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Algérie : le cadre de vie dégradé en été

La tradition estivale à l’algérienne se maintient en 2018.

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par M’hamed Rebah

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En plus du feuilleton politico-judiciaire de la saison, qui tient en haleine la population, le cadre de vie connaît sa dégradation habituelle : coupures d’eau, plus ou moins longues, et carrément la pénurie pour les habitants placés par la malchance au mauvais endroit ; saleté repoussante des rues (y compris «centrales») et places, amas d’ordures un peu partout sur des trottoirs en mauvais état, parcourus par les eaux usées; nuisances sonores «normales» comme si elles étaient intégrées à l’ordre public, même la nuit, le fameux tapage nocturne qui est devenu impuni, voire «organisé» d’en haut quand il s’agit d’activités «culturelles» ou dites de «loisirs» au milieu d’habitations, sans aucune consultation des riverains tenus dans le mépris le plus total.

La grande inconnue, en l’absence d’études épidémiologiques sérieuses, reste la pollution de l’air due à un parc automobile roulant en très grande partie au gas oil classé cancérigène par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Seule note de satisfaction à Alger, le démantèlement des panneaux publicitaires a mis fin à une pollution visuelle qui portait atteinte dans l’indifférence générale à l’esthétique du paysage urbain (très belles perspectives, vues sur la mer et façades de bâtiments culturels ou historiques, masqués…). Quant à la pollution lumineuse, due à un éclairage public anarchique, personne n’y fait attention.

Dans le malaise urbain, c’est le bruit qui agit comme facteur principal en privant les espaces publics de la tranquillité indispensable aux citadins. En ville, et a fortiori en plein centre, surtout quand il s’agit d’une capitale, comme Alger, les spécialistes estiment que la qualité sonore est un élément fondamental du vivre ensemble dans les espaces publics (places, jardins, squares..) et sur les terrasses des cafés et restaurants autant que sur les balcons des habitations.

Les jeunes pensent que les activités «culturelles» organisées par les autorités sur la voie publique, qui leur sont proposées, ont une motivation politique inavouée (les distraire et les démobiliser), et ils sont alors enclins à appuyer les actes d’«inquisition», à motivation tout aussi politique et inavouée (mobiliser et embrigader les jeunes dans les mouvements islamistes), qui empêchent ces activités de se dérouler.

En plus, dans leur grossière manœuvre de manipulation, les «inquisiteurs» reçoivent le soutien inespéré de riverains excédés par les nuisances sonores et qui estiment que « la fin justifie les moyens » ; l’essentiel, pour eux, est d’obtenir la «délocalisation» des activités bruyantes, musicales ou à caractère commercial et publicitaire, vers des salles insonorisées ou des emplacements éloignés des lieux habités.

Dans le contexte de mal-vie entretenu par l’insuffisance des services publics (approvisionnement en eau et en électricité, ramassage des ordures, nettoiement des rues, transport, soins…) et par les difficultés sociales qui découlent du déficit de projets de développement, contexte alourdi, au sud du pays en particulier, par la canicule, la « culture dans la rue », à partir d’une scène posée sur la voie publique et accompagnée de haut-parleurs, offre un excellent prétexte aux inquisiteurs-manipulateurs qui opèrent alors sur un terrain facile.

Par ailleurs, la presse publie presque chaque jour des articles et reportages de journalistes effarés par le spectacle que présente l’état de l’environnement urbain qui n’a jamais atteint, selon leurs témoignages, un tel niveau de dégradation. Dernièrement, une consœur du Quotidien d’Oran a fait état de la présence en ville de sangliers attirés par la nourriture qu’ils peuvent trouver dans les mini-décharges sauvages qui pullulent dans les quartiers. « Alger vaincue par la saleté », a titré une autre consœur (Le Soir d’Algérie) qui s’interroge : « qui n’a pas remarqué l’amoncellement des ordures dans différents quartiers de la capitale ? ». Ailleurs, plus précisément à Ain El Turck (Le Quotidien d’Oran,  8 juillet 2018), ce sont « des amas de gravats, de sable et de ciment sur les trottoirs et la voie publique ». A Guelma, d’après le correspondant du Soir d’Algérie, la ville ne cesse de « crouler sous les poubelles débordantes et les tas d’ordures qui s’amoncellent sur les trottoirs et parfois même sur la chaussée ».

Les citoyens ont une bonne part de responsabilité dans cette situation. Leur incivisme flagrant est le plus souvent du au manque d’éducation (que leur apprend-on à l’école ?), mais, selon des experts, dans certains cas, il s’apparente à des actes de désobéissance civile, comme forme d’hostilité aux institutions et à l’Etat.

Il est encore possible d’améliorer le cadre de vie urbain à condition d’associer la population à ce qui se fait dans son lieu d’habitation et de faire respecter la loi par tous. Tout récemment, mardi 24 juillet à Saida, le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, Nouredine Bedoui, a indiqué la voie à suivre en faisant savoir aux gestionnaires locaux qui l’ignorent, que « la conjugaison des efforts de l’élu au niveau local, du responsable administratif et des représentants de la société civile nous permettront d’éviter de commettre des erreurs ».

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Cet article a été publié dans La Nouvelle République (Alger) du dimanche 5 août 2018.

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Le Conseil constitutionnel valide la loi bâillon sur le secret des affaires

Voici un communiqué du Syndicat national des journalistes (SNJ).

Plus de 120 parlementaires, plus de 50 associations et organisations syndicales, dont le SNJ, avaient introduit fin juin un recours devant le Conseil constitutionnel contre la loi bâillon sur le « secret des affaires ».

Les requérants dénonçaient « une atteinte grave, excessive et injustifiée à la liberté d’expression et de communication ». Ils contestaient, entre autres, « une définition trop étendue du secret des affaires, notamment au regard de la protection des salariés ». Ils demandaient que le périmètre de la loi soit clairement désigné comme « concernant le secteur économique concurrentiel ».

Si le parti à la tête de l’Etat et ses députés, plus que majoritaires, étaient de bonne foi, ils auraient dû appuyer cette demande puisque le discours de présentation de la Garde des Sceaux l’affichait. La loi a pour objectif de « protéger les entreprises contre le pillage d’innovations, lutter contre la concurrence déloyale », avait expliqué à l’Assemblée nationale la ministre de la Justice, Nicole Belloubet.

► En dépit d’une vaste campagne d’information,
► En dépit des manifestations publiques,
► En dépit de très nombreuses rencontres avec les députés, les sénateurs, les conseillers juridiques de l’Elysée et Matignon,
► En dépit de la pétition rassemblant plus de 560 000 signatures citoyennes en quelques jours,
Cette loi inique a donc été déclarée conforme ce 26 juillet 2018.

Dans sa décision, le Conseil constitutionnel rappelle en préambule sa capacité limitée pour exercer son contrôle sur ce type de texte, l’article 88-1 de la Constitution posant la transposition des directives européennes dans le droit français comme « une exigence ».

Mais, le Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne précise bien que :
« La directive lie tout État membre destinataire quant au résultat à atteindre laissant aux instances nationales la compétence quant à la forme et aux moyens ».

Les Sages peuvent cependant vérifier que la directive n’entre pas en contradiction avec « une règle ou un principe inhérent à l’identité constitutionnelle de la France ».
Mais, l’article 34 de la Constitution française rappelle que la loi fixe les règles concernant « les droits civiques et les garanties fondamentales accordées aux citoyens pour l’exercice des libertés publiques ; la liberté, le pluralisme et l’indépendance des médias ».

Mais la « Charte Européenne des droits fondamentaux » en son article 11 et la « Convention Européenne de sauvegarde des Droits de l’Homme » en son article 10, fixent que « Toute personne a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans considération de frontière ».

Une transposition réalisée en grande urgence

Transposition d’une directive européenne sur « la protection des savoir-faire et des informations commerciales », directement inspirée par les lobbyistes des grandes multinationales, la loi française va, avec le feu vert du Conseil constitutionnel, plus loin que la directive dans ses dispositions et ne respecte pas la proportionnalité des principes : libertés fondamentales et droits privés. Elle ne respecte pas non plus son objectif premier : le périmètre de la directive qui vise les secteurs marchands concurrentiels.

Le secret en est le principe fondateur, qui est si peu défini dans la loi que chaque entreprise peut décider souverainement de l’invoquer en tout instant et pas seulement dès publication mais dès la « détention » de ce qu’elle estimerait alors être un secret.

L’urgence, invoquée pour cette transposition, qui a empêché tout débat sérieux au Parlement et dans le pays, est toute relative puisque la France est le deuxième pays européen sur les 27 concernés à transposer ce texte !
Un nouvel outil inédit de censure
Les bons apôtres des mauvais coups ont beaucoup insisté sur les exceptions et ont notamment fait valoir à ce sujet l’existence d’une « exception à la protection du secret des affaires bénéficiant aux personnes physiques exerçant le droit d’alerte », mais aussi « à toute personne révélant, dans le but de protéger l’intérêt général et de bonne foi, une activité illégale, une faute ou un comportement répréhensible ».

Sauf qu’il faudra aller en justice pour les faire valoir et les faire juger !

Les multinationales ayant introduit, depuis quelques années, des procédures-bâillon interminables et ruineuses contre tout citoyen, ONG, journaliste, syndicaliste, lanceur d’alerte, qui révèlerait ce qu’elles veulent cacher, peuvent pavoiser et remercier le parti présidentiel ! Nouvel outil de censure, la loi vise directement les journalistes, les lanceurs d’alerte, les associations non gouvernementales, les syndicalistes, les chercheurs, les historiens, etc. puisque le seul fait de « détenir » ce que toute entreprise a le droit unilatéralement d’affirmer comme étant un secret peut permettre à cette dernière de poursuivre le ou les « délinquants » !

Le seul Vincent Bolloré a déjà introduit une vingtaine de plaintes et, par exemple, réclame 50 millions à France Télévisions pour « dénigrement ».

Allez donc mener des investigations et de longues enquêtes comme l’on fait Denis Robert, Edouard Perrin, Nicolas Vescovacci, Tristan Waleckx et tant d’autres avec cette épée de Damoclès ! Quid des magazines comme « Cash Investigation », « Complément d’enquête », « Secrets d’info » ?

Allez donc avoir le courage comme Irène Frachon, Antoine Deltour, Hervé Falciani, et quelques autres de dénoncer les pratiques douteuses et dangereuses des entreprises fautives et criminelles ! Les scandales tels que « Luxleaks », « Panama Papers », « HSBC », « sang contaminé », « Médiator », « Glyphosates » seront-ils impubliables ?

La loi du 28 juillet 1881 sur la liberté de la presse, adoptée ensuite par de nombreux pays dans le monde, porte un principe fondateur de la République : la Liberté. Désormais le texte de la loi permet  seulement… tout ce qui n’est pas interdit !

Un véritable renversement des valeurs du « pays des droits de l’Homme ».

Le Syndicat National des Journalistes (SNJ), première organisation représentant la profession, appelle tous les journalistes et les citoyens à prendre conscience de cette nouvelle donne de ce « nouveau  monde » qui fait passer la loi de l’argent avant les libertés fondamentales démocratiques !

Comme il l’a fait contre la loi « Renseignement », le SNJ va effectuer un recours devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme de Strasbourg.

Paris, le 31 Juillet 2018

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SNJ – 33 rue du Louvre – Paris 75002 – 01 42 36 84 23 – snj@snj.fr

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Des vaches à la Une

Nul doute, les vaches peuvent être aussi les héroïnes de peintures contemporaines *. Non, elles ne figurent pas aujourd’hui sur un Radeau de Bovines écolo ou une Nef des Mammifères à développement durable !
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par Jane Hervé

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Michel Julliard, peintre émérite qui travailla avec Michel Butor et de nombreux poètes/poétesses, n’a pas hésité une seconde à introduire ces mammifères en grand format sur ses toiles éclatantes de couleurs. Ses vaches à lui, couronnées par un croissant cornu de lune version Diane de Poitiers, possèdent un sourire éminemment carnassier ! Elles entourent un Adam et une Eve cernant une gerbe paysanne, mais qui sont peu soucieux de traite des vaches noires, blanches ou rousses. Ses bovines poussent des meuglements similaires et symétriques – Meuh/Meuh – pour battre le rappel devant les visiteurs interloqués. On reste toutefois sur le plancher des vaches et, certitude, nous ne traversons pas une période de vaches maigres !

* Elles l’ont été jadis avec Rosa Bonheur !

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L’été des arts en Gascogne
Invité d’honneur : Michel Julliard
Mirande, 7 au 12 août

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ZAC écologique ?

Certaines mesures pourraient considérablement améliorer la conception de ces zones de nouvelles urbanisations.

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par Jean-François Noblet

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Il est courant que les Plans Locaux d’urbanisme (PLU) se vantent de préserver les terres agricoles tout en prévoyant la réalisation de nouvelles Zones d’Aménagement Concertées (ZAC) industrielles ou commerciales sur le modèle communément réalisé : bâtiments en parallélépipèdes entourés de parkings imperméabilisés et de pelouses uniformes bien tondues agrémentées de quelques arbres d’ornements. Le tout étant protégé par une clôture infranchissable et un éclairage nocturne souvent illégal. Bref, tout ceci n’a rien du prétendu développement durable et il est bon de suggérer un certain nombre de mesures qui pourraient considérablement améliorer la conception de ces zones de nouvelles urbanisations.

La ressource naturelle la plus menacée, l’espace

Il est grand temps d’arrêter notre consommation d’espace qui menace la production de notre nourriture et la biodiversité. Aussi nous devons exiger que les bâtiments des zones industrielles ou commerciales soient conçus dans l’objectif de l’économie de l’espace : réalisation de caves pour stockage ou parkings, de structures à étages, utilisation du toit pour espace vert, maraîchage ou panneaux solaires. On sait aujourd’hui planter de vrais arbres ou créer des mares sur les toitures et la plus grande colonie d’œdicnèmes criards d’Egypte se trouve sur les graviers des terrasses de l’hôpital du Caire. Il serait également possible de prévoir des espaces verts et des parkings communs à plusieurs entreprises et des bâtiments mitoyens ce qui améliorerait considérablement le paysage si dégradé des entrées des villes de France. Evidemment cela suppose une volonté politique et un travail de concertation préalable avec les futurs occupants, mais la matière grise investie sera la meilleure assurance de voir cesser notre gabegie d’espace.

La perte de terres agricoles

Il n’est pas impossible de la réduire en prévoyant l’implantation de jardins potagers sur les toits, de vergers dans les parkings, de ruches et de remplacer les tontes des pelouses par la fauche du foin. Du bétail peut entretenir les espaces verts et des vaches, un âne ou un gros cheval dissuadera la pénétration d’un espace clos. Les murs peuvent accueillir de la vigne ou des fruitiers traités en espalier.

La perte d’espace de biodiversité

La diversité des espèces est toujours plus forte dans le sol qu’au-dessus. Aussi il faut imposer l’arrêt de l’imperméabilisation du sol : stationnements en dalles alvéolées semées de gazon pour les petits parkings. Pour les grands parkings a été testé avec succès un mélange terre/pierres qui permet à fois portance, infiltration et croissance d’un gazon qui maintient le substrat et participe à la dépollution, notamment en dégradant les hydrocarbures polycycliques. Rappelons ici l’importance du sol naturel pour le stockage du carbone.

Evidemment, la conception et la gestion des espaces vertes seront fondamentales : prévention des espèces végétales envahissantes lors des travaux, interdiction de plantes exotiques, plantation de haies champêtres et d’arbres fruitiers de vieilles variétés locales à la place des essences ornementales, tonte à 10 cm de hauteur des pelouses ou fauche tardive, interdiction des pesticides, création de mares pour réserves à incendies, de noues pour stocker et épurer les eaux de surface des parkings. On peut prévoir un compost collectif pour gérer les déchets de tonte et les feuilles mortes.

La planification des lots d’une future ZAC tiendra compte des corridors biologiques existants et du Schéma Régional de Cohérence Ecologique (SRCE) afin de les conserver.

On conservera la libre circulation de la faune et de la flore par des espaces verts non clos, des sentiers piétons ou des pistes cyclables, des haies ou des rangées d’arbres. Il faudra imposer des clôtures perméables (par exemple avec un espace de 10 cm au ras du sol et une hauteur limitée). Une haie taillée à base de pruneliers ou de charmilles sera aussi efficace et bien plus agréable à regarder. Afin de permettre le passage et la colonisation de l’espace par des espèces animales nocturnes on imposera l’installation d’éclairages respectueux de l’arrêté du 25 janvier 2013 qui impose son arrêt au moins à une heure du matin et qui s’allument an bord de voirie ou de chemin piéton uniquement lors du passage d’une personne ou d’un véhicule.

Très souvent, les bureaux d’études préconisent la pose de nichoirs dans les espaces verts afin de compenser l’impact supposé de l’aménagement sur la faune. Outre le fait qu’il faut exiger que ces nichoirs soient fabriqués impérativement en ciment de bois (Catalogue www.nichoirs-schwegler.fr)  pour qu’ils durent 30 ans et assurent un confort thermique suffisant à la faune, il faut insister sur l’intégration des nichoirs dans les bâtiments. Il existe quantité de modèles vendus pour cela et il est facile d’inciter des chauves-souris, des martinets, des hirondelles ou diverses espèces de passereaux à les utiliser. La Ligue pour la Protection des Oiseaux section Isère a édité un excellent document  à diffuser impérativement à tous les élus et techniciens chargés d’une nouvelle ZAC.

Les déchets de chantier inoffensifs (rochers, pierres, terre, sable, tuiles etc.) peuvent être utilisés pour constituer un ou plusieurs hibernaculum (refuge, gîte ou partie de terrier qui sert à l’hibernation d’un animal) à reptiles. Les arbres devant être coupés pour la ZAC seront couchés avec un tractopelle puis élagués au sol et ensuite coupés au pied. Ils pourront être replantés ensuite sur place pour servir de nichoirs naturels à la faune des bois morts et des arbres creux. Ainsi la perte de biodiversité sera compensée.

N’oublions pas tous les pièges mortels qui sont installés involontairement. On trouve sur ce site et d’autres tous les conseils pour éviter les baies vitrées qui assomment les oiseaux. Les Jardins de la solidarité à Moirans en Isère (www.jardins-solidarite.fr) ont conçu une échappatoire performante à installer dans tous les bassins de décantation en plastique.

Un vrai problème consiste à faire respecter les principes de la gestion différenciée des espaces privatifs des différents lots de la ZAC conformément au cahier des charges établi lors de la vente ou location des parcelles. Cette question doit être réglée dès l’étude d’impact du projet. Le financement d’un écologue pédagogue chargé du respect des cahiers des charges doit être prévu en amont.

La ZAC développement durable ?

Lorsqu’une espèce animale ou végétale protégée est impactée par une future ZAC, il faut constituer un dossier de demande de dérogation de destruction d’espèce protégée. Or il ne faut pas oublier de produire les preuves de son intérêt public majeur.

L’article L411-2 4° du Code de l’environnement encadre les dérogations à la protection des espèces et des habitats. Il impose au pétitionnaire le respect de trois conditions :

1) Justifier son projet par une ou plusieurs des raisons suivantes :

  • Dans l’intérêt de la protection de la faune et de la flore sauvages et des habitats naturels
  • Pour prévenir des dommages importants aux exploitations
  • Pour des raisons impératives d’intérêt public majeur

2) Démontrer l’absence d’autres solutions satisfaisantes

3) Démontrer que le projet ne nuira pas au maintien à l’état de conservation favorable des espèces concernées

Chacune des conditions doit être clairement et explicitement démontrée.

Or il est de tradition d’invoquer la création d’emplois en oubliant généralement la perte des emplois agricoles existants sur le site d’une future ZAC ou les services écosystémiques que la biodiversité joue sur le terrain. Nous devons veiller à ce que les arguments des pétitionnaires ne se contentent pas d’un baratin de lieux communs éculés.

La conception et le fonctionnement futur d’une ZAC devrait aussi démontrer son attachement à la lutte contre le dérèglement climatique : isolation parfaite des bâtiments, énergies nouvelles, transports doux, gestion et recyclage des déchets, plan de publicité restreinte, etc.

En respectant tous ces conseils, il devrait être possible de créer de nouvelles ZAC à moindre impact, assurant une meilleure protection de la biodiversité et de la qualité de vie des humains.

Retrouvez Jean-François Noblet sur son site : www.noblet.me

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Le facteur Yannick Delclaux a osé : il est devenu maraîcher bio et heureux

L’émission Dissonances sur Radio Sainte-Affrique nous révèle l’histoire d’un maraicher bio, Yannick Delclaux.

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par Jane Hervé

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Yannick Desclaux – photo D.R.

Fraîchement installé aux jardins de la Montanie, quelque part dans le Ségala aveyronnais, à Pachins près de Montbazens, Yannick a été auparavant accordéoniste, puis a quitté le piano à bretelles pour devenir plâtrier, puis facteur avant de se lancer depuis six mois dans le maraîchage bio. Son travail les « doigts dans la terre » (70 heures par semaine sur 3 000 m2) suit les charges de l’agriculture biologique et lui apporte la sérénité perceptible dans sa seule voix. Il vend des produits sains, même sans trop se soucier de la lune montante ou descendante. Certes, il est difficile de s’installer et survivre aujourd’hui sur un lopin de terre, mais le soutien et la compréhension de son épouse et de ses enfants participent à ce nouveau choix de vie (congé sans solde renouvelé). Avec une grande simplicité, Yannick dit l’amour – et sans doute le respect – qu’il porte à notre sol, apaisant notre regard sur ce monde paysan aujourd’hui si dévasté. Oh, mais malgré tout, Yannick a quand même des ennemies, ces maudites limaces qu’il faut écraser tant elles prolifèrent après la pluie !

L’émission, réalisée par Josef Ulla, est à écouter en cliquant sur ce lien.

Le site de Yannick Desclaux : les Jardins de la Montanie
Contact : yannickdelclaux@gmail.com

A visionner, un sujet de France 2 sur le bio en Aveyron, avec Yannick Desclaux.

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Associations, syndicats et SDJ s’associent à la saisine du Conseil constitutionnel

38 organisations (associations et syndicats) et dix sociétés de journalistes déposent une contribution au conseil constitutionnel (sous forme d’une « porte étroite ») pour s’associer aux recours déposés par les parlementaires contre la loi sur le secret des affaires.

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En effet, cette loi, en faisant du secret la règle, et des libertés des exceptions, inverse nos principes républicains. Elle fragilise un certain nombre de principes constitutionnels, et notamment la liberté de la presse et d’expression ainsi que le droit à la participation et à la mobilité des travailleurs.

Pour concilier protection des savoirs et savoir faire avec nos libertés, la coalition propose depuis plusieurs mois une disposition simple : restreindre le secret des affaires aux seuls acteurs économiques concurrentiels, afin d’exclure clairement les risques de poursuites des journalistes, lanceurs d’alertes, syndicalistes ou associations. Cette proposition n’a malheureusement pas été entendue. Ainsi, avec une définition large et floue du secret d’affaires, la loi ouvre la porte à des abus sous forme de procédures baillons des entreprises, qui pourront empêcher la divulgation d’informations d’intérêt général.

La coalition compte sur le conseil constitutionnel pour faire respecter les équilibres fondamentaux et garantir le respect des libertés, pilier de notre démocratie.

Téléchargez le texte du recours soumis au conseil constitutionnel.

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Fake news et secret des affaires : l’information menacée ?

Le Parlement français vient d’adopter la loi « secret des affaires ». Le 14 juin 2018, les JNE ont justement organisé un débat sur ce texte très controversé et sur le projet de loi « fake news ». Avec une question centrale : va-t-on vers la fin du journalisme d’investigation ?

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par Thomas Blosseville

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Débat organisé par les JNE le 14 juin 2018 à la mairie du 2e arrondissement de Paris sur les lois fake news et secret des affaires. De g. à d. : Olivier Petitjean, Anne de Haro, Vincent Filliola, Pierre Ganz, Hervé Kempf, Christel Leca © Noriko Hanyu

Le constat est sans concession : « Il y a une volonté politique très forte d’aller vite et de couper court au débat public », déplore Vincent Fillola, avocat et vice-président d’Avocats sans frontières. Il était l’un des cinq intervenants réunis par les JNE mi-juin pour décrypter les lois sur le « secret des affaires » et sur les « fake news ».

La loi « secret des affaires »

De quoi parle-t-on ? La loi sur le secret des affaires est la transposition dans le droit français d’une directive européenne datant de 2016. Elle a été définitivement adoptée le 14 juin par l’Assemblée nationale et le 21 juin par le Sénat. C’est une loi qui a fait l’objet d’une procédure accélérée. Une seule lecture a eu lieu dans chacune des deux chambres (et non deux comme d’ordinaire), puis une commission mixte paritaire a réuni des députés et des sénateurs pour trouver un compromis. « Sans analyse du Conseil d’État qui évalue, dans une procédure classique, les impacts d’un texte de loi », a décrypté Vincent Fillola pour les JNE.

Anne de Haro © Noriko Hanyu

Or, cette loi « secret des affaires » suscite de très vives craintes. Pour les journalistes, mais aussi pour les lanceurs d’alerte que peuvent être les ONG et même les représentants du personnel. « Ce qui est menacé, c’est notre capacité à utiliser des informations que nous allons recevoir et à les transmettre éventuellement aux journalistes », a témoigné Anne de Haro, membre de la direction de l’Union générale des ingénieurs, cadres et techniciens CGT, et membre du collectif « Informer n’est pas un délit ».

Pour elle, cette nouvelle loi est « une arme redoutable mise dans les mains des grands groupes qui ont de nombreux avocats et qui vont pouvoir se défendre ».

 

 

Vincent Fillola © Noriko Hanyu

Concrètement, le texte s’articule autour d’un principe : condamner la détention d’informations liées au secret des affaires d’une entreprise. Problème : « La notion de secret des affaires est très mal définie et laissée à l’interprétation de l’entreprise elle-même », dénonce Vincent Fillola.

Deuxième souci : la procédure judiciaire se fait a priori. Et non plus a posteriori. Jusqu’à présent, par exemple avec la législation sur la diffamation, la procédure avait lieu après la publication d’un article. Mais avec la loi « secret des affaires », la procédure pourra être enclenchée dès l’obtention d’une information. Ainsi, un journaliste, qui récupèrerait une information commerciale et contacterait l’entreprise pour la vérifier, pourrait être poursuivi au nom de la protection du secret des affaires.

Simplement parce qu’il possède l’information en question ? Même s’il n’écrit pas d’article ? Officiellement, la loi prévoit des exemptions pour les journalistes, les lanceurs d’alerte et les délégués syndicaux. Mais elle ouvre une brèche et menace de procédures longues et coûteuses. Hervé Kempf, rédacteur en chef de Reporterre et membre des JNE, le confirme : « Etre confronté à un procès prend du temps, surtout pour un média indépendant. Ce type de texte crée incontestablement une pression supplémentaire ».

Au départ, le but était d’harmoniser au niveau européen les réglementations sur la protection du secret des affaires. Rien n’oblige toutefois un État à transposer strictement une directive. Tant qu’il reste fidèle à l’esprit du texte, il garde une marge de manœuvre. « Visiblement  le législateur français ne l’a pas utilisé », analyse Vincent Fillola. Ainsi, la France aurait pu limiter le périmètre d’application de cette loi. Rien ne l’obligeait à en faire un principe général « qui s’applique à tout le monde, avec des exceptions qui ne sont que des protections de façade », explique l’avocat. Par exemple, la loi aurait pu ne s’appliquer qu’entre deux acteurs économiques concurrents.

La loi « fake news »

Et la loi sur les « fake news » ? Le constat n’est guère plus reluisant. « C’est un texte de circonstance qui redonde avec des dispositifs existants », assène Pierre Ganz, vice-président de l’Observatoire de la déontologie de l’information. Ce deuxième texte est moins avancé que celui sur le secret des affaires – il n’a pas encore été complètement examiné par le Parlement – mais il n’en est pas moins confus.

Pierre Ganz © Noriko Hanyu

Confus d’abord sur son but : « La loi sur les nouvelles falsifiées répond à une inquiétude du président de la République sur ce qui a été dit sur lui pendant la campagne électorale et cible en particulier quelques médias étrangers », retrace Pierre Ganz. Encore faudrait-il s’accorder sur la définition d’une « nouvelle falsifiée », ce que la loi ne fait pas précisément. Le texte est aussi confus sur la procédure mise en place. La loi donnerait au juge et à des intérêts privés comme les géants du numérique – « Gafa » et autres réseaux sociaux – le rôle « de dire ce qui est vrai ou faux, et de retirer les publications correspondantes ». Elle accorderait également au CSA le pouvoir de supprimer la diffusion de médias étrangers en France. Avec un effet pervers : légitimer les pays étrangers à en faire autant en réaction chez eux avec les médias français.

Officiellement, cette loi « fake news » ne concerne que les périodes électorales. « Mais qu’est-ce qui nous assure qu’elle ne sera pas étendue ? », interroge Pierre Ganz.

Un risque plus large ?

Olivier Petitjean © Noriko Hanyu

Les intervenants ont replacé ces deux lois dans un contexte plus large. « Concernant le texte sur le secret des affaires, l’enjeu sous-jacent est le débat persistant sur la frontière – très floue – entre optimisation fiscale et évasion fiscale », juge Olivier Petitjean, journaliste à Basta! et responsable de l’Observatoire des multinationales.

« D’après moi, l’idée de secret des affaires est une invention des lobbies de l’intelligence économique, voire de la guerre économique. C’est dans ce milieu qu’on a commencé à entendre parler de cette expression il y a une dizaine d’années. »

 

 

Hervé Kempf © Noriko Hanyu

De son côté, Hervé Kempf exprime son « désarroi » de dirigeant de média. Il voit dans ce débat une « pièce d’une paysage plus large », « un contexte général d’autoritarisme croissant, y compris dans les pays démocratiques ». Sur ce constat, que faire ? Seule certitude a priori, ce débat offre aux pigistes une raison supplémentaire ne pas exercer leur métier de journaliste sous le statut d’auto-entrepreneur.

La procédure sur le secret des affaires se fera en effet au tribunal de commerce, qui ne peut juger que les personnes morales. En tant que pigiste, un journaliste ne peut pas être attaqué individuellement – c’est éventuellement le média qui le serait. Mais en tant qu’auto-entrepreneur, il pourrait l’être.

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Organisé et animé par Christel Leca, ce débat s’est déroulé le 14 juin à la mairie du 2e arrondissement de Paris (que nous remercions pour son accueil), en préambule à l’Assemblée générale des JNE.

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Désertification en Algérie : l’impératif de protéger les terres agricoles

Loin des yeux des 87 % de la population algérienne qui vivent au nord du pays (sur 11 % du territoire), le désert, à travers le phénomène qui porte son nom, la désertification, n’a les honneurs des médias locaux qu’une seule fois dans l’année : le 17 juin, Journée mondiale de lutte contre la désertification.

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par M’hamed Rebah

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Le 17 juin est la date anniversaire de la signature et de l’adoption, en 1994, à Paris, de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification dans les pays gravement touchés par la sécheresse et/ou la désertification, en particulier en Afrique (c’est son intitulé complet). Les spécialistes n’ont pas encore réussi à convaincre tout le monde que la désertification ne signifie pas l’avancée du désert, mais la dégradation des sols, c’est-à-dire la perte de leurs capacités à produire la nourriture destinée aux populations.

Le 17 juin focalise donc un intense travail médiatique de sensibilisation sur cet aspect. Le but est de faire prendre conscience aux Algériens de la nécessité de préserver les terres agricoles en évitant la dégradation des sols. Et le lendemain du 17 juin, tout est presque oublié. Un vent d’affaires, contraire au prêche de la veille, se remet à souffler. La recherche du profit, qui est la motivation exclusive de certains «investisseurs» attirés par le foncier agricole, ne s’embarrasse pas de considérations écologiques. Ces «investisseurs» n’hésitent pas, quand leurs intérêts égoïstes immédiats le commandent, à dévier les terres de leur vocation agricole pour les transformer en assiettes pour la construction dans le cadre de la promotion immobilière jugée plus rentable, à leurs yeux.

L’actualité est marquée par de nombreuses actions d’agriculteurs qui veulent défendre leurs terres face à ces atteintes déguisées en opérations d’investissements et de modernisation. C’est ce qui s’est passé dans la wilaya céréalière de Tiaret, « dans la localité de Rahouia, où des hectares de terres agricoles, parmi les plus fertiles de la région, ont été destinés à l’habitat rural » (Quotidien d’Oran du 17 juin 2018). On se souvient de l’action de protestation populaire organisée, il y a deux ans, dans la petite ville d’Oued Taga (wilaya de Batna) par les habitants et agriculteurs (producteurs de pommes), rejoints par les citoyens des villages et communes limitrophes (Timgad, Imine Toub et même Arris qui se trouve à plus de 40 km de la ville d’Oued Taga), contre l’installation d’une cimenterie à cause du risque de pollution et de destruction des vergers.

Dernièrement, la journaliste d’investigation Salima Tlemçani a révélé le contenu du rapport des experts qui ont analysé les réponses aux appels d’offres concernant la cession au privé de fermes pilotes appartenant à l’Etat. Elle fait état de leur scepticisme basé sur un constat qui n’étonnera que les plus crédules : les soumissionnaires ne cherchent rien d’autre que posséder ces terres et non pas les travailler (El Watan, 18 juin 2018). Si les prédateurs réussissent à faire main basse sur les fermes pilotes et d’autres terres fertiles, on pourra dire adieu à la sécurité alimentaire.

Selon une spécialiste de la question, Saliha Fertas, qui est sous-directrice à la Direction générale des forêts (DGF), chargée de la lutte contre la désertification, les images satellites prises par l’Agence spatiale algérienne (carte de sensibilité à la désertification sur les 12 wilayas de la steppe, établie en 1996 et actualisée en 2010), et celles de la NASA (carte mondiale en partenariat avec le secrétariat de la Convention, réalisée récemment), ont montré que 9 % des terres du nord de l’Algérie sont dégradées de façon irréversible. Occupées par des bâtiments, ces terres ne donneront plus rien. La lutte contre la désertification est intimement liée à l’enjeu de la sécurité alimentaire. Les atteintes au foncier agricole menacent la sécurité alimentaire de notre pays et donc son indépendance.

Pour les spécialistes, « la lutte contre la désertification et la dégradation des terres est une composante importante, sinon essentielle, des stratégies de développement durable dans les pays touchés ». Est-ce l’avis de tous en Algérie ? Certes, sur la liste des problèmes d’environnement les plus perceptibles, la désertification est très loin d’avoir la priorité chez nous. La gestion des déchets et la propreté en milieu urbain, du ressort des Assemblées populaires communales (APC), restent le problème n°1, comme le prouvent les mini-décharges sauvages un peu partout aux coins des rues. Les candidats au bac en savent quelque chose, eux qui sont entrés dans des centres d’examen, y compris dans la capitale, en croisant des monticules d’ordures pas loin de la porte de l’établissement scolaire après être passés par les détritus qui jonchent la rue. Aucune attention particulière, en matière d’enlèvement des déchets et de nettoyage des rues, ne semble avoir été portée au contexte de l’épreuve du bac, pourtant moment exceptionnel dans la vie des Algériens et du pays. Il est vrai que les établissements scolaires livrés à cet environnement insalubre se trouvent à l’écart des grandes artères et des caméras. Ne parlons pas des nuisances sonores et du tapage nocturne, devenus «normaux» dans les villes algériennes, comme s’ils faisaient partie de l’ordre public.

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Cet article a été publié dans La Nouvelle République (Alger) du mardi 26 juin 2018.

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Écotourisme : au-delà de l’effet de mode, savoir considérer une approche territoriale

Suffirait-il de visiter un espace naturel préservé pour faire de l’écotourisme ?

par Jean-Pierre Lamic

Fou à pattes bleues – Galapagos 2008 – photo Corinne Bazin

Cette notion, à laquelle beaucoup commencent à s’intéresser est plus complexe qu’il n’y paraît : voici un décryptage du concept pour une meilleure compréhension des divers enjeux, notamment au niveau des territoires.

L’écotourisme est la forme la plus ancienne de tourisme responsable, basé sur des visites effectuées dans des territoires protégés : Parcs nationaux, Parcs naturels régionaux, réserves, zones vierges.

Il concerne aujourd’hui un nombre important de territoires.

Cependant cette notion reste floue et est parfois galvaudée pour en donner une forme que l’on peut qualifier de frelatée. Un décryptage du concept et des enjeux s’avère par conséquent indispensable.

L’écotourisme attire de plus en plus de voyageurs potentiels, mais il existe dans ce domaine un déficit de communication, et une difficulté à identifier les opérateurs du secteur.

Les 3 500 accompagnateurs en montagne, répartis sur l’ensemble des massifs constituent l’un des principaux réseaux de terrain, y compris pour les offres en « tout compris ».

Écotourisme : Comment le définir ?

Ils se sont penchés sur la question et, de manière consensuelle, ont déterminé une nouvelle définition du terme écotourisme :

l’écotourisme englobe les principes du tourisme durable en ce qui concerne les impacts de cette activité sur l’économie, la société et l’environnement, et comprend les éléments particuliers suivants qui le distinguent de la notion plus large de tourisme durable :

 Il contribue activement à la protection du patrimoine naturel et culturel,

 Il inclut les communautés locales et indigènes dans sa planification, son développement et son exploitation, contribue à leur bien-être, et encourage leur participation,

 Il propose aux visiteurs une interprétation du patrimoine naturel et culturel,

 Et il se prête à la pratique du voyage en individuel ainsi qu’aux voyages organisés pour de « petits groupes ».

L’Etna en 2012 – photo Jean-Pierre Lamic

L’ensemble des experts s’accorde sur le fait que le caractère différenciant de l’écotourisme face aux autres formes de tourisme durable est la « composante éducative » et « la médiation à l’environnement ».

Toutefois, l’écotourisme ne contribue pas seulement au bien-être ou à la participation des communautés locales, mais se doit de considérer l’ensemble des implications sociales qui découlent de la mise en tourisme des territoires, notamment en fonction des intérêts souvent divergents des différents groupes ou corporations qui constituent les communautés.

Enfin, il est à noter le lien indissociable entre écotourisme et territoires.

Quels intérêts pour le voyageur ?

Pour le voyageur l’intérêt principal réside dans la compréhension d’un territoire.

S’il choisit le ou les bons médiateurs, il pourra véritablement profiter des divers éléments qui en constituent l’attractivité : les plus beaux paysages, les lieux conviviaux, les produits du terroir, la richesse patrimoniale, la faune et la flore à côté desquelles il aurait pu passer sans les apercevoir, la population locale imprégnée de ses traditions…

Autant d’éléments qui enrichissent le voyage lorsqu’on prend le temps de les découvrir.

Ce qui implique une certaine lenteur, donc la réduction des déplacements, source d’économies : pour le voyageur (prix du voyage) et pour la planète (émissions de CO2).

Quels intérêts pour l’hôte ?

L’hôte quant à lui, ne pourra retirer un quelconque intérêt à la venue du voyageur que s’il y a véritablement un échange, pas uniquement basé sur le seul acte d’achat. Les échanges peuvent être de toute nature : ceux qui permettent une meilleure connaissance mutuelle favorisant le respect, un simple sourire, un apport de connaissances, l’intérêt porté par le visiteur au visité qui permet la prise de conscience de la richesse du patrimoine, tant matériel qu’humain, etc.

Quels intérêts pour la nature ?

La « composante éducative » et « la médiation à l’environnement » engendrent l’acquisition de connaissances de la part des publics, ce qui favorise un meilleur respect et une meilleure protection de la nature.

Ecureuil de Barbarie et papillon – Fuerteventura en Argentine (Iguazu) – 2014 – photo Jean-Pierre Lamic

Par exemple, un public de randonneurs, qui ne savent pas que des oiseaux nichent au sol, peut être très destructeur pour les espèces concernées, tout en n’ayant aucune conscience des dégâts occasionnés.

Le même public, s’il est averti, ne causera pas de destructions, et transmettra autour de lui les valeurs inhérentes à leur protection.

Certaines espèces, tels le vautour fauve ou le bouquetin, ont pu être réintroduites en partie grâce à cette connaissance dispensée par les Parcs nationaux, auprès des visiteurs, mais aussi et surtout auprès des habitants, des agriculteurs et des chasseurs.

Parfois, le simple fait qu’un public s’intéresse à une espèce, et fait le déplacement pour l’observer, permet sa protection (comme pour les éléphants au Kenya), en la justifiant, notamment d’un point de vue économique.

Quels sont les inconvénients de l’écotourisme ?

Par définition, l’écotourisme concerne plutôt les espaces préservés, soit parce qu’ils ont été oubliés, protégés, qu’ils étaient trop éloignés de tout accès ou situés en zone militaire ou de conflits.

Chute d’eau au Brésil – 2014 – photo Jean-Pierre Lamic

Un accès facilité, une législation plus permissive, une gare ou un aéroport, construits à proximité, l’arrêt d’hostilités, une mention dans un guide touristique, un article dans un magazine, génèrent souvent un afflux massif vers ces zones pas ou peu préparées à recevoir des flux touristiques.

L’écotourisme est, par conséquent, totalement tributaire d’une bonne gestion territoriale qui se doit d’inclure le calcul préalable de la capacité de charge d’un territoire avant toute mise en tourisme.

Ce qui implique une gestion planifiée des territoires, déconnectée des intérêts particuliers et privés.

Et pas comme on le voit un peu partout, un développement opéré par des opérateurs privés sur des territoires ne disposant d’aucun levier permettant d’agir sur le volume de touristes envisagé. Vaste débat…

Existe-t-il des limites à l’écotourisme ?

Les limites de l’écotourisme sont donc liées à la fréquentation des territoires.

Est-elle acceptable, et par voie de conséquence, non nuisible aux espèces et populations qui les composent ?

La fréquentation est-elle trop importante ? Engendre-t-elle une surproduction de déchets que l’on ne peut retraiter ? Une demande accrue en eau ou ressources déjà rares pour les habitants ? Des nuisances à la faune ou la flore locales ? Demande-t-elle l’importation de denrées non produites sur place ?

Ces questions, pourtant cruciales sont rarement posées !

Quels sont les critères à retenir, les pièges à éviter ?

Beaucoup d’écotouristes s’auto-organisent, oubliant souvent au passage que les émanations de CO2 émises par l’activité touristique sont largement dues au tourisme individuel et au transport (75 % des émissions dans les stations de montagne).

Et que par conséquent, ils y contribuent très largement tout en préservant leur bonne conscience. Une certaine forme d’ « écotourisme » routier continue de se développer chaque été un peu plus.

L’une des nombreuses plantes du Cardonal-Tabaibal, formation végétale mixte typique des côtes canariennes – Gran Canaria 2017 – photo Jean-Pierre Lamic

Voyager de manière individuelle dans des zones protégées, ne transforme pas de facto tout visiteur en écotouriste. Il suffit d’additionner la quantité de matières fécales et de déchets laissés par l’ensemble des « écotouristes » individuels dans certains endroits pour s’en convaincre.

Les principaux critères à retenir sont donc relatifs à la capacité des territoires et des populations locales à accueillir un certain nombre de visiteurs, sans jamais dépasser la capacité de charge, et la limitation volontaire par tout un chacun de ses propres consommations d’eau, de ressources, sa production de déchets, et ses émissions de gaz à effet de serre.

Pour l’écotouriste, le principal piège à éviter est celui lié à l’information reçue, qui l’incite à visiter des sites qu’il faut avoir vus. Il ne faut jamais oublier qu’au-delà d’un certain seuil, toute personne supplémentaire participe à l’incrémentation de la sur-fréquentation.

Les différents types de vacances éco-responsables

Il existe diverses formes d’écotourisme ou de tourisme responsable :

• la villégiature (les déplacements sont rares),

• la découverte en étoile (les déplacements doivent être programmés de manière rationnelle),

• l’itinérance (les déplacements constituent les étapes et doivent être effectués en utilisant un moyen de transport non polluant).

La villégiature sur le mode éco-responsable revient à combiner un séjour en immersion – idéalement chez l’habitant, en gîte ou chambre d’hôte ou encore en hôtellerie de plein air -, avec un mode de vie simple, et la pratique d’activités douces telles que la randonnée, l’observation des paysages, de la faune, de la flore, etc.

Fleurs du câprier – Iles Eoliennes (Italie) – 2011 – photo Jean-Pierre Lamic

La découverte en étoile éco-responsable reprend ces ingrédients, mais s’effectue à partir de différents points de départ. Dans ce cas le voyage d’une base à l’autre devra privilégier les moyens de transport collectifs, quand ils existent.

Pour l’itinérance, ce qui compte avant tout est le mode de déplacement utilisé : pédestre (dans ce cas on parlera de trekking), équestre, à vélo (cyclotourisme), etc.

Un portage des bagages peut être envisagé. L’animal de bât remplacera alors avantageusement les véhicules spécialement affectés à cette tâche. Parfois il m’est arrivé d’utiliser aussi les transports en commun pour ce service.

Mais il convient de ne pas oublier que les vacances commencent au moment où l’on sort de chez soi, et que par conséquent, le moyen utilisé pour se rendre sur place et la distance parcourue sont les principaux éléments à prendre en compte lorsqu’on décide ses vacances.

Les différents labels existants

S’il est assez aisé d’établir un label prenant en compte l’ensemble des ingrédients qui constituent la conception d’un centre d’hébergement, il en va tout autrement des produits touristiques en « tout compris ».

Comment dans ce cas évaluer les retombées sociales, l’impact réel sur l’environnement, les perturbations occasionnées à la faune, ou les conséquences des chocs en retour occasionnés par certaines rencontres interculturelles (notamment sur le long terme), etc. ?

Seule une évaluation in situ pourrait le permettre. Or à ce jour, personne d’autre que l’Association des Voyageurs et Voyagistes Éco-responsables (V.V.E) ne s’est lancé dans ce type d’évaluations pour la simple raison que cela coûte cher.

De plus, un label onéreux est discriminant pour les acteurs n’ayant pas les moyens de se l’offrir.

C’est pourquoi V.V.E réfute la plupart des labels et pseudo-labels existants, et a travaillé depuis 10 ans à établir deux systèmes d’évaluation permettant de déterminer les engagements de chacun sur un territoire donné. Ils demeurent actuellement en cours d’expérimentations in situ.

Leur lancement officiel aura lieu lors du prochain Salon Sol & Écotourismo en décembre prochain.

En outre, gardons en mémoire le fait que pour l’écotourisme, le territoire constitue le cadre de référence, ce qui complique l’élaboration d’un label qui se voudrait universel.

V.V.E n’évalue donc pas un opérateur ou une gamme, ce qui à ses yeux n’a aucun sens, mais un établissement ou un voyage établis sur un territoire déterminé.

Concernant les « tout compris », il existe cependant un label « tourisme responsable » de l’association ATR, mise en œuvre par Ecocert. L’organisme certificateur valide le fait que les critères, établis par l’association elle-même, sont respectés, s’appuyant non pas sur des évaluations, mais sur les retours des clients, sans qu’aucune connaissance préalable du territoire ne soit requise !

V.V.E a toujours dit, et expliqué pourquoi, les critères d’ATR sont peu restrictifs, et assez flous pour ne contraindre à rien d’autre qu’à l’existant.

Station Verte (partenaire officiel de Sol & Écotourismo) est un label touristique national né en 1964 et dédié dès sa création au tourisme de nature ; la station verte doit obligatoirement présenter un attrait naturel pour des séjours à la campagne : rivière, lac, plan d’eau, espaces naturels.

L’ATES (Association pour le tourisme équitable et solidaire) a effectué des recherches sur cette question complexe de la labellisation. Pour elle, la question des évaluations, reste la problématique principale.

Concernant les hébergements, il existe plusieurs labels :

• L’écolabel européen garantit une prise de conscience environnementale dans la conception de l’hébergement. Son caractère international, et le fait qu’il ne soit pas lié à un groupement de structures commerciales, constituent ses principales particularités.

• Les écogîtes garantissent également une prise en compte de l’environnement : matériaux utilisés, énergies renouvelables, tri des déchets, etc. Ils s’appliquent aux gîtes de France qui répondent aux critères établis.

• Les gîtes Panda, comme ils se décrivent eux-mêmes sont « sont des hébergements gîtes de France, situés hors cas exceptionnels, dans un Parc naturel régional, auxquels le WWF accorde son label ».

Il existe également le groupement des Hôtels au Naturel, implantés sur des territoires naturels d’exception.

Pour tout label, quel qu’il soit, l’important n’est pas tant le label en lui-même, mais la teneur des critères. S’informer sur ces derniers transforme le consommateur naïf en consomm’acteur.

Pour bien préparer ses vacances éco-responsables, il convient donc principalement de vérifier si l’offre participe à la vie locale, est reliée à un territoire qui ne soit pas totalement saturé à la période envisagée, et si les labels affichés imposent de réels engagements au moyen de critères vérifiables. Le reste dépend pour une large part du comportement écocitoyen de chacun.

* Auteur de Écotourisme et tourisme solidaire : 35 ans à la rencontre de l’Autre, Éditions Kalo Taxidi – mai 2018 ; président de l’Association des Voyageurs et Voyagistes Éco-responsables et organisateur du Salon de l’écotourisme, du voyage solidaire et participatif – Grenoble 30 novembre – 2 décembre 2018.

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Cetasea : une association qui allie éducation, art et protection

Frédérique Gilbert (JNE) est une ancienne soigneuse de mammifères marins. Il y a trois ans, elle a créé l’association Cetasea qui a pour but de créer des centres de protection pour mammifères marins. Belge de naissance, elle s’est entourée d’amis soigneurs et de scientifiques internationaux, de spécialistes de la conservation, d’artistes, dont le parrain de Cetasea, le comédien Jean-Marc Barr.

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Propos recueillis par Peter Gos

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Comment est née l’idée de créer un tel centre ?

Après avoir travaillé près de 20 ans dans des parcs marins, je me suis lancée dans le journalisme animalier. Je me suis rendu compte, que beaucoup de choses sont faites pour les animaux terrestres et les oiseaux, j’ai vu des programmes de réintroduction d’animaux se réaliser et j’ai compris que pour les animaux marins, il y avait beaucoup de retard, surtout en Europe.

Quel a été le déclic qui vous a décidé de vous lancer dans l’aventure ?

Un appel d’une soigneuse qui recherchait un endroit tel un refuge pour un dauphin qui s’est échoué à 7 mois. L’animal avait été récupéré et soigné mais n’a pu rejoindre le large parce qu’il était trop jeune. Les responsables de l’association ne voulaient pas le mettre dans un parc. Quand j’ai reçu cet appel, le dauphin avait 7 ans et vivait depuis son échouage, seul, dans une piscine d’humains.

Cela fait 3 ans que l’association existe, où en est votre projet ?

Le projet évolue bien, il s’affine, il devient de plus en plus précis. On a décidé de s’investir également dans l’éducation marine parce qu’il est essentiel que leur espace naturel soit préservé. Nous élargissons l’accueil pour des animaux tels que les phoques, très méconnus dans nos régions et pourtant très présents.

Avez-vous trouvé un lieu pour votre centre ?

Nous avons la chance d’avoir rencontré, dans les Landes, un maire engagé dans la protection de l’environnement qui nous donne la possibilité de réaliser le centre de protection. A nous de prouver l’importance du projet. Ce sera le premier. Nous projetons d’en ouvrir plusieurs, avec un seul, nous n’aurons pas la possibilité d’accueillir tous les individus qui ont besoin d’un endroit comme celui-là !

Concernant les dauphins, ils font couler beaucoup d’encre, n’avez-vous pas peur des détracteurs ?

Ce serait dommage de priver les dauphins d’un projet pour leur protection. Il y a plein de choses qui se font pour les autres espèces, notamment un refuge pour les éléphants qui se crée dans le centre de la France. Il y a des parcs qui ferment et les dauphins n’ont aucun lieu où aller. La majorité sont nés en milieu captif et ne connaissent pas du tout le milieu sauvage, il est essentiel de les accueillir dans un lieu non surpeuplé et naturel.

Les choses bougent, on est dans un tournant dans l’éducation environnementale.

Pourquoi avoir créé le Festival Cetasea ?

C’est une réelle envie de sensibiliser les gens par l’art. Mon papa est musicien-compositeur et il m’a toujours dit que la musique est une langue. La communication Cetasea ira dans ce sens, nous avons déjà fait des concerts, nous avons comme ambassadeur Fabrice Guérin, un photographe de renom. Il y aura aussi de la peinture, de la chanson et actuellement c’est le cinéma pour faire honneur à notre parrain.
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Festival Cetasea le 6 et 7 juillet à Hossegor et à Vieux-Boucau

Frédérique Gilbert
Fondatrice et présidente de l’association Cetasea loi 1901
+33.(0)6.31.63.22.10
www.cetasea.eu

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