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Les secrets des arbres décryptés par Francis Hallé

Professeur de botanique basé à Montpellier, Francis Hallé est un spécialiste de l’arbre, et particulièrement de son architecture. Désireux d’étudier la forêt tropicale, il a lancé à la fin des années 1980 les expéditions appelées « radeau des cimes », consistant à déposer à la cime des arbres des boudins gonflés avec des filets, afin d’inventorier la biodiversité de la canopée. Voici le compte-rendu de sa conférence à l’abbaye de l’Epau (Sarthe), le 11 mars 2014.

 

par Roger Cans

 

L’animateur lui demande de définir un arbre. Hallé répond qu’il avait naguère une définition, mais qu’un voyage en Afrique du Sud l’a jeté dans la perplexité : il existe là-bas un arbre souterrain dont les racines et le tronc restent sous terre, et dont le feuillage rampe au sol, en grandes surfaces. Il avoue qu’en matière de biologie, il a commencé par les animaux. Comme dit Francis Ponge, « les animaux, c’est l’oral ; les plantes, c’est l’écrit ». L’arbre est autonome et divisible. « Avec un sécateur, je vous en fais des centaines ». L’homme, en revanche, est indivisible. C’est l’individu. L’animal se fait manipuler par les plantes, qui l’attirent par leurs fleurs et leurs fruits. Sans champignons dans le sol, pas d’arbres.

 

Les eucalyptus d’Australie ont montré la timidité des couronnes, qui ne veulent pas se toucher. L’arbre épargne ses congénères, surtout les grands. En Afrique orientale, les gazelles broutent les feuilles de l’acacia. Mais l’arbre attaqué émet instantanément un signal pour que les autres acacias dégagent des toxines afin de se préserver. Les arbres sous le vent, alertés par l’arbre brouté, échapperont au broutage des gazelles. Il existe donc une forme d’empathie chez les arbres.

 

Un phénomène curieux : dans les jardins de Kew Gardens, dans la banlieue de Londres, les chênes se bouturent au sol par leurs branches basses. En Tasmanie, il existe un arbre de 43.000 ans qui se multiplie par les racines et produit sans cesse des clones. Une forme d’immortalité. L’arbre produit aussi des déchets : la lignine, substance rigide qui forme le cœur de l’arbre.

 

En matière d’architecture de l’arbre, on connaît 22 modèles pour 70.000 espèces. Tout le monde connaît le modèle sapin, bien droit avec ses branches transversales. Pour connaître l’âge d’un arbre, nous avons chez nous les cernes de croissance. Mais ce n’est pas valable partout. Par exemple, l’hévéa fait un cerne tous les 40 jours, et certains arbres d’Asie font des cernes tous les trois ans. Si l’on met à plat toutes les surfaces d’un arbre, on aboutit à des superficies immenses. Un arbre urbain moyen fait 200 hectares !

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« Ma première forêt tropicale ? En Côte d’Ivoire quand j’avais 22 ans. J’étais comme Darwin découvrant la forêt atlantique du Brésil : stupéfait. Quand on a commencé à étudier les insectes de la canopée, on est passé de 3 millions d’espèces à 30 millions ! Il y a là-haut des crabes qui mangent les têtards de rainettes dans le creux mouillé des branches. En 2012, nous avons lancé l’Etoile des cimes au Laos, beaucoup plus légère que le radeau, qui pouvait porter six personnes. Pour la biodiversité, la forêt tropicale est imbattable : la bande équatoriale recèle 75 % de la biodiversité, alors que les mers n’en recèlent que 14 % ! »

 

« Mon dada : l’agroforesterie. » On peut pratiquer l’agriculture en forêt, à condition de connaître les arbres pour les exploiter au mieux et les replanter après. L’arbre est une usine d’épuration, qui capte le CO2 et rejette de l’oxygène. Au Japon, on étudie les réactions de l’arbre avant le séisme, grâce à des électrodes fixées sur les racines. « Je suis pour qu’on plante des arbres dans les cours des prisons. L’univers minéral, 24h sur 24, c’est l’enfer ».

 

Le plus grand arbre d’Afrique ? C’est le moabi. Tailler les arbres les rend dangereux. L’arbre n’a ni queue ni tête. L’arbre mobilier urbain : on l’abat quand il est trop grand, et on le remplace par plusieurs jeunes : c’est une arnaque, car le grand arbre fait partie du patrimoine, et la replantation de jeunes arbres coûte cher (alors que le grand arbre épure l’air gratuitement).

 

Vélotourisme et voies vertes

L’Association des journalistes du tourisme (AJT) a organisé le 6 mars 2014 à la Délégation générale Wallonie-Bruxelles, boulevard Saint-Germain à Paris, un débat sur le thème « Connaissance et avenir du vélotourisme et des voies vertes ». Les JNE étaient représentés par Marc Giraud et Roger Cans.

par Roger Cans

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Le nouveau président (octobre 2013) de l’AJT a rappelé que son association compte aujourd’hui quelque 150 journalistes. L’expression « voies vertes » est née en Saône-et-Loire en 1997. Mais le concept existait déjà aux Pays-Bas, en Belgique, en Allemagne et en Suisse notamment, où se sont multipliés les circuits transfrontaliers. Après les « voies vertes » est apparu le concept proche de « véloroute ». En France, nous avons maintenant des parcours complets du type La Loire à vélo (800 km) ou la Bretagne à vélo (1.200 km). Il existe aussi une grande transeuropéenne qui va de Nantes à la Mer Noire en passant par Budapest et Belgrade. A noter l’intérêt de l’assistance électrique pour les reliefs…

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Gilbert, de Bruxelles, président de l’association Voies Vertes, rappelle la Déclaration de Lille, en 2000, qui proposait des voies réservées aux usagers sans moteur, qu’ils soient randonneurs, cyclistes, en fauteuil roulant ou avec poussette. Il existe maintenant un Observatoire européen des voies vertes et un Central d’information, Greenways Product, qui assure l’accueil, la location de vélos, l’hébergement, etc. En Wallonie, il y a 700 km de voies vertes qui suivent le rail et 800 km qui suivent les chemins de halage. On propose aujourd’hui La Meuse à vélo, un parcours qui traverse les Pays-Bas, l’Allemagne, la Belgique et la France.

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Le président français de Voies Vertes, Jean-Pierre Jonchère, précise qu’il existe 9.000 km de voies vertes en France et que l’on en prévoit 20.000 km en 2020. Certains parcours ne sont pas complets ou interrompus, tel le chemin de halage qui suit la Mayenne et s’arrête dans le Maine-et-Loire, ou encore le parcours Paris-Mont-Saint-Michel, où les Yvelines ont pris du retard. Un beau parcours en préparation, le V 43, qui joindra Ouistreham (Calvados) à La Rochelle en 2015-2016. Avec France Vélo Tourisme (www.francevelotourisme.com), on peut découvrir dix grands itinéraires qui traversent la France et cinq « eurovéloroutes ».

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Pour le président de Voies Vertes, il s’agit de faire venir les cyclistes d’Europe en France. On a fait venir les touristes par le golf ou la thalassothérapie, maintenant, c’est le vélo. On en vend trois millions par an et on compte 22 millions de pratiquants. On a déjà enregistré 8 millions de séjours à vélo, ce qui est d’un excellent rapport si l’on songe que le cyclotouriste dépense en moyenne 70 euros par jour (contre 50 euros pour les autres touristes).

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Bertrand X, de la Fédération française de cyclotourisme (90 ans d’âge et 125.500 licenciés) fait une distinction entre le cyclotourisme, qui est un tourisme sportif, et le vélotourisme, qui est un tourisme familial. Sans oublier le VTT, qui compte 71 bases d’activités en France. Le circuit Loire à vélo, qui joint le Cher à Saint-Brévin (Loire-Atlantique), a nécessité 50 millions d’euros en investissements (de 1994 à 2005). En 2013, il a rapporté 18 millions d’euros. C’est « la pépite du vélotourisme en France ». On peut dire aujourd’hui que l’itinérance surclasse le séjour en point fixe. En 1997, le conseil général de Saône-et-Loire a décidé de transformer une ancienne voie ferrée en voie verte sur 40 km entre Cluny et Givry, réservée aux marcheurs, rollers et vélos. En 2013, le département compte 164 km de véloroutes, qui se branche sur un circuit de 800 km (Tour de Bourgogne V 51). En 2009, ce circuit a rapporté 20 millions d’euros.

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Lors du débat, notre ami Marc Giraud a mis les pieds dans le plat en marquant sa préférence pour les chemins non goudronnés et même bien boueux, afin de laisser les hirondelles construire leurs nids. Pour lui, les chemins de terre sont indispensables à la petite faune, et notamment les abeilles solitaires qui vivent dans les trous du sol. Comme cavalier, il préfère les chemins de terre, car les sabots du cheval glissent sur le goudron (lire ici son point de vue).

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Pour faire bonne mesure, l’auteur de ces lignes a expliqué que, comme cycliste à la fois urbain et grand routier, il emprunte les routes normales dans ses déplacements et n’a donc pas besoin de « voies vertes ». Certes, les couloirs réservés sont bienvenus en ville, mais les pistes cyclables sont généralement moins bonnes et moins entretenues que les routes normales. C’est le cas de la piste des quais rive gauche à Paris, très biscornue. Quant aux pistes qui traversent la forêt des Landes, elles sentent bon la résine et sont bercées par les cigales, mais elles sont pleines de pièges (branches, pommes de pin, crevasses dans le béton, etc.). On peut parfaitement faire du vélotourisme sans emprunter les chemins de halage et les anciennes voies ferrées, surtout lorsqu’on parcourt les montagnes.

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Sur une table, à la sortie, on pouvait prendre des brochures comme « Vélo loisir en Luberon », « Découvrir la France à vélo » ou la revue de l’ASPAS « Protégeons nos chemins », qui crie « Non à l’urbanisation de nos campagnes ! » et « Chemins asphaltés, campagnes défigurées, nature dénaturée…Stop au suraménagement ! ». Le débat reste ouvert…

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Vers un inventaire mondial de la biodiversité

En 2001, les pays de l’OCDE ont décidé de mutualiser toutes les recherches touchant à la biodiversité à travers le monde. Ils ont donc créé ce qu’ils appellent une Global Biodiversity Information Facility (GBIF), réseau international dont le secrétariat est à Copenhague (Danemark) et dont le « nœud » français est installé au Muséum national d’histoire naturelle. Un premier bilan de cette initiative a été présenté le 9 décembre 2013 dans les locaux de l’Aquarium tropical de la Porte Dorée (Paris 12e).

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par Roger Cans

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Anne-Sophie Archambeau, la responsable du « nœud » français du GBIF, a d’abord indiqué que deux nouveaux pays, et non des moindres, venaient de rejoindre le GBIF (prononcer gébif) : la Chine et le Brésil, qui a mis à la disposition du réseau l’herbier historique conservé à Rio-de-Janeiro.

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Et elle a aussitôt donné la parole au représentant du secrétariat international, Alberto Tavalan. L’Espagnol a décrit le principe du GBIF. C’est un réseau constitué de 52 pays, 38 institutions et des individus appartenant ou non à des associations, dont l’objectif est de recueillir et de diffuser le maximum de données sur la flore, la faune et les fossiles du globe. En France, outre le Muséum, tous les instituts de recherche s’occupant du monde vivant sont mobilisés, tels l’IRD, l’INRA, le CNRS et les laboratoires universitaires.

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A ce jour, le GBIF a enregistré et mis en ligne 417 millions d’occurrences. Par occurrences, il faut entendre le signalement d’une espèce observée, capturée ou trouvée. Pour être exploitable, l’occurrence doit être géoréférencée, c’est-à-dire localisée très précisément. Le nombre d’espèces décrites par la taxonomie mondiale atteint aujourd’hui le chiffre de 1.426.888. Un exemple : le réseau a recueilli 302 espèces de raies (le poisson) et 12.035 « données croisées » sur les mollusques d’une île au large de Taïwan.

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Le meilleur élève en matière de données transmises au réseau est le Royaume Uni, qui totalise 37 millions de données, grâce à la participation du public, qui est invité lui aussi à fournir des données. Un pays comme l’Espagne, en revanche, ne transmet que des données scientifiques passées par le filtre des professionnels. Le réseau du GBIF ne débouche pas seulement sur un catalogue. Il permet aux chercheurs de mener des études de toutes sortes, comme par exemple le suivi des espèces invasives. Il a notamment permis d’étudier les effets du changement climatique sur la pollinisation au Brésil et dans le reste de l’Amérique latine.
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Le réseau français

 

Le réseau GBIF-France a été créé en 2006, avec la participation du ministère de la Recherche. Il est basé au Muséum, et animé par un ingénieur de recherche, Marie-Elise Lecoq, avec l’aide de Sophie Parmelon et de Walaa Adra. Leur tâche est multiple. Elles s’efforcent d’identifier les zones prioritaires de conservation et les zones refuges en cas de changement climatique, avec comme exemple la rosalie des Alpes (une fleur). Il faut aussi établir les seuils requis pour conserver une espèce. Une constatation, déjà : un écosystème en bon état résiste toujours mieux au changement climatique.

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Avec l’appui du ministère des Affaires Etrangères et de l’IRD, la Mauritanie a adhéré au GBIF en août et le Togo en octobre 2009. Basé à l’université de Lomé, le GIDF-Togo compte une entomologiste, un écologiste et un botaniste, le docteur Pierre Radji, botaniste responsable du « nœud » togolais. Il a indiqué que cela va permettre de moderniser l’herbier national, qui compte 8.000 occurrences. Le jardin botanique, situé à 120 kilomètres de Lomé, héberge 17.000 spécimens, dont 12.000 ont déjà été numérisés. Pour éviter les coupures de courant et d’internet, le GBIF-Togo a son centre en France. Le réseau africain, lui, est fixé en Afrique du sud.
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Laurent Poncet, du Service du Patrimoine naturel du Muséum (SPN), a rappelé qu’il existe en France, depuis 2003, un Inventaire national du patrimoine naturel (INPN), qui est une banque de référence sur la biodiversité et la géodiversité, c’est-à-dire flore, faune et paysages. L’INPN s’est relié au GBIF-France en 2008. A ce jour, l’INPN dispose d’un inventaire de 140.000 espèces, ainsi que 10.000 iconographies d’espèces.

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Frédéric Jiguet, ornithologue du Muséum rattaché au CNRS, a présenté divers modèles de niches écologiques. En France, les effectifs de bruants zizi augmentent, tandis que ceux du bruant jaune diminuent. Mais on n’en est pas encore à la niche de quelques individus comme dans les Andes, où les deux espèces de Doliornis, appelés localement cotingas, n’ont fourni que 7 occurrences pour l’un et 13 pour l’autre. Les inventaires en cours permettent par exemple de localiser les zones d’hivernage de la cigogne noire en Afrique. Le phragmite des joncs, nicheur très commun en Europe, a un cousin, le phragmite aquatique, dont on ne connaît que 13 localités hivernales en Afrique.

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Marc Pignal, du Muséum, a fait le bilan du réseau E-Recolnat. Il s’agit d’un inventaire des collections naturalistes qui remontent en France à 350 ans, et qui comportent 100 millions de spécimens (botanique, zoologie et paléontologie). Pour numériser les herbiers, il faut la plupart du temps les restaurer d’abord par collage. Le travail a été divisé en trois : l’université de Clermont-Ferrand pour « la France du Nord », l’université de Montpellier pour le Sud, et l’IRD pour l’outremer. Le Muséum n’hésite pas lui aussi à faire appel au bénévolat et à la « science participative » aujourd’hui à la mode. Les « herbonautes » sont ainsi chargés de numériser chacun un petit contingent d’images.

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Biodiversité marine

 

S’agissant de biodiversité marine, une équipe de l’IRD (Régis Hocdé et Sylvie Fiat) a fait le bilan de l’exploration sous-marine en Nouvelle Calédonie. Au cours de 3.000 plongées autonomes recensées, il a été enregistré 20.000 observations, 6.000 photos et recueilli 15 spécimens nouveaux. Ces observations ont permis d’identifier 4.000 espèces de coraux et de constituer un herbarium de 5.000 algues. L’IRD a transmis toutes ces données à l’INPN, qui répercute sur le GBIF.
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Les plongeurs amateurs sont aussi mis à contribution pour l’inventaire des fonds marins. Pascal Manchon, porte-parole de l’association Diveboard, et Dimitri Brosens, représentant la Plate-forme Belge Biodiversité, ont expliqué que les amateurs qui plongent pour leur plaisir sont aussi écoresponsables et de très bons observateurs du milieu qu’ils aiment explorer. Ces plongeurs enregistrés, qui sont 15.000 dans le monde, transmettent leurs carnets de plongée et leurs photos, ainsi que le géoréférencement très précis de leurs observations.

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Un autre représentant de la Plateforme Belge Biodiversité, Nicolas Noé, a rappelé que la Belgique a adhéré au GBIF dès l’origine, en 2001. Et c’est le GBIF-Belgique qui est devenu le mentor des réseaux de Mauritanie et du Togo. Les divers inventaires ont permis de dresser un atlas des araignées de Belgique, et un autre des fourmis. Les herbiers historiques du Congo ont débouché sur un inventaire des plantes endémiques d’Afrique centrale. Il a aussi été constitué un inventaire des étoiles de mer de l’Antarctique.
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logoElisabeth Paymal, de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB), a donné l’exemple de « la niche écologique du crabe fer à cheval » (le horse shoe crab anglais, appelé limule en français), un crustacé préhistorique qui serait actuellement menacé. Elle a aussi rappelé que le 21 juin n’est pas seulement le jour de la musique, mais aussi l’Ocean sampling day, jour où tout le monde est invité à recueillir un échantillon d’eau de mer en bouteille, afin de faire l’inventaire de sa faune et de sa flore miniature.

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Lors du débat qui a conclu la journée, la question de la traçabilité, de la validation et des doublons a été posée. Comment faire le tri entre, par exemple, quatre plantes d’herbiers différents ? Le GBIF répond que, pour tout spécimen, toute donnée ou toute occurrence, le filtre essentiel est le nom de l’organisme et de la personne qui a fourni la chose. Chaque donnée comporte une fiche d’identité qui permet au chercheur de remonter à la source. La multiplicité des sources permet de croiser l’information et de la valider.

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Petit déjeuner JNE : Lucie Dauvergne autour du monde

Un petit déjeuner a été organisé le 5 novembre 2013 par les JNE à la mairie du 2e arrondissement de Paris pour entendre Lucie Dauvergne rendre compte de son tour du monde.

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par Roger Cans

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De gauche à droite : Lucie Dauvergne, Alice Vivian (Travel 4 Change), Boris Aubligine (EtikaMondo),
Renaud Bettin (GERES), Laurent Thorigne (ACAY) – photo Richard Varrault

 

 

Présentée par Richard Varrault (organisateur de ce petit déjeuner) et Carine Mayo (présidente des JNE), Lucie Dauvergne explique qu’elle a commencé par un DEA de sciences des aliments à l’université de Montpellier.

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Après un détour par l’ingénierie, elle rejoint un secteur et un métier qui la passionnent en devenant chef de projets de communication dans l’environnement. Elle intègre notamment l’Opie (Office pour les insectes et leur environnement), puis la direction de la communication de l’ONF (Office national des forêts).Elle rejoint ensuite le GRAINE Ile-de-France à titre individuel, car elle s’intéresse de près à l’éducation à l’environnement vers un développement durable.

En septembre 2012, elle se lance dans un premier tour du monde (voir son blog ici), baptisé « la piste bleue », avec le soutien de la SERE de Marie-Pierre Cabello (JNE). Son but : rendre compte des initiatives positives en matière de développement soutenable rencontrées en chemin.

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Elle invite aujourd’hui quatre d’entre elles, pour leur rendre hommage et conclure son voyage.

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Sœur Sophie de Jésus, présente aux Philippines depuis 16 ans, fondatrice de l’association ACAY. Elle a reçu en novembre 2013, à l’initiative de l’Ambassade de France aux Philippines, la médaille de l’Ordre National du Mérite pour la qualité du travail accompli – photo Richard Varrault

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C’est aux Philippines qu’elle rencontre l’association ACAY, qui s’occupe des jeunes femmes victimes de violences, de jeunes détenus et de leurs familles.

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Quatre religieuses s’y dévouent, dont une Française, Sœur Sophie de Jésus, présente à Paris pour la remise de la médaille de l’Ordre National du Mérite. Laurent Thorigne, directeur du programme « Seconde Chance », précise que 90 % des jeunes qui sortent de prison sous leur contrôle ne récidivent pas.

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Il y a quelques années, Lucie Dauvergne avait rencontré Olivier Maurel, cofondateur du collectif Travel 4 Change, qui la parraina pour entrer dans le groupe Facebook éponyme (500 membres à ce jour).

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Alice Vivian, également cofondatrice du collectif, a elle aussi effectué un tour du monde solidaire en 2012, faisant une série de « belles rencontres » présentées ici.

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Cette ancienne chargée de communication d’une grande entreprise a complètement changé de direction en s’engageant dans une action pour « faire reculer la misère et la malnutrition » et témoigner en faveur des expériences qui réussissent. Elle fait désormais partie de l’équipe de l’Institut des Futurs Souhaitables.

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Lucie donne alors la parole à Renaud Bettin, responsable du programme CO2 Solidaire du GERES, qui lui a permis de compenser le carbone consommé par son billet d’avion, sur un projet cambodgien auquel elle a ainsi pu rendre visite. Renaud Bettin a découvert le GERES en 2007 au Laddakh (nord de l’Inde). Il participe avec deux autres membres de l’équipe du GERES à la conférence de Varsovie du 11 au 22 novembre sur le changement climatique. Il prépare aussi le « carbone social » qui sera présenté au sommet de Paris en 2015.

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Lucie a rencontré Boris Aubligine en Inde, par Skype. Il est le fondateur de l’association Etika Mondo (monde éthique en espéranto), qui a pour but de recenser et de soutenir les initiatives éthiques de la planète. Lucie rejoint l’aventure pendant son voyage, en rentrant au Conseil d’administration de l’association de préfiguration.

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Elle explique qu’elle a décidé d’organiser ce voyage en solitaire le jour de ses 41 ans, à la fin d’un contrat, pour un départ à peine deux mois plus tard. Vu le peu de temps imparti et souhaitant tenir un planning ambitieux, elle a fait appel à une agence, Les connaisseurs du voyage, pour son billet tour du Monde. Elle avait identifié 43 pays à visiter et a finalement retenu 20 escales, suivies par les Mardis de l’environnement de Patricia Ricard et la SERE de Marie-Pierre Cabello.

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Elle remercie l’ensemble de ses partenaires, qui lui ont permis de mettre en lumière une trentaine d’actions exemplaires dans de nombreux domaines du développement durable, ainsi que les 4 initiatives présentes aujourd’hui.

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C’est anecdotique, mais Lucie avoue qu’elle s’est dégoûtée du riz et a souffert du manque de fromage. Elle a en revanche apprécié les bananes, qu’on épluche, donc propres par définition. Mais les insectes, non, cela ne lui fait pas envie.

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Michel Rocard à Ménigoute

L’ancien Premier ministre, 83 ans, a été invité le 31 octobre 2013 au Festival international du film ornithologique de Ménigoute (Deux-Sèvres) pour parler de sa mission de diplomate des pôles. Il s’est révélé un très bon connaisseur du sujet et un homme réellement soucieux du réchauffement climatique.

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par Roger Cans

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menigoute-2013« Quand j’avais huit ou dix ans, je rêvais d’être photographe animalier », a dit d’emblée Michel Rocard, pour s’attacher le public venu très nombreux à sa conférence. Mais il a aussitôt abordé sa mission d’ambassadeur de France pour les zones polaires, qui sont au nombre de trois : l’Arctique, l’Antarctique et la chaîne himalayenne. Le pôle Nord, c’est un océan presque fermé, profond (3.200m), que les Russes ont matérialisé en déposant au fond un drapeau à leur marque. Il est bordé par cinq Etats riverains : Les Etats-Unis (par l’Alaska), le Canada, le Danemark (par le Groenland), la Russie et la Norvège. L’Antarctique, à l’inverse, est un continent de 14 millions de km2, inhabité, géré sans drame par la communauté internationale.

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L’Océan Arctique a connu une activité baleinière durant 150 ans, jusque dans les années 1960. En 1903-1904, il avait été survolé pour la première fois par le Norvégien Amundsen et l’Italien Nobile. Le 9 février 1920, le traité de Paris crée la Société des Nations (SDN) et précise que le Spitzberg (une île de l’archipel norvégien appelé Svalbard) jouira d’une protection internationale. Mais il n’est rien dit sur l’exploitation de la mer. La souveraineté norvégienne se heurte donc aux pêcheurs venus d’Irlande, d’Islande et d’Espagne.

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Avec le réchauffement climatique, le permafrost (ou pergélisol en français) se met à fondre sur le littoral canadien et sibérien, ce qui provoque l’affaissement des villages littoraux et les premiers « exilés climatiques ». Il s’agit d’une population totale de 4 millions d’habitants, dont 400.000 autochtones. On les appelait Eskimaux, ce qui signifie « mangeurs de viande crue », mais ils se font appeler aujourd’hui Inuits, les « hommes libres ». En Norvège et Russie du Nord, il s’agit de Lapons, que l’on nomme aujourd’hui Samis. En Sibérie, on trouve entre autres des Yacoutes et des Samoyèdes. Ces peuples sont donc aujourd’hui menacés de disparition. Autrefois, ils chassaient le phoque en kayak, un kayak personnalisé à la taille du chasseur, qui pouvait donc se retourner sans prendre l’eau. Une technique précise qui s’est perdue. Aujourd’hui, les 55.000 habitants du Groenland ont l’ADSL et passent leur temps à pianoter !

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Le réchauffement climatique ne menace pas seulement les ours polaires, mais tous ceux qui se trouvent au bord de l’Océan Arctique. Le protocole de Kyoto a été refusé par les Etats-Unis, la Russie et l’Arabie Saoudite. La Chine a promis de faire quelque chose, mais sans contrôle extérieur. Le gouvernement de Washington refuse de signer tout traité qui n’a pas été ratifié par le Congrès. Ils ont aussi refusé la Cour pénale internationale, pour la même raison.

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L’Océan Arctique fascine tout le monde, aujourd’hui, pour de multiples raisons. On estime que s’y trouve 30 % du gaz et 13 % du pétrole. Mais les recherches ont été arrêtées après la catastrophe de la plate-forme du golfe du Mexique. Total a annoncé que le groupe n’ira pas. Pour l’Antarctique, on a dénoncé la convention de Wellington de 1988 qui prétendait régler l’exploitation du continent blanc. Une affaire réglée. Même les Russes, qui sont très en pointe sur les recherches scientifiques avec leur station polaire, acceptent de s’en tenir là. En 1987, Gorbatchev l’avait dit dans son discours de Mourmansk, repris ensuite par Eltsine.

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Où en est-on aujourd’hui ? Un Conseil de l’Arctique a été créé à Ottawa le 17 septembre 1996. Il comprend les cinq pays riverains, plus la Finlande, la Suède et l’Islande. Mais ce Conseil se réunit deux heures par an, alors que la Convention Antarctique travaille huit jours par an. Et ces deux heures sont purement protocolaires, car les peuples autochtones, invités à titre décoratif, accaparent la tribune et multiplient les remerciements. La route polaire, qui pourrait pourtant être empruntée par la moitié du trafic maritime, ne les concerne pas. L’Union européenne n’y est pas conviée car elle est punie pour l’affaire des bébés phoques.

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Le problème N°1, aujourd’hui, est donc la pêche. On nous annonce un monde sans poisson en 2050. Or on n’a encore jamais pêché dans l’Océan Arctique, car c’est nouveau. Il n’y a donc aucune organisation à cet égard.

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Le problème N°2, c’est la navigation. On peut théoriquement relier directement Anvers et Rotterdam à la côte ouest des Etats-Unis et à l’Asie. C’est surtout vrai pour les cargos géants qui ne pourront pas emprunter le canal de Panama. Mais comment envisager la navigation sur une route de 7.000 km sans phares ni balises, sans poste de secours, sans carte des fonds et sans port relais ? Pour l’instant, la route sibérienne est la seule praticable, avec l’aide des brise-glace russes à propulsion nucléaire.

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Conclusion de Michel Rocard : même si l’Océan Arctique continue à se réchauffer, on n’est pas près d’y naviguer, d’y pêcher ni d’y extraire gaz ou du pétrole.

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Cliquez ici pour visionner  l’interview de Michel Rocard par Catherine Levesque et Marc Giraud (tous deux JNE) sur la Mainate TV du Festival international du film ornithologique de Ménigoute (Deux-Sèvres)

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Les JNE au festival de Ménigoute

Comme chaque année ou presque, les JNE étaient présents au festival du film ornithologique de Ménigoute (Deux-Sèvres). Pour cette 29e édition, du 29 octobre au 3 novembre 2013, cinq d’entre nous y ont participé : Dominique Martin-Ferrari comme présidente du jury, Catherine Levesque, chargée du blog « Mon truc en plume » et de la Web TV, Marc Giraud et Jean-François Noblet comme conférenciers et votre serviteur Roger Cans comme simple participant, et donc rapporteur.

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 par Roger Cans

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La conférence de Marc Giraud avait pour prétexte son livre La nature en bord de chemin. En fait, il s’est présenté comme un naturaliste de terrain, généraliste, et illustrateur d’abord. « J’ai la chance de pouvoir vivre de ma passion de la nature », avoue celui qui a été écoguide en Amazonie, a collaboré à Science et Vie, et a participé pendant deux ans à l’émission pour enfants Coucou c’est nous de Christophe Dechavanne sur TF1. C’est là qu’il a appris à parler aux enfants et au grand public. Marc Giraud est aussi chroniqueur bénévole à Europe 1 et France Inter et vice-président de l’ASPAS, qui ferraille contre la chasse.

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En fait de nature au bord du chemin, il nous entraîne sur des sentiers de traverse où l’on rencontre la tortue qui grimpe aux arbres et celle qui mort le museau des chèvres qui viennent boire. Il décrit l’insolite comme ce chat margay qui peut rester suspendu par une patte, ou bien le perroquet des neiges et le poisson qui chante. Il détaille les doigts du koala, totalement inhabituels, et le nid du canard carolin dans les troncs d’arbre.

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L’illustrateur a apporté ses dessins originaux et, du coup, s’embarque sur la description des tortues du monde. Il présente la tortue à capot amovible que l’on trouve en Afrique, la tortue à rayures qui attaque les chèvres sur les bords du Gange, en Inde, la mata mata de Guyane, entièrement camouflée, la tortue australienne qui respire par le cul et urine par les narines, la tortue alligator avec sa petite langue rouge, qui peut peser jusqu’à 300 kilos, la tortue qui réussit à vivre dans les mares du désert…

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Marc Giraud décrit aussi les veaux marins, ces phoques d’eau douce qui remontent la Loire jusqu’à Tours, et même au bec d’Allier. Il n’en oublie pas pour autant les animaux domestiques, comme ses deux chevaux qu’il passe des heures à regarder chez lui, en éthologue amateur. Il revendique ses racines dans les Deux-Sèvres, à Echiré, bien qu’il soit de la région parisienne.

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Aux cinq W de la presse écrite (what, where, when, who, why), c’est-à-dire « quoi, où, quand, qui, pourquoi », il ajoute les 3 P de la télévision : « pouvoir, pognon, people ». Il raconte son amitié avec Laurent Baffie, qui ramasse les crapauds, et Philippe Val, qui permet de défendre la cause animale le dimanche sur France Inter avec Allain Bougrain-Dubourg (JNE) et Elisabeth de Fontenay.

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Lui succède Jean-François Noblet, déguisé en camionneur pour sa conférence sur La nature au café du commerce, son dernier bouquin. Reprenant les propos de bistrot d’Anne Roumanoff et les sketches du regretté François Terrasson, le militant de la FRAPNA Isère dénonce les ragots qui traînent sur les « escrologistes ». D’abord sur l’accusation absurde de lâchers de vipères par caisses entières. Cela permet aux propriétaires de mettre en garde par des panneaux « Attention, serpents », afin d’éloigner les visiteurs.
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Il s’en prend ensuite à la légende du lierre qui tue les arbres. Non seulement le lierre ne tue pas les arbres car, à la différence du gui, qui est parasite, le lierre ne se nourrit pas des arbres sur lesquels il grimpe. Sa floraison en octobre-novembre est une aubaine pour les abeilles et ses fruits d’hiver une pitance inespérée pour les oiseaux.

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Il en arrive enfin aux vautours qui tuent. Il explique que, lorsqu’un mammifère meurt en montagne, les premiers visiteurs sont les corbeaux. Viennent ensuite les vautours fauves, qui fouaillent dans les chaires molles, car leur bec ne peut couper et leurs griffes ne peuvent emporter. Puis accourent le vautour moine et le percnoptère, capables de tailler les tendons et cartilages, et enfin le gypaète barbu qui finit le travail en brisant les os. Les vautours ne tuent pas leurs proies, comme l’aigle, mais il peut arriver que, lors d’un accouchement laborieux d’un veau, mort-né, les rapaces viennent dévorer le placenta et le veau, à côté de la vache.

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Jean-François Noblet termine sa conférence sur une séquence drolatique, tournée en Suisse par la télévision lors d’un match de football. On y voit une fouine qui traverse le terrain parmi les joueurs, déclenchant une réaction des plus rapides pour tenter de la capturer. Les joueurs se font mordre, mais ne réussissent pas à la neutraliser, et c’est finalement un goal, muni de solides gants, qui parvient à l’attraper. La fouine est appelée « martre » durant tout le commentaire, à tort.

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La présidente de la région Poitou-Charentes, Ségolène Royal, est alors interviewée sur le plateau de Web TV par nos camarades Catherine Levesque et Marc Giraud. Elle précise que c’est la quatrième fois qu’elle assiste à cette « manifestation, très importante sur le plan régional ». Elle apprécie les trophées distribués aux artistes animaliers et souligne que le combat pour la biodiversité est fondé à la fois sur l’espace et le temps. En temps de crise, le combat écologique est-il oublié ? « Pas du tout, il faut le mener à fond ». La présidente est très fière de la campagne menée par sa région en faveur des mares et soutient « l’ambition pour les choses modestes ». Lors de la remise des prix, le samedi soir, elle rappelle que la région Poitou-Charentes est « une terre d’excellence environnementale ». On y a planté 2,3 millions d’arbres pour une population de 1,7 million d’habitants. Elle est très applaudie par une salle archi-comble.

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Dominique Martin-Ferrari annonce ensuite le palmarès, qui attribue le grand prix à un film allemand, The Moor (la tourbière), un documentaire de 50 minutes tourné en 2012.

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Connaissez-vous les collemboles ?

Le rendez-vous trimestriel de la SEPENES (Société d’Etude et de Protection de l’Environnement du Nord et Est Sarthe) à Coulaines (Sarthe) était consacré le 4 octobre 2013 à ces petites bêtes du sol que l’on appelle collemboles, à découvrir grâce aux photos de Philippe Caillon et au film d’André Marseul.

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par Roger Cans

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fond_frise32dlogoa2dv2bPhilippe Caillon a commencé comme ornithologue à la LPO (Ligue pour la protection des oiseaux) puis, poussé par Denis Foussard, est passé de la photo d’oiseaux à la macrophoto d’insectes, et tout dernièrement aux photos de collemboles. Il nous explique qu’il existe environ 8.000 espèces de collemboles dans le monde, que l’on retrouve aussi bien au Pôle Nord que dans l’Himalaya et le désert australien. Ce sont des animaux minuscules, de 0,5 mm à 7 mm, qui vivent chez nous cachés dans les sols humides où ils mangent les feuilles mortes et la litière végétale, qu’ils transforment en humus. Leur reproduction ne se fait pas par contact direct, mais par des spermatophores que le mâle dépose dans la litière, et que la femelle recueille ensuite pour se féconder elle-même.

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Classer ces animaux n’est pas évident, car ils ont six pattes comme les insectes, mais tiennent aussi des crustacés, dont ils seraient les descendants d’une lignée primitive… La meilleure période pour les observer est l’automne et surtout l’hiver, lorsque la température oscille entre 9 ° et 12 ° C. Certains collemboles parasitent les limaces, mais ils ont beaucoup de prédateurs : acariens, fourmis, araignées, scolopendres et divers coléoptères. Sans compter les pieds des hommes et des grands mammifères lorsqu’ils marchent dans le sous-bois et dans les zones humides…

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Collembole – photo Wikipédia

 

Pour comprendre comment fonctionne un collembole, rien de tel que le film. André Marseul, cinéaste amateur de nature, a réussi à en suivre une espèce parmi les plus visibles, dont l’abdomen arrondi est décoré d’une sorte de croix de Lorraine ou plutôt d’un cèdre du Liban stylisé, comme sur le drapeau. C’est alors qu’on découvre deux particularités qui en font des animaux tout à fait exceptionnels : ils ont d’abord sous l’abdomen une sorte de pièce à ressort qui leur permet de se déplacer d’un bond pour échapper à un prédateur ou simplement de changer d’endroit.

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C’est pourquoi la bête s’appelle springtail en anglais, ce qui signifie queue à ressort. La deuxième particularité est un double tube ventral qui permet à l’animal de sortir instantanément ce que les spécialistes appellent des collophores, à l’aspect d’antennes molles, translucides et collantes. Moyen de défense ? Bras de secours pour amortir la chute après un saut ? On se perd en conjectures devant ces espèces de cornes d’escargot qui surgissent d’un seul coup en brassant l’air…

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Afin de mieux décrire encore la bestiole, André Marseul a fabriqué une maquette baptisée Oscar, qui reproduit à grande échelle (une quinzaine de centimètres) le collembole qu’il a pu filmer (2 millimètres). Un animal haut en couleurs, dont on ne soupçonne pas au premier abord les ressources cachées.

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Fabre, l’homme des insectes

Tous les ouvrages de Jean-Henri Fabre, son herbier, ses collections de coquillages et de fossiles sont aujourd’hui rassemblés au Harmas de Sérignan-du-Comtat (Vaucluse).

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par Roger Cans

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On connaît généralement Jean-Henri Fabre (1823-1915) par ses Souvenirs entomologiques, une somme d’observations des insectes de Provence, qu’il a eu le bonheur d’accumuler au cours de sa carrière d’enseignant. Natif de l’Aveyron, le jeune Fabre devient instituteur puis professeur de physique-chimie au lycée impérial d’Avignon. Dès ses débuts, Jean-Henri Fabre multiplie les publications à l’usage des élèves. Physique, chimie, biologie, botanique, toutes les sciences de la nature lui sont familières, et il n’a de cesse de partager son savoir de manière très pédagogique, « d’instruire en amusant ». Passionné de botanique, il constitue très jeune un herbier qui va comporter des milliers de planches.

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Tous ses ouvrages, son herbier, ses collections de coquillages et de fossiles sont aujourd’hui rassemblés dans la propriété qu’il a acquise en 1879 à Sérignan-du-Comtat, près d’Orange (Vaucluse). Le Muséum national d’histoire naturelle, nouveau propriétaire du Harmas, « terre en friche » transformée en parc d’agrément par Jean-Henri Fabre, vient de réhabiliter l’ensemble et de l’ouvrir à nouveau au public. Le visiteur peut ainsi découvrir le cadre de l’auteur des Souvenirs entomologiques, avec la maison d’habitation, confortable et bourgeoise, et surtout le cabinet de curiosités, où sont exposées toutes ses trouvailles. Nids de guêpes, nids de frelons, crânes divers, tout ce qui témoigne de la vie sauvage se retrouve dans les étagères et les vitrines de l’Harmas.

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Napoléon III, averti des dons pédagogiques du savant, lui avait proposé de devenir précepteur de son fils au Palais des Tuileries. L’amateur des sentiers de Provence avait refusé, parce que, exilé à Paris, il se serait coupé du monde vivant qui était sa passion. L’ermite du Harmas reçoit cependant quelques visites, comme celle de Pasteur, resté très distant, et celle de Poincaré, elle aussi trop formelle. De fait, les universitaires n’estiment guère cet instituteur qui les a rejoints à la force du poignet, et qui continue à faire de la science de façon émotionnelle et même poétique. Fabre étudie le vivant in situ, eux s’intéressent déjà à la biologie moléculaire, en laboratoire, avec des animaux presque toujours morts.

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Devenu septuagénaire, Jean-Henri Fabre se lance dans une entreprise nouvelle : l’étude des champignons. Comme ils ne peuvent être conservés en herbier, il apprend l’aquarelle et se met à peindre des planches d’une rare finesse. Le Harmas en expose quelques-unes, qui témoignent à la fois de son talent d’observation et de son coup d’œil de peintre.

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Les travaux de restauration du Harmas ont été l’occasion de la construction d’un bâtiment annexe, extérieur à la propriété, baptisé « Naturoptère ». Destiné aux familles avec enfants, comme les parcs d’attraction, il s’efforce, par des jeux, des quiz et des expériences tactiles, de familiariser le public avec les insectes (mais aussi araignées, arthropodes et autres petites bêtes trop souvent méconnues). Construction naturellement écologique, avec toit végétalisé, le Naturoptère est entouré d’un jardin où l’on peut retrouver toutes les plantes de Provence. Une touche de XXIe siècle un peu artificielle à côté d’un cabinet de curiosités très XIXe.

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Pour en savoir plus, cliquez ici.

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Le voyage des JNE en Alsace à l’occasion du salon BiObernai 2013

A l’occasion du salon BiObernai 2013 qui avait lieu à Obernai (Bas-Rhin) du 13 au 15 septembre 2013, les JNE ont exploré l’Alsace et ses expériences en matière d’écologie. Voici un journal de voyage très complet…

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par Roger Cans

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Vendredi 13 septembre

Découverte du café

Le soleil nous attend à Strasbourg lorsque nous y débarquons du TGV (sans arrêt) de Paris. Le minibus mis à notre disposition nous conduit dans la foulée à l’usine SATI, installée depuis 1954 au port de Strasbourg, à la frontière allemande. Une usine qui fleure bon le café. De fait, la Société alsacienne de torréfaction et d’importation prépare des cafés de toutes provenances depuis 1926.

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Nicolas Schulé, directeur de l’usine de café SATI (Strasbourg) – photo Richard Varrault

Nous y sommes accueillis par le directeur Nicolas Schulé, petit-fils du fondateur de l’entreprise. Il nous explique que, contrairement à l’opinion répandue, le café « allemand » n’est pas inférieur aux cafés italiens et français. Les meilleurs cafés, en effet, proviennent d’Afrique orientale (Ethiopie, Kenya, Tanzanie), où l’Allemagne avait eu des colonies (Tanganyka). La France, elle, a longtemps été approvisionnée par ses colonies d’Afrique de l’Ouest (Guinée, Côte d’Ivoire, Togo, Dahomey, Cameroun), où le café n’est pas aussi bon que dans les hauts plateaux de l’Est africain.

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Nicolas Schulé nous brosse alors un tableau du marché mondial du café, dont les cours sont fixés non pas à Chicago comme la plupart des denrées agro-alimentaires, mais à la Bourse de New York, où la spéculation va bon train ! Le café, or vert, est la deuxième spéculation mondiale après le pétrole, l’or noir. Il s’en produit annuellement 130 millions de sacs de 60 kilos, bizarrement cotés en cents américains par pound anglaise…

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Le premier pays producteur reste le Brésil (36 % du marché), où l’on trouve des plantations immenses qui atteignent parfois 5.000 hectares. C’est pourquoi tous les cafés mis sur le marché comportent au moins 30 % de café brésilien, considéré comme une entrée de gamme. Le deuxième pays producteur, nouveau sur le marché, est le Vietnam (14 %). Le troisième est la Colombie, rattrapée par l’Indonésie (8 %). Les autres producteurs (Inde, Mexique, Guatemala, Ethiopie, Ouganda, Pérou, Kenya) n’ont qu’une faible part du marché. La meilleure qualité se trouve en Ethiopie et au Kenya, mais en petite quantité.

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Le café le plus cher (mais pas le meilleur) vient de la Jamaïque, car il est produit en petite quantité et accaparé par les Japonais… Mais les plus grands consommateurs de café sont les Finlandais, suivis par les autres pays nordiques. Globalement, la demande occidentale se tasse, mais la Chine monte. La capsule de 5 grammes, qui fait aujourd’hui fureur, met le café à 80 euros le kilo !

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S’agissant de la plante, nous apprenons qu’un pied de café donne en moyenne 2,5 kilos de « cerises », les fruits rouges qui contiennent les grains. Après traitement, les cerises donneront 400 grammes de café. La plante est cultivée par semis ou bouture. La variété Arabica comporte quelque 800 composés organiques pleins d’arômes. La variété Robusta est plus forte, plus corsée, mais moins parfumée. La société SATI fait tester ses arômes par Sébastien Maurer, le « palais » de la maison, qui a remporté plusieurs prix internationaux lors de dégustations à l’aveugle. Les cerises peuvent être dépulpées à sec, comme au Brésil, où la pulpe sèche au soleil autour du noyau, permettant le décorticage. Ailleurs, on pratique le dépulpage à l’eau.

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La SATI importe 3.500 tonnes de café vert par an, via les ports d’Anvers et Hambourg. 95 % de la marchandise arrive à Strasbourg par camions, et 5 % par bateau. Entre le producteur et la SATI, il n’y a qu’un seul intermédiaire : l’importateur. Le producteur peut avoir un demi-hectare au Pérou ou des milliers d’hectares au Brésil. Le petit producteur, par définition, est bio puisqu’il n’achète pas de produits chimiques. Comme la vigne, le café demande beaucoup de soins.

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Il ne faut pas confondre le bio et l’équitable. Le bio, c’est la garantie d’origine, pure et sans mélange. Le commerce équitable, c’est un prix garanti à l’achat au producteur. Max Havelaar, c’est 140 euros le sac au minimum. Mais, comme pour le vin, il y a ensuite des mélanges (vins d’assemblage) ou la garantie d’origine (vins de cépage). La SATI est le premier torréfacteur français à la fois bio et équitable (avec Ethiquable). L’entreprise compte 46 salariés, dont un tiers à l’administration, un tiers à la production et un tiers à la commercialisation. La SATI ne vend que dans le quart nord-est de la France, jusqu’à Verdun et Besançon.

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Machine à torréfaction de l’usine SATI à Strasbourg – photo Richard Varrault

 

Nous visitons alors l’entrepôt, plein de sacs de café en toile de jute. Les sacs sont recyclés en Belgique et au Honduras. Dans l’usine de torréfaction (qui marche au gaz), les machines sont allemandes. Le café vert comporte 12 % d’eau, qui s’évapore à la torréfaction en 12 minutes. La SATI produit en moyenne 15 tonnes de café par jour. Lors du buffet qui nous est servi à la fin de la visite, nous recevons chacun un sac de Moka Sidamo, « le meilleur café du monde », qui vient d’Ethiopie.

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Le traitement des jus de choucroute

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Le clarificateur de la station d’épuration des eaux de Maestratzheim (Bas-Rhin) – photo Richard Varrault

 

Le minibus nous emmène ensuite à Maestratzheim, dans la grande plaine agricole, où nous visitons une station d’épuration des eaux inaugurée en 2011, spécialisée dans le traitement des jus de choucroute. La station dessert dix communes du bassin de l’Ehn (affluent de l’Ill), qui compte 27.000 habitants et 11 producteurs de choucroute. La station absorbe les eaux usées des habitants et les jus de choucroutes – très corrosifs – apportés par camions citernes. L’ingénieur de Suez, Jérôme Fritz, nous explique que 3.000 m3 de jus de choucroute équivalent aux eaux usées de 150.000 habitants ! Depuis janvier 2013, outre le biogaz, la station produit des boues séchées qui peuvent servir d’engrais ou de combustible. L’ensemble, qui comporte un laboratoire d’analyses, fonctionne avec seulement quatre personnes à plein temps.

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Voici l’adresse web de la station d’épuration : http://www.stepdelehn.com/index2.html. Ce site offre de nombreuses informations, survol, galeries vidéos et photos, documents divers…

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Débat sur le bio et l’équitable

La journée se termine au salon BiObernai, où un débat sur le bio et l’équitable a lieu dans la grande salle des fêtes. Il est rappelé par les élus que le bio ne représente que 5 % de la production agricole en Alsace, mais que 40.000 hectares sont en cours de conversion. L’important, disent-ils, est de conserver les terres agricoles, bio ou pas. Maurice Mayer, l’organisateur du salon, remercie les partenaires toujours plus nombreux. Il espère que le salon et ses 240 exposants recevront encore plus de visiteurs que l’an dernier (18.000 visiteurs).

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Le représentant du syndicat des agriculteurs bios d’Alsace (SABA) rappelle qu’il n’y avait que 20 producteurs en 1980, contre 257 aujourd’hui. Déjà 12 % du vignoble alsacien est passé au bio. La difficulté, c’est que cela demande de la main-d’œuvre. Des perspectives s’ouvrent avec les cantines scolaires, les entreprises de réinsertion et la préférence donnée aux circuits courts. La gérante des Jardins de Gaïa (thés et tisanes bios), Arlette Rohmer, explique que son entreprise, composée de deux personnes en 1994, compte aujourd’hui 60 salariés.

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Le commerce équitable, dont Max Havelaar est le leader incontesté, représente aujourd’hui un marché de 6 milliards d’euros. Arlette Rohmer explique que chaque kilo de thé acheté par son entreprise comporte un prix plancher au petit producteur et une prime de développement. Elle avoue que le prix plancher est difficile à fixer si l’on veut garantir la qualité. Le directeur de Max Havelaar France, Marc Blanchard, confirme que les achats se font avec prix plancher garanti et prime de développement. « C’est la population locale qui décide de l’emploi de la prime », selon le principe de « l’empowerment » cher à l’Afrique du sud.

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Le représentant de la SATI déplore la volatilité des cours du café à la Bourse de New York. En 2011, les cours étaient au plus haut. Ils sont bas en 2013. Il regrette aussi que ces cours fixent un même prix, que le café provienne du Mexique développé ou du Pérou très pauvre. Le représentant de la SCOP Ethiquable, dont le siège est à Fleurance (Gers), explique que l’entreprise coopérative a maintenant 10 ans d’âge et 65 salariés, dont un représentant à Quito, en Equateur. Ethiquable importe du café, du thé, du cacao, des tisanes et des fruits transformés.

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Le représentant d’ECOSOL, qui fait depuis 18 ans la promotion de l’économie solidaire avec ses partenaires (Artisans du monde, Agir ici, CCFD et Max Havelaar) rappelle que le commerce équitable repose sur une consommation responsable, malheureusement entravée par la crise économique actuelle. ECOSOL préfère la qualité à la quantité, d’où les petits magasins bio plutôt que la grande distribution.

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Le représentant de la SATI souligne que son entreprise passe depuis 40 ans par la grande distribution, qui règne sur 60 % de l’alimentaire. Ethiquable aussi s’appuie sur la grande distribution, où le bio a pris le pas sur l’équitable. Marc Blanchard dit que la grande distribution n’est plus la question. Ce qui compte, c’est d’aider les paysans pauvres à ne pas quitter leurs terres. Arlette Rohmer écarte tout rapprochement avec la grande distribution. « Le bio, pour nous, ce sont les petits producteurs et les magasins bio ».

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La question est posée de la transformation sur place. « C’est difficile pour le thé et le café des petits producteurs, car la préparation et les mélanges ne peuvent se faire que chez l’importateur ». Le commerce équitable, dit-on, est un marché de niche pour une clientèle aisée. C’est vrai, mais il devrait remplacer le non équitable en prenant du volume. Chez Ethiquable, on propose au producteur une marge de 25 à 30 %. Aux Jardins de Gaïa, le thé est payé avec une prime de 15 centimes par kilo. Marc Blanchard ajoute que le commerce équitable encourage la qualité. Ainsi, le cacao de la République dominicaine était vendu à bas prix aux Américains. Aujourd’hui, il fournit les chocolateries fines de Paris.

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Le commerce équitable (fair trade) a comme premier marché les Etats-Unis, puis la Grande-Bretagne, la Suisse, la France, l’Allemagne et les Pays-Bas. En France le commerce équitable ne représente que 6,40 euros par an en moyenne. Il comporte 3.600 références, dont 250 thés. En Grande-Bretagne et en Suisse, des enseignes font du tout équitable pour le café, le thé et le cacao. Les magasins Artisans du monde sont actuellement en difficulté, malgré leurs 7.000 militants et leurs trente ans d’histoire. Certains sont obligés de fermer. ECOSOL propose d’inciter les collectivités territoriales à acheter des produits équitables, comme par exemple les vêtements de travail. On compte 600 villes durables dans le monde, dont 34 en France.

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Et les AMAP ? « Max Havelaar, c’est un commerce Nord/Sud. L’équitable vient de loin. On commence tout juste à aider les paysans d’ici (châtaigne d’Ardèche, tomate de Marmande). L’équitable est encore faible : 1 % du cacao, 3 % du café. Il commence seulement avec le quinoa et la noix de cajou. On ne peut pas faire de l’équitable avec n’importe quoi. Il faut la responsabilité sociale de l’entreprise face aux petits producteurs, paysans ou artisans. »Le siège de Max Havelaar international est aujourd’hui en Allemagne.

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Samedi 14 septembre

 

Une usine de poêles à bois

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Montage d’un poêle à bois à l’usine SUPRA d’Obernai – photo Richard Varrault

Le minibus nous emmène à l’établissement SUPRA d’Obernai, une usine qui fabrique des poêles à bois depuis 1878. Le nouveau directeur, Michel Collin, présente d’abord son entreprise, qui « fait partie du terroir » et du « patrimoine industriel de l’Alsace ». La version « locale et solidaire » d’une industrie tournée vers « la transition énergétique ». Le magasin d’exposition où il nous reçoit est tout nouveau, car, jusqu’à présent, la commercialisation se faisait par VRP et catalogues.

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La marque SUPRA, d’origine, viendrait du slogan « cuisinière SUPRA, cuisinière extra ». L’établissement d’Obernai a racheté en 2011 l’entreprise Richard Le Droff, spécialisée dans la taille du marbre et de la pierre en région parisienne, qui avait été rachetée en 1988 par EDF pour en faire une fabrique de cheminées. D’où la double activité de l’usine : fabrique de poêles en fonte et acier, montage de cheminées en pierre et acier. SUPRA offre même le bouquet énergétique complet pour les maisons neuves : poêle ou cheminée dans le séjour, convecteurs électriques dans les autres pièces… L’usine occupe une surface de 16.000 m2, compte 225 salariés et fabrique 50.000 poêles et cheminées par an.

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L’usine ne fabrique pas de chaudières de chauffage central, mais seulement des poêles ou des cheminées de séjour, que l’on alimente soit en bûches de hêtre ou de charme, soit en granulés. Les matériaux (fonte, acier, verre, etc.) sont achetés à l’extérieur puis travaillés avec des machines automatiques : découpe au laser (machine allemande), poinçonnage (machine italienne), étanchéité des soudures (robot hollandais). La fabrication d’un poêle à bûches simple prend 3 heures et demie, celle d’un poêle à granulés 8 heures, car il y a une régulation électrique et des capteurs. En moyenne, l’usine fabrique chaque jour 70 poêles et 30 cheminées, dont le prix varie de 500 à 5.000 euros.

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Bernard Fischer, maire d’Obernai – photo Richard Varrault

 

Le maire d’Obernai, « fils de paysan, pharmacien et vingt ans de vie publique », nous rejoint alors pour vanter sa commune, qui est passée de 5.000 habitants en 1950 à 11.500 aujourd’hui. Une commune « qui a la banane et suscite l’envie », grâce à ses activités agricoles et industrielles comme l’usine SUPRA et le centre de recherches du groupe Kronenbourg.

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Les jardins de Gaïa

Maison de thé des Jardins de Gaia - photo Jardins de Gaia

Maison de thé des Jardins de Gaia – photo Jardins de Gaia


Cette visite a été racontée par notre consoeur et amie Diana Semaska (lire ici). Je mentionne seulement les arômes notés au passage sur les conteneurs, qui font rêver : fleur d’oranger/bergamote ; maté/menthe/réglisse ; fraîcheur africaine ; thé vert à la rose ; petits lutins vanille/fraise ; fleurs Bollywood ; tourteau d’argousier ; fleurs avec les anges ; tisane de gingko.

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Les jardins de Giessen

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Semis sous les serres aux jardins de Giessen – photo Richard Varrault

L’après-midi se termine à Châtenois, dans une entreprise d’insertion qui fait du maraîchage sous le nom de « jardins de Giessen ». Au départ, en 1986, l’idée était que « la nature pouvait fournir du travail à ceux qui n’en ont pas ». D’où la création d’un CAT (Centre d’aide au travail) au service des collectivités. Le chantier d’insertion, qui travaille depuis 2010 avec les Jardins de Cocagne, emploie une trentaine de personnes, engagés pour six mois ou un an. L’entreprise dispose d’1,2 hectare, dont 18 ares sous serre. Une mauvaise terre, qui ne vaut pas celle d’Obernai (14 mètres d’épaisseur de loess !), accaparée par le maïs. D’où le recours au terreau (acheté aux Pays-Bas et en Allemagne), avec lequel sont faites de petites mottes où sont semées les graines. Avec les serres, la production est plus variée en hiver qu’en été. Il ne reste d’ailleurs actuellement que des pieds de concombres et tomates, qui montent à plus de 2 mètres. La période creuse, pour les paniers, est en avril-mai.

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Les jardins de Giessen fonctionnent en effet comme une AMAP avec distribution de paniers. Mais le système est plus souple, dans la mesure où le client ne s’engage pas forcément. Au nom de « La ruche qui dit oui », les clients (« abeilles ») viennent acheter leur panier librement. Il y a les abonnés, qui paient moins cher, et les clients libres, « moins militants que les amapiens ». Les jardins de Giessen fournissent 250 paniers par an, ce qui n’est pas encore rentable (il en faudrait 400). Mais « le salarié qui passe un an ici connaît toutes les plantes ». C’est un atout appréciable pour la réinsertion.

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Nous attendons la fin d’une belle averse pour regagner le salon d’Obernai, où Alain Duez, qui tient un stand pour son ancien journal L’Age de faire, a fait une conférence pour lancer sa revue Demain en mains et son mouvement d’Economie sociale, solidaire et écologique.

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Dimanche 15 septembre

 

Tourisme au Mont Sainte-Odile

 

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Le cadran solaire unique au monde du Mont Sainte-Odile – photo Richard Varrault

 

Nous partons à trois voitures pour visiter le Mont Sainte-Odile, dédié à la patronne de l’Alsace. La route serpente à travers une haute futaie de hêtraie/sapinière et débouche sur des parkings déjà encombrés car c’est dimanche et le monastère fait le plein. Notre guide, Michel Vogt, se présente comme « un ami des mystères et des châteaux », un amateur de chansons (« de Tino Rossi aux Beatles ») et un militant écologiste qui a créé la radio libre Fréquence verte, toujours en activité, et réalisé des films écolos pour enfants.

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Nous remontons donc au VIIe siècle, lorsqu’un certain Adalric était duc d’Alsace et avait son palais à Obernai. Sa fille Odile, première née, est aveugle. Il faut la cacher pour éviter la honte. Odile veut devenir religieuse et, à 18 ans, recouvre la vue : miracle ! D’où un premier monastère bénédictin en bois, où l’on soigne les mutilés de guerre. C’est donc plutôt un hôpital. Puis est créé un deuxième monastère bénédictin, avec rang d’abbaye. L’édifice actuel, en grès rose, est essentiellement du XVIIIe, mais il n’y a plus que trois ou quatre moniales âgées. Il est donc géré par des laïcs, chargés de recevoir les pèlerins et d’héberger les pensionnaires en retraite.

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La vue sur la plaine d’Alsace est paraît-il superbe, mais elle est alors recouverte d’un épais coton. Nous sommes même parfois dans les nuages ! Notre guide nous conduit au sanctuaire le plus sacré du Mont : la Chapelle des larmes, où se trouve la tombe de Sainte Odile. Le tombeau aurait été ouvert trois fois, mais le squelette, privé de son avant-bras droit pour une relique, a été authentifié dans les règles… La Chapelle, construite en 1935, est entièrement revêtue de mosaïques de style byzantin qui évoque la vie d’Odile, sainte patronne de l’Alsace.

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Les passagers de notre voiture n’ont pas vu le fameux « mur païen » mais ont fait escale à la source de Sainte Odile, où les pèlerins remplissent gourdes et fioles, puis à la « maison de charité » d’Ottrott, où Jean-Claude Noyé a un jour enquêté et où Florence Faucompré envisage de faire retraite, pour essayer les « jeûnes à l’épeautre » et autres saintes privations…

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L’après-midi, Roger Cans fait une conférence sur la prise de conscience écologique en France… en même temps que les tam-tams d’un orchestre africain réfugié là pour éviter la pluie ! Et la troupe reprend enfin le train en gare d’Obernai.

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Membres des JNE présents : Houmi Ahamed-Mikidache, Anneli Airaksinen, Roger Cans, Alain Duez, Florence Faucompré, Carine Mayo, Jean-Claude Noyé, Diana Semaska, Françoise Tondre, Richard Varrault.

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Le décès d’Alain Dupré, grand défenseur des tortues

Notre ami Jacques Fretey, grand spécialiste des tortues marines qui habite aujourd’hui dans une ferme du Lot, nous a appris une nouvelle consternante : la mort brutale d’Alain Dupré le 4 juillet 2013.

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par Roger Cans

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Alain Dupré – photo Chélonée

 

Victime d’une profonde dépression, Alain Dupré s’est jeté sous un RER. Il était secrétaire général de l’association Chélonée et, à ce titre, animait des conférences au Club océanographique de la Mairie de Paris. Il assurait sur internet la veille concernant les tortues marines.

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Alain Dupré avait commencé son parcours professionnel comme pilote de course. C’est donc en autodidacte qu’il est entré dans le milieu naturaliste. Très vite, il se passionne pour les tortues et devient vice-président de la SOPTOM, l’association du Village des Tortues de Gonfaron (Var) qui assure la protection des tortues d’Hermann. Avide de lectures scientifiques, il devient relecteur de la revue de l’association appelée La Tortue, puis responsable de la Commission de protection de la Société herpétologique de France.

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Sa passion pour les tortues le pousse à arpenter le globe pour les observer in situ. C’est à l’occasion d’un voyage de la SOPTOM en Guyane qu’il fait la connaissance de Jacques Fretey, alors basé à Kalimapo pour une campagne Kawana en faveur de la tortue-luth, conduite par le WWF. Il découvre donc la plus grosse des tortues marines, qui vient pondre dans le sable des plages guyanaises et sillonne l’Océan atlantique à la recherche des méduses dont elle se nourrit. Il devient documentaliste de Jacques Fretey, au service du WWF, puis secrétaire général de l’association Chélonée (tortue en grec), qui se consacre à la protection des tortues du monde entier.

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En 1996, en association avec Bernard Devaux et Franck Bonin, il publie un guide des espèces contemporaines de chéloniens appelé Toutes les tortues du monde, édité par Delachaux & Niestlé, avec le parrainage du WWF, une introduction de Jacques Fretey, une préface de Roger Bour et des illustrations de Marc Giraud. Une première dans l’édition francophone.

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En 2011, lors de vacances sur l’île Rodrigues (Océan indien) avec Thierry Fretey, le neveu de Jacques, il apprend par les îliens que les tortues marines ne viennent plus pondre parce que les arbres appelés filaos ont envahi l’arrière des plages. Il en discute avec Aurèle Anquetil et Arnaud Meunier, qui travaillent sur la réserve François Leguat. Il y retourne l’année suivante pour étudier la question, monter une photothèque avec la collaboration des plongeurs et créer l’association CARET (Comité d’action rodriguais d’études et de protection des tortues marines). Pour Chélonée, qui a de grands projets pour l’île de Gorée, au Sénégal, la disparition d’Alain Dupré est une perte terrible.

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A lire aussi, l’hommage de Marc Giraud à Alain Dupré.

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