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Autant en emportent les hoax

 


par Laurent Samuel,
Vice-Président des JNE

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Un calamar géant de 50 mètres de long, rendu monstrueux par les radiations de Fukushima, s’est échoué sur une plage de Californie. A Pékin, un écran géant diffuse en permanence des images du Soleil que les habitants ne voient plus jamais à cause de la pollution. Au cours de ces dernières semaines, ces deux « nouvelles » ont été massivement « likées » sur Facebook, partagées, commentées, transmises par mail, postées sur des forums, retweetées. Pourtant, il s’agissait dans un cas comme dans l’autre d’un « hoax ». Selon le site spécialisé (et francophone malgré son nom) Hoaxkiller, ce terme anglais désigne une « information fausse, périmée ou invérifiable propagée spontanément par les internautes ».

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Comme c’est le cas pour les rumeurs, avec lesquelles les hoax partagent leur caractère émotionnel et leur vitesse de propagation, leur origine est souvent difficile à déterminer. Il s’agit souvent de canulars que des internautes crédules prennent pour argent comptant et relaient massivement sans réfléchir. Ainsi, l’histoire du calamar géant, dont la journaliste du Monde Audrey Garric a suivi la trace sur son blog, avait été mise en ligne sur Lightly Braised Turnip, site américain spécialisé dans les fausses informations satiriques (si, si, ça existe et ça a même beaucoup de succès !) comme Gorafi en France. Dans d’autres cas, comme celui de l’écran de Pékin, le hoax découle d’une interprétation abusive ou d’une généralisation hâtive : l’image du Soleil, diffusée par le Daily Mail britannique et reprise par de nombreux médias internationaux, était en fait une pub d’agence de voyages et n’a été montrée que quelques secondes sur un écran situé près de la place Tien An Men.

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Mais avouons qu’il est facile de se laisser prendre aux pièges des hoax, d’autant plus que certaines infos authentiques sont tellement énormes qu’elles ressemblent à des canulars, comme celle selon laquelle 150 000 mètres cubes de neige artificielle ont été stockés à Sotchi pour le cas où la neige naturelle manque à l’appel au cours des J.O. d’hiver.

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Pour les journalistes, et tout particulièrement ceux qui sont spécialisés en environnement, cette inflation incessante de fausses nouvelles devrait être une incitation à respecter l’une des règles de base de leur métier : vérifier chaque information avant de la diffuser. Un principe souvent oublié puisque les hoax sont parfois propagés par des grands médias comme le Daily Mail. Plus grave, des informations tendancieuses, voire mensongères lancées par des groupes de pression ou des entreprises (comme, pour citer un exemple récent, la mise au point d’une technique « propre » pour extraire les gaz de schiste vantée notamment par la navigatrice Maud Fontenoy dans le Parisien) sont trop souvent publiées sans mise en perspective ou analyse critique.

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Mais plus largement, que l’on soit journaliste et/ou citoyen, la multiplication des hoax devrait nous pousser à prendre le temps de réfléchir, à se retenir de cliquer trop vite sur ces icônes magiques nous permettant de partager d’un clic notre indignation à toutes nos connaissances, et, par effet de propagation en chaîne, au monde entier. En d’autres termes, nous devrions accepter de courir le risque de ne pas être le premier à relayer une « information » qui n’en est peut-être pas une, et réapprendre les vertus de la lenteur…

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Laurent Samuel collabore notamment à Media Pep’s, qui publie la lettre Options Futurs.

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