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Fake news et secret des affaires : l’information menacée ?

Le Parlement français vient d’adopter la loi « secret des affaires ». Le 14 juin 2018, les JNE ont justement organisé un débat sur ce texte très controversé et sur le projet de loi « fake news ». Avec une question centrale : va-t-on vers la fin du journalisme d’investigation ?

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par Thomas Blosseville

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Débat organisé par les JNE le 14 juin 2018 à la mairie du 2e arrondissement de Paris sur les lois fake news et secret des affaires. De g. à d. : Olivier Petitjean, Anne de Haro, Vincent Filliola, Pierre Ganz, Hervé Kempf, Christel Leca © Noriko Hanyu

Le constat est sans concession : « Il y a une volonté politique très forte d’aller vite et de couper court au débat public », déplore Vincent Fillola, avocat et vice-président d’Avocats sans frontières. Il était l’un des cinq intervenants réunis par les JNE mi-juin pour décrypter les lois sur le « secret des affaires » et sur les « fake news ».

La loi « secret des affaires »

De quoi parle-t-on ? La loi sur le secret des affaires est la transposition dans le droit français d’une directive européenne datant de 2016. Elle a été définitivement adoptée le 14 juin par l’Assemblée nationale et le 21 juin par le Sénat. C’est une loi qui a fait l’objet d’une procédure accélérée. Une seule lecture a eu lieu dans chacune des deux chambres (et non deux comme d’ordinaire), puis une commission mixte paritaire a réuni des députés et des sénateurs pour trouver un compromis. « Sans analyse du Conseil d’État qui évalue, dans une procédure classique, les impacts d’un texte de loi », a décrypté Vincent Fillola pour les JNE.

Anne de Haro © Noriko Hanyu

Or, cette loi « secret des affaires » suscite de très vives craintes. Pour les journalistes, mais aussi pour les lanceurs d’alerte que peuvent être les ONG et même les représentants du personnel. « Ce qui est menacé, c’est notre capacité à utiliser des informations que nous allons recevoir et à les transmettre éventuellement aux journalistes », a témoigné Anne de Haro, membre de la direction de l’Union générale des ingénieurs, cadres et techniciens CGT, et membre du collectif « Informer n’est pas un délit ».

Pour elle, cette nouvelle loi est « une arme redoutable mise dans les mains des grands groupes qui ont de nombreux avocats et qui vont pouvoir se défendre ».

 

 

Vincent Fillola © Noriko Hanyu

Concrètement, le texte s’articule autour d’un principe : condamner la détention d’informations liées au secret des affaires d’une entreprise. Problème : « La notion de secret des affaires est très mal définie et laissée à l’interprétation de l’entreprise elle-même », dénonce Vincent Fillola.

Deuxième souci : la procédure judiciaire se fait a priori. Et non plus a posteriori. Jusqu’à présent, par exemple avec la législation sur la diffamation, la procédure avait lieu après la publication d’un article. Mais avec la loi « secret des affaires », la procédure pourra être enclenchée dès l’obtention d’une information. Ainsi, un journaliste, qui récupèrerait une information commerciale et contacterait l’entreprise pour la vérifier, pourrait être poursuivi au nom de la protection du secret des affaires.

Simplement parce qu’il possède l’information en question ? Même s’il n’écrit pas d’article ? Officiellement, la loi prévoit des exemptions pour les journalistes, les lanceurs d’alerte et les délégués syndicaux. Mais elle ouvre une brèche et menace de procédures longues et coûteuses. Hervé Kempf, rédacteur en chef de Reporterre et membre des JNE, le confirme : « Etre confronté à un procès prend du temps, surtout pour un média indépendant. Ce type de texte crée incontestablement une pression supplémentaire ».

Au départ, le but était d’harmoniser au niveau européen les réglementations sur la protection du secret des affaires. Rien n’oblige toutefois un État à transposer strictement une directive. Tant qu’il reste fidèle à l’esprit du texte, il garde une marge de manœuvre. « Visiblement  le législateur français ne l’a pas utilisé », analyse Vincent Fillola. Ainsi, la France aurait pu limiter le périmètre d’application de cette loi. Rien ne l’obligeait à en faire un principe général « qui s’applique à tout le monde, avec des exceptions qui ne sont que des protections de façade », explique l’avocat. Par exemple, la loi aurait pu ne s’appliquer qu’entre deux acteurs économiques concurrents.

La loi « fake news »

Et la loi sur les « fake news » ? Le constat n’est guère plus reluisant. « C’est un texte de circonstance qui redonde avec des dispositifs existants », assène Pierre Ganz, vice-président de l’Observatoire de la déontologie de l’information. Ce deuxième texte est moins avancé que celui sur le secret des affaires – il n’a pas encore été complètement examiné par le Parlement – mais il n’en est pas moins confus.

Pierre Ganz © Noriko Hanyu

Confus d’abord sur son but : « La loi sur les nouvelles falsifiées répond à une inquiétude du président de la République sur ce qui a été dit sur lui pendant la campagne électorale et cible en particulier quelques médias étrangers », retrace Pierre Ganz. Encore faudrait-il s’accorder sur la définition d’une « nouvelle falsifiée », ce que la loi ne fait pas précisément. Le texte est aussi confus sur la procédure mise en place. La loi donnerait au juge et à des intérêts privés comme les géants du numérique – « Gafa » et autres réseaux sociaux – le rôle « de dire ce qui est vrai ou faux, et de retirer les publications correspondantes ». Elle accorderait également au CSA le pouvoir de supprimer la diffusion de médias étrangers en France. Avec un effet pervers : légitimer les pays étrangers à en faire autant en réaction chez eux avec les médias français.

Officiellement, cette loi « fake news » ne concerne que les périodes électorales. « Mais qu’est-ce qui nous assure qu’elle ne sera pas étendue ? », interroge Pierre Ganz.

Un risque plus large ?

Olivier Petitjean © Noriko Hanyu

Les intervenants ont replacé ces deux lois dans un contexte plus large. « Concernant le texte sur le secret des affaires, l’enjeu sous-jacent est le débat persistant sur la frontière – très floue – entre optimisation fiscale et évasion fiscale », juge Olivier Petitjean, journaliste à Basta! et responsable de l’Observatoire des multinationales.

« D’après moi, l’idée de secret des affaires est une invention des lobbies de l’intelligence économique, voire de la guerre économique. C’est dans ce milieu qu’on a commencé à entendre parler de cette expression il y a une dizaine d’années. »

 

 

Hervé Kempf © Noriko Hanyu

De son côté, Hervé Kempf exprime son « désarroi » de dirigeant de média. Il voit dans ce débat une « pièce d’une paysage plus large », « un contexte général d’autoritarisme croissant, y compris dans les pays démocratiques ». Sur ce constat, que faire ? Seule certitude a priori, ce débat offre aux pigistes une raison supplémentaire ne pas exercer leur métier de journaliste sous le statut d’auto-entrepreneur.

La procédure sur le secret des affaires se fera en effet au tribunal de commerce, qui ne peut juger que les personnes morales. En tant que pigiste, un journaliste ne peut pas être attaqué individuellement – c’est éventuellement le média qui le serait. Mais en tant qu’auto-entrepreneur, il pourrait l’être.

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Organisé et animé par Christel Leca, ce débat s’est déroulé le 14 juin à la mairie du 2e arrondissement de Paris (que nous remercions pour son accueil), en préambule à l’Assemblée générale des JNE.

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Cetasea : une association qui allie éducation, art et protection

Frédérique Gilbert (JNE) est une ancienne soigneuse de mammifères marins. Il y a trois ans, elle a créé l’association Cetasea qui a pour but de créer des centres de protection pour mammifères marins. Belge de naissance, elle s’est entourée d’amis soigneurs et de scientifiques internationaux, de spécialistes de la conservation, d’artistes, dont le parrain de Cetasea, le comédien Jean-Marc Barr.

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Propos recueillis par Peter Gos

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Comment est née l’idée de créer un tel centre ?

Après avoir travaillé près de 20 ans dans des parcs marins, je me suis lancée dans le journalisme animalier. Je me suis rendu compte, que beaucoup de choses sont faites pour les animaux terrestres et les oiseaux, j’ai vu des programmes de réintroduction d’animaux se réaliser et j’ai compris que pour les animaux marins, il y avait beaucoup de retard, surtout en Europe.

Quel a été le déclic qui vous a décidé de vous lancer dans l’aventure ?

Un appel d’une soigneuse qui recherchait un endroit tel un refuge pour un dauphin qui s’est échoué à 7 mois. L’animal avait été récupéré et soigné mais n’a pu rejoindre le large parce qu’il était trop jeune. Les responsables de l’association ne voulaient pas le mettre dans un parc. Quand j’ai reçu cet appel, le dauphin avait 7 ans et vivait depuis son échouage, seul, dans une piscine d’humains.

Cela fait 3 ans que l’association existe, où en est votre projet ?

Le projet évolue bien, il s’affine, il devient de plus en plus précis. On a décidé de s’investir également dans l’éducation marine parce qu’il est essentiel que leur espace naturel soit préservé. Nous élargissons l’accueil pour des animaux tels que les phoques, très méconnus dans nos régions et pourtant très présents.

Avez-vous trouvé un lieu pour votre centre ?

Nous avons la chance d’avoir rencontré, dans les Landes, un maire engagé dans la protection de l’environnement qui nous donne la possibilité de réaliser le centre de protection. A nous de prouver l’importance du projet. Ce sera le premier. Nous projetons d’en ouvrir plusieurs, avec un seul, nous n’aurons pas la possibilité d’accueillir tous les individus qui ont besoin d’un endroit comme celui-là !

Concernant les dauphins, ils font couler beaucoup d’encre, n’avez-vous pas peur des détracteurs ?

Ce serait dommage de priver les dauphins d’un projet pour leur protection. Il y a plein de choses qui se font pour les autres espèces, notamment un refuge pour les éléphants qui se crée dans le centre de la France. Il y a des parcs qui ferment et les dauphins n’ont aucun lieu où aller. La majorité sont nés en milieu captif et ne connaissent pas du tout le milieu sauvage, il est essentiel de les accueillir dans un lieu non surpeuplé et naturel.

Les choses bougent, on est dans un tournant dans l’éducation environnementale.

Pourquoi avoir créé le Festival Cetasea ?

C’est une réelle envie de sensibiliser les gens par l’art. Mon papa est musicien-compositeur et il m’a toujours dit que la musique est une langue. La communication Cetasea ira dans ce sens, nous avons déjà fait des concerts, nous avons comme ambassadeur Fabrice Guérin, un photographe de renom. Il y aura aussi de la peinture, de la chanson et actuellement c’est le cinéma pour faire honneur à notre parrain.
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Festival Cetasea le 6 et 7 juillet à Hossegor et à Vieux-Boucau

Frédérique Gilbert
Fondatrice et présidente de l’association Cetasea loi 1901
+33.(0)6.31.63.22.10
www.cetasea.eu

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Vers l’industrialisation des forêts

Comment est-on passé de la multifonctionnalité des forêts à la fonction économique qui prime sur tout le reste ?
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par Jean-Claude Génot
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Avec le bois énergie, les arbres deviennent une masse de bois – photo JC Génot

Il y a d’abord eu le Grenelle de l’environnement (une Berézina pour la forêt) avec le fameux slogan schizophrénique « produire plus de bois tout en préservant mieux la biodiversité forestière, dans une démarche territoriale concertée et dans le respect de la gestion multifonctionnelle des forêts ». Seul le « produire plus de bois » a été appliqué à la lettre, sur la base de chiffres d’accroissements annuels de la forêt française fantaisistes, surestimés de 20 % ! Tout ce qui se passe en forêt publique a été clairement annoncé dans un document de l’ONF de 2010 (1). On y trouve les vieux concepts productivistes repeints à la bonne couleur comme la croissance verte ou la décapitalisation raisonnée. On y avoue que le produire plus signifiera plus de routes en montagne et évidemment une baisse de l’âge d’exploitabilité. Mais c’est pour le bien de tous puisque cela permet de rajeunir des forêts vieillissantes et dangereuses. Quand on veut tuer son chien, on l’accuse de la rage… N’allez surtout pas croire qu’on exploitera partout, puisqu’il y aura 1 % dédié à l’écologie (îlots de sénescence et réserves intégrales) contre 99 % à l’économie, un choix vraiment équitable.

Le bois énergie conduit à exporter toute la matière organique de la forêt – photo JC Génot

Si l’on veut vraiment savoir à quelle sauce les forêts françaises vont être mangées, il faut lire le Programme national de la forêt et du bois 2016-2026 (PNFB). Le premier objectif « Créer de la valeur dans le cadre de la croissance verte, en gérant durablement la ressource disponible en France, pour la transition bas carbone », est un modèle de novlangue où il faut comprendre que couper plus de bois est une nécessité écologique. L’esprit de ce programme est résumé dans l’objectif « Développer des synergies entre forêt et industrie », avec un sous-objectif  « Adapter les sylvicultures pour mieux répondre aux besoins des marchés ». On ne peut être plus clair quant à la vision purement industrielle de la forêt. Nul doute que les « marchés » voient la forêt plutôt comme un champ d’arbres calibrés exploités par des machines que comme un écosystème fragile qui mérite une gestion proche de la nature. La sylviculture qui répond aux besoins des marchés est qualifiée de « dynamique » (terme qui fait jeune et moderne), qu’il faut traduire par intensive en prélèvements. On veut des forêts plus claires donc, avec moins d’arbres pour qu’ils croissent en diamètre plutôt qu’en hauteur afin de mieux résister aux tempêtes et pour qu’il y ait moins de concurrence pour l’eau au niveau des racines. Un schéma parfait, un modèle unique pour toutes les forêts publiques françaises imaginé par les ingénieurs de la foresterie. Mais beaucoup de forestiers vous le diront, sans ambiance forestière la forêt n’est plus elle-même. Que se passe-t-il au niveau du sol dans ces espaces sans arbres en termes d’évapotranspiration sous le soleil brûlant de l’été ou face à des vents desséchants ? Une thèse soutenue (2) à l’université de Rouen en 2016 a montré qu’en cas de fortes éclaircies, l’abondance des détritivores (diplopodes, acariens, et collemboles) diminue, ce qui réduit la décomposition de la litière et le recyclage des nutriments. Et comment admettre que l’on fasse des éclaircies fortes dans la hêtraie dont le fonctionnement naturel, pour cette espèce d’ombre, est justement de faire croître lentement les jeunes semis sous l’ombrage des adultes. Cette croissance lente permettant une plus forte longévité et des cellules plus petites qui contiennent moins d’air, rendant l’arbre plus souple pour résister aux vents violents. Qui plus est, la hêtraie est plus productive en poussant serrée car le hêtre est une espèce sociale et il existe une répartition optimale des ressources en nutriments et en eau grâce aux connexions entre les racines par compensation mutuelle (3). Coïncidence, cette sylviculture dynamique a pris son essor au moment où l’on a lancé le produire plus.

Cloisonnement dans une plantation de pins sylvestres : la forêt devient un champ d’arbres – photo R. Weissenbacher

Comme me l’a dit récemment un forestier public : « on tape pour faire du m3 ». Ce constat figurait clairement dans les slogans lors des manifestations des forestiers de l’ONF fin 2017 à Paris et en mai 2018 dans plusieurs villes françaises. Ce programme est tellement tourné vers l’économie qu’il a fait l’objet d’une critique de l’Autorité environnementale (Ae) (4). Concernant l’environnement, l’Ae « relève l’absence d’objectifs techniques concrets dans ce domaine, à tout le moins d’actions identifiées en ce sens ». L’Ae recommande aux auteurs du PNFB « de présenter les justifications environnementales du projet retenu », « de préciser la méthodologie suivie pour caractériser l’intensité des impacts positifs et négatifs au niveau des actions, et de caractériser les impacts des plantations de résineux et de peupliers préconisées » et enfin « de préciser le cadrage donné aux PRFB (5), notamment pour ce qui est des mesures en faveur de la biodiversité associées, et de l’argumentaire du ciblage des forêts où effectuer des prélèvements de bois supplémentaires ». On l’aura compris, l’Ae ne peut que constater l’absence totale de prise en compte d’un quelconque souci de la nature dans ce programme purement économique. Les productivistes ont bien travaillé et leur piège se referme sur les espoirs des opposants au modèle industriel de la forêt. Ainsi selon une étude de l’INRA (6), exploiter plus la forêt permettrait de mieux lutter contre le réchauffement climatique. Ce genre d’approche ne prend en compte aucune considération écologique globale sur l’état des forêts surexploitées mais envisage seulement la réduction des énergies fossiles au profit du bois. Les termes sont trompeurs et la cause climatique devient un cheval de Troie pour des politiques qui occultent les problèmes d’environnement (7). Ainsi utiliser le bois pour produire de l’électricité est totalement inefficace avec un rendement de 35 % (8).

Route forestière : Il faut de la place pour les camions et les machines – photo R. Weissenbacher

Avec une telle logique « énergétique », la forêt devient une usine à bois et un gisement de biomasse. Oubliées les bêtes et les plantes qui font sa complexité, méprisés les hommes qui veulent la protéger et la gérer autrement. Il y a bien sûr des réactions citoyennes un peu partout en France (Limousin, Morvan, Cévennes, etc.) pour s’opposer à cette vision productiviste et anti écologique des forêts. C’est pour les contrer que le Ministère de l’agriculture vient de publier un plan de communication qui a fait grand bruit (9). Son but a le mérite d’être clair : « l’objectif de communication du ministère doit être de prévenir les risques de protestation du public contre l’exploitation des forêts ». Ce rapport témoigne de l’arrogance des grands corps d’Etat pour qui les protestataires n’ont rien compris aux vertus de l’exploitation industrielle des forêts. C’est évidemment tout le contraire, les gens qui résistent à l’exploitation agronomique des forêts (coupes rases, plantations, cloisonnements, abatteuses, dessouchages, enrésinements, etc.) savent très bien pourquoi ils le font ! A quand des ZAD en forêt…

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1 ONF. 2010. La gestion durable des forêts publiques en forêt domaniale. Rapport. 26 p.

2 Henneron L. 2014. Impact de la densité des peuplements forestiers sur la biodiversité et le fonctionnement biologique de l’interface sol-végétation. Rev. For. Fr. LXVI : 605- 610.

3 Wohlleben P. 2017. La vie secrète des arbres. Les Arènes.

4 Conseil général de l’environnement et du développement durable. 2016. Avis délibéré de l’Autorité environnementale sur le programme national de la forêt et du bois 2016-2026. Rapport. 31 p.

5 Programmes Régionaux de la Forêt et du Bois (déclinaisons régionales du PNFB)

6 Le Hir P. 2017. Faut-il exploiter davantage la forêt pour lutter contre le réchauffement climatique ? Le Monde 28 juin 2017

7 Sainteny G. 2015. Le climat qui cache la forêt. Comment la question climatique occulte les problèmes d’environnement. Editions rue de l’échiquier. 267 p.

8 Vidalou J-B. 2017. Etre forêts. Habiter des territoires en lutte. Zones. 197 p.

9 Bardon E et Deraix C. 2017. Plan de communication pour le secteur de la forêt et du bois. Ministère de l’agriculture et de l’alimentation. CGAAER. Rapport n°17050. 27 p.

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Anti-loups : la France, refuge de hors-la-loi

Les associations de CAP Loup se sont récemment déclarées choquées par une publication d’éleveurs, qui conseillait ouvertement de tricher pour obtenir plus sûrement des indemnisations. Les mêmes associations gagnent régulièrement des procès contre des préfets, car ces derniers autorisent des tirs de loups totalement illégaux alors qu’ils sont censés représenter la loi. Ceci explique peut-être cela…

par Marc Giraud

Louveteaux morts – photo D.R.

La corporation des éleveurs est-elle au-dessus des lois ? Rappelez-vous cet épisode de kidnapping du président et du directeur du Parc de la Vanoise en 2015. La raison de cette violence ? Les 50 éleveurs responsables de la séquestration exigeaient l’abattage de 5 loups (espèce protégée par la loi, il est peut-être bon de le rappeler) dans le cœur du Parc (espace protégé). Eux et leur syndicat – la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) de Savoie – ont-ils été rappelés à l’ordre, comme les syndicalistes d’Air France en d’autres lieux ? Non. Non, et non seulement ils n’ont pas été inquiétés, mais ils ont été récompensés au-delà de leurs espérances, avec une autorisation de flinguer… 6 loups !

Un climat malsain d’impunité

De tels signaux d’impunité ne sont sains ni pour la démocratie et le respect des lois communes, ni évidemment pour la préservation de notre patrimoine naturel. Sur le terrain, les protecteurs des loups entendent régulièrement parler de tricheries de la part de certains éleveurs, mais ce ne sont que des paroles difficiles à vérifier. Cependant, en mai dernier, un document destiné aux éleveurs a commis la bêtise de confirmer ces soupçons noir sur blanc…

Dans une brochure officielle du syndicat Coordination Rurale (retirée de son site internet, mais dont vous trouverez une copie ci-dessus), les auteurs invitent les éleveurs à enfoncer un stylo bille dans les plaies avant l’arrivée des agents chargés du constat de terrain pour « fermer la porte à l’habituelle réponse « Ce n’est pas un loup » ». Les conseils bricolage : « À l’aide d’un scalpel ou d’une lame de rasoir, au niveau du cou, coupez soigneusement la peau sur 15-20 cm pour faire apparaître clairement la morsure en veillant à ne pas compromettre la constatation officielle ; Présentez un stylo à bille dans un des trous laissés par les crocs, puis l’enfoncer jusqu’au fond (environ 2 phalanges) ». Suivre cette procédure, susceptible d’élargir et d’approfondir les lésions, peut permettre de transformer une morsure quelconque sur un cadavre de brebis en morsure de loup, et d’ainsi duper les agents et garantir une indemnisation.

Rappelons qu’en cas de prédation imputée au loup, les éleveurs sont indemnisés même s’ils ne protègent pas leurs troupeaux et même s’ils reçoivent déjà beaucoup d’argent public pour le faire (subvention des clôtures, des chiens de protection et leur nourriture, du salaire des bergers, des cabanes pastorales, etc.).

Les associations de CAP Loup, représentant 200 000 adhérents, ont écrit au ministre pour lui demander :

1/ d’appeler les agents de l’État au refus d’établir un constat si une telle manigance est observée,

2/ de retirer toute indemnisation et toute subvention aux auteurs de ces triches,

3/ de ne pas mettre en œuvre l’Action 3.2 du « Plan loup » visant à laisser aux éleveurs la possibilité de réaliser… eux-mêmes les constats de prédation. Sans tomber dans les généralités, nous n’avons aucune raison objective de faire globalement confiance à une corporation qui recèle un bon nombre d’anti-loups revendiqués.

Les victoires difficiles des associatifs

La vie quotidienne des associatifs est une lutte incessante et pénible pour simplement faire respecter les lois, car l’État fait le contraire. Le 9 mai par exemple, le Tribunal administratif de Nancy a, comme bien des fois auparavant, donné raison à l’ASPAS, ASPA Vosges, Ferus, Flore 54, Oiseaux nature et One Voice, en déclarant illégaux les arrêtés des Préfets de Meurthe-et-Moselle et des Vosges du 1er décembre 2016. Ces arrêtés avaient autorisé l’abattage du seul loup de la plaine des Vosges par « tir de prélèvement » et « tirs de défense renforcée ». Une fois de plus, l’État français se considérait au-dessus des lois en autorisant illégalement le tir d’une espèce strictement protégée au niveau européen. En effet, la législation impose la mise en œuvre de mesures de protection avant d’autoriser les tirs : le juge a constaté l’insuffisance des moyens de protection mis en place sur cette zone.

Autre victoire des associatifs parmi d’autres : le 24 mai dernier, le Tribunal administratif de Grenoble a annulé l’arrêté du 19 août 2016 du préfet de l’Isère, déclarant ainsi illégal l’abattage des trois loups qui en avait suivi. Après l’affaire de cette louve abattue illégalement dans la Drôme, puis celle des trois loups tirés illégalement en Savoie, une fois encore, le tribunal a donné raison aux associatifs, ici l’ASPAS, Ferus et One Voice.

Hélas, ces victoires arrivent généralement trop tard, c’est-à-dire après l’abattage des animaux. Les trois loups « tuables » avaient ainsi rapidement été flingués par des chasseurs. Sur les 3 animaux tués, 2 louveteaux avaient été la cible des tirs, à un âge où ces animaux sont incapables de commettre des dégâts aux troupeaux.

D’autre part, les arrêtés officiels de tirs de loups sont si nombreux que sur le terrain, les abattages atteignent vite les plafonds préconisés… ce qui entraîne de nouvelles mesures dérogatoires de tirs, montrant en fait qu’il n’existe pas réellement de limite au massacre. Les associations citoyennes ne peuvent pas arrêter une telle volonté de destruction.

Les tirs ne protègent en rien les troupeaux

On ne le répètera jamais assez : tuer des loups ne permet pas de faire baisser les dégâts. Ce constat est confirmé par l’expertise commandée au Muséum National d’Histoire Naturelle et à l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage. La solution n’est donc pas l’abattage : si tel était le cas, la politique française de tirs aux loups en aurait apporté la preuve ! Or, les dégâts ne baissent pas : pour protéger efficacement les troupeaux, il faudrait… protéger les troupeaux.

En toute logique, les associations de CAP Loup demandent de mettre fin aux tirs de loups et de supprimer les indemnisations versées aux éleveurs qui ne protègent pas leurs bêtes.

Afin de permettre une cohabitation entre la vie sauvage et le pastoralisme, un changement profond des pratiques d’élevage et du système de subventionnement français – qui n’incite actuellement pas suffisamment aux bonnes pratiques de certains éleveurs – est nécessaire. Rappelons encore que les bergers prêts à jouer le jeu et à cohabiter avec les prédateurs existent bel et bien. Ceux-là sont souvent mal vus par leurs collègues, ils sont courageux mais ils ont rarement la faveur des médias. Terminons donc par cette heureuse exception, révélée par le quotidien la Montagne, qui montre la voie de l’avenir.

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« Secret des affaires, fake news, renseignement : vers la fin du journalisme d’investigation ? » Une table ronde organisée par les JNE

Les JNE organisent une table ronde sur le thème Secret des affaires, fake news, renseignement : vers la fin du journalisme d’investigation ? Ouverte à toutes et à tous (inscription gratuite et obligatoire), cette table ronde aura lieu le jeudi 14 juin, de 17 h à 19 h, à la Mairie du 2e arrondissement de Paris (8 rue de la Banque), en prélude à l’assemblée générale de notre association.

Alors que la commission paritaire mixte du 24 mai a entériné le texte de loi sur le Secret des affaires et que la loi est en passe d’être promulguée,

alors que la loi sur les Fake news devrait être votée fin juin,

alors que la loi relative au renseignement a trois ans d’existence,

les JNE vous invitent à une table ronde pour faire le point sur les craintes, exprimées par les journalistes mais aussi de nombreux syndicats et organisations non gouvernementales, bien au-delà du seul milieu journalistique, de voir la liberté d’expression de plus en plus menacée au travers de textes de loi mettant une pression croissante sur les rédactions.

Seront présents autour de la table, animée par Christel Leca, JNE :

– Vincent Fillola, avocat, vice-président d’Avocats sans frontières,

– Pierre Ganz, vice-président de l’Observatoire de la déontologie de l’information,

– Anne de Haro, membre de la direction de l’UGICT, membre du collectif Informer n’est pas un délit, porteur de la pétition Stop secret des affaires,

– Hervé Kempf, rédacteur en chef de Reporterre, membre des JNE

– Olivier Petitjean, responsable de l’Observatoire des multinationales, journaliste à Basta !

 

Inscription gratuite et obligatoire (pour des raisons de sécurité) : contact@jne-asso.net

JNE (Association des Journalistes-Ecrivains pour la Nature et l’Écologie)
23 rue Henri Barbusse 94 110 Arcueil
Tél.: 07 83 19 08 35
www.JNE-asso.org

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Vautours en Baronnies : trois nouveaux gypaètes

Sous un splendide soleil, Villeperdrix et Léoux (Drôme) ont fêté l’arrivée de trois nouveaux gypaètes barbus.

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par M-H.L.

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Marie-Pierre Mouton, présidente du Département de la Drôme, présente Dromana dont elle est la marraine – photo Marie-Hélène Léon

Ces poussins vautours ont été présentés au public venu nombreux les admirer, puis ont été accompagnés jusqu’à leur nouveau nid, en bord de falaise. Dès la fin de leur croissance, ils seront équipés d’une balise GPS afin de suivre leur évolution.

Alain Boutonnet, fondateur de l’association Vautours en Baronnies, Michel Terrasse, naturaliste spécialiste des rapaces, et Marie-Pierre Mouton, présidente du Département de la Drôme, ont parrainé et marrainé les trois gypaètes barbus baptisés respectivement Sixmai, Clapasse, et Dromana – photo Marie-Hélène Léon

Plus grands oiseaux d’Europe (près de 3 mètres d’envergure), ils avaient presque disparus. Grâce à un programme européen, leur réintroduction se développe. Comme tous les oiseaux planants, avec les courants thermiques, ils peuvent parcourir 400 km par jour, jusqu’à plus de 1000 km en trois jours. Victimes des hommes (chasse, lignes électriques…), pourtant totalement inoffensifs, ils occupent une place importante dans la biodiversité. Eboueurs de la nature, se nourrissant d’os d’animaux morts, ils sont très utiles dans l’écosystème.

Plus de 200 personnes ont assisté à la présentation des trois gypaètes barbus sur les hauteurs de Léoux (Drôme) – photo Marie-Hélène Léon

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De merveilleuses recycleuses en tournée d’été

Les Recycleuses de la Compagnie Nomadenko sont « quatre vraies divas de la haute couture en plastique ».

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par Jane Hervé
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Leur atelier regorge de trésors sauvés de justesse des poubelles qu’elles assemblent, puis cousent, portées par la poésie et le rêve, en compagnie des enfants ou des adultes rencontrées au fil des villages. Dans leurs mains expertes et vivantes, les vieux sacs de patates ou d’oignons, les flacons d’eau de javel, les bouteilles d’eau ou de lait – tous obsolètes – reprennent vie. Elles offrent joyeusement une seconde vie diaprée (de couleurs variées) à ces emballages dédaignés et autres matières sauvées parmi les détritus. Un défi et une renaissance ! Elles se parent ensuite de ces robes de toutes couleurs de Créatrice Nomade en 100 % matières recyclées (étoffe, plastiques, papiers, objets). Pour élaborer ces  créations uniques de vêtement et de joaillerie, ces recycleuses travaillent intuitivement comme de véritables peintres. Leurs robes merveilleusement animées sont dessinées avec grâce et ingéniosité. Ces princesses écologiques déambulent ensuite de ci de là, proposent leurs performances artistiques de bijoux et accessoires au public rencontré au hasard des rues en France, en Suisse, en bord de mer ou à la campagne.  Ouvrons les yeux : Margot, Marie, Laurine, Julie, Estelle glissent un certain bonheur dans leur sourire. Et ça, on n’a surtout pas envie de le recycler !

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Programme estival de la Compagnie Nomadenko

1 et 2 juin 2018 – Fête de la Morue  – Bègles (33)
2 et 3 juin 2018 – Les Guinguettes de l’Yvette – Villebon sur Yvette (91)
2 juin 2018 – Médiathèque de Mérignac (33)
2  juin 2018 – Festival Les Pestaculaires – Montaigu (85)
9 et 10 juin 2018 – Festival Orly en Fête  (94)
16 et 17 juin 2018 – Festival Hérisson sous le gazon – Charrat (Suisse)
23 et 24 juin 2018 – Festival Môm’en Théâtre – Les Aix d’Angillon (18)
30 juin et 1er juillet 2018 – Festival Les Esclaffades – Saint-Helen (22)
1 juillet 2018 – Festival AgitaTerre – Poucharramet (31)
18 au 22 juillet 2018 – Chalon dans la rue  (71)
10 août 2018 – Festival Eclats de Rue – Caen  (14)
11 août 2018 – Les Sables Animés – Ouistreham (14)
22 au 25 août 2018 – Festival d’Aurillac –  La Toulousaine de Cirque (15)
23 au 24 août – Festival Potes de Marmot’s – Guillestre  (05)

www.nomadenko.com
10 Boulevard Jean Jaurès, 31250 REVEL
DIFFUSION /PRODUCTION : Martine Treuil, Tel : 06 04 05 58 95, nomadenko@gmail.com
TECHNIQUE : Estelle  Videau, Tel : 06 78 05 05 62
ADMINISTRATION : Jocelyne Nicolas, Tel : 06 63 90 77 63, regart.asso@free.fr

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La renaissance des stages d’abandon nocturne de François Terrasson

S’il faut retenir de François Terrasson (FT) une idée centrale dans le foisonnement de sa pensée, c’est bien le fait que l’homme détruit la nature parce qu’il en a peur.

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par Jean-Claude Génot*

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Un réveil parfois difficile pour ceux qui s’endorment tard – photo Jean-Claude Génot

Notre penseur radical de la nature (NDLR : membre éminent des JNE) avait mis au point une expérience qui permettait à ceux qui s’y soumettaient de tester leur peur éventuelle de la nature, à savoir dormir seul la nuit en forêt. Ce que FT nommait non sans humour l’abandon nocturne. Après avoir écrit mon essai biographique (1) sur lui, j’ai eu comme projet de faire revivre les stages d’abandon nocturne, ce d’autant que FT m’avait demandé d’organiser de tels stages dans ma région des Vosges du Nord dans les années quatre-vingt-dix. Mais le problème s’est tout de suite posé de savoir comment remplacer FT pour faire un travail à partir des expériences vécues par les stagiaires et permettre aux participants de se questionner sur leur rapport à la nature et au sauvage.

C’est la rencontre avec un personnage peu commun qui va tout déclencher. Ce personnage, Stefan Alzaris, est docteur en philosophie, spécialiste en psychologie cognitive et en phénoménologie. Il est enseignant-chercheur en philosophie existentielle et en éthique du soin à l’université Paris-Sud 11. Il est philo-thérapeute et forme des médecins, des soignants et des thérapeutes. Il est guide nature, crée des promenades philosophiques et naturalistes et dispense des formations sur la philosophie de la nature (2). Il anime l’association CESAME (3) qui allie la philosophie existentielle, la danse et la nature. Il est également artiste magicien.
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Le groupe des « abandonnés » de 2018 – photo Jean-Claude Génot

Après avoir consulté Marie-Claude Terrasson, très favorable à la reprise de ces stages, nous avons fait un premier test en 2015 dans les Vosges du Nord en cercle restreint afin de voir comment recueillir la parole des « abandonnés » après la nuit en forêt et surtout comment faire de cette expérience et du vécu de chacun un atelier d’écopsychologie (4) et de philosophie existentielle. L’intitulé du stage est le suivant : « Nuit en forêt : une expérience du sauvage. Ecopsychologie : renouer avec la/sa nature. Stage d’abandon nocturne sur les traces de François Terrasson ». Le stage a lieu à la Maison de l’eau et de la rivière, un centre d’initiation à la nature et à l’environnement géré par le Parc naturel régional des Vosges du Nord. Cet équipement est situé dans une vallée assez sauvage, près d’un étang, en plein massif forestier. Les gens sont déposés de nuit suffisamment loin les uns des autres dans des vallées adjacentes. Les consignes sont de ne pas prendre de lampe, de tente ou de portable. Pour le reste, les participants peuvent s’équiper chaudement (duvet, tapis de sol, couverture de survie, vêtements chauds et imperméables), le but n’étant pas de faire un stage de survie. Le premier stage a eu lieu en mai 2016 avec 9 personnes, membres de CESAME. Le second stage a eu lieu en mai 2017, toujours avec des membres de CESAME (7 personnes), et enfin le troisième stage s’est déroulé en mai 2018 avec 7 personnes de l’ARIENA (Association Régionale d’Initiation à l’Environnement et à la Nature en Alsace).

Mais en quoi une nuit en forêt est-elle une expérience du sauvage ? Notre nature maîtrisée et soumise aux caprices des hommes paraît de plus en plus domestiquée, sans surprise. Mais ce qui fait son caractère sauvage c’est la forêt, la nuit, la solitude et la désorientation. Comme le soulignait FT : « le mouvement naturel d’un être humain isolé dans la nature, sans aucun repère de civilisation – et d’autant plus la nuit – est de fantasmer à mort, dans un délire né de rien, sinon de rêves vagues, de chimères et de ces mythes, ces légendes multiples qui sous-tendent notre culture ». Bref notre cerveau travaille et déverse à notre insu des informations continues que l’on ne soupçonnait peut-être pas. Cette nuit nous révèle à nous-même, elle sert incontestablement à mieux se connaître et à s’interroger sur notre rapport à la nature. Le travail à partir des expériences vécues permet à chaque participant de raconter en détail la période qui a précédé la nuit et le déroulement de la nuit et de mettre des mots sur ses impressions, ses sensations et ses pensées.

Mais quelles peurs s’expriment au cours de cette nuit ? Il y a la peur des bruits amplifiés ou au contraire du silence, la peur du noir, la peur d’être seul, la peur de ne pas être retrouvé(e) le matin par les organisateurs, la peur du froid, la peur de l’inconfort, la peur des serpents, des petites bestioles comme les tiques ou des sangliers, la peur d’un psychopathe. Certains ont plus peur avant la nuit que pendant. Dès lors toute une gamme de comportement sert à éviter ces peurs : respirer profondément pour ne pas paniquer, ne pas enlever ses chaussures « au cas où », mettre une capuche pour ne pas être en contact avec le sol, prendre un couteau ou un bâton avec soi, rester dans son sac de couchage en position fœtale, se positionner près d’un arbre ou au contraire loin, toucher les arbres pour se rassurer, chanter des comptines ou réciter de la poésie, écrire même dans le noir. FT considérait que l’évitement ou la fuite ne sont pas des solutions et qu’il faut absolument affronter ses peurs, le pire étant d’avoir peur de la peur et de ressentir une angoisse, c’est-à-dire une peur indéfinissable. L’abandon nocturne fait ressentir des émotions incontrôlables, qui sont le miroir du sauvage en nous. Il peut faire resurgir des souvenirs d’enfance enfouis dans l’étang insondable de l’esprit.

L’abandon nocturne révèle notre peur de la nature. Selon FT, la destruction de la nature est liée à notre fonctionnement mental et à la perte de notre dimension sensible. C’est la thèse majeure de l’écopsychologie. Cette expérience de contact avec le sauvage permet d’être dans le lâcher prise par rapport au contrôle de ses émotions et de ne pas se couper du réel. Le stage permet aussi, grâce à la philosophie antique et moderne, de parler de façon très précise de nombreuses notions évoqués lors des témoignages, comme l’altérité, le risque, la présence, la spontanéité et la liberté, la réalité et le réel, le moi et le soi, le contrôle et la maîtrise, ressentir et sentir. Les concepts de naturalité, de sauvage, de biodiversité, de nature naturante et nature naturée sont également explicités.

Assurément, le stage d’abandon nocturne est un stage de connaissance de soi qui se situe clairement dans le champ de l’écopsychologie. La crise écologique est en fait une crise civilisationnelle en même temps qu’une crise intérieure.

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* Ecologue

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1 Génot J-C. 2013. François Terrasson, penseur radical de la nature. Editions Hesse. 237 p.

2 Stefan Alzaris est l’auteur notamment de ces deux articles que l’on peut consulter avec profit : « Renouer avec le sauvage : une exigence éthique », Lettre Naturalité, n°15, avril 2015 ; « La pensée sauvage : une sagesse écologique », Lettre Naturalité, n°16, mars 2016.

stefan.alzaris@cesame.asso.fr www.cesame.asso.fr

4 Egger M.M. 2017. Ecopsychologie. Jouvence éditions. 143 p.

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Le 26 mai, une journée très spéciale pour la défense des animaux

Ce 26 mai est une journée « spéciale » : non seulement c’est la 1ère journée mondiale de l’intelligence animale, mais aussi la tenue du colloque universitaire sur « l’animal comme être vivant et non-violence : vers une moralisation de la vie animale » organisé par l’IUT St Denis, l’UFR DSPS (droit, sciences politiques et sociétés),  l’UFR LLSHS  (lettres, langues, sciences humaines et sociétés) et l’université Paris 13.

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par Michel Cros

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Des associations, des juristes, des philosophes, des médecins, des chercheurs, des vétérinaires, se mobilisent depuis des années pour faire évoluer les mentalités et faire considérer l’animal comme un être vivant doué de sensibilité qui est capable de ressentir la joie comme la peine. Ce colloque vise à rassembler divers spécialistes afin de réfléchir à la place des animaux dans notre société, à notre relation avec eux, au statut juridique qu’on peut et doit leur accorder.

Ci-dessous, le communiqué de présentation de ce colloque.

L’IUT de Saint-Denis organise un colloque sur la non-violence animale qui se tiendra le samedi 26 mai 2018 à la Maison des Sciences de l’Homme et qui aura pour thème : « L’animal comme être vivant et non-violence : vers une moralisation de la vie animale ».

Ce colloque réunira de nombreux spécialistes de la question, comme des vétérinaires, des juristes, des associations de défense des animaux mais aussi des enseignants-chercheurs de la Sorbonne et de l’université de Limoges, seule université en France à dspenser un diplôme universitaire en Droit Animalier en partenariat avec 30 Millions d’amis.

L’IUT de Saint-Denis organise déjà depuis 2 ans une formation à la non-violence en direction de ses étudiants avec des partenaires, notamment l’AFC Umani qui est aussi notre partenaire dans ce colloque de non-violence animale. C’est dans ce cadre que nous élargissons notre réflexion à la non- violence animale.

Ce colloque est ouvert sur simple inscription par mail à : melanie.david@univ-paris13.fr. L’entrée est gratuite.

10h00 : Table ronde 1
Repenser la relation Homme-animal : Comment intégrer la non-violence dans notre relation aux animaux

Avec : Astrid Guillaume, Sémioticienne, MCF (HDR) – SORBONNE Université, Comité scientifique de La Fondation Droit animal, Ethique et Sciences, Co-présidente de la Société française de Zoosémiotique (SfZ).
Dominic Hofbauer, Responsable du pôle Education de L214

Lamya Essemlali, Présidente de Sea Shepherd France
Jacqueline Peker, Vétérinaire homéopathe, Présidente de la Societé Française d’Homéopathie

14h00 : Table ronde 2
Soigner un animal, soigner l’humanité : être vétérinaire aujourd’hui
Avec :
Vincent Milcent, vétérinaire spécialisé en médecine interne et imagerie
Anne-Claire Gagnon, Docteur vétérinaire, association contre la maltraitance animale et humaine (AMAH).

15h15 : Table ronde 3
Vers un statut juridique de l’animal. Des lois sont censées protéger les animaux en France et en Europe. Qu’en est-il vraiment ?

Avec :
Hélène Thouy, Avocat au barreau de Bordeaux, co-fondatrice du Parti Animaliste
Arielle Moreau, Avocat et consultante pour One Voice
Catherine Helayel, Avocate et co-fondatrice et Présidente de l’association Animal Justice et Droit

Lucille Boisseau-Sowinski, Enseignante-chercheuse et responsable du D.U Droit animalier de l’université de Limoges

17h30 : Fin des travaux

Pour toute information sur l’organisation

Contact : Mélanie DAVID Responsable du service communication melanie.david@univ-paris13.fr + 33 6 66 99 62 05

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La violence symbolique de l’écologie politique

L’écologie politique condamne fermement les jets de pierre et de cocktails Molotov contre les gendarmes stationnant à Notre-Dame-Des-Landes. L’écologie politique veut agir autrement pour faire avancer la conscience collective de l’urgence écologique sans agresser physiquement les personnes.

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par Michel Sourrouille

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La réalité de la dévastation de la planète par les agissements humains est suffisamment établie pour que l’écologiste puisse expliquer à n’importe quelle personne la gravité de la situation ; tous les habitants sur terre ont vocation à devenir écologistes, notre avenir est commun. Il faut surtout essayer de convaincre. Même si certains de nos propositions font partie de l’écologie « punitive », la violence des idées n’est pas une véritable violence. Mais l’imaginaire croissanciste de la société actuelle rend nécessaire l’usage de moyens plus frappants que la simple discussion, l’élaboration de manifestes ou la mise en pratique d’une sobriété personnelle qui servirait d’exemple à suivre. C’est pourquoi la guérilla juridique menée à NDDL depuis des années était indispensable. Les associations de défense de environnement reconnues peuvent ester en justice contre les atteintes à la nature. Il faut mettre en œuvre l’article 2 de la Charte (constitutionnalisée) de l’environnement : « Toute personne a le devoir de prendre part à la préservation et à l’amélioration de l’environnement. » L’autre leçon de NDDL, c’est l’invention de la ZAD (Zone à défendre), l’occupation d’un site pendant des années pour empêcher la réalisation d’un grand projet inutile. S’interposer physiquement contre des « mal-faisants » est une autre caractéristique de l’action non-violente. Entrer dans une certaine illégalité à un moment donné peut être justifié par la légitimité des buts, Gandhi et Martin Luther King ont montré la voie.

Les militants écolos peuvent aller plus loin, porter atteinte aux biens du moment que cela présente une valeur symbolique compréhensible par tous ceux qui veulent réfléchir plus profondément. Les actions de Greenpeace d’intrusion dans une centrale nucléaire, les interpositions musclées de Sea Shepherd pour lutter contre les chasseurs de baleine, les détériorations des « casseurs de pub », les actions de sabotage contre la construction d’une ligne à grande vitesse… relèvent de cette modalité. Certains militants pourraient aller encore plus loin et se situer dans le cas limite de l’écoterrorisme. Au nom de la « contre-violence », Françoise d’Eaubonne (NDLR : écrivaine précurseure de l’éco-féminisme) avait participé à la lutte contre l’énergie nucléaire en commettant avec d’autres un attentat à l’explosif le 3 mai 1975 contre la centrale de Fessenheim, retardant de quelques mois son lancement.

La violence se compose de multiples facettes, comme la non-violence. L’écologie politique se refuse à toute violence contre les personnes car cela ne peut être accepté par une large partie des membres d’une société démocratique. Il a fallu plus de quarante années de terrorisme armé pour que le groupe séparatiste basque ETA se rende compte qu’une volonté d’autonomie territoriale ne vaut pas les 800 morts que cela a provoqués. N’oublions jamais que toute agression physique à court terme contribue à empêcher la réduction de la violence à long terme. Alors, quelle part de violence réside dans la non-violence ? Un discours non conventionnel peut déjà heurter profondément des personnes et être pensé comme une forme de violence. Pas grave, l’esprit humain est normalement ouvert à la reconsidération de ses préjugés. Par contre, la non-violence active pourrait aller jusqu’à détruire des choses matérielles qui portent réellement atteinte au bien commun, à la biodiversité et/ou aux générations futures. Si les dirigeants de notre société n’étaient pas si inertes face aux ravages de la société thermo-industrielle, il serait agréable de s’en tenir à l’action de base, la libre discussion pour faire avancer l’intelligence collective face à l’urgence écologique. Mais ce n’est pas la montée rapide des périls qui doit nous inciter à vouloir mort d’humains car la fin est dans les moyens comme l’arbre dans la semence.

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