Actualités nationales

Victoire pour les défenseurs des animaux : les deux macaques menacés d’euthanasie seront placés dans un refuge en Mayenne

Les deux macaques de Java survivants d’un parc animalier des Landes où leurs 163 congénères avaient été euthanasiés en mai parce qu’ils étaient porteurs d’un virus dangereux pour l’homme, vont être « placés » dans un refuge pour animaux en Mayenne, après un accord mercredi 13 septembre 2017 entre préfecture et associations de défense (lire ici).

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par Nicole Lauroy, présidente d’honneur des JNE

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Par un beau jour de mai 2017, 163 macaques de Java ont été exécutés méthodiquement par piqûres mortelles au zoo de Labenne dans les Landes, fermé au public depuis quinze mois. Une euthanasie de masse nécessitée paraît -il par le risque de transmission à l’homme du virus mortel de l’herpès B. Pour justifier leur verdict, les autorités locales se sont appuyées sur le rapport de l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) qui pourtant rappelait « qu’aucun cas zoonotique n’avait jamais été détecté mettant en cause les macaques de Java », par ailleurs protégés par la CITES. La probabilité d’une contagion était par conséquent de « nulle à peu élevée » selon les conditions de salubrité et de sécurité.

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On estime que 80 à 100 % des macaques sont porteurs positifs et ne développent que rarement la maladie. Par ailleurs la contamination ne peut se faire que par contact direct (morsure ou accouplement). Aucun risque par conséquent pour les visiteurs tenus à distance ou pour les soigneurs protégés par les précautions d’usage. Bref aucun cas de contamination à l’homme n’a été observé dans les zoos en France, ni en Europe, ni aux Etats-Unis !

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Alors pourquoi ce massacre qui scandalise les primatologues et révolte certains vétérinaires français, dont le docteur Florence Olivet Courtois, spécialiste de la faune sauvage, qui dénonce entre autres le fait qu’aucune autopsie n’a été pratiquée après l’abattage des animaux et rappelle qu’aucune exécution injustifiée de cette envergure n’a jamais été menée en Europe ou aux États-Unis.

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Dans la presse nationale française, en revanche, il n’y eut que peu d’échos. Le projet d’une ligne LGV qui traverserait la pinède des Macaques sacrifiés aurait-il eu une influence ?

.Contacts pour plus d’infos :
Dr Florence Ollivet Courtois, vétérinaire ; tel : 06 11 45 01 27 ; ollivetcourtois@sfr.fr

Dr Manuel Mersch, vétérinaire, Vice-Président de Vethique (association Vétérinaire pour le respect et la dignité de l’animal)
Tel : 06 08 36 61 04 ; manuel.mersch@orange.fr

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Michel Giran nous a quitté

Une cérémonie en mémoire de Michel Giran s’est tenue le 26 août à Vidauban, dans le Var.

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par Dominique Martin Ferrari

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Il faisait très chaud , ce samedi 26 août à Vidauban. Le crématorium était trop petit, et une grande famille entourait Michel. Après un rituel de passage de plusieurs jours conduit selon sa volonté par un prêtre bouddhiste, le corps de Michel est devenu cendres.

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Son urne sera portée par sa fille Carole et ses proches en la terre de Karma Ling, centre d’études et de pratiques bouddhistes savoyard  où il conduisait de longues retraites , organisant à son tour des rencontres inter-religions et inter-traditions. Elles seront répandues dans le jardin des souvenirs et une partie conservée dans un tsakang (http://www.dhagpo-kundreul.org/index.php/fr/le-jardin-du-souvenir).
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Textes poétiques, prières bouddhiques, textes religieux… ont été lus.

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Ils étaient choisis pour nous rappeler l’immense personnalité de celui qu’en famille on surnomme le boss, car petit, il conduisait les embarcations de ses frères, et que nous ses amis, avons au contraire connu comme celui qui s’efface devant l’autre. Vint le bel hommage de son ami Ben, à lui ce « tisseur de liens » (lire ici).

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De son vivant nous avons rêvé, construit des sites, des arborescences, des réseaux, les racines d’un nouveau monde … Il nous a initié à l’importance de l’informatique. Pionnier émerveillé, il a questionné au cours de nos longues discussions philosophiques l’importance des débats autour des choix de progrès, les dangers portés par cette technologie, allant jusqu’à nous demander si l’écologie, notre lien, n’avait pas accentué les fractures sociales dans le monde.

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Nous avons croisé grâce à lui de gens hors normes, des gens improbables, ceux qui savaient, ceux qui parlaient, ceux qui écoutaient. Il en faisait de gerbes foisonnantes et il était bien difficile de le suivre, de l’aider à construire.

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Avec lui, au café des philosophes ou lors des rencontres , même le plus officielles et les plus barbantes, nous bougions des montagnes avec nos mots et ses rêves . Dès qu’on le quittait, les rêves ternissaient et nous perdions la force de conduire ce qu’il avait fait briller sur le chemin.

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Soyons attentifs à ne pas laisser la complexité et le désordre de son héritage devenir de « l’utile », du « rationnel ». Rappelons nous avec lui que nous sommes des nains de jardin et que notre rôle est la transmission et non une certitude conduisant au pouvoir.

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Michel Giran, tisseur de liens

Michel Giran, qui s’est éteint le 19 août dernier, était un formidable tisseur de liens. L’un de ses proches, membre des JNE, témoigne.

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par Ben Cramer

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Michel Giran

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Sacré Michel ! Grâce à une séance homérique de hataha yoga au milieu de la caserne de Limoges durant 3 jours, il est parvenu à échapper au service militaire. Pour se mettre au service d’autres causes…

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On en parlait souvent le samedi matin, au café des ‘Philosophes’ (Paris 11ème, près de Nation) et avec humour. D’où les ‘nains de jardin’ ; car Michel ne se prenait pas au sérieux. A propos des idées reçues que nous combattions, à propos des idées reçues sur la guerre et de la paix, il faisait remarquer : mais enfin, Ben, si on les a reçus, cherchons à savoir qui nous les a donnés ?!

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Le 21 décembre 2012, il était témoin à notre mariage, de Sylvie et moi. Sous la rubrique profession, il avait inscrit   : ‘Tisseur de liens’. C’est ainsi qu’il aimait se présenter. Tisseur de liens, quel beau métier !

Parmi les causes qu’il voulait défendre, Internet était la priorité.

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Oui, Internet qui connecte les hommes pour le meilleur et pour le pire. Cette cause, il l’avait épousée de façon cosmique. C’était pour lui la matérialisation de ce désir d’unité qui existe chez la majorité des hommes et des femmes de bonne volonté. Et quel bilan ? « J’ai fait l’autre jour un calcul approximatif, écrivait-il : Cela représente environ 20 millions de visiteurs en 20 ans sur mes divers contenus .. .avec une moyenne de 5 pages vues par visiteur ». Et n’allez donc pas dire que la génération post-68 n’a rien fait !

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Des Nains de Jardin aux Frères de l’Espace

Ce tisseur de liens voulait être relié aux Terriens et aux autres. Au cosmos. Ses lectures de Vladimir Vernadsky, théoricien de la biosphère ont aidé. Parmi ses inspirateurs, il y a eu aussi l’astronome Carl Sagan et son programme sur l’intelligence extra-terrestre.

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D’ailleurs, dans l’un de ses derniers messages en provenance de l’institut Paoli Calmettes, Michel tente de prévoir la suite . .ou le matin… pour laquelle il se prépare : Sortie prévue avant l’arrivée de mes Frères de l’Espace ? Pas sûr !

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Pas sûr en effet.
Pas sûr qu’il y aura demain l’avènement d’un ministre des Finances Honnêtes,
Pas sûr de connaître bientôt un ministère français de la Méditation (comme il en existe en Inde).
Ou l’équivalent français du Barefoot College qu’il a connu et nous a fait connaître à travers son fondateur Bunker Roy.
Ou encore la création d’un fonds pour les causes qui ne sont pas perdues pour tout le monde.

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De toute façon…, comme aurait chanté avant lui John Lennon
You may say I’m a dreamer
But I’m not the only one …
I hope someday you’ll join us
And the world will be as one.

B.C., Vidauban, le 26 août 2017.

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Ce texte a été publié sur le blog Athena 21 de Ben Cramer.

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Hommage à Michel Giran

Nous avons appris avec beaucoup de tristesse le décès de Michel Giran, précurseur dès le milieu des années 90 de l’information nature-écologie sur Internet.

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par Laurent Samuel

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Michel Giran

Né en 1950, Michel Giran était une figure familière et attachante des colloques et réunions sur l’écologie. Il fut l’un des tous premiers dans la mouvance écologiste à saisir l’importance d’Internet. Dès juillet 1996, il crée l’ADOME (Association pour le Développement des Outils Multimedia appliqués à l’Environnement), avant de fonder le site Planète Ecologie en 2001, puis l’Ecobase 21 en 2008 et DDoogle, premier dictionnaire vidéo du développement durable en 2013. Autant de sources d’information précieuses pour les journalistes spécialisés et le grand public.

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Emporté le 19 août dernier par une leucémie, Michel Giran était aussi l’un des fondateurs des TIC 21 (premières rencontres entre les acteurs des technologies de l’information et de la communication et ceux du Développement Durable), lancées en 2005, et du Réseau Mémoire de l’Environnement, dont il avait assuré la mise en ligne du premier rapport en 2004.

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Passionné de philosophie orientale, Michel Giran était un homme désintéressé et généreux, qui s’appliquait à lui-même les principes de simplicité volontaire qu’il prônait. Les JNE adressent toutes leurs condoléances à sa famille et à ses proches, et se tiennent prêts à appuyer toute initiative pour continuer et amplifier le colossal travail d’information qu’il a initié.

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Crémation à Vidauban (Var) samedi 26 août 2017 à 12 h, visite possible à partir de 12 h le mercredi 23 août 2017.
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Le Festival d’astronomie de Fleurance 2017

Le Festival d’astronomie de Fleurance, dans le Gers, s’est déroulé du 5 au 11 août 2017.

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par François Moutou

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Hubert Reeves au Festival d’astronomie de Fleurance, dans le Gers, en août 2017 – photo A Ciel Ouvert

On peut aborder les questions de nature, d’écologie et d’environnement de manière très terre à terre ou de façon plus universelle. Dans ce second cas, le Festival d’astronomie de Fleurance est vraiment pour vous. Il s’agissait à la fois du IXe Marathon des sciences, du XIIe Festival Astro-jeunes, du XXVIIe Festival Adultes.

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Feuilleter le programme (à télécharger ici sur la page d’accueil du festival) ne permet pas vraiment de rendre compte de la richesse, de la diversité et de la qualité des activités proposées, depuis l’initiation pour les plus jeunes, jusqu’aux conférences et aux véritables cours de perfectionnement proposés aux plus grands.Etonnant, tout autant que l’assiduité du public, des étudiants, des passionnés, de vrais professionnels et des amateurs éclairés.

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La veille du premier jour du festival, se déroule depuis maintenant 9 ans le Marathon des sciences. Sur un thème choisi par les organisateurs, « attraction – répulsion » cette année, 12 conférenciers se succèdent de midi à minuit. Chacun a droit à 45 mn pour développer son approche du sujet, de la linguistique à la philosophie en passant par la chimie, la physique, les mathématiques, l’astronomie, la psychologie, la biologie. Le plus étonnant est de réaliser que le public reste, du début à la fin.

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Ensuite, et sans trop développer tout le programme, des thèmes comme l’âge de la Terre, l’origine de la vie, son éventuelle existence ailleurs, le devenir de notre Soleil, de la galaxie et de l’univers sont abordés de manière à la fois fondamentale mais aussi ludique et très bien vulgarisée. On peut (ré)-apprendre la géologie, assister au cycle cinéma (film suivi d’un débat), lire un ciel étoilé la nuit à la Ferme des étoiles, participer au lancement d’un ballon-sonde, piloter un simulateur de vol ou juste rêver sous le dôme du Hameau des étoiles.

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Hubert Reeves, longtemps parrain du festival, est encore venu cette année donner deux conférences et animer un « café astro ». Au vu de la qualité, de l’enthousiasme et de la compétence des plus jeunes organisateurs et intervenants, la relève semble bien assurée.
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Le Marathon des sciences et les conférences sont enregistrés et accessibles sur le site du festival. On peut également les commander en meilleure définition via l’Association Vidéo pour tous *. Cette même association prévoit de réaliser une web série de fiction nommée Consciencia, qui sera diffusée sur Internet. Jean-Marc Lévy-Leblond a inspiré cette fiction, suite à la conférence d’introduction donnée pour le Marathon des Sciences 2015. Consciencia interroge la façon dont est produite aujourd’hui la science, ainsi que ses rapports aux innovations technologiques, dont nos sociétés « modernes » semblent si consommatrices. Il est possible de contribuer et de coproduire via ce lien qui conduit vers la page dédiée sur le site HelloAsso. On y trouve tous les détails sur le projet qui, outre sa dimension épistémologique, développe un programme concret d’insertion solidaire par la culture.
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  • Michel Bisson, Association Vidéo pour tous, Chargé de mission Consciencia, 06 08 91 92 97, 47 avenue George V, 76790 Etretat.

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www.festival-astronomie.fr
contact@fermedesetoiles.fr
Tél : 05 62 06 62 76
Fax : 05 62 06 24 99

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Les Dialogues en Humanité : « Apprends-moi à danser sous l’orage et nous vivrons des jours heureux »

Pour leur 17e édition, les Dialogues n’ont pas failli à leur objectif : faire dialoguer entre eux des humains de toutes origines et de toutes conditions ! La recette est simple : définir une thématique et trouver un arbre sous lequel s’assoir pour en parler. « Apprends-moi à danser sous l’orage et nous vivrons des jours heureux » était le fil conducteur des agoras sous les arbres à palabre.

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par Patrice Auro

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Du 7 au 9 juillet 2017, se sont déroulés trois jours d’échanges enrichis de la différence des autres. Si parfois les axes de paroles proposés semblaient ardus : « protégeons les enfants de la guerre et de la violence», «être humain dans un monde complexe», « transmettre le savoir de l’agriculture ancestrale dans la modernité »… les échanges se sont déroulés toujours dans la bienveillance et la parole de chacun est écoutée et entendue.

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Mais c’est la réflexion collective qui donne à chacun des éléments de réponse sur son propre questionnement. Ici pas de « têtes d’affiche » pour asséner leurs vérités (« la vérité a mille visages » proverbe chinois) mais des anonymes aux expériences personnelles variées et riches d’enseignements. Après les agoras, les échanges se prolongent le plus souvent autour d’un repas du Monde ou simplement une salade « bio » et locale. Si le plus souvent ce sont les agoras majeures qui « attirent le chaland » les ateliers ne sont pas de reste. Leurs diversités ont permis aux nombreux visiteurs du site du parc lyonnais de découvrir les chants navajos, la Communication Non Violente, le tissage africain, la voix du Tao, le basket en fauteuil, le massage Chi Ni Tsang, le yoga shamanique, l’AÏkiNostress, la réflexologie plantaire, l’accueil des migrants, l’art aborigène d’Australie… et la pédagogie Gatteno proposée par le centre social Bonnefoi/Lyon. Elle est destinée à tous les migrants qui veulent s’intégrer en France. Un conteur haut en couleurs est même venu raconter la version officielle de la chèvre de M.Seguin.

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Selon la tradition bien française où « tout se termine en chansons » des concerts du Monde ont réuni des musiciens de tous horizons : africains, syriens, indiens, américains, tibétains, algériens et français pour clôturer chacune de ces journées. Pour les méditatifs, le parc de la Tête d’or est un lieu fabuleux où les arbres offrent sans retenue une énergie séculaire sous une canopée apaisante. Les Dialogues en humanité se dupliquent dans le monde entier : Ethiopie, Inde (Auroville /Bangalore), Allemagne, Belgique, Himalaya, Sénégal, Brésil, Bénin, Maroc, Togo et France (Lyon, Grenoble, Saint Ouen, Chamonix …). Une édition corse est en projet pour septembre 2018 !!!

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Les Dialogues en humanité, une utopie destinée aux « bobos » ? Ceux qui pensent ça sont ceux qui ignorent qu’un Vent nouveau se lève. Vent nouveau qui apporte des valeurs d’une société nouvelle basée sur le respect, le partage, l’empathie, la résilience, la tolérance, la non-violence. Vent nouveau dont les Dialogues en humanité en sont un des vecteurs de propagation…

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« Il n’y pas de vent contraire pour celui qui sait où il va » (Roosevelt)

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Pour en savoir plus
dialoguesenhumanite.org
https://fr-fr.facebook.com/patrice.auro

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Retrouver le lien à la nature

La nature ne s’apprend réellement que si elle se vit. C’est en faisant ce constat que Frédéric Plénard (JNE), enseignant de sciences de la vie et de la terre en Nouvelle Aquitaine, a décidé de lancer le projet Le grand secret du lien (lire ici l’article de Nathalie Tordjman).

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par Marie Arnould

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Photo Jean-Jacques RAYNAL (JNE)

« Permettre à des enfants de monter dans les arbres, d’aller dans les rivières, de courir après les papillons… c’est indispensable, surtout en ces temps où ils sont rivés aux écrans, parfois 8 heures par jour ! » explique-t-il. Durant l’année 2017-2018, 50 enfants et jeunes de cinq régions différentes – Grand Est, Nouvelle Aquitaine, Centre Val-de-Loire, Normandie et Auvergne Rhône-Alpes – vont effectuer des séjours de 2 à 10 jours en immersion dans la nature, afin de vivre une vraie rencontre, sensible, avec la nature, « afin de les amener progressivement à retrouver la conscience de leur appartenance à la Terre ».

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Emmenés par des guides et des passeurs de nature, les enfants seront également suivis par des scientifiques, pour voir comment cette immersion dans la nature impacte leur relation avec eux-mêmes, avec les autres et avec leur environnement. Le projet est parrainé par cinq sages – Pierre Rabhi, philosophe agroécologiste, Vincent Munier (JNE), photographe nature, Philippe Meirieu, spécialiste de l’éducation, Emmanuelle Grundmann (JNE), spécialiste des grands singes et Françoise Serre-Collet, du Muséum d’histoire naturelle – qui vont demander aux jeunes de chercher « le grand secret du lien » qui a été perdu dans notre relation à la nature. Investis de cette « quête », les cinq groupes devront tenter de retrouver ce secret et d’illustrer leur réponse par un petit film qu’ils réaliseront au fil de l’année.

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Déjà auteur d’un documentaire, Le lien, sur un groupe d’enfants en immersion dans la nature pendant dix jours, Frédéric Plénard réalisera un film sur cette belle aventure humaine. Le projet, financé notamment par la fondation Nature & Découvertes et soutenu par de nombreuses structures d’éducation à l’environnement, vient de lancer une opération de financement participatif, qui vise à collecter 20 000 €. En ces temps où les enfants et les jeunes sont de plus en plus déconnectés de la nature, on ne peut qu’inciter à y participer !

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Cliquez ici pour participer à ce financement participatif !

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Marie Arnould est rédactrice en chef de la revue Les 4 Saisons du jardin bio. Son article a aussi été publié ici sur le site Terre Vivante.

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Une forêt pluviale tropicale peu connue : la réserve naturelle nationale des Nouragues en Guyane française

L’adaptation cinématographique du roman The Lost City of Z de David Grann, réalisée par James Gray, m’a replongé dans l’atmosphère des forêts tropicales humides de Guyane où j’ai vécu près de trois semaines en 2006.

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par Annik Schnitzler

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Dans la réserve naturelle des Nouragues en Guyane, un arbre ayant gardé la trace d’une liane enroulante, qu’il a fait éclater – photo Annik Schnitzler

Certes, il ne s’agissait que d’un modeste séjour d’étude sur la biologie des grandes lianes de forêt primaire, réalisé dans une réserve naturelle uniquement accessible au monde scientifique, la station des Nouragues, et non d’explorations de terres inconnues telles que celles entreprises par le légendaire Percy Fawcett.

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Mais toutes proportions gardées, j’ai eu vraiment l’impression de rentrer à nouveau dans ce monde étrange, dense et humide, où les dangers ne manquent pas pour un Européen non averti : les mygales invisibles courant sur les litières de feuilles mortes, des grenouilles (dendrobates) au toucher mortel, des millepattes, serpents ou fourmis flamandes à la piqûre douloureuse et venimeuse … et surtout les acariens qui pénètrent sous la peau et n’en sont délogés qu’à coups d’acaricides… Ce film m’a également remis en mémoire les traces discrètes laissées par les Amérindiens qui ont habité ces forêts durant des millénaires.

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Située à une centaine de kilomètres de Cayenne à vol d’oiseau, la réserve naturelle nationale des Nouragues a été créée en 1995, et est gérée par l’Office National des Forêts. Elle fait suite à une première implantation scientifique temporaire réalisée par le Muséum national d’Histoire naturelle au bord de la rivière Arataye. Avec plus de 1000 km2 d’espaces protégés, ce site est longtemps resté la plus grande réserve naturelle de France.

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Au sein de cette réserve, un camp est réservé aux scientifiques du monde entier désireux de développer une recherche sur le fonctionnement des forêts guyanaises. La réserve inclut en effet divers habitats forestiers intéressants, de la forêt tropicale humide aux marécages. Les inselbergs qui surmontent à 400 mètres d’altitude les forêts humides sont typiques de la réserve : constitués de rochers granitiques à forme arrondie, et quasi dépourvus de végétation sauf dans les creux, et sur les pentes, ils recèlent des espèces rescapées des zones de savane qui s’étendaient dans le bassin amazonien au cours des périodes plus sèches du Pléistocène supérieur.

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La réserve des Nouragues n’est guère éloignée de zones très marquées par l’homme. Ainsi, à proximité toutefois des fleuves voisins, situés à 3 heures de marche, et par où les chercheurs arrivent en général, ont eu lieu entre la fin du XIXe siècle et les années 1930-40, l’exploitation intensive pour le bois de rose (Aniba rosaeodora, Lauraceae), et du balata (Manilkara bidentata, Sapotaceae). A proximité des Nouragues, au Camp Saut-Pararé, l’or a été exploité vers les années 1930.

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Plus récemment enfin, les nouvelles techniques ont permis d’exploiter l’or au fond des rivières et dans des zones auparavant difficiles d’accès. Ce fait, combiné à l’augmentation du prix de l’or, a motivé une nouvelle ruée vers l’or en Guyane depuis 1999. La zone a été exploitée intensivement et illégalement au cours des années 2000, et on en voit encore distinctement les traces lorsqu’on parcourt la forêt en hélicoptère, ce que j’ai eu la chance de faire à l’aller et au retour.

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En contraste, le site des Nouragues est bien préservé pour ses habitats et sa faune. Les reconstructions paléoécologiques suggèrent que le couvert forestier est resté intact depuis trois mille ans ! Le long du fleuve tout proche, l’homme était pourtant présent depuis des millénaires. Les Amérindiens Nolaques semblent avoir été parmi les derniers descendants de ces populations indigènes. La carte de Pierre Du Val D’Abbeville (1677) cite ces populations près du fleuve ; les Pères Jean Grillet et François Béchamel ont retranscrit leur voyage de 1674 en Guyane, relatant qu’ils ont rencontré ce peuple amérindien « courtois et affable » en février 1674. Les fouilles archéologiques faites dans cette région ont révélé une présence assez importante de vestiges (poteries, outils) datées d’ environ 1000 ans. Mais depuis le XVIIIe siècle toutefois, la région des Nouragues est inhabitée.

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Un hocco (Crax alector) dans la réserve naturelle des Nouragues en Guyane – photo Annik Schnitzler

Mes plus beaux moments durant ce séjour ont été mes rencontres avec quelques oiseaux rares de Guyane comme un coq de roche (Rupicola rupicola) sur son lieu de parade. Le coq de roche est l’un des oiseaux les plus spectaculaires de Guyane par sa couleur orange vif, qui lui permet d’être remarqué lors de ses parades nuptiales dans des sous-bois sombres. Tout aussi spectaculaire, le hocco (Crax alector), qui parcourt ici le campement et la forêt avoisinante en famille. Tué pour sa viande, et fortement dépendant de milieux forestiers non perturbés, le hocco est l’une des espèces les plus menacées de l’avifaune locale, qui a disparu près du littoral, des fleuves et des villages.

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Mais bien d’autres oiseaux peuvent se rencontrer aux abords du campement, ou au-dessus de la canopée : le toucan, le caracara à tête rouge très bruyant, le grand tinamou (Tinamus major). Quant aux amphibiens, ils sont aussi beaux que toxiques, comme les dendrobates aux couleurs spectaculaires, ou le crapaud buffle (Rhinela marina) de taille gigantesque (20 cm). En Australie ,où il a été introduit il y a 75 ans, il est devenu un véritable fléau.

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La rencontre avec des primates est exceptionnelle sur la côte guyanaise, d’où la plupart d’entre eux ont été éradiqués. Mais aux Nouragues, on peut les voir facilement, même les plus rares comme le singe araignée (noir avec tête rouge) Ateles paniscus que j’ai rencontré en forêt : très en fureur, il cassait et lançait des branches dans ma direction. J’ai pu voir aussi plusieurs fois, de jour les groupes de singes hurleurs (Alouatta seniculus), ou entendre de nuit leurs chants bruyants. Le sapajou capucin (Cebus capucinus) a aussi été aperçu durant ce séjour (4 ou 5 passant dans la canopée en se poursuivant). Dans le campement, on voit passer papillons morphos aux ailes bleues, geckos, agouti (Dasyprocta agouti) passant doucement sur la piste, et même un boa, qui s’est logé sur l’escalier du carbet réservé aux recherches. Des grenouilles se perchent au-dessus des douches, des chauves-souris chassent les termites dans le carbet cuisine.

Ballon d’observation de la canopée au-dessus de la réserve des Nouragues en Guyane – photo Annik Schnitzler

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Autre beau moment : le survol de la forêt par ballon, lequel est rattaché par des cordes à la cime des arbres. Un peu casse-cou car très peu stable. Parvenue au sommet du plus grand des arbres pour y observer les lianes, j’ai été prise de vertiges et suis redescendue rapidement.

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Les souvenirs les plus merveilleux ont été assurément les nuits passées dans mon carbet situé au bout du camp. La forêt s’entoure progressivement de nuages en fin d’après-midi, dans une ambiance à la fois douce et humide. Après avoir arrosé les pointes du hamac avec de l’insecticide pour éviter la visite des fourmis, renversé et suspendu mes chaussures pour éviter la visite de millepattes venimeux (ils adorent les fonds de chaussures), je me glissais dans mon sac de couchage (il fait frais la nuit surtout quand il pleut). La soirée démarre par des chants de la grenouille métronome et du grand tinamou vers 18 h 45, les premiers singes hurleurs se font entendre vers 19 h. Les lucioles remplissent peu à peu les lieux, les chauves-souris commencent à chasser les termites autour des carbets, puis la forêt se remplit de cris de coassements d’amphibiens et de cris d’insectes. La grenouille métronome rythme la nuit, suivi au petit matin, à 6 h 45 précises, par le cri répétitif du piauhau hurleur (Lipaugus vociferans). Mais bien d’autres cris se font entendre la nuit, tout aussi beaux. Sous les Tropiques en forêt, l’ambiance nocturne est extraordinaire.

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L’étude des lianes du Petit Plateau a été toutefois difficile pour moi. Car j’ai été bien malade, attaquée par les acariens (dont je ne me suis débarrassée que deux mois après mon retour !), soumises à des ennuis digestifs épuisants, j’ai bien eu du mal à assumer la collecte de données. L’ambiance des sous-bois forestiers est pesante dans ce cas, et je montais alors de temps en temps sur les rochers de l’inselberg pour voir le ciel, et vivre au-dessus de cette forêt immense et dégoulinante de pluie.

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Fort heureusement, les multiples observations botaniques m’ont consolée de mes problèmes de santé. Il faut dire que les stratégies des lianes en forêt sombre et dense sont ingénieuses. Avides de lumière, elles s’élancent vers la canopée à la faveur d’une trouée de lumière en s’enroulant sur les troncs et les branches. Elles s’agglutinent souvent l’une sur l’autre, parfois à plusieurs espèces sur le même individu. Rien d’étonnant à ce que les arbres ainsi exploités aient développé des stratégies pour s’en débarrasser, en les faisant par exemple éclater ou en se parsemant de piquants. La forêt regorge aussi d’épiphytes qui vivent sur les troncs ou les grandes branches, et qui quand elles tombent au sol, « marchent » jusqu’à trouver un autre tronc.

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Un polissoir témoin de la présence passée des Amérindiens près du camp actuel dans la réserve des Nouragues en Guyane – photo Annik Schnitzler

Les séjours sous la canopée m’ont permis de retrouver quelques traces laissées par les Indiens : des polissoirs (marques dans la pierre, destinées à affûter les outils) dans les fonds de vallon, des places de « cambrouze » qui sont des formations végétales composées de bambous plantées à l’époque pour l’utilisation des tiges comme têtes de flèches. Etonnant que ces prairies artificielles aient pu se maintenir intactes durant si longtemps sans être englouties par la forêt primaire !

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Un mois après mon retour, j’ai appris l’assassinat de deux agents de la réserve naturelle des Nouragues, Capi et Domingo, sur un campement proche, par des chercheurs d’or. L’insécurité de ces lieux était déjà prégnante en 2006. Le guide qui m’accompagnait parfois en forêt m’a raconté des histoires terribles qui se passaient sur les côtes atlantiques, entre Cayenne et pays voisins. Apparemment, la situation n’a guère changé en 10 ans, au vu des récentes manifestations en Guyane. Il est à souhaiter que la France s’engage fermement dans un avenir meilleur pour les hommes vivant en Guyane. Car seules des sociétés en paix peuvent réellement assumer l’avenir de la nature qu’ils côtoient.

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Premières réactions des JNE à l’entrée de Nicolas Hulot au gouvernement

Voici une « revue de web » non exhaustive des réactions des journalistes membres des JNE à la nomination le 17 mai dernier de Nicolas Hulot au poste de ministre d’Etat, chargé de la Transition écologique et solidaire.

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par Laurent Samuel (avec Christel Leca)
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Dessin de Daniel Maja publié sur le site du « Sauvage » sous le titre « Bonne chance, Monsieur le ministre d’Etat ! », et sous-titré : « Il n’y a plus qu’à… »

Quelle marge de manœuvre pour Nicolas Hulot au gouvernement ?, s’interroge Olivier Nouaillas sur le site de la Vie. « Un beau coup politique, mais qui n’est pas sans risques », estime-t-il.

Sur Reporterre, Hervé Kempf souhaite bonne chance à Nicolas Hulot, tout en mettant en avant les deux points sur lesquels il ne devra pas céder : le nucléaire et Notre-Dame-des Landes. « Le paradoxe est que la marge de manœuvre du nouveau ministre ne dépendra pas tant de sa force de conviction que du poids qu’aura à l’Assemblée nationale le groupe de députés de… La France insoumise, dont le programme est bien plus en accord avec les idées de Nicolas Hulot que ceux d’En Marche !, de Les Républicains, ou du Modem. Et que, comme pour tout ministre de l’Écologie, son principal allié sera « la société civile », c’est-à-dire toutes celles et ceux qui se battent sur le terrain pour empêcher la destruction du monde. Nicolas Hulot n’est pas à l’aise avec ces luttes et ces expérimentations concrètes. Mais c’est sur elles qu’il devra s’appuyer s’il veut vraiment agir. »

Dans un article au titre sans ambiguité, Hulot, 10 000 fois hélas, mis en ligne son blog Planète Sans Visa, Fabrice Nicolino se dit « stupéfait de tant de naïveté de la part de Hulot ». «  Il avait la responsabilité de préparer une génération au grand changement. Il préfère un poste d’illusionniste. »

A l’opposé, Jean-François Noblet, dans un message diffusé sur le net, s’exclame : « mon cœur s’envole et mon espoir est immense. Je sais que personne n’est parfait, que cela ne sera pas facile mais nous disposons tous d’une considérable ouverture dans ce ciel mondial si menaçant. Aussi je vous invite à tout faire pour que Nicolas soit écouté, défendu, soutenu. Je sais, par expérience, qu’il aura grand besoin du monde associatif et de tous les citoyens pour réussir. »

Sur son blog Biosphère, Michel Sourrouille titre son article : Nicolas Hulot au gouvernement, l’espoir d’un changement. « Il aura fort à faire avec le premier ministre, s’inquiète-t-il cependant. Car Edouard Philippe n’a jamais jusqu’à présent manifesté, dans son parcours professionnel comme que dans ses mandats électifs, un attrait pour les questions environnementales. (…) A l’Assemblée nationale, le député Edouard Philippe a voté en défaveur de la loi du 17 août 2015 sur la transition énergétique pour la croissance verte, de même que contre la loi du 8 août 2016 pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages. »

Pour Claude-Marie Vadrot, « Hulot a raison d’avoir pris le risque du pouvoir ». Dans un texte publié sur le site de Politis, il affirme : « Le travail (et la chance ?) de Nicolas Hulot, ministre d’Etat, c’est de pouvoir imaginer une politique globale, d’impulser une réflexion pouvant déboucher sur des solutions, sur des décisions ou des inflexions. S’il tient le coup face aux productivistes qui l’entourent et ne rêvent que de courbes de croissance, il en restera quelque chose. Sinon, si dans huit mois ou dans quelques années, il doit démissionner, il en restera toujours quelque chose . Dans les textes ou dans les têtes. Nicolas Hulot a donc eu raison d’oser prendre des risques et d’ignorer les imbéciles qui, déjà, sur les réseaux sociaux nous resservent les vieilles rengaines sur les produits Ushuaia dont il toucherait les royalties, sur ses relations avec les entreprises chimiques et pétrolières. Toutes vieilles antiennes véhiculées par des « insoumis » ou les plumitifs de la fachosphère… Comme le disent ses amis, il était risqué, pour la France et pour la planète, d’attendre encore cinq ans ou que les écolos arrivent démocratiquement au pouvoir. »

Sur Facebook, Yves Paccalet ironise : « Je me réjouis de lire tous ces commentaires enthousiastes sur la nomination de Nicolas Hulot au ministère de l’Ecologie… Les mêmes qui se félicitent de la nouvelle ont souvent attaqué avec méchanceté ceux qui se battaient pour qu’Emmanuel Macron devienne président. Notons bien que Nicolas Hulot ne serait pas ministre de l’Ecologie si Emmanuel Macron n’avait pas été élu président… J’adore avoir été traité (parmi d’autres) de traître à l’écologie par ces intégristes bizarres qui se réjouissent après coup des résultats d’une traîtrise qu’ils avaient dénoncée avec plus de haine que de clairvoyance ! »

Enfin, sur le site du Sauvage, Alain Hervé se réjouit dans un texte titré Hulot au gouvernement immense espoir : « La nomination de Nicolas Hulot ministre « de la transition écologique et solidaire » est la plus grande innovation de ce nouveau règne républicain. Il est à porter au crédit d’Emmanuel Macron qui autorise soudain des positions radicales à s’exprimer. Hulot est détenteur d’une longue pratique et d’une profonde connaissance de l’écologie. Reste à voir comment il pourra exprimer ses convictions. Je ne pense pas qu’il soit réductible à une ligne « économiste » du gouvernement. Que tous les écologistes le soutiennent, qu’il s’agisse des militants, des philosophes ou des politiciens carriéristes. Nous assistons à une prodigieuse innovation dans la politique française. Bonne chance Nicolas. »

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