Editos

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Nouveau Président pour les JNE, nouvelles orientations ?


par Richard Varrault, président des JNE

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Je souhaite tout d’abord, avant de remercier le nouveau CA (Conseil d’administration) qui été élu pour un tiers de ses membres à notre Congrès-Assemblée Générale dans les Vosges du Nord, faire le lien avec les conversations que j’ai eu principalement avec Roger Cans, un de nos « anciens », qui, dans le Tgv qui nous conduisait à Strasbourg, puis au château du Liebfrauenberg, m’a cordialement poussé à postuler au poste qui allait être transmis par Carine Mayo. Depuis plusieurs mois, elle avait exprimé sa volonté de passer la main après 11 années de bons et loyaux services et des initiatives dynamiques porteuses d’échanges, à la tête de notre association. Le manque de motivation que produisit la vacance future de ce poste, et par voie de conséquence l’évidente pénurie de candidat.e, m’a incité à m’investir pour palier à cette situation de blocage. Je l’ai expliqué au CA du 22 juin qui, à l’unanimité, à accepter que je porte haut la feuille de houx, emblème de notre association.

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Je ne vous proposerais pas de rechercher un nouveau logo plus adapté à notre XXIe siècle, je ne vous demanderais pas non plus de revoir notre charte graphique ou d’autres aspects triviaux de notre vie quotidienne, bien qu’à la marge, avec la nouveauté, des améliorations sont toujours possibles.

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Nous allons plutôt nous engager pour les thèmes qui tiennent à cœur à de nombreux adhérents, comme le goût de la Nature, tel qu’il a été très bien exprimé au dernier congrès par Roland de Miller (lire son texte ici) et qui par extension pose les questions de la préservation des espèces (animales et végétales) et plus largement la protection de ce qu’il reste de biodiversité sauvage et les habitats naturels de diverses espèces qui disparaissent au fur et mesure d’un nouveau tronçon d’autoroute, de ligne Lgv, ou de projets de centres commerciaux qui n’intéressent que les grands actionnaires (en millions d’euros) et non les loups (sauf ceux de Wall Street), ni les lynx du Palatinat ou autres marmottes ou campagnols amphibies de nos campagnes.

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Je vous proposerai une association plus incisive et qui exprime plus clairement le fond de sa pensée, d’une manière publique, avec des communiqués de presse sur ses sujets, à destination de l’AFP, des autres agences, et des rédactions de quelques médias ciblés.

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Dans cet esprit, nous continuerons à débattre des droits et du bien-être animal qui déboucheront peut-être sur un colloque en 2018, en abordant tous les aspects de ces questions depuis la fermeture des Marinelands en France ou dans d’autres pays (notamment l’Inde), en développant tout à la fois les processus physiologiques en jeu comme les considérations juridiques qui commencent à encadrer les droits des animaux, qu’ils soient d’élevage, domestiques ou sauvages, ainsi que les conditions de vie et d’abattage des animaux d’élevage. Un chantier important et symbolique des relations humains-non humains, sans oublier la chasse à la baleine pratiqué par certaines flottes japonaises ou les tueries de globicéphales qui se pratiquent encore aux îles Féroé (Danemark).

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Nous poursuivrons bien entendu l’information et la participation aux colloques concernant la lutte contre les dérèglements climatiques, comme la COP23 de Bonn pour laquelle un déplacement est envisagé en novembre 2017, en coopération avec l’AJE (Association des Journalistes de l’Environnement), avec laquelle nous avions créé l’AJEC21 en 2014 (dissoute en 2016). Tout comme d’une manière générale nous continuerons à échanger régulièrement avec l’AJE comme nous l’avons fait jusqu’à présent, annonce de réunions, de colloques et autres rendez-vous en commun, comme celui qui devrait avoir lieu prochainement avec le nouveau ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot. Sans oublier le nouveau pacte mondial pour l’environnement présenté par Laurent Fabius à la Sorbonne, qui doit être présenté par le Président de la République en septembre aux Nations Unies.

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Notre pays doit normalement se désengager de la production d’électricité par le nucléaire. Nous pourrons dans le courant de l’année 2018 visiter une centrale de la région parisienne, ce qui, je crois, n’a encore jamais été réalisé par les JNE. Les premiers renseignements montrent que ce type de visite est régulièrement effectuée et bien organisée par les instances en charge de la gestion de nos réacteurs. Nous avons tous et chacun.e des visions spécifiques du nucléaire. Une visite de quelques heures apportera à celles et ceux qui participeront un certain recul sur le sujet, sachant que nous négocierons un temps pour nos questions avec des interlocuteurs compétents pour nous répondre, sans le langage codé qui sied à ce type de visite.

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Nous nous pencherons également sur les mutations de la biologie, de la biologie de synthèse et crispr-cas9. Un colloque est d’ailleurs prévu en octobre 2017 pour tenter de comprendre ces transformations fondamentales puisque les OGM ne porteront plus ce nom, mais le vivant touché par ces ajouts subtils aura bien été transformé par ces nouvelles manipulations.

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Ce colloque est destiné à faire le point sur ces sciences sans précédents, prendre la mesure de l’implication de ces technologies dans notre vie et quel statut juridique auront ces nouvelles entités ainsi que leur acceptabilité par nos sociétés, celle des Etats-Unis étant différente de celle de la France.

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J’observe aussi que nous avons parmi nos adhérents des personnes de qualité aux compétences scientifiques avérées. Je vous propose de les regrouper pour former un collège des sages ou des sachants qui viendraient nous éclairer sur certains thèmes auxquels notre association pourrait ainsi apporter des avis et/ou des communiqués susceptibles de faire avancer le débat ou bouger les opinions, au sein des JNE ou publiquement par des colloques ou des débats qui nous organiserions en ouvrant nos séances au public et non plus seulement à nos confrères.

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Parmi les sujets, qui je l’espère, éveilleront votre intérêt, sous forme de petits-déjeuners presse, ou de matinales de formation, l’évolution des métiers de la presse me paraît un thème important. Qui, de l’homme ou de la machine, écrira les articles en 2020 ? La presse économique utilise déjà des robots-journalistes pour rédiger des articles sur les fusions, acquisitions et évolution des cours de bourse, puisque quelques modèles d’articles et de bons algorithmes suffisent à la fois pour collecter l’information sur la toile ou les sites spécialisés et inclure les éléments dans un modèle. C’est ensuite un jeu de mise en forme selon les canons d’écriture des professionnels. La presse sportive a également mis les pieds dans la robotique pour rendre compte des derniers matchs ou des exploits sportifs. L’enjeu est d’importance si cette « ubérisation » prend de l’ampleur et si de nouveaux logiciels viennent à devenir abordables financièrement pour des rédactions, finis les frais de déplacement, les choix humains qui ne conviennent pas au rédacteur en chef et autres appréciations discutables, notamment la masse salariale d’un journal, voire d’une radio et pourquoi pas une chaîne de TV ?

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En 2019, notre association aura 50 ans. Cela vaut bien une fête et quelques publications. Nous avons déjà commencé à poser les bases d’un travail de collecte des archives JNE dispersées auprès des adhérents au fil des années, avec des archivistes et des historien(ne) s.

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Un colloque est prévu, dans un lieu emblématique (lieu d’histoire), et la publication soit d’un ouvrage ou de fascicules sur la vie de notre association et de ses relations avec le monde extérieur et des personnalités qui en ont été l adhérentes comme par exemple Marguerite Yourcenar, Paul-Emile Victor, François Terrasson et d’autres dont vous retrouverez les noms dans notre annuaire 2017 (Les JNE en quelques dates clés, pages 22 & 23).

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Vous conservez bien sûr toute latitude pour proposer des sujets nouveaux, dès à présent, et vous avez toute liberté de mettre en œuvre vos propres débats, petits déjeuners presse et autres rencontres dont le CA se fera un plaisir de vous donner avis et propositions pour attirer votre public et rendre le plus intéressant possible les manifestations envisagées. Le conseil d’administration et moi-même restons également à votre écoute pour l’organisation de voyages en région ou hors de France.

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Nouveau Président des JNE, Richard Varrault est directeur de publication de Waternunc.

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La nature, un enjeu trop souvent oublié


par Danièle Boone

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Un colloque sur le renard organisé par l’ASPAS, le lynx au programme de notre prochain congrès dans les Vosges, et voilà comment est née l’idée de cet édito qui pourra paraître décalé à certains, vu l’actualité politique et la nomination de Nicolas Hulot comme ministre de la Transition écologique et solidaire.

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Et pourtant nous sommes là, au cœur du vivant, un enjeu essentiel mais globalement ignoré par nos gouvernants. Ces prédateurs qui occupent une place capitale dans la chaîne du vivant agitent depuis toujours nos émotions. Les « féroces », les « méchants », les « mangeurs d’hommes », les « dévorateurs de troupeaux », en vérité, les mal-aimés, les indomptables, les images de la variété de la vie, les plus beaux symboles de la liberté, comme dit Yves Paccalet, nous tendent un miroir sans concession pour qui ose regarder l’image en face.

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Tout ce qui gêne l’humain est susceptible d’être exterminé. Notre cher Goupil gagne la palme en matière de persécutions. Tout est bon pour lui : tirs, piégeages, déterrages. Quelque 500 000 animaux sont détruits chaque année mais les populations du rouquin rusé se maintiennent, au grand dam (ou au grand plaisir ?) de ses ennemis jurés qui multiplient les traques 365 jours et nuits par an ! Au Luxembourg et dans le canton de Genève, où il est désormais interdit de le chasser, aucune pullulation de l’espèce n’est en vue contrairement aux prédictions alarmistes des chasseurs. Et aujourd’hui, force est de reconnaître que le renard est utile : il nettoie les campagnes en mangeant les animaux faibles ou malades et détruit les rongeurs devenant ainsi un auxiliaire important des agriculteurs, comme l’a remarquablement démontré un éleveur au cours du colloque renard. D’ailleurs son capital sympathie est en hausse constante.


Le lynx, quant à lui, connaît une histoire à rebondissements. Réintroduit avec succès dans les Vosges françaises, il en a redisparu à cause d’un braconnage constant, pour finir par être de nouveau réintroduit en 2016, mais… chez nos voisins, dans la réserve de biosphère Pfälzerwald-Vosges du Nord. Ce bel et élégant félin souffre sans aucun doute de son statut de grand prédateur. Il est heureusement présent dans le Jura et les Alpes.


Quant au loup, revenu naturellement en France en 1992, l’État lui-même autorise une pression de prélèvements si forte que cette espèce protégée peine à maintenir ses effectifs, ce qui a été confirmé dans l’expertise scientifique ONCFS/MNHN commandée par le ministère en 2016 sous la pression des associations, et remise le 24 mars 2017. Pourquoi un tel et inutile acharnement à détruire ? Le loup est un dossier difficile de plus pour Nicolas Hulot, qui devra affronter les conséquences d’une politique royalement désastreuse, où la notion de cohabitation entre éleveurs et prédateurs sauvages avait entièrement disparu.


Remarquez la subtilité du vocabulaire. On ne tue pas, on prélève. Tout récemment, les animaux « nuisibles » sont devenus par le miracle des mots, des « animaux susceptibles de causer des dégâts ». Comme tout cela est joliment dit et comme c’est hypocrite ! Cette nouvelle formule peut prêter à toutes les dérives, car elle ne change rien ni au fond, ni dans les mentalités anti-nature. Ne devrait-on pas y inclure les humains ? L’homme dans sa course à la possession et à la domination n’accepte aucun partage. Il s’octroie sans concession toutes les richesses naturelles. Dans nos sociétés occidentales, 40 % de la nourriture est jetée, mais on ne tolère pas qu’un merle se délecte de quelques fraises ou qu’un frelon se désaltère du jus sucré des pommes.


Il est urgent d’accepter de partager notre territoire et nos ressources avec les animaux qui nous entourent. Avec eux, notre humanité pourrait grandir. L’idée reçue que dans la nature c’est le plus fort qui gagne a fait long feu, pourtant elle sert encore d’alibi à la compétition à outrance qui gouverne nos sociétés. Les scientifiques ont en effet montré que ce ne sont pas les luttes effrénées qui dominent dans la nature mais les coopérations, que ce soit au niveau des lichens, des mycorhizes, des bactéries ou des grandes espèces. Alors qu’attendons-nous ?


L’extermination des espèces se poursuit à toute allure sur les cinq continents et la course au profit détruit partout la beauté du monde. Qui parmi nos élus se soucie vraiment de l’avenir de notre planète… au-delà des élections ? Nicolas Hulot au gouvernement ? Ne serait-il pas surtout la bonne conscience écologique des politiques ? Depuis Chirac et le fameux « la maison brûle », inspiré par le même Hulot, on l’a vu côtoyer tous les présidents et nous sommes toujours en période électorale. L’avenir nous apportera la réponse.



Danièle Boone est journaliste spécialisée en nature.
voir son blog

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2017 : une République en transition

 


par Thomas Blosseville

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Qui l’eût cru ? Il aura été beaucoup question de transition énergétique durant le quinquennat Hollande. Des pans entiers du sujet restent évidemment à traiter : rénovation des bâtiments, transports doux et durables, culture de la sobriété… Mais la transition énergétique est repartie sur des bases solides après les atermoiements du couple Sarkozy-Fillon. Le développement des renouvelables a redémarré. Les territoires ont gagné en légitimité. La France ose envisager une décentralisation de son modèle. Elle a même inscrit dans la loi l’objectif de diviser par deux sa consommation d’énergie d’ici à 2050.

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Las, qui s’en contentera ? Si le bilan du quinquennat semble satisfaisant, c’est en comparaison au précédent. Rappelez-vous : le gouvernement Fillon avait organisé un Grenelle de l’environnement novateur avant d’opérer un virage idéologique à 180°, brisant l’élan des énergies renouvelables. François Hollande a su relancer la transition énergétique, mais pas assez au regard de l’ambition affichée lors de la COP21. La centrale de Fessenheim l’illustre : la France reste empêtrée dans l’ornière nucléaire. Même si l’arrêt d’un réacteur n’est plus un sujet tabou, l’Etat n’a pas su concrétiser l’opération.

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A l’heure d’entamer un nouveau quinquennat, les candidat(e)s sont-ils à la hauteur de l’enjeu ? Marine Le Pen soutient le nucléaire et les renouvelables tout en s’opposant frontalement à l’éolien, pourtant pilier de la transition énergétique et pourvoyeur d’emplois en France. Totalement incohérent. Et les autres ? La ténacité d’un Fillon, le pragmatisme d’un Macron et la radicalité d’un Mélenchon sont-ils des atouts ? Que penser d’un Hamon frondeur devenu conciliateur ?

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François Fillon parie sur le nucléaire et les renouvelables, sans préciser comment ils pourraient coexister. Emmanuel Macron s’inscrit dans la continuité de la loi de transition énergétique. Son pragmatisme économique pourrait bénéficier aux énergies renouvelables dont le coût baisse. Mais il n’a pas fixé de cap clair au-delà de 2025-2030. Au contraire de Benoît Hamon, qui veut sortir du nucléaire en une génération et atteindre 100 % de renouvelables en 2050. Toutefois, le socialiste manque de précision sur la manière d’y parvenir. Un objectif ambitieux suppose une transformation complète de la société et une méthode robuste pour l’accompagner. Cette remarque vaut aussi pour Jean-Luc Mélenchon. Le candidat des Insoumis veut créer un pôle public garantissant à tous un accès gratuit minimum à l’énergie en nationalisant EDF et Engie. Cette démarche est-elle compatible avec une décentralisation du système ?

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En réalité, la transition énergétique suppose un subtil équilibre entre libération des initiatives et solidarité nationale. Un Etat planificateur n’est rien sans un Etat facilitateur : il est impuissant s’il ne crée pas les conditions du changement. Cela suppose de fixer un cap – Hamon et Mélenchon le font en partie – mais aussi de stimuler les projets des collectivités locales et des acteurs privés. Car les solutions ne seront pas les mêmes à Marseille et à Dunkerque, à Paris et dans la Drôme. Cette culture de l’innovation et de la prise de risque est sans doute plutôt dans l’ADN du candidat Macron.

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Pour inscrire des projets individuels dans une démarche commune, pour fixer des objectifs et laisser la société s’en emparer, pour encourager le changement tout en réduisant les inégalités, un(e) président(e) idéal(e) emprunterait sûrement des qualités à différents candidats. Alors, aussitôt l’élection passée, il faudra vite oublier les clivages attisés par la campagne présidentielle. Et faire de la transition énergétique – au-delà des sensibilités politiques – un projet républicain.

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Thomas Blosseville est journaliste spécialisé sur la transition énergétique.

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Arrêter enfin de blablater


par Fabrice Nicolino
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Plus ça va mal, plus on a besoin d’espoir. Même moi, qui ai écrit tant de livres noirs, dénonçant l’implacable destruction du monde, de ses équilibres, de sa
beauté. Et c’est pourquoi j’ai décidé de publier un texte différent des autres (Ce qui compte vraiment, éditions Les Liens qui Libèrent), indiquant des directions d’avenir dans lesquelles, selon moi, il faudrait s’engager. Comme on ne se refait pas, il ne s’agit pas de solutions, car il n’en existe aucune qu’on pourrait appliquer à froid, sans une mobilisation exceptionnelle de l’esprit et du cœur. Pas des solutions, mais des horizons.

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Avez-vous remarqué ? La campagne des présidentielles est franchouillarde, et même les candidats qui parlent un peu d’écologie s’arrêtent aux frontières de la France, niant ainsi la dimension planétaire de la crise écologique. Comme ce pays compte néanmoins, j’ai voulu commencer par lui, en proposant, en détail, un plan de sortie négocié de l’agriculture industrielle, susceptible, selon moi, d’entraîner la plus grande partie des paysans encore en place. Je gage qu’un tel événement, s’il se produisait, nous redonnerait une grande force collective. Au passage, il permettrait de voir revenir enfin les oiseaux, les grenouilles, les sauterelles, les papillons, les fleurs sauvages, toutes ces existences trucidées par l’alliance maudite entre la machine et la chimie.

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Mais la France n’est qu’un confetti du monde. Et tout le reste de mon livre est consacré à la planète entière. Y a-t-il plus manifeste urgence que de restaurer ce que j’appelle l’antique beauté du monde ? Les écosystèmes principaux, dont dépend l’avenir de tous, craquent et brinquebalent, menaçant de s’effondrer brusquement, ainsi que le documente chaque matin l’écologie scientifique.

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Je pense possible, vital en tout cas, de mettre au travail tous les bras disponibles – chômage, sous-emploi – sur Terre, surtout au Sud, c’est-à-dire entre 500 millions et 1 milliard d’humains. Sous la forme d’un immense programme de restauration écologique, qui viserait à rétablir ce qui peut l’être encore de la santé de fleuves comme le Nil, de forêts comme l’Amazonie, de plaines agricoles si malmenées, comme le Pendjab, entre l’Inde et le Pakistan, ou la Chine du Nord. Comment payer ces efforts herculéens ? En récupérant, de gré ou de force, une partie des sommes délirantes de la spéculation mondiale, qui tournicote autour du monde à la vitesse des échanges électroniques.

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Chemin faisant, il faut tout repenser. Et par exemple, voir enfin ce que la pêche industrielle a réussi en un siècle : détruire des équilibres écologiques vieux de millions d’années. Il ne sert plus à rien de pleurnicher sur l’état lamentable des océans et de leurs habitants : il faut agir. Moi, je ne vois au fond qu’une solution : l’interdiction mondiale de la pêche industrielle, et la limitation de la taille des chalutiers à 12 mètres de long au maximum.
Et les rivières, et les fleuves ? Continuer à copiner, de près ou de loin, avec les industriels de la dépollution, est absurde. Car la seule voie praticable est de proclamer le caractère sacré des eaux douces, et clamer aussi longtemps qu’il sera nécessaire que les hommes doivent trouver le moyen de ne plus polluer la moindre goutte. Une révolution ? Certes. On préfère la mort ?

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Reste nos rapports avec les animaux, nos frères et nos cousins. Je pense que dans ce face-à-face si angoissant avec eux – nous les tuons, n’est-ce pas ? – se trouve la clé de tout. Ou nous changeons, acceptant le Grand Partage de l’espace et des ressources, ou nous les précipitons à la fosse, avant de les y rejoindre. Changer ? Arrêtons de blablater, et en avant !

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Vous pouvez retrouver Fabrice Nicolino sur son blog Planète Sans Visa et chaque semaine dans les colonnes de Charlie Hebdo.

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Lancer des boules de neige ou des alertes ?

 


par Catherine Lesvesque

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En début d’année, il est tombé de la neige industrielle, pas les flocons blancs qu’on aime modeler, les mains gantées, pour en faire des boules. On a trouvé des phtalates chez des insectes d’une réserve naturelle guyanaise, à mille lieues de toute forme d’activité humaine. Une étude de l’Inra a pointé les risques de l’ingestion du nano-dioxyde de titane (E171) chez l’homme. Et l’on soupçonne les insecticides néonicotinoïdes, dont on connaît les dégâts sur les pollinisateurs et les organismes aquatiques, d’être aussi dangereux pour les humains, avec de graves effets neurologiques.

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Comme je l’écris dans la postface de mon Grand livre antitoxiques (éditions Leduc.s), qui sort le 7 mars en librairie, j’ai eu un mal fou à conclure cet ouvrage. L’émission coup de poing de Cash Investigation sur les pesticides, diffusée il y a un an sur France 2, en avait déclenché la rédaction : il fallait donner des clés au plus grand nombre pour éviter autant que possible les toxiques du quotidien.

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Sensibilisée à ces questions à titre personnel (mon père est décédé d’un cancer de l’amiante quand j’avais 28 ans) et professionnel (j’ai traité certains de ces sujets pour La Maison du cancer, parrainée par Bernard Giraudeau), j’ai construit un guide grand public qui s’appuie à la fois sur des références (Marie-Monique Robin, Fabrice Nicolino) et sur les toutes dernières actus, particulièrement foisonnantes ces douze derniers mois.

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Glyphosate, particules fines, perturbateurs endocriniens… Chaque jour ou presque, une nouvelle information, un rebondissement m’invitait à remettre l’ouvrage sur le métier, à le compléter, tantôt pour dénoncer un recul (comme le vice de forme qui a torpillé la disposition introduisant 20 % de produits bio dans la restauration publique collective…), tantôt pour saluer une avancée (comme la mise en place, fin janvier, de la Commission nationale de déontologie et des alertes en matière de santé publique, qui annonce une meilleure prise en compte des lanceurs d’alerte).

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Au-delà d’une approche résolument pratique, j’ai eu à cœur d’offrir plusieurs niveaux de lecture : des éclairages sur la législation (mouvante) en vigueur, des glossaires, des rappels historiques pour prendre de la hauteur et éduquer le « consom’acteur ».

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Préfacé par Allain Bougrain Dubourg (NDLR : membre des JNE), ce panorama des toxiques offre, en dépit de la gravité de son propos, des respirations humoristiques tant dans le texte que dans les dessins joyeusement concoctés par Coco (NDLR : dessinatrice à Charlie Hebdo).

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Face à l’irresponsabilité des politiques et aux incohérences des pouvoirs publics, la lutte passe à mon sens par l’éducation et la transformation des consommateurs en écocitoyens avisés. Pour preuve, le fabricant des bonbons Têtes brûlées a retiré en janvier le E171 de sa fabrication.

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Souhaitons que les débats électoraux à venir, puis le mandat qui suivra, prennent enfin à bras le corps ces enjeux de santé publique dont les coûts – humains et financiers – reposent actuellement bien plus sur les citoyens que sur l’État ou les entreprises privées. Je caresse l’espoir qu’un jour ce livre perde sa raison d’être. Pour lancer des boules de neige immaculée, plutôt que des alertes.

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Journaliste et auteure, Catherine Levesque vient de publier Le Grand Livre des toxiques (éd. Leduc.s).
Retrouvez Catherine sur son blog : www.hoazin.fr /
Sur Facebook : https://www.facebook.com/catherine.levesque.journaliste /
Sur Twitter : @levesquecathy

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2017, ou le climato-scepticisme en 140 signes

 


par Olivier Nouaillas
vice-président des JNE

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Nous vivons une époque formidable. Prenez le changement climatique, depuis la fin du XXe siècle, des milliers d’articles scientifiques ont été écrits pour mieux nous convaincre de la réalité du changement climatique. Généralement, ce sont des articles documentés, de plusieurs pages, avec des graphiques. Mieux, en 1988, sous l’égide à la fois de l’ Organisation météorologique mondiale (OMM) et du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) a été créé. Il rassemble des centaines de climatologues du monde entier et venant de blocs géopolitiques différents (Etats-Unis, Europe, Chine, pays émergents…).

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A intervalles réguliers – en général tous les cinq ans – le GIEC publie des rapports qui font plusieurs milliers de pages et demandent une somme extraordinaire de travail. Ils sont, en effet, tous relus, discutés dans les ,moindre détails et adoptés par consensus. Et notre boulot de journaliste, c’est précisément ensuite de les rendre clairs, simples, accessibles au grand public, en un mot de les vulgariser. Et là aussi des milliers d’articles, reportages, enquêtes ont été écrits sur le sujet.

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Le cinquième et dernier rapport du GIEC a ainsi été rendu public en 2014. Il a conclu à 95 % à la responsabilité de l’homme dans le changement climatique à l’échelle de la planète. Ces rapports du GIEC ont également servi de base aux travaux de 22 COP, réunissant les diplomates du monde entier. Avec des milliers d’heures de réunions, de débats, de textes amendés. Il y a eu des avancées, puis des échecs (Copenhague), pour aboutir finalement à l’accord de Paris en 2015. Dans lequel les représentants de 196 pays ont conclu à la nécessité de limiter le réchauffement climatique à 1,5 ° C. Même si les conditions et les moyens pour y arriver sont aujourd’hui loin d’être réunis, c’est au moins une direction claire pour les dirigeants du XXIe siècle.

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Et puis, un jour, vous avez un inconnu qui arrive sur le devant le scène. Il s’appelle Donald Trump. Jusqu’à présent, il n’a jamais fait de politique. C’est un milliardaire qui a construit des gratte-ciel et qui ne connaît rien du tout au changement climatique. Il s’adresse au peuple, à ceux qu’on appelle les déclassés de la société américaine, avec des mots simples, pour ne pas dire simplistes. Le changement climatique ? Il lui règle son compte dans un tweet de 140 signes, sa façon fétiche de s’exprimer : « Un canular, un concept inventé par la Chine pour affaiblir l’industrie américaine ». Et cela marche ! Multipliant les mêmes méthodes sur d’autres sujets aussi complexes (les migrants, le libre échange, Israel/Palestine, etc.), l’inconnu milliardaire est élu président des Etats-Unis – avec tout de même 2, 8 millions de voix de moins que sa rivale – et il prendra ses fonctions ce vendredi 20 janvier.

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Les sociologues ont inventé un nouveau mot pour désigner cette méthode qui lui réussit si bien : « la post vérité ». Ecoutons la définition qu’en donne le très sérieux dictionnaire Oxford qui l’a désigné comme mot de l’année 2016 : « Des circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence pour modeler l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles ». On peut l’appeler beaucoup plus simplement « un mensonge », et dire dans le cas de Trump « plus c’est gros, plus cela marche ». Car, contrairement à ce que l’on dit parfois encore aux enfants – « ce n’est pas bien de mentir » – en politique, le mensonge paye. De plus en plus. Et cela nous pose à nous journalistes, et encore plus quand nous travaillons dans le domaine de l’environnement et de l’écologie, de redoutables problèmes. Dans une chronique publiée fin décembre par le journal le Monde, Stéphane Foucart, qui travaille au service Planète de ce quotidien, faisait ainsi remarquer que « parce qu’ils sont complexes les faits d’environnement sont, lorsqu’ils sont plongés dans le chaudron de la conversation, parmi les plus vulnérables au mensonge ». Et de citer cette réflexion particulièrement pertinente d’un scientifique français : « En matière de climat, il faut dix secondes pour dire une ânerie et dix minutes pour expliquer pourquoi c’est une ânerie ». Encore plus dans un pays où l’historienne américaine Naomi Oreskes a montré dans son livre remarquable Les marchands des doute (Editions Actes Sud) que « dire des âneries » était aussi une activité 100 % idéologique et financée par des lobbys industriels puissants (tabac, amiante, pétrole, etc. ).

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Nous en sommes là … A partir du 20 janvier, nous allons entendre beaucoup « d’âneries » venues d’outre-Atlantique. Et comme le système médiatique et les réseaux dits « sociaux » sont fascinés aujourd’hui par le buzz et la transgression – qui ont peu de choses à voir avec le véritable débat démocratique – le président qui s’exprime en 140 signes va faire les gros titres. Cela va être une période pénible. Elle va durer au moins quatre ans. Quatre ans qui seront (peut-être) définitivement perdus dans la lutte contre le changement climatique, alors qu’au contraire le temps presse. Pourvu d’un véritable talent de bateleur d’estrade, Donald Trump saura trouver les mots pour tenter de nous ridiculiser. Et il n’hésitera pas, lui le milliardaire « représentant du peuple », à nous assimiler aux « élites », aux « bien-pensants », aux « bobos », une rhétorique certes caricaturale, mais qui a beaucoup de succès en ce moment. Pourtant, il va nous falloir tenir bon sur ce qui est l’essentiel de notre métier de journaliste : les faits. Surtout en matière de changement climatique. Répétons-le donc calmement : 2016, l’année où les Etats-Unis ont élu le pire président climato-sceptique de toute l’histoire, a été la plus chaude depuis 1880.

 

Journaliste à la Vie, Olivier Nouaillas est l’auteur du Changement climatique pour les Nuls (First, 2014) et, avec Jean Jouzel, de Quel climat pour demain ? (Dunod, 2015). Retrouvez Olivier Nouaillas sur son blog en cliquant ici.

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Canons à neige et folie douce


par Yves Paccalet

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Aurons-nous de la neige en hiver ? Dans les Alpes ? Dans les autres montagnes de France, d’Europe, du monde ?

Je contemple Courchevel, de l’autre côté de la vallée que j’habite. La station fait cracher des dizaines de canons à neige… Je sais : selon le vocabulaire officiel, on ne dit pas « canon à neige », mais « enneigeur ». On ne parle pas de « neige artificielle », mais de « neige de culture ». La litote ou la novlangue n’ont pas fini de nous reformater les neurones.

Au XXIe siècle, le principal problème des stations d’hiver est évidemment climatique. Voici des années que je le répète, que je le serine, que je le martèle aux responsables locaux, régionaux ou nationaux : dans nos montagnes, nous perdons, en tendance, chaque année un jour d’enneigement et un centimètre d’épaisseur de neige cumulée. Cela semble minime à ceux qui ne voient que le bout de leur nez. Mais un jour par an, au bout de 30 ans, cela fait un mois complet, soit le quart de la saison d’hiver actuelle ! Un manque à gagner inquiétant…

Les canons à neige paraissent être « la » solution. Mais seulement aux yeux des naïfs ou des bétonneurs… Ils exigent d’énormes réserves d’eau en altitude, donc des barrages (des « retenues collinaires », dit la novlangue). Ils consomment de grandes quantités d’énergie (d’électricité) : seules les plus riches stations peuvent se les payer. De toute façon, pour fonctionner, ils ont besoin qu’il fasse froid (si possible, moins de 0 degré Celsius) et que l’atmosphère soit bien sèche (l’idéal : un taux d’hygrométrie de 20 %).

Or, le réchauffement climatique sévit en altitude deux fois plus intensément qu’en plaine. Cela signifie moins d’eau qui tombe du ciel, ou de l’eau qui arrive sous forme de pluie au lieu de neige, et qui dévale trop vite la pente. Cela veut dire aussi un excès de chaleur qui s’oppose à toute tentative de fabriquer encore et toujours la fameuse neige « de culture »

Les stations françaises aujourd’hui en activité fonctionneront-elles encore dans 30 ans ?

J’en doute pour celles qui sont édifiées à basse altitude – autour de 1.000 mètres, soit la quasi-totalité de celles du Massif central, du Jura et des Vosges, mais aussi des Préalpes (Vercors, Chartreuse, Bauges, Aravis…). Dans les Alpes et les Pyrénées, les plus hautes et les plus rupines (Morzine, Avoriaz, Courchevel, Val d’Isère, Val-Thorens, L’Alpe d’Huez, Les Deux-Alpes, Isola 2000, La Mongie, etc.) survivront un peu plus longtemps, mais au prix d’investissements aussi affolants qu’incertains.

Si la montagne désire vivre demain du tourisme, elle n’a d’autre issue que de compter sur les quatre saisons et la belle nature. Je veux dire : au moins autant sur les parcs nationaux et les balades, que sur le ski et les activités connexes. Sur les ours, les loups et les chamois, autant que sur les kilomètres et les kilomètres obsessionnels de pistes bleues, rouges ou noires…

Mais les chamois et les loups dégagent de maigres profits, comparés aux gains mirifiques de la spéculation immobilière. Le pognon, je le crains, aura raison de la splendeur altière des cimes. L’artifice l’emportera probablement sur le bonheur des sites encore vierges et le respect de la vie sauvage.

Voici quelques jours (le vendredi 25 novembre, en commission réunie à Chambéry), une unité touristique nouvelle (UTN) a obtenu un avis favorable.

Celui-ci rend possible la construction, à Tignes, d’un nouveau village du Club Méditerranée (1.050 lits), et d’une piste de ski de plus de 200 mètres de longueur, entièrement couverte et éclairée jour et nuit, enneigée à l’année par des canons ad hoc, et couplée avec un centre aqualudique. Piscine à vagues et ski d’été sur béton… Artifice à tous les étages…

On enrage à cette perspective. Le ski d’été devient, certes, de moins en moins praticable en pleine nature, sur le glacier voisin de la Grande Motte que le réchauffement climatique fait fondre à toute vitesse et où béent les crevasses… Mais de là à transformer la montagne en triste parc d’attractions !

À 2.100 mètres d’altitude, en Tarentaise, avec une partie de son territoire au cœur du parc national de la Vanoise (ce symbole de la biodiversité libre et sauvage), la commune-station de Tignes bat tous les records en matière d’absurdité saccageuse. Elle a décidé de singer le « dôme alpin » artificiel et artificiellement enneigé que les pétrodollars du Golfe ont permis d’édifier dans le désert de Dubaï ! On veut croire que telle ne sera pas l’image ordinaire de nos montagnes dans les prochaines décennies. On craint les flocons de la désillusion…

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Cet article a été publié ici sur le + de l’Obs.

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Avec ou sans Trump, les dynamiques locales se poursuivent

 


par Carine Mayo, présidente des JNE.
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Les Etats-Unis dénonceront-ils l’accord de Paris sur le climat ? La question est sur toutes les lèvres ici à la COP22 de Marrakech, depuis l’élection de Donald Trump, farouchement climato-sceptique, à la présidence américaine.

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Au début, les négociateurs ont tenté de se rassurer en disant que les Etats-Unis, liés par la signature de l’accord de Paris, ne pourraient se désengager avant 2020, date correspondant à la fin de son mandat. Mais il suffirait qu’ils se retirent de la Convention-cadre des Nations-Unies sur le changement climatique (CCNUCC) et tout pourrait aller beaucoup plus vite.

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Que fera alors la Chine, l’autre grand pays responsable des émissions de gaz à effet de serre ? Dénoncera-t-elle à son tour l’accord de Paris ou prendra-t-elle le leadership sur le plan des énergies renouvelables pendant que les Etat-Unis développeront les gaz de schiste et feront des forages pour trouver du pétrole dans l’Arctique ? Beaucoup d’experts estiment que la Chine, qui a réussi à faire chuter le coût des panneaux photovoltaïques de manière importante et est en train de devenir leader dans le domaine des énergies renouvelables, ne va pas s’arrêter sur sa lancée.

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En attendant, les chefs d’Etat qui se sont succédé à la tribune de la COP22, mardi 15 novembre, ont essayé de faire bonne figure. François Hollande a invité les Etats-Unis à « respecter l’accord de Paris », « irréversible en droit (…) et dans les consciences ». Dans les coulisses, les négociateurs s’appliquent à définir les règles du jeu de la mise en œuvre de l’accord de Paris : comment comptabiliser les émissions de gaz à effet de serre ? Comment s’assurer que chaque pays respectera ses engagements ? C’est le cœur de cet accord, qui n’est pas contraignant et est basé sur la transparence et l’exemplarité.

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L’exemplarité, c’est justement ce que le Maroc a voulu mettre en avant, en affichant une politique ambitieuse en matière d’énergies renouvelables. Ainsi, cet Etat s’est engagé à ce que 42 % de son électricité provienne des énergies renouvelables à l’horizon 2020, avec 14 % d’énergie solaire, 14 % d’énergie éolienne et 14 % d’énergie hydroélectrique. Le royaume arbore fièrement sa centrale solaire Noor, une centrale dite « thermodynamique » qui utilise des panneaux solaires pour concentrer les rayons du soleil et chauffer un fluide qui fait tourner des turbines à vapeur et produit de l’électricité. Une technique qui permet de stocker de l’électricité trois heures après le coucher du soleil.

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Si, pour le moment, c’est le choix d’une énergie centralisée qui a été fait, dans les campagnes, les habitants rêvent de pouvoir s’acheter des pompes solaires pour pouvoir remonter l’eau des puits et irriguer leurs cultures. Les sécheresses prolongées et les pluies intenses créant de l’érosion, font qu’il est de plus en plus difficile de cultiver. Mais les communautés locales ne manquent pas d’idées pour améliorer leur résilience et développer les circuits courts, comme dans le village d’Asni qui a créé une coopérative et pratique désormais l’agroécologie dans ses vergers grâce à l’aide de l’ONG Agrisud. Cette association a aussi mis en place un programme de restauration de la palmeraie de Marrakech en diversifiant les cultures et accompagnant cinquante familles dans cette évolution.

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Les femmes ne sont pas en reste. Ainsi, Souhad Azennoud, lauréate du prix Terre de Femmes 2016 de la fondation Yves Rocher, a créé trois coopératives agricoles pour promouvoir l’apiculture, le petit épeautre et l’huile d’olive et replante des arbres pour stocker du carbone et limiter l’érosion. En la rencontrant, on se dit que si tous les citoyens de la base jusqu’au sommet de l’Etat, développaient la même énergie à limiter leurs émissions de gaz à effet de serre, on pourrait espérer contenir le changement climatique.

 

Pour en savoir plus sur la COP 22, voir le dossier de la SERE (cliquez ici).

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Le Tribunal Monsanto contre l’agriculture industrielle

 


par Jane Hervé
 herve

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Aimant la nature et respectant l’environnement, il est impossible de ne pas se sentir concerné par les événements majeurs qui bouleversent l’histoire de l’homme, des plantes, des semences, des sols, de l’eau. A savoir la fabrication et la commercialisation de produits dont les effets sont néfastes sur toute la chaîne de vie, celle qui conduit de la semence aux plantes, puis s’introduit dans le corps des animaux et des humains.

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L’entreprise américaine Monsanto, productrice de semences OGM, voulant breveter le vivant et commercialisant l’herbicide Round Up, a été jugée/jaugée par un tribunal international réuni à La Haye du 14 au 16 octobre 2016 par des juristes et des écologistes de grande responsabilité (Corinne Lepage, Vandana Shiva, Marie-Monique Robin, Hans Herren, Gilles-Eric Seralini, etc.).

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Une telle démarche – une première pourrait-on dire – est un défi à l’impunité d’une entreprise qui, dans le monde entier, déverse et vend ses productions à la dangerosité désormais reconnue. Les êtres humains sont atteints dans leur chair de mille façons : cancers, malformations, diabète, maladies rénales… La maladie qui les épuise limite leur force de combat lors des procès insupportables menés contre ce monstre.

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Les lobbies de l’entreprise ont une efficacité d’hydre qui pénètre parfois les gouvernements, parfois les entreprises, parfois les groupes d’experts scientifiques. Leurs avocats sont redoutables. Les victimes qui osent se battre sont très seules, même si aujourd’hui elles se regroupent, même si aujourd’hui des experts soutiennent leur point de vue dans la lutte contre ces agrotoxiques. Certains ont, de surcroît, perdu leur emploi.

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Le récent rachat de Monsanto par l’allemand Bayer (fabricant notamment de pesticides néocortinoïdes tels que le Gaucho) accroît nos inquiétudes face aux risques liés à l’agrochimie et à la réduction de la biodiversité qui accompagne son développement. Il s’esquisse ainsi un monde d’êtres mutants que nous subissons sans l’avoir choisi : des hommes, des animaux, des plantes qui ne seraient plus que des produits chimiquement transformés. Ce faisant, subrepticement, nous perdons notre liberté en perdant le contact avec la nature et ses productions (herbes, animaux, hommes).

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Que dire, sinon que nous sommes dans l’attente du jugement des quatre juges et de la Présidente du Tribunal qui ont su écouter avec tant de soin les victimes, les experts scientifiques et les avocats ? Au moins, il y aura là un commencement de reconnaissance de ce que nous refusons vivement : qu’un mastodonte agrochimique fasse régner une dictature d’un nouveau genre. Un simple commencement, car il faudra ensuite définir ce crime nouveau – celui d’écocide – qui déferle sur toute l’humanité.

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Retrouvez notre dossier sur le Tribunal International Monsanto en cliquant ici. Comme tous les éditos du site des JNE, ce texte n’engage que son auteur(e). La photo de Jane Hervé est de Martine Pesez.

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Le retour en force des climato-sceptiques

 


par Olivier Nouaillas
vice-président des JNE

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Après l’accord arraché lors de la COP 21 à Paris, on les croyait réduit au silence et à quelques personnes aussi marginales qu’isolées, mais non : les climato-sceptiques font un retour en force dans le débat public. Et cela, plus surprenant, des deux côtés de l’Atlantique. Ainsi, coup sur coup, Donald Trump et Nicolas Sarkozy, tous deux candidats à la fonction suprême dans leur pays pour 2017, viennent de dire des énormités sur le changement climatique. Et le pire, c’est qu’ils semblent fiers de leur démagogie et qu’ils espèrent tous les deux que cela leur rapportera (des voix).

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Passe encore que Donald Trump, le tonitruant et réactionnaire milliardaire américain, porte-parole de tous les populismes (de l’islam aux migrants en passant par les armes à feu), après avoir qualifié le changement climatique de « bullshit » (connerie) n’hésite pas à affirmer que « le changement climatique est une invention des Chinois » (sic). On sait, en effet, depuis George Bush (fils) et son refus de signer le protocole de Kyoto, que le climato-scepticisme est un des marqueurs idéologiques des républicains américains. D’ailleurs, Noami Oreskes, l’historienne américaine , dans son remarquable livre Les marchands de doute (Le Pommier, 2010) a démontré comment les lobbys industriels (industries du tabac, de l’énergie, du pétrole), qui oeuvrent contre toute réglementation de santé publique ou environnementale, se sont progressivement infiltrés à l’intérieur du Parti républicain. Faisant, après la lutte contre le communisme, de l’écologie « la nouvelle idéologie à combattre… »

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Non, le plus surprenant, c’est que cette rhétorique grossière contre la réalité du changement climatique et le sérieux des travaux des scientifiques du GIEC, ait été reprise par un homme politique français. Et pas un quelconque second couteau. Non, Nicolas Sarkozy, en personne, ancien Président de la République et artisan du Grenelle de l’environnement en 2007 (!!!!). En effet, n’en déplaise à des esprits partisans, jusqu’à présent, la droite française, dans sa quasi totalité, s’était montrée réfractaire aux thèses climato-sceptiques, si prégnantes dans le monde anglo-saxon. Du célèbre discours de Jacques Chirac à Johannesburg au Sommet de la Terre de 2002 (« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs »), à l’adoption du principe de précaution dans la Constitution, la réalité du changement climatique faisait l’objet d’un vaste consensus, y compris dans la droite républicaine. En 2009, lors du Sommet de Copenhague, Nicolas Sarkozy a même prononcé au nom de la France, un discours dans lequel il n’y a pas une seule ligne à changer. Devant l’ensemble des chefs d’Etat réunis et pointant son doigt sur l’assistance il déclarait, en effet : « Qui osera dire que l’objectif de 2° C maximum d’augmentation de la température ne nous impose pas, à nous les pays riches, de réduire de 50 à 80 % nos gaz à effet de serre ? ». En ajoutant, toujours le doigt tendu vers l’assistance : « les scientifiques nous ont dit ce qu’il fallait faire. C’est à nous d’agir ».

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Oui, qui osera dire « qu’il fallait être arrogant comme l’homme pour penser que c’est nous qui avons changé le climat » et que « la première cause de dégradation de l’environnement, c’est le nombre d’habitants sur la planète ? » (NDLR : et donc plus le changement climatique).  Oui, qui osera dire cela ? Et bien c’est … le même Nicolas Sarkozy en 2016, candidat à la primaire de la droite et prêt pour cela à tout les reniements et à toutes les transgressions démagogiques. Qui, par son comportement sans foi, ni loi, justifie pleinement cette phase du grand théologien américain James Freeman Clarke : « la différence entre le politicien et l’homme d’Etat est la suivante : le premier pense à la prochaine élection, le second, à la prochaine génération ».

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Oui, Jean Jouzel, le célèbre glaciologue français, ancien vice-président du GIEC, a mille fois eu raison de qualifier les propos de Nicolas Sarkozy de « pitoyables » et « d’insulte à la communauté scientifique ». Oui, Nicolas Hulot, le plus célèbre écologiste français, a eu raison de dénoncer « le virage à 180 ° de Nicolas Sarkozy sur le climat ». Ajoutant : « mon sentiment, c’est que c’est sûrement pour de bas calculs électoraux. Et c’est dommage, parce que c’est une question qui doit transcender les clivages politiques car la réalité va nous rattraper ».

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La réalité, c’est, en effet, qu’il est plus que probable qu’après 2014 et 2015, l’année 2016 sera vraisemblablement la plus chaude depuis 1880, date des premiers relevés météorologiques. Alors, au-delà des questions de droite au gauche et sans vouloir tomber dans la grandiloquence, les éventuelles élections de Donald Trump, là-bas, et de Nicolas Sarkozy, ici, seraient une très mauvaise nouvelle pour ceux qui croient (et se battent) encore pour l’avenir de l’humanité et de la Planète.

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Journaliste à la Vie, Olivier Nouaillas est l’auteur du Changement climatique pour les Nuls (First, 2014) et, avec Jean Jouzel, de Quel climat pour demain ? (Dunod, 2015). Retrouvez Olivier Nouaillas sur son blog en cliquant ici.

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