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Plan d’Action loup 2018-2022 : les protecteurs déçus par Hulot

Plein d’espoirs sur la mise en place d’une vraie cohabitation entre éleveurs et prédateurs, les défenseurs de la vie sauvage attendaient un tournant de la part du gouvernement. Il n’en est rien : mis à part quelques avancées très floues, le Plan national d’action loup 2018-2022 est essentiellement fondé sur des tirs de loups.

par Marc Giraud

Le samedi 13 janvier 2018, des représentants du collectif CAP Loup venus de toute la France ont porté au ministère de la Transition écologique et solidaire le message de milliers de Français et de ses 200 000 membres – Photo CAP Loup


Ce nouveau Plan loup reste donc dans la lignée des tirs voulus par Ségolène Royal. Il est soumis jusqu’au 29 janvier à la consultation du public et à l’avis du CNPN (Conseil National de Protection de la Nature), et devrait être adopté en février.

Quand c’est flou…

Quelques timides avancées ont été obtenues par les défenseurs des loups : les mesures de protection devraient être développées et mieux contrôlées, les tirs de défense (c’est-à-dire près des troupeaux) privilégiés en période d’exposition des troupeaux (janvier à septembre), les tirs de prélèvements (en dehors des troupeaux) restreints de septembre à décembre.

En principe, les éleveurs ne protégeant pas leur troupeau ne devraient plus être indemnisés de leurs pertes, et de trop nombreux éleveurs ne jouent pas le jeu. Cette conditionnalité de l’indemnisation à la protection est une mesure que les associatifs de CAP Loup demandent depuis des années, mais les termes du plan en limitent fortement la portée : le contrôle sera effectué « en routine » et non lors du constat des dommages. Mais c’est précisément à cette occasion que ce contrôle serait le plus aisé (agent déjà sur place), et le plus utile pour déterminer si la mesure de protection était effectivement en place au moment de l’attaque. Par ailleurs, cette conditionnalité ne sera mise en place que « de façon proportionnée, progressive et adaptée à l’ancienneté de la colonisation de l’espèce et au niveau d’attaques subies par les troupeaux ». Autant dire que ça n’est pas fait…

Pire, le plan prévoit de freiner l’expansion du loup sur les fronts de colonisation où les éleveurs seront dispensés de toute protection de leur troupeau ! Ou comment reporter les difficultés sur les zones voisines, et sur les années suivantes…

Quant au seuil annoncé de 500 loups d’ici la fin du quinquennat, il est loin de garantir la viabilité de l’espèce à long terme, de l’ordre de 2 500 à 5 000 individus selon l’expertise ESCO. Et que se passera-t-il une fois ce seuil atteint ? Est-ce la population maximale que les politiques sont prêts à accueillir ?

Les ministres changent, les tirs de loups continuent

Ce plan ne contient aucune remise en cause fondamentale de ce qui ne fonctionne pas depuis 14 ans, le fil directeur reste l’organisation des tirs. Depuis 2004 des loups sont abattus, depuis 2004 les dommages augmentent… Les études menées à l’étranger le montrent : les tirs létaux sont inefficaces, voire contre-productifs, car ils désorganisent les meutes. De plus un loup mort ne transmettra pas la peur du troupeau, alors qu’un loup effarouché apprendra la leçon à sa meute. Le plan prévoit d’ailleurs d’étudier l’efficacité des tirs en France. Mais faut-il y voir un signe ? Cette étude n’est présentée qu’en toute fin du document. Sa logique pose question : pourquoi organiser et faciliter des tirs alors qu’on ne sait pas si ça aura un effet positif sur les attaques ? La réponse est peut-être dans une vaine recherche de paix sociale…

Le « plafond » annuel de loups à abattre concernera 10 à 12 % de la population, sans que, selon le texte, soit mise en péril la viabilité de l’espèce. Or, l’état de conservation favorable ne doit pas être apprécié par rapport au risque d’extinction mais par rapport à la capacité d’accueil du milieu, qui est l’objectif à atteindre. La France devrait garantir la croissance de la population, et pas seulement éviter son extinction.

Trente cinq loups ont déjà été abattus depuis début juillet. Sur ces 35, un seul été abattu par un éleveur défendant son troupeau, les 34 autres l’ont été par des chasseurs, louvetiers ou agents de la brigade anti-loup de l’ONCFS… Sept n’étaient que des louveteaux, dont 3 tués lors de la même opération par un agent de l’ONCFS en « tir de défense » d’un troupeau en août dernier à Cipières (06). Quatre mois après sa demande d’éclaircissement, CAP Loup a enfin obtenu une réponse du préfet de Région, qui confirme que l’État favorise l’abattage de louveteaux, même si ceux-ci ne sont pas en âge d’attaquer un troupeau domestique, même sans savoir si ces abattages ont un quelconque effet positif !

Pour 2018-2019, le gouvernement projette d’autoriser à nouveau l’abattage de 40 loups de janvier à décembre 2018. Le précédent plafond ayant été fixé de juillet 2017 à fin juin 2018, ce sont bien potentiellement 75 loups (35 déjà abattus + 40 nouveaux) qui pourraient être abattus en une année si ces 40 étaient abattus entre janvier et fin juin 2018, soit 20 % de la population ! Avec le développement et l’amélioration de l’efficacité de la brigade loup de l’ONCFS annoncée dans le plan, ce chiffre n’est pas hypothétique.

De surcroît, il est également prévu que les préfets pourront dépasser, sans aucune limite, le plafond d‘abattage en cas de « situation exceptionnelle », notion non définie et impensable après 25 ans de présence du loup. Ceci vide de sens la notion de plafond à ne pas dépasser pour garantir, soi-disant, la viabilité de la population. Bref, les « avancées » du plan loup sont aussi des reculées potentielles, et bien déguisées.

Parmi les personnalités posant avec des pancartes pro-loup le 13 janvier 2018 : Aymeric Caron, Hubert Reeves, Paul Watson, Jeanne Mas, Hélène de Fougerolles, Yann Artus-Bertrand, Guillaume Meurice – photo CAP Loup


Des protecteurs pas entendus

Il suffit de quelques brebis lâchées dans des rues et de quelques menaces de troubles pour qu’un gouvernement cède aux anti-loups. Il n’en est pas tout à fait de même avec les protecteurs. Le samedi 13 janvier, des représentants du collectif CAP Loup venus de toute la France ont porté au ministère de la Transition écologique et solidaire le message de milliers de Français et de ses 200 000 membres. Pour des raisons administratives, de timing et de sécurité, l’événement fut rapide et cadré, avec peu de personnes. Mais aucun représentant n’a été reçu au ministère. Le clou de cette « performance » : un portrait de loup symbolique composé de plus de 1 000 photos de citoyens et de personnalités publiques brandissant une pancarte « STOP aux tirs des loups ». Parmi les personnalités posant avec des pancartes pro-loup : Aymeric Caron, Hubert Reeves, Paul Watson, Jeanne Mas, Hélène de Fougerolles, Yann Artus-Bertrand, Guillaume Meurice et bien d’autres…

Les protecteurs demandent :

1/ la fin de cette politique de tirs

2/ le contrôle de la bonne mise en œuvre par les éleveurs des moyens de protection subventionnés (clôtures, chiens, bergers)

3/ l’arrêt strict et immédiat des indemnisations en cas de prédation pour les éleveurs qui n’ont pas protégé leur troupeau

4/ le développement par l’État de nouveaux dispositifs de protection des troupeaux et d’effarouchement des loups si nécessaire.

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  • CAP Loup regroupe 40 associations de protection de la nature et des animaux, soit plus de 200 000 adhérents directs. www.cap-loup.fr

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Monde ancien, restez serein, il se dissout de plus en plus vite et vos souvenirs ne sont déjà plus que mélancolique nostalgie.


par Richard Varrault, président des JNE

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Cette année, vous avez décidé de passer une semaine de vacances sur une île lointaine de l’hémisphère sud avec votre famille. Le jour J, un taxi, précommandé auprès d’une société spécialisée, vient vous prendre dans votre quartier parisien pour rejoindre Roissy, votre aéroport de départ. Il fait chaud, presque trop chaud, mais heureusement la clim fonctionne dans le véhicule. Vous percevez pourtant un chuintement sur la chaussée. Un regard interrogateur vers le chauffeur, il vous explique que la chaleur fait fondre le bitume et les pneumatiques des véhicules récupèrent une partie du revêtement routier. Vous passez du véhicule climatisé à l’environnement de l’aérogare rafraîchi. Mais là, surprise, des panneaux affichent partout que le personnel au sol est en grève, il réclame de meilleures conditions de travail, notamment le rafraîchissement des hangars où ils travaillent. L’activité est ralentie mais vous accédez cependant à votre avion gros porteur.

L’avion décolle, vous êtes côté hublot et vous appréciez de voir défiler la campagne. Dans votre souvenir, elle n’avait pas cette forme et cette couleur. Beaucoup de lieux, verts dans votre esprit, sont d’une couleur marron et vous soupçonnez des vents au sol au vu des tornades qui semblent marcher toutes seules. Plus tard, l’appareil survole la Mer Noire, des flammes surgissent au-dessus de la surface de l’eau. Après réflexion, vous estimez que ce sont des hydrates de méthane qui remontent en grande quantité des fonds marins vers l’atmosphère. Voilà qui ne va pas arranger le réchauffement de la planète.

Encore quelques heures et vous voilà à destination. La température est plus clémente qu’à Paris. Vous montez dans un taxi à destination de votre hôtel en bord de mer, mais un spectacle étrange vous surprend. Dans le lointain des cheminées crachent une fumée noirâtre depuis un ensemble de structures qui ressemblent à des usines. Après échanges avec le chauffeur, il vous explique que de récents forages ont été réalisés sur le plateau continental pour extraire pétrole et gaz du sous-sol. Surpris, mais vous acceptez l’idée, ces petits pays essaient de s’en sortir « par le haut »… Confort et vue sur le large vous réconcilient avec l’environnement local.

Le lendemain, toute la famille se retrouve sur la plage qui vous paraît bien étroite et différente de la présentation du site internet qui vantait ces îles. Elle est moins large, l’océan est tout de suite là. Un panneau informatif sur l’accès à la plage à destination des visiteurs présente la montée continuelle de l’océan et la disparition progressive des vastes plages. Informé mais pas inquiet, vous invitez votre famille à parcourir cette bande de sable clair, quand vous constatez de nombreux déchets plastiques apportés par les marées. Des ouvriers locaux sont actuellement en phase de ramassage et vous expliquent qu’une gyre (continent de plastiques flottant entre deux eaux) se trouve à moins de 200 km de l’île et qu’elle envoie une bonne partie des détritus plastiques sur les plages. Votre penchant pour l’écologie pratique vous incite à demander à votre famille d’aider ces travailleurs dans leur ramassage, image du mythe de Sisyphe ramené à une plage.

Le soir, vous décidez de prendre au menu un bon repas de fruits de mer. Surprise, la carte précise pour les fruits de mer « en fonction des arrivages ». Nous questionnons le garçon de salle qui explique que l’acidification de l’océan ne permet plus aux élevages locaux d’huîtres et de moules de se développer normalement et un effet semblable affecte les animaux marins à carapace, de même que les coraux de la région qui ont tous blanchi. « Ce sont d’autres îles qui nous approvisionnent, mais nous sommes en rupture actuellement. »

Les belles vacances se déroulent à leur rythme et le moment du retour arrive. Pendant le vol, vous réfléchissez à ce que sera le prochain hiver et vous supputez qu’une bombe cyclonique puisse toucher l’Europe avec des froids de moins quarante à moins cinquante degrés centigrades comme il n’y a pas si longtemps en Amérique du Nord…

Je laisse mon héros temporaire à ses pensées, pour revenir en 2018 et à ce genre littéraire « nouveau », vieux de quelques années tout de même et qui se nomme « cli-fi », pour climate-fiction. Son but consiste à faire évoluer les personnages d’une histoire, ou d’un roman, dans un monde transformé par le changement et les dérèglements climatiques, notamment le réchauffement planétaire. Son objectif est de faciliter la prise de conscience des lecteurs sur les enjeux du réchauffement climatique et de lutter contre les climato-sceptiques et autres partisans favorables aux fossiles.

Notre association a la chance d’avoir un adhérent renommé dans ce genre fictionnel (1), Pierre-Yves Touzot qui a déjà publié le roman Terre Lointaine (éditions du Caillou) et dont le dernier Old Forest figure dans la liste présentée dans l’annuaire JNE 2018.

Puissent les romanciers de la « cli-fi » devenir aussi célèbres que ceux de la « sci-fi » ou science-fiction qui a fait rêver des millions de lecteurs. De plus, au fil du temps, ils passeront de la fiction à la réalité contemporaine et les amoureux de ce genre les remercieront peut-être de leur avoir suggéré des solutions pragmatiques face aux dangers de ces bouleversements.

Président des JNE, Richard Varrault est directeur de publication de Waternunc.

(1) Voir l’article de The Conversation : https://theconversationfrance.cmail19.com/t/r-l-jrddaht-huijuyudlt-i/

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Pollution sonore en Algérie : un problème de santé publique ignoré

Le Soir d’Algérie, quotidien algérien indépendant, a rapporté une information selon laquelle «un cinquième de la population souffre de troubles auditifs».

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par M’hamed Rebah

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Ce journal a cité des spécialistes qui ont tiré la sonnette d’alarme sur ce phénomène dont la cause, selon eux, est à rechercher du côté des nuisances sonores. Celles-ci sont régulièrement évoquées et dénoncées par la presse algérienne qui se fait l’écho du mécontentement de riverains agressés par le bruit. Mais du côté des autorités, à quelques exceptions près, aucun écho à leurs plaintes, c’est la sourde oreille. Encore pire, une des sources des nuisances sonores dont souffre la population se trouve dans les activités dites de loisirs (concerts bruyants de musique et hauts parleurs posés sur le trottoir), organisées par les autorités locales sur la voie publique et au milieu d’habitations, qui se prolongent tard le soir, provoquant un vrai tapage nocturne, au mépris de la tranquillité des riverains.

Ces activités sont en violation non seulement d’un décret qui remonte à 1993 (et que l’on doit à Belaid Abdesselam, qui était chef du gouvernement à l’époque), mais surtout de la loi sur l’environnement de juillet 2003, qui impose une étude d’impact pour les activités bruyantes sur la voie publique. La loi vise évidemment les travaux d’utilité publique (réparation de canalisations d’eau ou réfection d’une chaussée, par exemple) et non pas les activités de loisirs ou de publicité commerciale qui peuvent être délocalisées vers des lieux éloignés des habitations. Les nuisances sonores viennent également de la circulation automobile par l’utilisation abusive du klaxon ou du poste radio, et par les motos qui pétaradent à n’importe quelle heure, y compris la nuit. La loi algérienne punit ces infractions mais elle n’est pas appliquée.

Le bruit et les nuisances sonores sont une marque des capitales des pays sous-développés, à la différence des capitales et villes des pays développés où la caractéristique dominante est la lutte systématique contre le bruit pour assurer toute la tranquillité aux habitants. En France, depuis le 1er juillet 2017, la réalisation de travaux de rénovation énergétique globale (ravalement, toiture…) doit s’accompagner de travaux d’isolation acoustique dans les zones particulièrement exposées au bruit.

En Algérie, les autorités de la wilaya d’Oran, qui constituent une exception en matière de lutte contre les pollutions et nuisances, ont pris des mesures contre les fauteurs de bruit. En mai 2017, selon notre confrère Le Quotidien d’Oran, la Commission de contrôle et de surveillance des établissements classés pour la protection de l’environnement, dont le secrétariat est assuré par la direction de l’environnement de la wilaya d’Oran, a procédé à la fermeture de quatre commerces et a adressé des mises en demeure à huit autres, à la suite de plaintes de citoyens contre les nuisances sonores. Les autres villes algériennes, dont la capitale, devraient suivre cet exemple. Les spécialistes attirent l’attention sur les conséquences du bruit sur la santé : irritabilité, dépression, insomnie … Ils font savoir qu’« une bonne audition et une bonne compréhension sont des conditions nécessaires à l’acquisition des apprentissages fondamentaux et à l’insertion dans le milieu familial et social ». Pour minimiser les risques, les scientifiques conseillent de contrôler le niveau de bruit en se servant d’outils spéciaux. Ils appellent également à utiliser les moyens de protection de l’ouïe. Ils suggèrent de « mieux isoler les lieux d’habitation, les lieux de travail et les écoles mais aussi retravailler les projets d’urbanisme notamment en aménageant des zones calmes, isolées et éloignées des axes bruyants ».

La sous-estimation des nuisances sonores en milieu urbain, en Algérie, découle de l’ignorance des effets de ce véritable fléau environnemental et de la méconnaissance de son cadre juridique, par les élus et gestionnaires locaux, en premier lieu. Une journée d’étude organisée au début de 2017, il y a un an, à Constantine par l’Institut de Gestion des Techniques Urbaines (Université de Constantine) en collaboration avec le Laboratoire Ville et Santé, aurait dû les intéresser. Elle a porté sur la question des nuisances sonores en milieu urbain. Mais quelle place occupent l’environnement et les nuisances sonores dans les cycles de formation destinés aux membres des Assemblées populaires communales (APC) ?

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Cet article a été publié dans La Nouvelle République (Alger).

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Une grève des forestiers : par-delà tout salaire, rappeler la direction au bon air !

La manifestation du personnel de l’Office National des Forêts du 14 décembre 2017 à Paris, entre les Invalides et le Ministère de l’Ecologie adresse au public nombre de signaux d’alerte.

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par Bernard Boisson

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Manifestation du personnel de l’Office National des Forêts le 14 décembre 2017 à Paris – photo Bernard Boisson

Ainsi, la société civile est de nouveau en droit de se poser les questions les plus vives concernant la capacité du personnel forestier à assurer la qualité des fonctions écologiques et sociales de la forêt, sans que celles-ci se retrouvent bradées par une productivité à tout crin.

Derrière le diktat comptable d’une gestion, assiste-t-on à la désagrégation des fondamentaux d’un métier ?

Il y a certains métiers pour lesquels un jeune réfléchit à deux fois pour s’engager surtout s’il est habité par la vocation. En effet, un professionnel équilibré ne devrait pas contrevenir à ses rêves d’enfance et à son éthique d’adulte. En général, dans les entreprises qui vont mal, cet angle de vue s’avère singulièrement omis. La pression du rendement affectant toujours plus la qualité du service brade au marché tout professionnalisme de qualité. Dès lors, les métiers qui pourraient être sujet à la vocation, comme celui de forestier, risquent gravement d’être abandonnés par les plus compétents et les plus matures, ne laissant les postes qu’à des besogneux désengagés dans la valeur de sens que porte toute action.

Cette question s’avère à l’heure présente cruciale, tant l’ONF connaît des vagues de départ à la retraite plus importantes qu’auparavant (500 départs par an) et que la direction peut à travers ce renouvellement redéfinir un changement de cap en jouant l’ascendant sur un personnel juvénile choisi. Mais pour quel projet ? Pour quelle stratégie ? Il semble qu’actuellement son directeur général juge comme « passéiste » l’idée même de développement durable ! Ce qui s’entend comme un contresens stupéfiant quand le forestier fait historiquement figure d’ambassadeur emblématique du temps long dans l’économie. Dans le même flux, il y avait déjà de quoi s’inquiéter quand l’enseignement de la foresterie fut absorbé dans le cursus commun de toutes les formations de l’agriculture (voir avec AgroParisTech). Cette compilation des enseignements incorpore dans le même cadre économique des environnements qui ne présentent pas du tout les mêmes réalités en terme d’écosystèmes et de cadre de vie, ce qui prépare déjà le (ou la) jeune au plus grand simplisme de gestion sous la tutelle d’une économie de marché sans états d’âme.

Manifestation du personnel de l’Office National des Forêts le 14 décembre 2017 à Paris – photo Bernard Boisson

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De bonnes annonces pondérées par des questions graves

Mais l’Office National des Forêts est comme un bateau qui tangue sur plusieurs flancs. A noter parmi ce qui pourrait s’entendre carrément comme une bonne nouvelle, le fait que la sylviculture jardinée ait été adoptée pour l’Ile de France. En effet, elle était initialement préférée des points de vues écologistes et paysagers par rapport au modèle de sylviculture agronomique à renforts d’intrants que constitue la futaie régulière, modèle qui a fortement déplu aux franciliens par le fait qu’il impacte le paysage, contribuant pas moins à l’apparition de coupes rases, précédées de coupes laissant quelques grands arbres isolés, suivies de parcelles en régénération, dégradant l’image que l’on se fait d’une forêt. Toutefois d’autres questions aiguisées surviennent. Car si la futaie jardinée est un modèle n’aboutissant pas à l’apparition d’éclaircissements abrupts, rien n’empêche qu’on la surexploite quand même, et que l’on rabote l’âge des arbres de sorte que notre descendance ne reverra pas près de chez elle des stades matures de boisement. Le fin du fin étant même de ne jamais laisser trainer des empilements de grumes à l’entrée des chemins pour que les riverains ne s’aperçoivent plus des prélèvements.

De plus, en se donnant pour vitrine la gestion de la forêt francilienne en mode futaie jardinée, l’ONF pourrait intensifier plus encore la sylviculture régulière (dite « champ d’arbres » dans le langage non professionnel) dans les autres régions de France. Si en sylviculture, la futaie jardinée est le paysage forestier qui synthétise le mieux en un même lieu le respect des trois fonctions écologique, économique, sociale de la forêt, des faits attestent que cela ne bride pas la fonction économique, tout au contraire ! A signaler par exemple le côtoiement de deux modèles de sylviculture dans le massif de Darney, entre les Vosges et la Haute-Saône : la futaie jardinée d’Alain Chavanne (expert et propriétaire forestier affilié à Pro Sylva), et la forêt domaniale en futaie régulière de l’ONF. On remarque que la première s’avère nettement plus bénéficiaire que la seconde… Un décalage que le surcoût de gestion publique de l’ONF ne suffit pas à expliquer. Nombre de praticiens de la futaie jardinée (ou « irrégulière », « continue ») invoquent plutôt un effort supplémentaire pour la compréhension des processus naturels qui s’avère payant.

Futaie régulière – photo Bernard Boisson

Futaie jardinée – photo Bernard Boisson

 

 

 

 

 

 

 

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Qu’en est-il du droit de vigilance de la société civile sur la gestion forestière ?

Dans les annonces de l’ONF qui retiennent l’attention, il y a celle en Ile-de-France de proposer des Conseils de Gestion Patrimoniale, où la société civile et les associations naturalistes peuvent être concertées avant que soient entérinés les plans de gestion. Ce semble un espace de rencontres où les maires, les associations (moins les individus semble-t-il) seront conviés. Reste effectivement à savoir qui le sera vraiment, car il est parfaitement possible de faire une concertation simulée distincte d’une consultation ouverte assimilant les arguments légitimes dans les décisions. Mais il semble que les autres régions de France restent complètement à l’écart de ce traitement de faveur. Il y a même des signaux d’alerte indiquant un glissement inverse comme l’aspiration manifeste de la direction générale à ne plus vouloir faire marteler les arbres (c’est-à-dire désigner sélectivement ceux que l’on va couper). Dès lors, elle laisserait les exploitants choisir les bois. La tendance serait donc de se rapprocher du modèle de la concession forestière africaine où la priorité est donnée au client qui a libre choix et se sert. Cette initiative, subrepticement évoquée en termes pratico-pratiques, est en réalité très lourde de conséquences pour le futur de la forêt française. Cela exprime en fait un désengagement de l’ONF (et par son intermédiaire de l’Etat) sur la préservation de la gestion patrimoniale des forêts françaises et sur une vigilance visant l’amélioration de l’écologie forestière. L’inventaire préalable aux plans de gestions (« aménagements forestiers ») dans les forêts publiques pourrait également être substitué par la télédétection sur les grands massifs en recourant aux lasers terrestres et aériens. Ainsi serait renforcé le centralisme technocratique de l’ONF qui ne voit la forêt française que par la vision simpliste des chiffres, en perdant complètement pied avec la dimension qualitative et locale des lieux qu’elle supervise.

L’ultime coupe à Rambouillet – photo Bernard Boisson

Une parcelle en régénération à Fontainebleau – photo Bernard Boisson

 

 

 

 

 

 

 

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Qu’en est-il de l’évolution de cette sylviculture par rapport aux labels forestiers ?

Quand on sait qu’en zone tropicale le label FSC repose essentiellement sur les inventaires et sur les plans de gestion qu’on cherche aussi à répercuter en France ; quand on voit le label PEFC plus fondé initialement sur la norme ISO 14001 que sur les critères spécifiques à l’écologie forestière ; quand derrière ces deux labels forestiers, on voit des certifications en substitut des manquements législatifs ; quand un doute sérieux s’installe devant le respect des clauses justifiées d’un code forestier ayant traversé sept siècles ; quand le contrôle de l’Etat sur les forêts, à l’instar du martelage, semble de plus en plus relâché, au risque d’être démis à la faveur des intérêts privés ; alors tout candide observant la gestion forestière actuelle en France se pose très vivement la question : qui peut en assurer la qualité pérenne ? Mieux, qui peut en assurer les améliorations en compatibilité avec la maturation des consciences ?

Photo Bernard Boisson

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Jusqu’où l’intérêt de la partie contre le tout ?

Sans doute, l’Etat français n’osera pas vendre au privé le patrimoine national de la forêt française après le tollé populaire qui s’est déclenché quand le gouvernement britannique a voulu mettre fin à son homologue : la Forestry Commission. Mais rien n’empêche une gouvernance française de transformer graduellement le régime de l’ONF en celui d’une entreprise privée pure et dure. L’une des méthodes étant de passer au-delà de la barre des 50 % dans le personnel embauché avec un statut (de CDI) de droit privé. Or on sait qu’un personnel de statut privé est bien moins habilité à dire la vérité quand les intérêts d’entreprise contreviennent au droit public, à l’écologie forestière, tout comme à une meilleure régulation de l’économie. Il y a un risque réel que la surveillance des limites de forêts, ainsi que toute suite donnée au martelage des arbres soit repris en mains par des « techniciens forestiers territoriaux » (antérieurement appelés « gardes forestiers ») davantage sous tutelle des intérêts industriels et commerciaux qu’en charge de représenter la dimension publique et la valeur écologique de nos forêts. N’est-ce pas d’ailleurs éminemment pressenti sous l’expression mainte fois entendue : « forêt privée de l’Etat » ? Le temps où le garde forestier prêtait serment sur le code forestier est-il définitivement refoulé par les lois du marché ? L’enjeu est fort. En sachant que l’ONF met sur le marché environ 40 % du volume de bois, cela signifie que si on réussit à pervertir l’ONF, ces 40 % d’un seul bloc se répercutent en responsabilités sur toute la filière. En outre, ce n’est pas moins l’exemplarité de l’Etat qui disparait pour influencer la façon dont la forêt privée sera traitée. Si cela s’entérine, c’est un déclin de représentativité par le biais duquel l’éthique citoyenne n’aura plus aucun droit d’influence.

Manifestation du personnel de l’Office National des Forêts le 14 décembre 2017 à Paris – photo Bernard Boisson

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Puisse l’Etat autoriser le forestier à exister dans la complétude de son professionnalisme
sans l’assujettir à une fonction de sylviculteur servile

Depuis le début des années 90, j’ai pu présenter des expositions photographiques portant la part de rêve propre au monde des forêts. J’atteste avoir vu la plupart du temps l’agent local de l’ONF en visiteur pour ce type d’évènement sans que j’ai eu de réflexe à le prévenir. Là, j’ai maintes fois senti la personne humaine aimant son monde en amont de la fonction qu’il assume. Je ne crois pas que toutes les corporations professionnelles aient le privilège de porter à ce point dans l’âme ce que leurs activités leurs donnent d’appréhender. J’ai peur que des générations ainées s’en aillent avec ce fond de présence enfouie, laissant les générations suivantes encore plus vides d’elles-mêmes. Ainsi s’aiguisent mon empathie et ma gravité.
C’est dire que les relations entre les naturalistes et les forestiers sont depuis longtemps complexes et paradoxales dépassant le simplisme comportemental du militant face aux logiques monolithiques du marché. Ce vis-à-vis des consciences ressemblerait plutôt à des cellules qui, n’appartenant pas aux mêmes organes, se sentiraient toutefois appartenir à la même maladie, puisque appartenant au même corps : la société. Cela fait davantage converger les regards vers la responsabilité engagée au niveau gouvernemental (quelque soient les bords politiques qui se suivent) avec la vive inquiétude de voir la chaine décisionnelle des états majors se faire hypnotiser par les chiffres du marché quand une réalité professionnelle beaucoup plus profonde part en décrochage entre le vital sensible des êtres humains et les équilibres du vivant dans la nature. Oui l’âme d’un métier est de plus en plus rapidement érodée, vidée de son sens, vidée de son essence. Ainsi, on se demande si une logique d’entreprise ne va pas se désagréger comme un météore dans l’atmosphère ? Si un corps de métiers ne va pas tomber sur les genoux ?

On entend des forestiers prenant leur retraite se dire soulagés de quitter les temps qui viennent. J’ai entendu un directeur d’agence de l’ONF dire que l’on trouve très difficilement de jeunes français pour les activités de base tel le bucheronnage, et qu’il est souvent fait appel à la main d’œuvre étrangère. Mais a-t-il vu qu’à partir du moment où un travail retrouvait du sens et se reconnaissait dans des valeurs essentielles, les jeunes français pouvaient revenir ? Comme par exemple dans les emplois de caissières et de caissiers de magasins bio en alternative aux supermarchés standards ? Et si pour les générations qui venaient la valeur du sens comptait plus encore que la valeur du salaire ? N’est-ce point d’ailleurs la demande légitime d’une société voulant continuer à évoluer au-delà d’un niveau de confort, en évitant de se retrouver piégé dans toute survie concurrentielle pour le maintenir ?

En tout cas, le signal qui pouvait le plus impressionner le parisien de la rue, a été de voir le syndicalisme forestier tirer la sonnette d’alarme sur la place publique concernant la qualité de forêt que la sylviculture française s’apprête à léguer aux générations futures. Manifestement la conscience intime d’une très grande part de forestiers ne s’y retrouve plus ! Cette alerte, particulièrement mise en avant par le Snupfen, un syndicat spécifiquement forestier, est quand même singulièrement distincte des revendications sollicitant de meilleurs salaires et de meilleures retraites ! Du reste cette attitude s’est retrouvée plus largement renforcée par une alliance intersyndicale. Cela touche l’intérêt suprême du bien commun dans lequel les fonctions écologiques et sociales de nos forêts sont fortement éprouvées par les logiques internationales de marchés.

Manifestation du personnel de l’Office National des Forêts le 14 décembre 2017 à Paris – photo Bernard Boisson

En amont, les élus et les états majors de la gestion forestière vont-ils atterrir ou atterrer ?
Et les médias, à quoi jouent-ils ?

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Par expérience, je suis péniblement accoutumé à la mise sous silence récurrente des médias français et de la plupart des partis politiques concernant le sujet forêt quand il s’agit de signaler sans omission les enjeux réels. Pour donner un exemple parmi d’autres, l’information me parait très partiale ou partielle quand les contradictions entre le bois-énergie et l’écologie forestière ne sont pas explicitées de sorte de poser les limites. De même, les rédactions ne semblent pas vouloir faire leur travail d’investigations à la juste mesure quand pourtant des riverains de forêt sont alarmés par des coupes rases. Si un livre comme « La vie secrète des arbres » semble commercialement dopé en termes de promotion en déclarant son antériorité de best-seller international, cela permettra-t-il enfin en France d’ouvrir le débat forestier sur la place publique ? Ou seulement de voir passer une étoile filante dans le monde de l’édition ? Derrière les thèmes de ce livre, combien d’autres thèmes forestiers nécessitant leurs émergences passeront-ils sous silence ? Les médias s’ancrent facilement dans les mêmes conditionnements de pensées pour appréhender le sujet forêt et passent trop souvent à côté de questions essentielles. Cela s’avère très pesant pour les personnes conscientes de longue date…

Manifestation du personnel de l’Office National des Forêts le 14 décembre 2017 à Paris – photo Bernard Boisson

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L’hyperspécialisation des métiers contre « les écosystèmes professionnels » ?

Parmi les malaises signalés à l’ONF, le cloisonnement des compétences dans l’hyperspécialisation compromet toute possibilité de gestion cohérente. Il est difficile d’imaginer atteindre une cohésion humain/nature dans la gestion forestière sans que les organisations professionnelles se constituent en « écosystèmes de compétences », se murissant mutuellement dans l’interdisciplinarité et s’accordant aux dynamiques naturelles des écosystèmes forestiers. Ainsi, la prévalence à faire du chiffre envers et contre tout, contrevient à l’harmonie d’une gestion patrimoniale de la forêt française, tout comme à une sylviculture aimant la nature dans sa dimension première, avant toute exploitabilité. Là, certainement, est à relever une blessure psychologique profonde en filigrane d’un métier hanté par la nostalgie d’une vocation détournée. Il semble que l’ONF ait pour enjeu de retrouver de manière imminente la mue qui est la sienne au risque de se désagréger au seuil même de sa mutation manquée. Autrement, il se verrait seulement soumis aux lois du marché érigées en dissociation des principes de régulation des écosystèmes et des climats. C’est ainsi que lui incombe la mission inverse, celle d’être une pionnière de l’exemplarité dans le fait de réintégrer les lois du marchés dans la matrice des écosystèmes, de la biosphère et du climat. L’ONF étant le délégué de l’Etat, il devrait influencer les gouvernements successifs pour qu’ils insistent auprès de l’Europe afin que la régulation des marchés de la filière bois s’accorde à la régulation écologique des territoires. Pour le moment l’affaiblissement français semble abandonner sa part de vigilance aux instances européennes, plus avisées dans certains réseaux. Là encore, le silence médiatico-politique franco-français a énormément desservi !

La réduction de l’espérance de vie de l’arbre dans l’évolution de la sylviculture est un phénomène qui devrait urgemment interpeller l’opinion publique, tant du point de vue de l’écologie forestière que du point de vue de la valeur paysagère des boisements. Ici le bois des Loges dans l’arrière-pays d’Etretat (domaine privé) – photo Bernard Boisson

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L’ONF a-t-il une gestion adaptée à la santé de la nature et de l’humain ?

Si on se met à témoigner des méthodes de gestion de l’ONF aux managers les plus en pointe, ceux réellement éclairés par les notions de systémique et d’intelligence collective, on peut s’attendre à ce qu’ils soient particulièrement étonnés par la manière dont cet établissement est dirigé. Sa position caricaturale de durcissement parait totalement contrevenir au management du XXIe siècle. Cela semble en désaccord avec l’image juvénile d’un président de la république, et d’un gouvernement dont on s’interroge, comme pour ses prédécesseurs, de leurs connaissances réelles du sujet !

Quand en quinze ans on relate 45 suicides et un meurtre au sein de l’établissement, l’opinion publique est en droit de se demander si l’Office a toujours la compétence pour répondre à ses prérogatives concernant la fonction sociale de la forêt au niveau national ? Cela interroge encore plus vivement quand la presse vante les vertus de la sylvothérapie en mentionnant le médecin japonais Qing Li, comme si on découvrait le sujet pour la première fois ; tandis que la France, spécialiste dans l’amnésie envers ses pionniers, a remarquablement oublié l’ouvrage très étayé sur ce sujet que l’ingénieur forestier Georges Plaisance avait publié en 1985 (1) !

Et que dire des autres approches du même domaine que la sylvothérapie pouvant à terme émerger au sein de la fonction sociale de la forêt, mais se découvrant naitre dans des lieux dont on aura préalablement désagrégé la valeur paysagère de sorte que ces pratiques ne pourront jamais naître en France ?
Vers quoi s’égare la sylviculture quand les sciences naturalistes évoluent de plus en plus d’une écologie causale vers une écologie multifactorielle, et plus encore : vibratoire ?

Manifestation du personnel de l’Office National des Forêts le 14 décembre 2017 à Paris – photo Bernard Boisson

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Les difficultés récurrentes de l’ONF par rapport à un statut ambivalent

Depuis sa fondation en 1964, l’appellation ONF n’a eu de cesse d’instiller l’ambigüité dans le public, les associations naturalistes, et les autres institutions de l’Etat, quand le terme « Office » sous-entend un organisme de services mandaté par l’Etat, alors que son statut d’EPIC (Etablissement Public Industriel et Commercial) le tire constamment vers un régime de productivité plus caractéristique d’une entreprise bien moins responsabilisée devant des services non-commerciaux d’échelle nationale. Cette dissension fonctionnelle a maintes fois fait l’objet de frictions émotives entre les interlocuteurs, de silences d’éviction, si ce n’est à entendre les détracteurs qualifier l’ONF de « schizophrène ».

Si l’ONF est sous la tutelle de deux ministères, celui de l’agriculture et celui de l’écologie, on peut se demander s’il est vraiment juste que le ministère de l’écologie apparaisse trop souvent sous tutelle du ministère de l’agriculture pour les questions forestières ? Le gouvernement n’est-il pas déjà responsable des dysfonctionnements de l’ONF dans l’iniquité des tutelles ? A ce constat du déséquilibre entre deux, s’ajoute l’absence d’un troisième, tellement la fonction sociale de la forêt ne trouve pas sa représentativité ministérielle. Ainsi cela renvoie toujours la conscience citoyenne de la forêt au point mort de sa maturation, tout comme les consciences visionnaires à leur perpétuel esseulement.

Manifestation du personnel de l’Office National des Forêts le 14 décembre 2017 à Paris – photo Bernard Boisson

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Retourner en force de maturité cette faiblesse de l’ONF
quand elle est inhérente à une multifonctionnalité des forêts que l’on ne peut biaiser

Compte-tenu de ses responsabilités sur les trois fonctions écologique, sociale, et économique de la forêt, ne serait-il pas plus juste de voir le Directeur Général de l’ONF gérer son Office davantage comme un maire plutôt que comme un chef d’entreprise ? A chaque fois qu’une structure économique est obligée de marier des contraires, c’est soit source de rapports de force, soit source de rapports de maturation. On voudrait voir les rapports de force abandonnés aux passés révolus, et les rapports de maturation ouvrir les portes de l’avenir. Si déjà les élus et les états majors de l’ONF sont capables de comprendre cela et de le mettre en actes, il est possible de voir une structure comme l’ONF devenir pionnière et pilote dans une maturité de management par rapport au monde environnant des entreprises, en sachant marier la valeur écologique des lieux, la maturation sociale des rapports humains/nature avec une économie régulée. Puissent leurs décideurs vouloir s’en donner la bienveillante volonté.

Relevons que pour une gestion forestière dans les mains de l’Etat l’urgence d’une prospective s’avère plus que pressante tellement l’accouchement du futur ne saurait se concevoir avec l’extrapolation caricaturale d’un passé, tout comme avec une gestion autoritaire trop encline à tarir les idées.

C’est sans doute la plus grande valeur que l’ONF puisse engager : celle de ne pas faillir envers une amélioration qualitative des forêts inhérente à l’évolution du forestier dans les fondamentaux complets de sa vocation.

A la sortie de ces considérations,
on a envie de clamer « Elus réveillez-vous ! »

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Bernard Boisson anime le site www.natureprimordiale.org

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1 – Forêt et Santé – Guide pratique de sylvothérapie – Editions Dangles – 1985

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Un hommage très personnel à Marie-Louise Vidal de Fonseca

Voici un portrait de Marie-Louise Vidal de Fonseca (adhérente des JNE récemment disparue, lire notre notice ici) réalisé par une autre adhérente de notre association, qui a souhaité l’accompagner avec ce texte très personnel.

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par Florence Faucompré

Marie-Louise Vidal de Fonseca par Florence Faucompré

Qui m’a poussée vers elle ? Des corbeaux empoisonnés (tôt le matin) par les services de dératisation de Vincennes que j’avais vu agoniser dans des soubresauts interminables au bois de Vincennes… J’étais bouleversée ; j’ai interrompu ma promenade, suis rentrée pour téléphoner à Marie-Louise, membre des JNE. Je pleurais tellement qu’elle ne comprenait rien, aussi elle m’invita à venir chez elle : à l’époque, la maison au soleil à Gif–sur-Yvette, en lisière de forêt toute en hauteur.

Elle était prête à me donner son étoile d’ex-inspectrice à la SPA.

Ce jour-là , elle m’a présenté son perroquet, déprimé parce que son amie avait disparu ; nous avons chanté et dansé devant lui toutes les trois, Marie-Louise, Emmanuelle sa fille chanteuse, et moi, et le petit oiseau s’est dandiné gaiement sur le canapé en rythme… Ce sont ces instants magiques que l’on n’oublie pas.

Je l’ai aidée en prospectant le Salon du livre avec ses manuscrits inédits.

Marie-Louise avait autant de connaissances sur les bêtes qu’un vétérinaire, en particulier sur les oiseaux.

Marie-Louise était une grande poétesse, aussi médium voyante dévouée qui donnait des consultations et soutenait beaucoup de monde. Sa famille baigne dans l’harmonie du chant, de la Vie … Elle est dans la lumière avec ses chères bêtes autour d’elle. Salut l’artiste !

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Déontologie des journalistes : le droit d’opposition est entré en vigueur (SNJ – CGT – CFDT)

Promulguée le 14 novembre 2016, la loi visant à « renforcer la liberté, l’indépendance et le pluralisme des médias » (dite loi Bloche) généralise à toute la profession le droit d’opposition du journaliste, déjà en vigueur dans l’audiovisuel public depuis 1983. La loi dit désormais : « Tout journaliste a le droit de refuser toute pression, de refuser de divulguer ses sources et de refuser de signer un article, une émission, une partie d’émission ou une contribution dont la forme ou le contenu auraient été modifiés à son insu ou contre sa volonté. Il ne peut être contraint à accepter un acte contraire à sa conviction professionnelle formée dans le respect de la charte déontologique de son entreprise ou de sa société éditrice ».

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Selon la loi, toutes les entreprises de presse dépourvues de chartes déontologiques sont tenues « d’engager des négociations », permettant de « rédiger conjointement » une charte. Ces négociations avec les « représentants des journalistes » doivent donc faire l’objet d’un accord paritaire qui ne peut être conclu qu’avec les organisations syndicales représentatives, au sens du Code du travail, et de la loi de 2008 sur la représentativité syndicale.

Depuis le 1er juillet 2017, à défaut de charte négociée avec les organisations syndicales représentatives de la profession, ce sont les « déclarations et usages professionnels », c’est à dire la charte d’éthique 1918-38-2011 et la Déclaration des droits et devoirs de Munich (1971), qui font foi et s’appliquent.

Cliquez ici pour lire la déclaration intersyndicale SNJ – CGT – CFDT, qui prend acte de la nouvelle situation.

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Vincent LANIER
Premier secrétaire général
Syndicat national des journalistes
snj@snj.fr
Twitter : @SNJ_national
http://www.snj.fr

Le SNJ, en toute indépendance, ne vit  que des cotisations de ses adhérents.
Rejoignez le pour soutenir son action au service de l’information et des journalistes.
Pour adhérer – vous pouvez aussi adresser des dons de soutien au SNJ, 33 rue du Louvre, 75002 Paris.

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Marie-Louise Vidal de Fonseca, adhérente de la première heure des JNE, nous a quittés

Les JNE ont appris avec tristesse le décès d’une adhérente de la première heure, Marie-Louise Vidal de Fonseca.

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Marie-Louise Vidal de Fonseca avait consacré une grande partie de sa vie à la défense des animaux, leur consacrant de nombreux ouvrages, ce qui lui valut plusieurs récompenses : prix de l’Académie française pour son recueil de poèmes Symphonie fantasque, grand prix de la SPA pour son livre Ces bêtes qui ont enchanté ma vie

Observatrice inlassable de leur comportement, elle s’intéressait à la psychologie animale et avait publié un livre à ce sujet Communication subtile avec les animaux.

Longtemps productrice à l’ORTF, elle avait consacré de nombreuses émissions à des artistes noirs comme Léopold Sedar Senghor, Aimé Césaire ou Douta Seck, devenu son époux…

Les JNE adressent leurs sincères condoléances à sa famille.

A découvrir aussi ici sur notre site, l’hommage de notre adhérente Florence Faucompré à Marie-Louise Vidal de Fonseca.

 

 

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Une initiative écologique et solidaire : un mur comestible chez soi

Lors d’une visite aux Grands Voisins en juin 2016 (lire notre article ici) puis à l’occasion de la sortie de l’annuaire JNE 2017 célébrée dans ce même lieu en mars dernier vert et solidaire du XIVe arrondissement de Paris, nous avions rencontré Lucas Manganelli qui nous avait parlé de permaculture.

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Lucas Manganelli

Aujourd’hui, Lucas Manganelli développe un projet de culture de micro-pousses dans des bacs en plastique recyclé fabriqués avec des personnes en grande précarité et fait appel à un financement participatif.

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Pour en savoir plus : https://bluebees.fr/fr/project/373-mur-comestible 

 

 

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WeOcean, un projet pour protéger le 6e continent

WeOcean est un projet passionnant créé grâce à Leslie Bissey, jeune océanologue formée dans le sillon de Jean-Michel Cousteau’s Ocean futures en Polynésie française. Depuis son retour en métropole, Leslie, accompagnée de Léa et David, a décidé de naviguer sur les flots de la connaissance à la rencontre des savoirs faire Océan pour protéger le 6e continent.

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par Michel Cros

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WeOcean project est le 1er ambassadeur de la mer et entend bien révolutionner les esprits Océan, comme le dévoile Leslie dans son manifeste artistique !

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LB MANIFESTE ARTISTIQUE

La mer est cette bouffée d’oxygène, élément indispensable à l’essence même de la vie et son horizon un objectif jamais atteint mais toujours ciblé pour avancer.

Photographier la nature est un art subtil que j’exerce pour retranscrire ce que je ressens en sa présence, écrire permet de compléter ma vision et de laisser exprimer l’inspiration.

Photographier, c’est rencontrer les éléments avec respect mais aussi apprendre à les observer pour mieux les appréhender et les illustrer.

Exposer est une façon de partager ces instants et de donner une chance à l’éternité.

Je suis imprégnée de liberté, celle que l’on acquiert dans la patience, l’expérience, avec son corps, son esprit, en gardant ses valeurs et en respectant ses convictions. Je garde sans cesse en tête cette idée que là-bas, sur la mer, derrière cet horizon, ma vie, mes espérances, ma liberté, seront comblés. Je sais que je dois y aller.

Alors, dans la recherche du bonheur et de ma juste place dans ce monde, j’avance, petit à petit vers un rêve, celui de voguer sur cet élément qui m’est si cher et d’essayer d’y ajouter la goutte d’espoir et de conviction à l’évolution vers un futur plus respectueux de cette planète bleue.

Je ne pensais pas que photographier puis écrire se révèleraient si puissants. Il y a une harmonie de l’expression, un ressenti de l’équilibre que rien ne pourra perturber.

Lorsque je photographie la vie marine, je la partage dans une utilité. Elle m’aide à prendre conscience de la richesse et de la diversité des espèces, à savourer leur beauté puis à partager.

Photographier, c’est libre de droit et d’idée, c’est un moment qui arrête le temps. Plonger, c’est respirer, comme un besoin au quotidien.

Partager, c’est la continuité de l’engagement.

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Pour en savoir plus :

 weoceanproject@gmail.com 

http://weoceanproject.com/

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Les JNE à la rencontre d’ID, nouveau média de solutions

Nouveau venu dans le paysage médiatique, ID – pour Info Durable – propose de l’info-action autour du développement durable avec un scope quasi généraliste, du sport à la culture, en passant par le social et la santé.

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par Anne-Claire Poirier

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Valère Corréard

ID fait feu de tous formats pour faire passer le message avec l’ambition de nous rendre #TousActeurs. Plusieurs membres des JNE participent déjà à l’aventure – dont Allain Bougrain-Dubourg et Jean-Luc Fessard qui ont chacun une rubrique hebdomadaire. Valère Corréard, chroniqueur de solutions à France Inter (Social Lab) et directeur d’ID, nous en dit plus.

JNE : Quand et comment l’idée d’un nouveau média dédié au développement durable est-elle née ?

Valère Corréard : L’idée est née, il y a presque un an, de ma rencontre avec un entrepreneur, Bob Kneip, fondateur du groupe luxembourgeois Kneip (spécialisé dans le traitement d’informations financières) et président de l’agence de presse la Cote Bleue, installée à Paris. En discutant de la façon dont évolue la société, nous avons commencé à imaginé un nouveau média de solutions. L’idée est d’être exigeant, accessible, ancré dans les sujets du quotidien et d’encourager la mouvance #TousActeurs.

JNE : Plusieurs journaux – dont certains n’ont pas survécu – ont déjà axé leur ligne éditoriale autour de l’écologie. En quoi êtes-vous différents ?

Valère Corréard : Notre principale singularité est d’être un levier pour l’action citoyenne. Non seulement, l’internaute peut agir sur le contenu en ligne (agenda participatif, sondages, etc.), mais surtout, chaque information publiée est prolongée par une proposition d’action en lien avec le contenu. Plusieurs organes de la finance responsable et du financement participatif se sont engagés dans le projet et leurs propositions d’action sont présentées à la fin de chaque module. Après avoir lu une information qui interpelle, le lecteur aura donc la possibilité d’investir dans une start-up innovante ou de prêter à un projet d’énergie renouvelable, etc.

Pour l’instant, nous proposons un engagement principalement financier, mais il permet de couvrir un champ assez large en termes d’impact. Toutes les solutions sont évidemment labellisées en amont : Finansol, ISR ou Croissance verte, par exemple…

En outre, pour illustrer concrètement la portée de certaines actions, nous avons aussi une série de reportages en mode gonzo autour de la famille ID. C’est une famille volontaire, recrutée sur les réseaux sociaux, qui essaie chaque mois un nouveau défi pour faire la transition écologique devant nos caméras. Par exemple, ils viennent d’essayer le 100 % bio sans exploser le budget et tenterons bientôt les cadeaux de Noël responsables.

JNE : Quel est votre modèle économique ?

Valère Corréard : Info Durable est détenu à 100 % par Cote Bleue/Kneip, qui finance le travail de la rédaction. En outre, nos partenaires de la finance durable doivent payer pour voir apparaître leur solutions sur le site. Enfin, il y aura des campagnes de pub sur les parties gratuites du site et des espaces premium dont l’accès sera payant. Pour l’instant, on ne cherche pas la rentabilité mais simplement ne pas perdre trop d’argent. C’est intéressant d’avoir une force de frappe pareille.

JNE :  Qui compose la rédaction ? Cherchez-vous des collaborateurs ?

Valère Corréard : Un peu plus de 30 journalistes gravitent autour d’ID, dont une moitié de façon régulière voire permanente, tandis qu’une autre apportera des collaborations plus ponctuelles. Nous sommes toujours preneurs de bonnes idées. Nous avons notamment la volonté de couvrir tous les coins de la France, de voir des initiatives qui marchent, du local. L’idée aussi, c’est d’utiliser à chaque fois le format le plus approprié au contenu donc toutes les compétences sont les bienvenues.

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Pour contacter Valère Corréard : valere.correard@lacotebleue.fr

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Propos recueillis par Anne-Claire Poirier

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