ACTUALITES

Informer : un devoir ou un délit ?

 


par Anne-Claire Poirier

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Depuis le début de l’année, quatre journaux et trois ONG ont été traînés devant les tribunaux par des multinationales vengeresses. A l’origine de ces « poursuites-baillons », des révélations d’évasion fiscale, des allégations d’accaparement de terres ou simplement l’évocation d’une situation économique chancelante… Que des sociétés surpuissantes croient bon d’appliquer la Loi du Talion – quand ce n’est pas la riposte massive – à quiconque se mettrait en travers de leur chemin est déjà inquiétant. Ce qui l’est plus encore, c’est quand les juges leur prêtent main forte…

16 janvier

C’est ce qu’il s’est passé le 16 janvier dernier, lorsque le tribunal de commerce de Paris a condamné l’hebdomadaire économique Challenges pour avoir informé ses lecteurs d’une procédure de «mandat ad hoc» concernant Conforama. Par son zèle et son outrance, l’ordonnance rendue par le tribunal est certainement allée bien au-delà des espoirs de l’enseigne. Outre la disparition complète de l’article (sous astreinte de 50 000 euros par jour de retard), le magazine s’est vu interdire de publier, à l’avenir, toutes nouvelles informations sur la procédure (10 000 euros par infraction). Une interdiction par avance ? Si ce n’est pas de la censure, ça y ressemble !

Inverser la hiérarchie des normes étant dans l’air du temps, le juge a choisi de faire passer le Code du commerce devant la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH). Le droit des affaires devant le droit à informer. Certes, le Code du commerce prévoit que les personnes impliquées dans une procédure de prévention des difficultés des entreprises soient soumises au secret. Mais l’article 10 de la CEDH prévoit que les journalistes ne sont liés par aucun secret, sinon le secret des sources.

Enfin, dans sa décision condamnant Challenges, le juge a cru bon d’expliquer que l’information révélée n’était pas d’intérêt général, entravant une fois de plus l’esprit de la CEDH. En effet, la liberté d’informer n’a pas à se justifier. Ce sont plutôt les restrictions à cette liberté qui doivent être motivées par la protection de l’intérêt général…

26 janvier

Dans le cas du groupe Bolloré, il y a fort à parier que ce n’est pas la protection de l’intérêt général qui a motivé la vingtaine de procédures en diffamation engagées à l’encontre de journalistes, d’associations, d’avocats, ou de lanceurs d’alerte depuis 2009. La dernière confrontation a eu lieu au Tribunal de Grande instance de Paris, le 26 janvier dernier. Mediapart, Le Point, l’Obs ainsi que les ONG Sherpa et reAct répondaient à la barre d’articles évoquant des accaparement de terres par sa filiale Socapalm au Cameroun.

Cette fois-ci, le parquet de Paris a requis la relaxe des accusés, mais cela ne change pas le tableau général : en multipliant les procédures judiciaires dans des proportions inédites, le groupe Bolloré se sert de la justice comme d’une arme de dissuasion massive à l’encontre de ses ennemis. Et la technique fait visiblement des émules : Apple, Orano (ex Areva), Vinci ou Véolia ont récemment attaqué en justice des organisations non gouvernementales ou des lanceurs d’alerte.

6 février

L’affaire LuxLeaks et ses derniers rebonds ne font que confirmer la criminalisation croissante des journalistes et des lanceurs d’affaires. Le 6 février dernier, le tribunal de Metz a débouté le journaliste Edouard Perrin ainsi que le lanceur d’alerte Raphaël Halet alors que ceux-ci réclamaient réparation pour le viol du secret des sources. En novembre 2014, le cabinet PwC avait en effet obtenu du juge la saisie des correspondances entre les deux hommes rendant possible l’identification du lanceur d’alerte. Quand la justice bafoue le droit à informer. Persiste. Et signe…

10 mars

C’est dans ce contexte que le SNJ – Syndicat national des journalistes – fêtera ses cent ans le 10 mars prochain : « cent ans de combats au service de l’information ». Le SNJ a été créé en réaction à la censure d’Etat. Aujourd’hui, ses membres bénévoles conseillent et accompagnent les journalistes devant les prétoires et luttent pied à pied contre une nouvelle forme de censure : celles des acteurs économiques.

Tout a changé ou presque en un siècle, mais dans la charte d’éthique du SNJ, on peut toujours lire : « le droit du public à une information de qualité, complète et libre, indépendante et pluraliste, rappelé dans la Déclaration des droit de l’homme et la Constitution française guide le journaliste dans l’exercice de sa mission. Cette responsabilité vis-à vis du citoyen prime sur toute autre ». Des valeurs à défendre collectivement pour qu’informer reste un devoir et ne devienne pas un délit…

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Fuerteventura, une petite Afrique au cœur de l’Atlantique

Pour qui a visité certaines îles spectaculaires des Canaries telles que Gomera, Tenerife ou Lanzarote, l’île de Fuerteventura semble bien austère : paysages désertiques de reliefs fortement érodés, creusés de ravins profonds, larges plaines de cailloux et de sables, dénommés les « jables », ou alors d’immenses coulées de laves offrant les paysages dits du « Malpais ».

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A Fuerteventura (Canaries), les cultures ne subsistent plus que dans certaines vallées – photo Annik Schnitzler

Introduction

La végétation quasi inexistante, se réfugie dans les fonds de vallées, en bordure des ruisseaux temporaires. En revanche, les grandes plages dunaires du nord-est et du sud tranchent par leurs couleurs d’un blanc éblouissant contrastant avec le bleu de la mer. Dans cette nature déjà difficile par les sols, le climat aride (moins de 100 m de pluie par an), les vents constants et les températures douces en toutes saisons favorisant une forte évaporation. Que diable sont venus faire ici les vagues successives d’humains, provenant de l’Afrique, puis du bassin méditerranéen, et finalement d’Europe ?

Quelques livres et visites de musées plus tard, mon regard a radicalement changé. L’histoire de cette île est étonnante, autant pour ses qualités esthétiques que pour ses valeurs scientifiques et culturelles.

On y apprend que les paysages de Fuerteventura sont le résultat de quatre grands types de formations géologiques. Le complexe basal qui s’étend sur 40 km dans la partie occidentale de l’île est fait de formes parfois douces, parfois en dents de scie, interrompues de multiples ravins secs. L’absence totale de végétation permet d’admirer, en fin de journée, les tons chromatiques entre brun et orange du matériel géologique mis à nu. Mais sa magie vient aussi de son origine et de son âge : ces paysages sont issus d’une surrection au grand jour d’un matériel géologique très ancien (entre 80 et 20 millions d’années), dit plutonique, formé dans des chambres magmatiques du manteau terrestre, à plusieurs kilomètres de profondeur dans la terre. Les roches plutoniques sont en effet différentes des roches volcaniques. Elles se forment par refroidissement lent, par agrégation de grands cristaux, à la différence des roches volcaniques, expulsées brutalement et formées de petits cristaux. Les roches plutoniques de Fuerteventura sont remontées à la surface lors de la naissance de cette île. Elles étaient alors surmontées par des volcans qui atteignaient alors près de 3000 m d’altitude. Depuis, l’érosion a fait son œuvre et les volcans ont tous disparu, mettant les roches des profondeurs en pleine lumière.

La « Montagne Colorée », ensemble de petits volcans arrondis au nord de l’île de Fuerteventura – photo Annik Schnitzler

Trois cycles volcaniques successifs de volcans subsistent dans l’île, au nord, au centre et au sud. Le premier correspond à un cycle de volcanisme qui a eu lieu au Miocène, entre 20 et 12 millions d’années. Au cours d’un deuxième cycle de volcanisme ayant eu lieu à la transition entre Pliocène (Tertiaire) et début du Quaternaire, autour de 5 millions d’années, se sont formés les paysages de lave noire et sans végétation, les « Malpais » impropres à l’agriculture. Le dernier cycle est âgé de moins d’un million d’années. On lui doit quelques magnifiques paysages, comme la « Montagne Colorée » au nord de l’île : quelques minutes avant le coucher du soleil, ces petits volcans arrondis prennent une couleur rouge incendiaire d’une surprenante beauté.

Au cours des derniers cycles volcaniques se sont également déposées les vastes étendues de sables provenant du Sahara, qui forment des dunes plus ou moins encroûtées, d’une blancheur immaculée au nord et au sud de l’île. Divers arguments sédimentologiques et paléontologiques (grâce aux découvertes d’une avifaune fossile) indiquent qu’à ces époques reculées le climat était plus frais et plus aride.

 

Euphorbia canariensis, témoin des paysages primitifs de Fuerteventura – photo Annik Schnitzler

La vie dans le désert

L’eau douce n’est toutefois pas absente de Fuerteventura. Des pluies diluviennes périodiques s’écoulent des flans dénudés des montagnes, envahissant routes et villages. L’eau s’infiltre dans les fonds de vallon,s rejaillissant plus en aval jusqu’à la mer. Ce miracle annuel n’est pas très long. Très vite, les ravins s’assèchent, mais la vie est tout de même possible dans tous types de milieux. On y trouve quelques merveilles, comme une des euphorbes les plus rares au monde, l’Euphorbe de Jandia (Euphorbia handiensis), présente uniquement dans quelques vallées tout au sud. D’autres espèces d’euphorbes occupent les flancs des montagnes, mais toujours de manière discrète. Les fonds de vallons sont parfois colonisés par un tamaris et un palmier, tous deux endémiques des Canaries.

Pie grièche méridiionale, sous-espèce endémique de l’île de Fuerteventura – photo Annik Schnitzler

En dehors des petits mammifères (chauves-souris et rongeurs), les mammifères n’ont pu parvenir à Fuerteventura, malgré la proximité de l’Afrique. Les oiseaux ici sont souvent des sous-espèces endémiques de l’île. J’ai pu admirer certaines d’entre elles, le Pipit de Berthelot (Anthus berthelotii), la pie-grièche méridionale (Lanius meridionalis), très commune dans l’île, la mésange bleue des Canaries (Cyanistes caeruleus), le grand corbeau (Corvus corax), un des rares corvidés de l’île, et plus petit que son cousin européen), le faucon crécerelle (Falco tinnunculus), la buse variable (Buteo butea ssp insularum). D’autres hivernent comme le courlis corlieu (Numenius phaeopus). Malheureusement, je n’ai pu observer des espèces plus localisées typiques de l’avifaune d’Afrique du nord, comme l’Outarde houbara (Chlamydotis un dulata ssp fuertaventurae) malgré des recherches actives dans leurs sites au sud-est de l’île.

Pour protéger la biodiversité unique de l’île, une grande partie a été classée en réserve de la biosphère en 2009. Toutefois, des problèmes de survie sont soulevés pour certaines espèces. Ainsi, la sous-espèce canarienne du vautour percnoptère (Neophron percnopterus ssp majorensis), naturellement présente sur les îles macaronésiennes, s’est récemment considérablement réduite. Il ne reste d’individus qu’à Fuerteventura et Lanzarote, où la population continue à se réduire depuis environ 20 ans. Pourtant, la nourriture abonde dans l’île, grâce à la présence de troupeaux de chèvres, captives ou en liberté, de moutons, vaches, chevaux, dont les vautours consomment les cadavres laissés sur place. Une possibilité pourrait être les causes indirectes de la lutte par le poison contre la prolifération des animaux féraux (chiens, chats, buse, corbeau). Des programmes de protection sont mis en place, incluant à la fois la mise en garde de la population contre les dangers de l’épandage de poisons, la protection des sites de nidification, l’élevage de poussins en zoos, suivis de lâcher dans toutes les îles des Canaries.

Histoire de la colonisation humaine

Les données archéologiques canariennes ont détecté une présence humaine dès le milieu du premier millénaire av. J.C., autour de 1830 av J.C. Des Africains poussés par une croissance démographique des côtes occidentales sont arrivés sur cette île par bateaux pontés, visible par temps clair, sans essaimer sur les autres îles. Ce peuple a alors développé une culture spécifique, celle des Majos. Les traces des Majos restent toutefois rares. Les plus impressionnantes sont le village berbère près de Pozo Negro sur la côte Est, fait de huttes rondes en pierres de lave. Ces hommes ont apporté des animaux domestiques, chiens, chèvres, moutons et porcs, qui ont été trouvés dans le site archéologique de la Cueva de Villaverde. Ces animaux sont typiques de races sélectionnées par les peuples préhistoriques et protohistoriques des zones de l’Atlas, de Fezzan et de Tassili, et aussi d’Egypte ancienne. Ce sont également les Majos qui ont gravé les trois cents pétroglyphes en forme de voûte plantaire, qu’on trouve concentrés au sommet de la montagne volcanique sacrée de Tindaya vers le nord de l’île.

Mais l’arrivée de l’homme pourrait être bien antérieure. En effet, des restes de souris domestiques ont été trouvées dans le site paléontologique de la Cueva del Llano, daté du cinquième millénaire av. J.-C. Les hommes seraient arrivés par des radeaux, toujours pour la même raison : une intensification de la présence humaine sur les côtes d’Afrique du Nord. L’arrivée de ces hommes aurait été favorisée par une période climatique plus humide qui aurait permis la traversée du courant rapide et froid des Canaries. Lors du retour de phases arides, la colonisation humaine n’a plus pu se réaliser durant quelques millénaires.

A l’échelle des îles Canaries, les migrations humaines ont eu lieu plusieurs fois, mais chaque île présentait une forte individualisation culturelle, notamment avec le continent tout proche en raison de la force et de la direction des courants marins qui n’aident guère à revenir sur le continent.

L’ingéniosité de l’homme à capter l’eau : un élément essentiel pour la survie des populations en dépit de l’aridité du milieu

L’île permet de supporter de petites populations humaines grâce à des précipitations certes irrégulières et de type torrentiel, mais qui, une fois canalisées, supportent une agriculture durable. La preuve, Fuerteventura a été le grenier des Canaries ces derniers siècles, jusqu’à la récente déprise agricole. Les vestiges de cette agriculture ingénieuse sont nombreuses dans les paysages actuels. Certaines montagnes aux reliefs doux supportent une « agriculture du sec », par un système de petites terrasses successives, qui couvrent d’impressionnantes étendues dans certaines montagnes, comme la vallée de Vallebron. Ces terrasses sont construites également dans les lits des rivières temporaires qui creusent les flancs des vallées. Dans les lits asséchés, on plante alors des légumes, quelques arbres fruitiers. Les gavias sont d’autres techniques communes aux pays à climat aride, propices à retenir l’eau de ruissellement et les sédiments tout en minimisant l’évaporation. Ce sont des sortes de cuvettes en terre, entourées de murs en terre et reliées entre elles à partir du flanc de coteau, dans des zones proches des ravins. Cette culture d’irrigation collective, qui a pris son essor dans les années 1930, permet de cultiver, après les pluies, fruits et légumes. Dans les zones plus sèches, la culture est de type céréalier (blé, millet, orge), légumineuses (lentilles) et de légumes (ail, pomme de terre). En bordure des gavias, on plante le palmier canarien, souvent accompagné par le tamaris endémique lorsque les eaux sont légèrement salées.

Outre des zones de culture, les paysages sont émaillés de grandes mares (pour abreuver les animaux domestiques), des réservoirs au fond imperméable, au fonctionnement complexe, munis de rigoles, de murets et dont l’eau était transportée par des dromadaires, et de puits profonds atteignant les nappes qui permettaient de faire une culture d’irrigation dans les paysages les plus favorables à l’agriculture ; l’eau a été amenée en surface au XXe siècle par des moulins à vent ou au diesel, provenant d’Allemagne ou d’Angleterre puis après la Grande Guerre, des Etats-Unis.

Fuerteventura aujourd’hui

De vastes étendues férales

Ces paysages agraires et paysages d’eau se sont détériorés ces dernières décennies avec le déclin des activités agricoles au profit du tourisme. Les murets de pente et de ravins s’écroulent, envahis par des plantes rudérales (cactus, tabac glauque, ou espèces épineuses locales typiques des stades de colonisation).

L’abandon de l’agriculture traditionnelle en terrasses frappe le voyageur circulant à l’intérieur de l’île. Pour le plus grand bien de la nature d’ailleurs. Le paysage végétal a en effet été profondément marqué par l’abroutissement par les chèvres qui constituaient un important cheptel dans le passé. Certains guides vont jusqu’à dire que l’aspect semi-désertique de Fuerteventura serait surtout dû au surpâturage par les chèvres. Avant la venue des premiers agriculteurs, les volcans étaient colonisés par des euphorbes (Euphorbia balsamifera, E. canariensis) ainsi que Kleinia neriifolia. Ces espèces témoins des écosystèmes primitifs n’existent plus que sous forme de vestiges. Toutefois, dans les zones où les chèvres se sont raréfiées, la végétation reprend très modestement, en démarrant par d’autres plantes, telles que l’aulaga (Launea arborescens), voire le tabac arborescent (Nicotiana glauca), une plante originaire du Mexique et du sud-ouest des États-Unis.

Les chèvres sont cependant encore bien présentes sur l’île (70 000 en 1998, auxquels s’ajoutent les 4000 à 20 000 individus ensauvagés qui vivent sur les terres improductives). Ces chèvres sont maintenant confrontées à un nouveau problème, l’intoxication par la consommation du tabac glauque qui provoque notamment des avortements spontanés.

Panneau interdisant la montée au Tindaya, montagne volcanique sacrée vers le nord de l’île de Fuerteventura. Une main anonyme a ajouté en haut : « La foi transporte les montagnes, mais l’argent les fait disparaître » – photo Annik Schnitzler

Les sites mythiques des Majos menacés par un projet pharaonique

La montagne de Tindaya, célèbre pour ses pétroglyphes, fait l’objet depuis 25 ans de polémiques au sujet d’un projet pharaonique imaginé par le célèbre sculpteur Eduardo Chillida, qui souhaitait créer un espace artistique à l’intérieur de la montagne, en perçant des ouvertures afin que la lumière du soleil et de la lune y pénètre jusqu’à une chambre intérieure. Il s’agit d’une « œuvre de tolérance » d’un coût évalué à 25 millions d’euros. Les opposants ayant occupé la montagne, sa visite est à présent interdite aux promeneurs. La vidéo à découvrir ci-dessous dénonce le gaspillage d’argent, le saccage de la montagne et les dangers potentiels d’un creusement dans une montagne volcanique. Côté personnel, je regrette de n’avoir pu grimper au sommet admirer les fameux pétroglyphes !

En conclusion de ce petit voyage, je retiens quelques faits essentiels : à quel point la nature a été transformée par les vagues de populations humaines depuis des millénaires, tant par les extinctions que les apports d’espèces (un classique pour les îles proches des continents, et de surcroît naturellement vulnérables par les climats); et combien ces populations humaines ont été habiles à survivre dans un tel milieu.

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Références

De Menocal P., Ortiz J., Guilderson T., Adkins J., Sarnthein M., Baker L., Yarusinsky M. 2000. Abrupt onset and termination of the African Humid Period : rapid climate responses to gradual insolation forcing. Quaternary Science Reviews 19, 347-361

Gaillard M.C. (1934). Contribution à l’étude de la faune préhistorique de l’Egypte. Archives du Muséum d’Histoire Naturelle de Lyon 14:1-121.

Donazar J.A., Palaiosa C.J., Gangosoa L., Ceballosa O., Gonza M.J., Hiraldoa F. 2002. Conservation status and limiting factors in the endangered population of Egyptian Vulture (Neophron percnopterus) in the Canary Islands. Biological Conservation 107, 89–97.

Michaux J. La souris, les rongeurs endémiques et l’implantation humaine sur les îles Canaries. 2007. https://www.cairn.info/revue-diogene-2007-2-page-78.htm

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Mort d’un Juste

Esmond Bradley Martin a été assassiné chez lui, dans la banlieue de Nairobi, le dimanche 4 février 2018. C’est une tragédie pour la défense de la nature.

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par Alain Zecchini

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Car cet Américain de 76 ans établi au Kenya menait, depuis plus de quarante ans, un combat passionné pour les éléphants et les rhinocéros. Il était devenu un des meilleurs (et peut-être le meilleur) spécialistes au monde dans la connaissance des trafics de la faune sauvage. Il se dévouait complètement à la mission qu’il avait choisie, entreprenant des enquêtes sur le terrain, en Asie et en Afrique principalement (puisque c’est là que les problématiques se jouent essentiellement), et non sans risques.

Bénéficiant de la reconnaissance des gouvernements, et des ONG de protection de la faune sauvage, il apportait les informations nécessaires à la fois pour nourrir les rapports sur les trafics et pour influer sur les décideurs. Mais manifestement, cette reconnaissance n’a pas suffi – et on peut dire aussi, malheureusement, qu’il paie de prix de la valeur de ces informations, qui ne pouvaient que contrecarrer les agissements des trafiquants, du commerce basé sur le braconnage.

A chaque CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction), il jouait un rôle capital de « lobbying », et il avait été largement l’artisan du vote de plusieurs textes améliorant le statut d’espèces en danger, comme justement les éléphants et les rhinocéros.

Auteur de plusieurs livres, et de quantité de publications dans les revues spécialisées, il avait su expliquer parfaitement les circuits illégaux de l’offre et de la demande de ces grands mammifères. Il avait suivi, depuis plusieurs dizaines d’années, l’évolution de ces circuits, traquant sans relâche les nouveaux centres de consommation, les techniques des trafiquants, mettant l’accent sur l’urgence, qui ne change pas, de mettre en place des programmes de protection efficace.
Il a donc été assassiné, et parce qu’il gênait.

Ce n’est pas un hasard que ce drame soit arrivé maintenant. En Asie surtout, on constate l’émergence de catégories de la population, dans plusieurs pays, à fort pouvoir d’achat. De plus en plus. Celles-là (comme d’ailleurs le reste de la population), qui ne veulent pas d’ersatz de faune ou de flore sauvages, mais des « produits » authentiques. C’est-à-dire, pour les éléphants comme pour les rhinocéros, des vraies défenses, des vraies cornes. Donc la réponse en face de cette demande, c’est de prendre la ressource là où elle est, comme elle est, c’est-à-dire sur les animaux, que l’on tue, dans leur environnement.

La quasi-totalité des pays abritant ces animaux n’ont pas les moyens financiers, ou la volonté (ou les deux à la fois) de se défendre efficacement contre les braconniers, et il faut compter aussi, souvent, sur la corruption endémique de ces pays. On sait que les éléphants comme les rhinocéros ne cessent de diminuer, que certaines de leurs populations ont déjà purement et simplement déjà été éradiquées – mais sur le fond, en quoi cela change-t-il quelque chose sur l’implication véritable des Etats, et des Etats industrialisés, puisque ce sont eux qui auraient le pouvoir d’agir efficacement, pour ces problèmes ?

Comme toujours, l’argument à peine non avoué, c’est que l’espèce humaine est prioritaire… Au nom de quoi, on assiste à un appauvrissement généralisé de la biodiversité dans le monde, la nature se paupérise, et le sort de nombre d’espèces semble promis de figurer, à brève échéance, dans les livres d’histoire naturelle. Les réglementations que les pays consommateurs peuvent prendre, et il y en a eu plusieurs, notamment dans les années récentes, pour interdire tout commerce d’espèces menacées, notamment les éléphants et les rhinocéros, semblent être largement des cautères sur des jambes de bois, tellement la demande est forte.

En 2017, 197 défenseurs de la nature et de la faune sauvage ont été tués dans le monde. Rappelons notamment Wayne Lotter, autre grande figure, assassiné en Tanzanie. Esmond Bradley Martin s’ajoute à cette liste. Espérons pour lui (et pour nous) que sa vie de rigueur inspirera des vocations nouvelles, plus que jamais nécessaires. Et saluons sa mémoire, il le mérite amplement.

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Retrouvez Alain Zecchini sur son blog en cliquant ici.

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Youri sur son arbre penché

Voici l’histoire* de Youri, un lynx mâle qui vit dans une forêt biélorusse et dont vous allez découvrir certains comportements peu connus des scientifiques et des naturalistes.

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par Jean-Claude Génot

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Youri passe du temps perché sur les arbres renversés – photo Vadim Sidorovich

Dans la forêt de Naliboki où Youri est né, il fut un temps où les lynx étaient rares à cause de la chasse. Mais au moment où les parents de Youri se sont rencontrés, la population de lynx était en augmentation. Contrairement à ce qui est écrit dans de nombreux ouvrages sur la biologie du lynx, le père de Youri a rencontré sa mère bien avant leur accouplement qui a eu lieu en février. Le couple s’est effectivement formé dès le mois de décembre, sans doute pour faire face, ensemble, à un hiver très enneigé où la capture de chaque proie compte pour la survie. Durant la période ayant précédé les accouplements, le père de Youri a passé du temps à parcourir son territoire qu’il défend contre d’autres prétendants, en faisant de nombreux marquages visuels et olfactifs. Il a uriné contre un poteau en bois et sur un arbre couvert de mousse, il s’est frotté contre des souches renversées en laissant ses poils ou encore il a gratté des arbres vivants ou morts en se mettant debout sur ses pattes postérieures. Les accouplements ont eu lieu à l’abri des regards dans des fourrés denses au milieu d’épicéas renversés par une tempête.

Ensuite les deux adultes se sont séparés, le mâle a pris la direction d’une vaste forêt de pins avec des coupes où les chevreuils sont nombreux et la femelle s’est réfugiée sur une « île », une forêt de vieux chênes avec des épicéas, des bouleaux et des érables planes, entourée de canaux de drainage et accessible uniquement en empruntant des troncs tombés en travers des canaux. Dans le mois et demi qui a précédé la mise-bas, la femelle a passé du temps sur la grosse branche charpentière d’un vieux chêne renversé. Assise en hauteur sur cette branche, elle a fait le guet et a surveillé les alentours. Si un chevreuil s’était approché, elle aurait fait alors une approche au ras du sol en utilisant tous les obstacles naturels pour ne pas être vue. Plus elle est proche et plus elle a des chances de saisir le chevreuil, qui normalement en fuite est beaucoup plus rapide que le lynx.

Puis la mère de Youri a passé du temps pour repérer un gîte de mise-bas, discret et sûr. Il s’agit d’un gros tas de branches entassées après une coupe, d’où elle pourra voir venir tout danger éventuel. Mais au préalable, elle a fait le tour des environs sur deux bons kilomètres de rayon, afin de découvrir d’autres gîtes de secours pour y déposer ses futurs jeunes en cas de dérangement dans le site de mise-bas. En faisant cela, elle n’a pas manqué de tuer un renard qui venait de creuser un terrier dans une pente sableuse, afin d’éliminer un danger pour ses jeunes. Plus loin dans une zone renversée par une tempête, elle a surpris un chien viverrin en train de fouiner sous la souche d’un arbre au sol qui ferait une parfaite cachette pour des jeunes lynx. Elle a bondi sur l’animal par derrière en le saisissant par ses pattes antérieures toutes griffes dehors, ce qui a blessé gravement le chien viverrin. Puis elle l’a saisi à la gorge et l’a étouffé très vite.

La naissance de Youri et de son frère a eu lieu début mai dans le gîte sous les branchages que leur mère avait repéré. Très vite, la femelle a dû laisser ses petits seuls pour aller chasser sur une surface assez restreinte de quelques centaines d’hectares. C’est lors d’une de ses chasses, alors que les deux petits étaient sortis du tas de branchages, que le frère de Youri a été piétiné par un bison. Youri est resté seul avec sa mère qu’il a très vite suivi pour apprendre à trouver les bons endroits pour chasser et les arbres suffisamment penchés pour y grimper facilement et s’en servir de poste d’observation. Youri a survécu à son premier hiver parce que sa mère était expérimentée et capable de capturer d’autres proies que le chevreuil si celui-ci vient à manquer.

La mère de Youri s’est accouplée avec un nouveau mâle mais il est resté avec sa mère même après la mise-bas où il a pu découvrir ses deux sœurs sur qui il a veillé les premiers mois. Cela n’a pas empêché une des jeunes femelles d’être tuée par une louve. Cette famille de lynx atypique composée de la mère, d’une jeune de l’année et de Youri presqu’adulte désormais a mené la vie dure aux chevreuils de leur domaine d’action. Mais très vite Youri a quitté son clan pour partir seul vers un territoire composé de vastes forêts de pins sur des dunes d’origine éolienne, de vieilles forêts de chênes et de tilleuls et de marais avec plus ou moins de bouleaux. Il a désormais plus d’un an et demi, il est fort mais élégant. Il a résisté à un hiver rigoureux. Il passe beaucoup de temps sur des arbres tortueux qui lui offre la possibilité de guetter les environs et d‘échapper aux moustiques en été.

Youri vient de visiter une tanière de loup – photo Vadim Sidorovich

Youri s’est rendu compte qu’il existait une meute de loups sur son territoire et cela ne l’enchante pas. Il ne cherche pas à se mesurer à eux car ils sont en groupe mais en forêt, en cas de rencontre, il peut toujours leur échapper en grimpant sur un arbre. Il a uriné à plusieurs endroits où il sait que la meute passe. Son marquage intrigue les loups alors que Youri ne s’arrête pas là où les loups urinent. Youri s’est vite rendu compte que les loups possèdent de nombreuses tanières souvent dans des terriers de renard ou de blaireau qu’ils ont élargi. Lors du printemps de sa deuxième année, en marchant sur un talus en bordure d’une aulnaie marécageuse, il est tombé sur un terrier entouré de nombreuses traces. Il est entré dans le terrier et y a découvert sept louveteaux, nés quelques jours plus tôt. Leurs parents avaient dû partir chasser. Il n’a pas oublié qu’une de ses jeunes sœurs a été tuée par une louve. Son instinct de prédateur ne l’a pas fait hésiter un seul instant. Il tue méthodiquement tous les louveteaux et quitte rapidement le terrier. Par défi, il griffe profondément le tronc d’un arbre mort, situé à proximité comme pour signer son acte.

Un arbre tortueux utilisé par le lynx – photo Jean-Claude Génot

A partir de cet instant, Youri va devenir un tueur de loup, lui qui maintenant est capable de capturer un chevreuil, un castor ou un grand tétras. Désormais, chaque printemps, il arpente tous les endroits propices à l’installation des tanières de loup et malheur aux louveteaux laissés seuls au fond d’un terrier. Youri nargue les loups en suivant leurs pistes, alors que ces derniers hésitent à suivre les siennes. Un soir de mai, je l’ai vu à la tombée de la nuit, assis au bord d’un chemin forestier, ou plutôt j’ai vu ses deux gros yeux verts tournés vers notre voiture. Il a vite disparu tel un fantôme, absorbé par la forêt sombre. Youri est devenu une légende. Non content de semer la panique chez les loups en tuant leur progéniture, il a blessé gravement un loup adulte lors d’une rencontre en journée sur un chemin forestier. La scène a été immortalisée par un piège photographique : d’abord le face à face entre Youri et le loup, le combat entre les deux prédateurs qui roulent sur le sol, ensuite Youri intact et queue à l’horizontale faisant le fier et enfin le loup, avec une blessure profonde sur le flanc. Au cours d’un printemps qui a suivi cette rencontre, il a passé du temps dans un marais où nichent des grues cendrées. Mais un braconnier aurait été vu dans les parages et depuis plus de nouvelles de Youri.
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L’histoire est évidemment le fruit de mon imagination, mais elle est basée sur des faits réels et des observations inédites faites par Vadim Sidorovich, zoologiste de l’Académie des sciences de Biélorussie qui étudie la faune sauvage depuis une trentaine d’années.

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Accélérer la croissance des énergies renouvelables face à l’urgence climatique

« Accélérer la croissance des énergies renouvelables face à l’urgence climatique » : tel était l’objectif du 19e colloque annuel du Syndicat des énergies renouvelables (SER), ce jeudi 8 février 2018, à la Maison de l’UNESCO à Paris. Un vœu pieux à l’heure où tant d’indicateurs climatiques sont au rouge ! Par quel bout prendre un problème planétaire ?

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par Jane Hervé

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Comment aller de l’avant pour déterminer les énergies renouvelables qui seront inéluctablement notre avenir ? En croisant opportunément des regards pour qu’émerge enfin une approche aussi cohérente qu’universelle. Celui du président directeur général d’EDF, Jean-Bernard Lévy ; celui d’Isabelle Kocher, directrice générale d’Engie. Nul doute, il faut « verdir l’énergie ». selon cette dernière qui estime qu’il faut « décarboner l’électricité, développer le gaz vert » (par l’hydrolyse de l’eau). Une transition par étapes.

Ca avance. Le rythme de passage à l’énergie solaire s’accélère. Certes, sept années sont encore nécessaires entre le répérage et les installations d’éoliennes, années ponctuées de rejets (« on ne veut pas une éolienne dans son jardin ») ou de recours comme ceux du plan éoliennes en mer décidé il y a dix ans.. Anne Hidalgo qui a pris la tête du C40 (City Climate Leadership) insiste sur l’importance de « l’acceptabilité » par tous. Cette volonté est désormais de plus en plus partagée entre les 92 métropoles mondiales qui y participent. Il faut cumuler les adhésions des populations et des riverains, avec l’adhésion générale en un équilibre qui n’est jamais évident à trouver. L’accord de Paris (2015) permettra  « la survie de notre espèce ». Ni plus, ni moins. Soyons lucides. Trop de vives controverses bloquent encore  l’évolution comme la sortie du diesel et son remplacement par l’électrique et l’hydrogène. Le plan climat de la Ville de Paris compte pas moins de 500 mesures pour basculer vers le renouvelable et le recyclable, pour y parvenir à 100 % en 2050. Des mesures tous azimuts qui impliquent une transformation des habitudes des Parisiens. Il faut aller vite. En effet, en 18 mois Paris a connu pas moins de quatre canicules et deux crues. Des villes sont déjà innovantes, chacune à sa façon : Tokyo fonctionne depuis 1992 à l’hydrogène, Copenhague développe l’usage du vélo, San Francisco avec Zéro Déchets.

L’engagement citoyen est essentiel (ex : Planet Quartier dans le IIIe arrondissement de Paris). Les femmes ont « une place spécifique dans la transition énergétique » dans les entreprises ou dans les ONG : ce sont nos Women for Climate qui sont « un levier majeur pour accélérer le processus » (dixit Anne Hidalgo). A nous désormais de véhiculer – ensemble – un message citoyen de sobriété, d’économie de l’énergie, d’isolation thermique, etc.

Au fond, la première chose à renouveler dans le monde d’aujourd’hui c’est, en priorité, notre état d’esprit si égoïste et consumériste. Quitte à rendre enfin durable ce renouvellement de nos pensées !

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Un colloque sur le désenclavement des territoires ultramarins, pour quoi faire ?

7 février 2018. L’association Métamorphose Outremers, née à l’initiative de deux journalistes cherchant à mieux faire connaître les territoires ultramarins par le monde de l’Hexagone, organise un colloque sur le désenclavement des territoires ultramarins, avec un sous-titre un tantinet provocateur « la France rayonne sur les mers par ses outre mers ».

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par Dominique Martin Ferrari

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Titre provocateur, mais déjà moins osé que le titre de la précédente rencontre qui s’est déroulée à l’Assemblée nationale  le 23 novembre « la France géant des mers ».

En fait, face à l’offensive économique qui se dessine sur l’océan  nous nous sommes posés cette question : comment réussir le pari, prôné à juste titre par Macron, de faire naître un réflexe outremer au sein de chaque ministère ? Notre réponse : en les secouant et en mettant autour d’une même table les réflexions scientifiques, économiques, environnementales et de défense de ce bien commun qu’est l’océan et qui est le monde du « vivre avec » des territoires ultra marins.

Quelques cinquantaines de documentaires et une dizaine d’années d’investigation plus tard,  je reste persuadée que nos compatriotes appréhendent mal ces territoires dont à la fois ils ne veulent rien connaître « parce qu’ils ne sont pas colonialistes » et en même temps n’hésitent pas à revendiquer « ce qui est bon et juste pour eux ». Malgré le soutien des associations de journalistes spécialisés dans l’environnement (NDLR : dont les JNE), on pouvait regretter à cette manifestation, l’ absence de participation des confrères et bien sûr des commentaires sur une démarche cache sexe d’un reliquat de colonialisme. Pourtant l’outremer, ce sont cinq départements et régions spécifiques, représentées par des députés et des sénateurs, qui décident de leur sort. Revendications d’autonomie et d’indépendance ne relèvent-elles pas d’abord de leur responsabilité ? Car on peut prendre la question à l’envers. Qui est le colonialiste ? Ce politique ou cet écolo  qui revendique  80 % de biodiversité ? La 2e place de puissance maritime ? Le plus grand territoire corallien du monde ? La seule forêt tropicale européenne ? Peut-on accepter comme je le vois à chaque négociation internationale que la France se vante de toutes ces richesses, et tolérer les 30 % de chômeurs en Guyane, à la Réunion, le sous-développement de Mayotte ?

Les mêmes qui, à juste titre, vont s’élever contre un projet pharaonique de mine d’or à ciel ouvert ne chercheront pas à régler la question de l’orpaillage clandestin et du juste droit de la Guyane à profiter de ses richesses. Ceux qui protègent atolls et coraux du Pacifique ne se préoccuperont pas de l’offensive chinoise sur les mers locales et de la surpêche. L’objet de cette rencontre, comme de celles qui l’ont précédée, est de chercher des solutions. La mer sera-t-elle l’eldorado du XXI° siècle comme l’espèrent certains ? Entre le sous cloche et le développement sauvage, entre les ambitions locales et les règles internationales, il convient de trouver une solution pour aider ces cinq régions outre mer à mieux vivre. Les interrogations posées par la journée du 7 février sont une goutte d’eau, mais si nous ne cherchons pas à écouter les demandes, nous ne pourrons entendre les justes revendications, les soutenir, et nous resterons dans l’idéologie bien loin du réel.

 

Découvrez le programme complet de ce colloque en cliquant ici.

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Notre-Dame-des-Landes : une magnifique victoire… pour la nature !

Quelle semaine, les amis ! Le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes est abandonné.

par Hervé Kempf 

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Beaucoup a déjà été dit sur cette magnifique victoire du mouvement écologiste. Il est important de dire aussi en quelques mots que c’est aussi une très bonne nouvelle pour la nature. Car ce sont ainsi 1.650 hectares de zone humide et de bocage qui échappent à l’artificialisation, et sans doute bien plus, car la création de l’aéroport à cet endroit aurait été un puissant stimulant de l’étalement urbain de l’agglomération de Nantes vers le nord, et sans doute aussi de celle de Rennes vers le sud.

Plus précisément, ce sont des espèces devenues très rares dans cette région qui sont aussi sauvées : flûteau nageant, chêne tauzin, grand capricorne, triton crêté et triton marbré, grenouille agile, campagnol amphibie sont quelques-uns de ces animaux et plantes qui seront préservés.

Il importe ici de souligner le rôle qu’ont eu les Naturalistes en lutte, qui ont pesé fortement à partir du moment où ils se sont créés, en 2013, et ont notamment montré que l’expertise écologique officielle, menée par le cabinet Biotope, était grossièrement insuffisante.

Enfin, l’avenir va être tout à fait aussi intéressant : car la zone de Notre-Dame-des-Landes est devenu un exemple d’un milieu où des activités paysannes se développent tout en respectant la biodiversité. C’est la nouvelle bataille à mener : faire en sorte que cette expérience agro-écologique au sens le plus riche du terme puisse continuer à prospérer à Notre-Dame-des-Landes.


A lire sur Reporterre, le dossier complet sur l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

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Plan d’Action loup 2018-2022 : les protecteurs déçus par Hulot

Plein d’espoirs sur la mise en place d’une vraie cohabitation entre éleveurs et prédateurs, les défenseurs de la vie sauvage attendaient un tournant de la part du gouvernement. Il n’en est rien : mis à part quelques avancées très floues, le Plan national d’action loup 2018-2022 est essentiellement fondé sur des tirs de loups.

par Marc Giraud

Le samedi 13 janvier 2018, des représentants du collectif CAP Loup venus de toute la France ont porté au ministère de la Transition écologique et solidaire le message de milliers de Français et de ses 200 000 membres – Photo CAP Loup


Ce nouveau Plan loup reste donc dans la lignée des tirs voulus par Ségolène Royal. Il est soumis jusqu’au 29 janvier à la consultation du public et à l’avis du CNPN (Conseil National de Protection de la Nature), et devrait être adopté en février.

Quand c’est flou…

Quelques timides avancées ont été obtenues par les défenseurs des loups : les mesures de protection devraient être développées et mieux contrôlées, les tirs de défense (c’est-à-dire près des troupeaux) privilégiés en période d’exposition des troupeaux (janvier à septembre), les tirs de prélèvements (en dehors des troupeaux) restreints de septembre à décembre.

En principe, les éleveurs ne protégeant pas leur troupeau ne devraient plus être indemnisés de leurs pertes, et de trop nombreux éleveurs ne jouent pas le jeu. Cette conditionnalité de l’indemnisation à la protection est une mesure que les associatifs de CAP Loup demandent depuis des années, mais les termes du plan en limitent fortement la portée : le contrôle sera effectué « en routine » et non lors du constat des dommages. Mais c’est précisément à cette occasion que ce contrôle serait le plus aisé (agent déjà sur place), et le plus utile pour déterminer si la mesure de protection était effectivement en place au moment de l’attaque. Par ailleurs, cette conditionnalité ne sera mise en place que « de façon proportionnée, progressive et adaptée à l’ancienneté de la colonisation de l’espèce et au niveau d’attaques subies par les troupeaux ». Autant dire que ça n’est pas fait…

Pire, le plan prévoit de freiner l’expansion du loup sur les fronts de colonisation où les éleveurs seront dispensés de toute protection de leur troupeau ! Ou comment reporter les difficultés sur les zones voisines, et sur les années suivantes…

Quant au seuil annoncé de 500 loups d’ici la fin du quinquennat, il est loin de garantir la viabilité de l’espèce à long terme, de l’ordre de 2 500 à 5 000 individus selon l’expertise ESCO. Et que se passera-t-il une fois ce seuil atteint ? Est-ce la population maximale que les politiques sont prêts à accueillir ?

Les ministres changent, les tirs de loups continuent

Ce plan ne contient aucune remise en cause fondamentale de ce qui ne fonctionne pas depuis 14 ans, le fil directeur reste l’organisation des tirs. Depuis 2004 des loups sont abattus, depuis 2004 les dommages augmentent… Les études menées à l’étranger le montrent : les tirs létaux sont inefficaces, voire contre-productifs, car ils désorganisent les meutes. De plus un loup mort ne transmettra pas la peur du troupeau, alors qu’un loup effarouché apprendra la leçon à sa meute. Le plan prévoit d’ailleurs d’étudier l’efficacité des tirs en France. Mais faut-il y voir un signe ? Cette étude n’est présentée qu’en toute fin du document. Sa logique pose question : pourquoi organiser et faciliter des tirs alors qu’on ne sait pas si ça aura un effet positif sur les attaques ? La réponse est peut-être dans une vaine recherche de paix sociale…

Le « plafond » annuel de loups à abattre concernera 10 à 12 % de la population, sans que, selon le texte, soit mise en péril la viabilité de l’espèce. Or, l’état de conservation favorable ne doit pas être apprécié par rapport au risque d’extinction mais par rapport à la capacité d’accueil du milieu, qui est l’objectif à atteindre. La France devrait garantir la croissance de la population, et pas seulement éviter son extinction.

Trente cinq loups ont déjà été abattus depuis début juillet. Sur ces 35, un seul été abattu par un éleveur défendant son troupeau, les 34 autres l’ont été par des chasseurs, louvetiers ou agents de la brigade anti-loup de l’ONCFS… Sept n’étaient que des louveteaux, dont 3 tués lors de la même opération par un agent de l’ONCFS en « tir de défense » d’un troupeau en août dernier à Cipières (06). Quatre mois après sa demande d’éclaircissement, CAP Loup a enfin obtenu une réponse du préfet de Région, qui confirme que l’État favorise l’abattage de louveteaux, même si ceux-ci ne sont pas en âge d’attaquer un troupeau domestique, même sans savoir si ces abattages ont un quelconque effet positif !

Pour 2018-2019, le gouvernement projette d’autoriser à nouveau l’abattage de 40 loups de janvier à décembre 2018. Le précédent plafond ayant été fixé de juillet 2017 à fin juin 2018, ce sont bien potentiellement 75 loups (35 déjà abattus + 40 nouveaux) qui pourraient être abattus en une année si ces 40 étaient abattus entre janvier et fin juin 2018, soit 20 % de la population ! Avec le développement et l’amélioration de l’efficacité de la brigade loup de l’ONCFS annoncée dans le plan, ce chiffre n’est pas hypothétique.

De surcroît, il est également prévu que les préfets pourront dépasser, sans aucune limite, le plafond d‘abattage en cas de « situation exceptionnelle », notion non définie et impensable après 25 ans de présence du loup. Ceci vide de sens la notion de plafond à ne pas dépasser pour garantir, soi-disant, la viabilité de la population. Bref, les « avancées » du plan loup sont aussi des reculées potentielles, et bien déguisées.

Parmi les personnalités posant avec des pancartes pro-loup le 13 janvier 2018 : Aymeric Caron, Hubert Reeves, Paul Watson, Jeanne Mas, Hélène de Fougerolles, Yann Artus-Bertrand, Guillaume Meurice – photo CAP Loup


Des protecteurs pas entendus

Il suffit de quelques brebis lâchées dans des rues et de quelques menaces de troubles pour qu’un gouvernement cède aux anti-loups. Il n’en est pas tout à fait de même avec les protecteurs. Le samedi 13 janvier, des représentants du collectif CAP Loup venus de toute la France ont porté au ministère de la Transition écologique et solidaire le message de milliers de Français et de ses 200 000 membres. Pour des raisons administratives, de timing et de sécurité, l’événement fut rapide et cadré, avec peu de personnes. Mais aucun représentant n’a été reçu au ministère. Le clou de cette « performance » : un portrait de loup symbolique composé de plus de 1 000 photos de citoyens et de personnalités publiques brandissant une pancarte « STOP aux tirs des loups ». Parmi les personnalités posant avec des pancartes pro-loup : Aymeric Caron, Hubert Reeves, Paul Watson, Jeanne Mas, Hélène de Fougerolles, Yann Artus-Bertrand, Guillaume Meurice et bien d’autres…

Les protecteurs demandent :

1/ la fin de cette politique de tirs

2/ le contrôle de la bonne mise en œuvre par les éleveurs des moyens de protection subventionnés (clôtures, chiens, bergers)

3/ l’arrêt strict et immédiat des indemnisations en cas de prédation pour les éleveurs qui n’ont pas protégé leur troupeau

4/ le développement par l’État de nouveaux dispositifs de protection des troupeaux et d’effarouchement des loups si nécessaire.

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  • CAP Loup regroupe 40 associations de protection de la nature et des animaux, soit plus de 200 000 adhérents directs. www.cap-loup.fr

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Monde ancien, restez serein, il se dissout de plus en plus vite et vos souvenirs ne sont déjà plus que mélancolique nostalgie.


par Richard Varrault, président des JNE

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Cette année, vous avez décidé de passer une semaine de vacances sur une île lointaine de l’hémisphère sud avec votre famille. Le jour J, un taxi, précommandé auprès d’une société spécialisée, vient vous prendre dans votre quartier parisien pour rejoindre Roissy, votre aéroport de départ. Il fait chaud, presque trop chaud, mais heureusement la clim fonctionne dans le véhicule. Vous percevez pourtant un chuintement sur la chaussée. Un regard interrogateur vers le chauffeur, il vous explique que la chaleur fait fondre le bitume et les pneumatiques des véhicules récupèrent une partie du revêtement routier. Vous passez du véhicule climatisé à l’environnement de l’aérogare rafraîchi. Mais là, surprise, des panneaux affichent partout que le personnel au sol est en grève, il réclame de meilleures conditions de travail, notamment le rafraîchissement des hangars où ils travaillent. L’activité est ralentie mais vous accédez cependant à votre avion gros porteur.

L’avion décolle, vous êtes côté hublot et vous appréciez de voir défiler la campagne. Dans votre souvenir, elle n’avait pas cette forme et cette couleur. Beaucoup de lieux, verts dans votre esprit, sont d’une couleur marron et vous soupçonnez des vents au sol au vu des tornades qui semblent marcher toutes seules. Plus tard, l’appareil survole la Mer Noire, des flammes surgissent au-dessus de la surface de l’eau. Après réflexion, vous estimez que ce sont des hydrates de méthane qui remontent en grande quantité des fonds marins vers l’atmosphère. Voilà qui ne va pas arranger le réchauffement de la planète.

Encore quelques heures et vous voilà à destination. La température est plus clémente qu’à Paris. Vous montez dans un taxi à destination de votre hôtel en bord de mer, mais un spectacle étrange vous surprend. Dans le lointain des cheminées crachent une fumée noirâtre depuis un ensemble de structures qui ressemblent à des usines. Après échanges avec le chauffeur, il vous explique que de récents forages ont été réalisés sur le plateau continental pour extraire pétrole et gaz du sous-sol. Surpris, mais vous acceptez l’idée, ces petits pays essaient de s’en sortir « par le haut »… Confort et vue sur le large vous réconcilient avec l’environnement local.

Le lendemain, toute la famille se retrouve sur la plage qui vous paraît bien étroite et différente de la présentation du site internet qui vantait ces îles. Elle est moins large, l’océan est tout de suite là. Un panneau informatif sur l’accès à la plage à destination des visiteurs présente la montée continuelle de l’océan et la disparition progressive des vastes plages. Informé mais pas inquiet, vous invitez votre famille à parcourir cette bande de sable clair, quand vous constatez de nombreux déchets plastiques apportés par les marées. Des ouvriers locaux sont actuellement en phase de ramassage et vous expliquent qu’une gyre (continent de plastiques flottant entre deux eaux) se trouve à moins de 200 km de l’île et qu’elle envoie une bonne partie des détritus plastiques sur les plages. Votre penchant pour l’écologie pratique vous incite à demander à votre famille d’aider ces travailleurs dans leur ramassage, image du mythe de Sisyphe ramené à une plage.

Le soir, vous décidez de prendre au menu un bon repas de fruits de mer. Surprise, la carte précise pour les fruits de mer « en fonction des arrivages ». Nous questionnons le garçon de salle qui explique que l’acidification de l’océan ne permet plus aux élevages locaux d’huîtres et de moules de se développer normalement et un effet semblable affecte les animaux marins à carapace, de même que les coraux de la région qui ont tous blanchi. « Ce sont d’autres îles qui nous approvisionnent, mais nous sommes en rupture actuellement. »

Les belles vacances se déroulent à leur rythme et le moment du retour arrive. Pendant le vol, vous réfléchissez à ce que sera le prochain hiver et vous supputez qu’une bombe cyclonique puisse toucher l’Europe avec des froids de moins quarante à moins cinquante degrés centigrades comme il n’y a pas si longtemps en Amérique du Nord…

Je laisse mon héros temporaire à ses pensées, pour revenir en 2018 et à ce genre littéraire « nouveau », vieux de quelques années tout de même et qui se nomme « cli-fi », pour climate-fiction. Son but consiste à faire évoluer les personnages d’une histoire, ou d’un roman, dans un monde transformé par le changement et les dérèglements climatiques, notamment le réchauffement planétaire. Son objectif est de faciliter la prise de conscience des lecteurs sur les enjeux du réchauffement climatique et de lutter contre les climato-sceptiques et autres partisans favorables aux fossiles.

Notre association a la chance d’avoir un adhérent renommé dans ce genre fictionnel (1), Pierre-Yves Touzot qui a déjà publié le roman Terre Lointaine (éditions du Caillou) et dont le dernier Old Forest figure dans la liste présentée dans l’annuaire JNE 2018.

Puissent les romanciers de la « cli-fi » devenir aussi célèbres que ceux de la « sci-fi » ou science-fiction qui a fait rêver des millions de lecteurs. De plus, au fil du temps, ils passeront de la fiction à la réalité contemporaine et les amoureux de ce genre les remercieront peut-être de leur avoir suggéré des solutions pragmatiques face aux dangers de ces bouleversements.

Président des JNE, Richard Varrault est directeur de publication de Waternunc.

(1) Voir l’article de The Conversation : https://theconversationfrance.cmail19.com/t/r-l-jrddaht-huijuyudlt-i/

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Pollution sonore en Algérie : un problème de santé publique ignoré

Le Soir d’Algérie, quotidien algérien indépendant, a rapporté une information selon laquelle «un cinquième de la population souffre de troubles auditifs».

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par M’hamed Rebah

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Ce journal a cité des spécialistes qui ont tiré la sonnette d’alarme sur ce phénomène dont la cause, selon eux, est à rechercher du côté des nuisances sonores. Celles-ci sont régulièrement évoquées et dénoncées par la presse algérienne qui se fait l’écho du mécontentement de riverains agressés par le bruit. Mais du côté des autorités, à quelques exceptions près, aucun écho à leurs plaintes, c’est la sourde oreille. Encore pire, une des sources des nuisances sonores dont souffre la population se trouve dans les activités dites de loisirs (concerts bruyants de musique et hauts parleurs posés sur le trottoir), organisées par les autorités locales sur la voie publique et au milieu d’habitations, qui se prolongent tard le soir, provoquant un vrai tapage nocturne, au mépris de la tranquillité des riverains.

Ces activités sont en violation non seulement d’un décret qui remonte à 1993 (et que l’on doit à Belaid Abdesselam, qui était chef du gouvernement à l’époque), mais surtout de la loi sur l’environnement de juillet 2003, qui impose une étude d’impact pour les activités bruyantes sur la voie publique. La loi vise évidemment les travaux d’utilité publique (réparation de canalisations d’eau ou réfection d’une chaussée, par exemple) et non pas les activités de loisirs ou de publicité commerciale qui peuvent être délocalisées vers des lieux éloignés des habitations. Les nuisances sonores viennent également de la circulation automobile par l’utilisation abusive du klaxon ou du poste radio, et par les motos qui pétaradent à n’importe quelle heure, y compris la nuit. La loi algérienne punit ces infractions mais elle n’est pas appliquée.

Le bruit et les nuisances sonores sont une marque des capitales des pays sous-développés, à la différence des capitales et villes des pays développés où la caractéristique dominante est la lutte systématique contre le bruit pour assurer toute la tranquillité aux habitants. En France, depuis le 1er juillet 2017, la réalisation de travaux de rénovation énergétique globale (ravalement, toiture…) doit s’accompagner de travaux d’isolation acoustique dans les zones particulièrement exposées au bruit.

En Algérie, les autorités de la wilaya d’Oran, qui constituent une exception en matière de lutte contre les pollutions et nuisances, ont pris des mesures contre les fauteurs de bruit. En mai 2017, selon notre confrère Le Quotidien d’Oran, la Commission de contrôle et de surveillance des établissements classés pour la protection de l’environnement, dont le secrétariat est assuré par la direction de l’environnement de la wilaya d’Oran, a procédé à la fermeture de quatre commerces et a adressé des mises en demeure à huit autres, à la suite de plaintes de citoyens contre les nuisances sonores. Les autres villes algériennes, dont la capitale, devraient suivre cet exemple. Les spécialistes attirent l’attention sur les conséquences du bruit sur la santé : irritabilité, dépression, insomnie … Ils font savoir qu’« une bonne audition et une bonne compréhension sont des conditions nécessaires à l’acquisition des apprentissages fondamentaux et à l’insertion dans le milieu familial et social ». Pour minimiser les risques, les scientifiques conseillent de contrôler le niveau de bruit en se servant d’outils spéciaux. Ils appellent également à utiliser les moyens de protection de l’ouïe. Ils suggèrent de « mieux isoler les lieux d’habitation, les lieux de travail et les écoles mais aussi retravailler les projets d’urbanisme notamment en aménageant des zones calmes, isolées et éloignées des axes bruyants ».

La sous-estimation des nuisances sonores en milieu urbain, en Algérie, découle de l’ignorance des effets de ce véritable fléau environnemental et de la méconnaissance de son cadre juridique, par les élus et gestionnaires locaux, en premier lieu. Une journée d’étude organisée au début de 2017, il y a un an, à Constantine par l’Institut de Gestion des Techniques Urbaines (Université de Constantine) en collaboration avec le Laboratoire Ville et Santé, aurait dû les intéresser. Elle a porté sur la question des nuisances sonores en milieu urbain. Mais quelle place occupent l’environnement et les nuisances sonores dans les cycles de formation destinés aux membres des Assemblées populaires communales (APC) ?

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Cet article a été publié dans La Nouvelle République (Alger).

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