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Catégorie ‘ACTUALITES’

Guillaume Pellerin : dernier pèlerinage pour le philosophe des plantes

Guillaume Pellerin s’est envolé le 20 août dernier. Il nous laisse à Vauville, dans la Manche, son « Jardin remarquable », un joyau de la Nature revisitée par l’homme.

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par Brigitte Bulard-Cordeau

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Guillaume Pellerin @ Editions Aquarelles

Les oiseaux continuent à voleter parmi les plantes exogènes dans ce paradis botanique, situé dans l’oasis subtropical du Cotentin. Ils aiment le « Bain d’oiseau » qui avait été construit en l’an 2000, rien que pour eux. Un bloc de granit monolithique, creusé finement dans son centre  pour recevoir l’eau de pluie et les graines en fonction des saisons. Guillaume Pellerin, architecte paysagiste, avec son épouse Cléophée de Turckheim, journaliste, ne respirait que par cette idée de partage… Du savoir-faire, de l’harmonie, de la beauté de la nature. Le Jardin Botanique de Vauville est ouvert au public en 1995.

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En plus d’une collection scientifique reconnue, il est inscrit à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1992 et classé Jardin Remarquable depuis 2004.

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Le Tour du Monde en 40 000 m2

Comme sa famille, qui, depuis trois générations, eut l’idée insolite et abracadabrante de faire pousser dans la Manche des plantes de tous pays, d’Afrique du Sud, de Tasmanie, de Madère, des Canaries, Guillaume Pellerin nous invite à faire le tour du monde en 40 mille mètres carrés.

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De la Palmeraie haute, qui surplombe la mer à moins de 200 m, au Chemin de la Découverte, entre les cèdres bleus et les eucalyptus, le parcours est stupéfiant. Au Jardin de la Sagesse, orné de Camélias sinensis, pivoines arborescentes et Phlomis fruticosa, les pierres signées « tolérance », « vérité », etc., invitent à la méditation, et c’est encore l’émerveillement au Chemin des Gunneras… Les plantes qui n’avaient aucune raison de pousser là, non loin des champs, des landes arides et rudes, sous les vents extrêmes de la Manche, sont luxuriantes. « On ne peut rien faire contre le sel, le vent… Avec le climat, les plantes ont appris à négocier », disait Guillaume Pellerin.

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Faire en sorte que des plantes de toutes origines parviennent à vivre ensemble nécessite une grande connaissance des techniques de la terre, une grande perception des mystères de l’univers, mais aussi la volonté d’une harmonie. C’est cette intelligence de la nature qui passionnait cet homme vert, habité par l’esprit d’ouverture aux autres. « La mixité végétale pourrait s’appliquer aux hommes de la même façon », déclarait Guillaume Pellerin, pacifique.

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Sa philosophie demeurera le tuteur invisible des innombrables plantes, venues d’ailleurs, épanouies, luxuriantes, éblouissantes, pour le bonheur des visiteurs, des oiseaux et autres individus en quête d’un paradis sur terre.

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https://www.youtube.com/watch?v=w-F1gfxUMjI

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www.jardin-vauville.fr

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50440 Vauville
02 33 10 00 00

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jbotvauville@wanadoo.fr

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Parc national de la Vanoise : je signe la Charte !

La Vanoise : une montagne de rêve… Des paysages sublimes, des glaciers, des lacs, une flore et une faune richissimes… L’écrivain et dessinateur Samivel  NDLR : qui était adhérent des JNE)  l’appelait « le grand jardin des Français » !

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par Yves Paccalet

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Parc national Vanoise

Parc national de la Vanoise @ Yves Paccalet

On vient l’admirer depuis l’autre bout de la Terre. Le Parc national de la Vanoise séduit et attire. Dans un contexte économique moins favorable à l’« or blanc » qui fait vivre la Tarentaise et la Maurienne, il apparaît comme un atout touristique irremplaçable. À condition d’être bien protégé – et c’est l’un des enjeux majeurs de cette rentrée.

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Le Parc de la Vanoise possède aujourd’hui sa Charte, telle que la prévoit la loi dite « Giran » de 2006. Il est le dernier à attendre que ses communes constitutives le votent : pour tous les autres parcs nationaux français, c’est fait, à une très large majorité.

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Le Conseil d’Administration du Parc national de la Vanoise a rédigé et adopté sa Charte, que le Premier ministre et la ministre de l’Écologie ont signé. Le texte est désormais opérationnel pour le « cœur de parc » (l’ancienne « zone centrale »), qui restera un haut lieu de nature protégée.

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Il faut, à présent, que les communes de l’« aire optimale d’adhésion » (l’ex-« zone périphérique ») signent à leur tour le document, afin de mettre en action la partie qui les concerne. Ces communes sont au nombre de 29. Leurs conseils municipaux ont deux mois (août et septembre 2015) pour voter le texte : « oui » ou « non », « favorable » ou « défavorable »…

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En 2012, le pré-projet de Charte avait été désavoué : 26 des 29 communes avaient répondu « non ». Depuis trois ans, un énorme travail de simplification, d’éclaircissement et d’amélioration a été accompli, en concertation étroite et permanente avec les élus locaux. La résistance de quelques-uns à la mise en application du document final devient irrationnelle et incompréhensible.

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Cette pétition s’adresse aux conseils municipaux (et, à travers eux, à la population) des 29 communes qui doivent se prononcer avant la fin septembre.

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OUI, je veux, OUI, nous voulons que vous signiez d’enthousiasme cette Charte, qui contribue à la fois à conserver la splendeur de la montagne et à bâtir, en Maurienne et en Tarentaise, une économie touristique soucieuse des quatre saisons, avec une agriculture vivante, dans le respect des équilibres de l’eau, des énergies et de la biodiversité…

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Nous, citoyens de la Savoie, de la France, de l’Europe et du monde, conscients de l’irremplaçable valeur du Parc national de la Vanoise ; soucieux de préserver ses richesses géologiques, aquatiques, botaniques et zoologiques, mais aussi humaines, culturelles et économiques ; désireux de garder, au-delà du « cœur de parc », une « zone optimale d’adhésion » vouée au développement d’un tourisme sage et durable, plutôt qu’au bétonnage et à la laideur…

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Nous, anciens ou nouveaux défenseurs du Parc national de la Vanoise, appelons nos concitoyens à se mobiliser et à peser sur les élus des municipalités concernées, afin que la Charte soit brillamment adoptée.

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Je vote POUR la Charte et je le fais savoir !

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Les 29 communes savoyardes de la « zone optimale d’adhésion », dont les conseils municipaux voteront avant le 30 septembre 2015, sont les suivantes :
En Maurienne : Aussois, Avrieux, Bessans, Bonneval-sur-Arc, Bramans, Lanslebourg,  Lanslevillard, Modane, Sollières-Sardières, Saint-André, Termignon, Villarodin-Bourget.
En Tarentaise : Bellentre, Bourg-Saint-Maurice, Bozel, Champagny-en-Vanoise, Landry, Les Allues, Montvalezan, Peisey-Nancroix, Le Planay, Pralognan-la-Vanosie, Séez, Saint-Bon-Tarentaise, Saint-Martin-de-Belleville, Sainte-Foy-Tarentaise, Tignes, Val d’Isère, Villaroger.

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Affirmons-leur que nous sommes POUR cette Charte, en signant la pétition ici !

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Somptueux cenotes : les « trous bleus » du Yucatan

De très nombreux gouffres aux eaux d’un bleu scintillant ont été répertoriés sur la planète, de l’Afrique du Sud et de Madagascar à l’Amérique (Bahamas, Cuba, Floride, Mexique, Canada), jusqu’en Australie et en Europe. Au Yucatan au Mexique, les trous bleus abondent dans la partie nord de la péninsule.

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par Annik Schnitzler

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On dit que la péninsule du Yucatan, longue plate forme calcaire située au sud-est de Mexico, est un lieu d’exception de la planète. Dans sa partie nord occidentale en effet, elle a été au plus près de la zone d’impact de la célèbre météorite qui a mis fin à l’ère des dinosaures il y a 65 millions d’années, mettant un terme à l’ère secondaire.

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C’est à ce bolide céleste qu’on attribue l’origine du gigantesque cratère de 85 km de diamètre partiellement enfoui sous 600 à 1000 m de sédiments, dans les profondeurs du golfe du Mexique à proximité du village côtier de Chicxulub. Dans sa partie terrestre, l’onde de choc a créé trois anneaux imbriqués les uns dans les autres, de diamètres allant jusqu’à 195 km. Ces structures périphériques du cratère ne sont plus vraiment visibles en surface, mais on en devine au moins l’une d’elle, car elle a été concrétisée au cours des temps géologiques par la création d’une quantité impressionnante de gouffres à ciel ouvert, creusé dans le substrat calcaire de la péninsule.

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Ces gouffres suivent exactement la ligne de courbe du deuxième anneau. Ils se sont formés par fracturation quelques millions d’années après l’impact, à la fin de la première moitié de l’ère tertiaire à la suite d’un affaissement localisé de la plate-forme calcaire du Yucatan. De ces fractures multiples sont ensuite nées en quelques millions d’années des réseaux de galeries et de grottes situées entre la surface et 120 m de profondeur par dissolution du calcaire.

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Une autre théorie place la formation de ce réseau au quaternaire, durant les variations eustatiques du niveau marin qui ont tour à tour fait émerger ou immerger la plate-forme calcaire du Yucatan. Dans le secteur de Tulum, en mer, la présence de nombreux canyons situés dans le prolongement des grands réseaux souterrains actuels, ainsi que la datation des concrétions (144 000 à 44 000 ans) confirmeraient plutôt cette dernière hypothèse.

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Cénote du Yucatan, près de Merida – photo Annik Schnitzler

Lorsque les gouffres ont la forme de puits verticaux ouverts à l’air libre, on les appelle trous bleus, ou localement cenotes. Ces cenotes ont des diamètres très variables, de 30 à 500 m. La plupart d’entre eux s’élargissent vers la base pour se prolonger par des conduits et des grottes. Le fond du cenote est généralement plus haut au centre que sur les bordures, en raison des chaos de blocs éboulés, qui parfois obstruent les galeries et isolent la cavité.

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Le réseau de galeries, grottes et gouffres reste encore bien mal connu et ne peut s’explorer qu’à l’aide de plongeurs professionnels, car il est en grande partie ennoyé dans la nappe phréatique de la péninsule. La présence de cette eau d’origine pluviale explique d’ailleurs l’étymologie du terme cenote, qui vient de l’ancien maya tz’onot qui signifie cavité avec de l’eau.

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L’eau des cenotes est souvent d’un bleu extraordinaire lié à sa composition chimique et la profondeur, mais elle devient turbide lorsque le cenote est déconnecté du réseau souterrain de galeries par des chutes de pierre. En bordure de mer, les eaux se déversent sur les côtes sous forme de sources sous-marines, qu’on peut deviner par les bulles éclatant à la surface de la mer.

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Le recensement des cenotes faite par le gouvernement du Yucatan a permis d’évaluer le nombre de cenotes et autres cavernes ennoyées à 2241 pour l’ensemble du réseau souterrain, mais ce chiffre est loin d’être définitif. Neuf cents cenotes font directement partie de l’anneau périphérique du cratère de Chicxulub.

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Les relations entre l’eau souterraine, affleurant dans les cenotes, et la forêt sus-jacente semblent n’avoir été guère étudiées. Tout au plus remarque-t-on la présence fréquente de racines de longueur démesurée plongeant dans les lacs souterrains à partir de l’orifice d’ouverture des gouffres, ou au travers des fissures de la paroi. Il est pourtant évident que sans ces relations avec l’eau souterraine, la forêt mixte (caduque/semi sempervirente) du Yucatan ne bénéficierait pas d’un couvert foliaire aussi dense et permanent.

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En effet, le climat de la péninsule est de type tropical sec, et caractérisé ici d’une longue période sans pluies, de novembre à mai. Durant la période pluvieuse, le Yucatan reçoit certes jusqu’à 1 500 mm dans certains secteurs, mais l’eau s’infiltre rapidement dans le réservoir karstique, éliminant toute possibilité de expliquant la quasi absence de cours d’eau de surface.

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Toutefois, l’aspect des forêts du nord du Yucatan est plutôt rabougri. La contrainte de sécheresse reste sans doute trop forte sans être suffisamment compensée par l’eau souterraine finalement peu accessible. Ou alors cette forêt, qui s’étend sur de très larges surfaces dans la péninsule, n’arrive plus à se reconstituer après des défrichements massifs, qui ont eu lieu ce dernier siècle. Elle n’en contient pas moins une faune intéressante, dont le jaguar ou le tamanoir, malheureusement souvent victimes de la circulation routière. Dans les zones du sud-ouest, à saison pluvieuse plus longue et substrat moins compact, les forêts atteignent de plus grandes dimensions et conservent sans doute un meilleur dynamisme de reconquête après déforestation. Mais en dépit de ces différences structurales, les forêts de la péninsule ont été regroupées dans la même région phytogéographique caribéenne-mésoaméricaine, commune entre Cuba et le sud de Mexico.

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J’ai visité plusieurs cenotes du Yucatan, de la pleine ville aux ruines archéologiques et aux sites les plus touristiques, entre Valladolid, Chichen Itza et la région de Tulum et jusque dans les zones rurales plus reculées et non touristiques du Quintana Roo. Leur faune est étonnante : elles abritent des populations d’hirondelles à front brun (Petrochelidon fulva) et plusieurs espèces de chauves souris dans la plupart d’entre elles, quoique l’influence humaine doit sans doute jouer en termes d’abondances et de diversité.

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En pleine ville, à Valladolid, j’ai pu observer un faucon (Falco rufigularis) spécialisé dans la chasse aux chauves-souris, en attente au-dessus du gouffre à la tombée de la nuit. Un autre prédateur, plus rare et que je n’ai pas pu voir, est le boa constrictor, qui attend, comme le faucon, la sortie vespérale des chauves souris pour les happer au passage. Ce boa frappe au hasard, s’aidant de la chaleur de leur corps qui leur permet de mieux viser.

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Un autre habitant est le mot-mot à sourcils bleus (Eumomota superciliosa), qui niche également dans les cenotes lorsqu’elles sont tranquilles. Le mot-mot est l’oiseau emblématique du Yucatan, sans doute en raison d’une extraordinaire beauté. Très coloré, il possède aussi une longue queue se terminant par des plumes bleu turquoise en forme de lyre, du plus bel effet lorsqu’elle les balance comme un pendule. Ce balancier lui a d’ailleurs valu le nom local de pájaro reloj ou oiseau montre. Le chant de cet oiseau est simple, mais l’écho qui s’en empare au fond du cenote en fait un son tout simplement magique. Le mot mot est farouche, il s’enfuit lorsqu’on pénètre dans la grotte. Toutefois, on peut aussi l’observer dans les forêts voisines, voire dans les villages.

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Au sein même des eaux des cenotes, la vie est également très active, et très variée en fonction du degré d’éclairement. Dans les cenotes ouverts et semi ouverts, le phytoplancton est à l’origine des réseaux trophiques. Dans l’obscurité, cette végétation aquatique disparaît et certains animaux (crustacés, poissons) s’y maintiennent grâce à quelques adaptations bien connues : dépigmentation, perte de la vue – au profit du développement de capteurs sensoriels. Dans les cenotes fermés, les organismes se nourrissent de matières organiques issues de la surface ou provenant de cavernicoles (guano de chauve-souris). Toutes ces adaptations ont abouti au développement d’espèces endémiques parmi les poissons ou les crustacés.

Forêt du Yucatan, vu d'un cenote

Forêt tropicale du Yucatan, vue de l’intérieur d’un cenote. On voit les racines des arbres des bordures plonger leurs racines dans le gouffre – Photo Annik Schnitzler

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Les cenotes sont d’une grande importance pour les populations humaines du Yucatan, soumises à un manque chronique d’eau. Du temps des anciens Mayas, les hommes descendaient au moyen d’échelles ou autres aménagements creusés à même le roc pour accéder à l’eau. Ces puits bleus étaient sacralisés, faisant l’objet de cérémonies en hommage aux dieux de ce monde souterrain.À Chichen-Itza, de jeunes vierges et des enfants étaient drogués, sacrifiés et jetés dans le Cenote Dzonot de 65 m de circonférence et profond d’une trentaine de mètres.

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Couleur bleue et concrétions calcaires font la célébrité actuelle des cenotes. Il est vrai qu’une nage dans les eaux turquoise au milieu des concrétions calcaire et autour des racines des plus grands arbres est tout simplement féerique. Cette nage est encore plus extraordinaire lorsque le cenote est difficile d’accès, peu fréquenté par l’homme car caché dans la végétation forestière, et qu’on y descend au moyen d’échelles rudimentaires. Le chant sourd du mot mot ajoute encore à la magie des lieux.

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En revanche, rien n’est plus rébarbatif que les cenotes proches des centres touristiques de masse, bétonnés et surfréquentés. Entre Tulum et Cancun, et dans les grandes villes, les cenotes sont en effet défigurées par des aménagements en béton, leur niveau de salinisation augmenté par l’utilisation de pompages intensifs pour l’alimentation en eau de ces villes. Dans les secteurs très peuplés, les eaux souffrent aussi de l’agriculture productiviste avec son cortège d’engrais chimiques, pesticides, insecticides, voire de résidus domestiques jetés sciemment. De nombreuses fosses septiques sont situées à l’aplomb des rivières souterraines ou de l’aquifère, de telle sorte que la contamination bactériologique consécutive pose de sérieux problèmes d’ordre sanitaire. Sur la côte Caraïbe, ce sont des réseaux entiers d’écoulements clandestins qui se déversent dans ces cavités.

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Les cenotes, et plus globalement tout le réseau karstique souterrain du Yucatan, l’un des plus vastes du monde, occupent une place à part dans les merveilles naturelles de la planète. Leur beauté et les ressources en eau sont appréciées à leur juste valeur depuis la venue de l’homme sur cette partie isolée du monde. Leur lien originel avec un événement géologique majeur de la Terre les rend encore plus précieux. Les cenotes méritent donc pleinement une gestion durable, incluant création de réserves naturelles et respect de leur biodiversité.

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Certes, il existe des réserves écologiques comme celle de Cuxtal au sud de Merida. Dans la même ligne d’idées, l’inclusion de l’anneau de cenotes dans la convention de Ramsar est à saluer. Toutefois, au vu de ce qui est dénoncé par certains géologues, leur protection est loin d’être assurée lorsqu’on la met au regard des appétits touristiques. En termes d’études scientifiques, il semblerait que les recherches soient également insuffisantes, tant sur les forêts qui en dépendent que sur les écosystèmes aquatiques.

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La somptuosité des cenotes et leur immense valeur culturelle font oublier qu’il existe d’autres merveilles naturelles et archéologiques nées des mêmes processus géologiques : ce sont les grottes sèches, dénommées localement rejolladas. Elles étaient également des lieux sacrés pour les anciens Mayas, qui y plantaient l’arbre qui fournit une boisson sacrée à base de cacao (Theobroma cacao),ramené d’Amérique centrale.

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Ces grottes sèches ont aussi servi d’abri et de culte à d’autres sociétés postérieures aux anciens Mayas. Certaines cavernes atteignent 60 m de profondeur et peuvent couvrir plusieurs kilomètres. Ainsi la grotte de Loltun près de Mérida, est longue de 2 km. De nombreux témoignages d’occupation humaine sous forme d’outils, pétroglyphes, peintures rupestres y ont été trouvés, qui montrent toutes les étapes de l’évolution des sociétés mayas. Le plus émouvant témoignage de cette présence humaine ancienne est une main en négatif, posée sur une paroi au fond d’une paroi, telle qu’on peut en voir souvent dans les grottes préhistoriques en Europe. Cette main a été datée de 10 000 ans, date des premiers millénaires de la colonisation humaine dans le Yucatan.

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Il y a mieux encore : en 2007, un squelette remarquablement conservé, trouvé en compagnie d’ossements de 26 mammifères, dont un tigre à dents de sabre, a été trouvé dans la grotte noyée de Hoyo Negro, près de Tulum dans le Quintana Roo, lors de l’exploration en plongée du réseau de grottes et galeries. L’analyse génétique de l’ADN d’une dent a déterminé son sexe, son âge lors de sa mort, la période à laquelle cette personne avait vécu, et son origine géographique. Il s’agit d’une femme décédée à l’âge de 15 ans et ayant vécu il y a 12 000 – 13 000 ans. A cette époque, le niveau marin était suffisamment bas pour que ce cenote ne soit pas totalement ennoyé. Ce squelette, le plus ancien connu pour l’Amérique, atteste de l’origine asiatique des Amérindiens, venus coloniser ce nouveau continent à partir du détroit de Béring. Décidément, les cenotes n’ont pas fini de nous étonner.

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Références

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Crespo M.B. 2001. A new approach on the bioclimatology and potential vegetation of the Yucatan Peninsula (Mexico). Phytocoenologia 31, 1, 1-31.

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Salomon J.N. « Cenotes et trous bleus, sites remarquables menacés par l’écotourisme », Les Cahiers d’Outre-Mer [Online] http://com.revues.org/815

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Chatters J.C. 2014. Late Pleistocene human skeleton and mDNA link Paleamericans and modern native Americans. Science 344, 6185, 750-754.

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La médiation par l’animal pour reprendre espoir quand la vie est trop dure

Quand le quotidien est une guerre sans répit contre la maladie, quand des examens éprouvants et des opérations traumatisantes détruisent ce qui restait de force morale et laissent place à la panique, au stress et à l’angoisse le jour comme la nuit, comment retrouver un peu de stabilité émotionnelle ? La médiation par l’animal peut être un recours précieux.

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par Christine Virbel

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Mediation-animaleLa médiation par l’animal est une méthode qui consiste à mettre en relation une personne avec un ou plusieurs animaux pour provoquer un contact physique, sensoriel et émotionnel apaisant. La douceur de la relation apporte un réconfort moral qui entraîne, en un effet boule de neige positif, l’amélioration d’autres aspects de la personnalité et du développement physique et cognitif.

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Les animaux permettant ces échanges vont du lapin doux au toucher au cheval ou à l’âne, en passant par la poule, le chien, le chat, le chevreau et d’autres encore.

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Les animaux choisis sont soit éduqués, soit d’un naturel câlin, aimant être caressés ou brossés.

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La suite ici sur le blog de Christine Virbel.

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Les Sablettes : l’écologie gagne une bataille à Alger

Depuis cet été, les Sablettes, en bord de mer, à l’entrée d’Alger en venant de l’aéroport, ouvrent la voie à la transformation écologique en profondeur de la capitale.

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par M’hamed Rebah

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Ce lieu, les Sablettes, était l’une des plaies environnementales de la capitale, comme Oued El Harrach, qui se faisait remarquer par les odeurs nauséabondes qui s’en dégageaient, ou Oued Smar, qui a fini par se confondre avec l’immense décharge «mixte», publique-sauvage, qui était le cauchemar de ses riverains.

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Avant, c’était quoi Oued El Harrach ? Un oued-égout qui recevait directement les eaux usées rejetées sans épuration préalable par des usines et des habitations, accueillant une charge de pollution dépassant de beaucoup ses capacités d’auto-épuration et empêchant ainsi toute utilisation de son eau.

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Et c’était quoi Oued Smar ? Une décharge, ouverte en 1978 pour y acheminer les ordures de quatre wilayas de la région d’Alger, saturée immédiatement pour devenir un immense dépotoir à l’aspect repoussant.

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Les Sablettes étaient de la même veine : un lieu insalubre, infréquentable. Aujourd’hui, la décharge d’Oued Smar n’est plus qu’un mauvais souvenir, sa transformation en parc de verdure et de loisirs est en cours. Bientôt, Oued El Harrach, totalement dépollué, sera également un lieu de loisirs agréable à fréquenter.

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Mais ce sont les Sablettes qui ouvrent depuis cet été la voie à la transformation écologique en profondeur de la capitale. Avec le Jardin d’Essais, fleuron de la nature à Alger, et les nombreuses forêts urbaines en réhabilitation, les Sablettes sauvent l’honneur de la capitale toujours agressé par le triptyque « bruit-saleté-pollution de l’air ».

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Cet article a été publié dans le quotidien algérien Reporters.

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Lancement « Demain en Mains »

Communiqué

Lettre à la société civile

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L’intolérable réalité, c’est l’écrasante domination des médias mercantiles sur l’opinion, bafouant la démocratie en bloquant tous changements qui nuiraient à leurs intérêts.

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Notre préoccupation, c’est l’incapacité de la presse alternative indépendante à toucher le plus grand nombre, celui qui en a le plus besoin.

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Pas de demande exprimée, pas d’offre ? La loi du marché doit-elle s’appliquer à l’information ? Non, elle est nécessaire à tous. Mais pas forcément le pluralisme dont le besoin doit être stimulé, notamment par une offre diversifiée facilement accessible.
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Difficile ? Même pas. Le lancement du magazine mensuel et national, Demain en mains se fera à 300 000 exemplaires au prix de 20 centimes. Petit prix et présentation attrayante, il ne manque à son existence que d’être bien mis en vue de son futur lectorat, là où il va.

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Les circuits habituels de diffusion ne sont pas adaptés, cette action complémentaire indispensable relève de la responsabilité de la société civile, c’est-à-dire nous. Sinon, qui d’autre ?

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Reconnaissons que le geste citoyen à accomplir en regard d’un problème aussi grave que le blocage des transitions par la manipulation chronique de l’opinion est d’une facilité surprenante : avancer 6 € pour recevoir 30 magazines chaque mois et les répartir dans 2, 3 ou 4 présentoirs tirelires préalablement disposés dans des endroits passagers : magasins, bars, mairies, salles d’attente, comité d’entreprise… Très peu de temps et pas d’argent, le projet est accessible à tous !

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Il y a bien d’autres manières de diffuser (vidéo), mais celle-là est notre préférée.

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http://demain-en-mains.info/
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Gîtes de France®, 60 ans d’aventures humaines

Voici une présentation d’une fédération qui mériterait d’être plus connue, en particulier pour l’action de ses gîtes dans la préservation de leur environnement.

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par Jean-Luc Fessard

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La maison d’hôtes La Bourrassée

 

Gîtes de France® fête ses 60 ans d’existence. Ils ont été créés dans les années 50, à l’initiative d’Emile Aubert, alors sénateur du département des Basses-Alpes (devenu depuis Alpes-de haute Provence) et d’agriculteurs.

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Ils souhaitaient lutter contre la désertification rurale, en accueillant sur leurs terres les citadins, de plus en plus nombreux, à rechercher des vacances peu coûteuses en dehors des villes.

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Préserver ses valeurs d’origine
Avec ces pionniers naissait en France un tourisme associatif durable. Aujourd’hui, Gîtes de France® est devenu leader français et européen du tourisme d’accueil chez et par l’habitant. C’est la 3e marque de tourisme la plus connue des Français (selon l’étude 2014 de Protourisme), qui a su préserver ses valeurs d’origine. Aujourd’hui, ce sont 47 000 propriétaires qui proposent 60 000 hébergements à 3.4 millions de vacanciers par an. Des vacances accessibles à tous, avec un prix moyen d’un séjour en gîte en 2014 de 443 € pour 4 personnes pendant une semaine. Parmi ces hébergements, 1 600 sont labellisés « Tourisme et Handicaps », ce qui représente 72 % des hébergements porteurs de ce label en France.

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Des pionniers du tourisme vert durable
Gîtes de France® milite pour faire découvrir à ses hôtes les joies d’un tourisme de nature en milieu rural. Ils sont un incubateur d’hébergements écoresponsables avec des propriétaires engagés.

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Ainsi 82 % des hébergements situés en milieu rural, dans des lieux souvent isolés, cherchent à préserver la nature environnante et 1 600 hébergements proposent des éco-gestes aux vacanciers qui y séjournent.

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Dès 1993, Gîtes de France® a créé, en partenariat avec le WWF et la Fédération des parcs naturels régionaux, un premier gîte Panda. L’objectif était de promouvoir un tourisme vert, avec des gites situés à proximité de sentiers de randonnées et des observatoires pour découvrir la nature. Aujourd’hui, il existe 290 gîtes Panda.

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Un référentiel très exigeant pour des « écogîtes »
En 2005, à l’initiative de Gîtes de France® des Bouches-du-Rhône en partenariat avec la région PACA et l’ADEME, ils élaborent un référentiel technique et une charte des « écogîtes ». Ce référentiel, actualisé en 2012 par la commission « éco-tourisme » de Gîtes de France®, intègre les dernières évolutions réglementaires et s’appuie sur les pratiques effectives. Cette commission comporte un collège d’experts du réseau, dont le Directeur du relais Gîtes de France® des Hautes-Alpes et des Alpes de Haute-Provence (départements dont le parc d’écogîtes est l’un des plus développés de France).

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Le cahier des charges est articulé autour de plusieurs thématiques clefs : l’intégration de l’hébergement dans son environnement, l’utilisation de matériaux locaux, la gestion des énergies et des ressources, la qualité de vie dans l’hébergement et la sensibilisation du public. Ce référentiel très pointu amène les propriétaires de ces gîtes à réaliser des prouesses comme celle d’obtenir la note énergétique A pour des bâtiments très anciens qu’ils ont totalement rénové. Malgré son niveau très exigeant, cette démarche, déployée au plan national, engage maintenant 360 « écogîtes ».

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La richesse dans la relation avec les convives
Ce qui est très attachant dans l’approche de Gîtes de France®, c’est l’état d’esprit de ces propriétaires capables de s’endetter très lourdement pour offrir le meilleur confort possible à leurs convives et qui maintiennent néanmoins des prix bas parce que pour eux, la richesse se trouve d’abord dans la relation qui s’installe, avec ceux qu’ils accueillent. Il faut entendre le fils de celui qui a créé le deuxième gîte de France dans les Hautes Alpes, raconter comment son père allait chercher ses hôtes à la gare avec sa charrette. Comment, devenu à son tour propriétaire du gîte, il a conservé de nombreux amis parmi les enfants de ces familles, pour comprendre comment au fil des ans se sont forgées les valeurs fortes de ce monde associatif.

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Quelques gîtes à découvrir

– Le gîte de groupe Alpelune d’Ilonka et Vincent un Ecogîte 4 épis, labellisé Tourisme et Handicaps à Puy-Saint-Vincent 05290.

– La maison d’hôtes La Bourrassée d’Annie et Jean-François Ligier à Saint-Clément-sur-Durance 05460. Ecogîte 3 épis. Une maison ancienne magnifiquement rénovée avec une vue splendide sur la vallée de la Durance.

– Le gîte Panda La Barma de Stéphane Simiand et Valérie Cauvin 2 épis à Ristolas-en-Queyras 05460, installé dans une maison datant de 1791 avec un propriétaire qui connaît tout de la nature environnante. Par exemple, il explique comment les chenilles, qui attaquent les forêts de mélèzes alentours semblent les détruire, contribuent en fait à rendre le bois imputrescible.

– L’Auberge de Moissière, un gîte de groupe de 2 épis à Rabou 05400, dont les propriétaires, James et Chantal Stanzer, réussissent la prouesse de servir le week-end jusqu’à 80 couverts par jour alors qu’il faut faire de nombreux kilomètres en voiture depuis Gap puis plus d’un kilomètre à pied dans un sentier de montagne pour accéder à leur table.

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Encyclique « Laudato Si » : un pape écologiste, mais pas décroissant


par Jean-Claude Noyé

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Nous l’avons tant attendu, ce grand texte du magistère romain sur l’écologie ! Certes, les prédécesseurs du pape François n’ont pas manqué d’exprimer leurs inquiétudes devant la destruction de la planète, dont ils ont vite pris la mesure.

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Mais leurs déclarations successives n’ont pas fait «masse». Elles n’avaient pas le caractère solennel des encycliques et leur capacité de déclencher des réactions de grande ampleur. Si le texte papal sur « La sauvegarde de la maison commune » a fait le buzz, c’est sans doute aussi en raison de son caractère engagé. Il doit son titre, Laudato Si, « Loué sois-tu » en latin, aux premiers mots d’une célèbre prière de saint François d’Assise, le cantique des Créatures : « Loué sois-tu Seigneur par tes créatures, spécialement messire frère Soleil par qui tu nous donnes le jour, la lumière … » En commençant ainsi son encyclique, le pape, qui a choisi de situer son pontificat sous l’autorité spirituelle du «Poverello» en adoptant son nom, se place résolument dans les pas de celui que Jean-Paul II a fait patron des écologistes.

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De fait, la référence à François d’Assise traverse cette encyclique de part en part. Particulièrement dans la partie finale, dans laquelle le souverain pontife appelle tous les hommes à une conversion écologique qui s’appuie sur une spiritualité non moins écologique aux accents franciscains : simplicité volontaire, attitude d’humilité dans nos relations avec les hommes comme avec la Création, efforts pour retrouver une attitude contemplative devant le monde, moins vorace, moins prédatrice.

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Le pape dénonce la culture du déchet, fait la promotion d’une société de sobriété heureuse et évoque même la nécessité « d’accepter une certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources pour une saine croissance en d’autres parties ». (p. 148).

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Cela suffit-il à faire de lui un décroissant, comme suggéré ci et là ? Certes non, pour preuve sa référence fréquente au «développement durable». Un oxymore que les décroissants détestent parce qu’il est trop lourd d’ambiguïtés. De même, le pape reste plus qu’ambivalent sur les OGM, n’aborde pas la question du nucléaire, dénonce la toute-puissance de la techno-science tout en faisant la promotion des sciences. Ajoutons qu’il s’oppose au contrôle des naissances comme réponse appropriée à la crise écologique et qu’il réaffirme (sans s’attarder) son opposition à l’avortement. Bref, comme écologiste de longue date, on peut rester sur sa faim.

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Faut-il pour autant bouder notre plaisir ? Sûrement pas, car la tonalité globale du texte papal reste celle d’une dénonciation plutôt radicale des errances de la société de consommation, sur fond de dénonciation du capitalisme financier et d’appel vibrant à entendre tant le cri des pauvres que celui de la Terre. Une invitation expresse à comprendre « l’urgence et la nécessité d’un changement presque radical dans le comportement de l’humanité » (page 5).

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Gageons qu’il sera entendu, des simples fidèles comme de la hiérarchie catholique qui, au lieu d’avoir une longueur d’avance en matière d’écologie, a, hélas, une longueur de retard. Il est vrai qu’elle revient de loin, toute marquée qu’elle a été pendant des décennies par le mythe du progrès et le modèle productiviste. Pour preuve, l’appui constant de l’ancienne JAC (Jeunesse catholique agricole) à la PAC (politique agricole commune) et à son cortège de destructions.

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Autant dire que les chrétiens doivent encore faire leur révolution culturelle. C’est pour les y aider que l’hebdomadaire La Vie et le diocèse de Saint Etienne organisent dans cette ville, les 28, 29 et 30 août 2015, les deuxièmes Assises chrétiennes de l’écologie. L’occasion de donner la parole à des théologiens, philosophes et journalistes d’investigation. Mais aussi à des militants de base – croyants ou non – qui feront part, dans plus de 80 forums, de leurs actions concrètes pour la « Sauvegarde de la maison commune ». Un rendez-vous dont on aimerait qu’il marque durablement les esprits. Comme le fit le précédent.

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Membre des JNE, Jean-Claude Noyé est journaliste à La Vie et co-organisateur des Assises chrétiennes de l’écologie.

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Le texte intégral de l’encyclique en français : http://w2.vatican.va/content/dam/francesco/pdf/encyclicals/documents/papa-francesco_20150524_enciclica-laudato-si_fr.pdf

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Le programme des Assises chrétiennes de l’écologie
rencontres-ecologie-2015.assises-chretiennes.fr/assisces_chretiennes/Assises.html

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Pour s’inscrire aux Assises chrétiennes de l’écologie
rencontres-ecologie-2015.assises-chretiennes.fr/assisces_chretiennes/Inscriptions.html

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Une tournée forestière au Portugal

L’Association Forêt Méditerranéenne, dont le siège est à Marseille, organise chaque année un voyage d’étude sur le terrain. Cette année, c’était le Portugal.

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par Roger Cans

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Pour nous y rendre, nous avons d’abord traversé le nord de l’Espagne, où la forêt se borne à des plantations d’eucalyptus. A gauche de la route, des eucalyptus, à droite de la route, des eucalyptus. Affligeant de monotonie. Ces arbres d’importation se régénèrent maintenant naturellement, de sorte qu’ils sont durablement installés.

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Au Portugal, il y en a aussi, mais beaucoup moins. Dans l’Alentejo (« l’outre Tage ») où nous avons circulé, les premiers eucalyptus ont été plantés dans les années 1950 pour lutter contre la malaria. Mais, depuis, les grands conglomérats du papier ont vu tout l’intérêt du bois d’eucalyptus pour fabriquer du papier blanc de qualité écriture (alors que les résineux servent pour le papier carton ou le papier journal). Donc, l’eucalyptus fait aussi partie du paysage portugais. Et il ne sert pas qu’au papier. Il m’est arrivé d’acheter en France un manche de pioche en bois d’eucalyptus fabriqué au Portugal !

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Cependant, l’essentiel des boisements est constitué de chênes verts (80 %) et de chênes liège (20 %). Dans les plaines de l’Alentejo, on ne trouve que de la savane arborée, où la densité d’arbres est très faible : 50 chênes verts à l’hectare et seulement 4 chênes liège à l’hectare (en moyenne). En fait, ce sont de vastes pâtures à vaches ou à moutons, où les arbres ne servent que de parasols. Les grands propriétaires fonciers ne vivent pas de la vente du bois, car le bois de feu (chêne vert) ne trouve plus preneur et le liège a perdu la moitié de sa valeur sur le marché. Ce qui rapporte, c’est la prime à la vache allaitante offerte par l’Union européenne, comme en Corse. Les bovins vivent leur vie seuls dans la savane, avec de l’herbe en hiver et des plantes sèches durant l’été. On ne s’occupe d’eux que pour les vendre. L’Union européenne, qui a décidément bon dos au Portugal, finance aussi des reboisements de chênes liège sur les terres en friche.

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Pour trouver de la vraie forêt, il faut aller dans la montagne, vers la frontière espagnole. Le maquis de cistes et de chênes verts abrite le chêne liège qui, là, est exploité. La première levée de liège (dit « mâle ») est faite lorsque l’arbre atteint 70 cm de tour. La première récolte ne donne que du liège à broyer pour faire des panneaux ou du matériel isolant. Le liège de repousse (dit « femelle ») sera récolté ensuite tous les neuf ans. C’est avec lui qu’on fait les bouchons de qualité. Les ouvriers chargés du démasclage travaillent avec une simple hache, dont le manche est taillé en pointe pour décoller l’écorce du tronc. Ils doivent faire attention à ne pas toucher l’aubier, sous peine de blesser l’arbre. Ils portent eux-mêmes leur récolte sur l’épaule jusqu’à la remorque d’un tracteur qui pénètre dans le maquis. Nous avons vu la même chose au Maroc, dans les forêts du Rif.

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L’arbre le plus exploité dans l’Alentejo est l’olivier, pour sa précieuse huile. Mais à la culture traditionnelle de l’olivier qu’on laisse vieillir en le taillant à hauteur d’homme pour faciliter la récolte, se substitue aujourd’hui une nouvelle technique : les oliviers sont plantés très serrés et taillés comme une vigne à 1 m 20, 1 m 30. De loin, on dirait en effet des vignes très denses, mais ce sont de jeunes oliviers qui vont être récoltés mécaniquement et que l’on ne laissera pas vieillir. C’est la culture industrielle de l’olivier…

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L’autre arbre très exploité est le pin pignon (notre pin parasol), planté par parcelles entières pour produire les pignes, très appréciées dans la cuisine. Mais, comme l’eucalyptus, il prend feu très facilement. L’incendie est la principale menace en « forêt méditerranéenne », même lorsqu’elle est plutôt atlantique.

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La cigogne est un oiseau omniprésent dans la région. A proximité des points d’eau, on voit des nids sur tous les poteaux télégraphiques (que l’oiseau préfère aux arbres pour sa sécurité). Sur les pylônes de lignes à haute tension, on aperçoit des anémomètres qui tournent constamment : ce sont des dispositifs pour dissuader cigognes et grands rapaces de se poser et de s’électrocuter. Astucieux et économique. Curieusement, on ne trouve pas d’éoliennes dans la région pour exploiter l’énergie du vent. Cela viendra peut-être.

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Nous visitons un Centre d’études et de sensibilisation à l’environnement, installé sur 200 hectares de collines. On y pratique le reboisement de chênes verts sur « bourrelets à double butée », arrosés par goutte à goutte. On y cultive les plantes aromatiques et médicinales. Des dames sont occupées au tri du fenouil séché, au milieu de cartons pleins de trésors : sachets d’origan, de tilleul, de romarin, de menthe, de sauge, d’immortelle et même de feuilles de frêne. Le Centre élève des ânes, des chèvres, des moutons… et des paons. Le caroubier, ici, est un arbre fourrager. On donne ses gousses chocolatées au bétail.

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On vante aussi l’architecture bioclimatique avec des constructions en pisé avec toiture reposant sur des cannisses. Le Centre a mis au point une cabane de berger modèle, dont plusieurs exemplaires sont exposés au milieu d’un champ. Les quelques cultures de céréales sont labourées selon les courbes de niveau, pour éviter l’érosion. Malheureusement, l’arrivée des tracteurs a perturbé cette bonne habitude héritée de la traction animale. Dans les collines alentour, bien des labours sont effectués dans le sens de la pente. La sensibilisation ne fait que commencer…
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Le tout-numérique à l’école ?

Le chef de l’Etat français vient de promettre un milliard d’euros sur trois ans, pour que la totalité des collégiens français dispose d’un outil numérique.

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par Marie-Hélène Léon

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AlerteToutNumeriqueSi des cours destinés à bien utiliser les ressources disponibles sur Internet, c’est-à-dire savoir les rechercher, trouver les informations justes, distinguer les vraies des fausses, sont d’importance (cela fait partie des missions de l’école), le pendant matériel n’est pas une bonne nouvelle, pour la santé des jeunes et celle de la planète.

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De nombreux collégiens disposent déjà d’outils informatiques chez eux : tablettes, ordinateurs de bureau ou portables… Fournir un ordinateur supplémentaire en plus de celui qu’ils possèdent, pose clairement la question du gaspillage.

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La croissance des déchets électroniques est telle que les Nations Unies viennent de lancer une alerte. L’étude de Global E-Waste Monitor 2014, démontre qu’en 2014, environ 42 milliards de kilos de déchets d’équipements électroniques et électriques étaient mis au rebut, soit 6 kilos par être humain.

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Et le système d’obsolescence programmée est toujours actif. Dernièrement, le site Green IT expliquait que le Macbook Retina 2015 est irréparable et révélait une intéressante enquête sur les déchets électroniques.

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Au coût financier exorbitant du tout-numérique à l’école, s’ajoutent donc le coût écologique et le coût humain en termes de santé publique. Non seulement de nombreuses toxines sont contenues dans les déchets électroniques, mais encourager les élèves déjà rivés sur leur téléphone mobile à chaque interclasse, à utiliser à nouveau un écran en cours, risque d’entraîner des problèmes de santé (troubles visuels et posturaux, apparition de biais cognitifs). Il est urgent de (re)lire le rapport de l’Académie de sciences qui détaille et précise les risques liés aux écrans. Le chef de l’Etat l’a-t-il lu ?

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Pour connaître les actions liées à l’environnement à l’école : reseauecoleetnature.org

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