Editos

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Le retour sournois de la pensée magique


par Frédéric Denhez
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Le succès de l’Encyclique du pape auprès des médias est sensationnel. Tout le monde loue ce texte tant il est juste, digne de ce que nous autres racontons depuis des lustres. Il est même de bon ton de dire et d’écrire, avec un rien de fébrilité, « qu’on a beau être laïc, il faut quand même reconnaître que etc. », ce qui sonne comme l’aveu d’un grand courage. Celui du journaliste à qui on ne la fait pas, gentiment laïc et objectif, forcé de s’incliner devant la lumineuse clarté de la pensée pontificale. A posteriori on s’émeut presque que Nicolas Hulot, toujours emballé dans sa chemise terne comme d’autres, avant, l’étaient d’une bure, soit allé consulter le Très Saint-Père pour lui réclamer son intervention auprès des âmes chrétiennes. Y a pas à dire, quand on sait s’adresser aux âmes comme saint François parlait aux oiseaux, cela force le respect. Alléluia.

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Mais bordel, réveillons-nous ! Que dans un pays laïc, né de cette victoire de la connaissance sur la croyance que fut le Siècle des Lumières, un texte papal sur un sujet de société ait eu tant de succès; qu’une star respectable telle que Hulot ait jugé normal d’aller baiser la pantoufle vaticane, cela vous paraît mériter l’enthousiasme ? ! En 2015, pour que la société prenne conscience de la toxicité du couple que nous formons avec notre planète, il faut donc qu’un curé le lui dise. Pour que la parole des scientifiques et des écolos porte enfin, qu’on en discute à la veillée, il faut qu’elle soit portée par celui-là même qui dénonce ou conteste l’avortement, la contraception, l’adultère, le divorce et l’homosexualité, celui pour qui il y a une réponse à tout, car tout est écrit, certain et irréfutable dans le Ciel immuable où un jour nous serons chacun jugés.

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Quel constat d’échec en vérité… Celui des politiques auxquels plus personne n’attache d’importance. Celui de nous autres journalistes, assimilés à ces mêmes autistes bavards et inutiles. Celui des écologistes qui manient pourtant le discours eschatologique ou l’alarme malthusienne aussi bien qu’un prédicateur au sommet d’une chaire. Celui, surtout, très inquiétant, des scientifiques. Le monde des blouses blanches a été incapable d’écrire un récit pouvant se substituer à celui de la trilogie faute-pénitence-punition. Il a été incapable de s’opposer au simplisme scientiste comme à la médiocrité catastrophiste. Il est incapable de montrer un avenir plus joyeux que le Déluge ancré en nous depuis que l’homme a inventé Dieu pour ne pas avoir peur pendant la tempête. Il est pourtant d’essence raisonnable, le discours scientifique, car il est réfutable : la science ne prétend pas savoir la vérité, mais seulement qu’elle a sans doute raison. Obligeant l’homme à douter, elle l’a élevé au-dessus de sa condition de croyant qui est celle des nuques raidies par la soumission. La science nous a libérés de l’obscurantisme.

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Mais voilà, dans notre monde ouvert, complexe, brutal, flou et angoissant, où seule la peur nous donne encore l’impression de former une même civilisation, dans notre société revenue de tout où tout semble acquis, dont le confort fait oublier l’essentiel et ce que furent les réalités du passé, la raison vaut désormais moins que la croyance. Parce que croire permet de ne plus douter. Est-ce croire en Dieu ? Pas nécessairement. Croire plutôt en une grande explication qui transcende et explique tout. Se raccrocher aux branches les plus grosses, car il faut bien avoir foi en quelque chose.

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Et alors autour de nous la parano et les gourous se développent comme les allergies. Le triste Pr Joyeux cache mal sa phallocratie, son mépris de la liberté de choix des femmes, son costume des années 1950 derrière une théorie loufoque sur le cancer. Mais il vend des livres par palettes car ce qu’il dit semble… naturel. Le sans-gluten n’a aucun sens scientifique, aucun fondement médical, sauf pour une petite minorité, mais il multiplie ses adeptes. Comme la plupart des allergies médiatiques qui n’ont d’autre intérêt que celui de pouvoir parler de soi. Après le tatouage et les réseaux sociaux, dire qu’on ne peut plus manger que des graines germées ou de la viande crue est la nouvelle voie du narcissisme. Sur le web, dans les commentaires des auditeurs, fleurissent chaque jour de nouvelles paranoïas qui, faites-en l’expérience, sont toutes reliées entre-elles par la quête d’un ennemi commun et d’une explication évidente que ce même nous cache parce qu’il défend des intérêts financiers considérables – le Juif n’est jamais loin : ainsi nous empêche-t-on de bénéficier du moteur à énergie libre, on nous empoissonne avec les chemtrails, la bonne santé du cancer tient au fait que les industriels de la pilule n’ont pas intérêt à ce qu’on sache qu’en bouffant du curcuma, nulle tumeur ne métastaserait.

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Toujours, faut-il rechercher une réponse simple qui explique tout, d’autant plus simple qu’elle s’inscrit dans notre manichéisme si français. Cela autorise à se sentir moins seul. L’autre qui ne croît pas n’a rien compris, il faut le convaincre. Et puis, cela se conjugue bien avec une déification de la nature qui a du mal à dire son nom : la Nature a toujours raison, elle saura se venger des hommes qui l’ont meurtrie, car nous avons transgressé ses règles. La théorie de Gaïa de James Lovelock a été détournée, pour aboutir à celle d’une Nature transformée en Providence grâce à sa prétendue immuabilité que l’homme, ce parasite, perturbe. La Nature, c’est la nouvelle norme du Bien, c’est le nouveau Sacré. Elle est la moderne manne céleste qui peut combler tous nos besoins si nous sommes assez sages. Le vent, la lumière, l’eau peuvent fournir de l’énergie, mais il faudra peu consommer. La terre nous nourrira, mais il s’agira de lui murmurer dans l’oreille, de ne plus lui crier dessus. Les « énergies » nous soigneront de tout, si nous acceptons de les recevoir par le biais d’huiles, de poudres, de massages forcément bénéfiques, car naturels.

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La Nature nous est supérieure, car d’elle nous procédons. Ainsi, tout geste la dérangeant est considéré a priori comme un crime, pas loin du blasphème. Élever un animal pour le manger est un comportement qui n’est plus supportable, car nous n’avons nul droit de vie et de mort sur la vache et la poule. Le chasseur, qui n’a pas l’hypocrisie de la société ayant proscrit par la loi et les mots cette violence sociable terrible qu’elle exerce sur ses membres, est reconnu comme un massacreur.

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Bien pis. La vaccination est aujourd’hui considérée par certains comme une rupture du lien entre l’enfant et la Nature, qui l’empêche de se confronter à ses agents qui pourraient le rendre plus fort. Que la piqûre ait fait reculer ces maladies qui tuaient un enfant sur deux avant l’âge de 5 ans est oublié. Que Jenner, Koch et Pasteur aient libéré l’humanité de l’obligation de se reproduire comme des lapins pour espérer voir quelques enfants atteindre l’âge adulte ne dit plus rien à personne. Que ces maladies, la coqueluche, la rubéole, la polio, reviennent, à la faveur de nouveaux foyers nés chez les enfants non vaccinés n’inquiète pas. L’essentiel est de ne pas succomber au joug de l’industrie pharmaceutique qui crée des maladies et nous empoisonne avec l’aluminium. L’important est de renouer avec la Nature.

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L’obscurantisme revient. Il s’installe sournoisement par la paranoïa, la remise en cause des acquis de la science et de la technologie, cette dangereuse dialectique dominant/dominé qui nous rassure. Ce qui nous arrive ? Ce que nous avons fait subir ! Dans cette bouillie, l’homme – occidental plutôt, capitaliste c’est certain – est responsable et la nature, comme les islamistes ou les fachos, est une victime qui aujourd’hui se rebelle. C’est bien fait pour nous. Pour atténuer nos peines, il va falloir faire allégeance et se raconter des histoires simples. Et c’est ainsi que l’écologie, une fois encore prise comme l’idiote utile d’un système de pensée néfaste, s’approche encore un peu de la mort cérébrale. La soumission gagne, la pensée magique est convoquée et recule la raison. Jusqu’à quand ?

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Frédéric Denhez a publié de nombreux ouvrages, dont Cessons de ruiner notre sol, aux éditions Flammarion. Cet éditorial, comme tous ceux de ce site, n’engage que son auteur.
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Après l’année du climat, l’année de la nature ?

 


par Carine Mayo, présidente des JNE.
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Fin 2015, les enjeux climatiques ont été propulsés à la une des journaux. 99 % des Français ont entendu parler de la COP 21 selon un sondage* paru au lendemain de la conférence sur le climat et 61 % d’entre eux ont déclaré s’y intéresser. Incroyable, alors que beaucoup pensaient au sein des JNE il y a encore 18 mois, qu’il serait difficile d’éveiller l’intérêt du public pour la question climatique (et surtout celui des rédactions !), après l’échec de la conférence de Copenhague en 2009.

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Que restera-t-il de cet emballement dans l’esprit des citoyens et dans celui des dirigeants de la planète ? Difficile de le prédire. Depuis 47 ans que notre association accompagne l’actualité environnementale, nous avons l’habitude de ces enthousiasmes qui retombent comme un soufflé. Et puis, notre monde entre dans une période d’instabilité qui rend les engagements difficiles à tenir et les prévisions encore plus incertaines.

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Et pourtant, il y a urgence à agir dès maintenant pour limiter nos émissions de gaz à effet de serre. Plus nous attendrons et plus les conséquences seront importantes. L’année 2015 apparaît déjà comme la plus chaude de l’histoire et les températures ont atteint plus de 0° C au pôle Nord en décembre !

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Mais si le changement climatique est une question centrale car il va modifier les conditions de notre vie sur terre, cela ne doit pas nous faire oublier que nous autres humains ne sommes pas les seuls habitants de notre planète. Jean-Marie Pelt, disparu peu avant Noël, savait comme personne nous raconter l’histoire des plantes et des animaux et nous faire réfléchir aux liens qui nous unissent à eux. Un homme remarquablement cultivé et ouvert sur le monde, auquel nous rendons hommage sur ce site.

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Autre personne qui n’avait pas son pareil pour secouer nos certitudes, François Terrasson, auteur de La peur de la nature et membre actif de notre association, disparu depuis 10 ans maintenant. Nous lui consacrons plusieurs articles et vous invitons à suivre les conférences qui seront organisées cette année pour montrer combien sa pensée est d’actualité.

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En effet, aujourd’hui encore, la vie sauvage nous dérange, comme en témoigne l’attitude de certains envers le loup, qui continue à faire peur, alors qu’il a failli disparaître de nos régions et qu’il a obtenu le statut d’espèce protégée en Europe. Suite à un arrêté ministériel autorisant l’abattage de loups, une trentaine de ces mammifères ont été tués en 2015, ce qui conduit plusieurs associations de protection de la nature à organiser une manifestation le 16 janvier à Lyon pour demander l’arrêt de cette chasse.

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A l’ouest, à Notre-Dame-des-Landes, c’est une vaste zone humide qui est menacée par le projet de construction de l’aéroport, alors que les autorités s’apprêtent à expulser les personnes qui y habitent. Et ce, malgré la COP 21 et malgré la présence d’espèces rares sur ce territoire. Notre ami Fabrice Nicolino devrait être aux côtés des naturalistes engagés contre ce projet d’aéroport, le 7 janvier, pour montrer l’importance de cette vie que l’on néglige. Un beau symbole, un an après l’attaque contre Charlie Hebdo dont il a été lui aussi victime.

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Nous sommes encore loin d’avoir une relation apaisée entre nous humains ou avec les autres espèces qui peuplent la nature.

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Aussi, formulons-nous ces vœux : que l’année 2016 nous permette de retrouver le chemin de la vie et de l’émerveillement, qui est un puissant moteur de changement.

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* IPSOS pour l’agence Havas France.

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La montée du FN, c’est avant tout la défaite des écologistes


par Frédéric Denhez
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Pourquoi n’est-ce pas l’écologie politique qui incarne l’envie de trouver un autre chemin ? Pourquoi le FN est-il le seul à faire espérer encore ? Pourquoi en ces temps de COP 21, alors que tout donne raison aux militants de la première heure, les écologistes ont-ils fait un score grotesque aux élections régionales ? Pourquoi n’est-ce pas eux, l’alternative aux partis corrompus par l’âge ? C’est en fait la seule question intéressante soulevée par ces élections. On sait que le monde ne peut qu’aller vers la sobriété, et EELV fait un gâchis !

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Une étrangeté, en dépit du constat de l’accablante médiocrité du personnel politique de l’écologie française. Pourquoi voter pour eux puisqu’ils ont l’air d’être comme les autres ? Cette nullité n’est en réalité que l’écume des choses, car l’écologie, telle qu’elle est portée en France, ne peut pas donner envie.

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Une étrangeté, décidément, car de conférences en débats, de rencontres en réunions publiques, l’écologie est présente partout. Elle est même devenue, grâce à la réforme grenellienne des documents d’urbanisme, l’occasion de la démocratie participative, qui n’est pas un vain mot. Allez voir les débats sur les trames vertes et bleues, par exemple. Un miracle, dans notre monarchie refoulée. Des gens de tout bord discutant de la position des haies, de la situation des zones humides, de l’intérêt d’une route, et qui du coup, chemin faisant, envisagent leurs territoires, relisent son passé, cartographient son présent, projettent son avenir. Et en modifient le cadastre sans se rendre compte que c’est par l’objectif de biodiversité qu’ils l’ont fait. Statistiquement, ces gens votent beaucoup FN, car ils sont de territoires ruraux, pauvres, oubliés. Et pourtant, l’écologie du quotidien leur a fait voir une possibilité d’avenir par eux seuls imaginée, tandis qu’ils conspuent l’écologie politique parisienne, celle des bobos-bien-mis-beaux-qui-parlent-plusieurs-langues et manient des concepts dans des concept-stores végétariens.

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On peut appeler cela une dissonance cognitive, une schizophrénie, une incapacité à vouloir pour les autres ce que l’on a réussi à avoir pour soi. Appelons cela plutôt complexité. Aussi vertueuse soit-elle, la pensée écologiste est complexe, car elle oblige à tout considérer, dans le temps, l’espace et les disciplines de la connaissance. C’est possible à une échelle locale, quand on a l’objet face à soi, c’est virtuel, autrement. La pensée du FN est à l’inverse très simple en toute occasion  : il faut revenir en arrière, faire comme avant, et c’est d’autant plus simple que ça ne mange pas de pain, vu que le FN n’a jamais exercé le pouvoir. Enfin, pas sous son habit actuel.

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Complexe, et gênant. L’avenir, demain, quoi qu’en dise, sera une remise en cause des piliers de notre mode de vie. De la voiture, du logement, de l’alimentation, de la consommation, des vacances. De tout ce pourquoi les gens se battent quotidiennement, parce que la société leur demande de le faire. Il faut consommer, consommer comme le voisin, rouler en voiture parce qu’il faut bien travailler en partant de la maison qu’on a acheté loin parce qu’elle était moins cher, pour un crédit épuisant qui ne trouvera de fin qu’à l’aube de la retraite, quand on l’aura. Et il faudrait que tous ces efforts fussent vains ? ! Qu’ils fussent même le symbole de la gabegie d’une société toxique ? Renoncer à ce que l’on peine à obtenir n’est pas a priori le projet social le plus excitant.

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La société de consommation n’a pas besoin de consommateurs solvables, mais de consommateurs frustrés. Les pauvres sont sa litière. Et ils sont nombreux : en gros, la moitié de la France qui gagne, net, à peu près le SMIC. Qui veut consommer comme les autres, pour maintenir son rang, et n’a pas envie qu’on lui dise que c’est mal, parce que consommer c’est la preuve qu’on n’est pas – encore – dans la misère. L’écologie politique est de fait pour la majorité des Français une alternative crédible, car elle promeut de consommer différemment, d’aménager les territoires différemment, de créer des emplois différents, selon des symboles sociaux différents, mais elle est inaudible !

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Car quiconque refuse d’entendre le porteur de nouvelles qui le dérangent intimement. Le syndrome de la femme battue : la perspective d’une autre réalité fait plus peur que le triste quotidien auquel on s’est habitué, pour le rendre supportable. En particulier dans une société qui a érigé la victime en héros moderne. La victime est l’acteur principal infantile et déresponsabilisé de notre comédie humaine : ce qui lui arrive n’est jamais de sa faute, on aime la plaindre. C’est l’autre, le gouvernement, l’étranger ou le « gaulois », le maire-qui-nous-avait-pas-prévenu-qu’on-construisait-en-zone-inondable ou le technocrate qui est à désigner. Pas le pauvre malheureux. Qu’on caresse comme un chien.

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La victime n’écoute pas le porteur d’espoir s’il a des allures de prédicateur. Or, les messagers de l’écologie politique continuent de manier un discours accusatoire, catastrophiste, technique, désincarné, maniant de grands principes, dénigrant l’idée de progrès, redoutant l’État, fustigeant les entreprises, promouvant la si lointaine l’Europe, l’amitié entre les peuples, la bonté intrinsèque de l’homme etc. ; un discours qui, promettant in fine la pénitence par la sobriété pour éviter, c’est pas sûr, la guerre pour l’eau ou le pétrole, sous un climat de canicule, n’est pas désirable.

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Comment adhérer à une perspective de bouleversement qui fait plus peur que la peur de l’évidence de notre décadence ?

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Il manque à l’écologie un récit alternatif à la fois à l’eschatologie judéo-chrétienne et à la culture du progrès issue des Trente glorieuses. Il lui manque de se débarrasser de l’utopie pour l’envie. Il lui manque de dire que son projet n’est pas écologique mais politique, parce qu’écologique : s’adapter au changement climatique, c’est se préparer à un cycle de l’eau altéré, à suivre précisément le trajet de la goutte de pluie entre le ciel et la rivière pour éviter qu’elle ne dévale trop vite vers la ville, à privilégier et préserver en conséquence les sols de qualité, qui sont des réservoirs, ainsi à interroger l’aménagement du territoire et les pratiques agricoles, c’est-à-dire l’organisation du foncier, et donc, la répartition des pouvoirs et leur nature même. Et l’on s’aperçoit alors qu’en parlant sols, on parle prix de l’immobilier et coût de la voiture, on remet en cause l’organisation de la prise de décision et l’écheveau politique, le pouvoir du maire et les attributions des découpages administratifs. On révolutionne pour le bien commun.

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Voilà, c’est ça, l’écologie : de la politique.

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Frédéric Denhez a publié de nombreux ouvrages, dont Cessons de ruiner notre sol, aux éditions Flammarion. Cet éditorial, comme tous ceux de ce site, n’engage que son auteur.
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Climat : le temps des solutions ?

 


par Olivier Nouaillas
vice-président des JNE

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Nous sommes quelques-uns aux JNE à avoir suivi un certain nombre de COP et autres Sommets de la Terre. Et nous voyons s’approcher la 21e, prévue à Paris du 30 novembre au 11 décembre, avec peut-être une certaine dose de scepticisme. Comment, en effet, croire encore à un processus onusien qui dure depuis aussi longtemps, ceci alors que l’urgence climatique n’a jamais été aussi grande ?

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Grâce aux scientifiques du GIEC et à ses cinq excellents rapports, nous savons, en effet, tout de la menace qui nous guette si nous ne faisons rien : un réchauffement de + 4,8° C d’ici à 2100, la fonte de la banquise et des glaciers, la montée du niveau de la mer de plus d’un mètre, la bombe à retardement du permafrost, l’acidification des océans, l’effondrement de la biodiversité, la multiplication des extrêmes climatiques (inondations, sécheresse, cyclones….), l’insécurité alimentaire, les réfugiés climatiques … N’en jetez plus dans un monde déjà chaotique, inégalitaire, en proie à la violence, les récents attentats terroristes de Paris en étaient un des cruels et horribles exemples.

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Aussi, dans ce climat particulièrement anxiogène, faisons, nous les journalistes chargés de décrypter l’écologie, l’effort de ne pas en rajouter dans le catastrophisme. Car le risque est grand de finir d’apeurer nos sociétés et la peur, comme chacun le sait, est très mauvaise conseillère. Et si – oui et si …- le sommet de Paris marquait non pas l’aboutissement (ne rêvons pas …), mais le commencement des solutions. Pour la première fois, en effet, plus de 170 pays, représentant 91 % des émissions des gaz à effet de serre (dont la Chine et les Etats-Unis, les deux plus grands pollueurs) ont envoyé leur contributions volontaires de réduction de leur GES. Certes, l’ONU et de nombreuses ONG ont montré qu’en les additionnant nous restions sur un trajectoire de 3° C de réchauffement, bien au-dessus du fameux seuil de 2° C, défini comme le seuil ultime lors du sommet de Copenhague en 2009.

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C’est bien pour cette raison – la bouteille à moitié vide (pour les pessimistes) ou la bouteille à moitié pleine (pour les optimistes) – qu’il ne faudra pas lire l’accord éventuel du sommet de Paris de 2015 avec des lunettes en noir et blanc. Comme souvent, le diable se cache dans les détails et les « détails » de l’accord de Paris seront diablement importants pour l’avenir de la planète et de l’ humanité. Quid du financement du Fonds vert pour le climat, si important pour les transferts de technologies pour les pays du Sud ? Quid de leur complémentarité avec les objectifs de développement durable définis par l’ONU ? Quid de l’instauration progressive d’un prix mondial du carbone ? Quid du transfert des subventions aux énergies fossiles vers les énergies renouvelables ? Quid de l’accélération de la transition énergétique et écologique déjà engagée dans les villes et les territoires ? Quid de la sincérité des engagements des entreprises, dont certaines (pas toutes, là aussi ne soyons pas manichéens) sont tentées par le greenwashing ? Quid – et ce sera sans doute l’un des points les plus importants – des clauses de révision et des moyens de contrôle de l’accord de Paris pour ne pas attendre, les bras croisés, 2020, l’année de son entrée en vigueur ?

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Si nous n’attendons pas de Paris un « accord miracle », celui du grand soir écologique qui réglerait d’un coup de baguette magique tous les problèmes, ce sommet peut être celui du début des solutions. A ce stade, la pression de la société civile, privée de manifestations pour cause d’état d’urgence, continue d’être indispensable. A elle d’être inventive et de continuer à dire que pour commencer à résorber ce chaos mondial qui cherche à engloutir toutes nos espérances d’un monde plus fraternel et solidaire, la lutte contre le changement climatique reste un puissant facteur de paix.

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Olivier Nouaillas est co-auteur avec Jean Jouzel de Quel climat pour demain ? (Dunod, 2015). Il tient le blog « Planète verte » sur lavie.fr. Cet éditorial, comme tous ceux de ce site, n’engage que son auteur.

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Vous pouvez suivre toute l’actualité de la COP 21 sur le site de l’AJEC 21.

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Faut-il faire le choix du journalisme militant ?

 


par Allain Bougrain-Dubourg
BOUGRAIN-DUBOURG-Allain

 

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Une étudiante en journalisme me questionnait récemment sur la manière d’exercer son futur métier. Dois-je m’engager, faut-il militer ? me demandait-elle. Je lui ai répondu qu’il y avait deux manières de traiter l’information. Celle qui doit être factuelle, se limitant à rappeler les faits et celle du prosélytisme, s’appliquant surtout dans les « billets d’humeur ».

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Lors de notre entretien, un événement que j’avais vécu m’est revenu en mémoire. Il remonte à deux décennies. En tournage à Taiwan, on me propose de filmer la capture d’un tigre et l’exploitation de ses « produits dérivés », à condition que je paie une quote part pour l’expédition. J’ai demandé une nuit de réflexion avant d’annoncer le lendemain que je ne participerais pas à la mise à mort du tigre.

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Aujourd’hui encore, je me demande si mon choix éthique fut le bon. Bien sûr, j’ai ainsi soulagé ma conscience, mais ai-je servi la cause ? Les images de l’agonie du félin auraient sûrement mobilisé l’opinion mondiale alors que la pauvre bête s’est de toute façon éteinte… dans la plus grande indifférence.

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Doit-on être journaliste actif ou passif ? Le choix se dessine sûrement en fonction des sensibilités.

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Autre question posée par cette étudiante : « comment faire évoluer la cause animale ? » Sur ce thème, j’ai la réponse. Seuls les « événements » mobilisent les consciences. L’exemple récent de l’abattoir d’Alès en fait la démonstration. Voilà des lustres que les associations de protection animale dénoncent les conditions inacceptables d’abattage, tout particulièrement dans le secteur « rituel », halal et casher, et on ne peut pas dire que la société s’en émeuve même si plus de 50 % de la viande est ainsi obtenue. Il a fallu une caméra cachée témoignant de l’horrible traitement pour que la réalité se répande dans les médias.

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Autre exemple significatif, celui visant à inscrire l’animal au titre d’ « être sensible » dans le Code Civil. Là encore, on ne compte plus les tables rondes au ministère de l’Agriculture, les pétitions et autres débats qui ont traité de cette question, laissant le projet lettre morte.

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C’est en réalité un « Manifeste de 24 intellectuels » qui a déverrouillé le dossier, au point que quelques semaines plus tard, en janvier 2015, l’Assemblée nationale votait en lecture définitive la reconnaissance « d’un être vivant doué de sensibilité » dans le Code Civil.

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Pourquoi une soudaine prise de conscience ? Tout simplement parce qu’on n’imaginait pas que les intellectuels en question (de sensibilités politiques diverses) se prononcent sur un tel sujet. En cosignant le texte, ils ont créé l’événement.

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Greenpeace a bien compris la mécanique. Lors de sa création, en 1971 à Vancouver, les précurseurs ont clairement annoncé qu’ils n’engageraient que des campagnes susceptibles d’être médiatisées.

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Regrettant de ne pouvoir s’attarder sur les autres sujets, ils avaient la conviction de pouvoir faire ainsi évoluer les comportements. Fidèles à leur engagement, ils ne manquent jamais de « créer l’événement » pour passer leur message. Et ça marche !

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Reste à savoir comment s’y prendre aujourd’hui pour dénoncer la schizophrénie à laquelle nous assistons concernant la biodiversité. D’un côté, au plus haut niveau de l’Etat, on répète en boucle que la France doit être exemplaire en matière de biodiversité. De l’autre, sur le terrain, on s’en prend au vivant comme jamais. Les bouquetins du Bargy sont abattus malgré les recommandations et oppositions du CNPN, de l’ANSES, etc. Les loups sont traqués et abattus jusque dans le cœur d’espaces protégés. Les vautours sont métamorphosés en redoutables prédateurs. Les bernaches cravants sont jugées envahissantes… et la liste n’est pas close.

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Je serais étudiant en journalisme animalier, il y a fort à parier que je deviendrais journaliste militant !

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Pionnier de la défense de la nature et des animaux en France, Allain Bougrain-Dubourg vient de publier Il faut continuer de marcher, aux éditions La Martinière (lire ici la recension de ce livre par Marc Giraud). Vous pouvez le retrouver tous les dimanches matins à 7 h 54 (ou en podcast) dans Curieux de Nature sur France Inter. Cet éditorial, comme tous ceux de ce site, n’engage que son auteur.

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La Charte du Parc National de la Vanoise rejetée : une tragédie

 


par Yves Paccalet

 

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Je contemple la montagne par la vitre de mon bureau. La Vanoise est sublime : alpages lavés d’ocre et de rouge, sommets bleu marine, avec des rochers niellés de névés reblanchis par la neige fraîche. Et là-bas…, là-bas…, l’énormité (oui, encore !) des glaciers du Pelve et de Chasseforêt, qui baisent un nuage comme en un rêve de Baudelaire…

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Seules 2 communes sur 29 ont adhéré à la Charte

 

Un aigle tourne au-dessus des épicéas. Hier, un gypaète nous a rendu visite. Derrière la maison, deux biches et deux chevreuils ont brouté dans le pré. Scènes de paix. Nature aimable. Mais sale temps de fatigue sur la bête écolo que je continue d’héberger !

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Hier, mercredi 30 septembre, j’étais à Chambéry. J’ai passé la matinée assis sur une chaise, et pas pour rigoler… Nous avions une réunion du Bureau, puis du Conseil d’Administration du Parc national de la Vanoise.

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Je néglige les dossiers annexes. Le premier gros morceau a consisté à dresser le constat d’un échec dévastateur : celui du vote des communes sur la Charte d’adhésion.

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Vingt-neuf étaient concernées. Deux ont dit « oui » : Peisey-Nancroix et Saint-Martin-de-Belleville. Les autres, même celles dont le maire était « pour » (Champagny, Termignon, Aussois…), même celle dont je suis conseiller municipal (Bozel), ont répondu « non ».

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J’aurais préféré être Guadeloupéen

 

Le directeur du Parc, Emmanuel Michau, en avait les larmes aux yeux. Le président, Guy Chaumereuil, tentait de faire bonne figure. Le jeune maire de Peisey-Nancroix, Laurent Trésallet, nous a gratifiés d’une intervention enthousiaste, positive, tournée vers l’avenir et pleine de sagesse, qui m’a mis du baume au cœur. Il en aurait fallu d’autres.

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Le Parc national de la Vanoise constitue une triste exception. Il est le seul, parmi les dix de la France, dans lequel les municipalités n’ont pas adhéré à au moins 75 %. J’ai déclaré au Conseil que j’aurais préféré être Guadeloupéen puisque, là-bas, le « oui » l’a emporté à 100 % !

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Les efforts que nous avons pu faire (discours, réunions publiques, articles, pétitions…) sont restés vains. Nous nous sommes heurtés, année après année, aux mêmes récriminations aigries, répétées, recyclées, ressassées ad nauseam… J’en rappelle quelques-unes : le Parc gêne nos projets de développement. Nous refusons une couche supplémentaire de règlements. Les Parigots n’ont pas à nous dicter leur loi. Notre économie, c’est le ski. Le Parc de la Vanoise, nous l’aimons à tel point que nous voulons l’étrangler…

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Une séquestration violente condamnable

 

À peine avalée l’amertume du rejet de la Charte, et de la dégradation collatérale de l’image de la Savoie aux yeux du monde, il a fallu évoquer un scandale : la séquestration du directeur du Parc, de son président et d’un de ses agents (Frank Parchoux). Cela s’est passé à Bramans, en Maurienne, dans la nuit du 1er au 2 septembre.

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Les trois hommes ont été retenus pendant 15 heures par un groupe d’éleveurs de brebis qui exigeaient de pouvoir abattre cinq loups. Guy Chaumereuil nous a raconté, avec pudeur mais sans fard, que les preneurs d’otages se sont conduits en brutes vociférantes et méprisantes, qui insultaient non seulement la fonction des détenus, mais leur personne. Ces hors-la-loi, hélas, ont obtenu ce qu’ils voulaient, et le droit de massacrer non pas cinq, mais six loups. En séance, le préfet de la Savoie, Éric Jalon, nous a assurés (dont acte) qu’au contraire de ce que prétend la rumeur, il n’a pas négocié tant que la séquestration était en cours.
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J’ai demandé que le Conseil d’Administration réprouve solennellement ces violences et proclame sa solidarité avec les victimes de la séquestration. Vous le croirez si vous voulez : la résolution a été adoptée, mais certains administrateurs ont voté contre. Je leur souhaite du courage lorsqu’ils voudront condamner les illégalités des banlieues ou les enlèvements de Daesh.
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On ne devrait pas pouvoir fusiller les loups dans le parc

 

Le troisième sujet venait dans le fil du précédent : le loup. Oui « le » : c’est ainsi qu’on singularise la chose, l’espèce animale ou l’humain qu’on désire éliminer. « Le » cancer. « Le » migrant. « Le » loup…
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Le Parc national de la Vanoise aide les éleveurs. Il leur propose une série de mesures positives, notamment des aides au gardiennage des troupeaux. Cependant, pour nombre de bergers, il n’existe nulle autre solution que l’exterminationdu prédateur. La tuerie a déjà commencé, et pas seulement en Savoie.

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J’ai indiqué qu’en France, nous avons moins de 300 loups, et que la population de l’espèce a même diminué en 2015 par rapport à 2014. J’ai rappelé qu’en Italie, les loups sont 1 500, et 2 000 en Espagne ; et que, dans ces deux pays, ils causent bien moins de souci qu’en France. J’ai affirmé, de surcroît, qu’à mes yeux il existe deux lignes rouges : primo, je refuse qu’on remette en question le statut de protection de Canis lupus (et la Convention européenne de Berne dont la France est signataire) ; et, secundo, je n’admets pas qu’on autorise des chasseurs à fusiller l’animal dans le cœur du parc.
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Mon âme a compris que les fusils se rapprochent

 

Vous me croirez ou non, mais dans la résolution votée par le Conseil d’Administration, deux phrases ambiguës laissent entendre qu’on pourrait, primo « faire évoluer » le statut du loup en tant qu’espèce protégée ; et, secundo, que la question de sa traque dans le cœur du parc « ne doit pas être un préalable à la discussion ».

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La bête écolo qui s’agite en moi depuis des décennies donne des signes de lassitude.

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Mes indignations s’effritent à force de se briser sur le mur des saccages, des pollutions et des violences faites à la Beauté. Je fatigue. Mes cris rageurs se muent en couinements de chiot.

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Le loup qui hurlait dans ma cervelle et par ma bouche n’est plus capable d’émettre que des gémissements pitoyables. Mon âme a compris que les fusils se rapprochent, que le béton et la bagnole gagnent la bataille, que le fric assoit son empire, et que mes petits-enfants ne connaîtront jamais les plaisirs que j’ai connus quand j’étais petit sauvageon en liberté dans la montagne.

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Administrateur du Parc de la Vanoise et membre des JNE, Yves Paccalet a publié de nombreux livres, dont Éloge des mangeurs d’hommes (Éditions Arthaud). Retrouvez-le sur son blog en cliquant ici. Cet éditorial, comme tous ceux de ce site, n’engage que son auteur. Il est paru également dans le Plus de l’Obs.

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Agriculture, des révolutions en marche !


par Frédéric Denhez
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« Agriculture, des révolutions en marche ! »  : c’est le titre de la conférence d’ouverture du Salon Biobernai 2015, qui se tiendra le week-end prochain à Obernai, bonne ville brassicole des confins alsaciens de la République. Les JNE en seront, j’en serai l’animateur et co-organisateur.

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Des révolutions ? Multiples et contradictoires. On l’a vu avec le prurit des manifestations d’éleveurs. On l’entend au « viande bashing » permanent. On le renifle aux algues vertes étalées à Plestin-les-Grèves. On le ressent à notre mauvaise conscience à écrire sur les bons produits tout en achetant au moins cher à l’hyper. L’agriculture est le point de cristallisation de nos contradictions. On l’aime pour ce qu’on y projette, on la déteste pour ce qu’elle est, mais l’on se rend compte qu’elle est en train de changer.

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L’agriculture est dans une situation étrange, et c’est l’élevage qui en parle le mieux. Voilà une profession qui disparaît dans une indifférence polie. Le plus grand plan social de notre histoire concerne 250 000 personnes, et la majorité de nos paysages nés de la dent des vaches et du sabot du mouton. Appauvris par la grande distribution qui leur achète sous le prix de revient, les éleveurs sont poussés par la FNSEA et les banques à s’endetter pour investir afin de réduire un peu plus leurs frais de production. Un engrenage qui ne peut pas connaître de fin dans la mesure où nous, consommateurs, souhaitons le moins cher que la concurrence internationale nous offrira toujours. Alors les éleveurs reprennent régulièrement un crédit pour moderniser leurs salles de traites. Jusqu’à l’épuisement.

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S’ils ne font pas faillite, ils profitent des aides pour retourner leurs prairies, abattre leurs stabulations et faire du maïs ou du blé, bien mieux rémunérateurs. Et bien pire d’un point de vue écologique. Souvent, aussi, ils se suicident : la profession d’éleveur est deuxième sur le podium, juste derrière la Police et la Gendarmerie nationale. Pour achever l’avenir, les jeunes sont peu nombreux à se présenter quand la Safer propose une reprise de bail. Éleveur, c’est passer plus de temps avec ses vaches qu’avec sa famille. Les statistiques de L’amour est dans le Pré, qui circulent dans le milieu, sont éloquentes : aussitôt fléché par Cupidon, l’éleveur se barre !

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Il en a d’autant plus la motivation, que son métier est honni par la société. Car voyez-vous, la viande et le lait, c’est pas bien pour la planète. Manger du faux-filet, c’est comme faire un Paris-Lune en Apollo-diesel. Et l’on ne parle pas de la pollution des eaux. Ni des veaux, des vaches, des cochons et des couvées que l’éleveur fait horriblement souffrir. Non seulement il est un destructeur de planète, l’éleveur est aussi un tortionnaire. Il faudrait vraiment être maso pour se lever encore à 5 heures Il faut les écouter : ils en ont marre d’être accusés de tous les maux.

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C’est en fait plus profond que cela, car ils ont peur, aussi, de cette ferme des Mille Vaches qui a poussé en Somme. Pourtant, elle leur promet de produire du lait à moindre émission de CO2 et de coût par une gestion optimale des intrants et des extraits ! Du « minerai » fort couru dans le secteur agroalimentaire, qui a besoin de molécules-base, et facile à exporter vers les marchés émergents qui en boivent à satiété. Alors, pourquoi cette ferme leur fait autant peur ?

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Parce qu’elle symbolise la menace profonde que les demandes contradictoires de la société font peser sur l’essence même du métier d’agriculteur.

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Produire mieux (pour nous), plus (pour l’exportation) en polluant moins, c’est possible, si l’on s’engage dans une démarche industrielle, qui massifie pour diminuer les impacts par unité de produit ; ou bien si l’on se replace sur le sol, dans une démarche dite « agro-écologique » qui ne peut trouver de rémunération qu’en contrôlant peu ou prou la distribution et ou la vente de ses produits. Agriculteur… et vendeur. La philosophie est différente, la révolution est la même : la millénaire anthropologie de l’élevage dit « anglo-normand », fondée sur la cellule familiale et le rapport étroit entre l’homme et l’animal, est menacée de disparition. Quelle sera sa remplaçante ? Nul ne le sait vraiment, et c’est angoissant, comme une révolution qu’on sent poindre.

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Alors, puisqu’ils sont aussi lucides qu’incapables de choisir, car ils ont accepté comme des moutons trois malheureux centimes de plus par litre de lait généreusement abandonnés par leurs maîtres exploiteurs (qu’ils ne nomment jamais dans les congrès professionnels : « grande distribution », c’est comme Voldemort dans Harry Potter), et puisqu’ils font mine de se réjouir d’une énième aide gouvernementale au renouvellement de leurs endettements, aidons-les. Par nos choix de consommateurs, certes, en cessant surtout de les enfermer dans notre manichéisme bien pratique. Il n’y a que l’agriculture pour entretenir nos paysages dont les services n’ont pas de prix. Il n’y a qu’elle pour nous nourrir.

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Frédéric Denhez a publié de nombreux ouvrages, dont Cessons de ruiner notre sol, aux éditions Flammarion. Cet éditorial, comme tous ceux de ce site, n’engage que son auteur.
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Encyclique « Laudato Si » : un pape écologiste, mais pas décroissant


par Jean-Claude Noyé

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Nous l’avons tant attendu, ce grand texte du magistère romain sur l’écologie ! Certes, les prédécesseurs du pape François n’ont pas manqué d’exprimer leurs inquiétudes devant la destruction de la planète, dont ils ont vite pris la mesure.

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Mais leurs déclarations successives n’ont pas fait «masse». Elles n’avaient pas le caractère solennel des encycliques et leur capacité de déclencher des réactions de grande ampleur. Si le texte papal sur « La sauvegarde de la maison commune » a fait le buzz, c’est sans doute aussi en raison de son caractère engagé. Il doit son titre, Laudato Si, « Loué sois-tu » en latin, aux premiers mots d’une célèbre prière de saint François d’Assise, le cantique des Créatures : « Loué sois-tu Seigneur par tes créatures, spécialement messire frère Soleil par qui tu nous donnes le jour, la lumière … » En commençant ainsi son encyclique, le pape, qui a choisi de situer son pontificat sous l’autorité spirituelle du «Poverello» en adoptant son nom, se place résolument dans les pas de celui que Jean-Paul II a fait patron des écologistes.

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De fait, la référence à François d’Assise traverse cette encyclique de part en part. Particulièrement dans la partie finale, dans laquelle le souverain pontife appelle tous les hommes à une conversion écologique qui s’appuie sur une spiritualité non moins écologique aux accents franciscains : simplicité volontaire, attitude d’humilité dans nos relations avec les hommes comme avec la Création, efforts pour retrouver une attitude contemplative devant le monde, moins vorace, moins prédatrice.

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Le pape dénonce la culture du déchet, fait la promotion d’une société de sobriété heureuse et évoque même la nécessité « d’accepter une certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources pour une saine croissance en d’autres parties ». (p. 148).

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Cela suffit-il à faire de lui un décroissant, comme suggéré ci et là ? Certes non, pour preuve sa référence fréquente au «développement durable». Un oxymore que les décroissants détestent parce qu’il est trop lourd d’ambiguïtés. De même, le pape reste plus qu’ambivalent sur les OGM, n’aborde pas la question du nucléaire, dénonce la toute-puissance de la techno-science tout en faisant la promotion des sciences. Ajoutons qu’il s’oppose au contrôle des naissances comme réponse appropriée à la crise écologique et qu’il réaffirme (sans s’attarder) son opposition à l’avortement. Bref, comme écologiste de longue date, on peut rester sur sa faim.

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Faut-il pour autant bouder notre plaisir ? Sûrement pas, car la tonalité globale du texte papal reste celle d’une dénonciation plutôt radicale des errances de la société de consommation, sur fond de dénonciation du capitalisme financier et d’appel vibrant à entendre tant le cri des pauvres que celui de la Terre. Une invitation expresse à comprendre « l’urgence et la nécessité d’un changement presque radical dans le comportement de l’humanité » (page 5).

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Gageons qu’il sera entendu, des simples fidèles comme de la hiérarchie catholique qui, au lieu d’avoir une longueur d’avance en matière d’écologie, a, hélas, une longueur de retard. Il est vrai qu’elle revient de loin, toute marquée qu’elle a été pendant des décennies par le mythe du progrès et le modèle productiviste. Pour preuve, l’appui constant de l’ancienne JAC (Jeunesse catholique agricole) à la PAC (politique agricole commune) et à son cortège de destructions.

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Autant dire que les chrétiens doivent encore faire leur révolution culturelle. C’est pour les y aider que l’hebdomadaire La Vie et le diocèse de Saint Etienne organisent dans cette ville, les 28, 29 et 30 août 2015, les deuxièmes Assises chrétiennes de l’écologie. L’occasion de donner la parole à des théologiens, philosophes et journalistes d’investigation. Mais aussi à des militants de base – croyants ou non – qui feront part, dans plus de 80 forums, de leurs actions concrètes pour la « Sauvegarde de la maison commune ». Un rendez-vous dont on aimerait qu’il marque durablement les esprits. Comme le fit le précédent.

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Membre des JNE, Jean-Claude Noyé est journaliste à La Vie et co-organisateur des Assises chrétiennes de l’écologie.

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Le texte intégral de l’encyclique en français : http://w2.vatican.va/content/dam/francesco/pdf/encyclicals/documents/papa-francesco_20150524_enciclica-laudato-si_fr.pdf

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Le programme des Assises chrétiennes de l’écologie
rencontres-ecologie-2015.assises-chretiennes.fr/assisces_chretiennes/Assises.html

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Pour s’inscrire aux Assises chrétiennes de l’écologie
rencontres-ecologie-2015.assises-chretiennes.fr/assisces_chretiennes/Inscriptions.html

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Le silence du monde


par Hugo Verlomme
Verlomme-Hugo

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Entendez-vous ce grand silence ? Sentez-vous flotter une gigantesque absence ?… C’est l’empreinte de la mer, les 72 % de la planète qu’on n’entend jamais. Au cours des années Cousteau, on l’avait définie comme « Le Monde du silence », alors que les baleines y chantent de véritables cantates et que les crevettes y caquettent jour et nuit. Cette partie-là du monde, qui représente nos origines et notre futur, la mer, reste quasi absente de la scène mondiale. Or, le véritable théâtre du changement climatique, c’est bien l’océan, le grand maître des tempêtes, le creuset des cyclones, le terrain de jeu des vagues scélérates hautes de plus de 30 mètres…

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Il aura fallu attendre les marées noires, la montée des eaux, la surpêche, le pillage des grands fonds, les pollutions multiples et invisibles, il aura fallu attendre des ouragans hors-norme de plus en plus dévastateurs et l’acidification des océans, pour qu’on commence à prendre en compte la mer dans les enjeux du présent.

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Sachez-le, nous ne vivons pas dans deux mondes séparés, d’un côté les terres, de l’autre, les mers… Ce sont les deux faces d’un même corps. Trop longtemps, nous avons considéré le bord de l’eau comme un précipice infranchissable, mais voilà qu’en ce XXIe siècle, l’humanité commence à opérer un salutaire retour à la mer. Le phénomène est planétaire ; désormais, la majeure partie de la population mondiale vit à proximité du littoral.

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Alors qu’on célèbre la Journée Mondiale des Océans le 8 juin, il nous faut impérativement adopter une vision holistique du monde et réintégrer la présence de l’océan dans chacun de nos gestes, dans chacune de nos décisions, car tout en vient et tout y retourne…

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La pollution des mers provient essentiellement des terres. Le cycle de l’eau, pluies, rivières, mers et océans, nuages, pluies, nous montre comment tout circule et comment des produits répandus loin des mers s’y retrouvent par le jeu des bassins-versants. L’océan est le grand régulateur, le cœur de notre système planétaire, peut-être même le cerveau. C’est pourquoi tous nos gestes se répercutent, directement ou indirectement, sur l’océan. Dès lors, cultiver des carottes bio, utiliser des énergies renouvelables ou cesser de répandre des polluants dans notre vie quotidienne, est non seulement bénéfique pour la terre, mais aussi pour les eaux douces et salées.

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Autre exemple : une bonne partie du bétail et du poisson d’élevage est nourrie de farine de petits poissons pêchés en masse (surpêche minotière). Or, il faut 3 kg de ces poissons frais pour produire 1 kg de farine, puis il faut 3 kg de cette farine animale pour produire 1 kg de steak ! La déperdition est vertigineuse, un véritable gâchis. Ainsi, manger moins de viande industrielle ou de saumon d’élevage, contribue à sauver la biodiversité marine. Il est urgent d’adopter cette vision globale du monde : lui rendre sa face cachée et l’entendre enfin. On ne peut prétendre protéger la Terre sans protéger activement la mer, qui n’a jamais subi autant de ravages.

 

Catherine Chabaud et Hugo Verlomme Mai 2015

Catherine Chabaud remet le pavillon Océan et climat à Hugo Verlomme – Bayonne -20 mai 2015

 

J’ai eu la chance et l’honneur de recevoir, le 20 mai dernier à Bayonne, le « Pavillon Océan et Climat » des mains de la navigatrice Catherine Chabaud qui, depuis des années, travaille activement pour inventer les bateaux écologiques du futur avec Innovations bleues.

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Elle a entrepris un tour de France pour le climat afin de remettre l’océan à sa vraie place lors de la Conférence COP21 cet hiver à Paris. Parmi le public présent ce jour-là, une dame a demandé : « Mais je ne vois pas le rapport entre le voilier du futur et le changement climatique ? ».

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C’est en entendant ce genre de question, légitime, qu’on comprend à quel point il est contre-productif de vouloir nier le changement climatique. Car ce qui est bon pour l’océan est automatiquement bon pour lutter contre le changement climatique. Cette menace sert en effet de catalyseur, permettant au plus grand nombre de prendre conscience de l’état de la planète, ce qui contribue à la protéger. Une telle question, symptomatique, montre que nous devons d’urgence cesser d’être borgnes ou sourds à l’autre moitié de nous-mêmes, la part océanique de l’humanité.

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Hugo Verlomme, journaliste, auteur d’une trentaine de livres sur la mer, vit dans le Sud Ouest, tout près d’une plage des Landes. Cet éditorial, comme tous ceux de ce site, n’engage que son auteur.

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Des épidémies, des animaux et des hommes


par François Moutou
Moutou

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Qu’on le veuille ou non, le décompte de la biodiversité doit intégrer aussi tous les microorganismes associés aux plantes, aux champignons et aux animaux. Et certains de ces microorganismes possèdent eux-mêmes leurs propres parasites (au sens large du terme). On peut discuter pour savoir si les virus entrent ou non dans ce recensement, mais cela ne change plus grand-chose, ils sont là.

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Comme la biodiversité, c’est surtout l’ensemble des relations unissant tous ces vivants, il apparaît vite que les notions de santé et de maladie figurent parmi les expressions naturelles de la biodiversité. En tant qu’individus, nous préférons clairement le premier terme (santé) au second (maladie). Voici quelques réflexions à ce sujet.

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Les pressions actuelles sur la biodiversité vont probablement entraîner la perte de nombreuses espèces. Le processus est déjà enclenché. Faut-il d’un côté regretter la disparition d’animaux et de plantes, mais de l’autre se réjouir de celle de certains parasites, bactéries, virus ? La situation est peut-être un peu plus complexe.

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Une notion importante en biologie est celle de symbiose. Elle illustre un type de relations très particulières, mais très répandues entre espèces. Chaque individu de chaque espèce est lui-même constitué de nombreuses autres espèces. Chaque être humain porte plus de bactéries qu’il n’a de cellules dans son propre corps. Chacune de nos cellules contient des mitochondries, leurs centrales énergétiques, dérivées de bactéries qui se sont associées pour de bon avec nous. Au moins 10% de notre génome est composé de séquences probablement d’origine virale et qui se sont intégrées à notre ADN au cours des temps géologiques. Et tout cela nous est indispensable. Nous ne pouvons pas vivre sans eux. La question est donc peut-être d’apprendre à mieux se connaître, à mieux vivre ensemble, avec tous les autres vivants, au moment où la disparition de nombre d’entre eux semble de plus en plus inéluctable.

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Soyons clairs, l’idée n’est pas d’héberger tous les microbes, coûte que coûte. En réfléchissant un peu aux processus épidémiologiques, en les étudiant de plus près, il apparaît cependant que toutes les maladies, toutes les épidémies, ne sont pas que des fatalités. L’arrivée des maladies émergentes, les MIE pour « maladies infectieuses émergentes », l’expression à la mode du moment, ne doit pas faire illusion. Il ne s’agit que de maladies dont les agents n’étaient pas encore connus, au même titre que les espèces animales et végétales encore régulièrement découvertes et décrites. On peut même supposer que chacune de ces nouvelles espèces héberge un cortège de microorganismes encore à découvrir. Il reste du travail pour tous les systématiciens de bonne volonté.

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Est-ce à dire qu’il faudrait apprendre à vivre avec les tigres, les ours et les loups comme avec les virus de la poliomyélite, de la rougeole ou de la grippe ? A vivre entre-nous ? Les trois derniers nommés ont un bilan nettement plus impressionnant que les trois premiers. Là où ces animaux existent, quelques précautions sont peut-être à prendre. Là où ces virus sont présents, il y a peut-être quelques règles d’hygiène à respecter. Si le progrès consistait seulement à éliminer ce qui gêne, le bilan serait assez brutal, encore plus que la situation actuelle. C’est pourtant un peu la tendance, mais est-ce la bonne approche ?

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L’impact global de sept milliards d’êtres humains sur la planète, leur besoin d’espace, d’eau, de nourriture, l’envahissement de toujours plus de milieux non habités jusque-là, tout cela favorise les nouvelles rencontres. Certaines sont suivies d’effets. Comme pour le reste, la maîtrise de la santé passera par une maîtrise de ces impacts et la réponse sera probablement d’abord politique. Amélioration de l’économie, de l’éducation, de la démocratie, de la tolérance, de la stabilité, lutte contre l’insécurité, la corruption, la pauvreté. La biodiversité a bon dos.

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François Moutou publie le 13 mai 2015 Des épidémies, des animaux et des hommes aux éditions Le Pommier. Cet éditorial, comme tous ceux de ce site, n’engage que son auteur.

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