Actualités internationales

Peut-on exploiter durablement les forêts tropicales ? L’exemple de Deramakot (Bornéo)

Bornéo, à l’est de la péninsule malaise, fait partie des grandes îles de la Sonde. L’île couvre 752 000 km². Elle est baignée par la mer de Chine méridionale au nord-ouest et, en tournant dans le sens des aiguilles d’une montre, par la mer de Sulu, la mer de Célèbes, le détroit de Macassar et la mer de Java.

par Annik Schnitzler

A Bornéo, une gestion durable de la forêt ? – photo Annik Schnitzler

L’île est divisée en trois nations. Les deux tiers appartiennent à l’Indonésie (Kalimantan). Le Sarawak et le Sabah, situés respectivement sur la côte nord-ouest et à la pointe nord de l’île, et que sépare les deux enclaves du sultanat de Brunei, ont été rattachés à la Malaisie en 1963.

Bornéo est célèbre pour sa biodiversité spectaculaire, mais aussi pour les scandales qui s’y déroulent depuis plus de 30 ans suite à l’expansion foudroyante des plantations de palmiers à huile au détriment de la forêt tropicale primaire. La Malaisie est en effet connue pour connaître les taux de déforestation les plus élevés au monde, sans état d’âme pour la destinée des ethnies qui y vivent. Elle est aussi connue pour inclure la plus grande proportion d’animaux en danger d’extinction (21 à 100 % d’extinctions de mammifères programmées d’ici 2100). En 2000, la disparition brutale dans la jungle de Sarawak de Bruno Manser, activiste écologiste suisse et défenseur des droits du peuple pénan de cette région malaise, a secoué le monde entier.

L’humanité a beaucoup à perdre dans cette exploitation inconsidérée des richesses naturelles de Bornéo, mais aussi de l’ensemble biogéographique de l‘écozone indomalaise, le Sundaland, qui inclut la péninsule malaise et les îles actuelles de Bornéo, Java, Bali, Sumatra. C’est en effet dans cette partie du monde qu’ont émergé les Angiospermes ou plantes à fleur, à la fin de l’ère secondaire. La diversité génétique et spécifique y est donc très élevée. Par ailleurs, la situation unique au monde du Sundaland, près de l’équateur et à proximité du continent asiatique, explique le haut niveau de diversité des forêts malaises, aussi élevé que ceux de grands continents, comme l’Afrique centrale ou l’Amérique du Sud.

En effet, au cours des trois derniers millions d’années, le Sundaland a été séparé au moins une trentaine de fois du continent, au gré des oscillations climatiques et des variations des niveaux des mers. Au plus fort des froids quaternaires, il y a 800 000 ans, le Sundaland ne formait qu’une seule masse continentale par abaissement du niveau de la mer, essentiellement couverte de savanes. Les grands mammifères parcouraient librement l’ensemble de cette immense masse de 2 millions de km². Quelques forêts denses de Diptérocarpacées subsistaient dans le nord et l’ouest : ce fait est très important car cela signifie que les forêts de Bornéo (Sabah et Kalimanta) comptent parmi les forêts tropicales les plus anciennes au monde. Ces forêts reprenaient de l’importance au cours des remontées des eaux, qui isolaient aussi les différentes îles, subissant à chaque événement des événements de spéciations couplés à des extinctions locales.

La fin de la dernière glaciation a été fatale pour un certain nombre de grands animaux. Ainsi, le tigre a disparu de Bornéo ; d’autres mammifères ont survécu dans certaines îles assez grandes en réduisant leur taille, comme le rhinocéros ou l’éléphant. Les orang-outans n’ont survécu qu’à Sumatra et à Bornéo, formant deux sous-espèces différentes.

Un saccage programmé des forêts

A Bornéo, les plantations de palmiers à huile ont connu depuis plus de 30 ans une expansion foudroyante au détriment de la forêt tropicale primaire – photo Annik Schnitzler

Depuis quelques décennies, les grands mammifères de Bornéo sont gravement menacés par la déforestation massive qui atteint presque toute l’île. Un documentaire long métrage, intitulé Le cas Bornéo, produit par Eric Pauser et Dylan Williams, et présenté le 17 novembre 2018 à Metz, dénonce le réseau de corruption qui en est responsable, s’étendant de l’élite dirigeante malaise jusqu’aux banques suisses. En découle une baisse catastrophique des populations endémiques d’orang-outans (plus de 50 % depuis 1999), particulièrement touchés en raison de leur grande vulnérabilité : grande corpulence, lenteur de la reproduction (6 à 9 ans), exigences trophiques. Il en est de même pour le rhinocéros de Bornéo, éteint récemment. Autre espèce devenue rare, l’éléphant, qui vit à Bornéo en faible nombre au nord. Il souffre de perte d’habitats par l’expansion des plantations de palmiers à huile, suivie de fragmentation des milieux forestiers et d’activités humaines dans les plantations d’huile de palme. Leur origine est cependant controversée car aucun ossement d’éléphant n’a été trouvé dans les gisements fossiles. Ils pourraient provenir d’une souche éteinte de Java, transportée par l’homme à Bornéo au cours du XIVe siècle.

La visite à Deramakot, dans l’Etat de Sabah

Le but de ce voyage était de découvrir la faune prestigieuse de Bornéo, des primates à la panthère nébuleuse et au calao rhinocéros. Le choix du guide a été la réserve de Deramakok (05°22′N, 117°25′E, altitude de 30 à 330 m), située dans l’Etat de Sabah. Cette réserve rassemble en effet un certain nombre d’atouts : une large surface forestière de 55 000 hectares située dans un ensemble protégé de plus d’un million d’hectares, comptant notamment le Parc national de la Danum Valley. Deramakot reste une forêt exploitée, mais elle est labellisée (label international FSC par le Sabah Forestry Department) sur 51 000 hectares, 4000 hectares étant protégés. La chasse y est totalement interdite. Elle est considérée comme l’une des plus riches en faune de Bornéo.

En effet, grâce à l’œil d’aigle de notre guide pisteur, qui nous a fait parcourir en 4×4 ouvert l’unique route de 60 km qui traverse la forêt, jour et nuit, nous avons pu voir une large gamme de mammifères, d’oiseaux, de reptiles et d’insectes. La technique pour voir et photographier la faune la nuit est celle du « spotteur », qui consiste à balayer sans arrêt les abords de la route forestière avec une lampe très puissante.

L’espèce phare a été d’observer l’orang-outan en liberté, et non pas comme pour la plupart des touristes, en centre d’acclimatation. Ils sont relativement nombreux ici : 700 environ. Des femelles et leurs petits y ont été régulièrement et longuement observés. Un mâle nous a même fait la faveur de lancer un long appel. Intéressants à observer aussi sont leurs nids d’abri pour la nuit. D’autres primates ont été observés le long de la rivière Kinabatangan, en petits groupes qui ne se mélangeaient pas.

Nasique – photo Bruno Trédez

Sur les arbres en bordure de la rivière (en crue suite à de fortes pluies, puis en décrue rapide) : les nasiques au nez impressionnant et les langurs. Les macaques crabiers se limitent aux arbres plus en bord de rive. Près du village, les gibbons de Müller nous saluaient tous les matins avec un chant mélodieux dès 4 h 30. Le loris lent (Nycticebus coucang), curieux petit primate brun, a aussi été observé.

Colugo – photo Bruno Trédez

Le colugo (famille des Dermoptères), est un petit animal de la taille d’un écureuil, plutôt lent, et pourvu d’une membrane qui lui permet de voler. Dans les arbres toujours, une espèce de Viverridé rare, le binturong, et la roussette de Malaisie, grande chauve-souris. Tous deux consommant les fruits nombreux sur les branches ou les troncs.

Chevrotain – photo Bruno Trédez

A terre, une belle rencontre aussi a été le chat du Bengale, la présence de plusieurs cerfs sambar, et deux espèces de chevrotains, le petit kanchil de Java (ou chevrotain malais) et le chevrotain napu. Tous deux au bord de la piste, qui comptent parmi les plus petits mammifères ruminants de la planète. D’autres espèces discrètes présentes dans la forêt ont laissé quelques traces de leur présence, comme l’ours malais (traces sur la route, traces de griffes sur les troncs), ou l’éléphant. Sa présence est aisée à détecter par les nombreuses déjections odorantes laissées sur le chemin. Nous en avons fait fuir quelques uns, et avons entendu leur barrissement de protestation.

Quant aux oiseaux, une centaine a été observée, dont certains ont des couleurs magnifiques, comme le faisan noble et surtout le calao rhinocéros. Quelques serpents toxiques ont traversé le chemin la nuit : le cobra royal (Ophiophagus hannah) ; deux espèces de vipères (Tropidolaemus subannulatus et Boiga cynodon)… Enfin, le spectacle de quelques papillons de très grande taille, comme la nymphe des arbres Idea stolli (15 cm de large) ou Troides amphrysus d’un jaune vif, est inoubliable. La diversité se nichait aussi dans la salle qui nous servait de restaurant et de repos, très proche de la forêt, qui accueillait notamment des coléoptères tout aussi spectaculaires par leur taille.

Mais la forêt tropicale est également riche de bruits, qui évoluent de l’aube au crépuscule. Amphibiens et insectes en sont les auteurs principaux. Le chant le plus extraordinaire a été selon moi celui de la cigale de 6 heures (Pomponia merula), extraordinaire par sa puissance : il commence vers 17 h 15 et s’arrête vers 18 h. Il commence par un grincement decrescendo, suivi de gémissements sonores qui donnent l’impression d’être entouré de spectres. Vous pouvez l’écouter ci-dessous.

Concernant les plantes, nous avons pu admirer l’extraordinaire plante carnivore des marais, dénommé Nepenthes, qui comporte une urne d’une longueur de plusieurs centimètres.

Une sylviculture discutable

Sur les murs de la salle étaient étalés les principes de la gestion sylvicole pratiquée dans cette forêt jugée compatible avec la protection de la nature. Depuis 1997, l’exploitation du bois à Deramakot rentre dans les directives d’une certification, mais déjà en 1993, le département de foresterie de Sabah (SFD) avait adopté les techniques de prélèvement de bois réduits (RIL, Reduced Impact Logging) Le but est minimiser les dommages faits aux sols et à la production d’eau de qualité lors des prélèvements de bois. qui doit servir de modèle de référence pour une mise en place de cette technique dans les forêts productives. La forêt est découpée en 135 parcelles (entre 300 et 600 hectares par parcelle). Chaque année, deux à trois de ces parcelles sont exploitées et environ 2000 arbres sont abattus. Les parcelles sont donc exploitées tous les 40 ans environ. Après l’opération sylvicole, on reconnecte les drains, on supprime les ponts et on remodèle les zones d’atterrissage.

Les retombées de cette sylviculture semblent positives : le nombre d’espèces d’arbres est similaire dans les forêts non touchées, soit 1200 espèces d’arbres, 149 espèces de mammifères et 220 espèces d’oiseaux ,quoique le nombre de mammifères globalement décroit de 149 à 119 et celui d’oiseaux à 160. Ce nombre augmente à nouveau après 40 ans d’abandon. Globalement donc, la formule adoptée par la foresterie conserve le nombre total d’espèces, à la différence des autres types d’usages. Ainsi, après brulis, puis reconquête végétale, le nombre d’arbres n’est plus de 80 et le nombre de mammifères de 42, oiseaux à 60 espèces. Pour bien convaincre, panneaux et livres soulignent que dans la conversion forêt primaire/plantation en huile de palme, il ne resterait plus qu’une seule espèce d’arbre et 8 mammifères et 12 espèces d’oiseaux.

Cette situation qui semble parfaite à première vue l’est beaucoup moins quand on parcourt la route de la réserve. Nulle part on ne trouve de canopée dense et fermée, si typique des forêts tropicales. Les trouées y sont si nombreuses qu’elles sont la norme : quelques bouquets de gigantesques Diptérocarpacées du genre Shorea pour l’essentiel, de plus de 80 mètres de hauteur, témoignent de l’ancienne splendeur de cet écosystème unique, et rappelons-le, un des plus anciens de la planète. La rareté des très gros arbres prive certains mammifères d’habitat pour y nicher, comme les écureuils volants et les calaos, et les épiphytes, espèces végétales vivant sur les branches, d’y vivre. En revanche, d’autres plantes héliophiles prospèrent, comme diverses espèces de lianes, les bananiers ou le gingembre, qui offrent du nectar et des fruits à qui veut. Par ailleurs, les pistes sont très larges, entaillant profondément les collines. Elles ne disparaissent pas en 40 ans, on en voit les traces très nettes dans les pistes secondaires. Le spectacle est aussi souvent désolant, lorsque ces routes sont parsemées de très gros bois fraîchement coupés.

En fait, il est probable qu’ il n’existe aucune gestion durable au sens moderne du terme, en dehors de celle effectuée par les populations locales d’un passé récent. La biodiversité y est trop fragile parce que les espèces sont puissamment interconnectées, et très vulnérables aux changements occasionnés par les coupes. Les données fournies par les écologues sont sans doute à mesurer à plus large échelle de temps. L’impression qui se dégage est que tout cela n’est que de la poudre aux yeux, pour continuer à faire de l’argent sous couvert de protection, pour encore faire plus d’argent en attirant les touristes intéressés par la nature. A ce sujet, l’approche par la technique du spotteur, soulève quelques questions. On peut en effet se demander si le balayage constant par la lampe, effectuée tous les soirs par plusieurs groupes, n’est pas néfaste pour la faune, rien qu’en désignant aux prédateurs des proies qui souhaitent rester discrètes.

La grotte de Gomantong

Une visite aux grottes de Gomantong a clôturé ce voyage. Je rêvais de voir l’écosystème étrange de grottes calcaires. Celle du site de Gomantong est la plus large de Sabah. Pour l’atteindre, il faut traverser une petite forêt dense habitée par le langur rouge (nous y avons vu une femelle et son petit, un superbe moment !).

La grotte produit la plus grande quantité de nids comestibles d’hirondelles (4 espèces) qui vivent sous les voûtes de la grotte. Leur sonar leur permet, comme les chauves souris, de se repérer dans la grotte. Mais le plus extraordinaire est l’importance de ces colonies de chauve-souris (7 espèces sont répertoriées dans les grottes de Sabah) accrochées au vaste plafond. Leurs déjections alimentent tout un écosystème de coléoptères coprophages, parmi lesquelles de gigantesques blattes, qui grouillent à terre, sur les murs et sur les rambardes du sentier en bois qui parcourt la grotte. Il existe aussi de crabes spécialisés dans la consommation des déjections dans les écoulements d’eau permanents. Nous y avons vu des rats, mais bien d’autres espèces (serpents, araignées, scorpions, lézards) habitent la grotte même, pour s’y nourrir ou s’y reproduire. Un écosystème d’une incroyable complexité, qui se poursuit en dehors de la grotte, lorsque les chauves-souris qui quittent la grotte le soir sont attaquées par le faucon des chauves-souris ou d’autres rapaces.

Les touristes arrivent par cars entiers voir ce phénomène de prédation, mais peu s’aventurent dans la grotte elle-même : le noir, l’odeur forte, la présence grouillante d’animaux peu attractifs, semblent les répugner. Dommage, car non seulement cette grotte est l’exemple d’un écosystème d’une incroyable complexité et diversité, mais elle est aussi très bien expliquée par de grands panneaux à l’entrée.

Un beau voyage, certes, dans une nature qui m’a longtemps fait rêver. Qui laisse peut-être plus que tout autre, le sentiment d’une immense fragilité face à l’évolution de sociétés actuelles.

Quelques références

Wich S.A, Meijaard E., Marshall A.J., Husson S., et al. 2008 Distribution and conservation status of the orang-utan (Pongo spp.) on Borneo and Sumatra: how many remain? 2008 Fauna & Flora International, Oryx, 42(3), 329–339

Mohamedi A., Samejima H., Wiltin A. 2009 Records of five Bornean cat species from Deramakot Forest Reserve in Sabah, Malaysia CATnews 51.

Piper P.J., Cranbook E, Rabett R.J. Confirmation of the presence of the tiger Panthera tigris (L.) in Late Pleistocene and Holocene Borneo. Malayan Nature Journal 2007 59, 3, 259-267.

Philips field guide to the mammals of Borneo. 1998. John Beaufoy Publishing.

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Manifeste contre la géo-ingénierie

En 2001, l’Assemblée Générale des Nations Unies adoptait une résolution proclamant le 6 novembre ‘Journée internationale pour la prévention de l’exploitation de l’environnement en temps de guerre et de conflit armé’. Un bon timing pour présenter ce Manifeste, qui est paru jour pour jour 40 ans après l’entrée en vigueur de la Convention ENMOD.

Nous, organisations de la société civile, mouvements populaires, peuples autochtones, organisations paysannes, chercheurs et chercheuses, intellectuels, écrivains, écrivaines, travailleurs, travailleuses, artistes et autres citoyens concernés du monde entier, nous nous opposons à la géo-ingénierie en ce qu’elle est une proposition dangereuse, absolument inutile et injuste pour lutter contre le changement climatique.

Le terme ‘géo-ingénierie’ fait référence aux interventions technologiques destinées à atténuer certains symptômes du changement climatique en agissant à grande échelle sur les océans, les sols et l’atmosphère de la planète Terre. La géo-ingénierie perpétue les fausses croyances selon lesquelles le modèle industriel actuel de production et de consommation, injuste et dévastateur tant écologiquement que socialement, ne peut être transformé et que nous avons par conséquent besoin de solutions technologiques pour maîtriser ses effets. En réalité, les changements et transformations dont nous avons vraiment besoin pour affronter la crise climatique sont surtout d’ordre économique, politique et social.
Notre Terre-Mère est notre maison commune et son intégrité ne doit en aucun cas être violée par les expérimentations de la géo-ingénierie ou par la mise en œuvre de cette dernière.
Nous nous engageons à protéger la Terre Mère et à défendre nos droits, nos territoires et nos peuples contre toute tentative de mainmise sur le thermostat de la planète ou sur les cycles naturels vitaux des fonctions et écosystèmes de la planète.

Les écosystèmes sains, la diversité culturelle et biologique sont essentiels au bien-être de tous les peuples, de toutes les sociétés et de toutes les économies. La géo-ingénierie — qu’elle vise la terre, les océans ou encore l’atmosphère — menace, de par ses effets secondaires et impacts dévastateurs, les écosystèmes, la biodiversité et les communautés humaines.
Nous rejetons toute nouvelle stratégie des économies basées sur les carburants fossiles et rejetons également la géo-ingénierie en tant que tentative visant d’une part à maintenir un statu quo que l’on sait irrecevable et d’autre part à détourner l’attention des réductions d’émissions de gaz à effet de serre et des vraies solutions à la crise climatique
Les effets des projets de géo-ingénierie d’élimination du dioxyde de carbone (y compris les monocultures d’arbres et les plantations de biomasse à grande échelle) sont extrêmement nocifs pour la terre, l’eau, la biodiversité, la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance traditionnels. La capture et stockage du CO2 (CCS) vise à servir l’industrie des combustibles fossiles et à la perpétuer. De plus, la bio-énergie avec captage et stockage du carbone (BECCS) amplifierait énormément les plantations, disputant les terres nécessaires à la production alimentaire, menaçant la sécurité alimentaire et la biodiversité. D’autres techniques d’élimination du dioxyde de carbone, telles que la fertilisation des océans perturberaient la chaîne alimentaire marine et créeraient dans les océans des zones mortes, privées d’oxygène.
Les technologies de la géo-ingénierie risquent de bouleverser les équilibres météorologiques locaux et régionaux et de perturber encore plus le climat.
Leurs effets pourraient être catastrophiques pour certaines régions, en particulier en ce qui concerne la disponibilité des ressources en eau et la production alimentaire.
Des conflits régionaux et internationaux liés aux effets secondaires et aux impacts indésirables de ces technologies auront très probablement lieu.

La géo-ingénierie menace la paix et la sécurité mondiales.

Certaines technologies visant à manipuler le climat et les conditions météorologiques ont des origines militaires et pourraient très probablement être utilisées comme des armes.

Le déploiement des technologies de Gestion du rayonnement solaire (GRS) en particulier pourrait dépendre d’infrastructures militaires et entraîner de nouveaux déséquilibres géopolitiques (en termes de gagnants et de perdants) dans la course à la mainmise sur le thermostat de la Terre.

Nous nous unissons donc pour nous opposer aux expérimentations sur le terrain et au déploiement de ces technologies et appelons les organisations et les citoyens/citoyennes à se joindre à cette campagne.
Etant donné la gravité des risques que la géo-ingénierie fait peser sur la biodiversité, l’environnement et les modes de vie et moyens de subsistance, en particulier dans le cas des communautés autochtones et paysannes, nous exigeons :
– L’interdiction des expérimentations et du déploiement de la géo-ingénierie
– La création d’un système de gouvernance multilatéral des Nations Unies qui soit international, transparent, participatif et qui se charge de faire respecter ces interdictions. Le moratoire sur la géo-ingénierie de la Convention sur la Diversité Biologique et l’interdiction par le Protocole de Londres de la fertilisation des océans en sont des points de départ.
– La cessation immédiate de toutes les expériences prévues en plein air, y compris :
Le projet SCoPEx, une expérience visant à injecter des aérosols dans la stratosphère dans le cadre du programme de géo-ingénierie solaire de Harvard, prévu en 2018 en Arizona, tout près de la frontière mexicaine ;
L’expérience d’éclaircissement de nuages marins (The Marine Cloud Brightening Project prévue dans la baie de Monterey, en Californie ;
Le projet Ice911, qui vise à épandre des microbilles de verre sur la glace et la mer en Alaska ;
Les projets Oceaneos de fertilisation des océans au Chili et au Pérou ;
– La suspension de tous les projets de grande envergure et des financements de projets qui visent à capturer le CO2 avec des moyens technologiques et à le séquestrer dans des formations géologiques et/ou dans les océans, et/ou à l’utiliser pour la récupération assistée du pétrole et/ou d’autres applications industrielles telles que la capture et stockage du CO2 (CCS), les technologies de bioénergie avec capture et stockage du CO2 (Bio-Energy with Carbon Capture and Storage ou BECCS et de capture directe de CO2 dans l’air (Direct Air Capture). La suspension de toutes les monocultures à grande échelle ;
– Le refus de tout financement public pour ce type de projet ;
– La reconnaissance des modes de vie et cosmovisions des peuples autochtones, y compris le droit de libre détermination à défendre leurs communautés, les écosystèmes et la vie dans son ensemble contre les techniques et pratiques de la géo-ingénierie qui violent les lois naturelles, les principes créatifs et l’intégrité territoriale de la Terre Mère et du Père Ciel.
– La mise en place et le respect du droit du droit des peuples autochtones et des communautés locales à un consentement libre, préalable et en connaissance de cause pour toute expérience ou projet de géo-ingénierie.
– Le respect des droits des paysans, des terres et des territoires, qui passe par le fait de reconnaître que leurs moyens de subsistance — y compris ceux des peuples autochtones, des communautés habitant les forêts, des bergers et pêcheurs artisanaux — constituent une source vitale d’alimentation pour la majorité de la population mondiale, qu’ils ouvrent la voie à la souveraineté alimentaire et contribuent à atténuer les émissions de gaz à effet de serre et à récupérer les sols et les écosystèmes. Leurs terres sont particulièrement susceptibles d’être accaparées et exploitées pour le déploiement de la géo-ingénierie, et leur agriculture menacée par ses effets secondaires.
– Le soutien et le renforcement de recherches significatives pour définir des moyens justes, durables et transformateurs de limiter le réchauffement planétaire à 1,5° C, en envisageant sérieusement des modèles et des scénarios différents à ceux utilisés actuellement dans les négociations sur le climat et en incluant aux débats et à la prise de décisions d’autres types de savoirs et d’expériences — y compris les savoirs des peuples autochtones et les propositions des mouvements paysans.
– Les communautés, les activistes et les chercheurs du monde entier construisent et développent actuellement les éléments constitutifs de chemins transformateurs et fondés sur la justice qui nous mèneraient vers un monde où le réchauffement global ne dépasserait pas les 1,5° C. Les solutions seront multiples, diverses et soucieuses des contextes locaux et régionaux. Elles incluent l’élimination des infrastructures de combustibles fossiles — non seulement du charbon, mais aussi du pétrole et du gaz — ; l’expansion d’une démocratie énergétique alimentée par les énergies renouvelables éolienne et solaire ; la réduction de la consommation globale d’énergie et de matériaux ; une transition juste pour les travailleurs et vers une économie féministe et régénératrice ; le soutien à l’agro-écologie paysanne et à la souveraineté alimentaire pour la justice climatique au sein du système alimentaire ; la restauration ample mais soignée des écosystèmes vitaux de la planète, et des forêts avant tout.
Tout cela en intégrant et en respectant les droits des peuples autochtones et des communautés locales. La justice climatique ne sera possible que si nous nous basons sur des solutions respectueuses de l’environnement et justes socialement, plutôt que sur des rafistolages technologiques très risqués qui font le jeu des pollueurs, des industries extractives et du complexe militaro-sécuritaire.
Notre maison, nos terres et territoires ne sont pas un laboratoire de technologies de modification de l’environnement à échelle planétaire.
Nous disons donc à la géo-ingénierie : Bas les pattes !

Ne touchez pas à notre Mère la Terre !

Parmi les 23 Organisations internationales signataires
Alianza por la Biodiversidad en America Latina
Amigos de la Tierra de America Latina y el Caribe (ATALC)
Asian Peoples Movement on Debt and Development (APMDD)
Biofuelwatch
Climate Justice Alliance
Corporate Accountability International
Corporate Europe Observatory
ETC Group
Focus on Global South
Global Forest Coalition Grain

Parmi les ONG françaises :
ATTAC France
Sciences Citoyennes

Parmi les individus signataires (6 Prix Nobel alternatifs)
Vandana Shiva, Right Livelihood Award,
Ricardo Navarro, El Salvador, Goldman Environmental Prize
Pat Mooney, Canada, Right Livelihood Award,
Nnimmo Bassey, Nigeria, Right Livelihood Award,
João Pedro Stedile, MST, Brésil, Right Livelihood Award,
Fernando Funes, Cuba, Right Livelihood Award.

Ce manifeste a été d’abord publié sur le blog Athena 21, animé par Ben Cramer (JNE).

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Le joyau de la côte algéroise méconnaissable

Jadis joyau de la côte algéroise, la plage Franco (actuellement plage Ali La Pointe) de Rais Hamidou (ex-La Pointe Pescade) est aujourd’hui un site en grande partie dénaturé.

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par M’hamed Rebah

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La Journée mondiale de la mer (27 septembre), célébrée en divers points du littoral algérien, le samedi 29 septembre, deuxième jour du week-end en Algérie, s’est transformée en journée d’une grande déception pour les écologistes qui ont choisi d’aller à Rais Hamidou (ex-La Pointe Pescade, dans la proche banlieue d’Alger) pour participer aux activités organisées à cette occasion. Ils pensaient pouvoir redécouvrir la belle plage Franco (plage Ali La Pointe, actuellement) qu’ils ont connue dans leur enfance ou dont ils ont entendu parler. Le spectacle offert à leurs yeux les a horrifiés : à la place de ce qui a longtemps été un joyau de la côte algéroise, ils ont trouvé un site en grande partie dénaturé dans ses deux éléments « historiques » : la belle jetée, qui était en harmonie avec les rochers naturels, est maintenant écrasée par un hideux et immense « mur » de béton qui bouche la vue de l’horizon, et le sable fin, sur lequel les estivants se doraient au soleil à l’époque, a été couvert sur une large bande par l’asphalte, pour les besoins d’une voie carrossable pour voitures et 4/4 roulant au gas oil.

Il y a un décret (datant de 2006) qui fixe « les conditions de réalisation des voies carrossables nouvelles parallèles au rivage » et prévoit une étude d’impact pour permettre « la protection et la préservation des cordons dunaires, des dunes littorales et des parties supérieures des plages concernées », mais il ne concerne pas la route réalisée directement sur le sable de l’ex-plage Franco. Ce n’est pas tout : près du bord, là où apprennent à nager les gosses, aidés par leurs parents, une série de barques à moteur « stationne » tout en laissant fuir dans l’eau, leur carburant – parfois un mélange d’essence et d’huile moteur – qui pollue, en plus, l’air marin; le plan d’eau fait penser à une station-service en mer. Sur cet aspect, l’ex-plage Franco n’est pas une exception, la pollution par l’essence est la même partout où les Jet Skis (scooters des mers) arrivent jusqu’au rivage. Y a-t-il un vide juridique dont profiteraient ces pollueurs de plages ? La loi algérienne interdit et punit tout déversement d’essence en mer. Habituellement, les barques à moteur sont équipées de rames utilisées pour s’éloigner du bord et leur moteur n’est mis en marche que pour « prendre le large ». Sur cette plage de Raïs Hamidou, les rames ont été mises au placard.

D’après les spécialistes, certains moteurs hors bord peuvent déverser jusqu’à 30 % de leur carburant imbrûlé dans l’eau par le tuyau d’échappement. Comment peut-on déguster des sardines grillées dans ce décor ? Les deux belles criques, Sport nautique et La Rascasse, voisines de Franco, ont carrément disparu, et leur espace ressemble à un terrain vague qui attend le béton. Sur place, les pêcheurs sont résignés, personne ne les a consultés avant d’entamer les travaux. Si on l’avait fait, à condition de prendre en compte leur avis, ce qui n’est pas évident, la plage n’aurait pas subi cette agression qui « rivalise » avec celle provoquée de longue date, dans l’environnement local, y compris sur la plage, par la cimenterie située au-dessus et dont les eaux usées mêlées à celles de petites unités artisanales implantées plus haut, se déversent dans un oued qui débouche sur la mer. La conception libérale du « climat des affaires », portée par les pressions des institutions financières internationales, empêche l’application rigoureuse des dispositions légales de protection de l’environnement. Il reste, enfin, à espérer que les belles petites criques de sable et de rochers qui se trouvent en contrebas du front de mer qui mène, sur quelques kilomètres, de Bologhine (ex-Saint-Eugène) à Raïs Hamidou, échappent au regard des « décideurs » obnubilés par l’idée de placer partout, au pied levé, des marinas bétonnées, sources de pollution aux hydrocarbures.

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Cet article a été publié dans La Nouvelle République (Alger) du dimanche 7 octobre 2018.

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Choléra, inondations : un été de négligences «écologiques» en Algérie

Le bilan «écologique» de l’été 2018 montre, encore une fois, que le rôle de la prévention dans la gestion des risques majeurs, en Algérie, est négligé, malgré les leçons données par les catastrophes qui n’arrêtent pas de surprendre et de faire des dégâts là où on s’y attend le moins.

par M’hamed Rebah

Le délégué national aux risques majeurs auprès du ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, Tahar Melizi, a implicitement reconnu cette lacune après les inondations qui ont frappé mercredi 19 septembre la région de Hamma Bouziane (une quinzaine de km au nord-est de Constantine). Les pluies diluviennes attendues habituellement en octobre et novembre sont venues plus tôt, mais à Constantine, on sait que le risque de glissement de terrain est avéré à cause du ruissellement des eaux, aggravé par une urbanisation anarchique.

Les images impressionnantes des flots emportant sur leur passage des files de véhicules, vues à la télévision ou sur les vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, ressemblent à celles prises quelques jours avant à Tebessa et à Oum El Bouaghi (à l’est du pays comme Constantine) et rappellent la catastrophe, d’une toute autre dimension (en pertes humaines et en dégâts matériels et destruction d’habitations), due également aux eaux de pluies qui ont dévasté Bab El Oued le 10 novembre 2001. La catastrophe de Bab El Oued a résulté de la violence des pluies combinée aux erreurs d’aménagement et à l’urbanisation anarchique, pas de respect de la réglementation et pas d’infrastructures de protection.

Il n’est pas question d’empêcher les intempéries, phénomène naturel, mais il est possible d’éviter le pire par des mesures de prévention. Les plans de prévention des risques naturels prévisibles concernent les inondations et consistent d’abord à recenser les facteurs aggravants, notamment les constructions illicites et les habitations dans les lits de cours d’eau, ainsi que la vérification de l’état des réseaux d’assainissement. Les spécialistes algériens ne cessent pas de tirer la sonnette d’alarme sur la persistance à continuer à construire dans les zones inondables et les zones accidentées, notamment les lits d’oued et les terrains glissants, trompeurs en période de sécheresse. Leurs localisations sont certainement connues.

L’exploitation des images du satellite algérien Alsat-1B répond aux objectifs liés à la prévention et à la gestion du risque d’inondations

Il y a deux ans, l’Agence spatiale algérienne (ASAL) a annoncé que l’exploitation des images d’Alsat-1B (un des trois satellites algériens avec Alsat-2B et Alsat-1N, qui venaient d’être lancés), répondrait entre autres aux objectifs liés notamment à la prévention et la gestion du risque d’inondations. Le risque d’inondations, classé deuxième en Algérie après le séisme, est une priorité du ministère des Ressources en eau qui s’est donné pour objectif d’endiguer ce phénomène. Dans ce but, l’Etat a mobilisé 81 milliards de dinars (environ 500 millions d’euros) durant les deux plans quinquennaux 2005-2009 (21 milliards de dinars) et 2010-2014 (60 milliards de dinars), pour doter l’Algérie d’une stratégie nationale de protection contre les inondations avec un système de prévision et d’alerte de crue. L’Agence nationale des ressources hydriques (ANRH) a engagé, pour sa part, une étude pour établir une cartographie des zones inondables et déterminer l’ensemble des villes exposées aux inondations, qui sont, par ailleurs, prévisibles et annoncées par des bulletins météorologiques spéciaux (BMS).

Cet été, il n’y a pas eu que les inondations pour rappeler l’importance de la prévention. L’épidémie de choléra, maladie des eaux sales que l’on croyait définitivement disparue du paysage algérien, a également mis en évidence le recul de la politique de prévention en matière de santé publique. Le choléra, réintroduit en Algérie en 1971, avait fait partie, à cette époque, de la liste officielle des maladies à transmission hydrique. Son point culminant a été atteint en 1986, qui a été véritablement l’année du choléra au vu de son bilan effrayant, une catastrophe passée sous silence par les médias publics (les seuls existants, à cette époque) soumis à la censure. L’action énergique du ministère de la Santé par l’intermédiaire de sa direction de la prévention, avait permis de casser le cycle spécial du choléra en Algérie. Il n’y a plus eu d’épidémie après 1990, année où on a enregistré 1556 cas. En 1991, ce chiffre est descendu à 162 cas, dont 154 pour la seule wilaya d’Adrar, et 4 décès. Les 149 cas enregistrés en 1994 relevaient de défections sur les réseaux d’assainissement. Les spécialistes de la prévention étaient alors optimistes : le choléra ne montrera plus le bout du nez, disaient-ils. Ils se basaient sur la corrélation entre le choléra et les diarrhées infantiles ; celles-ci avaient connu un recul spectaculaire grâce à l’éducation sanitaire. En 2018, à partir de l’oued Beni Azza (Blida, à 50 km d’Alger), pollué à l’extrême et longé d’habitats précaires, le choléra a resurgi pour marquer un été de négligences en matière de prévention. Que nous réserve l’automne qui a commencé dimanche 23 septembre ?

Cet article a été publié le dimanche 23 septembre 2018 dans La Nouvelle République (Alger).
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L’archipel de Malte : une histoire humaine hors du commun dans une nature en bien mauvais état

Situé entre le géant sicilien et l’éperon tunisien, l’archipel maltais (7 îles, dont les trois principales sont Malte, Gozo et Comino) ne comprend qu’une surface globale bien modeste (316 km² en tout, 250 km² et 27 km de long pour la plus grande île de Malte) en mer Méditerranée. Il correspond à la partie émergée d’un plateau d’origine sédimentaire tertiaire, qui relie cet archipel à la Sicile, située à 80 km.

par Annik Schnitzler

La position de l’archipel entre Orient et Occident, Europe et Afrique (plus précisément à 284 km de la pointe Est de la Tunisie) explique son rôle majeur pour les navigateurs de la préhistoire et de l’antiquité. Cet archipel semble toutefois n’avoir été habité par l’homme que depuis le Néolithique. Ces premiers habitants, venus probablement d’Anatolie, occupent des grottes. L’une des plus célèbres d’entre elles est celle de Ghar Damal, dont les traces d’habitation remontent au 6000 et 5000 avant J.C. Ces premières populations d’agriculteurs éleveurs échangent activement avec les îles voisines de Lipari et Pantelléria. Ces échanges entre îles font la richesse de l’archipel maltais, et permettent sans aucun doute l’érection de temples. Les premiers d’entre eux sont modestes, mais ils prennent de l’ampleur dès 3600 avant J.C., période à laquelle sont édifiés des édifices aux dimensions titanesques, s’étendant sur plus de 3000 m² pour certains. L’effort considérable pour leur édification a nécessité des dizaines de milliers de tonnes de matériaux qu’il a fallu transporter et assembler. On estime que des équipes de 300 à 500 ouvriers ont dû se relayer durant des siècles. Ces constructions d’architecture monumentale sont bien antérieures à l’édification des pyramides d’Egypte, et sont considérées comme les premiers grands édifices de pierre de l’humanité.

En raison de sa situation stratégique, l’archipel maltais a été occupé par de nombreuses sociétés : Phéniciens, Grecs (un millénaire avant J.C., l’île aurait accueilli le plus célèbre des navigateurs de l’Odyssée, Ulysse, retenu par les charmes de Calypso sur l’île de Gozo), Romains, Barbares, Byzantins, Arabes Aghlabides d’Ifriqiya, Normands, Angevins, Aragonais. Malte a été profondément marqué par l’influence de l’Ordre Souverain de Malte, fondé à Jérusalem en 1048, et établi à Malte au XVIe siècle. Les riches et prestigieux chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem ont couvert l’archipel d’une quantité d’églises et de monuments fortifiés au cours des siècles de leur présence. Plus tardivement, entre les deux guerres mondiales, Britanniques et Français s’y sont installés.

L’archipel réunit d’autres originalités : il s’agit du plus petit Etat de l’Union européenne depuis son entrée en 2004, Quarante ans après son indépendance du Royaume Uni ; sa densité y est une des plus élevées au monde ; ses habitants y parlent une langue sémitique d’origine berbère et arabe, mais qui est la seule ici à être écrite en alphabet latin.

De tels déferlements humains sur des surfaces aussi réduites ont eu des impacts considérables sur la nature maltaise. Actuellement, on ne peut qu’être un peu déçu par les paysages terrestres, particulièrement abîmés sur la grande île de Malte par l’expansion des villes et le dense réseau routier. Les forêts y ont disparu depuis longtemps, bien avant l’ère chrétienne, autour de 2340 avant J.C. Une recherche sur Google prétend qu’il reste quelques reliquats de ces chênaies à Quercus ilex, avec quelques exemplaires vieux de 9 siècles, dans un lieu protégé dénommé Il-Ballut Tal-Wardija dans la baie Saint Paul, qu’il nous a été impossible de trouver. Sans doute la surface modeste (200 m sur 40 seulement) la rend-elle presque invisible.

Le cyprès de l’Atlas (Tetraclinis articulata), a trouvé refuge à Malte. Considéré en grand danger d’extinction par l’UICN, il est le symbole de l’île – photo Annik Schnitzler

A défaut de vraies forêts, l’archipel comporte quelques espèces arborescentes, comme le pin d’Alep, largement répandu dans la Méditerranée de l’ouest. Le cyprès de l’Atlas (Tetraclinis articulata), un conifère de la famille des Cupressacées, y a trouvé refuge entre Afrique du nord et sud de l’Espagne, qui constitue son aire de distribution.

Cette espèce est considérée en grand danger d’extinction par l’UICN, en raison de sa rareté naturelle et surtout des multiples usages qu’en ont fait les hommes depuis l’Antiquité comme arbre pour la construction, pour des usages médicinaux. Devenu symbole de l’île, présent sur les pierres tombales des chevaliers de l’Ordre de Malte, il est abondamment planté le long des chemins, routes et jardins, notamment dans le seul grand jardin boisé, un peu sauvage, à Busket Garden. Peut-être subsiste-t-il quelques individus à l’état sauvage. Certains sites sont cités sur Internet: Mellieha au nord, il-Maqluba au sud-sud ouest de Malte, dans le centre Est (aire de Mosta) et Iċ-Ċagħak au nord ouest de Malte.

Une autre plante m’a intriguée : le lierre. Il survit sur les murs, n’ayant presque plus de supports arborescents qui lui conviennent. Il pourrait venir de la même population que celle de l’Afrique du nord, ou alors de Sicile. Toutefois, on prétend qu’il aurait été importé par les Anglais. Peut-être les deux théories sont exactes : il aurait colonisé Malte naturellement, comme partout dans les îles méditerranéennes et atlantiques, mais se serait métissé avec des lierres importés d’Europe.

Le glaïeul des moissons (Gladiolus italicus), également connu sous le nom de glaïeul d’Italie, est une fleur sauvage commune à Malte – photo Annik Schnitzler

Ces îles dévastées par l’homme conservent encore quelques paysages magnifiques dans les champs en friche et dans les maquis au printemps. Les fleurs sauvages (crocus et glaieul sauvages, coquelicot, linaire) y sont de toute beauté. Parmi les nombreuses espèces endémiques de l’île, la curieuse plante nommée en forme de champignon, le cynomorium écarlate (en maltais Għerq tal-Ġeneral, racine du Général), une plante vivace parasite aux vertus diverses (aphrodisiaque, anti hémorragique, anti dermatoses..) ne vit que sur un rocher à l’Ouest de Gozo. On peut en voir une représentation dans un musée à Malte.

Qu’en est-il des animaux ? Ceux qui dominent naturellement sont les oiseaux, et les micromammifères, du moins depuis la fin des temps glaciaires. Mais il faut se plonger bien plus loin dans le passé, aux temps pléistocènes, pour que l’histoire naturelle de l’archipel maltais devienne réellement fascinante. On peut en avoir une idée en visitant le petit musée de Ghar Darham à l’est de Malte, où sont exposés les restes fossiles d’une faune extraordinaire qui a peuplé l’ile en vagues successives, durant des centaines de milliers d’années. La grotte de Ghar Darham adjacente à ce musée a livré toute une chronologie de l’histoire de cette faune.

Des mammifères des temps glaciaires, hippopotames et éléphants notamment, ont colonisé la Sicile et Malte. La parenté des espèces de deux îles est liée au fait qu’il y a eu plusieurs périodes au cours desquelles les deux îles ont été connectées : 155 mètres d’abaissement du niveau des mers au plus fort de la dernière glaciation, certes insuffisant pour un pont terrestre sauf s’il y a eu sédimentation ou/et mouvements tectoniques. Les connexions Sicile continent, et Sicile Malte ont été sans doute temporaires, mais présentes dans le passé lointain. L’une d’entre elles a eu lieu entre Pléistocène inférieur et moyen (autour de 690 000 BP), permettant l’immigration d’éléphants et d’hippopotames d’Italie en Sicile et à Malte. D’autres immigrations ont été possibles lors d’épisodes glaciaires ultérieurs, avec parfois de meilleures connexions avec la Sicile (autour de 90 000 ans). Dans ce cas, les écosystèmes maltais étaient davantage équilibrés, permettant une meilleure survie aux espèces. L’éléphant de Malte et de Sicile Elephas falconieri, issu de l’éléphant antique Elephas (Palaeoxodon) antiquus comme tous les autres éléphants des îles de la mer Egée et autres îles méditerranéennes, y a vécu. Cet éléphant a eu une histoire particulière : il est devenu le plus petit éléphant au monde (90 cm au garrot).

Plus récemment autour de 22 000-18000 ans, ont été trouvés des restes d’un cerf élaphe, ours et loup, ainsi qu’un cheval. Tous ont disparu bien avant l’apparition des premiers humains autour de 7000 ans. Malte peut donc être considéré comme un laboratoire naturel pour l’étude des réponses des animaux terrestres aux changements particulièrement stressants de l’environnement au cours du Quaternaire. En particulier, on remarque que le nanisme n’a pas permis la survie des mammifères. Stress climatiques, montée des mers (qui diminue la surface des îles et supprime les ponts avec le continent) ont joué ici dans la dépression génétique et l’extinction, sans intervention humaine.

Depuis l’isolement de l’archipel, seuls les petits mammifères ont survécu. A cela s’est ajoutée l’impressionnante liste des animaux apportés par l’homme, dont les plus anciens sont le rat et le lapin, arrivés avec les Phéniciens il y a 2700 ans. La chair du lapin est d’ailleurs fort appréciée sur l’île.

Le célèbre faucon maltais ne se trouve plus qu’au musée – photo Annik Schnitzler

Quant aux oiseaux migrateurs, ils croient trouver sur ces îles un refuge lors des grandes migrations printanières et automnales. Malte, grâce à sa position géographique entre l’Italie et la Tunisie, est en effet un lieu de halte essentiel pour ces oiseaux franchissant la Méditerranée. C’est l’un des trois principaux couloirs de migration entre l’Europe et l’Afrique avec Gibraltar et le Bosphore. Mais sur Google on peut lire de nombreux articles témoignant que ce pays devient un enfer pour les oiseaux de passage. En effet, il existe des « traditions » scandaleuses de chasse aux oiseaux, qui n’ont pas été totalement remises en cause avec l’entrée de ce pays dans l’Union européenne. Il s’agit selon certains auteurs d’un véritable massacre organisé d’une partie des oiseaux migrateurs européens qui ont la malchance de migrer au-dessus de ce pays dans leur route vers l’Afrique. En 2015, un référendum a indiqué que la population dans son ensemble est très favorable à ces chasses, malgré qu’elles soient en violation avec les lois européennes. Certains oiseaux, tels que le faucon pèlerin, de la même famille que le célèbre faucon maltais, ont disparu de l’île depuis 1980, rapporte le quotidien britannique The Independent.

Estimation du nombre d’individus tués annuellement réalisée par l’International Council for Bird Preservation

Bondrée apivore (500-1.000), Faucon crécerelle (1.000-1.750), Busard des roseaux (400-800), Faucon hobereau (500-1.000), Héron cendré (500-1.000), Bihoreau gris (1.000-2.500), Aigrette garzette (1.000), Héron pourpré (400-800), Pluvier doré (1.000-1.500), Tourterelle des bois (100.000-200.000), Coucou gris (500-1.000), Petit-duc et Hiboux des marais (500-1.000), Grive musicienne (200.000-300.000), Rouge-gorge (20.000-50.000), Huppe fasciée (1.500-2.500), Engoulevent d’Europe (2.000-3.000), Alouette des champs (50.000-100.000), Pie-grièche à tête rousse (100-300), Loriot (4.000-7.000), etc. Plus de 250.000 Moineaux espagnols, 30.000 Hirondelles rustiques et de fenêtre et 15.000 Martinets noirs servent également chaque année de cibles d’entraînement, le corps des victimes mortes ou blessées jonchant les rochers. En outre, il faut également constater le tir de Chevaliers aboyeurs, Traquets motteux, Guêpiers d’Europe, Avocettes élégantes, Echasses blanches, Oedicnèmes criards, Busards cendrés, Balbuzards pêcheurs, Circaètes Jean-le-blanc, Percnoptères d’Egypte, Faucons kobez, Cigognes, Flamants, Grues cendrées… En résumé, tout ce qui passe !

Il reste les oiseaux sédentaires commensaux, comme les moineaux, qui semblent pour la plupart atteints de dépression génétique, ainsi qu’en témoignent les formes albinos partielles ou totales qu’on peut voir un peu partout.

Un séjour très enrichissant, mais qui laisse finalement une impression de profonde destruction des milieux naturels, sans apparente remise en question de la part de ses habitants.

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Bibliographie

Hunt, C.O. & Schembri, P.J. 1999 Quaternary environments and biogeography of the Maltese Islands. In: Mifsud, A. & Savona Ventura, C. [eds] Facets of Maltese prehistory. pp. 41-75; Malta : The Prehistoric Society of Malta; vii + 243pp.

Guilaine J. 2001 Malte et la préhistoire de la Méditerranée dans Malte du Néolithique à la conquête normande, Dossier d’archéologie, 267, p. 18-19.

Palombo M.R. 2001 The World of Elephants – knowledge, problems and perspectives. International Congress, Rome 2001.

Stevens D. 2000. The Maltese national tree – the araar tree.

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Algérie : le cadre de vie dégradé en été

La tradition estivale à l’algérienne se maintient en 2018.

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par M’hamed Rebah

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En plus du feuilleton politico-judiciaire de la saison, qui tient en haleine la population, le cadre de vie connaît sa dégradation habituelle : coupures d’eau, plus ou moins longues, et carrément la pénurie pour les habitants placés par la malchance au mauvais endroit ; saleté repoussante des rues (y compris «centrales») et places, amas d’ordures un peu partout sur des trottoirs en mauvais état, parcourus par les eaux usées; nuisances sonores «normales» comme si elles étaient intégrées à l’ordre public, même la nuit, le fameux tapage nocturne qui est devenu impuni, voire «organisé» d’en haut quand il s’agit d’activités «culturelles» ou dites de «loisirs» au milieu d’habitations, sans aucune consultation des riverains tenus dans le mépris le plus total.

La grande inconnue, en l’absence d’études épidémiologiques sérieuses, reste la pollution de l’air due à un parc automobile roulant en très grande partie au gas oil classé cancérigène par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Seule note de satisfaction à Alger, le démantèlement des panneaux publicitaires a mis fin à une pollution visuelle qui portait atteinte dans l’indifférence générale à l’esthétique du paysage urbain (très belles perspectives, vues sur la mer et façades de bâtiments culturels ou historiques, masqués…). Quant à la pollution lumineuse, due à un éclairage public anarchique, personne n’y fait attention.

Dans le malaise urbain, c’est le bruit qui agit comme facteur principal en privant les espaces publics de la tranquillité indispensable aux citadins. En ville, et a fortiori en plein centre, surtout quand il s’agit d’une capitale, comme Alger, les spécialistes estiment que la qualité sonore est un élément fondamental du vivre ensemble dans les espaces publics (places, jardins, squares..) et sur les terrasses des cafés et restaurants autant que sur les balcons des habitations.

Les jeunes pensent que les activités «culturelles» organisées par les autorités sur la voie publique, qui leur sont proposées, ont une motivation politique inavouée (les distraire et les démobiliser), et ils sont alors enclins à appuyer les actes d’«inquisition», à motivation tout aussi politique et inavouée (mobiliser et embrigader les jeunes dans les mouvements islamistes), qui empêchent ces activités de se dérouler.

En plus, dans leur grossière manœuvre de manipulation, les «inquisiteurs» reçoivent le soutien inespéré de riverains excédés par les nuisances sonores et qui estiment que « la fin justifie les moyens » ; l’essentiel, pour eux, est d’obtenir la «délocalisation» des activités bruyantes, musicales ou à caractère commercial et publicitaire, vers des salles insonorisées ou des emplacements éloignés des lieux habités.

Dans le contexte de mal-vie entretenu par l’insuffisance des services publics (approvisionnement en eau et en électricité, ramassage des ordures, nettoiement des rues, transport, soins…) et par les difficultés sociales qui découlent du déficit de projets de développement, contexte alourdi, au sud du pays en particulier, par la canicule, la « culture dans la rue », à partir d’une scène posée sur la voie publique et accompagnée de haut-parleurs, offre un excellent prétexte aux inquisiteurs-manipulateurs qui opèrent alors sur un terrain facile.

Par ailleurs, la presse publie presque chaque jour des articles et reportages de journalistes effarés par le spectacle que présente l’état de l’environnement urbain qui n’a jamais atteint, selon leurs témoignages, un tel niveau de dégradation. Dernièrement, une consœur du Quotidien d’Oran a fait état de la présence en ville de sangliers attirés par la nourriture qu’ils peuvent trouver dans les mini-décharges sauvages qui pullulent dans les quartiers. « Alger vaincue par la saleté », a titré une autre consœur (Le Soir d’Algérie) qui s’interroge : « qui n’a pas remarqué l’amoncellement des ordures dans différents quartiers de la capitale ? ». Ailleurs, plus précisément à Ain El Turck (Le Quotidien d’Oran,  8 juillet 2018), ce sont « des amas de gravats, de sable et de ciment sur les trottoirs et la voie publique ». A Guelma, d’après le correspondant du Soir d’Algérie, la ville ne cesse de « crouler sous les poubelles débordantes et les tas d’ordures qui s’amoncellent sur les trottoirs et parfois même sur la chaussée ».

Les citoyens ont une bonne part de responsabilité dans cette situation. Leur incivisme flagrant est le plus souvent du au manque d’éducation (que leur apprend-on à l’école ?), mais, selon des experts, dans certains cas, il s’apparente à des actes de désobéissance civile, comme forme d’hostilité aux institutions et à l’Etat.

Il est encore possible d’améliorer le cadre de vie urbain à condition d’associer la population à ce qui se fait dans son lieu d’habitation et de faire respecter la loi par tous. Tout récemment, mardi 24 juillet à Saida, le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, Nouredine Bedoui, a indiqué la voie à suivre en faisant savoir aux gestionnaires locaux qui l’ignorent, que « la conjugaison des efforts de l’élu au niveau local, du responsable administratif et des représentants de la société civile nous permettront d’éviter de commettre des erreurs ».

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Cet article a été publié dans La Nouvelle République (Alger) du dimanche 5 août 2018.

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Désertification en Algérie : l’impératif de protéger les terres agricoles

Loin des yeux des 87 % de la population algérienne qui vivent au nord du pays (sur 11 % du territoire), le désert, à travers le phénomène qui porte son nom, la désertification, n’a les honneurs des médias locaux qu’une seule fois dans l’année : le 17 juin, Journée mondiale de lutte contre la désertification.

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par M’hamed Rebah

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Le 17 juin est la date anniversaire de la signature et de l’adoption, en 1994, à Paris, de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification dans les pays gravement touchés par la sécheresse et/ou la désertification, en particulier en Afrique (c’est son intitulé complet). Les spécialistes n’ont pas encore réussi à convaincre tout le monde que la désertification ne signifie pas l’avancée du désert, mais la dégradation des sols, c’est-à-dire la perte de leurs capacités à produire la nourriture destinée aux populations.

Le 17 juin focalise donc un intense travail médiatique de sensibilisation sur cet aspect. Le but est de faire prendre conscience aux Algériens de la nécessité de préserver les terres agricoles en évitant la dégradation des sols. Et le lendemain du 17 juin, tout est presque oublié. Un vent d’affaires, contraire au prêche de la veille, se remet à souffler. La recherche du profit, qui est la motivation exclusive de certains «investisseurs» attirés par le foncier agricole, ne s’embarrasse pas de considérations écologiques. Ces «investisseurs» n’hésitent pas, quand leurs intérêts égoïstes immédiats le commandent, à dévier les terres de leur vocation agricole pour les transformer en assiettes pour la construction dans le cadre de la promotion immobilière jugée plus rentable, à leurs yeux.

L’actualité est marquée par de nombreuses actions d’agriculteurs qui veulent défendre leurs terres face à ces atteintes déguisées en opérations d’investissements et de modernisation. C’est ce qui s’est passé dans la wilaya céréalière de Tiaret, « dans la localité de Rahouia, où des hectares de terres agricoles, parmi les plus fertiles de la région, ont été destinés à l’habitat rural » (Quotidien d’Oran du 17 juin 2018). On se souvient de l’action de protestation populaire organisée, il y a deux ans, dans la petite ville d’Oued Taga (wilaya de Batna) par les habitants et agriculteurs (producteurs de pommes), rejoints par les citoyens des villages et communes limitrophes (Timgad, Imine Toub et même Arris qui se trouve à plus de 40 km de la ville d’Oued Taga), contre l’installation d’une cimenterie à cause du risque de pollution et de destruction des vergers.

Dernièrement, la journaliste d’investigation Salima Tlemçani a révélé le contenu du rapport des experts qui ont analysé les réponses aux appels d’offres concernant la cession au privé de fermes pilotes appartenant à l’Etat. Elle fait état de leur scepticisme basé sur un constat qui n’étonnera que les plus crédules : les soumissionnaires ne cherchent rien d’autre que posséder ces terres et non pas les travailler (El Watan, 18 juin 2018). Si les prédateurs réussissent à faire main basse sur les fermes pilotes et d’autres terres fertiles, on pourra dire adieu à la sécurité alimentaire.

Selon une spécialiste de la question, Saliha Fertas, qui est sous-directrice à la Direction générale des forêts (DGF), chargée de la lutte contre la désertification, les images satellites prises par l’Agence spatiale algérienne (carte de sensibilité à la désertification sur les 12 wilayas de la steppe, établie en 1996 et actualisée en 2010), et celles de la NASA (carte mondiale en partenariat avec le secrétariat de la Convention, réalisée récemment), ont montré que 9 % des terres du nord de l’Algérie sont dégradées de façon irréversible. Occupées par des bâtiments, ces terres ne donneront plus rien. La lutte contre la désertification est intimement liée à l’enjeu de la sécurité alimentaire. Les atteintes au foncier agricole menacent la sécurité alimentaire de notre pays et donc son indépendance.

Pour les spécialistes, « la lutte contre la désertification et la dégradation des terres est une composante importante, sinon essentielle, des stratégies de développement durable dans les pays touchés ». Est-ce l’avis de tous en Algérie ? Certes, sur la liste des problèmes d’environnement les plus perceptibles, la désertification est très loin d’avoir la priorité chez nous. La gestion des déchets et la propreté en milieu urbain, du ressort des Assemblées populaires communales (APC), restent le problème n°1, comme le prouvent les mini-décharges sauvages un peu partout aux coins des rues. Les candidats au bac en savent quelque chose, eux qui sont entrés dans des centres d’examen, y compris dans la capitale, en croisant des monticules d’ordures pas loin de la porte de l’établissement scolaire après être passés par les détritus qui jonchent la rue. Aucune attention particulière, en matière d’enlèvement des déchets et de nettoyage des rues, ne semble avoir été portée au contexte de l’épreuve du bac, pourtant moment exceptionnel dans la vie des Algériens et du pays. Il est vrai que les établissements scolaires livrés à cet environnement insalubre se trouvent à l’écart des grandes artères et des caméras. Ne parlons pas des nuisances sonores et du tapage nocturne, devenus «normaux» dans les villes algériennes, comme s’ils faisaient partie de l’ordre public.

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Cet article a été publié dans La Nouvelle République (Alger) du mardi 26 juin 2018.

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Écotourisme : au-delà de l’effet de mode, savoir considérer une approche territoriale

Suffirait-il de visiter un espace naturel préservé pour faire de l’écotourisme ?

par Jean-Pierre Lamic

Fou à pattes bleues – Galapagos 2008 – photo Corinne Bazin

Cette notion, à laquelle beaucoup commencent à s’intéresser est plus complexe qu’il n’y paraît : voici un décryptage du concept pour une meilleure compréhension des divers enjeux, notamment au niveau des territoires.

L’écotourisme est la forme la plus ancienne de tourisme responsable, basé sur des visites effectuées dans des territoires protégés : Parcs nationaux, Parcs naturels régionaux, réserves, zones vierges.

Il concerne aujourd’hui un nombre important de territoires.

Cependant cette notion reste floue et est parfois galvaudée pour en donner une forme que l’on peut qualifier de frelatée. Un décryptage du concept et des enjeux s’avère par conséquent indispensable.

L’écotourisme attire de plus en plus de voyageurs potentiels, mais il existe dans ce domaine un déficit de communication, et une difficulté à identifier les opérateurs du secteur.

Les 3 500 accompagnateurs en montagne, répartis sur l’ensemble des massifs constituent l’un des principaux réseaux de terrain, y compris pour les offres en « tout compris ».

Écotourisme : Comment le définir ?

Ils se sont penchés sur la question et, de manière consensuelle, ont déterminé une nouvelle définition du terme écotourisme :

l’écotourisme englobe les principes du tourisme durable en ce qui concerne les impacts de cette activité sur l’économie, la société et l’environnement, et comprend les éléments particuliers suivants qui le distinguent de la notion plus large de tourisme durable :

 Il contribue activement à la protection du patrimoine naturel et culturel,

 Il inclut les communautés locales et indigènes dans sa planification, son développement et son exploitation, contribue à leur bien-être, et encourage leur participation,

 Il propose aux visiteurs une interprétation du patrimoine naturel et culturel,

 Et il se prête à la pratique du voyage en individuel ainsi qu’aux voyages organisés pour de « petits groupes ».

L’Etna en 2012 – photo Jean-Pierre Lamic

L’ensemble des experts s’accorde sur le fait que le caractère différenciant de l’écotourisme face aux autres formes de tourisme durable est la « composante éducative » et « la médiation à l’environnement ».

Toutefois, l’écotourisme ne contribue pas seulement au bien-être ou à la participation des communautés locales, mais se doit de considérer l’ensemble des implications sociales qui découlent de la mise en tourisme des territoires, notamment en fonction des intérêts souvent divergents des différents groupes ou corporations qui constituent les communautés.

Enfin, il est à noter le lien indissociable entre écotourisme et territoires.

Quels intérêts pour le voyageur ?

Pour le voyageur l’intérêt principal réside dans la compréhension d’un territoire.

S’il choisit le ou les bons médiateurs, il pourra véritablement profiter des divers éléments qui en constituent l’attractivité : les plus beaux paysages, les lieux conviviaux, les produits du terroir, la richesse patrimoniale, la faune et la flore à côté desquelles il aurait pu passer sans les apercevoir, la population locale imprégnée de ses traditions…

Autant d’éléments qui enrichissent le voyage lorsqu’on prend le temps de les découvrir.

Ce qui implique une certaine lenteur, donc la réduction des déplacements, source d’économies : pour le voyageur (prix du voyage) et pour la planète (émissions de CO2).

Quels intérêts pour l’hôte ?

L’hôte quant à lui, ne pourra retirer un quelconque intérêt à la venue du voyageur que s’il y a véritablement un échange, pas uniquement basé sur le seul acte d’achat. Les échanges peuvent être de toute nature : ceux qui permettent une meilleure connaissance mutuelle favorisant le respect, un simple sourire, un apport de connaissances, l’intérêt porté par le visiteur au visité qui permet la prise de conscience de la richesse du patrimoine, tant matériel qu’humain, etc.

Quels intérêts pour la nature ?

La « composante éducative » et « la médiation à l’environnement » engendrent l’acquisition de connaissances de la part des publics, ce qui favorise un meilleur respect et une meilleure protection de la nature.

Ecureuil de Barbarie et papillon – Fuerteventura en Argentine (Iguazu) – 2014 – photo Jean-Pierre Lamic

Par exemple, un public de randonneurs, qui ne savent pas que des oiseaux nichent au sol, peut être très destructeur pour les espèces concernées, tout en n’ayant aucune conscience des dégâts occasionnés.

Le même public, s’il est averti, ne causera pas de destructions, et transmettra autour de lui les valeurs inhérentes à leur protection.

Certaines espèces, tels le vautour fauve ou le bouquetin, ont pu être réintroduites en partie grâce à cette connaissance dispensée par les Parcs nationaux, auprès des visiteurs, mais aussi et surtout auprès des habitants, des agriculteurs et des chasseurs.

Parfois, le simple fait qu’un public s’intéresse à une espèce, et fait le déplacement pour l’observer, permet sa protection (comme pour les éléphants au Kenya), en la justifiant, notamment d’un point de vue économique.

Quels sont les inconvénients de l’écotourisme ?

Par définition, l’écotourisme concerne plutôt les espaces préservés, soit parce qu’ils ont été oubliés, protégés, qu’ils étaient trop éloignés de tout accès ou situés en zone militaire ou de conflits.

Chute d’eau au Brésil – 2014 – photo Jean-Pierre Lamic

Un accès facilité, une législation plus permissive, une gare ou un aéroport, construits à proximité, l’arrêt d’hostilités, une mention dans un guide touristique, un article dans un magazine, génèrent souvent un afflux massif vers ces zones pas ou peu préparées à recevoir des flux touristiques.

L’écotourisme est, par conséquent, totalement tributaire d’une bonne gestion territoriale qui se doit d’inclure le calcul préalable de la capacité de charge d’un territoire avant toute mise en tourisme.

Ce qui implique une gestion planifiée des territoires, déconnectée des intérêts particuliers et privés.

Et pas comme on le voit un peu partout, un développement opéré par des opérateurs privés sur des territoires ne disposant d’aucun levier permettant d’agir sur le volume de touristes envisagé. Vaste débat…

Existe-t-il des limites à l’écotourisme ?

Les limites de l’écotourisme sont donc liées à la fréquentation des territoires.

Est-elle acceptable, et par voie de conséquence, non nuisible aux espèces et populations qui les composent ?

La fréquentation est-elle trop importante ? Engendre-t-elle une surproduction de déchets que l’on ne peut retraiter ? Une demande accrue en eau ou ressources déjà rares pour les habitants ? Des nuisances à la faune ou la flore locales ? Demande-t-elle l’importation de denrées non produites sur place ?

Ces questions, pourtant cruciales sont rarement posées !

Quels sont les critères à retenir, les pièges à éviter ?

Beaucoup d’écotouristes s’auto-organisent, oubliant souvent au passage que les émanations de CO2 émises par l’activité touristique sont largement dues au tourisme individuel et au transport (75 % des émissions dans les stations de montagne).

Et que par conséquent, ils y contribuent très largement tout en préservant leur bonne conscience. Une certaine forme d’ « écotourisme » routier continue de se développer chaque été un peu plus.

L’une des nombreuses plantes du Cardonal-Tabaibal, formation végétale mixte typique des côtes canariennes – Gran Canaria 2017 – photo Jean-Pierre Lamic

Voyager de manière individuelle dans des zones protégées, ne transforme pas de facto tout visiteur en écotouriste. Il suffit d’additionner la quantité de matières fécales et de déchets laissés par l’ensemble des « écotouristes » individuels dans certains endroits pour s’en convaincre.

Les principaux critères à retenir sont donc relatifs à la capacité des territoires et des populations locales à accueillir un certain nombre de visiteurs, sans jamais dépasser la capacité de charge, et la limitation volontaire par tout un chacun de ses propres consommations d’eau, de ressources, sa production de déchets, et ses émissions de gaz à effet de serre.

Pour l’écotouriste, le principal piège à éviter est celui lié à l’information reçue, qui l’incite à visiter des sites qu’il faut avoir vus. Il ne faut jamais oublier qu’au-delà d’un certain seuil, toute personne supplémentaire participe à l’incrémentation de la sur-fréquentation.

Les différents types de vacances éco-responsables

Il existe diverses formes d’écotourisme ou de tourisme responsable :

• la villégiature (les déplacements sont rares),

• la découverte en étoile (les déplacements doivent être programmés de manière rationnelle),

• l’itinérance (les déplacements constituent les étapes et doivent être effectués en utilisant un moyen de transport non polluant).

La villégiature sur le mode éco-responsable revient à combiner un séjour en immersion – idéalement chez l’habitant, en gîte ou chambre d’hôte ou encore en hôtellerie de plein air -, avec un mode de vie simple, et la pratique d’activités douces telles que la randonnée, l’observation des paysages, de la faune, de la flore, etc.

Fleurs du câprier – Iles Eoliennes (Italie) – 2011 – photo Jean-Pierre Lamic

La découverte en étoile éco-responsable reprend ces ingrédients, mais s’effectue à partir de différents points de départ. Dans ce cas le voyage d’une base à l’autre devra privilégier les moyens de transport collectifs, quand ils existent.

Pour l’itinérance, ce qui compte avant tout est le mode de déplacement utilisé : pédestre (dans ce cas on parlera de trekking), équestre, à vélo (cyclotourisme), etc.

Un portage des bagages peut être envisagé. L’animal de bât remplacera alors avantageusement les véhicules spécialement affectés à cette tâche. Parfois il m’est arrivé d’utiliser aussi les transports en commun pour ce service.

Mais il convient de ne pas oublier que les vacances commencent au moment où l’on sort de chez soi, et que par conséquent, le moyen utilisé pour se rendre sur place et la distance parcourue sont les principaux éléments à prendre en compte lorsqu’on décide ses vacances.

Les différents labels existants

S’il est assez aisé d’établir un label prenant en compte l’ensemble des ingrédients qui constituent la conception d’un centre d’hébergement, il en va tout autrement des produits touristiques en « tout compris ».

Comment dans ce cas évaluer les retombées sociales, l’impact réel sur l’environnement, les perturbations occasionnées à la faune, ou les conséquences des chocs en retour occasionnés par certaines rencontres interculturelles (notamment sur le long terme), etc. ?

Seule une évaluation in situ pourrait le permettre. Or à ce jour, personne d’autre que l’Association des Voyageurs et Voyagistes Éco-responsables (V.V.E) ne s’est lancé dans ce type d’évaluations pour la simple raison que cela coûte cher.

De plus, un label onéreux est discriminant pour les acteurs n’ayant pas les moyens de se l’offrir.

C’est pourquoi V.V.E réfute la plupart des labels et pseudo-labels existants, et a travaillé depuis 10 ans à établir deux systèmes d’évaluation permettant de déterminer les engagements de chacun sur un territoire donné. Ils demeurent actuellement en cours d’expérimentations in situ.

Leur lancement officiel aura lieu lors du prochain Salon Sol & Écotourismo en décembre prochain.

En outre, gardons en mémoire le fait que pour l’écotourisme, le territoire constitue le cadre de référence, ce qui complique l’élaboration d’un label qui se voudrait universel.

V.V.E n’évalue donc pas un opérateur ou une gamme, ce qui à ses yeux n’a aucun sens, mais un établissement ou un voyage établis sur un territoire déterminé.

Concernant les « tout compris », il existe cependant un label « tourisme responsable » de l’association ATR, mise en œuvre par Ecocert. L’organisme certificateur valide le fait que les critères, établis par l’association elle-même, sont respectés, s’appuyant non pas sur des évaluations, mais sur les retours des clients, sans qu’aucune connaissance préalable du territoire ne soit requise !

V.V.E a toujours dit, et expliqué pourquoi, les critères d’ATR sont peu restrictifs, et assez flous pour ne contraindre à rien d’autre qu’à l’existant.

Station Verte (partenaire officiel de Sol & Écotourismo) est un label touristique national né en 1964 et dédié dès sa création au tourisme de nature ; la station verte doit obligatoirement présenter un attrait naturel pour des séjours à la campagne : rivière, lac, plan d’eau, espaces naturels.

L’ATES (Association pour le tourisme équitable et solidaire) a effectué des recherches sur cette question complexe de la labellisation. Pour elle, la question des évaluations, reste la problématique principale.

Concernant les hébergements, il existe plusieurs labels :

• L’écolabel européen garantit une prise de conscience environnementale dans la conception de l’hébergement. Son caractère international, et le fait qu’il ne soit pas lié à un groupement de structures commerciales, constituent ses principales particularités.

• Les écogîtes garantissent également une prise en compte de l’environnement : matériaux utilisés, énergies renouvelables, tri des déchets, etc. Ils s’appliquent aux gîtes de France qui répondent aux critères établis.

• Les gîtes Panda, comme ils se décrivent eux-mêmes sont « sont des hébergements gîtes de France, situés hors cas exceptionnels, dans un Parc naturel régional, auxquels le WWF accorde son label ».

Il existe également le groupement des Hôtels au Naturel, implantés sur des territoires naturels d’exception.

Pour tout label, quel qu’il soit, l’important n’est pas tant le label en lui-même, mais la teneur des critères. S’informer sur ces derniers transforme le consommateur naïf en consomm’acteur.

Pour bien préparer ses vacances éco-responsables, il convient donc principalement de vérifier si l’offre participe à la vie locale, est reliée à un territoire qui ne soit pas totalement saturé à la période envisagée, et si les labels affichés imposent de réels engagements au moyen de critères vérifiables. Le reste dépend pour une large part du comportement écocitoyen de chacun.

* Auteur de Écotourisme et tourisme solidaire : 35 ans à la rencontre de l’Autre, Éditions Kalo Taxidi – mai 2018 ; président de l’Association des Voyageurs et Voyagistes Éco-responsables et organisateur du Salon de l’écotourisme, du voyage solidaire et participatif – Grenoble 30 novembre – 2 décembre 2018.

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Changement climatique : en Algérie, les hirondelles modifient leurs habitudes

Où sont passées les hirondelles ? L’alerte lancée par le président de l’Association des chasseurs d’Alger a trouvé écho chez des confrères qui ont rapporté les informations à propos d’une diminution du nombre d’hirondelles de passage au centre du pays.

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par M’hamed Rebah

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Arrivées en mars, comme à leur habitude, elles sont reparties sans même construire leurs nids, selon le constat établi par cette Association. Sans doute, à cause de la pluie et des pointes de froid. La dernière semaine de mai a eu de beaux jours, de quoi les faire revenir. Il suffisait de lever les yeux pour les voir tournoyer dans le ciel algérois. Les hirondelles n’évitent pas la capitale, comme on pourrait le croire à la lecture des médias, mais elles sont moins nombreuses et ne restent pas aussi longtemps qu’avant.

Cette année, elles sont venues en plein ramadhan pour annoncer un printemps qui a du retard. Le changement climatique décale les saisons, d’une façon nette, perceptible par tous. Ce phénomène déboussole les hirondelles. C’est l’avis du président de l’Association des chasseurs d’Alger, qui estime que la cause du recul notable de leur population, cette année, dans les wilayas du centre du pays, est due au changement climatique. L’hiver s’est prolongé au delà de sa saison. En réalité, il y a de moins en moins d’hirondelles depuis les années 1990 et la tendance s’est aggravée, selon les rapports établis par les ornithologues algériens qui ont observé ce déclin dans plusieurs régions du pays. Elles réagiraient ainsi au changement climatique mais aussi, selon d’autres spécialistes, aux aménagements apportés dans les constructions. Les nuisances urbaines diverses (pollution et bruit) auraient fini par décourager les hirondelles d’aller dans les villes algériennes. En plus, elles ne trouvent plus où mettre leurs nids, les nouvelles constructions leur ont fait perdre leurs repères.

Il y a quelques années, le ministre de l’Agriculture, lui-même, avait dénoncé l’usage excessif des pesticides et des insecticides qui contaminent la nourriture des hirondelles et provoquent leur empoisonnement. Par contre, il y a des espèces qui se sentent plutôt bien, notamment à Alger, malgré les mauvaises conditions écologiques. En toutes saisons, les goélands se posent sur les terrasses des immeubles et même sur les balcons des étages inférieurs des habitations tout en se gardant d’aller, comme les pigeons, jusque sur la chaussée ou sur les trottoirs. Les corbeaux, peu communs dans le paysage urbain de la capitale, font des incursions là où l’insalubrité domine. On peut en croiser à la Casbah dont certaines ruelles sont très souvent jonchées de déchets alimentaires.

Le bouleversement dans les mouvements des oiseaux migrateurs est observé dans les zones humides, classées ou pas, mais d’une manière plus contrastée. Il y a des zones humides qui reçoivent plus d’oiseaux migrateurs, d’autres en accueillent moins, selon les décomptes faits par les ornithologues. En 2016, la conservation des forêts d’Oran a enregistré, dans le cadre du décompte hivernal international des oiseaux d’eau, une baisse du nombre d’oiseaux d’eau migrateurs dans les zones humides de la wilaya, qui fut expliquée par les conditions climatiques défavorables lors de la saison de migration qui se sont répercutées sur le niveau des plans d’eau, presque secs du fait de l’absence de pluviométrie durant les mois de septembre et octobre de l’année précédente. Il y a aussi de belles surprises. La même année, 2016, un oiseau d’une espèce très rare a été pris en photo dans une zone humide à Ain Témouchent (ouest du pays), par des membres d’une association écologique locale qui fait partie réseau national de l’ornithologie de la Direction générale des forêts. Il s’agit d’un courlis à bec grêle, qui vit l’été en Sibérie et passe l’hiver en Méditerranée. En Algérie, les oiseaux migrateurs semblent moins sensibles à l’impact du changement climatique sur les zones humides qu’à la dégradation de l’environnement due à la pollution (eaux usées et déchets) qui agresse ces écosystèmes fragiles.

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Cet article est paru dans La Nouvelle République (Alger) du jeudi 31 mai 2018.

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Energies renouvelables, renouveler les emplois ou les employeurs ? Faut-il verdir les esprits ?

La tendance est d’évoquer le renouvelable surtout en termes d’énergie (solaire, géothermie, éolien…). Est-ce pertinent ? Il faudrait rénover nos esprits en renouvelant aussi les secteurs d’emplois et les mentalités des employeurs !

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par Jane Hervé, avec Carine Mayo et Richard Varrault

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De fait, cela demanderait une révolution de nos pensées, lesquelles ne sont actuellement qu’au stade de la prise de conscience de la gravité de la situation écologique. Nous mettrons encore des années à trouver des solutions, à renouveler les pratiques énergétiques et agricoles tant sur le plan individuel que local et – un jour ou l’autre – à l’échelon planétaire. Alors qu’en est-il de l’emploi ?

L’Irena (Agence internationale des énergies renouvelables) a fait le bilan annuel de l’emploi dans le secteur des énergies renouvelables le 8 mai 2018. Ca donne quoi ? En France, on trouve 107 000 emplois dans les filières dites renouvelables*. Quels sont les secteurs du renouvelable les mieux représentés ? Il s’agit de ceux de la biomasse et des agrocarburants (bioéthanol, biogazole, etc.), lesquels emploient chacun 30.000 travailleurs. En conséquence, la transformation des végétaux, déchets verts, déchets agricoles, ordures ménagères, bois reste lnotre meilleur employeur dans le renouvelable. Or cela conduit pourtant au saccage de nos forêts, dénoncé par les syndicalistes de l’ONF qui déplorent un surcroît de responsabilités pour les forestiers. Cela soutient aussi une agriculture intensive destinée à produire des biocarburants et non à nourrir les habitants de la planète. De tels emplois révèlent l’une des aberrations de l’exploitation des sols et forêts à la française. Participent-ils vraiment à un développement soutenable ?

Ne faudrait-il pas orienter ces emplois – outre la biomasse – vers l’installation du photovoltaïque, de l’éolien, de la géothermie afin d’acquérir les compétences nécessaires à notre avenir énergétique ? En effet, la France n’est pas au top de ses capacités, eu égard à toutes les zones ventées dont elle dispose et à sa façade maritime qui permet de produire de l’énergie issue de la houle ou d’installer des turbines animées par les courants marins.

Au niveau européen

Que se passe-t-il à l’échelon européen ? L’employeur France** arrive en troisième position des pays européens derrière l’Allemagne (325 000 emplois) et le Royaume-Uni (118 200 emplois). Une domination qui se retrouve également dans le secteur de la biomasse : celui-ci totalise déjà 389.000 emplois européens, en tête des secteurs devant l’éolien (344 000 emplois). « L’utilisation de la biomasse bénéficie d’un soutien politique croissant », souligne d’ailleurs l’Irena. L’agence précise cependant que « la moitié des emplois européens dans ce secteur se trouvent dans six pays seulement : l’Allemagne, la France, l’Espagne, l’Italie, la Pologne et la Finlande ». De même, l’éolien français est loin de faire jeu égal avec le niveau européen. Il ne totalise que 18 800 emplois. A l’échelle du continent, l’Irena précise que l’éolien allemand (160 000 emplois) domine très largement ce secteur, devant le Royaume-Uni (41 800), le Danemark (26 600), les Pays-Bas (21 500), avant la France. A noter que l’Allemagne, avec 47 % des emplois européens du secteur, crée autant d’emplois que les dix autres premiers pays européens. A réfléchir sans doute pour miser à l’avenir sur de meilleurs chevaux énergétiques!

Responsabilité écologique dans l’emploi ?

Peut-on créer des emplois moralement écologiques? Est-ce un concept à développer ? Rien n’est moins évident en France où tout est règlementé partout ! Et pourtant il faudra y parvenir. Ainsi que cela a été souligné lors des rencontres Eau et agriculture, des enjeux partagés, la quantité d’aides aux agriculteurs reste importante à l’échelle locale – du bassin versant (eau drainée sur les pentes pour créer les cours d’eau), de la présence des agences de bassin – en vue de soutenir un développement durable (six agences de l’eau gèrent les ressources en eau et la production d’eau potable). L’orientation modulée de ces attributions devrait faciliter un développement plus respectueux de la nature.

Au terme de notre incompétence en matière de gestion du développement, ironisons encore sur le fait que ces emplois participent prétendument à la croissance « verte ». Ils semblent n’être là que pour la croissance (économique) et non pas pour le vert (écologique) ! Il nous faut donc verdir nos esprits (et nos emplois en conséquence) pour défier un avenir où les ressources (alimentaires et énergétiques) seront de plus en plus limitées.

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* Rappelons qu’il y a au total 29,2 millions d’actifs en 2016 (dont 25,8 millions ayant un emploi).

** France : 107 000 emplois énergie renouvelable, dont 30 000 biomasse, 30 000 agrocarburants, 18 800 éolien.

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