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Articles avec le tag ‘Roger Cans’

Où en est-on du débat sur la transition énergétique ?

Voici le compte-rendu du petit-déjeuner de presse JNE à l’IDDRI le 28 mars 2013.

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par Roger Cans (avec Laurent Samuel)

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L’organisateur de la rencontre, Olivier Nouaillas, présente les intervenants, en l’occurrence Laurence Tubiana, directrice de l’IDDRI – Sciences Po (Institut du développement durable et des relations internationales) et Michel Colombier, directeur scientifique de l’IDDRI.

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Olivier Nouaillas rappelle que les JNE présents à Rio+20 avaient eu l’an dernier l’occasion d’une première rencontre, dans le cadre privilégié d’un appartement avec vue sur la plage de Copacabana… Laurence Tubiana est aujourd’hui « facilitatrice » du Conseil national du débat sur la transition énergétique (CNDTE).

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Laurence Tubiana, directrice de l’IDRRI – D.R.

Laurence Tubiana indique que le Conseil national et ses pôles régionaux en sont aujourd’hui plus qu’à mi-parcours, puisque ses travaux doivent déboucher courant juillet prochain, avec un rapport au gouvernement. Elle anime le comité de pilotage. Quatre groupes ont été d’abord constitués :

- L’efficacité énergétique.

- Les énergies renouvelables.

- Le mix énergétique.

- Gouvernance et sûreté.

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Un cinquième groupe est né ensuite pour le financement, la compétitivité et l’emploi. Plusieurs milliers de débats ont donc eu lieu à ce propos, mais sans guère d’écho dans les médias, car il y a une clause de confidentialité. Mais, sur internet, le site fonctionne.

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Pour commencer, il a fallu faire l’état des lieux. On a ensuite pris en compte l’engagement européen pour la décarbonation et la précarité énergétique de beaucoup de nos concitoyens. Résultat : « on est loin du 20% d’énergies propres et du facteur 4 en 2025. Nous avons rencontré un problème difficile : il n’existe pas en France d’outil disponible pour faire un bilan complet de la production et de la consommation d’énergie. Pour l’avenir, nous avons environ 25 scénarios différents. Nous n’avons plus l’équivalent de ce que le commissariat au Plan avait publié en 1997. »

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« La question mère est la maîtrise de la demande : comment vivre mieux en consommant moins. Il nous faut un outil pour l’échéance de 2050. La wish list du Père Noël ne suffit pas. Et nous avons une obsession : ne pas détruire d’emplois. »

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Michel Colombier, directeur scientifique de l’IDDRI

 

Michel Colombier revient sur le sujet de départ : pourquoi la transition énergétique ? Il explique qu’on y est déjà, bon gré mal gré. Ce n’est pas une lubie du gouvernement ou des écolos. C’est un fait. On envisage déjà le gaz naturel pour les véhicules, ainsi que les sous-produits de la biomasse. Quatre grandes trajectoires sont envisageables :

1) On continue comme avant avec la stabilisation de la demande prônée par l’ADEME, appuyée sur le nucléaire et la biomasse.

2) On vise un changement structurel de la demande grâce à des mesures techniques : efficacité énergétique avec la voiture à deux litres de carburant aux 100 km, isolation des logements, etc.

3) On s’oriente vers la sobriété énergétique (comme dans le scénario Négawatt) en misant sur une déconnexion entre confort et demande en services énergétiques.

4) On lutte contre l’étalement urbain et ses effets désastreux sur les transports, ainsi que sur les multiples navettes des produits manufacturés.

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« Dans le débat en cours, on observe deux a priori bien ancrés : le nucléaire et les énergies fossiles. Il nous faut dépasser ces préjugés quasi religieux. »

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Question : la consommation d’électricité ne peut que monter avec la multiplication dans les foyers d’appareils « branchés » (téléviseurs, ordinateurs, congélateurs, portables, etc.). Quelle que soit l’origine de cette électricité, c’est elle qui commande dans notre société. Comment, dans ces conditions, maîtriser la demande ?

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Michel Colombier répond que des progrès énormes ont été faits pour produire des appareils électro-ménagers moins gourmands en électricité. La maîtrise de la demande commence là.

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Laurence Tubiana souligne la difficulté d’intervenir en France, pays de propriétaires, où le foncier est sacré.

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Michel Colombier indique que si l’on veut réduire le recours au nucléaire et aux énergies fossiles, il faut bien développer la biomasse. Mais il met en garde contre ceux qui décrètent en la matière le bon et le mauvais. Nous ne disposons pas de scénario de référence. Celui de l’AIE (Agence internationale de l’énergie) n’a rien à voir avec celui de RTE (Réseau de transport d’électricité) ou de l’Union européenne. En matière de bâtiment, même l’ADEME est désemparée…

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Laurence Tubiana insiste pour dire que le débat peut réussir à sensibiliser le public et les acteurs économiques. A qui lui demande s’il faut du courage politique pour promouvoir cette démarche, elle répond : « Pourquoi le gouvernement encouragerait-il la consommation d’énergie ? » L’Allemagne pousse à la transition, le Royaume-Uni aussi. La France ne peut qu’y souscrire, surtout si elle accueille le sommet Climat en 2015. Le rapport du CNDTE ne finira pas dans un tiroir, car ce n’est pas une commission. Il débouchera sur une loi de programmation.

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A propos du Millénium de l’eau

Voici le compte-rendu d’un atelier qui se tenait le 20 mars 2013 au Centre d’accueil de la presse étrangère (CAP) du Grand Palais, organisé par l’AJE (Association des journalistes de l’environnement).

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par Roger Cans

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Alain Boinet, représentant de l’association Solidarités international, présente l’action de son ONG, qui intervient en cas de crise, de conflit ou de catastrophe naturelle. L’association a aujourd’hui 18 missions à travers le monde, qu’il s’agisse d’eau, d’assainissement ou d’hygiène.

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Dernières missions en date : Haïti, Soudan, Congo Brazza, Congo Kinshasa, Pakistan. « Notre problème, c’est d’assurer la pérennisation des installations d’urgence, et donc d’obtenir l’appropriation des installations par la population. » L’ONU se félicite d’avoir dépassé ses objectifs en affirmant que, en 2012, il n’y a plus que 783 millions d’habitants de la planète (11 %) qui n’ont pas accès à l’eau. Mais cela ne correspond pas à la réalité, car il ne faut pas confondre l’eau améliorée (distribuée au robinet de quartier) et l’eau potable (qu’on peut boire sans risque). En 2004, on a dénombré 3,2 millions de morts par l’eau. « Nous estimons, nous, que 3,3 milliards d’habitants ont accès à une eau dangereuse à boire ».

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Cassilde Brénière, qui représente l’Agence française de développement (AFD), souligne que tout le monde doit avoir accès à l’eau, élément vital. Mais l’eau est souvent loin, et pas améliorée, donc dangereuse à boire. Le grand problème, c’est l’assainissement et l’épuration des eaux usées. Pivot de la coopération française, l’AFD finance l’accès à l’eau de 800.000 personnes et l’assainissement de 500.000 autres. Au Congo Kinshasa, à la frontière du Burundi, c’est un enjeu de lutte contre le choléra. Le problème, effectivement, c’est l’entretien des installations, et donc le financement local. La régie des eaux locale ne fournit l’eau que par intermittences. L’association OXFAM pratique là-bas la chloration au seau pour 150.000 personnes. Le chlore tue les germes, mais ne rend pas l’eau vraiment potable. Et cela revient plus cher que la fourniture d’eau en continu.

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Mathieu Lecorre, représentant du GRET (ONG de développement française), rappelle que la Coalition Eau est née à Mexico et réunit aujourd’hui 35 ONG. « L’accès à l’eau ne veut rien dire. En Afrique, le continent le plus en retard, le marigot est souvent à plusieurs kilomètres. La pompe à main à 500 m représente un grand progrès. Mais l’eau n’est toujours pas à domicile ». La situation est pire en matière d’assainissement. Même en Europe, où 20 millions d’habitants ne sont pas raccordés !

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Jean Hartz, élu de la Communauté d’agglomération d’Evry (Essonne), présente l’exemple de coopération décentralisée menée depuis 1990 entre sa collectivité et la ville de Kayes, au Mali. Il reconnaît que, dans les débuts, des erreurs ont été commises : dons d’argent ou de matériel sans suivi. « Aujourd’hui, on ne donne plus d’argent, mais on forme des personnels ». La coopération repose aujourd’hui sur un agent qui a travaillé quatre ans à Saint-Louis du Sénégal et deux ans à Kayes. Deux rues ont été aménagées en ville avec robinets, puisards, mini égouts et pavage. Les riverains paient le service. Un lagunage est prévu pour préserver le fleuve Sénégal. A Bamako, on dénombre chaque année 150.000 à 200.000 nouveaux habitants. Ils sont logés dans des concessions sans aucun aménagement pour l’eau.

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Christophe La Jallé, chargé de l’objectif du Millénium de l’eau, estime que les OMD (Objectifs du millénaire pour le développement) sont très utiles. En 2000, ce fut l’eau, en 2002, l’assainissement (au sommet de Johannesburg), et en 2008, la mise en route du programme. « L’important n’est pas de faire du chiffre, mais de sensibiliser les populations et d’accompagner les infrastructures ». L’ONU a eu tort d’annoncer l’an dernier des objectifs dépassés. L’Afrique et l’Asie centrale sont très en dessous des objectifs à atteindre.

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Les journalistes et l’expertise scientifique

Voici le compte-rendu du petit-déjeuner des JNE à la mairie du 2e arrondissement de Paris, le 19 mars 2013, sur le thème : « Les journalistes d’environnement face à l’expertise scientifique : qui croire ? »

par Roger Cans (avec Laurent Samuel)

 


Introduit par Olivier Nouaillas, vice-président des JNE, le débat se focalise d’abord sur l’ « affaire Séralini ». Stéphane Foucart, journaliste au Monde, évoque les « Tobacco documents » qui relatent la façon dont les fabricants de tabac ont manipulé l’opinion pendant 50 ans. A ses yeux, Gilles-Eric Séralini a utilisé des méthodes comparable en créant « une forme d’incertitude et de doute » au sujet des OGM. Mais il s’empresse de préciser que les critiques contre Séralini ont également été instrumentalisées.

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Pour Guillaume Malaurie, journaliste au Nouvel Observateur, qui a révélé l’étude controversée en une de son hebdo, Gilles-Eric Séralini a « fait la démonstration de l’ignorance » quant aux effets des OGM. Il n’y a pas d’études à long terme. La notion d’équivalence en substance est arbitraire. Pourtant, elle gouverne la politique des organismes internationaux. De son côté, Stéphane Foucart estime que le principe dose-poison édicté par Paracelse est caduc.

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Guillaume Malaurie explique son malaise après la destruction des vignes OGM plantées par l’INRA à Colmar. Stéphane Foucart renvoie à l’appel d’Heidelberg, avant le sommet de Rio en 1992.

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Dominique Martin-Ferrari constate que l’écologie scientifique manque aujourd’hui de mouvement porteur. Elle n’a plus de penseur, sauf peut-être Edgar Morin, et encore. Le professeur Séralini est bien seul.

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Guillaume Malaurie estime que l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) marque un grand progrès. Grâce à elle, on s’est lancé sur bien des études, notamment sur le lait, les boissons énergisantes ou l’aspartame. Ces études n’ont pas toujours débouché, mais elles ont secoué le cocotier. Pour Dominique Martin-Ferrari, on s’est penché sur un produit, une marque, mais pas sur un concept.

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Laurent Samuel souhaite que l’on revienne au cas Séralini. Stéphane Foucart explique alors que le chercheur utilise les mêmes techniques que ceux qui le disqualifient, en se fondant sur des statistiques insuffisantes. Il évoque les rats utilisés par Philip Morris pour tester les additifs du tabac, afin de le rendre plus addictif. Ni Philip Morris, pour le tabac, ni Séralini ne prennent assez de rats pour apporter la preuve de l’innocuité ou de la nocivité des OGM et du Round Up. Séralini avait sans doute peur de ne pas pouvoir prouver ce qu’il voulait.

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Stéphane Foucart pense que l’on devrait se préoccuper davantage du Bisphénol A, qui nous concerne tous. Ce perturbateur endocrinien provoque en effet des cancers de la prostate et du sein, et aussi l’infertilité. Contre les OGM, tout le monde est d’accord, mais personne ne se mobilise contre le bisphénol A. C’est la même chose pour les néonicotinéides : on s’indigne pour quelques pieds de vigne à Colmar alors que l’on cultive des milliers d’hectares insecticides.

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Guillaume Malaurie regrette que Seralini en ait trop fait. Deux ans de recherche, c’est insuffisant. Mais il vise avant tout le glyphosate, qui rend les plantes insecticides. Le Round Up tue les plantes, mais pas seulement. Par la transgénèse, il attaque le foie et les reins.

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Pour Stéphane Foucart, le scandale, c’est que les effets du Cruiser sur les abeilles aient été évalués par l’INRA et Dow Chemical. Les lobbyings s’annulent. Avec le tabac, on voit clair : si vous payez un scientifique, il fera une étude qui vous donnera satisfaction.

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Roger Cans souligne alors que les grandes entreprises, donc les grandes marques, ne font pas du lobbying direct auprès de la presse. Elles passent par des agences de consultants, qui sont au service de plusieurs marques. Bien des universitaires ou juristes « indépendants » travaillent ainsi comme « consultants ». Les conflits d’intérêt sont alors inévitables.

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Deux ouvrages sont recommandés en fin de séance : L’industrie du mensonge, publié aux Etats-Unis en 1995 par John Stauben et Sheldon Rampton, et traduit en France aux éditions Agone en 2004 et 2012. Et, bien sûr, l’ouvrage de Stéphane Foucart intitulé La fabrique du mensonge, que vient de publier Denoël.

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Cliquez ici pour lire le point de vue de Michel Sourrouille sur ce petit déjeuner.

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Vers un tribunal de la nature pour condamner les « écocides » ? : un débat sur France Inter

Voici le compte-rendu de l’émission de Stéphane Paoli, 3D, le Journal, diffusée sur France Inter le 3 février 2013.

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par Roger Cans

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Invités à l’émission : Valérie Cabanes, juriste en droit international au Parlement européen ; Philippe Desbrosses, agriculteur à la ferme de Sainte-Marthe (Loir-et-Cher) et docteur en écologie ; Alfredo Pena-Vega, sociologue et complice d’Edgar Morin pour un tribunal international de la nature, élaboré à Rio+20 et dont il est le coordinateur ; Jean Jouzel, paléoclimatologue et membre du GIEC, interviewé dans son train.

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Stéphane Paoli s’entretient d’abord avec Jean Jouzel, dans son train. Le scientifique confirme que, grâce aux carottages effectués en Antarctique et au Groënland, on dispose du relevé du climat des 800.000 dernières années. Et l’on constate que la teneur de l’air en CO2 n’a jamais été plus importante qu’aujourd’hui. La diminution des glaciers au Groënland est spectaculaire, et provoque la montée du niveau de la mer d’un millimètre par an. Et la surface des glaces de mer dans l’océan Arctique est réduite de moitié. Stéphane Paoli s’étonne que, devant ces évidences scientifiques, on n’ébranle pas plus le monde citoyen et politique. Jean Jouzel répond que, avec des collègues comme Claude Lorius, il essaye de convaincre les politiques. Il a participé au Grenelle de l’environnement et s’est efforcé de porter la bonne parole jusqu’aux citoyens de base. Stéphane Paoli le félicite pour le prix Vetlesen, l’équivalent du prix Nobel de l’environnement.

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Valérie Cabanes explique alors que, grâce au traité de Lisbonne, on peut interpeller le Parlement européen et la Commission européenne, du moment qu’un million de citoyens de sept pays européens signent personnellement une pétition en ligne. Neuf élus européens de 9 pays, « surtout des femmes », ont demandé que « l’écocide », concept né en 1970 sur le modèle du crime de guerre ou crime contre l’humanité, soit pris en compte par l’UE. Cette demande a été rejetée en 1995, notamment à l’initiative de la France pour protéger sa technologie nucléaire. La demande a été renouvelée le 21 janvier 2013, qui donne un an à la pétition pour interpeller les institutions européennes. Valérie Cabanes estime que « l’impuissance citoyenne peut être surmontée », comme on le voit au Brésil avec l’opposition au barrage de Belo Monte, en Amazonie. Elle prend comme exemple le mouvement Colibri, initié en France par Pierre Rabhi.

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Suit un « radio trottoir » de Jean Pierrot sur le terme « écocide ». Les passants interrogés évoquent Fukushima, l’Amoco Cadiz, Coca-Cola qui accapare l’eau en Inde, et l’océan des plastiques. D’autres ne comprennent pas le terme.

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Stéphane Paoli s’entretient alors avec Philippe Desbrosses qui, en évoquant Rio+20, parle d’un « Munich de l’environnement » et dénonce l’accaparement des ressources de la planète par quelques-uns. « Je suis dans le monde d’après, car ce monde va s’effondrer et il faut donc reconstruire à côté ». Le syndrome du Titanic. Il annonce que son mouvement regroupe aujourd’hui des traders, des centraliens, des polytechniciens, des chercheurs de l’INRA, etc. C’est « l’esprit nouveau qui arrive ».

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Un tribunal pénal, demande Stéphane Paoli ? Valérie Cabanes demande que la loi prévoie que la Cour européenne de justice et le Tribunal pénal international puissent se saisir d’un écocide. Après l’Erika, Total a été condamné à payer 200 millions de dommages à l’environnement. Mais qu’est-ce que 200 millions quand on fait 12 milliards de bénéfices ? Et la condamnation ne concerne que le groupe Total, pas une personne. En demandant une loi sur les écocides, nous demandons une loi sur le commerce, une loi pour la paix. Les énergies vertes et la transition énergétique, c’est commercial. Et cela peut contribuer à la paix entre pays pauvres et pays riches.

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Stéphane Paoli s’étonne de notre aveuglement devant tant d’évidences. Jean Jouzel précise qu’il appartient à la Fondation Nicolas Hulot, qui s’efforce de sensibiliser le grand public. Philippe Desbrosses revient sur la PAC, à ses yeux désastreuse, puisqu’elle subventionne les cultivateurs les plus riches. Il ajoute que, par exemple, au Mexique, il n’y a plus que 20 % de terres arables en raison des méthodes de culture. Il dénonce la « collusion entre politiques et affairistes », qui conduit à la « marchandisation du monde ». Il plaide pour le « retour à la terre », qui ne compte plus chez nous que 3 à 4 % de paysans. « Tout repose sur le pétrole ». Or, à la ferme de Sainte-Marthe, on démontre le contraire. Deux maraîchers italiens installés sur quelques hectares gagnent 40.000 euros par an !

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Stéphane Paoli s’adresse alors à Alfredo Pena-Vega, en lui demandant si l’initiative citoyenne européenne pour une « prise de conscience planétaire » est une utopie. Le sociologue dénonce alors les grandes compagnies minières qui sévissent au Pérou (pétrole) ou au Niger (uranium). « Notre maison est en danger. C’est donc à nous de prendre les choses en main. » Paoli rappelle que la France consomme quatre fois plus qu’elle ne produit. Le sociologue constate que la progression à deux chiffres de la Chine va se payer très cher, en coût environnemental. Il précise que le Tribunal international de la nature est une démarche éthique et non juridique. Paoli rappelle qu’on parle souvent de « crise systémique ». C’est une tarte à la crème, répond le sociologue. Le Tribunal envisagé aura une « fonction citoyenne ».

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Valérie Cabanes indique que Christian Huglo a plaidé pour que le préjudice écologique soit inscrit dans le code pénal. Au même titre que Bertrand Russell avait créé un tribunal de la conscience pour les crimes commis par les Américains au Vietnam.
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Alfredo Pena-Vega constate que le projet de barrage géant dans le sud du Chili, en Patagonie, a fait descendre 250.000 jeunes Chiliens dans la rue pour s’y opposer. Philippe Desbrosses estime que le principe de responsabilité (Hans Jonas), c’est bien, mais qu’il faut lui ajouter le principe de cohérence. La PAC fait que ce sont les plus grands pollueurs agricoles qui touchent le plus, ce qui constitue un « détournement de fonds publics ». Alfredo Pena-Vega souhaite y ajouter un « principe d’espérance ». Valérie Cabanes conclut en demandant un devoir de « protection de la nature » et non de « réparation ». Elle estime que l’on doit être « gardiens de la nature plutôt que gestionnaires ».

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L’émission de France Inter est disponible en réécoute en cliquant ici.

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Les JNE ont organisé le 1er mars un petit déjeuner sur ce sujet. Retrouvez-en le compte-rendu en cliquant ici.

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A lire aussi, cet article de la lettre Options Futurs
http://www.mediapeps.org/option-future/chapitre-5-debat/

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End Ecocide (halte à l’écocide) et Tribunal international de l’environnement : un petit déjeuner JNE

Un petit déjeuner JNE était organisé le 1er mars 2013 à la mairie du 2e arrondissement de Paris sur le thème : End Ecocide (halte à l’écocide) et Tribunal international de l’environnement.

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par Roger Cans (avec Richard Varrault)

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Richard Varrault, l’organisateur de la rencontre, présente les intervenants du jour :

- Valérie Cabanes, juriste indépendante, spécialiste de droit international et du droit des communautés autochtones. A ce titre, elle a passé un an au Cambodge et un an à Quetta, au Baloutchistan, à la frontière irano-afghane. Elle est aujourd’hui porte-parole de l’initiative End Ecocide in Europe, une initiative citoyenne pour donner des droits à la Terre.

 

- Alfredo Pena-Vega est un sociologue français originaire du Chili, d’où ses parents ont fui après le coup d’Etat de Pinochet. Il enseigne aujourd’hui l’ethnobiologie à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, et mène des recherches sur les catastrophes industrielles. Avec son collègue Edgar Morin, ils ont organisé à Rio+20 un séminaire intitulé « La Terre inquiète ». Un combat exemplaire pour lui : un chef aborigène, en Australie, a réussi par l’insurrection des consciences à arrêter un projet de mine d’uranium (Areva) dans le parc national de Kakadu.

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Valerie_Cabanes_Endecocide

Valérie Cabanes explique la genèse de l’Initiative Citoyenne Européenne « Arrêtons l’écocide en Europe » que chaque citoyen de l’Union européenne peut signer jusqu’au 21 janvier 2014. (Photo Copyright Richard Varrault)

 

Valérie Cabanes retrace l’historique de l’initiative lancée en avril 2010 par l’avocate anglaise Polly Higgins. Inspirée par le tribunal de Nuremberg qui, en 1948, a puni les crimes de guerre, Polly Higgins a proposé à l’ONU une loi contre « l’écocide » (le massacre de la planète). Le crime d’écocide deviendrait alors le 5e crime contre la paix (après le crime de guerre, le crime contre l’humanité, etc.). S’appuyant sur cette proposition, la Cour Suprême du Royaume-Uni a mené un procès fictif (mock trial) contre BP, responsable de la catastrophe écologique en Louisiane à la suite de l’explosion d’une plate-forme pétrolière dans le Golfe du Mexique, et un autre procès contre l’exploitation des schistes bitumineux en Alberta (Canada).

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L’initiative contre l’écocide, pour déboucher au plan international, doit recueillir l’accord d’au moins 81 Etats qui devront ratifier cet amendement pour qu’il soit validé aux Nations Unies. A ce jour 10 Etats, hors UE, ont signé un accord national, dont le Vietnam, victime en son temps de l’agent orange, et certains pays de l’Europe de l’est dans lesquels l’ex URSS avait réalisé des essais atomiques.
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Au plan européen, grâce au traité de Lisbonne qui a créé la possibilité d’une « initiative citoyenne européenne », onze Européens de neuf nationalités différentes se sont associés pour demander à la Commission européenne une directive Ecocide. Déposée au Parlement européen le 22 janvier 2013, l’initiative doit recueillir un minimum d’un million de signatures pour être prise en compte. Et comme il ne s’agit pas d’une pétition, mais d’un vote citoyen, les signataires doivent s’inscrire sur le site de la Commission dédié (www.endecocide.eu). Le quota minimal pour la France est de 54.000 signatures, ce qui est parfaitement jouable. Mais le droit français oblige, pour un vote, à déclarer son identité, ce qui peut réfréner certaines ardeurs.

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Après l’initiative sur le droit à l’eau et une autre sur le revenu minimum, c’est donc la troisième ICE (initiative citoyenne européenne) à être lancée en Europe. Elle se fonde sur la constatation que notre écosystème est la condition de notre survie. Ceux qui mettent cet écosystème en péril, qu’il s’agisse de dirigeants, d’entrepreneurs, de banquiers ou de sociétés, doivent être poursuivis pénalement et personnellement pour crime contre l’environnement. La reconnaissance du préjudice écologique en France est déjà un premier pas.

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Qu’il s’agisse de BP en Louisiane ou de Total pour l’Erika, le pollueur s’en tire toujours en indemnisant les victimes et il y a impunité pour les dirigeants. L’initiative vise à ce que les responsables d’un crime écologique soient condamnés et, le cas échéant, mis en prison. Elle vise aussi à ce que tout produit d’un écocide soit interdit sur le marché européen. Enfin, elle met en garde les entrepreneurs européens contre un écocide hors d’Europe, comme les turbines françaises promises pour le barrage de Belo Monte, en Amazonie, qui est un écocide pour les populations autochtones. Cela devrait encourager les entrepreneurs à investir dans le propre et le sobre. « En cela, nous sommes d’accord avec Michel Prieur (JNE) et son Tribunal international de l’environnement. »
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« Tribunal de conscience »

Alfredo Pena Vega retrace à son tour l’historique du « tribunal de conscience » imaginé avec Edgar Morin. Voilà une vingtaine d’années qu’il travaille avec lui pour faire le lien entre le monde scientifique et le monde politique. Dans la perspective de Rio+20, ils se sont mis à réunir dirigeants politiques, chercheurs, élus et intellectuels pour préparer un événement à Rio en 2012. « L’idée est venue de monter un tribunal, comme le souhaitait Michel Prieur, mais un tribunal moral, comme le fut le tribunal Russell durant la guerre du Vietnam. Et comme Stéphane Hessel était pour nous l’une de ces consciences, nous avions l’intention de faire un film intitulé De Russell à Hessel. Hélas, il vient de nous quitter. En 2007, nous avons créé un pôle à Poitiers pour ce futur tribunal, grâce à Ségolène Royal, la présidente de région. Le thème en était « Au-delà du développement ». Nous avons aussi obtenu l’accord de la présidente du Brésil, Dilma Rousseff, et d’un sénateur brésilien. D’où notre séminaire « La Terre inquiète » organisé à Rio, et aussi la diffusion d’un document provisoire diffusé à 10.000 exemplaires. »

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« Surtout, ne pas confondre notre tribunal international citoyen, purement moral, qui veut éveiller les consciences, et l’écocide européen qui se veut pénal. Nous considérons que nous sommes au degré zéro de la politique. L’exemple du barrage de Belo Monte le prouve : lancé sous le président Cardoso il y a une quinzaine d’années, le projet a été repris par tous les successeurs, y compris maintenant Dilma Rousseff  ! Notre tribunal a deux buts majeurs : prévention et pédagogie. Prévention parce qu’il ne faut pas attendre que le mal soit fait. Le tribunal Russell n’a pas attendu la fin de la guerre du Vietnam pour éveiller les consciences et retourner finalement une partie de l’opinion américaine. »

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« Le tribunal n’aura pas de siège, mais tiendra ses audiences dans les lieux d’où remonteront les plaintes. L’écocide, pour être condamné par le Parlement européen, cela peut prendre cinq ans. Nous, c’est très rapide. Nous avons monté une association pour le financement du tribunal. Nous prévoyons un budget annuel compris entre 450.000 et 600.000 euros. Nous avons dix bénévoles qui s’en occupent. Dès à présent, nous avons dépensé 60.000 euros pour lancer une enquête internationale en six langues afin de répondre à la question « Qu’est-ce qu’un crime contre la nature ? ». Nous attendons entre 300 et 400.000 réponses. Nous en rendrons compte lors d’un événement à l’Unesco à la fin mai 2013. Grâce à notre réseau de bénévoles, nous pouvons intervenir partout et vite. Ainsi, en Inde, nous sommes en contact avec Bitoun, le Nicolas Hulot du pays. Il mène campagne contre le projet de centrale nucléaire française (Areva) à seulement 400 km de Bombay, sur une zone sismique avérée. »

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Au moment du débat. De gauche à droite : Valérie Cabanes qui a développé l’ICE Endecocide, Philippe Desbrosses docteur en sciences de l’environnement et agriculteur et Alfredo Pena Vega promoteur du Tribunal international de la nature. (Photo Copyright Richard Varrault)

 

Philippe Desbrosses, arrivé sur la fin de la réunion, ajoute son indignation contre le projet de centrale nucléaire en Inde, qui est le contraire de son idéal de « sobriété heureuse » (Pierre Rabhi). Lui aussi, comme agriculteur bio et comme docteur en environnement, a participé au séminaire de Rio sur « La Terre inquiète ».
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Et il propose que le tribunal de l’environnement crée partout des groupes de base, comme celui qu’il a créé chez lui dans le Loir-et-Cher.

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Quelques liens :

www.endecocide.eu le site « Arrêtons l’écocide en Europe ». L’Écocide est un acte causant des dommages importants à un ou plusieurs écosystèmes, ou la destruction ou la perte d’écosystèmes.

http://eradicatingecocide.com/ le site arrêtons l’écocide en 2020, rappels historiques. In english.

http://pollyhiggins.com/ le site de Polly Higgins, avocate à l’origine du concept d’écocide, peu usité en langue française mais connu des anglophones. In english.

http://eradicatingecocide.com/overview/mock-trial/ le site où verrez un faux vrai procès pour atteinte à l’environnement : In 2011 a “Mock Trial” was held in the Supreme Court of England and Wales. Two fictional Chief Executive Officers were put on trial for causing ecocide due to their destructive practices in the Athabasca tar sands and found guilty. This demonstrated that a law of Ecocide can work in practice, and garnered international media coverage including The Financial Times, Le Monde, Time magazine, Deutsche Welle, Al Jazeera, and Canada’s CBC. The trial was broadcast worldwide online by Sky News.

http://www.sos-21.com/tribunal-nature.html le site provisoire qui présente le tribunal international de la nature avec la liste des soutiens et le projet de site internet en animation 3D.

http://www.tribunal-nature.org/ sur ce site se trouvent notamment l’interview vidéo d’un sénateur brésilien et l’émission 3D de Stéphane Paoli (France Inter) sur l’écocide avec Valérie Cabanes et le Tribunal international de la nature avec Alfredo Pena Vega. Ceux qui s’intéressent aux modifications climatiques écouteront aussi avec intérêt une interview « tgv » de Jean Jouzel.

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Notre-Dame-des-Landes, un révélateur économique et démocratique

 


par Laurent Samuel

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Pour beaucoup de Français, même sensibilisés aux questions d’environnement, l’importance accordée par les associations écologistes au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, près de Nantes, peut paraître excessive. Certes, comme c’est le cas pour tout grand projet, sa construction entraînerait quelques nuisances, mais n’est-ce pas un prix minime à payer compte tenu des bénéfices que cet aéroport entraînerait pour l’économie de la région et pour l’emploi ?

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Or, l’idée selon laquelle ce projet serait une manne économique a été récemment réfutée dans par deux hauts responsables de Fleury Michon, géant de l’agro-alimentaire. Pour eux, mieux vaudrait investir dans une Ligne à grande vitesse et des réalisations routières (bof…) plutôt que dans ce « projet d’un autre temps » répondant à « des modèles de pensée aujourd’hui dépassés ». « La France s’apprête (…) à investir plus de 500 millions d’euros directement dans l’aéroport – et plus de 2 milliards si l’on considère l’ensemble du projet, incluant les voies d’accès à cette nouvelle infrastructure – dans un projet qui risque, compte tenu de la hausse inéluctable du prix de l’énergie, de ne pas atteindre ces objectifs », note la Fondation pour la Nature et l’Homme dans un texte intitulé « la France n’a pas besoin d’un nouvel aéroport ». « La plate-forme de Notre-Dame-des-Landes est conçue pour accueillir 8 millions de passagers par an, soit un triplement du trafic actuel de l’aéroport de Nantes-Atlantique (c’est donc tout sauf un simple transfert, comme le prétendent certains défenseurs de la construction de cet aéroport) », ajoute la Fondation présidée par Nicolas Hulot. « Cela impliquerait donc une multiplication par 3 des émissions (de CO2 NDLR) là où il faudrait diviser par 2 ou par 4 ces mêmes émissions. »

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Contraire aux engagements gouvernementaux de lutte contre le réchauffement climatique, ce projet se trouve aussi en porte-à-faux par rapport à une autre priorité proclamée par François Hollande lors de la Conférence environnementale de septembre dernier : la défense de la biodiversité. Selon l’association Eaux et Rivières de Bretagne, « 98 % des terres concernées par le projet sont des zones humides de deux têtes de bassins-versants ». Une destruction désastreuse alors qu’à l’occasion de la Journée mondiale des zones humides du 2 février dernier, un rapport de plusieurs organisations (dont la Convention de Ramsar et le Programme des Nations-Unies pour l’environnement) révèle que la moitié de ces zones ont disparu de la planète depuis 1900… Les associations affirment aussi que le projet d’aéroport est contraire à la loi sur l’eau et ont engagé des recours en justice pour ce motif. En outre, il détruirait 2.000 hectares de terres agricoles, dont 130 hectares de bois. Or, l’urbanisation grignote déjà dans notre pays 60 000 hectares de terres arables par an (soit l’équivalent d’un département tous les dix ans). Par ailleurs, pas moins de 100 kilomètres de haies seraient éliminés. Pas malin à l’heure où, après les avoir éradiquées pendant des dizaines d’années, l’on a en effet résolu d’en replanter…

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Mais la façon dont ce projet a été porté par les pouvoirs publics met aussi en lumière le caractère obsolète et peu démocratique des enquêtes d’utilité publique. « L’enquête publique renvoie à la France rurale du XIXe siècle, une démocratie de notables, un univers consensuel. Elle ne marche pas dans une société aux enjeux complexes, avec des citoyens qui veulent s’impliquer ! », dénonce le philosophe Dominique Bourg dans le N° 3289 de Télérama. De même, le débat public, qui avait précédé l’enquête publique, était destiné à avaliser le projet et non pas à étudier des alternatives. Notre-Dame-des-Landes pointe donc l’urgence de mettre en pratique de nouvelles formes de démocratie participative, basées sur la défense des « biens communs » comme la qualité de l’eau ou de l’air, mais aussi la préservation d’un mode de vie ou le souci des générations futures. Une démocratie participative qui s’ébauche aussi dans la lutte contre le projet, proche comme l’a noté notre confrère Roger Cans sur le site des JNE, de celle des paysans du Larzac, avec le rôle central joué par les agriculteurs menacés d’expropriation.

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Le projet de Notre-Dame-des-Landes illustre ainsi à la fois les impasses de notre mode de développement économique et les insuffisances de notre démocratie. Serait-ce pour ces raisons qu’à en croire Nicolas Hulot, le président Hollande ne serait désormais plus très chaud pour ce projet ? En tout cas, la récente décision de la Cour de Cassation de repousser la demande de la société AGO (groupe Vinci) de rejeter immédiatement un pourvoi de plusieurs propriétaires menacés d’expulsion sur la zone du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes signifie que ces propriétaires ne pourront sans doute pas être expulsés avant plusieurs mois. Cela implique un report probable du début du chantier. Le temps – on peut rêver – de réexaminer l’ensemble du projet…

 

Cet éditorial, comme tous ceux de ce site, n’engage que son auteur.

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Retrouvez Laurent Samuel sur son Blog Planète.

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Les grandes extinctions

Didier Néraudeau, paléontologue du laboratoire de géosciences de l’Université de Rennes, spécialiste des oursins et du Cénomanien de Charente a donné le 29 novembre 2012 une conférence sur les grandes extinctions au Musée vert du Mans.

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par Roger Cans

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A chaque « crise » de la préhistoire, une catastrophe naturelle qui peut durer des millions d’années, la biodiversité perd des espèces et en retrouve d’autres. Une espèce se survit entre 500.000 ans et 5 millions d’années. L’extinction d’une espèce aboutit à sa disparition absolue ou bien à sa transformation, comme cela a été le cas pour l’homme. Un paléontologue anglais a établi une échelle des crises, dont il distingue trois types :

1) Crise mineure, où moins de 30 % des espèces disparaissent, ce qui se produit en moyenne tous les millions d’années.

2) Crise moyenne, où de 30 % à 60 % des espèces disparaissent, ce qui se produit en moyenne tous les 10 millions d’années.

3) Crise majeure, où plus de 65 % des espèces disparaissent, ce qui se produit tous les 100 millions d’années.

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Dans les faits, on a enregistré 5 crises majeures au cours des 4,5 milliards d’années de l’apparition de la vie sur Terre, ou plutôt de l’apparition des cellules vivantes dans l’eau de mer, qui ont duré 4 milliards d’années sans grand changement. C’est seulement durant les 500 millions dernières années que sont apparues les algues et la vie aquatique véritable, et les cinq crises majeures.

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Une première crise a surgi il y a 440 millions d’années. Une calotte glaciaire énorme s’étale alors sur ce qui est aujourd’hui le Cameroun, et bien au-delà. 85 % des espèces marines disparaissent, mais tous les types d’organismes vivants subsistent, parfois à très peu d’exemplaires, ce qui suffit au renouvellement. Les conodontes (limaces à dents) et les chitinozoaires disparaissent complètement (ce sont aujourd’hui des fossiles utiles pour la recherche pétrolière). Les coraux disparaissent partiellement. Au cours du réchauffement qui suit, apparaissent des poissons à mâchoires et les premières plantes terrestres.

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Une deuxième crise survient il y a 370 millions d’années, à la faveur d’une nouvelle glaciation et de la chute de météorites (un cratère de 300 km de diamètre dans ce qui est aujourd’hui la Suède). 75 % des espèces marines disparaissent. Les coraux souffrent. Les requins et les raies subsistent. Avec le réchauffement qui suit, les premiers vertébrés sortent de l’eau et les forêts primitives s’installent (forêts « houillères », qui donneront le charbon).

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Une troisième crise, la plus grave des cinq, survient il y a 250 millions d’années. Les terres émergées forment alors un continent d’un seul tenant, la pangée, ce qui donne un climat continental aride, une baisse du niveau de la mer et un recul du plateau continental, où vit la faune marine. 96 % des espèces marines disparaissent. Les trilobites, déjà touchés par les crises précédentes, disparaissent définitivement. Les anciens coraux s’éteignent. Les oursins disparaissent sauf une espèce, qui assurera la survie du groupe. Les bivalves et les gastéropodes survivent. Du coup, le climat terrestre devient continental, c’est-à-dire chaud et sec ou froid et sec. Les conifères remplacent les fougères arborescentes. 75 % des amphibiens disparaissent. Apparaissent les premiers reptiles terrestres.

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La quatrième crise survient il y a 220 millions d’années, avec une nouvelle glaciation et deux météorites qui s’abattent l’une à l’emplacement actuel du Québec (un cratère de 70 km de diamètre) et l’autre sur l’actuel territoire français à Rochechouart (Haute-Vienne), où l’on trouve aujourd’hui encore des roches vitrifiées, employées dans la construction. 76 % des espèces aquatiques disparaissent, en particulier les grands amphibiens et les reptiles « mammaliens », qui sont moitié reptiles et moitié mammifères. C’est alors qu’apparaissent, à peu près en même temps, les dinosaures, les ptérosaures (reptiles volants) et les premiers mammifères, de la taille d’une souris.

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La cinquième extinction, la plus connue, survient il y a 65 millions d’années, à la faveur de trois phénomènes naturels qui s’additionnent : glaciation, volcanisme très actif, qui refroidit le climat par l’abondance des poussières dans l’atmosphère, et enfin chute d’une météorite qui s’abat à moitié sur le territoire actuel du Yucatan, au Mexique, et l’autre moitié en mer. La météorite ne fait que mettre un terme à une catastrophe naturelle qui dure déjà depuis des années. Le refroidissement de la mer fait disparaître les ammonites et les foraminifères du plancton, ainsi que les reptiles marins.

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Sur terre disparaissent les reptiles volants et six espèces sur huit des dinosaures herbivores. En revanche, les dinosaures carnivores survivent (protégés par leurs plumes qui les préservent du froid mais ne servent pas à voler, car ils n’ont pas d’ailes). Ces animaux sont aujourd’hui représentés par les poules, qui conservent encore des écailles sur leurs pattes ! Les reptiles terrestres survivent aussi. D’une manière générale, tous les animaux de plus de 75 kilos disparaissent, car plus un animal est gros, plus son alimentation devient problématique avec le changement climatique. L’animal grossit tant qu’il ne connaît pas de concurrence, mais il devient vulnérable en cas de crise. A l’inverse, certains gros animaux rapetissent dans certaines conditions, comme les mammouths dans les îles du Grand Nord ou les éléphants de Sicile (nanisme insulaire).

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Même en l’absence de grands bouleversements, les cycles climatiques se succèdent. Les coquillages de la mer, en effet, absorbent le CO2 pour fabriquer leurs coquilles, tant et si bien que l’atmosphère, privée de gaz carbonique, se refroidit. D’où glaciation. Du coup, les coquillages meurent et le CO2 n’est plus absorbé, d’où un réchauffement de l’atmosphère… et ainsi de suite.

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La « sixième extinction » ? Je n’y crois pas. Mais si l’homme disparaît, la nature ne s’en trouvera que mieux !

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Jean Servat, pionnier de la protection de la nature

Ancien directeur de la protection de la nature au ministère de l’Environnement, Jean Servat est mort à Lyon le 24 novembre 2012, à l’âge de 83 ans.

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 par Roger Cans

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Né le 8 juillet 1929 à Massat (Ariège), Jean Servat était ingénieur général du génie rural, des eaux et des forêts. Il commence sa carrière au ministère de l’Agriculture, en Algérie, d’où il revient en métropole en 1961. Après un passage à la direction générale des Eaux et Forêts, il dirige l’école forestière de Meymac , en Corrèze. En 1963, il entre au cabinet d’Edgard Pisani, nommé ministre de l’Agriculture, qu’il accompagne jusqu’à son départ du ministère, en 1966. Il est alors nommé directeur adjoint de l’Ecole nationale du génie rural, des eaux et des forêts. Avec d’autres hauts fonctionnaires de différentes administrations, il s’efforce de mettre sur pied une politique de protection de la nature, qui ne se concrétisera qu’en 1970 au ministère de l’Agriculture.

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En 1971, lorsqu’est créé le ministère de l’Environnement, il entre au cabinet de Robert Poujade comme conseiller technique. En 1973, il est nommé directeur de la protection de la nature au ministère de l’Environnement, un poste qu’il occupera durant dix ans, jusqu’en 1983. Son plus gros dossier, alors, est la préparation de la loi de 1976 sur la protection de la nature, qui fera de la faune et de la flore sauvages un bien commun, sous la protection de chaque citoyen. Il se bat aussi pour les parcs nationaux, dont notamment celui du Mercantour, dans les Alpes-Maritimes, et l’île de Porquerolles, associée au parc national de Port-Cros, dans le Var. Mais il ne réussira pas à créer de parc national en Ariège, sa terre natale, à son grand regret.

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En 1983, il est nommé directeur de l’Office national de la Chasse, son autre passion. La chasse est pour lui une école de vie, car elle invite à la connaissance de la nature et conduit à sa protection. Il a été administrateur général du Conseil international de la chasse et président de la fédération départementale des chasseurs de l’Ariège. Il a publié en 2007 un ouvrage qui rend compte de cette passion : Si la chasse m’était contée (éditions Gerfaut).

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Que nous a appris le premier colloque en France sur l’ours polaire ?

Ces journées, organisées les 22 et 23 octobre 2012 à l’Institut océanographique de Paris par Rémy Marion (JNE), animateur de Pôles Actions, ont été suivies par plusieurs membres des JNE (Roger Cans, François Moutou, Nathalie Tordjman) et animées par Patricia Ricard (AJE).

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par Roger Cans

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En ces temps de réflexion sur l’énergie et les changements climatiques, le colloque sur l’ours polaire tombait à pic. Les deux journées ont été denses, aussi nous en tiendrons-nous à l’essentiel pour le site des JNE.

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L’ours polaire (Ursus maritimus), à la différence de l’ours brun (Ursus arctos), est un animal totalement inféodé à la mer, comme son nom l’indique. Ou plutôt à la glace de mer, c’est-à-dire la banquise, qui se forme l’hiver dans l’océan arctique avec le gel. Car l’ours blanc n’hiberne pas, comme l’ours brun, mais arpente la banquise durant tout l’hiver, à la recherche du phoque, son menu principal. Il le guette à l’affût après avoir creusé un trou à la surface de la glace, où le phoque vient respirer entre deux plongées. La morue, proie préférée du phoque, est aussi inféodée à la glace de mer. L’été, lorsque la banquise fond, l’ours ne peut guère attraper les phoques car ils nagent plus vite que lui.

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L’ours polaire a été beaucoup chassé, durant le début du XXe siècle, par les baleiniers, les chasseurs de phoques et les trappeurs venus d’ailleurs. Beaucoup plus que par les populations autochtones, les Inuits, qui chassaient l’ours en traîneaux à chiens, au couteau et à l’épieu, selon des rites chamaniques. De sorte que, vers 1950, il ne restait plus que quelque 5.000 ours polaires dans tout l’Arctique. En 1973, un accord sur la conservation de l’ours blanc est signé par les cinq Etats qui l’abritent : Canada, Etats-Unis, Danemark (Groenland), Norvège et Russie. Les effectifs de l’animal remontent de manière spectaculaire : dès 1990, on en comptait entre 20.000 et 25.000, dont 16.000 dans le seul Canada, sa terre d’élection.

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Aujourd’hui, l’ours polaire n’est chassé que selon des quotas très précis, pour les trophées (peau de grand mâle, crâne ou griffes), au profit des populations inuits, qui accompagnent les chasseurs en traîneaux à chiens (hélicoptères et skidoos sont interdits). Au Canada, cela correspond à 300 ours par an. Autrement, dans les pays où la chasse à l’ours est interdite (Russie, Norvège et Groenland), l’abattage d’un ours n’est autorisé qu’en cas de légitime défense, ce qui advient de plus en plus souvent avec la présence du plantigrade près des villages, notamment autour des décharges de déchets ménagers. A Churchill (Canada), « capitale de l’ours polaire », défilent 16.000 touristes par an, dans une communauté de 900 habitants permanents. C’est également le cas au Spitzberg, dans l’archipel de Svalbard (Norvège), où l’été déverse chaque année ses milliers de touristes avides de photos du « monstre ».

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Le problème, pour la survie de l’ours polaire, n’est donc plus la chasse ni les abattages de légitime défense, mais le réchauffement climatique. La glace de mer, ou banquise, qui lui permet de chasser pour se nourrir, a diminué de moitié en une décennie, en superficie comme en épaisseur. Tout autour de l’océan arctique, les observations convergent : les hivers sont plus doux et la débâcle plus précoce. La banquise se réduit donc et dérive de plus en plus vite. L’ourse polaire suitée, avec deux petits, ne peut chasser le phoque en eaux libres sans les condamner à mort. En fait, on voit de plus en plus d’ours près des villages, mais on ignore ce qu’il en est ailleurs. Seul l’Institut polaire norvégien a mené l’enquête en août 2004 dans la mer de Barents (Russie) et l’archipel de Svalbard (Norvège), par hélicoptère. Ils ont dénombré 2.650 ours, dont les deux tiers sur la banquise, un quart sur terre, 10 % sur les glaciers et le reste sur le littoral. C’est donc bien la banquise qui est déterminante pour la survie de l’ours polaire. Et c’est sa diminution actuelle qui inquiète.

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A cela s’ajoutent la navigation et les explorations pétrolières ou minières, facilitées par le réchauffement. On exploite le fer en mer de Baffin et le gaz en mer de Beaufort. Et l’on s’apprête à exploiter le pétrole à grande profondeur, quitte à polluer tout le littoral en cas d’accident. L’ours blanc, alors, risque de virer au brun, mais pas du tout naturellement…

Notre-Dame des épines

D’emblée, tout le monde pense au Larzac : des paysans chassés de leurs terres au nom de l’intérêt national ; des militants et des marginaux qui viennent leur prêter main forte ; quelques élus plus ou moins bien reçus, comme François Mitterrand lorsqu’il est venu prendre la température du causse en rébellion ; et enfin la construction de bâtiments de fortune pour fixer la contestation.

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par Roger Cans *

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On retrouve aussi l’argumentaire : comme l’extension du camp militaire du Larzac apparaissait un projet dépassé, donc inutile, le projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes en rase campagne, dans un pays déjà saturé de plateformes aéroportuaires, fait figure de diplodocus et, plus grave aujourd’hui, de caprice du prince, puisque son principal partisan est à la tête du gouvernement.

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Des Larzac et des épines dans le pied, il y en a eu d’autres. On pense alors à Plogoff, ce projet insensé de centrale nucléaire à la Pointe du Raz, aujourd’hui classée Grand Site de France. Grâce au combat décidé des locaux, soutenus par des cohortes de militants et de marginaux, le projet avait dû être abandonné à son tour. En 1981, le nouveau président de la République, François Mitterrand, avait compris qu’il était politiquement désastreux de s’obstiner contre la volonté de résistants obstinés, mus par de nobles motifs. Aujourd’hui, la pointe du Raz est débarrassée de ses baraques à frites et de ses vilains parkings, et les touristes viennent y goûter un air d’infini face à l’océan…

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Un autre Larzac est moins connu, bien qu’il ait lui aussi pris tous les caractères de la contestation caussenarde, bretonne et aujourd’hui bocagère : le barrage de Serre de la Fare, en Haute-Loire. Sous prétexte d’éviter le retour d’une inondation catastrophique, le gouvernement et les élus avaient décidé de construire un barrage réservoir sur la Loire à l’amont du Puy-en-Velay. On allait donc détruire 14 kilomètres de gorges du « dernier fleuve sauvage d’Europe » pour retenir le flot en période de crue et surtout pour disposer d’un plan d’eau à usages multiples : l’irrigation agricole et les loisirs nautiques.
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Bien que l’enjeu du projet n’eût ni l’ampleur du Larzac, ni la démesure obscène de Plogoff, il a suscité dans les années 1980 une réaction de rejet étonnante. D’une partie de la population d’abord (17,3 % des voix aux municipales de 1989 au Puy-en-Velay !), mais surtout de militants venus de toute la France et même d’ailleurs, comme le prince Philip d’Edimbourg et surtout un Suisse allemand très combattif, Roberto Epplé, aujourd’hui installé à demeure. Comme à Notre-Dame-des-Landes, écologistes, alternatifs et militants de tous poils s’étaient alors donné rendez-vous sur le chantier pour occuper le terrain dans une cabane refuge, et ils ont gagné. Les gorges de la Loire sont restées intactes.

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Après ces trois combats victorieux du Larzac, de Plogoff et de Serre de la Fare, menés par des minorités marginales mais décidées, on voit mal comment le gouvernement pourrait triompher cette fois-ci à Notre-Dame-des-Landes. Le Larzac a résisté pendant dix ans (1971-1981), Plogoff presque autant, et Serre de la Fare a gagné en trois ans. Va-t-on se donner le ridicule de laisser les gardes mobiles guerroyer dans le bocage ne serait-ce qu’un an ? Ce sont les plus obstinés qui gagnent, surtout lorsqu’ils ont de bonnes raisons de refuser un projet dépassé, inutile et nuisible à l’environnement d’un pays déjà trop bétonné.

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* Ancien journaliste du Monde chargé de l’environnement.

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