Actualités nationales

Le décès de Robert Clarke, grande figure du journalisme scientifique

Nos amis de l’AJSPI (Association des journalistes scientifiques de la presse d’information) nous ont appris ce matin une triste nouvelle : le décès de Robert Clarke, pionnier du journalisme scientifique en France.

par Laurent Samuel

Robert Clarke – photo AJSPI

Robert Clarke fut, notamment lorsqu’il était en poste au Matin de Paris à la fin des années 70, l’un des premiers journalistes scientifiques à publier des articles critiques sur le nucléaire et à ouvrir sa rubrique sciences aux sujets d’environnement. Les JNE saluent son parcours et adressent leurs condoléances à sa famille et à ses proches.  So long, Bob !

Voici le texte diffusé par l’AJSPI.

Co-fondateur de l’AJSPI dont il fut président en 1982, Robert Clarke est décédé le 13 octobre à l’âge de 97 ans.

Figure du journalisme scientifique, Robert a eu une carrière exceptionnelle en presse écrite : Parisien libéré, France Soir, Matin de Paris, Combat. Mais c’est son parcours à la télévision qui ont rendu célèbres ses fameuses moustaches : À la poursuite des étoiles et L’avenir du futur sur TF1. Espace , archéologie, biologie, physique… Aucune discipline n’échappait à ses analyses, critiques, reportages, toujours dans un esprit de totale liberté et de découverte de nouveaux horizons. Homme de plume, Robert a aussi été un écrivain fécond : parmi ses nombreux essais, Super cerveaux, Naissance de l’homme, Nouvelles énigmes de l’Univers témoignent d’une vision toujours en avance sur la marche de la science et ses enjeux sur la société.

Homme de conviction et d’amitiés, Robert faisait toujours partie du comité éditorial de Science Actualités, l’espace d’exposition dédié à l’actualité scientifique qu’il avait contribué à créer avec l’AJSPI dès la naissance de la Cité des sciences et de l’industrie.

L’AJSPI partage la peine de sa famille et de ses proches en ce moment de deuil.

A cela, il faut ajouter que

Face au réchauffement climatique, il faut des forêts plus naturelles

Dans le massif vosgien, la gestion fragilise aussi la forêt.

par Jean-Claude Génot

Durant cet été, les médias ont beaucoup relayé l’inquiétude des forestiers face aux effets de la sécheresse actuelle. Mais on entend peu ou pas les défenseurs de la nature s’exprimer sur le sujet. Toujours le même refrain : le réchauffement climatique menace nos forêts, adaptons-les à ce nouveau climat. On souligne la sécheresse, on pointe le fait que les herbivores contrarient la régénération naturelle de la forêt (ce qui n’est pas faux dans de nombreux endroits du massif vosgien par exemple) mais pas un mot sur la gestion sylvicole, comme si la sylviculture était neutre dans cette histoire.

Car enfin, si les épicéas meurent massivement ,c’est bien parce que la nature sanctionne de façon magistrale les erreurs des sylviculteurs qui ont planté l’épicéa en dehors de son aire naturelle en peuplements mono spécifiques, plus fragiles face aux aléas climatiques et biologiques.

Depuis le Grenelle de l’environnement, les forestiers doivent produire plus de bois, ce qui les conduit à pratiquer des fortes éclaircies dans des peuplements qui sont restés longtemps assez denses.

Ces éclaircies menacent les essences qui ont besoin d’ombre comme le sapin et le hêtre et qui ne supportent pas une mise en lumière trop forte. L’idéal pour ces arbres est d’avoir la tête au soleil et les pieds à l’ombre, or ces éclaircies menacent l’ambiance forestière humide, surtout face à des fortes sécheresses.

De plus, les fortes éclaircies réduisent la décomposition de la litière et le recyclage des nutriments en diminuant la diversité des organismes détritivores du sol. Le réchauffement climatique fait peser un risque sur la forêt qui intéresse les industriels, mais ce risque sera d’autant plus important que les forêts seront plus artificielles, c’est-à-dire avec des essences exotiques, des forêts moins denses plus sensibles aux sécheresses, avec moins de bois mort donc moins d’humidité au sol et avec des sols tassés par des engins de travaux forestiers plus lourds.

Prélèvement de bois trop important dans une parcelle, ce qui fragilise les arbres face à la sécheresse – photo Jean-Claude Génot

Qui plus est, le rajeunissement des forêts lié aux prélèvements actuels, réduit les capacités de la forêt à être un puits de carbone efficace. En effet ,quand une forêt fabrique plus de bois qu’elle n’en perd, elle absorbe alors plus de gaz carbonique qu’elle n’en émet. Il vaut donc mieux laisser vieillir les forêts.

Planter pour mieux se planter !

La forêt écosystème, elle, en a vu d’autres. Elle est capable de s’adapter car la diversité génétique des arbres est élevée. Cela est dû à la recolonisation post glaciaire des différentes espèces européennes à partir de leurs refuges dont l’isolement a créé des différences génétiques importantes. Mais alors, pourquoi certains forestiers veulent-ils absolument introduire de nouvelles espèces ?

D’abord, la filière bois a poussé l’Etat à inscrire les plantations comme indispensables dans le Programme national forêt bois adopté en 2016 qui prévoit d’ « adapter les sylvicultures pour mieux répondre aux besoins des marchés ». Pourtant, la forêt sait se régénérer naturellement depuis des millénaires. Ensuite, les forestiers ont peur d’être accusés de laxisme, il faut agir et pour cela rien de mieux que des plantations, cela se voit et fait tourner la machine économique.

Mais comment peut-on être assez naïf pour croire qu’il suffirait d’introduire des essences exotiques résistantes aux sécheresses pour régler tous les problèmes de la forêt face au réchauffement climatique ? Alors que l’introduction d’espèces exotiques est considérée comme la troisième menace pour la biodiversité par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), les forestiers favorables à l’introduction de nouvelles espèces n’émettent aucune réserve sur ce risque potentiel.

Comment croire que des espèces exotiques qui n’ont jamais co-évolué avec la faune, la flore et les champignons locaux vont mieux s’adapter aux profondes modifications climatiques en cours et à venir que celles qui sont là depuis des millénaires ? Le choix des plantations relève d’une volonté de maîtrise de la nature et sur le plan économique, c’est un pari très risqué.

De plus, parmi les essences exotiques préconisées, gageons qu’il y aura des conifères à croissance rapide. C’est un mauvais choix sur le plan du bilan carbone car les résineux stockent moins de carbone que les feuillus pour un même volume de bois.

De plus, les résineux sont moins efficaces que les feuillus sur le plan de la lutte contre le changement climatique. En effet des chercheurs (1) ont montré que les plantations de résineux effectuées massivement en Europe à la place des forêts feuillues naturelles depuis le XVIIIe siècle n’ont pas permis de faire de la forêt européenne un puits de carbone, malgré le gain de surface couverte par des forêts, mais au contraire d’accumuler une dette de carbone.

Pourquoi ce paradoxe ? D’abord parce que l’exploitation de ces plantations de résineux sur des cycles relativement courts relâche le carbone accumulé dans la biomasse, le sol, le bois mort et l’humus. De plus, la conversion des feuillus en résineux modifie le pouvoir réfléchissant des arbres (pourtant plus bas chez les résineux que les feuillus), la rugosité de la canopée (la capacité à plus ou moins laisser passer la lumière) et l’évapotranspiration du sol, plus soumis à la lumière dans les plantations de résineux que dans les forêts de feuillus.

Tous ces paramètres sont plus négatifs en terme d’atténuation de chaleur pour les plantations de résineux que pour les forêts naturelles de feuillus, d’où une contribution au réchauffement plutôt qu’une atténuation !

On voit donc que remplacer des forêts feuillues âgées par des résineux exploités sur des cycles beaucoup plus courts renforce le réchauffement climatique. Les plantations sont subventionnées et si l’épicéa n’a plus la cote, le sapin de Douglas, originaire d’Amérique,  vient le remplacer. Pourtant, cette espèce ne supporte pas, elle non plus, les fortes sécheresses. Cela le rend sensible aux attaques de champignons ainsi qu’à celles d’une mouche qui pond dans les aiguilles.

Que les arbres soient autochtones ou allochtones, stressés par une sécheresse ils deviennent beaucoup plus sensibles aux champignons ou aux insectes pathogènes, voire aux deux à la fois. Mais plus la forêt est artificielle en composition et en structure (on parle de futaie régulière où tous les arbres ont le même âge avec souvent une seule espèce), plus elle sera sensible et moins résiliente.

Le retour des coupes rases

Epicéas souffrant de la sécheresse puis attaqués par des scolytes – photo Jean-Claude Génot

L’exploitation des épicéas atteints par les scolytes donne lieu à des coupes rases qui offrent souvent un spectacle de désolation. Le sol est mis à nu et subit les fortes températures. Pourtant, en forêt publique alsacienne, les forestiers ne pratiquaient plus de coupe rase depuis une vingtaine d’années.

On peut légitimement se demander si les plantations, soumises aux futures canicules, vont se développer normalement sans subir de dégâts. En forêt publique en-dessous d’un hectare, les coupes rases ne devraient pas être reboisées, mais laissées à la dynamique naturelle avec du bois mort abandonné au sol et sur pied. Ces zones sont des refuges pour la faune.

Coupe rase d’épicéas atteints par les scolytes ; le sol est mis à nu – photo Jean-Claude Génot

Ailleurs, il faut éviter la coupe rase en laissant les autres essences présentes et des bouquets d’épicéas dépérissant car la forêt a besoin de bois mort et de l’ombre que peuvent encore fournir les arbres secs. Si le reboisement artificiel est inévitable, mieux vaut privilégier les essences locales en laissant venir également la régénération naturelle.

Vouloir adapter la forêt au climat relève de l’arrogance humaine et du refus d’accompagner ce changement dont nous sommes responsables ,alors qu’il faut plus que jamais travailler avec la nature et non contre elle. Plus on veut s’éloigner du mode de fonctionnement naturel d’une forêt et plus cela coûte cher en énergie manuelle, mécanique et chimique, donc en argent.

Il faut réduire les facteurs de vulnérabilité qui rendent les forêts encore plus sensibles au réchauffement climatique. Pour cela, il faut miser sur les essences autochtones, des forêts à structure irrégulière avec un mélange d’espèces et des âges différents, des rotations de coupes plus longues, des peuplements matures plus denses et du bois mort au sol. Il faut également développer des forêts en libre en évolution où l’adaptation se fera naturellement et dont nous aurons des leçons à tirer pour les forêts exploitées. Pour cela, il faut de l’humilité, s’adapter à la forêt et pas l’inverse, sinon notre vie sera insoutenable.

* Ecologue

(1) Naudts K., Chen Y., McGrath M.J., Ryder J., Valade A., Otto J. & Luyssaert S. 2016. Europe’s forest management did not mitigate climate warming. Science 351 : 597-600.

La région angevine au coeur de la recherche horticole internationale

Le récent symposium international GreenSys 2019 a mis en lumière le rôle dynamique de la région angevine dans la recherche en horticulture.

par Pierre-Emmanuel Bournet *

Angers possède une longue tradition en horticulture qui a démarré au XVe siècle sous le règne du roi René (1), . Aujourd’hui l’Anjou constitue le premier bassin horticole de France  avec plus de 4 000 entreprises et 30 000 emplois. GreenSys 2019 (2) a permis de réunir des chercheurs, des techniciens et des professionnels du végétal spécialisé pour présenter leurs innovations et recherches dans les domaines de l’horticulture sous abris (serres et usines à légumes).

Les participants ont partagé idées et connaissances et discuté des perspectives récentes et futures dans le secteur des cultures protégées. Environ 600 congressistes étaient réunis, dont 400 scientifiques et 200 professionnels de 40 pays. Des sessions scientifiques ont été organisées, s’articulant autour de 12 thématiques. L’édition 2019  a révélé l’intérêt croissant pour les usines à légumes (3 sessions) et les technologies d’éclairage (4 sessions). GreenSys 2019 a aussi inauguré une nouvelle session sur la production biologique sous serre (3). Une session technique dédiée aux professionnels a été également été organisée. Elle comportait 11 présentations de synthèse par des scientifiques et 2 par des représentants de sociétés.

Dans le contexte du réchauffement climatique, le symposium a révélé que les serres en plastique restent d’un grand intérêt pour la production alimentaire mondiale. Ces systèmes de production sous abri sont adaptés pour accueillir des équipements spécifiques (écrans anti-insectes, anti-grêle ou thermiques). Les performances des matériaux de couverture et des verres diffusants en particulier ont été présentées et discutées. Les serres photovoltaïques ont également été abordées lors du symposium. Les dernières avancées concernant l’utilisation des technologies LED dans les serres ont aussi été présentées. Elles ont révélé que les études des effets du spectre lumineux sur le développement des plantes doivent encore être analysées, afin de consolider les résultats.

Les serres semi-fermées de haute technologie (déjà utilisées dans la production de légumes) pourraient être étendues aux productions ornementales car leurs performances sont prometteuses. Dans de telles serres, les plantes sont au cœur du processus de gestion et les conditions climatiques sont optimisées pour répondre à leurs besoins. La modélisation se révèle être un bon outil pour anticiper le comportement climatique et améliorer la conception des systèmes de production.

La robotique a également été largement abordée au symposium : des outils mécaniques automatiques connectés à un logiciel d’IA peuvent être utilisés pour répondre à de nombreux besoins, allant du phénotypage (4) de jeunes plantes aux étapes de production puis de récolte. Des systèmes de détection de l’état sanitaire des plantes ont aussi été présentés. Dans ce registre, les micro-drones pourraient devenir un outil de lutte contre les ravageurs des cultures.

Au total, 127 communications orales et 215 affiches ont été présentées. Une centaine de doctorants ont assisté au symposium. Les prix ISHS Jeune chercheur ont été remis à Malleshaiah Sharath (Université de Wageningen, Pays-Bas), pour sa présentation orale intitulée L’infrarouge limite la floraison du chrysanthème au cours d’une longue journée s’achevant par un éclairage dans le bleu et à Pierre-Paul Dion (Université de Laval, Canada) pour son poster intitulé Absorption d’azote organique par les plantes de concombre cultivées dans des serres biologiques.

Deux ateliers thématiques ont été organisés : le premier par le groupe de travail sur les Cultures de serre du réseau d’instituts de recherche sur les légumes européens (EUVRIN) et le second sur la modélisation du climat sous serre par des approches de mécanique des fluides numérique (CFD Computational Fluid Dynamics)

Deux cents participants ont assisté aux visites techniques de la SCEA Cheminant (production de concombres et de tomates), du centre de recherche du CTIFL en région nantaise, du fabricant de serres Richel et de l’entreprise Maison Barrault (production de plantes ornementales en région angevine).

(1) Le bon roi René, né à Angers, a fait aménager des jardins fleuris agrémentés de paons, et des enclos pour accueillir des biches. Il a également prêté attention aux forêts et aux vignoble et encouragé le développement de techniques de production de plantes ornementales, de légumes, de fruits et de vignes.

(2) Le symposium international GreenSys2019 (Symposium International sur la Gestion et les Technologies Avancées pour les Serres Innovantes), qui s’est tenu du 16 au 20 juin 2019 au Centre de Congrès d’Angers, avait pour objectif de développer les échanges scientifiques et techniques dans les différents domaines de la culture sous abri, et de promouvoir la filière française de la production maraîchère et horticole sous serre. Une trentaine de partenaires, y compris des sponsors privés et collectivités locales, ont soutenu financièrement le symposium. Le prochain congrès GreenSys 2021 (Symposium international sur les nouvelles technologies pour des systèmes de serres durables) aura lieu du 24 au 28 octobre 2021, à Cancún (Mexique). Il sera organisé par les Drs Irineo Lopez Cruz et Efrén Fitz-Rodríguez de l’Université de Chapingo.

(3) En France, pour avoir le label biologique sous serre, il est nécessaire au moins de travailler en pleine terre et sans chauffage.

(4) Phénotypage : élaboration du phénotype, c’est-à-dire l’ensemble des caractères apparents d’un individu.

Pour en savoir plus
Bournet P.E. (2019) GreenSys2019 – International Symposium on Advanced Technologies and Management for Innovative Greenhouses, ChronicaHorticulturae, 59(3):38-39.

* Pierre-Emmanuel Bournet est professeur en physique des transferts et directeur de l’unité de recherche EPHor (Unité propre Environnement physique de la plante horticole) à l’AgroCampus Ouest (2 rue Le Nôtre, 49045 Angers). Cet article a été publié en anglais sur le site de l’ISHS (International Society for Horticultural Science). Traduction : Hervé Jane

La naturalité et le président

Le 7 mai 2019, le président de la République a fait une déclaration faisant suite à la publication d’un rapport d’experts de l’ONU réunis à Paris sur la situation plus que critique de la nature sur notre planète, avertissant qu’un million d’espèces animales et végétales pourrait disparaître dans les prochaines décennies et que la dégradation des écosystèmes allait se poursuivre si la croissance économique continuait d’être notre seul horizon.

par Jean-Claude Génot (1)

Dans cette déclaration sur les mesures en faveur de la biodiversité, jugée peu convaincantes par les ONG, celle concernant l’augmentation des aires protégées m’a interpellé : « La part des aires marines et terrestres protégées devrait passer à 30 % du territoire d’ici 2022 (contre 20 % actuellement tous statuts confondus (2) ) dont un tiers « protégées en pleine naturalité » ». En tant que co-fondateur de l’association Forêts Sauvages qui fait la promotion de la naturalité depuis une quinzaine d’années et édite une lettre intitulée Naturalité, j’ai voulu savoir comment ce mot est arrivé dans cette déclaration au plus haut sommet de l’Etat.

Ce mot peu usité dans l’entourage du chef d’Etat a été glissé par un haut fonctionnaire du ministère de la Nature, toujours contrarié par la pensée unique selon laquelle la nature n’existe que façonnée par l’homme. Cet amoureux de la nature sauvage tenait enfin sa revanche et aucun conseiller du président n’a osé rectifier ce passage, croyant sans doute qu’il venait du président lui-même. Après tout, même si l’expression est étrange (les spécialistes de la conservation de la nature diraient plutôt « protégées de façon intégrale »), elle paraît moins loufoque que s’il avait été question de « sauvagitude ».

Que s’est-il passé ? Lors d’un déplacement en Guyane, le président a rencontré un chamane qui l’a fortement impressionné et disons-le transformé. Jusqu’alors, la nature n’a jamais été sa tasse de thé, mais cette rencontre fut une révélation et l’a conduit à prendre un nombre de décisions incroyables en faveur de la nature, une nature décolonisée, la plus sauvage possible, la nature authentique.

Plus d’élevage ni d’exploitation forestière dans les aires centrales des parcs nationaux, devenant, enfin, des sanctuaires pour la faune sauvage. La réserve intégrale si difficile à obtenir du parc national feuillu de plaine est doublée de sa surface initiale et passe à 6 000 ha pour ressembler aux parcs nationaux allemands. Toujours pour harmoniser sa politique avec nos voisins, il décide de classer 10 % des forêts domaniales en réserve intégrale, se disant qu’il y a plus d’intérêt à miser sur les bienfaits des vieilles forêts en termes de santé psychique et physique, de créativité artistique, de pédagogie, de connaissances scientifiques et de retombées touristiques ; sans compter un bilan carbone bien plus positif que celui des forêts exploitées.

Pour protéger la nature des friches et des forêts spontanées si nombreuses en France, il crée le Conservatoire de la Libre Evolution ou CLE, le pendant continental du Conservatoire du littoral. L’objectif du CLE est de permettre à la nature de constituer par elle-même des forêts « vierges » pour nos arrières petits-enfants. Le CLE est doté d’un fonds alimenté par un prélèvement sur chaque billet de loterie nationale et il bénéficie d’un droit de préemption pour faciliter les acquisitions foncières. Evidemment, le CLE se met en rapport avec Forêts Sauvages qui a acquis une certaine expérience en matière d’acquisition de forêts spontanées et soutient financièrement les initiatives associatives d’acquisitions de milieux naturels pour les laisser en libre évolution comme les réserves de vie sauvage de l’ASPAS.

Enfin, après avoir lu Réensauvageons la France de Gilbert Cochet et Stéphane Durand, le président réunit son ministre de la nature et ses préfets et décide de doubler la population d’ours dans les Pyrénées par des lâchers supplémentaires, pour atteindre rapidement la centaine d’individus, et d’effectuer les premiers lâchers dans les Alpes, de doubler également la population de lynx, bien trop faible dans les Vosges et les Alpes, pour arriver à trois cents individus, et enfin renonce au plan de régulation du loup pour passer rapidement au-dessus des 500 individus, seuil politique de viabilité mais absolument pas scientifique, et obtenir une population de quelques milliers de loups, plus en rapport avec la réelle capacité d’accueil du pays, mais également en mettant des moyens sans précédents et innovants pour la défense des troupeaux.

Vous ne croyez pas un mot de ce que vous venez de lire, n’est-ce pas ? Et vous avez raison, je m’étais assoupi à la lecture de la dépêche de l’AFP faisant état de cette fameuse déclaration dans laquelle figure la « pleine naturalité » et j’ai fait un rêve. Pour l’instant, la réalité m’incite à dire que la France ne fait absolument pas ce qu’il faut pour freiner le recul de la vie sauvage (terme bien plus approprié selon le journal The Guardian que la biodiversité) et que ce gouvernement anti-nature préfère soutenir les lobbys agro-sylvo-cynégétiques.

(1) Ecologue

(2) Note de la rédaction de l’AFP

Un message de l’Association des journalistes environnementaux d’Espagne pour les 50 ans des JNE

Voici un message vidéo de César Xavier Palacios, membre du conseil de l’Association des journalistes environnementaux d’Espagne (APIA), qui souhaite un heureux 50e anniversaire aux JNE.

Les JNE souhaitent longue vie à cette association âgée quant à elle de 25 ans !

Hommage à Benjamin Dessus, précurseur de la transition énergétique

C’est par un message de son ami Bernard Laponche que nous avons eu la tristesse d’apprendre le décès de Benjamin Dessus, précurseur de la transition énergétique en France, survenu le 6 octobre 2019.

par Laurent Samuel

Voici le message de Bernard Laponche.

« C’est avec une grande tristesse que je vous écris.
Benjamin Dessus est mort ce dimanche matin, à l’aube, chez lui, après de longs mois alternant souffrances et améliorations.
Il a écrit jusqu’au bout de beaux textes, originaux et recherchant toujours à expliquer, déchiffrer, proposer de nouvelles approches de problèmes complexes. »

Né en 1939, Benjamin Dessus était le président de l’association Global Chance. Ingénieur et économiste, il a raconté son parcours dans une interview réalisée par Fabrice Nicolino (JNE), publiée en 2016 dans Charlie Hebdo. Après avoir été confronté aux essais nucléaires français lors de son service militaire en Algérie en 1964, il entre en 1970 dans un labo d’études et recherches d’EDF à Chatou. Avec Bernard Laponche et quelques autres pionniers, il milite à la CFDT qui, dès cette époque, dénonce l’ampleur du « programme Messmer » de construction de centrales nucléaires et travaille avec les Amis de la Terre sur les manquements à la sécurité dans les réacteurs. La suite, Benjamin Dessus la raconte à Fabrice Nicolino :

« Je me suis précipité sur le projet Thémis de centrale solaire, lancé par le CNRS et EDF dans les Pyrénées, où j’étais chargé du champ d’héliostats de la centrale. D’autre part, en 1978, j’ai rédigé avec Philippe Courrège, Philippe Chartier et François Pharabod un vaste plan énergétique – le projet Alter – qui imaginait fort sérieusement une France sobre en énergie et entièrement renouvelable à l’horizon 2050. Ce projet Alter a eu un succès totalement inattendu et il a fait ensuite l’objet d’une série de plans régionaux fondés sur une limitation des besoins énergétiques et une décentralisation de la production à base de renouvelables. Comme de juste, il a également déclenché des réactions extrêmement brutales de la part des nucléaristes. J’étais encore bien innocent, et ces critiques – certains nous comparaient à des fascistes voulant faire le bonheur des gens malgré eux! – m’ont en fait aidé à me poser de nouvelles questions. Je ne suis donc pas né antinucléaire, mais je le suis devenu par l’expérience et le travail. »

 

En 1982, Benjamin Dessus fait partie des créateurs de l’AFME (Agence française pour la maîtrise de l’énergie) – ancêtre de l’actuelle ADEME – dont il dirige les services techniques. En 1987, il rejoint le CNRS où il prend en charge un programme interdisciplinaire consacré aux problèmes d’énergie et d’environnement, avant de diriger le programme Ecodev (programme interdisciplinaire de recherche sur les technologies pour l’écodéveloppement). En 1992, il est l’un des fondateurs de l’association Global Chance, qui se donne pour but d’apporter une expertise indépendante sur la transition énergétique. En 2000, il publie avec Jean-Michel Charpin et René Pellat la toute première étude économique indépendante sur la filière nucléaire française, qui est remis au Premier ministre de l’époque, Lionel Jospin.

Benjamin Dessus était l’auteur de nombreux livres, dont un Que Sais-je ? sur L’énergie solaire (1996) et Déchiffrer l’énergie (2014). En mars dernier, il avait dénoncé l’insuffisante prise en compte des émissions de méthane dans la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) du gouvernement. Son dernier article, consacré à l’abandon du projet de réacteur nucléaire Astrid, avait été publié le 24 septembre sur le site du mensuel Alternatives Economiques. Benjamin Dessus y dénonçait « l’effondrement brutal d’un mythe, le recyclage des déchets radioactifs ».

Les JNE adressent toutes leurs condoléances à son épouse Catherine, à sa famille et à ses proches.

Pour en savoir plus, lisez l’article de Valéry Laramée de Tannenberg sur le site du Journal de l’environnement. Ci-dessous, quelques messages postés sur Twitter.

 

Témoignage : sous le panache de Lubrizol

Le 26 septembre 2019 vers 2 h 40 du matin, un incendie se déclare à l’usine Lubrizol France de Rouen, dans un entrepôt où sont stockées 5 200 tonnes de produits chimiques divers destinés à la fabrication d’additifs pour lubrifiants.

par Jean-Paul Thorez

Source : Google Maps

Le sinistre concerne également 9 000 tonnes de produits chimiques (dont des produits Lubrizol) stockés dans un entrepôt voisin appartenant à Normandie Logistique, qui, lui, n’est pas « classé ». Des explosions se produisent. Un panache de fumée noire se dégage, est entraîné par le vent vers le nord-est, le centre-ville de Rouen, puis la campagne environnante. Des retombées de suie sont observées jusque dans les Hauts-de-France, sur le territoire de plus de 200 communes qui seront concernées par des arrêtés sanitaires préfectoraux réglementant la mise sur le marché des produits agricoles. Trois mille agriculteurs ne peuvent plus récolter ni vendre leurs productions, par mesure de précaution.

Traumatisés

Moi, je n’ai rien vu, ni rien entendu, car ma commune, proche de Rouen, se situe juste en dehors de la zone touchée par le panache de fumée. Mais j’en ai beaucoup entendu parler…

Mes copains écolos pointent les responsabilités du groupe industriel et des services de l’Etat qui, une fois de plus, n’ont pas joué la transparence, et dont la « gestion de crise » n’a pas réussi à apaiser les inquiétudes des habitants.

Mes copains jardiniers ou maraîchers sont désemparés : que faire des légumes et fruits du jardin ? Sont-ils réellement contaminés ? Les sols sont-ils durablement pollués ?

Mes amis habitant le centre-ville de Rouen sont traumatisés. Hélène, dont l’appartement se situe à deux kilomètres de l’usine : « Vous ne pouvez pas comprendre » (vous qui n’avez pas été touchés par le panache de fumée). Au point que l’irrationnel a pu prendre le dessus : « A un moment, j’ai vu des traces noirâtres bizarres dans la gamelle du chat [NDLR : à l’intérieur de l’appartement] et j’ai pris peur ! »

Philippe, retraité de l’industrie pétrolière : « Les odeurs, je peux en témoigner, c’est obsédant. » Et aussi : « Pas impossible que la cause de l’incendie soit une attaque à la roquette. »

Il y a de quoi gamberger, car si la liste des produits qui ont brûlé a été partiellement communiquée, tous les résultats d’analyses ne sont pas connus. Les causes de l’incendie restent mystérieuses, au point que Lubrizol a porté plainte contre X.

Ce que Fanny, habitante de l’agglomération de Rouen, voyait de sa fenêtre – photo DR

Prendre du recul

Alors, quand mes copains JNE m’ont contacté, j’ai ressenti le besoin de prendre un peu de recul. Le risque technologique n’est pas nouveau en Normandie. On trouve ici 49 sites Seveso seuil haut (les plus dangereux), en majorité dans la basse vallée de la Seine, et notamment à proximité de Rouen.

J’ai ressorti ma collection d’AREHN infos, souvenir du temps où je dirigeais l’Agence régionale de l’environnement de Haute-Normandie. Ce que je retrouve écrit par moi-même dans la lettre d’information de l’AREHN il y a quinze ans résonne étrangement aujourd’hui.

Novembre 2004 : dossier « Vivre avec le risque majeur ». Bon, la question n’est pas neuve, puisque le premier arrêté préfectoral concernant les manufactures de produits chimiques date de… 1809. Très tôt au XIXe siècle apparaissent sur les cartes des cercles de 100 et 200 mètres centrés sur les installations industrielles « à risques », ancêtres de nos « périmètres de danger ». La Luciline, raffinerie produisant du pétrole lampant, jugée trop dangereuse, passe de Rouen rive droite – les quartiers anciens résidentiels – à Rouen rive gauche, où va se développer l’industrie. La Shell ouvre en 1929 à Petit-Couronne. La même année se crée Grande Paroisse (maintenant Borealis), usine sœur d’AZF Toulouse, qui produit de l’ammoniac et des engrais azotés chimiques. Autre chose que l’ancienne usine de « poudrette » (engrais naturel) ! Lubrizol s’installe en 1954. De manière toute naturelle, l’habitat se développe à proximité, pour loger les ouvriers.

Culture déficiente

Dans le numéro de novembre 2005 d’AREHN infos, titre du dossier : « Odeurs industrielles : nuisances ou pollutions ? ». Vous saisissez la nuance ? Toute mauvaise odeur n’est pas le signe d’une pollution dangereuse. Là encore la problématique n’est pas neuve, et la question s’est de nouveau posée lors de l’épisode récent Lubrizol. Mais rappelez-vous : en 2013, la même usine avait largué des mercaptans qui avaient été reniflés jusqu’à Paris et outre-Manche ! Et en août 1989, même chose : 5 kilos d’un mélange de mercaptans et hydrogène sulfuré sèment l’angoisse chez les habitants après s’être volatilisés… Notre mémoire se ravive périodiquement, puis… on passe à autre chose.

Dire que rien n’est fait suite aux accidents technologiques majeurs serait exagéré. Seveso (1976) a donné une célèbre directive. AZF (2011) a servi de piqûre de rappel… Des réseaux de suivi de la qualité de l’air sont créés dès 1973. Des « nez » surveillent les zones sujettes aux mauvaises odeurs industrielles. Un Coderst réunit tous les acteurs locaux. Chaque site industriel à risque possède sa Commission de suivi des sites. Des Dicrim répertoriant tous les risques sur chaque commune peuvent être consultés dans les mairies et sur Internet. Mais… le seul document papier « grand public » sur les risques technologiques que j’ai reçu dans ma boîte aux lettres date du début des années 1990 ! Et force est de constater que la culture du risque reste, ici comme ailleurs, déficiente.

Questions

Beaucoup de questions restent posées à l’heure où j’écris ces lignes.

Comment se fait-il qu’un feu allumé, semble-t-il, à l’extérieur du périmètre d’une usine aussi dangereuse se soit propagé à l’ensemble d’un dépôt de produits sensibles à l’intérieur de ce même périmètre ?

Comment se fait-il qu’une bonne partie des produits Lubrizol partis en fumée se trouvait sur un site voisin non classé ICPE ? Est-ce la conséquence d’une régression en matière de déclaration et de contrôle des installations classées, notamment les entrepôts, comme l’a constaté notre confrère Gabriel Ullmann (JNE) ? La loi Essoc a été « allégée » en août 2018. Et le rapport de Guillaume Kasbarian remis le 23 septembre 2019 au Premier ministre, visant à accélérer et simplifier les procédures obligatoires préalables à une implantation industrielle, ne rassure pas, bien au contraire.

Quelle est la nature exacte des produits de combustion qui se sont dégagés dans l’atmosphère, puis déposés sur le sol et la végétation ?

Quels sont les effets sanitaires à craindre d’un « cocktail » de produits issus de la combustion et de la volatilisation d’au moins 13 catégories chimiques différentes ?

Sachant que « le risque zéro n’existe pas », faut-il fermer définitivement cette usine ? Faut-il la relocaliser ailleurs ? Elle a besoin d’un bassin d’emploi. Faut-il créer des unités industrielles plus petites, comme le suggère notre consoeur Marie-Paule Nougaret (JNE), qui a beaucoup travaillé sur les produits toxiques ?

Faut-il reconvertir cette production basée sur des dérivés du pétrole ? Le risque serait-il moindre avec des matières biosourcées ? Pas évident : nous avons dans l’agglomération une usine (Saipol) qui produit de l’huile végétale et… est classée Seveso.

Que serait une communication de crise réussie ?

A consulter

Lubrizol : « Pour qu’il y ait moins d’usines toxiques, il faut moins de biens manufacturés » – Entretien avec François Jarrige – Reporterre

Collectif Lubrizol (25 000 membres)

Analyse citoyenne indépendante de la pollution Lubrizol

Et, sur ma page Facebook, mes conseils aux jardiniers.

Chasse en enclos : le sadisme en toute quiétude

Vous ne connaissez pas la chasse sur des animaux captifs en France ? C’est normal, il s’agit d’une pratique plutôt opaque, mais révélée par des activistes courageux de l’ASPAS, qui se sont infiltrés et qui ont filmé. Accrochez-vous.

par Marc Giraud

L’année dernière, l’ASPAS avait révélé les conditions parfois épouvantables d’élevage de petit gibier de chasse, quelque 20 millions de faisans et autres « cocottes » destinés à être flingués dès l’ouverture. Une pratique qui, à elle seule, réduit à néant la supposée « bonne gestion » de la faune avancée par le lobby de la chasse.

Cette année, l’ASPAS frappe à nouveau, cette fois-ci avec les gros mammifères coincés par des grillages, harcelés et abattus de la manière la plus impitoyable qui soit. Révélation qui, elle aussi, suffirait à faire taire bien des affirmations du lobby sur le respect de la nature, le rôle sanitaire des chasseurs, la nécessité de « réguler » la faune et autres fadaises.

Bien qu’elle soit peu connue, la chasse d’animaux en captivité n’est pas anecdotique puisqu’elle concerne environ 1 300 parcs et enclos qui détiennent au total de 50 000 à 100 000 animaux : sangliers essentiellement, mais aussi cerfs, chevreuils, mouflons, daims, etc. La chasse peut y être un loisir personnel des propriétaires ou une activité commerciale : les propriétaires font payer à des chasseurs le droit de venir tuer des animaux, ce qui rapporte des dizaines de milliers d’euros.

Dans le parc commercial où l’ASPAS a enquêté, les chasseurs font durer le plaisir d’une manière qui atteint le sadisme, car le sanglier affolé ne peut pas s’échapper. Leur objectif est de ne pas tirer tout de suite pour faire courir l’animal le plus longtemps possible, harcelé par les chiens, en le suivant en voitures et en quads avant de décider du moment de sa mise à mort. La traque dure parfois toute la journée.

Les enquêteurs de l’ASPAS ont été choqués par la fascination morbide de ces chasseurs envers la souffrance des sangliers. Pour ces hommes, voir un animal tenter de courir avec une patte brisée, ou se faire castrer à vif par les chiens, mangé vivant par l’arrière, est une source de rires et de blagues.

Une fois sur deux, les chasseurs ne tuent pas le sanglier au fusil mais avec des épieux (longs poignards au bout de perches métalliques), ce qui est illégal : ces armes ne peuvent servir qu’à achever une bête blessée, pas à la chasser. Quand des tirs ont lieu, ils sont souvent mal ajustés, laissant des animaux blessés. Un adepte raconte qu’il avait revu un sanglier très amaigri après lui avoir tiré dans le groin une semaine plus tôt ; le sanglier ainsi mutilé ne pouvait plus s’alimenter, ce qui amusait beaucoup le chasseur.

L’importation d’animaux étrangers pour ces « parcs d’attraction » est légale, mais opaque. Dans les années 2000, on soupçonne ces transports d’avoir amené la brucellose. Aujourd’hui, c’est la PPA (peste porcine africaine) qui inquiète les autorités. Voilà pour le rôle sanitaire dont se vantent les « premiers écologistes de France »…

Il faut saluer le courage de ces enquêteurs anonymes, parfois végans, obligés de partager les charcuteries et les blagues graveleuses des chasseurs, et d’assister sans intervenir à la torture d’animaux impuissants, ni même trahir leur émotion. Mais c’est grâce à de telles infiltrations, façon L214, que le public peut connaître la vérité. Le public, et les journalistes…

Comme sur le terrain, le puissant lobby des armes et de la chasse a encore aujourd’hui une place écrasante dans les médias, alors que les pratiquants n’atteignent pas 2 % des citoyens : on ne peut quasiment pas parler de nature sans avoir à affronter un de ses représentants, et devoir contrer toutes les contrevérités qu’ils assènent à des journalistes sans arguments, car peu concernés par la faune sauvage, et trop souvent bien peu curieux de la chose. Voici donc une pièce de plus pour étayer le dossier, et pour parler de la vraie réalité…

Le sujet de Konbini :
https://www.facebook.com/konbinifr/videos/403044750404315/UzpfSTEyMjAwNDY1ODI6MTAyMjA2NDI1MjE0MzI1Mjk/

Pour en savoir plus :
https://www.aspas-nature.org/actualites/enquete-carnage-derriere-le-grillage/

Pour signer la pétition :
https://www.aspas-nature.org/campagnes/petitions/stop-a-la-chasse-en-enclos/#petition

Une confrontation avec un fameux JNE :
http://www.leparisien.fr/environnement/les-chasseurs-sont-ils-bons-pour-la-nature-la-question-divise-21-09-2019-8156751.php

Contacts presse : Madline Rubin, directrice de l’ASPAS, 06 79 44 61 17 – direction@aspas-nature.org

 

Épandages de pesticides : un maire remet la protection des populations au coeur des débats

Le tribunal administratif de Rennes n’aura mis que quatre jours, week-end compris, pour rendre sa décision, en dépit des centaines de pages de mémoires transmises par le maire de Langouët, petite commune d’Ille-et-Vilaine, et ses avocats.

Daniel Cueff, maire de Langouët (Ille-et-Vilaine)

Donnant raison à la préfète de Bretagne, le juge des référés a estimé le 27 août que Daniel Cueff n’était pas compétent pour instaurer, par voie d’arrêté, une distance minimale d’épandage de pesticides de synthèse par rapport aux habitations de sa commune, dont certaines sont dispersées au milieu des champs. Il ne peut donc, selon le juge, prétendre se substituer à ce qu’il considère comme une carence de l’Etat à protéger ses citoyens des effets sanitaires néfastes de ces produits, y compris provisoirement.

Le 18 mai dernier, ce maire de 64 ans, écologiste sans étiquette, avait pris un arrêté interdisant l’utilisation de produits phytopharmaceutiques « à une distance inférieure à 150 mètres de toute parcelle cadastrale comprenant un bâtiment à usage d’habitation ou professionnel ». Invoquant le principe de précaution, il rappelait notamment que le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l’agence spécialisée de l’OMS pour la recherche sur le cancer, a considéré en 2015 que le glyphosate, herbicide le plus vendu au monde, était « probablement cancérigène ».

L’agence estimait en particulier qu’il existe des preuves démontrant une association entre l’exposition au glyphosate et le développement de cancers tels que le lymphome non hodgkinien et le cancer du poumon.

Lors de l’audience du 22 août au tribunal administratif, Daniel Cueff, dont l’arrêté était attaqué par la préfecture de Bretagne, a souligné qu’une directive européenne obligeait depuis 2009 les États à protéger leurs habitants de l’épandage de pesticides, et que le Conseil d’État avait partiellement annulé en juin un arrêté réglementant l’utilisation de pesticides au motif qu’il ne protégeait pas suffisamment la santé des riverains.

Ex-conseiller régional de Bretagne, M. Cueff a été élu il y a 20 ans à la tête de Langouët, un village de 602 habitants souvent cité en exemple pour ses réalisations « vertes »: cantine 100 % bio et locale dès 2004, deux éco-hameaux déjà construits et deux autres dans les tuyaux, arrêt du désherbage chimique municipal dès 1999, nouvelle politique d’urbanisme pensée sur le principe de l’économie circulaire, projet de ferme municipale en permaculture, véhicules électriques partagés, service public d’autoproduction d’énergie renouvelable, etc.

Alors quand des habitants, membres du collectif local Nous voulons des coquelicots lui disent avoir retrouvé des taux de glyphosate importants dans leurs urines, jusqu’à 30 fois la valeur autorisée dans l’eau potable chez des enfants de 6 ans, il se dit qu’il faut agir.

« Les résultats de ces tests, réalisés sous contrôle d’huissier tels un véritable contrôle anti-dopage, ont été un véritable choc dans la commune », explique l’élu. Et ce même s’il n’existe pas de valeur de référence officielle pour interpréter ces données, comme l’a rappelé le représentant de l’Etat lors de l’audience.

Interrogé deux jours après la décision du tribunal, Daniel Cueff, qui va faire appel, s’est dit « un peu déçu par la décision », lui qui s’attendait à ce que la justice « puisse regarder un peu plus en profondeur cette affaire ».

« Que de temps perdu, le tribunal administratif n’a pris le soin d’étudier aucun de mes arguments, on suspend on juge plus tard ce n’est pas sérieux. J’en veux beaucoup à la préfète qui a empêché mon arrêté de vivre alors que le gouvernement annonce que j’ai bien raison et que la question d’une zone tampon va faire l’objet de discussions », confie-t-il.

Se défendant de vouloir interdire complètement les pesticides sur sa commune, ce que le Mouvement des coquelicots lancé il y a un an appelle de ses voeux, ou de vouloir mettre en difficulté les agriculteurs, il souhaitait plutôt « mettre en place une expérimentation en réfléchissant avec les agriculteurs à d’autres manières de cultiver à l’intérieur de cette bande de 150 mètres ».

Débouté sur le plan judiciaire, le maire peut toutefois se féliciter d’avoir réussi à porter de nouveau le débat sur la place publique, depuis l’appel du mouvement Nous voulons des coquelicots, qui a déjà recueilli plus de 800.000 signatures.

De fait, plus d’une trentaine de maires ont pris des arrêtés similaires au sien, autant d’initiatives que Daniel Cueff souhaite fédérer avant de « monter tous ensemble à Paris ».

La convocation devant la justice administrative de l’élu breton a par ailleurs suscité des milliers de réactions de soutien, deux pétitions qui ont rassemblé plus de 160.000 signatures, ainsi que des prises de position au plus haut niveau. Le 23 août, Emmanuel Macron déclarait ainsi « soutenir dans ses intentions » le maire de Langouët et promettait d’aller « vers un encadrement des zones d’épandage de pesticides » tout en ajoutant qu’il ne « pouvait être d’accord quand on ne respecte pas la loi ».

La ministre de la Transition écologique Élisabeth Borne a affirmé de son côté qu’un projet de réglementation était à l’étude pour instaurer une « zone minimale entre les épandages et les habitations ».

Du côté des agriculteurs, la présidente de la FNSEA Christiane Lambert a elle plaidé le 28 août pour des solutions « au cas par cas » pour protéger les riverains plutôt qu’une délimitation stricte par la loi qui conduirait selon elle à « des pertes de revenus ». Selon la représentante du principal syndicat agricole, un monde « sans phyto », comme un monde « sans médicaments », est impossible, et une généralisation par la loi d’une interdiction aurait pour effet « d’ensauvager 15 % du territoire français ».

Le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume et son cabinet ont indiqué le 29 août que l’objectif était d’arriver à la publication d’un arrêté national début janvier afin de répondre aux exigences du Conseil d’Etat.

Pour y parvenir, le gouvernement va mettre en place des « chartes départementales dans lesquelles les riverains, les agriculteurs, les élus, sous l’autorité du préfet, doivent se mettre d’accord pour les zones d’épandage ». « S’ils n’arrivent pas à se mettre d’accord, alors nous mettrons en place ce qu’on appelle des zones de non traitement », a précisé Didier Guillaume. Son cabinet a évoqué des zones de non traitement obligatoires comprises entre 1 et 5 mètres autour des bâtiments, assorties toutefois de dérogations. Ces zones seront agrandies autour de zones sensibles comme les écoles, mais là encore il pourrait y avoir des dérogations.

« Il faudra regarder cela de très près car il existe déjà des chartes de bon voisinage entre agriculteurs et riverains qui tiennent simplement au bon vouloir des agriculteurs et n’ont aucun aspect réglementaire », a réagi Daniel Cueff. « Cette politique de bon vouloir est en général un échec dans la mesure où depuis 2009, l’usage des pesticides de synthèse a augmenté de 17 % à 20 % selon les régions alors que l’objectif était une baisse de 50 % », a-t-il ajouté, rappelant que même les « procédés anti-dérive ne permettent pas d’empêcher, notamment par temps chaud, les molécules de se répandre dans l’atmosphère ».

Si l’élu breton n’est toutefois pas défavorable, lui aussi, à du cas par cas « en fonction des cultures et des régions », la définition des distances d’éloignement pourrait rapidement devenir une armoire à gaz, sans compter que les premiers chiffres de taille de ces zones de « non traitement » évoqués en haut lieu sont pour l’instant 30 fois inférieurs aux 150 mètres de l’arrêté de Langouët.

Présentation du Projet Nexus Clés

En ligne sur le site web de l’Institut de la Transition Environnementale de Sorbonne Université (SU-ITE), ce projet web de diffusion scientifique et médiation interdisciplinaire en sciences de l’environnement et de la durabilité (naguère intitulé « SocioEcoSystèmes ») se veut un guide d’exploration et de navigation dans les socioécosystèmes et la biosphère, à l’intention des acteurs socio-économiques – dont les scientifiques, enseignants et journalistes – et des collectivités.

Il vise à renforcer les capacités d’analyse du fonctionnement des socioécosystèmes et de la biosphère par les acteurs, pour éclairer leurs décisions et actions, individuelles et collectives, dans l’objectif de modérer les impacts humains sur la biosphère et ainsi favoriser la transition écologique.

Dans une démarche systémique et interdisciplinaire, ce projet web explore le fonctionnement des socioécosystèmes et de la biosphère, ainsi que les pistes pour la transition écologique, au moyen de brèves vidéos ou « questions-clés » posées à des experts de toutes disciplines, en sciences de la Terre, de la Vie, de l’Homme et des sociétés, confrontés eux-mêmes à l’interdisciplinarité des questions abordées.

Voici l’une des dernières vidéos mises en ligne, sur l’une des thématiques abordées lors du dernier Congrès des JNE (lire aussi ici sur ce sujet un article de Michel Sourrouille).

Quelles clés pour l’adaptation des territoires de montagne au changement climatique ? L’exemple des Pyrénées catalanes. Question-clé (n°F15) posée à Séverine Casasayas, Directrice du Parc Naturel Régional des Pyrénées Catalanes (PNRPC), pour le projet web Nexus Clés (« SocioEcoSystèmes – Ecosystèmes et sociétés, un futur partagé », https://www.su-ite.eu/nexus-videos-cles/plan/).

Pour découvrir les autres vidéos mises en ligne : https://www.su-ite.eu/nexus-videos-cles/plan/

Conception, coordination, réalisation des vidéos : Anne Teyssèdre (SU-ITE, JNE)
Conseil scientifique : Cf. https://www.su-ite.eu/nexus-videos-cles/
Coproduction R2DS/CIRED/IPSL/SU-ITE, 2016-2019.

ANNUAIRE 2019
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