé Bouttier – 01 43 92 35 97
pressemarabout@hachette-livre.fr

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*Voir, parmi tant d’autres, les promesses du candidat Sarkozy à… Château-Renard.

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**On constate la même chose avec le loup, que les médias ne savent plus évoquer sans focaliser sur les troupeaux et les éleveurs, répétant les uns après les autres les mêmes poncifs, ce qui trahit un affligeant désintérêt pour le dossier.

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Retrouvez Marc Giraud sur son blog en cliquant ici.

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Depuis le 8 août, notre planète vit à crédit : nous sommes partis pour la « sixième extinction »


par Yves Paccalet

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Afin d’évaluer l’impact d’un sujet ou d’un groupe d’individus sur son environnement, on se sert d’un indicateur appelé l’« empreinte écologique ».

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Le principe en est simple. Pour boire, nous nourrir, nous vêtir, nous loger, nous déplacer, nous divertir, nous soigner ou recycler nos déchets, nous consommons des ressources – de l’eau, de l’air, de l’énergie, des aliments, des matières premières, de l’espace… Et nous laissons une trace (souvent bien visible) sur la planète.

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Aussi longtemps que, collectivement, nous ne prélevons pas davantage que le globe ne peut donner, tout va bien. Notre cohabitation, notre vie commune avec Gaïa, restent équilibrées. Le système peut durer.

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L’Éthiopien « vaut » cent fois moins que l’Américain

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Mais lorsqu’on fait la somme des empreintes écologiques des sept milliards trois cent millions d’Homo sapiens actuels, un colossal problème se pose : la répartition des surfaces entre les individus ou les peuples est scandaleusement inégalitaire.

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L’empreinte écologique de l’Américain atteint 20 hectares, celle de l’Européen 10, celle de l’Africain 0,2… Selon ce critère, l’Éthiopien ou le Nigérien « valent » cent fois moins que le Yankee. Bien entendu, aucun humain n’en « vaut » cent autres. C’est faux du point de vue de la science, injuste philosophiquement, et moralement intenable. Mais telle est notre façon de définir le « progrès » !

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En ce début de XXIe siècle, si tous les hommes consommaient comme les Européens, il ne nous faudrait pas moins de trois planètes pour satisfaire nos besoins. S’ils adoptaient le mode de vie américain, il nous en faudrait six.

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Question : où tournent les cinq planètes qui nous manquent ?

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« L’heure du bilan a sonné ! »

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Au long de son Histoire, l’espèce humaine a déjà modifié à son profit la moitié des terres émergées du globe terrestre. L’Homo sapiens capte, aujourd’hui, à son profit exclusif, plus du tiers de l’eau potable ou plus du quart de la production organique primaire. D’une façon générale, nous nous approprions une bonne moitié des ressources organiques de la planète.

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L’organisation non gouvernementale Global Footprint Network (GFN) calcule chaque année notre empreinte écologique en utilisant une unité de mesure originale : l’hectare global (hag) par habitant.

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« L’heure du bilan a sonné ! » préviennent ses responsables. Nous vivons à crédit sur notre unique et minuscule vaisseau spatial. Le processus d’épuisement s’accélère.

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Nous ôtons de l’espérance de vie à notre espèce
Dans un monde en équilibre, nous devrions consommer en une année ce que la Terre nous offre dans le même laps de temps. Ce n’est plus le cas. Pour sept milliards d’humains, chaque humain sur la Terre ne devrait pas occuper plus de 1,8 hectare global par habitant.

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En 2008, nous en étions, en moyenne, à 2,7, avec un record pour le Koweit et les Émirats arabes unis : 11,7 !

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En l’an 2000, nous consommions les ressources terrestres disponibles sur la planète en dix mois : le 1er novembre, nous commencions à vivre à crédit. En 2005, nous avions brûlé notre part dès le 20 octobre.

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En 2011, le « jour du dépassement » a été le 25 septembre. En 2012, la date fatidique est advenue le 22 août.

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En 2016, on en est au 8 août. Ce que nous aurions dû engloutir en 366 jours (l’année est bissextile !), nous l’avons épuisé en 221… Nous avons tout dévoré ou tout pollué en 60 pour 100 du temps qui nous était imparti. Les 40 pour 100 restants, nous les empruntons au futur. Nous les volons à nos enfants. Nous les ôtons à l’espérance de vie de notre espèce.

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Nous nous préparons une Terre invivable

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Comment cette tendance pourrait-elle ne pas s’aggraver, dès lors que notre population passera de plus de sept milliards de sujets aujourd’hui à neuf ou dix en 2050 ?

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L’effondrement de la biodiversité ajoute ses effets pernicieux à ceux des gaz à effet de serre et du chaos climatique, des pollutions et des saccages généralisés, de l’épuisement des ressources forestières et marines, de la stérilisation des terres agricoles, de l’artificialisation des sols…

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Nous nous préparons une Terre invivable. Nous sommes bien partis pour la fameuse « sixième extinction », au cours de laquelle nous jouerons le double rôle de l’assassin et de la victime.

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Dans le vocabulaire quotidien, cette figure est appelée « suicide ». Si l’on a l’esprit quelque peu religieux, ou teinté d’humour noir, on dira que le « jour du dépassement » se met à ressembler d’assez près au « jour du jugement ». Dernier, bien entendu !

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Ce texte a été publié sur le site le + de l’Obs. Comme tous les éditos du site des JNE, il n’engage que son auteur.

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Appel à Nicolas Hulot, Allain Bougrain-Dubourg, Pierre Rabhi et tous autres


par Fabrice Nicolino
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Je souhaite être solennel. Vous lirez ci-dessous un article que j’ai publié dans Charlie-Hebdo voici quelques semaines. Il n’a rien de banal, car il touche aux profondeurs de notre destin commun. Même s’il s’agit de criminels ordinaires, ordinaires dans notre monde criminel. Un groupe minier russe, qui travaille en Afrique dans des conditions scandaleuses, veut s’en prendre au joyau écologique qu’est la forêt tropicale de la Guyane dite française.
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On ne peut laisser faire. À aucun prix. Nous sommes en face d’une modeste mais réelle responsabilité historique. Car la France détient sur le continent américain une fraction de la richesse biologique mondiale. Une mine d’or industrielle là-bas serait le signal que tout, désormais, est possible. Si un pays comme le nôtre accepte de sacrifier cette merveille, quel autre se sentirait tenu de s’arrêter pour réfléchir ? La Chine ? L’Indonésie ? Le Brésil ? Le Rwanda ? La Russie de Poutine ? Voyons, un peu de dignité.

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Nous crevons sous le poids de discours illusoires et de déclarations qui n’engagent à rien. Du haut des tribunes frelatées, comme il est aisé de crier : « Notre maison brûle, et nous regardons ailleurs ! ». Elle brûle, en effet, et en enfer. Elle se tord, elle hurle sa douleur chaque seconde de chaque minute, et nous faisons comme si tout devait se passer entre gens de bonne compagnie. Cela ne peut plus durer. Qu’on le veuille ou qu’on le cache, une frontière sépare ceux qui accélèrent dans la dernière ligne droite discernable, et ceux qui se jettent de désespoir sur le frein.

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Le noble combat de Notre-Dame-des-Landes est essentiel pour la France, car il affirme dans la clarté qu’on ne peut plus faire comme avant. Ici, dans ce pays-ci. La grande bagarre de Guyane que j’appelle de mes vœux est d’emblée internationale, mondiale, planétaire. Elle signifie que la défense de la biodiversité – nom savant de la vie – oblige à sortir du bois et à compter ses forces. Reculer, ce serait avouer que nous ne sommes pas de taille. Reculer, ce serait accepter tout, étape après étape. Je vous suggère, amis de l’homme, des bêtes et des plantes, d’organiser un voyage de protestation en Guyane même, dès qu’il sera possible. Le crime qui se prépare, car c’en est un, mérite que nous bandions toutes nos forces, et elles sont grandes, malgré tout.
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Levons-nous ensemble, car sinon, autant se taire pour l’éternité.

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Ci-dessous, l’article paru dans Charlie.

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La mine d’or guyanaise d’Attali, Juppé et Macron

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Tous aux abris ! La forêt tropicale de Guyane – la nôtre – est menacée par un tsunami affairiste. Le gouvernement donne les clés d’une mine d’or gigantesque à une transnationale russe qui sévit déjà au Burkina Faso.

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Attention les yeux, on va voir apparaître comme par magie un Attali, un Juppé, un Macron pour le prix de presque rien. Mais dès l’avance, il faut dire deux mots de la Guyane audacieusement appelée française. Il y a là-bas des Noirs Marrons, descendants d’esclaves échappés des plantations philanthropiques. Des Indiens installés au profond de la forêt tropicale, le long des rivières et des fleuves. Et puis des Blancs, car il y a partout des Blancs. Autrement, qui tiendrait le nerf à bœuf, dites-moi ?

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La forêt tropicale, qui couvre 95 % du pays, est à peu près intacte, ce qui se fait rarissime dans un monde qui crame tout. Et en théorie, les envolées permanentes des nobles politiques sur la biodiversité devraient pouvoir protéger les singes hurleurs, les aras et les jaguars pour l’éternité.

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Mais il y a l’or. Des milliers d’orpailleurs clandestins pourrissent les eaux de Guyane depuis des décennies en balançant à tout va de charmants produits comme le mercure – idéal pour extraire l’or de son substrat rocheux – dans les rivières. C’est pas bon, c’est pas beau, et c’est artisanal. Tout autre est la puissance de feu des transnationales, qui peuvent mobiliser des concasseurs de la taille d’un avion et pulvériser des millions de tonnes de roches sans coup férir.

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Jusqu’ici, les projets les plus crapoteux ont échoué, mais celui dont on va parler a plus que ses chances. En 2011, la Columbus Gold, boîte canadienne junior – on va expliquer, c’est très malin –, achète huit concessions minières en Guyane. L’une des huit se trouve à 80 km au sud de Saint-Laurent-du-Maroni, au-dedans d’un lieu appelé la Montagne d’Or. Il y aurait 155 tonnes d’or planquées, peut-être le double. Miam.

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Pour récupérer la mornifle, il faudra creuser une fosse d’au moins 2,5 km de long, de 600 à 800 mètres de largeur, de 200 à 250 mètres de profondeur. Compter 460 millions de tonnes de roches à broyer, au bas mot, car on récupère au mieux qu’1,5 gramme d’or par tonne. Prévoir également de gros besoins d’énergie et d’électricité. Disons l’équivalent de ce que consomme la capitale Cayenne en un an.

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Mais une telle apothéose, ami technophile, ne peut être déployée par une petite junior, qui apparaît en la circonstance comme le paravent d’une grosse mère que les spécialistes nomment une major. La Columbus Gold ne fait qu’explorer, avant de refiler le bébé au vrai bénéficiaire, la Nordgold, sise à Moscou. Nordgold est seule capable d’exploiter et d’ouvrir les entrailles de Guyane. Et elle est en plus entre des mains charmantes. Une ONG suisse et catho, Action de Carême, a publié en février 2016 un rapport sur les mines d’or au Burkina Faso (1), où l’on peut lire : « Dans beaucoup d’endroits, l’exploitation aurifère détruit les bases de l’existence de populations, porte atteinte aux droits humains ». Avant de préciser : « Les sociétés minières présentes au Burkina Faso, en l’occurrence Iamgold, Nordgold et Amara Mining, ont une grande responsabilité dans les violations des droits humains exposés ».

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Si cette mine ouvre, et tous les feux sont au vert, adieu à la forêt tropicale que l’on connaît. En toute certitude, ce sera la ruée vers l’Eldorado, car on trouve de l’or un peu partout. Il y aura des routes, des autoroutes, des barrages, des pylônes à haute tension. Et si tout est désormais sur les rails, c’est que la mine est soutenue par des autorités morales considérables. Jacques Attali, le preux lobbyiste international, siège au Comité consultatif de la Columbus Gold. Alain Juppé, fervent écologiste, en meeting à Cayenne ces dernières semaines : « J’ai conscience des enjeux écologiques de la Guyane. Mais le territoire est vaste, il y a de la marge. La balance doit être faite entre les enjeux environnementaux et humains » (2). Quant à l’immense Emmanuel Macron, il s’est carrément rendu sur le futur chantier, vantant l’excellence du projet, précisant : « Cet industriel [la Columbus Gold] est l’un des fers de lance de la mine responsable ».

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C’est maintenant que tout se joue, nazes que nous sommes. Ou la mine ou la forêt. Si les écolos de France et de Navarre arrêtent de se branlotter une seconde, il y a peut-être une chance.

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Cet éditorial, comme tous ceux de ce site, n’engage que son auteur. Il a d’abord été publié sur le blog Planète Sans Visa de Fabrice Nicolino.

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(1) https://voir-et-agir.ch/content/uploads/2016/02/160215_Etude_Or_Burkina-Faso.pdf

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(2) Cette citation de Juppé a été modifiée, car une erreur s’était glissée dans l’article de Charlie. La phrase attribuée précédemment à Juppé venait en réalité de Léon Bertrand, ponte UMP de Guyane, qui ouvrait le meeting de Juppé. Merci à Philippe, lecteur de Planète sans visa.

 

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Avec François Terrasson, même pas peur de la Nature !

 


par Christian Weiss
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Au fil de sa vie, François Terrasson, l’enfant des bouchures, du bocage et du pays de Tronçais, n’a eu de cesse de porter haut et fort une parole libre de tout dogme, de tout parti, de toute association, même de celle qu’il avait cofondée (les JNE !), traquant les contradictions, les idées reçues, les postures, les E.C.M., les éléments de conditionnement mental – si insidieusement imprégnés au plus profond de notre inconscient. Il a analysé et psychanalysé tout ce que notre civilisation a mis en œuvre pour détruire la nature.

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Les débats étaient souvent vifs avec ses contradicteurs ou ceux qui s’imaginaient être dans ses pas : le « bounome » ne transigeait pas avec l’intégrité de la philosophie dont il était porteur, le respect de la Nature. Il nourrissait ses idées et ses écrits des rencontres et des observations qu’il partageait à travers le monde avec des représentants de toutes les cultures, proches ou éloignées de la nature.

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Militants écologistes, nous poursuivions sur notre lancée, persuadés d’être du « bon côté », « amis » d’une nature qui avait tellement besoin de nous, et qui attendait à n’en pas douter, que nous l’assistions, que nous la protégions et même que nous la caressions, puisque qu’elle avait comme patronyme «Bambi » ou « Flipper ». Nous nous battions alors pour que soient créés des réserves naturelles et des « sanctuaires » afin que plus personne ne puisse plus Lui faire de mal, à Notre chère Nature … avec en prime, une rédemption mue par un sentiment de culpabilité, « gardien » moraliste de notre éducation.

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Cette attitude condescendante a entraîné une partie des représentants associatifs vers une posture conservationniste, aux dépens de la préservation. Sur le modèle des peuples premiers, contraints de vivre dans des réserves, « l’apartheid » de la Nature s’est formalisé : on l’a enfermée pour mieux la contrôler, et hors de ces limites, elle n’avait pas de valeur.

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Concentrés sur cette nature extraordinaire, la plupart des partisans du conservationnisme négligent la biodiversité de la nature ordinaire. Celle-ci s’artificialise et se dégrade dans l’indifférence générale, sur les délaissés des trottoirs et des routes, au bord des champs et des prés, sur les talus des chemins où les haies sont arasées et plus généralement sur l’ensemble du maillage paysager que les paysans d’antan intégraient à leurs usages ruraux sans mot dire, et dont François se faisait l’historien subtil et populaire. Élus et associations conservationnistes ont réduit en peu de temps notre indissociabilité avec la Nature au concept de « gestion écologique », l’abandonnant aux « experts » et aux analystes numériques des géométries fractales.

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À présent, ce que tu anticipais arrive, François : la biodiversité s’érode, partout, et les espèces spécialisées se font rares, surtout dans les campagnes et en ville, des arrêtés préfectoraux déclassent des espaces boisés « protégés » ou naturels, soi-disant dans l’intérêt (économique) général. Les grandes associations historiques, circonvenues par le mécénat d’entreprise, prétendent gérer la nature en validant les mesures compensatoires dans leurs prospectives environnementales.

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On traite ainsi faune et flore comme des réfugiés politiques – chassés de leur territoire – sans admettre qu’ils sont associés aux sols, à des assemblages infiniment complexes, et à des interactions fragiles. Des massifs forestiers domaniaux sont aujourd’hui gérés comme des « champs d’arbres » par les technocrates de l’ONF qui ne tiennent pas compte de l’avis des agents de terrain qui voient l’anéantissement des écosystèmes microcosmiques garants de la pérennité sanitaire du milieu et des co-évolutions de ses hôtes. L’écologie politique a perdu ses racines naturalistes en chemin et s’est engouffrée dans la course au pouvoir politicien, dissociée de la vie réelle, des couleurs et des parfums des saisons et des compétences des militants.

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François Terrasson (à g.) et Christian Weiss – photo @ Charles Crié

Alors, amis et amies, restons tournés vers une écologie intégrée à notre vie, nourris de tout ce qu’a imaginé et élaboré Terrasson, des « nuits debout » qu’il organisait – avant celles de la Place de la République, et que nous savourions avec crainte, lâchés au cœur de la forêt pour mieux nous confier au petit matin. Je le revois, goguenard, bienveillant, écouter confidences et angoisses. Ne perdons pas la mémoire des beuveries apicoles et des rencontres estivales aux lisières des nids de ronce et d’églantine du Moulin de Rossigneux, où « Françoié » évoquait avec tendresse les « aigriculteurs » berrichons ou « le dernier r’nard » tué par un chasseur ignorant … Renouvelons ces bacchanales dans la nature, sans relâche, partout.

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Enfin, continuons d’explorer et de relire ses ouvrages publiés au Sang de la Terre. Pas de doute, la nature n’a pas besoin de nous, c’est nous qui avons besoin d’elle pour vivre ensemble et partager ses lumières, ses musiques et ses parfums … Même pas peur !

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Membre de très longue date des JNE, Christian Weiss est enseignant, biogéographe, conférencier, auteur, chercheur, journaliste et chargé de mission Eau FNE Ile-de-France. Cet édito n’engage que son auteur.

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Un événement à ne pas manquer 10 ans depuis que François Terrasson poursuit son voyage avec les Tanuki (les « esprits de la forêt » au Japon)

10, 11 et 12 juin 2016

Colloque Festival «  Même pas peur de la Nature » en hommage à François Terrasson à Fontainebleau/Avon

http://connectedbynature.org/?page_id=1264

http://connectedbynature.org/?page_id=1275

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Nuit Debout, l’espoir d’un monde meilleur

 


par Sophie Chapelle

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Nuit Debout. Un mouvement qui n’appartient à personne, mais qui concentre l’espoir d’un monde meilleur. Depuis le 31 mars 2016, la place de la République, au cœur de Paris, ne désemplit pas. Là où, ces derniers mois, seuls les rassemblements en mémoire des victimes des attentats de janvier et novembre 2015 étaient tolérés. Que ses participants soient là pour exprimer un ras le bol, une angoisse, une envie de se relever, une lutte collective ou le désir de changer de système, Nuit Debout est un espace de libération de la parole. Y compris pour celles et ceux qui en ont trop longtemps été privés.

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Ce mouvement n’a rien de spontané. Mais le terreau était fertile à la mobilisation. Dans le prolongement des manifestations contre le projet de Loi Travail, l’équipe de Fakir, productrice du film Merci patron !, organise une soirée à Paris le 23 février intitulée Leur faire peur. Un objectif : réunir salariés, chômeurs, précaires, intermittents, occupants des zones à défendre contre le gaspillage de l’argent public ou pour la préservation de l’environnement. Leur cible commune : l’oligarchie financière et politique. Et une première décision collective : « le 31 mars, on ne rentrera pas chez nous ! »

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La suite, c’est un mouvement qui essaime dans d’autres places publiques en France, et même au-delà des frontières. Au sein de commissions créées à l’initiative des participants, on débat d’éducation, de crise agricole, d’écologie, d’actions, de sciences, de grève générale, de Constitution…. Les assemblées générales qui se tiennent chaque soir à partir de 18 heures sont des moments clés, où s’enchaînent les tours de parole – 2 minutes maximum pour chaque orateur. Chacun y va de son coup de gueule, témoignant d’un besoin de parler, d’échanger, de se réapproprier l’espace public.

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Ce mouvement dépasse même ses initiateurs. Nuit Debout se veut horizontal, sans parti, sans leader, sans étiquette. La défiance vis-à-vis des organisations collectives – syndicats, partis politiques ou associations – est très présente. Ce qui n’est pas sans interroger : « comment concilier l’horizontalité des discussions et l’efficacité politique ? », tente ainsi de questionner la commission Convergence des Luttes. Avec quelles propositions concrètes, quelles priorités, quel plan de bataille ? Pour l’heure, pas de réponse claire et partagée, si ce n’est le besoin de laisser du temps au mouvement.

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Les actions concrètes en une multitude de lieux pour faire dérailler le cours normal des choses, c’est l’une des voies empruntées par des participants de Nuit Debout. Des appels à occuper les banques, le Medef ou les multinationales font leur chemin. Car la puissance du nombre, c’est aussi ce qui fait la singularité de Nuit Debout. Une puissance qui peut contribuer à faire basculer le rapport de forces, tant sur les paradis fiscaux – qui confisquent l’argent nécessaire à une réelle transition énergétique – que sur la loi Travail ou les énergies fossiles – dont 80 % des réserves disponibles doivent rester dans le sol si l’on ne veut pas s’acheminer vers le chaos climatique.

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Ce changement espéré ne va pas assez vite pour certains, qui critiquent un certain « entre-soi  , le fait que les personnes qui se rassemblent place de la République sont avant tout « des blancs et des bobos ». Qu’il y manque des ouvriers et des personnes issues des banlieues. L’appel a été entendu et des rassemblements s’amorcent dans les quartiers plus populaires. En parallèle, des tracts sont distribués aux travailleurs dans le métro le matin, dans les usines, dans les facs et les lycées pour ouvrir au plus grand nombre.

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Nous voici embarqués dans un mouvement social totalement inédit en France, dont l’ampleur et les conséquences sont encore imprévisibles. Le rejet de « la loi Travail et son monde » – référence explicite à la lutte de Notre-Dame-des-Landes contre « l’aéroport et son monde » – révèle l’ambition du mouvement à ne pas seulement rejeter le système mortifère actuel qui a produit ce projet de loi, mais à commencer aussi à construire d’autres mondes plus soutenables. Quelle que soit l’issue de Nuit Debout, il essaime des graines qui ne demanderont qu’à germer.

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Sophie Chapelle collabore au site Basta ! Vous pouvez la suivre sur Twitter en cliquant ici. Cet édito n’engage que son auteur.

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