ACTUALITES

Décès de la journaliste et réalisatrice Marie Hellouin

Les JNE apprennent avec tristesse le décès de Marie Hellouin, adhérente de longue date de notre association.

Marie Hellouin avait écrit ou réalisé de nombreux films sur des sujets liés à l’écologie, notamment pour l’émission Gaia de Dominique Martin Ferrari et pour Arte, comme le Futur à contre-courant, consacré à l’avenir de l’approvisionnement énergétique de l’Europe.

Longtemps fidèle des assemblées générales et autres réunion de notre association, Marie avait collaboré au magazine Ça m’intéresse, et écrivait parfois pour le site internet des JNE.

Voici le message envoyé par sa famille.

Amélie et Jean d’Hennezel ont au regret de vous faire part du décès de leur mère, Marie Hellouin le 1er décembre,
des suites d’une longue maladie. Merci de prévenir les membres de votre association. Si des membre de votre association désiraient adresser une intention à la famille, vous pouvez le faire :
    A sa fille Amélie : ameliedepanama@yahoo.fr
    A son fils Jean : autourdumonde07@yahoo.fr

 
Les obsèques de Marie seront organisées selon sa volonté, elle souhaitait être incinérée.
Pour respecter ses demandes, il y aura deux cérémonies:

Celle de la crémation qui sera totalement laïque.
Ce moment aura lieu :
Vendredi 7 Décembre de 15H30 à 16h
Crématorium du Père Lachaise,
71 rue des Rondeaux 75020 PARIS
Métro: GAMBETTA

La crémation aura lieu après la cérémonie. Nous n’y assisterons pas.
Pour ceux qui viendraient en voiture, l’accès à un parking dédié à cet effet est autorisé, il suffit de dire pour Madame Hellouin de Ménibus à l’entrée.

Une cérémonie religieuse avec une messe du souvenir, aura lieu jeudi 13 décembre à 15 h à la Paroisse Notre-Dame de L’Assomption de Passy, 88-90 rue de l’Assomption, M°Ranelagh.

Ceux qui le désirent sont les bienvenus à l’une comme à l’autre.

Sincères salutations

Les enfants de Marie Hellouin,  Amélie & Jean

 

Hommage à Roger Cans, grand journaliste et ami fidèle

Roger Cans est décédé le 27 novembre dernier. Un hommage personnel à un journaliste hors pair, qui était aussi un ami discret et fidèle.

par Laurent Samuel

Roger Cans ramassant une grenouille au marais de Cré-sur-le-Loir en 2010 © Jean-Baptiste Dumond

Précis, curieux, rigoureux, persévérant… Roger Cans avait toutes les qualités pour être un excellent journaliste. Sans oublier l’esprit critique, la solide culture générale, le refus des chapelles intellectuelles et un sens de l’humour exemplaire. Bien qu’ayant travaillé une vingtaine d’années dans le « quotidien de référence », à savoir le Monde (qu’il continuait bien après son départ à appeler affectueusement « le journal »), Roger n’avait jamais eu la grosse tête, contrairement à tant d’autres officiant dans des organes de presse moins prestigieux.

Passé à la rubrique environnement au début des années 1980 (où il avait succédé à un autre JNE, Marc Ambroise-Rendu), Roger Cans, porté par l’actualité (pluies acides, couche d’ozone, premières grandes alertes sur le changement climatique…), s’était battu avec succès pour que le Monde accorde davantage de place à ce sujet alors « émergent ». Sa gentillesse (qui n’excluait pas la force de caractère) et son sens de la convivialité faisaient qu’on ne pouvait pas se fâcher durablement avec lui, même quand il avait qualifié Brice Lalonde, alors fraîchement nommé ministre de l’Environnement, de « cosmopolite » (en référence à sa mère anglaise et à ses cousins américains), sans réaliser que ce terme était utilisé de façon codée par l’extrême-droite pour (dis)qualifier les juifs.

Membre actif des JNE depuis les années 1980, il avait participé à de nombreux voyages, congrès, colloques et autres petits déjeuners. Jusqu’à ce que la maladie l’affaiblisse trop ces derniers mois, il était l’un des collaborateurs les plus fidèles du site internet des JNE. Lors des réunions du Conseil d’administration dont il fut longtemps le secrétaire général, les membres non végans attendaient avec impatience les succulentes rillettes artisanales qu’il ne manquait jamais de nous apporter de la Sarthe !

Roger Cans n’était pas seulement un journaliste d’exception, rompu à la presse écrite ainsi qu’à l’audiovisuel (après son départ du Monde, il avait réalisé plusieurs sujets pour l’émission Gaia de Dominique Martin Ferrari), mais aussi, comme certains d’entre nous l’avaient découvert tardivement en 2014, lors de la publication de son livre Nature(s) Morte(s), édité aux éditions Grandvaux avec le concours de nos amis Catherine et Bernard Desjeux, un dessinateur et un peintre de nature de grand talent.

Toutes mes condoléances à son épouse Chantal, qui a elle aussi beaucoup oeuvré pour les JNE, à sa famille et à ses proches.

Une rencontre naturaliste avec Roger Cans

Roger Cans est décédé le 27 novembre 2018. Nous l’avions rencontré en 2015 pour faunesauvage.fr

par Jean-Baptiste Dumond

Roger Cans observe une vipère tuée trouvée sur la route © Jean-Baptiste Dumond

Quelques étapes de votre parcours de vie ?

Je viens d’avoir 70 ans. Depuis mes culottes courtes, je suis amoureux de la nature. J’habite alors à la campagne (Maule, 78), dans un grand jardin où coule la Mauldre et où ma mère élève poules, canards, lapins et même une chèvre pour le lait. Mon père, ingénieur agronome, rapporte de l’orge pour la basse-cour et fait la chasse aux rats. En classe de sixième, je découvre les sciences naturelles, une des rares disciplines scolaires qui me passionne, ainsi que le dessin. Avec les louveteaux, je pratique la pêche en mare. Dans un petit aquarium, j’élève tritons, épinoches, que dévorent un dytique et une sangsue !

Des maîtres à penser ? 

Mon premier maître, c’est  Jules Verne, que je dévore à 14/15 ans. En même temps, je participe à des sorties naturalistes que conduit un ancien chef éclaireur, qui se trouve être un collègue de mon père. Un mycologue très pointu. Avec mes jumelles et mes petits atlas Payot, illustrés par Robert Hainard, je fais de l’ornithologie de terrain entre Versailles et Chevreuse. J’apprécie beaucoup les séances de Connaissance du monde (Chasse à l’ours en Yougoslavie, Chasse à la baleine aux Açores, etc.).

Pourquoi l’animal sauvage ? 

Bien qu’initié très tôt à l’animal domestique, je préfère la faune sauvage. L’été, durant les vacances en Mayenne, je participe à la moisson. Je capture campagnols et mulots réfugiés sous les gerbes en meule, et parfois une couleuvre. J’observe les poules d’eau et les rats musqués à la queue de l’étang. Je pêche ablettes,  perches et gardons. Un été en Corse, j’observe une belette qui vient visiter régulièrement notre trou à ordures.

Si vous en étiez un ? 

Si je devais choisir une réincarnation en animal sauvage, je choisirais le fou de Bassan. Il vole merveilleusement, nage à la surface de la mer et y plonge jusqu’à plusieurs mètres pour attraper son poisson. Voler, nager, plonger, c’est tout ce que j’aime avec la marche et le vélo.

Quelques belles rencontres à relater ? 

Ma première rencontre, décisive, fut un squelette de lapin trouvé dans une haie mayennaise. J’entrepris de le monter à la seccotine, mais la colle de poisson ne tient pas à l’humidité. Je n’ai donc conservé que le crâne. Depuis ce jour, je garde les crânes, qui résument à eux seuls tout l’animal. Un été aux Sables d’Olonne, j’ai découvert un cadavre de tortue luth, exposé sous une tente, formolisé. Mon plus gros animal sauvage à portée de main. Très impressionné.

Des lieux préférés ?

Je n’ai pas de lieu préféré, car j’aime découvrir de nouveaux sites. J’ai inventorié les forêts d’Ile de France quand j’étais jeune. Adulte, j’ai exploré les fonds marins de Méditerranée en allant chaque été en Grèce, où j’ai retrouvé la tortue caouanne en train de pondre sur l’île de Zakynthos. J’ai aussi été passionné par la rencontre des « big five » en Afrique du sud, à deux reprises. Sans oublier les hippopotames et un oryctérope. En Guyane, où j’ai pu aller à plusieurs reprises, j’ai vu les tortues luth pondre sur la plage des Hattes et les ibis rouges dans les marais.

Et un lieu mythique où aller ? 

J’ai un trou dans mes visites à travers le monde : les îles Galapagos, pour côtoyer les iguanes marins, les phoques et les tortues terrestres géantes. Mais c’est un site trop couvert par le cinéma, la télévision et la presse. Mon vrai rêve serait de traquer le rhinocéros à dos d’éléphant au Népal ou en Inde. Un animal pour moi mythique, découvert par le dessin de Dürer et la dépouille présentée au Muséum. Avant qu’il ne soit trop tard…

Quelle œuvre illustre le mieux votre parcours ?

L’œuvre qui illustre mon parcours est le livre Nature(s) Morte(s), édité par Grandvaux en 2014. On y trouve un grand choix de mes dessins et peintures, réalisés depuis 1959. D’abord des oiseaux, puis des mammifères, reptiles ou batraciens, et enfin des champignons. Un hymne involontaire à la biodiversité.

Quel matériel utilisez-vous dans votre activité ? 

Mon matériel est des plus simples : un crayon, une gomme et du papier. En passant à la couleur, j’ai utilisé les boîtes à godets qu’utilisent tous les enfants, avec divers pinceaux, plus des tubes de noir et blanc. Comme je ne peins que des cadavres, je les fais chez moi, sur mon bureau, en lumière artificielle, dans un grenier aveugle. L’éclairage est donc constant. Je peins sur papier blanc, l’animal seul, sans fond. Je peins aussi sur papier noir, notamment les champignons.

Et quelle technique de rencontre avec le sauvage ? 

Pour les animaux vivants, j’observe à l’affût ou en marche. Avec mes jumelles toutes neuves, j’ai découvert le grimpereau, jamais vu auparavant à l’œil nu. Puis j’ai observé un couple de mésanges à longue queue en train de construire son nid sur le tronc d’un chêne enveloppé de lierre. Un bon observatoire : une mare en forêt. On y voit les oiseaux venir s’y désaltérer ou y prendre des bains.

Un conseil à un débutant ? 

Au débutant, je conseille les jumelles et un petit carnet à spirale pour noter les coches. Je préfère la marche, mais le vélo permet de couvrir plus de terrain et de mettre pied à terre pour ramasser une trouvaille ou contempler un spectacle. Pour ceux qui aiment dessiner, le carnet accueille aussi les croquis. On peut faire des observations à plusieurs, mais le mieux est d’être seul, pour ne pas effaroucher.

Un animal disparu revient, lequel ?

Même un être fantastique. Le pic noir, jamais vu dans ma jeunesse, est maintenant présent. La grande aigrette aussi. La tourterelle turque est tellement abondante que l’épervier s’y attaque imprudemment. Je n’ai pas assez d’imagination pour rêver d’un animal fantastique.

Une initiative envers la faune sauvage ? 

Plutôt que de nourrir les oiseaux l’hiver, pour le plaisir de les voir, je préfère aménager le jardin avec des refuges pour les hérissons ou les tritons, que je ne vois pas. Je plante des arbres et laisse le lierre y monter, pour offrir des reposoirs et des abris à la petite faune. Je participe au ramassage des batraciens qui sortent de la forêt pour se reproduire dans le marais.

Une ou des associations qui vous tiennent à cœur ?

Je soutiens les actions de la LPO, de l’ASPAS, des CPN et de mon CPIE de La Flèche. Il a obtenu l’installation (à grands frais) de onze crapauducs sous une route de Cré-sur-le-Loir (72). Il procède à des comptages très précis de batraciens et de chauves-souris, malgré l’indifférence – voire la méfiance – de la population locale.

Quelle urgence pour la vie sauvage ? 

L’urgence, pour le respect de la vie sauvage, c’est la mise en réserve d’espaces privilégiés. On ne protège les espèces que si on protège leur territoire. Une priorité : la préservation ou la replantation des haies. Et la conservation des mares.

Vous disparaissez demain, quel message laissez-vous ? 

Je souhaiterais que les Français élèvent moins de chiens et de chats de compagnie, qui n’ont plus de rôle utile. Surtout les chats, qui sont de redoutables prédateurs de la petite faune, alors même qu’ils ont des croquettes à volonté. Sans parler des oiseaux en cage, alors que leur vocation est de voler librement.

Cet article a été publié sur le site Faune Sauvage (cliquez ici pour en lire la version intégrale).

 

Comment les écologues sont-ils affectés par la notion de services écosystémiques ?

La Société Française d’Écologie et d’Évolution (SFE2) vous propose ce regard de Lucas Brunet,  chercheur en sociologie à l’Université de Tampere (Finlande) :

Comment les écologues sont-ils affectés par une notion scientifique ?
Un compte-rendu émotionnel de la notion de services écosystémiques

par Lucas Brunet

Article édité et mis en ligne par Anne Teyssèdre (SFE2, JNE)

 

Quelques ‘services écologiques’ rendus par la forêt. Les tenants du concept soulignent qu’arbres et forêts stockent du carbone (freinant ainsi le changement climatique mondial, lié à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre), modèrent par leur évapotranspiration les variations du climat local, recyclent et purifient les eaux de surface, freinent l’érosion des terres, abritent et nourrissent insectes, champignons, oiseaux et mammifères (parmi d’autres organismes), peuvent fournir du bois et d’autres ressources matérielles aux humains, contribuent à leur bien-être et à leur créativité… (Cliché A. Teyssèdre)

Remontant jusqu’à Platon et réaffirmée par Descartes, la séparation des émotions et de la raison s’inscrit dans une longue tradition philosophique qui façonne notre compréhension de la science. Considérées comme irrationnelles, intuitives, impulsives et subjectives, les émotions seraient incompatibles avec une pratique scientifique supposée logique, objective et impersonnelle. Pourtant, l’engagement des écologues dans la protection de la nature contraste avec l’image du scientifique froid et dépassionné. À la lumière de leur amour de la nature ou de leur désespoir face aux dégradations environnementales, on ne peut pas sérieusement considérer que les écologues ne sont pas affectés par leurs recherches.

Des auteures féministes démontrent que l’opposition entre émotion et raison constitue une stratégie pour marginaliser certaines formes de savoir, en particulier celui de groupes dominés comme c’est le cas des femmes[1]. Elles invitent à documenter l’entremêlement entre raison et émotion, et la manière dont les deux fonctionnent conjointement. Cette position a aussi été soutenue par le neurobiologiste Antonio Damasio (1994), qui a montré l’interdépendance entre les circuits neuronaux mobilisés par les émotions et par la raison.

Pour lire la suite de ce texte en ligne et éventuellement participer au débat qui suit, cliquez ici sur le site de la Société française d’écologie et d’évolution.

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Peut-on exploiter durablement les forêts tropicales ? L’exemple de Deramakot (Bornéo)

Bornéo, à l’est de la péninsule malaise, fait partie des grandes îles de la Sonde. L’île couvre 752 000 km². Elle est baignée par la mer de Chine méridionale au nord-ouest et, en tournant dans le sens des aiguilles d’une montre, par la mer de Sulu, la mer de Célèbes, le détroit de Macassar et la mer de Java.

par Annik Schnitzler

A Bornéo, une gestion durable de la forêt ? – photo Annik Schnitzler

L’île est divisée en trois nations. Les deux tiers appartiennent à l’Indonésie (Kalimantan). Le Sarawak et le Sabah, situés respectivement sur la côte nord-ouest et à la pointe nord de l’île, et que sépare les deux enclaves du sultanat de Brunei, ont été rattachés à la Malaisie en 1963.

Bornéo est célèbre pour sa biodiversité spectaculaire, mais aussi pour les scandales qui s’y déroulent depuis plus de 30 ans suite à l’expansion foudroyante des plantations de palmiers à huile au détriment de la forêt tropicale primaire. La Malaisie est en effet connue pour connaître les taux de déforestation les plus élevés au monde, sans état d’âme pour la destinée des ethnies qui y vivent. Elle est aussi connue pour inclure la plus grande proportion d’animaux en danger d’extinction (21 à 100 % d’extinctions de mammifères programmées d’ici 2100). En 2000, la disparition brutale dans la jungle de Sarawak de Bruno Manser, activiste écologiste suisse et défenseur des droits du peuple pénan de cette région malaise, a secoué le monde entier.

L’humanité a beaucoup à perdre dans cette exploitation inconsidérée des richesses naturelles de Bornéo, mais aussi de l’ensemble biogéographique de l‘écozone indomalaise, le Sundaland, qui inclut la péninsule malaise et les îles actuelles de Bornéo, Java, Bali, Sumatra. C’est en effet dans cette partie du monde qu’ont émergé les Angiospermes ou plantes à fleur, à la fin de l’ère secondaire. La diversité génétique et spécifique y est donc très élevée. Par ailleurs, la situation unique au monde du Sundaland, près de l’équateur et à proximité du continent asiatique, explique le haut niveau de diversité des forêts malaises, aussi élevé que ceux de grands continents, comme l’Afrique centrale ou l’Amérique du Sud.

En effet, au cours des trois derniers millions d’années, le Sundaland a été séparé au moins une trentaine de fois du continent, au gré des oscillations climatiques et des variations des niveaux des mers. Au plus fort des froids quaternaires, il y a 800 000 ans, le Sundaland ne formait qu’une seule masse continentale par abaissement du niveau de la mer, essentiellement couverte de savanes. Les grands mammifères parcouraient librement l’ensemble de cette immense masse de 2 millions de km². Quelques forêts denses de Diptérocarpacées subsistaient dans le nord et l’ouest : ce fait est très important car cela signifie que les forêts de Bornéo (Sabah et Kalimanta) comptent parmi les forêts tropicales les plus anciennes au monde. Ces forêts reprenaient de l’importance au cours des remontées des eaux, qui isolaient aussi les différentes îles, subissant à chaque événement des événements de spéciations couplés à des extinctions locales.

La fin de la dernière glaciation a été fatale pour un certain nombre de grands animaux. Ainsi, le tigre a disparu de Bornéo ; d’autres mammifères ont survécu dans certaines îles assez grandes en réduisant leur taille, comme le rhinocéros ou l’éléphant. Les orang-outans n’ont survécu qu’à Sumatra et à Bornéo, formant deux sous-espèces différentes.

Un saccage programmé des forêts

A Bornéo, les plantations de palmiers à huile ont connu depuis plus de 30 ans une expansion foudroyante au détriment de la forêt tropicale primaire – photo Annik Schnitzler

Depuis quelques décennies, les grands mammifères de Bornéo sont gravement menacés par la déforestation massive qui atteint presque toute l’île. Un documentaire long métrage, intitulé Le cas Bornéo, produit par Eric Pauser et Dylan Williams, et présenté le 17 novembre 2018 à Metz, dénonce le réseau de corruption qui en est responsable, s’étendant de l’élite dirigeante malaise jusqu’aux banques suisses. En découle une baisse catastrophique des populations endémiques d’orang-outans (plus de 50 % depuis 1999), particulièrement touchés en raison de leur grande vulnérabilité : grande corpulence, lenteur de la reproduction (6 à 9 ans), exigences trophiques. Il en est de même pour le rhinocéros de Bornéo, éteint récemment. Autre espèce devenue rare, l’éléphant, qui vit à Bornéo en faible nombre au nord. Il souffre de perte d’habitats par l’expansion des plantations de palmiers à huile, suivie de fragmentation des milieux forestiers et d’activités humaines dans les plantations d’huile de palme. Leur origine est cependant controversée car aucun ossement d’éléphant n’a été trouvé dans les gisements fossiles. Ils pourraient provenir d’une souche éteinte de Java, transportée par l’homme à Bornéo au cours du XIVe siècle.

La visite à Deramakot, dans l’Etat de Sabah

Le but de ce voyage était de découvrir la faune prestigieuse de Bornéo, des primates à la panthère nébuleuse et au calao rhinocéros. Le choix du guide a été la réserve de Deramakok (05°22′N, 117°25′E, altitude de 30 à 330 m), située dans l’Etat de Sabah. Cette réserve rassemble en effet un certain nombre d’atouts : une large surface forestière de 55 000 hectares située dans un ensemble protégé de plus d’un million d’hectares, comptant notamment le Parc national de la Danum Valley. Deramakot reste une forêt exploitée, mais elle est labellisée (label international FSC par le Sabah Forestry Department) sur 51 000 hectares, 4000 hectares étant protégés. La chasse y est totalement interdite. Elle est considérée comme l’une des plus riches en faune de Bornéo.

En effet, grâce à l’œil d’aigle de notre guide pisteur, qui nous a fait parcourir en 4×4 ouvert l’unique route de 60 km qui traverse la forêt, jour et nuit, nous avons pu voir une large gamme de mammifères, d’oiseaux, de reptiles et d’insectes. La technique pour voir et photographier la faune la nuit est celle du « spotteur », qui consiste à balayer sans arrêt les abords de la route forestière avec une lampe très puissante.

L’espèce phare a été d’observer l’orang-outan en liberté, et non pas comme pour la plupart des touristes, en centre d’acclimatation. Ils sont relativement nombreux ici : 700 environ. Des femelles et leurs petits y ont été régulièrement et longuement observés. Un mâle nous a même fait la faveur de lancer un long appel. Intéressants à observer aussi sont leurs nids d’abri pour la nuit. D’autres primates ont été observés le long de la rivière Kinabatangan, en petits groupes qui ne se mélangeaient pas.

Nasique – photo Bruno Trédez

Sur les arbres en bordure de la rivière (en crue suite à de fortes pluies, puis en décrue rapide) : les nasiques au nez impressionnant et les langurs. Les macaques crabiers se limitent aux arbres plus en bord de rive. Près du village, les gibbons de Müller nous saluaient tous les matins avec un chant mélodieux dès 4 h 30. Le loris lent (Nycticebus coucang), curieux petit primate brun, a aussi été observé.

Colugo – photo Bruno Trédez

Le colugo (famille des Dermoptères), est un petit animal de la taille d’un écureuil, plutôt lent, et pourvu d’une membrane qui lui permet de voler. Dans les arbres toujours, une espèce de Viverridé rare, le binturong, et la roussette de Malaisie, grande chauve-souris. Tous deux consommant les fruits nombreux sur les branches ou les troncs.

Chevrotain – photo Bruno Trédez

A terre, une belle rencontre aussi a été le chat du Bengale, la présence de plusieurs cerfs sambar, et deux espèces de chevrotains, le petit kanchil de Java (ou chevrotain malais) et le chevrotain napu. Tous deux au bord de la piste, qui comptent parmi les plus petits mammifères ruminants de la planète. D’autres espèces discrètes présentes dans la forêt ont laissé quelques traces de leur présence, comme l’ours malais (traces sur la route, traces de griffes sur les troncs), ou l’éléphant. Sa présence est aisée à détecter par les nombreuses déjections odorantes laissées sur le chemin. Nous en avons fait fuir quelques uns, et avons entendu leur barrissement de protestation.

Quant aux oiseaux, une centaine a été observée, dont certains ont des couleurs magnifiques, comme le faisan noble et surtout le calao rhinocéros. Quelques serpents toxiques ont traversé le chemin la nuit : le cobra royal (Ophiophagus hannah) ; deux espèces de vipères (Tropidolaemus subannulatus et Boiga cynodon)… Enfin, le spectacle de quelques papillons de très grande taille, comme la nymphe des arbres Idea stolli (15 cm de large) ou Troides amphrysus d’un jaune vif, est inoubliable. La diversité se nichait aussi dans la salle qui nous servait de restaurant et de repos, très proche de la forêt, qui accueillait notamment des coléoptères tout aussi spectaculaires par leur taille.

Mais la forêt tropicale est également riche de bruits, qui évoluent de l’aube au crépuscule. Amphibiens et insectes en sont les auteurs principaux. Le chant le plus extraordinaire a été selon moi celui de la cigale de 6 heures (Pomponia merula), extraordinaire par sa puissance : il commence vers 17 h 15 et s’arrête vers 18 h. Il commence par un grincement decrescendo, suivi de gémissements sonores qui donnent l’impression d’être entouré de spectres. Vous pouvez l’écouter ci-dessous.

Concernant les plantes, nous avons pu admirer l’extraordinaire plante carnivore des marais, dénommé Nepenthes, qui comporte une urne d’une longueur de plusieurs centimètres.

Une sylviculture discutable

Sur les murs de la salle étaient étalés les principes de la gestion sylvicole pratiquée dans cette forêt jugée compatible avec la protection de la nature. Depuis 1997, l’exploitation du bois à Deramakot rentre dans les directives d’une certification, mais déjà en 1993, le département de foresterie de Sabah (SFD) avait adopté les techniques de prélèvement de bois réduits (RIL, Reduced Impact Logging) Le but est minimiser les dommages faits aux sols et à la production d’eau de qualité lors des prélèvements de bois. qui doit servir de modèle de référence pour une mise en place de cette technique dans les forêts productives. La forêt est découpée en 135 parcelles (entre 300 et 600 hectares par parcelle). Chaque année, deux à trois de ces parcelles sont exploitées et environ 2000 arbres sont abattus. Les parcelles sont donc exploitées tous les 40 ans environ. Après l’opération sylvicole, on reconnecte les drains, on supprime les ponts et on remodèle les zones d’atterrissage.

Les retombées de cette sylviculture semblent positives : le nombre d’espèces d’arbres est similaire dans les forêts non touchées, soit 1200 espèces d’arbres, 149 espèces de mammifères et 220 espèces d’oiseaux ,quoique le nombre de mammifères globalement décroit de 149 à 119 et celui d’oiseaux à 160. Ce nombre augmente à nouveau après 40 ans d’abandon. Globalement donc, la formule adoptée par la foresterie conserve le nombre total d’espèces, à la différence des autres types d’usages. Ainsi, après brulis, puis reconquête végétale, le nombre d’arbres n’est plus de 80 et le nombre de mammifères de 42, oiseaux à 60 espèces. Pour bien convaincre, panneaux et livres soulignent que dans la conversion forêt primaire/plantation en huile de palme, il ne resterait plus qu’une seule espèce d’arbre et 8 mammifères et 12 espèces d’oiseaux.

Cette situation qui semble parfaite à première vue l’est beaucoup moins quand on parcourt la route de la réserve. Nulle part on ne trouve de canopée dense et fermée, si typique des forêts tropicales. Les trouées y sont si nombreuses qu’elles sont la norme : quelques bouquets de gigantesques Diptérocarpacées du genre Shorea pour l’essentiel, de plus de 80 mètres de hauteur, témoignent de l’ancienne splendeur de cet écosystème unique, et rappelons-le, un des plus anciens de la planète. La rareté des très gros arbres prive certains mammifères d’habitat pour y nicher, comme les écureuils volants et les calaos, et les épiphytes, espèces végétales vivant sur les branches, d’y vivre. En revanche, d’autres plantes héliophiles prospèrent, comme diverses espèces de lianes, les bananiers ou le gingembre, qui offrent du nectar et des fruits à qui veut. Par ailleurs, les pistes sont très larges, entaillant profondément les collines. Elles ne disparaissent pas en 40 ans, on en voit les traces très nettes dans les pistes secondaires. Le spectacle est aussi souvent désolant, lorsque ces routes sont parsemées de très gros bois fraîchement coupés.

En fait, il est probable qu’ il n’existe aucune gestion durable au sens moderne du terme, en dehors de celle effectuée par les populations locales d’un passé récent. La biodiversité y est trop fragile parce que les espèces sont puissamment interconnectées, et très vulnérables aux changements occasionnés par les coupes. Les données fournies par les écologues sont sans doute à mesurer à plus large échelle de temps. L’impression qui se dégage est que tout cela n’est que de la poudre aux yeux, pour continuer à faire de l’argent sous couvert de protection, pour encore faire plus d’argent en attirant les touristes intéressés par la nature. A ce sujet, l’approche par la technique du spotteur, soulève quelques questions. On peut en effet se demander si le balayage constant par la lampe, effectuée tous les soirs par plusieurs groupes, n’est pas néfaste pour la faune, rien qu’en désignant aux prédateurs des proies qui souhaitent rester discrètes.

La grotte de Gomantong

Une visite aux grottes de Gomantong a clôturé ce voyage. Je rêvais de voir l’écosystème étrange de grottes calcaires. Celle du site de Gomantong est la plus large de Sabah. Pour l’atteindre, il faut traverser une petite forêt dense habitée par le langur rouge (nous y avons vu une femelle et son petit, un superbe moment !).

La grotte produit la plus grande quantité de nids comestibles d’hirondelles (4 espèces) qui vivent sous les voûtes de la grotte. Leur sonar leur permet, comme les chauves souris, de se repérer dans la grotte. Mais le plus extraordinaire est l’importance de ces colonies de chauve-souris (7 espèces sont répertoriées dans les grottes de Sabah) accrochées au vaste plafond. Leurs déjections alimentent tout un écosystème de coléoptères coprophages, parmi lesquelles de gigantesques blattes, qui grouillent à terre, sur les murs et sur les rambardes du sentier en bois qui parcourt la grotte. Il existe aussi de crabes spécialisés dans la consommation des déjections dans les écoulements d’eau permanents. Nous y avons vu des rats, mais bien d’autres espèces (serpents, araignées, scorpions, lézards) habitent la grotte même, pour s’y nourrir ou s’y reproduire. Un écosystème d’une incroyable complexité, qui se poursuit en dehors de la grotte, lorsque les chauves-souris qui quittent la grotte le soir sont attaquées par le faucon des chauves-souris ou d’autres rapaces.

Les touristes arrivent par cars entiers voir ce phénomène de prédation, mais peu s’aventurent dans la grotte elle-même : le noir, l’odeur forte, la présence grouillante d’animaux peu attractifs, semblent les répugner. Dommage, car non seulement cette grotte est l’exemple d’un écosystème d’une incroyable complexité et diversité, mais elle est aussi très bien expliquée par de grands panneaux à l’entrée.

Un beau voyage, certes, dans une nature qui m’a longtemps fait rêver. Qui laisse peut-être plus que tout autre, le sentiment d’une immense fragilité face à l’évolution de sociétés actuelles.

Quelques références

Wich S.A, Meijaard E., Marshall A.J., Husson S., et al. 2008 Distribution and conservation status of the orang-utan (Pongo spp.) on Borneo and Sumatra: how many remain? 2008 Fauna & Flora International, Oryx, 42(3), 329–339

Mohamedi A., Samejima H., Wiltin A. 2009 Records of five Bornean cat species from Deramakot Forest Reserve in Sabah, Malaysia CATnews 51.

Piper P.J., Cranbook E, Rabett R.J. Confirmation of the presence of the tiger Panthera tigris (L.) in Late Pleistocene and Holocene Borneo. Malayan Nature Journal 2007 59, 3, 259-267.

Philips field guide to the mammals of Borneo. 1998. John Beaufoy Publishing.

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Le décès de Roger Cans, grande figure du journalisme de nature et d’écologie en France


Notre ami Roger Cans, grande figure du journalisme de nature et d’écologie en France et pilier de notre association dont il fut pendant plusieurs années le secrétaire général, nous a quittés dans la nuit de mardi 27 au mercredi 28 novembre 2018.

par Carine Mayo

Roger Cans lors du congrès des JNE dans les Vosges en 2017 © Carine Mayo


Ancien journaliste au Monde (1) où il avait succédé à Marc Ambroise-Rendu à la rubrique environnement de 1983 à 1996, Roger Cans s’était fait connaître par ses livres sur les figures pionnières de l’écologie : Cousteau : Captain Planet (éd. Sang de la Terre), Tazieff : le joueur de feu (éd. Sang de la Terre), Théodore Monod : savant tout terrain (éd. Sang de la Terre) et par ses livres sur l’eau, La bataille de l’eau (Le Monde) et La ruée vers l’eau (Gallimard). D’une grande culture, il était passionné d’histoire et avait raconté la naissance du mouvement écologiste dans son ouvrage Petite histoire du mouvement écolo en France (Delachaux & Niestlé).

Roger était aussi un naturaliste accompli, amoureux de la forêt, qui rendait hommage aux animaux défunts en les immortalisant à travers ses peintures réunies dans un livre Nature(s) Morte(s), édité aux éditions Grandvaux avec le concours de Catherine et Bernard Desjeux et préfacé par Allain Bougrain Dubourg.

Au sein des JNE, il fut un membre actif, devenant secrétaire général dans les années 2010 et participant à de nombreux voyages dont il se faisait le conteur sur notre site. Que d’anecdotes et de rires partagés avec lui ! Avant que la maladie ne gagne du terrain, il avait retranscrit sous forme numérique ses carnets de notes des voyages JNE au Brésil, à Tchernobyl, en Sibérie, en Guyane… Son grand regret était de penser qu’il ne serait pas là pour fêter avec nous les 50 ans de notre association en 2019. Il va nous manquer, mais son souvenir et ses écrits nous accompagneront pendant cette année particulière pour l’histoire de notre association.

Ses obsèques ont eu lieu lundi matin 3 décembre 2018 dans sa commune de Saint-Jean-de-la-Motte dans la Sarthe. Vous trouverez ici le faire-part réalisé grâce au concours de Catherine et Bernard Desjeux.

Nous adressons toutes nos condoléances à sa femme Chantal, qui a également beaucoup oeuvré pour notre association, à sa famille et à ses proches.

(1) Lire ici l’hommage rendu par Benoît Hopquin sur le site du Monde. Tous les hommages des JNE sont également bienvenus.

 

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Quel avenir pour le grand tétras dans le massif vosgien ?

Quel avenir pour le grand tétras dans le massif vosgien ? C’est pour répondre à cette question que le conseil scientifique du Parc naturel régional des Ballons des Vosges a réuni une trentaine d’experts et de personnes concernées par le grand tétras le 13 novembre 2018 à Strasbourg.

par Jean-Claude Génot

Grand tétras – photo Igor Byshnev

Le dernier colloque consacré à l’espèce s’étant déroulé en 2000, il y avait donc nécessité de refaire un point sur une espèce classée « en danger critique » dans le livre rouge des espèces menacées en Alsace, qui a subi une régression de 75 % de ses effectifs dans les trente dernières années ; l’actuelle population de grand tétras étant surtout cantonnée sur le versant lorrain du massif vosgien. Un membre du conseil scientifique a d’ailleurs présenté les conclusions de ce colloque de l’année 2000. Les facteurs de déclin identifiés alors étaient la régression des habitats, le dérangement, le changement climatique et la prédation. Les gens pensaient que la tempête Lothar de décembre 1999 serait favorable au grand tétras sur le plan de la disponibilité alimentaire, mais en fait elle a renversé de très nombreux vieux arbres et les stades âgés des forêts vosgiennes, habitats très favorables au grand tétras, ont régressé.

Françoise Preiss du Groupe Tétras Vosges (GTV), association chargée de suivre l’espèce, a indiqué que la population actuelle est d’une centaine d’oiseaux, dont un peu moins de 50 coqs chanteurs (données de 2015), répartie sur une zone de 12 400 ha. Le GTV a souligné que, malgré des habitats favorables, le dérangement reste important, notamment hors sentiers. Une étude génétique des grands tétras vosgiens a montré que leur diversité génétique était la plus faible comparée à celle des populations du Jura, des Cévennes et des Pyrénées. Cette étude a également montré que certains individus sont capables d’effectuer des grands déplacements (supérieurs à 10 km), ce qui présente un risque de dépense énergétique, mais permet un flux génétique dans une population en régression qui en a bien besoin. Mais ces déplacements sont-ils liés à la biologie de l’espèce, sachant que le grand tétras est sédentaire, ou sont-ils dus de la fragmentation des habitats vosgiens ? Concernant l’influence du changement climatique, il semblerait que certains coqs aient avancé leur date de chant et de reproduction, montrant ainsi une certaine adaptation.

Place de chant abandonnée par le grand tétras dans les Vosges centrales _ photo Jean-Claude Génot

Sur le plan de la protection de l’espèce, beaucoup a été fait au travers des documents d’objectifs Natura 2000, de la directive tétras de l’ONF pour les forêts publiques et d’un programme Life. A ce jour, le quart des forêts du Parc naturel régional des Ballons des Vosges (51 000 ha) a fait l’objet de mesures favorables visant à conserver des îlots de vieux arbres, des très gros arbres dans chaque parcelle et à gérer des forêts en futaie irrégulière avec des diamètres d’exploitabilité supérieurs à ceux utilisés dans les forêts de production sans grand tétras. Des peuplements forestiers ont été inscrits en parquets d’attente, sorte de moratoire sur les coupes pendant une période d’aménagement (15 à 20 ans). Enfin, les forêts ne sont plus rajeunies sur de grandes surfaces depuis 2000. Le Parc a fait un état des lieux sur les 130 000 ha de hêtraie sapinière qui constitue la matrice forestière dans laquelle sont répartis les noyaux à grand tétras. Depuis 2000, les très gros arbres (de plus de 70 cm de diamètre) sont en augmentation. L’habitat s’est amélioré avec toutefois un bémol, celui des densités d’ongulés sauvages : sangliers et cerfs. L’agrainage des sangliers au-dessus de 800 m d’altitude entraîne une augmentation des populations, d’où des risques de prédation sur les nids du grand tétras. De même les densités élevées de cerfs ont un impact sur la régénération du sapin qui joue un grand rôle dans l’habitat du grand tétras. Le cerf réduit l’alimentation herbacée du grand tétras et le prive d’une strate protectrice vis-à-vis des prédateurs (renards, martres). Cela a été confirmé par Jean-Louis Martin, chercheur au Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive du CNRS à Montpellier. Ses travaux, menés au Canada sur des îles sans cervidés et avec, montrent à quel point une forte densité de cervidés réduit fortement la diversité des plantes et, par effet en cascade, la diversité des insectes et des oiseaux. Enfin, la fréquentation humaine du massif vosgien s’est densifiée et les zones les plus attractives pour les usagers correspondent exactement aux biotopes des grands tétras.

En ce qui concerne l’influence du réchauffement climatique sur une telle espèce, boréo-montagnarde, Frédéric Jiguet du Muséum National d’Histoire Naturelle a présenté une modélisation de la distribution du grand tétras en fonction des scénarios climatiques. Si l’on en restait à une température moyenne de + 2° C en 2100, le grand tétras verrait son aire de répartition se rétracter en Scandinavie. Mais le spécialiste a rassuré les participants en affirmant que tous ces modèles sont faux, ce qui ne les empêchent pas d’être utiles. En effet un oiseau peut très bien changer sa biologie pour s’adapter à l’intérieur de son aire de répartition actuelle, mais pour notre oiseau des montagnes et des latitudes nordiques, il est permis d’en douter. Des sécheresses estivales et automnales dans le massif vosgien pourraient avoir un impact négatif sur la croissance des plantes dont se nourrit le grand tétras. Mais il existe bien des grands tétras adaptés à des climats plus méridionaux au sud de la Sierra Cantabrique en Espagne dans des forêts de chênes. Enfin, une chose importante à souligner est le fait que les espèces s’adaptent mieux aux changements climatiques dans les aires protégées qu’en dehors car en zone de protection, elles n’ont que le problème du climat à affronter.

La question des renforcements de populations à partir d’oiseaux d’élevage ou d’oiseaux sauvages a été abordée au travers de l’expérience du Parc national des Cévennes qui a lâché 600 grands tétras d’élevage entre 1978 et 1994 avec un taux de survie situé entre 23 et 60 % pour les mâles et 16 à 50 % pour les femelles. Entre 2002 et 2005, 43 oiseaux provenant d’un élevage autrichien ont été lâchés et seules 3 poules ont survécu ! Malgré ces résultats plus que mitigés, une expertise rendue par les spécialistes français du grand tétras (Bernard Leclerc, Emmanuel Ménoni et Marc Montadert) a estimé que les résultats étaient positifs au niveau de la survie des oiseaux, alors que le Parc souhaitait mettre un terme à ce projet. Il y a encore des habitats favorables dans le Parc et également sur les hauteurs de la Margeride et un renforcement serait possible, cette fois à partir d’oiseaux sauvages issus de la population pyrénéenne, estimée à 5 à 6 000 oiseaux par Emmanuel Ménoni de l’ONCFS.

Les énormes difficultés pour réintroduire le grand tétras dans la nature (à ce jour un seul projet a réussi en Ecosse) ne semblent pas inquiéter le Parc naturel régional des Monts d’Ardèche qui veut se lancer dans l’aventure. Le débat entre ceux qui veulent un renforcement de la population et ceux qui misent sur l’habitat n’est pas que technique. En effet derrière chaque option se cache une conception du rôle de l’homme dans la nature et de son degré d’intervention. Le sociologue Guillaume Christen de l’université de Strasbourg a abordé ce sujet en évoquant la part d’autonomie laissée à la nature. En effet ce qui compte, comme l’aurait dit François Terrasson, ce n’est pas d’avoir des grands tétras mais c’est qu’ils soient sauvages. Trop souvent les lâchers sont accompagnés de l’élimination des prédateurs, ce qui pose des questions éthiques auxquels les conversationnistes ne doivent pas se soustraire. Mais les gens qui veulent agir pour améliorer l’habitat ne sont pas exempts de reproches sur le plan éthique avec la création de clairières artificielles et de couloirs d’envol, comme s’il fallait démontrer que le grand tétras a absolument besoin de l’homme.

Il n’y a pas eu de véritable conclusion à cette journée car il appartiendra au conseil scientifique du Parc naturel régional des Ballons des Vosges de proposer aux élus du Parc des recommandations pour la protection du grand tétras. Mais Christian Dronneau, chargé de mission de la Région Grand Est sur les questions de biodiversité, a rappelé en conclusion du débat que le grand tétras était un emblème des forêts naturelles sauvages du massif vosgien et un enjeu pour la trame verte intra-forestière qui vise à protéger les îlots de vieux arbres. Pour la Région, le grand tétras s’inscrit dans un programme intitulé « des forêts pour le grand tétras », soulignant l’importance des actions en faveur de l’habitat. Christian Dronneau a estimé que malgré tout ce qui a été fait, les résultats restent modestes en termes surfaciques. Et peut-être classe-t-on un peu vite certains habitats comme favorables en regardant la structure des forêts alors même que la diversité de leur strate herbacée laisse à désirer. Cela a d’ailleurs été souligné par Jean Poirot, représentant de France Nature Environnement, pour qui il manque un outil de mesure de la qualité de l’habitat pour le massif vosgien. Ce dernier a également proposé que les réserves biologiques domaniales créées pour le grand tétras (une quinzaine dans tout le massif) où l’espèce a disparu depuis parfois 15 à 20 ans, soient transformées en réserves intégrales et laissées en libre évolution. La balle est dans le camp de l’Etat, propriétaire des forêts domaniales, lui qui accorde très généreusement 1 % des forêts en libre évolution (îlots de sénescence et réserves intégrales) alors que l’Allemagne prévoit 10 %…

 

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Manifeste contre la géo-ingénierie

En 2001, l’Assemblée Générale des Nations Unies adoptait une résolution proclamant le 6 novembre ‘Journée internationale pour la prévention de l’exploitation de l’environnement en temps de guerre et de conflit armé’. Un bon timing pour présenter ce Manifeste, qui est paru jour pour jour 40 ans après l’entrée en vigueur de la Convention ENMOD.

Nous, organisations de la société civile, mouvements populaires, peuples autochtones, organisations paysannes, chercheurs et chercheuses, intellectuels, écrivains, écrivaines, travailleurs, travailleuses, artistes et autres citoyens concernés du monde entier, nous nous opposons à la géo-ingénierie en ce qu’elle est une proposition dangereuse, absolument inutile et injuste pour lutter contre le changement climatique.

Le terme ‘géo-ingénierie’ fait référence aux interventions technologiques destinées à atténuer certains symptômes du changement climatique en agissant à grande échelle sur les océans, les sols et l’atmosphère de la planète Terre. La géo-ingénierie perpétue les fausses croyances selon lesquelles le modèle industriel actuel de production et de consommation, injuste et dévastateur tant écologiquement que socialement, ne peut être transformé et que nous avons par conséquent besoin de solutions technologiques pour maîtriser ses effets. En réalité, les changements et transformations dont nous avons vraiment besoin pour affronter la crise climatique sont surtout d’ordre économique, politique et social.
Notre Terre-Mère est notre maison commune et son intégrité ne doit en aucun cas être violée par les expérimentations de la géo-ingénierie ou par la mise en œuvre de cette dernière.
Nous nous engageons à protéger la Terre Mère et à défendre nos droits, nos territoires et nos peuples contre toute tentative de mainmise sur le thermostat de la planète ou sur les cycles naturels vitaux des fonctions et écosystèmes de la planète.

Les écosystèmes sains, la diversité culturelle et biologique sont essentiels au bien-être de tous les peuples, de toutes les sociétés et de toutes les économies. La géo-ingénierie — qu’elle vise la terre, les océans ou encore l’atmosphère — menace, de par ses effets secondaires et impacts dévastateurs, les écosystèmes, la biodiversité et les communautés humaines.
Nous rejetons toute nouvelle stratégie des économies basées sur les carburants fossiles et rejetons également la géo-ingénierie en tant que tentative visant d’une part à maintenir un statu quo que l’on sait irrecevable et d’autre part à détourner l’attention des réductions d’émissions de gaz à effet de serre et des vraies solutions à la crise climatique
Les effets des projets de géo-ingénierie d’élimination du dioxyde de carbone (y compris les monocultures d’arbres et les plantations de biomasse à grande échelle) sont extrêmement nocifs pour la terre, l’eau, la biodiversité, la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance traditionnels. La capture et stockage du CO2 (CCS) vise à servir l’industrie des combustibles fossiles et à la perpétuer. De plus, la bio-énergie avec captage et stockage du carbone (BECCS) amplifierait énormément les plantations, disputant les terres nécessaires à la production alimentaire, menaçant la sécurité alimentaire et la biodiversité. D’autres techniques d’élimination du dioxyde de carbone, telles que la fertilisation des océans perturberaient la chaîne alimentaire marine et créeraient dans les océans des zones mortes, privées d’oxygène.
Les technologies de la géo-ingénierie risquent de bouleverser les équilibres météorologiques locaux et régionaux et de perturber encore plus le climat.
Leurs effets pourraient être catastrophiques pour certaines régions, en particulier en ce qui concerne la disponibilité des ressources en eau et la production alimentaire.
Des conflits régionaux et internationaux liés aux effets secondaires et aux impacts indésirables de ces technologies auront très probablement lieu.

La géo-ingénierie menace la paix et la sécurité mondiales.

Certaines technologies visant à manipuler le climat et les conditions météorologiques ont des origines militaires et pourraient très probablement être utilisées comme des armes.

Le déploiement des technologies de Gestion du rayonnement solaire (GRS) en particulier pourrait dépendre d’infrastructures militaires et entraîner de nouveaux déséquilibres géopolitiques (en termes de gagnants et de perdants) dans la course à la mainmise sur le thermostat de la Terre.

Nous nous unissons donc pour nous opposer aux expérimentations sur le terrain et au déploiement de ces technologies et appelons les organisations et les citoyens/citoyennes à se joindre à cette campagne.
Etant donné la gravité des risques que la géo-ingénierie fait peser sur la biodiversité, l’environnement et les modes de vie et moyens de subsistance, en particulier dans le cas des communautés autochtones et paysannes, nous exigeons :
– L’interdiction des expérimentations et du déploiement de la géo-ingénierie
– La création d’un système de gouvernance multilatéral des Nations Unies qui soit international, transparent, participatif et qui se charge de faire respecter ces interdictions. Le moratoire sur la géo-ingénierie de la Convention sur la Diversité Biologique et l’interdiction par le Protocole de Londres de la fertilisation des océans en sont des points de départ.
– La cessation immédiate de toutes les expériences prévues en plein air, y compris :
Le projet SCoPEx, une expérience visant à injecter des aérosols dans la stratosphère dans le cadre du programme de géo-ingénierie solaire de Harvard, prévu en 2018 en Arizona, tout près de la frontière mexicaine ;
L’expérience d’éclaircissement de nuages marins (The Marine Cloud Brightening Project prévue dans la baie de Monterey, en Californie ;
Le projet Ice911, qui vise à épandre des microbilles de verre sur la glace et la mer en Alaska ;
Les projets Oceaneos de fertilisation des océans au Chili et au Pérou ;
– La suspension de tous les projets de grande envergure et des financements de projets qui visent à capturer le CO2 avec des moyens technologiques et à le séquestrer dans des formations géologiques et/ou dans les océans, et/ou à l’utiliser pour la récupération assistée du pétrole et/ou d’autres applications industrielles telles que la capture et stockage du CO2 (CCS), les technologies de bioénergie avec capture et stockage du CO2 (Bio-Energy with Carbon Capture and Storage ou BECCS et de capture directe de CO2 dans l’air (Direct Air Capture). La suspension de toutes les monocultures à grande échelle ;
– Le refus de tout financement public pour ce type de projet ;
– La reconnaissance des modes de vie et cosmovisions des peuples autochtones, y compris le droit de libre détermination à défendre leurs communautés, les écosystèmes et la vie dans son ensemble contre les techniques et pratiques de la géo-ingénierie qui violent les lois naturelles, les principes créatifs et l’intégrité territoriale de la Terre Mère et du Père Ciel.
– La mise en place et le respect du droit du droit des peuples autochtones et des communautés locales à un consentement libre, préalable et en connaissance de cause pour toute expérience ou projet de géo-ingénierie.
– Le respect des droits des paysans, des terres et des territoires, qui passe par le fait de reconnaître que leurs moyens de subsistance — y compris ceux des peuples autochtones, des communautés habitant les forêts, des bergers et pêcheurs artisanaux — constituent une source vitale d’alimentation pour la majorité de la population mondiale, qu’ils ouvrent la voie à la souveraineté alimentaire et contribuent à atténuer les émissions de gaz à effet de serre et à récupérer les sols et les écosystèmes. Leurs terres sont particulièrement susceptibles d’être accaparées et exploitées pour le déploiement de la géo-ingénierie, et leur agriculture menacée par ses effets secondaires.
– Le soutien et le renforcement de recherches significatives pour définir des moyens justes, durables et transformateurs de limiter le réchauffement planétaire à 1,5° C, en envisageant sérieusement des modèles et des scénarios différents à ceux utilisés actuellement dans les négociations sur le climat et en incluant aux débats et à la prise de décisions d’autres types de savoirs et d’expériences — y compris les savoirs des peuples autochtones et les propositions des mouvements paysans.
– Les communautés, les activistes et les chercheurs du monde entier construisent et développent actuellement les éléments constitutifs de chemins transformateurs et fondés sur la justice qui nous mèneraient vers un monde où le réchauffement global ne dépasserait pas les 1,5° C. Les solutions seront multiples, diverses et soucieuses des contextes locaux et régionaux. Elles incluent l’élimination des infrastructures de combustibles fossiles — non seulement du charbon, mais aussi du pétrole et du gaz — ; l’expansion d’une démocratie énergétique alimentée par les énergies renouvelables éolienne et solaire ; la réduction de la consommation globale d’énergie et de matériaux ; une transition juste pour les travailleurs et vers une économie féministe et régénératrice ; le soutien à l’agro-écologie paysanne et à la souveraineté alimentaire pour la justice climatique au sein du système alimentaire ; la restauration ample mais soignée des écosystèmes vitaux de la planète, et des forêts avant tout.
Tout cela en intégrant et en respectant les droits des peuples autochtones et des communautés locales. La justice climatique ne sera possible que si nous nous basons sur des solutions respectueuses de l’environnement et justes socialement, plutôt que sur des rafistolages technologiques très risqués qui font le jeu des pollueurs, des industries extractives et du complexe militaro-sécuritaire.
Notre maison, nos terres et territoires ne sont pas un laboratoire de technologies de modification de l’environnement à échelle planétaire.
Nous disons donc à la géo-ingénierie : Bas les pattes !

Ne touchez pas à notre Mère la Terre !

Parmi les 23 Organisations internationales signataires
Alianza por la Biodiversidad en America Latina
Amigos de la Tierra de America Latina y el Caribe (ATALC)
Asian Peoples Movement on Debt and Development (APMDD)
Biofuelwatch
Climate Justice Alliance
Corporate Accountability International
Corporate Europe Observatory
ETC Group
Focus on Global South
Global Forest Coalition Grain

Parmi les ONG françaises :
ATTAC France
Sciences Citoyennes

Parmi les individus signataires (6 Prix Nobel alternatifs)
Vandana Shiva, Right Livelihood Award,
Ricardo Navarro, El Salvador, Goldman Environmental Prize
Pat Mooney, Canada, Right Livelihood Award,
Nnimmo Bassey, Nigeria, Right Livelihood Award,
João Pedro Stedile, MST, Brésil, Right Livelihood Award,
Fernando Funes, Cuba, Right Livelihood Award.

Ce manifeste a été d’abord publié sur le blog Athena 21, animé par Ben Cramer (JNE).

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Hommage au sociologue Serge Karsenty, dans les pas d’Ivan Illich

Survenu le 23 octobre dernier, le décès de Serge Karsenty, sociologue de la santé dont les travaux avaient été inspirés par la grande figure d’Ivan Illich, est passé tristement inaperçu.

Serge Karsenty, chargé de recherche honoraire CNRS sociologie

par Laurent Samuel

Chargé de recherche honoraire au CNRS, Serge Karsenty était âgé de 74 ans. Le Monde a publié un faire-part de sa famille (ci-dessous), mais n’a pas jugé utile à ce jour de lui consacrer une « nécro ».

Pourtant, Serge Karsenty avait publié en 1974 avec Jean-Pierre Dupuy un livre qui avait fait date : L’invasion pharmaceutique (éditions Seuil).

Cet ouvrage avait été inspiré par les théories sur la médecine d’Ivan Illich (1926-2002), penseur de l’écologie politique, exprimées dans de nombreux textes au début des années 1970, puis résumées dans Nemesis médicale (éditions Seuil), paru en 1975.

Résumé  de ce livre par l’auteur : « L’entreprise médicale menace la santé. La colonisation médicale de la vie quotidienne aliène les moyens de soins. Le monopole professionnel sur le savoir scientifique empêche son partage. Une structure sociale et politique destructrice trouve son alibi dans le pouvoir de combler ses victimes par des thérapies qu’elles ont appris à désirer. Le consommateur de soins devient impuissant à se guérir ou à guérir ses proches. Les partis de droite et de gauche rivalisent de zèle dans cette médicalisation de la vie, et bien des mouvements de libération avec eux. L’invasion médicale ne connaît pas de bornes. » 

Dans la foulée de cette réflexion de fond, Jean-Pïerre Dupuy et Serge Karsenty décortiquent les pratiques de l’industrie pharmaceutique. Résumé par les auteurs : « Pourquoi donc les médicaments sont-ils devenus les meilleurs alibis de notre médecine ? Parce que les malades demandent ce que les techniques médicales ne peuvent donner ; parce que les médecins ne savent plus comment démontrer leur désir d’efficacité ; parce que les laboratoires pharmaceutiques préfèrent se concurrencer dans la pseudo-innovation plutôt que de se risquer dans la vraie recherche. Dans ce système à trois acteurs, chacun est prisonnier de la solution que lui imposent tout à la fois les deux autres et des institutions sociales conservatrices. »

Au cours des années 1970, Serge Karsenty milite aux Amis de la Terre, avant d’être l’un des animateurs de la campagne présidentielle de Brice Lalonde en 1981.

Après avoir travaillé au CEREBE (Centre de recherche sur le bonheur), il entre au CNRS en 1978 comme chargé de recherche. Dès les années 1980, il se spécialise dans l’évaluation des politiques publiques sur les drogues et toxicomanies, publiant notamment en 1992 avec Albert Hirsch le Prix de la fumée (éditions Odile Jacob). Serge Karsenty avait reçu la Médaille d’honneur du CNRS le 22 janvier 2010. Depuis de nombreuses années, il exerçait ses activités à Nantes au sein de la Faculté de droit.

L’auteur de ces lignes l’avait revu pour la dernière fois en avril dernier, lors de la soirée organisée en mémoire de la défenseure des océans Nicole Aussedat (membre des JNE), avec laquelle Serge Karsenty avait travaillé lors de la campagne Lalonde en 1981. « A simple twist of fate » (un simple coup du destin), comme le chantait Bob Dylan.

On souhaitait par ce texte rendre hommage à un homme modeste, dévoué et chaleureux, et à un sociologue dont la réserve naturelle l’a empêché sans doute d’occuper un premier rôle que la qualité de ses travaux aurait mérité.

Toutes nos condoléances à sa famille, ses amis et ses collègues.

En conclusion, on vous présente l’un de ses derniers retweets.

 

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