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Catégorie ‘OPINIONS ET DEBATS’


La COP 21, un débat global qui nous empêche d’agir

A quoi servira la COP 21 ? Une tribune qui lance le débat… Vos avis sont les bienvenus !

 

par Michel Sourrouille

 

Il est vain d’attendre des conférences sur le climat une réponse collective au changement climatique. La conférence des parties (COP), qu’elle se réunisse à Copenhague, Lima ou Paris, n’a aucune légitimité. Les politiques ne s’y expriment pas au nom de l’intérêt général, ils représentent des populations particulières.

 

Le GIEC a produit son premier rapport sur les changements climatiques en 1988 et depuis aucun pays n’a jamais adopté de mesures significatives pour limiter les émissions de GES. Les Etats-Unis n’ont pas signé le protocole de Kyoto en 2001, ils ont nié l’origine anthropique du réchauffement climatique, ils ont toujours privilégié le niveau de vie des Américains. Barack Obama n’échappe pas à la règle formulée par Bush. Il avait dit lors de son discours d’investiture le 20 janvier 2009 : « Nous n’allons pas nous excuser pour notre mode de vie, nous le défendrons sans relâche. » Obama s’était à l’époque engagé à réduire les émissions de gaz à effet de serre des Etats-Unis de 17 % au-dessous de leur niveau de 2005 d’ici à 2020. Rien n’a été fait. Le protocole de Kyoto demandait aux USA de les diminuer de 7 % en 2012 par rapport à 1990. En 2004, ces émissions étaient supérieures de 16 % au niveau de 1990.

 

Il a fallu attendre le 25 juin 2013 pour que Barack Obama lance un timide plan d’action nationale pour le climat. Obama n’autorisera le pipeline Keystone XL, prévu pour acheminer le pétrole des sables bitumineux du Canada jusqu’au golfe du Mexique, que s’il « n’exacerbe pas de manière significative le problème climatique ». Admirons le style : « exacerber » et « de manière significative ». Le niveau de vie des Américains n’est pas négociable, ni les sables bitumineux du Canada, ni le pouvoir d’achat des Français, ni l’enrichissement des Chinois, ni le développement des pays émergents. Les sociétés qui vivent à l’occidentale poursuivent un rêve contradictoire et suicidaire : jouir sans entraves des applications impressionnantes des ressources fossiles, et être aveugles aux conséquences fâcheuses de la perturbation climatique qui en découle.

 

Un changement de comportement ne se décrète pas d’en haut, sauf si une autorité légitime décide l’état de guerre face à une situation objectivement mobilisatrice. Par exemple Churchill, Premier ministre du Royaume Uni depuis trois jours, pouvait s’exclamer le 13 mai 1940 : « I have nothing to offer but Blood, Toil, Tears and Sweat » ( Je n’ai rien d’autre à offrir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur). L’invasion de l’Europe par les troupes hitlériennes avait commencé.

 

Face à la guerre que nous menons contre le cycle du carbone, les conditions sont tout autres. Nous n’avons pas vraiment conscience que la hausse moyenne des températures mondiales implique un basculement de notre monde à venir. Des scientifiques estiment que la concentration atmosphérique de dioxyde de carbone (CO2) ne doit pas dépasser une valeur située quelque part entre 350 parties par million (ppm) et 450 ppm. La teneur moyenne actuelle est d’environ 400 ppm, soit au beau milieu de la ligne rouge. L’objectif des deux degrés de réchauffement, fixé par la communauté internationale comme limite à ne pas dépasser, représenterait déjà des risques significatifs pour les sociétés humaines partout sur Terre *. Qui s’en soucie ?

 

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a prévenu : pour conserver au moins une chance sur deux de contenir la hausse des températures à la fin du siècle sous la barre de 2° C par rapport à la période préindustrielle – seuil de danger retenu par la communauté internationale en 2009 –, les émissions mondiales de CO2 ne devront pas dépasser, entre 2011 et 2050, une fourchette allant de 860 à 1 180 milliards de tonnes, ou gigatonnes (Gt). Or, les réserves fossiles du globe représentent un stock d’environ 2 900 Gt de CO2 – près de trois fois plus que les émissions tolérables.

 

La conclusion s’impose : il faut, jusqu’à 2050, s’abstenir d’extraire et de brûler la plus grande partie des réserves fossiles. Un tiers des réserves de pétrole, la moitié de celles de gaz et plus de 80 % de celles de charbon devront rester inexploitées, si l’on veut éviter la surchauffe de la planète. Pour ce qui est du cas particulier des hydrocarbures non conventionnels (pétrole et gaz de schiste, sables bitumineux), les auteurs concluent qu’une hausse de leur production actuelle est incompatible avec la volonté de juguler le réchauffement. C’est la thérapie de choc que prescrivent deux chercheurs britanniques dans une étude publiée dans la revue Nature **.

 

Qui s’en soucie ? On voit mal comment convaincre un pays producteur, riche ou pauvre, ou une compagnie pétrolière ou gazière, de renoncer à la rente des hydrocarbures. Pour éviter la catastrophe climatique, nous savons quand nous sommes bien informés qu’il faudrait diviser par quatre d’ici 2050 les émissions de gaz à effet de serre, ce qui voulait dire diviser par deux notre consommation d’énergie. Mais cela restait abstrait. Qui comprend que cela remet complètement en question son mode de vie ?

 

Le 8 janvier dernier, Laurent Fabius prônait devant un comité inter-ministériel l’adoption d’un objectif « zéro carbone – zéro pauvreté » et le rapprochement des agendas internationaux pour le climat et des Objectifs mondiaux pour le développement, qui doivent désormais être « durables ». Ces déclarations d’intentions ne servent absolument à rien si le citoyen de base ne se sent pas concerné. Nous ne pouvons réussir internationalement une COP que si nous commençons à nous impliquer personnellement (par exemple participation généralisée aux « familles à énergie positive ») et à réussir localement (par exemple mise en œuvre d’un plan climat territorial). Les solutions existent, individuelles et collectives. Elles s’appellent sobriété partagée, rationnement bien expliqué, taxe carbone aujourd’hui, carte carbone demain, soutien par l’Etat central des communautés locales cherchant leur autonomie alimentaire et énergétique, adoption de techniques douces aux humains et à la nature, généralisation d’une agriculture biologique, conversion des intellectuels du tertiaire à l’artisanat, entraînement à la réponse non violente en toutes circonstances, rejet des actions militaires, considération des acteurs absents (générations futures et non-humains), maîtrise de la fécondité, etc. Le pire n’est jamais certain.

 

* Le Monde du 17 janvier 2015, La planète a atteint ses limites.

 

** Le Monde du 9 janvier 2015, Des réserves fossiles rationnées pour éviter la surchauffe.

 

Obsolescence programmée

On se sentait un peu gelé de la plume, mais Charlie Hebdo paru, mais Fabrice Nicolino recommençant à écrire, ça réchauffe.

 

par Elise Rousseau

 

L’obsolescence programmée, vous en avez tous entendu parler.
Obsolescence : fait de devenir périmé ou de tomber en désuétude.
Programmée : prévue, configurée, organisée.

 

L’obsolescence programmée, à la base, c’est le fait d’inciter les gens à remplacer un appareil qui fonctionne par un autre plus moderne, avec encore plus de possibilités, ou plus à la mode. Mais on est allé plus loin, avec la non-durabilité planifiée : c’est-à-dire qu’au moment même de créer le produit, on le conçoit de telle sorte qu’il ne puisse durer trop longtemps, et ce afin de nous en faire racheter un autre. Bien que quelques lois molles tentent d’empêcher ces pratiques, elles continuent d’avoir la vie belle…

 

Deux exemples vécus en moins d’un an.

 

La précédente ayant trépassé avec moult glouglous, achat d’une machine à laver le linge dans une grande enseigne d’électroménager.

 

Discussion avec le vendeur :
« Bonjour, je suis écolo, laquelle serait la moins polluante ? Laquelle serait assez solide pour durer un peu ? »

 

Coup de bol, le vendeur aussi est un vieil écolo. Il fait une grimace puis finit par murmurer sur un ton de confidence.

 

« Prenez la moins chère.
Pardon ?
Prenez la moins chère. Dans 5 ans, elles seront toutes grillées, quel que soit le prix. C’est l’obsolescence programmée. Vous n’en trouverez pas une seule qui tienne la route. »

 

Bien…

 

Autre discussion, quelques mois plus tard. Une radio achetée il y a un an vient de rendre l’âme. Une dizaine de jours, très exactement, après la date de garantie. Un peu fort de café. La défunte crachouilleuse est rapportée chez la grande enseigne d’électroménager d’où elle vient :

 
« Bonjour. Ce que j’ai à dire, ce n’est pas du tout contre vous en tant que personne, je sais bien que vous n’y êtes pour rien, mais juste si vous avez moyen de faire remonter l’info. Ma radio vient de tomber en panne, 10 jours après la fin de la garantie. Alors voilà, je voulais féliciter votre enseigne pour l’obsolescence programmée. Bravo vraiment parce que là c’est un beau cas d’école. »

 

A nouveau, grimace gênée du vendeur qui semble réfléchir. Puis lui aussi, le voilà qui se penche et dit à voix basse :

 

« Écoutez… je vous le dis entre nous, parce que vous ne m’agressez pas. Que ce soit ici ou dans n’importe quelle autre enseigne, y’a plus aucun appareil qui dure, c’est fini, ça n’existe plus. C’est conçu pour ne pas durer. Pour faire marcher les ventes. »

 

Voilà… Les vendeurs (rarement au rayon machines à laver d’un grand groupe par passion personnelle) savent qu’ils vendent de la merde et, désormais, ils l’admettent aisément, encore à voix basse et encore avec de petites grimaces, mais au fond totalement outrés eux-mêmes par le système.

 

A notre niveau de technologie, on est plus que jamais capables de construire des frigos, des téléphones, des ordinateurs, etc., d’excellente qualité, et qui durent très longtemps (on se souvient tous des frigos des grands-parents qui duraient trente ans parfois…). Et aujourd’hui, plus que jamais, en cas de panne, on serait capable de réparer tout cela. Pourtant, dans la réalité, toutes nos machines tombent désormais irrémédiablement en panne au bout de quelques années. Et quand on veut les faire réparer, cela n’est pas possible : le coût de la réparation est toujours supérieur à la valeur d’un appareil neuf. Donc on jette, et on change.
Tout cela est voulu, pensé. Des ingénieurs y travaillent : on ne souhaite pas que les appareils durent trop longtemps, cela ne serait pas bon pour les ventes.

 

C’est l’un des pires scandales écologiques, la moelle d’un système vicié, mais qui est le monstre ? Ces salauds de constructeurs ? Ces fumiers de politiques ? Les vendeurs complices ? Non. Le monstre, c’est le consommateur.

 

Celui qui veut avoir le dernier smartphone à la mode, la dernière chaîne hifi, le dernier écran plat, celui qui ne cesse d’enclencher cette fuite en avant, encore, encore, et encore. Qui accepte tout cela sans rien dire ou en y contribuant.

 

Pour quelques-uns qui subissent, qui ne voudraient que changer leur vieille télé ou leur ordinateur qui a planté, il y a une majorité qui adhère totalement à cette folie, et qui la génère activement.

 

Pourtant, oui, on peut en partie résister à cela. On peut se contenter d’un certain minimum technologique sans être dans cette course consumériste. On peut être au moins dans un début de sobriété heureuse, même si c’est marginalisant.

 

L’obsolescence programmée, c’est l’illustration la plus parfaite de notre société de consommation, et de l’argent érigé en valeur ultime.

 
Ne pas acheter le dernier gadget à la mode, ne pas céder à la pression, ce n’est pas anodin : c’est un pas pour changer le monde. Et si chacun le faisait, notre société serait différente.

 

Parce que l’obsolescence programmée, c’est aussi sociétal.

 

Du haut en bas de la chaîne.

 

L’obsolescence programmée, et bien programmée, mais cette fois sans le faire exprès, c’est notre société actuelle : course à l’argent, course aux réélections, course au narcissisme, règne du périssable sur tous les plans. Gadgets en bas, gadgets en haut. Une société qui manque de valeurs, de profondeur, de culture, qui passe son temps à se tirer vers le bas. En manque de tout, retour à l’obscurantisme, au fanatisme, qui au moins donnent des réponses. Et l’homme préfèrera toujours des réponses, même stupides, à une absence de réponses. C’est l’absurdité de notre système sociétal qui nous tue. Ce délire consumériste infini dans un monde fini. Un égarement qui nous conduit, Occidentaux, à oppresser le reste du monde et la planète depuis trop longtemps. C’est ce smartphone, c’est cette machine à café dernière génération, c’est cette télé aux trois cents chaînes, ces vêtements à la mode, c’est tout ce creux et ce vide de sens, l’un des terreaux de la folie. Et l’une des mamelles de tous les fanatismes.

 

Mais sur un plan plus particulier, l’obsolescence programmée, c’est l’individualisme érigé en valeur, l’indifférence ou l’oubli de la politesse comme posture calculée pour se sentir cool, la vie préférée virtuelle et mise en scène que vécue.

 

C’est ne plus savoir dire bonjour, merci, ne plus prendre la peine de dire pardon quand on sait qu’on a fait de la peine à quelqu’un, c’est mettre trois jours à répondre à un SMS sans s’excuser parce qu’on pense que ça donne l’image de quelqu’un de très occupé, c’est ne plus souhaiter la bonne année parce que c’est devenu la norme pour beaucoup de ne plus le faire (alors que c’est bien l’une des rares et dernières traditions pas commerciales : gratuite, solidaire).

 

Tout ça, c’est de l’obsolescence programmée aussi, c’est tout ce foutu monde dans lequel on vit, et qui n’est pas durable, parce que la seule chose de durable, pour nous humains, c’est la façon dont on se traite entre nous, c’est la façon dont on traite les animaux domestiques et sauvages, c’est la façon dont on prend soin de la nature.

 

Alors certains ont de vraies excuses dans leurs difficultés à exprimer leur humanité, mais la plupart d’entre nous ne le font pas juste par posture, juste par mode, juste pour ne pas vouloir être comme tout le monde (sauf que tout le monde maintenant est comme ça !), et c’est une gangrène. L’individualisme, le virtuel, le superficiel, c’est l’obsolescence programmée. Et vite, que tout cela tombe en panne une bonne fois, pour qu’on réapprenne à construire autre chose !

 
Pour qu’on réapprenne le durable, le solide, le réparable, sur tous les plans.

 

Nous n’avons pas besoin de smartphone, d’amis virtuels, de baignoires à bulles, nous avons besoin de sens : d’humanité, de philosophie, de raison, d’amour, d’humour, d’art, de résistance, pour pouvoir contourner la douleur, ne pas la laisser nous étouffer, mais la sublimer vers nos forces créatrices.

 

On peut changer le monde : commençons par changer nous-mêmes… durablement.

 

Liberté, égalité, fraternité, laïcité et libertaire

Soyons Charlie qui a tant relayé le message écologique de la vie face aux destructeurs méthodiques de la nature.

 

par Denis Cheissoux

 

charlie


Ils ont voulu couper les ailes à un canard. Des feutres face aux kalachnikovs. Deux coups de crayon sont souvent plus efficaces que de longs discours. Vos assassins l’ont parfaitement compris.

 

Nous on est secs. Ou plutôt mouillés de larmes. Charlie, c’est l’anagramme de chialer. Vont- ils nous assécher ? Non. C’est l’eau de nos vies qui doit réhydrater la démocratie, la République, la liberté de penser, de caricaturer autrement, que l’on doit protéger et féconder comme une zone de captage

 

L’humour dans nos vies, c’est dire autrement la vie. Un rire salutaire, libertaire, un rire soupape, sur le pape qui stimule la pensée. Hannah Arendt insistait sur ce point : « Penser est dangereux, mais ne pas penser est plus dangereux encore ». A nous de ne pas l’oublier. Il reste que sur le marché, la kalachnikov à 100 balles se trouve plus facilement que l’humour et leurs talents formidables.

 

On attaque le fronton républicain et un média qui est l’autre nom de la démocratie. Sève absolue de l’état de droit, de la circulation de la pensée. Entre un gouvernement sans presse et une presse sans gouvernement, le Président américain Jefferson choisissait la presse sans gouvernement. – nous rappelait Cynthia Fleury chez K. Evin.

 

Ils sont morts assassinés parce qu’ils étaient libres.

 

Aucun pape, imam, athée, dieu ou politique, aucune ligne bleue marine des Vosges, aucun cul triste de Zemmour, Houellebecq ne pouvaient les arrêter. Sur leur fronton était gravé : Libertaire, égalité, fraternité, laïcité.

 

Dans la vie, ils étaient gentils, ils étaient doux comme des agneaux qui mordaient les loups.

 

Ils sont morts assassinés parce qu’ils étaient libres. Restons debout, fermes, humains et nommons les choses, remontons aux causes.

 

Soyons dignes et à la hauteur : vivants, drôles, bêtes, talentueux, généreux, ouverts, amoureux à tort et à travers, de la vie, des femmes, des hommes, d’une fleur, iconoclastes, sans un tunnel idéologique qui au bout ne voit jamais la lumière. Et comme les petits soldats de l’an deux dépenaillés, levons-nous en masse dimanche !

 

Soyons Charlie qui a tant relayé le message écologique de la vie face aux destructeurs méthodiques de la nature. A CO2, nous n’oublions pas combien l’hebdo, de moins en moins acheté, s’est investi dans les thématiques écologiques, bien avant qu’elles ne deviennent à la fois les priorités d’aujourd’hui et les enjeux de demain. Les journalistes se sont improvisés lanceurs d’alertes alors que le terme n’était pas encore à la mode. Ils ont notamment ouvert les yeux des gens sur les dangers du nucléaire ou les excès du consumérisme. Merci Fabrice Nicolino, blessé aux jambes, nous t’aiderons à te relever.

 

Achetez Charlie, encadrez-le ! Pour dire à ces salopards que ce qu’ils ont voulu tuer ne le sera pas. De fragiles valeurs, la liberté, la laïcité.

 

Dans ces moments saturés de violences et de fureurs humaines, de commentaires comme une avalanche de poudreuse … on prend conscience de l’importance infinie du babil et des acrobaties d’une mésange bleue accrochée au bout d’une branche givrée, décortiquant patiemment les chatons d’un bouleau ! Comme une boule de Noël qui éclaire nos visages.

 

Et nous resterons sur la presque phrase de Jacques Brel « Quand on n’a que l’humour, à s’offrir en partage… »

 

Aussi voyez-vous, s’attaquer à un journal et finir canardés dans une imprimerie, ces deux truands sans humanité doivent peut être penserque les lettres et les mots se sont vengés.

 

Retrouvez Denis Cheissoux tous les samedis à 14 h dans CO2 Mon Amour sur France Inter, ou en podcast en cliquant ici.

 

Réserves naturelles : nature domestique ou sauvage ?

Une réserve naturelle est un outil réglementaire prévu par la loi de protection de la nature de 1976 pour protéger des espèces sauvages et des habitats naturels.

 

par Jean-Claude Génot *

 

A peine créées, ces réserves ont subi des critiques justifiées. On leur a reproché soit de servir d’alibi à la destruction de la nature s’exerçant à l’extérieur (ce qui a été le cas), soit d’être le symbole de notre résolution à accepter la pénurie de nature (on le constate aujourd’hui avec des espaces plus ou moins naturels isolés dans une matrice inhospitalière d’où l’idée d’une trame verte).

 

Malgré cela, les réserves naturelles se sont installées dans le paysage français sans débat de fond sur la place laissée à la nature dans notre société. Aujourd’hui la majorité des réserves naturelles fait l’objet d’une gestion interventionniste au profit de certaines espèces ou habitats et de nombreuses réserves sont aménagées pour l’accueil du public.

 

Cela a conduit François Terrasson à se demander si la nature protégée était encore naturelle. Trop peu de réserves naturelles forestières sont protégées intégralement sur la totalité de leur surface, alors même que la forêt n’a besoin d’aucune intervention pour exister. Cela montre l’incapacité de notre société anti-nature à accepter la nature en libre évolution et notre obsession du contrôle. Pour ne pas « mettre la nature sous cloche », sous-entendu pour continuer à la valoriser, on a autorisé de très nombreuses activités humaines dans certaines réserves telles que l’exploitation forestière, la chasse, la pêche et l’agriculture (souvent du pâturage).

 

Tout récemment encore, dans la lettre de liaison de SOS Loire vivante, 10 réponses étaient apportées aux questions les plus souvent posées sur un projet de réserve naturelle régionale dans la haute vallée de la Loire. Ce document a probablement été rédigé pour rassurer et faire accepter cette réserve aux multiples acteurs concernés. On y apprend qu’il sera possible d’y couper du bois avec une limite « durant les périodes de reproduction », d’y chasser, d’y pêcher, de s’y baigner alors qu’aujourd’hui c‘est interdit et d’y faire de l’agriculture « si possible bio ».

 

Manifestement, les promoteurs de ce projet ont confondu réserve naturelle normalement dédiée à la nature et site censé rendre possible de multiples usages dans la nature, comme dans le cas du réseau Natura 2000 où les activités humaines se maintiennent ou se développent en tenant compte de la protection d’espèces et/ou d’habitats.

 

Enfin, la question centrale arrive : « Tout deviendra sauvage : les milieux et les chemins se refermeront-ils ? » et avec elle, la réponse : « NON, l’objectif n’est pas de mettre « sous cloche », mais d’éviter les dégradations, de maintenir les milieux ouverts, d’entretenir les chemins, voire d’améliorer l’existant ». Le sauvage ? Vous n’y pensez pas, nous n’allons pas revenir au Moyen Age !

 

Ce n’est plus une réserve naturelle, mais une zone d’aménagement au seul profit des humains. La nature, comme toujours, n’a plus qu’à s’adapter aux hommes. Tous les poncifs sont réunis dans la réponse, de l’épouvantail de la « mise sous cloche » au nécessaire maintien des milieux ouverts.

 

Disons-le une fois pour toutes, la nature ne supporte pas les cloches ! Elle aurait tôt fait de changer, d’évoluer et de briser la cloche que l’on mettrait sur elle. La métaphore de la « mise sous cloche » correspond bien mieux au maintien des milieux ouverts par jardinage pour figer la nature qu’à la libre évolution. Enfin, faut-il encore le répéter, ce n’est pas parce que les milieux ouverts sont culturellement appréciés qu’ils sont les plus intéressants sur le plan écologique. Le milieu naturel de référence en France est la forêt, pas la prairie.

 

Comment en est-on arrivé à des projets vidés de leur sens commun, sans ambition ? Des projets pour jardiner la biodiversité qui sont la négation de ce que devrait être une réserve naturelle, à savoir une zone où l’homme laisse s’exprimer la naturalité alors qu’il intervient partout ailleurs. Cela donne raison à ceux qui pensent qu’une société anti-nature est incapable de la protéger.

 

D’ailleurs, à la dernière question « A quoi sert alors une Réserve Naturelle Régionale ? », la réponse a le mérite d’être claire : « Améliorer l’accessibilité de la vallée (par un réseau de chemins cohérents), éviter les clôtures barbelées, faire cohabiter les usages, garantir une gestion coordonnée des propriétés, maintenir les milieux ouverts, protéger la biodiversité, favoriser le maintien au pays par des activités économiques respectueuses ».

 

Ce projet tout à fait louable est celui d’un espace multi-fonctionnel que nous devrions mettre en œuvre sur l’ensemble du territoire, tout en laissant de la place à la nature sauvage. Or une réserve naturelle devrait servir à cela. Sans l’homme, s’inquiéteront les anthropocentristes ? Oui, un lieu sans agriculteur, sans forestier, sans chasseur, sans pêcheur et sans gestionnaire de biodiversité, mais ouvert à tous ceux qui veulent voir et apprécier la nature sauvage et apprendre l’humilité et ils sont nombreux. La réserve naturelle n’a pas à être un laboratoire de développement soutenable, ce n’est ni la bonne échelle (la réserve couvre 557 ha) ni le bon outil, il y a des parcs naturels régionaux pour cela.

 

La réserve naturelle doit être un espace dédié au sauvage. Ce n’est manifestement pas le cas dans l’exemple de la réserve naturelle de Haute Loire. En effet, SOS Loire vivante évoque le sauvage de façon très marginale pour des secteurs fortement pentus où les coupes de bois sont difficiles (jusque quand ?).

 

Mais l’objectif de cette réserve n’est pas de laisser de la place à la nature sauvage. Il s’agit plus d’une réserve culturelle, faite pour maintenir un paysage façonné par l’homme (maintien de milieux ouverts, entretien des chemins, agriculture, coupe de bois, pêche, chasse) où la nature sauvage est à peine tolérée. Ceci est un exemple de plus de l’offensive sans précédent de notre civilisation anti-nature de mettre un terme à tout ce qui est sauvage dans notre pays (grands prédateurs, cœur de parc national, forêts non exploitées, friches) et faire triompher une vision purement anthropocentrée et utilitariste de la nature.

 

Un avenir bien sombre car comme le disait Henry David Thoreau : « Ce que j’ai à dire, c’est que dans la Vie sauvage repose la sauvegarde du Monde ». L’avenir est dans les initiatives citoyennes comme celle de l’ASPAS avec la création de ses « réserves de vies sauvages » sans chasse et en libre évolution et de moins en moins dans des procédures administratives trop lourdes, qui, en se voulant consensuelles, se résignent à admettre des activités humaines incompatibles avec la nature sauvage. Sauf si les mentalités changent…

 

* Ecologue

Lettre au groupe Europe-Écologie-les-Verts & Apparentés de la Région Rhône-Alpes

Voici la lettre de démission adressée le 19 novembre 2014 par Yves Paccalet (membre des JNE mais s’exprimant bien sûr ici à titre personnel) au groupe Europe-Écologie-les-Verts & Apparentés de la Région Rhône-Alpes.

 

par Yves Paccalet

 

Je suis venu te dire que je m’en vais.

 

Nous mènerons évidemment d’autres combats écologiques ensemble, mais je quitte le groupe EELV et Apparentés à la Région, après m’être démis du parti EELV en 2013.

 

J’avais suggéré que le groupe se prononce sur mon « cas ». Je reçois une lettre dans laquelle les deux co-présidents me demandent de décider seul.

 

J’assume les critiques que j’ai formulées. Elles sont restées sans effet. J’apporterai donc à un autre groupe politique régional l’expérience de mes quarante années d’écologie naturaliste, politique, poétique et philosophique…

 

Je rappelle brièvement quelques-unes des raisons qui font je ne me sens plus chez moi à EELV, alors que j’y étais entré en 2010, dans la belle et prometteuse séquence d’ouverture et de créativité initiée par Dany Cohn-Bendit.

 

Je regrette qu’EELV se soit refermée comme une huître sur un règlement intérieur abscons et un socle idéologique « rouge-vert », voire plus rouge que vert.

 
Je déplore qu’EELV se soit mise au service d’un petit nombre de dirigeants opportunistes et arrivistes, au premier rang desquels figure Cécile Duflot.

 

Je suis navré qu’en servant la carrière de cette dernière et de sa camarilla, EELV se soit laissée aller à une politique de gribouille, incompréhensible pour les électeurs, et qui se résume ainsi : un jour ministre, le lendemain ennemie du gouvernement.

 

Je suis triste d’assister à la groupusculisation d’EELV, dont l’essentiel des prises de position et du militantisme actuel consiste à plagier les mots d’ordre de Mélenchon, du Front de gauche et des mouvements gauchistes.

 

Je n’aime pas qu’en dehors de la question du climat et de quelques slogans anti-nucléaires basiques, EELV néglige les fondamentaux de l’écologie, comme la protection de la nature et des espèces sauvages. Je me sens bien seul à défendre l’ours et le loup.

 

Je ne supporte pas qu’en matière de politique étrangère, 90 pour 100 des interventions d’EELV se résument dans ce slogan : « Israël assassin ! » Je caricature à peine.

 
Je déteste voir certains militants EELV, approuvés par la majorité des leurs, se retrouver dans des manifs non loin du drapeau des Frères musulmans du Hamas, ces amis déclarés des égorgeurs de Daech.

 
Je suis mal à l’aise lorsque, par l’intermédiaire de ses co-présidents, le groupe EELV & Apparentés se scandalise qu’on accueille un congrès du CRIF (Conseil représentatif des Institutions juives de France) dans les locaux de l’Assemblée régionale. On quitte ici le champ politique (légitime) de l’antisionisme pour frôler celui (insupportable) de l’antisémitisme.

 

En politique intérieure, pour clore ce résumé de mes doléances, je n’ai aucune envie de voir EELV commettre l’erreur stratégique dans laquelle elle donne actuellement (comme, du reste, les « frondeurs » du Parti socialiste et les autres groupuscules gauchistes) : ne pas comprendre que le « Hollande bashing » (on se croit malin !) conduit inéluctablement à un second tour de la présidentielle 2017 entre la droite et l’extrême droite. Je crains par-dessus tout de devoir voter Sarkozy pour m’épargner Le Pen…

 

Si elle veut conserver une chance de qualifier un candidat en « finale », la gauche n’a d’autre solution que de se rassembler d’urgence. De recommencer à travailler d’un même cœur, malgré les divergences. De montrer un enthousiasme, un plaisir de la fraternité retrouvée et une volonté de gagner qui fédèrent et entraînent les énergies.

 

Je ne laisserai personne me convaincre qu’en soutenant une stratégie politiquement suicidaire, je pourrais préparer des lendemains qui chantent.

 

Par conséquent, je vais chanter ailleurs…

 

Post scriptum : je ferai vite connaître le groupe politique que je rejoins à la Région Rhône-Alpes, au titre d’« apparenté ».

 

Sivens : un barrage à contretemps

Au-delà des questions politiques et humaines au cœur de l’actualité récente, le barrage du Testet, à Sivens dans le Tarn, est un exemple typique des aménagements dépassés et hors-sujet. Sa justification agronomique s’inscrit exactement dans la course en avant qui est en train de détruire l’agriculture française, et démontre une méconnaissance inquiétante des alternatives techniques qui permettraient sans problème aux agriculteurs de la région d’éviter le recours massif à l’irrigation.

 

par Jacques Caplat

 

Face aux tensions créées par le dérèglement climatique, il est illusoire et suicidaire de croire qu’il serait possible à long terme et à grande échelle de forcer le milieu à s’adapter à une agriculture artificielle basée sur des théories hors-sol et des modèles standardisés. Bien au contraire, la seule démarche réaliste et scientifique consiste à réadapter l’agriculture au milieu. Cela implique à la fois de recréer une capacité des sols à retenir l’eau et à la fournir aux cultures, et de sélectionner des variétés végétales adaptées et évolutives. Le recours massif à l’irrigation est non seulement destructeur, il est également dépassé car inefficace à long terme.

 

En premier lieu, le changement climatique conduit le Tarn à une fragilité hydrique accrue. Au lieu d’être niée et contournée par une inflation d’infrastructures et une course en avant industrielle, cette réalité doit être assumée et abordée franchement. Les variétés végétales utilisées par les agriculteurs (par obligation légale et par pression commerciale) sont standardisées et, inévitablement, inadaptées à des situations de faiblesse hydrique. La solution ne peut pas être d’obliger le monde réel à s’adapter à ces variétés chimériques !

 

La seule solution agronomique sérieuse, déjà mise en œuvre par certains agriculteurs biologiques dans le Sud-Ouest, consiste au contraire à utiliser des variétés adaptées au milieu et capables d’évoluer en même temps que lui. J’insiste une fois de plus (cf. un précédent billet sur les semences) sur le fait qu’une plante doit co-évoluer avec son environnement au lieu d’être conçue à distance. Des variétés évolutives conduisent à ressemer les grains issus des épis les mieux adaptés aux nouvelles conditions climatiques, et permettent par conséquent de se passer d’irrigation. Oui, n’en déplaise à certains agronomes en chambre, il est parfaitement possible de faire évoluer des variétés, y compris en maïs, capables de résister à la sècheresse. Les maïsiculteurs d’AgroBioPérigord en ont fait la preuve depuis plusieurs années, avec leurs variétés « populations » de maïs, qui obtiennent sans irrigation des rendements et des résultats techniques extrêmement satisfaisants.

 

Cette évolution est d’autant plus raisonnable que même les agriculteurs conventionnels du Tarn l’ont partiellement engagée. Bien que ne recourant pas encore à des variétés adaptées et évolutives, ils ont déjà réduit la part des surfaces irriguées de 18,5 % à 12,5 % de leurs surfaces en moyenne entre 2000 et 2010. C’est bien dans ce sens qu’il faut les accompagner.

 

Restaurer la régulation hydrique des sols

 

Plus globalement et plus fondamentalement, l’agriculture doit réapprendre à valoriser les capacités du sol au lieu de le détruire. Le Rodale Institute (États-Unis) a démontré que les sols conduits en agriculture biologique résistent considérablement mieux à la sècheresse que les sols conventionnels. Pourquoi ? D’abord parce que les terres conduites en bio alternent des cultures variées, voient leur fertilité assurée par des amendements organiques, et sont moins retournées. Cela les amène à être de deux à dix fois plus riches en matière organique, et à avoir une « structure » bien meilleure. Or ces deux facteurs permettent aux sols d’être des éponges, c’est-à-dire de capter l’eau lorsqu’elle tombe (sans la laisser ruisseler et provoquer par ailleurs des inondations) et de la restituer aux plantes lorsqu’elles en ont besoin. Ensuite parce que les agriculteurs bio ne laissent pas des sols rester « nus » en hiver et limitent donc les pertes d’eau. Enfin, parce que l’absence de recours aux fongicides permet le développement d’une mycorhize dense.

 

Il est intéressant de dire deux mots de la mycorhize. Cette symbiose entre les racines des plantes et les mycéliums des micro-champignons du sol permet aux plantes de multiplier par dix leur surface d’absorption racinaire. Mieux encore, elle permet de multiplier par dix ou quinze la pression de pompage de l’eau par les plantes – autrement dit, de capter de l’eau là où des plantes sans mycorhize n’y parviendraient pas. Or, pour avoir une mycorhize dense, il est souhaitable d’agencer arbres et cultures (les arbres facilitent l’implantation de la mycorhize et assurent un pompage de l’eau dans des couches inaccessibles aux plantes cultivées) et il est nécessaire de ne pas appliquer de fongicides (qui tuent les micro-champignons du sol).

 

Les politiques publiques doivent former les agriculteurs et les aider à faire évoluer leurs pratiques, et non pas soutenir des pratiques intenables chez une vingtaine d’entre eux.

 

Une irrigation ponctuelle et parcimonieuse

 

Une fois restauré le B-A-BA de l’agronomie (sols riches en matière organique, bien structurés et toujours couverts ; arbres et mycorhize ; variétés adaptées et évolutives), il est bien sûr possible de recourir ponctuellement à l’irrigation. C’est notamment utile pour le maraîchage, et pour certaines cultures dans certains milieux (soja…). Je ne prétends pas qu’aucune irrigation ne soit justifiée. Mais elle doit être mesurée, éviter de provenir de la nappe phréatique, et respecter les milieux naturels. Cela est possible notamment avec des retenues collinaires, c’est-à-dire des petits équipements qui ne saccagent pas une vallée entière et qui sont dimensionnées pour servir d’appoint (et non pas de justification à une course en avant). Dans le cas de Sivens, il est parfaitement possible d’optimiser les retenues collinaires existantes – voire d’en créer quelques nouvelles si cela apparaissait vraiment nécessaire une fois l’agronomie remise d’aplomb.

 

Pour lire la version intégrale de ce texte, cliquez ici sur le blog de Jacques Caplat.

 

Les violences sur les animaux ne sont pas des délits mineurs

Les criminologues font de plus en plus lien entre la violence envers les animaux et celle envers les humains.

 

par Frédérique Gilbert

 

Photo Frédérique Gilbert

Photo Frédérique Gilbert

 

Cela fait des années que des études sont menées sur le sujet. L’une d’entre elles avait été réalisée en prison auprès de 36 auteurs de plusieurs meurtres. Cette étude avait révélée que 82 % des assassins avouaient avoir tué et torturé des animaux durant leur enfance ou à l’adolescence.

 

Le 20 avril 1999, dans le lycée de Columbine (Etats-Unis), Eric Harris et Dylan Klebold ont tué 12 élèves et un enseignant avant de se donner la mort. Tous deux s’étaient vantés dans leur passé d’avoir mutilé des animaux.

 

Des psychiatres admettent que la cruauté envers les animaux chez l’enfant est prédictive de futures conduites antisociales, incluant les violences contre les personnes.

 

Les chercheurs ont reconnu ce lien. Ils indiquent que les enfants victimes d’abus physique et sexuels le feraient en signe de défoulement. Ils pourraient aussi en venir à tuer l’animal torturé pour pouvoir mettre fin à la souffrance.

 

Des enfants qui infligent de mauvais traitements aux animaux entre 6 et 12 ans ont deux fois plus de risques de se livrer ultérieurement à des actes de délinquance.

 

Les organismes de bien-être des animaux, les autorités policières, les organismes de violence domestique et de bien-être des enfants collaborent de plus en plus en raison de ces études qui démontrent bien l’existence d’une corrélation significative entre certains crimes envers des humains, et des actes similaires perpétrés sur des animaux.
Un élément à prendre en considération concernant la brutalité à l’égard d’un enfant ou d’un conjoint.

 

Que la nature paie sa place !

Pour les auteurs de ce texte, il est urgent d’opter pour une vision philosophique différente, qu’on pourrait qualifier d’ « écocentrée », dans laquelle l’homme accepterait de n’être qu’un élément parmi tous les autres, et non un élément souverain seul apte à juger du droit à l’existence des autres espèces.

 

par Annik Schnitzler* et Jean-Claude Génot**

 

Des dizaines d’arbres cassés et moussus, des ronces partant à l’assaut des sous-bois, des mouches, des fourmis et des moustiques, quelques araignées, des hardes de sangliers, un reste de maison écroulée, un vieux verger occupé par des rongeurs et des oiseaux, un renard qui se faufile… Bref, une prolifération d’êtres non humains qui échappent au contrôle de l’homme, retrouvant leurs propres lois après des siècles de domestication, dans les champs et les vergers abandonnés, les forêts en friche ou les montagnes délaissées…

 

Pour une majorité de nos contemporains, cette nature de reconquête, qu’on peut situer quelque part entre l’ancien domestiqué et le presque sauvage, celle qui se développe lorsque l’homme est parti, cette nature en friche est totalement laide, et surtout, parfaitement inutile.

 

Depuis des millénaires, tout d’abord en Occident, puis maintenant partout ailleurs ou presque, la nature est ainsi réduite à une dimension utilitaire. De la bactérie à l’ours, des mares aux vastes forêts, espèces et écosystèmes sont classés dans deux catégories bien distinctes : ce sont soit des ressources, soit des nuisibles. Dans la catégorie nuisible, dépourvus d’attraits et dangereux, espèces et écosystèmes (en général des friches ou autres espaces artificialisés) doivent être éliminés ou mis en valeur.

 

Sous la pression des idées écologiques, le concept de ressources a évolué, du moins en apparence. En fait, la tendance à une domestication obsessive de la nature, si caractéristique de notre espèce, s’est faussement diversifiée. Pour exister, cette nature doit en effet justifier d’une valeur, « payer sa place » en quelque sorte. Les valeurs acceptables sont déterminées par la société : elles doivent être d’ordre économique, écologique ou social. On conserve les forêts cultivées pour leurs ressources immédiatement exploitables, les forêts vierges pour leurs ressources futures. Les forêts, au statut actuel si précaire, fixent aussi le carbone en excès, celles qui sont encore inondées préservent notre eau potable ou dépolluent les eaux contaminées par le filtre des sols et de l’absorption racinaire. Certaines espèces (plantes, animaux, champignons pour l’essentiel) ont droit à une protection intégrale parce qu’ils sont rares, et que la rareté est valorisante ; d’autres parce que leur présence est révélatrice de milieux bien préservés. Même la nature sauvage est parfois décrite sous l’angle du service écologique, par le fait qu’elle est source d’inspiration et de bien être. La nature sauvage peut aussi rapporter aussi beaucoup d’argent, par le tourisme qu’elle draine ou les plaisirs qu’elle procure pour la pêche et la chasse. Quant aux humbles abeilles, elles ont droit à notre égard parce qu’elles pollinisent nos cultures ; de même certaines espèces sauvages n’intéressent l’homme que parce qu’elles renforcent le patrimoine génétique de plantes domestiques.

 

Mais que dire pour justifier la conservation des requins, des loups, voire des espèces exotiques envahissantes ?

 

Parfois, les intérêts sont contradictoires. De nos jours, en Europe, la gestion forestière et celle de la grande faune sauvage deviennent de plus en plus complexes, lorsque l’intensification des pratiques forestières coincide, malheureusement, avec le retour des grands herbivores sauvages et leurs prédateurs. Déstabilisées par ces nouvelles évolutions, les sociétés souhaitent une gestion multifonctionnelle conciliant l’activité économique de la sylviculture, les usages sociaux des forêts incluant la chasse et les besoins de nature de la population, ainsi que la protection d’une certaine nature. Nul ne souhaite en fait le retour vers un sauvage disparu depuis des siècles, à savoir des forêts naturelles et un réseau diversifié de grands mammifères, tels qu’il existe encore dans d’autres parties de l’Europe. Ce sauvage, s’il devait revenir, doit se justifier par des services environnementaux.

 

Cette énumération fourre-tout n’a pas pour but de juger négativement des actions de conservation. Dans bien des cas, c’est grâce à cela que des coins de nature subsistent, et que des animaux dérangeants pour les activités humaines n’ont pas été éliminés.

 

Toutefois les concepts actuels de conservation relèvent du même idéal de domestication que l’exploitation des ressources naturelles. Certes, la nature cultivée ne saurait se passer de l’homme, puisqu’il l’a créée, mais pourquoi cette vision anthropocentrique de la nature sauvage ? Devons-nous justifier de son existence par une utilité présente ou à venir ?

 

Considérer la nature uniquement comme un objet relève d’une attitude arrogante dont on mesure aujourd’hui les conséquences dramatiques à l’échelle planétaire. La mise en valeur totale de la nature conduit à détruire toute beauté dans ce monde et à menacer grandement notre équilibre psychique. Il est urgent d’opter pour une vision philosophique différente, qu’on pourrait qualifier d’ « écocentrée », dans laquelle l’homme accepterait de n’être qu’un élément parmi tous les autres, et non un élément souverain seul apte à juger du droit à l’existence des autres espèces. L’intérêt pour les sociétés humaines actuelles et futures (puisqu’il faut tout de même en passer par là) serait que la nature en général serait mieux respectée et utilisée.

 

* Professeur au Laboratoire Interdisciplinaire des Environnements Continentaux – LIEC – UMR 7360 CNRS – Université de Lorraine – UFR Sci FA
 
** Ecologue, membre des JNE.

 

La meilleure protection : laisser faire la nature

Certains se demandent en quoi les espaces à haut degré de naturalité seraient supérieurs d’un point de vue écologique, culturel ou moral, aux espaces résultant des interactions entre les activités humaines et la nature, en clair pourquoi la nature « naturelle » vaudrait mieux que la nature « culturelle » en matière de protection ?

 

par Jean-Claude Génot, Ecologue

 

Une telle question dépend de sa conception personnelle de notre nature. Celui pour qui la nature est spontanée, sauvage et indépendante de la volonté humaine ne se pose même pas cette question. Pour lui, il est évident que la nature a une valeur intrinsèque, bien supérieure à tout ce que la technologie humaine peut faire pour « améliorer » la nature, suivant en cela le fameux principe « Nature knows best » de la deep ecology américaine.

 

Mais revenons à la question émanant de gens pour qui il n’y a pas de nature sans homme et dont la vision anthropocentrique réclame des justifications sur cette supposée primauté de la nature libre et autonome.

 

Sur le plan écologique, la nature livrée à elle-même mène à la richesse et à la complexité des communautés et des interrelations entre les biocénoses, alors que lorsque l’homme intervient, les écosystèmes vont immanquablement vers la simplification. Les exemples ne manquent pas dans la littérature ainsi pour les milieux tempérés : il a été démontré dans de nombreuses études que la sylviculture réduit la diversité biologique des forêts.

 

Seules les forêts anciennes depuis une longue période abritent une grande diversité d’espèces, comme le montre l’exemple de la forêt de Bialowieza en Pologne. Quant à la gestion conservatoire supposée augmenter la biodiversité, elle ne fait que favoriser des espèces artificiellement maintenues dans des milieux ouverts, bien plus pauvres en diversité que les friches et les milieux boisés résultant d’une évolution naturelle.

 

Sur le plan scientifique et pédagogique, l’homme étant omniprésent sur la planète, il est impératif de préserver des espaces sans intervention humaine pour servir de références à la gestion des ressources naturelles et pour mieux étudier la résilience des écosystèmes, notamment dans le contexte des changements climatiques. Ainsi pour reprendre l’exemple de la forêt, les forestiers peuvent tirer des enseignements en matière de sylviculture de la visite des réserves intégrales. Enfin, il est important que les gens puissent visiter des espaces sauvages en libre évolution, jeunes ou pluri-séculaires, pour voir d’autres images que les seuls espaces façonnés par les activités humaines.

 

Sur le plan culturel, visiter des zones de nature à haut degré de naturalité procure de multiples satisfactions comme se déconditionner des paysages entièrement domestiqués, renouer avec le sauvage ou découvrir des sources d’inspiration et des nouvelles sensations (solitude, liberté). On ressent les choses par contraste, c’est face à la nature sauvage que l’homme retrouve toute son humanité.

 

Sur le plan moral ou éthique, la nature existe depuis bien plus longtemps que nous à l’échelle des temps géologiques et a su faire preuve d’ingéniosité et de durabilité au cours de sa longue histoire, ne devant rien à l’homme. De ce simple fait, elle mérite notre respect, ce qui devrait se traduire par une place plus grande pour la nature spontanée.

 

De plus, l’homme ayant étendu sa domination sur la planète, il est urgent de montrer la voie vers un autre rapport à la nature, moins violent et moins utilitaire. Les espaces de nature en libre évolution sont les symboles de ce changement d’attitude. C’est justement parce que les sociétés actuelles sont dans la maîtrise forcenée de la nature et que la nature domestiquée est la norme qu’il est éthiquement nécessaire de privilégier ce mode de protection, à savoir « ne pas faire » à la place de la nature. Enfin savoir qu’il existe des zones de libre évolution contribue à l’équilibre psychique de tous ceux qui aiment la nature, représentant ainsi leur part de rêve et de liberté.

 

Pour l’avenir, la voie la plus indispensable pour protéger la nature est de laisser faire ses processus naturels ; partout ailleurs, il est urgent de gérer les écosystèmes dont nous avons besoin sur des bases écologiques.

 

Accepter de laisser faire nature, revient à faire preuve d’humilité face à la nature, donc à renoncer à notre utilitarisme total. A ce propos, l’artiste naturaliste suisse Robert Hainard nous mettait déjà en garde : « Dans un monde entièrement utilisé et rationalisé, il n’y aurait plus de liberté ni de choix, donc plus d’amour. Quelle sottise de travailler à la « mise en valeur » intégrale du globe, et de gémir sur le recul des libertés ».

 

Résilience et low tech

Voici un compte-rendu de l’exposé de Michel Sourrouille « Quelles techniques pour un changement radical ? Résilience et low tech » * lors des 2ème assises de Technologos : Techniques, croissance et décroissance ( Paris, 13 septembre 2014).

 

par Michel Sourrouille

 

Introduction

La décroissance sera notre destin, elle sera celle de notre pouvoir d’achat, de notre population… et de nos techniques. L’histoire est en effet cyclique, une croissance exponentielle se termine toujours par une forte récession économique, une crise démographique, l’abandon de certaines techniques. D’une certaine manière, c’est même notre passé qui préfigure notre avenir. Dans ma famille par exemple, nous étions tailleur de père en fils depuis des générations, au moins depuis la révolution française. Nous vivions dans un petit village, Beylongue. Des ciseaux, du fil et une aiguille permettaient de fabriquer des vêtements. Et puis l’urbanisation et l’exode rural ont poussé mon grand-père dans une grande ville où il est resté tailleur sur mesure. Mon père était aussi tailleur, comme d’ailleurs mon oncle. Mais l’industrialisation et le prêt à prêter ont donné un coup d’arrêt à cette stabilité professionnelle continue. J’ai été obligé de devenir un « intellectuel », l’explosion du secteur tertiaire créant l’emploi. Mon frère a mis sur pied le travail à la chaîne dans une fabrique textile, une grosse pile de tissu est coupée instantanément au laser, la fabrication de vêtements s’est délocalisée avec son aide en Tunisie puis au Vietnam. Son usine à Besançon n’avait plus d’ouvriers.

 

Les emplois disparaissent en France et nos générations présentes sont contemporaines du chômage de masse ; les générations futures redeviendront artisan ou paysan. Retour aux ciseaux, à l’aiguille et au village. En langage moderne, low tech et non plus high tech. Ce sont des techniques douces, douces à la nature et à l’homme, pratiqué dans un contexte de petite communauté. Nous y reviendrons quand nous parlerons de résilience. Mais d’abord examinons un classement possible des techniques.

 

1/5) Le dualisme des techniques, douces (low tech) ou dures (high)

Il ne s’agit pas d’opposer de façon simpliste technophobes contre technophiles, il n’y a jamais retour à l’âge de pierre ou à la bougie. Des auteurs ont présenté un dualisme, techniques acceptables d’un côté, pernicieuses de l’autre : techniques démocratiques ou autoritaires pour Mumford (1962), outil convivial ou hétéronomes pour Ivan Illich (1973), techniques « enchâssées » et techniques « branchées » pour Teddy Goldsmith et Wolfgang Sax (2001), technologie cloisonnée contre technologie systémique avec Ted Kaczynski (2008). Le tableau le plus synthétique que je connaisse a été présenté dans un numéro spécial du Nouvel Observateur en juin-juillet 1972, « spécial écologie – La dernière chance de la Terre » 

 

Société à technologies dures

Grands apports d’énergie non renouvelable

Matériaux non recyclés

production industrielle

priorité à la ville

séparé de la nature

limites techniques imposées par l’argent…

Communautés à techniques douces

Petits apports d’énergie renouvelable

matériaux recyclés

production artisanale

priorité au village

intégrée à la nature

limites techniques imposées par la nature…

 

 

Mais cette approche en deux parties ne dit rien des raisons de l’évolution technologique et de ses limites.

 

2/5) Techniques et ressources naturelles : l’exemple du déplacement

Chaque technique correspond à un besoin et nous savons que le mode de satisfaction d’un besoin est une création sociale. Ainsi par exemple du besoin de déplacement. Il peut être minime. Au Moyen Age, 90 % des biens que consommait un paysan étaient produits dans un cercle de cinq kilomètres autour de son habitation ; le paysan restait près de chez lui. Aujourd’hui certains rêvent de populariser le tourisme spatial ; notre société cultive un sentiment de besoins illimités grâce à la profusion actuelle d’énergies fossiles qui met à notre disposition des esclaves mécaniques.

 

Mais baser le besoin de déplacement sur le slogan « plus loin, plus souvent et plus vite » se heurte aux limites de la biosphère. Toute mobilité nécessite de l’énergie et nous allons connaître la descente énergétique avec la fin des énergies fossiles. De plus tout moyen de déplacement autre que la marche ou le cheval nécessite aussi des métaux. Or il existe un mouvement cumulatif entre énergie et métaux, ce qu’a bien montré Philippe Bihouix : « Les métaux, toujours moins concentrés, requièrent plus d’énergie, tandis que la production d’énergie, toujours moins accessible, requiert plus de pétrole. Le peak oil sera donc vraisemblablement accompagné d’un peak everything (pic de tout). »

 

Nous pouvons donc classer les méthodes de déplacement de celle qui rend la personne la plus autonome possible (la marche) à celles qui dépendent d’une organisation industrielle poussée à l’extrême et nécessitant énergie et métaux.

 

marche cheval vélo train TGV Voiture Avion Fusée
Physique (musc. physique Phys + matériel matériel Nucléaire ? Agrocarburants ? Kérosène !

 

 

Comme nous allons connaître le pic de tout, la disponibilité en ressources naturelles étant fortement reliées à la mise en œuvre de l’énergie fossile, il y aura forcément limitation des déplacements. Le soi-disant progrès technique nous a fait passer de la gauche du tableau à la droite, le mouvement ira de la droite vers la gauche dans un avenir relativement proche. Le paradigme actuel du déplacement motorisé va s’inverser, les plus lourds que l’air resteront cloués au sol, la voiture individuelle disparaîtra, le mot d’ordre de nos besoins deviendra « moins loin, moins souvent, moins vite ». Les mouvements anti-aéroport, anti-autoroutes ou anti-LGV (ligne à grande vitesse) préfigurent cette évolution. Bien entendu cela ne dit rien du niveau des inégalités acceptables. La marche était ignorée autrefois par l’aristocratie avec la chaise à porteur et le privilège d’aller à cheval. On peut aussi se faire transporter par cyclopousse ou s’installer en classe de première dans un train. Etre écologiste, c’est être aussi partisan de la sobriété partagée.

 

3/5) Techniques et complexité

Outre le problème de l’approvisionnement en énergie et métaux, la durabilité des techniques connaît une autre limite. Par exemple, plus une technique de déplacement est sophistiquée, plus elle s’accompagne d’une complexité croissante. Il y a allongement du détour de production, c’est-à-dire utilisation d’un capital technique de plus en plus imposant, et division extrême du travail social avec intervention de spécialistes, ingénieurs, réseau commercial… Or plus une structure est complexe, plus elle est fragile.

 

Joseph Tainter a bien analysé le mécanisme dans son livre de 1988 l’effondrement des sociétés complexes (traduction française en 2013) : « Les populations humaines font d’abord usage des sources de nutrition, d’énergie et de matières premières qui sont les plus faciles à obtenir, extraire, transformer et distribuer. Lorsque de telles ressources ne sont plus suffisantes, l’exploitation se tourne vers celles qui sont plus coûteuses alors qu’elles ne génèrent pas de meilleur rendement. Les organisations socio-politiques nécessitent un investissement accru, simplement pour préserver le statu quo. Cet investissement se présente sous des formes telles que l’inflation bureaucratique, l’accroissement de la spécialisation, l’augmentation des coûts du contrôle intérieur et de la défense extérieure. Toutes ces augmentations doivent être supportées en prélevant des sommes plus élevées sur la population sans lui conférer d’avantages supplémentaires. Le rendement marginal dans la complexité se dégrade proportionnellement, d’abord progressivement, puis avec une force accélérée. Divers segments de la population accroissent une résistance active ou passive, ou tente ouvertement de faire sécession. A ce stade, une société complexe atteint la phase où elle devient de plus en plus vulnérable à l’effondrement. »

 

Bien d’autres auteurs depuis le rapport au Club de Rome en 1972 prédisent l’effondrement de la civilisation thermo-industrielle. Ils s’appuient sur les réalités biophysiques et des considérations socio-économiques systémiques, ce qui paraît un meilleur raisonnement que miser sur l’amoncellement de papier-monnaie et l’innovation future… qu’on ne connaît pas encore mais qui arriverait à point nommé.

 

4/5) Généralisation du raisonnement

Avec ces critères d’intensité énergétique et de complexité, on peut aborder tous les domaines où l’emprise technologique se fait sentir, y compris s’aventurer dans le domaine de la bioéthique : une procréation hétérosexuelle directe, c’est mieux que le verre (pour le sperme) et la paille (pour la fécondation), c’est largement préférable à une procréation médicalement assistée, c’est infiniment plus acceptable qu’une DPI (diagnostic préimplantatoire, pratiqué sur les embryons fécondés in vitro), le plus détestable étant la futuriste ectogénèse avec utérus artificiel, même si c’est désiré au nom de « l’émancipation de la femme » (Henri Atlan). La médicalisation totale de notre existence, depuis la fécondation jusqu’à l’acharnement thérapeutique en fin de vie en passant par la technicisation des mécanismes naturels de l’accouchement montre que le passage à une autre forme de société, à techniques simples et douces, ne sera pas une mince affaire.

 

Voici d’autres domaines de réflexion, avec classement de l’approprié à l’inacceptable :

– Energie humaine > solaire passif > éolien > hydroélectrique > bois > biomasse > photovoltaïque > agrocarburants > Gaz > pétrole > charbon > nucléaire

– Maison non chauffée > bois > Géothermique > gaz > électricité > fuel > charbon

– Bouche à oreille > téléphone fixe collectif > téléphone fixe au foyer > téléphone mobile > mobile 3G > nouvelle génération…

– Radio > cinéma (collectif) > télévision noir et blanc (individualisée) > télévision couleur > passage au numérique

 

5/5) Résilience des techniques, résilience communautaire

Il nous faut maintenant aborder l’autre volet de cet exposé, la résilience, la capacité de résister aux chocs énergétiques et climatiques, ce que Rob Hopkins appelle les jumeaux de l’hydrocarbure. Son raisonnement est simple : « Une technologie va nous sauver, une forme radicalement nouvelle de stockage du gaz carbonique, bon marché et efficace. Elle a pour nom : laisser les carburants fossiles sous la terre. » Pour arriver à ce résultat, il faut mettre en œuvre l’autonomie alimentaire et énergétique la plus grande possible. Cela ne peut advenir qu’au niveau de petites communautés. Cette relocalisation des activités s’accompagnera nécessairement d’une relocalisation des techniques. Il faudra user d’instruments techniques simples, produits et réparés sur place. Avec un forgeron et un atelier de tissage, vous obtiendrez des ciseaux, du fil et des vêtements locaux.

 

Ce paradigme ou modèle de référence porte des noms différents : Communautés intentionnelles ou Ecovillages ou Agenda 21 local ou Towns transition ou Plan climat ou Cités jardins ou communautés de résilience … La profusion des termes montre la richesse de cette alternative à l’ère des combustibles fossiles et de la technologie triomphante. Il ne s’agit pas d’une nouvelle théorisation, mais d’une pratique applicable au Nord comme au Sud, par les gens de droite comme par les gens de gauche, par les urbains et les paysans, par les chefs d’entreprise et par les travailleurs.

 

Nous n’aborderons pas le problème des seuils : quelle est la taille optimale d’une communauté humaine et la complexité appropriée de sa technique ? La réponse appartiendra à chaque communauté, on ne peut vivre de la même façon dans un climat tempéré, dans des étendues glacées ou dans un désert. Mais le mécanisme sera le même, une régression de l’emploi des techniques modernes. Comme disait le Sheikh Rashid ben Saïd al-Maktoum, émir de Dubaï : « Mon grand-père se déplaçait en chameau. Mon père conduisait une voiture. Je vole en jet privé. Mes fils conduiront des voitures. Mes petits-fils se déplaceront en chameau. »

 

Conclusion

Une conférence sur notre avenir probable ne peut s’achever sans avoir défini quelques moyens d’action. Au niveau individuel, on peut toujours résister à l’emprise de la technique : refuser le portable, la télévision, la carte bancaire, la voiture, etc. A chacun de faire preuve de simplicité volontaire, de montrer l’exemple, de faire des émules. Bien entendu si nous en avons le courage, nous pouvons aussi faire œuvre collective, entrer dans une association comme TECHNOlogos, créer un mouvement néo-luddite, agir dans un mouvement écologiste…

 

L’essentiel est de faire mentir la loi de Gabor : « Tout ce qui est techniquement possible sera nécessairement réalisé ». L’autre manière d’exprimer l’inéluctabilité supposée du soi-disant progrès technique est encore plus détestable : « Tout ce qui est techniquement faisable se fera, que sa réalisation soit jugée moralement bonne ou condamnable ». Il nous faut donc redonner de la morale à notre comportement d’utilisateur de techniques, et vivre la convivialité directe les uns avec les autres plutôt que d’utiliser des substituts techniques à notre capacité relationnelle.

 

* Avec les modifications de l’auteur, Michel Sourrouille (journaliste-écrivain pour la nature et l’écologie)

 


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