Editos

Le droit de savoir

 


par Carine Mayo, vice-présidente des JNE
Mayo-Carine

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Lundi 13 novembre, les familles des 641 élèves du collège Saint-Exupéry à Vincennes, en région parisienne, ont appris que cet établissement allait fermer jusqu’à la fin de l’année scolaire. A l’origine de cette décision, une pollution par des solvants chlorés retrouvée dans les sols. Cette pollution serait due à l’activité d’une fabrique de métaux, présente sur le site de 1900 à 1970. Même s’il n’y avait pas d’urgence sanitaire selon les autorités, la situation a été jugée suffisamment sérieuse pour que le principe de précaution soit appliqué et que le déplacement des élèves soit envisagé.

Ce n’est pas la première fois qu’une école de Vincennes doit fermer à cause d’une pollution d’origine industrielle. Fin 1999, le toxicologue Henri Pézerat avait alerté les autorités sanitaires suite à la révélation de trois cas de cancers d’enfants fréquentant la maternelle Franklin Roosevelt (1). Des analyses environnementales avaient alors montré que le sous-sol de l’école était pollué par des solvants chlorés, liés à la présence d’une usine Kodak de 1907 à 1986. Mais l’étude épidémiologique avait conclu à un simple hasard. Une conclusion contre laquelle s’était vivement élevé Henri Pézerat (2), d’autant que d’autres cas de cancers avaient été révélés.

Grâce à sa ténacité et à celle du collectif de parents (3) qui s’était mobilisé alors pour obtenir la dépollution du site, on sait aujourd’hui que le cas de cette maternelle n’était pas isolé. Depuis 2007, une circulaire du ministère de l’Ecologie recommande de ne pas construire d’école sur des sites pollués. En outre, des diagnostics environnementaux des établissements accueillant des enfants ont été lancés par le ministère. Mais ces analyses ne sont pas accessibles au public. Les parents n’ont-ils pas le droit de savoir si leurs enfants sont exposés à des produits toxiques quand ils se rendent à l’école ? Et les riverains qui peuvent être eux aussi exposés à ces pollutions ne doivent-ils pas également être informés ? Devant le silence des autorités, l’association Robin des Bois (4) a d’abord publié en septembre une synthèse des diagnostics réalisés dans les Hauts-de-France et la région PACA, puis décidé de révéler ceux des écoles d’Ile-de-France, au lendemain d’une réunion d’information houleuse sur la fermeture du collège Saint-Exupéry à Vincennes. Pour obtenir ces résultats, Robin des Bois a dû insister en saisissant la CADA, la Commission d’Accès aux Documents Administratifs, merveilleuse institution qui permet à tout citoyen d’avoir accès aux informations d’ordre public. Puis, il a fallu les décrypter, les rendre compréhensibles par tous.

Dans ce document accessible en ligne (http://www.robindesbois.org/votre-ecole-est-elle-toxique-suite/) on apprend que sur les 685 établissements sensibles accueillant des enfants et des adolescents identifiés en Ile-de-France, seuls 163 d’entre eux avaient fait l’objet d’un diagnostic à la fin 2016, soit à peine le quart ! L’ampleur de la situation reste donc largement inconnue. On ne sait rien, par exemple, de l’état du sous-sol des écoles parisiennes. Mais les résultats décryptés par Robin des Bois montrent que le problème n’est pas à prendre à la légère : plus de 70 établissements situés hors Paris intra muros doivent faire l’objet d’une vigilance renforcée ainsi qu’une vingtaine de crèches parisiennes… du moins pour le moment, en l’état actuel des connaissances !

Tandis que Robin des Bois rendait publics ces résultats, à Vincennes, les parents des collégiens demandaient des explications. L’Agence Régionale de Santé d’Ile-de-France, le conseil général du Val-de-Marne et la mairie de Vincennes ont alors mis en ligne le diagnostic environnemental des sols du collège Saint-Exupéry, ainsi qu’une notice explicative des résultats obtenus. Pour l’instant, aucun lien entre la pollution de l’école maternelle et celle du collège n’est retenu, car le collège est situé à 1 km de l’école maternelle, en amont du sens d’écoulement de la nappe phréatique. Les autorités s’occupent surtout de l’urgence qui est de continuer à scolariser les 641 élèves du collège, ce qui n’est pas une mince affaire. Mais, le 21 novembre, elles ont décidé de procéder à des analyses complémentaires chez des riverains.

A quelques kilomètres de là, à Montreuil, les parents de l’école Jules Ferry se mobilisent également face à une usine, la SNEM, soupçonnée d’être à l’origine d’une pollution, alors qu’un cas de leucémie rare d’enfant a été décelé. Mais, le fait que l’usine soit encore en activité rend leur action plus difficile : certains d’entre eux ont été blessés par des policiers et menottés pour avoir bloqué l’entrée de l’usine.

Tous ces exemples montrent que les activités industrielles passées et présentes doivent faire l’objet de notre plus grande attention. Si la connaissance des risques environnementaux a progressé depuis une vingtaine d’années, elle est encore imparfaite. Et si le citoyen est reconnu comme un acteur clé de la santé environnementale (5) ce n’est souvent que sous la pression que les informations sont divulguées. Le droit de savoir n’est pas encore totalement acquis.

 

Après la rédaction de ces lignes, le gouvernement a finalement mis en ligne les premiers résultats des diagnostics de pollution des sols dans les établissements sensibles (écoles et crèches), à consulter ici http://installationsclassees.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/ListeETSdiagnostiques20171124.pdf

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Changer (vraiment) de modèle agricole

 


par Olivier Nouaillas
vice-président des JNE

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Alors que les Etats généraux de l’alimentation (EGA) sont à mi-parcours, on éprouve un curieux sentiment. Faut-il continuer à y croire pour amener une véritable transition agricole ou au contraire, n’est-ce pas une vaste opération de communication destiné à aménager à la marge le système productiviste ?

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Côté positif : l’idée même d’organiser ces Etats généraux. Pour la première fois depuis 1960, la question agricole n’est pas traitée de façon corporatiste mais, à travers le prisme de l’alimentation ouverte à tout le monde : syndicats agricoles (et pas uniquement la FNSEA) industries agroalimentaires, représentants de la grande distribution, mais aussi et – c’est une grande nouveauté – mouvements de consommateurs, ONG d’environnement et écologistes.

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Côté positif toujours, le discours d’Emmanuel Macron prononcé à Rungis, le 11 octobre. Alors que ces Etats généraux patinaient depuis leur ouverture le 20 juillet, pris en tenaille entre les orientations conservatrices de Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture, et celles, plus novatrices de Nicolas Hulot, le Président de la République a semblé trancher en faveur de ce dernier en disant au monde agricole qu’il fallait cette fois ne pas se contenter de « mesures techniques » mais bien « changer de paradigme ». Un bon diagnostic d’autant plus qu’il s’est accompagné d’une condamnation des dégâts environnementaux causés par l’agriculture intensive : « Notre agriculture doit réduire sa dépendance aux intrants chimiques qui polluent nos sols, nos cours d’eau et nos nappes phréatiques ».

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Insistant également sur le lien à retrouver avec le local et les territoires, Emmanuel Macron a même exhorté l’agriculture française à résister à la fuite en avant des exportations à bas coût, si longtemps vantées : « Ce travail auquel je vous invite, c’est celui qui consiste à ne pas vous promettre de concurrencer demain la ferme des 100.000 vaches en Chine, ni le Brésil, l’Ukraine ou la Russie, sur la gamme des poulets congelés ». Même si ce n’est pas encore un adieu à la ferme-usine des 1000 vaches en Picardie, c’est la première fois qu’un Président de la République souligne ainsi les impasses du modèle productiviste. Même des syndicats et des ONG exigeantes comme la Confédération paysanne et Greenpeace, appartenant toutes deux à « la plate-forme citoyenne pour une transition agricole » ont salué ce « nouveau cap donné à l’agriculture ».

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Côté négatif, ce sont un certain nombre d’hésitations, voire même de reculs qui contredisent ces bonnes intentions affichées. Ainsi, que penser de cette valse hésitation gouvernementale d’interdire on non le glyphosate d’ici la fin de quinquennat ? D’autant plus que le remarquable documentaire réalisé par Marie-Monique Robin, Le Round up face à ses juges, diffusé récemment sur Arte (et accessible en ligne jusqu’au 16 décembre en cliquant sur ce lien), est particulièrement accablant pour Monsanto et toute l’agrochimie. La suppression d’une partie des aides à l’agriculture bio (une annonce faite par Stéphane Travert durant la première partie de ces EGA) est, elle, totalement contradictoire avec le nouveau paradigme proposé par Emmanuel Macron. Quant à l’application « provisoire » du CETA, le traité de libre échange conclu avec le Canada, elle est lourde de menaces non seulement pour la filière bovine française mais aussi pour les consommateurs, avec la négation même du principe de précaution pour un certain nombre de produits importés à base d’OGM. Autre mauvais signal, le départ des Etats généraux de quatre ONG de solidarité internationale (Oxfam, Caritas/Secours catholique, CCFD/Terre solidaire) pour protester contre la non prise en compte des problèmes de souveraineté alimentaire dans les pays du Sud.

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Pourtan , la double urgence agricole et écologique de changer est là. D’un côté, des paysans qui n’en peuvent plus : un agriculteur sur trois gagne moins de 350 euros par mois et les suicides dans la profession se multiplient (600 par an !). De l’autre, notre environnement et la biodiversité qui sont gravement mis en péril par les excès de l’agriculture intensive. Ainsi la même semaine, on a appris d’abord que 53 % des eaux de surface dépassaient le seuil requis pour l’eau potable à cause des pesticides d’origine agricole. Puis, selon une étude allemande, que les populations d’ insectes volants avaient diminué en Europe de 80% en trente ans ! Et qu’enfin, selon les apiculteurs de l’UNAF, que six millions d’hectares en France étaient traités chaque année par des insecticides néonicotinoïdes, accusés d’être des tueurs d’abeilles. Cela alors même que l’ANSES, l’Agence nationale de sécurité sanitaire, serait sur le point d’autoriser le sulfoxaflor, un nouveau néonicotinoïde !

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Bref, entre les bonnes intentions du discours de Rungis et les intérêts des lobbys de l’agrochimie et de l’agro business, il va falloir que le gouvernement choisisse. Vraiment.

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Vice-président des JNE, Olivier Nouaillas vient de publier La ferme aux 1000 terroirs (éditions du Chêne). A noter aussi, la sortie de deux livres d’autres auteurs JNE sur les impasses de l’agroindustrie : l’Assiette est dans le pré, de Frédéric Denhez (éditions Delachaux & Niestlé) et Lettre à une petiote sur l’abominable histoire de la bouffe industrielle, de Fabrice Nicolino (éditions Les Échappés).

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La planète nous échappe…

 


par Claude-Marie Vadrot
Vadrot

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Il n’y a guère que le personnel politique et la vieille cohorte des climato-sceptiques qui peuvent aujourd’hui s’étonner des ravages d’Irma, d’Harvey, ou de la mousson qui s’est abattue sur l’Asie du sud est. Ravages croissants annoncés depuis des années. Par les climatologues mais aussi par les grandes compagnies d’assurances et de réassurances qui voient la facture des remboursements grimper chaque année. Ces dernières sont d’ailleurs aussi assidues qu’actives dans les couloirs du Giec et de la lutte climatique. Non pas parce qu’elles seraient devenues « écolos » mais parce qu’elles constatent qu’elles commencent à perdent de l’argent.

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Pour ceux qui sont assurés, la facture de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy atteindra 1,5 milliards d’euros. Rien pour les autres, rien. Les pays du Sud ne peuvent que se débrouiller (mal) seuls avec les dégâts, mais les sociétés industrielles assurent de plus en plus leurs biens et leurs activités. Comme si l’argent pouvait guérir la planète puisqu’elles sont de plus en plus menacées, elles aussi, par les aléas météorologiques après que leurs citoyens aient cru que les catastrophes n’arrivaient qu’aux pauvres.

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Les climatologues comme Jean Jouzel, le rappellent à chaque déluge : il n’est pas, tout au moins pas encore, certain que la terre connaîtra de plus en plus fréquemment des accidents climatiques, locaux, régionaux ou nationaux. Par contre, il est annoncé et vérifié que tous les événements liés à la météo seront de plus en plus puissants, de plus en plus destructeurs, de moins en moins contrôlables. Cela vient de se vérifier avec Irma et Harvey comme cela se constate en France avec les orages ou les épisodes pluvieux et leurs cortèges d’inondations et de submersions. Sans oublier les gelées inattendues que les naïfs croient révolues sous prétexte de réchauffement annoncé.

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Cela rappelle que l’on devrait qualifier autrement ce qui arrive à la planète et plutôt user de l’expression des spécialistes qui évoquent le « dérèglement climatique ». Devenus incontrôlables, les caprices provoqués du temps apprennent aux Américains la condition de réfugiés climatiques : un paradoxe dans cet État de Floride dont le gouverneur, Rick Scott, climato-sceptique notoire, interdit depuis de années à ses fonctionnaires de faire la moindre allusion au « réchauffement climatique » et à « la montée de la mer ». Comme si le refus des mots permettait de prendre le contrôle de la réalité qui a poussé six millions de personnes à prendre la fuite.

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Alors, comme le disait Lénine, que faire ? Pas grand-chose pour retarder cet inéluctable qui ne correspond à aucune échelle électorale. Et surtout, les politiques dépassés par des années de négligence ou de cécité, ne peuvent pas se contenter de s’agiter face à l’opinion publique et aux électeurs en construisant des digues le long de la mer, en bâtissant des discours, en canalisant les rivières, en renforçant des falaises, en multipliant les retenues d’eau ou en inventant des « normes anti-tempête » qui seront balayées aussi vite que les monceaux de ciment ou de rochers déversées sur les bords de la mer pour l’empêcher de monter.

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Depuis des années, sans toujours l’avouer, nos gouvernements sont passés de la prévention à l’adaptation. Ils se résignent, ils nous incitent à la résignation. Faute de changer de société nous acceptons qu’elle change pour rendre plus ou moins supportables les dérèglements que nous entretenons ou que nous laissons, ce qui revient au même, nos responsables politiques entretenir. Comme s’il n’existait pas d’autre solution. Comme si les beaux discours allaient émouvoir la planète et inciter Éole à la modération.

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Les images de Houston inondée, de Saint Barthélémy et Saint Martin détruites, de la Fosse sur Mer engloutie par Xyntia, des urbanisations des Alpes Maritimes mortellement inondées en 2015 ou du Loiret submergé en 2016, illustrent parfaitement le mal récurrent de nos sociétés. Et elles montrent son état de délabrement idéologique ou politique et sa spectaculaire résignation. Fascinés par ce qui n’arrive évidemment qu’aux autres et faute de courage, nous reculons devant l’action. Parce que l’économie et les industries sont nos seules boussoles, nous acceptons l’idée qu’il n’y a rien à faire. Alors que, pendant une période désormais bien courte, nous pourrions encore diminuer les émissions de gaz à effet de serre, c’est-à-dire reprendre le contrôle d’une planète qui nous échappe parce nous révérons toujours le dieu croissance auquel Jupiter est en train de multiplier ses dévotions.

 

Ancien Président des JNE, Claude-Marie Vadrot collabore notamment à Politis et à Polka Magazine.

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Nouveau Président pour les JNE, nouvelles orientations ?


par Richard Varrault, président des JNE

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Je souhaite tout d’abord, avant de remercier le nouveau CA (Conseil d’administration) qui été élu pour un tiers de ses membres à notre Congrès-Assemblée Générale dans les Vosges du Nord, faire le lien avec les conversations que j’ai eu principalement avec Roger Cans, un de nos « anciens », qui, dans le Tgv qui nous conduisait à Strasbourg, puis au château du Liebfrauenberg, m’a cordialement poussé à postuler au poste qui allait être transmis par Carine Mayo. Depuis plusieurs mois, elle avait exprimé sa volonté de passer la main après 11 années de bons et loyaux services et des initiatives dynamiques porteuses d’échanges, à la tête de notre association. Le manque de motivation que produisit la vacance future de ce poste, et par voie de conséquence l’évidente pénurie de candidat.e, m’a incité à m’investir pour palier à cette situation de blocage. Je l’ai expliqué au CA du 22 juin qui, à l’unanimité, a accepté que je porte haut la feuille de houx, emblème de notre association.

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Je ne vous proposerais pas de rechercher un nouveau logo plus adapté à notre XXIe siècle, je ne vous demanderais pas non plus de revoir notre charte graphique ou d’autres aspects triviaux de notre vie quotidienne, bien qu’à la marge, avec la nouveauté, des améliorations sont toujours possibles.

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Nous allons plutôt nous engager pour les thèmes qui tiennent à cœur à de nombreux adhérents, comme le goût de la Nature, tel qu’il a été très bien exprimé au dernier congrès par Roland de Miller (lire son texte ici) et qui par extension pose les questions de la préservation des espèces (animales et végétales) et plus largement la protection de ce qu’il reste de biodiversité sauvage et des habitats naturels de diverses espèces qui disparaissent au fur et mesure d’un nouveau tronçon d’autoroute, de ligne Lgv, ou de projets de centres commerciaux qui n’intéressent que les grands actionnaires (en millions d’euros) et non les loups (sauf ceux de Wall Street), ni les lynx du Palatinat ou autres marmottes ou campagnols amphibies de nos campagnes.

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Je vous proposerai une association plus incisive et qui exprime plus clairement le fond de sa pensée, d’une manière publique, avec des communiqués de presse sur ses sujets, à destination de l’AFP, des autres agences, et des rédactions de quelques médias ciblés.

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Dans cet esprit, nous continuerons à débattre des droits et du bien-être animal qui déboucheront peut-être sur un colloque en 2018, en abordant tous les aspects de ces questions depuis la fermeture des Marinelands en France ou dans d’autres pays (notamment l’Inde), en développant tout à la fois les processus physiologiques en jeu comme les considérations juridiques qui commencent à encadrer les droits des animaux, qu’ils soient d’élevage, domestiques ou sauvages, ainsi que les conditions de vie et d’abattage des animaux d’élevage. Un chantier important et symbolique des relations humains-non humains, sans oublier la chasse à la baleine pratiqué par certaines flottes japonaises ou les tueries de globicéphales qui se pratiquent encore aux îles Féroé (Danemark).

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Nous poursuivrons bien entendu l’information et la participation aux colloques concernant la lutte contre les dérèglements climatiques, comme la COP23 de Bonn pour laquelle un déplacement est envisagé en novembre 2017, en coopération avec l’AJE (Association des Journalistes de l’Environnement), avec laquelle nous avions créé l’AJEC21 en 2014 (dissoute en 2016). Tout comme d’une manière générale nous continuerons à échanger régulièrement avec l’AJE comme nous l’avons fait jusqu’à présent, annonce de réunions, de colloques et autres rendez-vous en commun, comme celui qui devrait avoir lieu prochainement avec le nouveau ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot. Sans oublier le nouveau pacte mondial pour l’environnement présenté par Laurent Fabius à la Sorbonne, qui doit être présenté par le Président de la République en septembre aux Nations Unies.

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Notre pays doit normalement se désengager de la production d’électricité par le nucléaire. Nous pourrons dans le courant de l’année 2018 visiter une centrale de la région parisienne, ce qui, je crois, n’a encore jamais été réalisé par les JNE. Les premiers renseignements montrent que ce type de visite est régulièrement effectuée et bien organisée par les instances en charge de la gestion de nos réacteurs. Nous avons tous et chacun.e des visions spécifiques du nucléaire. Une visite de quelques heures apportera à celles et ceux qui participeront un certain recul sur le sujet, sachant que nous négocierons un temps pour nos questions avec des interlocuteurs compétents pour nous répondre, sans le langage codé qui sied à ce type de visite.

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Nous nous pencherons également sur les mutations de la biologie, de la biologie de synthèse et crispr-cas9. Un colloque est d’ailleurs prévu en octobre 2017 pour tenter de comprendre ces transformations fondamentales puisque les OGM ne porteront plus ce nom, mais le vivant touché par ces ajouts subtils aura bien été transformé par ces nouvelles manipulations.

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Ce colloque est destiné à faire le point sur ces sciences sans précédents, prendre la mesure de l’implication de ces technologies dans notre vie et quel statut juridique auront ces nouvelles entités ainsi que leur acceptabilité par nos sociétés, celle des Etats-Unis étant différente de celle de la France.

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J’observe aussi que nous avons parmi nos adhérents des personnes de qualité aux compétences scientifiques avérées. Je vous propose de les regrouper pour former un collège des sages ou des sachants qui viendraient nous éclairer sur certains thèmes auxquels notre association pourrait ainsi apporter des avis et/ou des communiqués susceptibles de faire avancer le débat ou bouger les opinions, au sein des JNE ou publiquement par des colloques ou des débats qui nous organiserions en ouvrant nos séances au public et non plus seulement à nos confrères.

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Parmi les sujets, qui je l’espère, éveilleront votre intérêt, sous forme de petits-déjeuners presse, ou de matinales de formation, l’évolution des métiers de la presse me paraît un thème important. Qui, de l’homme ou de la machine, écrira les articles en 2020 ? La presse économique utilise déjà des robots-journalistes pour rédiger des articles sur les fusions, acquisitions et évolution des cours de bourse, puisque quelques modèles d’articles et de bons algorithmes suffisent à la fois pour collecter l’information sur la toile ou les sites spécialisés et inclure les éléments dans un modèle. C’est ensuite un jeu de mise en forme selon les canons d’écriture des professionnels. La presse sportive a également mis les pieds dans la robotique pour rendre compte des derniers matchs ou des exploits sportifs. L’enjeu est d’importance si cette « ubérisation » prend de l’ampleur et si de nouveaux logiciels viennent à devenir abordables financièrement pour des rédactions, finis les frais de déplacement, les choix humains qui ne conviennent pas au rédacteur en chef et autres appréciations discutables, notamment la masse salariale d’un journal, voire d’une radio et pourquoi pas une chaîne de TV ?

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En 2019, notre association aura 50 ans. Cela vaut bien une fête et quelques publications. Nous avons déjà commencé à poser les bases d’un travail de collecte des archives JNE dispersées auprès des adhérents au fil des années, avec des archivistes et des historien(ne) s.

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Un colloque est prévu, dans un lieu emblématique (lieu d’histoire), et la publication soit d’un ouvrage ou de fascicules sur la vie de notre association et de ses relations avec le monde extérieur et des personnalités qui en ont été adhérentes comme par exemple Marguerite Yourcenar, Paul-Emile Victor, François Terrasson et d’autres dont vous retrouverez les noms dans notre annuaire 2017 (Les JNE en quelques dates clés, pages 22 & 23).

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Vous conservez bien sûr toute latitude pour proposer des sujets nouveaux, dès à présent, et vous avez toute liberté de mettre en œuvre vos propres débats, petits déjeuners presse et autres rencontres dont le CA se fera un plaisir de vous donner avis et propositions pour attirer votre public et rendre le plus intéressant possible les manifestations envisagées. Le conseil d’administration et moi-même restons également à votre écoute pour l’organisation de voyages en région ou hors de France.

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Nouveau Président des JNE, Richard Varrault est directeur de publication de Waternunc.

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La nature, un enjeu trop souvent oublié


par Danièle Boone

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Un colloque sur le renard organisé par l’ASPAS, le lynx au programme de notre prochain congrès dans les Vosges, et voilà comment est née l’idée de cet édito qui pourra paraître décalé à certains, vu l’actualité politique et la nomination de Nicolas Hulot comme ministre de la Transition écologique et solidaire.

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Et pourtant nous sommes là, au cœur du vivant, un enjeu essentiel mais globalement ignoré par nos gouvernants. Ces prédateurs qui occupent une place capitale dans la chaîne du vivant agitent depuis toujours nos émotions. Les « féroces », les « méchants », les « mangeurs d’hommes », les « dévorateurs de troupeaux », en vérité, les mal-aimés, les indomptables, les images de la variété de la vie, les plus beaux symboles de la liberté, comme dit Yves Paccalet, nous tendent un miroir sans concession pour qui ose regarder l’image en face.

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Tout ce qui gêne l’humain est susceptible d’être exterminé. Notre cher Goupil gagne la palme en matière de persécutions. Tout est bon pour lui : tirs, piégeages, déterrages. Quelque 500 000 animaux sont détruits chaque année mais les populations du rouquin rusé se maintiennent, au grand dam (ou au grand plaisir ?) de ses ennemis jurés qui multiplient les traques 365 jours et nuits par an ! Au Luxembourg et dans le canton de Genève, où il est désormais interdit de le chasser, aucune pullulation de l’espèce n’est en vue contrairement aux prédictions alarmistes des chasseurs. Et aujourd’hui, force est de reconnaître que le renard est utile : il nettoie les campagnes en mangeant les animaux faibles ou malades et détruit les rongeurs devenant ainsi un auxiliaire important des agriculteurs, comme l’a remarquablement démontré un éleveur au cours du colloque renard. D’ailleurs son capital sympathie est en hausse constante.


Le lynx, quant à lui, connaît une histoire à rebondissements. Réintroduit avec succès dans les Vosges françaises, il en a redisparu à cause d’un braconnage constant, pour finir par être de nouveau réintroduit en 2016, mais… chez nos voisins, dans la réserve de biosphère Pfälzerwald-Vosges du Nord. Ce bel et élégant félin souffre sans aucun doute de son statut de grand prédateur. Il est heureusement présent dans le Jura et les Alpes.


Quant au loup, revenu naturellement en France en 1992, l’État lui-même autorise une pression de prélèvements si forte que cette espèce protégée peine à maintenir ses effectifs, ce qui a été confirmé dans l’expertise scientifique ONCFS/MNHN commandée par le ministère en 2016 sous la pression des associations, et remise le 24 mars 2017. Pourquoi un tel et inutile acharnement à détruire ? Le loup est un dossier difficile de plus pour Nicolas Hulot, qui devra affronter les conséquences d’une politique royalement désastreuse, où la notion de cohabitation entre éleveurs et prédateurs sauvages avait entièrement disparu.


Remarquez la subtilité du vocabulaire. On ne tue pas, on prélève. Tout récemment, les animaux « nuisibles » sont devenus par le miracle des mots, des « animaux susceptibles de causer des dégâts ». Comme tout cela est joliment dit et comme c’est hypocrite ! Cette nouvelle formule peut prêter à toutes les dérives, car elle ne change rien ni au fond, ni dans les mentalités anti-nature. Ne devrait-on pas y inclure les humains ? L’homme dans sa course à la possession et à la domination n’accepte aucun partage. Il s’octroie sans concession toutes les richesses naturelles. Dans nos sociétés occidentales, 40 % de la nourriture est jetée, mais on ne tolère pas qu’un merle se délecte de quelques fraises ou qu’un frelon se désaltère du jus sucré des pommes.


Il est urgent d’accepter de partager notre territoire et nos ressources avec les animaux qui nous entourent. Avec eux, notre humanité pourrait grandir. L’idée reçue que dans la nature c’est le plus fort qui gagne a fait long feu, pourtant elle sert encore d’alibi à la compétition à outrance qui gouverne nos sociétés. Les scientifiques ont en effet montré que ce ne sont pas les luttes effrénées qui dominent dans la nature mais les coopérations, que ce soit au niveau des lichens, des mycorhizes, des bactéries ou des grandes espèces. Alors qu’attendons-nous ?


L’extermination des espèces se poursuit à toute allure sur les cinq continents et la course au profit détruit partout la beauté du monde. Qui parmi nos élus se soucie vraiment de l’avenir de notre planète… au-delà des élections ? Nicolas Hulot au gouvernement ? Ne serait-il pas surtout la bonne conscience écologique des politiques ? Depuis Chirac et le fameux « la maison brûle », inspiré par le même Hulot, on l’a vu côtoyer tous les présidents et nous sommes toujours en période électorale. L’avenir nous apportera la réponse.



Danièle Boone est journaliste spécialisée en nature.
voir son blog

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2017 : une République en transition

 


par Thomas Blosseville

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Qui l’eût cru ? Il aura été beaucoup question de transition énergétique durant le quinquennat Hollande. Des pans entiers du sujet restent évidemment à traiter : rénovation des bâtiments, transports doux et durables, culture de la sobriété… Mais la transition énergétique est repartie sur des bases solides après les atermoiements du couple Sarkozy-Fillon. Le développement des renouvelables a redémarré. Les territoires ont gagné en légitimité. La France ose envisager une décentralisation de son modèle. Elle a même inscrit dans la loi l’objectif de diviser par deux sa consommation d’énergie d’ici à 2050.

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Las, qui s’en contentera ? Si le bilan du quinquennat semble satisfaisant, c’est en comparaison au précédent. Rappelez-vous : le gouvernement Fillon avait organisé un Grenelle de l’environnement novateur avant d’opérer un virage idéologique à 180°, brisant l’élan des énergies renouvelables. François Hollande a su relancer la transition énergétique, mais pas assez au regard de l’ambition affichée lors de la COP21. La centrale de Fessenheim l’illustre : la France reste empêtrée dans l’ornière nucléaire. Même si l’arrêt d’un réacteur n’est plus un sujet tabou, l’Etat n’a pas su concrétiser l’opération.

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A l’heure d’entamer un nouveau quinquennat, les candidat(e)s sont-ils à la hauteur de l’enjeu ? Marine Le Pen soutient le nucléaire et les renouvelables tout en s’opposant frontalement à l’éolien, pourtant pilier de la transition énergétique et pourvoyeur d’emplois en France. Totalement incohérent. Et les autres ? La ténacité d’un Fillon, le pragmatisme d’un Macron et la radicalité d’un Mélenchon sont-ils des atouts ? Que penser d’un Hamon frondeur devenu conciliateur ?

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François Fillon parie sur le nucléaire et les renouvelables, sans préciser comment ils pourraient coexister. Emmanuel Macron s’inscrit dans la continuité de la loi de transition énergétique. Son pragmatisme économique pourrait bénéficier aux énergies renouvelables dont le coût baisse. Mais il n’a pas fixé de cap clair au-delà de 2025-2030. Au contraire de Benoît Hamon, qui veut sortir du nucléaire en une génération et atteindre 100 % de renouvelables en 2050. Toutefois, le socialiste manque de précision sur la manière d’y parvenir. Un objectif ambitieux suppose une transformation complète de la société et une méthode robuste pour l’accompagner. Cette remarque vaut aussi pour Jean-Luc Mélenchon. Le candidat des Insoumis veut créer un pôle public garantissant à tous un accès gratuit minimum à l’énergie en nationalisant EDF et Engie. Cette démarche est-elle compatible avec une décentralisation du système ?

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En réalité, la transition énergétique suppose un subtil équilibre entre libération des initiatives et solidarité nationale. Un Etat planificateur n’est rien sans un Etat facilitateur : il est impuissant s’il ne crée pas les conditions du changement. Cela suppose de fixer un cap – Hamon et Mélenchon le font en partie – mais aussi de stimuler les projets des collectivités locales et des acteurs privés. Car les solutions ne seront pas les mêmes à Marseille et à Dunkerque, à Paris et dans la Drôme. Cette culture de l’innovation et de la prise de risque est sans doute plutôt dans l’ADN du candidat Macron.

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Pour inscrire des projets individuels dans une démarche commune, pour fixer des objectifs et laisser la société s’en emparer, pour encourager le changement tout en réduisant les inégalités, un(e) président(e) idéal(e) emprunterait sûrement des qualités à différents candidats. Alors, aussitôt l’élection passée, il faudra vite oublier les clivages attisés par la campagne présidentielle. Et faire de la transition énergétique – au-delà des sensibilités politiques – un projet républicain.

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Thomas Blosseville est journaliste spécialisé sur la transition énergétique.

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Arrêter enfin de blablater


par Fabrice Nicolino
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Plus ça va mal, plus on a besoin d’espoir. Même moi, qui ai écrit tant de livres noirs, dénonçant l’implacable destruction du monde, de ses équilibres, de sa
beauté. Et c’est pourquoi j’ai décidé de publier un texte différent des autres (Ce qui compte vraiment, éditions Les Liens qui Libèrent), indiquant des directions d’avenir dans lesquelles, selon moi, il faudrait s’engager. Comme on ne se refait pas, il ne s’agit pas de solutions, car il n’en existe aucune qu’on pourrait appliquer à froid, sans une mobilisation exceptionnelle de l’esprit et du cœur. Pas des solutions, mais des horizons.

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Avez-vous remarqué ? La campagne des présidentielles est franchouillarde, et même les candidats qui parlent un peu d’écologie s’arrêtent aux frontières de la France, niant ainsi la dimension planétaire de la crise écologique. Comme ce pays compte néanmoins, j’ai voulu commencer par lui, en proposant, en détail, un plan de sortie négocié de l’agriculture industrielle, susceptible, selon moi, d’entraîner la plus grande partie des paysans encore en place. Je gage qu’un tel événement, s’il se produisait, nous redonnerait une grande force collective. Au passage, il permettrait de voir revenir enfin les oiseaux, les grenouilles, les sauterelles, les papillons, les fleurs sauvages, toutes ces existences trucidées par l’alliance maudite entre la machine et la chimie.

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Mais la France n’est qu’un confetti du monde. Et tout le reste de mon livre est consacré à la planète entière. Y a-t-il plus manifeste urgence que de restaurer ce que j’appelle l’antique beauté du monde ? Les écosystèmes principaux, dont dépend l’avenir de tous, craquent et brinquebalent, menaçant de s’effondrer brusquement, ainsi que le documente chaque matin l’écologie scientifique.

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Je pense possible, vital en tout cas, de mettre au travail tous les bras disponibles – chômage, sous-emploi – sur Terre, surtout au Sud, c’est-à-dire entre 500 millions et 1 milliard d’humains. Sous la forme d’un immense programme de restauration écologique, qui viserait à rétablir ce qui peut l’être encore de la santé de fleuves comme le Nil, de forêts comme l’Amazonie, de plaines agricoles si malmenées, comme le Pendjab, entre l’Inde et le Pakistan, ou la Chine du Nord. Comment payer ces efforts herculéens ? En récupérant, de gré ou de force, une partie des sommes délirantes de la spéculation mondiale, qui tournicote autour du monde à la vitesse des échanges électroniques.

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Chemin faisant, il faut tout repenser. Et par exemple, voir enfin ce que la pêche industrielle a réussi en un siècle : détruire des équilibres écologiques vieux de millions d’années. Il ne sert plus à rien de pleurnicher sur l’état lamentable des océans et de leurs habitants : il faut agir. Moi, je ne vois au fond qu’une solution : l’interdiction mondiale de la pêche industrielle, et la limitation de la taille des chalutiers à 12 mètres de long au maximum.
Et les rivières, et les fleuves ? Continuer à copiner, de près ou de loin, avec les industriels de la dépollution, est absurde. Car la seule voie praticable est de proclamer le caractère sacré des eaux douces, et clamer aussi longtemps qu’il sera nécessaire que les hommes doivent trouver le moyen de ne plus polluer la moindre goutte. Une révolution ? Certes. On préfère la mort ?

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Reste nos rapports avec les animaux, nos frères et nos cousins. Je pense que dans ce face-à-face si angoissant avec eux – nous les tuons, n’est-ce pas ? – se trouve la clé de tout. Ou nous changeons, acceptant le Grand Partage de l’espace et des ressources, ou nous les précipitons à la fosse, avant de les y rejoindre. Changer ? Arrêtons de blablater, et en avant !

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Vous pouvez retrouver Fabrice Nicolino sur son blog Planète Sans Visa et chaque semaine dans les colonnes de Charlie Hebdo.

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Lancer des boules de neige ou des alertes ?

 


par Catherine Lesvesque

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En début d’année, il est tombé de la neige industrielle, pas les flocons blancs qu’on aime modeler, les mains gantées, pour en faire des boules. On a trouvé des phtalates chez des insectes d’une réserve naturelle guyanaise, à mille lieues de toute forme d’activité humaine. Une étude de l’Inra a pointé les risques de l’ingestion du nano-dioxyde de titane (E171) chez l’homme. Et l’on soupçonne les insecticides néonicotinoïdes, dont on connaît les dégâts sur les pollinisateurs et les organismes aquatiques, d’être aussi dangereux pour les humains, avec de graves effets neurologiques.

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Comme je l’écris dans la postface de mon Grand livre antitoxiques (éditions Leduc.s), qui sort le 7 mars en librairie, j’ai eu un mal fou à conclure cet ouvrage. L’émission coup de poing de Cash Investigation sur les pesticides, diffusée il y a un an sur France 2, en avait déclenché la rédaction : il fallait donner des clés au plus grand nombre pour éviter autant que possible les toxiques du quotidien.

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Sensibilisée à ces questions à titre personnel (mon père est décédé d’un cancer de l’amiante quand j’avais 28 ans) et professionnel (j’ai traité certains de ces sujets pour La Maison du cancer, parrainée par Bernard Giraudeau), j’ai construit un guide grand public qui s’appuie à la fois sur des références (Marie-Monique Robin, Fabrice Nicolino) et sur les toutes dernières actus, particulièrement foisonnantes ces douze derniers mois.

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Glyphosate, particules fines, perturbateurs endocriniens… Chaque jour ou presque, une nouvelle information, un rebondissement m’invitait à remettre l’ouvrage sur le métier, à le compléter, tantôt pour dénoncer un recul (comme le vice de forme qui a torpillé la disposition introduisant 20 % de produits bio dans la restauration publique collective…), tantôt pour saluer une avancée (comme la mise en place, fin janvier, de la Commission nationale de déontologie et des alertes en matière de santé publique, qui annonce une meilleure prise en compte des lanceurs d’alerte).

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Au-delà d’une approche résolument pratique, j’ai eu à cœur d’offrir plusieurs niveaux de lecture : des éclairages sur la législation (mouvante) en vigueur, des glossaires, des rappels historiques pour prendre de la hauteur et éduquer le « consom’acteur ».

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Préfacé par Allain Bougrain Dubourg (NDLR : membre des JNE), ce panorama des toxiques offre, en dépit de la gravité de son propos, des respirations humoristiques tant dans le texte que dans les dessins joyeusement concoctés par Coco (NDLR : dessinatrice à Charlie Hebdo).

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Face à l’irresponsabilité des politiques et aux incohérences des pouvoirs publics, la lutte passe à mon sens par l’éducation et la transformation des consommateurs en écocitoyens avisés. Pour preuve, le fabricant des bonbons Têtes brûlées a retiré en janvier le E171 de sa fabrication.

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Souhaitons que les débats électoraux à venir, puis le mandat qui suivra, prennent enfin à bras le corps ces enjeux de santé publique dont les coûts – humains et financiers – reposent actuellement bien plus sur les citoyens que sur l’État ou les entreprises privées. Je caresse l’espoir qu’un jour ce livre perde sa raison d’être. Pour lancer des boules de neige immaculée, plutôt que des alertes.

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Journaliste et auteure, Catherine Levesque vient de publier Le Grand Livre des toxiques (éd. Leduc.s).
Retrouvez Catherine sur son blog : www.hoazin.fr /
Sur Facebook : https://www.facebook.com/catherine.levesque.journaliste /
Sur Twitter : @levesquecathy

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2017, ou le climato-scepticisme en 140 signes

 


par Olivier Nouaillas
vice-président des JNE

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Nous vivons une époque formidable. Prenez le changement climatique, depuis la fin du XXe siècle, des milliers d’articles scientifiques ont été écrits pour mieux nous convaincre de la réalité du changement climatique. Généralement, ce sont des articles documentés, de plusieurs pages, avec des graphiques. Mieux, en 1988, sous l’égide à la fois de l’ Organisation météorologique mondiale (OMM) et du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) a été créé. Il rassemble des centaines de climatologues du monde entier et venant de blocs géopolitiques différents (Etats-Unis, Europe, Chine, pays émergents…).

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A intervalles réguliers – en général tous les cinq ans – le GIEC publie des rapports qui font plusieurs milliers de pages et demandent une somme extraordinaire de travail. Ils sont, en effet, tous relus, discutés dans les ,moindre détails et adoptés par consensus. Et notre boulot de journaliste, c’est précisément ensuite de les rendre clairs, simples, accessibles au grand public, en un mot de les vulgariser. Et là aussi des milliers d’articles, reportages, enquêtes ont été écrits sur le sujet.

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Le cinquième et dernier rapport du GIEC a ainsi été rendu public en 2014. Il a conclu à 95 % à la responsabilité de l’homme dans le changement climatique à l’échelle de la planète. Ces rapports du GIEC ont également servi de base aux travaux de 22 COP, réunissant les diplomates du monde entier. Avec des milliers d’heures de réunions, de débats, de textes amendés. Il y a eu des avancées, puis des échecs (Copenhague), pour aboutir finalement à l’accord de Paris en 2015. Dans lequel les représentants de 196 pays ont conclu à la nécessité de limiter le réchauffement climatique à 1,5 ° C. Même si les conditions et les moyens pour y arriver sont aujourd’hui loin d’être réunis, c’est au moins une direction claire pour les dirigeants du XXIe siècle.

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Et puis, un jour, vous avez un inconnu qui arrive sur le devant le scène. Il s’appelle Donald Trump. Jusqu’à présent, il n’a jamais fait de politique. C’est un milliardaire qui a construit des gratte-ciel et qui ne connaît rien du tout au changement climatique. Il s’adresse au peuple, à ceux qu’on appelle les déclassés de la société américaine, avec des mots simples, pour ne pas dire simplistes. Le changement climatique ? Il lui règle son compte dans un tweet de 140 signes, sa façon fétiche de s’exprimer : « Un canular, un concept inventé par la Chine pour affaiblir l’industrie américaine ». Et cela marche ! Multipliant les mêmes méthodes sur d’autres sujets aussi complexes (les migrants, le libre échange, Israel/Palestine, etc.), l’inconnu milliardaire est élu président des Etats-Unis – avec tout de même 2, 8 millions de voix de moins que sa rivale – et il prendra ses fonctions ce vendredi 20 janvier.

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Les sociologues ont inventé un nouveau mot pour désigner cette méthode qui lui réussit si bien : « la post vérité ». Ecoutons la définition qu’en donne le très sérieux dictionnaire Oxford qui l’a désigné comme mot de l’année 2016 : « Des circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence pour modeler l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles ». On peut l’appeler beaucoup plus simplement « un mensonge », et dire dans le cas de Trump « plus c’est gros, plus cela marche ». Car, contrairement à ce que l’on dit parfois encore aux enfants – « ce n’est pas bien de mentir » – en politique, le mensonge paye. De plus en plus. Et cela nous pose à nous journalistes, et encore plus quand nous travaillons dans le domaine de l’environnement et de l’écologie, de redoutables problèmes. Dans une chronique publiée fin décembre par le journal le Monde, Stéphane Foucart, qui travaille au service Planète de ce quotidien, faisait ainsi remarquer que « parce qu’ils sont complexes les faits d’environnement sont, lorsqu’ils sont plongés dans le chaudron de la conversation, parmi les plus vulnérables au mensonge ». Et de citer cette réflexion particulièrement pertinente d’un scientifique français : « En matière de climat, il faut dix secondes pour dire une ânerie et dix minutes pour expliquer pourquoi c’est une ânerie ». Encore plus dans un pays où l’historienne américaine Naomi Oreskes a montré dans son livre remarquable Les marchands des doute (Editions Actes Sud) que « dire des âneries » était aussi une activité 100 % idéologique et financée par des lobbys industriels puissants (tabac, amiante, pétrole, etc. ).

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Nous en sommes là … A partir du 20 janvier, nous allons entendre beaucoup « d’âneries » venues d’outre-Atlantique. Et comme le système médiatique et les réseaux dits « sociaux » sont fascinés aujourd’hui par le buzz et la transgression – qui ont peu de choses à voir avec le véritable débat démocratique – le président qui s’exprime en 140 signes va faire les gros titres. Cela va être une période pénible. Elle va durer au moins quatre ans. Quatre ans qui seront (peut-être) définitivement perdus dans la lutte contre le changement climatique, alors qu’au contraire le temps presse. Pourvu d’un véritable talent de bateleur d’estrade, Donald Trump saura trouver les mots pour tenter de nous ridiculiser. Et il n’hésitera pas, lui le milliardaire « représentant du peuple », à nous assimiler aux « élites », aux « bien-pensants », aux « bobos », une rhétorique certes caricaturale, mais qui a beaucoup de succès en ce moment. Pourtant, il va nous falloir tenir bon sur ce qui est l’essentiel de notre métier de journaliste : les faits. Surtout en matière de changement climatique. Répétons-le donc calmement : 2016, l’année où les Etats-Unis ont élu le pire président climato-sceptique de toute l’histoire, a été la plus chaude depuis 1880.

 

Journaliste à la Vie, Olivier Nouaillas est l’auteur du Changement climatique pour les Nuls (First, 2014) et, avec Jean Jouzel, de Quel climat pour demain ? (Dunod, 2015). Retrouvez Olivier Nouaillas sur son blog en cliquant ici.

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Canons à neige et folie douce


par Yves Paccalet

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Aurons-nous de la neige en hiver ? Dans les Alpes ? Dans les autres montagnes de France, d’Europe, du monde ?

Je contemple Courchevel, de l’autre côté de la vallée que j’habite. La station fait cracher des dizaines de canons à neige… Je sais : selon le vocabulaire officiel, on ne dit pas « canon à neige », mais « enneigeur ». On ne parle pas de « neige artificielle », mais de « neige de culture ». La litote ou la novlangue n’ont pas fini de nous reformater les neurones.

Au XXIe siècle, le principal problème des stations d’hiver est évidemment climatique. Voici des années que je le répète, que je le serine, que je le martèle aux responsables locaux, régionaux ou nationaux : dans nos montagnes, nous perdons, en tendance, chaque année un jour d’enneigement et un centimètre d’épaisseur de neige cumulée. Cela semble minime à ceux qui ne voient que le bout de leur nez. Mais un jour par an, au bout de 30 ans, cela fait un mois complet, soit le quart de la saison d’hiver actuelle ! Un manque à gagner inquiétant…

Les canons à neige paraissent être « la » solution. Mais seulement aux yeux des naïfs ou des bétonneurs… Ils exigent d’énormes réserves d’eau en altitude, donc des barrages (des « retenues collinaires », dit la novlangue). Ils consomment de grandes quantités d’énergie (d’électricité) : seules les plus riches stations peuvent se les payer. De toute façon, pour fonctionner, ils ont besoin qu’il fasse froid (si possible, moins de 0 degré Celsius) et que l’atmosphère soit bien sèche (l’idéal : un taux d’hygrométrie de 20 %).

Or, le réchauffement climatique sévit en altitude deux fois plus intensément qu’en plaine. Cela signifie moins d’eau qui tombe du ciel, ou de l’eau qui arrive sous forme de pluie au lieu de neige, et qui dévale trop vite la pente. Cela veut dire aussi un excès de chaleur qui s’oppose à toute tentative de fabriquer encore et toujours la fameuse neige « de culture »

Les stations françaises aujourd’hui en activité fonctionneront-elles encore dans 30 ans ?

J’en doute pour celles qui sont édifiées à basse altitude – autour de 1.000 mètres, soit la quasi-totalité de celles du Massif central, du Jura et des Vosges, mais aussi des Préalpes (Vercors, Chartreuse, Bauges, Aravis…). Dans les Alpes et les Pyrénées, les plus hautes et les plus rupines (Morzine, Avoriaz, Courchevel, Val d’Isère, Val-Thorens, L’Alpe d’Huez, Les Deux-Alpes, Isola 2000, La Mongie, etc.) survivront un peu plus longtemps, mais au prix d’investissements aussi affolants qu’incertains.

Si la montagne désire vivre demain du tourisme, elle n’a d’autre issue que de compter sur les quatre saisons et la belle nature. Je veux dire : au moins autant sur les parcs nationaux et les balades, que sur le ski et les activités connexes. Sur les ours, les loups et les chamois, autant que sur les kilomètres et les kilomètres obsessionnels de pistes bleues, rouges ou noires…

Mais les chamois et les loups dégagent de maigres profits, comparés aux gains mirifiques de la spéculation immobilière. Le pognon, je le crains, aura raison de la splendeur altière des cimes. L’artifice l’emportera probablement sur le bonheur des sites encore vierges et le respect de la vie sauvage.

Voici quelques jours (le vendredi 25 novembre, en commission réunie à Chambéry), une unité touristique nouvelle (UTN) a obtenu un avis favorable.

Celui-ci rend possible la construction, à Tignes, d’un nouveau village du Club Méditerranée (1.050 lits), et d’une piste de ski de plus de 200 mètres de longueur, entièrement couverte et éclairée jour et nuit, enneigée à l’année par des canons ad hoc, et couplée avec un centre aqualudique. Piscine à vagues et ski d’été sur béton… Artifice à tous les étages…

On enrage à cette perspective. Le ski d’été devient, certes, de moins en moins praticable en pleine nature, sur le glacier voisin de la Grande Motte que le réchauffement climatique fait fondre à toute vitesse et où béent les crevasses… Mais de là à transformer la montagne en triste parc d’attractions !

À 2.100 mètres d’altitude, en Tarentaise, avec une partie de son territoire au cœur du parc national de la Vanoise (ce symbole de la biodiversité libre et sauvage), la commune-station de Tignes bat tous les records en matière d’absurdité saccageuse. Elle a décidé de singer le « dôme alpin » artificiel et artificiellement enneigé que les pétrodollars du Golfe ont permis d’édifier dans le désert de Dubaï ! On veut croire que telle ne sera pas l’image ordinaire de nos montagnes dans les prochaines décennies. On craint les flocons de la désillusion…

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Cet article a été publié ici sur le + de l’Obs.

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