Actualités nationales

Un message de l’Association des journalistes environnementaux d’Espagne pour les 50 ans des JNE

Voici un message vidéo de César Xavier Palacios, membre du conseil de l’Association des journalistes environnementaux d’Espagne (APIA), qui souhaite un heureux 50e anniversaire aux JNE.

Les JNE souhaitent longue vie à cette association âgée quant à elle de 25 ans !

Hommage à Benjamin Dessus, précurseur de la transition énergétique

C’est par un message de son ami Bernard Laponche que nous avons eu la tristesse d’apprendre le décès de Benjamin Dessus, précurseur de la transition énergétique en France, survenu le 6 octobre 2019.

par Laurent Samuel

Voici le message de Bernard Laponche.

« C’est avec une grande tristesse que je vous écris.
Benjamin Dessus est mort ce dimanche matin, à l’aube, chez lui, après de longs mois alternant souffrances et améliorations.
Il a écrit jusqu’au bout de beaux textes, originaux et recherchant toujours à expliquer, déchiffrer, proposer de nouvelles approches de problèmes complexes. »

Né en 1939, Benjamin Dessus était le président de l’association Global Chance. Ingénieur et économiste, il a raconté son parcours dans une interview réalisée par Fabrice Nicolino (JNE), publiée en 2016 dans Charlie Hebdo. Après avoir été confronté aux essais nucléaires français lors de son service militaire en Algérie en 1964, il entre en 1970 dans un labo d’études et recherches d’EDF à Chatou. Avec Bernard Laponche et quelques autres pionniers, il milite à la CFDT qui, dès cette époque, dénonce l’ampleur du « programme Messmer » de construction de centrales nucléaires et travaille avec les Amis de la Terre sur les manquements à la sécurité dans les réacteurs. La suite, Benjamin Dessus la raconte à Fabrice Nicolino :

« Je me suis précipité sur le projet Thémis de centrale solaire, lancé par le CNRS et EDF dans les Pyrénées, où j’étais chargé du champ d’héliostats de la centrale. D’autre part, en 1978, j’ai rédigé avec Philippe Courrège, Philippe Chartier et François Pharabod un vaste plan énergétique – le projet Alter – qui imaginait fort sérieusement une France sobre en énergie et entièrement renouvelable à l’horizon 2050. Ce projet Alter a eu un succès totalement inattendu et il a fait ensuite l’objet d’une série de plans régionaux fondés sur une limitation des besoins énergétiques et une décentralisation de la production à base de renouvelables. Comme de juste, il a également déclenché des réactions extrêmement brutales de la part des nucléaristes. J’étais encore bien innocent, et ces critiques – certains nous comparaient à des fascistes voulant faire le bonheur des gens malgré eux! – m’ont en fait aidé à me poser de nouvelles questions. Je ne suis donc pas né antinucléaire, mais je le suis devenu par l’expérience et le travail. »

 

En 1982, Benjamin Dessus fait partie des créateurs de l’AFME (Agence française pour la maîtrise de l’énergie) – ancêtre de l’actuelle ADEME – dont il dirige les services techniques. En 1987, il rejoint le CNRS où il prend en charge un programme interdisciplinaire consacré aux problèmes d’énergie et d’environnement, avant de diriger le programme Ecodev (programme interdisciplinaire de recherche sur les technologies pour l’écodéveloppement). En 1992, il est l’un des fondateurs de l’association Global Chance, qui se donne pour but d’apporter une expertise indépendante sur la transition énergétique. En 2000, il publie avec Jean-Michel Charpin et René Pellat la toute première étude économique indépendante sur la filière nucléaire française, qui est remis au Premier ministre de l’époque, Lionel Jospin.

Benjamin Dessus était l’auteur de nombreux livres, dont un Que Sais-je ? sur L’énergie solaire (1996) et Déchiffrer l’énergie (2014). En mars dernier, il avait dénoncé l’insuffisante prise en compte des émissions de méthane dans la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) du gouvernement. Son dernier article, consacré à l’abandon du projet de réacteur nucléaire Astrid, avait été publié le 24 septembre sur le site du mensuel Alternatives Economiques. Benjamin Dessus y dénonçait « l’effondrement brutal d’un mythe, le recyclage des déchets radioactifs ».

Les JNE adressent toutes leurs condoléances à son épouse Catherine, à sa famille et à ses proches.

Pour en savoir plus, lisez l’article de Valéry Laramée de Tannenberg sur le site du Journal de l’environnement. Ci-dessous, quelques messages postés sur Twitter.

 

Témoignage : sous le panache de Lubrizol

Le 26 septembre 2019 vers 2 h 40 du matin, un incendie se déclare à l’usine Lubrizol France de Rouen, dans un entrepôt où sont stockées 5 200 tonnes de produits chimiques divers destinés à la fabrication d’additifs pour lubrifiants.

par Jean-Paul Thorez

Source : Google Maps

Le sinistre concerne également 9 000 tonnes de produits chimiques (dont des produits Lubrizol) stockés dans un entrepôt voisin appartenant à Normandie Logistique, qui, lui, n’est pas « classé ». Des explosions se produisent. Un panache de fumée noire se dégage, est entraîné par le vent vers le nord-est, le centre-ville de Rouen, puis la campagne environnante. Des retombées de suie sont observées jusque dans les Hauts-de-France, sur le territoire de plus de 200 communes qui seront concernées par des arrêtés sanitaires préfectoraux réglementant la mise sur le marché des produits agricoles. Trois mille agriculteurs ne peuvent plus récolter ni vendre leurs productions, par mesure de précaution.

Traumatisés

Moi, je n’ai rien vu, ni rien entendu, car ma commune, proche de Rouen, se situe juste en dehors de la zone touchée par le panache de fumée. Mais j’en ai beaucoup entendu parler…

Mes copains écolos pointent les responsabilités du groupe industriel et des services de l’Etat qui, une fois de plus, n’ont pas joué la transparence, et dont la « gestion de crise » n’a pas réussi à apaiser les inquiétudes des habitants.

Mes copains jardiniers ou maraîchers sont désemparés : que faire des légumes et fruits du jardin ? Sont-ils réellement contaminés ? Les sols sont-ils durablement pollués ?

Mes amis habitant le centre-ville de Rouen sont traumatisés. Hélène, dont l’appartement se situe à deux kilomètres de l’usine : « Vous ne pouvez pas comprendre » (vous qui n’avez pas été touchés par le panache de fumée). Au point que l’irrationnel a pu prendre le dessus : « A un moment, j’ai vu des traces noirâtres bizarres dans la gamelle du chat [NDLR : à l’intérieur de l’appartement] et j’ai pris peur ! »

Philippe, retraité de l’industrie pétrolière : « Les odeurs, je peux en témoigner, c’est obsédant. » Et aussi : « Pas impossible que la cause de l’incendie soit une attaque à la roquette. »

Il y a de quoi gamberger, car si la liste des produits qui ont brûlé a été partiellement communiquée, tous les résultats d’analyses ne sont pas connus. Les causes de l’incendie restent mystérieuses, au point que Lubrizol a porté plainte contre X.

Ce que Fanny, habitante de l’agglomération de Rouen, voyait de sa fenêtre – photo DR

Prendre du recul

Alors, quand mes copains JNE m’ont contacté, j’ai ressenti le besoin de prendre un peu de recul. Le risque technologique n’est pas nouveau en Normandie. On trouve ici 49 sites Seveso seuil haut (les plus dangereux), en majorité dans la basse vallée de la Seine, et notamment à proximité de Rouen.

J’ai ressorti ma collection d’AREHN infos, souvenir du temps où je dirigeais l’Agence régionale de l’environnement de Haute-Normandie. Ce que je retrouve écrit par moi-même dans la lettre d’information de l’AREHN il y a quinze ans résonne étrangement aujourd’hui.

Novembre 2004 : dossier « Vivre avec le risque majeur ». Bon, la question n’est pas neuve, puisque le premier arrêté préfectoral concernant les manufactures de produits chimiques date de… 1809. Très tôt au XIXe siècle apparaissent sur les cartes des cercles de 100 et 200 mètres centrés sur les installations industrielles « à risques », ancêtres de nos « périmètres de danger ». La Luciline, raffinerie produisant du pétrole lampant, jugée trop dangereuse, passe de Rouen rive droite – les quartiers anciens résidentiels – à Rouen rive gauche, où va se développer l’industrie. La Shell ouvre en 1929 à Petit-Couronne. La même année se crée Grande Paroisse (maintenant Borealis), usine sœur d’AZF Toulouse, qui produit de l’ammoniac et des engrais azotés chimiques. Autre chose que l’ancienne usine de « poudrette » (engrais naturel) ! Lubrizol s’installe en 1954. De manière toute naturelle, l’habitat se développe à proximité, pour loger les ouvriers.

Culture déficiente

Dans le numéro de novembre 2005 d’AREHN infos, titre du dossier : « Odeurs industrielles : nuisances ou pollutions ? ». Vous saisissez la nuance ? Toute mauvaise odeur n’est pas le signe d’une pollution dangereuse. Là encore la problématique n’est pas neuve, et la question s’est de nouveau posée lors de l’épisode récent Lubrizol. Mais rappelez-vous : en 2013, la même usine avait largué des mercaptans qui avaient été reniflés jusqu’à Paris et outre-Manche ! Et en août 1989, même chose : 5 kilos d’un mélange de mercaptans et hydrogène sulfuré sèment l’angoisse chez les habitants après s’être volatilisés… Notre mémoire se ravive périodiquement, puis… on passe à autre chose.

Dire que rien n’est fait suite aux accidents technologiques majeurs serait exagéré. Seveso (1976) a donné une célèbre directive. AZF (2011) a servi de piqûre de rappel… Des réseaux de suivi de la qualité de l’air sont créés dès 1973. Des « nez » surveillent les zones sujettes aux mauvaises odeurs industrielles. Un Coderst réunit tous les acteurs locaux. Chaque site industriel à risque possède sa Commission de suivi des sites. Des Dicrim répertoriant tous les risques sur chaque commune peuvent être consultés dans les mairies et sur Internet. Mais… le seul document papier « grand public » sur les risques technologiques que j’ai reçu dans ma boîte aux lettres date du début des années 1990 ! Et force est de constater que la culture du risque reste, ici comme ailleurs, déficiente.

Questions

Beaucoup de questions restent posées à l’heure où j’écris ces lignes.

Comment se fait-il qu’un feu allumé, semble-t-il, à l’extérieur du périmètre d’une usine aussi dangereuse se soit propagé à l’ensemble d’un dépôt de produits sensibles à l’intérieur de ce même périmètre ?

Comment se fait-il qu’une bonne partie des produits Lubrizol partis en fumée se trouvait sur un site voisin non classé ICPE ? Est-ce la conséquence d’une régression en matière de déclaration et de contrôle des installations classées, notamment les entrepôts, comme l’a constaté notre confrère Gabriel Ullmann (JNE) ? La loi Essoc a été « allégée » en août 2018. Et le rapport de Guillaume Kasbarian remis le 23 septembre 2019 au Premier ministre, visant à accélérer et simplifier les procédures obligatoires préalables à une implantation industrielle, ne rassure pas, bien au contraire.

Quelle est la nature exacte des produits de combustion qui se sont dégagés dans l’atmosphère, puis déposés sur le sol et la végétation ?

Quels sont les effets sanitaires à craindre d’un « cocktail » de produits issus de la combustion et de la volatilisation d’au moins 13 catégories chimiques différentes ?

Sachant que « le risque zéro n’existe pas », faut-il fermer définitivement cette usine ? Faut-il la relocaliser ailleurs ? Elle a besoin d’un bassin d’emploi. Faut-il créer des unités industrielles plus petites, comme le suggère notre consoeur Marie-Paule Nougaret (JNE), qui a beaucoup travaillé sur les produits toxiques ?

Faut-il reconvertir cette production basée sur des dérivés du pétrole ? Le risque serait-il moindre avec des matières biosourcées ? Pas évident : nous avons dans l’agglomération une usine (Saipol) qui produit de l’huile végétale et… est classée Seveso.

Que serait une communication de crise réussie ?

A consulter

Lubrizol : « Pour qu’il y ait moins d’usines toxiques, il faut moins de biens manufacturés » – Entretien avec François Jarrige – Reporterre

Collectif Lubrizol (25 000 membres)

Analyse citoyenne indépendante de la pollution Lubrizol

Et, sur ma page Facebook, mes conseils aux jardiniers.

Chasse en enclos : le sadisme en toute quiétude

Vous ne connaissez pas la chasse sur des animaux captifs en France ? C’est normal, il s’agit d’une pratique plutôt opaque, mais révélée par des activistes courageux de l’ASPAS, qui se sont infiltrés et qui ont filmé. Accrochez-vous.

par Marc Giraud

L’année dernière, l’ASPAS avait révélé les conditions parfois épouvantables d’élevage de petit gibier de chasse, quelque 20 millions de faisans et autres « cocottes » destinés à être flingués dès l’ouverture. Une pratique qui, à elle seule, réduit à néant la supposée « bonne gestion » de la faune avancée par le lobby de la chasse.

Cette année, l’ASPAS frappe à nouveau, cette fois-ci avec les gros mammifères coincés par des grillages, harcelés et abattus de la manière la plus impitoyable qui soit. Révélation qui, elle aussi, suffirait à faire taire bien des affirmations du lobby sur le respect de la nature, le rôle sanitaire des chasseurs, la nécessité de « réguler » la faune et autres fadaises.

Bien qu’elle soit peu connue, la chasse d’animaux en captivité n’est pas anecdotique puisqu’elle concerne environ 1 300 parcs et enclos qui détiennent au total de 50 000 à 100 000 animaux : sangliers essentiellement, mais aussi cerfs, chevreuils, mouflons, daims, etc. La chasse peut y être un loisir personnel des propriétaires ou une activité commerciale : les propriétaires font payer à des chasseurs le droit de venir tuer des animaux, ce qui rapporte des dizaines de milliers d’euros.

Dans le parc commercial où l’ASPAS a enquêté, les chasseurs font durer le plaisir d’une manière qui atteint le sadisme, car le sanglier affolé ne peut pas s’échapper. Leur objectif est de ne pas tirer tout de suite pour faire courir l’animal le plus longtemps possible, harcelé par les chiens, en le suivant en voitures et en quads avant de décider du moment de sa mise à mort. La traque dure parfois toute la journée.

Les enquêteurs de l’ASPAS ont été choqués par la fascination morbide de ces chasseurs envers la souffrance des sangliers. Pour ces hommes, voir un animal tenter de courir avec une patte brisée, ou se faire castrer à vif par les chiens, mangé vivant par l’arrière, est une source de rires et de blagues.

Une fois sur deux, les chasseurs ne tuent pas le sanglier au fusil mais avec des épieux (longs poignards au bout de perches métalliques), ce qui est illégal : ces armes ne peuvent servir qu’à achever une bête blessée, pas à la chasser. Quand des tirs ont lieu, ils sont souvent mal ajustés, laissant des animaux blessés. Un adepte raconte qu’il avait revu un sanglier très amaigri après lui avoir tiré dans le groin une semaine plus tôt ; le sanglier ainsi mutilé ne pouvait plus s’alimenter, ce qui amusait beaucoup le chasseur.

L’importation d’animaux étrangers pour ces « parcs d’attraction » est légale, mais opaque. Dans les années 2000, on soupçonne ces transports d’avoir amené la brucellose. Aujourd’hui, c’est la PPA (peste porcine africaine) qui inquiète les autorités. Voilà pour le rôle sanitaire dont se vantent les « premiers écologistes de France »…

Il faut saluer le courage de ces enquêteurs anonymes, parfois végans, obligés de partager les charcuteries et les blagues graveleuses des chasseurs, et d’assister sans intervenir à la torture d’animaux impuissants, ni même trahir leur émotion. Mais c’est grâce à de telles infiltrations, façon L214, que le public peut connaître la vérité. Le public, et les journalistes…

Comme sur le terrain, le puissant lobby des armes et de la chasse a encore aujourd’hui une place écrasante dans les médias, alors que les pratiquants n’atteignent pas 2 % des citoyens : on ne peut quasiment pas parler de nature sans avoir à affronter un de ses représentants, et devoir contrer toutes les contrevérités qu’ils assènent à des journalistes sans arguments, car peu concernés par la faune sauvage, et trop souvent bien peu curieux de la chose. Voici donc une pièce de plus pour étayer le dossier, et pour parler de la vraie réalité…

Le sujet de Konbini :
https://www.facebook.com/konbinifr/videos/403044750404315/UzpfSTEyMjAwNDY1ODI6MTAyMjA2NDI1MjE0MzI1Mjk/

Pour en savoir plus :
https://www.aspas-nature.org/actualites/enquete-carnage-derriere-le-grillage/

Pour signer la pétition :
https://www.aspas-nature.org/campagnes/petitions/stop-a-la-chasse-en-enclos/#petition

Une confrontation avec un fameux JNE :
http://www.leparisien.fr/environnement/les-chasseurs-sont-ils-bons-pour-la-nature-la-question-divise-21-09-2019-8156751.php

Contacts presse : Madline Rubin, directrice de l’ASPAS, 06 79 44 61 17 – direction@aspas-nature.org

 

Épandages de pesticides : un maire remet la protection des populations au coeur des débats

Le tribunal administratif de Rennes n’aura mis que quatre jours, week-end compris, pour rendre sa décision, en dépit des centaines de pages de mémoires transmises par le maire de Langouët, petite commune d’Ille-et-Vilaine, et ses avocats.

Daniel Cueff, maire de Langouët (Ille-et-Vilaine)

Donnant raison à la préfète de Bretagne, le juge des référés a estimé le 27 août que Daniel Cueff n’était pas compétent pour instaurer, par voie d’arrêté, une distance minimale d’épandage de pesticides de synthèse par rapport aux habitations de sa commune, dont certaines sont dispersées au milieu des champs. Il ne peut donc, selon le juge, prétendre se substituer à ce qu’il considère comme une carence de l’Etat à protéger ses citoyens des effets sanitaires néfastes de ces produits, y compris provisoirement.

Le 18 mai dernier, ce maire de 64 ans, écologiste sans étiquette, avait pris un arrêté interdisant l’utilisation de produits phytopharmaceutiques « à une distance inférieure à 150 mètres de toute parcelle cadastrale comprenant un bâtiment à usage d’habitation ou professionnel ». Invoquant le principe de précaution, il rappelait notamment que le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l’agence spécialisée de l’OMS pour la recherche sur le cancer, a considéré en 2015 que le glyphosate, herbicide le plus vendu au monde, était « probablement cancérigène ».

L’agence estimait en particulier qu’il existe des preuves démontrant une association entre l’exposition au glyphosate et le développement de cancers tels que le lymphome non hodgkinien et le cancer du poumon.

Lors de l’audience du 22 août au tribunal administratif, Daniel Cueff, dont l’arrêté était attaqué par la préfecture de Bretagne, a souligné qu’une directive européenne obligeait depuis 2009 les États à protéger leurs habitants de l’épandage de pesticides, et que le Conseil d’État avait partiellement annulé en juin un arrêté réglementant l’utilisation de pesticides au motif qu’il ne protégeait pas suffisamment la santé des riverains.

Ex-conseiller régional de Bretagne, M. Cueff a été élu il y a 20 ans à la tête de Langouët, un village de 602 habitants souvent cité en exemple pour ses réalisations « vertes »: cantine 100 % bio et locale dès 2004, deux éco-hameaux déjà construits et deux autres dans les tuyaux, arrêt du désherbage chimique municipal dès 1999, nouvelle politique d’urbanisme pensée sur le principe de l’économie circulaire, projet de ferme municipale en permaculture, véhicules électriques partagés, service public d’autoproduction d’énergie renouvelable, etc.

Alors quand des habitants, membres du collectif local Nous voulons des coquelicots lui disent avoir retrouvé des taux de glyphosate importants dans leurs urines, jusqu’à 30 fois la valeur autorisée dans l’eau potable chez des enfants de 6 ans, il se dit qu’il faut agir.

« Les résultats de ces tests, réalisés sous contrôle d’huissier tels un véritable contrôle anti-dopage, ont été un véritable choc dans la commune », explique l’élu. Et ce même s’il n’existe pas de valeur de référence officielle pour interpréter ces données, comme l’a rappelé le représentant de l’Etat lors de l’audience.

Interrogé deux jours après la décision du tribunal, Daniel Cueff, qui va faire appel, s’est dit « un peu déçu par la décision », lui qui s’attendait à ce que la justice « puisse regarder un peu plus en profondeur cette affaire ».

« Que de temps perdu, le tribunal administratif n’a pris le soin d’étudier aucun de mes arguments, on suspend on juge plus tard ce n’est pas sérieux. J’en veux beaucoup à la préfète qui a empêché mon arrêté de vivre alors que le gouvernement annonce que j’ai bien raison et que la question d’une zone tampon va faire l’objet de discussions », confie-t-il.

Se défendant de vouloir interdire complètement les pesticides sur sa commune, ce que le Mouvement des coquelicots lancé il y a un an appelle de ses voeux, ou de vouloir mettre en difficulté les agriculteurs, il souhaitait plutôt « mettre en place une expérimentation en réfléchissant avec les agriculteurs à d’autres manières de cultiver à l’intérieur de cette bande de 150 mètres ».

Débouté sur le plan judiciaire, le maire peut toutefois se féliciter d’avoir réussi à porter de nouveau le débat sur la place publique, depuis l’appel du mouvement Nous voulons des coquelicots, qui a déjà recueilli plus de 800.000 signatures.

De fait, plus d’une trentaine de maires ont pris des arrêtés similaires au sien, autant d’initiatives que Daniel Cueff souhaite fédérer avant de « monter tous ensemble à Paris ».

La convocation devant la justice administrative de l’élu breton a par ailleurs suscité des milliers de réactions de soutien, deux pétitions qui ont rassemblé plus de 160.000 signatures, ainsi que des prises de position au plus haut niveau. Le 23 août, Emmanuel Macron déclarait ainsi « soutenir dans ses intentions » le maire de Langouët et promettait d’aller « vers un encadrement des zones d’épandage de pesticides » tout en ajoutant qu’il ne « pouvait être d’accord quand on ne respecte pas la loi ».

La ministre de la Transition écologique Élisabeth Borne a affirmé de son côté qu’un projet de réglementation était à l’étude pour instaurer une « zone minimale entre les épandages et les habitations ».

Du côté des agriculteurs, la présidente de la FNSEA Christiane Lambert a elle plaidé le 28 août pour des solutions « au cas par cas » pour protéger les riverains plutôt qu’une délimitation stricte par la loi qui conduirait selon elle à « des pertes de revenus ». Selon la représentante du principal syndicat agricole, un monde « sans phyto », comme un monde « sans médicaments », est impossible, et une généralisation par la loi d’une interdiction aurait pour effet « d’ensauvager 15 % du territoire français ».

Le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume et son cabinet ont indiqué le 29 août que l’objectif était d’arriver à la publication d’un arrêté national début janvier afin de répondre aux exigences du Conseil d’Etat.

Pour y parvenir, le gouvernement va mettre en place des « chartes départementales dans lesquelles les riverains, les agriculteurs, les élus, sous l’autorité du préfet, doivent se mettre d’accord pour les zones d’épandage ». « S’ils n’arrivent pas à se mettre d’accord, alors nous mettrons en place ce qu’on appelle des zones de non traitement », a précisé Didier Guillaume. Son cabinet a évoqué des zones de non traitement obligatoires comprises entre 1 et 5 mètres autour des bâtiments, assorties toutefois de dérogations. Ces zones seront agrandies autour de zones sensibles comme les écoles, mais là encore il pourrait y avoir des dérogations.

« Il faudra regarder cela de très près car il existe déjà des chartes de bon voisinage entre agriculteurs et riverains qui tiennent simplement au bon vouloir des agriculteurs et n’ont aucun aspect réglementaire », a réagi Daniel Cueff. « Cette politique de bon vouloir est en général un échec dans la mesure où depuis 2009, l’usage des pesticides de synthèse a augmenté de 17 % à 20 % selon les régions alors que l’objectif était une baisse de 50 % », a-t-il ajouté, rappelant que même les « procédés anti-dérive ne permettent pas d’empêcher, notamment par temps chaud, les molécules de se répandre dans l’atmosphère ».

Si l’élu breton n’est toutefois pas défavorable, lui aussi, à du cas par cas « en fonction des cultures et des régions », la définition des distances d’éloignement pourrait rapidement devenir une armoire à gaz, sans compter que les premiers chiffres de taille de ces zones de « non traitement » évoqués en haut lieu sont pour l’instant 30 fois inférieurs aux 150 mètres de l’arrêté de Langouët.

Présentation du Projet Nexus Clés

En ligne sur le site web de l’Institut de la Transition Environnementale de Sorbonne Université (SU-ITE), ce projet web de diffusion scientifique et médiation interdisciplinaire en sciences de l’environnement et de la durabilité (naguère intitulé « SocioEcoSystèmes ») se veut un guide d’exploration et de navigation dans les socioécosystèmes et la biosphère, à l’intention des acteurs socio-économiques – dont les scientifiques, enseignants et journalistes – et des collectivités.

Il vise à renforcer les capacités d’analyse du fonctionnement des socioécosystèmes et de la biosphère par les acteurs, pour éclairer leurs décisions et actions, individuelles et collectives, dans l’objectif de modérer les impacts humains sur la biosphère et ainsi favoriser la transition écologique.

Dans une démarche systémique et interdisciplinaire, ce projet web explore le fonctionnement des socioécosystèmes et de la biosphère, ainsi que les pistes pour la transition écologique, au moyen de brèves vidéos ou « questions-clés » posées à des experts de toutes disciplines, en sciences de la Terre, de la Vie, de l’Homme et des sociétés, confrontés eux-mêmes à l’interdisciplinarité des questions abordées.

Voici l’une des dernières vidéos mises en ligne, sur l’une des thématiques abordées lors du dernier Congrès des JNE (lire aussi ici sur ce sujet un article de Michel Sourrouille).

Quelles clés pour l’adaptation des territoires de montagne au changement climatique ? L’exemple des Pyrénées catalanes. Question-clé (n°F15) posée à Séverine Casasayas, Directrice du Parc Naturel Régional des Pyrénées Catalanes (PNRPC), pour le projet web Nexus Clés (« SocioEcoSystèmes – Ecosystèmes et sociétés, un futur partagé », https://www.su-ite.eu/nexus-videos-cles/plan/).

Pour découvrir les autres vidéos mises en ligne : https://www.su-ite.eu/nexus-videos-cles/plan/

Conception, coordination, réalisation des vidéos : Anne Teyssèdre (SU-ITE, JNE)
Conseil scientifique : Cf. https://www.su-ite.eu/nexus-videos-cles/
Coproduction R2DS/CIRED/IPSL/SU-ITE, 2016-2019.

« Les 30 ans de l’écologie », un événement Reporterre le 15 juin, à Paris

Comment se mobilisait-on hier pour l’écologie et comment le fait-on aujourd’hui ? Quelles sont les problématiques d’aujourd’hui et de demain ? Quels figures, associations et mouvements citoyens font-ils avancer la cause écologique ?
Pourquoi 30 ans ? Parce qu’en 2019, Reporterre fête ses 30 ans ! La première version du quotidien de l’écologie lancé en 1989 par Hervé Kempf (JNE), l’actuel rédacteur en chef, était un magazine mensuel papier.

• Une journée intergénérationnelle de rencontres, de débats, d’ateliers, d’impromptus artistiques, de stand-up et de concerts.

• Un festival pour discuter de l’évolution de la biosphère et du mouvement écologiste depuis 30 ans, avec légèreté et convivialité.

• Un événement festif pour réfléchir ensemble.

On attend un millier de personnes. Et vous !

Au programme des 30 ans de l’écologie :

Dès 19h30, une soirée festive entre stand-up, sketch clownesque et concerts

Une lecture de texte par Audrey Vernon et Giorgia Sinicorni
Spectacle : « L’agriculture, la médecine, l’amour », par Fred et Mathieu, des Chiches Capon
Un concert du chanteur Glad
Un concert de la chanteuse Nach

De 22h à minuit

à partir de 22h : DJ set

Et, toute la journée, des ateliers d’ONG, des mouvements citoyens et d’associations à venir rencontrer !

Ateliers : démontage vélo, réparation d’objets du quotidien, initiation à l’action non violente, troc de graines…
Les inscriptions aux ateliers se font sur place le jour même. Les places étant limitées, nous vous invitons à venir à l’avance.
Expositions : Voyage au cœur de la graine par Seed Tour
Une frise chronologique protéiforme : #Weareallresponsible

Stands :
Des impromptus de la Compagnie Arzapar, Zero Waste France / La Maison du zéro déchet, Seed Tour, Alternatiba / ANV Action non violente COP21, Enercoop / Énergie partagée, Les Colibris, L’Heureux Recyclage, Générations cobayes, Agir pour l’environnement, France Nature Environnement, Fondation GoodPlanet, ATD Quart Monde France, Reporterre, Nature et Progrès, RAP (Réseau Anti-Pub), Sea Shepherd, Terres de liens

Le 15 juin de 13h à 00h

Entrée libre
Ground Control,
81, rue du Charolais,
75012 Paris

Enquêtes publiques et commissaires-enquêteurs : le Défenseur des droits se saisit du « cas Ullmann »

L’«affaire» Gabriel Ullmann (du nom de ce commissaire-enquêteur brutalement démis de ses fonctions après avoir rendu un avis défavorable sur un projet d’aménagement) vient de connaître plusieurs rebondissements.

Conférence de presse le 6 mars 2019 à la mairie du 11e, Paris. De g. à dr. : Jean Untermaier, Michèle Rivasi, Gabriel Ullmann, Corinne Lepage

Saisi par la députée Delphine Batho, le Défenseur des Droits a accepté d’instruire l’affaire.

Par ailleurs, le tribunal administratif (TA) de Lyon a rejeté le 23 mai  la requête du maître d’ouvrage du projet contestant les indemnités dues à Gabriel Ullmann. Le jugement du TA détaille de façon inédite l’étendue des prérogatives des commissaires enquêteurs. 

Gabriel Ullmann a aussi déposé des recours contre la composition de la commission qui l’a congédié et contre sa décision de radiation.

Pour tout savoir sur ces derniers développements, vous pouvez lire ici un article d’Environnement Magazine  et là un papier d’Actu-Environnement.
A consulter aussi, ce texte mis en ligne sur le site Place Grenet, ainsi que celui de Jade Lindgaard sur Mediapart.

Pour comprendre les tenants et les aboutissants de cette affaire qui, au-delà d’un cas personnel, nous alerte sur les menaces pesant sur le caractère démocratique des enquêtes publiques, nous vous invitons à lire le dossier très complet rédigé par Richard Varrault, Président des JNE, qui est en ligne sur ce site.

Hommage à Michel Serres, pionnier des droits de la nature

Les JNE saluent la mémoire et l’oeuvre de Michel Serres, décédé le 1er juin 2019 à l’âge de 88 ans.

par Laurent Samuel

Paru en 1990, son livre le Contrat naturel a puissamment contribué à la prise en compte juridique des droits de la nature.

Notre site avait publié deux articles lors de la récente réédition (enrichie et augmentée) de ce « brûlot qui proposait d’élever la nature au rang de sujet de droit », l’un de Gabriel Ullmann (lire ici), l’autre de l’auteur de ces lignes (lire là).

A lire aussi, un texte de Michel Sourrouille en réaction à un entretien avec Michel Serres paru dans le Monde en août 2018 sur le thème « c’était mieux avant ? ».

En 2018, Michel Serres avait accepté d’intervenir en conclusion de notre colloque sur la condition animale, avant de se décommander en raison de ses problèmes de santé.

Les JNE adressent leurs condoléances à sa famille et à ses proches.



Ci-contre, la Une de Libération du 3 juin 2019.

 

Un conseil de médiation et de déontologie journalistique sur les rails

Réunie le 17 mai, 2019, l’AG des JNE a confirmé le soutien de l’association à la création d’une instance de médiation et de déontologie journalistique et renouvelé sa confiance à Christel Leca pour les représenter au sein de l’ODI (Observatoire de la déontologie de l’information) et d’un des groupes de travail en vue de la création de cette instance, indépendante, tripartite et non juridique. Christel Leca participera au groupe de travail sur le périmètre de ses compétences et à la prochaine réunion des fondateurs, le 17 juin prochain. Voici le communiqué publié ce week-end.

De nombreuses organisations de journalistes, d’éditeurs, d’agences de presse et des représentants du public (*) ont jeté les bases, jeudi 16 mai 2019 à Vanves, d’un conseil de médiation et de déontologie journalistique (**). Une instance tripartite qui impliquera à la fois les journalistes, les médias et le public.

En défendant les règles professionnelles, ce conseil a pour objectif premier de garantir à chaque citoyen l’accès à une information de qualité.

Trois groupes de travail, sur le périmètre des compétences, la structure et le fonctionnement de cette instance, ont été constitués. Ils rendront leurs conclusions avant juillet. L’ambition est de créer cette instance avant la fin de l’année 2019.

17 mai 2019

Contact : odi.observatoire@gmail.com

(*) SNJ, CFDT journalistes, Collectif informer n’est pas un délit, Journalisme et citoyenneté, Profession : Pigiste, FFAP, SNRL, ODI, CDLP, Sociétés et collectifs de journalistes et de lecteurs , écoles de journalisme, associations d’éducation populaire, Alliance internationale de journalistes, Union Internationale de la presse francophone, etc.

(**) Dénomination provisoire