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Changement climatique : en Algérie, les hirondelles modifient leurs habitudes

Où sont passées les hirondelles ? L’alerte lancée par le président de l’Association des chasseurs d’Alger a trouvé écho chez des confrères qui ont rapporté les informations à propos d’une diminution du nombre d’hirondelles de passage au centre du pays.

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par M’hamed Rebah

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Arrivées en mars, comme à leur habitude, elles sont reparties sans même construire leurs nids, selon le constat établi par cette Association. Sans doute, à cause de la pluie et des pointes de froid. La dernière semaine de mai a eu de beaux jours, de quoi les faire revenir. Il suffisait de lever les yeux pour les voir tournoyer dans le ciel algérois. Les hirondelles n’évitent pas la capitale, comme on pourrait le croire à la lecture des médias, mais elles sont moins nombreuses et ne restent pas aussi longtemps qu’avant.

Cette année, elles sont venues en plein ramadhan pour annoncer un printemps qui a du retard. Le changement climatique décale les saisons, d’une façon nette, perceptible par tous. Ce phénomène déboussole les hirondelles. C’est l’avis du président de l’Association des chasseurs d’Alger, qui estime que la cause du recul notable de leur population, cette année, dans les wilayas du centre du pays, est due au changement climatique. L’hiver s’est prolongé au delà de sa saison. En réalité, il y a de moins en moins d’hirondelles depuis les années 1990 et la tendance s’est aggravée, selon les rapports établis par les ornithologues algériens qui ont observé ce déclin dans plusieurs régions du pays. Elles réagiraient ainsi au changement climatique mais aussi, selon d’autres spécialistes, aux aménagements apportés dans les constructions. Les nuisances urbaines diverses (pollution et bruit) auraient fini par décourager les hirondelles d’aller dans les villes algériennes. En plus, elles ne trouvent plus où mettre leurs nids, les nouvelles constructions leur ont fait perdre leurs repères.

Il y a quelques années, le ministre de l’Agriculture, lui-même, avait dénoncé l’usage excessif des pesticides et des insecticides qui contaminent la nourriture des hirondelles et provoquent leur empoisonnement. Par contre, il y a des espèces qui se sentent plutôt bien, notamment à Alger, malgré les mauvaises conditions écologiques. En toutes saisons, les goélands se posent sur les terrasses des immeubles et même sur les balcons des étages inférieurs des habitations tout en se gardant d’aller, comme les pigeons, jusque sur la chaussée ou sur les trottoirs. Les corbeaux, peu communs dans le paysage urbain de la capitale, font des incursions là où l’insalubrité domine. On peut en croiser à la Casbah dont certaines ruelles sont très souvent jonchées de déchets alimentaires.

Le bouleversement dans les mouvements des oiseaux migrateurs est observé dans les zones humides, classées ou pas, mais d’une manière plus contrastée. Il y a des zones humides qui reçoivent plus d’oiseaux migrateurs, d’autres en accueillent moins, selon les décomptes faits par les ornithologues. En 2016, la conservation des forêts d’Oran a enregistré, dans le cadre du décompte hivernal international des oiseaux d’eau, une baisse du nombre d’oiseaux d’eau migrateurs dans les zones humides de la wilaya, qui fut expliquée par les conditions climatiques défavorables lors de la saison de migration qui se sont répercutées sur le niveau des plans d’eau, presque secs du fait de l’absence de pluviométrie durant les mois de septembre et octobre de l’année précédente. Il y a aussi de belles surprises. La même année, 2016, un oiseau d’une espèce très rare a été pris en photo dans une zone humide à Ain Témouchent (ouest du pays), par des membres d’une association écologique locale qui fait partie réseau national de l’ornithologie de la Direction générale des forêts. Il s’agit d’un courlis à bec grêle, qui vit l’été en Sibérie et passe l’hiver en Méditerranée. En Algérie, les oiseaux migrateurs semblent moins sensibles à l’impact du changement climatique sur les zones humides qu’à la dégradation de l’environnement due à la pollution (eaux usées et déchets) qui agresse ces écosystèmes fragiles.

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Cet article est paru dans La Nouvelle République (Alger) du jeudi 31 mai 2018.

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Energies renouvelables, renouveler les emplois ou les employeurs ? Faut-il verdir les esprits ?

La tendance est d’évoquer le renouvelable surtout en termes d’énergie (solaire, géothermie, éolien…). Est-ce pertinent ? Il faudrait rénover nos esprits en renouvelant aussi les secteurs d’emplois et les mentalités des employeurs !

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par Jane Hervé, avec Carine Mayo et Richard Varrault

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De fait, cela demanderait une révolution de nos pensées, lesquelles ne sont actuellement qu’au stade de la prise de conscience de la gravité de la situation écologique. Nous mettrons encore des années à trouver des solutions, à renouveler les pratiques énergétiques et agricoles tant sur le plan individuel que local et – un jour ou l’autre – à l’échelon planétaire. Alors qu’en est-il de l’emploi ?

L’Irena (Agence internationale des énergies renouvelables) a fait le bilan annuel de l’emploi dans le secteur des énergies renouvelables le 8 mai 2018. Ca donne quoi ? En France, on trouve 107 000 emplois dans les filières dites renouvelables*. Quels sont les secteurs du renouvelable les mieux représentés ? Il s’agit de ceux de la biomasse et des agrocarburants (bioéthanol, biogazole, etc.), lesquels emploient chacun 30.000 travailleurs. En conséquence, la transformation des végétaux, déchets verts, déchets agricoles, ordures ménagères, bois reste lnotre meilleur employeur dans le renouvelable. Or cela conduit pourtant au saccage de nos forêts, dénoncé par les syndicalistes de l’ONF qui déplorent un surcroît de responsabilités pour les forestiers. Cela soutient aussi une agriculture intensive destinée à produire des biocarburants et non à nourrir les habitants de la planète. De tels emplois révèlent l’une des aberrations de l’exploitation des sols et forêts à la française. Participent-ils vraiment à un développement soutenable ?

Ne faudrait-il pas orienter ces emplois – outre la biomasse – vers l’installation du photovoltaïque, de l’éolien, de la géothermie afin d’acquérir les compétences nécessaires à notre avenir énergétique ? En effet, la France n’est pas au top de ses capacités, eu égard à toutes les zones ventées dont elle dispose et à sa façade maritime qui permet de produire de l’énergie issue de la houle ou d’installer des turbines animées par les courants marins.

Au niveau européen

Que se passe-t-il à l’échelon européen ? L’employeur France** arrive en troisième position des pays européens derrière l’Allemagne (325 000 emplois) et le Royaume-Uni (118 200 emplois). Une domination qui se retrouve également dans le secteur de la biomasse : celui-ci totalise déjà 389.000 emplois européens, en tête des secteurs devant l’éolien (344 000 emplois). « L’utilisation de la biomasse bénéficie d’un soutien politique croissant », souligne d’ailleurs l’Irena. L’agence précise cependant que « la moitié des emplois européens dans ce secteur se trouvent dans six pays seulement : l’Allemagne, la France, l’Espagne, l’Italie, la Pologne et la Finlande ». De même, l’éolien français est loin de faire jeu égal avec le niveau européen. Il ne totalise que 18 800 emplois. A l’échelle du continent, l’Irena précise que l’éolien allemand (160 000 emplois) domine très largement ce secteur, devant le Royaume-Uni (41 800), le Danemark (26 600), les Pays-Bas (21 500), avant la France. A noter que l’Allemagne, avec 47 % des emplois européens du secteur, crée autant d’emplois que les dix autres premiers pays européens. A réfléchir sans doute pour miser à l’avenir sur de meilleurs chevaux énergétiques!

Responsabilité écologique dans l’emploi ?

Peut-on créer des emplois moralement écologiques? Est-ce un concept à développer ? Rien n’est moins évident en France où tout est règlementé partout ! Et pourtant il faudra y parvenir. Ainsi que cela a été souligné lors des rencontres Eau et agriculture, des enjeux partagés, la quantité d’aides aux agriculteurs reste importante à l’échelle locale – du bassin versant (eau drainée sur les pentes pour créer les cours d’eau), de la présence des agences de bassin – en vue de soutenir un développement durable (six agences de l’eau gèrent les ressources en eau et la production d’eau potable). L’orientation modulée de ces attributions devrait faciliter un développement plus respectueux de la nature.

Au terme de notre incompétence en matière de gestion du développement, ironisons encore sur le fait que ces emplois participent prétendument à la croissance « verte ». Ils semblent n’être là que pour la croissance (économique) et non pas pour le vert (écologique) ! Il nous faut donc verdir nos esprits (et nos emplois en conséquence) pour défier un avenir où les ressources (alimentaires et énergétiques) seront de plus en plus limitées.

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* Rappelons qu’il y a au total 29,2 millions d’actifs en 2016 (dont 25,8 millions ayant un emploi).

** France : 107 000 emplois énergie renouvelable, dont 30 000 biomasse, 30 000 agrocarburants, 18 800 éolien.

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Algérie: création d’un Prix de la ville verte

Bonne nouvelle : un prix de la ville verte vient d’être lancé en Algérie. Le classement se fera à partir de critères directement en rapport avec les caractéristiques des espaces verts.
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par M’hamed Rebah

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Ce sera sans doute l’occasion de découvrir dans quel environnement se trouvent ces espaces et s’ils sont en mesure de compenser les nuisances multiples qui aggravent le malaise urbain largement ressenti. Le cadre de vie dans les agglomérations, grandes ou petites, est incontestablement dégradé, malgré les efforts et les budgets qui lui sont consacrés. Saleté répugnante, pollution de l’air insoupçonnée et bruit assourdissant, c’est cela le milieu ambiant dans les villes algériennes et plus particulièrement dans la capitale.

Le bruit, interdit par la loi, ne fait l’objet d’aucune limitation, à croire qu’il est toléré, avec même l’impression qu’il est parfois encouragé. Beaucoup de gens restent effarés devant le spectacle de ces motos qui pétaradent et des voitures qui les imitent, circulant en ville sans que leurs conducteurs soient inquiétés comme s’ils étaient au-dessus de la loi alors que ce comportement peut être assimilé à un trouble de l’ordre public; idem pour les klaxons abusifs, les sirènes, les coups de sifflet, les postes-radio des véhicules mis à plein volume, les cortèges de mariage avec orchestres ambulants, et (cerise sur le gâteau) le duo karkabou-bendir au moment de la sieste…. Résultat : un cocktail infernal de décibels jetés aux oreilles des riverains, habitants ou employés, et des passants, tous, exaspérés mais ne pouvant rien faire. Il n’est pas rare de constater que des travaux bruyants sur la voie publique et au milieu d’habitations, commencent très tard le soir, à l’heure où la loi impose, au contraire, de les arrêter, et se poursuivent la nuit à des moments où ils sont totalement proscrits dans d’autres pays.

Il n’y a pas de vide juridique concernant le bruit : la loi sur l’environnement (19 juillet 2003) et le Code de la route (février 2017) contiennent des dispositions pour lutter contre le bruit provoqué par les activités diverses ; le décret sanctionnant les fauteurs de bruit, signé en 1993 par Belaid Abdesselam durant son court passage en tant que chef du gouvernement, est toujours en vigueur. Et, surtout, la nouvelle Constitution algérienne est censée garantir le droit à un environnement sain pour tous, ce qui inclut un minimum de confort sonore incompatible avec les nuisances provoquées par les hauts parleurs posés sur la voie publique ou transportés sur des véhicules.

Mais ces bonnes dispositions écologiques sont de toute évidence superbement ignorées par tous dans une ambiance générale d’incivisme qui se traduit également par la saleté, les déchets négligemment jetés ça et là, et les poubelles débordantes avec leurs odeurs nauséabondes. Cette situation déplorable pourrait trouver sa solution si la démocratie participative, évoquée dans la même Constitution, était mise en œuvre. Les élus, à eux seuls, ne peuvent pas (du moins pour les rares qui en ont la volonté) agir efficacement pour protéger l’environnement dans leurs communes, dans l’intérêt des habitants. En outre, il y a, chez nombre de gestionnaires locaux, une réticence à associer la population aux décisions qui, pourtant, la concernent. Ce que l’on appelle la « société civile » dans le discours officiel, devra encore attendre de meilleures conditions pour pouvoir placer son mot. Dans toutes les agglomérations algériennes, une des principales aspirations de la population concerne le cadre de vie, « retrouver le calme et la tranquillité d’antan dans un environnement agréable et paisible », comme le rapporte un confrère en parlant de Guelma, ville de l’est du pays. Un autre confrère décrit en termes pas du tout flatteurs la situation dans sa localité : « La saleté est maîtresse des lieux. Des dépotoirs sauvages se sont formés ça et là, empoisonnant l’air d’odeurs nauséabondes ».

Le prix de la ville verte sera-t-il suivi d’un prix de la ville propre, de la ville moins bruyante, de la ville calme et tranquille ? Le prix de la ville verte réussira-t-il à s’installer dans la durée ? En été 1996, pour la première fois en Algérie, la Direction générale de l’Environnement (DGE) avait lancé une opération « Drapeau bleu » (une couleur en référence à la mer) destinée à récompenser les plages les plus propres, sur la base d’une liste de critères qui, curieusement, ne comprenaient pas le paramètre bactériologique « pour ne pas pénaliser les wilayas qui ne disposent pas de stations d’épuration », avaient alors, sans convaincre personne, tenté d’expliquer les promoteurs de cette action écologique. Mais cette bonne initiative a immédiatement disparu au premier changement de personnel dans les institutions. L’opération « Drapeau bleu » n’a vécu que deux étés (1996 et 1998).
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Cet article a été publié dans La Nouvelle République (Alger) du jeudi 3 mai 2018.

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La nature protégée du Costa Rica

Au Costa Rica, 25 % du territoire est protégé au travers de 26 parcs nationaux, 9 réserves écologiques, 30 réserves nationales de faune, 12 réserves forestières et de nombreuses réserves privées. L’écotourisme est devenu la première ressource du pays.

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par Jean-Claude Génot *

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 La diversité biologique du Costa Rica donne toute sa démesure à travers les chiffres suivants : 10 000 espèces de plantes, 1 600 espèces d’orchidées, 15 000 espèces de papillons, 915 espèces d’oiseaux dont 3 endémiques du Costa Rica et 93 endémiques du Costa Rica et du Panama, 231 espèces de mammifères, 220 espèces de reptiles, 160 espèces d’amphibiens, 34 000 espèces d’insectes et 1 600 espèces de poissons. Chaque année, 160 nouvelles espèces sont découvertes, souvent des orchidées et bien sûr des insectes. En matière de protection de la nature, les chiffres sont également éloquents avec 25 % du territoire protégé au travers de vingt-six parcs nationaux, neuf réserves écologiques, trente réserves nationales de faune, douze réserves forestières et de nombreuses réserves privées. L’écotourisme est d’ailleurs devenu la première ressource du pays.

Le volcan Irazu, au Costa Rica – photo Jean-Claude Génot

Le parc national du volcan Irazu couvre deux mille hectares dans la province de Cartago (deuxième ville du pays) qui inclue deux réserves forestières. Ce volcan situé à 3 400 m d’altitude fait partie comme les autres stratovolcans du pays de la ceinture de feu du Pacifique, nés de la subduction de la plaque de Cocos sous la plaque Caraïbe d’où leur forme conique avec des pentes prononcées. Le cratère principal contenait un lac qui s’est effondré et n’est plus visible. Un second cratère inactif se trouve à côté du cratère principal et il est rempli de cendre volcanique que le vent fait tourbillonner en cette belle matinée de mars. Le paysage est lunaire sous un ciel bleu et nous sommes au-dessus des nuages.

Pour y accéder il y a un péage puis un parking et une boutique. Là un coati, mammifère de la famille des ratons laveurs à pelage sombre avec un nez blanc et une longue queue, est à la recherche de nourriture dans les poubelles au milieu des visiteurs. La végétation des bords de cratères est dominée par une plante du genre Gunnera, aux feuilles larges comme des parasols, couvertes de poussière. Ici il ne neige pas à cette altitude, mais il est tombé des flocons en 2016, un évènement exceptionnel lié peut-être au changement climatique.

Parmi la végétation, un colibri des volcans, endémique des milieux volcaniques, et un autour de Cooper, rapace migrateur en route vers l’Amérique du Nord.

Les gens se pressent à l’entrée du parc national Manuel Antonio, au Costa Rica – photo Jean-Claude Génot

Le parc national Manuel Antonio se situe sur la côte Pacifique dans la province de Puntarenas. Créé en 1972, il a une superficie de près de deux mille hectares pour la partie terrestre et cinquante-cinq mille hectares pour la partie marine. Il est composé d’îles, d’une baie, de mangroves et de forêts pluviales ainsi que de milieux marins. Il est adossé au village de Manuel Antonio qui est une station balnéaire avec une grande plage de sable très fréquentée par les touristes, majoritairement des Américains, et les Costaricains. Les loisirs de la société de consommation y sont proposés comme le jet ski et le para-nautisme, sans oublier tous les services indispensables à ceux qui penseraient encore à aller à la plage sans dépenser d’argent, vendeurs ambulants et loueurs de parasols et de fauteuils de plage. Le site est le théâtre d’une grande agitation avec les restaurants, les bars et les magasins. Seules les premières heures de la matinée offrent une plage vide et une faible circulation routière. Les hôtels ont été construits en lisière de forêt, ce qui explique les cris des singes hurleurs le matin au réveil.

C’est en empruntant une rue bordée d’hôtels et de « marchands du temple » avec bibelots, vêtements made in « India » et boissons locales pour touristes qu’on arrive à la porte du parc national. Près de l’entrée, des guides nature proposent leurs services pour quelques heures dans le parc. Une foule se presse à l’entrée qui est payante, là un préposé fouille votre sac. Tout cela fait penser à un parc zoologique. A peine entrés, des groupes se forment autour des guides équipés de longue vue. Sur à peine cent mètres, nous voyons une femelle et un jeune cerf de Virginie, un paresseux à trois doigts perché tout en haut d’un arbre, un iguane caméléon contre un tronc, une grenouille vénéneuse verte à taches noires immobile au sol dans les feuilles sèches. Il y a tout ce qu’il faut pour donner aux visiteurs l’impression qu’ils ne sont pas dans la nature : sentier en béton, passerelle en bois, escaliers bétonnés avec des caniveaux et panneaux dits pédagogiques qui sollicitent la raison mais aucunement l’émotion.

A la décharge des gestionnaires de ce parc accueillant des dizaines de milliers de visiteurs par an, la forêt est sous l’eau une grande partie de l’année, d’où la réponse technique du parc qui se veut définitive : le béton. On comprend mieux pourquoi ce parc attire tant de monde en arrivant sur une plage sans vague, située dans une baie magnifique, d’ordinaire fermée aux visiteurs car le parc n’est pas ouvert tous les jours. Là, au milieu d’un attroupement incroyable, des singes, les capucins à face blanche, descendent de leurs arbres et viennent au sol, parmi des gens affolés et d’autres tentant de les prendre en photo, pour voler une bouteille de soda qu’ils s’empressent d’aller boire sur leurs branches. Deux ratons laveurs reniflent les sacs des touristes sur la plage, l’un d’entre eux les chasse avec un bâton. Aucun garde du parc n’est présent pour tenter de rappeler un peu les touristes à des comportements plus respectueux de la faune.

Mais que peut-on faire dans un tel cirque ? Le parc national monnaie sa plage sans vague qui attire la plus grande part des visiteurs du parc, les gens avec serviettes de bain étant majoritaires. Il semblerait que le parc limite le nombre de visiteurs à trois cents, mais par jour ou par heure ? Ce que j’ai vu me fait opter plutôt pour la seconde option car à partir d’une certaine heure on ne laisse entrer les gens que lorsque d’autres visiteurs ressortent. Quoi qu’il en soit, cela correspond à un tourisme de masse dont l’impact sur le milieu et la faune en particulier n’est certainement pas négligeable. Les parcs nationaux du Costa Rica ont peu de moyens financiers et il semblerait que Manuel Antonio soit le plus rentable avec son entrée payante et que cet argent profite à l’ensemble du réseau. En sortant du parc, on croise des familles entières venues pour se baigner qui ne voient ni les paresseux dans les arbres ni les frégates dans le ciel. S’il y a un intérêt à observer le fonctionnement d’une telle aire protégée à titre de curiosité professionnelle, le naturaliste à la recherche d’ambiance sauvage, de calme et de solitude n’y trouve absolument pas son compte. De même, malgré certains grands arbres, la forêt visitable est assurément une forêt secondaire.

Forêt tropicale du parc national Carara, au Costa Rica – photo Jean-Claude Génot

Le parc national de Carara n’est pas très loin de Manuel Antonio dans la partie centrale de la côte Pacifique. Ce fut d’abord une réserve biologique en 1978, puis elle est devenue parc national en 1998. Le parc a une superficie modeste de cinq mille deux cent hectares et protège une partie du bassin versant de la rivière Tarcolès. Il accueille la plus grande population d’aras rouges sauvages du pays grâce à ses forêts pluviales qui ont un haut degré de naturalité. Il abrite également certains vestiges archéologiques de la période pré-colombienne de 300 ans avant J.C. à 1 500 ans après J.C. L’entrée est payante et donne accès à certains circuits pédestres. Celui que nous empruntons est bétonné comme à Manuel Antonio et sponsorisé par des multinationales américaines comme Coca Cola ou Walmart, dont les noms sont inscrits à même le sol sur le sentier. Le parc est bordé au sud par la route longeant la côte vers le Nicaragua. Le panneau d’information avec le plan du parc est sponsorisé par une entreprise privée comme celui de Manuel Antonio. Certains arbres sont monumentaux et mesurent plus de cinquante mètres de hauteur et trois mètres de diamètre avec des contreforts gigantesques dont l’écorce ressemble à la peau d’un éléphant. Des figuiers étrangleurs recouvrent les troncs d’arbres, des lianes pendent depuis les hautes frondaisons, l’atmosphère est moite, la profusion végétale est totale. On ne peut que ressentir de l’admiration devant une telle nature intégrale. On comprend mieux qu’une nature d’une telle vitalité soit difficile à contenir par l’homme et qu’une clairière sera très vite reconquise par la forêt. La seule manière que l’homme ait trouvé de contenir cette forêt magistrale est définitive, c’est la destruction pure et simple. Pourtant, cette forêt est une merveille de soutenabilité, de recyclage parfait et de fonctionnement circulaire alliant beauté et complexité.

Une plante ressemblant au caféier est omniprésente en sous-bois. Il est bien difficile de voir ou de photographier un oiseau dans ces « gratte ciel » végétaux. Nous avons pu observer des singes écureuils grâce aux mouvements des branches lors de leurs déplacements, une grenouille verte et noire et parmi les oiseaux une pie-grièche mangeuse de fourmis entièrement barrée de noir et blanc sur tout le corps et des ibis blancs au bord d’un ruisseau forestier. Plus loin, une inscription sur le sentier montre qu’une université américaine a des liens avec ce parc. Les universités du pays fréquentent également le parc comme le montre un groupe d’étudiants accompagnés de leur professeur.

Paysage du parc national Palo Verde, au Costa Rica – photo Jean-Claude Génot

Le parc national de Palo Verde, créé en 1978, est situé dans la partie la plus sèche du pays, sur les rives de l’embouchure du Rio Tempisque à l’extrémité du golfe de Nicoya. Il couvre près de dix-neuf mille hectares et fait partie de la province de Guanacaste. Il abrite des forêts sèches, des mangroves, des reliefs calcaires et des marais situés dans la plaine alluviale avec une vaste zone humide classée zone Ramsar qui accueille la plus grande concentration d’oiseaux d’eau d’Amérique centrale. Le parc doit son nom à un arbuste, le palo verde du genre Parkinsonia, au feuillage persistant. Contrairement à Carara et Manuel Antonio, Palo Verde est plus éloigné des grands axes. Il faut emprunter une piste praticable mais poussiéreuse en saison sèche d’une trentaine de kilomètres pour arriver à l’entrée du parc. La région est dominée par l’élevage sur de grandes propriétés où l’herbe est rabougrie et sèche. Les gens pratiquent l’écobuage, mais cela brûle également des haies en totalité et même des piquets de parc. Certains paysages font penser au bush africain. Un canal d’irrigation apporte de l’eau des montagnes pour cultiver du riz et de la canne à sucre. A l’entrée du parc, comme un symbole de sécheresse un cactus pousse au pied d’un arbre sans feuille au milieu d’une zone d’herbe rase entièrement desséchée. Un gros iguane vert, tel un petit dinosaure, semble supporter le soleil brûlant alors qu’il est à l’aise dans les forêts tropicales humides. Un oedicnème local marche tranquillement. Le vaste marais classé en zone Ramsar dans la vallée du Rio Tempisque est accessible en partie grâce à un ponton en très mauvais état, ce qui ne fait que confirmer les faibles moyens dont disposent les parcs nationaux. Face à nous, des milliers d’oiseaux sur fond de montagnes boisées. De très nombreuses espèces d’échassiers sont présentes comme le jabiru, l’ibis satiné et la cigogne des bois dont plusieurs centaines d’individus se répartissent entre les herbiers et les zones inondées. Parmi les oiseaux d’eau : des jacanas, des poules d’eau, des dendrocygnes au poitrail roux et au bec rouge très élégants. Un faucon pèlerin a piqué sur les canards, mais a raté son attaque. Dans le ciel, un ballet de cigognes et de vautours dans un ciel bleu limpide. Il fait si chaud que l’horizon se brouille dans les jumelles. En se réfugiant sous un arbre, le cri de la chevêchette ferrugineuse attire notre attention. Elle est perchée au milieu des branchages, petite mais impériale. Un coati traverse la piste et se dirige vers la forêt, des capucins font le chemin inverse et se dirigent vers les arbres qui bordent le marais.

Nous faisons un arrêt près d’un embarcadère sur le Rio Tempisque, fleuve brun qui charrie les limons des montagnes, encadré par des mangroves verdoyantes. Sur la terre craquelée, un ctenosaur, ou iguane noir, est posé sur un arbre mort, il est reconnaissable à sa queue formée d’anneaux recouverts d’épines. Une termitière est perchée dans un arbre et ressemble de loin à un essaim d’abeilles. Des zones de pâturage clôturées existent dans le parc national car il s’agit de terrains privés. Mais le parc utilise également le pâturage pour empêcher le développement de plantes indésirables dans les marais. Cela révèle l’invariable volonté de maîtriser la nature au profit d’une seule de ses composantes, les oiseaux. Car laisser faire la nature favoriserait d’autres espèces ou les mêmes qu’actuellement, mais en nombre plus restreint. Et qu’en est-il des risques de piétinement des plantes et des nichées par les bovins utilisés pour ce pâturage dit « écologique » ? L’Organisation des Etudes Tropicales (OET) est une organisation à but non lucratif réunissant des universités et des organismes de recherche publics et privés des Etats-Unis, du Costa Rica, du Pérou, du Mexique, d’Afrique du Sud et d’Australie. L’OET possède une station biologique dans le parc où nous sommes allés déjeuner d’un repas végétarien succulent à base de lentilles, de riz, de légumes cuits et crus, de bananes et de mûres fondantes avec un thé vert et du jus d’ananas dans une salle avec ventilateur et fenêtres ouvertes sur la forêt. Un groupe d’une trentaine de coatis est passé à côté de la salle à manger. Un pécari à collier, ressemblant à notre sanglier, est venu très près d’une fenêtre puis s’est enfui dans la forêt. Il fait trente sept degrés et seul le bureau climatisé de la responsable de l’OET offre un refuge contre la chaleur écrasante. Cette dernière nous explique que les forêts du parc abritent des jaguars, des ocelots et des pumas, mais que ces animaux ne sont visibles que sur des pièges photographiques. Une balade dans la forêt sèche permet de voir des acacias, des figuiers étrangleurs, des kapokiers du genre Ceiba, le gommier rouge du genre Bursera, un arbre au tronc cuivré, le guanacaste (Enterolobium cyclocarpum), l’arbre national du Costa Rica aux feuilles de mimosa et le Parkinsonia au feuillage bien vert qui a donné son nom au parc. A cela s’ajoutent des cactus et des vignes du genre Bauhinia et Combretum.

Le degré de naturalité et de conservation augmente avec l’altitude, notamment en ce qui concerne les forêts pluviales et de nuage. La plupart des aires protégées couvrent des zones en altitude sur les cordillères avec des pentes fortes trop pentues pour être exploitées. Certes, il existe des aires protégées à basse altitude, mais les forêts tropicales humides des basses terres du Pacifique sont menacées. C’est également le cas des forêts sèches qui ne représentent aujourd’hui plus que 0,1 % de leur superficie originelle.

Pour prendre la mesure de la déforestation, 75 % du pays était recouvert de forêts en 1950, contre 25 % aujourd’hui. Mais il semblerait que le Costa Rica ait fait des efforts pour freiner la déforestation ou favoriser le retour de la forêt depuis les années 1990. Malgré une communication très optimiste sur la protection de la nature du pays, à l’évidence il n’y a pas assez de moyens pour la conservation de la nature au regard des enjeux extraordinaires de biodiversité de ce petit pays. Ainsi il n’y a pas assez de gardes pour certaines aires protégées et peu de moyens matériels publics pour assurer un accueil de qualité. Les réserves marines font l’objet d’actes de braconnages des requins pour le trafic des ailerons achetés illégalement par des négociants taïwanais. En 2013, un jeune défenseur des tortues a été tué par des braconniers. Pourtant, ce pays a pris des décisions courageuses comme l’interdiction de la chasse et la protection de la nature réglementaire représentant actuellement le quart de sa superficie. Mais malgré l’existence d’inégalités sociales et de maux des temps modernes comme le trafic de drogue, ce pays fait figure d’exception en Amérique centrale et son action en faveur de la nature mérite d’être soutenue et encouragée au niveau international.

  • Ecologue

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Economie et environnement en Algérie : l’écologie à nouveau oubliée ?

La conférence de presse du Premier ministre, Ahmed Ouyahia, samedi 14 avril 2018 à Alger, a permis, incidemment, à travers le jeu traditionnel de questions-réponses, de situer la place de l’écologie dans l’actualité algérienne.

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par M’hamed Rebah

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La protection de l’environnement n’a pas du tout été citée dans les questions des journalistes et, apparemment, le Premier ministre n’avait pas de raison de prendre l’initiative d’en parler. Au même poste, il y a à peu près 22 ans (mars 1996), c’était devant le Conseil du gouvernement, Ahmed Ouyahia avait tenu des propos assez fermes qui correspondaient à la situation à l’époque : « l’Etat mettra en œuvre tous les moyens nécessaires pour, d’une part, appliquer les règles juridiques en vigueur et prendre en charge dans le cadre des nouveaux investissements l’aspect anti-pollution, et, d’autre part, élaborer et appliquer un programme de lutte contre les pollutions industrielles générées par les activités déjà en production ».

Cette fermeté ne serait pas exagérée, aujourd’hui encore, face à des problèmes d’environnement dont beaucoup découlent de la politique de « libéralisation » commencée il y a près de quatre décennies, en rupture avec la période précédente, post indépendance, qualifiée de socialiste. Le désengagement quasi-total de l’Etat, particulièrement durant les années 1980 et 1990, de nombre de ses tâches de contrôle des activités économiques et, dans le même temps, le délaissement évident par les autorités locales de leurs attributions touchant aux services publics de base, au profit de ce qui paraissait plus lucratif, comme le foncier, ont eu pour conséquence une grave sous-estimation de la protection de l’environnement relevée dans les deux (seuls, à ce jour) rapports sur l’état de l’environnement établis en 2000 et en 2005.

Le « recadrage » opéré difficilement ces dernières années, s’est traduit, en matière d’environnement, par l’introduction dans la nouvelle Constitution (mars 2016) de dispositions directement inspirées du concept de développement durable. L’article 19 (nouveau) stipule que « l’Etat garantit l’utilisation rationnelle des ressources naturelles ainsi que leur préservation au profit des générations futures. L’Etat protège les terres agricoles. L’Etat protège également le domaine public hydraulique. » Cette disposition est venue en complément de l’article 18 (de l’ancienne Constitution et maintenu) qui énonce que « la propriété publique est un bien de la collectivité nationale ». « Elle comprend, précise le même article, le sous-sol, les mines et les carrières, les sources naturelles d’énergie, les richesses minérales, naturelles et vivantes des différentes zones du domaine maritime national, les eaux et les forêts», qui sont, autrement dit, le patrimoine du peuple algérien. Le rajout de l’article 19 n’est pas fortuit. Il est parti sans doute du constat qu’une tendance à l’exploitation non durable des ressources naturelles en Algérie se dessinait et que le risque de leur dégradation, voire leur épuisement rapide, n’était pas à écarter. Les pressions multiples, internes et externes, pour, prétendument, « améliorer le climat des affaires », peuvent, en effet, conduire à faire l’impasse sur le critère de protection de l’environnement s’il est présenté comme un obstacle à l’investissement.

Ce n’est donc pas un hasard si le Préambule de la Constitution précise qu’il s’agit de « bâtir l’économie productive et compétitive dans le cadre d’un développement durable et de la préservation de l’environnement ». Le fait que les ressources naturelles ne soient pas la propriété privée de particuliers mais la propriété de l’Etat facilite la mise en œuvre de l’article 19, pour leur protection. Le comble, évidemment, serait que l’Etat, lui-même, livre au secteur privé, par le biais de la concession, des ressources naturelles (terres agricoles, eau, forêts, notamment), déjà vulnérables, sans lui un mode d’exploitation dans une perspective de durabilité. A titre d’exemple, une course à l’aménagement et l’équipement de forêts ouvertes aux investisseurs « y compris du secteur privé », a été lancée sur plusieurs sites, faussement justifiée par la recherche urgente de nouvelles sources pour le budget de l’Etat suite à la panique créée par le discours alarmiste sur les finances du pays. Dans le cas des espaces forestiers, le cadre juridique existe pour éviter toute dérive qui aboutirait « insensiblement » à la destruction progressive des forêts périurbaines. Celles-ci sont proposées aux investisseurs pour y installer des activités économiques sous prétexte de générer le financement nécessaire à leur gestion.

D’une façon plus générale, l’arsenal juridique qui constitue le droit environnemental en Algérie est assez fourni pour permettre de protéger les ressources naturelles et les écosystèmes face à une exploitation non écologique motivée par le profit visé par l’investisseur. Pour rappel, l’article 68 qui a été introduit dans la Constitution par la révision adoptée en mars 2016, proclame que « la préservation de l’environnement est une tâche de l’Etat ». Sont concernés, les sols fertiles ou à mettre en valeur (particulièrement dans le sud du pays), le littoral et ses plages, les forêts proches des agglomérations urbaines, etc.

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Cet article a été publié dans La Nouvelle République (Alger) du mardi 17 avril 2018.

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Présentation générale du label FSC

FSC (Forest Stewardship Council) est un label forestier créé en 1993 suite à la conférence de Rio en 1992, et représenté par une ONG internationale du même nom. 45 bureaux nationaux étendent son influence dans le monde.

par Bernard Boisson
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Ce label se décline de manière appropriée selon chaque pays. En France (lire notre article en cliquant ici), son référentiel est entré en vigueur en mai 2017 suite aux consultations entre les acteurs de trois chambres (économique, sociale et environnementale) et la consultation d’environ 300 contributeurs. Tout en gardant une adaptabilité à chaque contexte, le référentiel FSC s’appuie sur le respect de dix grands principes et de 70 critères.

Les dix principes
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Principe 1 : Respect des lois

Principe 2 : Droits des travailleurs et des conditions de travail

Principe 3 : Droits des populations autochtones

Principe 4 : Relations avec les communautés

Principe 5 : Bénéfices générés par la forêt

Principe 6 : Valeurs et impacts environnementaux

Principe 7 : Planification de la gestion

Principe 8 : Suivi et évaluation

Principe 9 : Haute Valeur de conservation

Principe 10 : Mise en œuvre des activités de gestion

La forêt domaniale d’Eawy (Seine-Maritime), l’une des deux forêts de l’ONF à laquelle le label FSC vient tout juste d’être décerné à la demande d’industriels normands d’après un communiqué de presse – photo Bernard Boisson

A l’heure présente, nous pouvons estimer à environ 200 millions d’hectares la surface de forêts dans le monde gérée sous le label FSC. La part française s’élève actuellement à 56 000 hectares. L’attribution du label fait l’objet d’un audit initial, puis d’audits annuels. Ces audits sont délégués à des organismes certificateurs comme Veritas, SGS, Ecocert. Parmi, les évènements symboliques les plus récents, deux forêts relevant de la gestion de l’ONF, se sont vues attribuer le label FSC le 2 mars 2018.
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Algérie : la lutte biologique encore à ses débuts

Qu’en est-il de l’emploi des pesticides dans l’agriculture algérienne ?

par M’hamed Rebah

« L’agriculture algérienne ne fait pas recours aux pesticides et autres produits chimiques. Nous avons la chance d’avoir à notre portée un pays qui cultive des fruits et légumes bio ». C’est ce qu’a affirmé, selon notre confrère Le Temps, le président du Club Agora des Dirigeants France-Algérie, Karim Zeribi, lors d’une rencontre avec des opérateurs algériens, tenue lundi 19 mars, au siège du Forum des chefs d’entreprise (FCE), à Alger. Or, il y a un peu plus d’un mois, le 18 février, interviewé par Fayçal Metaoui sur le site électronique d’informations TSA, le Professeur Kamel Bouzid, président de la Société algérienne d’oncologie médicale, déclarait, au contraire, que, « dans le monde, l’Algérie est le pays qui consomme le plus de pesticides par habitant » et il mettait en garde contre les risques de cancers, à la fois les agriculteurs qui manipulent ces produits chimiques dangereux et les consommateurs de fruits et légumes contaminés. Des agronomes font remarquer qu’en Algérie « tous les fruits et légumes cultivés, notamment en exploitation sous serre, subissent de nombreux traitements chimiques ». Ils attirent l’attention sur le fait que les résidus de pesticides présents à une certaine dose dans les fruits et légumes sont dangereux pour la santé des consommateurs.

Selon des experts algériens, des produits interdits par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), comme les néonicotinoïdes et le glyphosate, étaient utilisés en Algérie. Ils se réfèrent à l’index de 2015, des produits phytosanitaires autorisés à être commercialisés en Algérie, où figure le glyphosate. Il serait, dit-on, largement utilisé en Algérie, sous le nom commercial Mamba 360 SL, dans les cultures maraîchères, les vergers d’agrumes, les palmeraies, la vigne et l’arboriculture. Les spécialistes, diététiciens et nutritionnistes, sont convaincus qu’« un usage anarchique, abusif et irresponsable des pesticides se pratique par certains agriculteurs algériens pour améliorer les rendements agricoles ».

Evidemment, derrière cette fièvre productiviste, il y a la recherche du profit à tout prix, au mépris de toute autre considération comme la santé des populations ou, encore moins, la protection de l’environnement. Mais, si cette démarche «mercantiliste» donne des résultats quand elle est appliquée au consommateur algérien, tout heureux de trouver au marché ce qu’il cherche et de ne pas s’entendre dire « makach ! Nous n’avons pas ! », elle peut être ruineuse dès que le produit passe la frontière dans une opération d’exportation. Le Soir d’Algérie rapportait le 7 janvier dernier, dans son Periscoop, l’information suivante, citant des « sources informées », mais sans plus de détails ni précisions : « Les autorités sanitaires qataries viennent de renvoyer une cargaison de tomates d’Algérie pour sa trop haute teneur en pesticides ». Notre confrère ajoutait, et c’est là que réside tout le mystère : « Pourtant, nous explique-t-on, cette cargaison était censée être exportée par un producteur privé sous le label «bio»». Les services concernés n’ont pas démenti l’information.

La question que l’on peut alors se poser concerne le sort réservé à ces tomates : ont-elles été détruites ou placées sur le marché domestique pour finir dans nos assiettes ? Au début de cette année, le correspondant régional du Soir d’Algérie à Ain Defla, a fait état d’une intervention sur la radio locale d’un représentant des services agricoles concernant des tomates qui portent les stigmates visibles de l’utilisation excessive des pesticides. Des réunions sont organisées par les services régionaux du ministère de l’Agriculture pour donner des conseils pratiques aux agriculteurs sur l’utilisation des pesticides afin de leur éviter les dangers liés à cette manipulation, et pour les amener également à respecter les périodes minimales entre l’utilisation du produit et la récolte. Les associations de consommateurs se mettent également à informer et à sensibiliser sur l’utilisation des pesticides dans l’agriculture et sur leurs effets néfastes sur la santé humaine et sur l’environnement. Un confrère a fait savoir récemment que de nombreux apiculteurs de la région de Chlef (à l’ouest d’Alger) ont tiré la sonnette d’alarme, suite à la mortalité d’abeilles due à l’utilisation d’insecticides appartenant à la famille des néonicotinoïdes et la mort subite d’oiseaux ayant consommé des grains contaminés ou traités aux pesticides. L’utilisation des pesticides biologiques n’est pas encore généralisée en Algérie. Des initiatives sont prises dans ce sens par l’Institut national de protection des végétaux (INPV) qui incite à réduire les intrants chimiques dans l’agriculture et insiste sur la prévention des maladies et le recours à la lutte biologique.

.Cet article a été publié dans La Nouvelle République, Alger, du jeudi 22 mars 2018.

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Gilles Martin à la une de « Chasseur d’images »

Le photographe animalier Gilles Martin a eu vent d’une sordide histoire lors d’un reportage à Bornéo sur l’orang-outan et l’huile de palme.

par Catherine Levesque

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Maquillée et rasée quotidiennement, une malheureuse femelle orang-outan a été longtemps séquestrée et victime de sévices sexuels dans une maison close indonésienne. Baptisée Pony, elle fut libérée à grand renfort de policiers puis prise en charge par l’association locale Borneo Orangoutan Survival Foundation. Parce que cette pratique méconnue aurait encore cours en Indonésie et en Thaïlande, Gilles Martin a eu l’idée de maquiller artisanalement un tirage papier d’une de ses images en noir et blanc. « J’ai utilisé du mascara pour les yeux et du vrai rouge à lèvres, puis j’ai repris une photo de l’ensemble, que j’ai retouchée », explique-t-il. Cette image forte est à la une du mensuel Chasseurs d’images d’avril 2018, qui présente en 13 pages un portfolio de son travail de street art, à New York.

Pour en savoir plus sur le travail d’ « artiviste » de Gilles Martin : https://www.arche-photographique.org/fr?accueil (photos non libres de droits, merci de contacter Gilles Martin au 06 32 08 71 08 ou gillesmartin37@free.fr).

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L’Union européenne au secours du lynx

La situation du lynx en Europe n’est pas brillante. En dehors de la population des Carpates, de celle des pays baltes en lien avec la Biélorussie et la Russie et de celle de la Suisse pour tout l’arc alpin, les autres populations sont toutes modestes et fragmentées.

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par Jean-Claude Génot

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Lâcher de lynx dans la réserve de biosphère Pfälzerwald-Vosges du Nord le 30 juillet 2016 : le bond vers la liberté – photo Jean-Claude Génot

Il faut souligner que le lynx n’est pas un grand colonisateur et que des petites populations séparées par des habitats défavorables à l’espèce sur de grandes distances sont menacées d’extinction à moyen et à long terme si aucun échange génétique n’est possible. De plus, certaines opérations de réintroduction effectuées dans les années 1970 et 1980 ont conduit à des échecs comme en Italie, en Autriche, en Bavière (Allemagne), en République Tchèque, en Engadine (Suisse) et désormais dans les Vosges (France) et en Slovénie.

C’est sans doute cette situation critique du lynx, dont le statut reste précaire, qui a conduit l’Union Européenne à soutenir trois programmes Life ayant pour objectif la réintroduction ou le renforcement de population de lynx.

Un des programmes de réintroduction concerne la forêt du Palatinat en Allemagne dans la réserve de biosphère transfrontalière Pfälzerwald-Vosges du Nord, soit 3028 km2. Le programme a pour but de lâcher 20 lynx de 2016 à 2020 et coûte 2,75 millions d’euros. Il est piloté par une fondation, jugée neutre par la fédération des chasseurs de Rhénanie-Palatinat qui s’est impliquée dans le projet à cette condition, entre autres. Un important travail de relations publiques a été effectué avant de lancer ce programme et la fédération des chasseurs ainsi que le syndicat des éleveurs d’ovins et de caprins soutiennent le projet, ce qui est un point très positif pour la réussite du programme. A ce jour, 9 lynx ont été lâchés venant de Slovaquie et de Suisse. Sur 3 mâles et 6 femelles, un mâle a quitté la forêt du Palatinat et a parcouru 350 kilomètres en un mois et a rejoint les Vosges du Sud. Même si le projet allemand a pour but de favoriser les connections entre la future population de la forêt du Palatinat et celle des Vosges puis du Jura, le mâle Arcos, qui vit actuellement sur un domaine vital de 131 km2, n’est pas assuré de rencontrer une femelle tant les effectifs de lynx du massif vosgien sont faibles. La dernière femelle lâchée en décembre 2017 s’est blessée à la patte et sa blessure s’est tellement infectée qu’il fallu l’euthanasier.

Finalement, il reste 7 adultes dans la forêt du Palatinat et deux subadultes (non équipés de colliers émetteurs), nés en 2017 de l’union entre le mâle lâché en juillet 2016 et une des deux femelles lâchées en même temps. Grâce à leurs colliers GPS, les domaines vitaux des lynx ont été calculés par la méthode du polygone convexe minimum 90 (le polygone est tracé avec les points les plus extérieurs et représente la zone la plus restreinte de tous les pointages effectués. Le chiffre 90 indique que le domaine d’activité englobe 90 % des pointages, les 10 % restant correspondent à des trajets uniques plus éloignés). A ce jour, les mâles ont des domaines vitaux de 298 et 345 km2 et les femelles : 118, 231 et 284 km2. Une femelle lâchée en 2016 a son collier qui ne fonctionne plus mais elle est toujours vivante, sa trace est suivie par des chiens de sang entraînés à suivre les traces de lynx et à distinguer plusieurs lynx entre eux. C’est Michael Back, un chasseur faisant partie de l’équipe du programme Life, qui utilise ses chiens pour localiser certains lynx, suivre les pistes qu’ils empruntent pour traverser certaines routes et autoroutes ou pour trouver des proies quand les localisations indiquent plusieurs points au même endroit. Sur 96 mammifères identifiés comme proie des lynx, 86 % sont des chevreuils et 6 % des cerfs. Un sondage réalisé auprès du grand public indique que 57 % des personnes interrogées ne voient que des avantages à la réintroduction du lynx et 23 % des avantages et des inconvénients, contre 9 % qui ne voient que des inconvénients. Côté français, un « parlement du lynx » (il en existe également un côté allemand) a été mis en place pour favoriser l’acceptation du lynx, mais un important travail est à mener avec les chasseurs et les éleveurs pour que les lynx allemands qui viendront dans les Vosges du Nord soient acceptés.

Le second programme Life se déroule en Pologne dans le Nord-Ouest de la Poméranie sur la période 2017-2020 et il est piloté par la Société pour la nature de la Poméranie occidentale. A ce jour, il y aurait 400 lynx dans toute la Pologne, principalement dans les Carpates au Sud et à l’Est à Bielowieza. Le programme doit se dérouler de 2017 à 2020 et prévoit de lâcher 20 lynx, issus d’un élevage en captivité qui a lieu dans la zone du lâcher. La région concernée par la réintroduction couvre 4500 km2 de forêts, de zones humides, de cultures et de prairies, une zone située non loin de la frontière allemande et de la mer Baltique. Cette région fait déjà l’objet d’un programme Life pour la réintroduction du bison à partir d’un élevage en captivité, coordonné par la même association. L’originalité de ce programme réside dans l’emploi de 4 couples de lynx issus de zoos (Tallin, Munich, Riga et Vienne), répartis dans des enclos de 0,5 ha. Des couloirs séparent ces enclos et des animaux vivants servent de proies aux lynx. C’est dans ces enclos que naîtront des jeunes. Puis à l’âge de 10 mois, ils seront transférés dans des enclos de lâcher avec des proies vivantes des daims) qui permettront aux jeunes de quitter spontanément la captivité. Les enclos de lâcher sont distants de 20 kilomètres. Les jeunes seront munis de colliers émetteurs et seront lâchés an printemps. On pourrait craindre qu’une telle opération de réintroduction fondée sur un élevage en captivité soit risquée à cause d’une supposée incapacité des lynx nés en enclos à survivre dans la nature. Mais de telles opérations ont déjà eu lieu dans les parcs nationaux du Harz en Allemagne et de Kampinoski en Pologne et ont été des succès.

Le troisième programme Life concerne les Alpes dinariques et le sud-est des Alpes en Slovénie et en Croatie et couvre la période 2018-2024. Il est porté par l’administration forestière en lien avec l’université de Ljubljana. Le programme de 7 millions d’Euros consiste en un renforcement des populations avec 20 individus dans les Alpes et dans les Alpes dinariques en Slovénie et en Croatie. Le lynx avait déjà fait l’objet d’une réintroduction dans les années 1970 dans les Alpes dinariques qui fut un succès. La population a augmenté de 1979 à 2000, puis a ensuite décliné pour atteindre entre 2010 et 2016, un effectif de 15 individus, chiffre à partir duquel le taux de consanguinité menace la survie de l’espèce. Que s’est-il passé ?

Le lynx a fait l’objet d’une chasse avec des quotas de tir annuels. Entre 1978 et 2003, 124 lynx ont officiellement été abattus. Quand on sait que les tirs légaux ne limitent en rien le braconnage, il est permis de s’interroger sérieusement sur les effets réels de la chasse sur le lynx. Le régime alimentaire du lynx en Slovénie est composé de chevreuils à 69,2 %, de cerfs à 12,8 % et de loirs à 9,9 %. Il est évident qu’avec un tel régime alimentaire, des chasseurs slovènes ressentent vraisemblablement le lynx comme un concurrent. Qui plus est, la part de 10 % de loirs dans l’alimentation du lynx ajoute peut-être un ressentiment supplémentaire contre le lynx puisque le loir est également piégé, une spécificité slovène. Enfin, les proies tuées par le lynx, que ce dernier couvre de feuilles pour revenir les manger au bout de plusieurs jours, sont consommées par de très nombreuses espèces qui ne dédaignent pas les cadavres (renard, fouine, ours, sanglier, loup, loir, grand corbeau, buse, etc.). L’ours a un impact particulièrement important puisqu’il consomme 30 % des proies du lynx. Deux scénarios sont possibles, soit le lynx tue à nouveau un chevreuil et cela donne à certains chasseurs une raison supplémentaire de lui en vouloir au point de le braconner, soit le lynx n’est pas capable d’en capturer un autre immédiatement et dans ce cas il ne se nourrit pas correctement et sa survie peut être en jeu.

Ces trois programmes portent de grands espoirs pour le lynx en Europe mais aussi pour une certaine idée de la nature sauvage. Toutefois, ils ne doivent pas nous leurrer sur la difficile situation de certains grands prédateurs comme le lynx dont le statut est très fragile à cause de la fragmentation de ses habitats, des risques de consanguinité et du braconnage, véritable fléau pour cette espèce forestière qui se nourrit principalement d’ongulés sauvages. L’Europe est fortement peuplée et industrialisée, par conséquent les espaces protégés sans chasse sont trop peu nombreux pour garantir des zones de sécurité au lynx. Dans la plupart des pays de l’Union européenne, les aires protégées sans chasse ne représentent que 1 à 2 % de la surface totale, c’est toute la place que l’on est capable d’accorder à la nature sauvage en toute sécurité. A ceux qui pensent que les grands prédateurs peuvent parfaitement vivre dans des paysages exploités par les hommes, il est bon de rappeler que c’est bien parce que ces espèces n’ont pas d’autre choix (à titre d’exemple, les lynx ont beaucoup de mal à s’implanter en dehors du parc national de la forêt bavaroise à cause du braconnage), que la situation serait bien meilleure si le braconnage était plus sanctionné, si une vaste campagne d’éducation auprès des jeunes chasseurs était mise en place avec les responsables de leurs associations de chasse et si les aires protégées étaient plus nombreuses pour assurer une meilleure garantie de survie à des noyaux de populations.

Notons que les réintroductions faites avec succès dans le Harz et à Kampinoski l’ont été dans des parcs nationaux. Enfin, faut-il rappeler la situation plus que fragile du lynx en France où la réintroduction dans les Vosges s’est soldée par un échec, où la population la plus viable du massif jurassien fait désormais l’objet d’un braconnage régulier tandis que les effectifs du massif alpin restent modestes. Alors que le Land de Rhénanie-Palatinat s’est doté d’un plan de gestion du lynx, il est urgent que l’Etat français élabore un plan d’action national pour cette espèce protégée (notons qu’un Plan Lynx pour le Massif Vosgien est en cours d’élaboration à l’initiative du Centre de Recherches et d’Observations des Carnivores en lien avec tous les acteurs concernés).

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Pour leurs informations, je remercie Sylvia Idelberger, coordinatrice du Life lynx dans la forêt du Palatinat, Rok Cerne, coordinateur du Life lynx en Slovénie, Magdalena Kwiatkowska du Life lynx en Pologne (Poméranie occidentale) et Maximilian Hetzer, forestier en Bavière.

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Dispositif réglementaire insuffisant : le braconnage prend de l’ampleur en Algérie

Les informations sur les saisies d’espèces animales protégées chassées illégalement en Algérie sont devenues récurrentes dans les médias locaux, ce qui laisse penser que le braconnage a tendance à prendre de l’ampleur, avec même les allures d’un crime organisé.

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par M’hamed Rebah

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Certaines saisies effectuées soit lors de contrôles routiniers soit dans des opérations de surveillance montées à partir de dénonciations, mettent au jour des filières de contrebande vers des pays voisins où sont acheminées les têtes et les carcasses d’animaux (l’hyène rayée et le chacal, plus spécialement) destinées à des usages qui s’apparentent à la sorcellerie. Des médias ont évoqué également le cas des braconniers venus de la région du Golfe (deux Emiratis, deux Saoudiens et deux Koweitiens), arrêtés entre 2012 et 2016, dans le sud algérien, et rapatriés vers leurs pays d’origine après avoir été condamnés à des amendes.

Face à cette situation préoccupante, les mesures réglementaires se rapportant au braconnage paraissent totalement obsolètes. Le dernier rapport national sur la biodiversité en Algérie (2014) avait recommandé de les amender. Quatre ans après, en janvier 2018, un atelier consacré à la sensibilisation sur « le braconnage et le commerce illicite de la faune », ayant pour but de vulgariser le cadre juridique de la protection de la faune sauvage en Algérie, et les aspects liés à la lutte contre le braconnage et le commerce illicite des animaux sauvages, a amené les participants à constater que la loi sur la chasse qui date de 2004 n’avait pas encore son texte réglementaire, prévu par l’article 84, destiné à fixer « les modalités de contrôle, de surveillance et de lutte contre le braconnage ».

L’article 35 de cette loi fait obligation aux associations de chasseurs, constituées localement, de « contribuer et veiller à la lutte contre le braconnage » et l’article 42 stipule que « les fédérations de chasseurs de wilaya veillent et contribuent à la préservation et au développement du patrimoine cynégétique par la prévention du braconnage ». Mais, sans le texte réglementaire annoncé par l’article 84, ces dispositions restent sans effet. Or, les experts qui ont rédigé le 5e rapport national sur la biodiversité, ont averti que la préservation de la faune algérienne passe par la lutte contre le braconnage considéré comme l’une des causes essentielles dans la diminution, voire l’extinction de certaines espèces. Ils ont noté que le braconnage, « quasi organisé » pour une espèce comme l’outarde, profite de l’insuffisance dans l’application du dispositif réglementaire. Ils citent « à titre d’exemple, certains mammifères, comme les antilopes (l’oryx, l’addax…) qui sont de disparition récente, suite à un braconnage aux effets dévastateurs » et « le chardonneret encore très présent il y a moins de deux décennies, qui est aujourd’hui en état de quasi disparition suite à un braconnage de très grande ampleur ».

Dans le cas du chardonneret, les experts font observer que « le commerce lucratif de ce volatile est toujours florissant bien que cet animal est officiellement une espèce protégée ». Ils classent le chardonneret en tête de liste pour le nombre de saisies effectuées par les services forestiers, suivi du fennec et, beaucoup moins connu du public, l’écureuil de barbarie qui fait partie, depuis mai 2012, de la liste, fixée par décret, des espèces animales non domestiques protégées (avec cinq autres rongeurs : le Lérot à queue noire, le Porc-épic, le Goundi de l’Atlas, le Goundi du Sahara et le Goundi du M’zab) venant s’ajouter aux espèces mentionnées dans l’ordonnance du 15 juillet 2006 relative à la protection et à la préservation de certaines espèces animales menacées de disparition.

L’article 9 de cette ordonnance punit les braconniers d’un emprisonnement d’un an à trois ans et d’une amende de 200 000 dinars (environ 1415 euros) à 500.000 dinars (environ 3500 euros), avec confiscation des produits de la chasse ainsi que des armes, munitions, véhicules et tous moyens ayant été utilisés pour la chasse ou la capture de ces animaux. En cas de récidive, la peine est portée au double. L’ordonnance du 15 juillet 2006 a alourdi les peines prévues par la loi sur la chasse de 2004 (art. 92 : emprisonnement de 2 à 6 mois et amende de 10.000 à 100.000 dinars, soit environ 70 à 700 euros). Des cadres de l’Administration des forêts suivent une formation d’officiers de police judiciaire pour donner plus d’efficacité à la lutte contre le braconnage. Mais cela ne décourage pas les braconniers. Fait nouveau : un confrère a rapporté que les braconniers visent maintenant les oiseaux migrateurs, particulièrement les flamants roses dans les zones humides, notamment dans l’ouest du pays, et volent les œufs pour les revendre à des pâtissiers indélicats qui les utilisent dans la préparation de gâteaux vendus ensuite dans les circuits du commerce informel.

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Cet article a été publié dans La Nouvelle République (Alger) du dimanche 18 février 2018.
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