Transition énergétique en Algérie : machine arrière sur les énergies renouvelables ?

L’intervention du P-DG du Groupe Sonelgaz, Nouredine Bouterfa, lundi 3 février 2014, à la radio algérienne, aide à comprendre pourquoi le discours officiel sur les énergies renouvelables est subitement devenu moins enthousiaste.

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par M’hamed Rebah

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Il y a trois ans, le gouvernement avait fait connaître son programme visant, à l’horizon 2030, à installer des capacités de production d’électricité à partir des énergies renouvelables, de 12 000 mégawatts pour la consommation intérieure (un investissement de 60 milliards de dollars) et, si certaines conditions sont réunies, 10 000 MW pour l’exportation (même montant de l’investissement).

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Ce programme est en cours, rassure le P-DG de Sonelgaz. Pour 2013, les projets ont été lancés. En 2014, on devrait avoir, annonce-t-il, jusqu’à 350 MW de renouvelables, essentiellement à partir du photovoltaïque et de l’éolien produit à la partir de la ferme d’Adrar, qui vont être mis en service et injectés sur les réseaux.

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Mais il reconnaît qu’il y a beaucoup de « questions préalables que nous découvrons ». D’abord, la désillusion sur le solaire thermique qui n’est pas la panacée que l’on croyait en 2009 : il ne résout pas encore le problème du stockage de l’électricité et il coûte très cher. Or, il constitue la plus grosse part des 12 000 mégawatts prévus.

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Le P-DG de Sonelgaz pense qu’il faut « se redéfinir concernant le solaire thermique ». « Est-ce que des capacités de 100 MW unitaires en solaire thermique telles qu’on les avait imaginées en 2009 vont être disponibles, ce n’est pas évident, on doit s’adapter à la réalité technologique », lance-t-il. Que reste-t-il alors de disponible ? Il répond : « le photovoltaïque et l’éolien, mais leur électricité ne peut pas être stockée ou alors c’est excessivement cher ».

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Autre question « préalable », elle concerne les entreprises privées qui veulent fabriquer et vendre des panneaux. « On peut fabriquer des panneaux, encore faut-il les convertir en électricité ; tout le problème est dans la conversion », a-t-il rappelé. « Qui va investir dans la conversion ? », interroge-t-il. « Pas le grand public qui n’est pas prêt et qui soulève d’autres questions, notamment celles liées à la sécurité », fait-il observer. Il en donne pour preuve l’impréparation face au risque d’incendie qui serait consécutif à un court circuit sur les panneaux posés sur les toits.

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Ce n’est pas fini : le fameux dispositif de rachat n’est pas encore prêt. Là, c’est le risque de fraude qui exige la plus grande prudence dans l’évaluation de l’origine de l’électricité produite. Pour le P-DG de Sonelgaz, « il ne faut pas se tromper en matière d’évaluation de ce qui sera produit, donc il faudra avoir le contrôle pour être sûr que ce qui va être injecté sur le réseau est bien de la production renouvelable et non pas de l’énergie tirée du réseau de Sonelgaz et injectée en renouvelable ». Il révèle que cette pratique existe « dans les pays développés pas très loin de chez nous, qui ont des moyens de contrôle excessivement importants et qui ont une autre culture ».

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Enfin, pour l’exportation envisagée dans le programme national, se pose le problème de l’interconnexion. « Qui va s’en charger ?», demande Nouredine Bouterfa, qui précise que les Européens ne sont pas pressés de le faire. Mais, surtout, il fait remarquer qu’il y a un excédent en renouvelable en Europe, 5000 MW pour le Portugal et l’Espagne ensemble.

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Le P-DG de Sonelgaz estime qu’il faut bien étudier ces questions, « pour bien démarrer ». Car, insiste-t-il:

1/ « le renouvelable n’est pas gratuit, c’est du gaz que l’on va exporter, il faut aller vers des prix raisonnables » ;

et 2/ « le renouvelable importé n’est pas intéressant ». Il y a un savoir-faire national à mettre en place, conclut-il.

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L’idée que le programme du gouvernement, dans sa partie réservée à la consommation intérieure, est dédié à Sonelgaz, présentée comme son instrument principal, est battue en brèche. Ce n’est pas l’affaire uniquement de Sonelgaz. Toutes les capacités nationales sont concernées.

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Seule certitude chez Nouredine Bouterfa : l’éolien. « On peut aller vers 2000 MW d’éolien», affirme-t-il. C’est ce qu’a prévu, à peu près, le programme algérien. Dans un premier temps, sur la période 2011-2013, l’installation de la première ferme éolienne d’une puissance de 10 MW à Adrar, puis entre 2014 et 2015, deux fermes éoliennes de 20 MW chacune devraient être réalisées ; ensuite, des études seront menées pour détecter les emplacements favorables afin de réaliser d’autres projets sur la période 2016-2030 pour une puissance d’environ 1 700 MW.

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Cet article est paru dans Reporters (quotidien algérien).

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