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Le joyau de la côte algéroise méconnaissable

Jadis joyau de la côte algéroise, la plage Franco (actuellement plage Ali La Pointe) de Rais Hamidou (ex-La Pointe Pescade) est aujourd’hui un site en grande partie dénaturé.

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par M’hamed Rebah

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La Journée mondiale de la mer (27 septembre), célébrée en divers points du littoral algérien, le samedi 29 septembre, deuxième jour du week-end en Algérie, s’est transformée en journée d’une grande déception pour les écologistes qui ont choisi d’aller à Rais Hamidou (ex-La Pointe Pescade, dans la proche banlieue d’Alger) pour participer aux activités organisées à cette occasion. Ils pensaient pouvoir redécouvrir la belle plage Franco (plage Ali La Pointe, actuellement) qu’ils ont connue dans leur enfance ou dont ils ont entendu parler. Le spectacle offert à leurs yeux les a horrifiés : à la place de ce qui a longtemps été un joyau de la côte algéroise, ils ont trouvé un site en grande partie dénaturé dans ses deux éléments « historiques » : la belle jetée, qui était en harmonie avec les rochers naturels, est maintenant écrasée par un hideux et immense « mur » de béton qui bouche la vue de l’horizon, et le sable fin, sur lequel les estivants se doraient au soleil à l’époque, a été couvert sur une large bande par l’asphalte, pour les besoins d’une voie carrossable pour voitures et 4/4 roulant au gas oil.

Il y a un décret (datant de 2006) qui fixe « les conditions de réalisation des voies carrossables nouvelles parallèles au rivage » et prévoit une étude d’impact pour permettre « la protection et la préservation des cordons dunaires, des dunes littorales et des parties supérieures des plages concernées », mais il ne concerne pas la route réalisée directement sur le sable de l’ex-plage Franco. Ce n’est pas tout : près du bord, là où apprennent à nager les gosses, aidés par leurs parents, une série de barques à moteur « stationne » tout en laissant fuir dans l’eau, leur carburant – parfois un mélange d’essence et d’huile moteur – qui pollue, en plus, l’air marin; le plan d’eau fait penser à une station-service en mer. Sur cet aspect, l’ex-plage Franco n’est pas une exception, la pollution par l’essence est la même partout où les Jet Skis (scooters des mers) arrivent jusqu’au rivage. Y a-t-il un vide juridique dont profiteraient ces pollueurs de plages ? La loi algérienne interdit et punit tout déversement d’essence en mer. Habituellement, les barques à moteur sont équipées de rames utilisées pour s’éloigner du bord et leur moteur n’est mis en marche que pour « prendre le large ». Sur cette plage de Raïs Hamidou, les rames ont été mises au placard.

D’après les spécialistes, certains moteurs hors bord peuvent déverser jusqu’à 30 % de leur carburant imbrûlé dans l’eau par le tuyau d’échappement. Comment peut-on déguster des sardines grillées dans ce décor ? Les deux belles criques, Sport nautique et La Rascasse, voisines de Franco, ont carrément disparu, et leur espace ressemble à un terrain vague qui attend le béton. Sur place, les pêcheurs sont résignés, personne ne les a consultés avant d’entamer les travaux. Si on l’avait fait, à condition de prendre en compte leur avis, ce qui n’est pas évident, la plage n’aurait pas subi cette agression qui « rivalise » avec celle provoquée de longue date, dans l’environnement local, y compris sur la plage, par la cimenterie située au-dessus et dont les eaux usées mêlées à celles de petites unités artisanales implantées plus haut, se déversent dans un oued qui débouche sur la mer. La conception libérale du « climat des affaires », portée par les pressions des institutions financières internationales, empêche l’application rigoureuse des dispositions légales de protection de l’environnement. Il reste, enfin, à espérer que les belles petites criques de sable et de rochers qui se trouvent en contrebas du front de mer qui mène, sur quelques kilomètres, de Bologhine (ex-Saint-Eugène) à Raïs Hamidou, échappent au regard des « décideurs » obnubilés par l’idée de placer partout, au pied levé, des marinas bétonnées, sources de pollution aux hydrocarbures.

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Cet article a été publié dans La Nouvelle République (Alger) du dimanche 7 octobre 2018.

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Près de 400 rassemblements à travers la France pour les coquelicots et contre les pesticides de synthèse

Près de 400 rassemblements ont eu lieu dans toute la France vendredi soir 5 octobre pour protester contre l’utilisation des pesticides de synthèse.

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« Répondant à l' »Appel des coquelicots » contre les pesticides de synthèse, de nombreux petits rassemblements ont fleuri au soir du vendredi 5 octobre dans plusieurs villes de France, notamment à Caen, Lyon, Vannes, Rennes ou Paris, résume le site de RTL. Quelque 375 rassemblements devant des mairies, dans toute la France, étaient annoncés sur les réseaux sociaux, pour demander la fin des pesticides, dans la foulée d’un appel relayé par Charlie Hebdo en septembre. »

« Les organisateurs envisagent de reconduire ces rassemblements le premier vendredi de chaque mois à 18 h 30 devant les mairies ou sur les places principales des villes et villages », indique encore le site de RTL. « « On s’est lancé dans une course de fond qui devrait durer deux ans pour obtenir 5 millions de soutiens », avait dit le journaliste spécialiste de l’environnement Fabrice Nicolino (NDLR membre des JNE), grièvement blessé lors de l’attaque jihadiste contre Charlie Hebdo en 2015, à l’origine de cet appel (NDLR avec François Veillerette, lui aussi membre des JNE). L’appel a pour l’instant récolté près de 246.000 signatures.

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Voici le texte de l’appel.

Le vendredi 5 octobre à 18 h 30, les signataires de l’Appel des Coquelicots (lire notre article ici) se retrouvent devant les mairies de leurs villes et villages. Ça va swinguer, coquelicots à la boutonnière ! Il y aura des instruments de musique, des chorales, des verres de vin, de champagne et d’orangeade, des cris d’enfants, des sonnettes de vélos, des tambours et des casseroles, des clowns de toute sorte. Juré, on va s’amuser et faire du bruit.

N’oubliez pas de prévenir la presse locale, d’enrôler les pêcheurs à la ligne, les mamies du club de scrabble, les pongistes, les pompiers bénévoles, les chefs cuisiniers, étoilés ou non, les amoureux, les fous de musique classique, sans oublier les écorchés vifs. Bien sûr, on se congratulera d’être déjà si nombreux, en se donnant rendez-vous le mois suivant, car tout recommencera 23 fois au total, soit les 24 mois de durée de notre Appel. N’oubliez pas les appareils photos.

Seulement, il faut s’organiser. Une page Facebook est désormais consacrée à l’événement et relaiera vos propres pages consacrées à l’évènement. Sur le site de l’Appel, nous avons mis en ligne une carte évolutive qui permet de suivre le nombre de villes engagées dans l’action (visible ici). Mais il nous faut de TOUTE URGENCE des volontaires, qui deviendront les correspondants locaux et régionaux du 5 octobre et des rendez-vous suivants. Vous pouvez nous écrire à coquelicots@nousvoulonsdescoquelicots.org, en précisant vos nom, prénom, commune, département, mail et n° de téléphone.

Assez parlé, on agit. Tous ensemble, on va gagner.

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Choléra, inondations : un été de négligences «écologiques» en Algérie

Le bilan «écologique» de l’été 2018 montre, encore une fois, que le rôle de la prévention dans la gestion des risques majeurs, en Algérie, est négligé, malgré les leçons données par les catastrophes qui n’arrêtent pas de surprendre et de faire des dégâts là où on s’y attend le moins.

par M’hamed Rebah

Le délégué national aux risques majeurs auprès du ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, Tahar Melizi, a implicitement reconnu cette lacune après les inondations qui ont frappé mercredi 19 septembre la région de Hamma Bouziane (une quinzaine de km au nord-est de Constantine). Les pluies diluviennes attendues habituellement en octobre et novembre sont venues plus tôt, mais à Constantine, on sait que le risque de glissement de terrain est avéré à cause du ruissellement des eaux, aggravé par une urbanisation anarchique.

Les images impressionnantes des flots emportant sur leur passage des files de véhicules, vues à la télévision ou sur les vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, ressemblent à celles prises quelques jours avant à Tebessa et à Oum El Bouaghi (à l’est du pays comme Constantine) et rappellent la catastrophe, d’une toute autre dimension (en pertes humaines et en dégâts matériels et destruction d’habitations), due également aux eaux de pluies qui ont dévasté Bab El Oued le 10 novembre 2001. La catastrophe de Bab El Oued a résulté de la violence des pluies combinée aux erreurs d’aménagement et à l’urbanisation anarchique, pas de respect de la réglementation et pas d’infrastructures de protection.

Il n’est pas question d’empêcher les intempéries, phénomène naturel, mais il est possible d’éviter le pire par des mesures de prévention. Les plans de prévention des risques naturels prévisibles concernent les inondations et consistent d’abord à recenser les facteurs aggravants, notamment les constructions illicites et les habitations dans les lits de cours d’eau, ainsi que la vérification de l’état des réseaux d’assainissement. Les spécialistes algériens ne cessent pas de tirer la sonnette d’alarme sur la persistance à continuer à construire dans les zones inondables et les zones accidentées, notamment les lits d’oued et les terrains glissants, trompeurs en période de sécheresse. Leurs localisations sont certainement connues.

L’exploitation des images du satellite algérien Alsat-1B répond aux objectifs liés à la prévention et à la gestion du risque d’inondations

Il y a deux ans, l’Agence spatiale algérienne (ASAL) a annoncé que l’exploitation des images d’Alsat-1B (un des trois satellites algériens avec Alsat-2B et Alsat-1N, qui venaient d’être lancés), répondrait entre autres aux objectifs liés notamment à la prévention et la gestion du risque d’inondations. Le risque d’inondations, classé deuxième en Algérie après le séisme, est une priorité du ministère des Ressources en eau qui s’est donné pour objectif d’endiguer ce phénomène. Dans ce but, l’Etat a mobilisé 81 milliards de dinars (environ 500 millions d’euros) durant les deux plans quinquennaux 2005-2009 (21 milliards de dinars) et 2010-2014 (60 milliards de dinars), pour doter l’Algérie d’une stratégie nationale de protection contre les inondations avec un système de prévision et d’alerte de crue. L’Agence nationale des ressources hydriques (ANRH) a engagé, pour sa part, une étude pour établir une cartographie des zones inondables et déterminer l’ensemble des villes exposées aux inondations, qui sont, par ailleurs, prévisibles et annoncées par des bulletins météorologiques spéciaux (BMS).

Cet été, il n’y a pas eu que les inondations pour rappeler l’importance de la prévention. L’épidémie de choléra, maladie des eaux sales que l’on croyait définitivement disparue du paysage algérien, a également mis en évidence le recul de la politique de prévention en matière de santé publique. Le choléra, réintroduit en Algérie en 1971, avait fait partie, à cette époque, de la liste officielle des maladies à transmission hydrique. Son point culminant a été atteint en 1986, qui a été véritablement l’année du choléra au vu de son bilan effrayant, une catastrophe passée sous silence par les médias publics (les seuls existants, à cette époque) soumis à la censure. L’action énergique du ministère de la Santé par l’intermédiaire de sa direction de la prévention, avait permis de casser le cycle spécial du choléra en Algérie. Il n’y a plus eu d’épidémie après 1990, année où on a enregistré 1556 cas. En 1991, ce chiffre est descendu à 162 cas, dont 154 pour la seule wilaya d’Adrar, et 4 décès. Les 149 cas enregistrés en 1994 relevaient de défections sur les réseaux d’assainissement. Les spécialistes de la prévention étaient alors optimistes : le choléra ne montrera plus le bout du nez, disaient-ils. Ils se basaient sur la corrélation entre le choléra et les diarrhées infantiles ; celles-ci avaient connu un recul spectaculaire grâce à l’éducation sanitaire. En 2018, à partir de l’oued Beni Azza (Blida, à 50 km d’Alger), pollué à l’extrême et longé d’habitats précaires, le choléra a resurgi pour marquer un été de négligences en matière de prévention. Que nous réserve l’automne qui a commencé dimanche 23 septembre ?

Cet article a été publié le dimanche 23 septembre 2018 dans La Nouvelle République (Alger).
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Le 5 octobre à 18 h 30, les signataires de l’Appel des Coquelicots se retrouvent devant les mairies de leurs villes et villages

Amis des coquelicots, les affaires sérieuses commencent.

Le vendredi 5 octobre à 18 h 30, les signataires de l’Appel des Coquelicots (lire notre article ici) se retrouvent devant les mairies de leurs villes et villages. Ça va swinguer, coquelicots à  la boutonnière ! Il y aura des instruments de musique, des chorales, des verres de vin, de champagne et d’orangeade, des cris d’enfants, des sonnettes de vélos, des tambours et des casseroles, des clowns de toute sorte. Juré, on va s’amuser et faire du bruit.

N’oubliez pas de prévenir la presse locale, d’enrôler les pêcheurs à la ligne, les mamies du club de scrabble, les pongistes, les pompiers bénévoles, les chefs cuisiniers, étoilés ou non, les amoureux, les fous de musique classique, sans oublier les écorchés vifs. Bien sûr, on se congratulera d’être déjà si nombreux, en se donnant rendez-vous le mois suivant, car tout recommencera 23 fois au total, soit les 24 mois de durée de notre Appel. N’oubliez pas les appareils photos.

Seulement, il faut s’organiser. Une page Facebook est désormais consacrée à l’événement et relaiera vos propres pages consacrées à l’évènement. Sur le site de l’Appel, nous avons mis en ligne une carte évolutive qui permet de suivre le nombre de villes engagées dans l’action (visible ici). Mais il nous faut de TOUTE URGENCE des volontaires, qui deviendront les correspondants locaux et régionaux du 5 octobre et des rendez-vous suivants. Vous pouvez nous écrire à coquelicots@nousvoulonsdescoquelicots.org, en précisant vos nom, prénom, commune, département, mail et n° de téléphone.

Assez parlé, on agit. Tous ensemble, on va gagner.

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L’archipel de Malte : une histoire humaine hors du commun dans une nature en bien mauvais état

Situé entre le géant sicilien et l’éperon tunisien, l’archipel maltais (7 îles, dont les trois principales sont Malte, Gozo et Comino) ne comprend qu’une surface globale bien modeste (316 km² en tout, 250 km² et 27 km de long pour la plus grande île de Malte) en mer Méditerranée. Il correspond à la partie émergée d’un plateau d’origine sédimentaire tertiaire, qui relie cet archipel à la Sicile, située à 80 km.

par Annik Schnitzler

La position de l’archipel entre Orient et Occident, Europe et Afrique (plus précisément à 284 km de la pointe Est de la Tunisie) explique son rôle majeur pour les navigateurs de la préhistoire et de l’antiquité. Cet archipel semble toutefois n’avoir été habité par l’homme que depuis le Néolithique. Ces premiers habitants, venus probablement d’Anatolie, occupent des grottes. L’une des plus célèbres d’entre elles est celle de Ghar Damal, dont les traces d’habitation remontent au 6000 et 5000 avant J.C. Ces premières populations d’agriculteurs éleveurs échangent activement avec les îles voisines de Lipari et Pantelléria. Ces échanges entre îles font la richesse de l’archipel maltais, et permettent sans aucun doute l’érection de temples. Les premiers d’entre eux sont modestes, mais ils prennent de l’ampleur dès 3600 avant J.C., période à laquelle sont édifiés des édifices aux dimensions titanesques, s’étendant sur plus de 3000 m² pour certains. L’effort considérable pour leur édification a nécessité des dizaines de milliers de tonnes de matériaux qu’il a fallu transporter et assembler. On estime que des équipes de 300 à 500 ouvriers ont dû se relayer durant des siècles. Ces constructions d’architecture monumentale sont bien antérieures à l’édification des pyramides d’Egypte, et sont considérées comme les premiers grands édifices de pierre de l’humanité.

En raison de sa situation stratégique, l’archipel maltais a été occupé par de nombreuses sociétés : Phéniciens, Grecs (un millénaire avant J.C., l’île aurait accueilli le plus célèbre des navigateurs de l’Odyssée, Ulysse, retenu par les charmes de Calypso sur l’île de Gozo), Romains, Barbares, Byzantins, Arabes Aghlabides d’Ifriqiya, Normands, Angevins, Aragonais. Malte a été profondément marqué par l’influence de l’Ordre Souverain de Malte, fondé à Jérusalem en 1048, et établi à Malte au XVIe siècle. Les riches et prestigieux chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem ont couvert l’archipel d’une quantité d’églises et de monuments fortifiés au cours des siècles de leur présence. Plus tardivement, entre les deux guerres mondiales, Britanniques et Français s’y sont installés.

L’archipel réunit d’autres originalités : il s’agit du plus petit Etat de l’Union européenne depuis son entrée en 2004, Quarante ans après son indépendance du Royaume Uni ; sa densité y est une des plus élevées au monde ; ses habitants y parlent une langue sémitique d’origine berbère et arabe, mais qui est la seule ici à être écrite en alphabet latin.

De tels déferlements humains sur des surfaces aussi réduites ont eu des impacts considérables sur la nature maltaise. Actuellement, on ne peut qu’être un peu déçu par les paysages terrestres, particulièrement abîmés sur la grande île de Malte par l’expansion des villes et le dense réseau routier. Les forêts y ont disparu depuis longtemps, bien avant l’ère chrétienne, autour de 2340 avant J.C. Une recherche sur Google prétend qu’il reste quelques reliquats de ces chênaies à Quercus ilex, avec quelques exemplaires vieux de 9 siècles, dans un lieu protégé dénommé Il-Ballut Tal-Wardija dans la baie Saint Paul, qu’il nous a été impossible de trouver. Sans doute la surface modeste (200 m sur 40 seulement) la rend-elle presque invisible.

Le cyprès de l’Atlas (Tetraclinis articulata), a trouvé refuge à Malte. Considéré en grand danger d’extinction par l’UICN, il est le symbole de l’île – photo Annik Schnitzler

A défaut de vraies forêts, l’archipel comporte quelques espèces arborescentes, comme le pin d’Alep, largement répandu dans la Méditerranée de l’ouest. Le cyprès de l’Atlas (Tetraclinis articulata), un conifère de la famille des Cupressacées, y a trouvé refuge entre Afrique du nord et sud de l’Espagne, qui constitue son aire de distribution.

Cette espèce est considérée en grand danger d’extinction par l’UICN, en raison de sa rareté naturelle et surtout des multiples usages qu’en ont fait les hommes depuis l’Antiquité comme arbre pour la construction, pour des usages médicinaux. Devenu symbole de l’île, présent sur les pierres tombales des chevaliers de l’Ordre de Malte, il est abondamment planté le long des chemins, routes et jardins, notamment dans le seul grand jardin boisé, un peu sauvage, à Busket Garden. Peut-être subsiste-t-il quelques individus à l’état sauvage. Certains sites sont cités sur Internet: Mellieha au nord, il-Maqluba au sud-sud ouest de Malte, dans le centre Est (aire de Mosta) et Iċ-Ċagħak au nord ouest de Malte.

Une autre plante m’a intriguée : le lierre. Il survit sur les murs, n’ayant presque plus de supports arborescents qui lui conviennent. Il pourrait venir de la même population que celle de l’Afrique du nord, ou alors de Sicile. Toutefois, on prétend qu’il aurait été importé par les Anglais. Peut-être les deux théories sont exactes : il aurait colonisé Malte naturellement, comme partout dans les îles méditerranéennes et atlantiques, mais se serait métissé avec des lierres importés d’Europe.

Le glaïeul des moissons (Gladiolus italicus), également connu sous le nom de glaïeul d’Italie, est une fleur sauvage commune à Malte – photo Annik Schnitzler

Ces îles dévastées par l’homme conservent encore quelques paysages magnifiques dans les champs en friche et dans les maquis au printemps. Les fleurs sauvages (crocus et glaieul sauvages, coquelicot, linaire) y sont de toute beauté. Parmi les nombreuses espèces endémiques de l’île, la curieuse plante nommée en forme de champignon, le cynomorium écarlate (en maltais Għerq tal-Ġeneral, racine du Général), une plante vivace parasite aux vertus diverses (aphrodisiaque, anti hémorragique, anti dermatoses..) ne vit que sur un rocher à l’Ouest de Gozo. On peut en voir une représentation dans un musée à Malte.

Qu’en est-il des animaux ? Ceux qui dominent naturellement sont les oiseaux, et les micromammifères, du moins depuis la fin des temps glaciaires. Mais il faut se plonger bien plus loin dans le passé, aux temps pléistocènes, pour que l’histoire naturelle de l’archipel maltais devienne réellement fascinante. On peut en avoir une idée en visitant le petit musée de Ghar Darham à l’est de Malte, où sont exposés les restes fossiles d’une faune extraordinaire qui a peuplé l’ile en vagues successives, durant des centaines de milliers d’années. La grotte de Ghar Darham adjacente à ce musée a livré toute une chronologie de l’histoire de cette faune.

Des mammifères des temps glaciaires, hippopotames et éléphants notamment, ont colonisé la Sicile et Malte. La parenté des espèces de deux îles est liée au fait qu’il y a eu plusieurs périodes au cours desquelles les deux îles ont été connectées : 155 mètres d’abaissement du niveau des mers au plus fort de la dernière glaciation, certes insuffisant pour un pont terrestre sauf s’il y a eu sédimentation ou/et mouvements tectoniques. Les connexions Sicile continent, et Sicile Malte ont été sans doute temporaires, mais présentes dans le passé lointain. L’une d’entre elles a eu lieu entre Pléistocène inférieur et moyen (autour de 690 000 BP), permettant l’immigration d’éléphants et d’hippopotames d’Italie en Sicile et à Malte. D’autres immigrations ont été possibles lors d’épisodes glaciaires ultérieurs, avec parfois de meilleures connexions avec la Sicile (autour de 90 000 ans). Dans ce cas, les écosystèmes maltais étaient davantage équilibrés, permettant une meilleure survie aux espèces. L’éléphant de Malte et de Sicile Elephas falconieri, issu de l’éléphant antique Elephas (Palaeoxodon) antiquus comme tous les autres éléphants des îles de la mer Egée et autres îles méditerranéennes, y a vécu. Cet éléphant a eu une histoire particulière : il est devenu le plus petit éléphant au monde (90 cm au garrot).

Plus récemment autour de 22 000-18000 ans, ont été trouvés des restes d’un cerf élaphe, ours et loup, ainsi qu’un cheval. Tous ont disparu bien avant l’apparition des premiers humains autour de 7000 ans. Malte peut donc être considéré comme un laboratoire naturel pour l’étude des réponses des animaux terrestres aux changements particulièrement stressants de l’environnement au cours du Quaternaire. En particulier, on remarque que le nanisme n’a pas permis la survie des mammifères. Stress climatiques, montée des mers (qui diminue la surface des îles et supprime les ponts avec le continent) ont joué ici dans la dépression génétique et l’extinction, sans intervention humaine.

Depuis l’isolement de l’archipel, seuls les petits mammifères ont survécu. A cela s’est ajoutée l’impressionnante liste des animaux apportés par l’homme, dont les plus anciens sont le rat et le lapin, arrivés avec les Phéniciens il y a 2700 ans. La chair du lapin est d’ailleurs fort appréciée sur l’île.

Le célèbre faucon maltais ne se trouve plus qu’au musée – photo Annik Schnitzler

Quant aux oiseaux migrateurs, ils croient trouver sur ces îles un refuge lors des grandes migrations printanières et automnales. Malte, grâce à sa position géographique entre l’Italie et la Tunisie, est en effet un lieu de halte essentiel pour ces oiseaux franchissant la Méditerranée. C’est l’un des trois principaux couloirs de migration entre l’Europe et l’Afrique avec Gibraltar et le Bosphore. Mais sur Google on peut lire de nombreux articles témoignant que ce pays devient un enfer pour les oiseaux de passage. En effet, il existe des « traditions » scandaleuses de chasse aux oiseaux, qui n’ont pas été totalement remises en cause avec l’entrée de ce pays dans l’Union européenne. Il s’agit selon certains auteurs d’un véritable massacre organisé d’une partie des oiseaux migrateurs européens qui ont la malchance de migrer au-dessus de ce pays dans leur route vers l’Afrique. En 2015, un référendum a indiqué que la population dans son ensemble est très favorable à ces chasses, malgré qu’elles soient en violation avec les lois européennes. Certains oiseaux, tels que le faucon pèlerin, de la même famille que le célèbre faucon maltais, ont disparu de l’île depuis 1980, rapporte le quotidien britannique The Independent.

Estimation du nombre d’individus tués annuellement réalisée par l’International Council for Bird Preservation

Bondrée apivore (500-1.000), Faucon crécerelle (1.000-1.750), Busard des roseaux (400-800), Faucon hobereau (500-1.000), Héron cendré (500-1.000), Bihoreau gris (1.000-2.500), Aigrette garzette (1.000), Héron pourpré (400-800), Pluvier doré (1.000-1.500), Tourterelle des bois (100.000-200.000), Coucou gris (500-1.000), Petit-duc et Hiboux des marais (500-1.000), Grive musicienne (200.000-300.000), Rouge-gorge (20.000-50.000), Huppe fasciée (1.500-2.500), Engoulevent d’Europe (2.000-3.000), Alouette des champs (50.000-100.000), Pie-grièche à tête rousse (100-300), Loriot (4.000-7.000), etc. Plus de 250.000 Moineaux espagnols, 30.000 Hirondelles rustiques et de fenêtre et 15.000 Martinets noirs servent également chaque année de cibles d’entraînement, le corps des victimes mortes ou blessées jonchant les rochers. En outre, il faut également constater le tir de Chevaliers aboyeurs, Traquets motteux, Guêpiers d’Europe, Avocettes élégantes, Echasses blanches, Oedicnèmes criards, Busards cendrés, Balbuzards pêcheurs, Circaètes Jean-le-blanc, Percnoptères d’Egypte, Faucons kobez, Cigognes, Flamants, Grues cendrées… En résumé, tout ce qui passe !

Il reste les oiseaux sédentaires commensaux, comme les moineaux, qui semblent pour la plupart atteints de dépression génétique, ainsi qu’en témoignent les formes albinos partielles ou totales qu’on peut voir un peu partout.

Un séjour très enrichissant, mais qui laisse finalement une impression de profonde destruction des milieux naturels, sans apparente remise en question de la part de ses habitants.

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Bibliographie

Hunt, C.O. & Schembri, P.J. 1999 Quaternary environments and biogeography of the Maltese Islands. In: Mifsud, A. & Savona Ventura, C. [eds] Facets of Maltese prehistory. pp. 41-75; Malta : The Prehistoric Society of Malta; vii + 243pp.

Guilaine J. 2001 Malte et la préhistoire de la Méditerranée dans Malte du Néolithique à la conquête normande, Dossier d’archéologie, 267, p. 18-19.

Palombo M.R. 2001 The World of Elephants – knowledge, problems and perspectives. International Congress, Rome 2001.

Stevens D. 2000. The Maltese national tree – the araar tree.

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Nous voulons des Coquelicots : appel à la résistance pour l’interdiction de tous les pesticides

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Cent citoyen.nes anonymes de tous horizons, partout en France lancent, ce 12 septembre 2018, un Appel solennel Nous voulons des coquelicots. Soutenus par de nombreuses ONG et des personnalités et grâce à l’élan impulsé par Fabrice Nicolino, journaliste à Charlie Hebdo (et adhérent des JNE), ils demandent l’interdiction de tous les pesticides de synthèse.

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Voici le texte de cet appel :

Les pesticides sont des poisons qui détruisent tout ce qui est vivant. Ils sont dans l’eau de pluie, dans la rosée du matin, dans le nectar des fleurs et l’estomac des abeilles, dans le cordon ombilical des nouveau-nés, dans le nid des oiseaux, dans le lait des mères, dans les pommes et les cerises. Les pesticides sont une tragédie pour la santé. Ils provoquent des cancers, des maladies de Parkinson, des troubles psychomoteurs chez les enfants, des infertilités, des malformations à la naissance. L’exposition aux pesticides est sous-estimée par un système devenu fou, qui a choisi la fuite en avant. Quand un pesticide est interdit, dix autres prennent sa place. Il y en a des milliers.
Nous ne reconnaissons plus notre pays. La nature y est défigurée. Le tiers des oiseaux ont disparu en quinze ans; la moitié des papillons en vingt ans; les abeilles et les pollinisateurs meurent par milliards; les grenouilles et les sauterelles semblent comme évanouies ; les fleurs sauvages deviennent rares. Ce monde qui s’efface est le nôtre et chaque couleur qui succombe, chaque lumière qui s’éteint est une douleur définitive. Rendez-nous nos coquelicots ! Rendez-nous la beauté du monde !
Non, nous ne voulons plus. À aucun prix. Nous exigeons protection.
Nous exigeons de nos gouvernants l’interdiction de tous les pesticides* en France. Assez de discours, des actes.

* de synthèse

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Dans cette interview accordée au site de l’Obs, Fabrice Nicolino nous explique les raisons de cet appel.

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A l’occasion de la sortie de cet appel, Charlie Hebdo publie un numéro spécial pesticides.

Pour l’occasion, les journalistes de la rédaction de Charlie Hebdo se sont coupés les cheveux pour les faire analyser. Résultat : ils sont tous contaminés, parfois par jusqu’à 50 types de pesticides différents.

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Pour signer cet appel et pour plus d’informations : https://nousvoulonsdescoquelicots.org/

Qui sont les initiateurs de cet appel ?
Un groupe de bénévoles sans argent, composé d’une quinzaine de personnes, parmi lesquelles une directrice de crèche (retraitée), des décorateurs, une étudiante, une céramiste, deux paysans, une enseignante, une psychanalyste, des membres d’ONG, deux journalistes. Nous avons créé dans l’urgence une association, Nous voulons des coquelicots, dont le président est Fabrice Nicolino.
L’Appel est lancé par ces bénévoles et les 100 premiers signataires, hommes et femmes «anonymes», résidant partout en France, ayant des professions aussi diverses qu’artisan, coiffeur, responsables des ventes, agent immobilier, ouvrier, enseignant, infirmier, maraicher, photographe, instituteur, vétérinaire etc.

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« Le roi (Macron) est nu »

Emmanuel Macron aurait dû relire, avant de partir pour le Danemark, ce joli conte intitulé Les habits neufs de l’empereur plus connu sous le titre du « roi est nu », que le poète danois Hans Christian Andersen écrivit en 1836.

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par Alain Hervé

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Nicolas Hulot a persévéré dans ses convictions et sa nature . La présence d’un lobbyiste, non annoncé, lors la réunion sur la chasse, à l’Elysée le lundi 27 août 2018 lui a fait comprendre les limites de ce qu’il pouvait entreprendre à son poste de ministre. Il a cru pendant quatorze mois pouvoir être utile à l’ écologie. Mais l’incompréhension fondamentale de Macron sur ce qu’il se passe pour l’humanité engagée dans une démarche suicidaire collective devient flagrante. Démarche suicidaire résultant de son explosion démographique et de la course en sac économique à laquelle elle se livre.

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Vous pouvez lire la suite de cet article en cliquant ici sur le site du Sauvage.

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Nicolas Hulot au ministère de l’impossible

Être ministre de l’écologie, c’est difficile, parfois insupportable.

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par Michel Sourrouille

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Je n’aimerais pas être dans la peau de Nicolas Hulot. Son engagement a été pour lui à la fois source de difficultés personnelles et de désillusions répétées. Les couleuvres qu’il a avalées, ce sont aussi les miennes. Tant qu’il était au gouvernement, il n’a pas eu le temps d’éprouver du plaisir. D’une certaine manière, on sort toujours abîmé de l’antagonisme qui existe entre nos idéaux et la dure réalité de la politique. En tant que ministre, il doit à la fois protéger les loups et protéger les éleveurs. Il n’y avait plus de choix parfait, il fallait mécontenter tout le monde en choisissant entre deux mauvaises solutions.

Le problème global de Nicolas Hulot, c’est qu’il devrait aller à contre-sens de la marche actuelle de la société thermo-industrielle et obtenir pourtant l’arbitrage favorable du 1er ministre, ce qui paraît impossible dans le contexte actuel, libéral-croissanciste. Le problème personnel d’un ministre de l’écologie, c’est qu’il doit éviter d’être contaminé par les habitudes de pensée des autres membres du gouvernement qui pensent majoritairement business as usual et croissance à n’importe quel prix. Or l’appartenance à un groupe, ici le gouvernement, implique d’être amené subrepticement à penser comme le groupe. C’est le phénomène de l’interaction spéculaire, agir comme dans un miroir où se reflète autrui, on fait ainsi parce que les autres font de même et s’attendent à la réciproque. En 1995, Nicolas pouvait écrire : « Je passais en revue le spectacle politique, médiatique, judiciaire qui souvent nous égare. Ces règles qu’on nous impose, ces opinions que l’on nous dicte, ces notions de réussite dont on nous gave, ces pouvoirs dispersés, chacun rêve d’en abuser. Je me méfie comme de la peste de ces influences sournoises qui diffusent et s’immiscent sans éveiller la conscience. Religieuses, éducatives, idéologiques, elles façonnent le creuset de nos pensées en évitant trop souvent le chemin de la réflexion. Je me méfie des grands courants impétueux comme de la peste. Il faut savoir se rebeller contre toutes ces dépendances et conserver son libre arbitre : être rebelle pour choisir ensuite. » Mais difficile de nager de façon autonome contre le courant dominant. Le troisième problème est temporel. Un ministre de l’écologie ne peut pas tout faire en même temps, il doit donc décider d’un calendrier programmatique, ce qui laissera de côté bien des domaines d’action. De plus il devra gérer en priorité les événements de court terme, ce qui l’empêchera de prendre le temps de préparer le long terme pour les générations futures.

Nicolas Hulot savait tout cela, c’est un homme aguerri par des expériences multiples, et tous les ministres de l’écologie ont dénoncé la difficulté de la tâche. Les prédécesseurs de Nicolas Hulot forment un florilège de ministres en difficulté, si ce n’est en perdition. Le premier de nos ministres, délégué à la Protection de la nature et de l’Environnement (Robert Poujade), est nommé en janvier 1971. Dans son livre-témoignage, Le ministère de l’impossible (Calmann-Lévy, 1975), il s’appuyait sur sa propre expérience pour montrer l’impossibilité d’une politique écologique au sein d’un gouvernement obnubilé par le PIB. « C’est intéressant, votre ministère. Il ne devrait rien coûter à l’Etat », entend-il dès son arrivée. « Vous n’aurez pas beaucoup de moyens. Vous aurez peu d’action très directe sur les choses », prévient le président de la République Pompidou (…)

Mon livre est en fait la chronique d’une démission annoncée tant la tâche d’un ministre écolo est surhumaine. Pourtant l’urgence écologique imposait à Nicolas de ne pas baisser les bras. En matière d’engagement politique, l’important n’est pas de réussir, mais de participer. Qu’il soit remercié pour son courage. Même si certains de ses actes sont à débattre, il n’a jamais changé d’avis sur les sujets essentiels. Il n’a été ni naïf, ni angélique. Il a été obligé d’avancer pas à pas, mais il n’a jamais reculé de son plein gré. Au fond, j’admire Nicolas Hulot qui a persisté à jouer assez longtemps une partie perdue d’avance dans le contexte actuel.

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Ce texte est tiré de l’épilogue du livre de Michel Sourrouille, à paraître début octobre : Nicolas Hulot, dans la peau d’un ministre écolo.

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Le verbatim de l’interview de Nicolas Hulot sur France Inter

Voici le verbatim de l’interview de Nicolas Hulot diffusée le 28 août 2018 sur France Inter, au cours de laquelle il a annoncé sa démission.
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« Je ne comprends pas que nous assistions à la gestation d’une tragédie bien annoncée dans une forme d’indifférence. La planète est en train de devenir une étuve, nos ressources naturelles s’épuisent, la biodiversité fond comme neige au soleil. Et on s’évertue à réanimer un modèle économique qui est la cause de tous ces désordres. Je ne comprends pas, comment, après la conférence de Paris, après un diagnostic imparable, ce sujet est toujours relégué dans les dernières priorités. Contrairement à ce que l’on dit, la France fait beaucoup plus que beaucoup de pays. Mais, la pression du court terme sur le premier ministre est si forte qu’elle préempte les enjeux de moyen et long termes. Je demeure dans ce gouvernement tout seul à la manœuvre.

Le premier ministre, le président, ont été pendant ces quatorze mois à mon égard d’une affection, d’une loyauté et d’une fidélité absolues. Mais au quotidien, qui ai-je pour me défendre ? Ai-je une société structurée qui descend dans la rue pour défendre la biodiversité ? Ai-je une formation politique ? Est-ce que les grandes formations politiques et l’opposition sont capables de se hisser au-dessus de la mêlée pour s’entendre sur l’essentiel ? Alors nous faisons des petits pas.

Avons-nous commencé à réduire nos émissions de gaz à effet de serre ? Non. Avons-nous commencé à réduire l’utilisation des pesticides ? Non. Ou à enrayer l’érosion de la biodiversité ? Non.

Je vais prendre la décision la plus difficile de ma vie. Je ne veux plus me mentir. Je ne veux pas donner l’illusion que ma présence au gouvernement signifie qu’on est à la hauteur sur ces enjeux. Et donc, je prends la décision de quitter le gouvernement. Aujourd’hui.

C’est la décision la plus douloureuse. Que personne n’en tire profit ! Car la responsabilité est collégiale, collective, sociétale. J’espère que cette décision qui me bouleverse, qui est mûrie depuis de longs mois, ne profitera pas à des joutes ou à des récupérations politiciennes. J’ai une immense amitié pour ce gouvernement auquel je m’excuse de faire une mauvaise manière, mais sur un enjeu aussi important, je me surprends tous les jours à me résigner, à m’accommoder des petits pas alors que la situation mérite qu’on change d’échelle.

C’était un véritable dilemme en sachant que si je m’en vais, je crains que ce soit pire, soit je reste, mais en donnant le sentiment par ma seule présence que nous sommes en situation d’être à la hauteur de l’enjeu. C’est une décision d’honnêteté et de responsabilité. Je souhaite que personne ne fustige ce gouvernement, car c’est l’ensemble de la société et moi qui portons nos contradictions.

Peut-être n’ai-je pas su convaincre. Peut-être n’ai-je pas les codes. Mais, si je repars pour un an, cela ne changera pas l’issue. J’ai pris cette décision hier soir. Elle a mûri cet été. J’espérais qu’à la rentrée, fort des discussions que j’ai eues avec le premier ministre, avec le président, il y aurait un affichage clair.

Cela va paraître anecdotique, mais c’est un élément qui a achevé de me convaincre que cela ne fonctionne pas comme ça devrait. On avait une réunion hier à l’Elysée sur la chasse, et j’ai découvert la présence d’un lobbyiste qui n’était pas invité. C’est symptomatique de la présence des lobbyistes dans les cercles du pouvoir. C’est un problème de démocratie. Qui a le pouvoir ? Qui gouverne ? J’ai dit à Thierry Coste qu’il n’avait rien à faire là. Mais ma décision ne vient pas simplement d’une divergence sur la réforme de la chasse. C’est une accumulation de déceptions. C’est surtout que je n’y crois plus.

Je n’ai pas forcément de solution. Je n’y suis pas parvenu. J’ai obtenu certaines avancées. Mais je n’ai pas réussi, par exemple, à créer une complicité de vision avec le ministre de l’agriculture alors que nous avons une opportunité exceptionnelle de transformer le modèle agricole. Je n’ai pas prévenu Emmanuel Macron et Edouard Philippe de ma décision. Je sais que ce n’est pas forcément très protocolaire. Je sais que si je les avais prévenus avant, peut-être ils m’en auraient, une fois encore, dissuadé. J’ai une profonde admiration pour eux, mais sur les sujets que je porte, on n’a pas la même grille de lecture.

J’espère que mon départ provoquera une profonde introspection de notre société sur la réalité du monde. Sur le fait que l’Europe ne gagnera que si l’Afrique gagne. Où est passée la taxe sur les transactions financières, qui était le minimum pour tenter d’aider l’Afrique ? Le nucléaire, cette folie inutile économiquement et techniquement, dans lequel on s’entête… C’est autant de sujets sur lesquels je n’ai pas réussi à convaincre. J’en prends ma part de responsabilité. »
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Ce verbatim a été mis en ligne sur le site du Monde.

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Hulot n’a pas démissionné, il a été sciemment poussé dehors

Il avait raison d’essayer, il a été courageux de partir.

par Claude-Marie Vadrot

En quittant ses fonctions parce qu’il était en train de se rendre compte qu’il allait devoir mentir aux deux journalistes de France Inter qui l’interrogeaient et trouvait cela insupportable, Nicolas Hulot a rappelé à ceux qui l’avaient oublié, qu’il n’était pas un homme politique et que leur longue fréquentation, bien avant Macron, ne l’avait pas transformé.

Militant il était, militant il est resté malgré les embûches et les mensonges qu’il a dû accepter depuis son entrée au gouvernement. Il sort de cette période blessé mais pas vaincu. Au contraire puisque jusqu’au dernier moment il n’a pas respecté les codes imposés par la participation à un gouvernement.

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