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Entretien avec Michèle Rivasi sur le nucléaire

Michèle Rivasi est députée européenne, membre de la Commission environnement-santé et industrie, recherche, énergie. Rhônalpine, membre du conseil municipal de Valence, fondatrice de la Criirad, elle a répondu à nos questions le 7 avril 2011.

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par Marie-Hélène Léon

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Q – Le drame japonais trouve un écho international. Chacun s’interroge sur les choix qui ont été faits depuis quarante années dans le domaine nucléaire, et notamment le manque d’informations en rapport avec les risques encourus par la population. On ne peut échapper à la question du danger exceptionnel que fait encourir l’énergie atomique. A votre avis, la France doit-elle emprunter le chemin de la sortie du nucléaire comme semble le faire l’Allemagne, et comme d’autres pays l’ont déjà fait ?

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R – Oui, la France doit emboîter le pas car l’accident de Fukushima montre que, malgré les nombreux discours rassurants sur le nucléaire, il existe une probabilité de risque. Et quand ça arrive, cela a des conséquences catastrophiques pour la population et pour l’économie du pays. La meilleure solution est la sortie progressive du nucléaire. Cela ne peut être que progressif car la part du nucléaire dans la production électrique est importante.

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Il faut d’abord arrêter toute nouvelle construction comme l’EPR, et fermer les centrales les plus à risques de Fessenheim, le Bugey, et Tricastin. Tricastin cumule les risques de séisme, d’inondation, et de proximité d’installations nucléaires avec Eurodif, le CEA, et Comurhex.

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Et bien sûr, il faut développer les énergies renouvelables, faire sauter les limites du photovoltaïque, augmenter l’efficacité énergétique tout en réduisant la demande énergétique. Le chauffage électrique devra être absent de toutes les nouvelles constructions.

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Enfin, il faut raisonner à l’échelle européenne. La sécurité nucléaire ne peut plus être l’apanage d’un pays. Les normes de sécurité doivent être partagées par les régions européennes. Il est hors de question de laisser les autorités françaises décider seules car lorsque l’accident se produit, c’est une telle catastrophe que cela dépasse les frontières et que chacun est concerné.

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Ce qui est important aussi, c’est que la catastrophe survenue au Japon a provoqué un changement de paradigme. Elle a ébranlé les certitudes des scientistes qui pensaient que l’homme est capable de tout maîtriser.

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Q – Les installations nucléaires de la vallée du Rhône, et généralement dans l’Est du pays sont situées en zones sismiques. Comment expliquer que ces centrales nucléaires soient érigées dans des territoires de tremblement de terre, donc à risques ? Que proposez-vous ?

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R – Ces centrales seront à fermer en premier. On a sous-estimé les risques pour ces centrales. Au Japon le séisme de magnitude 9 n’avait jamais encore été observé. Or, on ne peut pas consolider les réacteurs déjà construits, mais seulement les bâtiments. C’est insuffisant. Il faudra donc fermer ces centrales françaises, ainsi que d’autres qui sont construites sur des failles et présentent des grands risques, comme en Slovénie et en Arménie.

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Q – Quels scénarios présentez-vous pour assurer au pays sécurité et indépendance énergétique, dans un cadre de développement soutenable ?

R- L’indépendance doit se situer au niveau de l’Europe. Il peut y avoir, par exemple, un système éolien offshore situé en Mer du Nord, et qui peut fournir en électricité les pays européens situés autour. Aujourd’hui, l’électricité est un marché, et le solaire est décentralisé. Il faut bien sûr développer les énergies comme l’hydrolien, la marée motrice, la biomasse, et la géothermie. Et redéplacer l’investissement qui avait été fait pour le nucléaire vers ces nouvelles énergies.

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Q- Etes-vous favorable à un Grenelle de l’énergie et au référendum demandé par Daniel Cohn-Bendit ?

R – Je suis favorable à un vrai débat d’experts contre d’autres experts avec à la clef un référendum. Si dans les accords entre les Verts et le PS figure un plan de sortie du nucléaire volontariste et courageux, alors le référendum sera inutile. Mais de toute façon, il faut un verdissement du PS, et une évolution.

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Q – Nicolas Hulot serait-il un meilleur candidat qu’Eva Joly pour représenter les Verts aux élections présidentielles ?

R – Les deux candidats sont complémentaires. C’est les primaires qui vont décider, au mois de juin.