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Le retour en force des climato-sceptiques

 


par Olivier Nouaillas
vice-président des JNE

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Après l’accord arraché lors de la COP 21 à Paris, on les croyait réduit au silence et à quelques personnes aussi marginales qu’isolées, mais non : les climato-sceptiques font un retour en force dans le débat public. Et cela, plus surprenant, des deux côtés de l’Atlantique. Ainsi, coup sur coup, Donald Trump et Nicolas Sarkozy, tous deux candidats à la fonction suprême dans leur pays pour 2017, viennent de dire des énormités sur le changement climatique. Et le pire, c’est qu’ils semblent fiers de leur démagogie et qu’ils espèrent tous les deux que cela leur rapportera (des voix).

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Passe encore que Donald Trump, le tonitruant et réactionnaire milliardaire américain, porte-parole de tous les populismes (de l’islam aux migrants en passant par les armes à feu), après avoir qualifié le changement climatique de « bullshit » (connerie) n’hésite pas à affirmer que « le changement climatique est une invention des Chinois » (sic). On sait, en effet, depuis George Bush (fils) et son refus de signer le protocole de Kyoto, que le climato-scepticisme est un des marqueurs idéologiques des républicains américains. D’ailleurs, Noami Oreskes, l’historienne américaine , dans son remarquable livre Les marchands de doute (Le Pommier, 2010) a démontré comment les lobbys industriels (industries du tabac, de l’énergie, du pétrole), qui oeuvrent contre toute réglementation de santé publique ou environnementale, se sont progressivement infiltrés à l’intérieur du Parti républicain. Faisant, après la lutte contre le communisme, de l’écologie « la nouvelle idéologie à combattre… »

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Non, le plus surprenant, c’est que cette rhétorique grossière contre la réalité du changement climatique et le sérieux des travaux des scientifiques du GIEC, ait été reprise par un homme politique français. Et pas un quelconque second couteau. Non, Nicolas Sarkozy, en personne, ancien Président de la République et artisan du Grenelle de l’environnement en 2007 (!!!!). En effet, n’en déplaise à des esprits partisans, jusqu’à présent, la droite française, dans sa quasi totalité, s’était montrée réfractaire aux thèses climato-sceptiques, si prégnantes dans le monde anglo-saxon. Du célèbre discours de Jacques Chirac à Johannesburg au Sommet de la Terre de 2002 (« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs »), à l’adoption du principe de précaution dans la Constitution, la réalité du changement climatique faisait l’objet d’un vaste consensus, y compris dans la droite républicaine. En 2009, lors du Sommet de Copenhague, Nicolas Sarkozy a même prononcé au nom de la France, un discours dans lequel il n’y a pas une seule ligne à changer. Devant l’ensemble des chefs d’Etat réunis et pointant son doigt sur l’assistance il déclarait, en effet : « Qui osera dire que l’objectif de 2° C maximum d’augmentation de la température ne nous impose pas, à nous les pays riches, de réduire de 50 à 80 % nos gaz à effet de serre ? ». En ajoutant, toujours le doigt tendu vers l’assistance : « les scientifiques nous ont dit ce qu’il fallait faire. C’est à nous d’agir ».

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Oui, qui osera dire « qu’il fallait être arrogant comme l’homme pour penser que c’est nous qui avons changé le climat » et que « la première cause de dégradation de l’environnement, c’est le nombre d’habitants sur la planète ? » (NDLR : et donc plus le changement climatique).  Oui, qui osera dire cela ? Et bien c’est … le même Nicolas Sarkozy en 2016, candidat à la primaire de la droite et prêt pour cela à tout les reniements et à toutes les transgressions démagogiques. Qui, par son comportement sans foi, ni loi, justifie pleinement cette phase du grand théologien américain James Freeman Clarke : « la différence entre le politicien et l’homme d’Etat est la suivante : le premier pense à la prochaine élection, le second, à la prochaine génération ».

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Oui, Jean Jouzel, le célèbre glaciologue français, ancien vice-président du GIEC, a mille fois eu raison de qualifier les propos de Nicolas Sarkozy de « pitoyables » et « d’insulte à la communauté scientifique ». Oui, Nicolas Hulot, le plus célèbre écologiste français, a eu raison de dénoncer « le virage à 180 ° de Nicolas Sarkozy sur le climat ». Ajoutant : « mon sentiment, c’est que c’est sûrement pour de bas calculs électoraux. Et c’est dommage, parce que c’est une question qui doit transcender les clivages politiques car la réalité va nous rattraper ».

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La réalité, c’est, en effet, qu’il est plus que probable qu’après 2014 et 2015, l’année 2016 sera vraisemblablement la plus chaude depuis 1880, date des premiers relevés météorologiques. Alors, au-delà des questions de droite au gauche et sans vouloir tomber dans la grandiloquence, les éventuelles élections de Donald Trump, là-bas, et de Nicolas Sarkozy, ici, seraient une très mauvaise nouvelle pour ceux qui croient (et se battent) encore pour l’avenir de l’humanité et de la Planète.

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Journaliste à la Vie, Olivier Nouaillas est l’auteur du Changement climatique pour les Nuls (First, 2014) et, avec Jean Jouzel, de Quel climat pour demain ? (Dunod, 2015). Retrouvez Olivier Nouaillas sur son blog en cliquant ici.

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Ratifications par la Chine et les Etats-Unis : l’Accord de Paris sur le climat entre dans une étape décisive

L’Accord de Paris sur le climat, signé en décembre 2015, semble mieux parti que son prédécesseur, le Protocole de Kyoto, pour obtenir les 55 ratifications de pays qui représentent 55 % des émissions de gaz à effet de serre et, ainsi, entrer en vigueur dans les meilleurs délais.

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par M’hamed Rebah

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Un grand événement a été sa ratification samedi 3 septembre 2016, par la Chine et les Etats-Unis, dont les présidents ont respectivement soumis au secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, les instruments d’adhésion de leurs pays à l’Accord de Paris sur le climat, à Hangzhou, capitale de la province chinoise du Zhejiang (est), où se tenait le Sommet du G20 (4 et 5 septembre). En remettant ensemble leurs documents, la Chine et les Etats-Unis (à eux deux, 40 % des émissions de gaz à effet de serre) ont manifesté leur ambition et leur détermination à relever conjointement un défi mondial, a indiqué le président chinois, Xi Jinping.

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Le directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), Erik Solheim, trouve que « cette annonce est extrêmement importante ». La ratification de l’Accord par Pékin et Washington est une « extrêmement bonne nouvelle », a fait part la ministre française de l’Environnement Ségolène Royal le 3 septembre dans une interview sur la chaîne BFM TV. « Les Etats-Unis et la Chine ont pris conscience de l’urgence climatique », a noté Mme Royal, rappelant qu’il faut « monter en puissance sur les énergies renouvelables ». La ministre française a la ferme intention de faire pression sur les institutions européennes à ratifier l’accord de la COP21. Le retard risque en effet de venir de l’Union européenne dont les membres sont toujours divisés sur les efforts que chacun doit faire d’ici 2030.

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Le président français François Hollande qui a « salué » aussi la ratification de l’accord par Pékin et Washington, espère, selon la même source, une entrée en vigueur fin 2016. Sur ce point, les experts sont optimistes et estiment que l’Accord pourrait entrer en vigueur avant la fin de l’année mais pas avant la COP22 (7-18 novembre, à Marrakech, au Maroc). Jusqu’à présent, 26 pays l’ont ratifié (surtout des petits Etats insulaires, parmi les plus exposés) et 34 autres pays se sont engagés à le faire d’ici fin 2016 (dont le Brésil, le Canada, l’Indonésie, le Japon, l’Iran).

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Les choses pourraient avancer encore plus à l’occasion de la réunion organisée par Ban Ki-moon le 21 septembre à l’ONU pour inciter d’autres pays à préciser leur calendrier. C’est le sens de l’appel du ministre de l’Environnement des Maldives, Thoriq Ibrahim, qui, au nom des petits Etats insulaires, a exhorté les autres pays non seulement à imiter le geste de la Chine et des Etats-Unis, mais à faire plus et « accélérer le déploiement des solutions pour le climat », car, pour lui, « les engagements actuels ne sont pas suffisants » pour atteindre le principal objectif de l’accord de Paris: limiter le réchauffement à 2° C. Il décrit la ratification par la Chine et les Etats-Unis de l’Accord de Paris comme « une étape clé dans la transition globale des énergies fossiles vers les renouvelables ».

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Cet article a été publié dans le quotidien algérois Reporters.

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Changements climatiques : un partenariat algéro-algérien

La volonté de compter sur ses propres forces pour mettre en application le plan climat de l’Algérie et faire avancer en même temps le programme national des énergies renouvelables est toujours forte chez les pouvoirs publics, qui encouragent dans ce sens le partenariat entre organismes algériens concernés par cette filière.

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par M’hamed Rebah

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C’est ainsi qu’une convention de coopération a été signée, à Alger, entre le Centre de Développement des Energies Renouvelables (CDER) et l’Agence Nationale des Changements Climatiques (ANCC, créée en 2005, sous la tutelle du ministère chargé de l’environnement) pour travailler ensemble sur toutes les questions qui sont en rapport avec les énergies renouvelables et les changements climatiques. Les chercheurs et spécialistes de ces deux organismes auront à intégrer la composante des changements climatiques dans les projets de recherche concernant les énergies renouvelables, en particulier, dans la conception des équipements.

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Autres axes d’intervention sur lesquels les efforts du CDER et de l’ANCC vont converger : promotion de l’utilisation des énergies renouvelables pour l’atténuation des émissions des gaz à effet de serre ; organisation de journées de sensibilisation en relation avec ces deux thématiques ; soutien à la mise en place d’une base de données relative aux changements climatiques et leurs impacts sur les ressources naturelles ; organisation de colloques, séminaires, portes ouvertes, expositions et forum en relation avec les deux thématiques ; création d’un espace de transfert de savoir-faire et d’échange d’informations techniques et scientifiques, d’expériences en matière de changements climatiques et d’énergies renouvelables.

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La contribution de l’Algérie à la Conférence des parties à la convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, tenue à Paris en décembre 2015 (COP21), comprend un volet sur « la promotion de l’utilisation des énergies renouvelables dans le mix énergétique » comme une des actions prévues pour la période 2020-2030, en termes d’adaptation face aux changements climatiques et d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre (GES).

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L’attention particulière apportée aux équipements a amené l’Algérie à participer aux travaux du comité technique international de ISO (ISO/ TC 180 « Solar Energy »). Cela permet, selon les responsables du CDER, de « tisser des liens avec les experts internationaux de grande expérience, qui sont derrière les normes actuelles sur les équipements et systèmes solaires et constater le lobbying qui est derrière les négociations et le contenu des normes liés directement au secteur de l’industrie du solaire ».

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Le CDER participe dans le cadre mis en place par l’Institut Algérien de Normalisation (IANOR), à l’élaboration du programme national de normalisation dans les domaines des énergies renouvelables. On sait que le CDER a procédé au développement et à la mise à niveau de deux laboratoires désormais normalisés (le Laboratoire d’essai capteurs et chauffe-eau solaires et le Laboratoire d’étalonnage des pyranomètres) dont il a engagé le processus d’accréditation.
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Cet article a été publié dans le quotidien algérois Reporters.

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Un accompagnement d’experts néerlandais pour une centrale solaire en Algérie

L’Algérie va bénéficier d’un accompagnement du CTCN (Climate Technology Centre & Network), organe de transfert de technologie et de renforcement des capacités des pays en développement, sous l’égide de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements climatiques, pour la réalisation d’une centrale photovoltaïque d’une capacité de 1 mégawatt, dans la nouvelle ville de Boughezoul, à 89 km au sud de Médéa.

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par M’hamed Rebah

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Cette centrale sera le résultat du partenariat entre le Centre de développement des énergies renouvelables (CDER) et le groupe privé algérien Condor, a précisé lors d’un workshop dédié au volet technique du projet, le Pr Yassaà Noureddine, directeur du CDER, cité par l’APS (Algérie Presse Service). Selon la même source, des experts du Centre de recherche néerlandais (ECN) ont participé à cet atelier aux côtés des chercheurs du CDER et des chercheurs et cadres techniques du Groupe Condor. Ils sont en Algérie dans le cadre d’un accord signé entre les deux pays (Algérie-Pays Bas), portant sur un échange d’expertises dans le domaine de la recherche scientifique et le développement technologique des énergies renouvelables. Ils assureront un accompagnement technique au projet.

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Pour le Pr Yassaà, cette future centrale a une importance stratégique dans la mesure où elle apportera au chercheur algérien la maîtrise exigée par ce type de technologie. Dans ce sens, ajoute-t-il, c’est la première expérience du genre, qui sera lancée par l’Algérie, qui a déjà fait appel à des entreprises étrangères pour la réalisation de 23 centrales photovoltaïques, entre 2014 et 2016.

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Rappelons qu’un autre accord, algéro-allemand celui-là, dans le cadre du « pôle technologique » de la nouvelle ville de Boughezoul, avait été signé en octobre 2012, concernant un projet de tour hybride gaz-solaire qui devait servir de station d’expérimentation des énergies renouvelables, dans les conditions particulières de cette zone : vents fréquents, soleil abondant, vent de sable, environnement semi-aride. Le projet de cette nouvelle ville comprend par ailleurs une dimension « économie verte » qui a motivé une opération de volontariat le 5 juin dernier, à l’occasion de la célébration de la journée mondiale de l’environnement, consistant en plantations d’oliviers à la périphérie du site sur une superficie de 600 hectares à l’intérieur de la bande verte qui ceinture le périmètre urbanisable.

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Cet article a été publié dans le quotidien algérois Reporters.
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Une campagne européenne contre le déversement des plastiques en mer

SPITS (Stop Plastic In The Sea) est une campagne d’Initiative Citoyenne Européenne (ICE) portée par l’association Expédition MED. Il s’agit de rassembler un maximum de signataires pour inciter la Commission européenne à étudier formellement 14 actions visant à prévenir et à remédier au déversement continu des plastiques en mer.

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par Marie Lescroart

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Voici le lien pour lire et signer la pétition.

http://www.expeditionmed.eu/fr/category/agir-avec-nous/je-signe-la-petition/

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L’association Expédition MED a détourné des extraits du film le Grand Bleu pour faire le buzz de la campagne SPITS. A visionner ci-dessous !

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expedition-mer-mediterraneeLes 14 actions que vous soutenez si vous signez et relayez cette pétition :
– Encadrer la production, la consommation et l’importation des produits plastiques à usage unique non biodégradables et non recyclables (N° 1) ou produits plastiques à longue durée de vie (N° 2) ou les produits contenant des microbilles plastiques présentes par exemple dans les produits cosmétiques et les savons industriels (N° 5) ou encore les granulats de résines plastiques, vierges ou recyclées (N° 6);
– Favoriser l’utilisation de résines plastiques imprimantes 3D (N° 3);
– Filtrer les fibres textiles dans les eaux usées avant rejet dans le milieu (N° 4);
– Réglementer et encadrer la conception et l’usage des filets et lignes dérivants (N° 7);
– Interdire l’importation, la production, et l’utilisation des plastiques oxo-fragmentables (N° 8);
– Communiquer explicitement vers le grand public : affichage lisible sur les produits de consommation (N° 9), fiche descriptive par type de plastique et d’additif (N° 10), labels européens « plastique biodégradable et compostable » (N° 12), biodégradabilité des étiquettes d’identification pour les fruits et légumes (N° 13);
– Développer les filières de mise en consigne des plastiques réutilisables (N° 11);
– Programmer l’arrêt à très court terme des mises en décharge à ciel ouvert de déchets plastiques à moins de cent kilomètres du littoral (N° 14).

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Pour en savoir plus sur Expédition MED : www.expeditionmed.eu

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PS de Marie Lescroart (JNE)
Le Festival du livre et de la presse d’écologie, qui se tiendra les 8 et 9 octobre au 100, Etablissement culturel solidaire sis au 100 rue de Charenton dans le XIIe arrondissement à Paris, propose le samedi 8 octobre, de 15 h 30 à 16 h 30, une table ronde « L’océan, la pollution et nous » que j’aurai le plaisir d’animer.
L’acteur Jean-Marc Barr y jouera les porte-parole d’Expédition MED, aux côtés de Henry Augier, spécialiste des problèmes de boues rouges, et de Maëlle Capello, de l’association Zéro Waste France.
On vous y attend nombreux !

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Le parc national de Yellowstone : la nature sauvage comme leçon d’écologie

Malgré un tourisme à l’américaine générateur d’une importante circulation routière, le Parc national de Yellowstone (PNY) reste un écosystème à haut degré de naturalité doublé d’un paysage unique au monde.

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par Jean-Claude Génot

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Une des expressions du super volcan de Yellowstone – photo Jean-Claude Génot

N’oublions pas que Yellowstone est un parc national dont la devise, inscrite sur l’arche de pierre de l’entrée nord de Gardiner, est « pour le bénéfice et le plaisir de la population ».

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Nous sommes dans un haut lieu de la naturalité, mais pas dans les fameuses aires de wilderness qui dépendent d’une autre législation propre aux Etats-Unis (le Wilderness Act de 1964) et dont l’objet est de permettre aux gens de traverser à pied, à cheval ou en canoë un espace sauvage sans route et sans installation humaine permanente, rappelant l’idéal mythique du pionnier à la découverte de l’ouest américain.

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Ce haut plateau de plus de 2000 m, entouré de montagnes d’environ 3000 m, n’est autre que la caldeira d’un volcan qui sommeille sous ce vaste espace des Montagnes rocheuses, situé entre le Wyoming (la plus grande part du PNY), l’Idaho et le Montana. Cette caldeira de 1600 km2 résulte d’un effondrement du cratère d’un volcan dont le magma (roche en fusion à 500 ° C) est situé entre 3 et 10 km d’épaisseur de la croûte terrestre, alors que normalement il est à 30 km de profondeur.

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La chambre magmatique de ce super volcan est la plus grande au monde, et lors de sa dernière éruption importante il y a 640 000 ans, les cendres ont recouvert une grande partie des Etats-Unis actuels. On voit aujourd’hui les traces de ces éruptions dans les roches volcaniques comme l’obsidienne (omniprésente sur les rives du lac Shoshone), la rhyolite ou l’andésite, sans oublier les orgues basaltiques visibles sur certaines falaises ou encore des arbres pétrifiés comme ce sequoia enterré sous les cendres volcaniques il y a 45 à 50 millions d’années, situé à 2,4 km de Tower Roosevelt.

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Avec un tel volcan, rien d’étonnant à ce que ce Parc rassemble 10 000 phénomènes géothermiques, dont 300 geysers (celui d’Old Faithful peut cracher des jets d’eau de 60 mètres de haut), des fumerolles ou puits de vapeur, des sources chaudes où l’eau n’est pas assez contrainte pour former des geysers et dont les couleurs magnifiques sont dues à la réfraction de la lumière sur les particules minérales en suspension et les microorganismes vivant dans les eaux chaudes (bactéries, algues, champignons, protozoaires.

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Notons qu’une de ces bactéries thermophiles vivant dans les sources chaudes de Yellowstone produit une enzyme thermostable à la base d’une réaction en chaîne de polymérase, méthode employée pour amplifier l’ADN, ce qui a valu à son découvreur un prix Nobel et des millions de dollars, des marmites de boue où l’acide sulfurique dissout la roche en argile qui se mélange avec les eaux souterraines pour former de la boue et des terrasses de travertin (carbonate de calcium) spectaculaires comme à Mammoth Hot Springs.

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C’est encore l’activité géothermique qui explique l’origine du nom du Parc. En effet « la roche jaune » vient de l’altération hydrothermale du fer dans les roches (et pas du soufre comme on pourrait le penser). On peut observer ces roches jaunes dans le magnifique canyon de la rivière Yellowstone. La terre bouge en permanence (1 000 à 3 000 secousses par an), mais avec une faible amplitude. Le dernier gros tremblement de terre date de 1959 et fit 28 victimes.

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Rien n’est permanent dans le relief du PNY : des geysers peuvent apparaître tandis que d’autres disparaissent, des pans de montagne dégagent de l’anhydride sulfureux et des dépôts siliceux ou carbonatés qui modifient la topographie des lieux, les acides tuent les arbres. Bref, le super volcan est l’un des grands architectes de ce vaste espace naturel. De plus, ils conditionnent la vie de nombreux animaux, notamment en hiver.

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Les glaciers de près de 500 mètres d’épaisseur ont eux aussi contribué à modeler le relief et permis à de nombreux lacs de se constituer. Dans le nord du Parc, les bras des glaciers ont laissé ça et là des rochers solitaires comme sur le plateau de Blacktail. Ainsi glaciers et volcan nous montrent qu’ici le changement est constant, mais à des échelles spatio-temporelles variables selon les phénomènes.

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Les séquelles du grand incendie de 1988 dans le Parc de Yellowstone aux Etats-Unis – photo Jean-Claude Génot

Le dernier changement majeur dont on voit partout les traces dans le PNY est l’impact des incendies de 1988. Ce changement se situe à la vaste échelle du paysage puisque 322 000 ha de forêts ont brûlé (36 % du PNY). Les forêts ont accumulé de grosses quantités de bois mort à cause d’importants volumes de bois renversés par une tempête quatre années plus tôt. Les vents sont fréquents et parfois violents sur ce haut plateau. L’été 1988 fut l’un des plus secs jamais enregistrés depuis la création du Parc et la foudre a provoqué le départ des feux. Le vent a fait le reste puisque certains feux ont avancé de 3 km en une heure.

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Malgré les efforts des pompiers, ce grand incendie n’a été véritablement éteint que grâce aux chutes de neige intervenues en septembre de la même année. Où que le regard porte, il y a toujours un pan de montagne envahi par la régénération naturelle des pins tordus (Pinus contorta) surplombés des troncs brûlés, blanchis par les éléments. Quand on parcourt ces zones incendiées, on voit d’importants volumes de bois mort sur pied ou au sol pour le plus grand plaisir des pics (Sphyrapicus thyroides, Picoides tridactylus), mais aussi pour le très joli oiseau bleu de montagne (Sialia currucoides) qui niche dans les trous creusés par les pics.

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La forêt du PNY est une forêt boréale pour laquelle le feu est un moteur de la sylvigenèse. Le feu permet de contrôler certaines maladies et insectes phytophages. Il fertilise le sol avec ses cendres, crée des ouvertures dans l’épais manteau forestier et surtout permet de libérer les graines contenues dans les cônes de pin recouverts d’une résine que le feu fait fondre.

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Si les feux ne sont pas trop violents, la forêt repousse à peu près partout, notamment grâce à la banque de graines contenue dans le sol. Mais dans le cas de cet énorme incendie de 1988, le « combustible » au sol était si important et le feu si intense que de nombreuses graines et racines situées sous terre ont été détruites alors qu’elles sont normalement protégées. C’est pourquoi plus de 25 ans après l’incendie, certains versants ne sont toujours pas colonisés par les jeunes pins, mais par des graminées,. En forte pente, la roche est parfois mise à nue. Evidemment, les ongulés sauvages mettent à profit ces nouveaux pâturages, ainsi que les ours noirs en quête de bulbes, de plantes herbacées et de racines au printemps. Le tétras obscur (Dendragapus obscurus) fréquente également ces zones dégagées par les feux à la recherche d’insectes, mais à condition de ne jamais trop s’éloigner de la forêt pour s’y réfugier.

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Le PNY a été modelé par les glaciers, il l’est toujours par le volcanisme et il peut être encore façonné par le feu. Mais qu’en est-il du climat considéré comme très rude ? La pluviométrie annuelle varie entre des extrêmes, de 300 mm dans le nord du Parc à 2 000 mm à l’extrémité sud-ouest. Il règne donc un climat aride dans la partie septentrionale du PNY, avec un paysage ouvert dominé par des prairies à armoise (Artemisia tridentata). Mais il suffit de parcourir ce secteur du Parc pour se rendre compte que l’absence d’arbres ne doit rien au climat plus aride comme en témoignent certains enclos où poussent de nombreux trembles, mais bien plutôt aux populations d’herbivores, à savoir cerfs et bisons (les bisons qui avaient presque disparu à la fin du XIXe siècle ont vu leurs population se reconstituer grâce à un élevage en captivité effectué dans le PNY de 1907 à 1952), qui comptent à Yellowstone leurs plus gros effectifs des Etats-Unis.

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La Lamar, vallée sans saule ni tremble où se concentrent cerfs et bisons dans le Parc national de Yellowstone, aux Etats-Unis – photo Jean-Claude Génot

Dans la partie nord du PNY, le tremble a fortement régressé par l’abroutissement des cerfs et l’écorçage des bisons. Dans les vallées, les rivières comme la Lamar sont dénuées de saules et de trembles, ce qui a entraîné des effets en cascade, à savoir un recul du castor, une déstabilisation des berges et la disparition de frayères pour certains poissons. C’est cette situation qui a conduit les biologistes du Parc à proposer le retour du loup en 1995 et 1996. Mais bien avant que cette densité d’herbivores n’augmente grâce à la protection du Parc au point de limiter le développement des arbres, les prairies à armoise ont pu avoir pour origine lointaine les feux pratiqués par les Amérindiens.

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Un autre exemple d’élément façonnant les écosystèmes est la réintroduction du loup dans le PNY. Ce grand prédateur a entraîné de profonds changements dans tout l’écosystème de Yellowstone. D’abord, il a réduit fortement les densités du coyote, un concurrent pour certaines proies. Le loup exerce une régulation de ce méso-prédateur sans consommation, ce qui a permis aux proies du coyote, oiseaux et petits mammifères, de se rétablir, ainsi que les populations de leurs autres prédateurs (rapaces, renard). Mais ce sont surtout leurs proies favorites, cerfs et bisons, que les loups ont le plus influencé. Les loups s’attaquent préférentiellement aux cerfs qui sont plus vulnérables que les bisons. Parmi les cerfs ou wapitis, les loups tuent plus facilement les jeunes et les individus âgés car les adultes peuvent leur infliger des blessures en se défendant.

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Mais les loups peuvent aussi tuer des bisons, de préférence des jeunes, notamment en fin d’hiver quand les cervidés sont en meilleur état physiologique. Il s’agit d’animaux affaiblis par le manque de nourriture. Si le cerf peut se défendre individuellement, les bisons peuvent venir en aide à un des leurs attaqué par les loups. Pour les cerfs comme pour les bisons, la fuite est un moyen de se défendre. C’est là que les conditions hivernales sont capitales dans la relation entre le prédateur et ses proies. En effet, quand la neige est profonde et qu’elle dure longtemps, cerfs et bisons sont beaucoup plus vulnérables aux attaques des loups. Avant le retour des loups, la mortalité hivernale des cerfs et des bisons était uniquement liée au manque de nourriture.

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Depuis leur retour, les loups tuent des animaux affaiblis, mais aussi des individus en pleine forme qui sont piégés dans la neige profonde ou dans des rivières trop profondes lors de leur fuite. Pour faire face à cette nouvelle menace, les cerfs se regroupent et se déplacent sur de plus grandes zones. Mais la taille de leurs groupes dépend également de l’enneigement. Pour les cerfs, la vie tranquille est terminée. Il faut veiller, bouger, fuir et se défendre. Il leur faut minimiser le risque de prédation et maximiser l’apport de nourriture. Mais finalement les cerfs n’ont pas changé le type d’habitat qu’ils aiment fréquenter, à savoir les zones géothermales avec une nourriture plus abondante et de meilleure qualité.

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Pour le loup lui-même, la vie à Yellowstone n’est pas un long fleuve tranquille et ses populations sont soumises à des fluctuations depuis son retour. Ainsi l’effectif d’origine est de 31 loups relâchés entre 1995 et 1996. La population est montée à 174 individus en 2003, puis elle est redescendue à moins de 100 aujourd’hui. Ce changement est rapide comme le montre la situation dans la zone de la tête de bassin de Madison bien étudiée par les biologistes : 5 loups en 1 meute en 1997, 45 loups en 4 meutes en 2004 et 16 loups en 2 meutes en 2006. Aucune meute ne reste stable bien longtemps. Ainsi la meute de la Lamar, vallée qui fut la première installée après la réintroduction et a compté plus d’une dizaine d’individus, n’en compte plus que 3 en 2016 (communication orale de Doug MacLaughlin).

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Parmi les causes de régression des loups dans le PNY : la diminution des cerfs due à la prédation, mais aussi leur déplacement hors du Parc, l’émigration des loups vers d’autres territoires et la concurrence intra-spécifique très forte entre les meutes qui conduit à des combats mortels entre adultes, voire à l’élimination des jeunes par des adultes d’une meute adverse. Cette concurrence est d’autant plus forte que le nombre de proies diminue. Parmi les autres causes de mortalité : les blessures mortelles infligées par les cerfs (il n’est pas rare de retrouver des loups noyés pour avoir tenté d’attaquer un cerf dans une rivière), le braconnage en dehors du Parc et certaines maladies comme la gale, la maladie de Carré et le parvovirus canin.

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Le changement est constant et même certaines lois écologiques sont remises en cause à Yellowstone. Ainsi dans la zone de la tête de bassin de Madison, les loups ont provoqué une baisse de l’abondance des cerfs de 60 à 70 %. Alors que le déclin des cerfs était significatif, les loups ont continué à tuer une proportion plus grande de cerfs. Or la relation prédateur-proie, dépendante de la densité, aurait dû conduire les loups à un phénomène de régulation ou à un report sur une autre proie comme le bison, mais ce dernier est bien moins vulnérable que le cerf. Ce qui s’est passé à Madison laisse penser aux biologistes que le cerf pourrait être entièrement éliminé de cette zone par les loups.

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L’absence de migration des cerfs dans cette zone pourrait être liée à des causes anthropiques à l’extérieur du Parc. Autre effet en cascade provoqué par les loups, les carcasses qu’ils laissent nourrissent des rapaces, des corvidés, des renards et des grizzlys. Ces derniers ont vu des sources de nourriture se tarir comme les cônes du pin à écorce blanche (Pinus albicaulis), victime d’insectes, ou encore les truites indigènes du lac Yellowstone éliminées par une truite exotique introduite en 1994 et qui se reproduit dans les eaux profondes du lac et non pas dans les rivières comme la truite locale, plus facile alors à être capturée par ses prédateurs. Les grizzlys ont également reporté leur prédation sur les faons de cerfs au printemps au lieu des truites en fort déclin. Cela renforce la réduction des populations de wapitis, déjà victimes des loups, par la mortalité de leurs faons. Yellowstone recèle encore de nombreux secrets sur la biologie de ses habitants. On ne redira jamais assez à quel point les vastes zones en libre évolution (9000 km2), riches de leur nature sauvage, sont également précieuses pour comprendre l’écologie.

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L’auteur de ce texte a séjourné dans le PNY 12 jours en fin d’été 2014 et 10 jours début mai 2016.

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Bibliographie

Garrott Robert A., White P.J. & Watson Fred G.R. 2012. The Ecology of Large Mammals in Central Yellowstone. Sixteen Years of Integrated Field Studies. Volume 3 in the Academic Series. 693 p.

Wallace David Rains. 2008. Yellowstone. Official National Park Handbook. 127 p.

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Le 5e Congrès International de la Décroissance à Budapest

Après Paris (2008), Barcelone (2010), Montréal – Venise (2012) et Leipzig (2014), Budapest a accueilli le 5e Congrès International de la Décroissance pour cinq jours, entre le 30 août et le 3 septembre 2016.

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par Suzanne Körösi

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A deux pas du Danube et du grand marché monumental dessiné par Eiffel, l’Université Corvinus (alias Faculté de l’Économie Karl Marx) a reçu plus de six cents participants dans son grand amphi et dans seize salles de cours. La Semaine de la décroissance, en complément de ce programme universitaire très riche, a pu élargir le public tout en impliquant divers lieux dans la ville. Une belle innovation, ce sont les producteurs locaux, la plupart bio, qui ont nourri et abreuvé les participants, pour enfin créer une cohérence entre les principes et la pratique de la décroissance à l’échelle d’un tel événement.

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Les organisateurs, dont un petit noyau de jeunes Français militants du mouvement de la décroissance, grands amoureux de Budapest, y vivant depuis plusieurs années, avaient décidé il y a deux ans de proposer d’accueillir le Congrès de 2016. Les relations tissées pendant des années non seulement avec des économistes et des militants hongrois, mais aussi avec les lieux alternatifs culturels, avec les associations et avec des producteurs locaux et bio, leur ont permis de donner une belle place à la convivialité.

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Leur ambition était entre autres de montrer sous un angle peu connu ce pays aujourd’hui mal-aimé depuis que Viktor Orbàn est au pouvoir. Ils voulaient faire voir que dans ce pays malmené par ce quasi dictateur, ennemi de la démocratie et de l’entente entre les peuples, il y a une vie parallèle, souterraine, une réelle résistance. Pendant ces cinq jours, ils ont convaincu les participants universitaires et le public international que la Hongrie n’est pas que cet affreux Orbanistan, mais aussi le pays d’un dynamisme social remarquable.

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A l’ouverture de la Conférence, on a pu entendre les souvenirs de Mme Alexandra Köves, enseignante à Corvinus, dont l’anglais témoigne de longues études aux États-Unis, qui rappelait son enfance marquée par des pénuries de toute sorte. Elle a évoqué les attitudes diverses des générations de 40–50 -60 ans vis-à-vis de la consommation en Hongrie. Si beaucoup d’entre eux voyaient avec frustration le déploiement de la société de consommation dans le monde dit développé et étaient convaincus de la supériorité de ces sociétés par rapport à la leur, beaucoup d’autres reconnaissent aujourd’hui les bons côtés de la frugalité, et sont aujourd’hui plus réceptifs aux idéaux de la décroissance.

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L’un des soucis des organisateurs était de donner la parole à la région de l’Europe centrale et orientale. Cela veut dire la présence d’un bon contingent de sociologues et d’économistes hongrois, mais aussi des pays limitrophes, Serbie, Slovénie, République Tchèque. Leurs collègues autrichiens, allemands, espagnole, grecs, anglais, italiens français, américains du nord, du centre et du sud n’ont certainement pas regretté leur surpoids relatif.

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Deux bémols quand même. Le premier, dès la première plénière, un concept, celui de la « semi–périphérie » présenté par Mme Filka Sekulova, s’est imposé. Il s’agit des pays ex-socialistes ou communistes, mais aussi de la Grèce, en somme des pays qui ont du mal à se faire entendre dans l’Union Européenne.

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Pourtant, ils disposent, selon Mme Sekulova, des caractéristiques spécifiques qui vont bien avec la décroissance : riche expérience de la convivialité, d’auto-gestion, forte orientation vers la protection de l’environnement et vers la justice sociale. Bien que mal défini (est-ce un concept géographique, géopolitique, culturel, un amalgame de tout cela pour se distinguer des pays vraiment périphériques d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, ou simplement un mythe ?) il n’a été ni approfondi, ni mis en question lors des cinq jours.

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Le deuxième, M. Zoltàn Pogàtsa, économiste très médiatisé en Hongrie, lors de son intervention à la même plénière, a fait intervenir une analyse politique, ce qui était plutôt rare, il faut le dire, dans cette conférence. Ce qu’on pouvait regretter, c’est sa vision quelque peu décalée de la réalité en ce qui concerne le fonctionnement des institutions de l’Union européenne et leur indifférence (si ce n’est leur hostilité) vis-à-vis des enjeux de la décroissance. M Pogàtsa nous a expliqué que, selon lui, « l’obstacle majeur à ce que la Commission européenne puisse véhiculer les principes de la décroissance [sic] réside dans le fait que les États membres ont encore trop d’influence dans la prise des décisions de la Commission ».

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Il est difficile de faire le bilan de quelque 230 exposés qui se sont déroulés simultanément et ont brassé des thèmes très variés allant de « Science et décroissance » à « L’eau, cultures traditionnelles et l’avenir de décroissance » en passant par « Travail de care : vers un agenda féministe de la décroissance » ou « Le bonheur national brut et l’économie bouddhiste au Bhoutan et ailleurs ».

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Je me réfère au bilan de Mme Köves, selon lequel cette Conférence Internationale a fait beaucoup pour faire connaître les idées de la décroissance en Hongrie, si on en juge par le nombre d’articles – environ cent – parus dans la presse hongroise, et par la diversité des organes de presse qui se sont emparés du sujet.

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Elle a listé les questions récurrentes des journalistes. Pour en citer quelques unes : « La décroissance n’est-elle pas égale au dé-développement ? », « Comment faire accepter l’idée de la décroissance dans les pays pauvres ? », « Quel est l’effet de la décroissance sur l’emploi ? », « Qui doit mettre en place la décroissance puisqu’aucun homme ou femme politique ne le fera ? ».

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Mme Köves a cité aussi les réactions négatives les plus fréquentes : « La décroissance est sympathique mais infaisable », « Ceux qui prônent la décroissance, ce sont des communistes, des marxistes, des hippies ou des terroristes », puis positives : « La décroissance est une idée enthousiasmante », « La décroissance est la voie du XXIe siècle », « Quand, où, comment puis-je m’impliquer ? ».

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La Semaine de la Décroissance renforce le bilan positif : la découverte des lieux où les réunions et débats militants, concerts, ateliers divers de recyclage et de DIY (Do It Yourself) se sont déroulés, les excursions pour rencontrer des jardiniers urbains et producteurs bio. Ainsi les congressistes ont pu entrer dans un réseau foisonnant de centres sociaux autogérés dans des quartiers pauvres, qui sont des lieux à la fois de rencontres hauts en couleurs, où on sert à boire et à manger pas cher, pour financer l’action sociale visant les sans-abri, les roms, les femmes victimes de violence, les chômeurs, les jeunes artistes.

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Dans ces centres, on édite et diffuse des brochures et on organise des réunions de formation à l’intention à tous ces exclu-e-s sur leurs droits, avec le but qu’eux-mêmes deviennent des formatrices et formateurs des autres. Comme quelqu’un disait dans l’un de ces lieux, « ces jeunes ne participent pas aux jeux politiques ; ils sont invisibles pour les politiques. Mais ce sont eux qui représentent la véritable résistance au régime d’Orbàn. En préparant une fois par semaine 300 repas pour offrir sur la Place Blaha (dans le cœur de Budapest) aux SDF de Budapest, un large réseau de résistants se rencontre à travers un travail collectif. »

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Budapest marque certainement un moment important dans la réflexion sur la décroissance. Serge Latouche (absent de cette conférence) insiste sur le fait que la décroissance n’est pas une théorie, mais plutôt un slogan qui doit faire tilt, faire comprendre que dans un monde limité, une croissance illimitée, devise de tous les hommes (et femmes) d’Etat, et des économistes proches d’eux, est un non-sens. A Budapest, il semble que les intervenants étaient d’accord sur le fait que ce slogan a largement pénétré la société civile en Europe, en Asie et en Amériques du Sud et du Nord, que le mouvement de la décroissance a ainsi, en quelque sorte, atteint son but.

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Quel est donc l’avenir de ce mouvement ? Doit-il continuer à affirmer sa particularité ou tout en insistant sur la nécessité des alliances avec les mouvements environnementaux, anti-gaz-de-schiste, anti-OGM, anti-grands projets inutiles, des ZAD, de non-exploitation des ressources fossiles, de chômeurs, de femmes, de petits paysans, d’immigrés, de réfugiés, etc., doit-il assumer sa « dissolution » dans ces derniers ? En tout cas, comme il ne s’agit pas d’un parti, mais d’un ensemble de militants et d’universitaires, rien n’a été décidé sauf qu’il faut commencer à préparer la prochaine Conférence de la décroissance, qui aura lieu dans deux ans.

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Ile de Flores en Indonésie : du dragon au Hobbit

L’île de Flores, en Indonésie, est célèbre pour son dragon, qui est en fait un varan géant, et pour la découverte récente par les anthropologues d’ossements humains appartenant au tout petit Homo floresiensis, surnommé familièrement le « hobbit ».

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par Annik Schnitzler

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L’île volcanique de Flores est située au cœur des petites îles de la Sonde, en Indonésie. Elle n’a jamais été reliée aux petites îles voisines de Bali, Lombok ou Timor, et encore moins aux grandes îles plus lointaines comme Sulawesi ou la Papouasie, même aux temps glaciaires durant lesquels le niveau de la mer s’était considérablement abaissé. C’est dire à quel point cette île est isolée naturellement. Elle l’est également par les puissants courants marins qui l’entourent.

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On ne s’étonnera donc pas de l’extrême pauvreté de sa faune. Autre caractéristique de cette ile peu ordinaire, elle se situe à l’ouest immédiat de la ligne de Wallace qui sépare deux énormes masses continentales, l’Indo-Malaisie et Australie-Bornéo depuis des millions d’années. Les faunes des deux côtés de cette ligne y sont très différentes. Ainsi, le tigre s’est arrêté à Bali à l’Ouest de la ligne, et les marsupiaux à l’Est.

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Dragon de Komodo -photo Sophie Schnitzler

Cette île modeste en taille (360 km de long) est célèbre dans le monde entier pour son « dragon », qui est en fait un varan géant (Varanus komodoensis) connu avec ses 3 mètres de long pour être le plus gigantesque lézard du monde actuel. Autre curiosité, la découverte récente par les anthropologues d’ossements humains appartenant à une humanité minuscule, Homo floresiensis, surnommé familièrement le « hobbit ».

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Gigantisme et nanisme sont deux adaptations bien connues des petites îles isolées durant de très longues périodes. Ces deux processus s’expliquent, pour les petites espèces devenues géantes, par l’absence de prédation, et pour les grandes espèces devenues naines, par le fait que de grands animaux ne peuvent vivre des millénaires sur des espaces trop restreints sans disparaître en quelques générations, par manque de place.

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Gigantisme et nanisme se sont bien produits sur l’île, mais pas pour le dragon et sans doute pas non plus pour le hobbit. En revanche, deux éléphants devenus nains, du genre Stegodon, se sont succédé dans le temps jusqu’à la fin du Quaternaire ; et il existe toujours deux espèces de rats géants sur l’île. D’autres espèces géantes ont fréquenté ou fréquentent toujours l’île : un oiseau (un marabout de 1 m 80), une tortue géante, tous deux disparus, et une chauve-souris frugivore qui d’ailleurs peut s’observer dans différentes îles indonésiennes.

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Quant au « dragon » et à l’homme de Flores, comme cela a été dit, l’histoire est différente. Le dragon de Komodo est, on s’en doute, un fossile vivant. Ce carnassier redoutable, à la morsure toxique et mangeur de grands mammifères, est arrivé d’Australie (où sa présence date de 3,8 millions d’années), il y a 900 000 ans. Déjà géant sur ce continent, il n’a donc guère changé de taille depuis. Cette découverte est récente : un grand scientifique américain, Jared Diamond, n’avait-il pas suggéré auparavant qu’il avait grandi pour dévorer les petits mammouths ? Comme quoi il ne faut pas croire tout ce qu’on écrit, même par des auteurs fameux. Je continue toutefois d’avoir une immense admiration pour cet ornithologue philosophe.

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Deux mille cinq cent dragons vivent sur les deux îles, Komodo et Rinca, ainsi que sur certains rivages de Flores. Sa distribution est donc réduite par rapport à son aire passée : en fait, il est en déclin déjà depuis 2000 ans ! Nous avons rencontré ce gigantesque reptile à plusieurs reprises sur l’île de Rinca, moins touristique que celle de Komodo, mais plus riche en varans géants. Certains font la star à proximité de l’entrée du parc, d’autres sont plus discrets et parcourent la savane.

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La rencontre d’un varan dandinant sur un sentier dans les collines sèches de l’île vaut vraiment le détour. Nous y avons aussi vu des nids, dont en général un seul est fonctionnel. Les autres sont des leurres pour éviter la prédation des œufs par un oiseau aptère de grande taille, le mégapode ou l’aigle de mer qui prédatent tous deux les petits. Autres ennemis des jeunes dragons : leurs congénères adultes qui les dévorent volontiers. Aussi vivent-ils sur les arbres le temps d’atteindre une taille suffisante.

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Le plus populaire des dragons est un gros individu étendu passivement à proximité des égouts d’une maison du parc national de Komodo, attendant sa pitance. D’autres sont plus actifs, on les devine capables de tuer les proies vivant aux alentours – le cerf de Timor, le sanglier, le buffle d’eau – toutes apportées par l’homme depuis des siècles ; Avant, que mangeait-il ? Sans doute des éléphants nains et le « hobbit ». D’ailleurs, quand on visite les îles actuellement, on est toujours accompagné de gardiens armés de bâtons, censés vous protéger d’attaques surprise. Pour admirer ses techniques de prédation, je conseille de voir l’épisode consacré aux reptiles et amphibiens de la superbe série Life de David Attenborough (BBC TV), qui inclut de très belles séquences sur le dragon de Komodo.

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L’existence du petit homme de Flores a été découverte en 2004, au centre sud de l’île, près de Ruteng, dans la grotte de Liang Bua. Les ossements trouvés ont été trouvés sur une longue période de temps, de 9  000 à 17 000 ans; mais sa présence pourrait être d’un million d’années.
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Cette découverte a fait l’effet d’une bombe dans le monde pour de multiples raisons. Tout d’abord, l’idée que deux espèces humaines se soient côtoyées jusqu’il y a 17 000 ans, voire moins de 12 000 ans, et non depuis 35 000 ans (date d’extinction de l’homme de Néandertal) a été un choc. Bien entendu, la question majeure a été la suivante : l’homme moderne l’a-t-il côtoyé dans l’île même ? Les dates pourraient à peu près coller, car les premières traces de Homo sapiens datent de 10 000 ans environ sur Flores, voire un peu plus loin dans le passé. A 2000 ans près, c’est possible. Des légendes recueillies par des ethnologues suggèrent la présence d’un autre homme sur l’île.

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Les caractéristiques du cerveau de cette espèce révélées par les études anthropologiques ont également stupéfié les chercheurs. Si on admet sa petite taille (1 m de haut) comme un résultat d’une insularité prolongée, on n’explique pas la taille du cerveau (400 cm3 contre 1300 cm3 pour l’homme moderne, même chez les pygmées d’Afrique ou d’Asie). 400 cm3, c’est même inférieur à Homo erectus, voire Homo ergaster qui ont sillonné l’Asie à partir de 1,8 million d’années.

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Pour les anthropologues, il n’est pas envisageable que le cerveau, siège de la cognition, ait pu régresser pour s’adapter à un environnement insulaire. D’abord parce que l’évolution du crâne et du corps passe par des processus différents, et ensuite parce que l’avantage d’un gros cerveau est plus élevé que le besoin en énergie qu’il exige. Aurait-il été atteint de microcéphalie ? De débilité mentale ? Mais alors, comment a-t-il pu survivre si longtemps, utilisant en outre le feu et des outils ? Ce petit homme vivait sans problèmes, en chassant les bébés mammouths et se défendant sans doute très bien contre les attaques des dragons, seuls prédateurs de l’île.

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Par ailleurs, l’allure générale du « hobbit » est aussi fort étrange : de longs bras, des tibias très courts et de longs pieds. Le crâne présente un torus (bombement frontal), la mâchoire inférieure n’a pas de menton, comme les hommes avant Homo sapiens. Aux dernières nouvelles, « Hobbit » serait un descendant d’un homme primitif encore non répertorié. Discrète, cette humanité de petite taille aurait colonisé l’île sans diminuer de taille, finalement. C’est sans doute ce qui l’a sauvé de l’extinction : une petite taille est idéale, on l’a dit, aux situations d’espaces confinés. Les curieuses caractéristiques des membres inférieurs ont été interprétées comme une adaptation au milieu montagneux, qui demande une bonne stabilité. Inutile aussi d’avoir de grandes jambes. Bien adapté, ce petit homme primitif a finalement vécu bien plus longtemps que l’espèce Homo erectus, dit aussi l’Homme de Java, qui a disparu de l’Asie depuis près de 20 000 ans ! On estime que les densités de ces petits hommes pouvaient avoir atteint 2000 à 5000 individus, soit une personne par 2 km² (chiffres calculés pour des chasseurs cueilleurs vivant en zone équatoriale avec mœurs semi nomades).
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La taxonomie de l’homme de Flores a soulevé alors d’autres questions. En effet, jamais encore on n’avait trouvé de spécimens d’une espèce d’homme primitive capable de traverser les mers pour coloniser des îles. Ils n’en avaient pas la capacité, pense-t-on. On suppose donc que les premiers arrivants ont pu arriver accrochés sur des troncs flottants, lors d’un cyclone ou d’un tsunami. Des cas semblables ont été observés après le tsunami de 2004 en Thaïlande (cas d’une femme enceinte qui est restée 5 jours sur un tronc, sans savoir nager, et d’un homme sauvé après 8 jours sur un tronc). De petites populations auraient pu survivre à la suite de tels événements, et se renforcer par la venue d’autres petites populations ultérieurement par d’autres cyclones. Par rapport à une colonisation voulue et préparée, incluant des femmes et des enfants en proportions équilibrées, les chances de survie à long terme sont évidemment bien moindres. Un vrai miracle en somme, qui s’est peut-être répété plusieurs fois. Les petites îles de la Sonde sont fréquemment soumises à ce genre de catastrophe naturelle.

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Quelques belles images du musée local, un peu défraîchies malheureusement, nous illustrent l’écosystème de Flores à la fin de la dernière glaciation, et celui qui l’a remplacé il y a 10 000 ans. Là aussi, il s’agit d’un autre mystère. Pourquoi certains géants (stegodon, rat sauf un qui survit encore, tortue, marabout) et un nain (homme de Flores) ont–ils disparu ? On a suggéré plusieurs causes : une éruption volcanique majeure, un changement climatique drastique, ou l’arrivée de l’homme moderne. Car notre espèce n’a pas été capable de venir dans l’île avant cette date très récente de l’histoire humaine en Asie. Cela est d’autant plus curieux que des hommes modernes vivaient dans l’île toute proche de Timor, depuis 40 000 ans.

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L’homme moderne a alors apporté d’autres animaux, qui existent toujours dans l’île (singe, porc qui ressemble beaucoup à un sanglier, buffle d’eau, cerf de Timor, chien, rat …). Tous sont les proies actuelles du dragon. Quant à l’homme de Flores, il aurait été chassé en tant que simple proie, car on suppose que l’homme moderne ne pouvait se reconnaître dans ce drôle de primate.

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Flores s’ouvre modestement au tourisme, contrastant violemment avec l’île de Bali toute proche. L’île n’est guère attractive par son climat pluvieux, sa ruralité, ses hôtels loin des normes occidentales pour l’intérieur du pays, ou sa route peu sécurisée après de fortes pluies (les éboulements sont nombreux, et les grosses pierres qui y tombent font frémir). Ce n’est que depuis 3 mois, en date de 2016, que le gouvernement fait une certaine promotion pour la visite de la grotte. Toutefois, je n’ai vu dans toute l’île aucune image un peu tapageuse du « hobbit », aucune publicité sur les plaquettes d’hôtels et les agences locales. Le contraste est grand avec le chouchou du pays, le dragon de Komodo, sculpté et dessiné à profusion !

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La venue de bus bondés de touristes curieux de voir la grotte où a été découvert le petit homme, et le musée attenant est encore une vue de l’esprit. L’étroite route défoncée qui permet de s’y rendre parcourt des forêts cultivées et de petits villages retirés qui étalent généreusement de jolis carrés de café aux couleurs diverses. Le passage de deux véhicules y est problématique, mais se résout avec le sourire. Et aussi : quel argument pour visiter la caverne, dont les précieux ossements sont conservés à Jakarta ? Pour les passionnés de l’histoire humaine toutefois, la visite de la grotte de Liang Bua, sorte de cavité béante disparaissant sous la végétation, laisse une impression extraordinaire. On peut encore librement, parcourir l’intérieur de cette grotte, toucher du pied les zones d’excavation, rêver devant les découvertes qui ne manqueront pas de voir le jour, grâce à des programmes bi-annuels de fouilles auxquels collaborent au moins quatre pays différents.

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Combat au fouet dans un village de Flores – photo Annik Schnitzler

Je donnerai donc un petit conseil pour finir : celui de visiter cette île très vite, avant que Liang Bua ne se transforme en vallée de la Dordogne bis. Et aussi pour une autre raison : le parcours de la route principale de l’île d’ouest en est, entre la grotte et la ville de Komodo, est certes un peu sportif et très long, mais permet de rencontrer quelques ethnies confinées, bien spécifiques de l’île. Sur la route, nous avons ainsi pu assister par hasard à une danse villageoise locale très colorée, laissant s’affronter deux jeunes gens au fouet. Certes, cela n’empêche pas les antennes de télé dans le village, les tee-shirts à l’occidentale, et les smartphones. Mais enfin, il reste quelque chose de sincère là dedans, qu’on ne ressent pas lorsqu’on assiste aux merveilleuses danses de l’île de Bali.

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Quelques sources bibliographiques

Aiello, L., 2010. Five years of Homo floresiensis. American Journal of Physical Anthropology 142, 167e179.
Allen, J., Gosden, C., White, J.P., 1989. Bednarik, R.G., 1999. Maritime navigation in the Lower and Middle Palaeolithic. Comptes Rendus de l’Académie des Sciences 328, 559e563.
Dennell RW, Louys J., O’Regan HJ, Wilkinson DM. The origins and persistence of Homo floresiensis on Flores: biogeographical and ecological perspectives Quaternary Science Reviews xxx (2013) 1e10
Diamond, J.M., 1987. Did Komodo dragons evolve to eat pygmy elephants? Nature 326, 832.
Kaifu, Y., Fujita, M., 2012. Fossil record of early modern humans in East Asia. Quaternary
International 248, 2e11
Jessop, T.S., Madsen, T., Sumner, J., Rudiharto, H., Phillips, J.A., Ciofi, C., 2006.
Maximum body size among insular Komodo dragon populations covaries with large prey density. Oikos 112, 422–429.
Hocknull, S.A., Piper, P.J., van den Bergh, G.D., Due, R.A., Morwood, M.J., Kurniawan, I., 2009. Dragon’s paradise lost: palaeobiogeography, evolution and extinction of the largest-ever terrestrial lizards (Varanidae). PLoS ONE 4 (9), e7241. http://dx.doi.org/10.1371/journal.pone.0007241.

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Les médias et la chasse : vers plus de transparence ?

 


par Marc Giraud

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Oser critiquer le lobby de la chasse dans les médias reste une chose rare, longtemps restreinte à des débats « pour ou contre » manichéens, aussi forts en décibels que faibles en arguments. Le traditionnel reportage sur le brave papy qui ramène un lapin à la maison pour nourrir sa famille tombe en désuétude, mais la censure, et pire, l’autocensure, s’observent encore largement dans les médias dominants.

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Pendant des années, l’ouverture générale de la chasse n’a donné lieu qu’à des marronniers, des reportages ingénus sur un phénomène de société que personne ne semblait remettre en cause. Ne semblait seulement. En effet, les campagnes de sensibilisation des associations sur les dessous de la chasse, la puissance financière et politique du lobby, son manque de démocratie, son impact destructeur sur la nature, ses oppositions aux mesures de protection, et bien sûr la souffrance des animaux, ont petit à petit fait leur chemin. Quelques pionniers avaient défriché ce chemin, comme Christian Zuber avec ses images de chasse à courre (interdit d’antenne par les autorités, il les diffusait lors de conférences avec Nadine Saunier, bravant des menaces de mort), Bernard Groslier et Paule Drouault dévoilant la réalité des pièges à mâchoires à la télé, ainsi que quelques autres JNE ou associatifs courageux. D’autres ont repris la relève avec le Roc, aujourd’hui disparu, ou l’Aspas, qui a réussi, entre autres, à alerter les médias sur les accidents liés à la chasse et à faire nuancer leurs reportages.

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Paradoxalement, le lobby chasse est de plus en plus fort en communication et en connivences politiques *, alors que ses effectifs baissent. Bien que les chiffres ne soient pas clairement communiqués, on ne compte plus qu’un million de chasseurs en France, et quasiment le double de végétariens ! Les rapports avec la nature, et la sensibilité à la souffrance animale évoluent, mais les responsables politiques beaucoup moins, car ils sous-estiment le poids électoral des millions de randonneurs et autres utilisateurs de la nature.

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Et les médias ? Notre confrère Allain Bougrain Dubourg a payé très cher ses prises de position contre le braconnage des tourterelles dans le Médoc, avec un brusque arrêt de ses émissions décidé par Xavier Gouyou-Beauchamps, alors Président de France Télévisions, mais également chasseur. Plus récemment, une enquête réalisée pour Canal +, Chasse, le pouvoir au bout du fusil, dénonçait consciencieusement les brutalités sur le terrain, le laxisme des autorités face aux accidents, les abus de pouvoir, en montrant à la fois des manœuvres de prosélytisme auprès des écoliers, ou un lobbyiste dictant les engagements du président de la République en faveur des chasseurs. Le reportage a été déprogrammé dès sa première diffusion le 10 septembre 2013, ce qui s’apparente à de la censure.

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D’autre part, les sujets sur la chasse sont presque systématiquement écartés par les responsables de rédaction (il ne s’agit pas là que de mon expérience personnelle), parce que « polémiques ». Les polémiques dérisoires ne dérangent pas les médias, mais la chasse fait encore peur. Tout se passe comme s’il était interdit de parler de la chasse sans la présence d’un chasseur **. Le simple fait d’énoncer des réalités objectives, même si elles sont critiques, n’est donc guère répandu dès qu’il s’agit de chasse, sans doute par crainte de réactions qui n’oublient pas d’être vives. Le sujet est donc écarté d’emblée, et l’information y perd beaucoup, ce qui s’apparente à de l’autocensure.

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Aujourd’hui, l’information évolue : elle change de médias. Si je ne peux pas entrer par la grande porte, je passe par la fenêtre ! Longtemps interdites de télé, les images des souffrances animales dans les abattoirs ont récemment flambé sur le Net. Diffusées par l’association L214, elles ont suscité un tel retentissement dans le public que les médias dominants ont bien été obligés de relayer l’info. Le même cheminement semble se profiler pour la chasse. Exaspérés par l’immobilisme de la situation, les citoyens diffusent eux-mêmes l’info. Un peu partout en France, des associatifs organisent des manifestations, des sit ins, réalisent des films (aux images parfois très dures), relaient des pétitions. Tellement de pétitions, d’ailleurs, qu’elles finissent par se noyer les unes les autres. Mais elles reflètent un ras-le-bol qui monte, qui monte. Les opposants à la chasse, ou tout simplement ceux qui en critiquent légitimement le fonctionnement, devraient finir par se faire entendre.

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Pour en savoir plus
L’Aspas (Association pour la protection des animaux sauvages) diffuse 10 vérités sur la chasse, pendant 10 jours, à l’occasion des principales ouvertures en France (en gros le 11 septembre au sud de la Loire, et les 18 et 25 septembre au nord).
Juste une vérité parmi les dix : « Chasser bourré, c’est légal ». En France, il n’y a pas d’alcootest pour les chasseurs, et pas de sanction en cas de chasse en état d’ébriété. Pourtant, un fusil n’est pas moins dangereux qu’une voiture…
Dossier de presse et contact : Madline Reynaud, Directrice – tél. 04 75 25 62 14 – direction@aspas-nature.org

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Un livre
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Comment se promener dans les bois sans se faire tirer dessus, sorti le 7 septembre en version poche. Marabout – 192 pages – 18X12,5 cm – 6,50 €.
Contact presse Alizé Bouttier – 01 43 92 35 97 pressemarabout@hachette-livre.fr

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*Voir, parmi tant d’autres, les promesses du candidat Sarkozy à… Château-Renard.

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**On constate la même chose avec le loup, que les médias ne savent plus évoquer sans focaliser sur les troupeaux et les éleveurs, répétant les uns après les autres les mêmes poncifs, ce qui trahit un affligeant désintérêt pour le dossier.

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Retrouvez Marc Giraud sur son blog en cliquant ici.

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