ACTUALITES

Adresse au Président de la République

Monsieur le Président, quittez le vieux monde de la chasse et du sang !

par Yves Paccalet
Philosophe, écrivain, naturaliste

J’ai soutenu, en réunion publique comme sur les réseaux sociaux, l’aventure politique d’Emmanuel Macron. Je pensais qu’il était le seul capable de nous éviter le fatal combat des populistes, Le Pen contre Mélenchon. Je me sentais heureux qu’enfin un candidat se proclame européen avec ferveur et le sourire, sans cette moue de dégoût que je voyais sur la figure de tous les autres.

Un an et demi plus tard, Emmanuel Macron a lancé quelques bons chantiers pour débloquer la France, lui secouer les rhumatismes et l’inviter à marcher. Sa gestion des affaires internationales est plutôt réussie – et chacun sait que, dans ce domaine, rien n’est simple.

Malgré la bonne décision prise à Notre-Dame des Landes, il est, hélas, un domaine où le chef de l’État me consterne : celui de la vie sauvage et de la biodiversité, dont il agite le mot sans le comprendre. Je suis désolé de devoir écrire qu’il ne connaît rien à la nature, ce qui se conçoit, mais qu’il s’en moque, ce qui est grave. Il semble n’éprouver ni compassion pour les animaux et les plantes, ni respect pour ces systèmes écologiques complexes dont dépendent notre air, notre eau et notre terre, notre nourriture, nos espaces de loisir ou nos plaisirs de vivre.

Emmanuel Macron reçoit en pompe élyséenne le patron de la Fédération Nationale des Chasseurs (la FNC), Willy Schraen. Celui-ci affirme à qui veut l’entendre que, depuis le début, le Président lui a tout cédé. Info ou intox ? Il y a évidemment une part de vérité dans les propos du conducator des pétoires. Je redoute que, lors de ces entrevues, Emmanuel Macron n’ait que trop manifesté à quel point il préfère les flingueurs aux amis des bêtes. J’ai peur que le Président ne soit entré dans le jeu pervers des semeurs de cartouches, qui voudraient imposer l’idée selon laquelle ils incarnent les meilleurs (les seuls !) protecteurs de la nature. Non, monsieur le Président : les chasseurs ne jouent pas un rôle écologique utile : ce ne sont que des préleveurs de gibier, le plus souvent viandards, parfois braconniers. Non, monsieur le Président : les tireurs de petits plombs, de chevrotines ou de balles grosses comme le doigt ne savent pas grand chose des êtres sur lesquels ils braquent leur canon, et dont ils se prétendent abusivement les « gestionnaires » !

Sur ce coup-là, Emmanuel Macron me devient une énigme. Je me demande comment un bel esprit comme le sien, pétri de philosophie et de littérature, connaissant quand même un peu de science, capable de saisir la finesse et les nécessités de la vie sous toutes ses formes, peut cautionner la boucherie chasseresse, et notamment l’ignominie moyenâgeuse que constitue la chasse à courre – avec ses costumes de carnaval ensanglanté et ses cors qui sonnent l’hallali du cerf ou du renard épuisés… La Grande-Bretagne, l’Allemagne et d’autres pays ont interdit cette sinistre pratique qui occupe, chez nous, quatre cents équipages et dix mille participants. J’attends que la France suive l’exemple.

Emmanuel Macron aurait confié à Willy Schraen qu’il était « solidaire et défendait toutes les valeurs de la chasse française », ou encore qu’il désirait « soutenir la globalité de ce qui se passe au niveau de la ruralité en matière de chasse et la chasse à courre en fait partie ». Je déplore la myopie de cet homme jeune et moderne, qui se fiche du martyre infligé à des êtres de chair et de sang, au seul prétexte qu’il existe une tradition de sadisme chez des tueurs qui sont aussi des électeurs ! J’espère que le Président comprendra au moins qu’en changeant de chemin, il gagnerait beaucoup plus d’électeurs chez les amis de la vie qu’il n’en perdrait chez les obsédés de la mort.

Emmanuel Macron paraît tellement faible devant les acteurs de la chasse ! Je veux juste lui rappeler que, pour devenir le Président empathique, jeune et inédit qu’il rêve d’incarner, il doit se souvenir que les manieurs de fusil sont aujourd’hui, en France, à peine plus d’un million, et que leurs effectifs ne cessent de décliner. Pourquoi, dès lors, leur offrir des crédits nationaux grâce auxquels ils peuvent abaisser le prix du permis de chasse de 400 à 200 euros ? Pourquoi tolérer que ces individus aillent dans les écoles propager le virus de la souffrance et de la mort jusque dans le crâne de nos petits ? Pourquoi permettre aux tueurs à cartouchière d’adapter un silencieux sur leur arme, sachant que, s’ils abattent chaque année plus de 30 millions d’animaux, les chasseurs causent aussi plusieurs dizaines de morts humaines et des centaines de blessés, sans oublier d’autres victimes chez les ânes, les vaches ou les chiens ? Pourquoi cautionner la survie des piégeages dits « traditionnels » aux petits oiseaux (tenderie, gluau…), qui ne sont que barbaries ? Pourquoi désirer rétablir les « chasses présidentielles » à Chambord – ces massacres de cerfs ou de sangliers aux seules fins de la diplomatie ? Pourquoi concéder au patron des chasseurs de France le fait que l’État accroîtra les périodes de chasse au gibier d’eau, et notamment (contre le vœu du Parlement européen) la traque aux oies sauvages ? Les superbes oies sauvages, monsieur le Président ! Celles-ci seraient tirées en pleine période de constitution des couples reproducteurs… Souvenez-vous de vos lectures d’enfant, du Merveilleux voyage de Nils Holgersson sur le dos d’un jars… Ne préférez-vous pas ce rêve d’harmonie au fracas des fusils ?

Il est une autre façon de vous racheter aux yeux de la nature et des naturalistes, monsieur le Président. Elle consiste à montrer que vous vous occupez de la biodiversité au point de favoriser la survie de nos plus grands prédateurs. Aidez les associations de protection de la nature à conserver ces merveilles de l’évolution qu’on appelle le lynx, le loup ou l’ours brun ; dans nos DOM-TOM, le requin-tigre ou le requin-bouledogue ; sans oublier le renard, le chacal doré et tous les autres de moindre taille… Dites « non » au massacre organisé de ces carnivores nécessaires ! Abaissez (supprimez !) les insupportables quotas d’extermination des loups que vous avez cautionnés ! Faites réintroduire d’autres ours dans les Pyrénées, afin de constituer dans ces montagnes une population de plantigrades suffisante pour y garantir la survie de l’espèce. Un trésor de la vie. Et un bonheur pour nos ruraux, nos randonneurs, nos naturalistes, nos artistes, nos cinéastes, nos poètes – et nos enfants jusqu’à plus de cent ans !

Tri et collecte : le maillon faible du recyclage des déchets plastiques en Algérie

Depuis plusieurs mois, l’attention des observateurs en Algérie est monopolisée par les élections présidentielles d’avril prochain, éclipsant tout le reste, dont, évidemment, les préoccupations écologiques.

par M’hamed Rebah

L’écologie a tout de même fait, en décembre dernier, une brève apparition dans l’actualité, projetée par la saisie, au port de Bejaïa, par la Douane algérienne, de 17 conteneurs de déchets plastiques importés, présentés, au départ, sur les sites électroniques qui ont donné l’information, comme des ordures ménagères, ce qui a eu pour effet immédiat de choquer l’opinion publique, car des déchets de ce type ne manquent pas en Algérie et ils posent même de sérieux problèmes pour leur élimination, beaucoup de centres d’enfouissement technique (CET) étant saturés et l’argent pour en construire de nouveaux, de moins en moins disponible.

Fait curieux : l’industriel-importateur et la banque publique qui l’a accompagné dans cette opération, ignoraient, tous deux, que la législation algérienne interdit l’importation de déchets plastiques. Ils étaient destinés à une unité de fabrication de sangles d’arrimage pour transporter les briques. L’industriel, établi à Biskra, importait ces sangles avant de décider de les fabriquer sur place à l’aide de déchets plastiques, mais il s’est heurté au manque de déchets et a été contraint de les acheter en Espagne (15 conteneurs) et en Allemagne (2 conteneurs), 343 tonnes en tout.

Il justifie son opération d’importation en se référant à la ministre de l’Environnement et des Energies renouvelables qui a, d’après lui, reconnu qu’il y avait un problème de récupération et de recyclage des déchets en Algérie. Une étude de l’Agence nationale des déchets (AND) le confirme. En 2014, à l’échelle nationale, sur une quantité de 11 millions de tonnes de déchets ménagers et assimilés, le taux de recyclage a été de 10 %. Selon cette étude, la quantité enfouie dans le CET de Biskra (dans la commune d’El Outaya) n’a pas dépassé, en moyenne sur l’année, 150 tonnes/jour, dont 18,56 % de déchets plastiques. Autrement dit : en 2014, année de l’étude, un peu plus de 27 tonnes de déchets plastiques ont été acheminés chaque jour vers le CET de Biskra, qui est la ville de l’industriel-importateur. Il avait, tout près, un gisement non négligeable de matière première pour ses sangles. L’étude ne précise pas la quantité de déchets plastiques qui est récupérée et recyclée à partir du CET de Biskra.

Quoiqu’il en soit, pour l’AND, les déchets plastiques sont avant tout un polluant à combattre. La preuve : l’Agence a lancé en novembre dernier un concours orienté vers les Youtubeurs pour les inciter à réaliser des vidéos sur la thématique retenue par l’Organisation des Nations Unies pour la journée mondiale de l’environnement du 5 juin 2018 : « combattre la pollution plastique ».

Par contre, pour le secteur informel, la collecte et le recyclage des déchets plastiques sont une bonne affaire. Notre confrère Le Quotidien d’Oran a fait état dans son édition du samedi 19 janvier 2019, du démantèlement d’un atelier de recyclage du plastique à Gdyel (près d’Oran), qui ne disposait d’aucune autorisation légale d’exercer. Les déchets plastiques collectés étaient entreposés dans un garage puis recyclés à l’aide d’un équipement approprié. L’«opérateur» concerné n’a rencontré aucune des difficultés évoquées par les autres investisseurs qui ont tendance à expliquer leur réticence à se lancer dans ce créneau, par le problème de la collecte des déchets, identifiée de longue date par les spécialistes algériens, comme étant, chez nous, le «maillon faible» dans le processus de recyclage du plastique.

Dans le cas de la bouteille en plastique, ce processus commence au niveau du consommateur pour peu qu’il soit convaincu de la nécessité de trier lui-même ce déchet et pour peu également qu’il trouve à proximité le conteneur réservé aux bouteilles en plastique. On a pu constater, en été, le nombre impressionnant de bouteilles en plastique laissées aux abords des plages, jetées ça et là par les baigneurs qui les ont utilisées pour se rincer les pieds et enlever le sable avant de quitter les lieux. A peu près le même constat peut être fait pour les sachets en plastique abandonnés au gré du vent qui les pousse vers la mer.

Cet article a été publié dans La Nouvelle République (Alger) du lundi 21 janvier 2019.

Hommage à Dominique Allan Michaud, pionnier de la mémoire de l’environnement et des études sur l’écologie politique

Comme c’est le cas pour beaucoup de précurseurs, le travail de Dominique Allan Michaud, décédé le 1er janvier 2019, n’aura pas été considéré à sa pleine valeur de son vivant.

par Laurent Samuel

Dominique Allan Michaud, président-fondateur du Réseau Mémoire de l’Environnement (RME) et pionnier de la recherche sur l’écologie politique, à Venise en 2014

Chercheur en sociologie politique dans des UMR (unités mixtes de recherche) du CNRS (Université de Paris X puis Ecole Normale Supérieure), Président-fondateur du Réseau Mémoire de l’Environnement (RME), Dominique Allan Michaud était né en 1948 à Limoges, dans la Haute-Vienne. C’est dans sa ville natale, où il était allé rendre visite à sa mère pour les fêtes de fin d’année, qu’il a été terrassé par un infarctus. Mort un quart d’heure après être arrivé aux urgences, il a été enterré le 5 janvier à Limoges.

Dès le milieu des années 1970, Dominique Allan Michaud est le tout premier chercheur en sciences politiques à se pencher sur le mouvement écologiste naissant et son engagement sur le terrain électoral. Sa démarche se fonde à la fois sur l’étude des textes issus du mouvement et sur des entretiens avec ses acteurs. C’est ainsi que l’auteur de ces lignes, alors journaliste à La Gueule Ouverte et militant aux Amis de la Terre, le rencontre pour la première fois en 1975. Avec une passion qui se marie avec la rigueur scientifique, Dominique Allan Michaud débusque sans relâche les raccourcis, réécritures et approximations qui foisonnent dans les ouvrages et articles consacrés à l’écologisme. Dominique Allan-Michaud est ainsi l’un des rares à établir contre une certaine vulgate du Parti Vert, que René Dumont (premier candidat écologiste à une élection présidentielle en 1974), n’est nullement le « père » de l’écologie politique en France, et que celle-ci a été impulsée dès la fin des années 60 par des personnalités comme le journaliste et dessinateur Pierre Fournier (collaborateur de Charlie Hebdo, fondateur de La Gueule Ouverte et membre de l’AJEPN, aujourd’hui JNE) et le mathématicien Alexandre Grothendieck, fondateur du mouvement Survivre.

Sur la lancée de ses recherches, ce passionné de l’histoire de l’écologisme impulse en 2001 – au sein de l’Association pour la création de la Fondation René Dumont – le Projet Mémoire de l’Environnement. Celui-ci débouche en 2003 sur un Manifeste pour une culture de l’environnement (lire ici), puis sur la création du Réseau Mémoire de l’Environnement (RME). Le RME inclut aujourd’hui vingt-trois centres de documentation et d’archives, réunissant plus d’un million de documents sur l’environnement.

Au-delà de ce travail de coordination, de recherche des sources documentaires et d’archivage, Dominique Allan Michaud tient à ce que ce Réseau remplisse une mission de recherche, d’information et d’éducation sur l’environnement et son histoire. « Le RME s’efforce, modestement et de façon non exhaustive, d’aider à décrypter les représentations fautives, de résister aux simplifications exagérées comme aux croyances abusives. Une tâche difficile tant la société du spectacle avec sa « guerre d’ego » domine plus que jamais. Pour cette tâche, il donnera le plus possible la parole à différents acteurs, à des chercheurs, journalistes, militants de diverses spécialités, sensibilités ou obédiences », souligne-t-il dans le texte de présentation du Réseau.

Dans cette perspective, Dominique réalise plusieurs entretiens vidéos avec des personnalités de l’écologie, dont les JNE Jean Carlier (décédé en 2011) et Philippe Saint-Marc, ainsi que Charlotte Paquet-Dumont (décédée en 2013) ou Gisèle Chaleyat (décédée en 2018), qui sont mis en ligne sur le site du RME ou de l’AgroParisTech.

Membre du bureau de la Fondation René Dumont, donateur du Musée du Vivant, longtemps pilier du Felipe (Festival du livre et de la presse d’écologie), Dominique Allan Michaud prend en 2009 la présidence du Collectif Coopérations, Natures et Sociétés (CNS), pour lequel il organise – en partenariat avec le RME et d’autres associations – des projections-débats sur des thèmes relatifs à l’écologie à Brétigny (Essonne) et dans le XVIIIe arrondissement de Paris. Ce passionné de cinéma fait ainsi découvrir à un nouveau public des classiques comme Soleil Vert, mais propose aussi des documentaires sur l’agriculture en ville ou la manifestation antinucléaire de Bugey du 10 juillet 1971, avec des interviews rarissimes de Fournier et Grothendieck.

Homme d’écrit et d’image, d’une rare rigueur intellectuelle (ce qui lui a valu d’être boudé, voire boycotté par quelques « bons esprits »), Dominique Allan Michaud était une personnalité attachante et chaleureuse, qui avait le don de transformer chaque AGO (Assemblée générale ordinaire) du RME en une soirée conviviale magnifiée par une ou deux bonnes bouteilles de vin (bio comme il se doit). Pour l’auteur de ces lignes (secrétaire général du RME), l’annonce si inattendue de son décès a endeuillé ce début d’année, qui est celle du 50e anniversaire des JNE. A nous maintenant d’honorer sa mémoire en faisant connaître celle de l’écologie.

Les JNE adressent leurs condoléances à la famille et aux proches de Dominique Allan Michaud.

Les travaux de Dominique Allan-Michaud sont synthétisés dans un ouvrage de référence (hélas trop peu lu et cité) : L’Avenir de la société alternative : Les idées 1968-1990…, paru en 1990 aux Editions de l’Harmattan et réédité sous forme d’e-book en 2010.

 

Sonic sea : la pollution sonore des océans menace la vie marine

La Société Française d’Ecologie et Evolution (SFE2) vous propose ce regard de Céline Sissler-Bienvenu, directrice d’IFAW France, sur la pollution sonore des océans.

Depuis des millions d’années se joue, sous la surface des mers du globe, une symphonie faite de sons naturels émanant aussi bien de la houle, de la dérive et de la fonte des icebergs ou encore du ressac, que des animaux qui peuplent ce monde dont le mythe a voulu, à tort, qu’il soit celui du silence. Mais cette symphonie, autrefois mélodieuse, est aujourd’hui dissonante. Invisible, insidieux, nocif, de source humaine, impulsif ou continu, le bruit, reconnu pour ses effets délétères sur la santé humaine, a désormais envahi les profondeurs des océans pour s’y installer durablement, s’y propager inexorablement et y menacer gravement l’ensemble de la faune marine.

Pour lire la suite de cet article, cliquez ici sur le site de la Société française d’écologie et d’évolution (SFE2).

Article édité par Anne Teyssèdre (JNE) pour la SFE2.

 

Le manège solaire des vers de Roscoff

La Société Française d’Ecologie et Evolution (SFE2) vous propose ce regard de Bruno Corbara, maître de conférence à l’Université Clermont-Auvergne, sur l’écologie et le comportement social d’organismes ‘chimères’, les vers de Roscoff.

Colonies de vers de Roscoff (Symsagittifera roscoffensis) sur l’estran, marée descendante (Cliché Xavier Bailly, Station Biologique de Roscoff, équipe Modèle Marins Multicellulaires)

Certains organismes qui vivent en groupe produisent parfois, lorsqu’ils se déplacent collectivement, des mouvements rotatoires. De telles “rondes” ont été observées chez des êtres très divers, allant des bactéries jusqu’aux poissons. Si elles sont parfois accidentelles et peuvent avoir (surtout lorsqu’elles durent) des conséquences négatives, les rondes animales peuvent aussi être bénéfiques pour leurs participants. Pour un banc de poissons, tourner en rond peut ainsi être une façon efficace de se défendre collectivement contre certains prédateurs. Tout récemment, Nigel Franks et ses collaborateurs de l’université de Bristol en Angleterre – avant tout des spécialistes du comportement des fourmis – ont découvert que de telles rondes avaient un effet positif chez de minuscules ‘vers’ marins fort éloignés de leurs hyménoptères favoris…

Pour lire la suite de cet article, cliquez ici sur le site de la Société française d’écologie et d’évolution (SFE2).

Cet article a été également publié dans le n°30 de la revue ESpèces (décembre 2018).

Edité par Céline Breton pour ESpèces et par Anne Teyssèdre (JNE) pour la SFE2

 

Un commissaire enquêteur radié pour avoir trop bien informé le public lors d’enquêtes publiques

Le débat national est-il crédible, quand dans le même temps des représentants de l’Etat (tels les préfets) n’hésitent pas à faire radier les commissaires-enquêteurs qui donnent toute la place à la démocratie participative lors des enquêtes publiques ? L’exemple du cas tout récent de Gabriel Ullmann (membre des JNE), après plus de 20 ans d’exercice de commissaire-enquêteur, est démonstratif.

Chaque année, on compte entre 6 000 et 8000 enquêtes publiques, soit en moyenne presque deux enquêtes par semaine et par département. Les enquêtes, qui visent de gros projets de proximité, constituent un facteur essentiel de la démocratie locale. D’ailleurs, les commissaires-enquêteurs chargés de les conduire (désignés de façon indépendante par les Tribunaux administratifs) ont notamment pour tâche et devoir de « conduire l’enquête de manière à permettre au public de disposer d’une information complète sur le projet, plan ou programme, et de participer effectivement au processus de décision » (L. 123-13 du code de l’environnement).

Or, en fait l’administration n’accepte pas que le commissaire-enquêteur exerce pleinement cette fonction car cela remettrait trop en cause ses déficiences d’instruction des dossiers soumis à enquête et pourrait être une entrave à la réalisation des projets, quels que soient leur qualité et leurs impacts.

Ainsi, dans le cadre d’un très gros projet de ZAC (Zone d’aménagement concerté) industrielle de 250 ha dans le nord-Isère, dont de nombreuses activités Seveso, à proximité immédiate de riverains, en partie en zone inondable et dans des zones naturelles patrimoniales (pelouses sèches en bord de Rhône), Gabriel Ullmann a présidé la commission d’enquête (projet Inspira) du 30 avril au 13 juin 2018. Les conclusions défavorables unanimes de la commission ont été rendues le 27 juillet (lire ici).

Dès le début de l’enquête, le 6 mai, le président du département Jean-Pierre Barbier demandait son éviction de la commission. Le président du TA (Tribunal administratif) de Grenoble lui répondait par la négative de façon circonstanciée le 16 mai. Le préfet prenait alors aussitôt le relais, en faisant constituer un dossier en radiation le concernant dès le 1er juin.

La commission d’aptitude des commissaires-enquêteurs, quasi entièrement au main du préfet, décide de sa radiation le 6 décembre. L’atteinte commise à l’indépendance des commissaires-enquêteurs, mais aussi aux Tribunaux administratifs, qu’on bafoue ainsi, paraît gravissime. De même que l’atteinte à la liberté d’expression (radiation pour de simples articles sur la régression du droit de l’environnement parus dans la revue en ligne Actu-Environnement.com).

De surcroît, et c’est tout aussi grave, les conflits d’intérêts dans ce dossier sont majeurs au sein de la commission de radiation. Ainsi, outre le préfet qui dispose de 4 sièges sur 9 (juge, partie et procureur), la commission de radiation, saisie par le préfet, comprend notamment M. Christian Coigné qui est :
a) PDG d’Isère-Aménagement, maître d’ouvrage d’Inspira, filiale d’ELEGIA dont le PDG est M. Barbier (qui avait demandé l’éviction de Gabriel Ullmann de la commission d’enquête)
b) Vice-Président du département 38, dont le président est le même Barbier
c) Président du CAUE 38, dont… un salarié siège aussi à la commission de radiation. De plus, les revenus du CAUE dépendent de la part départementale de la taxe d’aménagement votée chaque année par le département
d) Vice-Président de l’association des maires de l’Isère…dont un des membres (maire) est aussi membre de la commission de radiation.

Mais c’est cette même commission qui exige chaque année des Commissaires enquêteurs de justifier l’absence de conflits d’intérêts, etc.

La boucle est bouclée quand le 18 novembre, Isère Aménagement fait un recours contre les vacations de Gabriel Ullmann en tant que président de l’enquête concernant son projet… suivi de peu par la décision de la commission de radiation qui considère alors, le 6 décembre, que Gabriel Ullmann doit être radié parce que notamment, vu ses investigations pour la complète information du public, cela se traduirait par un coût trop élevé pour les maîtres d’ouvrage. Et cela, alors même que le dossier de saisine du préfet ne comporte aucun grief à ce sujet et que le code de l’environnement impose : « La commission doit, au préalable, informer l’intéressé des griefs qui lui sont faits et le mettre à même de présenter ses observations » (R.123-41 du code de l’environnement).

Il nous semble donc essentiel que de tels faits, surtout dans le contexte actuel, soient connus.

Lettre ouverte à François de Rugy : à quand la signature des contrats de transition écologique pour le site de Gardanne ?

Voici un communiqué de Yannick Jadot, Michèle Rivasi et plusieurs responsables d’EELV. Nous avons décidé de le reprendre sur le site des JNE car à notre connaissance le sujet n’a guère eu d’écho dans la presse nationale (en dehors d’un article de Fabrice Nicolino dans Charlie Hebdo du 2 janvier 2019). En tant que journalistes spécialisés en nature/écologie, l’affaire nous interpelle doublement car Daniel Kretinsky rachète non seulement nos centrales à charbon, mais aussi une partie de la presse française (une partie du Monde, Elle, Marianne…).

« La vente d’Uniper France à Daniel Kretinsky pour EPH Energetický a Průmyslový Holding (EPH) a été annoncée par Uniper Allemagne le 24 décembre. La presse allemande a titré : « Avec l’achat des sites Uniper, Kretinsky entre dans le secteur de l’énergie en France ». EPH multiplie les acquisitions dans le charbon et le gaz. Le groupe tchèque, très présent dans les énergies fossiles en Europe centrale, investit à contre-courant de l’évolution énergétique, en rachetant des centrales charbon amorties en Allemagne, en Italie, au Royaume-Uni et maintenant en France.

Dans le même temps, l’Etat français ayant décidé la fermeture de toutes ses centrales à charbon, en tant que ministre de la Transition écologique et de la solidarité, François de Rugy s’est engagé dans la signature de contrats de transition écologique pour accompagner la mutation des territoires dont celui de Gardanne concerné par la fermeture de la centrale à charbon Uniper.

Dans ce cadre, le Ministre et ses collaborateurs dont le Préfet, ont reçu, plusieurs fois depuis octobre, les plus hauts cadres dirigeants d’Uniper France. François de Rugy a également reçu tous les acteurs politiques, institutionnels et syndicaux impliqués dans cette transition énergétique.

Lors de ces rencontres, le Ministère n’a jamais fait mention de la vente par Uniper de la centrale de St Avold (2 groupes au gaz et un groupe au charbon), de celle de Gardanne ( groupe V au charbon et groupe IV à la biomasse), d’un parc éolien et d’une centrale solaire à la société de Daniel Kretinsky. L’Etat, garant de la politique énergétique de la France, un des leviers principaux de la lutte contre le réchauffement climatique, était-il au courant de cette vente ? Etait-il tenu à la discrétion vis-à-vis de ses partenaires ?

Cette vente questionne le devenir des sites charbon et leur transition énergétique vers les ENR. D’autant que nous connaissons les résultats des rachats et exploitation par EPH des centrales à charbon dans les autres pays européens et que ces expériences n’augurent rien de positif. En 2017, Daniel Castvaj, porte-parole du groupe a en effet déclaré : « Du point de vue pratique et moral, nous considérons comme incorrect le rejet des sources d’énergies nécessaires pour répondre aux besoins fondamentaux des habitants d’Etats européens ». Sans compter que Daniel Kretinsky qui ne cache pas son intérêt pour Engie dont l’Etat actionnaire souhaite se désengager, semble vouloir devenir un opérateur incontournable  dans la politique énergétique française.

Monsieur le Ministre, vous qui avez aujourd’hui une vision précise des objectifs de l’Etat en matière de transition énergétique, en avez-vous aussi une concernant les objectifs financiers et de rentabilité de  Daniel Kretinsky ? En avez-vous le contrôle ? Y-a-t-il cohérence et compatibilité avec la politique énergétique de l’Etat français ? Il est essentiel de le faire savoir car il en va de la transparence de notre politique énergétique.

En octobre, l’Etat s’est engagé à signer un contrat avec Marseille Provence Métropole concernant le groupe V au charbon de la centrale de Gardanne et à participer à la mise en oeuvre d’un projet de transition avec l’ensemble des acteurs publics et privés.

Monsieur le Ministre, vous avez entre les mains un projet cohérent de transition énergétique du site de Gardanne « Projet de territoire en transition énergétique et gestion prévisionnelle des emplois » qui s’appuie sur un couplage filière mix énergétique et filière bois. N’est-ce pas le moment de le faire connaître et d’en débattre publiquement avec tous les acteurs ? Nous sommes prêts à participer activement au processus et à la dynamique de transition énergétique afin que Gardanne, terre d’énergies, devienne terre des énergies renouvelables. »

Yannick Jadot, député européen, membre de la Commission parlementaire Industrie, Energie et Recherche,
Michèle Rivasi, député européenne, membre de la Commission Environnement, Santé Publique,
Guy Bennaroche, co-secrétaire régional Eelv Paca,
Rosy Inaudi, conseillère départementale Eelv du Canton de Gardanne,
Brigitte Apothéloz, conseillère municipale de Gardanne.

Le dossier de transition peut être adressé à la presse sur simple demande.
Contact presse : Sébastien Barles 06 75 00 63 31

Bonne année 2019 et joyeux cinquantenaire des JNE

 


par Richard Varrault, président des JNE

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La fin de l’année 2018 a été marquée par la disparition de deux adhérents de notre association, Marie Hellouin et Roger Cans en novembre et décembre, toutes nos pensées vont à leurs familles et amis.

Mais la vie, de nous toutes et tous, se poursuit malgré les peines et les chagrins.

Aussi, j’espère que vous avez passé d’excellentes et chaleureuses fêtes de fin d’année et je vous souhaite une très bonne année 2019 pleine de projets personnels ou en communs, pour notamment mettre en valeur le travail important de nos prédécesseurs à l’occasion de notre cinquantenaire en 2019.

Si notre profession est sinistrée (secret des affaires, meurtres de nombreux journalistes et opposants à des projets écocides et environnementaux partout dans le monde, sans compter les progrès continus de l’Intelligence Artificielle qui nuira de plus en plus à l’intelligence des journalistes), nous devons continuer à résister aux fake news et autres désinformations et infox sur les réseaux sociaux. Notre concentration sur les sujets que portent les JNE depuis de nombreuses années doit nous permettre de revenir sur le devant de la scène comme cela a pu être le cas avec la lutte contre le bétonnage de la Vanoise au XXe siècle.

Les projets en 2019 ne manquent pas. Quelques-uns seront auto-labellisés « 50 ans des JNE », d’autres s’inscriront dans la marche normale de la vie de l’association. Ainsi en mars doit se tenir un colloque sur l’Effondrement, avec la participation de personnalités politiques et d’intervenants du monde des sciences. Un autre colloque aura lieu sur les plantes en novembre ou décembre 2019 (en préparation durant ce début d’année).

Les JNE s’efforceront d’être présents aux événements associés à la 7e session plénière de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) qui se tiendra à Paris au printemps et fera de cette ville la capitale mondiale de la biodiversité. De même, l’association souhaite envoyer des journalistes à la COP25, qui se tiendra au Chili, pour la 25e session de la Conférence des Parties (CdP 25) qui aura lieu en même temps que la 15e réunion de la Conférence des Parties siégeant en tant que Réunion des Parties au Protocole de Kyoto (CMP 15) et la deuxième réunion de la Conférence des Parties siégeant en tant que Réunion des Parties à l’Accord de Paris (CMA 2). Du 11 au 22 novembre 2019 (dates à confirmer selon le site de la CCNUCC). Un voyage qui pourrait comprendre aussi d’autres journalistes que les JNE, à l’instar de celui organisé en 2012 pour Rio +20…

Dans le cadre des rassemblements, il y aura aussi en mai 2019, le Congrès des JNE qui se tiendra dans le Parc Naturel des Pyrénées Catalanes (région Occitanie) où nous attendons sur 3 jours et 2 nuits une cinquantaine de congressistes. Au programme, notre AG 2019 et quelques visites de lieux emblématiques accompagnées de conférences et rencontres avec les élus et les animateurs du Parc Naturel Régional.

Le dernier événement pour 2019 est une rencontre, sous la forme d’un colloque, sur une journée, sur l’histoire des JNE et du mouvement écologiste, à l’occasion de la remise des archives de l’association aux Archives Nationales. Cette rencontre sera accompagnée d’un débat sur l’information et l’écologie aujourd’hui, avec projections de films documentaires et une soirée festive. Le tout aux mois d’octobre ou de novembre. Les bonnes volontés seront les bienvenues pour la préparation et l’organisation de cette journée.

Le dernier élément commun sera la publication d’un numéro spécial du journal de l’association le Canard Sauvage qui sera disponible pour la rencontre sur la remise de nos archives (bonnes volontés bienvenues à nouveau).

Notons, dès à présent que l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) se réunira en 2020 (du 11 au 19 juin), à Marseille. La France étant l’hôte pour ce congrès mondial qui verra la présence de près de 10 000 congressistes originaires de 192 pays (le précédent s’est tenu à Hawaï en 2016). Les JNE se proposent d’y tenir un stand, en tout cas, une présence, pour présenter l’association, en partenariat éventuel avec une autre structure…

Un programme qui dépasse le simple cinquantenaire de notre association et la volonté de revenir dans l’arène en donnant aux JNE une audience qui n’est pas réellement à la hauteur de la présence de ses adhérents dans les différents médias de notre pays. Nous avons en effet des adhérents, dont certains ont une véritable liberté de parole, mais qui passent trop souvent sous silence leur appartenance à notre association. Quelques citations à bon escient permettraient de faire connaître, à tout le moins, notre existence. L’appui des réseaux sociaux devrait aussi accentuer cette présence « publique »…

L’appel des 500 pour un « lundi vert » : « Nous nous engageons à remplacer la viande et le poisson chaque lundi »

Quelque 500 personnalités, parmi lesquelles Isabelle Autissier, Juliette Binoche ou Matthieu Ricard, ainsi que plusieurs membres des JNE, s’engagent à remplacer chaque lundi la viande et le poisson.

Il existe aujourd’hui des raisons impératives de diminuer collectivement notre consommation de chair animale en France. Nous pensons que chaque personne peut faire un pas significatif dans ce sens pour l’un ou l’autre des motifs suivants : la sauvegarde de la planète, la santé des personnes, le respect de la vie animale. Nous nous engageons à titre personnel à remplacer la viande et le poisson chaque lundi (ou à aller plus loin dans ce sens). Voici les arguments qui nous semblent décisifs.

La production de viande est l’une des activités humaines ayant les conséquences les plus néfastes pour l’environnement. Elle constitue un gaspillage des ressources naturelles. Selon l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, produire une seule calorie de viande nécessite 4 à 11 calories végétales.

S’alimenter avec des végétaux plutôt qu’alimenter des animaux avec des végétaux pour ensuite les consommer permettrait de dégager de 2 à 20 fois plus de protéines par hectare cultivé, et par conséquent de répondre de manière plus rationnelle aux défis alimentaires de la planète dans un contexte de population croissante. L’élevage représente aussi une cause principale de déforestation et de perte de biodiversité. Par exemple, 85 % des surfaces déboisées de la forêt d’Amérique du Sud ont été dédiées à l’élevage.

De plus, il contribue selon les Nations unies à 14,5 % des émissions totales des gaz à effet de serre. Il est donc possible de considérer, comme le fait le président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), qu’« une journée sans viande peut aider à lutter contre le changement climatique ».

Une cause certaine de cancer
Enfin, l’élevage consomme une quantité très importante d’eau potable. L’empreinte eau du bœuf par calorie est environ vingt fois supérieure à celle des céréales ou des féculents. L’élevage contribue aussi à la pollution de l’air. Par exemple, en France, environ 70 % des émissions d’ammoniaque, un des principaux précurseurs de particules fines PM25, sont issues de l’élevage. Les dégâts environnementaux de la consommation de chair animale sont également constatés en mer, où la surpêche représente une cause massive de destruction des écosystèmes et d’extinction écologique.

La santé humaine est la deuxième raison objective de limiter la consommation de chair animale. L’intérêt que les êtres humains ont développé pour la viande ne présente plus aujourd’hui les mêmes bénéfices que durant d’autres périodes de l’évolution humaine. Selon les autorités scientifiques, la viande n’est absolument pas indispensable à l’équilibre alimentaire : dans tous les pays développés, elle peut être remplacée par des végétaux, lesquels fournissent des protéines et des nutriments que l’organisme peut assimiler. Manger moins de viande serait même favorable à la santé en contribuant à atténuer le risque de maladies cardiovasculaires, de diabète et d’obésité.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a établi que la viande rouge transformée était en effet une cause certaine de cancer, tandis que la viande rouge non transformée en était une cause probable. Aujourd’hui, les Français consommant près de 100 g de viande chaque jour augmentent de 30 % leur probabilité de développer un cancer en comparaison à ceux qui se limitent à 40 g en moyenne.

Plus globalement, si l’humanité optait pour une alimentation entièrement à base de végétaux, le taux de mortalité humaine chuterait entre 6 % et 10 %. Enfin, les risques sanitaires liés à l’élevage industriel sont un autre préjudice majeur : les fermes industrielles qui regroupent des milliers d’animaux dans des espaces très confinés facilitent la propagation d’épidémies et de souches bactériennes dont certaines sont résistantes aux antibiotiques.

Mutilations systématiques sans anesthésie
Actuellement, en une année, 74 milliards d’animaux terrestres (mammifères et oiseaux) et entre 500 et 1 000 milliards d’animaux aquatiques sensibles (poissons, crustacés décapodes, et mollusques céphalopodes) sont tués pour la consommation humaine. Les recherches récentes en éthologie indiquent que ces animaux disposent de structures anatomiques et de capacités cognitives et sensorielles leur permettant de ressentir la douleur, et leurs comportements indiquent qu’ils sont affectés lorsqu’ils sont blessés (ou même, pour une grande partie d’entre eux, lorsqu’ils voient leurs congénères l’être).

En France, 99 % des lapins, 95 % des cochons, 90 % des veaux et 82 % des poulets de chair sont élevés de manière intensive, c’est-à-dire qu’ils sont confinés dans des cages ou des bâtiments fermés afin de les engraisser et les maintenir en vie jusqu’à leur abattage précoce. L’image commerciale d’animaux heureux en élevage (bio ou non) est presque toujours fausse. Pour éviter les blessures dues à l’entassement des animaux ou pour le goût de la viande, l’élevage procède à des mutilations systématiques sans anesthésie (becs, cornes, pattes, dents, queues, testicules).

Enfin, après avoir subi des conditions de transport souvent inadéquates et brutales, la moitié des animaux abattus en France sont encore conscients lorsqu’ils sont saignés. Le sort des poissons n’est pas plus enviable que celui des animaux terrestres. Par exemple, dans le cas de la pêche au chalut, d’immenses filets en forme d’entonnoir capturent tous les animaux qui s’y amassent, mêlés à divers débris.

Déversés sur de la glace, ils y agonisent asphyxiés, écrasés par les autres poissons ou meurent par éclatement de leurs organes internes à cause de la décompression. Si l’on en doutait encore, une commission d’experts qualifiés a établi qu’« il n’y a aucune bonne raison de conclure que les poissons seraient insensibles à la douleur ».

En conclusion, pour l’un ou plusieurs des arguments que nous venons de mentionner (la planète, la santé et les animaux), il nous semble à la fois rationnel, souhaitable et réaliste d’infléchir nos habitudes, en commençant par nos repas chaque lundi. Bien que ces évolutions de pratiques individuelles ne soient pas suffisantes pour produire tout le changement nécessaire (qui relève naturellement d’un niveau plus global), nous pensons qu’elles y contribuent. C’est donc l’engagement que nous prenons publiquement et que nous vous invitons à prendre avec nous.

Premiers signataires : Isabelle Adjani, actrice ; Christophe André, psychiatre ; Yann Arthus-Bertrand, photographe ; Isabelle Autissier, navigatrice et présidente du WWF France ; Aurélien Barrau, astrophysicien (Institut universitaire de France) ; Stéphane Bern, journaliste ; Juliette Binoche, actrice ; Allain Bougrain-Dubourg, journaliste ; Eymeric Caron, journaliste ; Jean-Paul Curtay, médecin nutritionniste (académie des sciences de New York) ; Boris Cyrulnik, neuropsychiatre ; Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France ; Luc Ferry, ancien ministre ; Flavie Flament, animatrice ; Cécile de France, actrice ; Brigitte Gothière, cofondatrice de L214 ; Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France ; Lolita Lempicka, créatrice de mode ; Frédéric Lopez, animateur ; François Mariotti, nutritionniste (INRA-Agro Paris Tech) ; Eric Piolle, maire de Grenoble ; Matthieu Ricard, moine bouddhiste ; Liv Sansoz, triple championne du monde d’escalade ; Jean-Louis Servan-Schreiber, patron de presse ; Matthieu Vidard, journaliste ; Cédric Villani, mathématicien et député ; Delphine Wespiser, Miss France 2012.

Cet appel a été publié en avant-première dans le Monde. Liste complète des 500 signataires à lire ici.

Bonne année 2019 !

L’équipe d’animation du site des JNE (Association des journalistes et écrivains pour la nature et l’écologie) souhaite une bonne année 2019 à la planète et à ses habitant(e)s humains et non humains.

par Laurent Samuel

En 2018, notre site a reçu près de 185 000 visites (contre un peu de 150 000 en 2017), avec  près de 78 000 visiteurs différents (contre 65 000 en 2017), pour un total de près de 1,2 million de pages vues (contre un peu plus d’1 million en 2017).

Merci à tous nos lecteurs fidèles, membres ou non de notre association, ainsi qu’à toutes celles et ceux que le hasard d’une recherche sur – par exemple – Lilo (moteur de recherche qui finance des projets sociaux et environnementaux et protège votre vie privée) a conduit sur nos pages.

Ce site est animé par l’auteur de ces lignes (rédacteur en chef), avec Danièle Boone, qui gère les rubriques livres et presse écrite, et l’assistance technique toujours efficace de notre webmestre, Pierre Demeure. De nombreux adhérents, dont notre Président Richard Varrault et, pour n’en citer que quelques-uns, Marc Giraud, Mhamed Rebah, Carine Mayo, Jane Hervé, Jean-Claude Génot, Michel Cros, Michel Sourrouille, Bernard Boisson, Anne-Claire Poirier y collaborent régulièrement. Merci à tous pour leur participation.

En 2018, les JNE ont déploré le décès de plusieurs figures historiques de notre association : Roger Cans, ancien responsable de la rubrique environnement au Monde ; Nicole Aussedat, grande défenseure des océans; Marie Hellouin, réalisatrice de documentaires pour Arte et France 5.

Sur le plan des enjeux planétaires majeurs (crise climatique, érosion de la biodiversité), l’année 2018 ne nous a guère apporté de bonnes nouvelles (en voici quand même quelques-unes recensées par le Monde). De la démission de Nicolas Hulot aux résultats modestes (selon les optimistes…) de la COP24 en Pologne, les derniers mois n’ont fourni que peu d’occasions de se réjouir.

Cela n’a pas empêché les JNE de se mobiliser, en organisant notamment un débat autour des fake news et des entraves à la liberté d’informer (merci à Christel Leca pour la préparation et l’animation) et un colloque sur l’amélioration de la condition animale, qui a connu un vif succès, prolongé par de riches débats sur ce site et sur les réseaux sociaux (merci à Carine Mayo et à Michel Cros pour l’organisation), ainsi que des petits déjeuners et des voyages.

Les JNE vous souhaitent une bonne année 2019, qui sera marquée pour nous par le cinquantenaire de notre association créée en 1969, dont nous vous reparlerons prochainement.