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Nouveau modèle de croissance en Algérie : y a-t-il une place pour l’écologie et le développement durable ?

La prise en compte de la protection de l’environnement est-elle comptée parmi les obstacles à l’investissement, dénoncés, lundi 6 mars à Annaba (Algérie), par les participants à la 20e Tripartite (gouvernement-syndicats-patronat) qui ont appelé à lever les freins à la croissance économique ?

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par M’hamed Rebah

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En s’attaquant à la « bureaucratie », ont-ils en vue également les administrations chargées de délivrer les autorisations relatives à la protection de l’environnement, qui prennent parfois du temps ? Certains opérateurs économiques ont plaidé pour ignorer cette « bureaucratie » et surmonter son « obstacle », en l’absence de réaction de l’administration à leur dossier d’investissement, dans le délai fixé par la loi.

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Ce n’est certainement pas sans raison que le Premier ministre algérien, Abdelmalek Sellal ,a conclu son intervention d’ouverture de la Tripartite, par l’insistance sur « le strict respect des lois et règlements ». Autrement dit : lever les obstacles aux investissements pour favoriser la croissance économique, mais en restant dans le cadre juridique en vigueur qui inclut également le dispositif de lois et règlements traitant de la protection de l’environnement et du développement durable.

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Pour rappel, le Préambule de la Constitution révisée énonce que le modèle économique et social que se donne le peuple algérien consiste, notamment, en une « économie productive et compétitive dans le cadre d’un développement durable et de la préservation de l’environnement ». Son article 54 ter stipule que « le citoyen a droit à un environnement sain ». Enfin, la Constitution comprend une disposition selon laquelle « l’Etat encourage la démocratie participative ».

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Sur ce dernier point, il est facile de constater que les associations écologiques n’ont pas participé au débat qui a précédé le choix du « modèle de croissance » érigé en boussole de la politique économique algérienne. Aucun écologiste n’a fait partie de l’équipe d’experts qui a travaillé sur ce modèle. En fait, les associations écologiques n’ont aucune influence sur les choix économiques en Algérie. Leurs membres passent leur temps à guetter les financements proposés par les institutions internationales et par les pays partenaires de l’Algérie, puis à attendre le virement des sommes promises, en euros ou en dollars. Après, toute leur énergie et toutes leurs capacités sont mobilisées dans la réalisation de projets divers avec ces financements extérieurs qui permettent, grâce à la « plus value » dégagée par le change des euros ou des dollars en dinars dans le marché informel (en dehors du circuit légal des banques), de faire face aux dépenses de fonctionnement qui entrent dans le cadre de leurs activités.

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Les « acquis » obtenus en Algérie par l’écologie dans son conflit avec l’économie, sont dus à des actions citoyennes qui ont fortement mobilisé les populations locales comme ce fut le cas pour arrêter le projet d’exploitation du gaz de schiste à In Salah (au sud du pays), ou pour annuler un projet de cimenterie à Batna (prévu dans une commune à vocation agricole), ou pour remettre en cause les projets de CET (centres d’enfouissement technique des déchets) à Reghaïa (périphérie d’Alger) et à Constantine, pour ne citer que les cas qui ont été médiatisés.

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La seule grande action menée par des écologistes sous les formes d’une pétition et de démarches vers les autorités, pour empêcher le passage de l’autoroute Est-Ouest par le complexe de zones humides d’El Kala (à l’extrême-est, au nord du pays), n’a donné aucun résultat. Tout récemment, ce sont des économistes spécialisés dans l’agriculture, et non des écologistes, qui ont critiqué les mégaprojets agricoles lancés dans le sud. Les risques écologiques de tels projets semblent sous-estimés, voire méconnus, chez nous. En fait, la question de l’agriculture saharienne n’ayant pas fait l’objet d’un débat public, les écologistes algériens ne pouvaient faire connaître leur avis sur ces projets, ni d’ailleurs sur de nombreux autres où le rapport économie-écologie se pose en termes conflictuels.

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Cet article a été publié dans La Nouvelle République (Algérie) le 13 mars 2017.

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Arrêter enfin de blablater


par Fabrice Nicolino
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Plus ça va mal, plus on a besoin d’espoir. Même moi, qui ai écrit tant de livres noirs, dénonçant l’implacable destruction du monde, de ses équilibres, de sa
beauté. Et c’est pourquoi j’ai décidé de publier un texte différent des autres (Ce qui compte vraiment, éditions Les Liens qui Libèrent), indiquant des directions d’avenir dans lesquelles, selon moi, il faudrait s’engager. Comme on ne se refait pas, il ne s’agit pas de solutions, car il n’en existe aucune qu’on pourrait appliquer à froid, sans une mobilisation exceptionnelle de l’esprit et du cœur. Pas des solutions, mais des horizons.

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Avez-vous remarqué ? La campagne des présidentielles est franchouillarde, et même les candidats qui parlent un peu d’écologie s’arrêtent aux frontières de la France, niant ainsi la dimension planétaire de la crise écologique. Comme ce pays compte néanmoins, j’ai voulu commencer par lui, en proposant, en détail, un plan de sortie négocié de l’agriculture industrielle, susceptible, selon moi, d’entraîner la plus grande partie des paysans encore en place. Je gage qu’un tel événement, s’il se produisait, nous redonnerait une grande force collective. Au passage, il permettrait de voir revenir enfin les oiseaux, les grenouilles, les sauterelles, les papillons, les fleurs sauvages, toutes ces existences trucidées par l’alliance maudite entre la machine et la chimie.

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Mais la France n’est qu’un confetti du monde. Et tout le reste de mon livre est consacré à la planète entière. Y a-t-il plus manifeste urgence que de restaurer ce que j’appelle l’antique beauté du monde ? Les écosystèmes principaux, dont dépend l’avenir de tous, craquent et brinquebalent, menaçant de s’effondrer brusquement, ainsi que le documente chaque matin l’écologie scientifique.

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Je pense possible, vital en tout cas, de mettre au travail tous les bras disponibles – chômage, sous-emploi – sur Terre, surtout au Sud, c’est-à-dire entre 500 millions et 1 milliard d’humains. Sous la forme d’un immense programme de restauration écologique, qui viserait à rétablir ce qui peut l’être encore de la santé de fleuves comme le Nil, de forêts comme l’Amazonie, de plaines agricoles si malmenées, comme le Pendjab, entre l’Inde et le Pakistan, ou la Chine du Nord. Comment payer ces efforts herculéens ? En récupérant, de gré ou de force, une partie des sommes délirantes de la spéculation mondiale, qui tournicote autour du monde à la vitesse des échanges électroniques.

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Chemin faisant, il faut tout repenser. Et par exemple, voir enfin ce que la pêche industrielle a réussi en un siècle : détruire des équilibres écologiques vieux de millions d’années. Il ne sert plus à rien de pleurnicher sur l’état lamentable des océans et de leurs habitants : il faut agir. Moi, je ne vois au fond qu’une solution : l’interdiction mondiale de la pêche industrielle, et la limitation de la taille des chalutiers à 12 mètres de long au maximum.
Et les rivières, et les fleuves ? Continuer à copiner, de près ou de loin, avec les industriels de la dépollution, est absurde. Car la seule voie praticable est de proclamer le caractère sacré des eaux douces, et clamer aussi longtemps qu’il sera nécessaire que les hommes doivent trouver le moyen de ne plus polluer la moindre goutte. Une révolution ? Certes. On préfère la mort ?

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Reste nos rapports avec les animaux, nos frères et nos cousins. Je pense que dans ce face-à-face si angoissant avec eux – nous les tuons, n’est-ce pas ? – se trouve la clé de tout. Ou nous changeons, acceptant le Grand Partage de l’espace et des ressources, ou nous les précipitons à la fosse, avant de les y rejoindre. Changer ? Arrêtons de blablater, et en avant !

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Vous pouvez retrouver Fabrice Nicolino sur son blog Planète Sans Visa et chaque semaine dans les colonnes de Charlie Hebdo.

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Le Centenaire de Bernard Heuvelmans

Membre des JNE pendant de longues années, le zoologiste et écrivain franco-belge Bernard Heuvelmans (mort en 2001) aurait eu 100 ans le 10 octobre dernier. Scientifique érudit, à la prose vive et attrayante, il a abordé dans ses livres avec un égal talent une grande variété de sujets. Mais c’est avant tout en tant que créateur d’une nouvelle discipline, la cryptozoologie, qu’il s’est fait connaître dans le monde entier.

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par Benoit Grison

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Bernard Heuvelmans à sa table de travail au Vésinet (1992)

Né en 1916 au Havre – où ses parents avaient suivi le gouvernement belge en exil après l’invasion allemande de la Belgique, le jeune Bernard Heuvelmans a très tôt manifesté un intérêt pour le monde animal et les récits des grands explorateurs. Etudiant en biologie à l’Université de Bruxelles, cet esprit curieux se prend également de passion pour le jazz, et devient le chanteur prisé de différents orchestres : il côtoiera ainsi des musiciens réputés comme Bobby Jaspar et se liera même d’amitié avec le grand saxophoniste Coleman Hawkins…

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Après la soutenance de sa thèse en 1939, déjà consacrée à un animal « hors normes », l’étrange mammifère fouisseur africain qu’est l’oryctérope, Heuvelmans publie deux excellents livres de vulgarisation qui, contre toute attente, ne traitent pas de sciences naturelles, mais d’astronomie et de physique théorique ! Cette curiosité pluridisciplinaire, qui perdura toute son existence, le prédisposait à édifier ce qui allait devenir la cryptozoologie, la « science des animaux cachés », un champ de recherche à l’interface de différents domaines du savoir.

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Après la Seconde Guerre mondiale, le jeune écrivain scientifique va quitter Bruxelles pour Paris. Là, en 1955, après un ouvrage remarqué consacré à la biologie de la mort et du vieillissement, Le Secret des Parques, il fait paraître le livre qui le rendra célèbre : Sur la Piste des Bêtes Ignorées. Celui-ci, traduit en de multiples langues, et vendu à plus d’un million d’exemplaires dans le monde entier, pose les bases de ce qui allait devenir l’approche cryptozoologique. Au fil des pages, y sont convoquées toutes sortes de créatures à l’existence controversée : Yéti, paresseux géants et moas reliques, ou encore l’Orang pendek (un singe énigmatique d’Indonésie) et le Mokélé-Mbembé d’Afrique centrale (un animal à allure de grand reptile inconnu)…

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L’idée directrice de l’ouvrage est d’analyser avec rigueur, dans une optique de « scepticisme ouvert », les témoignages et savoirs autochtones relatifs à ces espèces problématiques, en tentant de faire la part du mythe et de la réalité zoologique les concernant. Bernard Heuvelmans écrira ensuite de nombreux autres livres dans cette perspective : citons notamment Dans le sillage des monstres marins – sur le calmar géant, Les Derniers Dragons d’Afrique (1978) ou Les Ours insolites d’Afrique, publié à titre posthume (qui traite de la fascinante question de l’ours de l’Atlas).

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L’un des courants de la zoologie moderne dont l’Heuvelmans de la maturité se sentait le plus proche était l’éthologie, qui n’était pas à proprement parler enseignée dans l’Université de sa jeunesse…. Observateur hors-pair, intéressé par tout ce qui a trait à l’ « habituation » des bêtes sauvages à des fins d’étude, Bernard Heuvelmans était en communion intellectuelle avec la posture de l’éthologue, « compréhensive », laquelle suppose une forme d’empathie avec son « objet » d’étude, bien en accord avec les préoccupations d’éthique animale qui étaient les siennes.

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Les observations pionnières qu’il a réalisées sur quantité d’animaux (des insectes aux « vertébrés supérieurs » en passant par les poissons) sont notables, tant par leur quantité que par leur qualité. Je ne mentionnerai ici que deux exemples, relatifs à la primatologie : l’affirmation dès les années 1950 que les grands singes africains peuvent avoir un mode alimentaire épisodiquement carnivore, ce qui a été confirmé ultérieurement chez le chimpanzé et le bonobo ; l’insistance sur l’existence de comportements d’autothérapie chez les singes – et d’autres mammifères – dès 1965, alors qu’il a fallu attendre 1992 pour que ce fait fût unanimement admis (l’on en est maintenant à recenser la pharmacopée végétale des grands singes !).

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Enfin, grand voyageur devant l’éternel, Bernard Heuvelmans manifesta toute sa vie un intérêt passionné pour l’ethnologie. Cette ouverture aux « cultures autres » va le conduire à s’engager dans la défense d’ethnies minoritaires persécutées (avec Norman Lewis, il fut l’un des premiers à dénoncer le sort fait aux Indiens d’Amazonie) et à être réceptif à la connaissance qu’ont diverses sociétés « exotiques » de la faune de leur terroir.

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C’est précisément sur de tels « ethnosavoirs », ainsi que sur des témoignages recoupés, et de rares indices matériels, que repose la cryptozoologie, ce domaine-frontière de la zoologie qui explore à sa manière la part ignorée de la biodiversité animale (pour s’en tenir aux seuls vertébrés, l’on décrit chaque année des dizaines de formes inédites de ces derniers).

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En cela, la cryptozoologie défendue par Heuvelmans est une forme d’ethnozoologie, touchant aussi bien à la question des connaissances naturalistes très précises possédées par certaines populations, qu’à celle de la production culturelle de créatures mythiques. Si l’on n’a pas trouvé à ce jour de Yéti, une cryptozoologie sérieuse et interdisciplinaire ainsi conçue, à mille lieues des élucubrations de certains, a enregistré des succès incontestables : ces dernières décennies, s’appuyant sur les savoirs des gens du cru, sa méthode a permis la découverte d’espèces nouvelles, telles que le fameux saola du Vietnam, bovidé qui constitue une sorte d’intermédiaire entre caprins et antilopes, ou encore au large de Célèbes, une deuxième espèce de coelacanthe, le rajah laut…

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Comme on le voit, si les controverses suscitées par son œuvre scientifique érudite sont loin d’être toutes éteintes, Bernard Heuvelmans nous a laissé un héritage intellectuel stimulant et toujours d’actualité.

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La destruction des terres en Ile-de-France

En Ile-de-France, où l’on prône cultures et maraîchages de proximité, deux projets destructeurs de terrains agricoles sont en voie de réalisation : le Plateau de Saclay et EuropaCity.

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par Annick et Serge Mouraret

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En France, 60.000 à 80.000 hectares sont imperméabilisés chaque année, les deux tiers par des lotissements et des zones d’activités suburbaines. En Ile-de-France, où l’on prône cultures et maraîchages de proximité, pour favoriser les circuits courts et réduire les transports, au moins deux grandes « hérésies »sont en voie de réalisation, à coups de milliards… et de destruction de terrains agricoles.

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Le Plateau de Saclay (Essonne/Yvelines)
Cela s’appelle un cluster, le regroupement sur 400 ha de terres agricoles de 20 % des pôles scientifiques français, dont l’ Ecole d’Agriculture de Grignon (patrimoine national) déplacée mais avec très peu de terrains (ses labos venaient d’être refaits il y a moins de 10 ans !). Il y a aussi les énormes bâtiments-boules de verre d’EDF et globalement beaucoup de béton qui n’incitera pas aux festivités les étudiants et têtes chercheuses. Un campus à 5 milliards d’euros prévu pour 30.000 personnes. Un métro aérien (3 milliards) à 500 m du CEA (périmètre dit protégé), 18 mètres au-dessus des champs, devrait desservir le plateau, le golf, le stade de rugby…

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Environ 70 % des terrassements et constructions sont en cours, déplaçant une terre alluvionnaire vieille de plusieurs millions d’années, de qualité agricole exceptionnelle. On fait des buttes, des bassins, des rigoles (rus) pour écouler les eaux… Difficile de freiner, de stopper cette folie contestable de 4 ou 5 personnes décisionnaires, sans concertation citoyenne, singeant la Silicon Valley : pourquoi ? Les enquêtes ont été saucissonnées, empêchant d’avoir une vue d’ensemble, ce qui est en contradiction avec les normes européennes. Il ne reste plus qu’à pétitionner à Bruxelles, à demander un moratoire. Le mal est fait et tant pis pour les patates, la pollution, les encombrements… et nos milliards.

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Il ne reste plus que 2700 ha cultivés, mais des maires sont prêts à « vendre » encore 50 ha en vue de l’hypothétique Exposition Universelle de 2025. C’est devenu une vaste opération immobilière : des champs vendus environ 1 euro le m², revendus 400 euros lorsque le terrain est viabilisé et 2500/3000 euros lorsque transformés en bureaux. Espérons au moins que le métro ne se fera pas, qu’il n’y aura pas d’intempéries exceptionnelles ni de catastrophes. Qui y pense ?

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Informations et pétition sur : https://saclaycitoyen.jimdo.com

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EuropaCity

Manifestation contre le projet EuropaCity – photo les Verts Bagnolet

Ce n’est pas non plus un projet nouveau : le triangle de Gonesse, près de Roissy, un grand complexe commercial et ludique, qui nécessite aussi l’expropriation d’agriculteurs.

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Pour EuropaCity, tout n’est pas figé. Avec 80 % d’opposition au projet, espérons que de recours en recours les blés pousseront toujours et que les gens se lasseront d’espaces de loisirs démesurés, en concurrence avec d’autres d’ailleurs.

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Informations sur le site de France Nature Environnement Ile-de-France et dans sa revue Liaison. liaison@fne-idf.fr

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Vers une marina tropézienne à Quiberon ?

Un projet de « modernisation » du port de Quiberon a vu le jour en 2015. Mais il passe par le bétonnage du domaine maritime.

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par Alain Le Toquin

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Port Haliguen à Quiberon ? Un petit port breton typique, avec ses jetées en pierre et son phare.

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Un lieu béni des peintres et qui a connu un moment de célébrité lors du retour en métropole d’Alfred Dreyfus le 1er juillet 1899.

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Né au milieu du XIXe siècle, il a été ensuite pris en tenaille entre deux bassins à flot créés en 1962 et 1972.

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Les bateaux de pêche ont quitté le vieux port pour le premier tandis que de petites embarcations les remplaçaient et que les voiliers occupaient le second bassin qui leur était destiné.

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Toutes voiles au vent

En promettant tout à la fois le développement économique de la commune, la qualité de vie et une plus grande praticité portuaire, un projet de « modernisation » du Port a vu le jour en 2015.

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Le projet est soutenu par François Goulard (*), Président du Conseil départemental du Morbihan et aussi de la Compagnie des Ports du Morbihan. Son coût ? 18 à 20 millions d’euros pour 3 à 5 ans de travaux, ce qui en fait le plus important projet pour un port de plaisance aujourd’hui en France. Son commanditaire est justement la Compagnie des Ports du Morbihan, une entreprise publique locale au service du développement du Morbihan et gestionnaire de 14 ports.

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En pratique, le mirifique projet promet bien sûr un meilleur accueil des plaisanciers, notamment la création d’un bassin à flot pour l’accueil de bateaux de grande taille, à fort tirant d’eau, mais un bien modeste chiffre de 120 nouvelles places créées pour les plaisanciers s’ajoutant aux 1150 existantes.

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Le tout accompagné des classiques aménagements – promenades, commerces, parkings « paysagers» (250 places), etc.

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Là où le bât blesse

Le projet passe néanmoins par le dévasement du port et le bétonnage du domaine maritime, soit autant de talons d’Achille.

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Le port est fortement envasé, son entretien ayant été négligé durant des décennies.

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La création des bassins à flot y a même participé en modifiant les courants. Bilan, son dévasement, sur lequel tout le monde est d’accord, serait titanesque : 120 000 m3, voire 150 000 m3 de vases à expurger.

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Pire, parmi elles, 30 000 m3 pollués par des métaux lourds (carénages) qu’il sera impossible d’immerger où que ce soit en mer.

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Impossible (?) aussi de les accueillir à terre, le foncier à Quiberon étant trop cher pour le permettre.

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Mais la chance est là pour les aménageurs : une petite plage, toute proche, d’une centaine de mètres de long, coincée entre le vieux port et le bassin à flot des plaisanciers.

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Une fois comblée par les vases toxiques, une belle esplanade – promenade paysagère la recouvrira et le tour sera joué.

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Même si, au passage, l’opération est illégale et le site est totalement dénaturé, contrairement à l’éthique de « la Compagnie des Ports du Morbihan [qui] conçoit et met en œuvre des actions éco-responsables qui visent à respecter l’exceptionnelle beauté de l’environnement des ports du Morbihan dans lesquels nous évoluons »

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La Compagnie ne manque pas de préciser que le projet a été entériné par « les Associations Environnementales » (mais lesquelles ?)

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Touche pas à mon port

Oui mais non. Sitôt le projet connu, une petite association – Port Haliguen Plaisance Patrimoine et Culture – se crée, qui va s’opposer au projet, menée par le Quiberonnais de souche Jean-Claude Le Guennec et Patrick Luco.

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S’appuyant sur la loi Grenelle 2, la loi littoral et le Schéma régional de cohérence écologique, elle dépose très vite une requête en contentieux le 26 septembre 2016 auprès du tribunal administratif de Rennes… en sachant qu’une requête n’est pas suspensive.

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Sa référence est un projet d’urbanisation du Port d’Hyères, « similaire à celui de Port Haliguen », lui aussi autorisé par le Préfet mais successivement annulé par le tribunal administratif de Nice, la Cour d’appel administrative de Marseille et par le Conseil d’État le 17 juin 2015.

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Dans la foulée, l’association lance une pétition sur change.org qui recueillera 1.683 signatures avant de profiter de son référencement par une autre pétition consacrée cette fois à la loi Littoral. Au 6 mars 2017, la pétition est forte de plus de 6.400 soutiens…

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La ministre de l’Environnement, Ségolène Royal, est aussi saisie. En quelques jours, elle contacte le préfet du Morbihan pour explication.

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Sensiblement déstabilisés, les tenants quiberonnais du projet (Association des plaisanciers de Port Haliguen, Yacht-club, Association sportive nautique) répliquent à leur tour et lancent leur propre contre-pétition. Même si, par un surprenant effet de double langage, « n’importe qui peut signer une pétition sur Internet, sans connaître le projet. Il faut rester dans la réalité » ! Au 6 mars 2017, cette pétition est forte de plus de 750 soutiens.

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Les travaux tardent à commencer. Prévus pour l’automne dernier puis pour ces semaines-ci, on ne sait en fait quand ils commenceront.

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Si rien n’est gagné, rien n’est donc perdu.

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Association Port Haliguen Plaisance Patrimoine et Culturel
27, rue du Point du Jour, 56170 Quiberon
phppc.quiberon@gmail.com

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(1) L’association Bretagne vivante n’est plus subventionnée par le département car pour François Goulard, « il s’agit de bon sens, nous ne pouvons subventionner des personnes qui nous assignent en Justice devant le tribunal administratif, comme pour le plan des déchets. On ne s’impose pas comme une vestale (gardienne) de l’environnement. En ce qui concerne les compétences, Bretagne vivante n’est pas un organisme de recherches. Personne n’est indispensable ». La subvention de 55.000 euros à Bretagne vivante a été retirée et 9 collaborateurs ont été mis au chômage.

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Hommage à Roland Bechmann (1919-2017), fondateur de la revue « Aménagement et Nature »

Roland Bechmann s’est éteint le 25 janvier 2017, après cinq années rendues difficiles par la mort de sa femme Martine. Pour la communauté des protecteurs de la nature, Roland Bechmann restera l’homme de l’association Aménagement et Nature et de la revue du même nom.

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par Roger Cans

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La couverture d’un des premiers numéros d’Aménagement et Nature, revue fondée en 1964 par Roland Bechmann

Né le 1er avril 1919 à Paris, Roland Bechmann est le fils d’un architecte reconnu, qui a entre autres construit la Cité internationale de Paris, conçue pour accueillir les étudiants étrangers derrière le parc Montsouris. Lui aussi deviendra architecte, mais, alors qu’il n’est seulement qu’élève-architecte, il passe une licence ès-lettres – dont trois certificats d’histoire – à la Sorbonne, où il a comme professeur Marc Bloch. Par la suite, l’historien Jacques Le Goff l’encourage dans ses recherches sur l’influence des différents facteurs du milieu (ou de l’environnement) sur les méthodes de construction et l’évolution de formes de l’architecture au Moyen-Age, thème de son doctorat en géographie.

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Survient la guerre. Roland Bechmann, amoureux de la montagne depuis toujours, rejoint en 1943 le maquis du Vercors, où il retrouve l’écrivain Jean Prévost, grand prix de littérature de l’Académie française. Lors d’une offensive allemande, le 1er août 1944, Jean Prévost est tué à la tête d’une compagnie des Forces françaises de l’intérieur. Il avait 43 ans. Roland Bechmann sera par la suite décoré de la Croix de guerre avec citations à l’ordre de l’armée et nommé chevalier de la Légion d’honneur à titre militaire. En 1960, il va animer l’association des amis de Jean Prévost, à laquelle adhère Haroun Tazieff, « un admirateur de Jean Prévost depuis les années trente », notamment pour sa culture du sport.

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Dès lors, Roland Bechmann se lance dans une carrière d’architecte originale, tant en France qu’en Afrique. Il construit de nombreux ensembles de logements sociaux, dont un resté fameux en Mauritanie. En 1969, il dessine les plans d’un lycée agricole, près d’Avignon, qui sera ensuite inscrit à l’inventaire des Monuments historiques.

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La vocation « écologiste » de Roland Bechmann survient au début des années 1960, lorsqu’il se porte candidat pour l’aménagement de la vallée de Saint-Martin-de Belleville, en Savoie, près du parc national de la Vanoise en préparation. A cette occasion, l’architecte ne se contente pas de soumettre ses plans. Il réunit une équipe pluridisciplinaire qui comprend des architectes, des urbanistes et un ingénieur agronome. Cette équipe parcourtl e terrain à pied, survole la vallée en avion, étudie les sols et la géologie, consulte les documents historiques, rencontre les habitants et leurs élus. Le projet d’aménagement qui en résulte surprend par son ampleur « multifonctionnelle ». Le représentant du ministère de l’agriculture, Paul Harvois, est séduit par le projet, mais l’administration penchera finalement pour un projet plus classique, genre « Sarcelles des neiges ».

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Roland Bechmann rencontre tout de même le ministre, Edgard Pisani, toujours ouvert aux idées nouvelles, qui lui dit : « Vous devriez créer une association car, dans les ministères, on n’a pas le temps de réfléchir ». L’architecte prend alors contact avec les associations existantes, comme la SNPN à Paris ou la SEPNB en Bretagne. Il leur propose de fédérer tous ceux qui se préoccupent d’aménagement du territoire et de protection de la nature. Mais le mot « aménagement » fait peur aux protecteurs. Roland Bechmann réunit donc chez lui, le 28 juin 1964, une soixantaine d’architectes, urbanistes, professeurs, médecins et professionnels divers soucieux de réfléchir à l’avenir. La journée, intitulée « Nature et Développement », est présidée par Eugène Claudius-Petit, ancien ministre de la Construction. Parmi les participants, on retrouve Serge Antoine (DATAR), Paul Harvois, Pierre Joxe, commissaire au Plan, Pierre Cot, ancien ministre et conseiller général de Savoie, des professeurs de la Sorbonne et un militant de la protection de la nature, Jean-Baptiste de Vilmorin, directeur de la SNPN.

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Le groupe adopte un nom qu’il garde jusqu’en 1979 : Association pour les espaces naturels et les parcs nationaux. Il se fixe quatre objectifs : 1) Promouvoir l’inventaire général du patrimoine naturel, des sites à préserver et des vocations des sols. 2) Harmoniser, moderniser et compléter les textes visant à la protection de la nature et du cadre de vie. 3) Inclure dans tous les projets d’aménagement ce qu’on appellera plus tard une étude d’impact. 4) Introduire dans l’enseignement ces notions nouvelles.

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Dès cette année 1964, Roland Bechmann publie une revue appelée Aménagement et Nature, d’abord boudée par les protecteurs de la nature qui refusent le mot « aménagement ». Tant pis. La revue va traiter des thèmes environnementaux (les zones côtières, les résidences secondaires, industrie et paysage rural, les études d’impact, etc.)

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Pour son premier anniversaire, en 1965, l’association organise à l’abbaye de Royaumont deux journées d’étude sur « L’homme et la nature ». On y entendra Bertrand de Jouvenel demander que l’on fasse entrer la nature dans la comptabilité nationale, puis une communication sur les pollutions dues au transport de pétrole – deux ans avant le naufrage du Torrey-Canyon !

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De son côté, Roland Bechmann se lance dans la publication d’ouvrages qui lui tiennent à cœur, concernant le Moyen-Age. En 1981, il publie Les racines des cathédrales (Payot), inspiré de sa thèse de géographie soutenue en 1978. Il veut montrer que les cathédrales gothiques ne sont pas nées des caprices d’un architecte, mais sont le fruit de leur milieu, de leur époque, des circonstances géographiques, politiques, sociales, des changements de l’agriculture et de l’exploitation du bois. Il récidive en 1984 avec Des arbres et des hommes : la forêt au Moyen-Age (Flammarion). En 1986, il publie en collaboration le Carnet de Villard de Honnecourt XIIIe siècle, récompensé par l’Académie française. En 1991, il publie enfin Villard de Honnecourt, la pensée technique au XIIIe siècle et sa communication (Picard, 1991). Il décrit là les machines et engins de siège fabriqués en bois, qui seront aussi utilisés pour la construction des cathédrales.

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A la fin de sa vie, Roland Bechmann écrit une « fiction prospective écolo-satirique », L’arbre du ciel (HB Editions 1997) qui sera repris en poche au Serpent à Plumes en 2000. Jusqu’à la fin, il réunit chez lui le comité de rédaction d’Aménagement et Nature, et charge son petit-fils Nils Ferrand, de scanner tous les articles pour les mettre en ligne.

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Pionnier de l’environnement, Roland Bechmann a constamment défendu une idée chère : la protection de l’environnement ne doit pas être confinée aux militants locaux, mais doit devenir l’affaire de tous, y compris dans les sphères gouvernementales.

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Les candidatures écologistes aux présidentielles de 1974 à 2012

A la veille d’un scrutin, où, pour la première fois depuis 1974, les écologistes ne seront pas présents, retour sur les candidatures écologistes aux élections présidentielles de 1974 à 2012 entre témoignage, engagement et rapports de force

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par Laurent Samuel *

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René Dumont en campagne à vélo devant « son » bateau-mouche lors de la présidentielle de 1974 ©Musée du Vivant-AgroPariTech

Au fil des années, les objectifs visés par la présentation d’un candidat écologiste à l’élection présidentielle ont considérablement évolué.
En 1974, le but de l’Association des journalistes pour la nature et l’environnement (AJEPNE, devenue aujourd’hui les JNE), des Amis de la Terre et d’autres associations qui font appel à l’agronome René Dumont pour être leur candidat à l’élection présidentielle est de profiter de la tribune offerte par la campagne électorale (alors égalitaire entre « grands » et « petits » candidats) pour porter auprès du grand public les idées de base de l’écologie. D’où le choix de présenter ce scientifique qui, sans être un « écolo » historique (il a longtemps défendu la « révolution verte » très critiquée pour ses conséquences sur l’environnement), a publié en 1973 un livre au titre évocateur, l’Utopie ou la mort (éditions du Seuil), et a été invité dans plusieurs émissions télévisées pour le présenter. René Dumont s’est aussi imposé du fait du refus d’autres personnalités comme Théodore Monod ou Philippe Saint-Marc (JNE), contactées par les associations, et du fait que l’unique autre « candidat à la candidature » écologiste, Charles Loriant, défendait les thèses contestées (et peu connues au sein de la mouvance écologiste) du mouvement pour l’économie distributive, au sein duquel René Dumont avait d’ailleurs milité dans sa jeunesse. Si vous voulez en savoir plus sur l’économie distributive et son rôle pionnier dans la réflexion sur le revenu universel (thème important de la campagne de Benoît Hamon pour la présidentielle de 2017), on conseille vivement la lecture de l’article très documenté de Dominique Allan-Michaud, président du Réseau Mémoire de l’Environnement, sur le site de cette association, dont l’auteur de ces lignes est secrétaire général. Au sein de l’équipe de campagne de René Dumont, on note la présence de plusieurs membres des JNE, dont Jean Carlier (RTL), Claude-Marie Vadrot (alors à Politique Hebdo) ou Alain Hervé (le Sauvage).

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Le choix de René Dumont, défenseur historique des pays du « Sud » et auteur du classique L’Afrique noire est mal partie (éditions du Seuil), a aussi le mérite de placer la candidature écologiste dans une perspective tiers-mondiste, et de se démarquer ainsi des clichés sur « l’environnement, luxe pour riches ». La candidature Dumont est donc une candidature de témoignage, qui lance l’alarme sur la pollution de l’air et de l’eau (l’image du prof au pull rouge buvant son verre d’eau est passée à la postérité), le risque nucléaire, la destruction de la nature, la pression démographique… Les solutions et les moyens de transition ne sont évoqués qu’en creux.

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En 1981, à l’issue d’une élection primaire ouverte (une première en France, totalement oubliée par les médias lorsque cette formule a été reprise par le PS puis la droite dans les années 2000), les partisans d’une nouvelle candidature de témoignage, regroupés autour de Philippe Lebreton, naturaliste réputé et collaborateur de la Gueule Ouverte sous le pseudonyme du Professeur Mollo-Mollo (et adhérent des JNE), sont battus de peu (et à l’issue d’un scrutin contesté) par ceux d’une candidature d’« engagement » qui ont choisi Brice Lalonde – alors figure de proue des Amis de la Terre (et membre des JNE) – comme porte-drapeau. Tout en rappelant les grands thèmes de l’écologie, la campagne Lalonde se focalise sur les voies du changement, esquissées dans le programme Le Pouvoir de vivre (publié aux éditions de la Surienne dirigées par Jean-Luc Burgunder, autre pionnier de l’écologie en France qui fut aussi parmi les initiateurs de la campagne Dumont en 1974). Mais son objectif est aussi de faire pression sur les deux candidats du second tour en plaçant au centre du débat un certain nombre de mesures d’urgence, applicables immédiatement par le futur élu. Le président Mitterrand en réalisera quelques-unes, comme la légalisation des radios libres ou l’abandon du camp militaire du Larzac et du projet de centrale nucléaire à Plogoff, mais enterrera la plus importante d’entre elles, à savoir un moratoire sur les centrales nucléaires, couplé avec l’organisation d’un grand débat public et contradictoire sur l’énergie. La démarche originale de Brice Lalonde a toutefois recueilli un certain intérêt chez les électeurs, puisqu’il triple presque son score par rapport à celui de René Dumont.

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En 1988, la candidature d’Antoine Waechter, figure peu charismatique (de l’avis de l’auteur de ces lignes) mais fin connaisseur des dossiers de protection de la nature et d’écologie planétaire, marque le retour à une démarche de « témoignage ». Dans un contexte où l’écologie, après une éclipse au début des années 80, revient sur le devant de la scène avec les alertes sur le réchauffement planétaire, la couche d’ozone ou les pluies acides, le candidat des Verts (créés en 1984) obtient le même score que Brice Lalonde sept ans auparavant, soit 3,88 %.

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A partir de 1995, les Verts, au sein desquels la tendance de « gauche » d’Yves Cochet et Dominique Voynet a supplanté celle menée par Antoine Waechter sur la ligne « ni droite ni gauche », cherchent surtout à « peser » lors des élections présidentielles afin d’obtenir un rapport de forces le plus favorable possible dans leurs négociations avec le Parti socialiste en vue de leur entrée au Parlement et au gouvernement (qui sera effective à l’issue des élections législatives de 1997). Les 3,31 % récoltés par Dominique Voynet à la présidentielle de 1995 joueront ainsi un rôle non négligeable dans son entrée au gouvernement deux ans plus tard.

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En 2002, la volonté de « peser » marche paradoxalement trop bien, car, grâce au choix du très médiatique Noël Mamère, ancien présentateur de télévision qui fut l’élève du philosophe Jacques Ellul, grand précurseur de l’écologisme, et malgré la candidature rivale de l’avocate Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Environnement de Jacques Chirac (qui récolte 1,88 % des suffrages), les Verts obtiennent le meilleur score de l’histoire des candidatures écologistes : 5,33 %. Un bon résultat qui, s’additionnant aux suffrages obtenus par Jean-Pierre Chevènement et Christiane Taubira, a l’effet pervers de contribuer à empêcher le Premier ministre Lionel Jospin, candidat socialiste, d’accéder au second tour.

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En 2007 et 2012, les motivations des candidatures de Dominique Voynet et Eva Joly ne sont guère comprises des électeurs, puisqu’elles obtiennent les scores modestes de 1,57 % pour l’une et 2,31 % pour l’autre, alors que René Dumont avait récolté 1,33 % des voix en 1974. En 2012, la candidature de Nicolas Hulot, rejetée par EELV (Europe-Ecologie-les Verts) au profit de celle d’Eva Joly, aurait sans doute permis de réconcilier les traditions de « témoignage » (grâce à sa grande connaissance des enjeux planétaires de l’écologie) et d’ « engagement » (à travers sa défense des mesures du Pacte écologique signé par la plupart des candidats en 2007).

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* Vice-président des JNE, il a participé aux campagnes de René Dumont en 1974 et de Brice Lalonde en 1981, et fut l’un des responsables des Amis de la Terre. Ce texte, dont une première version a été publiée sur le site du Réseau Mémoire de l’Environnement, n’engage que son auteur.

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A lire sur le sujet : L’écologie à l’épreuve du pouvoir (Un avenir peint en vert pour la France ?) de Michel Sourrouille (JNE), éditions Sang de la Terre, 370 pages, 19 euros
http://biosphere.ouvaton.org/bibliotheque-2014-et/3147-2016-l-ecologie-a-l-epreuve-du-pouvoir-un-avenir-peint-en-vert-pour-la-france-de-michel-sourrouille

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Lancer des boules de neige ou des alertes ?

 


par Catherine Lesvesque

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En début d’année, il est tombé de la neige industrielle, pas les flocons blancs qu’on aime modeler, les mains gantées, pour en faire des boules. On a trouvé des phtalates chez des insectes d’une réserve naturelle guyanaise, à mille lieues de toute forme d’activité humaine. Une étude de l’Inra a pointé les risques de l’ingestion du nano-dioxyde de titane (E171) chez l’homme. Et l’on soupçonne les insecticides néonicotinoïdes, dont on connaît les dégâts sur les pollinisateurs et les organismes aquatiques, d’être aussi dangereux pour les humains, avec de graves effets neurologiques.

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Comme je l’écris dans la postface de mon Grand livre antitoxiques (éditions Leduc.s), qui sort le 7 mars en librairie, j’ai eu un mal fou à conclure cet ouvrage. L’émission coup de poing de Cash Investigation sur les pesticides, diffusée il y a un an sur France 2, en avait déclenché la rédaction : il fallait donner des clés au plus grand nombre pour éviter autant que possible les toxiques du quotidien.

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Sensibilisée à ces questions à titre personnel (mon père est décédé d’un cancer de l’amiante quand j’avais 28 ans) et professionnel (j’ai traité certains de ces sujets pour La Maison du cancer, parrainée par Bernard Giraudeau), j’ai construit un guide grand public qui s’appuie à la fois sur des références (Marie-Monique Robin, Fabrice Nicolino) et sur les toutes dernières actus, particulièrement foisonnantes ces douze derniers mois.

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Glyphosate, particules fines, perturbateurs endocriniens… Chaque jour ou presque, une nouvelle information, un rebondissement m’invitait à remettre l’ouvrage sur le métier, à le compléter, tantôt pour dénoncer un recul (comme le vice de forme qui a torpillé la disposition introduisant 20 % de produits bio dans la restauration publique collective…), tantôt pour saluer une avancée (comme la mise en place, fin janvier, de la Commission nationale de déontologie et des alertes en matière de santé publique, qui annonce une meilleure prise en compte des lanceurs d’alerte).

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Au-delà d’une approche résolument pratique, j’ai eu à cœur d’offrir plusieurs niveaux de lecture : des éclairages sur la législation (mouvante) en vigueur, des glossaires, des rappels historiques pour prendre de la hauteur et éduquer le « consom’acteur ».

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Préfacé par Allain Bougrain Dubourg (NDLR : membre des JNE), ce panorama des toxiques offre, en dépit de la gravité de son propos, des respirations humoristiques tant dans le texte que dans les dessins joyeusement concoctés par Coco (NDLR : dessinatrice à Charlie Hebdo).

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Face à l’irresponsabilité des politiques et aux incohérences des pouvoirs publics, la lutte passe à mon sens par l’éducation et la transformation des consommateurs en écocitoyens avisés. Pour preuve, le fabricant des bonbons Têtes brûlées a retiré en janvier le E171 de sa fabrication.

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Souhaitons que les débats électoraux à venir, puis le mandat qui suivra, prennent enfin à bras le corps ces enjeux de santé publique dont les coûts – humains et financiers – reposent actuellement bien plus sur les citoyens que sur l’État ou les entreprises privées. Je caresse l’espoir qu’un jour ce livre perde sa raison d’être. Pour lancer des boules de neige immaculée, plutôt que des alertes.

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Journaliste et auteure, Catherine Levesque vient de publier Le Grand Livre des toxiques (éd. Leduc.s).
Retrouvez Catherine sur son blog : www.hoazin.fr /
Sur Facebook : https://www.facebook.com/catherine.levesque.journaliste /
Sur Twitter : @levesquecathy

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Vert Midi, restaurant locavore

Non seulement ce restaurant porte un nom à la Giono et se situe dans la rue aux Ours (Paris IIIe), mais il est géré par un couple nommé Poirier (Marie et Yves).

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par Jane Hervé

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Devant un tel croisement des forces de la Nature, nous sommes prêts à croire en la prédestination ! Il suffit d’ajouter que ce restaurant prône une alimentation durable… Pour ce faire, il s’approvisionne en « locavore *». Ce choix obéit à des règles strictes de bon sens, mais – hélas – encore exceptionnelles : se fournir en produits frais de saison, sur les marchés, auprès des maraîchers, des cultivateurs des environs ou des AMAP.

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La cuisine faite exclusivement avec des produits naturels respecte la terre et le monde, donc notre environnement. Elle permet le maintien en amont des écosystèmes et des paysages originels, en écartant ainsi les monocultures rentables mais… destructrices. Ce principe, qui valorise le local, limite aussi l’usage de plastiques d’emballage, l’utilisation de produits phytosanitaires (dont les pesticides) pour la conservation des denrées. Il évite ainsi les transports par train, bateau et avion (économies de carburant). Pour l’essentiel, un tel processus maintient les habitants sur leur terroir.

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Le Vert Midi est un vrai service rapide : les affamés du midi défilent devant les plats en rangs d’oignons et sont servis sur-le-champ. Avec un « salade bar » (dont une excellente roquette), le menu du jour avec une entrée, un plat et une boisson revient à 13 €. Ajoutons un dessert – style gâteau choco, 3 €- cela tourne aux environs de 16 €. Les plats sont déclinés avec leur spécificité : sans gluten, sans produits laitiers ou déconseillés aux femmes enceintes. Ils sont parfois présentés dans un « bol comestible » en croûte à grignoter au fil du repas et qui… se vend même vide à l’entrée du restaurant. Pour créer des gourmets version écolo, les Poirier veulent transformer leur chaleureux Vert Midi – les serveurs y ont le sourire en permanence même dans l’urgence – en un restaurant gastronomique (hélas beaucoup plus cher !). Pour l’instant, dans ce IIIe arrondissement de Paris, le sol est en bambou compressé et le mobilier vient d’Emmaus. Façon de prouver qu’ici la « démarche d’éco-conception » commence dès la construction du magasin. Et les derniers couverts plastiques seront bientôt écartés…

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Notons que l’établissement Vert Midi a adhéré à l’association Bon pour le climat, label de restaurateurs écolos qui préfèrent l’aliment végétal à la nourriture animale. Dans ses murs auront lieu les premières formations du nouvel Institut de l’Alimentation Bio. De quoi inventer une pédagogie de goût écolo !

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Restaurant Vert Midi
9 rue aux Ours, 75003 Paris
Tél : 01 42 71 64 36

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Le 23 février 2017, les JNE y ont tenu leur déjeuner mensuel, réservé aux adhérents et organisé par Jean-Luc Fessard.

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* Locavore : ce mot est inventé par la cuisinière Jessica Prentice lors de la Journée mondiale de l’environnement (2005, San Francisco). Elle propose aux habitants d’essayer de ne manger que les aliments cultivés/produits à l’intérieur d’une zone de 160 kilomètres de rayon. La première expérience française de locavore date de 2008.. Pendant un an, Stéphane Linou de Castelnaudary s’est alimenté avec des produits issus d’un rayon de 150 km autour de chez lui.

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Des agriculteurs se mobilisent à Asni au Maroc

Dans la commune d’Asni, à cinquante kilomètres de Marrakech au Maroc, des agriculteurs ont créé la coopérative Tifawine afin de valoriser une partie de leur production. Une démarche soutenue par Agrisud et la Fondation Norsys.

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par Nathalie Loubet

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Mohamed Belcaïd, coordinateur des projets-Fondation Norsys, accompagne les producteurs de la coopérative Tifawine dans les pratiques écologiques (région d’Asni au Maroc) – photo Nathalie Loubet

Depuis 2010, un projet de professionnalisation des exploitations fruitières de la région d’Asni et de valorisation des productions a été mis en œuvre par l’ONG Agrisud et son partenaire marocain, la Fondation Norsys. Son objectif : apporter un peu de sérénité aux producteurs même si rien n’est acquis.

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La démarche s’appuie sur l’expertise d’Agrisud, spécialiste de l’accompagnement économique, social et environnemental des TPE agricoles familiales, et présent dans 18 pays sur quatre continents.

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Au cours de la première étape, ce sont concrètement 22 membres qui ont créé la coopérative Tifawine, soit 45 familles qui vivent de l’activité. L’ensemble des parcelles concernées par le projet atteint 17 hectares. « Depuis le début du projet, j’accompagne les producteurs dans des pratiques agro-écologiques, sans intrants et en développant le compost », souligne Mohamed Belcaïd, coordinateur des projets-Fondation Norsys.

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Globalement, la production s’est améliorée, mais la sécheresse de 2014 a entraîné de lourdes pertes. Elle a mis en évidence à quel point les familles restaient dépendantes face aux effets des variations climatiques. Pour lutter contre cette vulnérabilité, une action de sécurisation de l’accès à l’eau d’irrigation avec le creusement et l’équipement d’un puits a donc été entreprise. Un autre axe important du projet réside dans la valorisation de la production fruitière afin de pouvoir répondre au cahier des charges des hôteliers de Marrakech, notamment celui du Club Méditerranée.

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Cet article a été réalisé dans le cadre du voyage de presse au Maroc de l’AJEC21 (JNE et AJE) effectué en novembre 2016 à l’occasion de la COP22 de Marrakech. Sa version intégrale est parue dans L’Information Agricole, N° 903, décembre 2016.

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