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Comment lutter contre les méfaits des pétroliers en Equateur ?

Les JNE ont co-organisé  le 24 septembre 2010 un petit déjeuner avec José Gualinga, Indien Kichwa d’Amazonie, porteur du projet Chemin de Fleurs de la Frontière de Vie. Il était entouré de Corinne Arnould, présidente de l’association Paroles de Nature pour le soutien des Kichwas, Carlos Jativa, ambassadeur d’Equateur à Paris, et Jacques Boutault, maire du IIe arrondissement de Paris.

Carlos Jativa, ambassadeur d’Equateur à Paris, et José Gualinga, représentant des Indiens Kichwa (photo Christine Virbel)

Par Christine Virbel

José Gualinga, représentant du peuple indien Kichwa de Sarayaku en Equateur, était l’invité des JNE à l’occasion d’un petit déjeuner le 24 septembre à la mairie du IIe arrondissement de Paris.

Cette communauté d’Amazonie résiste pacifiquement depuis 25 ans à des compagnies pétrolières qui tentent de la chasser de son territoire pour en exploiter les ressources.

Face aux agressions de plus en plus violentes dont elle a fait l’objet récemment, la communauté Kichwa a décidé de manifester médiatiquement, en dehors des démarches juridiques qu’elle a entreprises au niveau international pour faire respecter ses droits.

Carlos Jativa, ambassadeur d’Equateur à Paris, est intervenu en premier pour souligner l’importance du changement qui s’est effectué en Equateur avec l’arrivée au pouvoir du président Rafael Correa qui, pour la première fois, a fait inscrire dans la constitution de son pays les droits inaliénables de la Nature.

Le gouvernement équatorien a également pris une décision courageuse en proposant à la communauté internationale le projet Yasuni-ITT, visant à ne pas exploiter les réserves pétrolières situées dans la réserve naturelle de Yasuni, afin de protéger sa biodiversité et de lutter contre le changement climatique. En contrepartie, le pays demande une contribution à hauteur de 50 % de la manne financière qu’aurait apportée l’exploitation pétrolière. Les ressources sont estimées à 850 millions de barils de pétrole (soit 20 % des réserves du pays) pour un montant de 5 millions d’€.

A la suite de cette intervention, José Gualinga a rappelé que les peuples indiens d’Equateur ont soutenu l’élection du président Correa et que la reconnaissance des droits de la Nature dans la constitution est une avancée unique au monde. Pour lui, cette avancée est due aux protestations, luttes et grèves menées par les peuples indigènes d’Equateur ces 20 dernières années et qui demandaient de respecter la Nature et les peuples vivant en son sein.

Pourtant, José Gualinga s’est dit préoccupé de voir que deux lois récentes ne respectent plus les droits reconnus à la Nature, notamment la loi sur les hydrocarbures, votée il y a deux mois par l’Assemblée Nationale, et la loi minérale qui serait inconstitutionnelle, car votée sans consultation des peuples indigènes.

Malgré ces réserves, José Gualinga a expliqué que les Kichwas ont appuyé l‘initiative Yasuni-ITT du gouvernement parce qu’ils pensent qu’aujourd’hui, il faut baser le développement du pays sur un autre modèle que celui des hydrocarbures. Cependant, cette initiative pour la zone Yasuni ne doit pas se faire au détriment du reste de la forêt amazonienne dont l’exploitation pétrolière semble déjà prévue (*).

En effet, l’exploitation pétrolière de la forêt amazonienne défriche et pollue le lieu de vie des peuples indigènes et les menace de disparition. La communauté de José Gualinga a d’ailleurs eu maille à partir avec plusieurs compagnies pétrolières depuis 1989, dont certaines appuyées par des militaires. L’état d’urgence, avec fermeture des écoles, blocage des activités économiques du village, des travaux agricoles et de la chasse, a parfois été nécessaire pour se défendre.

Mais, en dehors de ces situations d’urgence, les Kichwas ont décidé de mener une action symbolique en créant une ceinture de protection de leur réserve naturelle avec des arbres dont la canopée se couvrira bientôt de fleurs: Le Chemin de Fleurs de la Frontière de Vie. Pour José Gualinga, « ce chemin de fleurs parle en faveur d’une préservation de la biodiversité, de la richesse culturelle des peuples indigènes et donne de l’émotion à celui qui est triste ou malade. C’est aussi une déclaration indiquant que ce territoire doit être sans pétrole et que les peuples indigènes sont actifs en ce XXIe siècle ». Par cette action hautement symbolique, les Kichwas veulent ainsi transmettre à l’Occident leur conviction qu’il faut vivre en harmonie avec la nature pour assurer notre existence à tous sur cette Terre. Sur le terrain, le projet se traduit aussi par des actions environnementales et sociales.

Pour soutenir José Gualinga, l’association « Paroles de Nature »a été créée par Corinne Arnould. Le collectif « Artistes & Frontière de Vie », composé de 100 artistes, s’est joint à elle pour faire connaître le projet des Kichwas.

Jacques Boutault, maire du IIe arrondissement de Paris, lui aussi présent lors du petit déjeuner, a exprimé son soutien à l’initiative ITT Yasuni, promue par le gouvernement équatorien, ainsi qu’aux actions de résistance pacifique du peuple Kichwa de Sarayaku contre les méfaits des pétroliers. Jacques Boutault a décidé d’organiser à partir du 4 octobre 2010 l’exposition « Des fleurs contre le pétrole », dédiée au peuple Kichwa de Sarayaku, pendant laquelle le hall de la mairie du IIe arrondissement est transformée en forêt tropicale.

Les fleurs du chemin de vie ne seront visibles que dans 10 à 20 ans, mais déjà, le projet essaime.

* Lors du petit déjeuner JNE, l’ambassadeur d’Equateur a reconnu qu’une société coréenne a obtenu un accord du gouvernement pour réaliser des études de faisabilité d’exploitation pétrolière du bloc 23, situé au sud de la réserve Yasuni. Mais « ceci ne veut pas dire qu’il y aura nécessairement exploitation de la zone », a-t-il affirmé.

Pour en savoir plus

Le site Frontière de vie

L’article de Christine Virbel sur son blog http://bonnesnouvellesenvironnementales.over-blog.com/article-rencontre-avec-jose-gualinga-indien-kichwa-d-amazonie-des-fleurs-contre-du-petrole-57877247.html

L’interview de José Gualinga et Corinne Arnould dans l’émission Terre à Terre de Ruth Stégassy (JNE) sur France Culture le 25 septembre 2010, en réécoute ou podcast.

L’interview de José Gualinga dans l’émission « Partir avec » de Sandrine Mercier sur France Inter le 27 septembre 2010, en réécoute ou podcast.

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