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Liga : l’énigme des filets visqueux

Sur les côtes basques, les pêcheurs s’inquiètent de remonter du liga dans leurs filets. Cette substance gluante obstrue les mailles et empêche le piège à poissons de fonctionner. La fédération de recherche MIRA, en collaboration avec l’Institut des milieux aquatiques de Bayonne, a lancé un programme de recherche pour tenter d’expliquer le phénomène.

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par Emilie Veyssié

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Affiche-des-rencontre-MIRA-du-8-avril_catcherVisqueux, urticant et colmatant les filets. Les pêcheurs ne manquent pas d’adjectifs pour décrire le liga, nom local qui caractérise un amas muqueux pouvant atteindre un mètre de diamètre et dérivant au large des côtes basques. Nicolas Susperregui, chargé de mission à l’Institut des milieux aquatiques de Bayonne, a présenté, lors des « Rencontres Scientifiques » en avril dernier à Capbreton (NDLR : qui étaient l’un des points marquants du voyage JNE/AJE/AJEC21 en Aquitaine), le programme de recherche porté par l’université de Pau et des Pays de l’Adour. Le MIRA (Milieux et Ressources Aquatiques) a pour tâche d’en apprendre un peu plus sur ce phénomène pourtant déjà connu. Découvert pour la première fois en mer Adriatique en 1729, il a aussi été recensé en mer de Tasmanie et au large de la Nouvelle Zélande, dans les années 1860. Aujourd’hui la substance gluante se retrouve de plus en plus dans les filets des pêcheurs.

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Agrégats muqueux
De son nom scientifique « mucilage marin », le liga, nom local, se forme dans des conditions climatiques et aquatiques particulières. L’ingrédient principal est généré par le plancton qui secrète du mucus en situation de stress. Pour se nourrir, il a en effet besoin d’un rapport azote et phosphate bien particulier. Or, depuis plusieurs années, ce dernier se modifie. Les chercheurs ne savent pas encore à quoi est dûe l’augmentation de l’azote dans les océans, mais ce qui est certain c’est que le plancton stoppe sa croissance à cause de cette perturbation. Stressé, il génère le mucus qui piège alors des micro-organismes : phytoplanctons, zooplanctons, virus, bactéries, vase, sels minéraux et micro-méduses se retrouvent coincés. Il suffit alors d’une période de beau temps et d’une mer calme pour que les eaux se stratifient : eau chaude en surface, eau froide en dessous. Conditions idéales pour que les agrégats muqueux s’accumulent et forment ce qu’on appelle un nuage pélagique de plusieurs mètres de diamètre qui affectionne particulièrement les zones où se mélangent eau douce et eau salée. Ce véritable petit écosystème mène sa propre existence et peut vivre longtemps. Il sera détruit au premier orage ou à la première tempête.

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Partenariat pêcheurs-chercheurs
Les pêcheurs ont été les premiers à alerter les chercheurs dans les années 2000. Présent ponctuellement à l’arrivée du printemps depuis la fin des années 1970 selon eux, le liga se fait plus abondant, plus fréquent et plus longtemps observable depuis une quinzaine d’années. L’Ifremer a réalisé des prélèvements en 2001. Sans suite. « Sûrement qu’à l’époque, le phénomène n’avait pas la même ampleur » explique Nicolas Susperregui. « En 2009, j’ai de nouveau été alerté par des pêcheurs. Nous avons réalisé une première étude en 2010 puis une seconde en 2011 et 2012 et le programme de recherche a enfin vu le jour en 2013. » Les chercheurs ont pu s’appuyer sur des pêcheurs volontaires et parfois même embarquer avec eux. « On remplissait des feuilles pour identifier où se trouvait le liga. L’étude n’aurait pas pu se faire sans les pêcheurs » affirme Patrick Lafargue, président du Comité régional des pêcheurs d’Aquitaine (lire son portrait en cliquant ici).

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En plus de la détérioration des conditions de travail des pêcheurs (manque à gagner, déplacements coûteux inutiles, perte de temps, etc.), le mucilage marin est piquant et provoque des démangeaisons dues aux micro-méduses présentes dans l’agrégat muqueux.

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Le changement climatique peut-il causer l’amplification du phénomène liga ? C’est ce que cherche à déterminer le MIRA dont les résultats seront publiés mi-juillet. En attendant, pour son directeur, Philippe Gaudin,« l’association de l’état de l’écosystème, à un endroit donné, et de la température de l’eau peut favoriser son apparition. Des changements dus à l’homme dans son utilisation du milieu naturel modifient aussi ce dernier. Le changement climatique n’est pas le seul responsable. Je préfère d’ailleurs parler de changement global ».

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Pour l’instant, il n’y a pas de moyen de s’en débarrasser. Les pêcheurs, eux, risquent de croiser encore longtemps la route de ces nuages marins et de remonter, à contrecœur, leurs filets visqueux.

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Cet article a d’abord été publié sur le site Global Magazine, qui nous a aimablement autorisé à le reproduire. Profitez-en pour découvrir cet excellent site !

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Dans les Yvelines, les agriculteurs qualifient les ruisseaux en fossés  !

Dans les Yvelines – mais aussi dans d’autres départements- les Préfets, mandatés par l’État, sont en train d’avaliser des cartographies des cours d’eau réalisées par les représentants de l’agriculture industrielle.

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par Christian Weiss

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Et cela sans consultations des APNE (associations de protection de la nature et de l’environnement) et contre l’avis et les diagnostics des agents de terrain de l’Agence de l’Eau Seine Normandie, et de ceux de l’ONEMA (Office national de l’eau et des milieux aquatiques), priée même par le Préfet des Yvelines de « tenir ses troupes à l’écart ». À l’avenir, un grand nombre de rus et ruisseaux classés en fossés de ce département ne sera plus soumis à la loi sur l’eau, au Grenelle de l’Environnement, aux bandes enherbées : carton rouge au Ministère de l’Écologie !

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Cet article a été aussi publié par France Nature Environnement.

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Ouverture du site “Animal politique”

Le colloque “Animal et politique” du 2 juin 2016 (voir ici notre compte-rendu) est désormais visible sur le site http://www.animalpolitique.com/ qui vient d’ouvrir.

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par Marc Giraud

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Groupe de travail du 30 juin 2016 à l’Assemblée nationale. Au fond à dr, la députée Laurence Abeille © Madline Reynaud ASPAS

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Ce colloque, unique en France jusqu’ici, avait réuni une trentaine d’associations. Il n’était qu’une étape pour une meilleure prise en compte de la condition animale. Des réunions préparatoires entre les députées Geneviève Gaillard et Laurence Abeille et les responsables associatifs avaient déjà eu lieu, et un autre groupe de travail s’est réuni le 30 juin, lui-même divisé en cinq thèmes :
1.  « production animale » (élevage, alimentation, pêche, fourrure) : CIWF, L214, Antidote, Welfarm-PMAF, FBB, Peta, OABA, LFDA, FUDA
2.  « expérimentation animale » : Pro-Anima, Antidote, LFDA, CRAC, One Voice, SPA, FBB
3.  « divertissement et spectacle » : CRAC, Alliance anticorrida, One Voice, Fondation assistance aux animaux, Fondation Stéphane Lamart
4.  « animaux de compagnie » : Fondation assistance aux animaux, CNSPA, One Voice, Fondation 30 millions d’amis, Fondation Stéphane Lamart, IFAW, SPA
5.  « faune sauvage et chasse » : ASPAS, One Voice, Ifaw, LFDA.

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Il est regrettable que si peu de médias se soient sentis concernés par cet enjeu pourtant très sensible dans la société d’aujourd’hui (voir les succès de livres comme Plaidoyer pour les animaux de Matthieu Ricard, ou Antispéciste d’Aymeric Caron). Mais tout n’est pas perdu, une conférence de presse devrait être proposée à la rentrée.

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Pour info, le site “Animal Politique” c’est :
– Le programme Animal Politique,
– Les associations participantes et le lien vers leur site web,
– Les vidéos, articles et comptes-rendus du colloque du 2 juin 2016,
– Un formulaire de contact et une lettre d’information.

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http://www.animalpolitique.com/
https://www.facebook.com/events/1443435695682477/

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Contact : Lucille Peget lucillepeget@gmail.com et contact@lanuitavecunmoustique.org

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Appel à Nicolas Hulot, Allain Bougrain-Dubourg, Pierre Rabhi et tous autres


par Fabrice Nicolino
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Je souhaite être solennel. Vous lirez ci-dessous un article que j’ai publié dans Charlie-Hebdo voici quelques semaines. Il n’a rien de banal, car il touche aux profondeurs de notre destin commun. Même s’il s’agit de criminels ordinaires, ordinaires dans notre monde criminel. Un groupe minier russe, qui travaille en Afrique dans des conditions scandaleuses, veut s’en prendre au joyau écologique qu’est la forêt tropicale de la Guyane dite française.
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On ne peut laisser faire. À aucun prix. Nous sommes en face d’une modeste mais réelle responsabilité historique. Car la France détient sur le continent américain une fraction de la richesse biologique mondiale. Une mine d’or industrielle là-bas serait le signal que tout, désormais, est possible. Si un pays comme le nôtre accepte de sacrifier cette merveille, quel autre se sentirait tenu de s’arrêter pour réfléchir ? La Chine ? L’Indonésie ? Le Brésil ? Le Rwanda ? La Russie de Poutine ? Voyons, un peu de dignité.

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Nous crevons sous le poids de discours illusoires et de déclarations qui n’engagent à rien. Du haut des tribunes frelatées, comme il est aisé de crier : « Notre maison brûle, et nous regardons ailleurs ! ». Elle brûle, en effet, et en enfer. Elle se tord, elle hurle sa douleur chaque seconde de chaque minute, et nous faisons comme si tout devait se passer entre gens de bonne compagnie. Cela ne peut plus durer. Qu’on le veuille ou qu’on le cache, une frontière sépare ceux qui accélèrent dans la dernière ligne droite discernable, et ceux qui se jettent de désespoir sur le frein.

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Le noble combat de Notre-Dame-des-Landes est essentiel pour la France, car il affirme dans la clarté qu’on ne peut plus faire comme avant. Ici, dans ce pays-ci. La grande bagarre de Guyane que j’appelle de mes vœux est d’emblée internationale, mondiale, planétaire. Elle signifie que la défense de la biodiversité – nom savant de la vie – oblige à sortir du bois et à compter ses forces. Reculer, ce serait avouer que nous ne sommes pas de taille. Reculer, ce serait accepter tout, étape après étape. Je vous suggère, amis de l’homme, des bêtes et des plantes, d’organiser un voyage de protestation en Guyane même, dès qu’il sera possible. Le crime qui se prépare, car c’en est un, mérite que nous bandions toutes nos forces, et elles sont grandes, malgré tout.
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Levons-nous ensemble, car sinon, autant se taire pour l’éternité.

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Ci-dessous, l’article paru dans Charlie.

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La mine d’or guyanaise d’Attali, Juppé et Macron

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Tous aux abris ! La forêt tropicale de Guyane – la nôtre – est menacée par un tsunami affairiste. Le gouvernement donne les clés d’une mine d’or gigantesque à une transnationale russe qui sévit déjà au Burkina Faso.

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Attention les yeux, on va voir apparaître comme par magie un Attali, un Juppé, un Macron pour le prix de presque rien. Mais dès l’avance, il faut dire deux mots de la Guyane audacieusement appelée française. Il y a là-bas des Noirs Marrons, descendants d’esclaves échappés des plantations philanthropiques. Des Indiens installés au profond de la forêt tropicale, le long des rivières et des fleuves. Et puis des Blancs, car il y a partout des Blancs. Autrement, qui tiendrait le nerf à bœuf, dites-moi ?

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La forêt tropicale, qui couvre 95 % du pays, est à peu près intacte, ce qui se fait rarissime dans un monde qui crame tout. Et en théorie, les envolées permanentes des nobles politiques sur la biodiversité devraient pouvoir protéger les singes hurleurs, les aras et les jaguars pour l’éternité.

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Mais il y a l’or. Des milliers d’orpailleurs clandestins pourrissent les eaux de Guyane depuis des décennies en balançant à tout va de charmants produits comme le mercure – idéal pour extraire l’or de son substrat rocheux – dans les rivières. C’est pas bon, c’est pas beau, et c’est artisanal. Tout autre est la puissance de feu des transnationales, qui peuvent mobiliser des concasseurs de la taille d’un avion et pulvériser des millions de tonnes de roches sans coup férir.

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Jusqu’ici, les projets les plus crapoteux ont échoué, mais celui dont on va parler a plus que ses chances. En 2011, la Columbus Gold, boîte canadienne junior – on va expliquer, c’est très malin –, achète huit concessions minières en Guyane. L’une des huit se trouve à 80 km au sud de Saint-Laurent-du-Maroni, au-dedans d’un lieu appelé la Montagne d’Or. Il y aurait 155 tonnes d’or planquées, peut-être le double. Miam.

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Pour récupérer la mornifle, il faudra creuser une fosse d’au moins 2,5 km de long, de 600 à 800 mètres de largeur, de 200 à 250 mètres de profondeur. Compter 460 millions de tonnes de roches à broyer, au bas mot, car on récupère au mieux qu’1,5 gramme d’or par tonne. Prévoir également de gros besoins d’énergie et d’électricité. Disons l’équivalent de ce que consomme la capitale Cayenne en un an.

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Mais une telle apothéose, ami technophile, ne peut être déployée par une petite junior, qui apparaît en la circonstance comme le paravent d’une grosse mère que les spécialistes nomment une major. La Columbus Gold ne fait qu’explorer, avant de refiler le bébé au vrai bénéficiaire, la Nordgold, sise à Moscou. Nordgold est seule capable d’exploiter et d’ouvrir les entrailles de Guyane. Et elle est en plus entre des mains charmantes. Une ONG suisse et catho, Action de Carême, a publié en février 2016 un rapport sur les mines d’or au Burkina Faso (1), où l’on peut lire : « Dans beaucoup d’endroits, l’exploitation aurifère détruit les bases de l’existence de populations, porte atteinte aux droits humains ». Avant de préciser : « Les sociétés minières présentes au Burkina Faso, en l’occurrence Iamgold, Nordgold et Amara Mining, ont une grande responsabilité dans les violations des droits humains exposés ».

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Si cette mine ouvre, et tous les feux sont au vert, adieu à la forêt tropicale que l’on connaît. En toute certitude, ce sera la ruée vers l’Eldorado, car on trouve de l’or un peu partout. Il y aura des routes, des autoroutes, des barrages, des pylônes à haute tension. Et si tout est désormais sur les rails, c’est que la mine est soutenue par des autorités morales considérables. Jacques Attali, le preux lobbyiste international, siège au Comité consultatif de la Columbus Gold. Alain Juppé, fervent écologiste, en meeting à Cayenne ces dernières semaines : « J’ai conscience des enjeux écologiques de la Guyane. Mais le territoire est vaste, il y a de la marge. La balance doit être faite entre les enjeux environnementaux et humains » (2). Quant à l’immense Emmanuel Macron, il s’est carrément rendu sur le futur chantier, vantant l’excellence du projet, précisant : « Cet industriel [la Columbus Gold] est l’un des fers de lance de la mine responsable ».

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C’est maintenant que tout se joue, nazes que nous sommes. Ou la mine ou la forêt. Si les écolos de France et de Navarre arrêtent de se branlotter une seconde, il y a peut-être une chance.

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Cet éditorial, comme tous ceux de ce site, n’engage que son auteur. Il a d’abord été publié sur le blog Planète Sans Visa de Fabrice Nicolino.

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(1) https://voir-et-agir.ch/content/uploads/2016/02/160215_Etude_Or_Burkina-Faso.pdf

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(2) Cette citation de Juppé a été modifiée, car une erreur s’était glissée dans l’article de Charlie. La phrase attribuée précédemment à Juppé venait en réalité de Léon Bertrand, ponte UMP de Guyane, qui ouvrait le meeting de Juppé. Merci à Philippe, lecteur de Planète sans visa.

 

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Le Vercors suscite l’éclosion d’écogîtes

A la suite de deux récents voyages de presse dans le Vercors organisés par l’association Mille Traces pour les JNE et par les Gîtes de France, voici un point sur les initiatives en matière d’écotourisme dans cette région.

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par Jean-Luc Fessard

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Gîte de France du Tilleul à Rencurel, dans le Vercors © Jean-Luc Fessard

 

A cheval sur l’Isère et la Drôme, le Vercors est, avec ses magnifiques sites naturels, un territoire propice pour un fort engagement environnemental. Des villages comme Saint-Martin et Saint-Julien-en-Vercors réduisent leur éclairage de nuit pour préserver la biodiversité. Ces mêmes villages se lancent dans un projet d’implantation de panneaux solaires photovoltaïques « Vercors soleil » pour que le territoire devienne autosuffisant sur le plan énergétique. Les gardes forestiers de l’ONF (Office National des Forêts) valorisent le bois énergie tiré des forêts du Parc Naturel du Vercors tout en préservant dans une RBI (Réserve Biologique Intégrale) la faune et la flore locale.

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Avec des espèces rarissimes comme la petite chouette Chevêchette, les écologistes de l’association Mille traces défendent le retour du loup dans ce territoire ancestral en harmonie avec des éleveurs producteurs de savoureux fromages de brebis. C’est dans ce contexte propice que fleurissent, avec Gîtes de France, un grand nombre d’écogîtes et de gîtes Panda (en partenariat avec WWF France).

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Une aventure humaine

Ces hébergements responsables sont tous le fruit d’une aventure humaine et d’un engagement pour le bien vivre ensemble dans un territoire. Gîtes de France est issu, il y a 60 ans d’un mouvement qui entendait maintenir une activité dans des territoires en voie de désertification par un hébergement à la ferme. Aujourd’hui, le profil des propriétaires hébergeurs change. Il s’agit toujours pour partie d’enfants du pays. Mais ce sont de plus en plus des couples lassés d’une vie citadine consacrée à un travail de cadre ou de cadre supérieur dans une entreprise, qui choisissent de changer radicalement de vie. Séduits par une région, ils ont le courage de rénover eux-mêmes intégralement un bâtiment de préférence isolé en pleine nature pour y accueillir d’autres citadins en mal de paysages et d’une nature préservée.

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Non contents de se lancer dans ces travaux pour deux ou trois ans, les plus engagés vont effectuer une rénovation selon les critères les plus stricts de rénovation thermique et de sobriété énergétique, avec des matériaux d’origine locale. Ils sont guidés en cela par un cahier des charges très rigoureux de Gîtes de France pour l’attribution des labels Ecogîte ou gîte Panda.

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Le Gîte de France La Couve à Autrans-Méaudre dans le Vercors © Jean-Luc Fessard

Totalement cohérents dans leur démarche, ils n’hésitent pas à s’équiper de chaudières fort onéreuses fonctionnant au bois énergie d’origine locale. D’autres construisent de toutes pièces des chalets en bois avec des troncs de 30 centimètres de diamètre qu’ils ont préalablement sélectionnés dans les exploitations forestières avoisinantes. Ils emboîtent parfaitement ensemble ces troncs qui pèsent jusqu’à 800 kilos et peuvent mesurer 18 mètres de long. Un peu de laine des moutons locaux pour l’isolation dans la rainure d’emboîtage et la maison, très saine, respire. Ces talentueux constructeurs anticipent même sur le séchage progressif du bois en prévoyant des dispositifs d’une remarquable ingéniosité permettant de compenser un retrait allant jusqu’à 10 centimètres de hauteur.

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Un engagement pour un territoire

Dans ce type d’hébergement complémentaire aux structures d’accueil existantes, les propriétaires créent de l’emploi, s’acquittent des impôts ou taxes qu’ils doivent. Mais il s’agit pour eux d’abord et avant tout d’un choix de vie, d’un engagement pour un territoire. Et leur approche économique rompt avec la rationalité actuelle, la priorité n’est pas le retour sur investissement, mais bien la satisfaction procurée aux personnes, aux familles hébergées et la fierté d’avoir contribué à faire vivre leur territoire.

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Quelques adresses Gîtes de France dans le Vercors, représentatives de cet engagement responsable, tourné vers le bien-être au naturel :
– à Autrans-Méaudre, La Couve chez Cécile et Laurent Caillot, Chez L’Mille de Cécile et Olivier Bulle et L’Arcanson de la famille Dutriévoz.
– à Lans-en-Vercors, Agathe et Sophie chez Philippe Riboulleau
– à Rencurel, Les Gîtes du Tilleul chez Christine et Bernard Glénat.

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A la découverte de l’arboretum de Grignon

Le « triangle botanique » de Grignon nous livre quelques-uns de ses secrets.

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par Roger Cans

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Arboretum de Grignon @ DRAC IDF

En ce samedi 4 juin 2016, sous ciel couvert, nous commençons par aller visiter le « triangle botanique » de Grignon, c’est-à-dire l’arboretum. Créé en 1873 par un professeur de l’Ecole, Pierre Mouillefert, cet arboretum devait compléter la collection du parc de Chèvreloup, en bordure du parc de Versailles. Le professeur Mouillefert a publié en 1896 un état des semis de 1871 et décrit certains arbres âgés de 25 ans. Malheureusement, le plan et le catalogue ont disparu lors de l’exode de 1940.

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Les deux arboretums étaient les plus riches d’Ile-de-France, jusqu’à la tempête de décembre 1999 qui les a décimés. Avant la tempête, la collection de Grignon comptait 230 sujets (65 % de feuillus et 35 % de conifères). La tempête a couché 23 arbres et en a abîmé 16.

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Sous la conduite de Fabrice Salvatoni, professeur de botanique, le petit groupe pénètre dans le périmètre enclos (0,8 ha) où subsistent les arbres qui n’ont pas été abattus par la tempête. A l’origine, en 1871, on avait installé 2.000 plants, en alignements très serrés (trop serrés). La chute des plus grands arbres a créé des clairières, où l’herbe est haute.

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Nous commençons par un beau sorbier ou alisier blanc. Cet arbre, sans doute hybride, fructifie sans fécondation de ses fleurs. Le sorbier blanc est spontané dans le sud de la France, avec un minimum d’altitude (l’arboretum est à 130 m). L’alisier blanc est aussi endémique en forêt de Fontainebleau et se retrouve jusqu’en Alsace. D’où son nom spécifique d’alisier de Fontainebleau.

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Deuxième arrêt devant un abondant bouquet de rejets de souche. Il s’agit d’un arbre de fer de Perse, abattu par la tempête en 1999. Le tronc a été coupé et la souche maintenue sur place. Pour bien faire, il faudrait couper les rejets et n’en garder qu’un ou deux, pour refaire un arbre. Les « arbres de fer », il y en a beaucoup d’espèces dans le monde : il suffit que son bois soit dur et imputrescible pour bénéficier de cette qualification. Celui-ci, le Parrotia persica, prospère sur le mont Ararat. D’où peut-être la construction de la fameuse arche de Noé…

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On s’attarde au pied d’un tronc élancé et couvert de longues épines. C’est un Gleditsia triacanthos, ou févier à trois épines. Cet arbre américain produit de très grandes gousses, qui ont du succès dans les jardins publics. Mais, pour des raisons de sécurité, les pépiniéristes ont mis au point un févier sans épines ! Nous rendons visite à un érable sycomore, pourvu d’une boule de gui, ce qui est rare. Cet érable, naguère confiné aux reliefs du nord-est de la France, est devenu une espèce invasive qui colonise le pays entier, comme le robinier faux acacia qui s’installe dans les lisières puis dans tout un massif forestier.

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Nous parvenons alors dans l’alignement des hêtres. Le hêtre pourpre, le plus gros, est mort sur pied et a été découpé sur place. Sa souche montre un énorme champignon, témoin de son affaiblissement puis de sa mort. Les autres hêtres, en revanche, sont en bonne santé, bien qu’ils soient le résultat de manipulations génétiques : un hêtre à feuillage en dentelle, le seul hêtre au feuillage transparent. A côté, un hêtre pleureur, dont les rameaux tombent jusqu’au sol. Et enfin un hêtre pleureur et tortueux (Fagus sylvatica « tortuosa ») ou fau de Verzy, comme les arbres de la montagne de Reims sauvés par les moines. L’arbre forme une sorte de cabine végétale, portée par un tronc serpentin qu’on dirait torturé. Mais non, c’est naturel, après sélection.

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On s’attarde devant un orme de Sibérie (ou du Caucase) dont le plus gros tronc, malade, a été coupé à la base pour ne pas contaminer son tronc jumeau, très élancé et en bonne santé. Le Zelkova carpinifolia est-il résistant à la graphiose qui a tué nos ormes ? On se pose la question. L’orme restant, avec son écorce très lisse, ne semble pas pouvoir être attaqué par les scolytes. Mais comme son jumeau a été attaqué…

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Nous parvenons alors à la vedette de l’arboretum, un Sophora japonica « pendula » ou arbre aux pagodes. C’est en effet une curiosité rare : un tronc massif, trapu et très noueux, dont les branches elles aussi tordues portent des rameaux qui tombent au sol. C’est un tronc de sophora normal qui a muté en tortillard et a été greffé en pleureur. Ses branches lourdes, en partie mortes, ont été jugées dangereuses pour le public et la décision avait été prise de l’abattre. On a réussi à le conserver en installant un enclos et un étiquetage mettant le public en garde. Dans une des grandes allées du château, un double alignement de sophoras du Japon montre ce qu’est l’arbre au naturel.

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Dans l’alignement des résineux, dont plusieurs décimés, on s’arrête devant un superbe pin Laricio de Corse, toujours très droit, et un cèdre de l’Atlas, très beau aussi. Les pépiniéristes s’efforcent d’obtenir des aiguilles bleutées, prisées par la clientèle, alors que, au naturel, les aiguilles des cèdres du Liban et des cèdres de l’Atlas sont vertes. Et l’on termine par les ginkos bilobas, supposés « fossiles » parce qu’ils existent de fait depuis des millions d’années. Un arbre sacré en Extrême-Orient, devenu encore plus sacré après la bombe d’Hiroshima, à laquelle il aurait résisté. L’arbre femelle produit des fruits dont la pourriture dégage une odeur pestilentielle. Il vaut donc mieux planter des mâles !

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« Tout vert ! Le grand tournant de l’écologie, 1969-1975 » : une expo et un livre

Tout vert ! Le grand tournant de l’écologie, 1969-1975 : c’est le titre à la fois d’une exposition réalisée par le Musée du Vivant, et d’un livre coordonné par Laurent Gervereau et Cécile Blatrix.

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par Roger Cans

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L’exposition, installée dans une salle du premier étage du château de Grignon pour les « rendez-vous au jardin » (3, 4 et 5 juin), a été l’occasion le 4 juin 2016 de présenter l’ouvrage du même nom, préparé par Laurent Gervereau, directeur du Musée du Vivant et du CIRE (Centre international de recherche écologique) et Cécile Blatrix, professeure de science politique à AgroParisTech.

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L’ouvrage (250 pages) explique le passage de l’écologie scientifique à l’écologie politique dans les années 1970. Il est illustré par une foule de documents, souvent inédits, provenant des collections du Musée du Vivant.

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Le livre s’achète par carte bancaire en cliquant ici

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L’exposition a été inaugurée par le directeur de l’Agro, Gilles Tristram, qui s’est félicité de cette initiative à la fois historique et pédagogique, qui met en valeur les très riches archives de l’ancien INA-PG (Institut national agronomique de Paris-Grignon).

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Laurent Gervereau a ensuite présenté les deux parties de l’exposition. La première est permanente et retrace l’histoire de l’Institut national agronomique de Paris (créé en 1826) et de la ferme expérimentale de Grignon (Yvelines), devenus AgroParisTech. La nouvelle appellation a été adoptée pour un éventuel regroupement des établissements d’enseignement supérieur sur le plateau de Saclay.

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L’exposition temporaire, elle, comporte de multiples vitrines où sont présentés les œuvres fondatrices, comme The Silent Spring de Rachel Carson, en version américaine (1961) et française (1962), Avant que nature meure de Jean Dorst, dans sa première édition (1965) et sa version anglaise, et la Socialisation de la nature (1971) de Philippe Saint-Marc (JNE). La même vitrine présente une carte Michelin du littoral aquitain annotée par le même Saint-Marc lorsqu’il fut chargé de son aménagement. Dans un coin, la bicyclette utilisée par Brice Lalonde en 1972, lors de la grande manifestation contre la voie sur berge à Paris.

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Dans les autres vitrines, des exemplaires de la revue La Gueule ouverte de Pierre Fournier (JNE), reprise après sa mort par Isabelle Cabut, la femme du dessinateur, qui a légué une trentaine de dessins originaux au Musée du Vivant, dont le logo adopté aujourd’hui par le musée. Aux murs, les premières affiches contestataires nées de mai 68 et les affiches électorales de l’écologie politique. Toute une vitrine est consacrée aux documents de la lutte menée sur le plateau du Larzac, l’un des moments chauds de l’écologie politique naissante, sous l’impulsion notamment de José Bové. On trouve aussi des pochettes de 45 tours d’époque, comme Jacques Dutronc avec fine moustache chantant Le petit jardin. Car, contrairement à ce qu’on pourrait penser, il n’est pas toujours question d’agriculture avec le Musée du Vivant et ses archives.

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L’inauguration de l’exposition a réuni, d’une part, des auteurs de l’ouvrage Tout Vert !, tels Henri Jaffeux, président de l’AHPNE (Association pour l’histoire de la protection de la nature et de l’environnement), Laurent Samuel (JNE) et Roger Cans (JNE), journalistes spécialisés en environnement. Etaient aussi présents des donataires d’archives au Musée du Vivant tels Philippe Saint-Marc, Dominique Allan-Michaud (président du Réseau Mémoire de l’Environnement) et Jeanne Charlotte Carlier (avec sa famille), la veuve de Jean Carlier (JNE), l’un des promoteurs de la candidature de René Dumont à la présidentielle de 1974.

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Laurent Gervereau a rappelé que, lors d’une interview télévisée de René Dumont par Jean Carlier, la séquence du verre d’eau, « problème majeur de l’humanité », est restée dans les mémoires. Il a rappelé aussi la fameuse formule « Penser globalement, agir localement », lancée en 1972 par René Dubos, autre agronome de l’établissement qui a fait carrière à New York. Cette formule (Think global, act local) figurait dans le rapport remis aux Nations unies pour le sommet de Stockholm et s’avère toujours d’actualité. Un participant, inattendu, a indiqué qu’il possédait des archives historiques concernant la création du ministère de l’Environnement, en 1971. Il s’agit de Philippe Guérin, qui a appartenu au cabinet de Jacques Chaban-Delmas, alors Premier ministre, puis de Robert Poujade, premier ministre de l’Environnement.

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Un point noir en suspens, qui n’a pas été évoqué mais préoccupe tous les acteurs de la conservation environnementale : le rachat éventuel du château de Grignon et de la ferme par l’émirat du Qatar, pour y loger le PSG (le club de football de Paris-Saint-Germain), dont il est le riche propriétaire. A Saint-Germain-en-Laye, l’agrandissement n’est pas possible en raison des pollutions induites par la station d’eaux usées d’Achères. La ville de Poissy a proposé un terrain, mais l’image de la ville, ancien berceau des usines automobiles Simca, ne séduit pas les émirs, qui préfèrent Grignon, avec son château du XVIIe siècle et ses hectares disponibles. Aux dernières nouvelles – qui reposent sur des rumeurs difficiles à confirmer – le Qatar ne serait plus candidat à l’achat. Mais qu’adviendra-t-il du site de Thiverval-Grignon, si le déménagement à Saclay se confirme ?

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Hommage à Olivier Lebrun, amoureux des rivières sauvages

En juin 2013, il avait accueilli notre congrès des JNE pour mieux nous faire découvrir la Vis, « sa rivière ».
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par Olivier Nouaillas, vice-président des JNE

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Olivier Lebrun était, en effet, maire de Rogues, un petit village d’une centaine d’habitants situé aux confins du Gard et de l’Hérault. Et pour lui, une des richesses de sa commune, c’était La Vis, cette magnifique rivière résurgente et tortueuse, aux eaux karstiques, et surtout peuplée de truites farios sauvages. Autant de qualités et d’atouts qui, selon lui, mériterait d’obtenir le label de « rivières sauvages », une initiative soutenue notamment par ERN et le WWF.

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Pendant trois jours, Olivier Lebrun et ses amis nous avaient accueillis (et choyés) dans leur commune et les causses environnants. Bien qu’habitués déjà à d’autres lieux encore préservés (Tatihou, Porquerolles…), les nombreux participants (plus d’une cinquantaine) à ce congrès des JNE avaient été séduits par la gentillesse et l’implication d’Olivier Lebrun pour nous faire découvrir son petit coin de paradis. Fasciné par les cultures indiennes d’Amérique du Nord, cet écologiste amoureux de son terroir savait faire partager sa passion pour la nature qui lui venait de loin. Son grand-père avait été un des premiers directeurs de la petite usine hydro-électrique de Madières, située sur La Vis, alors qu’avant d’être maire de Rogues, Olivier avait été berger en Corse, puis responsable d’un conservatoire d’Espaces naturels.

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Son décès brutal – il a été emporté par une crise cardiaque au début de l’année 2016 – nous a surpris et peiné. Aussi, alors que nous nous réunissons pour notre assemblée générale 2016, nous tenons à avoir une pensée pour Olivier Lebrun, sa famille et tous ses amis de « rivières sauvages ». En sa mémoire et celle de tous les combattants discrets mais essentiels de l’écologie, nous tâcherons de continuer à faire vivre ce qu’il nous confiait lors de notre congrès 2013 : « faire preuve à la fois de volonté et de pédagogie pour réapprendre à respecter la nature ».
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Concernant la crue de la Seine, des rivières et leurs conséquences …

Voici une analyse très précise des causes de la situation actuelle sur le front des inondations en Ile-de-France, rédigée par un adhérent des JNE qui est à la fois journaliste et biogéographe.

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par Christian Weiss

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Beuvronne

La Beuvronne à St Mesme (Yvelines) polluée par les effluents agricoles et recalibrée – mai 2016 © Christian Weiss

Certes, l’oscillation météorologique est exceptionnelle et je me garderai de produire immédiatement des assertions hâtives; je retiens toutefois que les crues enregistrées précédemment se sont produites pendant les premiers mois de l’année et pas à la fin du mois de mai …

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Conséquences de l’altération de la morphologie d’un cours d’eau

75 % du réseau hydrographique francilien, les têtes de bassin versant, sont constituées de rus, de ruisseaux et d’aubettes qui représentent l’arborescence en amont des rivières et du fleuve Seine.

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Le remembrement des parcelles agricoles, réalisé sans étude d’impact, a bouleversé cette architecture paysagère et ces écosystèmes qui concouraient à ce que les flux pluviaux demeurent laminaires, grâce à la présence de mares en chapelets et de petits marais qui les jouxtaient et qui favorisaient l’infiltration de ces excédents pluviaux vers les nappes phréatiques et leur stockage dans les marais, véritables tampons aquatiques.

 

 

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Ravine dans les champs suite aux ruissellements pluviaux Courcelles 95 C.WEISS

Ravine dans les champs suite aux ruissellements pluviaux à Courcelles (Val-d’Oise) @ Christian Weiss

Aujourd’hui, la plupart des ruisseaux ont été transformés en « fossés de drainage » par les gestionnaires des surfaces agricoles, ce qui favorise les écoulements torrentiels, sans parler des impacts sur la biodiversité. Le lobby de l’agriculture industrielle poursuit pourtant cette politique environnementale aveugle, en prétendant que ces ruisseaux n’en sont pas, mais qu’ils font partie de l’aménagement agricole, et de ce fait ne doivent pas être soumis à la loi sur l’eau et aux préconisations du Grenelle de l’Environnement (bandes enherbées épuratrices des intrants et des pesticides …).

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Cette minorité d’exploitants agricoles continue de polluer les nappes phréatiques, d’empoisonner l’air (38 pesticides jusque dans l’atmosphère parisienne), accélère l’érosion de la biodiversité en milieu rural et est en partie responsable des facteurs aggravant les inondations …

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Pas la peine de remarquer que ni ce gouvernement, ni les précédents n’ont vraiment légiféré sérieusement pour mettre fin à ces impacts sanitaires et environnementaux.

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Rappel hydromorphologique

Ruissellements torrentiels champs Avernes Val d'Oise 2009 Christian Weiss

Ruissellements torrentiels dans les champs à Avernes (Val d’Oise) en 2009 – @ Christian Weiss

La modification de la morphologie, suite à des travaux de recalibrage, de rectification et d’effacements de méandres ou de sinuosités conduit à :
–  un surdimensionnement du lit du cours d’eau qui entraîne une diminution de la hauteur d’eau et souvent une augmentation de la température de l’eau, aggravant ainsi les phénomènes d’eutrophisation (algues vertes) ;
–  une dénaturation du substrat constituant le fond du lit : la granulométrie devient homogène, les structures d’abris – gravières, roches, sous-berges – et les écosystèmes végétaux disparaissent, réduisant ainsi la capacité phyto-épuratrice du cours d’eau ;
–  une réduction de la longueur du cours d’eau qui génère plusieurs dynamiques : accentuation de la pente, augmentation de la vitesse et de la densité du flux entrant en synergie et provoquant l’érosion des berges, encaissement du lit et incision des sols, favorisant ainsi l’apparition de ravines, la diminution des zones d’expansion et des sorties de lit plus conséquentes en aval …

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Le colloque « Animal Politique » : objectif 2017

Ce 2 juin à l’Assemblée nationale, les députées Geneviève Gaillard et Laurence Abeille réunissaient pour la première fois une trentaine d’associations de protection animale autour de la question « Comment mettre la condition animale au cœur des enjeux politiques ? ». Leur but : publier un manifeste pour faire entendre la voix des animaux aux élections de 2017.

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par Marc Giraud

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bandeau-2-juin-ajout-FLACSaluons d’abord l’initiative courageuse de ces deux femmes dans un monde indifférent, voire hostile à la cause qu’elles défendent, et l’intelligence de leur démarche. En effet, les députées vont se renseigner à la source auprès des associatifs afin de faire remonter les réalités du terrain. Des groupes de travail ont déjà eu lieu, des amendements ont été étudiés. Jusqu’ici unique en son genre, ce colloque n’est qu’une étape de cette remontée vers les instances de pouvoir. Il y en aura d’autres.

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Au cours du colloque du 2 juin, différentes tables rondes se sont succédé avec des intervenants tels que les philosophes Florence Burgat et Martin Gilbert, l’avocate Hélène Thouy, le politicien Melvin Josse, les journalistes Audrey Garric et Audrey Jougla, ou encore l’universitaire Corine Pelluchon. Les thèmes en étaient : les répercussions des avancées de l’éthologie sur la protection, la contribution des médias ou des lanceurs d’alerte, l’intégration de la question animale dans le droit et l’enseignement, et comment construire un projet politique pour la condition animale et lancer la mobilisation.

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Un mot a souvent été prononcé : la sentience, ce mélange de sensibilité et de conscience, de capacité à ressentir du plaisir, de la douleur ou des émotions de manière individuelle, d’avoir des expériences vécues, des intérêts à défendre, ou encore de désir de vivre, que l’on reconnaît de plus en plus aux animaux. Ce concept central de l’éthique animale implique des devoirs moraux de notre part envers les autres êtres vivants.

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Dans le public, les représentants de 27 associations étaient présents, allant de la lutte contre la corrida ou la vivisection, la défense des animaux sauvages ou de boucherie, pour le droit animal, etc. Hélas, les questions de quelques personnes du public ont un peu trop focalisé le débat sur le seul véganisme, et de façon agressive. Il est décevant de constater que ces antispécistes, prônant par conséquent le respect le plus haut qui soit envers la différence, aient tant de mal à accepter ceux qui se nourrissent différemment. Heureusement, les intervenants étaient de compétences variées et ont élargi nos sphères d’intérêt, l’écrivain Vincent Message apportant même un peu de fiction et de culture au débat.

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Notre consœur Audrey Garric, chef adjointe du service Planète/Sciences au journal Le Monde, a expliqué un contexte de pénurie de moyens et de manque de temps que nous connaissons bien. Journaliste également, Audrey Jougla a fait part de sa courageuse enquête sur la vivisection, faisant voler en éclat la désinformation sur le sujet. Souvent mise en valeur, la recherche contre le cancer ne représente en fait que 2 à 5 % des expériences, l’essentiel étant commercial. Même pour la médecine, 10 000 molécules testées sur des animaux ne donnent que 10 médicaments, dont 1 seul sera autorisé, ce qui donne une idée de la quantité de souffrance infligée pour une surmédicalisation de la société dont le but premier n’est plus de guérir. De son côté, l’éthologiste Pierre Jouventin a rappelé l’histoire de la science du comportement et de ses figures marquantes. Spécialisé en psychologie morale et auteur du livre Voir son steack comme un animal mort, Martin Gibert a décrypté le phénomène de « dissonance cognitive » qui vise à occulter la conscience de la souffrance animale.

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L’avocate Hélène Thouy, co-fondatrice de l’association Animal Justice et Droit, a révélé à quel point les militants de la cause animale se voyaient poursuivis pour des prétextes parfois totalement absurdes, alors que les violences qu’ils subissent restent impunies. Le professeur de droit privé et de sciences criminelles Jean-Pierre Marguénaud a défendu l’idée d’inclure plus de droit animalier dans l’enseignement et chez les journalistes. Avec la philosophe Florence Burgat, qui a évoqué l’expérience de la subjectivité des animaux, il est responsable de l’excellente Revue semestrielle de droit animalier.

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Parmi les intervenants, le plus précisément proche du thème a sans doute été Melvin Josse, qui analyse et compare les stratégies développées par le mouvement animaliste dans différents pays d’Europe, et qui constate des avancées difficiles en France sur des politiques concrètes. Au regard de son diagnostic, il propose par exemple aux associations des revendications assez radicales pour se situer en rupture avec les habitudes sociales, mais assez réalistes pour mobiliser un nombre suffisant de soutiens. C’est une des pistes qu’il conseille d’explorer. Elle demande aux personnes impliquées de savoir accepter leurs différences pour s’unir autour de ce qu’elles ont en commun, du chemin reste à parcourir…

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Un nouveau colloque national est prévu pour septembre, en vue de la présentation d’un manifeste rédigé par les associations fédérées en groupes de travail. L’ambition de ce manifeste est de peser fortement sur les élections présidentielle et législatives de 2017.

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Le colloque du 2 juin a été filmé et sera mis en ligne dans un site dédié au projet « Animal et politique ».

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Contact et informations Lucille Peget lucillepeget@gmail.com contact@lanuitavecunmoustique.org

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