ACTUALITES

Voyage JNE/AJE/AJEC 21 : les effets du réchauffement en Aquitaine

A l’occasion des Rencontres scientifiques sur le littoral sud-aquitain du 8 avril dernier, un événement incontournable à Capbreton, un voyage de presse AJE/JNE/AJEC 21 nous a permis de faire le point des impacts climatiques sur le littoral aquitain.

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par Dominique Martin Ferrari

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Affiche_Rencontres_mira_8_avril-fill-400x532Visite de Lacanau, Hossegor, Capbreton et rencontre à Bordeaux des chercheurs qui, entre recherche fondamentale et terrain, sondent les capacités d’adaptation, l’évolution des écosystèmes et les technologies du futur.

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A n’en pas douter, la région Aquitaine, désormais mariée à Charente Poitou, s’implique à relever le défi climatique.

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Vous pouvez lire la suite de ce dossier spécial Aquitaine dans la lettre Options Futurs n° 33, à télécharger en cliquant ici (lien direct vers le PDF du dossier).

 

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Affaire Bolloré/Basta/Options Futurs

Après un procès de trois ans qui a coûté beaucoup d’argent en frais d’avocat aux accusés, l’avocat de la SA Bolloré a réclamé un euro de dommages et intérêts aux parties, mais n’a pas eu gain de cause.

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par Dominique Martin Ferrari *

logo-odi-petit-300x83La diffamation n’a pas été retenue par la 7e chambre du TGI de Paris. Accusés de diffamation pour un papier sur l’accaparement des terres, le journal Bastamag, repris par le site Rue 89, la revue de presse Options Futurs+20 Scoop it, et deux blogueurs auront souffert de ce que l’Office de la déontologie de l’information nomme des procès « abusifs » qui veulent intimider la presse et toucher son point faible : le portefeuille.

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Tout a commencé le 10 octobre 2012, le site Bastamag publie un papier sur l’accaparement des terres. Le papier dénonce les pratiques des multinationales, des fonds spéculatif, des groupes français de l’agroalimentaire, aidés par les institutions financières internationales et les gouvernements locaux.

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Cette enquête va être reprise par plusieurs sites soit par le biais de liens hypertextes, soit par reproduction pure et simple de son contenu et le 16 octobre 2012, la SA Bolloré dépose plainte avec constitution de partie civile, estimant ce papier diffamatoire.

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Le 11 février 2016, nous étions tous entendus au TGI de Paris, 7e chambre (presse). De remarquables témoins se sont succédés à la barre, démontrant argument par argument les faits relatés par le papier.

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Outre le fond, la forme : Options Futurs a voulu engager une bataille sur le droit au relais par hypertexte. Notre argumentaire : à partir du moment où un papier est signé d’un auteur, publié par un titre reconnu par le droit de la presse, nous n’avons qu’un rôle de passeur et d’informateur et avons donc défendu ce qui est le fondement de la nouvelle information de réseaux.

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Corinne Lepage qui nous défendait a plaidé : « Madame la Présidente, il faudra bien un jour ou l’autre trancher sur le statut des liens hypertextes, sinon nous allons vers un engorgement massif à prévoir des tribunaux », argumentant « que le fait de procéder au renvoi par lien hypertexte à un article incriminé ou à sa reprise, à l’impossibilité d’assimiler une telle pratique à sa reprise, à l’impossibilité d’assimiler une telle pratique à une nouvelle publication ».
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Il sera intéressant au vu du rendu final du jugement de voir le travail du tribunal argument par argument. Ce que nous savons aujourd’hui, c’est que la diffamation n’ayant pas été retenue contre Basta, notre relaxe a également été prononcé,e mais sans avoir pu obtenir les dommages et intérêts demandés (afin de couvrir les frais d’avocat) car il n’y aurait pas eu d’abus de constitution de partie civile à notre encontre : « ni témérité, ni mauvaise foi dans son acte d’accusation, face à la complexité et à l’incertitude du régime de responsabilité des personnes qui usent d’un lien hypertexte ».
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Concernant les relais de liens hypertextes, la zone d’ombre persiste avec un règlement au cas par cas. Je reste donc redevable de mes 8000 euros de frais d’avocat.

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Dernière minute : Bolloré vient de faire appel (lire ici l’article de Bastamag).

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Je tenais à remercier personnellement tous ceux et toutes celles qui m’ont spontanément aidé.
Tous les amis qui par courrier m’ont soutenue et aidée
Tous les participants au pot commun lancé par l’association de journalistes JNE
Ceux qui m’ont conseillée, en particulier JL Martin Lagardette, l’ODI, Christel Leca
Des membres présents à l’AG de l’AJE.

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Grâce à vous tous, j’ai rassemblé environ 1000 euros sur 8000 et je dois encore 2000 euros à Corinne Lepage.
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Vous pouvez continuer à m’aider soit à titre personnel (courrier au 25 bd Louis Blanc, 34000 Montpellier), soit en vous abonnant à Options futurs qui pourra ainsi payer ses collaborateurs (courrier au 16 rue St Marc, 75002 Paris).

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* Journaliste carte de presse 50 989. Cet article a été publié dans le N° 33 de la lettre Options Futurs, que vous pouvez télécharger en cliquant ici.

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EDF veut faire taire le « Journal de l’énergie » au nom du « droit de propriété intellectuelle »

Grave dilemme pour EDF : comment faire taire le Journal de l’énergie, le site internet qui a révélé le mois dernier les déficiences des moyens de secours des centrales nucléaires ?

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par Yves Leers

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logo-journal-energiePas possible de nier les faits car l’enquête se basait sur des documents internes établissant que plusieurs de ces diesels de secours étaient dans un état « inacceptable », « dégradé » ou encore « à surveiller ». Ne pouvant poursuivre la publication pour divulgation de fausses nouvelles – et pour cause – EDF a mis en demeure le Journal de l’énergie de « retirer immédiatement » de son site les rapports internes à EDF sur la fiabilité des diesels de secours des réacteurs en arguant du « droit de propriété intellectuelle ». EDF a aussi demandé au Journal de l’énergie de cesser « de divulguer, reproduire et diffuser ces notes techniques auprès de quiconque ».

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On croyait avoir tout vu en matière de censure mais là, EDF innove et ouvre un champ de réflexion sur le droit à l’information : le droit de propriété intellectuelle pourrait être invoqué dès qu’on relate les moindres propos tenus, par exemple, en conseil des ministres. Mais surtout, comment des documents internes factuels – remis par un lanceur d’alerte – pourraient-ils relever de la propriété intellectuelle de leurs auteurs ou d’une entreprise ?

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Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’EDF n’a pas apprécié qu’on mette sur la place publique des éléments inquiétants sur la sûreté des réacteurs car ces « moyens de secours » (deux énormes groupes électrogènes à moteur diesel par réacteur) sont la dernière parade pour éviter le pire si un évènement rend indisponible les sources d’alimentation électrique externe. C’est ce qui s’est passé à Fukushima.

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On aurait pu rêver que, face à la révélation d’une telle situation, EDF mette cartes sur table et explique comment il allait remettre de l’ordre dans des moyens de secours aussi essentiels. Mais la culture du secret dans le nucléaire l’emporte toujours sur l’intérêt public …

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Pour le Journal de l’énergie, « les menaces d’EDF constituent clairement une atteinte à la liberté d’informer et démontrent la volonté de maintenir l’opacité autour de l’état réel des moyens de secours des réacteurs, ce qui met en évidence un affaiblissement de la sûreté du parc nucléaire français ».

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En attendant, le Réseau Sortir du nucléaire a décidé de mettre en ligne sur son site web l’intégralité des « documents confidentiels » d’EDF, en soutien au Journal de l’Énergie.

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Pour nous, cette nouvelle tentative d’intimidation est une affaire à suivre.

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4e Conférence environnementale : l’AJE et les JNE expriment leur vif mécontentement concernant les modalités d’accréditation et appellent à l’ouverture des débats à la presse

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AJE


4e Conférence environnementale



L’AJE et les JNE expriment leur vif mécontentement concernant les modalités d’accréditation 
et appellent à l’ouverture des débats à la presse

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L’AJE, Association des journalistes de l’environnement, et les JNE, Journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie, s’étonnent des conditions draconiennes imposées cette année pour obtenir l’accréditation à la 4e Conférence environnementale qui va se tenir les 25 et 26 avril 2016 à Paris. Ces conditions semblent viser à éloigner de plus en plus les journalistes du cœur des débats et les pénalisent dans l’exercice de leur profession.Même si les conférences environnementales ont toujours comporté des tables rondes fermées, les plénières des deux premières années (qui se déroulaient au CESE et non à l’Elysée) étaient ouvertes à tous.

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L’an passé, lors de cette conférence organisée au Centre de conférences de Paris, la presse a été maintenue dans une petite salle aveugle, sans possibilité de participer aux débats.

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Cette année, les journalistes n’ont disposé que de quelques heures pour s’accréditer sur deux sites distincts, sachant que certains étaient à New York pour couvrir la signature de l’Accord de Paris.

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Après avoir été repoussée plusieurs fois, cette conférence va finalement se tenir à huis clos alors que la lutte contre le changement climatique mérite un large débat, que 175 pays viennent de signer l’Accord de Paris, que le recours aux pesticides est au cœur de l’actualité et que les leçons de la catastrophe de Fukushima ne semblent pas avoir été tirées.

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L’AJE et les JNE demandent officiellement l’ouverture à la presse des débats de la 4e conférence environnementale.

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A propos :
L’association des JNE regroupe les journalistes et auteurs, quel que soit leur moyen d’expression, qui contribuent à l’amélioration et à la diffusion des connaissances concernant l’environnement en général, et en particulier : le maintien des équilibres naturels, la diversité des espèces animales et végétales, l’atteinte aux ressources de la planète, les luttes contre les pollutions et les recherches en écologie.

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L’AJE, Association des Journalistes de l’Environnement, créée en 1994, a pour mission de renforcer la compétence professionnelle de ses membres, de participer à l’amélioration de l’information qu’ils diffusent, et d’organiser de nombreuses rencontres avec des experts dans de nombreux domaines : climat (COP), biodiversité, transition énergétique, déchets, énergies renouvelables, agriculture durable…

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Contact AJE
Esther Amar – Présidente
ajeasso@free.fr
www.aje-environnement.com

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Contact JNE
Carine Mayo – Présidente
asso.jne@free.fr
www.JNE-asso.org

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Coopération algéro-française : la part de l’environnement

Dans la liste des accords qui ont été signés le dimanche 10 avril 2016, à Alger, lors la 3e session du comité intergouvernemental de haut niveau (CIHN) algéro-français, figure la déclaration d'intention entre le ministre des Ressources en eau et de l'environnement, Abdelouahab Nouri, et la secrétaire d'Etat française auprès de la ministre de l’Environnement, de l’Energie et de l’Eau, chargée de la Biodiversité, Barbara Pompili.

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par M’hamed Rebah

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MRESelon un communiqué algérien du ministère des Ressources en eau et de l'environnement, cité par l’APS (Algérie Presse Service), il s'agit de « renforcer les capacités institutionnelles et humaines des administrations et des établissements publics des deux pays, concourant à la protection de l'environnement et au développement durable ».

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Ce document de coopération bilatérale a été signé à l'issue d'une audience entre le ministre algérien et la secrétaire d'Etat française qui accompagnait le Premier ministre Manuel Valls dans sa visite de deux jours à Alger. La même source précise que « la déclaration d'intention tend en outre à développer des politiques de protection de l'environnement de préservation et de valorisation de la diversité biologique, renforcer la préservation des zones côtières et développer les capacités de prévention et de lutte contre les pollutions industrielles ». Elle porte également sur « le renforcement des capacités de gestion intégrée des déchets ménagers et assimilés et le soutien des capacités de surveillance de veille et d'alerte environnementale ».

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La coopération algéro-française dans le domaine de l’environnement est déjà ancienne. En 2013, l’aire marine protégée des îles Habibas, près d’Oran, administrée par le Commissariat national du littoral, a bénéficié de l’appui financier français pour la rédaction d’une charte de la pêche durable et d’un guide de bonnes pratiques permettant d’associer les professionnels de la pêche à la gestion de la réserve naturelle.

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Par ailleurs, l’Algérie est inscrite dans le Programme de petites initiatives dédié à la société civile en Afrique du Nord (PPI-OSCAN) financé par le Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM), qui a débuté ses activités en juin 2014. Ce programme se consacre à « renforcer la capacité technique, administrative et financière des organisations de la société civile pour qu’elles soient en mesure de développer à court terme des initiatives concrètes de terrain et qu’elles soient à même, à plus long terme, de contribuer à la mise en œuvre de stratégies et de plans d’actions nationaux de conservation et de valorisation de la biodiversité, de gestion durable des ressources naturelles et d’atténuation des effets négatifs du changement climatique ».

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Plus important sans doute, un programme de coopération entre l’Agence nationale pour la promotion et la rationalisation de l’utilisation de l’énergie (APRUE) et l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) dans le domaine de la maîtrise de l’énergie, couvre la période 2015-2017. Il concerne le renforcement de capacités des cadres de l’APRUE; la mise en place d’un programme de formation d’animation dans le domaine de la maîtrise de l’énergie; le renforcement de l’activité de l’observatoire de l’efficacité énergétique; la poursuite des actions de formation d’auditeurs énergétiques dans le bâtiment.

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Enfin, il est à noter que les projets liés aux thèmes de la protection de l’environnement et du développement durable (lutte contre le réchauffement climatique, énergies renouvelables, protection du milieu marin et du littoral, risques naturels, etc.) ont été prioritaires dans le premier appel à projets dans les domaines de la coopération universitaire et de la recherche pour l’année 2016, lancé par l’Institut français en Algérie.

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Cet article a été publié dans le quotidien algérois Reporters le mardi 12 avril 2016.

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Nuit Debout, l’espoir d’un monde meilleur

 


par Sophie Chapelle

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Nuit Debout. Un mouvement qui n’appartient à personne, mais qui concentre l’espoir d’un monde meilleur. Depuis le 31 mars 2016, la place de la République, au cœur de Paris, ne désemplit pas. Là où, ces derniers mois, seuls les rassemblements en mémoire des victimes des attentats de janvier et novembre 2015 étaient tolérés. Que ses participants soient là pour exprimer un ras le bol, une angoisse, une envie de se relever, une lutte collective ou le désir de changer de système, Nuit Debout est un espace de libération de la parole. Y compris pour celles et ceux qui en ont trop longtemps été privés.

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Ce mouvement n’a rien de spontané. Mais le terreau était fertile à la mobilisation. Dans le prolongement des manifestations contre le projet de Loi Travail, l’équipe de Fakir, productrice du film Merci patron !, organise une soirée à Paris le 23 février intitulée Leur faire peur. Un objectif : réunir salariés, chômeurs, précaires, intermittents, occupants des zones à défendre contre le gaspillage de l’argent public ou pour la préservation de l’environnement. Leur cible commune : l’oligarchie financière et politique. Et une première décision collective : « le 31 mars, on ne rentrera pas chez nous ! »

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La suite, c’est un mouvement qui essaime dans d’autres places publiques en France, et même au-delà des frontières. Au sein de commissions créées à l’initiative des participants, on débat d’éducation, de crise agricole, d’écologie, d’actions, de sciences, de grève générale, de Constitution…. Les assemblées générales qui se tiennent chaque soir à partir de 18 heures sont des moments clés, où s’enchaînent les tours de parole – 2 minutes maximum pour chaque orateur. Chacun y va de son coup de gueule, témoignant d’un besoin de parler, d’échanger, de se réapproprier l’espace public.

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Ce mouvement dépasse même ses initiateurs. Nuit Debout se veut horizontal, sans parti, sans leader, sans étiquette. La défiance vis-à-vis des organisations collectives – syndicats, partis politiques ou associations – est très présente. Ce qui n’est pas sans interroger : « comment concilier l’horizontalité des discussions et l’efficacité politique ? », tente ainsi de questionner la commission Convergence des Luttes. Avec quelles propositions concrètes, quelles priorités, quel plan de bataille ? Pour l’heure, pas de réponse claire et partagée, si ce n’est le besoin de laisser du temps au mouvement.

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Les actions concrètes en une multitude de lieux pour faire dérailler le cours normal des choses, c’est l’une des voies empruntées par des participants de Nuit Debout. Des appels à occuper les banques, le Medef ou les multinationales font leur chemin. Car la puissance du nombre, c’est aussi ce qui fait la singularité de Nuit Debout. Une puissance qui peut contribuer à faire basculer le rapport de forces, tant sur les paradis fiscaux – qui confisquent l’argent nécessaire à une réelle transition énergétique – que sur la loi Travail ou les énergies fossiles – dont 80 % des réserves disponibles doivent rester dans le sol si l’on ne veut pas s’acheminer vers le chaos climatique.

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Ce changement espéré ne va pas assez vite pour certains, qui critiquent un certain « entre-soi  , le fait que les personnes qui se rassemblent place de la République sont avant tout « des blancs et des bobos ». Qu’il y manque des ouvriers et des personnes issues des banlieues. L’appel a été entendu et des rassemblements s’amorcent dans les quartiers plus populaires. En parallèle, des tracts sont distribués aux travailleurs dans le métro le matin, dans les usines, dans les facs et les lycées pour ouvrir au plus grand nombre.

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Nous voici embarqués dans un mouvement social totalement inédit en France, dont l’ampleur et les conséquences sont encore imprévisibles. Le rejet de « la loi Travail et son monde » – référence explicite à la lutte de Notre-Dame-des-Landes contre « l’aéroport et son monde » – révèle l’ambition du mouvement à ne pas seulement rejeter le système mortifère actuel qui a produit ce projet de loi, mais à commencer aussi à construire d’autres mondes plus soutenables. Quelle que soit l’issue de Nuit Debout, il essaime des graines qui ne demanderont qu’à germer.

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Sophie Chapelle collabore au site Basta ! Vous pouvez la suivre sur Twitter en cliquant ici. Cet édito n’engage que son auteur.

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A Capbreton, des actions originales contre l’érosion des plages et des dunes

Voici une interview audio de Jean-Marie Marco, adjoint à l’environnement du maire de Capbreton (Landes) réalisée le 8 avril 2016 dans le cadre du voyage AJEC21/JNE/AJE en Aquitaine.

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par Myriam Goldminc

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Chaque année, avant l’arrivée des vacanciers, Capbreton reconstruit sa plage grâce à un « by pass». Ce système de transfert hydraulique charrie du sable prélevé sur la plage voisine d’Hossegor à travers l’embouchure du chenal du Boucarot  – photo @ Laurent Samuel

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Cliquez ici pour écouter l’interview de Jean-Marie Marco.

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Si vous n’arrivez pas à ouvrir le fichier audio ci-dessus, vous pouvez télécharger le logiciel gratuit VLC qui lit la plupart des vidéos et des sons.

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Tous nos remerciements au maire de Capbreton, Patrick Laclédère, et à son équipe pour leur accueil.

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« Crapauphiles », Fête des mares : deux événements crapauteux

29 avril : première représentation de la pièce Les Crapauphiles.
28 mai : la Fête des mares démarre !

La Fête des mares a été imaginée par Laurent Baffie, soutenue par l’ASPAS et coordonnée par la SNPN. Elle démarre la veille de la Fête des mères. Animations, conférences et sorties sont prévues, ainsi qu’une pièce de théâtre originale de la Compagnie des tardigrades.

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par Marc Giraud

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LogoFDMLa Fête des mares, c’est l’occasion de rappeler l’importance des zones humides grandes et petites pour la survie de nombreux animaux. Elle donnera lieu à des manifestations un peu partout en France, principalement des sorties de découvertes sur le terrain pendant la première semaine de juin.

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Cette année, le lancement de la Fête des mares aura lieu dans le Jardin naturel du XXe arrondissement. Plusieurs festivités sont prévues autour de la mare du jardin. Une représentation de la pièce Les Crapauphiles, un atelier à la découverte de la mare, et une conférence Le sexe des amphibiens animée par Françoise Serre-Collet, médiatrice du Muséum national d’histoire naturelle, spécialiste des reptiles et des amphibiens. un espace d’information sera également aménagé, avec un stand ASPAS et son exposition Connaître et protéger les amphibiens, ainsi qu’une exposition des photos de Françoise Serre-Collet sur les amphibiens d’Île-de-France.

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Tout au long de la semaine, de nombreux événements se dérouleront sur l’ensemble du territoire national : des ateliers, des sorties nature, des expositions, des conférences, des chantiers, des inventaires, etc.

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La créatrice de la pièce Les Crapauphiles, La Compagnie des Tardigrades, utilise le théâtre comme outil, et la nature comme source créatrice : « Nos recherches sont scientifiques et littéraires. Ces deux plans fondent nos spectacles. Les Tardigrades sont au croisement de la nature et des histoires qu’elle inspire. Notre devise : le sérieux et la fantaisie ».

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En 2011 sont nés d’abord Les Trésors du bord de mer, une visite guidée de la plage à marée basse mêlant étroitement le vrai et le faux, saynètes humoristiques et sciences naturelles.
En 2012, Des histoires sur le dos du poulpe, une soirée de théâtre documentaire sur un animal extraordinaire guidée par le génie de Victor Hugo.
En 2014,  Ostréa Mundi ou l’Huître à toutes les sauces !  une comédie interactive burlesque et pédagogique sur l’huître.
En 2015, Les Crapauphiles est une comédie doucement dingue pour deux personnages et un crapaud.

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Les Crapauphiles, texte et jeu N. Berland et M. Quidu :
Vendredi 29 avril à 11 h, 8 Passage Ruelle 75018 Paris, code 52A47, réservation Nadine Berland 06 27 46 34 57 nadine.berland@sfr.fr
Samedi 28 mai à 15 h 30, Jardin naturel, 120 rue de La Réunion 75020 Paris, réservation Nadine Berland 06 27 46 34 57 nadine.berland@sfr.fr

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La Fête des mares
Lancement le 28 mai
Partenaires nationaux : ASPAS, CNPN, Noé, CPIE, Société herpétologique de France
SNPN (Société nationale de protection de la nature) responsable scientifique Élodie Seguin 01 43 20 15 39 scie@snpn.fr Valérie Guittet 01 43 20 15 39 zh-idf@snpn.fr
http://www.snpn.com/spip.php?rubrique234
Fiche pratique pour creuser une mare :
http://www.aspas-nature.org/campagnes/protection/protegeons-nos-amphibiens/fete-des-mares/
Vidéo du lancement initial de la Fête avec Laurent Baffie :
http://www.dailymotion.com/ASPAS26#videoId=xj278j

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Ecologie ou politique ?

Voici un résumé de l’émission Agora de France Inter avec Stéphane Paoli, diffusée le 10 avril 2016 de 12 à 13 h.

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par Roger Cans

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Stéphane Paoli  recevait Noël Mamère (auteur de Changeons de système, pas le climat, Flammarion) et Dominique Bourg (auteur du Dictionnaire de la pensée écologique, PUF).

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Noël Mamère : L’excellence écologique vantée par Ségolène Royal est une imposture politique. J’en tombe de l’armoire. Ségolène vante la transition énergétique alors qu’il n’est jamais question du nucléaire !

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Dominique Bourg : L’écologie est politique. Si vous avez un été 45° C à Paris pendant plusieurs jours et une sécheresse qui anéantit les récoltes, vous serez atterrés. Le problème, avec le changement climatique, c’est qu’il faut faire face à un danger lointain, abstrait. On se dit : rien n’aurait changé si je n’étais pas né. Gouverner, c’est prévoir. Or la dégradation de l’environnement n’est jamais immédiate. Lorsqu’on la découvre, c’est trop tard, elle est irréversible. La solution, c’est réduire les flux, mais ce n’est pas payant électoralement.

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NM : Lorsque je participais au journal télévisé, en 1986, j’ai connu l’épisode de Tchernobyl, quand le professeur Pellerrin, du SCPRI, affirmait qu’il ne se passait rien en France, alors que la Suède et l’Allemagne sonnaient l’alerte sur toute l’Europe. Aujourd’hui, on est submergés de nouvelles en continu, ce qui brouille le message. Le journalisme est plus dans le suivisme que dans l’anticipation. S’agissant des pesticides, la Gironde est le département qui en consomme le plus en France. 95 % est le fait des viticulteurs. Le journal Sud-Ouest vient de publier un article qui signale que 135 écoles sont contaminées aux abords des vignobles, d’où un taux de cancer record chez les enfants. C’est comme pour l’amiante, dont les promoteurs, aidés par une presse complice, affirmaient que c’était un matériau indispensable et sans danger.

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thStéphane Paoli : On dit que le mammouth n’effraie les gens que sur l’instant, quand ils le voient devant eux. Mais si le danger est pour dans dix ans, on s’en fiche.

DB : Depuis les années 1970, on s’aperçoit que l’accumulation de biens ne crée plus de bien-être, au contraire. La Fontaine l’avait déjà dit dans la fable Le savetier et le financier. La croissance, tant prônée par nos gouvernants, n’apporte plus les fruits qu’on en attendait. La limite est dépassée.

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NM : Le temps politique n’est pas le temps écologique. Une politique publique doit dépasser l’échéance électorale, quitte à être sanctionnée par l’électeur. Je constate tout de même un progrès de l’écologie dans la société française. C’est l’écologie politique qui a instillé le virus, même si les Verts ont tout gâché après.

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DB : Vous dites (Stéphane Paoli) que la prise de conscience est venue après Hiroshima. Pas du tout. En dehors de Camus, tout le monde a salué la prouesse scientifique qui a mis un terme à la guerre. Il y a toujours eu un grand décalage entre les lanceurs d’alerte et la conscience publique. Le Printemps silencieux de Rachel Carson est paru en 1962. Et on ne commence qu’aujourd’hui à alerter les Français sur le danger des pesticides. Je connais mieux les Verts suisses que les Verts français. Mais je constate que, en France, on est passé de René Dumont à Jean-Vincent Placé ! Et pourtant, vous avez eu Charbonneau. La France a organisé la COP 21, et plus rien après.

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NM : Bernard Charbonneau est ce prof de Bordeaux qui, en 1935, avec Jacques Ellul, a publié les Directives pour une révolution personnaliste. J’ai suivi les cours de Jacques Ellul à la fac. C’est lui qui a souligné le danger de la technique, qui peut induire une servitude volontaire. En construisant des bagnoles, on construit une société. Ce que disait Pompidou : « il faut adapter la ville à la voiture ». Les zadistes sont-ils dangereux ? Ils ne représentent qu’un élément de ces multiples initiatives minuscules qui se battent pour une cause. La difficulté est d’articuler ces initiatives spontanées avec la politique. On assiste à une lutte entre les autogérés du « commun » et les politiques, soudain désemparés. On peut faire la révolution sans le sang et les larmes.

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SP : certains, contre l’extinction des espèces, envisagent de prolonger indéfiniment la vie humaine, ce qu’on appelle le transhumanisme.

DB : Le transhumanisme est une vaste blague. En revanche, les extinctions d’espèces se multiplient à un rythme effrayant. Il suffit de constater que l’on ne trouve pratiquement plus d’insectes écrasés sur les pare-brise. Nous nous comportons comme des fous, qui courons après de faux bénéfices.

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NM : Il faut parvenir à une prospérité sans croissance, comme le disent les Anglo-Saxons. Et il faut réduire les inégalités, qui ont des conséquences sur la santé publique (obésité, diabète). Aux Etats-Unis, le pays le plus riche du monde, l’espérance de vie est inférieure à celle de la Grèce ou de l’Espagne ! La question que l’on doit se poser est « Qu’est-ce qui nous est commun ? ». On doit se parler, comme aux « nuits debout ».

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(Reportage sur l’habitat participatif à Montreuil, le «XXIe arrondissement» de Paris.)

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NM : en 2009, j’ai fait une proposition de loi sur l’habitat coopératif. A Bègles, nous avons un seul immeuble de ce genre, mais habité par dix propriétaires. On y a imposé une chambre d’amis unique, partagée par les résidents.

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DB : la loi pousse souvent à l’égoïsme. J’utilise Blablacar, car je n’ai pas de voiture. Cela m’a permis de rencontrer des gens que je n’aurais jamais rencontrés autrement.

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Après le journal de 13 h, Stéphane Paoli revient sur le mot « plèbe », employé par Noël Mamère, malgré sa connotation péjorative.

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NM : dans la Rome antique, la plèbe était le groupe de citoyens qui ne voulaient pas payer l’impôt pour faire la guerre. Son représentant s’était retiré sur l’Aventin, où des discussions ont alors eu lieu avec les Patriciens. C’est un peu le cas des Indignés et de tous ces gens qui refusent le système sans trop savoir quoi faire pour le changer. Faut-il rester dans une protestation diffuse, sans chef, ou bien désigner un représentant ? Personnellement, je ne crois pas à la démocratie directe, qui peut être dangereuse.

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SP : si l’écologie est de gauche, comment s’accommoder d’une alliance avec le PCF, qui est productiviste ?

NM : le PCF est productiviste, mais aussi le PS. L’écologie ne peut être de gauche que si elle invente une nouvelle gauche. « Il faut sortir de l’entre soi » et aller à la rencontre de tous les « invisibles», y compris en milieu rural.

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SP : on vous a vu Place de la République à Paris avec Nuit debout. Avez-vous été manifester sous les fenêtres de Manuel Valls ?

NM : je suis allé Place de la République avec ma femme, mais je ne suis pas allé sous les fenêtres de Manuel Valls. Nous sommes rentrés avant. Ce qui ne m’empêche pas de juger sévèrement le cynisme de nos dirigeants politiques, qu’ils appellent « pragmatisme». La gauche, ce n’est pas la peur de l’autre, mais l’utopie, la poésie, le rêve. La gauche de gouvernement a été contaminée par le libéralisme et les manœuvres de triangulation de François Hollande. Mélenchon ? Je ne peux accepter son anti-germanisme et son anti-européisme systématiques. Nicolas Hulot ? C’est le mieux placé d’entre nous, écologistes, pour nous représenter en 2017. Pourtant, je ne suis pas de son 1er, 2ème, ni 3ème cercles, puisque j’avais soutenu en son temps Eva Joly contre lui. Les écologistes ont vocation à se présenter à la présidentielle, comme ils l’ont toujours fait depuis René Dumont en 1974. J’espère que Nicolas Hulot va y aller, sans passer par les primaires, que Cohn-Bendit proposait il y a peu avant d’y renoncer aujourd’hui ! Juppé ? Je le connais bien. C’est un homme de droite. Macron ? Ce n’est qu’une construction, ce qui est le pire en politique. La gauche de gouvernement prend ses idées à droite. Valls est un néo-conservateur, Macron est un libéral. La formule « ni de droite ni de gauche » est un enfumage. Comme autrefois Michel Jobert, qui était « ailleurs ». La gauche, c’est une famille politique soucieuse du « commun », j’y tiens. Ce n’est pas celle d’aujourd’hui, qui envoie des troupes en Afrique, comme du temps des colonies, et qui soutient Sassou Nguesso, l’homme qui garde pour lui l’argent du pétrole au Congo Brazzaville.

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Oui, beaucoup de jeunes votent aujourd’hui Front National. Il faut donc aller les chercher, leur parler, restaurer l’estime de soi. La haine de soi débouche sur la haine des autres. Panama papers ? On n’a pas appris grand-chose, sinon que la fraude est devenue industrielle. Au Parlement européen, Pascal Canfin s’était battu contre cette criminalité en col blanc. L’Europe peut être un outil qui nous protège. Oui, hélas, l’optimisation fiscale ou même la fraude sont bien vues en France. Balkany est constamment réélu. Il faudrait que le FMI, au lieu d’imposer des ajustements structurels aux pays pauvres, devienne un régulateur qui n’hésite pas à sanctionner les pays riches.

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Vous pouvez écouter cette émission en cliquant ici.

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La recherche des petits de loups dans une forêt biélorusse : une leçon d’histoire naturelle et d’humanité

Rechercher les petits de loups au plus profond de leur domaine, entre forêts et marais ,est passionnant pour qui cherche à se rapprocher au plus près de la nature sauvage. J’ai eu cette opportunité durant trois séjours au printemps passés en compagnie de Vadim Sidorovich, zoologiste biélorusse spécialiste de la grande faune européenne, membre de l’Académie nationale des sciences à Minsk. Son site (cliquez ici) et sa page sur Research Gate donnent toute la mesure de ses compétences scientifiques.

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par Annik Schnitzler

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Marques de griffes du mâle délimitant le territoire – photo @ Annik Schnitzler

Depuis une quinzaine d’années, ce scientifique étudie le loup et ses relations avec les autres carnivores (lynx, ours) dans diverses forêts de Belarus. La forêt de Naliboki, à l’ouest de la capitale, comprend au sein de ses 2750 km² une population viable de loups, qui varie entre 27 et 70 individus répartis en une trentaine de meutes. La régulation de l’espèce est active mais interdite au cœur d’une petite réserve de 900 ha. Cette interdiction de la chasse au loup dans la réserve est difficile à maintenir car le loup est considéré comme nuisible dans ce pays. Elle n’est réalisée que grâce à l’énergie et l’influence de ce chercheur d’exception.

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La forêt de Naliboki détient toute la grande faune mammalienne européenne de plaine : élan, bison, cerf, sanglier, chevreuil, loutre, ours et lynx. Une telle richesse fait rêver : pourquoi à Belarus et non dans mon pays, pourtant si riche en forêts ? La différence tient essentiellement dans les mentalités, bien plus que dans les densités de populations. Les Biélorusses acceptent bien plus volontiers la présence d’animaux dangereux : la trace des ours dans les vergers lorsqu’ils viennent manger les pommes avant l’hiver ne les effraie guère, la présence de loups aux portes des villages et parfois jusqu’aux abords de la capitale non plus, quoiqu’ils ne les apprécient pas. Sans doute ont-ils oublié les désagréments de ces animaux, au regard des atrocités qu’ils ont subies par les nazis durant la deuxième guerre mondiale.

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Ce qui a aussi favorisé la conservation de la grande faune est l’abandon de l’exploitation intensive de la forêt (au niveau des drainages et de la collecte des fourrures de mustélidés et de castors notamment) après le départ des Russes en 1990. Enfin, des lois de protection ont été édictées pour le lynx et l’ours, qui aident à leur recolonisation.

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Les loups se nourrissent principalement de mammifères de poids moyen (chevreuil, castor et sanglier). Le castor en particulier est privilégié : il est devenu très abondant depuis une décennie grâce à l’abandon de l’entretien des canaux et de sa chasse (près de 800 individus par 100 km² actuellement dans toute la forêt).

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En 15 ans, ce scientifique a découvert à Naliboki 168 petits, soit quelques portées de 1 à 11 par an, le nombre moyen de petits étant de 6. Lors de leur découverte, ils peuvent avoir de quelques jours à quelques semaines, en fonction de la période de leur découverte. Assez étonnamment, il arrive qu’il y ait des petits d’âges différents dans un même site, indiquant que les mères les ont réunis pour les élever ensemble.

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La technique de découverte des petits est complexe. Les recherches débutent en hiver afin de délimiter les limites de chaque territoire de loup, en interprétant les traces laissées par les loups reproducteurs dans la neige et sur les pistes sableuses de la forêt. A cette époque et au début du printemps, les loups marquent aussi leur territoire en grattant les bords de chemin de leurs griffes. L’interprétation des pistes laissées par la femelle demande une grande attention, car à un moment donné, avant l’accouchement, on peut déceler des différences dans la forme de ses empreintes (plus profondes) et l’allure générale de la piste (plus ondulante), en raison de sa grossesse.

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Après l’accouchement, les traces autour de l’aire de reproduction se transforment : il ne reste plus que le mâle qui nourrit la femelle allaitante : ses traces sont nombreuses et en étoile à proximité de l’endroit de naissance des petits, lorsqu’il part pour la nourrir, et directes lorsqu’il revient avec les proies. Avec une carte, il est ainsi possible de dresser ainsi ses va-et-vient et de préciser l’endroit où se trouvent les petits. Il faut alors rechercher au sein même du domaine vital dans les habitats qui sont connus pour être les plus favorables : des souches renversées, des buissons denses, une zone de hautes herbes. La forêt, peu fréquentée par les habitants sauf sur les pistes, et riche en sous-bois denses et en bois morts. Il faut dire qu’après les coupes d’arbres (parfois sur plus de 5 ha), le forestier ne revient plus pendant 80 ans ! La succession naturelle avec jeunes boisements touffus et arbres renversés s’enclenche, rendant ces sites très hospitaliers pour la faune, du loup à l’élan. Par ailleurs, les marais sont nombreux et ne sont plus exploités depuis les drainages faits par les Russes dans les années 1990. Autant de bonnes cachettes pour la reproduction de la faune de Naliboki.

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Tenir des petits de loup dans ses bras est une expérience unique – Photo @ Vadim Sidorovich

J’ai pu durant deux ans suivre Vadim Sidorovich lors de ses recherches dans les parties les plus profondes de cette forêt, qui dure de mars à fin mai. Cette recherche est plutôt épuisante : de l’aube à la fin de l’après midi, nous parcourons en voiture, puis à pied les marais, dunes boisées, coupes anciennes, explorant les bois morts, marchant sur les bois tombés pour passer d’un bras de rivière ou d’un marais à l’autre, ou traquant les indices de présence de la tanière. Si nous approchons du but, mais sans le trouver, la femelle alertée, emporte ses petits dans un autre endroit, parfois à plusieurs kilomètres. Il faut donc également détecter sur les chemins les traces fraîches. J’ai eu la chance d’être présente lors de la découverte d’une portée, et de pouvoir, durant un petit moment, les tenir dans les bras. La femelle n’était pas très loin mais ne se risquerait pas à intervenir. Mais dès qu’on est partis, on sait qu’elle récupère les petits et les cache dans une autre partie de la forêt. Nous ne revenons plus dans son domaine, car l’essentiel est fait : compter la portée, évaluer son état sanitaire, prélever des poils pour une éventuelle recherche génétique, marquer les petits pour suivre leur évolution au cours de l’été jusqu’à l’hiver suivant.

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En un mois, entre mars et avril 2015, cette tanière a reçu les visites des espèces suivantes : 2 blaireaux, 3 renards, 1 chien viverrin, 2 lynx, 2 loups noirs, 2 loups gris, une biche. L’un des renards est rentré dans la tanière, le lynx (ci-dessus) a déposé une crotte – Photo @ Vadim Sidorovich

Il faut savoir que le couple ne fait pas qu’une seule tanière, mais des dizaines au sein de son territoire vital, en général bien au centre pour éviter les agressions des meutes voisines.

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D’autres facteurs entrent en jeu : la proximité d’un cours d’eau, la proximité d’une route afin de surveiller les allers et venues des hommes des villages alentour; l’éloignement de zones très riches en grands herbivores, toujours prêts à piétiner les petits, de zones à ours ou à lynx qui n’hésitent pas à les tuer également (pour une raison évidente de régulation entre prédateurs !).

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Avant l’accouchement, par nervosité et inquiétude, la femelle confectionne de nombreux nids à ciel ouvert, creuse quelques tanières dans les dunes ou en rafraîchit d’anciennes. Elle peut aussi récupérer celles creusées par un renard après en avoir tué ou jeté sur le côté les petits.. Cette pléthore de lits de repos pour les petits sert à les transporter au cours de la saison de reproduction.

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Les raisons sont multiples. Le danger tout d’abord : la présence de visiteurs humains (dont Vadim Sidorovich, qui m’assure que les loups le connaissent), la venue d’un lynx ou d’un ongulé sauvage. Ou alors pour des raisons de confort : la tanière est infestée de parasites, ou trop étouffante; le nid est trop ensoleillé ou trop humide et les moustiques trop nombreux.

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Poupée trouvée près d’une tanière – photo @ Fabien Brugmann

Au final, le domaine de reproduction d’un couple peut inclure jusqu’à 62 nids et près de 10 tanières, répartis en plusieurs endroits et distants de plusieurs kilomètres. C’est dire la difficulté de trouver la portée ! Souvent, on trouve sur les chemins ou près des tanières des objets curieux : plastique coloré, pneu crevé, et même une tête de poupée, tous mordillés par les petits. Ils ont été ramenés par les parents des dépotoirs des villages proches afin d’aider les petits à passer la période difficile de la percée des dents.

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Le transport constant des petits est en fait d’une efficacité toute relative pour leur survie, surtout s’ils sont nombreux. Il arrive que les parents en oublient un, surtout si les distances entre les tanières sont de plusieurs kilomètres; ils peuvent prendre froid, surtout s’il pleut beaucoup. Par ailleurs, les petits sont fragiles, sujets à des maladies. Au final, seulement la moitié survivra, qu’on pourra entendre hurler la nuit aux lieux de rendez vous automnaux, d’où ils attendent leurs parents. J’ai eu le plaisir d’apprendre que les petits que j’avais eu dans mes bras avaient tous survécu l’hiver suivant.

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Suivre Vadim Sidorovich dans ses recherches est enrichissant pour qui se passionne pour la faune sauvage, car il explique volontiers tout ce qu’il a pu accumuler de connaissance sur la nature biélorusse. Le plus extraordinaire pour moi a été de réaliser que cette forêt inconnue des naturalistes était le symbole évident de que pourraient être les forêts occidentales : le lieu d’un partage strict des territoires entre prédateurs (loup, lynx, ours, renard) et aussi entre herbivores (cerf, élan, bison, sanglier). La coexistence est bien la base de la vie, même si elle se base sur l’agression et la prédation, car au final, la vie y est foisonnante dans le respect de chacun. Une coexistence dont l’homme pourrait aussi faire partie en France, s’il changeait de mentalité.

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