Actualités internationales

Ratifications par la Chine et les Etats-Unis : l’Accord de Paris sur le climat entre dans une étape décisive

L’Accord de Paris sur le climat, signé en décembre 2015, semble mieux parti que son prédécesseur, le Protocole de Kyoto, pour obtenir les 55 ratifications de pays qui représentent 55 % des émissions de gaz à effet de serre et, ainsi, entrer en vigueur dans les meilleurs délais.

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par M’hamed Rebah

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Un grand événement a été sa ratification samedi 3 septembre 2016, par la Chine et les Etats-Unis, dont les présidents ont respectivement soumis au secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, les instruments d’adhésion de leurs pays à l’Accord de Paris sur le climat, à Hangzhou, capitale de la province chinoise du Zhejiang (est), où se tenait le Sommet du G20 (4 et 5 septembre). En remettant ensemble leurs documents, la Chine et les Etats-Unis (à eux deux, 40 % des émissions de gaz à effet de serre) ont manifesté leur ambition et leur détermination à relever conjointement un défi mondial, a indiqué le président chinois, Xi Jinping.

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Le directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), Erik Solheim, trouve que « cette annonce est extrêmement importante ». La ratification de l’Accord par Pékin et Washington est une « extrêmement bonne nouvelle », a fait part la ministre française de l’Environnement Ségolène Royal le 3 septembre dans une interview sur la chaîne BFM TV. « Les Etats-Unis et la Chine ont pris conscience de l’urgence climatique », a noté Mme Royal, rappelant qu’il faut « monter en puissance sur les énergies renouvelables ». La ministre française a la ferme intention de faire pression sur les institutions européennes à ratifier l’accord de la COP21. Le retard risque en effet de venir de l’Union européenne dont les membres sont toujours divisés sur les efforts que chacun doit faire d’ici 2030.

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Le président français François Hollande qui a « salué » aussi la ratification de l’accord par Pékin et Washington, espère, selon la même source, une entrée en vigueur fin 2016. Sur ce point, les experts sont optimistes et estiment que l’Accord pourrait entrer en vigueur avant la fin de l’année mais pas avant la COP22 (7-18 novembre, à Marrakech, au Maroc). Jusqu’à présent, 26 pays l’ont ratifié (surtout des petits Etats insulaires, parmi les plus exposés) et 34 autres pays se sont engagés à le faire d’ici fin 2016 (dont le Brésil, le Canada, l’Indonésie, le Japon, l’Iran).

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Les choses pourraient avancer encore plus à l’occasion de la réunion organisée par Ban Ki-moon le 21 septembre à l’ONU pour inciter d’autres pays à préciser leur calendrier. C’est le sens de l’appel du ministre de l’Environnement des Maldives, Thoriq Ibrahim, qui, au nom des petits Etats insulaires, a exhorté les autres pays non seulement à imiter le geste de la Chine et des Etats-Unis, mais à faire plus et « accélérer le déploiement des solutions pour le climat », car, pour lui, « les engagements actuels ne sont pas suffisants » pour atteindre le principal objectif de l’accord de Paris: limiter le réchauffement à 2° C. Il décrit la ratification par la Chine et les Etats-Unis de l’Accord de Paris comme « une étape clé dans la transition globale des énergies fossiles vers les renouvelables ».

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Cet article a été publié dans le quotidien algérois Reporters.

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Changements climatiques : un partenariat algéro-algérien

La volonté de compter sur ses propres forces pour mettre en application le plan climat de l’Algérie et faire avancer en même temps le programme national des énergies renouvelables est toujours forte chez les pouvoirs publics, qui encouragent dans ce sens le partenariat entre organismes algériens concernés par cette filière.

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par M’hamed Rebah

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C’est ainsi qu’une convention de coopération a été signée, à Alger, entre le Centre de Développement des Energies Renouvelables (CDER) et l’Agence Nationale des Changements Climatiques (ANCC, créée en 2005, sous la tutelle du ministère chargé de l’environnement) pour travailler ensemble sur toutes les questions qui sont en rapport avec les énergies renouvelables et les changements climatiques. Les chercheurs et spécialistes de ces deux organismes auront à intégrer la composante des changements climatiques dans les projets de recherche concernant les énergies renouvelables, en particulier, dans la conception des équipements.

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Autres axes d’intervention sur lesquels les efforts du CDER et de l’ANCC vont converger : promotion de l’utilisation des énergies renouvelables pour l’atténuation des émissions des gaz à effet de serre ; organisation de journées de sensibilisation en relation avec ces deux thématiques ; soutien à la mise en place d’une base de données relative aux changements climatiques et leurs impacts sur les ressources naturelles ; organisation de colloques, séminaires, portes ouvertes, expositions et forum en relation avec les deux thématiques ; création d’un espace de transfert de savoir-faire et d’échange d’informations techniques et scientifiques, d’expériences en matière de changements climatiques et d’énergies renouvelables.

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La contribution de l’Algérie à la Conférence des parties à la convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, tenue à Paris en décembre 2015 (COP21), comprend un volet sur « la promotion de l’utilisation des énergies renouvelables dans le mix énergétique » comme une des actions prévues pour la période 2020-2030, en termes d’adaptation face aux changements climatiques et d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre (GES).

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L’attention particulière apportée aux équipements a amené l’Algérie à participer aux travaux du comité technique international de ISO (ISO/ TC 180 « Solar Energy »). Cela permet, selon les responsables du CDER, de « tisser des liens avec les experts internationaux de grande expérience, qui sont derrière les normes actuelles sur les équipements et systèmes solaires et constater le lobbying qui est derrière les négociations et le contenu des normes liés directement au secteur de l’industrie du solaire ».

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Le CDER participe dans le cadre mis en place par l’Institut Algérien de Normalisation (IANOR), à l’élaboration du programme national de normalisation dans les domaines des énergies renouvelables. On sait que le CDER a procédé au développement et à la mise à niveau de deux laboratoires désormais normalisés (le Laboratoire d’essai capteurs et chauffe-eau solaires et le Laboratoire d’étalonnage des pyranomètres) dont il a engagé le processus d’accréditation.
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Cet article a été publié dans le quotidien algérois Reporters.

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Un accompagnement d’experts néerlandais pour une centrale solaire en Algérie

L’Algérie va bénéficier d’un accompagnement du CTCN (Climate Technology Centre & Network), organe de transfert de technologie et de renforcement des capacités des pays en développement, sous l’égide de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements climatiques, pour la réalisation d’une centrale photovoltaïque d’une capacité de 1 mégawatt, dans la nouvelle ville de Boughezoul, à 89 km au sud de Médéa.

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par M’hamed Rebah

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Cette centrale sera le résultat du partenariat entre le Centre de développement des énergies renouvelables (CDER) et le groupe privé algérien Condor, a précisé lors d’un workshop dédié au volet technique du projet, le Pr Yassaà Noureddine, directeur du CDER, cité par l’APS (Algérie Presse Service). Selon la même source, des experts du Centre de recherche néerlandais (ECN) ont participé à cet atelier aux côtés des chercheurs du CDER et des chercheurs et cadres techniques du Groupe Condor. Ils sont en Algérie dans le cadre d’un accord signé entre les deux pays (Algérie-Pays Bas), portant sur un échange d’expertises dans le domaine de la recherche scientifique et le développement technologique des énergies renouvelables. Ils assureront un accompagnement technique au projet.

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Pour le Pr Yassaà, cette future centrale a une importance stratégique dans la mesure où elle apportera au chercheur algérien la maîtrise exigée par ce type de technologie. Dans ce sens, ajoute-t-il, c’est la première expérience du genre, qui sera lancée par l’Algérie, qui a déjà fait appel à des entreprises étrangères pour la réalisation de 23 centrales photovoltaïques, entre 2014 et 2016.

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Rappelons qu’un autre accord, algéro-allemand celui-là, dans le cadre du « pôle technologique » de la nouvelle ville de Boughezoul, avait été signé en octobre 2012, concernant un projet de tour hybride gaz-solaire qui devait servir de station d’expérimentation des énergies renouvelables, dans les conditions particulières de cette zone : vents fréquents, soleil abondant, vent de sable, environnement semi-aride. Le projet de cette nouvelle ville comprend par ailleurs une dimension « économie verte » qui a motivé une opération de volontariat le 5 juin dernier, à l’occasion de la célébration de la journée mondiale de l’environnement, consistant en plantations d’oliviers à la périphérie du site sur une superficie de 600 hectares à l’intérieur de la bande verte qui ceinture le périmètre urbanisable.

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Cet article a été publié dans le quotidien algérois Reporters.
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Une campagne européenne contre le déversement des plastiques en mer

SPITS (Stop Plastic In The Sea) est une campagne d’Initiative Citoyenne Européenne (ICE) portée par l’association Expédition MED. Il s’agit de rassembler un maximum de signataires pour inciter la Commission européenne à étudier formellement 14 actions visant à prévenir et à remédier au déversement continu des plastiques en mer.

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par Marie Lescroart

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Voici le lien pour lire et signer la pétition.

http://www.expeditionmed.eu/fr/category/agir-avec-nous/je-signe-la-petition/

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L’association Expédition MED a détourné des extraits du film le Grand Bleu pour faire le buzz de la campagne SPITS. A visionner ci-dessous !

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expedition-mer-mediterraneeLes 14 actions que vous soutenez si vous signez et relayez cette pétition :
– Encadrer la production, la consommation et l’importation des produits plastiques à usage unique non biodégradables et non recyclables (N° 1) ou produits plastiques à longue durée de vie (N° 2) ou les produits contenant des microbilles plastiques présentes par exemple dans les produits cosmétiques et les savons industriels (N° 5) ou encore les granulats de résines plastiques, vierges ou recyclées (N° 6);
– Favoriser l’utilisation de résines plastiques imprimantes 3D (N° 3);
– Filtrer les fibres textiles dans les eaux usées avant rejet dans le milieu (N° 4);
– Réglementer et encadrer la conception et l’usage des filets et lignes dérivants (N° 7);
– Interdire l’importation, la production, et l’utilisation des plastiques oxo-fragmentables (N° 8);
– Communiquer explicitement vers le grand public : affichage lisible sur les produits de consommation (N° 9), fiche descriptive par type de plastique et d’additif (N° 10), labels européens « plastique biodégradable et compostable » (N° 12), biodégradabilité des étiquettes d’identification pour les fruits et légumes (N° 13);
– Développer les filières de mise en consigne des plastiques réutilisables (N° 11);
– Programmer l’arrêt à très court terme des mises en décharge à ciel ouvert de déchets plastiques à moins de cent kilomètres du littoral (N° 14).

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Pour en savoir plus sur Expédition MED : www.expeditionmed.eu

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PS de Marie Lescroart (JNE)
Le Festival du livre et de la presse d’écologie, qui se tiendra les 8 et 9 octobre au 100, Etablissement culturel solidaire sis au 100 rue de Charenton dans le XIIe arrondissement à Paris, propose le samedi 8 octobre, de 15 h 30 à 16 h 30, une table ronde « L’océan, la pollution et nous » que j’aurai le plaisir d’animer.
L’acteur Jean-Marc Barr y jouera les porte-parole d’Expédition MED, aux côtés de Henry Augier, spécialiste des problèmes de boues rouges, et de Maëlle Capello, de l’association Zéro Waste France.
On vous y attend nombreux !

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Le parc national de Yellowstone : la nature sauvage comme leçon d’écologie

Malgré un tourisme à l’américaine générateur d’une importante circulation routière, le Parc national de Yellowstone (PNY) reste un écosystème à haut degré de naturalité doublé d’un paysage unique au monde.

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par Jean-Claude Génot

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Une des expressions du super volcan de Yellowstone – photo Jean-Claude Génot

N’oublions pas que Yellowstone est un parc national dont la devise, inscrite sur l’arche de pierre de l’entrée nord de Gardiner, est « pour le bénéfice et le plaisir de la population ».

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Nous sommes dans un haut lieu de la naturalité, mais pas dans les fameuses aires de wilderness qui dépendent d’une autre législation propre aux Etats-Unis (le Wilderness Act de 1964) et dont l’objet est de permettre aux gens de traverser à pied, à cheval ou en canoë un espace sauvage sans route et sans installation humaine permanente, rappelant l’idéal mythique du pionnier à la découverte de l’ouest américain.

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Ce haut plateau de plus de 2000 m, entouré de montagnes d’environ 3000 m, n’est autre que la caldeira d’un volcan qui sommeille sous ce vaste espace des Montagnes rocheuses, situé entre le Wyoming (la plus grande part du PNY), l’Idaho et le Montana. Cette caldeira de 1600 km2 résulte d’un effondrement du cratère d’un volcan dont le magma (roche en fusion à 500 ° C) est situé entre 3 et 10 km d’épaisseur de la croûte terrestre, alors que normalement il est à 30 km de profondeur.

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La chambre magmatique de ce super volcan est la plus grande au monde, et lors de sa dernière éruption importante il y a 640 000 ans, les cendres ont recouvert une grande partie des Etats-Unis actuels. On voit aujourd’hui les traces de ces éruptions dans les roches volcaniques comme l’obsidienne (omniprésente sur les rives du lac Shoshone), la rhyolite ou l’andésite, sans oublier les orgues basaltiques visibles sur certaines falaises ou encore des arbres pétrifiés comme ce sequoia enterré sous les cendres volcaniques il y a 45 à 50 millions d’années, situé à 2,4 km de Tower Roosevelt.

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Avec un tel volcan, rien d’étonnant à ce que ce Parc rassemble 10 000 phénomènes géothermiques, dont 300 geysers (celui d’Old Faithful peut cracher des jets d’eau de 60 mètres de haut), des fumerolles ou puits de vapeur, des sources chaudes où l’eau n’est pas assez contrainte pour former des geysers et dont les couleurs magnifiques sont dues à la réfraction de la lumière sur les particules minérales en suspension et les microorganismes vivant dans les eaux chaudes (bactéries, algues, champignons, protozoaires.

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Notons qu’une de ces bactéries thermophiles vivant dans les sources chaudes de Yellowstone produit une enzyme thermostable à la base d’une réaction en chaîne de polymérase, méthode employée pour amplifier l’ADN, ce qui a valu à son découvreur un prix Nobel et des millions de dollars, des marmites de boue où l’acide sulfurique dissout la roche en argile qui se mélange avec les eaux souterraines pour former de la boue et des terrasses de travertin (carbonate de calcium) spectaculaires comme à Mammoth Hot Springs.

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C’est encore l’activité géothermique qui explique l’origine du nom du Parc. En effet « la roche jaune » vient de l’altération hydrothermale du fer dans les roches (et pas du soufre comme on pourrait le penser). On peut observer ces roches jaunes dans le magnifique canyon de la rivière Yellowstone. La terre bouge en permanence (1 000 à 3 000 secousses par an), mais avec une faible amplitude. Le dernier gros tremblement de terre date de 1959 et fit 28 victimes.

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Rien n’est permanent dans le relief du PNY : des geysers peuvent apparaître tandis que d’autres disparaissent, des pans de montagne dégagent de l’anhydride sulfureux et des dépôts siliceux ou carbonatés qui modifient la topographie des lieux, les acides tuent les arbres. Bref, le super volcan est l’un des grands architectes de ce vaste espace naturel. De plus, ils conditionnent la vie de nombreux animaux, notamment en hiver.

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Les glaciers de près de 500 mètres d’épaisseur ont eux aussi contribué à modeler le relief et permis à de nombreux lacs de se constituer. Dans le nord du Parc, les bras des glaciers ont laissé ça et là des rochers solitaires comme sur le plateau de Blacktail. Ainsi glaciers et volcan nous montrent qu’ici le changement est constant, mais à des échelles spatio-temporelles variables selon les phénomènes.

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Les séquelles du grand incendie de 1988 dans le Parc de Yellowstone aux Etats-Unis – photo Jean-Claude Génot

Le dernier changement majeur dont on voit partout les traces dans le PNY est l’impact des incendies de 1988. Ce changement se situe à la vaste échelle du paysage puisque 322 000 ha de forêts ont brûlé (36 % du PNY). Les forêts ont accumulé de grosses quantités de bois mort à cause d’importants volumes de bois renversés par une tempête quatre années plus tôt. Les vents sont fréquents et parfois violents sur ce haut plateau. L’été 1988 fut l’un des plus secs jamais enregistrés depuis la création du Parc et la foudre a provoqué le départ des feux. Le vent a fait le reste puisque certains feux ont avancé de 3 km en une heure.

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Malgré les efforts des pompiers, ce grand incendie n’a été véritablement éteint que grâce aux chutes de neige intervenues en septembre de la même année. Où que le regard porte, il y a toujours un pan de montagne envahi par la régénération naturelle des pins tordus (Pinus contorta) surplombés des troncs brûlés, blanchis par les éléments. Quand on parcourt ces zones incendiées, on voit d’importants volumes de bois mort sur pied ou au sol pour le plus grand plaisir des pics (Sphyrapicus thyroides, Picoides tridactylus), mais aussi pour le très joli oiseau bleu de montagne (Sialia currucoides) qui niche dans les trous creusés par les pics.

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La forêt du PNY est une forêt boréale pour laquelle le feu est un moteur de la sylvigenèse. Le feu permet de contrôler certaines maladies et insectes phytophages. Il fertilise le sol avec ses cendres, crée des ouvertures dans l’épais manteau forestier et surtout permet de libérer les graines contenues dans les cônes de pin recouverts d’une résine que le feu fait fondre.

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Si les feux ne sont pas trop violents, la forêt repousse à peu près partout, notamment grâce à la banque de graines contenue dans le sol. Mais dans le cas de cet énorme incendie de 1988, le « combustible » au sol était si important et le feu si intense que de nombreuses graines et racines situées sous terre ont été détruites alors qu’elles sont normalement protégées. C’est pourquoi plus de 25 ans après l’incendie, certains versants ne sont toujours pas colonisés par les jeunes pins, mais par des graminées,. En forte pente, la roche est parfois mise à nue. Evidemment, les ongulés sauvages mettent à profit ces nouveaux pâturages, ainsi que les ours noirs en quête de bulbes, de plantes herbacées et de racines au printemps. Le tétras obscur (Dendragapus obscurus) fréquente également ces zones dégagées par les feux à la recherche d’insectes, mais à condition de ne jamais trop s’éloigner de la forêt pour s’y réfugier.

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Le PNY a été modelé par les glaciers, il l’est toujours par le volcanisme et il peut être encore façonné par le feu. Mais qu’en est-il du climat considéré comme très rude ? La pluviométrie annuelle varie entre des extrêmes, de 300 mm dans le nord du Parc à 2 000 mm à l’extrémité sud-ouest. Il règne donc un climat aride dans la partie septentrionale du PNY, avec un paysage ouvert dominé par des prairies à armoise (Artemisia tridentata). Mais il suffit de parcourir ce secteur du Parc pour se rendre compte que l’absence d’arbres ne doit rien au climat plus aride comme en témoignent certains enclos où poussent de nombreux trembles, mais bien plutôt aux populations d’herbivores, à savoir cerfs et bisons (les bisons qui avaient presque disparu à la fin du XIXe siècle ont vu leurs population se reconstituer grâce à un élevage en captivité effectué dans le PNY de 1907 à 1952), qui comptent à Yellowstone leurs plus gros effectifs des Etats-Unis.

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La Lamar, vallée sans saule ni tremble où se concentrent cerfs et bisons dans le Parc national de Yellowstone, aux Etats-Unis – photo Jean-Claude Génot

Dans la partie nord du PNY, le tremble a fortement régressé par l’abroutissement des cerfs et l’écorçage des bisons. Dans les vallées, les rivières comme la Lamar sont dénuées de saules et de trembles, ce qui a entraîné des effets en cascade, à savoir un recul du castor, une déstabilisation des berges et la disparition de frayères pour certains poissons. C’est cette situation qui a conduit les biologistes du Parc à proposer le retour du loup en 1995 et 1996. Mais bien avant que cette densité d’herbivores n’augmente grâce à la protection du Parc au point de limiter le développement des arbres, les prairies à armoise ont pu avoir pour origine lointaine les feux pratiqués par les Amérindiens.

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Un autre exemple d’élément façonnant les écosystèmes est la réintroduction du loup dans le PNY. Ce grand prédateur a entraîné de profonds changements dans tout l’écosystème de Yellowstone. D’abord, il a réduit fortement les densités du coyote, un concurrent pour certaines proies. Le loup exerce une régulation de ce méso-prédateur sans consommation, ce qui a permis aux proies du coyote, oiseaux et petits mammifères, de se rétablir, ainsi que les populations de leurs autres prédateurs (rapaces, renard). Mais ce sont surtout leurs proies favorites, cerfs et bisons, que les loups ont le plus influencé. Les loups s’attaquent préférentiellement aux cerfs qui sont plus vulnérables que les bisons. Parmi les cerfs ou wapitis, les loups tuent plus facilement les jeunes et les individus âgés car les adultes peuvent leur infliger des blessures en se défendant.

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Mais les loups peuvent aussi tuer des bisons, de préférence des jeunes, notamment en fin d’hiver quand les cervidés sont en meilleur état physiologique. Il s’agit d’animaux affaiblis par le manque de nourriture. Si le cerf peut se défendre individuellement, les bisons peuvent venir en aide à un des leurs attaqué par les loups. Pour les cerfs comme pour les bisons, la fuite est un moyen de se défendre. C’est là que les conditions hivernales sont capitales dans la relation entre le prédateur et ses proies. En effet, quand la neige est profonde et qu’elle dure longtemps, cerfs et bisons sont beaucoup plus vulnérables aux attaques des loups. Avant le retour des loups, la mortalité hivernale des cerfs et des bisons était uniquement liée au manque de nourriture.

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Depuis leur retour, les loups tuent des animaux affaiblis, mais aussi des individus en pleine forme qui sont piégés dans la neige profonde ou dans des rivières trop profondes lors de leur fuite. Pour faire face à cette nouvelle menace, les cerfs se regroupent et se déplacent sur de plus grandes zones. Mais la taille de leurs groupes dépend également de l’enneigement. Pour les cerfs, la vie tranquille est terminée. Il faut veiller, bouger, fuir et se défendre. Il leur faut minimiser le risque de prédation et maximiser l’apport de nourriture. Mais finalement les cerfs n’ont pas changé le type d’habitat qu’ils aiment fréquenter, à savoir les zones géothermales avec une nourriture plus abondante et de meilleure qualité.

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Pour le loup lui-même, la vie à Yellowstone n’est pas un long fleuve tranquille et ses populations sont soumises à des fluctuations depuis son retour. Ainsi l’effectif d’origine est de 31 loups relâchés entre 1995 et 1996. La population est montée à 174 individus en 2003, puis elle est redescendue à moins de 100 aujourd’hui. Ce changement est rapide comme le montre la situation dans la zone de la tête de bassin de Madison bien étudiée par les biologistes : 5 loups en 1 meute en 1997, 45 loups en 4 meutes en 2004 et 16 loups en 2 meutes en 2006. Aucune meute ne reste stable bien longtemps. Ainsi la meute de la Lamar, vallée qui fut la première installée après la réintroduction et a compté plus d’une dizaine d’individus, n’en compte plus que 3 en 2016 (communication orale de Doug MacLaughlin).

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Parmi les causes de régression des loups dans le PNY : la diminution des cerfs due à la prédation, mais aussi leur déplacement hors du Parc, l’émigration des loups vers d’autres territoires et la concurrence intra-spécifique très forte entre les meutes qui conduit à des combats mortels entre adultes, voire à l’élimination des jeunes par des adultes d’une meute adverse. Cette concurrence est d’autant plus forte que le nombre de proies diminue. Parmi les autres causes de mortalité : les blessures mortelles infligées par les cerfs (il n’est pas rare de retrouver des loups noyés pour avoir tenté d’attaquer un cerf dans une rivière), le braconnage en dehors du Parc et certaines maladies comme la gale, la maladie de Carré et le parvovirus canin.

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Le changement est constant et même certaines lois écologiques sont remises en cause à Yellowstone. Ainsi dans la zone de la tête de bassin de Madison, les loups ont provoqué une baisse de l’abondance des cerfs de 60 à 70 %. Alors que le déclin des cerfs était significatif, les loups ont continué à tuer une proportion plus grande de cerfs. Or la relation prédateur-proie, dépendante de la densité, aurait dû conduire les loups à un phénomène de régulation ou à un report sur une autre proie comme le bison, mais ce dernier est bien moins vulnérable que le cerf. Ce qui s’est passé à Madison laisse penser aux biologistes que le cerf pourrait être entièrement éliminé de cette zone par les loups.

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L’absence de migration des cerfs dans cette zone pourrait être liée à des causes anthropiques à l’extérieur du Parc. Autre effet en cascade provoqué par les loups, les carcasses qu’ils laissent nourrissent des rapaces, des corvidés, des renards et des grizzlys. Ces derniers ont vu des sources de nourriture se tarir comme les cônes du pin à écorce blanche (Pinus albicaulis), victime d’insectes, ou encore les truites indigènes du lac Yellowstone éliminées par une truite exotique introduite en 1994 et qui se reproduit dans les eaux profondes du lac et non pas dans les rivières comme la truite locale, plus facile alors à être capturée par ses prédateurs. Les grizzlys ont également reporté leur prédation sur les faons de cerfs au printemps au lieu des truites en fort déclin. Cela renforce la réduction des populations de wapitis, déjà victimes des loups, par la mortalité de leurs faons. Yellowstone recèle encore de nombreux secrets sur la biologie de ses habitants. On ne redira jamais assez à quel point les vastes zones en libre évolution (9000 km2), riches de leur nature sauvage, sont également précieuses pour comprendre l’écologie.

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L’auteur de ce texte a séjourné dans le PNY 12 jours en fin d’été 2014 et 10 jours début mai 2016.

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Bibliographie

Garrott Robert A., White P.J. & Watson Fred G.R. 2012. The Ecology of Large Mammals in Central Yellowstone. Sixteen Years of Integrated Field Studies. Volume 3 in the Academic Series. 693 p.

Wallace David Rains. 2008. Yellowstone. Official National Park Handbook. 127 p.

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Le 5e Congrès International de la Décroissance à Budapest

Après Paris (2008), Barcelone (2010), Montréal – Venise (2012) et Leipzig (2014), Budapest a accueilli le 5e Congrès International de la Décroissance pour cinq jours, entre le 30 août et le 3 septembre 2016.

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par Suzanne Körösi

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A deux pas du Danube et du grand marché monumental dessiné par Eiffel, l’Université Corvinus (alias Faculté de l’Économie Karl Marx) a reçu plus de six cents participants dans son grand amphi et dans seize salles de cours. La Semaine de la décroissance, en complément de ce programme universitaire très riche, a pu élargir le public tout en impliquant divers lieux dans la ville. Une belle innovation, ce sont les producteurs locaux, la plupart bio, qui ont nourri et abreuvé les participants, pour enfin créer une cohérence entre les principes et la pratique de la décroissance à l’échelle d’un tel événement.

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Les organisateurs, dont un petit noyau de jeunes Français militants du mouvement de la décroissance, grands amoureux de Budapest, y vivant depuis plusieurs années, avaient décidé il y a deux ans de proposer d’accueillir le Congrès de 2016. Les relations tissées pendant des années non seulement avec des économistes et des militants hongrois, mais aussi avec les lieux alternatifs culturels, avec les associations et avec des producteurs locaux et bio, leur ont permis de donner une belle place à la convivialité.

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Leur ambition était entre autres de montrer sous un angle peu connu ce pays aujourd’hui mal-aimé depuis que Viktor Orbàn est au pouvoir. Ils voulaient faire voir que dans ce pays malmené par ce quasi dictateur, ennemi de la démocratie et de l’entente entre les peuples, il y a une vie parallèle, souterraine, une réelle résistance. Pendant ces cinq jours, ils ont convaincu les participants universitaires et le public international que la Hongrie n’est pas que cet affreux Orbanistan, mais aussi le pays d’un dynamisme social remarquable.

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A l’ouverture de la Conférence, on a pu entendre les souvenirs de Mme Alexandra Köves, enseignante à Corvinus, dont l’anglais témoigne de longues études aux États-Unis, qui rappelait son enfance marquée par des pénuries de toute sorte. Elle a évoqué les attitudes diverses des générations de 40–50 -60 ans vis-à-vis de la consommation en Hongrie. Si beaucoup d’entre eux voyaient avec frustration le déploiement de la société de consommation dans le monde dit développé et étaient convaincus de la supériorité de ces sociétés par rapport à la leur, beaucoup d’autres reconnaissent aujourd’hui les bons côtés de la frugalité, et sont aujourd’hui plus réceptifs aux idéaux de la décroissance.

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L’un des soucis des organisateurs était de donner la parole à la région de l’Europe centrale et orientale. Cela veut dire la présence d’un bon contingent de sociologues et d’économistes hongrois, mais aussi des pays limitrophes, Serbie, Slovénie, République Tchèque. Leurs collègues autrichiens, allemands, espagnole, grecs, anglais, italiens français, américains du nord, du centre et du sud n’ont certainement pas regretté leur surpoids relatif.

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Deux bémols quand même. Le premier, dès la première plénière, un concept, celui de la « semi–périphérie » présenté par Mme Filka Sekulova, s’est imposé. Il s’agit des pays ex-socialistes ou communistes, mais aussi de la Grèce, en somme des pays qui ont du mal à se faire entendre dans l’Union Européenne.

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Pourtant, ils disposent, selon Mme Sekulova, des caractéristiques spécifiques qui vont bien avec la décroissance : riche expérience de la convivialité, d’auto-gestion, forte orientation vers la protection de l’environnement et vers la justice sociale. Bien que mal défini (est-ce un concept géographique, géopolitique, culturel, un amalgame de tout cela pour se distinguer des pays vraiment périphériques d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, ou simplement un mythe ?) il n’a été ni approfondi, ni mis en question lors des cinq jours.

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Le deuxième, M. Zoltàn Pogàtsa, économiste très médiatisé en Hongrie, lors de son intervention à la même plénière, a fait intervenir une analyse politique, ce qui était plutôt rare, il faut le dire, dans cette conférence. Ce qu’on pouvait regretter, c’est sa vision quelque peu décalée de la réalité en ce qui concerne le fonctionnement des institutions de l’Union européenne et leur indifférence (si ce n’est leur hostilité) vis-à-vis des enjeux de la décroissance. M Pogàtsa nous a expliqué que, selon lui, « l’obstacle majeur à ce que la Commission européenne puisse véhiculer les principes de la décroissance [sic] réside dans le fait que les États membres ont encore trop d’influence dans la prise des décisions de la Commission ».

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Il est difficile de faire le bilan de quelque 230 exposés qui se sont déroulés simultanément et ont brassé des thèmes très variés allant de « Science et décroissance » à « L’eau, cultures traditionnelles et l’avenir de décroissance » en passant par « Travail de care : vers un agenda féministe de la décroissance » ou « Le bonheur national brut et l’économie bouddhiste au Bhoutan et ailleurs ».

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Je me réfère au bilan de Mme Köves, selon lequel cette Conférence Internationale a fait beaucoup pour faire connaître les idées de la décroissance en Hongrie, si on en juge par le nombre d’articles – environ cent – parus dans la presse hongroise, et par la diversité des organes de presse qui se sont emparés du sujet.

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Elle a listé les questions récurrentes des journalistes. Pour en citer quelques unes : « La décroissance n’est-elle pas égale au dé-développement ? », « Comment faire accepter l’idée de la décroissance dans les pays pauvres ? », « Quel est l’effet de la décroissance sur l’emploi ? », « Qui doit mettre en place la décroissance puisqu’aucun homme ou femme politique ne le fera ? ».

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Mme Köves a cité aussi les réactions négatives les plus fréquentes : « La décroissance est sympathique mais infaisable », « Ceux qui prônent la décroissance, ce sont des communistes, des marxistes, des hippies ou des terroristes », puis positives : « La décroissance est une idée enthousiasmante », « La décroissance est la voie du XXIe siècle », « Quand, où, comment puis-je m’impliquer ? ».

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La Semaine de la Décroissance renforce le bilan positif : la découverte des lieux où les réunions et débats militants, concerts, ateliers divers de recyclage et de DIY (Do It Yourself) se sont déroulés, les excursions pour rencontrer des jardiniers urbains et producteurs bio. Ainsi les congressistes ont pu entrer dans un réseau foisonnant de centres sociaux autogérés dans des quartiers pauvres, qui sont des lieux à la fois de rencontres hauts en couleurs, où on sert à boire et à manger pas cher, pour financer l’action sociale visant les sans-abri, les roms, les femmes victimes de violence, les chômeurs, les jeunes artistes.

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Dans ces centres, on édite et diffuse des brochures et on organise des réunions de formation à l’intention à tous ces exclu-e-s sur leurs droits, avec le but qu’eux-mêmes deviennent des formatrices et formateurs des autres. Comme quelqu’un disait dans l’un de ces lieux, « ces jeunes ne participent pas aux jeux politiques ; ils sont invisibles pour les politiques. Mais ce sont eux qui représentent la véritable résistance au régime d’Orbàn. En préparant une fois par semaine 300 repas pour offrir sur la Place Blaha (dans le cœur de Budapest) aux SDF de Budapest, un large réseau de résistants se rencontre à travers un travail collectif. »

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Budapest marque certainement un moment important dans la réflexion sur la décroissance. Serge Latouche (absent de cette conférence) insiste sur le fait que la décroissance n’est pas une théorie, mais plutôt un slogan qui doit faire tilt, faire comprendre que dans un monde limité, une croissance illimitée, devise de tous les hommes (et femmes) d’Etat, et des économistes proches d’eux, est un non-sens. A Budapest, il semble que les intervenants étaient d’accord sur le fait que ce slogan a largement pénétré la société civile en Europe, en Asie et en Amériques du Sud et du Nord, que le mouvement de la décroissance a ainsi, en quelque sorte, atteint son but.

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Quel est donc l’avenir de ce mouvement ? Doit-il continuer à affirmer sa particularité ou tout en insistant sur la nécessité des alliances avec les mouvements environnementaux, anti-gaz-de-schiste, anti-OGM, anti-grands projets inutiles, des ZAD, de non-exploitation des ressources fossiles, de chômeurs, de femmes, de petits paysans, d’immigrés, de réfugiés, etc., doit-il assumer sa « dissolution » dans ces derniers ? En tout cas, comme il ne s’agit pas d’un parti, mais d’un ensemble de militants et d’universitaires, rien n’a été décidé sauf qu’il faut commencer à préparer la prochaine Conférence de la décroissance, qui aura lieu dans deux ans.

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Ile de Flores en Indonésie : du dragon au Hobbit

L’île de Flores, en Indonésie, est célèbre pour son dragon, qui est en fait un varan géant, et pour la découverte récente par les anthropologues d’ossements humains appartenant au tout petit Homo floresiensis, surnommé familièrement le « hobbit ».

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par Annik Schnitzler

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L’île volcanique de Flores est située au cœur des petites îles de la Sonde, en Indonésie. Elle n’a jamais été reliée aux petites îles voisines de Bali, Lombok ou Timor, et encore moins aux grandes îles plus lointaines comme Sulawesi ou la Papouasie, même aux temps glaciaires durant lesquels le niveau de la mer s’était considérablement abaissé. C’est dire à quel point cette île est isolée naturellement. Elle l’est également par les puissants courants marins qui l’entourent.

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On ne s’étonnera donc pas de l’extrême pauvreté de sa faune. Autre caractéristique de cette ile peu ordinaire, elle se situe à l’ouest immédiat de la ligne de Wallace qui sépare deux énormes masses continentales, l’Indo-Malaisie et Australie-Bornéo depuis des millions d’années. Les faunes des deux côtés de cette ligne y sont très différentes. Ainsi, le tigre s’est arrêté à Bali à l’Ouest de la ligne, et les marsupiaux à l’Est.

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Dragon de Komodo -photo Sophie Schnitzler

Cette île modeste en taille (360 km de long) est célèbre dans le monde entier pour son « dragon », qui est en fait un varan géant (Varanus komodoensis) connu avec ses 3 mètres de long pour être le plus gigantesque lézard du monde actuel. Autre curiosité, la découverte récente par les anthropologues d’ossements humains appartenant à une humanité minuscule, Homo floresiensis, surnommé familièrement le « hobbit ».

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Gigantisme et nanisme sont deux adaptations bien connues des petites îles isolées durant de très longues périodes. Ces deux processus s’expliquent, pour les petites espèces devenues géantes, par l’absence de prédation, et pour les grandes espèces devenues naines, par le fait que de grands animaux ne peuvent vivre des millénaires sur des espaces trop restreints sans disparaître en quelques générations, par manque de place.

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Gigantisme et nanisme se sont bien produits sur l’île, mais pas pour le dragon et sans doute pas non plus pour le hobbit. En revanche, deux éléphants devenus nains, du genre Stegodon, se sont succédé dans le temps jusqu’à la fin du Quaternaire ; et il existe toujours deux espèces de rats géants sur l’île. D’autres espèces géantes ont fréquenté ou fréquentent toujours l’île : un oiseau (un marabout de 1 m 80), une tortue géante, tous deux disparus, et une chauve-souris frugivore qui d’ailleurs peut s’observer dans différentes îles indonésiennes.

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Quant au « dragon » et à l’homme de Flores, comme cela a été dit, l’histoire est différente. Le dragon de Komodo est, on s’en doute, un fossile vivant. Ce carnassier redoutable, à la morsure toxique et mangeur de grands mammifères, est arrivé d’Australie (où sa présence date de 3,8 millions d’années), il y a 900 000 ans. Déjà géant sur ce continent, il n’a donc guère changé de taille depuis. Cette découverte est récente : un grand scientifique américain, Jared Diamond, n’avait-il pas suggéré auparavant qu’il avait grandi pour dévorer les petits mammouths ? Comme quoi il ne faut pas croire tout ce qu’on écrit, même par des auteurs fameux. Je continue toutefois d’avoir une immense admiration pour cet ornithologue philosophe.

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Deux mille cinq cent dragons vivent sur les deux îles, Komodo et Rinca, ainsi que sur certains rivages de Flores. Sa distribution est donc réduite par rapport à son aire passée : en fait, il est en déclin déjà depuis 2000 ans ! Nous avons rencontré ce gigantesque reptile à plusieurs reprises sur l’île de Rinca, moins touristique que celle de Komodo, mais plus riche en varans géants. Certains font la star à proximité de l’entrée du parc, d’autres sont plus discrets et parcourent la savane.

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La rencontre d’un varan dandinant sur un sentier dans les collines sèches de l’île vaut vraiment le détour. Nous y avons aussi vu des nids, dont en général un seul est fonctionnel. Les autres sont des leurres pour éviter la prédation des œufs par un oiseau aptère de grande taille, le mégapode ou l’aigle de mer qui prédatent tous deux les petits. Autres ennemis des jeunes dragons : leurs congénères adultes qui les dévorent volontiers. Aussi vivent-ils sur les arbres le temps d’atteindre une taille suffisante.

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Le plus populaire des dragons est un gros individu étendu passivement à proximité des égouts d’une maison du parc national de Komodo, attendant sa pitance. D’autres sont plus actifs, on les devine capables de tuer les proies vivant aux alentours – le cerf de Timor, le sanglier, le buffle d’eau – toutes apportées par l’homme depuis des siècles ; Avant, que mangeait-il ? Sans doute des éléphants nains et le « hobbit ». D’ailleurs, quand on visite les îles actuellement, on est toujours accompagné de gardiens armés de bâtons, censés vous protéger d’attaques surprise. Pour admirer ses techniques de prédation, je conseille de voir l’épisode consacré aux reptiles et amphibiens de la superbe série Life de David Attenborough (BBC TV), qui inclut de très belles séquences sur le dragon de Komodo.

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L’existence du petit homme de Flores a été découverte en 2004, au centre sud de l’île, près de Ruteng, dans la grotte de Liang Bua. Les ossements trouvés ont été trouvés sur une longue période de temps, de 9  000 à 17 000 ans; mais sa présence pourrait être d’un million d’années.
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Cette découverte a fait l’effet d’une bombe dans le monde pour de multiples raisons. Tout d’abord, l’idée que deux espèces humaines se soient côtoyées jusqu’il y a 17 000 ans, voire moins de 12 000 ans, et non depuis 35 000 ans (date d’extinction de l’homme de Néandertal) a été un choc. Bien entendu, la question majeure a été la suivante : l’homme moderne l’a-t-il côtoyé dans l’île même ? Les dates pourraient à peu près coller, car les premières traces de Homo sapiens datent de 10 000 ans environ sur Flores, voire un peu plus loin dans le passé. A 2000 ans près, c’est possible. Des légendes recueillies par des ethnologues suggèrent la présence d’un autre homme sur l’île.

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Les caractéristiques du cerveau de cette espèce révélées par les études anthropologiques ont également stupéfié les chercheurs. Si on admet sa petite taille (1 m de haut) comme un résultat d’une insularité prolongée, on n’explique pas la taille du cerveau (400 cm3 contre 1300 cm3 pour l’homme moderne, même chez les pygmées d’Afrique ou d’Asie). 400 cm3, c’est même inférieur à Homo erectus, voire Homo ergaster qui ont sillonné l’Asie à partir de 1,8 million d’années.

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Pour les anthropologues, il n’est pas envisageable que le cerveau, siège de la cognition, ait pu régresser pour s’adapter à un environnement insulaire. D’abord parce que l’évolution du crâne et du corps passe par des processus différents, et ensuite parce que l’avantage d’un gros cerveau est plus élevé que le besoin en énergie qu’il exige. Aurait-il été atteint de microcéphalie ? De débilité mentale ? Mais alors, comment a-t-il pu survivre si longtemps, utilisant en outre le feu et des outils ? Ce petit homme vivait sans problèmes, en chassant les bébés mammouths et se défendant sans doute très bien contre les attaques des dragons, seuls prédateurs de l’île.

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Par ailleurs, l’allure générale du « hobbit » est aussi fort étrange : de longs bras, des tibias très courts et de longs pieds. Le crâne présente un torus (bombement frontal), la mâchoire inférieure n’a pas de menton, comme les hommes avant Homo sapiens. Aux dernières nouvelles, « Hobbit » serait un descendant d’un homme primitif encore non répertorié. Discrète, cette humanité de petite taille aurait colonisé l’île sans diminuer de taille, finalement. C’est sans doute ce qui l’a sauvé de l’extinction : une petite taille est idéale, on l’a dit, aux situations d’espaces confinés. Les curieuses caractéristiques des membres inférieurs ont été interprétées comme une adaptation au milieu montagneux, qui demande une bonne stabilité. Inutile aussi d’avoir de grandes jambes. Bien adapté, ce petit homme primitif a finalement vécu bien plus longtemps que l’espèce Homo erectus, dit aussi l’Homme de Java, qui a disparu de l’Asie depuis près de 20 000 ans ! On estime que les densités de ces petits hommes pouvaient avoir atteint 2000 à 5000 individus, soit une personne par 2 km² (chiffres calculés pour des chasseurs cueilleurs vivant en zone équatoriale avec mœurs semi nomades).
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La taxonomie de l’homme de Flores a soulevé alors d’autres questions. En effet, jamais encore on n’avait trouvé de spécimens d’une espèce d’homme primitive capable de traverser les mers pour coloniser des îles. Ils n’en avaient pas la capacité, pense-t-on. On suppose donc que les premiers arrivants ont pu arriver accrochés sur des troncs flottants, lors d’un cyclone ou d’un tsunami. Des cas semblables ont été observés après le tsunami de 2004 en Thaïlande (cas d’une femme enceinte qui est restée 5 jours sur un tronc, sans savoir nager, et d’un homme sauvé après 8 jours sur un tronc). De petites populations auraient pu survivre à la suite de tels événements, et se renforcer par la venue d’autres petites populations ultérieurement par d’autres cyclones. Par rapport à une colonisation voulue et préparée, incluant des femmes et des enfants en proportions équilibrées, les chances de survie à long terme sont évidemment bien moindres. Un vrai miracle en somme, qui s’est peut-être répété plusieurs fois. Les petites îles de la Sonde sont fréquemment soumises à ce genre de catastrophe naturelle.

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Quelques belles images du musée local, un peu défraîchies malheureusement, nous illustrent l’écosystème de Flores à la fin de la dernière glaciation, et celui qui l’a remplacé il y a 10 000 ans. Là aussi, il s’agit d’un autre mystère. Pourquoi certains géants (stegodon, rat sauf un qui survit encore, tortue, marabout) et un nain (homme de Flores) ont–ils disparu ? On a suggéré plusieurs causes : une éruption volcanique majeure, un changement climatique drastique, ou l’arrivée de l’homme moderne. Car notre espèce n’a pas été capable de venir dans l’île avant cette date très récente de l’histoire humaine en Asie. Cela est d’autant plus curieux que des hommes modernes vivaient dans l’île toute proche de Timor, depuis 40 000 ans.

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L’homme moderne a alors apporté d’autres animaux, qui existent toujours dans l’île (singe, porc qui ressemble beaucoup à un sanglier, buffle d’eau, cerf de Timor, chien, rat …). Tous sont les proies actuelles du dragon. Quant à l’homme de Flores, il aurait été chassé en tant que simple proie, car on suppose que l’homme moderne ne pouvait se reconnaître dans ce drôle de primate.

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Flores s’ouvre modestement au tourisme, contrastant violemment avec l’île de Bali toute proche. L’île n’est guère attractive par son climat pluvieux, sa ruralité, ses hôtels loin des normes occidentales pour l’intérieur du pays, ou sa route peu sécurisée après de fortes pluies (les éboulements sont nombreux, et les grosses pierres qui y tombent font frémir). Ce n’est que depuis 3 mois, en date de 2016, que le gouvernement fait une certaine promotion pour la visite de la grotte. Toutefois, je n’ai vu dans toute l’île aucune image un peu tapageuse du « hobbit », aucune publicité sur les plaquettes d’hôtels et les agences locales. Le contraste est grand avec le chouchou du pays, le dragon de Komodo, sculpté et dessiné à profusion !

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La venue de bus bondés de touristes curieux de voir la grotte où a été découvert le petit homme, et le musée attenant est encore une vue de l’esprit. L’étroite route défoncée qui permet de s’y rendre parcourt des forêts cultivées et de petits villages retirés qui étalent généreusement de jolis carrés de café aux couleurs diverses. Le passage de deux véhicules y est problématique, mais se résout avec le sourire. Et aussi : quel argument pour visiter la caverne, dont les précieux ossements sont conservés à Jakarta ? Pour les passionnés de l’histoire humaine toutefois, la visite de la grotte de Liang Bua, sorte de cavité béante disparaissant sous la végétation, laisse une impression extraordinaire. On peut encore librement, parcourir l’intérieur de cette grotte, toucher du pied les zones d’excavation, rêver devant les découvertes qui ne manqueront pas de voir le jour, grâce à des programmes bi-annuels de fouilles auxquels collaborent au moins quatre pays différents.

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Combat au fouet dans un village de Flores – photo Annik Schnitzler

Je donnerai donc un petit conseil pour finir : celui de visiter cette île très vite, avant que Liang Bua ne se transforme en vallée de la Dordogne bis. Et aussi pour une autre raison : le parcours de la route principale de l’île d’ouest en est, entre la grotte et la ville de Komodo, est certes un peu sportif et très long, mais permet de rencontrer quelques ethnies confinées, bien spécifiques de l’île. Sur la route, nous avons ainsi pu assister par hasard à une danse villageoise locale très colorée, laissant s’affronter deux jeunes gens au fouet. Certes, cela n’empêche pas les antennes de télé dans le village, les tee-shirts à l’occidentale, et les smartphones. Mais enfin, il reste quelque chose de sincère là dedans, qu’on ne ressent pas lorsqu’on assiste aux merveilleuses danses de l’île de Bali.

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Quelques sources bibliographiques

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Allen, J., Gosden, C., White, J.P., 1989. Bednarik, R.G., 1999. Maritime navigation in the Lower and Middle Palaeolithic. Comptes Rendus de l’Académie des Sciences 328, 559e563.
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Diamond, J.M., 1987. Did Komodo dragons evolve to eat pygmy elephants? Nature 326, 832.
Kaifu, Y., Fujita, M., 2012. Fossil record of early modern humans in East Asia. Quaternary
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Jessop, T.S., Madsen, T., Sumner, J., Rudiharto, H., Phillips, J.A., Ciofi, C., 2006.
Maximum body size among insular Komodo dragon populations covaries with large prey density. Oikos 112, 422–429.
Hocknull, S.A., Piper, P.J., van den Bergh, G.D., Due, R.A., Morwood, M.J., Kurniawan, I., 2009. Dragon’s paradise lost: palaeobiogeography, evolution and extinction of the largest-ever terrestrial lizards (Varanidae). PLoS ONE 4 (9), e7241. http://dx.doi.org/10.1371/journal.pone.0007241.

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Les Canaries : un réservoir de biodiversité aux portes de la Méditerranée

Ces îles volcaniques, à hauteur de l’Afrique du nord, sont les seules de l’Océan Atlantique à avoir été colonisées par l’homme préhistorique. Les îles Canaries ont ensuite été le point le plus occidental du monde connu par le monde antique. Homère en a fait l’île des Bienheureux, les Romains les îles Fortunées.

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par Annik Schnitzler

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Les Canaries sont aussi célèbres pour leur histoire naturelle. Les flancs de leurs montagnes abritent ainsi les derniers témoins vivants des immenses forêts tempérées chaudes qui couvraient le pourtour du bassin méditerranéen à l’ère Tertiaire. Autre curiosité naturelle, la faune et la flore établies sur ces îles au fil des millions d’années ont pris pour certaines espèces des formes singulières. La diversification en espèces à partir de quelques souches provenant d’Afrique y a aussi été fulgurante, élevant le pourcentage d’espèces endémiques (qui ont évolué sur place) élevé, proche des Galapagos : 21 % pour les plantes, 100 % pour les reptiles, 39 % pour les invertébrés.

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Un climat doux, des milieux variés et instables : les conditions indispensables pour une spéciation extrême

La diversité des milieux naturels est considérablement plus élevée que les autres îles de la Macaronésie (Cap Vert, Madère, Açores), car ces îles, au nombre de sept, n’ont ni le même âge, ni les mêmes caractéristiques géographiques.

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Les plus anciennes (Fuerteventura et Lanzarote) ont surgi des eaux il y a 22 millions d’années. Ce sont aussi les plus proches des terres émergées, soit à peine à 100 km des côtes de l’Afrique du Nord, et les plus sèches car peu accidentées.

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Les autres îles (Ténérife, Grande Canarie, Palma, Gomera) ont surgi plus tardivement et en sont aussi plus éloignées. La plus jeune, El Hierro (800 000 ans), est la plus lointaine de toutes (416 km). Ténérife détient le record des altitudes très élevées (3718 m) pour une surface limitée à 2075 km². D’autres sont moins hautes mais dépassent les 1000 m, ce qui leur permet d’accrocher l’humidité des alizés, du moins sur les flancs qui leur sont directement exposés. Globalement, le climat des Canaries est de type tempéré chaud à subtropical, avec une sécheresse permanente aux altitudes basses, en dessous des zones de brouillard créées par l’humidité des alizés.

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Une diversité unique liée à une explosion fulgurante des espèces

Si la proximité relative de l’archipel a favorisé l’arrivée de l’homme, elle a également permis une colonisation rapide de la faune et de la flore. Les plantes qui n’ont pu franchir la barrière des mers ont été celles à graines lourdes comme le chêne. Celles qui sont arrivées sur ces îles par les oiseaux ou par des radeaux de bois tombé des côtes, ont colonisé les îles une à une à partir des plus proches, en suivant passivement les courants qui longent la côte africaine, dont le courant froid des Canaries. Quant aux animaux, impossible pour les amphibiens et les grands mammifères de traverser l’océan, du moins à cette (courte) échelle de temps. Les animaux les plus aptes sont comme dans toutes les îles du monde, ceux qui peuvent voler, ou ceux qui survivent à une traversée en mer par les radeaux.

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Toutefois, un animal ou une plante arrivant sur ces terres n’a aucune chance de s’établir durablement, s’il ne s’adapte pas aux conditions locales. La plante arrivant sur une île volcanique a pour problème des substrats poreux ou compacts, un climat sec sur une grande partie des terres, un manque d’insectes butineurs pour assurer une reproduction sexuée rapide.

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Aeonium

Le genre Aeonium est particulièrement fécond en espèces © Annik Schnitzler


Les genres végétaux les plus chanceux ont été Aeonium de la famille des Crassulacées, Echium de la famille des Boraginacées, ou Sonchus de la famille des Astéracées.

.Chacun de ces genres a irradié en un nombre élevé d’espèces, chacune occupant un habitat différent. La palme revient au genre Aeonium (photo), avec 37 espèces, plus belles les unes que les autres.

Le genre Aeonium a été particulièrement fécond en espèces. Certaines espèces colonisent les laves récentes. Elles sont toujours d’une grande beauté lorsque leurs rosettes se surmontent d’une inflorescence en parapluie rose, jaune ou vert.

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Le tajinaste est endémique strict de Ténérife © Annik Schnitzler


Echium
a aussi ses vedettes, les célèbres tajinastes qui colonisent les flancs des volcans et ornent tous les jardins des îles de leurs splendides hampes florales. Mais la beauté de ces fleurs est le reflet d’une adaptation particulièrement réussie aux rigueurs du milieu canarien. Pour survivre sur les laves, la plupart d’entre elles, herbacées sur leurs terres d’origine, l’Afrique, sont devenues ligneuses. Les laves les plus compactes se couvrent ainsi, en quelques siècles, d’herbacées ligneuses de près d’un mètre.

Le tajinaste (photo) est endémique strict de l’île de Ténérife, et présent sur toutes les cartes postales de l’archipel. Certains individus atteignent 3 m de haut. Ils poussent en colonies sur les flancs du volcan Teide et fleurissent quelques semaines en mai. A ne pas manquer pour qui visite les hauteurs de ce magnifique volcan.

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Autre adaptation : pour se reproduire, la plupart de ces espèces sont ainsi devenues monocarpiques. En d’autres termes, elles vivent quelques années à l’état végétatif, puis fleurissent en grandes hampes florales atteignant parfois 3 m de haut, et vivement colorées qui meurent en fin de floraison. La concentration en grandes fleurs colorées et riches en nectars est en effet très attirante pour les quelques insectes présents, auxquels s’ajoutent les lézards et les oiseaux, dont le célèbre canari.

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Une autre particularité des plantes canariennes, partagée avec les Galapagos, est la rareté de la dioécie (soit les sexes séparés) qui est de 10 %. La raison ? Sans doute éviter l’endogamie (reproduction entre parents) et la mort de l’espèce à terme.

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Les animaux ont également leurs vedettes. La plupart des oiseaux sont endémiques (martinet, corbeau, pinson, pouillots, outarde, buse, pigeon, mésange bleue, rouge-gorge) et certains très rares et très limités en populations, car les habitats qu’elles ont rencontrés sur les îles sont de petites dimensions. En parcourant les forêts, on entend leurs chants quelque peu transformés par l’isolement, mais bien reconnaissables : curieux, après tant de milliers d’années d’isolement !

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Le gigantisme insulaire touche aussi les Canaries

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Genévrier de Phénicie de l’ile de El Hierro –  © Annik Schnitzler

Comme de nombreuses îles, les Canaries ont leurs géants, autant chez les plantes que chez les animaux. `

Le dragonnier, arbre aux allures préhistoriques et très rare, atteint des dimensions spectaculaires (17 m pour une Monocotylédone, c’est plutôt rare !) dans la ville d’Icod à Ténérife ; dans les forêts de pins canariens où certains individus ont des diamètres de près de 1 m 50, et surtout dans les zones arides et venteuses occupées par des genévriers géants, pliés par le vent sur plusieurs mètres.

Les plantes colonisatrices des laves comme le tajinaste sont d’autres exemples spectaculaires de gigantisme pour les plantes anciennement herbacées.

 

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Rat géant de l’île de El Hierro © Annik Schnitzler

Parmi les mammifères, il existait un rat du groupe Pelomys arrivé du continent africain il y a environ 6 millions d’années avec un poids de 200 g et devenu « géant » sur l’île de El Hierro, avec une taille de 50 cm et un poids de 1,5 à 2 kg Un autre rongeur (une souris) proche du genre Mus (Malpaisonys insularis) vivant dans les laves atteignait 11 cm, et était fort commun il y a 2000 ans.

Les lézards ont fait mieux : sept d’entre eux sont devenus géants, répartis de 1 à 3 par île. Le plus impressionnant d’entre eux, le lézard goliath, atteignait 1 m 50. Il vivait dans les grottes naturelles des iles de Tenerife, de El Hierro et de la Gomera. Un exemplaire momifié par les premiers hommes arrivés sur ces îles il y a deux millénaires, a été retrouvé dans une grotte. Ces lézards ont sans doute été consommés par ces populations lors de leur établissement sur les îles. Certains d’entre eux existent toujours. Le plus grand atteint 80 cm et vit confortablement au milieu des hommes dans la Grande Canarie.

A Hierro, le gros lézard de 50 cm Gallotia simonyi est nettement plus vulnérable. Une petite population survivante trouvée dans les laves de El Golfo dans les années 1970 fait l’objet de mesures de conservation sévères dans des terrariums et d’un suivi des populations sauvages par collier émetteur. Ces lézards sont herbivores à l’âge adulte. Ils sont représentés dans les musées des grandes îles, ou conservés à l’état de squelettes.

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Les raisons des tendances à devenir géants pour les petites espèces varient selon que ce sont des plantes ou des animaux. Le gigantisme des plantes est associé au retour à l’état ligneux, parfois non exprimé depuis des millions d’années sur les continents, mais qui peut resurgir en conditions extrêmes,. Chez les animaux, on suppose que l’absence de prédation (puisque les grands mammifères n’arrivent pas sur les îles) permet aux rongeurs et aux lézards de grandir, puisqu’ils n’ont plus à se cacher.

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Des forêts uniques disparues sur le pourtour méditerranéen depuis l’ère Tertiaire

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La laurisylve canarienne © Annik Schnitzler

Les plus célèbres des forêts sont les laurisylves canariennes qui n’ont pu survivre aux épisodes glaciaires sur les bordures de la mer Méditerranée. Aussi nommées « forêt de brouillard », elles tirent profit des brouillards fréquents aux altitudes moyennes des îles. Elles présentent des caractéristiques de forêts tropicales : une grande richesse en espèces ligneuses (ici 18 espèces) et une architecture complexe liée à l’encombrement végétal sur 20 m. La photo (à gauche) montre la canopée dense où les individus trouvent tous leur place dans un espace réduit, en emboîtant les couronnes les unes dans les autres sans se toucher. On appelle cela la « timidité des cimes ». Très rare à observer dans les forêts d’Europe.

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Ces forêts dominées par des espèces ligneuses toujours vertes comptent parmi les plus primitives des Angiospermes (les Lauracées) sont gourmandes en eau, ce qui est étrange sur ces îles qui souffrent d’un manque chronique de pluies.

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On ne le trouve donc qu’entre 600 et 1500 m où elles captent les eaux des brouillards persistants produits au contact des alizés et des pentes.

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Cette eau se retrouve sous forme de petits lacs souterrains, dans des grottes naturelles, et dans laquelle les arbres puisent régulièrement.
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La colonisation de la vie ne s’arrête jamais

Les laves couvrent toutes les îles et ont différents âges : leur colonisation par la vie y est donc continue depuis des millions d’années. Les différents faciès de végétation sont fascinants à observer, car ils varient d’une coulée à l’autre, par les couleurs, les hauteurs des végétaux et leur densité, et évidemment, l’altitude. Aux altitudes basses et en climat sec, les laves les plus anciennes, âgées de plusieurs millions d’années sont surmontées d’un sol, ce qui permet l’établissement de grandes herbacées ligneuses riches en couleurs ; les laves les plus récentes (100 à 300 ans) ne sont que très partiellement colonisées, et les cordes de lave y sont bien visibles. Dans les étages soumis aux alizés, les forêts de laurisylve occupent tout l’espace. Au dessus de 2000 m, il ne se passe rien durant des siècles pour les laves jeunes, comme celles du Teide à Tenerife. Ils offrent de splendides paysages volcaniques que colorent durant une brève période, la floraison des gigantesques tajinastes.

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La colonisation de la vie suppose évidemment l’action de l’homme, qui continue à favoriser l’établissement de nouvelles espèces. Ainsi, le moineau espagnol, arrivé au milieu du XIXe siècle dans les trois îles les plus proches (Fuerteventura, Grande Canarie, Lanzarote), a occupé la Palma et Ténérife seulement à partir des années 1940-50, et El Hierro en 1960. On note aussi d’autres colonisations récentes comme celle d’un pigeon endémique des Canaries, le pigeon de Bolle, qui n’était pas noté dans le guide des oiseaux sur cette île, mais que nous avons vu pourtant vu plusieurs fois. Erreur du livre ou colonisation récente ? De même que la perdrix de Barbarie, introduite au XVe siècle dans les îles principales et inconnue à El Hierro, et que nous avons vu traverser la route à deux reprises.

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Des îles colonisées très tôt dans l’histoire par les peuples méditerranéens

Ces premiers hommes étaient apparentés aux Berbères d’Afrique du nord se sont installés progressivement sur ces îles entre le Ve siècle av. J.C. et le Ier siècle après J.C. Ils n’ont jamais été totalement isolés de tout contact européen, sauf après la chute de l’Empire Romain où ils ont vécu en total isolement durant quelques siècles. Ils y ont développé une civilisation d’une grande originalité. Ils pratiquaient, par exemple, la momification. Plusieurs centaines de corps momifiés ont été trouvés dans les grottes des îles, dont certaines sont exposés dans les musées des grandes îles. Ils utilisaient habilement les capacités de certains arbres de la laurisylve de capter l’eau des brouillards. Ainsi les Bimbaches qui ont colonisé El Hierro où la laurisylve est peu développée recueillaient les eaux dans des vasques ou des grottes de lave, qui alimentaient des rigoles menant à une agriculture bien développée sur des flancs plutôt secs. On peut visiter le célèbre lieu de l’arbre fontaine, arbre sacré appelé le garoé (Ocotea foetens), utilisé pour cet usage.

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L’histoire de la colonisation des îles depuis les temps préhistoriques est bien décrite dans les grands musées, comme celui de Puerto de la Cruz à Ténérife. On y apprend que l’installation européenne au XVe siècle a eu raison de ces peuples pacifiques, par mauvais traitements, ventes en tant qu’esclaves, par l’apport de nouvelles maladies. Et pour les survivants, l’acculturation. Il ne reste comme textes écrits que ceux des religieux qui ont pris la peine de décrire certaines de leurs mœurs et de leur physique.

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Des écosystèmes vulnérables

Les îles de l’archipel recèlent pour la plupart des volcans actifs, soumis à des événements récurrents de coulées de lave, d’effondrement des flancs de volcan et de tremblements de terre. La dernière éruption date de 2011 pour El Hierro, des années 1970 pour la Palma, de 1909 pour la Grande Canarie. On parle beaucoup depuis quelques années, en fait depuis le raz-de-marée dévastateur de 2004 en Asie, du danger que représente potentiellement le Cumbre Vieja de l’île de la Palma, classé parmi les volcans rouges de la planète. Un effondrement de son flanc le plus instable pourrait provoquer un tsunami d’une ampleur considérable, qui toucherait d’abord les côtes de l’Afrique du Nord et de l’Espagne, puis celles de l’Amérique du Nord. Ce volcanisme récurrent fait partie de l’écologie des îles, il a joué un rôle important dans l’établissement et la diversification des espèces végétales et animales, car il permet de renouveler rapidement habitats et populations. L’extinction touche surtout les espèces hyperspécialisées et celles, plutôt fréquentes, qui ont perdu tout pouvoir de dispersion.

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A cette vulnérabilité naturelle s’ajoute celle générée par l’homme. On sait que bien des espèces introduites par les hommes s’installent volontiers dans les îles nouvelles, où la compétition avec les espèces natives n’est pas à craindre. Les extinctions ont commencé en fait dès l’arrivée des peuples berbères, qui ont dévoré les lézards et les rats géants, défriché ou brûlé des forêts fragiles, et introduit des animaux domestiques (porcs et moutons).

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La colonisation européenne a apporté par la suite deux animaux ravageurs : le lapin, sans doute responsable de la disparition des rats, et des lézards endémiques. Les destructions atteignent actuellement des proportions inégalées par l’urbanisation, la construction de multiples routes, les invasions d’espèces exotiques (en témoignent les fonds de ravin de Masca à Ténérife, originellement colonisés par un saule endémique, et maintenant envahi de canne de Provence et de ronce). Dans le parc national du Teide, pourtant strictement protégé, des capridés dévorent les espèces endémiques et les abeilles domestiques installées pour y faire du miel rentrent en compétition avec les insectes locaux. Globalement, 105 espèces sont considérées en danger d’extinction selon l’IUCN pour tout l’archipel.
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Une population humaine consciente des richesses naturelles de ses îles

Les particularités des paysages canariens ont été d’ailleurs magnifiquement étudiées. Il suffit de taper sur Google pour trouver une multitude d’articles de haut niveau sur les processus de colonisation, de spéciation, de biologie de la conservation. Les musées sont nombreux aux Canaries et bien documentés, les centres d’information distribués dans toutes les parties de toutes les îles, et les livres spécialisés bien représentés et traduits en anglais.
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Cette conscience des richesses de leurs îles se manifeste aussi par la mise en place de plusieurs titres de protection: parcs nationaux, réserves de biosphère, réserves naturelles terrestres et marines, parcs ruraux. Dernièrement, l’île la plus excentrée et la plus petite, El Hierro, a été classée Géoparc mondial par l’Unesco, un titre permettant de valoriser le patrimoine vulcanologique et les autres éléments naturels de cette petite île. Celle-ci développe depuis peu un développement durable pour l’énergie (par éoliennes) et l’eau, qui va s’étendre à l’agriculture.

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Les Canariens sont donc pleinement conscients de leur patrimoine culturel et naturel, et ne se privent pas de le faire connaître au grand public, plutôt nombreux dans les centres d’information et les musées. Les Espagnols du continent s’investissent également beaucoup dans les recherches en sciences naturelles et géologiques, autant que d’autres universités d’Europe.

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Curieux contraste entre cette mise en valeur des connaissances scientifiques de la nature canarienne, et la rage de détruire les milieux côtiers pour les besoins immédiats d’un tourisme de masse. L’empilement de résidences face à la mer est simplement horrible à voir sur les îles les plus visitées. N’a-t-on pas été jusqu’à installer un zoo avec grands carnivores africains sur une des îles les plus touristiques, Ténérife ?

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Les forêts dansantes de Finlande

Voyage naturaliste au pays des aurores boréales.

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par Annik Schnitzler

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Les forêts finlandaises sont connues pour être exploitées intensivement. Lorsqu’on parcourt les routes du sud vers le nord, les arbres s’alignent sagement dans des paysages d’une impeccable régularité, qui n’offre aucune poésie même en hiver, lorsque la neige couvre la canopée d’un manteau continu.

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Fort heureusement, quelques rassemblements de grands tétras, voire une gélinotte, agrémentent ce déroulement monotone de la nature domptée en s’assemblant au plus fort de l’hiver pour grignoter les bourgeons des hautes branches.

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Chouette épervière. Cette espèce typique des forêts boréales était bien présente au cours de l’hiver 2016, ce qui n’est pas le cas toutes les années. Une aubaine pour les photographes animaliers. @ Pierre Danhaive

En scrutant le sommet des arbres, on peut aussi admirer l’une ou l’autre chouette épervière attendant un rongeur imprudent qui s’aventurerait sur la couverture neigeuse des bords de routes. Ces chouettes sont d’ailleurs extraordinairement peu farouches, ce qui a été mis à profit par les guides naturalistes locaux. Armés d’une canne à pêche au bout de laquelle est accrochée une souris morte, ils montrent l’animal à la chouette qui suit attentivement tous leurs mouvements. Parfois même, ils se contentent d’agiter la souris à la main, puis la déposent sur la neige. Quelques minutes après, la chouette épervière descend en un éclair attraper la proie, sans prendre compte des crépitements des photographes placés à moins de 10 m de la proie. La minuscule chouette chevêchette, si farouche dans les régions tempérées, fait de même.

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Serait-ce que ces oiseaux n’ont aucun prédateur ? N’auraient-ils jamais été persécutés par l’homme comme partout ailleurs en Europe ? En contraste, l’aigle royal, pourtant bien plus impressionnant et mieux armé par la nature, est bien plus timide : le voir n’est possible qu’après des heures d’attente silencieuse dans un abri bien camouflé dans la neige.

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Les paysages forestiers régularisés se poursuivent très loin vers le nord, jusqu’à la limite avec la toundra. Quelques fragments de forêt boréale naturelle témoignent de la transformation de la nature sauvage qu’on peut visiter sur les collines du parc national de Riisitunturi, au nord du pays (66° 13’N, 28° 43’E). Ce site a ceci d’extraordinaire qu’en montant de moins de 200 mètres (le sommet étant autour de 460 mètres), on peut passer de la forêt boréale à la toundra.

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Lorsque les moyennes de températures du mois le plus chaud passent en-dessous de 10° C, les choses changent en effet drastiquement pour la végétation. Les précipitations neigeuses abondantes en raison de la proximité de la mer Baltique débutent en fin d’été (septembre), et perdurent sans fondre jusqu’au printemps suivant. Si elle protège les arbres du gel, mais cause bien des dommages par pliure des axes jusqu’à la brisure, ce qui rend la plante vulnérable aux attaques microbiennes et fongiques.

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Une des défenses de l’arbre est de courber le sommet du houppier et d’amincir la silhouette de l’arbre, ce qui la fait glisser lentement vers le bas. La forêt se remplit alors d’arbres d’allure conique à sommets étroits. Une autre stratégie est de s’agglutiner les uns aux autres. Dans la forêt de Riisitunturi, ce schéma est bien visible entre épicéas et pins, qui s’accolent les uns aux autres, laissant des espaces vides d’où émergent quelques malheureux totalement ployés sous la neige, et qui sont souvent en bien piteux état.

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Autre changement spectaculaire : les dimensions des individus  déjà modestes au départ (moins de 20 mètres) en raison d’une croissance ralentie, les hauteurs s’abaissent en dessous du mètre sur le plateau. Ce qui n’empêche d’ailleurs pas les arbres d’atteindre des âges vénérables : de 220 à 270 années pour l’instant (depuis la mise en protection) et sans doute jusqu’à près de 7 siècles si on les laisse vivre jusque là.

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Avec l’altitude, la masse neigeuse s’accroît sur les branches, pesant finalement jusqu’à 183 kg par mètre de branche selon les études qui ont été publiées sur le sujet. Les arbres finissent par disparaître totalement sous le poids de la neige, donnant à cette forêt nanifiée une allure totalement fantomatique. Certains arrivent à survivre isolés sur le plateau, visibles seulement sous forme de petites pointes dépassant du manteau neigeux.

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Cette spectaculaire transformation des paysages en si peu de distance prend des allures fantastiques lorsque s’y produit une aurore boréale. On annonçait lors de notre visite une nuit claire avec lune et très froide, et une activité solaire relativement élevée (Kp autour de 5). A 21 h, nous étions à pied d’œuvre sur l’étroit sentier de neige par moins 15° C. L’aurore n’a pas tardé : de longues bandes vertes ont commencé à courir à toute allure de l’horizon vers le zénith, visualisant ainsi le champ magnétique terrestre. De splendides draperies de lumière verte à pourpre ont dansé durant près de deux heures. La montée vers les sommets entre ces arbres courbés sous la neige prenait une dimension quasi mystique.

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Aurore boreale-3

Les aurores boréales se produisent lorsque qu’une tempête solaire éjecte des particules magnétiques de sa magnétosphère et l’envoie vers la terre. La couleur verte observée dans le ciel est émise par l’oxygène de l’atmosphère lorsque les particules solaires éjectées quelques heures plus tôt du soleil entrent en collision avec ce gaz. La couleur pourpre des aurores est due en revanche aux collisions des particules avec l’azote de l’atmosphère terrestre. @ Pierre Danhaive

Vers 1 h du matin, un véritable feu du ciel s’est soudainement déclenché, signant l’apparition d’une aurore de type pulsé, faite de clignotements de quelques dizaines de secondes apparaissant à divers points du ciel. Un pur moment d’extase.

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Et pourtant, cette aurore là était, selon mes compagnons photographes, en fait bien modeste, bien moins que celles qui ont embrasé le ciel au plus fort de la dernière grande période d’éruptions solaires en 2012. Je retournerai donc dans cette forêt inspirée dans 7 ans, en 2023, lorsque le soleil entrera à nouveau dans une phase d’activité intense. Peut-être entendrai-je le bruit discret que certains passionnés du phénomène affirment entendre lorsqu’une aurore se déchaîne.

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Je remercie Pierre Danhaive pour les magnifiques photos qu’il m’a données pour illustrer cet article.

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Coopération algéro-française : la part de l’environnement

Dans la liste des accords qui ont été signés le dimanche 10 avril 2016, à Alger, lors la 3e session du comité intergouvernemental de haut niveau (CIHN) algéro-français, figure la déclaration d'intention entre le ministre des Ressources en eau et de l'environnement, Abdelouahab Nouri, et la secrétaire d'Etat française auprès de la ministre de l’Environnement, de l’Energie et de l’Eau, chargée de la Biodiversité, Barbara Pompili.

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par M’hamed Rebah

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MRESelon un communiqué algérien du ministère des Ressources en eau et de l'environnement, cité par l’APS (Algérie Presse Service), il s'agit de « renforcer les capacités institutionnelles et humaines des administrations et des établissements publics des deux pays, concourant à la protection de l'environnement et au développement durable ».

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Ce document de coopération bilatérale a été signé à l'issue d'une audience entre le ministre algérien et la secrétaire d'Etat française qui accompagnait le Premier ministre Manuel Valls dans sa visite de deux jours à Alger. La même source précise que « la déclaration d'intention tend en outre à développer des politiques de protection de l'environnement de préservation et de valorisation de la diversité biologique, renforcer la préservation des zones côtières et développer les capacités de prévention et de lutte contre les pollutions industrielles ». Elle porte également sur « le renforcement des capacités de gestion intégrée des déchets ménagers et assimilés et le soutien des capacités de surveillance de veille et d'alerte environnementale ».

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La coopération algéro-française dans le domaine de l’environnement est déjà ancienne. En 2013, l’aire marine protégée des îles Habibas, près d’Oran, administrée par le Commissariat national du littoral, a bénéficié de l’appui financier français pour la rédaction d’une charte de la pêche durable et d’un guide de bonnes pratiques permettant d’associer les professionnels de la pêche à la gestion de la réserve naturelle.

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Par ailleurs, l’Algérie est inscrite dans le Programme de petites initiatives dédié à la société civile en Afrique du Nord (PPI-OSCAN) financé par le Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM), qui a débuté ses activités en juin 2014. Ce programme se consacre à « renforcer la capacité technique, administrative et financière des organisations de la société civile pour qu’elles soient en mesure de développer à court terme des initiatives concrètes de terrain et qu’elles soient à même, à plus long terme, de contribuer à la mise en œuvre de stratégies et de plans d’actions nationaux de conservation et de valorisation de la biodiversité, de gestion durable des ressources naturelles et d’atténuation des effets négatifs du changement climatique ».

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Plus important sans doute, un programme de coopération entre l’Agence nationale pour la promotion et la rationalisation de l’utilisation de l’énergie (APRUE) et l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) dans le domaine de la maîtrise de l’énergie, couvre la période 2015-2017. Il concerne le renforcement de capacités des cadres de l’APRUE; la mise en place d’un programme de formation d’animation dans le domaine de la maîtrise de l’énergie; le renforcement de l’activité de l’observatoire de l’efficacité énergétique; la poursuite des actions de formation d’auditeurs énergétiques dans le bâtiment.

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Enfin, il est à noter que les projets liés aux thèmes de la protection de l’environnement et du développement durable (lutte contre le réchauffement climatique, énergies renouvelables, protection du milieu marin et du littoral, risques naturels, etc.) ont été prioritaires dans le premier appel à projets dans les domaines de la coopération universitaire et de la recherche pour l’année 2016, lancé par l’Institut français en Algérie.

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Cet article a été publié dans le quotidien algérois Reporters le mardi 12 avril 2016.

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