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Le 26 mai, une journée très spéciale pour la défense des animaux

Ce 26 mai est une journée « spéciale » : non seulement c’est la 1ère journée mondiale de l’intelligence animale, mais aussi la tenue du colloque universitaire sur « l’animal comme être vivant et non-violence : vers une moralisation de la vie animale » organisé par l’IUT St Denis, l’UFR DSPS (droit, sciences politiques et sociétés),  l’UFR LLSHS  (lettres, langues, sciences humaines et sociétés) et l’université Paris 13.

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par Michel Cros

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Des associations, des juristes, des philosophes, des médecins, des chercheurs, des vétérinaires, se mobilisent depuis des années pour faire évoluer les mentalités et faire considérer l’animal comme un être vivant doué de sensibilité qui est capable de ressentir la joie comme la peine. Ce colloque vise à rassembler divers spécialistes afin de réfléchir à la place des animaux dans notre société, à notre relation avec eux, au statut juridique qu’on peut et doit leur accorder.

Ci-dessous, le communiqué de présentation de ce colloque.

L’IUT de Saint-Denis organise un colloque sur la non-violence animale qui se tiendra le samedi 26 mai 2018 à la Maison des Sciences de l’Homme et qui aura pour thème : « L’animal comme être vivant et non-violence : vers une moralisation de la vie animale ».

Ce colloque réunira de nombreux spécialistes de la question, comme des vétérinaires, des juristes, des associations de défense des animaux mais aussi des enseignants-chercheurs de la Sorbonne et de l’université de Limoges, seule université en France à dspenser un diplôme universitaire en Droit Animalier en partenariat avec 30 Millions d’amis.

L’IUT de Saint-Denis organise déjà depuis 2 ans une formation à la non-violence en direction de ses étudiants avec des partenaires, notamment l’AFC Umani qui est aussi notre partenaire dans ce colloque de non-violence animale. C’est dans ce cadre que nous élargissons notre réflexion à la non- violence animale.

Ce colloque est ouvert sur simple inscription par mail à : melanie.david@univ-paris13.fr. L’entrée est gratuite.

10h00 : Table ronde 1
Repenser la relation Homme-animal : Comment intégrer la non-violence dans notre relation aux animaux

Avec : Astrid Guillaume, Sémioticienne, MCF (HDR) – SORBONNE Université, Comité scientifique de La Fondation Droit animal, Ethique et Sciences, Co-présidente de la Société française de Zoosémiotique (SfZ).
Dominic Hofbauer, Responsable du pôle Education de L214

Lamya Essemlali, Présidente de Sea Shepherd France
Jacqueline Peker, Vétérinaire homéopathe, Présidente de la Societé Française d’Homéopathie

14h00 : Table ronde 2
Soigner un animal, soigner l’humanité : être vétérinaire aujourd’hui
Avec :
Vincent Milcent, vétérinaire spécialisé en médecine interne et imagerie
Anne-Claire Gagnon, Docteur vétérinaire, association contre la maltraitance animale et humaine (AMAH).

15h15 : Table ronde 3
Vers un statut juridique de l’animal. Des lois sont censées protéger les animaux en France et en Europe. Qu’en est-il vraiment ?

Avec :
Hélène Thouy, Avocat au barreau de Bordeaux, co-fondatrice du Parti Animaliste
Arielle Moreau, Avocat et consultante pour One Voice
Catherine Helayel, Avocate et co-fondatrice et Présidente de l’association Animal Justice et Droit

Lucille Boisseau-Sowinski, Enseignante-chercheuse et responsable du D.U Droit animalier de l’université de Limoges

17h30 : Fin des travaux

Pour toute information sur l’organisation

Contact : Mélanie DAVID Responsable du service communication melanie.david@univ-paris13.fr + 33 6 66 99 62 05

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Le concours des Têtes Chercheuses 2018

Vous avez un projet de média ? Vous représentez un média novateur ? Participez au concours francophone des Têtes Chercheuses 2018, organisé par le Club de la presse de Lyon : vous avez jusqu’au 2 juin !

Premier prix créé en entrepreneuriat en journalisme, les Têtes Chercheuses valorise depuis 2015 les jeunes médias fondés sur une ligne éditoriale originale mais surtout une stratégie et un positionnement économique innovant.

En 2018, pour sa troisième édition, le lauréat bénéficiera d’une incubation dans des lab’ spécialisés média, d’un accompagnement juridique et technique, d’une doffusion grand-public sur une grande plateforme, d’une exposition médiatique…

Après une première sélection en juin, les finalistes se retrouveront le 19 septembre prochain à Lyon, au siège régional de Groupama, pour pitcher leur projet face à un jury d’experts qui désignera le lauréat.

Pour en savoir plus, télécharger le règlement du concours et le dossier de candidature : http://www.clubpresse.com/les-tetes-chercheuses/
Contact : 04 78 37 75 45 ou tetes.chercheuses@clubpresse.com

Algérie: création d’un Prix de la ville verte

Bonne nouvelle : un prix de la ville verte vient d’être lancé en Algérie. Le classement se fera à partir de critères directement en rapport avec les caractéristiques des espaces verts.
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par M’hamed Rebah

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Ce sera sans doute l’occasion de découvrir dans quel environnement se trouvent ces espaces et s’ils sont en mesure de compenser les nuisances multiples qui aggravent le malaise urbain largement ressenti. Le cadre de vie dans les agglomérations, grandes ou petites, est incontestablement dégradé, malgré les efforts et les budgets qui lui sont consacrés. Saleté répugnante, pollution de l’air insoupçonnée et bruit assourdissant, c’est cela le milieu ambiant dans les villes algériennes et plus particulièrement dans la capitale.

Le bruit, interdit par la loi, ne fait l’objet d’aucune limitation, à croire qu’il est toléré, avec même l’impression qu’il est parfois encouragé. Beaucoup de gens restent effarés devant le spectacle de ces motos qui pétaradent et des voitures qui les imitent, circulant en ville sans que leurs conducteurs soient inquiétés comme s’ils étaient au-dessus de la loi alors que ce comportement peut être assimilé à un trouble de l’ordre public; idem pour les klaxons abusifs, les sirènes, les coups de sifflet, les postes-radio des véhicules mis à plein volume, les cortèges de mariage avec orchestres ambulants, et (cerise sur le gâteau) le duo karkabou-bendir au moment de la sieste…. Résultat : un cocktail infernal de décibels jetés aux oreilles des riverains, habitants ou employés, et des passants, tous, exaspérés mais ne pouvant rien faire. Il n’est pas rare de constater que des travaux bruyants sur la voie publique et au milieu d’habitations, commencent très tard le soir, à l’heure où la loi impose, au contraire, de les arrêter, et se poursuivent la nuit à des moments où ils sont totalement proscrits dans d’autres pays.

Il n’y a pas de vide juridique concernant le bruit : la loi sur l’environnement (19 juillet 2003) et le Code de la route (février 2017) contiennent des dispositions pour lutter contre le bruit provoqué par les activités diverses ; le décret sanctionnant les fauteurs de bruit, signé en 1993 par Belaid Abdesselam durant son court passage en tant que chef du gouvernement, est toujours en vigueur. Et, surtout, la nouvelle Constitution algérienne est censée garantir le droit à un environnement sain pour tous, ce qui inclut un minimum de confort sonore incompatible avec les nuisances provoquées par les hauts parleurs posés sur la voie publique ou transportés sur des véhicules.

Mais ces bonnes dispositions écologiques sont de toute évidence superbement ignorées par tous dans une ambiance générale d’incivisme qui se traduit également par la saleté, les déchets négligemment jetés ça et là, et les poubelles débordantes avec leurs odeurs nauséabondes. Cette situation déplorable pourrait trouver sa solution si la démocratie participative, évoquée dans la même Constitution, était mise en œuvre. Les élus, à eux seuls, ne peuvent pas (du moins pour les rares qui en ont la volonté) agir efficacement pour protéger l’environnement dans leurs communes, dans l’intérêt des habitants. En outre, il y a, chez nombre de gestionnaires locaux, une réticence à associer la population aux décisions qui, pourtant, la concernent. Ce que l’on appelle la « société civile » dans le discours officiel, devra encore attendre de meilleures conditions pour pouvoir placer son mot. Dans toutes les agglomérations algériennes, une des principales aspirations de la population concerne le cadre de vie, « retrouver le calme et la tranquillité d’antan dans un environnement agréable et paisible », comme le rapporte un confrère en parlant de Guelma, ville de l’est du pays. Un autre confrère décrit en termes pas du tout flatteurs la situation dans sa localité : « La saleté est maîtresse des lieux. Des dépotoirs sauvages se sont formés ça et là, empoisonnant l’air d’odeurs nauséabondes ».

Le prix de la ville verte sera-t-il suivi d’un prix de la ville propre, de la ville moins bruyante, de la ville calme et tranquille ? Le prix de la ville verte réussira-t-il à s’installer dans la durée ? En été 1996, pour la première fois en Algérie, la Direction générale de l’Environnement (DGE) avait lancé une opération « Drapeau bleu » (une couleur en référence à la mer) destinée à récompenser les plages les plus propres, sur la base d’une liste de critères qui, curieusement, ne comprenaient pas le paramètre bactériologique « pour ne pas pénaliser les wilayas qui ne disposent pas de stations d’épuration », avaient alors, sans convaincre personne, tenté d’expliquer les promoteurs de cette action écologique. Mais cette bonne initiative a immédiatement disparu au premier changement de personnel dans les institutions. L’opération « Drapeau bleu » n’a vécu que deux étés (1996 et 1998).
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Cet article a été publié dans La Nouvelle République (Alger) du jeudi 3 mai 2018.

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La nature protégée du Costa Rica

Au Costa Rica, 25 % du territoire est protégé au travers de 26 parcs nationaux, 9 réserves écologiques, 30 réserves nationales de faune, 12 réserves forestières et de nombreuses réserves privées. L’écotourisme est devenu la première ressource du pays.

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par Jean-Claude Génot *

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 La diversité biologique du Costa Rica donne toute sa démesure à travers les chiffres suivants : 10 000 espèces de plantes, 1 600 espèces d’orchidées, 15 000 espèces de papillons, 915 espèces d’oiseaux dont 3 endémiques du Costa Rica et 93 endémiques du Costa Rica et du Panama, 231 espèces de mammifères, 220 espèces de reptiles, 160 espèces d’amphibiens, 34 000 espèces d’insectes et 1 600 espèces de poissons. Chaque année, 160 nouvelles espèces sont découvertes, souvent des orchidées et bien sûr des insectes. En matière de protection de la nature, les chiffres sont également éloquents avec 25 % du territoire protégé au travers de vingt-six parcs nationaux, neuf réserves écologiques, trente réserves nationales de faune, douze réserves forestières et de nombreuses réserves privées. L’écotourisme est d’ailleurs devenu la première ressource du pays.

Le volcan Irazu, au Costa Rica – photo Jean-Claude Génot

Le parc national du volcan Irazu couvre deux mille hectares dans la province de Cartago (deuxième ville du pays) qui inclue deux réserves forestières. Ce volcan situé à 3 400 m d’altitude fait partie comme les autres stratovolcans du pays de la ceinture de feu du Pacifique, nés de la subduction de la plaque de Cocos sous la plaque Caraïbe d’où leur forme conique avec des pentes prononcées. Le cratère principal contenait un lac qui s’est effondré et n’est plus visible. Un second cratère inactif se trouve à côté du cratère principal et il est rempli de cendre volcanique que le vent fait tourbillonner en cette belle matinée de mars. Le paysage est lunaire sous un ciel bleu et nous sommes au-dessus des nuages.

Pour y accéder il y a un péage puis un parking et une boutique. Là un coati, mammifère de la famille des ratons laveurs à pelage sombre avec un nez blanc et une longue queue, est à la recherche de nourriture dans les poubelles au milieu des visiteurs. La végétation des bords de cratères est dominée par une plante du genre Gunnera, aux feuilles larges comme des parasols, couvertes de poussière. Ici il ne neige pas à cette altitude, mais il est tombé des flocons en 2016, un évènement exceptionnel lié peut-être au changement climatique.

Parmi la végétation, un colibri des volcans, endémique des milieux volcaniques, et un autour de Cooper, rapace migrateur en route vers l’Amérique du Nord.

Les gens se pressent à l’entrée du parc national Manuel Antonio, au Costa Rica – photo Jean-Claude Génot

Le parc national Manuel Antonio se situe sur la côte Pacifique dans la province de Puntarenas. Créé en 1972, il a une superficie de près de deux mille hectares pour la partie terrestre et cinquante-cinq mille hectares pour la partie marine. Il est composé d’îles, d’une baie, de mangroves et de forêts pluviales ainsi que de milieux marins. Il est adossé au village de Manuel Antonio qui est une station balnéaire avec une grande plage de sable très fréquentée par les touristes, majoritairement des Américains, et les Costaricains. Les loisirs de la société de consommation y sont proposés comme le jet ski et le para-nautisme, sans oublier tous les services indispensables à ceux qui penseraient encore à aller à la plage sans dépenser d’argent, vendeurs ambulants et loueurs de parasols et de fauteuils de plage. Le site est le théâtre d’une grande agitation avec les restaurants, les bars et les magasins. Seules les premières heures de la matinée offrent une plage vide et une faible circulation routière. Les hôtels ont été construits en lisière de forêt, ce qui explique les cris des singes hurleurs le matin au réveil.

C’est en empruntant une rue bordée d’hôtels et de « marchands du temple » avec bibelots, vêtements made in « India » et boissons locales pour touristes qu’on arrive à la porte du parc national. Près de l’entrée, des guides nature proposent leurs services pour quelques heures dans le parc. Une foule se presse à l’entrée qui est payante, là un préposé fouille votre sac. Tout cela fait penser à un parc zoologique. A peine entrés, des groupes se forment autour des guides équipés de longue vue. Sur à peine cent mètres, nous voyons une femelle et un jeune cerf de Virginie, un paresseux à trois doigts perché tout en haut d’un arbre, un iguane caméléon contre un tronc, une grenouille vénéneuse verte à taches noires immobile au sol dans les feuilles sèches. Il y a tout ce qu’il faut pour donner aux visiteurs l’impression qu’ils ne sont pas dans la nature : sentier en béton, passerelle en bois, escaliers bétonnés avec des caniveaux et panneaux dits pédagogiques qui sollicitent la raison mais aucunement l’émotion.

A la décharge des gestionnaires de ce parc accueillant des dizaines de milliers de visiteurs par an, la forêt est sous l’eau une grande partie de l’année, d’où la réponse technique du parc qui se veut définitive : le béton. On comprend mieux pourquoi ce parc attire tant de monde en arrivant sur une plage sans vague, située dans une baie magnifique, d’ordinaire fermée aux visiteurs car le parc n’est pas ouvert tous les jours. Là, au milieu d’un attroupement incroyable, des singes, les capucins à face blanche, descendent de leurs arbres et viennent au sol, parmi des gens affolés et d’autres tentant de les prendre en photo, pour voler une bouteille de soda qu’ils s’empressent d’aller boire sur leurs branches. Deux ratons laveurs reniflent les sacs des touristes sur la plage, l’un d’entre eux les chasse avec un bâton. Aucun garde du parc n’est présent pour tenter de rappeler un peu les touristes à des comportements plus respectueux de la faune.

Mais que peut-on faire dans un tel cirque ? Le parc national monnaie sa plage sans vague qui attire la plus grande part des visiteurs du parc, les gens avec serviettes de bain étant majoritaires. Il semblerait que le parc limite le nombre de visiteurs à trois cents, mais par jour ou par heure ? Ce que j’ai vu me fait opter plutôt pour la seconde option car à partir d’une certaine heure on ne laisse entrer les gens que lorsque d’autres visiteurs ressortent. Quoi qu’il en soit, cela correspond à un tourisme de masse dont l’impact sur le milieu et la faune en particulier n’est certainement pas négligeable. Les parcs nationaux du Costa Rica ont peu de moyens financiers et il semblerait que Manuel Antonio soit le plus rentable avec son entrée payante et que cet argent profite à l’ensemble du réseau. En sortant du parc, on croise des familles entières venues pour se baigner qui ne voient ni les paresseux dans les arbres ni les frégates dans le ciel. S’il y a un intérêt à observer le fonctionnement d’une telle aire protégée à titre de curiosité professionnelle, le naturaliste à la recherche d’ambiance sauvage, de calme et de solitude n’y trouve absolument pas son compte. De même, malgré certains grands arbres, la forêt visitable est assurément une forêt secondaire.

Forêt tropicale du parc national Carara, au Costa Rica – photo Jean-Claude Génot

Le parc national de Carara n’est pas très loin de Manuel Antonio dans la partie centrale de la côte Pacifique. Ce fut d’abord une réserve biologique en 1978, puis elle est devenue parc national en 1998. Le parc a une superficie modeste de cinq mille deux cent hectares et protège une partie du bassin versant de la rivière Tarcolès. Il accueille la plus grande population d’aras rouges sauvages du pays grâce à ses forêts pluviales qui ont un haut degré de naturalité. Il abrite également certains vestiges archéologiques de la période pré-colombienne de 300 ans avant J.C. à 1 500 ans après J.C. L’entrée est payante et donne accès à certains circuits pédestres. Celui que nous empruntons est bétonné comme à Manuel Antonio et sponsorisé par des multinationales américaines comme Coca Cola ou Walmart, dont les noms sont inscrits à même le sol sur le sentier. Le parc est bordé au sud par la route longeant la côte vers le Nicaragua. Le panneau d’information avec le plan du parc est sponsorisé par une entreprise privée comme celui de Manuel Antonio. Certains arbres sont monumentaux et mesurent plus de cinquante mètres de hauteur et trois mètres de diamètre avec des contreforts gigantesques dont l’écorce ressemble à la peau d’un éléphant. Des figuiers étrangleurs recouvrent les troncs d’arbres, des lianes pendent depuis les hautes frondaisons, l’atmosphère est moite, la profusion végétale est totale. On ne peut que ressentir de l’admiration devant une telle nature intégrale. On comprend mieux qu’une nature d’une telle vitalité soit difficile à contenir par l’homme et qu’une clairière sera très vite reconquise par la forêt. La seule manière que l’homme ait trouvé de contenir cette forêt magistrale est définitive, c’est la destruction pure et simple. Pourtant, cette forêt est une merveille de soutenabilité, de recyclage parfait et de fonctionnement circulaire alliant beauté et complexité.

Une plante ressemblant au caféier est omniprésente en sous-bois. Il est bien difficile de voir ou de photographier un oiseau dans ces « gratte ciel » végétaux. Nous avons pu observer des singes écureuils grâce aux mouvements des branches lors de leurs déplacements, une grenouille verte et noire et parmi les oiseaux une pie-grièche mangeuse de fourmis entièrement barrée de noir et blanc sur tout le corps et des ibis blancs au bord d’un ruisseau forestier. Plus loin, une inscription sur le sentier montre qu’une université américaine a des liens avec ce parc. Les universités du pays fréquentent également le parc comme le montre un groupe d’étudiants accompagnés de leur professeur.

Paysage du parc national Palo Verde, au Costa Rica – photo Jean-Claude Génot

Le parc national de Palo Verde, créé en 1978, est situé dans la partie la plus sèche du pays, sur les rives de l’embouchure du Rio Tempisque à l’extrémité du golfe de Nicoya. Il couvre près de dix-neuf mille hectares et fait partie de la province de Guanacaste. Il abrite des forêts sèches, des mangroves, des reliefs calcaires et des marais situés dans la plaine alluviale avec une vaste zone humide classée zone Ramsar qui accueille la plus grande concentration d’oiseaux d’eau d’Amérique centrale. Le parc doit son nom à un arbuste, le palo verde du genre Parkinsonia, au feuillage persistant. Contrairement à Carara et Manuel Antonio, Palo Verde est plus éloigné des grands axes. Il faut emprunter une piste praticable mais poussiéreuse en saison sèche d’une trentaine de kilomètres pour arriver à l’entrée du parc. La région est dominée par l’élevage sur de grandes propriétés où l’herbe est rabougrie et sèche. Les gens pratiquent l’écobuage, mais cela brûle également des haies en totalité et même des piquets de parc. Certains paysages font penser au bush africain. Un canal d’irrigation apporte de l’eau des montagnes pour cultiver du riz et de la canne à sucre. A l’entrée du parc, comme un symbole de sécheresse un cactus pousse au pied d’un arbre sans feuille au milieu d’une zone d’herbe rase entièrement desséchée. Un gros iguane vert, tel un petit dinosaure, semble supporter le soleil brûlant alors qu’il est à l’aise dans les forêts tropicales humides. Un oedicnème local marche tranquillement. Le vaste marais classé en zone Ramsar dans la vallée du Rio Tempisque est accessible en partie grâce à un ponton en très mauvais état, ce qui ne fait que confirmer les faibles moyens dont disposent les parcs nationaux. Face à nous, des milliers d’oiseaux sur fond de montagnes boisées. De très nombreuses espèces d’échassiers sont présentes comme le jabiru, l’ibis satiné et la cigogne des bois dont plusieurs centaines d’individus se répartissent entre les herbiers et les zones inondées. Parmi les oiseaux d’eau : des jacanas, des poules d’eau, des dendrocygnes au poitrail roux et au bec rouge très élégants. Un faucon pèlerin a piqué sur les canards, mais a raté son attaque. Dans le ciel, un ballet de cigognes et de vautours dans un ciel bleu limpide. Il fait si chaud que l’horizon se brouille dans les jumelles. En se réfugiant sous un arbre, le cri de la chevêchette ferrugineuse attire notre attention. Elle est perchée au milieu des branchages, petite mais impériale. Un coati traverse la piste et se dirige vers la forêt, des capucins font le chemin inverse et se dirigent vers les arbres qui bordent le marais.

Nous faisons un arrêt près d’un embarcadère sur le Rio Tempisque, fleuve brun qui charrie les limons des montagnes, encadré par des mangroves verdoyantes. Sur la terre craquelée, un ctenosaur, ou iguane noir, est posé sur un arbre mort, il est reconnaissable à sa queue formée d’anneaux recouverts d’épines. Une termitière est perchée dans un arbre et ressemble de loin à un essaim d’abeilles. Des zones de pâturage clôturées existent dans le parc national car il s’agit de terrains privés. Mais le parc utilise également le pâturage pour empêcher le développement de plantes indésirables dans les marais. Cela révèle l’invariable volonté de maîtriser la nature au profit d’une seule de ses composantes, les oiseaux. Car laisser faire la nature favoriserait d’autres espèces ou les mêmes qu’actuellement, mais en nombre plus restreint. Et qu’en est-il des risques de piétinement des plantes et des nichées par les bovins utilisés pour ce pâturage dit « écologique » ? L’Organisation des Etudes Tropicales (OET) est une organisation à but non lucratif réunissant des universités et des organismes de recherche publics et privés des Etats-Unis, du Costa Rica, du Pérou, du Mexique, d’Afrique du Sud et d’Australie. L’OET possède une station biologique dans le parc où nous sommes allés déjeuner d’un repas végétarien succulent à base de lentilles, de riz, de légumes cuits et crus, de bananes et de mûres fondantes avec un thé vert et du jus d’ananas dans une salle avec ventilateur et fenêtres ouvertes sur la forêt. Un groupe d’une trentaine de coatis est passé à côté de la salle à manger. Un pécari à collier, ressemblant à notre sanglier, est venu très près d’une fenêtre puis s’est enfui dans la forêt. Il fait trente sept degrés et seul le bureau climatisé de la responsable de l’OET offre un refuge contre la chaleur écrasante. Cette dernière nous explique que les forêts du parc abritent des jaguars, des ocelots et des pumas, mais que ces animaux ne sont visibles que sur des pièges photographiques. Une balade dans la forêt sèche permet de voir des acacias, des figuiers étrangleurs, des kapokiers du genre Ceiba, le gommier rouge du genre Bursera, un arbre au tronc cuivré, le guanacaste (Enterolobium cyclocarpum), l’arbre national du Costa Rica aux feuilles de mimosa et le Parkinsonia au feuillage bien vert qui a donné son nom au parc. A cela s’ajoutent des cactus et des vignes du genre Bauhinia et Combretum.

Le degré de naturalité et de conservation augmente avec l’altitude, notamment en ce qui concerne les forêts pluviales et de nuage. La plupart des aires protégées couvrent des zones en altitude sur les cordillères avec des pentes fortes trop pentues pour être exploitées. Certes, il existe des aires protégées à basse altitude, mais les forêts tropicales humides des basses terres du Pacifique sont menacées. C’est également le cas des forêts sèches qui ne représentent aujourd’hui plus que 0,1 % de leur superficie originelle.

Pour prendre la mesure de la déforestation, 75 % du pays était recouvert de forêts en 1950, contre 25 % aujourd’hui. Mais il semblerait que le Costa Rica ait fait des efforts pour freiner la déforestation ou favoriser le retour de la forêt depuis les années 1990. Malgré une communication très optimiste sur la protection de la nature du pays, à l’évidence il n’y a pas assez de moyens pour la conservation de la nature au regard des enjeux extraordinaires de biodiversité de ce petit pays. Ainsi il n’y a pas assez de gardes pour certaines aires protégées et peu de moyens matériels publics pour assurer un accueil de qualité. Les réserves marines font l’objet d’actes de braconnages des requins pour le trafic des ailerons achetés illégalement par des négociants taïwanais. En 2013, un jeune défenseur des tortues a été tué par des braconniers. Pourtant, ce pays a pris des décisions courageuses comme l’interdiction de la chasse et la protection de la nature réglementaire représentant actuellement le quart de sa superficie. Mais malgré l’existence d’inégalités sociales et de maux des temps modernes comme le trafic de drogue, ce pays fait figure d’exception en Amérique centrale et son action en faveur de la nature mérite d’être soutenue et encouragée au niveau international.

  • Ecologue

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« Tchernobyl, le monde d’après », un film à voir et à faire connaître

Le cinéma les 7 Parnassiens, dans le XIVe arrondissement de Paris, proposait le 26 avril 2018 une projection en avant-première du film Tchernobyl, le monde d’après, produit par l’ONG Enfants de Tchernobyl Belarus. Elle était suivie d’un débat avec les réalisateurs Marc Petitjean et Yves Lenoir,  ainsi qu’Alexey Nesterenko, Tatiana Kotlobai et Liliya Bovkunovich, venus spécialement de Biélorussie.

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par Laurent Samuel
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Un film tout à fait dense et passionnant, qui, sorti à l’occasion du 32e anniversaire de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, survenue le 26 avril 1986, nous montre à la fois l’ampleur et la persistance des mensonges officiels minimisant son impact sur la santé humaine et la nature, et les efforts de quelques passionnés, autour de l’association Belrad, pour effectuer des études indépendantes et contribuer au surgissement de la vérité.

« Il s’agissait au départ de réfuter la thèse du film «Tchernobyl, Fukushima : vivre avec», diffusé par la chaîne ARTE le 26 avril 2016, un film dont le scénario et le tournage ont été contrôlés par le directeur du CEPN — l’officine implantée dans l’établissement du CEA de Fontenay-aux-Roses — Jacques Lochard, également Vice-président de la Commission internationale de protection radiologique (CIPR), affiliée à l’OMS depuis 1956 », explique Yves Lenoir sur le site de l’association Enfants de Tchernobyl Belarus.

Il faut saluer l’exceptionnel effort pédagogique effectué par l’équipe du film, qui permet de s’y retrouver dans les dédales d’un sujet complexe, que les mensonges du lobby nucléaire contribuent à opacifier encore davantage. On aurait aimé toutefois (mais comment tout approfondir en 1 h 45  ?) avoir davantage de détails sur l’ONG Belrad, l’emploi de la pectine pour lutter contre les radiations ou encore l’impact de la catastrophe sur la faune et la flore.

Au cours du débat, Yves Lenoir a annoncé qu’une version du film sous-titrée en russe venait d’être réalisée afin d’être diffusée sur place via l’ONG Belrad, dont les responsables, présents pour cette avant-première, vont rapporter dans leurs bagages sous forme de DVD. Un sous-titrage en portugais est aussi en cours de réalisation.

Le jeu des questions-réponses a permis de constater que la plupart des spectateurs (ou du moins ceux qui sont intervenus) étaient des antinucléaires convaincus, ce qui est souvent le cas pour les projections organisées par des associations. Or, ce documentaire mérite d’être vu par le plus grand nombre. Formons donc le voeu qu’une chaîne nationale comme par exemple Arte – qui diffuse parfois des documentaires critiques sur l’énergie nucléaire (comme ceux de la JNE Laure Noualhat) – inscrive au plus tôt ce film à ses programmes !

Note de l’association Enfants de Tchernobyl Belarus : ce travail ne prendra tout son sens et toute sa portée qu’avec la contribution du plus grand nombre à ses promotion et diffusion. Chacune et chacun est invité à se concerter avec les associations écologiques et anti-nucléaires locales pour organiser une ou plusieurs projections, éventuellement suivies de débats. Pour ce faire prendre contact avec Yves Lenoir. Tél : 01 45 88 63 08. Email : yaj.lenoir@free.fr

Ce film résulte de la mise en forme par le cinéaste Marc Petitjean) d’archives inédites et de témoignages recueillis en juillet 2016 au Belarus par une petite équipe constituée d’Alexey Nesterenko, Mona et Michel Hugot et Yves Lenoir. L’énorme travail de transcription et de traduction a été mené à bien avec le concours de l’association belge Enfants de Tchernobyl ASBL et par Wladimir Tchertkoff.

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Halte aux violences policières !

Voici un communiqué du Syndicat national des journalistes (SNJ).
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Pas une semaine ne passe, depuis que ce gouvernement a décidé de régler la question sociale par la matraque, sans qu’on ramasse à terre des journalistes, brutalisés par les forces de l’ordre.

Les manifestations contre la loi Travail avaient représenté de ce point de vue, il est vrai, un précédent très inquiétant. Le ministre de l’Intérieur de l’époque nous avait reçus et avait pris des engagements. Il devait notamment, dans une note, rappeler aux forces de l’ordre que les journalistes doivent pouvoir travailler sans être gênés ni inquiétés.

Les opérations de Notre-Dame-des-Landes ont malheureusement occasionné de nombreux blessés et notamment des journalistes, déclarés d’emblée non grata. Parmi eux une journaliste de « Reporterre » sérieusement touchée à la jambe et un photographe de Libération atteint au pied par un projectile tiré à l’aveugle par les forces de l’ordre.

Jeudi 19 avril, Jan Schmidt-Whitley un photographe de l’agence Pictorium qui couvrait à Paris la manifestation interprofessionnelle contre les réformes du gouvernement Philippe, a été victime d’un tir de grenade. Blessé aux mains, notre confrère a été opéré, et il devra l’être à nouveau la semaine prochaine. Jan Schmidt-Whitley a précisé que, de l’avis des médecins, sa blessure était grave. Il pourrait perdre l’usage d’un doigt. Les mains d’un photographe : l’atteinte est gravissime en effet.

Au cours de la même manifestation, une autre photographe, qui était identifiée comme telle, Karine Pierre, du collectif Hans Lucas, a été ciblée par les forces de l’ordre de l’ordre : elle a eu la clavicule brisée.

Le Syndicat National des Journalistes, première organisation de la profession, condamne la répression du mouvement social dans son ensemble, et somme le gouvernement de faire cesser ces agressions contre les journalistes. Le SNJ apporte son complet soutien à Jan Schmidt-Whitley et Karine Pierre, et à tous les journalistes blessés. Le SNJ n’exclut aucune suite judiciaire et se portera en justice à leurs côtés, s’ils le souhaitent.

22 avril 2018

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La violence symbolique de l’écologie politique

L’écologie politique condamne fermement les jets de pierre et de cocktails Molotov contre les gendarmes stationnant à Notre-Dame-Des-Landes. L’écologie politique veut agir autrement pour faire avancer la conscience collective de l’urgence écologique sans agresser physiquement les personnes.

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par Michel Sourrouille

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La réalité de la dévastation de la planète par les agissements humains est suffisamment établie pour que l’écologiste puisse expliquer à n’importe quelle personne la gravité de la situation ; tous les habitants sur terre ont vocation à devenir écologistes, notre avenir est commun. Il faut surtout essayer de convaincre. Même si certains de nos propositions font partie de l’écologie « punitive », la violence des idées n’est pas une véritable violence. Mais l’imaginaire croissanciste de la société actuelle rend nécessaire l’usage de moyens plus frappants que la simple discussion, l’élaboration de manifestes ou la mise en pratique d’une sobriété personnelle qui servirait d’exemple à suivre. C’est pourquoi la guérilla juridique menée à NDDL depuis des années était indispensable. Les associations de défense de environnement reconnues peuvent ester en justice contre les atteintes à la nature. Il faut mettre en œuvre l’article 2 de la Charte (constitutionnalisée) de l’environnement : « Toute personne a le devoir de prendre part à la préservation et à l’amélioration de l’environnement. » L’autre leçon de NDDL, c’est l’invention de la ZAD (Zone à défendre), l’occupation d’un site pendant des années pour empêcher la réalisation d’un grand projet inutile. S’interposer physiquement contre des « mal-faisants » est une autre caractéristique de l’action non-violente. Entrer dans une certaine illégalité à un moment donné peut être justifié par la légitimité des buts, Gandhi et Martin Luther King ont montré la voie.

Les militants écolos peuvent aller plus loin, porter atteinte aux biens du moment que cela présente une valeur symbolique compréhensible par tous ceux qui veulent réfléchir plus profondément. Les actions de Greenpeace d’intrusion dans une centrale nucléaire, les interpositions musclées de Sea Shepherd pour lutter contre les chasseurs de baleine, les détériorations des « casseurs de pub », les actions de sabotage contre la construction d’une ligne à grande vitesse… relèvent de cette modalité. Certains militants pourraient aller encore plus loin et se situer dans le cas limite de l’écoterrorisme. Au nom de la « contre-violence », Françoise d’Eaubonne (NDLR : écrivaine précurseure de l’éco-féminisme) avait participé à la lutte contre l’énergie nucléaire en commettant avec d’autres un attentat à l’explosif le 3 mai 1975 contre la centrale de Fessenheim, retardant de quelques mois son lancement.

La violence se compose de multiples facettes, comme la non-violence. L’écologie politique se refuse à toute violence contre les personnes car cela ne peut être accepté par une large partie des membres d’une société démocratique. Il a fallu plus de quarante années de terrorisme armé pour que le groupe séparatiste basque ETA se rende compte qu’une volonté d’autonomie territoriale ne vaut pas les 800 morts que cela a provoqués. N’oublions jamais que toute agression physique à court terme contribue à empêcher la réduction de la violence à long terme. Alors, quelle part de violence réside dans la non-violence ? Un discours non conventionnel peut déjà heurter profondément des personnes et être pensé comme une forme de violence. Pas grave, l’esprit humain est normalement ouvert à la reconsidération de ses préjugés. Par contre, la non-violence active pourrait aller jusqu’à détruire des choses matérielles qui portent réellement atteinte au bien commun, à la biodiversité et/ou aux générations futures. Si les dirigeants de notre société n’étaient pas si inertes face aux ravages de la société thermo-industrielle, il serait agréable de s’en tenir à l’action de base, la libre discussion pour faire avancer l’intelligence collective face à l’urgence écologique. Mais ce n’est pas la montée rapide des périls qui doit nous inciter à vouloir mort d’humains car la fin est dans les moyens comme l’arbre dans la semence.

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Economie et environnement en Algérie : l’écologie à nouveau oubliée ?

La conférence de presse du Premier ministre, Ahmed Ouyahia, samedi 14 avril 2018 à Alger, a permis, incidemment, à travers le jeu traditionnel de questions-réponses, de situer la place de l’écologie dans l’actualité algérienne.

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par M’hamed Rebah

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La protection de l’environnement n’a pas du tout été citée dans les questions des journalistes et, apparemment, le Premier ministre n’avait pas de raison de prendre l’initiative d’en parler. Au même poste, il y a à peu près 22 ans (mars 1996), c’était devant le Conseil du gouvernement, Ahmed Ouyahia avait tenu des propos assez fermes qui correspondaient à la situation à l’époque : « l’Etat mettra en œuvre tous les moyens nécessaires pour, d’une part, appliquer les règles juridiques en vigueur et prendre en charge dans le cadre des nouveaux investissements l’aspect anti-pollution, et, d’autre part, élaborer et appliquer un programme de lutte contre les pollutions industrielles générées par les activités déjà en production ».

Cette fermeté ne serait pas exagérée, aujourd’hui encore, face à des problèmes d’environnement dont beaucoup découlent de la politique de « libéralisation » commencée il y a près de quatre décennies, en rupture avec la période précédente, post indépendance, qualifiée de socialiste. Le désengagement quasi-total de l’Etat, particulièrement durant les années 1980 et 1990, de nombre de ses tâches de contrôle des activités économiques et, dans le même temps, le délaissement évident par les autorités locales de leurs attributions touchant aux services publics de base, au profit de ce qui paraissait plus lucratif, comme le foncier, ont eu pour conséquence une grave sous-estimation de la protection de l’environnement relevée dans les deux (seuls, à ce jour) rapports sur l’état de l’environnement établis en 2000 et en 2005.

Le « recadrage » opéré difficilement ces dernières années, s’est traduit, en matière d’environnement, par l’introduction dans la nouvelle Constitution (mars 2016) de dispositions directement inspirées du concept de développement durable. L’article 19 (nouveau) stipule que « l’Etat garantit l’utilisation rationnelle des ressources naturelles ainsi que leur préservation au profit des générations futures. L’Etat protège les terres agricoles. L’Etat protège également le domaine public hydraulique. » Cette disposition est venue en complément de l’article 18 (de l’ancienne Constitution et maintenu) qui énonce que « la propriété publique est un bien de la collectivité nationale ». « Elle comprend, précise le même article, le sous-sol, les mines et les carrières, les sources naturelles d’énergie, les richesses minérales, naturelles et vivantes des différentes zones du domaine maritime national, les eaux et les forêts», qui sont, autrement dit, le patrimoine du peuple algérien. Le rajout de l’article 19 n’est pas fortuit. Il est parti sans doute du constat qu’une tendance à l’exploitation non durable des ressources naturelles en Algérie se dessinait et que le risque de leur dégradation, voire leur épuisement rapide, n’était pas à écarter. Les pressions multiples, internes et externes, pour, prétendument, « améliorer le climat des affaires », peuvent, en effet, conduire à faire l’impasse sur le critère de protection de l’environnement s’il est présenté comme un obstacle à l’investissement.

Ce n’est donc pas un hasard si le Préambule de la Constitution précise qu’il s’agit de « bâtir l’économie productive et compétitive dans le cadre d’un développement durable et de la préservation de l’environnement ». Le fait que les ressources naturelles ne soient pas la propriété privée de particuliers mais la propriété de l’Etat facilite la mise en œuvre de l’article 19, pour leur protection. Le comble, évidemment, serait que l’Etat, lui-même, livre au secteur privé, par le biais de la concession, des ressources naturelles (terres agricoles, eau, forêts, notamment), déjà vulnérables, sans lui un mode d’exploitation dans une perspective de durabilité. A titre d’exemple, une course à l’aménagement et l’équipement de forêts ouvertes aux investisseurs « y compris du secteur privé », a été lancée sur plusieurs sites, faussement justifiée par la recherche urgente de nouvelles sources pour le budget de l’Etat suite à la panique créée par le discours alarmiste sur les finances du pays. Dans le cas des espaces forestiers, le cadre juridique existe pour éviter toute dérive qui aboutirait « insensiblement » à la destruction progressive des forêts périurbaines. Celles-ci sont proposées aux investisseurs pour y installer des activités économiques sous prétexte de générer le financement nécessaire à leur gestion.

D’une façon plus générale, l’arsenal juridique qui constitue le droit environnemental en Algérie est assez fourni pour permettre de protéger les ressources naturelles et les écosystèmes face à une exploitation non écologique motivée par le profit visé par l’investisseur. Pour rappel, l’article 68 qui a été introduit dans la Constitution par la révision adoptée en mars 2016, proclame que « la préservation de l’environnement est une tâche de l’Etat ». Sont concernés, les sols fertiles ou à mettre en valeur (particulièrement dans le sud du pays), le littoral et ses plages, les forêts proches des agglomérations urbaines, etc.

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Cet article a été publié dans La Nouvelle République (Alger) du mardi 17 avril 2018.

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ZAD : Zéro Analyse Diplomatique

 Il se passe des choses bien étranges dans la région nantaise…

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par Laure Subirana

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Une Zone d’Aménagement Différé pour les uns, autrefois considérée par les autres comme Zone A Détruire, s’est transformée en Zone A Défendre, qui elle-même s’est transformée en Zone A Déconstruire, voire en Zone A Détruire… mais pour les premiers cités cette fois-ci.

Actuellement, il semble que ce soit devenu une Zone A Divagations diverses. En plus des tritons crêtés, on y voit des vaches, des anarchistes, des poules, des agriculteurs, des oiseaux gazés, des CRS, des alter-quelque-chose, des insectes, des journalistes, des ultra … le tout dans une ambiance de Zizanie Assez Déconcertante.

Une histoire en Zigzag, A Démêler pour essayer de comprendre ce que cette situation dit de notre société.

Pour y voir clair, reprenons les choses par le début :

1 – Des décideurs d’un ancien gouvernement ont imaginé un développement économique grâce à la construction d’un aéroport sur une zone humide riche de biodiversité.
2 – La plupart des habitants humains de cette zone l’ont donc quittée moyennant finances. Les habitants non humains sont restés.

3 – Des « zonards », humains souvent cultivés, trouvant la zone laissée libre, ont jugé cohérent… de la cultiver. Notons au passage que ces personnes ne donnent généralement pas leur voix aux gouvernants mais donnent la parole aux batraciens qui, en l’occurrence, ne voulaient pas d’un aéroport sur leur tête.

4 – Les habitants des villes qui ne connaissent pas les amphibiens mais qui connaissent les désagréments du bruit des avions, soutenus par les entreprises du BTP qui voyaient dans la construction d’un aéroport de quoi faire décoller leur bénéfices, se sont donc battus contre les tenants du : « Nous sommes la Nature qui se défend ».

5 – S’en suivent des années de luttes plus ou moins légales à grands coups de droits, de lois, des votes et de textes, la difficulté des dirigeants politiques à revoir la décision ancestrale puis, finalement, le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes abandonné pour des raisons qu’en définitive chacun imagine, mais que seul le signataire connaît.

Décision longuement réfléchie ?

La suite pourrait en faire douter.

Nos énarques ont-ils suivi de cours de psychologie élémentaire durant leur cursus ? Il est vrai que la formation de base est donnée à la maternelle (ce qui excuserait un oubli) et que la qualité des cours est inversement proportionnelle au niveau social des élèves.

Dans les maternelles des quartiers dits sensibles, on sait bien que si on « attaque » quelqu’un qui ne vous « attaque » pas, il est quasi certain que le quidam attaqué se révoltera et que ses copains viendront pour le défendre.

La chose avait-elle été envisagée ?

C’est à espérer. Mais alors, pourquoi nos élus, nos représentants, ont-ils souhaité cette situation qui, depuis le centre de tension régional, via les médias et les réseaux sociaux, gagne tout le pays et divise les Français entre les « pour », les « anti » et ceux, majoritaires, qui ne se sentent pas concernés ?
– Fallait-il créer une diversion face aux multiples points de blocage qui endolorissent la société (justice, SNCF, hôpitaux, anniversaire de mai 68 dans les facs…)
– Les résistants des uns étant les terroristes des autres, fallait-il attirer sur zone tous les « ultras » et refermer la nasse avant qu’ils n’essaiment sur d’autres ZAD (devenues Zones Au Devenir incertain) ?
– Fallait-il appliquer au monde économique le principe ERC (Eviter-Réduire-Compenser) cher aux écologistes? En effet, n’ayant pu Eviter l’abandon du projet initial, n’ayant pas davantage de plan pour Réduire le manque à gagner, l’Etat Compense en laissant exploser, par procuration, la colère des défenseurs de l’aéroport symbole d’une course éperdue vers… ?…

Ce conflit des extrêmes est révélateur des questionnements qui agitent notre société et les individus dont nous sommes qui la composent. Ce sont plus que jamais deux visions du monde qui s’opposent, avec le même slogan : Penser global – Agir local.
– Les Zadistes veulent penser la globalité localement et proposent des projets collectifs qui ne rapportent qu’aux individus de la ZAD.
– Le gouvernement veut penser le local globalement : un seul agriculteur « conventionnel » sur la zone pourrait exporter ses produits à l’autre bout de la Terre et améliorer ainsi le PIB de la France.

La main tendue derrière les boucliers saura-t-elle rencontrer la main tenant la charpente à consolider ? Les troupes armées laisseront-elles place aux troupeaux de moutons ou bien les véhicules blindés quitteront-ils le terrain au profit de tracteurs surpuissants ?

En attendant, CRS et Zadistes-ultras s’affrontent, les uns pour gagner leur vie, les autres pour lui donner du sens. Mais que se passerait-il s’il devait y avoir d’autres morts que les insectes suffocants dans les nuages chimiques des lacrymogènes ou grillant dans les flammes des cocktails Molotov ? A qui profiterait le crime ?

Cela dépendrait sûrement de la couleur bleue, verte ou noire de la victime de cette guérilla de civilisation. Car le fait est que la Zone, Aménagée-Déménagée au jour le jour, est devenue une Zone A Diagnostic : elle nous informe sur l’Etat de notre société.

18 avril 2018

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Promenade hivernale : découvrir la nature

Alors que le printemps est enfin arrivé, il n’est pas trop tard pour revenir sur les beautés de la nature en hiver.

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par M.H.L.

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En Ardèche, dans la Drôme, ou ailleurs, il y a du plaisir à poser le regard. Tôt le matin, végétaux et rocailles s’habillent d’un voile blanc. Beaucoup d’arbres ont choisi l’effeuillage discret. La faune sauvage, toujours dans les parages, s’abrite et se repose. Qu’il en faut du temps pour pouvoir l’observer ! La nature en hiver est une ode au silence. Pause, respiration salvatrice, loin de tout artifice. Bonheur d’admirer faune et flore sauvages ; joie d’observer simplement la nature exister ; la tête en l’air, se détendre et contempler.

L’aigle de Bonelli : l’emblème des Gorges

L’aigle de Bonelli, oiseau emblématique des Gorges de l’Ardèche. La Basse-Ardèche constitue actuellement le dernier bastion de l’espèce en Rhône-Alpes – ©V. Palomares

Oiseau emblématique de la Réserve Naturelle des Gorges de l’Ardèche, l’Aigle de Bonelli, rapace le plus menacé de France, est accompagné par la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO).

Michel Mure de la LPO Auvergne-Rhône-Alpes, animateur du plan national d’action en faveur de l’aigle de Bonelli, présente ce rapace : « L’aigle de Bonelli occupe tout le pourtour méditerranéen et se reproduit donc en France des Pyrénées Orientales à l’ouest jusqu’aux départements du Var à l’est et de l’Ardèche au nord. En déclin dans toute l’Europe, la population française suivie avec précision et estimée à 80 couples avant les années soixante a atteint son plus bas niveau au début des années deux mille avec 22 couples. Les programmes de conservation ont permis de stabiliser cette diminution et la tendance actuelle semble aller vers la recolonisation de sites vacants avec 34 couples reproducteurs pour la saison 2017. »

Ces nouvelles encourageantes sont une des conséquences probables d’une meilleure survie des individus immatures, due notamment aux premières mesures de protection sur le réseau électrique dans des sites sensibles, qui limitent le nombre d’électrocutions, en collaboration avec Enedis. La Basse-Ardèche constitue actuellement le dernier bastion de l’espèce en Rhône-Alpes. Deux couples subsistent depuis la fin des années soixante-dix et restent fidèles aux sites historiques de reproduction, malgré de nombreux changements d’individus constatés qui témoignent de graves problèmes de conservation. Les deux couples ont niché mais un seul couple a réussi cette année à mener à l’envol deux aiglons. L’aigle a son rôle dans la chaîne de la biodiversité en se nourrissant d’oiseaux et de tout petits mammifères.

Baronnies : le retour des vautours

Vautour fauve. Le massif des Baronnies abrite aujourd’hui la plus importante colonie de l’arc alpin avec un peu plus de deux cents couples – © C. Tessier

 

Christian Tessier, directeur de l’association Vautours en Baronnies, présente ces magnifiques rapaces… Le massif des Baronnies abrite les quatre espèces de vautours d’Europe, mais à cette saison, le plus petit d’entre eux, le Vautour percnoptère, a rejoint depuis l’automne ses quartiers d’hiver au sud du Sahel dans l’ouest africain. Le seul couple reproducteur des Baronnies devrait revenir courant avril.

Pour les Vautours fauves, c’est en hiver que débute la saison des amours. Décembre et janvier sont en effet les mois des parades nuptiales. Chaque couple effectue des vols en tandem, l’un des individus se positionnant exactement au-dessus de son partenaire. Les Vautours fauves vivant en colonie, lorsqu’un couple effectue un vol en tandem, il n’est pas rare que d’autres individus ou couples les rejoignent, effectuant ainsi des figures sur plusieurs étages. C’est à cette période également que les couples choisissent la paroi rocheuse qui abrite l’aire. Les Vautours fauves ne sont pas de grands bâtisseurs. Les nids situés sur une vire ou dans une cavité sont constitués de branches, d’herbes, parfois de plumes. Il n’est pas rare que les Vautours fauves réutilisent une aire d’Aigle royal inoccupée. L’œuf unique sera pondu entre début janvier et mi-mars. Les premiers Vautours fauves ont été réintroduits dans les Baronnies en 1996. Le massif abrite aujourd’hui la plus importante colonie de l’arc alpin avec un peu plus de deux cents couples.

Vautour moine. La situation de la colonie des Baronnies est fragile avec seulement huit couples. La réintroduction est en cours – © C. Tessier

Chez les Vautours moines, c’est aussi en hiver que débute la période de reproduction, mais à la différence des Vautours fauves, ils vont construire un nid dans un arbre, le plus souvent un pin solide et très stable. L’aire est imposante et va être restaurée chaque année avec des branches. Un vieux nid de Vautour moine peut peser une demi tonne ! La situation de la colonie de Vautour moine est fragile, avec seulement huit couples. Le programme de réintroduction de cette espèce devrait se terminer fin 2018 avec la libération des trois derniers individus.

Gypaète barbu. Plus grand rapace d’Europe avec près de trois mètres d’envergure, il ne se nourrit que d’animaux morts. Actuellement, trois gypaètes peuvent être observés dans les Baronnies – © C. Tessier

La quatrième espèce de vautour, le Gypaète barbu, ne se reproduit pas pour l’instant dans les Baronnies. Un ambitieux programme de réintroduction soutenu par l’Union européenne a débuté depuis 2016. Cinq jeunes gypaètes ont été réintroduits dans les Baronnies. Au moins deux autres individus seront relâchés au printemps 2018. Compte tenu d’une maturité sexuelle très tardive chez cette espèce, il faudra attendre six ou sept ans pour espérer une première reproduction dans les Baronnies. Actuellement, trois Gypaètes peuvent être observés dans les Baronnies.

Bien que de taille imposante, ces oiseaux sont totalement inoffensifs, et ne se nourrissent que d’animaux morts ; chaque espèce trouvant sa place sur un cadavre. Ils sont un peu les éboueurs de la nature, et y jouent ainsi un rôle essentiel.

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L’association Vautours en Baronnies organise toute l’année des sorties de terrain pour découvrir les vautours, les méthodes de réintroduction et de suivi de ces oiseaux et évidemment toutes les anecdotes liées à cette réintroduction. Ces sorties s’adressent à cette saison à des groupes de 20 personnes maximum ( vautourbaronnies@ozone.net– Tél. 04 75 27 81 91). Vous pouvez également visiter la Maison des vautours (entrée gratuite) qui vous permettra de découvrir une exposition sur les vautours et un film vidéo tourné sur place (Informations à l’office de tourisme des Baronnies, bureau de Rémuzat. Tél. 04 75 27 85 71).

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Vous aimez la nature ? Rejoignez ses amis…

– ASPAS : L’Association pour la Protection des Animaux Sauvages est une ONG indépendante, sans subvention publique. www.aspas-nature.org T. 04 75 25 10 00.

– FRAPNA : Fédération des associations de protection de la nature de Rhône-Alpes, elle rassemble 212 associations, regroupées en 8 FRAPNA départementales. frapna-ardeche@frapna.org T. 04 75 93 41 45 frapna-drome@frapna.org T. 04 75 81 12 44

– LPO : La Ligue pour la Protection des Oiseaux agit au quotidien pour la sauvegarde de la biodiversité, à partir de sa vocation de protection des oiseaux. ardeche@lpo.fr T. 04 75 35 55 90 drome@lpo.fr T. 04 75 57 32 39

– LYSANDRA : L’association Lysandra Education Environnement est un outil local d’animation, d’échange et d’accompagnement de projets au service du territoire de la Gervanne. T. 04 75 57 32 34

– Et bien d’autres encore…

Sortir avec Mille Traces

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L’association de protection de la nature et d’éducation à l’environnement Mille Traces organise plusieurs sorties. Le matin du 20 mai : sortie « à la rencontre des marmottes » qui se seront réveillées, en compagnie d’un guide naturaliste. Pour en savoir plus : www.mille-traces.org

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