Catégorie ‘OPINIONS ET DEBATS’
Survivre dans la nature, de la fiction à la réalité
Dans le récent film autrichien, Le mur invisible, une histoire peu banale est mise en scène. Celle d’une femme moderne, partie pour passer un week-end avec des amis dans un chalet de chasse des montagnes autrichiennes et qui se retrouve seule, entourée d’un mur invisible qui la sépare du reste du monde où la vie s’est interrompue.
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par Jean-Claude Génot
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Voici donc cette femme isolée en pleine nature, avec pour seuls compagnons une vache, un chien et un chat, qui seront sa raison de vivre. Il s’agit en partie du thème de Robinson Crusoé revisité dans un contexte purement terrestre avec cette fois une femme comme survivante.
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Le film est à la fois un hymne à la nature des montagnes, belle et parfois austère, et une réflexion sur le sens de la vie. Cette femme sans doute urbaine qui se retrouve contrainte, non sans difficultés, de chasser, de cueillir fruits et champignons, de cultiver des pommes de terre et de faire les foins pour survivre nous conduit immanquablement à réfléchir sur notre capacité à être autonome sur le plan alimentaire dans les sociétés modernes. Elle redécouvre ses sens, apprend des gestes ancestraux, s’éclaire à la lampe à huile ou la bougie.
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Le seul drame qui viendra rompre la quiétude de cette vie au rythme des saisons dans une ambiance quelquefois anxiogène : le moment où un homme, rescapé lui aussi, fait irruption dans la vie de la robinsonne, tue son chien et son veau avant d’être abattu par cette femme qui glisse petit à petit vers une autre humanité. Cela donne une résonance particulière à son carnet de bord, dans lequel elle écrit que si les hommes sont méchants et désespérés c’est parce qu’ils comprennent qu’il leur est impossible d’agir sur le cours naturel des choses.
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On pourrait en rester là de ce film en l’inscrivant sur la liste des fictions qui traitent du thème du survivant de façon revisitée. Mais il se trouve que nous vivons dans un monde où la réalité dépasse la fiction. Ainsi il existe aujourd’hui au Japon, pays moderne et sur-développé (au développement insoutenable devrait-on dire !), un survivant d’un type particulier. Il s’agit du dernier homme de Fukushima, dont le journaliste italien Antonio Pagnotta relate l’histoire dans un ouvrage aussi passionnant que surréaliste publié en 2013 (Le dernier homme de Fukushima, aux éditions Don Quichotte). Pris pour un fou par les uns et pour un héros du Japon moderne, entre le samouraï et le kamikaze, pour les autres, Naoto Matsumura vit dans la zone interdite autour de la centrale nucléaire qui a explosé depuis mars 2011.
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Ce fermier n’est pas un survivant absolu puisque des gens vivent au-delà de la limite des 20 km, mais ce sont des cobayes involontaires vivant pour certains d’entre eux dans des secteurs tout aussi contaminés que dans la zone interdite et dont l’espérance de vie est d’ores et déjà réduite. En effet le compte à rebours des effets de la radioactivité sur leur corps est enclenché. Tous les gestes simples et essentiels de la vie comme boire, manger ou respirer présentent un risque de mortalité à terme.
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Le survivant de Fukushima dénonce les mensonges de l’Etat vis-à-vis de la population et l’impunité de la compagnie d’électricité entretenant des relations incestueuses avec le gouvernement et les médias. Une catastrophe nucléaire entraîne les mêmes réactions, qu’elle se produise en système socialiste ou capitaliste : loi du silence, désinformation et mépris de la population contaminée. Désormais le survivant de Fukushima vit seul en s’occupant des animaux domestiques abandonnés dans la zone interdite, un thème commun entre la fiction et la réalité. L’absence d’eau courante et d’électricité fait dire au journaliste italien qu’en matière de conditions de vie, on se croirait revenu des siècles en arrière.
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L’homme est capable de lâcher prise sur un territoire en cas de force majeure, comme lorsqu’il joue avec le feu nucléaire. Il l’a déjà fait à Tchernobyl où la nature a repris ses droits et gomme petit à petit les traces humaines dans le paysage depuis plus d’un quart de siècle. François Terrasson avait dit avec justesse après une visite de la centrale ukrainienne : « On vient d’inventer le premier lieu où l’homme ne peut pas vivre. »
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Eh bien, l’homme vient encore de le faire à Fukushima où un résistant à l’avenir très incertain tente de survivre dans une nature du « troisième type ». Cette nature est qualifiée aujourd’hui de férale, à savoir une nature domestiquée, exploitée et modifiée (dans notre cas irradiée) redevenue sauvage, comme les forces naturelles reliant les atomes que l’homme a inconsidérément libérées.
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Lettre ouverte à Monsieur le Maire de Mulhouse
Voici une lettre ouverte au Maire de Mulhouse envoyée par Roland de Miller, membre des JNE et fondateur de la Bibliothèque de l’Écologie.
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Gap, le 12 février 2013
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Monsieur le Maire,
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J’apprends par la presse que vous avez un projet municipal de réaménagement du parc Georges Steinbach à Mulhouse et que ce projet est pourtant contredit par l’avis négatif du commissaire enquêteur qui vous a été remis. Étant moi-même natif de Mulhouse et descendant de la famille Steinbach, je me sens vivement concerné par cette affaire. Je tiens à vous rappeler que mon aïeul Georges Steinbach (1809-1893) a fait don de ce parc à la Ville de Mulhouse à la condition expresse qu’il soit conservé en l’état, c’est-à-dire comme un parc boisé de tous ses arbres et buissons, un lieu qui offre repos, calme, tranquillité et joies esthétiques à ses visiteurs. Votre projet d’en arracher 80 arbres pour « éclaircir le square » et en faire un lieu de passage est un projet sacrilège et une atteinte à la mémoire du donateur. Tout, dans le projet présenté par le cabinet de paysagisme Mutabilis, vise à détruire ce lieu de tranquillité. C’est INACCEPTABLE ! Le cabinet Mutabilis ment, il dessine le contraire de ce qu’il dit. Si vous adoptez son projet VOUS FAITES LE JEU DU MENSONGE, vous serez traîné devant les tribunaux et vous ne pourrez plus jamais parler de protection de l’environnement de manière crédible.
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Abattre les vieux arbres du parc Steinbach serait un crime et ce serait encore accentuer la transformation de la ville de Mulhouse vers une laideur minérale déjà pesante. Je vous rappelle que les grands arbres sont un réconfort et un secours vital pour les déprimés et les malades qui peuvent venir s’asseoir auprès d’eux. La présence du végétal et la compagnie des arbres sont indispensables à la santé urbaine. Les buissons du parc permettent la nidification des oiseaux en ville et je tiens à vous rappeler les efforts de la Ligue d’Alsace pour la Protection des Oiseaux, créée il y a 50 ans à Mulhouse.
Aujourd’hui en France, tout prétexte est bon pour abattre des arbres mais cela revient à augmenter le taux de violence dans notre société, comme s’il n’y avait pas déjà assez de violence urbaine dans la ville de Mulhouse ! Cela s’inscrit en continuité avec une société où le crime est banalisé, voire excusé : on abat un arbre comme on règle son compte à un concurrent trop gênant, pour de l’argent. C’est faire œuvre démoniaque que de tuer ainsi des êtres vivants pour ne laisser à leur place que la stérilité minérale. En vérité, abattre des arbres, jadis respectés et vénérés depuis plus d’un siècle, relève d’une culture patriarcale de domination et d’irrespect qui cherche à juguler sentiments et émotions. Si vous persistiez dans votre projet d’abattre ces arbres, vous donneriez un exemple déplorable à nombre de propriétaires de villas qui, à travers la France, n’ont déjà que trop la rage de couper les arbres et de défricher à tout va. Si vous persistiez, nous serions nombreux en France à le faire savoir dans les médias.
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Comme premier magistrat de la Ville, vous êtes redevable vis-à-vis des citoyens mulhousiens. Je vous invite à retrouver sagesse et bon sens. Je vous invite donc à vous conformer aux recommandations du commissaire enquêteur et à laisser en l’état le parc Steinbach pour le bien-être de tous dans votre commune. Votre réputation personnelle pourrait se faire en affirmant la sauvegarde de ce patrimoine.
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Dans l’attente d’une sage décision de votre part, je vous prie d’agréer, Monsieur le Maire, mes salutations respectueuses,
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Réponse à la réponse de François Damerval
Voici une réponse à la réponse de François Damerval à l’article de Frédéric Denhez, Le CRIIGEN porte plainte contre… la liberté d’expression.
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par Frédéric Denhez
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Cher Monsieur,
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Merci pour votre réponse qui en appelle une autre, que je rédigerai si vous le permettez en suivant vos paragraphes.
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Dans tout débat, on arrive toujours à un moment à l’accusation de racisme ou d’antisémitisme ou, comme au Parlement récemment, à la référence à la Seconde Guerre mondiale, ce fameux Point Godwin. Vous usez ici d’un inédit Point Mandela : que vient donc faire Madiba dans nos champs d’OGM ? Déclamer une belle tirade sur l’essence de la liberté n’est pas nécessaire pour causer de notre sujet, et risquerait même de gêner la personne à qui elle est destinée en lui faisant accroire que par ses mots il a dépossédé l’autre de sa liberté, voire, de son humanité.
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J’ai subi une fois une très violente attaque, qui aurait pu se traduire en justice par une plainte en diffamation pour, accrochez-vous, « apologie de crimes contre l’humanité », en l’occurrence l’esclavage. Tout cela pour deux phrases mises hors de leur contexte d’un guide de voyage que j’avais rédigé, qui avaient été utilisées par deux journalistes contents d’avoir déniché chez un grand éditeur parisien un très vilain raciste. Lors de l’interview télévisée, ils m’avaient sorti de grandes phrases, citant Badinter, Césaire (qu’ils n’avaient pas lu jusqu’au bout) et… Philippe Lavil, ce qui était plus surprenant. Face à ces grandes envolées, et à l’accusation de racisme, je ne pus rien faire : ces mots valent opprobre, et il avait fallu toute l’énergie de l’éditeur pour qu’il n’y ait ni plainte ni diffusion du reportage, pour faire comprendre à la chaîne télé que l’accusation, violemment jetée à la figure, était ridicule, insultante et… diffamatoire. J’ai ensuite été quand même proprement viré, bien que soutenu, parce qu’une telle accusation est une tache indélébile, très douloureuse, même des années après. Et contre laquelle on ne peut rien.
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Tout cela pour vous dire qu’à la fois je comprends la souffrance de Séralini d’être accusé de fraude, et le scandale que constitue selon moi la diffamation. Nul ne devrait pouvoir être accusé pour ce qu’il dit, au moins pour la raison que j’ai évoqué plus haut : porter plainte, c’est clore le débat, parce que cela fait peur, parce que cela fait voir de la fumée à l’opinion quand bien même il n’y a pas de feu, parce que cela oblige à se justifier selon un protocole que seuls les habitués de la chose judiciaire maîtrisent, parce que le Juge fait peur, oui, car la Justice ne cherche pas la justesse, mais la conformité à la loi. La plainte en diffamation est une arme terrible pour tuer l’adversaire, voilà pourquoi je suis de ceux qui militent pour sa suppression pure et simple.
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D’autant plus terrible, la diffamation, lorsqu’elle est utilisée à mauvais escient. Encore une fois je comprends M. Séralini, mais qu’il porte plainte, alors, contre le magazine Forbes et Henry Miller ! Pourquoi contre Jean-Claude Jaillette ? Il n’a fait que rapporter un avis ! Faudra-t-il donc, à l’avenir, être à même de pouvoir défendre les arguments de ceux et celles qu’on cite face à des accusateurs qui trouveront plus simples de faire ainsi plutôt que de cibler des sources trop lointaines ou étrangères ? Ce serait une dérive qui tuerait la liberté d’expression, tout simplement. Et quand bien même M. Jaillette aurait accusé de fraude M. Séralini, où serait le mal, si tant est que mon confrère aurait argumenté et progressivement amené, dans sa démonstration, le mot terrible. Et M. Séralini aurait pu ensuite user de son droit de réponse, une méthode courageuse qui a le mérite de confier le débat à l’intelligence du lecteur, ainsi grandi et flatté d’y participer, plutôt qu’à celle d’un juge lointain et froid.
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Vous parlez de manipulation à propos des grands groupes de presse, et vous avez raison (mais je ne connais pas Will Hutton, désolé). Une manipulation sourde, liée à la fainéantise, à la lâcheté de bien des confrères qui n’osent pas sortir de leur carcan intellectuel pour aller à l’encontre de leur régie publicitaire ou de l’opinion toute faite de leur rédacteur en chef, et préfèrent se tenir, toujours, du bon côté du manche. Comment décrire, dès lors, sans utiliser les mots qui fâchent, la méthode de médiatisation qui fut celle de M. Séralini ? Vous allez me dire qu’il fallait bien en passer par là pour alerter l’opinion, et je pourrai l’admettre. Cela dit, comme l’accusation de racisme, la position claironnée de donneur d’alerte, ou bien le déploiement à tout propos du principe de précaution, vaut raison : j’ai raison parce que les autres me disent que j’ai tort, j’ai raison parce je joue des grandes orgues. Et puis un chercheur qui médiatise à outrance pour défendre sa thèse sort du cadre strict de la légitimité académique. Mais admettons qu’il en ait fallu passer par là : pourquoi pas, car après tout, la polémique a eu le grand mérite de mettre sur la table l’irrépressible besoin de recherches indépendantes de longue haleine, et le manque cruel de financements publics pour les réaliser. Tout de même, fallait-il en passer par un titre, dans un magazine, qui dit de façon grossière ce que le papier de Séralini n’a jamais dit ? Fallait-il transformer un transgène en tous les OGM ? Un danger en un risque ? Fallait-il imprimer en grand les photos de rats tumorés alors même que l’étude affirme qu’elles sont très rares ? Fallait-il en appeler à quatre ministres pour défendre immédiatement la thèse ? Je ne sais comment vous appelez cela, en tout cas, c’est une façon fort peu académique de diffuser l’information scientifique.
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Laquelle n’a rien à voir, évidemment, avec ce que font Syngenta et Monsanto. Mais justement : pourquoi se fatiguer à critiquer des grandes entreprises qui font juste… de la publicité ? Pourquoi mettre M. Séralini sur le même plan ? Les grandes entreprises utilisent la presse pour faire leur réclame, personne n’est dupe. M. Séralini s’est servi de la presse pour mieux diffuser sa thèse, en tant que chercheur indépendant il s’est donc placé dans l’arène. Parce que M. Séralini est un homme de qualité et de grand talent, de conviction et militant, il est critiquable parce qu’il n’est qu’un homme alors que Syngenta, c’est de la comédie humaine. Critiquable, notamment, parce qu’il critique les confrères financés plus ou moins par les semenciers, alors qu’il est lui-même en partie financé par le pire destructeur du monde agricole, la Grande distribution. Dans une opinion qui doute de tout, qui ne fait plus confiance à personne, cette découverte a été, je crois, dévastatrice pour l’image de M. Séralini, et c’est dommage.
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Quant à la comparaison avec le couple infernal Allègre/Courtillot, elle n’est pas insultante, car cela voudrait dire que ces deux noms sont des insultes. J’ai fait un rapprochement, qui n’est pas un parallèle, entre deux façons de communiquer.
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Enfin, si Madame Lepage n’est pas plaignante, elle a présidé la conférence de presse au cours de laquelle la plainte a été annoncée, elle n’a jamais cessé de défendre M. Séralini sur tous les médias possibles, elle a même écrit un joli livre où elle use du « nous » lorsqu’elle évoque la publication, elle est ancienne ministre, avocate de renom. Mais elle ne serait pas partie prenante parce qu’elle n’est que présidente d’honneur. Franchement…
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Je vous ai répondu longuement, car le sujet le mérite. Je n’ai aucun intérêt particulier à défendre M. Jaillette ni Marianne. Je ne suis pas militant, juste adepte de l’objectivité des faits et de l’honnêteté intellectuelle. Mes livres, mes conférences, sont là pour le démontrer. Je publie justement un petit livre sur les OGM, fin mars, que son éditeur reconnaît comme neutre. C’est bien cette obligation d’en rester à l’objectivité des faits qui explique que j’ai été profondément choqué non par l’étude de M. Séralini, mais par ce qu’il et d’autres en ont fait. Je n’aime pas les OGM actuels, mais il n’est pas besoin d’hurler et de caricaturer pour le dire : le public est assez intelligent pour se faire son opinion lui-même.
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Bien à vous.
Réponse à Frédéric Denhez
François Damerval, Chef de cabinet de Corinne Lepage, nous adresse ce texte en réponse à l’article de Frédéric Denhez, Le CRIIGEN porte plainte contre… la liberté d’expression, mis en ligne sur notre site.
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Voici l’édito de Jean-Claude Jaillette :
« En exclusivité dans Marianne, des chercheurs du monde entier et de renommée internationale publient une tribune en réponse à la publication des résultats du Pr Gilles Eric-Séralini dans le Nouvel Observateur du 20 septembre dernier. Ils expriment leur scepticisme scientifique et leur colère envers l’utilisation que les mécènes font de l’étude. Les mots sont durs « opération de communication », « fraude scientifique où la méthodologie sert à conforter des résultats déjà écrits d’avance » , etc. »
Alors non, Monsieur Denhez, il ne s’agit pas d’une attaque à l’encontre de la liberté de la presse, mais bel et bien de la défense d’un travail qui a connu nombre d’entraves en amont et en aval de la communication de l’étude. Gilles Eric Séralini défend sa liberté quand il attaque Jean-Claude Jaillette et je reprends les propos de Nelson Mandela dans Un long chemin vers la liberté : « je ne suis pas vraiment libre si je prive quelqu’un d’autre de sa liberté. L’opprimé et l’oppresseur sont tous deux dépossédés de leur humanité ». En l’occurrence Jean Claude Jaillette dans le choix de ses mots remet en cause l’intégrité de l’Homme.
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Will Hutton, dans The Observer, a signé un édito, le 25 novembre dernier, pour un encadrement de la presse intitulé « l’autorégulation ne suffit pas ». En France, le régulateur est un pouvoir indépendant. Ce pouvoir indépendant c’est le juge et je pense que l’ensemble des journalistes ne devrait pas avoir peur d’un juge de la République d’une démocratie. Dans le cadre de la diffamation, le juge va devoir dire certes si il y a vérité mais aussi s’il y a bonne foi de la part de Jean Claude Jaillette. Ce dernier ne peut ignorer la condamnation de Marc Fellous et de l’AFBV en diffamation 20 mois plus tôt. Alors, quand il publie sur la même page l’appel signé par une grande partie des membres de l’AFBV et des propos d’un scientifique américain sans citer les auteurs des mots incriminés par Gilles Eric Séralini, ni le contexte de la publication, ni les phrases ainsi coupées, ce qui induit que le journaliste les reprend à son compte.
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Et quand la plainte est déposée contre Jean Claude Jaillette, celui-ci signe une tribune erronée citant un plaignant qui ne l’est pas. Quand on le lui signale par mail, il ne daigne pas répondre pour prendre en compte le mail envoyé, dont je sais qu’il l’a reçu puisque je me suis fait confirmer par ses soins lors d’un appel téléphonique qu’il l’avait lu.
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Malheureusement, Monsieur Denhez dans votre texte vous en faites de même, et peut-être pire encore car, contrairement à Jean Claude Jaillette, vous n’êtes pas partie intéressée, cela aurait du vous conduire à la prudence et consulter la partie adverse.
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« L’imprescriptible liberté d’expression dont jouissent les individus, n’a pas grand–chose à voir avec la liberté d’expression d’un groupe de médias ayant les moyens de manipuler l’opinion de millions de personnes, et c’est pour cette raison que cette liberté doit être encadrée juridiquement et assortie d’une obligation de rendre des comptes », écrit Will Hunton dans l’article précédemment cité. Et il n’a pas tort. Le juge dira si dans tel cas, Gilles Eric Séralini pouvait prétendre à voir son honneur rétabli
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Non, ce ne sont pas Marc Mennessier ou Sylvestre Huet qui sont poursuivis. Pourtant on ne peut leur reprocher d’avoir été éminemment critiques. Non ce n’est pas l’esprit critique qui est reproché à Jean Claude Jaillette mais bel et bien des mots inacceptables et oui il devra prouver qu’il y a fraude. Non malheureusement, contrairement à ce que certains laissent entendre, les conclusions de l’étude n’ont pas été « balayées par l’ensemble de la communauté scientifique internationale » (site Alerte Environnement)..
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Que dit l’ANSES ? A ce jour, on dispose d’un « nombre limité de publications traitant des effets potentiels à long terme d’une consommation d’OGM associés à des pesticides » et l’étude est originale. Il n’y a point d’invalidation juste que les recherches du professeur Séralini « ne permettent pas de remettre en cause les évaluations réglementaires précédentes sur le maïs NK603 et le Round-up ». Cela tombe bien car les protocoles sont justement dans le collimateur des gestionnaires du risque.
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Ni Sylvestre Huet, ni Marc Mennessier n’ont par exemple couvert la révision de la directive 2001/18 du Parlement européen visant aux Etats la possibilité d’interdire la culture d’OGM dans leur pays alors que le premier parle de désastre pour le débat public. Je lui réponds en lui disant qu’il n’y avait pas de débat public avant cette étude permettant à 2 OGM d’être cultivés en Europe et 45 d’être importés.
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Cela nous conduit directement à évoquer la communication de cette étude. Les choix faits en fonction des antécédents sont plutôt assez logiques. Beaucoup les critiquent, pourtant ils sont bien moins vitupérants quand ils confrontent les budgets lobbying à la publicité et à la communication des producteurs. Où sont-ils quand Syngenta se paye des pages entières dans les quotidiens nationaux ? Hannen Swaffer pourrait vous dire : « La liberté de la presse c’est le droit de dire ce que ne pense pas le propriétaire du journal à condition que ca ne gêne pas les annonceurs ». Où sont donc les critiques quand l’UIPP finance les pages agriculture d’Euractiv ou RTE et ERDF celles de l’environnement ? De même, la célérité des critiques des défenseurs des OGM aurait probablement dû mettre la puce à l’oreille aux relayeurs de message sur la race des rats, l’absence d’effet dose, la contestation des protocoles, la traque du laboratoire ou les financements. La mauvaise foi faite sur les financeurs, notamment le CERES, alors que celui-ci n’a aucun intérêt direct contrairement aux demandeurs d’autorisation devrait être un signal précoce. Le financeur peut bénéficier tout au plus d’un avantage concurrentiel avec une filière sans OGM mais il remplit surtout ce qui devraient être une obligation légale : vérifier que l’on distribue des produits sains.
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Sur un dernier point, la comparaison avec Allégre et Courtillot est insultante. Et la demande du HCB pour qu’une « étude de long terme, indépendante et contradictoire soit entreprise sous l’égide des pouvoirs publics quant à la sécurité sanitaire du maïs NK603 » en est la meilleure preuve, Christine Noiville demandant même que le Pr Séralini fasse partie de la nouvelle étude. Le volet OGM de « Signaux précoces, leçons tardives », deuxième volet produit par l’Agence Européenne de l’Environnement, paru le 24 janvier dernier, en est un bon exemple et pour le coup cite en référence les travaux du Pr Séralini.
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Lisez ici la réponse de Frédéric Denhez à la réponse de François Damerval.
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Humour : un comité de « haut niveau » pour le stockage profond des déchets radioactifs
Un comité de « haut niveau » pour le stockage profond des déchets radioactifs… En recevant hier 31 janvier 2013 une invitation du ministère de l’Ecologie qui annonçait l’une de ses réunions, on a d’abord cru à un faux concocté par des antinucléaires facétieux, d’autant plus que les radios du matin nous avaient alerté sur de faux messages émanant prétendûment d’EDF pour soutirer de l’argent à des internautes peu vigilants.
par Laurent Samuel
En fait, cette invitation presse (voir ci-dessous) semble bel et bien authentique.
Cette invitation vaut son pesant de cacahuètes (ou d’uranium ?) pour au moins trois raisons :
- des experts de « haut niveau » (mais y en-a-t-il de « bas niveau » ?) pour surveiller l’enfouissement profond des déchets nucléaires, cela ressemble furieusement à une erreur de casting.
- le texte (tapé par une petite main malicieuse ?) évoque le « Centre de stockage en cruche géologique profonde (Cigéo) » : cruche au lieu de couche, est-ce une façon de dire que la ministre Delphine Batho serait une cruche ? Ou de ne pas dire qu’elle en tient une couche (profonde) ?
- plus sérieusement, on constate que le « Comité de Haut Niveau » se réunira à huis-clos et que la presse n’aura même pas accès au déjeuner avec les élus.
En bref, si l’humour (involontaire…) ne perd pas ses droits, on voit par là que la transparence n’est toujours pas au rendez-vous dès qu’il s’agit de nucléaire…
Les opposants à ce stockage seront en tout cas sur place le 4 février à 15 h 30.
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Etre technologue, savoir s’interdire certaines techniques
Un technologue* ne doit pas être confondu avec un technocrate, un technophobe ou un technolâtre. Un technologue s’interroge sur la technique et ses applications.
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par Michel Sourrouille
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Tout ce qu’il est possible de réaliser sera réalisé, dit-on actuellement. Refuser l’innovation semble donc impossible. Aujourd’hui des valeurs comme l’égalité ou la liberté individuelle sont conditionnées par le potentiel technique de réalisation des désirs humains : énergie nucléaire, voiture pour tous, procréation médicale assistée, etc. Or dans le même temps, la techno-science a créé des moyens inouïs d’exploitation et de destruction de la nature. Les limites de la biosphère pose donc la question des limites de la technique. Où se situe le seuil ? Comment classer les techniques, des plus douces à l’homme et à la nature jusqu’aux techniques à interdire ?
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Un technologue peut proposer quelques critères généraux de délimitation de la technique : en rester à des techniques simples, au plus près de la nature, de type artisanal et convivial, refusant le règne des spécialistes. Comme disait Ivan Illich, « Plus le pouvoir de contrôle se trouve concentré, plus la division du travail est accusée, plus les hommes sont soumis à la dépendance qui les met à disposition des spécialistes, et moins une communauté pourra intervenir sur son environnement. » Il distinguait deux sortes d’outils : « Ceux qui permettent à tout homme, plus ou moins quand il veut, de satisfaire les besoins qu’il éprouve, et ceux qui créent des besoins qu’eux seuls peuvent satisfaire. » On peut aussi mesurer le coût réel d’une technique par la quantité d’énergie non renouvelable qu’elle nécessite. Comme l’écrivait Jean-Marc Jancovici, « Les bons sentiments sans kilowattheures risquent d’être difficiles à mettre en œuvre ! ».
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Nous pouvons alors classer les techniques, de la plus douce à la plus destructrice, par la proportion entre énergie renouvelable (dont la première est notre force corporelle) et poids en énergie non durable, fossile principalement. Ainsi pour les techniques de déplacement : la marche c’est mieux que la bicyclette, qui est mieux que la diligence, qui est mieux que le cheval individuel, le TER mieux que le TGV, le taxi mieux que la voiture individuelle, le covoitruage mieux que l’avion, et la fusée c’est une abomination, surtout quand il s’agit de tourisme spatial.
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Avec le même critère d’intensité énergétique, on peut même s’aventurer dans le domaine de la bioéthique : une procréation hétérosexuelle directe, c’est mieux que l’utilisation d’un géniteur externe au couple, qui est bien mieux qu’une GPA (gestation pour autrui), qui est préférable au verre (pour le sperme) et à la paille (pour la fécondation), ce qui est mieux qu’une procréation médicale assistée ou une DPI (diagnostic préimplantatoire, pratiqué sur les embryons fécondés in vitro), le plus détestable étant la futuriste ectogénèse avec utérus artificiel, même si c’est désiré au nom de « l’émancipation de la femme » (Henri Atlan). En toutes choses, il faut savoir raison garder, c’est-à-dire respecter les limites de la planète. Que les citoyens pratiquent une société moins complexe, plus conviviale parce que plus simple, plus manuelle, limitant notre trace sur la planète… nous nous en porterons tous mieux.
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* Au sens premier du terme, un technologue possède une vue d’ensemble sur les techniques utilisées dans une société déterminée. Il est donc capable de les situer dans un contexte social, et d’en apprécier les limites. Par exemple Alain Gras, dans son livre Le choix du feu, fait œuvre de technologue. Malheureusement, dans le langage courant, un technologue « professionnel » n’est qu’un super-technicien… à qui on a enlevé ses capacités de réflexion globale. Cette castration n’est pas un hasard puisqu’elle profite aux intérêts marchands.
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Le CRIIGEN porte plainte contre… la liberté d’expression
En dealant ensemble pour faire d’une simple publication scientifique un objet médiatique, Gilles-Éric Séralini et la rédaction du Nouvel Observateur avaient déjà utilisé la presse à des fins si ce n’est de propagande, du moins de communication : il fallait qu’à partir de l’étude, certes originale, qui ne portait que sur un seul OGM et même sur un seul transgène, il fût affirmé que tous les OGM étaient des poisons. Dans un long article où l’on peine à dénicher une contradiction, car tel était le prix de l’exclusivité. Et voilà qu’aujourd’hui, alors que la presse libre de ses mouvements, déplaît, on l’attaque.Schizophrénie aiguë
Un adhérent des JNE réagit à la tragédie de Newtown.
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par Roland de Miller
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Plus il y a de violence, plus il faut s’armer, pour défendre sa liberté, disent la majorité des Américains, qui persistent à ignorer le message de la non violence et notamment de l’un d’entre eux, Martin Luther King. Ils tiennent le discours suivant : « J’ai un droit constitutionnel et inaliénable de porter des armes pour me défendre. J’ignore volontairement qu’en possédant 283 millions d’armes dans nos foyers américains, nous augmentons inévitablement les chances de nous entretuer. Si je vous tue ou si l’on me tue c’est triste, nous ferons des prières, mais on ne peut pas changer cela, on ne peut changer ni la Constitution des États-Unis ni la croyance la plus solidement ancrée du citoyen américain (parce que liée à sa « liberté ») ».
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N’est-ce pas une forme aiguë de schizophrénie collective ?
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Peur et haine de la nature, l’écocide permanent
Dans son « best seller », François Terrasson (NDLR : grande figure des JNE) nous expliquait que la peur était un des ressorts de la destruction de la nature.
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par Jean-Claude Génot
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François Terrasson a notamment montré que ce sentiment est véhiculé à travers la société par de nombreux moyens, depuis les contes et légendes jusqu’aux aménagements architecturaux en passant par la manière d’aménager la nature. D’ailleurs, qui parle encore de nature, puisque le mot a été détrôné par la biodiversité, un terme reflétant le triomphe de la technoscience, à savoir une vision réductrice de la nature impliquant une nécessaire intervention de l’homme avec une technicité identique à celle utilisée par ceux qui détruisent la nature en toute connaissance de cause.
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Terrasson nous avait prévenu dans son dernier livre : En finir avec la nature. Le pauvre n’avait pas tout vu et ce que nous vivons aujourd’hui est la parfaite illustration qu’il avait malheureusement raison.
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Le ton a été donné par l’ancien président (« l’environnement, ça suffit ! »), puis l’absence totale des questions écologiques dans la dernière campagne présidentielle a montré que les élites politiques ignorent la situation de la biosphère dont nous faisons partie. On a vu que le Grenelle de l’environnement a été capable d’instaurer une politique industrielle de la forêt, dernier refuge de nature. Cette politique va faire des dégâts dans de très nombreux massifs forestiers, alors que la forêt française est relativement jeune avec un volume moyen à l’hectare parmi les plus faibles d’Europe.
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Partout, les élus locaux s’en prennent à la nature et à ceux qui la défendent. Ainsi en Alsace, des présidents de communautés de communes ont demandé aux grandes collectivités (départements, régions) de ne pas soutenir financièrement Alsace Nature, la fédération des associations de protection de l’environnement, parce que cette dernière s’opposait à leur aménagement routier !
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L’actualité résonne des appels à la mort des loups, alors même que les chasseurs sont incapables de limiter les populations de cervidés en augmentation dans de nombreuses régions. Enfin, des élus locaux remettent en cause les missions fondamentales de certains parcs nationaux français, véritables « acquis écologiques » de la société française.
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Et personne dans la sphère publique pour rappeler l’intérêt général ni fonder une éthique de la nature que la société néo-libérale rongée par l’argent facile ne peut envisager. Nous nous éloignons de plus en plus de la réalité de la nature vivante pour fuir vers des mondes virtuels et un environnement de plus en plus artificiel où l’on fabrique de la neige en hiver, des plages à la ville et bientôt des insectes génétiquement modifiés (voir article dans l’Ecologiste n°38, 2012, pages 6-7).
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Tout cela se déroule dans le contexte d’une civilisation occidentale en pleine crise existentielle. Dans La haine de la nature, le philosophe Christophe Godin donne son point de vue sur la manière d’aborder cette crise qu’il estime être un état permanent du capitalisme : « son traitement par des moyens qui ne sont que techniques est sans issue ». L’auteur voit dans cette crise un moyen pour l’homme de libérer sa pulsion de mort par la puissance technique, et son constat place le problème de la relation entre l’homme et la nature sur un plan plus métaphysique : « La nature est vivante, et c’est peut-être cela qu’obscurément nous ne supportons plus ». Exagération d’un philosophe par ailleurs peu connaisseur des questions de nature ? Je ne le pense pas. En tant qu’écologue de terrain, combien de fois n’ai-je pas entendu prononcer des termes qui sous-tendent ce que je considère comme un écocide permanent.
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La nature est un souffre douleur constant de nombreux humains, pour qui elle n’est que « cochonnerie, vacherie et saloperie » (termes maintes fois prononcés par des agriculteurs, des forestiers, des jardiniers, des gens de tous les jours). Ces termes sont couramment utilisés par des personnes qui ne voient la nature que comme une « saleté » à éliminer de toutes les façons possibles.
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La déclinaison de cette déqualification de la nature est variée. C’est la friche qu’on accuse d’être un cancer dans le paysage, c’est la ronce ou le lierre que l’on voit comme une peste végétale, c’est le prédateur que l’on accuse d’être un nuisible. Cette diabolisation de la nature est fondée sur la peur car l’homme craint ce qu’il ne peut pas contrôler, mais aussi sur sa propre peur de la mort, alors que la nature est perçue comme éternelle.
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Cette attitude peut expliquer cet écocide permanent qui se passe sous nos yeux à l’échelle locale et mondiale. Comment croire qu’un être humain sensible aux beautés de la nature puisse drainer un marais, mettre de l’herbicide sur un coin d’herbes folles, brûler une friche, empoisonner un renard, abattre un arbre vénérable, arracher une haie, broyer du bois mort, jeter des déchets solides ou liquides en pleine nature, canaliser un ruisseau qui serpente, etc. ?
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Ce genre d’action est sous-tendu par une haine profonde et tenace à l’encontre de ce qui est sauvage, spontané, vivant en dehors de la volonté humaine et qui pourrait soudainement prendre le dessus et devenir incontrôlable. Cet écocide n’est pas une vue de l’esprit et l’homme a établi une domination totalitaire sur les autres êtres vivants. Quotidiennement, la nature est artificialisée, bétonnée, contaminée, déchiquetée, éliminée, incendiée, modifiée, polluée, souillée, supprimée, transformée, urbanisée et valorisée.
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Toute la question est de savoir comment guérir l’homme de cette peur ancestrale qui pousse à la haine anti-nature et qui pourrait le mener à sa perte puisque détruire la nature est une forme de suicide. Sans doute en changeant radicalement notre façon de vivre avec notre environnement, en se sentant lié à la nature, ce qui entraînerait nécessairement de fixer des limites à notre expansion. L’histoire du XXe siècle a montré que l’homme était capable d’entraîner la mort massive d’autres humains à condition de les déshumaniser et, par la propagande, d’en faire des sous-hommes, voire des animaux « répugnants » comme des rats ou des cancrelats. Exagération que celle d’établir un parallèle entre le sort que l’homme réserve à la nature et celui qu’il applique aux autres hommes ? La réponse vient de l’anthropologue Philippe Descola : « Ce qu’on fait de la nature est un bon indicateur de notre façon de traiter les humains ».
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Cher Père Noël, réveille-toi, ils sont devenus fous !
Pas besoin de croire au Père Noël pour lui écrire…
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par Jean François Noblet
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Cela faisait très longtemps que je te n’avais pas écrit, mais je prends la plume pour t’informer.
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En effet, j’ai constaté que des dizaines de marchés de Noël sont organisés depuis la fin novembre dans tous les villages de ma région et que l’on peut voir des quantités de faux pères Noëls, le même jour, qui arrivent soit dans un gros 4×4, soit descendent en parachute ou en ski. Ils ne donnent pas des cadeaux, mais vendent des tas de marchandises et les enfants n’y comprennent plus rien.
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Sur les panneaux publicitaires, toutes les marques se moquent de toi en prétendant que leurs produits viennent de toi et que Noël arrive bien avant le 24 décembre. Dans ton village en Laponie, j’ai visité une dizaine de supermarchés avec des dizaines de faux pères Noëls qui ne donnent pas de cadeaux, mais en vendent, toute l’année, même en été. Et, tiens-toi bien, la multinationale Père Noël and Co a même inventé un jour de Noël pour l’hémisphère Sud avec des girafes pour tirer ta carriole.
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Cher père Noël, on ne croyait déjà plus aux hommes politiques, à la croissance économique et à la qualité de ce que nous mangeons, mais là, c’est trop dur.
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Le monde du bizness nous avait déjà bousillé les Jeux Olympiques, le Tour de France, la Fête des mères, la Fête des grands-mères et même la Saint Valentin qui est devenue le meilleur jour de vente des marchands de fleurs du monde.
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Alors, cher Père Noël, redeviens le gentil grand père souriant qui donne cet éclat merveilleux dans les yeux des enfants et fous-moi en l’air tout ce bordel qui me fait vomir.
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