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Petit déjeuner des JNE sur les bonobos avec Claudine André

Claudine André, qui s’emploie à tenter de sauver les singes bonobos du Congo, était l’invitée des JNE le 24 mars 2011 à la Mairie du 2e ..

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par Roger Cans

 

Claudine André face aux JNE le 24 mars 2011 à la mairie du 2e - photo Laurent Samuel

Claudine André est la fille d’un vétérinaire belge qui s’est installé en 1951 à Léopoldville, capitale du Congo belge. Elle n’a alors que cinq ans. Elle se considère donc aujourd’hui comme une « Africaine », qui n’a nullement l’intention de rentrer en Europe et veut se faire enterrer au Congo, sa patrie. Car elle a épousé le fils d’un Tutsi et d’une Italienne, qui, lui aussi, a toujours vécu au Congo, devenu Zaïre puis RDC (République démocratique du Congo). Il travaille dans les transports, les travaux publics et le commerce. Il subvient donc à ses besoins.

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Sa vocation de protectrice des bonobos, ces petits chimpanzés endémiques du bassin du Congo, est venue par hasard et sur le tard. Lorsque la guerre civile a éclaté au Zaïre, en 1991, les bandes armées ont imposé leurs lois, aussi bien dans le parc national des Virunga, à l’est, où vivent les derniers gorilles des montagnes, que dans la ville de Kinshasa, à l’ouest, qui a été dévastée en dix jours de combats. « Tout était détruit, certaines usines jusqu’aux fondations ». C’est alors qu’on lui parle du zoo de Kinshasa, dont elle ignorait même l’existence. On lui dit que les animaux sont en perdition et qu’elle seule, fille de vétérinaire, peut faire quelque chose.

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Elle s’y rend donc et constate que, effectivement, les animaux qui subsistent dans le zoo sont en grande détresse. « Les léopards mangeaient des mangues », ce qui n’est pas un menu pour de grands carnivores… Claudine André prend alors en charge le zoo, en s’arrangeant pour récupérer des vivres, dont la meilleure moitié est destinée aux gardiens, soigneurs et autres personnels, et la moins bonne aux animaux. Elle recueille aussi des enfants abandonnés, qui sont plusieurs milliers en ville (les « enfants sorciers »), pour les transformer en soigneurs bénévoles et leur faire cultiver quelques légumes. Elle devient « Maman jardin ».

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C’est alors qu’on lui apporte le premier bonobo, un singe qu’elle ne connaît pas vivant puisqu’il est habituellement vendu comme viande de brousse. Au fil des saisies de la police, qui fait la traque au commerce illégal des petits singes vivants, elle en recueille cinq, en accord avec le ministère local de l’environnement. Le but est de « casser la chaîne du commerce illégal » d’un animal intégralement protégé par la législation internationale. Elle obtient alors un contrat de gardiennage pour les bonobos saisis dans tout le bassin du Congo, aussi bien du côté de Brazzaville que de Kinshasa. Son centre d’accueil des animaux saisis, capturés ou blessés prend de l’importance.

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Tant et si bien que la WISPA (World international society for protection of animals) lui suggère de créer un sanctuaire dévolu à la sauvegarde et à la réintroduction des bonobos dans la forêt congolaise. Claudine André est effarée par le nombre de cartouches MACC  (Manufacture d’armes et cartouches du Congo) que l’on trouve dans tous les coins de la forêt, qu’elle arpente en pirogue et à pied. Car le marché de la viande de brousse est une affaire qui marche très fort. Il lui faut donc trouver un endroit sans chasse pour transférer ses chers bonobos. Heureusement, le bassin central de la forêt congolaise est inondé plusieurs mois sur douze, ce qui dissuade les chasseurs et les exploiteurs de bois (qui n’ont pas non plus de port de mer, à la différence du Cameroun avec Douala ou du Gabon avec Libreville).

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En 2005, elle se lance dans la réalisation du sanctuaire, ce qui ne va pas sans mal. Il faut convaincre les églises locales, très puissantes, du bien fondé de la conservation. Il faut surtout trouver une ethnie qui considère le bonobo comme tabou. Car certaines ethnies, au contraire, consomment la viande de bonobo et la juge même très favorable aux femmes enceintes… Il faut enfin trouver de l’argent. Les milieux scientifiques veulent bien financer, à condition que les bonobos soient réintroduits dans leur milieu naturel et fassent l’objet d’un suivi bien documenté.

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Finalement, le sanctuaire qu’elle trouve, à 1000 km de Kinshasa, ne s’impose que parce qu’elle consacre 80 % de ses ressources à l’éducation et à l’assistance des populations riveraines, afin de les motiver à la conservation, et seulement 20 % aux bonobos proprement dits. Le sanctuaire fonctionne avec seulement trois expatriés, dont l’une habite à Islamabad (Pakistan) et collecte les fonds (fund raiser). Sur place, « Maman Claudine » emploie 100 personnes (soigneurs, gardiens, écoguides, et trois vétérinaires congolais), ce qui lui revient à 500 000 dollars par an. La fondation Brigitte Bardot lui offre 43 200 euros par an. Les liaisons entre le centre de soins et le sanctuaire (1000 km) ne peuvent se faire que par avion (800 euros le billet).

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La réintroduction, progressive, a été commencée il y a deux ans, sous le contrôle d’un primatologue japonais très pointu. Dix individus ont été relâchés le 14 juin 2009, après repérage d’arbres bien pourvus en fruits. Ils sont suivis localement par des pisteurs afin de fournir toutes les données réclamées par les institutions scientifiques qui financent l’opération (US Fish and Wildlife, ARCUS Foundation, Max Planck Institute).

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Les animaux relâchés sont entièrement libres, sans colliers ni puces de radiopistage. On a constaté que le groupe fait très rapidement des kilomètres dans la forêt. Un deuxième groupe de onze bonobos a été relâché récemment. Tout s’est bien passé. Aucune perte n’a été signalée. Les seuls prédateurs sont les léopards ou les chimpanzés, « les guerriers de la forêt », qui ne supportent pas de cohabiter avec les bonobos et les tuent. Heureusement, ils ne se sont pas rencontrés…

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Claudine André a voulu tester elle-même la « déshabituation » des bonobos relâchés dans le sanctuaire. Volontairement, elle n’y est pas retournée pendant huit mois, afin de distendre les liens, très proches au centre de soins. Lorsqu’elle est retournée au sanctuaire, elle craignait d’être tout de suite entourée par ses anciens protégés et d’avoir à les prendre dans ses bras, ce qui aurait été un échec de la réintroduction. En fait, les bonobos l’ont tout de suite repérée, comme elle a pu s’en rendre compte par les vocalises du groupe. Mais ils sont restés dans leurs arbres. La partie était gagnée.

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Photo D.R.

Aujourd’hui, le centre Lola de Kinshasa héberge 73 bonobos sur 40 hectares. Les animaux y sont parfaitement libres. Ils peuvent faire leur nid dans la forêt, venir coucher dans les locaux aménagés, disparaître plusieurs jours ou rester à se faire nourrir. Des étudiants de Harvard (Etats-Unis) viennent y faire des expériences pour tester leur intelligence.

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Le centre dispose de chats pour éloigner les rats, qui sont vecteurs, par leur urine, d’une maladie grave (encéphalomyocardo…..) qui peut tuer même un éléphant. Un jour, un énorme python de 4 m de long a été retrouvé après avoir avalé un des chats. Il a été tué. Le centre n’aime pas la visite des serpents, qu’il s’agisse de constricteurs comme le python ou de venimeux comme la vipère du Gabon, très abondante.

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Le sanctuaire comporte aujourd’hui 20000 hectares de forêt, inondée à chaque saison des pluies, donc sans chasse ni exploitation forestière. Il est question de porter sa surface à 30000 hectares, puisque l’ethnie voisine est aujourd’hui acquise à la cause des bonobos. Outre les singes réintroduits, on y trouve aujourd’hui des animaux qu’on ne voyait plus, comme les éléphants. Mais il est impossible de chiffrer le nombre de bonobos présents au Congo. Les chiffres les plus fantaisistes circulent, de 17500 à 100000. Il est impossible, dans cet espace forestier immense, de comptabiliser quoi que ce soit (écoutez ici la réponse de Claudine André à une question sur la situation des bonobos).

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Claudine André tient beaucoup à un principe : n’attendre aucune subvention publique ni aide de grandes organisations comme le WWF, afin de conserver une entière liberté de manœuvre. Mais elle se conforme aux directives de la CITES et de l’UICN, qu’elle appelle ses « guidelines » (en anglais).

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Le film Bonobos qui lui est consacré, réalisé par Alain Tixier, est un docu-fiction. Certaines scènes ont été entièrement truquées pour les besoins de la caméra. Mais le message, lui, n’est pas fictif. Et les personnages du film sont tous bien réels. Il sort en salle mercredi 30 avril. Pour visionner la bande-annonce, cliquez ici.

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