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2017, ou le climato-scepticisme en 140 signes

 


par Olivier Nouaillas
vice-président des JNE

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Nous vivons une époque formidable. Prenez le changement climatique, depuis la fin du XXe siècle, des milliers d’articles scientifiques ont été écrits pour mieux nous convaincre de la réalité du changement climatique. Généralement, ce sont des articles documentés, de plusieurs pages, avec des graphiques. Mieux, en 1988, sous l’égide à la fois de l’ Organisation météorologique mondiale (OMM) et du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) a été créé. Il rassemble des centaines de climatologues du monde entier et venant de blocs géopolitiques différents (Etats-Unis, Europe, Chine, pays émergents…).

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A intervalles réguliers – en général tous les cinq ans – le GIEC publie des rapports qui font plusieurs milliers de pages et demandent une somme extraordinaire de travail. Ils sont, en effet, tous relus, discutés dans les ,moindre détails et adoptés par consensus. Et notre boulot de journaliste, c’est précisément ensuite de les rendre clairs, simples, accessibles au grand public, en un mot de les vulgariser. Et là aussi des milliers d’articles, reportages, enquêtes ont été écrits sur le sujet.

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Le cinquième et dernier rapport du GIEC a ainsi été rendu public en 2014. Il a conclu à 95 % à la responsabilité de l’homme dans le changement climatique à l’échelle de la planète. Ces rapports du GIEC ont également servi de base aux travaux de 22 COP, réunissant les diplomates du monde entier. Avec des milliers d’heures de réunions, de débats, de textes amendés. Il y a eu des avancées, puis des échecs (Copenhague), pour aboutir finalement à l’accord de Paris en 2015. Dans lequel les représentants de 196 pays ont conclu à la nécessité de limiter le réchauffement climatique à 1,5 ° C. Même si les conditions et les moyens pour y arriver sont aujourd’hui loin d’être réunis, c’est au moins une direction claire pour les dirigeants du XXIe siècle.

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Et puis, un jour, vous avez un inconnu qui arrive sur le devant le scène. Il s’appelle Donald Trump. Jusqu’à présent, il n’a jamais fait de politique. C’est un milliardaire qui a construit des gratte-ciel et qui ne connaît rien du tout au changement climatique. Il s’adresse au peuple, à ceux qu’on appelle les déclassés de la société américaine, avec des mots simples, pour ne pas dire simplistes. Le changement climatique ? Il lui règle son compte dans un tweet de 140 signes, sa façon fétiche de s’exprimer : « Un canular, un concept inventé par la Chine pour affaiblir l’industrie américaine ». Et cela marche ! Multipliant les mêmes méthodes sur d’autres sujets aussi complexes (les migrants, le libre échange, Israel/Palestine, etc.), l’inconnu milliardaire est élu président des Etats-Unis – avec tout de même 2, 8 millions de voix de moins que sa rivale – et il prendra ses fonctions ce vendredi 20 janvier.

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Les sociologues ont inventé un nouveau mot pour désigner cette méthode qui lui réussit si bien : « la post vérité ». Ecoutons la définition qu’en donne le très sérieux dictionnaire Oxford qui l’a désigné comme mot de l’année 2016 : « Des circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence pour modeler l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles ». On peut l’appeler beaucoup plus simplement « un mensonge », et dire dans le cas de Trump « plus c’est gros, plus cela marche ». Car, contrairement à ce que l’on dit parfois encore aux enfants – « ce n’est pas bien de mentir » – en politique, le mensonge paye. De plus en plus. Et cela nous pose à nous journalistes, et encore plus quand nous travaillons dans le domaine de l’environnement et de l’écologie, de redoutables problèmes. Dans une chronique publiée fin décembre par le journal le Monde, Stéphane Foucart, qui travaille au service Planète de ce quotidien, faisait ainsi remarquer que « parce qu’ils sont complexes les faits d’environnement sont, lorsqu’ils sont plongés dans le chaudron de la conversation, parmi les plus vulnérables au mensonge ». Et de citer cette réflexion particulièrement pertinente d’un scientifique français : « En matière de climat, il faut dix secondes pour dire une ânerie et dix minutes pour expliquer pourquoi c’est une ânerie ». Encore plus dans un pays où l’historienne américaine Naomi Oreskes a montré dans son livre remarquable Les marchands des doute (Editions Actes Sud) que « dire des âneries » était aussi une activité 100 % idéologique et financée par des lobbys industriels puissants (tabac, amiante, pétrole, etc. ).

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Nous en sommes là … A partir du 20 janvier, nous allons entendre beaucoup « d’âneries » venues d’outre-Atlantique. Et comme le système médiatique et les réseaux dits « sociaux » sont fascinés aujourd’hui par le buzz et la transgression – qui ont peu de choses à voir avec le véritable débat démocratique – le président qui s’exprime en 140 signes va faire les gros titres. Cela va être une période pénible. Elle va durer au moins quatre ans. Quatre ans qui seront (peut-être) définitivement perdus dans la lutte contre le changement climatique, alors qu’au contraire le temps presse. Pourvu d’un véritable talent de bateleur d’estrade, Donald Trump saura trouver les mots pour tenter de nous ridiculiser. Et il n’hésitera pas, lui le milliardaire « représentant du peuple », à nous assimiler aux « élites », aux « bien-pensants », aux « bobos », une rhétorique certes caricaturale, mais qui a beaucoup de succès en ce moment. Pourtant, il va nous falloir tenir bon sur ce qui est l’essentiel de notre métier de journaliste : les faits. Surtout en matière de changement climatique. Répétons-le donc calmement : 2016, l’année où les Etats-Unis ont élu le pire président climato-sceptique de toute l’histoire, a été la plus chaude depuis 1880.

 

Journaliste à la Vie, Olivier Nouaillas est l’auteur du Changement climatique pour les Nuls (First, 2014) et, avec Jean Jouzel, de Quel climat pour demain ? (Dunod, 2015). Retrouvez Olivier Nouaillas sur son blog en cliquant ici.

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Le très discret guépard du Sahara

Voici un article sur le guépard au sud de l’Algérie, publié dans La Nouvelle République (Algérie) du lundi 2 janvier 2017.

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par M’hamed Rebah

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Laurie Marker, fondatrice et directrice exécutive du CCF (fonds pour la conservation du guépard), avec un guépard – photo CCF

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Très rarement visible dans la nature, le guépard a fait irruption dans les médias, remplissant colonnes et écrans après l’alerte lancée par le Fonds pour la conservation du guépard (CCF, fondé en 1990, basé en Namibie), à propos du risque de son imminente extinction.

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La sonnette d’alarme a été tirée dans un rapport intitulé Le déclin mondial du guépard et ce que cela signifie pour la conservation, écrit par le Dr Laurie Marker, fondatrice et directrice exécutive de CCF, et le Dr Anne Schmidt-Kuentzel, directrice adjointe de la santé animale et de la recherche de CCF, et publié dans le journal Proceedings de la National Academy of Sciences.

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L’état des lieux dressé concernant la population restante de guépards réduite à 7 000 en Afrique et un petit nombre de moins de 50 en Iran, a amené le CCF à revendiquer le passage du statut des guépards d’espèce « vulnérable » à « espèce menacée ».

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Les médias qui ont rapporté l’information ne font pas état d’une référence à l’Algérie, mais les écologistes algériens et plus particulièrement les spécialistes du guépard se sentent certainement directement interpellés. En mars 2016, dans une déclaration au site d’informations Huff Post Maghreb, Abdelkader Benkheira, directeur de la protection de la faune et la flore à la Direction générale des Forêts, a confirmé la présence du guépard sahélo-saharien (Acinonyx jubatus hecki) dans les massifs du Tassili N’Ajjer et du Hoggar, au sud du pays, tout en rappelant qu’il est classé en « danger critique ». Si les effectifs de la population des guépards du Sahara déclinent dans son aire globale (bande sahélo-soudano-saharienne), ils sont par contre, a-t-il fait remarquer, en augmentation en Algérie. Il s’appuie sur « les inventaires d’organismes nationaux et internationaux qui montrent que la plus forte concentration de la population du guépard sahélo-saharien se trouve dans notre pays ».

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Guépard sahélo-saharien (Acinonyx jubatus hecki) – photo Wikipedia

En 2012, déjà, des spécialistes du félin de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) avaient relevé que « l’Algérie et le Tchad supportent la plus grande majorité des guépards de cette région, comprenant plus de 88 % de l’aire de l’habitat de l’espèce ». Ils estimaient leur nombre en Algérie à 38.

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Abdelkader Benkheira a donné quelques indications sur leur localisation dans le désert de Tanazrouft et le Tassili N’Ajjer qui offrent l’eau, le gibier et la quiétude qui sont « les conditions optimales pour la vie et la reproduction des guépards ». Mais ils sont aussi dans d’autres régions du Sahara, a-t-il ajouté sans plus de précision.

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On comprend sa prudence, le guépard du Sahara est l’une des espèces les plus menacées d’Afrique du Nord. A l’échelle internationale, il figure sur l’annexe I de la CITES à laquelle l’Algérie a adhéré en décembre 1982 et il a été intégré dans la liste rouge des espèces en danger d’extinction par l’UICN en 2001. En Algérie, la loi sur la chasse de 2004 le protège et l’article 3 de l’ordonnance du 15 juillet 2006 l’a inscrit, avec la gazelle dorcas, en tête de la liste des espèces animales menacées de disparition. Sa chasse est interdite. L’infraction est punie d’une peine d’emprisonnement d’un an à deux ans et d’une amende de cent mille dinars (environ 850 euros) à trois cent mille dinars (environ 2500 euros). En cas de récidive, la peine est portée au double.

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Plusieurs institutions algériennes sont mobilisées pour sa protection et sa réhabilitation. Une opération de conservation de l’espèce dans les régions du sud (Tamanrasset et Illizi) a été mise en place dans le cadre du programme UICN de l’Afrique du Nord, dans le but de récolter des informations relatives à l’état, à la distribution et à l’écologie du guépard. Il était question également de la création d’un centre de reproduction des espèces sahélo-sahariennes à Ghardaïa pour servir à sa réintroduction en milieu naturel. Pour sa part, Abdelkader Benkheira a parlé d’un plan pour la réhabilitation du guépard en Algérie, envisagé par l’Agence nationale pour la conservation de la nature (ANN), en partenariat avec l’UICN.

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Disparition de Monsieur Pierre Pfeffer, Vice-président de la Société nationale de protection de la nature (SNPN)

C’est avec beaucoup d’émotion et de tristesse que la Société nationale de protection de la nature (SNPN) a appris la disparition de Monsieur Pierre Pfeffer, secrétaire-général puis vice-président de l’association, décédé à 89 ans le 29 décembre 2016.

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Avec la disparition de Pierre Pfeffer la communauté scientifique perd certes un remarquable et fort dynamique protecteur de la nature mais aussi un excellent zoologiste. Fréquentant le Muséum national d’Histoire naturelle depuis les années 1950, il s’y impliqua véritablement à partir de 1959 après son entrée au CNRS, d’abord affecté au laboratoire des Reptiles et Amphibiens puis, avec la nomination de Jean Dorst, au laboratoire des Mammifères et Oiseaux où il termina sa carrière en tant que Directeur de Recherche.

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Il s’intéressa d’abord aux reptiles, ce qui l’amena à étudier le célèbre varan de Komodo auquel il consacra son mémoire de Diplôme d’Etudes Supérieures et qui l’amena également à publier ses fameux « Bivouacs à Bornéo ». Toutefois, tous les animaux et les plantes l’intéressaient. Il effectua ainsi un grand nombre de missions d’étude qui le conduisirent dans la plupart des régions du monde, avec un intérêt toutefois très marqué pour l’Asie et l’Afrique, notamment occidentale. De ces missions, il ramena des collections qui donnèrent lieu à des travaux de systématique et de biogéographie. Mais il revint surtout avec des notes de terrain originales sur la base desquelles il rédigea divers travaux d’écologie des peuplements et des écosystèmes, ainsi que d’importantes contributions à la biologie d’espèces mal connues (comme les emblématiques bovidés asiatiques que sont le Gaur, le Banting et le Kouprey). Remarquable polyglotte, il avait acquis une profonde connaissance de la littérature scientifique relative aux sujets qu’il abordait, ce qui donnait un grand poids à ses conclusions et assertions. Parallèlement à ces recherches et se basant sur ce dont il était le témoin durant ses innombrables voyages d’étude, Pierre Pfeffer s’est très vite investi dans la protection des espèces et des habitats menacés.

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Durant un demi-siècle il fut un acteur majeur de la conservation de la nature, aux niveaux national et international. Cette action, il la mena en particulier au sein de la SNPN. Ami personnel de Jean-Pierre et Christiane Guerlain, il fut à l’origine de la création de la réserve nationale du lac de Grand Lieu et suivait de près la gestion par la SNPN de ce joyau naturel. Pierre Pfeffer personnifia la Campagne Amnistie pour les éléphants menée par la SNPN. Pendant des années il se battit avec acharnement pour obtenir le classement de l’éléphant d’Afrique en annexe 1 de la CITES. Cette campagne rencontra un succès considérable auprès du grand public.

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Pierre Pfeffer s’impliqua dans bien d’autres associations naturalistes ou de conservation de la nature : l’Union internationale pour la conservation de la nature, dont il fut consultant ; le WWF France qu’il présida de 1976 à 1983 ; la Société française pour la protection des mammifères dont il fut le président ; il écrivait avec talent, hérité de sa mère journaliste, et il était membre des JNE.

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Pierre Pfeffer eut des responsabilités dans de nombreuses instances officielles. Il fut le secrétaire du Comité permanent du Conseil national de protection de la nature. Il présida durant 20 ans le conseil scientifique du Parc national du Mercantour et fut vice-président du conseil d’administration. Il fut membre des comités « ours » et loups » du ministère de l’Ecologie. Son action en Afrique occidentale lui valut de devenir Président du Réseau des Aires Protégées d’Afrique Centrale.

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Pierre Pfeffer défendit les causes chères à la SNPN en véritable combattant, comme il avait su l’être durant la seconde guerre mondiale en s’engageant dans la Résistance alors qu’il n’avait que 16 ans. Avec lui disparaît l’un des derniers mousquetaires de la protection de la nature.
Le président, Jean Untermaier, les membres du Conseil d’administration, les permanents et les membres de la SNPN saluent la mémoire de Pierre Pfeffer et présentent à sa fille, son épouse et son beau-fils, ainsi qu’à l’ensemble de sa famille leurs amicales condoléances.

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Contact :
Société nationale de protection de la nature
9, rue Cels, 75014 Paris, tél. 01 43 20 15 39
www.snpn.com – snpn@wanadoo.fr

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Hommage à Pierre Pfeffer, grand défenseur des éléphants

Nous avons la tristesse d’apprendre la disparition de notre ami Pierre Pfeffer, survenue le 29 décembre à Paris. Grand zoologiste, il participa à l’émission de télévision Les animaux du monde à la fin des années 1960 et fut l’un des premiers membres de notre association créée en 1969. Ardent défenseur des animaux, celui qui fut également président du WWF, lança la campagne Amnistie pour les éléphants au sein de la Société Nationale de la Protection de la Nature (SNPN) en 1987. En cette fin d’année où la Chine vient d’annoncer l’interdiction du commerce de l’ivoire, souhaitons que son combat n’aura pas été vain. Nous adressons toutes nos condoléances à sa famille. Voici sa biographie publiée dans l’Annuaire 2014 des JNE.

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par Roger Cans

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Pierre Pfeffer

Né à Paris en 1927, Pierre Pfeffer suit sa mère journaliste en Union Soviétique, et, déjà passionné d’animaux, adhère au cercle des Jeunes Naturalistes de l’école primaire qu’il suit à Moscou et se voit chargé de l’élevage des couleuvres ! Revenu en France à la veille de la guerre, Pierre Pfeffer s’engage à 16 ans, en 1944, dans les maquis FFI de l’Ardèche, puis, lorsqu’elle débarque en France, dans la première armée française du général De Lattre et participe aux campagnes de France, d’Allemagne et d’Autriche, dans le 19e Bataillon de Chasseurs (!) à pied. Sa première université, c’est donc la guerre et ses combats au cours de laquelle il ne rate cependant pas l’occasion d’observer la faune, notamment celle des montagnes d’Autriche.

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Démobilisé, il reprend le lycée au niveau du bac et sur recommandation de Théodore Monod, part en 1959 en Côte d’Ivoire, en tant que « naturaliste-voyageur » chargé de collecter des spécimens de faune pour le Muséum de Paris. Parmi ces « spécimens », il est malheureusement dans l’obligation, à la demande de l’administration française, d’abattre à deux reprises un éléphant blessé par des braconniers et ayant causé des accidents parmi les paysans africains. De là naît son premier intérêt pour ces animaux et les problèmes que posent leurs relations avec l’homme.

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De retour en France, il se lance sur le tard dans des études de sciences naturelles à la Sorbonne. Attaché au Muséum en 1957 et assistant de biologie animale à la faculté des sciences, il part pour un premier séjour (1955-1957) en Indonésie dans le centre de Bornéo et les Petites îles de la Sonde où il se consacre à l’étude du varan de Komodo et en fait son mémoire de DES en 1958. L’année suivante, il est nommé stagiaire, puis attaché de recherches au CNRS et travaille d’abord au laboratoire des Reptiles et Poissons du Muséum (professeur J. Guibé), puis définitivement cette fois, à celui des Mammifères et Oiseaux (professeur J. Berlioz).

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En 1963, il publie son premier ouvrage : Bivouacs à Bornéo. En 1966, sa thèse de doctorat porte sur le mouflon de Corse (« Systématique, écologie et éthologie comparées »), fruit de quatre années d’observations dans le massif de Bavela dans le centre de l’île. Il devient alors, presque malgré lui, spécialiste des ongulés montagnards d’Europe, mais aussi de ceux des forêts d’Asie et d’Afrique.

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Contacté par le journaliste François de la Grange, Pierre Pfeffer se lance aussi, malgré les objections de certains de ses collègues, dans les émissions animalières de la télévision, présentant à partir de 1969, l’émission Les animaux du monde sur la 1ère chaîne, puis Des animaux et des hommes sur A2. En 1969, il devient maître, puis directeur de recherches au CNRS, section « écologie ». Avec Théodore Monod et Jean Dorst, il milite activement pour l’écologie et la protection de la nature, mais à leur grande déception, ils ne sont que trois à s’engager dans cette direction sur les quelque 300 scientifiques du Muséum !

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Pierre Pfeffer a également été président du WWF France et membre du bureau international, ainsi que coordinateur de l’UICN et du PNUE pour les aires protégées d’Afrique occidentale et centrale. En France, il a été membre et secrétaire du Conseil national pour la protection de la nature au ministère de l’environnement. Egalement président du comité scientifique du parc national du Mercantour (Alpes Maritimes), il a eu, en 1992, la responsabilité d’identifier le premier loup tué en France et de confirmer, dans un cadre polémique dont on se souvient, la présence de l’espèce dans notre pays. Jusqu’à sa mort, il a plaidé pour sa protection, ainsi que pour celle de nombre d’autres espèces menacées, dont bien sûr, les éléphants !

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L’Éveil stade 1 par Jean-Baptiste de Panafieu (JNE)

eveilImaginez, un virus qui rend les animaux intelligents ou plutôt éveillés. Du coup, ils deviennent capable de penser, de communiquer avec les humains, de parler. Ce virus s’échappe du laboratoire via une petite souris et bientôt c’est une épidémie internationale. Les animaux domestiques, les animaux d’élevage, les animaux des zoos et même les animaux sauvages se mettent à penser. En tout cas, c’est ce qu’a imaginé Jean-Bapstiste de Panafieu dans un récit finalement pas si délirant que ça. C’est en effet l’occasion pour lui d’aborder des thèmes fondamentaux comme les limites de l’exploration scientifique, le business de l’agro-industrie, la condition animale, les conditions d’élevage… Et tout cela, sans jamais perdre le souffle du récit qui maintient le lecteur en éveil. Je ne saurais vous en dire plus sans révéler l’intrigue mais d’ores et déjà, j’attends avec impatience les stades 2 et 3 annoncés pour le premier semestre 2017. Voir le site de l’auteur.


Éditions Gulfstream, 320 pages, 17 € – www.gulfstream.fr
Contact presse : Angela Lery. Tél.: 02 40 48 48 42 – angela.lery@gulfstream.fr
(Danièle Boone)

Retour à la terre, une histoire vécue

C’était un village abandonné au cœur de la Charente, perché en haut de la colline, qui ne demandait qu’à revivre.

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par Michel Sourrouille

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Les grosses exploitations ont chassé les paysans, revenir à la terre reste difficile. S’installer c’est compliqué, cela exige d’affronter une administration complexe ; il y a la MSA, la DDT et même la « Direction de la cohésion sociale et de la protection des populations » ! Donc beaucoup de papiers à remplir, c’est jamais clair et les interlocuteurs adaptés restent introuvables. C’est pourtant l’expérience multiple que traverse Pierre Varaillon, un éducateur environnement attiré par le concret du retour à la terre et par l’importance de la relocalisation.

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Dans Lavidaud abandonné, Pierre a voulu créer un élevage de poulet bio. Il est vrai qu’un BTS « gestion et protection de la nature » et des ancêtres agriculteurs aident à avoir foi en la terre. La maison n’avait qu’un seul point d’eau, tout était à refaire. Il vit dans une pièce, avec poêle à bois… mais ordinateur quand même. Il a bénéficié pour les travaux des bras de plusieurs membres de la famille, et bien sûr des copains. Une aventure solitaire a besoin de ressentir qu’on vit toujours en communauté.

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Il faut aussi pouvoir investir, 80 000 euros pour la maison et ses 9 hectares, sans compter la construction des poulaillers, qu’il a réalisés lui-même : 3000 volailles à l’année, ça prend de la place en plein air et on a a besoin quand on est poulet de sa maison refuge. Le déplacement des poulaillers à la fin de chaque lot de volailles permet de détruire tous les germes de maladies par le soleil et la pluie ; ce déplacement permet au lot suivant d’être sur une zone neutre avec un nouvel herbage. Que du bonheur ! Les poulets peuvent vivre le plus possible leur vie de poulet. Leur alimentation provient du travail d’un paysan en agriculture biologique à une quinzaine de kilomètres. Les aliments sont composés principalement de triticale (blé), pois, tourteau de tournesol, maïs et bien sûr tous les insectes et vers de terre présents sur les parcours. Les jeunes poulets raffolent même des orties ! Il faut dans tous les domaines rechercher la proximité pour être heureux.

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Pierre avait besoin de ce contact étroit avec les animaux. Les humains vivent en interrelations, plantes et animaux aussi. Il a un gros chien pour éloigner les renards, trois moutons de race rustique solognote qui ne dédaignent pas de manger ronces et lierre. Les ruches servent à la pollinisation, les arbres fruitiers au milieu des poules servent à digérer l’azote des déjections, culture et élevage sont associés.

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Pierre a donc beaucoup pensé son projet, il le mène à bien depuis octobre 2015. Mais il faut aimer la solitude, loin du vacarme de la ville… et se contenter de peu au niveau de son mode de vie. Une situation professionnelle en production bio n’est jamais idyllique, le poids de l’agriculture industrielle pèse encore sur Pierre. Faire son propre abattage et conditionnement est interdit sauf conditions drastiques, mieux vaut passer par une entreprise spécialisée qui prend quand même 2,44 euros par tête de poulet. Pour les débouchés, Pierre a trouvé en plus de la vente directe une municipalité de tendance écolo à 35 kilomètres qui veut promouvoir le bio par l’intermédiaire de ses cantines sociales et de l’EPHAD. C’est pourquoi il a fallu s’équiper d’une camionnette frigorifique avec certificat ATP (Autorisation de transport de produits). Les circuits courts sont préférables, mais avoir le bio et la proximité à la fois est un objectif encore lointain dans une société française très urbanisée. Il n’empêche que les poulets de Pierre vivent quatre mois en pleine nature alors que les poulets industriels ne connaissent que des cages pendant moins de deux mois.

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L’objectif de Pierre, c’est de vivre en harmonie avec ses convictions : produire sainement, conserver la biodiversité et le rapport au concret, dynamiser nos petites campagnes, et à terme sensibiliser la population à la nature qui nous entoure. Une trop large partie de la population, enfermée dans sa voiture et ses écrans, a oublié notre lien primordial avec la terre, cela doit changer. C’est pourquoi je préfère aller chez lui à pied en 25 minutes, mais tout le monde n’a pas ma disponibilité de retraité… et une maison à la campagne.

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Pétrole et changement climatique : l’accord de Vienne fait oublier celui de Paris

Dans les quatre ans à venir, l’investissement des grandes villes du monde pour lutter contre le changement climatique atteindra 375 milliards de dollars consacrés au remplacement des énergies fossiles par les énergies propres, telles que l’énergie solaire et l’énergie éolienne.

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par M’hamed Rebah

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c40_mayors_summit_2016C’est l’annonce faite à Mexico, jeudi 1er décembre 2016, par le groupe C40, qui est un réseau rassemblant les maires de grandes villes du monde. Le même jour, à Alger, une émission de Canal Algérie, chaîne de télévision publique, diffusée en direct, consacrée à l’Accord de Vienne conclu la veille par les pays exportateurs de pétrole, montrait, à travers un débat d’experts, que les préoccupations, chez nous, étaient plutôt centrées sur ce que pouvait rapporter encore la vente de cette énergie fossile.

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Il y a eu, durant le débat, quelques allusions furtives aux énergies renouvelables, mais l’impression qui s’est dégagée des échanges laisse penser que l’Accord de Vienne, qui redonne espoir aux pays qui vivent de l’exportation du pétrole, a fait oublier l’Accord de Paris qui consacre une démarche, en sens contraire, de réduction de l’utilisation des énergies fossiles – et le pétrole en est une par excellence – dans la perspective d’aller partout vers une économie non carbonée.

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La grande crainte exprimée au cours du débat de Canal Algérie est liée au degré de fragilité de l’Accord de Vienne, dont la décision de réduire les quantités de pétrole sur le marché mondial, risque d’être remise en cause par le nouveau président américain élu, Donald Trump, qui a promis d’engager les Etats-Unis dans le « tout fossile » sans limite, gaz de schiste, évidemment, compris.

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Quant à l’Accord de Paris (ratifié par l’Algérie le 13 octobre 2016), entré en vigueur le 4 novembre 2016 à la veille de la COP22 (22e Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, Marrakech, Maroc), il n’a pas été cité par les experts présents au débat, alors qu’il est sérieusement menacé par le même Trump qui pourrait en faire sortir son pays, et annuler ses engagements de financements « climat ». Il a dit que le changement climatique est un « canular ».

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Par beaucoup d’aspects, la démarche « politique » de lutte contre le changement climatique manque de crédibilité, voire de sérieux, à cause des multiples contradictions qui la marquent. Ainsi, pour la COP22, la mise en œuvre de l’Accord de Paris est vue comme une « priorité urgente », mais elle laisse un délai de deux ans pour en définir les modalités. Les pays de l’OPEP ne manquent pas une occasion pour souligner l’importance de promouvoir des alternatives énergétiques propres, ont signé et certains d’entre eux ont ratifié l’Accord de Paris, mais ils ne veulent pas ou ne peuvent pas abandonner le pétrole. De laborieuses tractations ont été nécessaires pour les amener à accepter de réduire leurs productions respectives de pétrole, et ce n’était pas pour des raisons climatiques mais pour faire remonter les prix, alimentant une spirale de production interminable puisqu’à 60 dollars le baril – qui est le niveau espéré par l’Accord de Vienne – les investisseurs seront encouragés à reprendre leurs forages même pour le non conventionnel, gaz et pétrole de schiste.

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Les investisseurs, ce sont les sociétés pétrolières qui, en même temps, c’est le cas de BP, Statoil et Royal Dutch Shell, affirment qu’elles veulent agir pour le développement des énergies renouvelables. En Algérie, il est question de confier la réalisation du programme de développement des énergies renouvelables à Sonatrach dont l’objectif prioritaire, pour le moment, est de développer ses capacités de production…d’hydrocarbures. Dans le système mondial actuel, la lutte contre le changement climatique s’efface devant l’impératif de l’accroissement des recettes d’exportations de pétrole tirées par une forte demande destinée à répondre aux besoins des pays consommateurs, tous deux, pays producteurs et consommateurs, engagés dans une compétition internationale qui exige toujours plus de croissance économique. Sans être spécialement dominée par les climato-sceptiques, l’opinion publique, en Algérie, ne montre pas un grand enthousiasme pour la lutte contre le changement climatique. Dans les médias algériens, les contributions sur le projet de loi sur la retraite ont eu plus de lectures que celles, très rares, publiées sur le thème de la COP22. Il reste aux écologistes soit la consolation que procure le vœu pieux de changement de paradigme, soit l’action persévérante, et coordonnée, pour renforcer les dynamiques locales qui finiront par consacrer ce changement de paradigme.

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Cet article a été publié le lundi 5 décembre 2016 dans la Nouvelle République (Algérie).

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Canons à neige et folie douce


par Yves Paccalet

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Aurons-nous de la neige en hiver ? Dans les Alpes ? Dans les autres montagnes de France, d’Europe, du monde ?

Je contemple Courchevel, de l’autre côté de la vallée que j’habite. La station fait cracher des dizaines de canons à neige… Je sais : selon le vocabulaire officiel, on ne dit pas « canon à neige », mais « enneigeur ». On ne parle pas de « neige artificielle », mais de « neige de culture ». La litote ou la novlangue n’ont pas fini de nous reformater les neurones.

Au XXIe siècle, le principal problème des stations d’hiver est évidemment climatique. Voici des années que je le répète, que je le serine, que je le martèle aux responsables locaux, régionaux ou nationaux : dans nos montagnes, nous perdons, en tendance, chaque année un jour d’enneigement et un centimètre d’épaisseur de neige cumulée. Cela semble minime à ceux qui ne voient que le bout de leur nez. Mais un jour par an, au bout de 30 ans, cela fait un mois complet, soit le quart de la saison d’hiver actuelle ! Un manque à gagner inquiétant…

Les canons à neige paraissent être « la » solution. Mais seulement aux yeux des naïfs ou des bétonneurs… Ils exigent d’énormes réserves d’eau en altitude, donc des barrages (des « retenues collinaires », dit la novlangue). Ils consomment de grandes quantités d’énergie (d’électricité) : seules les plus riches stations peuvent se les payer. De toute façon, pour fonctionner, ils ont besoin qu’il fasse froid (si possible, moins de 0 degré Celsius) et que l’atmosphère soit bien sèche (l’idéal : un taux d’hygrométrie de 20 %).

Or, le réchauffement climatique sévit en altitude deux fois plus intensément qu’en plaine. Cela signifie moins d’eau qui tombe du ciel, ou de l’eau qui arrive sous forme de pluie au lieu de neige, et qui dévale trop vite la pente. Cela veut dire aussi un excès de chaleur qui s’oppose à toute tentative de fabriquer encore et toujours la fameuse neige « de culture »

Les stations françaises aujourd’hui en activité fonctionneront-elles encore dans 30 ans ?

J’en doute pour celles qui sont édifiées à basse altitude – autour de 1.000 mètres, soit la quasi-totalité de celles du Massif central, du Jura et des Vosges, mais aussi des Préalpes (Vercors, Chartreuse, Bauges, Aravis…). Dans les Alpes et les Pyrénées, les plus hautes et les plus rupines (Morzine, Avoriaz, Courchevel, Val d’Isère, Val-Thorens, L’Alpe d’Huez, Les Deux-Alpes, Isola 2000, La Mongie, etc.) survivront un peu plus longtemps, mais au prix d’investissements aussi affolants qu’incertains.

Si la montagne désire vivre demain du tourisme, elle n’a d’autre issue que de compter sur les quatre saisons et la belle nature. Je veux dire : au moins autant sur les parcs nationaux et les balades, que sur le ski et les activités connexes. Sur les ours, les loups et les chamois, autant que sur les kilomètres et les kilomètres obsessionnels de pistes bleues, rouges ou noires…

Mais les chamois et les loups dégagent de maigres profits, comparés aux gains mirifiques de la spéculation immobilière. Le pognon, je le crains, aura raison de la splendeur altière des cimes. L’artifice l’emportera probablement sur le bonheur des sites encore vierges et le respect de la vie sauvage.

Voici quelques jours (le vendredi 25 novembre, en commission réunie à Chambéry), une unité touristique nouvelle (UTN) a obtenu un avis favorable.

Celui-ci rend possible la construction, à Tignes, d’un nouveau village du Club Méditerranée (1.050 lits), et d’une piste de ski de plus de 200 mètres de longueur, entièrement couverte et éclairée jour et nuit, enneigée à l’année par des canons ad hoc, et couplée avec un centre aqualudique. Piscine à vagues et ski d’été sur béton… Artifice à tous les étages…

On enrage à cette perspective. Le ski d’été devient, certes, de moins en moins praticable en pleine nature, sur le glacier voisin de la Grande Motte que le réchauffement climatique fait fondre à toute vitesse et où béent les crevasses… Mais de là à transformer la montagne en triste parc d’attractions !

À 2.100 mètres d’altitude, en Tarentaise, avec une partie de son territoire au cœur du parc national de la Vanoise (ce symbole de la biodiversité libre et sauvage), la commune-station de Tignes bat tous les records en matière d’absurdité saccageuse. Elle a décidé de singer le « dôme alpin » artificiel et artificiellement enneigé que les pétrodollars du Golfe ont permis d’édifier dans le désert de Dubaï ! On veut croire que telle ne sera pas l’image ordinaire de nos montagnes dans les prochaines décennies. On craint les flocons de la désillusion…

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Cet article a été publié ici sur le + de l’Obs.

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COP 22 : vers de nouvelles perspectives de développement durable

Sans déroger aux règles de négociations sur le climat, la COP 22 s’est terminée par deux longues soirées intenses, avec au bout un consensus, un programme et plusieurs interrogations.

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par Houmi Ahamed-Mikidache

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Les engagements

C’est dans un esprit courtois et de cohésion que se sont déroulées pendant deux semaines les discussions intenses, a souligné le président de la COP et ministre des affaires étrangères marocain, Salaheddine Mezouar.

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Séance finale de la COP22 à Marrakech, novembre 2016 – photo DR

L’enjeu était de taille : la mise en œuvre de l’accord de Paris. Annonces remarquées : l’initiative du Maroc pour l’eau en Afrique, l’initiative d’accès à l’énergie des pays les moins avancés, le financement de l’initiative d’accès à l’énergie en Afrique, l’initiative africaine pour l’agriculture, les 10 000 engagements financiers des dirigeants d’entreprises, soit plus de 8 trillions de dollars pour réduire les émissions de CO2, la fermeture des frontières des forêts par la Colombie pour lutter contre les conflits, l’engagement des villes pour réduire les émissions de CO2 de 1 gigatonne par an d’ici 2030, le programme de soutien résilient au climat des économies des océans en Afrique par la FAO, la Banque Mondiale et la Banque Africaine de Développement, la volonté de réduction de 7 gigatonnes à 3,1 tonnes d’ici 2030 par les transports, la signature des 130 maires du monde pour un système alimentaire durable pour les villes par l’agriculture.

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Autres initiatives : la présentation d’un outil d’évaluation sur la résilience qui permettra notamment d’établir des rapports qualitatifs normalisés à la Convention mondiale des maires sur les engagements relatifs à l’adaptation. Autres avancées : mise en place d’un nouveau cadre quinquennal au sein du Mécanisme international de Varsovie relatif aux pertes et préjudices et assistance technique et financière (baptisé African Package for Climate-Resilient Ocean Economies) pour soutenir les économies vivant de l’océan en Afrique et renforcer la résilience au changement climatique des zones côtières par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD).

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Les partenaires de la COP22 pour l’action sur les océans ont publié une feuille de route stratégique pour des mesures en faveur des océans et du climat de 2016 à 2021, qui propose une vision de l’action sur les océans et le climat au cours des cinq prochaines années pour six océans. Autres engagements : la création d’un fonds de 500 millions de dollars, « l’investissement de Marrakech pour l’adaptation », le fonds vert pour les femmes créé notamment par l’acteur Leonardo Di Caprio et l’émergence d’une finance verte en Afrique. Dix-neuf autorités et échanges de marchés de capitaux africains, représentant 26 pays africains, ont signé et approuvé l’Engagement de Marrakech pour l’encouragement des marchés de capitaux verts en Afrique.

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L’action

Après Paris, présentée comme la COP de la décision, Marrakech s’est présentée comme la COP de l’action. Grande nouveauté issue de la décision de l’accord de Paris : l’intervention pendant un an des championnes de haut niveau pour le Climat : la Ministre de l’environnement du Maroc Hakima El Haité et Laurence Tubiana, négociatrice en chef française. Objectifs : encourager les initiatives individuelles et collectives et faciliter les échanges entre les acteurs non-étatiques et étatiques.

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Hakima El Haité et Laurence Tubiana -Photo UNFCCC

« Nous avons trouvé des partenaires engagés et coopératifs : ces partenaires nous prouvent aujourd’hui par leurs réalisations, par leurs plans d’action que l’élan d’une transition vers un avenir sobre en carbone et vers une civilisation résiliente est irréversible », a déclaré Mme El Haité lors du Segment de haut niveau sur l’accélération de l’action.

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Plus de 5000 personnes se sont retrouvées dans la ville ocre. De nombreux événements à thèmes ont eu lieu en marge des négociations avec la présence significative notamment de négociateurs, de ministres, de chefs d’Etat et d’acteurs non étatiques.

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Un jour avant la fin de la COP 22, les championnes ont ainsi lancé le partenariat de Marrakech pour l’action globale pour le climat, une action initiée à partir du Sommet organisé en 2014 à Lima par le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki Moon, et suivie à Paris à travers l’agenda de l’action Lima-Paris.

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« Ce partenariat de Marrakech pour l’action globale ne nous appartient pas, il appartient à tous : c’est un espace de renforcement des ambitions et de collaboration qui comble les fossés », a expliqué Mme Tubiana qui a annoncé ne pas poursuivre sa carrière de négociatrice ainsi que ses actions au sein de la Convention sur le Climat à l’issue de la COP. Le partenariat de Marrakech couvrira les questions liées à l’utilisation des terres (agriculture, forêt…), à l’eau, aux zones côtières, à l’établissement humain, à l’énergie, aux transports et à l’industrie. Il appuiera l’action climatique au cours de la période 2017-2020.

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A Marrakech, tous les négociateurs saluent unanimement les avancées de l’action des championnes et le travail des Parties. « A Marrakech, nous avons fait de nombreux progrès, notamment dans les questions liées au genre et changements climatiques, le transfert de technologies et développement et le renforcement des capacités », indique le négociateur en chef de la République Démocratique du Congo, et président du Groupe des pays les moins avancés, Tosi Mpanu Mpanu.

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Quid du financement

Mais le financement climat destiné aux pays en développement a été au cœur des négociations pendant ces deux semaines. Autre problématique : l’ambition et la révision des plans nationaux. Conditionnés. La plupart des plans nationaux africains sont en attente de financement, même si d’après le président du Groupe des négociateurs africains, Seyni Nafo, la réponse climatique vient actuellement des Etats africains et de leur budget.

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A Marrakech, des solutions ont été apportées sur cette question : la coalition de pays en développement et développés et d’institutions internationales qui collaborent dans le but de s’assurer que les pays reçoivent le soutien technique et financier pour la mise en œuvre de leur plan d’action national.

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De nombreuses actions ont été mises en avant par les présidents africains lors du Segment de haut niveau et lors du Sommet africain pour l’action. Ils se sont même prononcés sur la nécessité d’un équilibre sur le financement de l’adaptation et de l’atténuation lors de la réunion de haut niveau sur le financement climat (demande du président de la Zambie, Edgar Lungu). Mais la réflexion sur l’équité entre le financement de l’adaptation et de l’atténuation reste en suspens et pose question sur le financement climat, selon la société civile. D’après Tracy Carty d’Oxfam Angleterre, il n’existe pas à ce jour, de procédure commune permettant de comptabiliser le financement climat. La notion des prêts notamment n’est pas évaluée de la même manière en fonction des pays.

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Pour M. Mpanu Mpanu, il est important de mobiliser des financements publics pour des activités d’adaptation. « Nous demandons aux pays développés d’augmenter le fonds d’adaptation pour les pays les moins avancés, un fonds qui continue à être sous-alimenté », souligne-t-il. Le fonds d’adaptation est né en 2001 à Marrakech sous le protocole de Kyoto.*

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Qu’en pense l’Angleterre qui vient de ratifier l’accord de Paris ?

« Nous avons entendu le message clair demandé par les pays en développement : la demande d’une feuille de route de financement avec une méthodologie solide, avec des engagements sur le financement public, et nous avons entendu la demande concernant l’adaptation et un accès facile au financement, les inquiétudes des petits Etats insulaires qui se sentent déconnectés », a expliqué Nicholas Richard Hurd, ministre anglais de l’énergie, lors d’un sommet de haut niveau sur le financement climat à Marrakech. Et d’ajouter : « on espère que la feuille de route que nous présentons répond aux attentes.» L’Angleterre et l’Australie ont publié une feuille de route sur l’accès au financement des 100 milliards de dollars par à partir de 2020.

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D’après les analyses de l’OCDE, les pays développés sont sur le point de répondre aux engagements, par un important financement public. « Il y aura une augmentation du financement climat public de 60 % : le rapport montre que le financement de l’adaptation devrait doubler d’ici 2020 », a-t-il annoncé lors de cette réunion.

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Les Etats insulaires dans l’attente

Mais cette feuille de route est jugée peu satisfaisante par les petits Etats insulaires en développement.« Le chemin est encore long, et nous devons nous poser les questions clés sur l’accès aux 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 : que constitue la finance climat ? Y aura-t-il de nouveaux financements ? Comment le financement public sera utilisé pour appuyer les investissement privés ? Comment se présentera l’équilibre entre le financement de l’atténuation et de l’adaptation ? », a interrogé le négociateur en chef des petits Etats insulaires en développement, et représentant des Maldives, Amjad Abdulla.

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L’accord de Paris stipule dans sa décision du 12 décembre 2015, que les pays développés doivent amplifier leur aide financière, en suivant une feuille de route concrète afin d’atteindre l’objectif consistant à dégager ensemble 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020 pour l’atténuation et l’adaptation tout en augmentant sensiblement le financement de l’adaptation par rapport aux niveaux actuels et continuer à fournir un appui approprié en matière de technologies et de renforcement des capacités.

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A l’issue des négociations, la Conférence des Parties servant à la réunion des Parties de l’Accord de Paris a décidé que le Fonds d’Adaptation doit servir à l’accord de Paris, mais les décisions concernant la gouvernance et les arrangements institutionnels, ainsi que les modalités opérationnelles seront prises en 2018 lors de la COP 24, en Pologne.

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A ce jour, 111 pays ont ratifié le texte de Paris. Le dernier rapport « The civil society review » du collectif d’ONG, intégrant notamment Climate Action Uganda, intitulé « Setting the past toward 1,5° C » explique que seulement 30 à 44 % de réduction de gaz à effet de serre suffirait pour atteindre les 1,5 ° C en 2020 (objectif préconisé par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Mais sans action de réduction de gaz à effet de serre avant 2020, il sera compliqué d’atteindre cet objectif. Lors de la session de clôture, l’Afrique du Sud, au nom du groupe BASIC (Brésil, Inde, Chine, Afrique du Sud), a insisté fermement sur la nécessité de discuter dans quelques mois des actions liées à l’ambition pré-2020.

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Prochaines rencontres sur le climat : mai 2017 et novembre 2017. La COP 23, organisée par les îles Fiji, aura lieu à Bonn (Allemagne), pour des raisons techniques. Nombreuses sont les discussions dont la finalisation  aura lieu en 2018 lors de la COP 24. 2018 : année où le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) présentera son nouveau rapport.

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* Protocole de Kyoto : signé en 1997 et entré en vigueur en 2005 et arrivé à terme en 2012, mais pas respecté. En 2012, la Conférence des Parties a adopté un amendement à Doha. Cet amendement a permis d’établir le second engagement du protocole de Kyoto, qui a commencé le 1er janvier 2013 et se terminera le 31 décembre 2020. A ce jour, 73 pays l’ont ratifié.
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Cet article a été publié ici sur le site Era Environnement.

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Une conférence au Mans sur la pollution lumineuse

A l’initiative de Sarthe Nature Environnement, le secrétaire général de l’Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturnes, Pierre Brunet, est venu donner une conférence le 18 novembre 2016 à l’ENSIM (Ecole nationale supérieure d’ingénieurs du Mans) pour présenter les divers aspects de la pollution lumineuse.

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par Roger Cans

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ANPCEN-LOGO Bandeau_violet.epsLes premiers à dénoncer les méfaits de la pollution lumineuse ont été les astronomes, gênés dans leurs observations par des ciels trop éclairés. Mais ce sont aujourd’hui les naturalistes qui s’en plaignent, en constatant les méfaits de l’éclairage public sur la faune sauvage aux habitudes nocturnes. « La nuit, c’est la moitié de la vie », dit-on à juste titre. En effet, une bonne part de la faune sauvage s’active durant la nuit, et notamment à l’aurore et au crépuscule. Les réverbères allumés la nuit attirent les insectes, complètement déroutés de leurs parcours habituels, et les insectes attirent à leur tour les chauves-souris, elles aussi déroutées.

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Pierre Brunet présente alors des images tournées à New York au-dessus de Ground Zero, où deux projecteurs verticaux attirent les oiseaux migrateurs, complètement déboussolés. Il montre aussi les ponts de Lyon, inondés de lumière toute la nuit par des projecteurs. Il cite un fait peu connu : aux Pays-Bas, les serres ne peuvent s’allumer qu’à minuit pour ne pas gêner les riverains. Mais elles diffusent alors une lumière qui perturbe la vie de bien des animaux nocturnes. Il rappelle que la pêche au lamparo, très pratiquée à travers le monde, provoque chaque fois un afflux anormal de poissons qui facilite les pêches miraculeuses. La lumière naturelle, comme le clair de lune, régule les migrations verticales du plancton dans l’océan et la reproduction des coraux dans les eaux tropicales. Mais toute lumière artificielle perturbe ces cycles naturels et compromet parfois gravement la vie des animaux.

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Le conférencier évoque alors la trame verte et bleue, instaurée lors du Grenelle de 2010, et la loi sur la biodiversité promulguée l’été dernier. Cette loi ne comporte qu’une phrase sur la pollution lumineuse, en fin de paragraphe, comme pour mémoire, mais sans le moindre détail. A l’aide de cartes qui présentent les zones lumineuses de la Sarthe et les régions préservées, comme dans le Perche, il propose de mettre en œuvre une politique de corridors biologiques qui permettent aux animaux nocturnes de se déplacer sans « barrières lumineuses ».

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Et l’on aborde alors l’éclairage public, qui est de la compétence exclusive du maire. Mais ce sont les vendeurs de matériel qui emportent presque toujours la décision. Il existe une panoplie de réverbères, lampadaires et luminaires de toutes formes et de toutes puissances, mais les communes se laissent trop souvent forcer la main. Lorsque la commune décide de supprimer les lampadaires boules, qui éclairent le ciel, ils adoptent aujourd’hui les réflecteurs à LED, qui diffusent une lumière blanche très violente. Pierre Brunet présente alors des photos de l’éclairage public en Autriche et en Allemagne, beaucoup plus faible qu’en France.

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Dans beaucoup de communes, on revient maintenant à l’extinction des feux durant la nuit, et même à aucun allumage durant l’été, lorsque le jour est beaucoup plus long que la nuit. Les statistiques de la gendarmerie sont formelles : l’extinction des feux n’a aucune incidence sur les délits et diminue les accidents de circulation. On roule moins vite dans le noir.

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