Get Adobe Flash player

Articles avec le tag ‘Roger Cans’

La nouvelle écologie au tournant

Notre amie Marie-Pierre Cabello (JNE) et sa complice Patricia Ricard ont relancé le 7 octobre à Paris leur série des « Mardis de l’environnement » de la Fondation d’entreprise Ricard, avec un thème assez large : « la nouvelle écologie ».

par Roger Cans

Notre confrère de L’Express, Olivier Le Naire, est l’auteur d’un ouvrage (sortie en librairie le 8 octobre 2014 aux éditions Actes Sud/Les liens qui libèrent) où sont interrogés dix « Voix d’espérance » – c’est le titre de l’ouvrage—qui, chacune, plaide pour une valeur d’espoir : Nicolas Hulot pour le courage, Cynthia Fleury pour l’imagination, Anne-Sophie Novel pour la lucidité, Frédéric Lenoir pour le discernement, Dominique Méda pour l’audace, Pierre Rabhi pour la beauté, Pierre-Henri Gouyon pour la conscience, Abd el Malik pour la fraternité, Erik Orsenna pour la vérité, et Françoise Héritier pour la joie. Il a été encouragé à cette publication par le succès du précédent livre d’entretien avec Pierre Rabhi, qui s’est vendu à 100.000 exemplaires. Il voit là le signe que la pensée écologique, au sens large, diffuse dans le corps social, car « la question environnementale surdétermine tout ».

 

 

Stéphane Riot est le fondateur de Nove Terra, réseau d’experts et de chercheurs qui souhaitent accompagner les entreprises à la recherche d’un nouveau modèle de développement durable. A l’origine, il était chargé de « l’intelligence économique », autrement dit de l’espionnage industriel pour le compte de Vivendi. Mais le PDG Jean-Marie Messier a conduit le groupe dans une impasse et Stéphane Riot a changé son fusil d’épaule. Désormais, il s’applique à pousser les entreprises vers un nouveau mode de développement, qui implique « l’intelligence collective », les relations horizontales et non pyramidales, l’usage d’un bien plutôt que sa propriété, le bon sens paysan, le partage et l’interdépendance. « Les Américains ont lutté autrefois pour leur indépendance, nous luttons aujourd’hui pour l’interdépendance ». Finalement, constate-t-il, « la crise nous pousse à innover ».

 

Cédric Péchard, lui aussi, est le produit d’une grande école et a d’abord travaillé pour un groupe multinational de l’agroalimentaire, en l’occurrence Nestlé. Lui aussi a complètement changé son fusil d’épaule en créant UpCycle, afin de recycler les ressources alimentaires inutilisées. C’est que l’alimentation des villes, aujourd’hui, entraîne des coûts de transport considérables et la production de déchets perdus pour tout le monde. Il s’est donc lancé dans une expérience inédite : le recyclage du marc de café, le déchet d’un grain qui est la denrée alimentaire la plus échangée dans le monde. Il a donc fondé sur la plateforme du grand marché de Rungis une « ferme urbaine » qui recycle le marc de café. Pour cela, il récupère les déchets des distributeurs automatiques de la région parisienne, sauf les capsules, soit 5 tonnes par semaine. Avec ce marc de café, ensemencé de mycélium (acheté localement), il cultive des pleurotes d’une qualité exceptionnelle, aujourd’hui recherchée par les grands cuisiniers. Il s’est inspiré pour cela de trois modèles qu’il a rencontrés en Chine, aux Etats-Unis et au Zimbabwe. En Californie, on fournit un produit de luxe, mais au Zimbabwe, on fait travailler les pensionnaires d’un orphelinat pour un produit bon marché. UpCycle produit aujourd’hui un kit de marc de café ensemencé (de 15 à 20 euros le carton de format bouteille) qu’il suffit d’ouvrir pour voir pousser les pleurotes. Cédric Péchard souligne que, au terme de trois cycles de production de champignons, le marc restant peut être recyclé comme engrais maraîcher.

 

Philippe Girard est aujourd’hui président de l’association Innovation en Action, qui promeut la responsabilité sociale et environnementale (RSE) en région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Depuis dix ans, cette association s’efforce de réunir chefs d’entreprises et responsables syndicaux pour qu’ils se mettent d’accord, ensemble, sur une stratégie de RSE. FO et CFDT participent, mais pas la CGT, par principe contre toute cogestion avec le patronat. L’association attribue chaque année des trophées aux meilleures initiatives en ce sens, où le « souci de l’individu » est privilégié. « Non, on ne fait pas de la RSE sans le savoir, comme certains le répètent. La RSE, c’est une stratégie, une vision ». Lui aussi affirme qu’il faut profiter de la crise pour innover, pour changer.

 

Voyage JNE BiObernai 2014 : quel avenir pour la vallée de la Bruche ?

Au terme de leur voyage en Alsace effectué lors du salon BiObernai, les JNE se sont penchés sur l’avenir de la vallée de la Bruche.

 

par Roger Cans

 

RIMG0051

Au coeur de la vallée de la Bruche en Alsace – photo Françoise Tondre

Avec Pierre Grandadam, président de la communauté de communes (comcom) de la vallée de la Bruche, et Jean-Sébastien Laumond, chargé de mission paysage, nous jetons un coup d’œil à un belvédère aménagé pour contempler le résultat d’une politique d’ouverture des paysages au profit d’associations foncières pastorales.

 

La vallée de la Bruche, nous dit-on, a périclité après la mort des industries textiles, vers 1950. Les pâtures se sont embroussaillées et les paysages se sont fermés avec l’extension naturelle des épicéas. L’objectif de la comcom : « enlever la forêt où elle n’est pas à sa place ; retrouver des espaces ouverts avec des prés et des brouteurs (chèvres, chevaux, etc.) ». Cette politique d’ouverture a commencé dans les pâturages d’altitude, que l’on maîtrise mieux. Et l’on descend maintenant dans les fonds de vallées, beaucoup plus sensibles.

 

On poursuit la piste jusqu’au col de la Perheux (700 mètres), où se trouve une ferme auberge rachetée par la comcom et louée à un éleveur allemand. Sur 75 hectares, il produit du lait, du fromage et de la viande. Puis c’est la descente de la basse vallée, qui permet d’apercevoir l’immense et unique scierie de la Bruche à Urmatt (Bas-Rhin). Elle est la propriété d’un groupe finlandais.

 

Cet article a été réalisé dans le cadre du voyage JNE au Salon BiObernai 2014.

 

Voyage JNE BiObernai 2014 : le pain bio cuit au bois du Turlupain

Au cours de leur voyage en Alsace effectué lors du salon BiObernai, les JNE ont savouré les pains du Turlupain, boulangerie installée au coeur de la vallée de la Bruche.

 

par Roger Cans

jer_8750-jpg

La boulangerie Turlupain à Saales (Bas-Rhin) – photo Turlupain

 

Vers 13 h 30, en ce dimanche 14 septembre 2014, nous sommes attendus au Turlupain, une boulangerie bio qui a préparé des plateaux de charcuterie à déguster avec le pain maison, cuit au bois.

 

Le patron, qui n’est ni alsacien ni boulanger de formation (il a fait du droit), a tout de même 28 ans de pain bio derrière lui (il a 56 ans), dont plusieurs années à Orbey (Haut-Rhin), où un céréalier alsacien le fournissait en exclusivité.

 

A la recherche d’un nouveau lieu dans cette vallée de la Bruche méconnue, il s’est présenté la première fois en 2009, arpentant le pays à pied. Il a rencontré le maire et trouvé un financement grâce à Alsabail, dont le président n’est autre que… Bernard Fischer, maire d’Obernai !

 

Le magasin et les fours, flambant neufs, viennent d’être inaugurés. Deux fours ont été construits à l’ancienne, l’un pour le pain, l’autre pour les viennoiseries. Ils sont approvisionnés par des chutes de scieries. Turlupain vent la moitié de sa production dans les magasins bio (il livre lui-même avec son fourgon), 30 % sur les marchés et 20 % dans sa boutique.

 

Cet article a été réalisé dans le cadre du voyage JNE au Salon BiObernai 2014.

Voyage JNE BiObernai 2014 : Saales, village méritant

Au cours de leur voyage en Alsace effectué lors du salon BiObernai, les JNE ont visité le village de Saales, dans le Bas-Rhin.

 

par Roger Cans

 

Jean Vogel VVF Saales

Jean Vogel, maire de Saales (Bas-Rhin), présente aux JNE le VVF (Village Vacances Familles) de sa commune – photo Carine Mayo

 

Le 14 septembre, le groupe de journalistes des JNE visite le village de Saales (Bas-Rhin), où le maire, Jean Vogel, nous présente sa commune. Celle-ci est située sur une faille géologique, entre grès et granite. Commune forestière (750 hectares dont 565 de forêt communale), replantée sur ordre de Colbert.

 

L’exode rural a fait passer la commune de 1.500 habitants à 750, au plus bas. On en compte 900 aujourd’hui. Un problème nouveau vient du dégât de gibier. Avec la tempête Lothar, en 1999, 15 hectares ont été jetés à bas. Les chevreuils ont occupé le terrain et interdit toute régénération naturelle. On ne peut rien cultiver sans installer des grillages et des barbelés.

 

Saales est très fière de son réseau d’eau potable (26 fontaines au total). Nous visitons la station de traitement par rayons ultra-violets, procédé très économique. Saales ne compte plus que quatre agriculteurs, dont l’un dispose de 99 % des terres et les trois autres 1 % (dont un éleveur d’escargots et un éleveur de rapaces). La spécialité de la commune, c’est « les petits fruits » (myrtille, sureau et autres baies sauvages), dont on fait des confitures.

 

Nous visitons le VVF (45 logements, 240 lits), qui a été entièrement réaménagé aux normes écologiques (isolation, chauffage aux granulés de bois, centre de remise en forme au lieu d’une piscine).

 

Nous terminons par le verger planté sur un coteau anciennement envahi d’épicéas. Jean Vogel souligne l’importance d’ouvrir les paysages qui se referment. Les arbres forestiers ont été remplacés par 300 arbres fruitiers, essentiellement des pommiers (80 %), correspondant à une tradition locale (l’alcool de pomme). C’est pourquoi, parmi les 90 variétés présentes, très peu donnent des pommes à couteau.

 

Le maire de Saales nous parle enfin de son projet de dix éoliennes, financées par actionnariat populaire. Deux seulement ont pu être montées, car les propriétaires de résidences secondaires se sont mobilisés pour s’opposer au projet, via de multiples recours.

 

Cet article a été réalisé dans le cadre du voyage JNE au Salon BiObernai 2014.

 

Voyage JNE BiObernai 2014 : ces Incroyables Comestibles dans leur drôle de moulin

Au cours de leur voyage en Alsace effectué lors du salon BiObernai, les JNE se sont familiarisés avec les Incroyables Comestibles.

 

par Roger Cans

 

photo(1)

François Rouillay présente aux JNE le siège du mouvement Incroyables Comestibles à Colroy-La-Roche (Bas-Rhin) – photo Magali Reinert

 

Le dernier jour, le dimanche 14 septembre, les organisateurs de BiObernai nous ont programmé une journée « verte », en l’occurrence dans la vallée de la Bruche.

 

Notre première étape, à Colroy-La-Roche (Bas-Rhin), nous conduit au vieux moulin qui est le siège du mouvement Incredible Edible, devenu en France Incroyables Comestibles.

 

Nous y sommes accueillis par François Rouillay, ancien haut fonctionnaire converti à l’agriculture urbaine, telle qu’elle a été imaginée en 2008 à Todmorden. Cette ville d’Angleterre, sinistrée par la crise, a retrouvé une âme avec Incredible Edible, un mouvement héritier des jardins ouvriers et de l’agriculture communautaire. Cette fois, on fait tomber les barrières et on partage la production des buttes auto-fertiles, constituées de 9 strates (depuis le bois pourri jusqu’à la paille de surface, en passant par les vieux cartons pour la cellulose).

 

Cette forme de permaculture permet de produire sans rien faire pendant cinq ans. Car, « avec une calorie, on en fait vingt ». Tout le monde peut se servir. On nous assure que la ville de Leeds (700.000 habitants) se prépare ainsi à l’autosuffisance alimentaire. Des expériences semblables ont lieu au lycée français de Tananarive (Madagascar), à Montréal et à Sherbrooke (Canada), ainsi qu’au Maroc (potagers solaires). Et l’université Champollion d’Albi (Tarn) se prépare à devenir la capitale de la permaculture.

 

Nous sommes invités à un brunch à la Cheneaudière, un Relais & Châteaux de vieille souche, où même l’ascenseur se dissimule sous des parois végétalisées. On n’y sert que des produits locaux, sauf les pamplemousses et les viennoiseries.

 

Cet article a été réalisé dans le cadre du voyage JNE au Salon BiObernai 2014. Sur le mouvement Incroyables Comestibles, lire aussi l’article de Suzanne Körösi sur notre site.

 

Voyage JNE BiObernai 2014 : les handicapés au service de l’agriculture

Au cours de leur voyage en Alsace effectué lors du salon BiObernai, les JNE ont visité le 13 septembre 2014 une entreprise solidaire : Soli’Vers.

 

par Roger Cans

 

Solivers caleches

Pierre Hoerter, président de Soli’Vers, présente aux JNE les calèches fabriquées dans cette entreprise solidaire de Molsheim (Bas-Rhin) – photo Carine Mayo

 

Dans l’après-midi du 13 septembre, le car nous emmène à Mosheim (Bas-Rhin), où se trouvent les bâtiments de la Main Verte et du magasin Virtuose, gérés solidairement par Soli’Vers.

 

La Main Verte, créée en 1992, fournissait des prestations de service à l’agriculture avec des déficients intellectuels. C’était une main-d’œuvre saisonnière pour les maraîchers, les vergers et les vignes. Le démarrage a été difficile. L’objectif est de conduire les handicapés vers un CAP professionnel.

 

« On sort du handicap avec la compétence », dit Pierre Hoerter, le président de Soli’Vers. Dans les débuts, le problème était de regrouper les jeunes sur le quai de la gare. Ils ont ensuite été hébergés dans un local d’EDF. Depuis 2013, tout est regroupé à Molsheim, dans des locaux aménagés à dessein. On y expérimente des bûches en fibre de maïs, qui permettent de convertir des fanes inutilisées en combustible. On espère un brevet…

 

Cet article a été réalisé dans le cadre du voyage JNE au Salon BiObernai 2014. Sur Soli’Vers, lire aussi l’article de Myriam Goldminc sur notre site.

 

Voyage JNE BiObernai 2014 : l’atelier de peinture bio de Patrick Fischer

Au cours de leur voyage en Alsace effectué lors du salon BiObernai, les JNE ont visité le 13 septembre 2014 l’entreprise de peinture bio de Patrick Fischer.

 

par Roger Cans

 

peinture-fischerNous partons pour Rosheim (Bas-Rhin), afin de visiter une entreprise de peinture qui, à première vue, n’a rien d’extraordinaire. Mais la visite nous ouvre les yeux sur un entrepreneur, Patrick Fischer, qui exerce un métier unique : il restaure avec des peintures élaborées à l’ancienne, avec des minéraux, des végétaux et des produits animaux naturels. L’entreprise de son père, créée en 1957, fabriquait des peintures à l’huile de lin et à la térébenthine. Lui-même a fait son service militaire dans les chasseurs alpins, ce qui l’a branché sur les Alpes. Il est devenu guide de montagne et a découvert les meubles peints, puis les fresques des monastères de Toscane.

 

Donc, pas question de se servir des peintures au vinyle ou glycérophtaliques. Il s’en tient aux vieilles recettes, plus exigeantes. Pour restaurer un vieux mur, il étale d’abord du savon noir, de la cire d’abeille, de la crème de lait, de la chaux, de la poudre de marbre et enfin les pigments. C’est ainsi qu’il restaure l’église Sainte-Aurélie, un temple protestant de Strasbourg. Les bancs de l’église, en sapin, ont été peints en faux chêne. Il doit retrouver les techniques du faux chêne ou du faux marbre, longtemps utilisées aux siècles précédents. Pour cela, il dispose d’un matériel précieux : brosses et pinceaux en poils de martre, de blaireau, de sanglier. Et même des rouleaux en latex.

 

Suprême raffinement, il cultive dans le jardin attenant à son atelier des plantes tinctoriales comme la garance, le pastel et le sureau. « J’ai le défaut d’être puriste », dit-il. Patrick Fischer est à la fois un artisan et un artiste. Ce qui fait de son entreprise une merveille d’ingéniosité et de talent.

 

Cet article a été réalisé dans le cadre du voyage JNE au Salon BiObernai 2014. Sur l’entreprise de peinture Fischer, lire aussi l’article de Magali Reinert sur notre site.

 

Voyage JNE BiObernai 2014 : Gripple, une curieuse entreprise

Au cours de leur voyage en Alsace effectué lors du salon BiObernai, les JNE ont visité le 13 septembre 2014 une entreprise originale, Gripple, installée à Obernai.

 

par Roger Cans

 

Les tendeurs rabouteurs sont au coeur de cette oeuvre de l'artiste Sophie Brugger réalisée pour l'anniversaire de l'entreprise Gripple

Les tendeurs rabouteurs sont au coeur de cette oeuvre de l’artiste Sophie Brugger réalisée pour l’anniversaire de l’entreprise Gripple – photo Carine Mayo

 

 

Le samedi 13 septembre commence par la visite d’une entreprise d’origine anglaise, Gripple, installée à Obernai (Bas-Rhin) depuis 2005.

 

En fait, il s’agit d’un centre de stockage et de diffusion de produits fabriqués en Angleterre à Sheffield, la capitale du couteau et des aciers spéciaux.

 

Le fondateur de Gripple (de l’anglais grip, serrer, attacher) est un fils de pasteur, Hugh David Facey, qui possède une entreprise de clôtures.

 

En 1988, il a une idée simple mais géniale : il conçoit un système pour rabouter deux fils de fer sans avoir à changer la clôture. Ce système, un tendeur-rabouteur à galets auto-bloquants, pas plus gros qu’un dé à coudre, lui vaut le premier prix du concours Lépine en 1990.
Pendant la première décennie, Gripple a pour marché l’agriculture et aujourd’hui la viticulture en Alsace. Gripple vend en Australie des appareils capables de tendre 100 mètres de fil.

 

Mais un nouveau marché s’est ouvert : le bâtiment. Grâce à son petit tendeur-rabouteur, Gripple est devenu incontournable pour tout ce qui est suspension dans un bâtiment : suspension des gaines dans les faux plafonds, chemins de câbles, suspension des tuyaux ou des luminaires, haubanage, etc. Le grand avantage est sa légèreté : lorsqu’il faut 120 kilos de matériel classique, Gripple fournit le même service pour 20 kilos seulement.

 

Mais l’originalité de Gripple est ailleurs. Le fils de pasteur a voulu créer une entreprise exemplaire, fondée sur ce principe : « Les « membres » et leur bien-être sont plus importants que le rendement du capital ». Autrement dit, les personnes qui travaillent chez Gripple (35 à Obernai) ne sont pas seulement des employés ni des salariés, mais aussi des membres d’une grande famille, où le travail n’est pas une aliénation mais un bonheur de vivre. Les locaux de Gripple à Obernai, ultra-modernes, plaident en ce sens. Les bureaux, en open space comme il se doit, sont émaillés de mots d’ordre roboratifs inscrits sur les murs. On recommande le sourire, la concertation et la joie par le travail. « Le profit n’est pas un objectif ». « Toujours se remettre en question ». « Un minimum de règles et de normes ». « Droit à l’erreur ». « Devenir un exemple, un modèle ». Au mur est accrochée une cloche qui sonne dès qu’une commande atteint les 2.000 euros. Les membres peuvent se détendre dans une salle où sont installés un billard, une table de ping-pong et une cible de fléchettes. Ils peuvent aussi faire un brin de sieste (20 minutes) dans une salle obscure avec deux chaises longues.

 

Le fondateur de la maison n’a eu qu’une exigence : que tous les membres deviennent actionnaires et que la société ne soit pas cotée en Bourse, afin de rester indépendante. Le ticket d’entrée est de 1.000 euros, afin que personne n’ait plus de 5 % du capital. Les profits servent d’abord à l’investissement, mais un tiers est distribué en dividendes aux actionnaires, tous de la maison. Un pour cent est distribué aux œuvres caritatives. Les VRP ne touchent pas de primes. Les dividendes sont également répartis entre tous. Le directeur général est élu par un comité de direction émanant du vote des membres. Gripple compte aujourd’hui 500 personnes établies en Grande-Bretagne, en France, aux Etats-Unis (Chicago) et en Inde (New-Delhi). La société propose 3.000 références. Il existe en France plus de 1.000 points de vente, mais pas aux particuliers. L’innovation, comme à l’origine avec le rabouteur de clôture, vient de la solution proposée au problème d’un client. Gripple Obernai compte deux chercheurs. Les autres se trouvent à Sheffield. La visite se termine par un déjeuner à l’espace restauration, très convivial.

 

Cet article a été réalisé dans le cadre du voyage JNE au Salon BiObernai 2014.

 

Voyage JNE BiObernai 2014 : les sacs recyclés Dosch

Au cours de leur voyage en Alsace effectué lors du salon BiObernai, les JNE ont rencontré les deux responsables de la société Dosch à l’occasion d’un dîner le 12 septembre 2014.

 

par Roger Cans
doschDosch, c’est la rencontre de deux Alsaciennes, Odile Ehrbar et Carole Gassmann. L’une aime le design, l’autre le marketing. A la Noël 2011, elles créent la société Dosch (sac en alsacien). Elles se lancent dans la fabrication de sacs avec des matériaux de récupération. Non pas des bâches de camion ni des voiles de bateaux, comme d’autres avant elles, mais des matériaux neufs, des chutes de fabrication et surtout des bâches publicitaires qui permettent de fabriquer des pièces uniques. Leur premier atelier se trouve à Haguenau, dans le Bas-Rhin.

 

Un partenariat fructueux avec la société Suchard à Strasbourg (les fameux rochers au chocolat) : Les bâches publicitaires commandées pour l’anniversaire de la société sont transformées en sacs pour les employés. Chacun son sac, pièce unique, pour 10 euros. Les poignées des sacs sont fabriquées à partir de ceintures de sécurité, neuves mais pas aux normes, ou de ceintures de guitare, plus colorées. Les sacs sont fabriqués par les derniers maroquiniers d’Alsace, dans quatre ateliers où se mêlent handicapés et professionnels. Des dessins de handicapés sur bâche ont fait l’objet d’une fabrication à leur profit.

 

La gamme Dosch s’étend au fur et à mesure de la demande : trousses, chapeaux de pluie, sacoches de vélo, sacs à piles, vide-poche, « conférenciers », etc. Les productions Dosch ne sont vendues que dans trois magasins : Strasbourg, Dijon et Evian. Car les grosses commandes sont effectuées directement par les entreprises.

 

Cet article a été réalisé dans le cadre du voyage JNE au Salon BiObernai 2014.

Voyage JNE BiObernai 2014 : table ronde sur les entreprises citoyennes

Voici notre compte-rendu de la table ronde consacrée à l’entreprise citoyenne au cours du salon BiObernai 2014.

 

par Roger Cans

 

Photo  BiObernai / Pascal Bastien

Table ronde sur l’économie citoyenne au Salon BiObernai 2014 – Photo BiObernai / Pascal Bastien

 

 

Il est 14 h lorsque le car nous amène au salon BiObernai, où nous avons juste le temps de déjeuner (lasagnes au potimarron) avant la table ronde inaugurale organisée à la salle des fêtes.

 

C’est le journaliste Philippe Chibani-Jacquot qui anime la table ronde, consacrée à l’économie sociale et solidaire, ou plus précisément à l’entreprise citoyenne.

 

 

L’aventure d’ENVIE

Serge Reutenauer présente l’aventure d’ENVIE à Strasbourg, lancée il y a trente ans par des étudiants bénévoles pour le groupe Emmaüs de l’abbé Pierre. L’objectif était de redonner une seconde vie à l’électro-ménager considéré comme hors d’usage. Pour cela, ENVIE a constitué une flotte de véhicules pour collecter les appareils jetés dans le Haut-Rhin. Aujourd’hui, ENVIE s’est spécialisé dans le démantèlement des appareils en fin de vie, avec récupération des liquides ou autres éléments polluants, d’où le statut d’installation classée.

 

ENVIE dispose de 14 sites en France, avec 600 salariés. Sans oublier les 2.000 volontaires pionniers de l’économie circulaire. Depuis 2006, ENVIE est prestataire de services pour des organismes comme Ecosystèmes ou Recylum. Le recyclage est devenu un marché concurrentiel, avec appels d’offres. ENVIE recrute donc des ingénieurs qualité et mutualise les bonnes pratiques. Il recrute aussi par contrats d’insertion pour le démantèlement manuel (130 salariés). En 2013, 10.000 tonnes de déchets électro-ménagers ont été traités à Strasbourg, qu’ils aient été rapportés chez Darty ou apportés directement à ENVIE.

 

Schroll, Gripple et Cie

Fabrice Launay présente ensuite le groupe Schroll, « partenaire historique de BiObernai ». C’est une entreprise familiale de Strasbourg Neuhof, spécialisée dans le tri des déchets. Schroll favorise l’emploi local, la proximité et se préoccupe de l’empreinte carbone. Elle a 50 salariés et un chiffre d’affaires de 300 millions. Elle a des sites à Mulhouse (Papivore) et à Colmar, où elle emploie 14 travailleurs handicapés sur une chaîne de tri. Les centres de tri sont visités régulièrement par des scolaires, afin d’en faire des ambassadeurs du tri.

 

Denis Anthoni présente la société Gripple, une boîte originale qui emploie 35 salariés à Obernai. Nous la visiterons demain. Pierre Hoerter, viticulteur, présente la société Soli’Vers, dont il est PDG. Nous la visiterons également demain (lire notre article ici).

 

Catherine Trautmann, ancienne ministre de la Culture, ancienne maire de Strasbourg, ancienne députée européenne et actuellement vice-présidente de la Communauté urbaine de Strasbourg, témoigne à son tour. Elle a bien connu l’entreprise Schroll, car son père était inspecteur des installations classées. Mais c’était l’époque où le tri des déchets était mal considéré. Elle constate que les quatre entreprises présentées ont relevé un défi : ouvrir une activité classique à l’innovation sociale. Elle souligne que les collectivités doivent se préparer à accueillir des entreprises d’insertion professionnelles, par appels d’offres. Elle regrette que l’Union européenne, après Jacques Delors, ne fasse plus rien pour l’économie solidaire. Au Parlement européen, la clause d’insertion a été difficile à obtenir. Elle rappelle que lorsqu’elle a lancé l’appel d’offres pour le tramway de Strasbourg, elle a dû tourner le code des marchés publics pour permettre l’embauche de travailleurs de plus de 45 ans !

 

Siel Bleu

Lucie Erb présente son groupe associatif Siel Bleu, créé il y a 17 ans par des étudiants de Strasbourg qui se préparaient au professorat de sports. Ils voulaient encourager des activités physiques adaptées et aider à la prévention pour la santé. L’association, qui est financée par divers partenaires (collectivités locales, Institut Curie, Danone, etc.), dispose aujourd’hui de 400 salariés, mis à la disposition de 400.000 bénéficiaires en France. « Nous ne vendons que du bien-être, du sourire, de l’humain », dit-elle. Avec le Fonds Danone appelé Nutritia, qui dispose de 15 antennes départementales, les employés de Siel Bleu s’efforcent de mieux nourrir les pensionnaires de maisons de retraite et de leur proposer des activités physiques adaptées.

 

 Gaz vert

Clément Ritter, responsable de la communication de Suez Environnement dans le Grand Est (Alsace, Lorraine et Franche-Comté) explique que son groupe a signé en 2007 un premier accord de partenariat avec la ville de Strasbourg, afin de lui fournir du gaz « vert ». Une innovation écologique : la machine à recycler les enrobés. Traditionnellement, les terrassiers qui ouvraient les tranchées pour réparer les fuites de conduites d’eau jetaient l’enrobé de la chaussée à la benne. Le bitume était donc perdu. Aujourd’hui, la machine, confiée à une entreprise d’insertion, permet de reboucher les tranchées avec le même enrobé recyclé.

 

Jean-Yves Montargeron, directeur d’Alsace Active, explique comment sa société met en contact les entreprises et les associations afin de « lier la performance sociale à la performance économique ». Alsace Active fait de l’appui et du conseil aux créateurs d’entreprise et aux collectivités. Elle a créé 70 partenariats entre 150 entreprises et 300 associations.

 

Au vin d’honneur qui clôt la table ronde, Catherine Trautmann poursuit le débat : « Il faut accompagner les créateurs d’entreprise, mais aussi les repreneurs, car il y a une forte mortalité ! Oui, il est bon de faire se rencontrer les entrepreneurs classiques et les entreprises solidaires. Mais il faut convaincre les banquiers. Les élus, en général, écoutent, mais les fonctionnaires tordent le nez ! ». Croit-elle que le Parlement européen restera à Strasbourg ? « Oui, bien sûr. On a assez des capitales d’Etat ! ».

 

Ce reportage a été réalisé dans le cadre du voyage JNE au Salon BiObernai 2014.