Actualités internationales

Marrakech : la Conférence des parties numéro 22

Dans le cadre du voyage au Maroc de l’AJEC21 (regroupant les JNE et l‘AJE) pour la COP22 de Marrakech, voici le carnet de route de l’un de nos journalistes présents sur place.

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par Bernard Desjeux

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Les JNE en voyage au Maroc avec l’AJE (dans le cadre de l’AJEC21)  à l’occasion de la COP22 de Marrakech en novembre 2016 – photo Bernard Desjeux

« Vous croyez vraiment que cela sert à quelques choses ces grands messes aux quatre coins du monde ? » D’un revers de la main, d’une phrase, sont balayées des années de luttes, d’actions, de réflexions. Faire signer à 196 pays un texte confirmant les accords de Paris engageant à améliorer le modèle de production économique, vous trouvez ça petit, vous ? Vous pensiez peut-être vous réveiller le lendemain dans un paradis, sain de corps et d’esprit, frappé d’un coup de baguette magique : l’air serait pur, les aliments sains, les eaux des océans à leur place, le réchauffement climatique une farce…

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Oui, il y eut par le passé des changements climatiques, des mers partout, des volcans en furie, mais ces changements s’effectuèrent sur des millions d’années. Depuis une centaine d’années, depuis l’ère industrielle, tout s’accélère. C’est du moins ce que disent les « carottes » de glace étudiées par les scientifiques. Si l’on veut encore pouvoir respirer, il vaudrait mieux changer d’attitude tant qu’il est encore temps. Vivre avec la nature et non contre elle. Les Chinois – dont les économistes ont célébré les « progrès » et la « croissance » – s’en rendent compte tardivement quand ils cherchent leurs masques de protection pour sortir dans des villes asphyxiées, quand ils ne voient plus le soleil qu’à travers un écran de pollution. Ils réduisent drastiquement leur production d’énergie par le charbon.

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Alors, vous allez faire quoi là-bas dans ces COP ?
Nous sommes quelques-uns, journalistes JNE et AJE réunis sous l’acronyme AJEC 21, à justement essayer de comprendre ce qui se passe, à essayer de partager ce que nous voyons, comprenons, vivons. Raconter des histoires, faire des analyses, des synthèses.

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Il y a ceux qui font de l’actu. Leur exercice n’est pas commode : bien connaître le sujet, vite démêler le vrai du faux, faire une analyse rapido. Leurs interlocuteurs sont les grands de ce monde, ceux qui décident parfois sans trop savoir autre chose que ce que les experts ont préparé, qui sont dans les rapports de force, peuvent dire l’inverse du jour au lendemain, sortir une formule choc pour attirer l’attention : les « petites phrases ». Ils croisent les attachés de presse, les autorités qui vous caressent dans le sens du poil. Cela demande d’être costauds pour rester humble devant les faits d’autant plus que son nom est dans le journal…

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Hollande et les médias à la COP 22 – photo Bernard Desjeux

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Nous avons croisé le président français défilant dans les allées entouré d’une forêt de caméras, d’appareils photo, de micros, de service d’ordre. On se demande vraiment à quoi cela sert puisqu’il ne voit rien, ne rencontre personne. Il se montre, c’est tout et ce n’est pas beaucoup. Ces journalistes-là ont le droit de pénétrer dans la zone bleue, la zone des conférences, des rencontres officielles. Cette zone à laquelle nous n’avons pu accéder, incapables de dompter ce foutu Internet qui répond qu’il y a déjà un Desjeux dans la machine ! Nos amis africains qui s’y trouvent ont la gentillesse d’en sortir pour venir nous saluer rapidement. Ils sont pressés, leur président les attend pour faire le point. Salut ! à la prochaine.

 

 

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Au ras des pâquerettes
Nous laissons, Catherine et moi, ce genre d’exercice à d’autres, bien incapables de comprendre aussi vite ce dont trente mille personnes discutent, ce que trente chefs d’Etat africains réunis à déjeuner vont se dire entre deux avions, deux conférences, deux sommets.* Nous décidons, avec quelques autres, d’aller au ras des pâquerettes, aux rencontres sur le terrain que Carine Mayo a concoctées avec Annie Lauvaux. Annie vit et travaille à Marrakech au sein de la structure Maroc Inédit qu’elle a créée.

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Pour avoir été à Marrakech il y a une trentaine d’années je peux vous dire – même si ma mémoire est un peu fatiguée – que je ne reconnais pas grand chose de cette ville ocre parsemée de palais, aujourd’hui cernée par des quartiers neufs, des avenues où les ronds-points brillent des symboles royaux. La palmeraie autrefois verdoyante est complètement déglingue, un vrai champ de ruines : abandon des cultures, pression immobilière, multiplication des forages individuels…

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Visite de la centrale solaire Noor, près de Ouarzazate, dans le cadre du voyage au Maroc de l’AJEC21 (JNE et AJE) à l’occasion de la COP22 de Marrakech en novembre 2016 – photo Bernard Desjeux

Alors pendant que nos petits camarades arpentent la Zone bleue et les conférences plénières, nous fonçons à Ouarzazate voir Noor, cette fameuse centrale solaire qui sera la plus grande d’Afrique, la 7e du monde. Celle qui, complétée par des parcs éoliens, permettra au Maroc de produire 52 % de l’électricité du pays avec des sources renouvelables ou plutôt « sustainable », cela fait mieux. Je n’insisterai pas sur le fait qu’avec Catherine on ne reconnaît pas non plus Ouarzazate, autrefois modeste bourgade blottie autour d’une magnifique Kasbah de terre, aujourd’hui cité moderne : larges avenues bordées de lampadaires, studios de cinéma accueillant des productions du monde entier, grands hôtels…

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La centrale est à une dizaine de kilomètres. Notre chauffeur, Abdel, nous y conduit par une belle route goudronnée traversant un paysage de cailloux, parfois blanchis par des remontées de sel, autrement dit un paysage carrément désertique.

 
À terme, 3000 hectares de cailloux seront transformés en machine électrique alimentée par le soleil. En gros, c’est une machine à vapeur : la première des quatre tranches, déjà en exploitation (160 MGW), utilise 1,750 millions de m3 d’eau par an portés à ébullition, chauffés par une huile synthétique qui circule devant les miroirs. Puis la chaleur stockée dans de grandes cuves de nitrate de potassium fait tourner les turbines. Une fois toutes les tranches terminées, après le passage dans les transformateurs, la puissance sera de 500 mégawatts. L’intérêt de cette technologie est de pouvoir stocker l’électricité pendant 3 heures et, donc, de la restituer la nuit. Consommer de l’eau en zone désertique, est-ce bien raisonnable ? Le barrage de El Mansour Eddahbi contient 400 millions de m3 d’eau. Le prélèvement est donc négligeable, mais pour le diminuer les nouvelles tranches ne consommeront pas d’eau, mais de l’air. M. Youssef Stitou, ingénieur de réalisation senior formé à Centrale Lyon, répond tranquillement à toutes les questions, sauf en ce qui concerne les financements.

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Restent les panneaux pour s’informer : la centrale est gérée par Masen, société privée de droit public, mise en œuvre par un fonds saoudien Acwa power. L’argent vient de la Banque mondiale, de l’allemand GZ, de l’Agence française de développement… L’électricité est vendue au réseau national marocain de l’ONEE. Contrairement à la production obtenue par l’éolien, il n’ y a pas d’accord pour une source dédiée particulière et le montage financier est prévu pour 25 ans. On peut discuter sur les mesures d’accompagnement, la quasi-spoliation de terres stériles achetées 1€/m2 aux collectivités locales, sur le peu d’emplois créés car il suffit de 78 personnes pour faire tourner l’ensemble (2000 pour la construction, essentiellement chinois ou espagnols).

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Je trouve cependant que faire une telle quantité d’énergie avec du soleil est une belle réussite qui ne demande qu’à faire des petits. Nous assisterons d’ailleurs dans la semaine à la signature entre le président de Masen, M. Mustapha Bakkoury, et M. Djiby Ndiaye, directeur général de l’Agence nationale des énergies renouvelables du Sénégal (ANER), pour la construction d’une centrale solaire plus petite produisant 50 mégawatts et consommant seulement 100 000 m3 d’eau par an. Elle viendra après l’établissement d’un atlas solaire et la faisabilité d’une telle industrie. Il me semble qu’à terme cela pourrait aussi permettre au Mali d’épargner, par exemple, au fleuve Niger la construction de barrages calamiteux pour son écosystème. En tous cas, c’est à voir. En tous cas un peu partout, les énergies renouvelables vont prendre le pas sur les énergies fossiles.

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Pendant ces huit jours, nous multiplions des rencontres riches et variées. Tout d’abord la découverte d’un système traditionnel de gestion de l’espace en pays berbère, l’agdal. Ayoub – un doctorant préparant sa thèse sous la direction de Geneviève Michon, ethnobotaniste à l’IRD – nous traduit la discussion avec El Houssein Bel Lahsen, un berger du Haut Atlas, face au Toubkal qui culmine à 4167 m.

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À Asni, des arboriculteurs en coopérative agricole sont accompagnés dans les bonnes pratiques d’agroécologie et de gestion par l’ONG Agrisud présente dans de nombreux pays d’Afrique. J’ai le plaisir d’y retrouver son directeur général, Yvonnick Huet, ancien volontaire du progrès dans la région de Diffa au Niger. L’après-midi, nous irons dans la célèbre palmeraie de Marrakech, aujourd’hui bien mal en point.

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Mercredi, l’architecte Denis Coquard nous reçoit à sa villa Janna (le Paradis), un magnifique espace de 2,5 hectares où il a bâti un Centre de la terre de 4 700 m2. Denis est clair, précis, lumineux comme son architecture qu’il explique avec plaisir.

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Jeudi, nous rencontrons : Béatrice Bonnaire et son projet d’écotourisme Aloé Agafay où elle pourra accueillir des hôtes en autosuffisance aux portes du désert, complété par une plantation d’aloé vera ; Guillaume Turgis, présent avec Fridome, son bus transformé en car aménagé. Il est quasi autonome avec des panneaux solaires inclinables et un système de collecte d’eau de pluie. Reste la consommation importante de carburant, mais il « booste » déjà son moteur avec de l’hydrogène obtenue par électrolyse (-30 % de gasoil), en attendant l’huile de friture ; Marie-Cécile Royal Benbiga, qui installe avec son mari des éco-bivouacs sous tentes caïdales, que ce soit dans la palmeraie de Casablanca ou en plein désert, à la demande.

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Vendredi, rencontre avec Thierry Ruf, chercheur à l’IRD et de l’université de Marrakech. Il nous permet une meilleure compréhension de la ressource en eau de la région et du fonctionnement des khettaras, ces adductions d’eau propres aux régions désertiques. Thierry a participé à la conception du Musée de l’eau de Marrakech. Malheureusement, nous ne pourrons le visiter car le roi ne l’a pas encore inauguré. On reviendra.

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Entre ces visites de terrain, nous nous rendons dans la Zone verte de la COP22, où se tient la société civile. On y trouve des voitures électriques, des vélos solaires, des agoras, des expositions – dont une terrifiante, « Mind the earth », montée par un Hollandais avec des images satellite Google Earth –, la fondation du roi du Maroc omniprésente à tous les niveaux, des banques, des vendeurs d’engrais AAA pour une agriculture raisonnée, ben voyons !, des bouteilles d’eau végétales fabriquées à partir de canne à sucre…

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Nous faisons la connaissance de Serge Stéphane Gnako, de l’AREPEC, une association de reconversion de migrants de 17 pays africains : une grande leçon d’humilité. Au-delà du brouhaha, c’est peut-être la conversation qui nous a le plus marqués. Bonne surprise sur un stand associatif collectif où se tient également Agrisud : nous retrouvons notre grand ami Manny Ansar, créateur et directeur du Festival au désert de Tombouctou. Chassé par des terroristes obtus, il a imaginé une caravane de la paix avec les grands musiciens maliens, Tinariwen, Bassekou Kouyaté, Salif Keïta… En mars, ils seront au Maroc, à Merzouga, on en reparlera. Salif, autre compagnon de route, justement, participe avec quelques autres musiciens dans l’ancien palais Badii à un concert autour de la lumière solaire en Afrique. Nous y entendons Angélique Kidjo, une vieille connaissance béninoise, Oum, entendue cet été sur l’île d’Oléron, et puis la découverte d’Akon. J’ai l’impression que nous sommes les seuls parmi les 3000 spectateurs à ne pas le connaître : fantastique show dans le prolongement des Blacks américains des années 60.
En tous cas, nous ne sommes pas les derniers à chanter avec tous le refrain : freedom, freedom… Cela fait cinquante ans que cela dure.

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* Pour voir l’étendue d’une partie du sujet, on peut se référer au livre : Développement durable et émergence de l’Afrique, aux éditions Grandvaux/PNUD pour la COP21 de Paris (800 pages).

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L’agdal, mode de gestion traditionnel des ressources naturelles par les communautés berbères

Dans le cadre du voyage au Maroc de l’AJEC21 (regroupant les JNE et l‘AJE) pour la COP22, rencontre autour de l’agdal, mode de gestion traditionnel des ressources naturelles par les communautés berbères.

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par Myriam Goldminc

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Geneviève Michon de l’IRD, 2e en partant de la gauche, avec des journalistes des JNE. Au centre de la photo, un berger berbère – photo Myriam Goldminc

 

Spécialiste des savoirs locaux et de la domestication de la forêt, Geneviève Michon est directrice de recherche à l’Institut de Recherche sur le Développement (IRD).

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Elle nous explique en quoi consiste l’agdal, un système de gestion communautaire des forêts et des pâturages mis en place par les paysans berbères pour assurer un accès partagé aux ressources naturelles.

Cliquez sur le lien ci-dessous pour écouter notre entretien audio avec Geneviève Michon.

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La réhabilitation écologique de la palmeraie de Marrakech

Dans le cadre du voyage au Maroc de l’AJEC21 (regroupant les JNE et l‘AJE) pour la COP22, rencontre autour de la réhabilitation de la palmeraie de Marrakech.

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par Myriam Goldminc

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Elphège Ghestem-Zahir (Agrisud International) présente la réhabilitation de la palmeraie de Marrakech – photo Myriam Goldminc

Directrice adjointe des opérations au sein de l’ONG Agrisud International, Elphège Ghestem-Zahir nous présente la réhabilitation de la palmeraie de Marrakech et l’accompagnement des agriculteurs dans la mise en place de pratiques agro-écologiques.
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Cliquez  sur le lien ci-dessous pour écouter notre entretien avec Elphège Ghestem-Zahir.

 

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Un bus écologique dans les montagnes marocaines

Dans le cadre du voyage au Maroc de l’AJEC21 (regroupant les JNE et l‘AJE) pour la COP22 de Marrakech, une encontre insolite avec un homme, Guillaume Turgis, qui, au coeur de l’Atlas marocain, a transformé un bus en habitation nomade écologique.

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par Myriam Goldminc

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Guillaume Turgis et son bus écologique dans l’Atlas marocain – photo Carine Mayo

Cliquez sur les liens ci-dessous pour écouter l’entretien avec Guillaume Turgis.

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Si vous n’arrivez pas à ouvrir le fichier audio ci-dessus, vous pouvez télécharger le logiciel gratuit VLC qui lit la plupart des vidéos et des sons. En cas de difficulté, vous pouvez enregistrer le fichier sur votre ordinateur en double-cliquant sur le lien, ouvrir le logiciel, puis ouvrir le fichier à l’aide de celui-ci.
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Le deuxième degré sur la planète Terre

Voici un aperçu de quelques recherches récentes, selon lesquelles le changement climatique pourrait se révéler encore pire que prévu. Contribution au débat.

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par Dorota Retelska

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great-barrier-reef1Dans un texte mis en ligne le 11 octobre 2016, qui a fait le tour du Web, l’écrivain environnemental Rowan Jacobsen a prononcé l’éloge funèbre de la Grande barrière de corail, détruite du fait du réchauffement des eaux du Pacifique. Interrogé par le quotidien australien The Independent, il ajoute : « La disparition des coraux avant 2050 avait été prévue par le rapport du GIEC. Plusieurs vagues de chaleur précédentes en avaient déjà détruit plus de la moitié. »

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Ainsi que l’indique le Dr Mauri Pelto, professeur de science environnementale au Nichols College dans le Massachusetts (Etats-Unis) et directeur du North Cascade Glacier Climate Project, interviewé par le quotidien canadien Globe And Mail, la fonte des glaciers s’accélère. D’après différentes études (Larsen et al, 2016, Khan et al, Nature Climate Change 4, 292–299, 2014, Mouginot, Rignot et al, Science 12 nov 2015, Bamber Jl et al, 2013, Journal of Geophysical Research), l’écoulement des glaciers au Nord du Groenland s’est accéléré entre 2006 et 2011.

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Selon les dernières mesures, les températures de la planète ont dépassé des records pendant trois années consécutives. En 2016, la Terre oscille autour de 1,2° C – 1,3° C de réchauffement. Ce niveau a excédé les prévisions des experts sur lesquelles sont basées les projections pour le XXIe siècle.Un constat partagé par l’OMM (Organisation météorologique mondiale).

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La hausse des températures a entraîné des vagues de chaleur et des sécheresses en Afrique, en Inde, et dans le delta du Mékong. Elle cause aussi une aggravation des pluies intenses, des tempêtes inhabituellement étendues, et, d’après l’OMM, une augmentation du nombre de cyclones. Les inondations des côtes s’accroissent, et la température des océans monte.

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Selon Jennifer Francis, chercheuse en climatologie à l’université Rutgers (Etats-Unis), le réchauffement fort de l’Arctique pourrait affaiblir le vortex polaire et le courant-jet. En 2016, de grandes vagues du courant-jet conformes aux prévisions de cette scientifique ont amené des vagues de froid au Sud et de l’air chaud en Arctique, et précipité la fonte des glaces arctiques.

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La chaleur inhabituelle a aussi causé des feux de forêts et pourrait provoquer le dégel du permafrost sibérien et sous-marin, qui libérerait des grandes quantités de gaz à effet dans l’atmosphère (voir Shakova N, Semiletov I and al in Philos T R Soc 373 (2052), The East Siberian Arctic Shelf : Towards a further assessment of permafrost methane fluxes and role of sea-ice). Les émissions de méthane du permafrost ont augmenté (publié par Semiletov, 2461 ppb observé récemment, voir aussi le post de Harold H. Hensel dans Facebook Arctic news), entre autres à l’est et au nord-ouest du Groenland.

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Les experts se sont souvent concentrés sur les effets les plus bénins du changement climatique, alors que nous pourrions bien nous diriger vers les conséquences les plus dangereuses. La perte d’albédo, les feux de forêt, le méthane du permafrost et l’augmentation de la vapeur d’eau dans l’atmosphère résultante du réchauffement pourraient faire monter fortement les températures. Certains scientifiques tels que Sam Carana craignent une augmentation de l’effet de serre allant jusqu’à 10 ° C de plus en 10 ans. De leur côté, James Hansen (pionnier de la recherche sur le changement climatique), Valérie Masson-Delmotte (chercheuse au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement et co-présidente du groupe de travail no 1 du GIEC, qui travaille sur les bases physiques du climat) et une quinzaine de climatologues internationaux s’attendent plutôt à plusieurs mètres de montée de niveau de la mer avec un réchauffement limité, mais de possibles sauts de chaleur temporaires.

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220px-tcm_logoBref, le climat sera une interminable succession de catastrophes. Certaines organisations écologiques telles que The Climate Mobilization proposent une mobilisation inspirée de la 2e Guerre Mondiale : rationnement de l’essence, encouragement aux jardins de proximité, etc. Plusieurs pays passent aux voitures électriques et à l’énergie propre, le Parlement allemand envisageant même l’élimination du moteur à combustion interne à l’horizon 2030. Ces solutions semblent nécessaires face à l’immense menace climatique.

 

A lire

A Farewell to Ice, Peter Wadhams
 The Storms of my Grandchildren, James Hansen. La conclusion du livre est une Terre dont l’atmosphère atteint plusieurs centaines de degrés comme celle de Vénus.

 

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Tribunal International Monsanto : qui possède la vie et le futur de la vie ?

Il fallait aller à La Haye pour voir l’inimaginable : le début du jugement de l’entreprise américaine Monsanto jaugée, examinée, évaluée.

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par Jane Hervé

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Les apiculteurs mexicains Angelica El Canche et Feliciano Ucan Poot, témoins au Tribunal International Monsanto (La Haye, 14-16 octobre 2016)

Les dégâts de ses produits sur les hommes, les animaux, les plantes, le sol et l’eau sont désormais évoqués entendus, enregistrés, sans être pour autant reconnus par ceux qui les ont causés. Du 14 au 16 octobre 2016, un formidable tribunal citoyen s’est tenu à La Haye avec de vraies victimes et de vrais experts jugés par de vrais juges. Un tribunal pédagogique pour faciliter la prise de conscience de tous. Une étape fondamentale. L’organisation en elle-même était déjà un défi international : Corinne Lepage, Vandana Shiva, Hans Herren, Arnaud Apoteker, Marie-Monique Robin et bien d’autres s’y étaient attelés avec force et succès. Ils conjuguaient leur volonté de lutter ensemble contre ce monstre Monstranto ( !) dont le lobby fonctionne à l’échelon mondial en infiltrant gouvernements, entreprises et groupes scientifiques ou en poussant à des procès onéreux les victimes empoisonnées par les produits utilisés (dont l’herbicide Round Up, le plus utilisé dans le monde et contenant du glyphosate).

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Lutter comment ? Par quel bout commencer  dans un tel champ de désespoir et de rébellion ? En écoutant la parole des victimes. Elles viennent de diverses nations – du Burkina-Faso au Sri Lanka, de l’Argentine au Canada – mais se sont rassemblées pour exprimer les faits et leur vécu. Elles ont révélé à quel point les produits commercialisés depuis des années par l’entreprise Monsanto – herbicides, pesticides, fongicides, OGM – vendus au nom de la croissance et de la rentabilité agricole, étaient dangereux. Toutes ont témoigné de leur douleur avec une grande dignité. Hommes et femmes ont payé dans leur chair la présence ou la respiration de ces produits engendrant des malformations des enfants (en cas de grossesse), des troubles autistiques (en augmentation depuis l’utilisation des OGM en 1996), des maladies de reins, de l’œsophage et des cancers multiples. Ces victimes ont lutté avec courage contre la maladie ou la perte d’emploi  : des cultivateurs accusés à tort d’usage de semences OGM ou épuisés par la lutte qui s’ajoute à leur travail quotidien pour survivre et vivre de leur travail, des apiculteurs mayas (1500 familles touchées) qui ne peuvent vendre leur miel bio contaminé par les OGM des champs voisins, des scientifiques aussi évincés des programmes de recherches pour avoir osé informer sur les substances réelles contenues dans le Round Up.

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Observer les plantes dont la « croissance est déformée » et qui deviennent plus résistantes. Constater que de nouvelles herbes sauvages apparaissent « dont les racines ne stockent plus rien » (c’est-à-dire plus d’eau) alors qu’elles servaient jadis d’engrais naturel. Observer les bêtes aussi. Certains animaux dont le fourrage contient du glyphosate souffrent de troubles de l’estomac. Constater que l’eau et les nappes phréatiques sont également touchées.

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Ecouter la parole des avocats et des experts, ensuite. Ils ont rassemblé les témoignages des victimes et parfois des études. En Argentine, 35 études ont été menées par des universitaires, révélant que les eaux de pluies étaient affectées, que 4 000 km de rivières étaient empoisonnées, bien que bues par les animaux, les hommes et les plantes. Pas moins de 21 travaux scientifiques font état de l’apparition de malformations (reins, œsophage, etc.). Tous ont mesuré à quel point les preuves d’atteinte par le glyphosate/OGM étaient difficiles à donner pour deux raisons : tout d’abord les « éléments techniques » étaient aux mains de Monsanto, ensuite les victimes avaient peu de moyens financiers.

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Comprendre que les avocats de Monsanto trouvent toujours une faille : infiltration de membres du lobby auprès de certains ministères (en tant que consultants en Australie) et de certains gouvernements, contestations tous azimuts des expertises scientifiques avec infiltration de scientifiques qui leur sont dévoués, procès incroyablement onéreux qui détruisent la force mentale et les finances des victimes. Les méfaits de Monsanto sont déjà extrêmement difficiles à prouver. D’abord invisibles et méconnus, ils se développent « dans le temps » jusqu’à la compréhension de la vérité. Ils touchent des lieux géographiquement très éloignés (Australie, Canada, Mexique, Brésil, etc.), rendant difficile la conjonction des colères et des revendications légitimes. Le rachat récent de Monsanto par Bayer conjugue de surcroît les forces de destruction de la santé, en facilitant le contrôle de toute la chaîne agricole et rendant encore plus écrasant le combat des victimes.

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Cinq juges venus d’Argentine, du Canada, du Sénégal, du Mexique et de Belgique rendront leur verdict. Ils répondront aux questions  suivantes : la firme Monsanto viole-t-elle le droit à un environnement sain, propre et durable ? Viole-t-elle le droit de se nourrir ? Porte-t-elle atteinte aux normes de santé ou au droits des enfants à jouir de la santé ? Viole-t-elle la liberté indispensable de la recherche scientifique ? Est-elle complice de crime de guerre en fournissant des produits utilisés en 1962 au Vietnam ? Est-elle coupable d’un crime d’écocide en détruisant l’environnement ? Un combat juridique à mener car si ce crime est reconnu il est aussi un « crime contre l’humanité ».

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Qui possède la vie quand toute la Nature est en train d’être tuée, quand la biodiversité disparaît ? Telle est la question qui se pose. Cette Assemblée des Peuples révèle que le plus grave est à venir. Si la destruction de la nature se généralise irrémédiablement, elle touchera les générations futures, enfants et petits enfants. Pourront-ils survivre sur une terre dévastée, avec une eau polluée, des plantes et des animaux déformés ? « La seule chose est de s’unir » aujourd’hui, nous qui sommes en pleine force, éblouis par les combats individuels de tous ceux que nous avons entendus.

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Le tribunal Monsanto face à « l’écocide »

Pendant deux jours à La Haye, des victimes du monde entier sont venues accuser le géant américain de l’agrochimie et faire progresser la justice environnementale.

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par Olivier Nouaillas

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Habitant à plus de 5 000 kilomètres de distance, elles ne s’étaient jamais rencontrées. Mais c’est le même malheur qui les a réunies. À La Haye, devant le tribunal Monsanto, Sabine Grataloup, 45 ans, habitante de l’Isère, et Maria Liz Robledo, 40 ans, venue d’Argentine sont tombées dans les bras l’une de l’autre. Ces deux mamans vivent en effet les mêmes souffrances. « Mon fils, Théo, est né il y a neuf ans avec une grave malformation de l’œsophage. Il a fallu séparer les systèmes respiratoires et digestifs. Son larynx étant atteint, il a fallu faire en plus une trachéotomie. Au total, 50 opérations. Et la 51e est prévue cette semaine », informe Sabine, la voix empreinte d’émotion. Même douleur chez Maria, l’Argentine, qui raconte que sa petite fille Marina, bientôt 3 ans, a dû, elle aussi être opérée « d’une atrésie de l’œsophage. Elle est trop faible et ne peut pas aller à l’école maternelle ».

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La cause de ces souffrances communes ? « Les chirurgiens nous ont dit que le seul lien possible pointait vers les pesticides », poursuit Sabine. Elle s’est alors souvenue qu’au tout début de sa grossesse elle avait traité le manège de son ranch d’équitation « avec du désherbant contenant du glyphosate », le fameux Roundup, « vendu comme biodégradable et non nocif par Monsanto », a-t-elle insisté. En Argentine, la maison de Maria est juste à côté d’un entrepôt de glyphosate. Et sa petite ville de 1 900 habitants « est cernée par des cultures de soja OGM de Monsanto, qui oblige les agriculteurs à traiter leurs champs avec du glyphosate, y compris par épandage aérien ».

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Des témoignages qui dépassent l’imagination

Pendant deux jours, le tribunal Monsanto de La Haye a reçu des plaintes venues des cinq continents sur les pratiques de la firme américaine. Paysans africains du Burkina Faso ruinés par l’introduction du coton transgénique BT, cultivateurs du Sri Lanka souffrant de maladies rénales dues à un traitement au glyphosate, apiculteurs mexicains qui ne peuvent plus vendre leur miel suite à la présence de pesticides dans le pollen du soja transgénique, mainmise sur les semences d’aubergine au Bangladesh… la liste est longue des dommages dont ont témoigné paysans, médecins, experts agronomiques et scientifiques tout au long de ces deux jours d’audition. Et certains témoignages dépassent l’imagination, comme cette vaste étude épidémiologique menée en Argentine et présentée par le docteur Damian Verzenassi. Depuis l’introduction en 1996 du soja transgénique dans son pays (les OGM y occupent aujourd’hui 95 % des cultures agricoles), ce dernier a constaté une augmentation spectaculaire des fausses couches et malformations congénitales : de 8,8 naissances pour 1 000 dans les années 2000 à 17,9 en 2014 ! Ou encore celui de ce syndicaliste sri lankais qui a témoigné qu’il a fallu 30 000 morts dans son pays entre 1984 et 2000 pour y interdire l’usage du glyphosate, classé depuis en « cancérogène probable pour l’homme » en 2015 par l’Organisation mondiale de la santé.

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Françoise Tulkens, présidente du Tribunal International Monsanto

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Rendre un avis consultatif
Certes, ces témoignages à charge n’ont pas pu être contrebalancés par les arguments de Monsanto, la firme américaine ayant refusé de venir à La Haye devant ce tribunal citoyen sans statut officiel. Et le géant de l’agrochimie, en cours de rachat par l’allemand Bayer, de dénoncer dans une lettre ouverte « cette parodie de procès ». « Nous ne sommes pas là pour prononcer un verdict ou condamner qui que ce soit, lui a répondu calmement Françoise Tulkens, la juge belge, présidente de ce tribunal pas comme les autres. Notre but, ici, est de rendre d’ici à quelques mois ce qu’on appelle un avis consultatif, dont pourront s’emparer les tribunaux internationaux. Pour aller plus loin et faire progresser le droit en matière d’environnement et de santé publique. Notamment sur la définition juridique de l’écocide » (lire encadré ci-dessous). Car si le public de ce tribunal citoyen, réuni à l’Institut des sciences sociales de La Haye, était pour la majorité constitué de militants (faucheurs volontaires d’OGM, paysans de Via Campesina, écologistes, agriculteurs bio), les cinq juges étaient, eux, de grands professionnels. Comme Françoise Tulkens, ancienne vice-présidente de la Cour européenne des droits de l’homme, nommée en 2012 au panel consultatif de l’ONU sur les droits de l’homme au Kosovo et présidente de ce tribunal Monsanto. Qui n’a pas hésité à rappeler à l’ordre – gentiment et avec pédagogie – le public afin qu’il n’applaudisse pas les interventions.

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Marie-Monique Robin en conclusion du Tribunal International Monsanto – La Haye, 16 octobre 2016

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Une brèche dans le mur de l’impunité

« Nous devons faire notre travail avec sérieux, confie Françoise Tulkens à La Vie. Même si notre légitimité vient d’avoir été saisie par la société civile. Comme dans les années 1960-1970 avec le Vietnam, où c’est le tribunal Russell qui avait fait progresser la notion de crimes de guerre. » Au soir de ces jours d’auditions si riches et denses, Marie-Monique Robin, la réalisatrice du film-documentaire le Monde selon Monsanto (2008) et marraine du comité d’organisation de La Haye, ne cachait pas sa fierté : « Nous venons à notre tour d’ouvrir une brèche dans le mur de l’impunité. »

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Le droit de protéger la nature
Son livre fera certainement date dans l’histoire de l’environnement. Valérie Cabanes, juriste en droit international, est l’auteure d’Un nouveau droit pour la Terre. Pour en finir avec l’écocide. Présente dans les coulisses du tribunal Monsanto à La Haye, elle explique à La Vie ce que pourrait être la reconnaissance du crime d’écocide : « Ce terme a été lancé dans les années 1960 par le biologiste américain Arthur Galston à propos de l’usage de l’Agent orange, un désherbant fabriqué déjà par Monsanto et utilisé par l’armée américaine comme défoliant au Vietnam. C’est justement cela un écocide : porter atteinte durablement à des éléments vitaux sur Terre : l’eau, les forêts, les océans, le climat… tous les écosystèmes. La voie pour progresser passe, à mon avis, par l’amélioration du Statut de Rome, qui, signé en 1998 par 124 pays, a permis la création de la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye pour juger les crimes de guerre et les génocides. D’ailleurs, récemment, sa procureure générale, la Gambienne Fatou Bensouda, a envisagé son extension, notamment aux ravages écologiques et à l’exploitation illicite des ressources naturelles. Le principe de base étant, pour moi, que la nature ne doit plus être considérée comme une simple ressource. Cela doit nous amener, nous, Occidentaux, à une sorte de révolution intérieure afin de détrôner l’homme de sa suprématie sur la nature. »

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Un nouveau droit pour la Terre. Pour en finir avec l’écocide, de Valérie Cabanes, Seuil, 20 €.

Cet article a été publié dans l’hebdomadaire La Vie du 20 octobre 2016.

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Tribunal International Monsanto : la satisfaction d’Arnaud Apoteker

Voici la réaction d’Arnaud Apoteker, pionnier français de la lutte contre les OGM et coordinateur du Tribunal, à l’issue du Tribunal International Monsanto, qui se tenait du 14 au 16 octobre 2016 à La Haye (Pays-Bas), en présence d’une délégation d’une dizaine de journalistes des JNE.

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par Myriam Goldminc

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Arnaud Apoteker, coordinateur du Tribunal International Monsanto – photo DR

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Cliquez ici pour écouter l’interview d’Arnaud Apoteker

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Le témoignage de deux bénévoles du Tribunal International Monsanto

Voici le témoignage de deux étudiants français qui ont travaillé bénévolement pour le Tribunal International Monsanto, auquel une délégation de journalistes des JNE a assisté à La Haye (Pays-Bas) du 14 au 16 octobre 2016.

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par Myriam Goldminc

Cliquez ici pour écouter l’interview

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Jean-Paul Sikeli : « Le Tribunal international, un pas important vers la fin de l’impunité pour Monsanto »

Voici une interview audio de Jean-Paul Sikeli (Côte d’Ivoire), secrétaire exécutif de la Copagen (Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain), réalisée au cours du Tribunal International Monsanto, qui se tenait du 14 au 16 octobre 2016 à La Haye (Pays-Bas), et qui a été couvert par un groupe de 11 journalistes des JNE.

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par Myriam Goldminc

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L’équipe de la COPAGEN, avec Jean-Paul Sikeli – photo D.R.

 

Cliquez ici pour écouter l’interview

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