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Articles avec le tag ‘Roger Cans’


Les fèces à la fête avec Marc Giraud et Thierry Berrod dans « La tête au carré » sur France Inter

Notre confrère Marc Giraud (JNE), qui vient de publier Safari dans la bouse (Delachaux & Niestlé), a participé le 10 novembre à l’émission scientifique de Mathieu Vidard, La tête au carré, diffusée quotidiennement sur France Inter de 14 h à 15 h.

 

par Roger Cans

 

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Marc Giraud, qui prend des notes depuis vingt ans sur les excréments de la faune (sauvage ou domestique), avoue avoir eu du mal à trouver un éditeur pour son dernier ouvrage. Car la société est foncièrement « fécophobe », en ce sens qu’elle ne veut rien savoir sur les fèces, un sujet qui, pense-t-on, n’intéresse que le premier âge (pipi, caca, dodo).

 

Même réticence des chaînes de télévision à l’égard du documentaire sur l’urine réalisé par Thierry Berrod, qui va finalement être diffusé sur Arte le 14 novembre à 22 h 20. Le réalisateur constate un fait indéniable : « On a plus de relations avec la mouche qu’avec le lion ». Mais on diffuse plus d’images de lions que de reportages sur les mouches. Il a visité en Chine une usine de méthanisation où l’on mélange le purin de porc avec les excréments humains. Ces matières « viles » peuvent en fait devenir une source d’énergie appréciable.

 

Marc Giraud souligne qu’une simple bouse de vache est un véritable écosystème, où les insectes coprophages s’installent au-dessous, à l’intérieur et en surface – si toutefois l’on n’a pas administré trop de produits  « sanitaires » à l’animal. Qu’il s’agisse des « boulettes fécales » des termites, de la « neige marine » dégagée par certains animaux marins ou des tortillons rejetés à la surface du sol par les vers de terre, tous les excréments jouent un rôle dans la nature. Darwin, déjà, l’avait noté. A ce propos, notre confrère signale que le vocabulaire désignant les crottes est riche et varié, puisque chaque espèce a sa façon de déféquer.

 

Thierry Berrod indique que l’urine est un élément très complexe, qui peut contenir jusqu’à 3.000 composants. Soit beaucoup plus que le parfum le plus sophistiqué comme le Chanel N° 5, qui contient 1.200 composants. L’urine est d’ailleurs utilisée par certaines populations comme remède ou comme adjuvant.

 

Marc Giraud décrit alors le principe du « latrines lover », qui veut que les mâles déposent les crottes les plus riches possibles afin de convaincre les femelles qu’ils mangent à leur faim. Il rappelle à ce propos que l’ancienne médication du lavement, supposée nettoyer les intestins, était une ineptie. Les intestins, riches en bactéries, permettent aux éléments digérés par l’estomac d’être encore affinés avant l’expulsion. Il ajoute que les vermifuges administrés aux animaux d’élevage sont rémanents et provoquent des dégâts chez les chouettes et les chauves-souris qui mangent les insectes coprophages. Il évoque le problème de l’Australie, autrefois submergée de bouses de vaches sans le moindre bousier. Il a fallu en introduire.

 

Les excréments jouent aussi un rôle majeur dans la diffusion des graines, après digestion des fruits. De même, les crottes d’hippopotames, dispersées à grands coups de queue, nourrissent les poissons du fleuve. Les arbres produisent-ils des excréments ? La question a été posée au botaniste Francis Hallé, qui estime que les éléments digérés se transforment en bois, ce matériau mort qui s’accumule sous l’écorce. Encore une matière dont l’utilité, cette fois, est reconnue par tous.

 

 Vous pouvez (ré)écouter cette émission en cliquant ici sur le site de France Inter.

 

Premières impressions sur le festival de Ménigoute 2014

Comme chaque année, plusieurs membres des JNE ont assisté au 30e Festival international du film ornithologique de Ménigoute (Deux-Sèvres), du 28 octobre au 2 novembre 2014. En voici un compte-rendu.

 

par Roger Cans

 

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Le festival de Ménigoute, lancé en 1985 par Dominique et Marie-Christine Brouard, est devenu un rendez-vous incontournable de tous les naturalistes de France et de Navarre (en l’occurrence la Suisse, la Belgique et autres pays voisins).

 

Comme depuis plusieurs années déjà, Catherine Levesque et Marc Giraud, tous deux membres des JNE, ont été mobilisés pour animer une émission quotidienne, diffusée sur internet (Mainate TV). Et Marc a fait en outre une conférence sur la richesse biologique des déjections intitulée « Safari dans la bouse », titre aussi de l’un de ses récents livres (lire notre recension ici).

 

Car le festival n’est pas seulement une occasion de projeter des films « nature », mais aussi de proposer des conférences, des sorties et des expositions de photographes ou d’artistes animaliers. C’est ainsi que la société herpétologique propose des conférences sur les reptiles et les batraciens. J’ai ainsi appris que la vipère aspic, que l’on croit un serpent méridional, amateur de soleil et de sécheresse, est en réalité un serpent qui craint le climat méditerranéen. D’où son aire de répartition limitée en France au sud de la Loire, hormis la Côte d’Azur, et quelques poches en forêt de Fontainebleau et dans les Ardennes. Au nord de la Loire, la vipère est péliade. Son aire de répartition, très vaste, va de l’Atlantique au Pacifique, jusqu’à l’île russe de Sakhaline.

 

J’ai aussi appris que, parmi les oiseaux qui fréquentent le milieu urbain (pigeon, moineau, merle, mésange charbonnière), seul le pigeon souffre d’un mal lié à sa démarche sur le bitume et dans les caniveaux : ses pattes accrochent des fils et des cheveux qui lui provoquent des nécroses, comparables aux blessures occasionnées par les filets aux tortues de mer et aux dauphins. Mais il ne s’agit pas de malformations de naissance, comme on a tendance à le croire.

 

Ménigoute est aussi l’occasion d’expositions de grande qualité. La photo primée représente un balbuzard pêcheur reprenant péniblement son vol à ras de l’eau après avoir attrapé un poisson trop gros. Une autre, exceptionnelle, représente un tichodrome échelette (très joli oiseau rouge et gris, qui arpente d’habitude les falaises de montagne) posé sur l’épaule d’un ange sculpté sur un portail d’église de la Vienne…

 

Hommage à Robert Hainard

 

Pour son 30e anniversaire, le FIFO avait choisi de rendre hommage à Robert Hainard, cet artiste genevois qui a passé sa vie à l’affût de la faune sauvage, souvent de nuit, afin d’en faire le croquis pris sur le vif, puis de graver sur bois la scène aperçue d’un coup d’œil. Les gravures de Robert Hainard, tout en nuances grâce à sa technique du dégradé et au nombre de planches passées sous la presse à main (une par couleur), constituent une œuvre unique. Certaines rappellent les gravures rupestres de nos lointains ancêtres, elles aussi reflets d’un coup d’œil très sûr. D’autres évoquent les estampes japonaises à la technique merveilleusement aboutie, dont il s’est en effet inspiré. Toutes témoignent d’un amour têtu de la nature, qu’il a par la suite tenté d’expliquer dans son œuvre écrite (Et la nature ?, 1943).

 

La chapelle Boucard, charmant édifice gothique situé en plein bourg, a présenté un choix de gravures d’oiseaux effectué par Marie-Madeleine Defago Paroz, la compagne du fils de l’artiste, Pierre Hainard – étonnant sosie de son père. Des quelque 900 et plus gravures et dessins laissés par Robert Hainard, elle a retenu huit cahiers d’oiseaux, classés par familles. Un magnifique coffret à offrir (http/www hainard.ch/documents/Commande- les oiseaux de RH.pdf).

 

Le festival a projeté un long métrage consacré à l’artiste et au naturaliste genevois. Tous les contemporains qui l’ont connu témoignent dans ce documentaire, réalisé par Viviane Mermod-Gasser, cinéaste suisse. Robert Hainard y est traité sous toutes ses facettes : sculpteur et graveur sur bois, dessinateur, peintre, naturaliste, militant écologiste et penseur original. L’un de ces témoins, Philippe Roch, a fait une conférence sur sa pensée, sous le titre un tantinet provocateur : « Le penseur paléolithique ». Nos amis Michel Terrasse et Roland de Miller (JNE), grands admirateurs de Robert Hainard, ont apprécié ces hommages au grand homme.

 

Eloge des chauves-souris

 

Les hasards de la programmation ont mis en avant deux films très différents : un court-métrage réalisé par deux anciens élèves de l’IFFCAM (l’institut de formation au film animalier sis à Ménigoute), intitulé -  clin d’œil… – Hêtre et avoir. Tourné en Morvan et en Limousin, le film dénonce drôlement l’enrésinement forcené de ces deux régions forestières.

 

Le grand prix (« Lirou d’or » ou loriot) a été attribué au film de Tanguy Stoeklé, du Groupe chiroptères de Provence, Une vie de grand rhinolophe. Tourné en Camargue, on n’y voit ni hérons ni flamants roses, mais des images nocturnes presque toutes en noir et blanc et consacrées à une chauve-souris : le grand rhinolophe. On y découvre une mère gestante qui va donner naissance à son bébé, accroché à ses tétines, comme chez nous autres les mammifères. Une vie de grand rhinolophe, moyen métrage émouvant, a séduit le jury, sans doute rassasié d’oiseaux.

 

Un autre film, Noctulambule, mérite d’être signalé, car lui aussi consacré à une chauve-souris, la grande noctule. On y voit la laborieuse recherche du gîte de ce chiroptère mystérieux, qui niche dans les anciens nids de pic épeiche ou de pic vert. Les jeunes naturalistes auvergnats en découvrent un dans un hêtre encore vivant et escaladent le tronc pour vérifier son existence. Les images de l’animal à l’envol de son nid sont exceptionnelles.

 

Le festival de Ménigoute s’est construit sur l’oiseau. Mais le thème, récurrent aujourd’hui, des milieux, des habitats et des écosystèmes ont conduit le FIFO à s’ouvrir à tout ce qui fait de la nature notre environnement. Films, photos, dessins, peintures, sculptures et céramiques, réunis durant une semaine dans ce chef-lieu de canton des Deux-Sèvres, débouchent sur le plus grand rendez-vous naturaliste de l’Hexagone. L’atmosphère y était conviviale, la météo exceptionnellement favorable (merci le réchauffement !) et les occasions de rencontre parfaitement naturelles.

 

A La Flèche, une rencontre avec Chanee, grand défenseur des gibbons

Chanee, grand défenseur des gibbons, se trouvait récemment en France. Il a été notamment reçu à Paris par les JNE, mais aussi à La Flèche (Sarthe) à l’invitation de l’association Fous de Nature. Voici le compte-rendu de cette conférence.

 

par Roger Cans

 

ban_fous_nature_1000x150aPascal Fournié, président de la nouvelle association Fous de Nature, a invité le public au ravissant Théâtre de la Halle au blé de La Flèche (Sarthe) le 12 octobre 2014, afin d’assister à une conférence avec projection sur un singe bien connu des visiteurs du zoo de La Flèche : le gibbon.

 

Il se trouve en effet que le zoo de La Flèche est partenaire de l’association Kalaweit (gibbon en langue dayak), créée en 1998 par le jeune Français Aurélien Brulé, alias Chanee (gibbon en langue thaï) pour sauver les singes victimes de la déforestation à Bornéo et Sumatra (Indonésie). Ainsi, lorsque les jeunes visiteurs du zoo de La Flèche mettent deux euros dans l’urne pour nourrir les girafes, ces deux euros sont reversés à Kalaweit. Autrement dit, les girafes de La Flèche participent à la sauvegarde des gibbons d’Indonésie !

 

Un parcours fulgurant

 

L’aventure de Chanee, 35 ans aujourd’hui, mérite d’être contée. A dix ans, déjà, Aurélien Brulé se passionne pour les singes. Ne doutant de rien, il écrit au primatologue Jean-Yves Collet, qu’il rencontre dans les Alpes deux ans plus tard. Il découvre le gibbon en 1992 au zoo de Fréjus.

 

Dès lors, il va les retrouver tous les mercredis après-midi, afin de les observer et de noter leur comportement. Il constate que les gibbons se choisissent pour former des couples et restent fidèles à leur partenaire. En cage, les gibbons sont plus agités que dans la nature, ce qui est compréhensible.

 

Fort de ses observations, Aurélien Brulé écrit à seize ans un livre qui est publié en 1996 sous le titre Les gibbons à mains blanches. L’ouvrage suscite un article dans le magazine VSD qui, à son tour, attire l’attention de l’humoriste Muriel Robin. Elle lui téléphone et le garçon, croyant à une blague, réalise que c’est bien Muriel Robin. Elle lui propose de lui payer le voyage pour découvrir les gibbons in situ. A l’été 1997, après son bac, il va donc passer trois mois en Thaïlande, d’abord à la frontière birmane puis à la frontière cambodgienne. C’est là qu’il choisit de se faire appeler Chanee. A cette occasion, il constate de l’avion où il voyage que le ciel est noir des fumées d’incendies en provenance d’Indonésie. C’est sans doute là-bas que le gibbon est le plus menacé.

 

Il rencontre Muriel Robin à son retour, et elle l’encourage à poursuivre sa mission en Indonésie en lui finançant un deuxième voyage. Il débarque là-bas au plus mauvais moment, car le président Suharto est renversé en mai 1998. Il ne s’attarde donc pas à Java, mais s’installe à Bornéo, où les associations de protection de la nature ne s’intéressent qu’à l’orang-outan, primate prestigieux lui aussi très menacé par la déforestation. Il découvre que le gibbon est également mis en péril par l’habitude locale d’élever le singe en cage. Car pour élever un bébé gibbon, il faut d’abord tuer la mère. En Indonésie, il y a ainsi des milliers de gibbons en cage, comme animal de compagnie. La déforestation est aujourd’hui le fait des planteurs de palmiers à huile, qui investissent toutes les plaines accessibles et brûlent la tourbe du sol. Chanee préfère les sociétés d’exploitation forestière qui, elles, maintiennent la forêt dans leurs concessions.

 

Première réserve à Bornéo

 

Chanee se lance donc dans la sauvegarde des bébés gibbons orphelins. Son objectif : « Sauver ce qui peut l’être lorsqu’il est encore temps ». Sa méthode : « Agir dans l’urgence ». Pour financer son projet de réserve, il fonde l’association Kalaweit en 1998. Mais, n’étant pas citoyen indonésien, il ne peut pas acheter de terres.

 

30980_165678443555912_1149541584_nEn 1999, cependant, il obtient l’autorisation officielle du gouvernement pour créer sa première réserve. Il l’installe au centre de Bornéo, dans les montagnes où subsiste la forêt primaire, inaccessibles aux engins de terrassement ou de débardage. Il installe des « volières », ces très hautes et vastes cages où il accueille des gibbons malades, blessés ou abandonnés. La réserve compte aussi une trentaine de gibbons sauvages.

 

En 2002, Chanee déménage sa réserve dans une île, plus accessible. Il ne sauve pas « les » gibbons, mais « des » gibbons, tient-il à souligner. En 2004, il crée un deuxième centre dans l’île de Sumatra, où la déforestation va bon train aussi. Il embauche du personnel : soigneurs, cuisiniers, vétérinaire. En 2012, changement d’échelle : il acquiert la nationalité indonésienne. Dès lors, il peut acheter 211 hectares de forêt, qu’il surveille lui-même avec un parapente à moteur, qui vole lentement à 300 m d’altitude. L’objectif est d’installer des volières isolées dans la forêt, car les gibbons sont territoriaux et n’aiment pas la concurrence. Il a actuellement 254 gibbons en pension, avec une clinique vétérinaire, 31 soigneurs, 4 vétérinaires et deux représentants du ministère indonésien des forêts.

 

Pour la réintroduction dans la nature, qui est le but ultime de Kalaweit, des volières d’acclimatation sont installées à proximité des lieux de lâcher final. Le gibbon y passe trois mois, seul ou en couple, nourri par un monte-charge manuel qui apporte les fruits à 6 m de haut. Les soigneurs ne doivent plus approcher à moins de 20 m de la volière, pour désaccoutumer le singe de l’homme. Les quelques gibbons relâchés sont suivis pendant un an.

 

Une arche de Noé improvisée

 

Bien entendu, comme dans tous les centres d’accueil pour animaux blessés ou abandonnés, toutes sortes d’animaux sont apportés à Kalaweit : macaques, nasiques (5.000 singes de ce type à Bornéo), orang-outan, pythons, cobras, ours, panthères, crocodiles, tortues, civettes, varans, loris (petits mammifères aux canines venimeuses) et même des hirondelles !

 

Les orang-outans sont confiés aux associations spécialisées. Les ours sont parqués dans des enclos électrifiés. Les crocodiles sont relâchés, surtout le faux gavial qui est rare. Un crocodile marin d’une tonne est conservé : il se contente de trois poulets par semaine. L’objectif est de donner une deuxième chance à l’animal, sans suivi, et de sauver un peu « de la » forêt. La réserve de Sumatra est surveillée par des patrouilles équestres, qui s’efforcent de dissuader les braconniers, surtout ceux qui capturent les oiseaux avec appelants et glu.

 

Depuis 2013, Kalaweit participe à la commission des petits primates de l’UICN. En 2014, Chanee a effectué une mission en Chine, où existe une espèce rare de gibbon (on en compte cinq espèces différentes en Asie). L’espèce chinoise ne compte plus que 23 spécimens dans une île. Kalaweit participe à l’action d’une association australienne qui protège les gibbons à Java. Il existe une réserve d’Etat à Bornéo : Pararawen (5.800 hectares).

 

Kalaweit est aujourd’hui bien connue en Indonésie grâce à une radio qui diffuse 24 h sur 24, en insérant des messages sur l’association au milieu de la musique et des blagues. Depuis le 15 août dernier, la grande chaîne de télévision nationale diffuse une émission hebdomadaire sur Kalaweit. Tous les Indonésiens ont entendu parler de l’action en faveur des gibbons. Ce qui n’empêche pas les citadins de continuer à élever le singe en cage, hélas.

 

Chanee est donc aujourd’hui bien installé avec sa famille en Indonésie, où il vit depuis 16 ans. Son association compte 54 salariés et gère un chiffre d’affaire de 450.000 euros par an. Lui aussi est contre l’écologie punitive. Il préfère séduire plutôt que dénoncer, même les planteurs d’huile de palme ou les exploitants de charbon qui détruisent la forêt pour vendre leur production à la Chine. Il préfère expliquer, comme par exemple le cas du crocodile marin qui devient mangeur d’hommes faute de poissons, tués par les rejets miniers toxiques. Lors de son bref passage à La Flèche, il a remercié le vétérinaire du zoo à l’origine du partenariat avec Kalaweit, dont la marraine reste Muriel Robin.

 

Contacts :
kalaweit.france@yahoo.fr
07 86 01 18 87

kalaweit.belgique@yahoo.fr
0470 089 575.

 

La nouvelle écologie au tournant

Notre amie Marie-Pierre Cabello (JNE) et sa complice Patricia Ricard ont relancé le 7 octobre à Paris leur série des « Mardis de l’environnement » de la Fondation d’entreprise Ricard, avec un thème assez large : « la nouvelle écologie ».

par Roger Cans

Notre confrère de L’Express, Olivier Le Naire, est l’auteur d’un ouvrage (sortie en librairie le 8 octobre 2014 aux éditions Actes Sud/Les liens qui libèrent) où sont interrogés dix « Voix d’espérance » – c’est le titre de l’ouvrage—qui, chacune, plaide pour une valeur d’espoir : Nicolas Hulot pour le courage, Cynthia Fleury pour l’imagination, Anne-Sophie Novel pour la lucidité, Frédéric Lenoir pour le discernement, Dominique Méda pour l’audace, Pierre Rabhi pour la beauté, Pierre-Henri Gouyon pour la conscience, Abd el Malik pour la fraternité, Erik Orsenna pour la vérité, et Françoise Héritier pour la joie. Il a été encouragé à cette publication par le succès du précédent livre d’entretien avec Pierre Rabhi, qui s’est vendu à 100.000 exemplaires. Il voit là le signe que la pensée écologique, au sens large, diffuse dans le corps social, car « la question environnementale surdétermine tout ».

 

 

Stéphane Riot est le fondateur de Nove Terra, réseau d’experts et de chercheurs qui souhaitent accompagner les entreprises à la recherche d’un nouveau modèle de développement durable. A l’origine, il était chargé de « l’intelligence économique », autrement dit de l’espionnage industriel pour le compte de Vivendi. Mais le PDG Jean-Marie Messier a conduit le groupe dans une impasse et Stéphane Riot a changé son fusil d’épaule. Désormais, il s’applique à pousser les entreprises vers un nouveau mode de développement, qui implique « l’intelligence collective », les relations horizontales et non pyramidales, l’usage d’un bien plutôt que sa propriété, le bon sens paysan, le partage et l’interdépendance. « Les Américains ont lutté autrefois pour leur indépendance, nous luttons aujourd’hui pour l’interdépendance ». Finalement, constate-t-il, « la crise nous pousse à innover ».

 

Cédric Péchard, lui aussi, est le produit d’une grande école et a d’abord travaillé pour un groupe multinational de l’agroalimentaire, en l’occurrence Nestlé. Lui aussi a complètement changé son fusil d’épaule en créant UpCycle, afin de recycler les ressources alimentaires inutilisées. C’est que l’alimentation des villes, aujourd’hui, entraîne des coûts de transport considérables et la production de déchets perdus pour tout le monde. Il s’est donc lancé dans une expérience inédite : le recyclage du marc de café, le déchet d’un grain qui est la denrée alimentaire la plus échangée dans le monde. Il a donc fondé sur la plateforme du grand marché de Rungis une « ferme urbaine » qui recycle le marc de café. Pour cela, il récupère les déchets des distributeurs automatiques de la région parisienne, sauf les capsules, soit 5 tonnes par semaine. Avec ce marc de café, ensemencé de mycélium (acheté localement), il cultive des pleurotes d’une qualité exceptionnelle, aujourd’hui recherchée par les grands cuisiniers. Il s’est inspiré pour cela de trois modèles qu’il a rencontrés en Chine, aux Etats-Unis et au Zimbabwe. En Californie, on fournit un produit de luxe, mais au Zimbabwe, on fait travailler les pensionnaires d’un orphelinat pour un produit bon marché. UpCycle produit aujourd’hui un kit de marc de café ensemencé (de 15 à 20 euros le carton de format bouteille) qu’il suffit d’ouvrir pour voir pousser les pleurotes. Cédric Péchard souligne que, au terme de trois cycles de production de champignons, le marc restant peut être recyclé comme engrais maraîcher.

 

Philippe Girard est aujourd’hui président de l’association Innovation en Action, qui promeut la responsabilité sociale et environnementale (RSE) en région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Depuis dix ans, cette association s’efforce de réunir chefs d’entreprises et responsables syndicaux pour qu’ils se mettent d’accord, ensemble, sur une stratégie de RSE. FO et CFDT participent, mais pas la CGT, par principe contre toute cogestion avec le patronat. L’association attribue chaque année des trophées aux meilleures initiatives en ce sens, où le « souci de l’individu » est privilégié. « Non, on ne fait pas de la RSE sans le savoir, comme certains le répètent. La RSE, c’est une stratégie, une vision ». Lui aussi affirme qu’il faut profiter de la crise pour innover, pour changer.

 

Voyage JNE BiObernai 2014 : quel avenir pour la vallée de la Bruche ?

Au terme de leur voyage en Alsace effectué lors du salon BiObernai, les JNE se sont penchés sur l’avenir de la vallée de la Bruche.

 

par Roger Cans

 

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Au coeur de la vallée de la Bruche en Alsace – photo Françoise Tondre

Avec Pierre Grandadam, président de la communauté de communes (comcom) de la vallée de la Bruche, et Jean-Sébastien Laumond, chargé de mission paysage, nous jetons un coup d’œil à un belvédère aménagé pour contempler le résultat d’une politique d’ouverture des paysages au profit d’associations foncières pastorales.

 

La vallée de la Bruche, nous dit-on, a périclité après la mort des industries textiles, vers 1950. Les pâtures se sont embroussaillées et les paysages se sont fermés avec l’extension naturelle des épicéas. L’objectif de la comcom : « enlever la forêt où elle n’est pas à sa place ; retrouver des espaces ouverts avec des prés et des brouteurs (chèvres, chevaux, etc.) ». Cette politique d’ouverture a commencé dans les pâturages d’altitude, que l’on maîtrise mieux. Et l’on descend maintenant dans les fonds de vallées, beaucoup plus sensibles.

 

On poursuit la piste jusqu’au col de la Perheux (700 mètres), où se trouve une ferme auberge rachetée par la comcom et louée à un éleveur allemand. Sur 75 hectares, il produit du lait, du fromage et de la viande. Puis c’est la descente de la basse vallée, qui permet d’apercevoir l’immense et unique scierie de la Bruche à Urmatt (Bas-Rhin). Elle est la propriété d’un groupe finlandais.

 

Cet article a été réalisé dans le cadre du voyage JNE au Salon BiObernai 2014.

 

Voyage JNE BiObernai 2014 : le pain bio cuit au bois du Turlupain

Au cours de leur voyage en Alsace effectué lors du salon BiObernai, les JNE ont savouré les pains du Turlupain, boulangerie installée au coeur de la vallée de la Bruche.

 

par Roger Cans

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La boulangerie Turlupain à Saales (Bas-Rhin) – photo Turlupain

 

Vers 13 h 30, en ce dimanche 14 septembre 2014, nous sommes attendus au Turlupain, une boulangerie bio qui a préparé des plateaux de charcuterie à déguster avec le pain maison, cuit au bois.

 

Le patron, qui n’est ni alsacien ni boulanger de formation (il a fait du droit), a tout de même 28 ans de pain bio derrière lui (il a 56 ans), dont plusieurs années à Orbey (Haut-Rhin), où un céréalier alsacien le fournissait en exclusivité.

 

A la recherche d’un nouveau lieu dans cette vallée de la Bruche méconnue, il s’est présenté la première fois en 2009, arpentant le pays à pied. Il a rencontré le maire et trouvé un financement grâce à Alsabail, dont le président n’est autre que… Bernard Fischer, maire d’Obernai !

 

Le magasin et les fours, flambant neufs, viennent d’être inaugurés. Deux fours ont été construits à l’ancienne, l’un pour le pain, l’autre pour les viennoiseries. Ils sont approvisionnés par des chutes de scieries. Turlupain vent la moitié de sa production dans les magasins bio (il livre lui-même avec son fourgon), 30 % sur les marchés et 20 % dans sa boutique.

 

Cet article a été réalisé dans le cadre du voyage JNE au Salon BiObernai 2014.

Voyage JNE BiObernai 2014 : Saales, village méritant

Au cours de leur voyage en Alsace effectué lors du salon BiObernai, les JNE ont visité le village de Saales, dans le Bas-Rhin.

 

par Roger Cans

 

Jean Vogel VVF Saales

Jean Vogel, maire de Saales (Bas-Rhin), présente aux JNE le VVF (Village Vacances Familles) de sa commune – photo Carine Mayo

 

Le 14 septembre, le groupe de journalistes des JNE visite le village de Saales (Bas-Rhin), où le maire, Jean Vogel, nous présente sa commune. Celle-ci est située sur une faille géologique, entre grès et granite. Commune forestière (750 hectares dont 565 de forêt communale), replantée sur ordre de Colbert.

 

L’exode rural a fait passer la commune de 1.500 habitants à 750, au plus bas. On en compte 900 aujourd’hui. Un problème nouveau vient du dégât de gibier. Avec la tempête Lothar, en 1999, 15 hectares ont été jetés à bas. Les chevreuils ont occupé le terrain et interdit toute régénération naturelle. On ne peut rien cultiver sans installer des grillages et des barbelés.

 

Saales est très fière de son réseau d’eau potable (26 fontaines au total). Nous visitons la station de traitement par rayons ultra-violets, procédé très économique. Saales ne compte plus que quatre agriculteurs, dont l’un dispose de 99 % des terres et les trois autres 1 % (dont un éleveur d’escargots et un éleveur de rapaces). La spécialité de la commune, c’est « les petits fruits » (myrtille, sureau et autres baies sauvages), dont on fait des confitures.

 

Nous visitons le VVF (45 logements, 240 lits), qui a été entièrement réaménagé aux normes écologiques (isolation, chauffage aux granulés de bois, centre de remise en forme au lieu d’une piscine).

 

Nous terminons par le verger planté sur un coteau anciennement envahi d’épicéas. Jean Vogel souligne l’importance d’ouvrir les paysages qui se referment. Les arbres forestiers ont été remplacés par 300 arbres fruitiers, essentiellement des pommiers (80 %), correspondant à une tradition locale (l’alcool de pomme). C’est pourquoi, parmi les 90 variétés présentes, très peu donnent des pommes à couteau.

 

Le maire de Saales nous parle enfin de son projet de dix éoliennes, financées par actionnariat populaire. Deux seulement ont pu être montées, car les propriétaires de résidences secondaires se sont mobilisés pour s’opposer au projet, via de multiples recours.

 

Cet article a été réalisé dans le cadre du voyage JNE au Salon BiObernai 2014.

 

Voyage JNE BiObernai 2014 : ces Incroyables Comestibles dans leur drôle de moulin

Au cours de leur voyage en Alsace effectué lors du salon BiObernai, les JNE se sont familiarisés avec les Incroyables Comestibles.

 

par Roger Cans

 

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François Rouillay présente aux JNE le siège du mouvement Incroyables Comestibles à Colroy-La-Roche (Bas-Rhin) – photo Magali Reinert

 

Le dernier jour, le dimanche 14 septembre, les organisateurs de BiObernai nous ont programmé une journée « verte », en l’occurrence dans la vallée de la Bruche.

 

Notre première étape, à Colroy-La-Roche (Bas-Rhin), nous conduit au vieux moulin qui est le siège du mouvement Incredible Edible, devenu en France Incroyables Comestibles.

 

Nous y sommes accueillis par François Rouillay, ancien haut fonctionnaire converti à l’agriculture urbaine, telle qu’elle a été imaginée en 2008 à Todmorden. Cette ville d’Angleterre, sinistrée par la crise, a retrouvé une âme avec Incredible Edible, un mouvement héritier des jardins ouvriers et de l’agriculture communautaire. Cette fois, on fait tomber les barrières et on partage la production des buttes auto-fertiles, constituées de 9 strates (depuis le bois pourri jusqu’à la paille de surface, en passant par les vieux cartons pour la cellulose).

 

Cette forme de permaculture permet de produire sans rien faire pendant cinq ans. Car, « avec une calorie, on en fait vingt ». Tout le monde peut se servir. On nous assure que la ville de Leeds (700.000 habitants) se prépare ainsi à l’autosuffisance alimentaire. Des expériences semblables ont lieu au lycée français de Tananarive (Madagascar), à Montréal et à Sherbrooke (Canada), ainsi qu’au Maroc (potagers solaires). Et l’université Champollion d’Albi (Tarn) se prépare à devenir la capitale de la permaculture.

 

Nous sommes invités à un brunch à la Cheneaudière, un Relais & Châteaux de vieille souche, où même l’ascenseur se dissimule sous des parois végétalisées. On n’y sert que des produits locaux, sauf les pamplemousses et les viennoiseries.

 

Cet article a été réalisé dans le cadre du voyage JNE au Salon BiObernai 2014. Sur le mouvement Incroyables Comestibles, lire aussi l’article de Suzanne Körösi sur notre site.

 

Voyage JNE BiObernai 2014 : les handicapés au service de l’agriculture

Au cours de leur voyage en Alsace effectué lors du salon BiObernai, les JNE ont visité le 13 septembre 2014 une entreprise solidaire : Soli’Vers.

 

par Roger Cans

 

Solivers caleches

Pierre Hoerter, président de Soli’Vers, présente aux JNE les calèches fabriquées dans cette entreprise solidaire de Molsheim (Bas-Rhin) – photo Carine Mayo

 

Dans l’après-midi du 13 septembre, le car nous emmène à Mosheim (Bas-Rhin), où se trouvent les bâtiments de la Main Verte et du magasin Virtuose, gérés solidairement par Soli’Vers.

 

La Main Verte, créée en 1992, fournissait des prestations de service à l’agriculture avec des déficients intellectuels. C’était une main-d’œuvre saisonnière pour les maraîchers, les vergers et les vignes. Le démarrage a été difficile. L’objectif est de conduire les handicapés vers un CAP professionnel.

 

« On sort du handicap avec la compétence », dit Pierre Hoerter, le président de Soli’Vers. Dans les débuts, le problème était de regrouper les jeunes sur le quai de la gare. Ils ont ensuite été hébergés dans un local d’EDF. Depuis 2013, tout est regroupé à Molsheim, dans des locaux aménagés à dessein. On y expérimente des bûches en fibre de maïs, qui permettent de convertir des fanes inutilisées en combustible. On espère un brevet…

 

Cet article a été réalisé dans le cadre du voyage JNE au Salon BiObernai 2014. Sur Soli’Vers, lire aussi l’article de Myriam Goldminc sur notre site.

 

Voyage JNE BiObernai 2014 : l’atelier de peinture bio de Patrick Fischer

Au cours de leur voyage en Alsace effectué lors du salon BiObernai, les JNE ont visité le 13 septembre 2014 l’entreprise de peinture bio de Patrick Fischer.

 

par Roger Cans

 

peinture-fischerNous partons pour Rosheim (Bas-Rhin), afin de visiter une entreprise de peinture qui, à première vue, n’a rien d’extraordinaire. Mais la visite nous ouvre les yeux sur un entrepreneur, Patrick Fischer, qui exerce un métier unique : il restaure avec des peintures élaborées à l’ancienne, avec des minéraux, des végétaux et des produits animaux naturels. L’entreprise de son père, créée en 1957, fabriquait des peintures à l’huile de lin et à la térébenthine. Lui-même a fait son service militaire dans les chasseurs alpins, ce qui l’a branché sur les Alpes. Il est devenu guide de montagne et a découvert les meubles peints, puis les fresques des monastères de Toscane.

 

Donc, pas question de se servir des peintures au vinyle ou glycérophtaliques. Il s’en tient aux vieilles recettes, plus exigeantes. Pour restaurer un vieux mur, il étale d’abord du savon noir, de la cire d’abeille, de la crème de lait, de la chaux, de la poudre de marbre et enfin les pigments. C’est ainsi qu’il restaure l’église Sainte-Aurélie, un temple protestant de Strasbourg. Les bancs de l’église, en sapin, ont été peints en faux chêne. Il doit retrouver les techniques du faux chêne ou du faux marbre, longtemps utilisées aux siècles précédents. Pour cela, il dispose d’un matériel précieux : brosses et pinceaux en poils de martre, de blaireau, de sanglier. Et même des rouleaux en latex.

 

Suprême raffinement, il cultive dans le jardin attenant à son atelier des plantes tinctoriales comme la garance, le pastel et le sureau. « J’ai le défaut d’être puriste », dit-il. Patrick Fischer est à la fois un artisan et un artiste. Ce qui fait de son entreprise une merveille d’ingéniosité et de talent.

 

Cet article a été réalisé dans le cadre du voyage JNE au Salon BiObernai 2014. Sur l’entreprise de peinture Fischer, lire aussi l’article de Magali Reinert sur notre site.