Actualités nationales

La « santé unique » pour reconnecter agriculture, environnement et alimentation

La Société Française d’Ecologie et d’Evolution (SFE2) vous propose ce regard de deux agronomes, Michel Duru et Olivier Thérond, sur le concept de ‘santé unique’ en agriculture.

par Michel Duru et Olivier Therond *
Article édité et mis en ligne par Anne Teyssèdre (JNE)

 

 

Faire face aux crises environnementale et alimentaire nécessite d’analyser les interdépendances entre agriculture, environnement et alimentation. Nous avons montré précédemment que le concept de santé  permet de fédérer un ensemble de domaines disciplinaires s’intéressant aux écosystèmes à différentes échelles et aux hommes (voir Regard O6). Sur cette base, nous avons combiné ici les concepts d’une seule santé, de santé environnementale et de santé planétaire, en un concept englobant : la santé unique. Celui-ci permet d’articuler trois principes pour atteindre un bon état de santé des écosystèmes et des hommes tout en limitant l’usage d’intrants en agriculture et de médicaments pour les animaux et les hommes : i) développer la fourniture des services écosystémiques (SE), ii) boucler les cycles biogéochimiques, et iii) assurer l’accès à une alimentation saine et équilibrée.
Pour lire la suite de cet article sur le site de la SF2E, cliquez ici.

MERCI DE PARTICIPER à ces regards et débats sur la biodiversité en postant vos commentaires et questions sur les forums de discussion qui suivent les articles; les auteurs vous répondront.

* Chercheurs en agronomie à l’INRA,
UMR 1248 AGIR, INRA, Université Toulouse, INPT, 31326 Castanet Tolosan, France,
UMR 1132 LAE, INRA, 28 rue de Herrlisheim, 68 000 Colmar, France.

La réponse du ministère de l’Education nationale et de la jeunesse à la lettre ouverte des JNE sur les Sciences de la Vie et de la Terre (SVT)

Voici la réponse du ministère de l’Education nationale et de la jeunesse à la lettre ouverte des JNE sur l’enseignement des Sciences de la Vie et de la Terre (SVT).

Nous publierons prochainement une réponse argumentée à cette réponse qui, en tout état de cause, ne nous semble pas satisfaisante. En ce qui le concerne, le ministère de la Transition écologique et solidaire, auquel notre missive (en date du 17 février) était également adressée, n’a toujours pas réagi.

 

Propagande sylvestre

Lors d’une promenade en forêt domaniale située en bordure de la commune alsacienne où il habite, un membre des JNE a eu la surprise de trouver à l’entrée d’un sentier une petite affiche informant les usagers d’une coupe d’arbres.

par Jean-Claude Génot *

La manière dont l’information était libellée m’a interpellé. En grand caractère était écrit « Ici l’ONF entretient la forêt !». Entretenir signifie maintenir en bon état. Est-ce que couper des arbres maintient le bon état de la forêt ? S’il s’agit du bon état économique, couper des arbres rapporte à son propriétaire, mais encore faut-il ne pas trop en couper pour que le revenu soit régulier et qu’il s’agisse d’arbres de qualité vendus pour le bois d’œuvre. En tous les cas couper des arbres, notamment des gros, ne maintient pas la forêt en bon état écologique.

J’entends souvent des forestiers essayer de plaider leur cause ou justifier leur métier en disant que la gestion (mot qui a remplacé l’exploitation mais qui vient de l’entreprise et signifie contrôle et maîtrise) forestière améliore la biodiversité. Ainsi l’interprofession France Bois Forêt, sur son site internet ,nous dit que « la forêt doit être gérée pour garantir le maintien de la biodiversité ». Or il n’en est rien ! La sylviculture diminue la biodiversité comme l’ont montré les chercheurs de l’IRSTEA (à l’époque le CEMAGREF), dans une publication de synthèse (1) de 51 articles scientifiques collectés dans toute l’Europe. Leur article montre clairement que la plus forte biodiversité forestière se trouve concentrée dans les stades âgés et sénescents (insectes, lichens, champignons, mousses), ceux-là mêmes qui sont visés en premier par toute exploitation forestière. Qui plus est, les bois morts et les vieux arbres de grande taille au sol servent de tanière aux grands prédateurs (ours, loup et lynx).

Est-ce que ce qui se cache derrière l’entretien de la forêt ne traduirait pas plutôt le message suivant : sans « entretien », la forêt n’est pas en bon état (l’argument est d’ailleurs asséné avec un point d’exclamation). Cela signifie qu’il ne faut pas laisser les forêts sans « entretien », exit les réserves intégrales et autres forêts en libre évolution. Il y a des gros arbres qui à tout moment peuvent vous balancer une branche sur la tête et du bois mort au sol : dangereux et pas clean comme disait François Terrasson. Cette « haine » des forêts non exploitées est assez récurrente chez certains forestiers. Ainsi dans Le Monde du 3 novembre 2018, la directrice d’AgroParisTech Nancy (l’école qui forme les ingénieurs forestiers, notons au passage que la première année d’étude dans cette école est commune avec les agronomes, de là à dire qu’on veut former des forestiers pour qu’ils « gèrent » les forêts comme des champs d’arbres…) évoquait les forêts non exploitées dans le contexte des changements climatiques de la façon suivante : « Mais des forêts non gérées coûtent cher : les coups de vent entraînent la chute d’arbres qui coupent les routes, les coups de chaud favorisent les incendies. Ces perturbations favorisent à leur tour les invasions d’insectes, la dégradation des sols, et autres problèmes pour les écosystèmes et notre bien-être. Imaginer que les forêts laissées en libre évolution résisteraient mieux est un mythe ».

Nous verrons très bientôt, qui des forêts naturelles ou des plantations d’arbres mono spécifiques des Landes ou du Limousin, seront les mieux adaptées aux futures tempêtes et attaques d’insectes. De qui se moque-t-on ? Ces sottises sur les forêts naturelles rappellent l’article de Bourgenot (paru en 1973 dans Rev. For . Fr. XXV : 339-360 et intitulé Forêt vierge et forêt cultivée) avec les passages suivants : « devenue pour lui inhospitalière », « l’homme civilisé du 20e siècle serait parfaitement mal à l’aise, pour user d’un euphémisme, dans une forêt qui ne serait pas elle-même civilisée » ou encore « la forêt vierge n’est ni utile ni agréable à l’homme ». Force est de constater que les préjugés anti nature sont plus durables que la gestion forestière actuelle…

Mais revenons à notre affiche. L’ONF fait couper des arbres en forêt, mais il semblerait que le terme soit devenu tabou puisqu’il est question de « récolte de bois ». Jadis, les gens allaient ramasser, glaner ou récolter du bois en forêt, mais il ne s’agit plus de cela aujourd’hui. Le mot récolte est utilisé en agriculture et cette analogie avec la sylviculture n’est pas très heureuse en termes de communication. Pourquoi ne pas reconnaître tout simplement que l’on coupe des arbres en forêt parce que la société a besoin de bois ? Il s’agit sans doute de la nouvelle stratégie de communication issue du rapport (2) du ministère de l’Agriculture dont l’objectif est « de prévenir les risques de protestation du public contre l’exploitation des forêts, en cherchant à provoquer une prise de conscience de la nécessité de couper des arbres pour entretenir les forêts et récolter du bois. »

La communication consisterait à dire aux usagers qu’on coupe du bois pour les besoins de notre société (encore que c’est plus pour répondre aux intérêts de certaines industries) et la pédagogie permettrait de faire comprendre comment les forestiers s’y prennent pour sélectionner les arbres à couper. La propagande, elle, conduit à dire aux usagers qu’on coupe des arbres pour « entretenir » les forêts (voir plus haut ce que signifie entretenir). Plutôt que de remettre en cause la politique du produire plus qui mène à un rajeunissement des forêts, une montée en puissance de la plantation de résineux et une mécanisation avec des engins toujours plus lourds auxquels la forêt doit s’adapter, on préfère « communiquer» pour faire passer la pilule au grand public qui fréquente la forêt. Ce rapport expose sans aucun complexe la manière dont il faut que l’Etat s’y prenne pour faire adopter par la population le fait d’exploiter plus la forêt française car c’est bien de cela qu’il s’agit, derrière le doux euphémisme d’une économie « décarbonée ». Quel paradoxe que celui d’une société qui, pour éviter d’avoir recours à des énergies fossiles émettant des gaz à effet de serre, est prête à couper plus ses forêts qui sont d’excellents puits de carbone à condition de les laisser vieillir…

Une campagne de communication de l’interprofession France Bois Forêt a montré l’image d’un bûcheron muni de sa tronçonneuse au pied d’un grand et bel arbre avec le slogan suivant : « Mon métier, c’est aussi aider la forêt à respirer ». La métaphore est ridicule car les hêtraies multi-séculaires des Carpates de l’Est classées au patrimoine mondial de l’UNESCO avec près de 1 000 m3 de bois à l’hectare respirent et se régénèrent parfaitement bien sans aucune tronçonneuse. Avec des slogans aussi ridicules, qui veut-on abuser ?

Dans l’argumentaire du ministère de l’Agriculture pour ses opérateurs tels que l’ONF, on trouve des perles de la propagande sylvestre telles que :

«  Les surfaces de forêts françaises ont doublé depuis un siècle, le stock de bois est trop important par rapport à la production biologique de la forêt, alors que la France est importatrice ».

Cette rengaine sur le doublement des surfaces de forêts françaises est irritante quand elle n’est pas accompagnée d’une précision de taille : à savoir qu’il s’agit de jeunes forêts et souvent de plantations de résineux sur des terres agricoles que l’on serait bien naïf de nommer des forêts alors qu’il s’agit de champs d’arbres. Cela est confirmé par le fait que le volume moyen de bois à l’hectare en France est un des plus faibles d’Europe (moyenne nationale de 131 m3/ha ; source Inventaire forestier N°27, 2e trimestre 2011). De ce fait, affirmer que le stock de bois est trop important par rapport à la production biologique est un non-sens tant ces forêts sont jeunes et que seuls les vieux arbres produisant nettement plus de bois que les jeunes sont susceptibles de produire un important stock de bois.

«  La gestion des forêts françaises est durable, l’exploitation des forêts est une condition de leur santé et de leur fonction de pompe à carbone ». Evidemment, on pourrait débattre des jours sur le terme durable. Tout dépend de la conception de la forêt que l’on a, entre la version minimale des uns pour qui couper à blanc et planter des résineux est durable et la vision plus ambitieuse des autres pour qui seule une gestion irrégulière à couvert permanent avec du bois mort et des vieux arbres vivants mérite d’être qualifiée de durable. Ne revenons pas sur le fait que l’exploitation d’une forêt n’améliore en rien sa santé écologique, mais réduit sa biodiversité comme l’ont montré les chercheurs de l’IRSTEA, c’est-à-dire sa productivité biologique, donc sa santé économique à long terme.

Quant à la métaphore de la « pompe à carbone » pour les forêts jeunes, elle passe sous silence le fait qu’une forêt jeune capte 4 fois moins de carbone dans le sol qu’une forêt mûre, que l’exploitation d’une jeune forêt dépense plus d’énergie fossile que pour une forêt âgée, que le rapport déchets/bois est plus élevé pour une forêt jeune que pour une forêt âgée et enfin que la biodiversité d’une jeune forêt est bien moindre que celle d’une forêt âgée. Qui plus est, cette affirmation passe sous silence le devenir du carbone fixé (source : Philippe Lebreton).

« La gestion forestière contribue à la lutte contre le changement climatique ». La gestion forestière influence le cycle du carbone en forêt, donc elle agit sur le changement climatique, notamment dans sa capacité à stocker le carbone dans le sol. Mais cette affirmation n’est en rien une évidence si on ne précise pas de quelle gestion il s’agit. Ainsi des chercheurs (3) ont montré que les plantations de résineux effectuées massivement en Europe à la place des forêts feuillues naturelles depuis le XVIIIe siècle n’ont pas permis de faire de la forêt européenne un puits de carbone malgré le gain de surface couverte par des forêts mais au contraire d’accumuler une dette de carbone. Pourquoi ce paradoxe ? D’abord parce que l’exploitation de ces plantations de résineux sur des cycles relativement courts relâche le carbone accumulé dans la biomasse, le sol, le bois mort et l’humus. De plus, la conversion des feuillus en résineux modifie l’albedo ou pouvoir réfléchissant des arbres, pourtant plus bas chez les résineux que les feuillus, la rugosité de la canopée (la capacité à plus ou moins laisser passer la lumière) et l’évapotranspiration du sol, plus soumis à la lumière dans les plantations de résineux que dans les forêts de feuillus. Tous ces paramètres sont plus négatifs en termes d’atténuation de chaleur pour les plantations de résineux que pour les forêts naturelles de feuillus, d’où une contribution au réchauffement plutôt qu’une atténuation ! On voit donc que remplacer des forêts feuillues âgées par des résineux exploités sur des cycles beaucoup plus courts renforce le réchauffement climatique.

Le seul argument liant positivement l’exploitation forestière et le changement climatique est celui de l’usage du bois, matériau renouvelable, à la place des énergies fossiles qui génèrent des gaz à effet de serre. Encore faut-il ne pas trop exploiter et rajeunir les forêts ou remplacer les feuillus par des résineux comme il est dit précédemment au risque de baisser leur capacité à stocker le carbone et ne pas utiliser le bois pour le brûler ou en faire des produits à courte durée de vie comme les palettes. Là encore, tout le cycle du produit doit être envisagé avant d’affirmer que la gestion forestière permet de lutter contre le changement climatique.

« La certification forestière PEFC confirme l’engagement des forestiers dans une gestion durable de qualité de la forêt ». Même si les normes de certification PEFC ont été renforcées (4), sur le plan écologique elles ne sont pas à la hauteur des enjeux avec des coupes rases de deux hectares autorisées en zones de forte pente, avec la conservation d’un arbre mort ou un arbre âgé à l’hectare ou encore la non-utilisation de pesticides à moins de six mètres des cours d’eau. Il ne peut y avoir de gestion forestière durable avec l’usage de pesticides ou le recours aux coupes rases qui sont des pratiques économiquement et écologiquement non soutenables. Quant à l’unique arbre à conserver par hectare, c’est justement l’arbre « label » qui cache la forêt pas forcément bien gérée si par exemple on ne prend pas en compte le bois mort, élément essentiel du fonctionnement biologique des forêts. Exploiter des champs d’arbres ne demande aucune précaution, exploiter un écosystème nécessite une éthique spécifique de la forêt.

Alors que tout le monde se focalise (fort justement) sur les « infox », on oublie un peu vite les arguments tronqués ou les contre-vérités scientifiques distillées par des établissements publics ou des lobbys de l’industrie du bois pour servir la politique du produire plus. N’oublions pas que toute cette politique de mobilisation du bois en France est fondée sur une surestimation de 20 % de la production biologique des forêts françaises par l’Inventaire Forestier National (IFN), sans qu’à aucun moment après la reconnaissance de cette erreur par l’IFN, les objectifs de cette exploitation aient été revus à la baisse.

Ce qui se joue aujourd’hui n’est pas seulement une question d’approche de la forêt : forêt production de bois pour les uns et forêt multi-usages pour les autres. C’est la conception même des arbres vus comme un gisement de matière première que des ingénieurs ont imaginé d’exploiter par une industrie extractive pour produire toujours plus d’énergie (5). Suprême forme de la propagande, on ose nommer cela la transition écologique alors qu’il s’agit d’empiler toutes les formes d’énergie possible. Fini l’arbre source d’émotion, d’émerveillement et d’imaginaire, dont le bûcheron peut prendre la mesure de la puissance. Désormais, les arbres sont fauchés comme les blés par des abatteuses, posés tels quels en tas sans laisser au sol l’indispensable matière organique apportée par les petites branches, prêts à être déchiquetés par une autre machine pour nos sociétés avides de toujours plus d’énergie.

* Ecologue

1 Paillet Y. et Bergès L. 2010. Naturalité des forêts et biodiversité : une comparaison par méta-analyse de la richesse spécifique des forêts exploitées et des forêts non exploitées en Europe. In Vallauri D., André J., Génot J-C., De Palma J-P. et Eynard-Machet R. 2010. Biodiversité, naturalité, humanité. Pour inspirer la gestion des forêts. Pp 41-49.

2 Bardon E et Dereix C. 2017. Plan de communication pour le secteur de la forêt et du bois. Rapport n°17050. Ministère de l’agriculture et de l’alimentation. 27 p.

3 Naudts K., Chen Y., McGrath M.J., Ryder J., Valade A., Otto J. & Luyssaert S. 2016. Europe’s forest management did not mitigate climate warming. Science 351 : 597-600.

4 Boughriet R. 2012. Gestion durable des forêts : les normes de certification PEFC durcies. https://www.actu-environnement.com/ae/news/PEFC-label-FSC-schema-national-certification-foret-bois-reglement-europe-tracabilite-14770.php4

5 Vidalou J-B. 2017. Etre forêts. Habiter des territoires en lutte. Zones. 196 p.

La « réponse » du ministère de l’Education nationale à la lettre des JNE sur l’enseignement des SVT (Sciences de la Vie et de la Terre)

Voici la « réponse » du chef de cabinet de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale, à la lettre des JNE, en date du 16 février 2019, sur l’enseignement des SVT (Sciences de la Vie et de la Terre). Nous attendons toujours un signe de vie de la part de François de Rugy, ministre de la Transition écologique et solidaire, à que ce courrier (à lire ici) était également adressé.

 

Bananes publicitaires

Lors du Salon de l’Agriculture, une publicité enthousiaste traitait de l’« exception française ». Laquelle, me demandais-je ? Nous sommes si exceptionnels ! L’art de balancer sa trottinette au milieu du trottoir ? De rouler sur un passage clouté réservés aux piétons ? De laisser un cabot décorer la rue publique d’excréments tachistes ?

par Jane Hervé

Erreur, l’exception française, c’est sa façon de… produire des bananes. Certes, dit la publicité, « les règles sont radicalement différentes d’un pays à l’autre », certes « l’usage des produits phytosanitaires peut varier de 1 à 10… et l’écart de salaires de 1 à 30 ». La pub fait quand même preuve d’un sens de la relativité ; savoir que certains produits « interdits en Europe » sont « autorisés ailleurs ».

Mais…. Il y a un Mais. Il faut que tous apprennent par le biais de cette pub que « la banane de Guadeloupe et de Martinique est unique au monde ». Ni plus, ni moins. « Elle respecte les normes sociales et environnementales les plus élevées du monde », les normes françaises et européennes. Pourtant, le « Manifeste pour un projet global », rédigé par Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau (janvier 2000), rappelle déjà que « le scandale de l’utilisation du chlordécone et de l’épandage des cultures bananières aux Antilles n’a pas encore éclaté » (épandage interdit aux Etats-Unis depuis 1976). Edouard Glissant, à la conscience écologique, promeut déjà « les cultures biologiques à large échelle ». Dans La cohée du Lamantin (2005), Glissant précisait : « la banane est à l’agonie, les nappes phréatiques sont atteintes par les épandages de pesticides ». Des cancers se développent. Le chlordécone est classé « cancérigène possible » par le CICR, avec un risque de cancer de la prostate.

En 2019, une étude va être enfin menée par l’Institut National du Cancer sur les liens entre l’exposition au chlordécone et la survenue du cancer de la prostate. Bref, l’urgence écologique est toujours là, pour tous, même si la publicité semble l’oublier. Rappelons que le Manifeste propose une éthique véritable : « Agis dans ton lieu, pense avec le monde ». Ce qui se passe en Guadeloupe et en Martinique nous concerne tous.

Le teaser du colloque JNE « Effondrement ou transformations »

Voici le teaser de présentation du colloque organisé par les JNE le 19 mars prochain, sur le thème « Effondrement ou transformations ».

 

Ce colloque a lieu le mardi 19 mars, de 19 h 30 à 21 h 30, Salle Jean Dame, 17 rue Léopold Bellan, 75002.

Attention : entrée gratuite mais inscription obligatoire : contact@jne-asso.net

Colloque JNE le 19 mars 2019 à Paris: effondrement ou transformations

Nous sommes heureux de vous inviter à assister au colloque « Effondrement ou transformations » qui se tiendra le mardi 19 mars 2019 à la salle Jean Dame, 75002 Paris. Le débat sera animé par Hervé Kempf avec la participation de 3 intervenantes et 2 intervenants. Le colloque durera 2 heures dont presque une heure réservée aux questions de la salle.

Entre écologie et écologisme, par J-D. et Ph. Lebreton

La Société Française d’Ecologie et Evolution (SFE2) vous propose le regard de Jean-Dominique et Philippe Lebreton, respectivement Directeur de Recherche émérite et Professeur honoraire en écologie, sur la frontière entre écologie scientifique et écologie politique.

Article édité par Anne Teyssèdre (JNE).

Des arguments issus de l’écologie en tant que discipline scientifique, et plus largement des sciences de l’environnement, sont souvent repris dans un contexte politique ou militant. On parle alors souvent d’écologisme, le suffixe en « isme » portant pour beaucoup une connotation péjorative, liée à un caractère catastrophiste et radical de l’écologie politique. Cette tension entre écologie scientifique et écologie politique conduit d’ailleurs désormais souvent à distinguer écologue (le scientifique) et écologiste (le militant).

Naturalistes par tradition familiale, nous avons été l’un et l’autre acteurs à des titres et degrés divers, et différents pour l’un et l’autre, de l’écologie scientifique, de la protection de la nature et à partir de là de l’écologie politique depuis plus de 50 ans. Nous sommes donc naturellement amenés, à partir de notre expérience personnelle, à nous pencher sur les rapports entre écologie scientifique et écologie politique, et sur la frontière entre les deux champs, sans prétendre ni au recul ni à l’exhaustivité d’autres textes.

Pour lire la suite de ce texte, cliquez ici sur le site de la SFE2.

Lettre ouverte des JNE à Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale et de la jeunesse, et François de Rugy, ministre de la Transition écologique et solidaire, sur l’enseignement des Sciences de la vie et de la Terre (SVT)

Messieurs les Ministres,

Notre association, qui rassemble plus de 200 journalistes spécialisés en environnement, a été alertée des graves atteintes portées à l’enseignement des Sciences de la vie et de la Terre (SVT) par des scientifiques et des enseignants.

Nous exprimons la plus vive inquiétude sur les capacités futures de la jeunesse à comprendre les grands enjeux environnementaux qui n’ont jamais été aussi prégnants.

Ainsi, en classe de première, les SVT (Sciences de la Vie et de la Terre) ne feront pas partie du tronc commun. Elles constituent désormais un des enseignements de spécialité. Il est à craindre qu’une proportion importante des lycéens oriente ses choix vers d’autres options, surtout que l’enseignement des SVT pourrait ne pas être proposé dans l’ensemble des lycées. Cette inquiétude est d’autant plus fondée que le nombre de postes au concours externe au CAPES de SVT connaît cette année une baisse importante de 20 % par rapport à la session précédente de 2018, elle-même consécutive à une réduction comparable l’année précédente.

Tout aussi grave est la situation de la classe de terminale, y compris pour les élèves qui auront choisi un parcours scientifique. Les élèves n’auront plus la possibilité de conserver des enseignements de mathématiques, de physique-chimie et des SVT puisqu’ils ne pourront conserver que deux spécialités sur les trois qu’ils auront choisies en première. Un certain nombre d’entre eux se trouvera ainsi privé de cours de SVT pour privilégier les deux autres spécialités.

Enfin, la situation des SVT en classe de seconde, qui concerne l’ensemble des lycéens, reste la même que précédemment. C’est-à-dire que cet enseignement reste le parent pauvre des cours de sciences puisqu’il est dispensé à raison de 1 h 30 par semaine, contre 3 h pour la physique-chimie et 4 h pour les mathématiques. La réforme du lycée aurait pu être mise à profit pour proposer un meilleur équilibre horaire entre les matières scientifiques, d’autant que le programme des SVT a fortement été étendu. Les élèves auront plus de notions à aborder dans un temps toujours aussi réduit.

Ces modifications profondes des conditions d’enseignement des SVT nous font craindre qu’une partie importante de la population n’ait pas le savoir scientifique de base pour comprendre les grands enjeux environnementaux qui sont de plus en plus complexes, en particulier ceux du climat, de la biodiversité et de l‘énergie, mais également tous les autres qui suscitent des controverses : OGM, nanotechnologies, gaz de schiste, gestion des déchets radioactifs …

C’est grave en ces temps où nos lecteurs ont de plus en plus de difficultés à faire la différence entre une information et une « fake news» diffusée sur les réseaux sociaux, entre un fait scientifique et une opinion. C’est grave en ces temps où les théories complotistes et les rumeurs fleurissent et où le public se méfie de plus en plus des sciences. Chaque citoyen doit pouvoir exercer son esprit critique. Encore faut-il qu’il ne soit pas laissé dans l’ignorance. Que sera un public complètement naïf ?

Notre rôle en tant que journaliste est d’informer, d’alerter, d’interpeller et de donner les éléments des débats pour que chacun puisse se forger sa propre opinion, non pas sur les faits, mais sur les analyses et les choix de politiques environnementales. C’est pourquoi nous sommes très sensibles à une dégradation des connaissances de base du public sur ces sujets.

Cette réforme ne fera que renforcer le doute sur les sujets que nous traitons et qui font appel à des notions supposées être apprises en SVT. Quelle sera la capacité du public à ne pas considérer que faits scientifiques et opinions se valent ? Etre « réchauffiste » ou « négationniste du climat » n’est plus alors qu’une question personnelle et non plus une question scientifique. C’est déjà un peu le cas. Ce le sera plus encore.

Nous avons ainsi plus que jamais besoin d’un public éclairé.

C’est pourquoi nous sommes contre cette réforme et la baisse du nombre de postes au concours externe au CAPES de SVT et nous vous appelons impérieusement à reconsidérer les décisions qui ont été prises à ce sujet.

Nous serions ravis de vous rencontrer pour en discuter plus avant avec vous.

Nous vous prions d’agréer, Messieurs les Ministres, en l’expression de notre très haute considération.

Adresse au Président de la République

Monsieur le Président, quittez le vieux monde de la chasse et du sang !

par Yves Paccalet
Philosophe, écrivain, naturaliste

J’ai soutenu, en réunion publique comme sur les réseaux sociaux, l’aventure politique d’Emmanuel Macron. Je pensais qu’il était le seul capable de nous éviter le fatal combat des populistes, Le Pen contre Mélenchon. Je me sentais heureux qu’enfin un candidat se proclame européen avec ferveur et le sourire, sans cette moue de dégoût que je voyais sur la figure de tous les autres.

Un an et demi plus tard, Emmanuel Macron a lancé quelques bons chantiers pour débloquer la France, lui secouer les rhumatismes et l’inviter à marcher. Sa gestion des affaires internationales est plutôt réussie – et chacun sait que, dans ce domaine, rien n’est simple.

Malgré la bonne décision prise à Notre-Dame des Landes, il est, hélas, un domaine où le chef de l’État me consterne : celui de la vie sauvage et de la biodiversité, dont il agite le mot sans le comprendre. Je suis désolé de devoir écrire qu’il ne connaît rien à la nature, ce qui se conçoit, mais qu’il s’en moque, ce qui est grave. Il semble n’éprouver ni compassion pour les animaux et les plantes, ni respect pour ces systèmes écologiques complexes dont dépendent notre air, notre eau et notre terre, notre nourriture, nos espaces de loisir ou nos plaisirs de vivre.

Emmanuel Macron reçoit en pompe élyséenne le patron de la Fédération Nationale des Chasseurs (la FNC), Willy Schraen. Celui-ci affirme à qui veut l’entendre que, depuis le début, le Président lui a tout cédé. Info ou intox ? Il y a évidemment une part de vérité dans les propos du conducator des pétoires. Je redoute que, lors de ces entrevues, Emmanuel Macron n’ait que trop manifesté à quel point il préfère les flingueurs aux amis des bêtes. J’ai peur que le Président ne soit entré dans le jeu pervers des semeurs de cartouches, qui voudraient imposer l’idée selon laquelle ils incarnent les meilleurs (les seuls !) protecteurs de la nature. Non, monsieur le Président : les chasseurs ne jouent pas un rôle écologique utile : ce ne sont que des préleveurs de gibier, le plus souvent viandards, parfois braconniers. Non, monsieur le Président : les tireurs de petits plombs, de chevrotines ou de balles grosses comme le doigt ne savent pas grand chose des êtres sur lesquels ils braquent leur canon, et dont ils se prétendent abusivement les « gestionnaires » !

Sur ce coup-là, Emmanuel Macron me devient une énigme. Je me demande comment un bel esprit comme le sien, pétri de philosophie et de littérature, connaissant quand même un peu de science, capable de saisir la finesse et les nécessités de la vie sous toutes ses formes, peut cautionner la boucherie chasseresse, et notamment l’ignominie moyenâgeuse que constitue la chasse à courre – avec ses costumes de carnaval ensanglanté et ses cors qui sonnent l’hallali du cerf ou du renard épuisés… La Grande-Bretagne, l’Allemagne et d’autres pays ont interdit cette sinistre pratique qui occupe, chez nous, quatre cents équipages et dix mille participants. J’attends que la France suive l’exemple.

Emmanuel Macron aurait confié à Willy Schraen qu’il était « solidaire et défendait toutes les valeurs de la chasse française », ou encore qu’il désirait « soutenir la globalité de ce qui se passe au niveau de la ruralité en matière de chasse et la chasse à courre en fait partie ». Je déplore la myopie de cet homme jeune et moderne, qui se fiche du martyre infligé à des êtres de chair et de sang, au seul prétexte qu’il existe une tradition de sadisme chez des tueurs qui sont aussi des électeurs ! J’espère que le Président comprendra au moins qu’en changeant de chemin, il gagnerait beaucoup plus d’électeurs chez les amis de la vie qu’il n’en perdrait chez les obsédés de la mort.

Emmanuel Macron paraît tellement faible devant les acteurs de la chasse ! Je veux juste lui rappeler que, pour devenir le Président empathique, jeune et inédit qu’il rêve d’incarner, il doit se souvenir que les manieurs de fusil sont aujourd’hui, en France, à peine plus d’un million, et que leurs effectifs ne cessent de décliner. Pourquoi, dès lors, leur offrir des crédits nationaux grâce auxquels ils peuvent abaisser le prix du permis de chasse de 400 à 200 euros ? Pourquoi tolérer que ces individus aillent dans les écoles propager le virus de la souffrance et de la mort jusque dans le crâne de nos petits ? Pourquoi permettre aux tueurs à cartouchière d’adapter un silencieux sur leur arme, sachant que, s’ils abattent chaque année plus de 30 millions d’animaux, les chasseurs causent aussi plusieurs dizaines de morts humaines et des centaines de blessés, sans oublier d’autres victimes chez les ânes, les vaches ou les chiens ? Pourquoi cautionner la survie des piégeages dits « traditionnels » aux petits oiseaux (tenderie, gluau…), qui ne sont que barbaries ? Pourquoi désirer rétablir les « chasses présidentielles » à Chambord – ces massacres de cerfs ou de sangliers aux seules fins de la diplomatie ? Pourquoi concéder au patron des chasseurs de France le fait que l’État accroîtra les périodes de chasse au gibier d’eau, et notamment (contre le vœu du Parlement européen) la traque aux oies sauvages ? Les superbes oies sauvages, monsieur le Président ! Celles-ci seraient tirées en pleine période de constitution des couples reproducteurs… Souvenez-vous de vos lectures d’enfant, du Merveilleux voyage de Nils Holgersson sur le dos d’un jars… Ne préférez-vous pas ce rêve d’harmonie au fracas des fusils ?

Il est une autre façon de vous racheter aux yeux de la nature et des naturalistes, monsieur le Président. Elle consiste à montrer que vous vous occupez de la biodiversité au point de favoriser la survie de nos plus grands prédateurs. Aidez les associations de protection de la nature à conserver ces merveilles de l’évolution qu’on appelle le lynx, le loup ou l’ours brun ; dans nos DOM-TOM, le requin-tigre ou le requin-bouledogue ; sans oublier le renard, le chacal doré et tous les autres de moindre taille… Dites « non » au massacre organisé de ces carnivores nécessaires ! Abaissez (supprimez !) les insupportables quotas d’extermination des loups que vous avez cautionnés ! Faites réintroduire d’autres ours dans les Pyrénées, afin de constituer dans ces montagnes une population de plantigrades suffisante pour y garantir la survie de l’espèce. Un trésor de la vie. Et un bonheur pour nos ruraux, nos randonneurs, nos naturalistes, nos artistes, nos cinéastes, nos poètes – et nos enfants jusqu’à plus de cent ans !