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Catégorie ‘OPINIONS ET DEBATS’

Battue au loup dans le parc national des Ecrins : inadmissible !

Voici le point de vue d’un « historique » des JNE sur la battue au loup organisée il y a quelques jours dans le parc national des Ecrins.

 

par Jean-François Noblet

 

J’ai toujours été relativement conciliant avec les destructions de loups argumentées tant que l’espèce n’était pas menacée. Mais la battue organisée illégalement par le parc national des Ecrins est un acte inadmissible et particulièrement inquiétant pour l’avenir de toute la nature sauvage. Nous payons, avec nos impôts, le fonctionnement des parcs nationaux. Ils ont comme mission de protéger notre patrimoine naturel commun. Refuser la présence d’une espèce protégée dans un parc national est inadmissible et scandaleux. J’ai donc tapé www.parc national des Ecrins et envoyé un message particulièrement virulent (mais en renonçant aux insultes qui me viennent aux lèvres !) contre le directeur du parc en demandant sa démission. L’ASPAS a obtenu le retrait immédiat de l’arrêté préfectoral autorisant la battue.

 

Il me paraît primordial que nous réagissions de façon unitaire et importante à cette nouvelle étape des attaques contre la nature. Je suggère que toutes nos associations, tous nos adhérents et sympathisants envoient des messages de protestation, de colère contre le président du parc national : Christian Pichoud 04 76 00 37 12 ou pichpn@gmail.com et le directeur Bertrand Galtier 04 92 40 20 10 ou bertrand-galtier@ecrins-parcnational.fr

 

Pour que cette action soit efficace, il faut le faire immédiatement. Alors je compte sur vous pour montrer que les citoyens respectueux de la biodiversité dans les parcs nationaux sont majoritaires. On ne touche pas à nos parcs. On ne touche pas à la faune et flore sauvage de nos parcs !

 

Je compte sur vous. Les générations futures également.

 

L’écologie politique et la nature

Au départ, les Verts étaient les seuls politiques à porter un message sur la protection de la nature. Certains élus écologistes avaient de solides connaissances en écologie scientifique ou une sensibilité pour les sujets liés à la nature. Lors des présidentielles, les candidats écologistes osaient parler de la nature, puis plus tard de la biodiversité.

 

par Jean-Claude Génot *

 

Mais au final, qu’ont apporté les Verts quand ils ont pu avoir accès au pouvoir ? Rien de positif pour la nature, aucun élément concret dont on se souvienne encore en disant : « On leur doit ces réserves naturelles ou ce parc national ». Récemment, les Verts allemands ont accédé à la présidence du Land de Bade-Wurtemberg et au ministère de l’environnement de Rhénanie-Palatinat. Peu de temps après, le premier parc national de Bade-Wurtemberg était créé en Forêt-Noire, avec comme objectif laisser la nature sauvage sur près de 10 000 ha et en Rhénanie-Palatinat, le premier parc national de ce Land était également lancé, ainsi que le feu vert pour réintroduire le lynx dans la forêt du Palatinat. Dans les deux cas, il s’agissait de promesses de campagnes…

 

Aujourd’hui, le parti de l’écologie politique en France montre un désintérêt pour la défense de la nature. Un de ses leaders, José Bové, a même appelé à éliminer les loups, symbole d’une nature encore sauvage. Loin d’avoir été désavoué par son parti, il a même été choisi pour être candidat des écologistes à la présidence de la Commission européenne aux élections européennes. Quand les écologistes s’opposent aux OGM, c’est pour leurs impacts sur la santé humaine et sur l’environnement ou encore pour des raisons de monopole sur le vivant, mais jamais pour la seule véritable raison de refuser ces produits, à savoir empêcher l’artificialisation de la nature en créant de nouvelles espèces, ce que François Terrasson qualifiait de « danger mental », en laissant des technophiles délirants trafiquer le génome pour en finir avec la nature.

 

Dans le concert médiatique, leurs discours sont focalisés sur les mêmes sujets que ceux des partis de gauche, le social, l’intégration, l’énergie, les réformes de société. Le seul marqueur qui les dissocie encore des autres partis politiques est leur position anti-nucléaire. Pourquoi n’entendons-nous jamais d’élus écologistes parler de la nécessité d’une politique de protection de la nature, d’éthique de la terre, de stabilisation économique et démographique ou d’ « une puissante culture du sentiment de la nature » pour reprendre l’expression de l’artiste et philosophe suisse Robert Hainard ? Sans doute parce que les Verts n’échappent finalement pas au déterminisme culturel français – ce mélange d’esprit cartésien, de religion catholique, de culture latine et de racines rurales – qui fait que ce pays n’aime pas la nature sauvage mais les paysages tirés au cordeau. Voilà pourquoi, contrairement aux Verts allemands, un écologiste français ne se fera pas élire en promettant la création d’une zone de 10 000 ha dédiée à la nature sauvage. Le retour à la nature des années soixante dix pour aller élever des chèvres est plutôt le symbole d’un attachement au rural qu’à la nature sauvage. D’ailleurs, Robert Hainard se méfiait des écologistes qui prônent le retour à une vie paysanne avec des méthodes douces dont le philosophe craignait qu’elle « finisse par prendre beaucoup plus de place dans la nature », lui qui ne craignait pas une certaine dose d’intensification pour permettre à la nature sauvage d’exister.

 

Il ne faut pas s’étonner que l’écologie politique soit si étrangère à la question de la nature car elle est plus intéressée par les sujets sociaux. Emilie Hache, dans son ouvrage Ecologie politique, rappelle le reproche fait aux écologistes qui mettent en avant la défense de la nature : dépolitiser la crise écologique et s’en prendre à l’espèce humaine dans son ensemble plutôt qu’à un système en particulier, à savoir le capitalisme. C’est le clivage entre écologie profonde et écologie sociale. Face à la lecture marxiste de la crise environnementale par l’écologie sociale, l’écologie profonde propose une révolution copernicienne, rompre avec l’anthropocentrisme et nouer une autre relation avec le monde non humain. L’écologie profonde, théorisée par le philosophe norvégien Arne Naess, reconnaît la valeur intrinsèque de la nature, d’où, pour la maintenir, la nécessité d’une décroissance économique et démographique, jugée intolérable par les tenants de l’écologie sociale. Face à un scénario d’un monde où tout serait « durable » mais l’espace entièrement domestiqué et occupé par les humains, les écologistes profonds proposent le scénario d’un monde avec de vastes espaces sauvages, la technologie permettant à l’homme de libérer ces espaces. La protection de la nature sauvage est une revendication radicale parce qu’elle remet en cause le rôle central de l’homme et sa position dans l’univers. C’est un acte de résistance contre le productivisme appliqué à chaque m2. Défendre le sauvage est une forme de dissidence dans une société qui maîtrise la nature de façon tyrannique. Tout cela est bien plus subversif que la lutte des classes.

 

 * Ecologue

 

 A lire

Robert Hainard. Peintre et philosophe de la nature, Roland De Miller, éd. Sang de la Terre, 2000.

Ecologie politique. Cosmos, communautés, milieux, Emilie Hache, éd. Amsterdam. 2012

 Vers l’écologie profonde, Arne Naess, éd. Wildproject, 2009.

 En finir avec la nature, François Terrasson, éd. Sang de la Terre, 2008.

 

Un Droit pour l’animal

Si la protection animale suscite bien des passions dans le monde, c’est qu’elle est un révélateur de la dignité humaine qui a fait dire à Gandhi : « On peut juger de la grandeur et du degré d’évolution morale d’une nation à la façon dont elle traite les animaux ».

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par Michel Cros

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Michel Cros en bonne compagnie – photo LH

 

Certains pays européens l’ont d’ailleurs bien compris, à commencer par le Royaume Uni, la Finlande et la Suède, où l’animal jouit désormais d’un statut à part entière dans le droit civil en tant qu’être sensible. Alors, pourquoi, en Europe, la France en tête, suivie étroitement de la Belgique et du pack méditerranéen, rechignent-ils à octroyer un tel droit à l’animal ?

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« Traditions culturelles » à sauvegarder, avec la corrida en poupe, alors qu’elle n’attire plus que des touristes et une poignée d’aficionados (plus de 70 % des Français sont contre).

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« Traditions culinaires » à protéger, avec notamment le fameux foie gras pourtant interdit dans plusieurs pays européens, dont l’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas, le Danemark, la Finlande, la Suède, la Norvège, l’Irlande, le Royaume-Uni, l’Italie, la République Tchèque, l’Argentine et Israël ou certains Etats comme la Californie qui a interdit sa production sur son territoire (mais la vente sur internet continue !).

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A noter une petite avancée française, à travers la convention européenne de 1999, qui recommande par son comité permanent, des recherches sur le bien-être de l’animal, voire des alternatives au gavage.

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« Tradition pécuniaire », car en ces temps de vaches maigres, se faire du fric sur le dos des animaux, ça rapporte !

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Et c’est là que la révision du droit animalier prend tout son sens et sa valeur, car cataloguer un être animé en tant que mobilier à vendre, comme c’est toujours le cas dans la juridiction française(alors que celui-ci respire, se nourrit, souffre, peut tomber malade et mourir d’une maladie), n’a pas de sens. A-t-on déjà vu une chaise hurler ou galoper ?… Oui peut-être, dans La Grande Vadrouille (où la comédie cinématographique de Gérard Oury sonne le glas de la barbarie nazie) quand les officiers allemands, rassemblés pour le dîner dans une auberge, enfourchent leur chaise pour une tournée bucolique autour de la table.

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Mais trêve de plaisanterie, si ces temps-là sont dépassés, n’oublions pas que des voix se sont déjà élevées dans le passé dans notre société un peu trop cartésienne.

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Comme Voltaire qui, paraphrasant Porphire, considère les autres animaux comme nos frères car, tout comme nous, ils sont vivants et sont dotés des mêmes principes de vie, des mêmes sensations, des mêmes émotions, car tout comme nous, ils ont la mémoire et l’activité. Ils ne leur manque que la parole. S’ils pouvaient nous parler, oserions-nous les tuer et les manger ?

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Oserions-nous commettre ce fratricide ?

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Reconnaître un tel droit d’exister à l’animal ne l’empêchera certes pas d’être encore maltraité comme c’est hélas toujours le cas pour l’être humain, malgré l’essor des droits de l’homme dans certains pays. Mais tout comme citoyen lambda, il aura un droit reconnu par une identité juridique dans la société.

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Lui reconnaître un droit juridique en tant qu’être sensible se révèle bénéfique tant au niveau sociétal qu’économique.

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Les conséquences désastreuses de l’industrialisation de l’animal sur l’environnement ne sont plus à prouver et il est indécent de présenter encore en France des projets comme « la Ferme des 1000 vaches », quand on connaît les limites sanitaires sans parler des nuisances sur la population avoisinante.

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L’empathie pour la cause animale est devenue mondiale et va désormais de pair avec la défense de l’écologie, qui en détermine de ce fait sa « valeur marchande » en fonction de sa rareté. On se déplace de loin pour voir tel animal en danger de disparition, mais une fois en captivité, l’animal sauvage peut perdre son droit juridique, comme c’est le cas en Asie.

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Là encore, les inégalités sont multiples et le code juridique flou, voire contradictoire selon les pays.

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Songsong Shen, diplômée de la Faculté de Droit de l’Université de Limoges, sous la direction du Professeur Jean-Pierre Marguénaud, s’en explique dans le dernier numéro de la RSDA (Revue Semestrielle de Droit Animalier) qui présente un dossier thématique consacré à la Chine : «  La présentation des nombreux animaux sauvages en captivité – dans des parcs animaliers et des jardins zoologiques – et le peu de textes sur la question cachent la vraie raison de leur captivité et la puissance de certains lobbies […] En droit chinois, dès que les animaux perdent leur liberté, ils perdent leur statut juridique et leur régime de protection d’animal sauvage ».

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Un pays comme la Chine, qui protège, de par sa loi de 1988, certaines espèces sauvages en liberté, voit se multiplier les réserves ou fermes animalières, sous prétexte de protection animale, mais en réalité motivées par l’exploitation des animaux. On peut même voir, dans certains cas, le juge accorder un statut disproportionné du bien que peut-être l’animal par rapport au statut de l’homme.

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L’exemple en est donné avec la lourde condamnation d’un ouvrier d’un zoo certes pour avoir empoisonné des espèces protégées par l’Etat, maintenues en captivité, mais surtout du fait de leur valeur mobilière.

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Un autre exemple plus récent de quelques mois seulement, présente par contre, la non-condamnation d’un étudiant, ayant pourtant mis en péril la vie d’ours protégées en captivité dans un zoo par jets d’acides, car il appartenait à une prestigieuse université chinoise.

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Il est intéressant de noter dans ces deux arrêts, que le statut des deux prévenus est un facteur important. « Le point le plus fondamental est cependant l’incapacité du juge à prendre en compte la souffrance de l’animal, manifeste aussi bien pour les animaux empoisonnés que ceux agressés à l’acide. Seul le préjudice de la dégradation d’un bien propriété du zoo est considéré par le juge », précise la jeune chercheuse en science juridique.

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Droits de l’homme et droits de l’animal s’en retrouvent concurrents, alors que les récentes découvertes scientifiques, sur ce qu’on appelle désormais le lien (relation entre cruautés sur animaux et violences aux personnes), prouvent leur complémentarité.

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Il est primordial d’en légiférer internationalement les limites, afin d’éviter tout débordement de part et d’autre et d’en condamner les abus.

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Une voix s’élève contre les animaux de cirque et de combat, la chasse à courre ou les courses de lévriers, la vivisection, les trafics de fourrures, bref contre toute souffrance non naturelle appliquée à l’animal. C’est la voix du citoyen, d’un peuple uni dans cet élan de dignité humaine qui nous interpelle à la cause animale.

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Peut-être, parce que ce monde animalier nous est plus familier qu’on ne pourrait l’imaginer et sa mise à l’écart (pour ne pas dire sa mise en boîte) est révélatrice d’un syndrome beaucoup plus profond : la peur de l’animal en nous !

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Pourtant, cette différence de l’autre n’a pas été toujours ainsi et nombreux sont les témoignages de peuples premiers qui respectent les animaux, même s’ils doivent de temps en temps s’en nourrir pour ne pas mourir de faim. Certaines peuplades défendent jusqu’à leur mise à mort sous prétexte de protéger la transmigration de l’âme de leurs ancêtres dans l’animal.

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Face à un tel héritage historique, et aux dires des dernières publications des chercheurs qui prouvent l’aptitude de l’animal à ressentir et à souffrir – voir l’article du Pr Gregory Berns « Les chiens sont aussi des personnes« , paru dans le New York Times (les chiens auraient le même niveau de conscience et de sensibilité que les jeunes enfants) – notre civilisation moderne se doit de revoir notre relation aux animaux pour le respect des générations futures qui nous questionneront un jour sur nos actes. Car on ne pourra plus dire qu’on ne savait pas !

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Après l’abolition de l’esclavage en Amérique du Nord par Abraham Lincoln à la fin du XIXe siècle, la fin de l’apartheid en Afrique du Sud par Nelson Mandela à la fin du XXe siècle, y aura-t-il un droit animalier unique et reconnu à l’échelle planétaire en ce début du XXIe siècle ?

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L’utopie est permise, et l’homme a tout à gagner dans cet ultime combat tant au point de vue écologique qu’éthique

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Cet article est également en ligne sur le site Humanetterre

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Songsong Shen est titulaire d’un Master II de droit privé général et européen de l’Université de Limoges. Contact : woaiqingwa@hotmail.com

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RSDA : Revue Semestrielle de Droit Animalier dirigée par le Professeur Jean-Pierre Marguénaud qui lance, dans son dernier numéro, un appel pour fédérer toutes les associations à la protection animale :

http://www.collieandsheltie-rescue.sheepdog.eu/index.php/post/2013/07/20/SOUTIEN-%C3%80-LA-PROPOSITION-DE-R%C3%89FORME-DU-STATUT-JURIDIQUE-DE-L%E2%80%99ANIMAL

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Cette Revue est téléchargeable gratuitement ici.

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Voir aussi la « Déclaration de conscience des animaux de l’Université de Cambridge » qui atteste, grâce aux travaux scientifiques confirmés par d’éminents chercheurs mondiaux,  que les animaux non-humains tels que mammifères, oiseaux et également plusieurs autres espèces possèdent également des substrats neurologiques qui leur permettent d’avoir accès à une conscience.

 

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S.O.S. forêt : sauvegarder la forêt… ou la supprimer ?

La politique forestière française risque de livrer la forêt aux traders du bois.

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par Jean-Claude Génot, écologue

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L’humanité est dans un bus qui roule à tombeau ouvert vers un précipice. Il n’y a pas de chauffeur, mais chacun de nous peut soit accélérer soit freiner par ses choix de vie, la surconsommation ou la sobriété. Notre civilisation technophile et expansionniste du toujours plus nous mène vers ce que le philosophe et artiste Robert Hainard nommait « la saturation et l’horreur d’un camp de concentration généralisé ». Nous en avons une démonstration de plus avec la politique forestière française instaurée depuis le Grenelle de l’environnement et la loi Forêt en cours de discussion qui risque de livrer la forêt aux traders du bois.

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Pour François Terrasson, penseur radical de la nature : « On perçoit comme forêt ce qui ne porte plus de façon apparente la marque de l’ordre humain. » Sommées de travailler plus pour une économie tyrannique fondée sur l’exploitation et la compétition, les forêts vont devenir des champs d’arbres, quadrillées de cloisonnements et de routes pour les machines.

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Pense-t-on réellement que la biodiversité, cette nature qui s’adapte à nos activités parce qu’elle flatte notre orgueil de régent du monde naturel, est le bon moyen d’aborder la question centrale de la forêt ? Non bien sûr, seule la nature dans ce qu’elle a de sauvage, de libre, de spontanée et de résistante à l’homme, peut être le seul indicateur des limites à notre puissance.

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Que se passe-t-il dans les forêts des Vosges du Nord (800 km2 dont 70 % de forêts publiques ayant un fort déficit de gros bois ; seulement 7 % de forêts matures) où je travaille comme écologue?
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Les coupes pour le bois énergie sont apparues, elles ne respectent pas toujours le nécessaire maintien au sol des branches de moins de 7 cm de diamètre. Ce bois énergie pour chaufferies concurrence le bois bûche pour les habitants.

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Les cloisonnements d’exploitation trop souvent à moins de 30 mètres d’intervalle dénaturent la forêt. Les rotations entre deux coupes sont plus courtes et nous sommes en route vers une décapitalisation et une baisse des diamètres d’exploitabilité. Des coupes sont pratiquées le long des chemins forestiers pour alimenter le Moloch du bois énergie sous couvert d’assainir la voirie et de protéger la « biodiversité »,mais pas celle liée aux arbres coupés…

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Des aménagements forestiers classent en régénération des parcelles avec un diamètre moyen trop faible. La mécanisation avec notamment les abatteuses, apparue après la tempête Lothar, se généralise avec un principe non durable : adapter la forêt aux machines.

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Un plan de développement de massif pour les forêts privées est en cours dans un secteur où 1200 ha de forêts spontanées, de 50 à 70 ans, ont été classées en ZNIEFF. Des signaux inquiétants surtout après avoir connu une embellie liée, en Alsace, à la fin des coupes rases et des plantations il y a un peu plus d’une décennie.

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Face à la loi Forêt du plus fort sous-tendue par l’implacable raisonnement économique à court terme nous allons à marche forcée vers une industrialisation de la forêt, une « modernisation » du niveau de celle que l’agriculture a connu il y a cinquante ans. Le Plan Pluriannuel Régional de Développement Forestier, qui prévoit un agrandissement des unités de gestion, est à la petite propriété forestière privée ce que le remembrement fut à l’agriculture paysanne pendant les trente glorieuses (voir le texte sur le PPRDF http://www.forets-sauvages.fr/automne_modules_files/pdocs/edited/r108_10_naturalite_13.pdf.).

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D’autre part, les propriétaires privés ont des avantages fiscaux et des aides directes s’ils coupent leurs forêts, mais rien n’est prévu pour ceux qui choisiraient de laisser leurs forêts en libre évolution alors que ces dernières jouent un grand rôle dans les politiques de protection de la nature.

 

Face à cette offensive des idolâtres de la croissance économique, il faut résister comme le propose le collectif SOS Forêt ( www.sosforet.org) car il y a une alternative à l’application du modèle agronomique à la forêt. Les acteurs du territoire du Parc naturel régional des Vosges du Nord l’ont exprimé dans la nouvelle Charte de ce Parc forestier (62 % de la surface) en se fixant deux objectifs : augmenter le degré de naturalité des forêts et développer une économie du bois locale à forte valeur ajoutée. S’il fallait un nouveau slogan à une politique forestière, ce serait : « produire mieux tout en augmentant le degré de naturalité et la gestion participative ».

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Le communiqué du collectif SOS Forêt est à lire ici.

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Un débat sur le vélotourisme ? Non, il n’y en a pas eu !

Marc Giraud participait au débat organisé le 6 mars 2014 par l’Association des journalistes du tourisme (AJT) sur le thème « Connaissance et avenir du vélotourisme et des voies vertes » (lire ici le compte-rendu de Roger Cans). Voici sa réaction, qui n’engage bien sûr que lui-même ! 

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par Marc Giraud

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Être seul contre tous ne me dérange pas. En venant participer à un débat avec les professionnels du tourisme pour défendre le point de vue de la nature, je m’attendais à des divergences bien sûr, mais aussi à des arguments, bref, à un dialogue sur ces voies dites « vertes », dont je conteste – comme beaucoup d’autres – l’appellation.

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« Vert », ça voudrait dire « verdir ce qui ne l’est pas », comme les villes et les banlieues, là où sont les gens qui en ont le plus besoin. Or, ces longues et laides bandes d’asphalte sont installées à grands frais dans des zones encore vertes et belles, où l’on arrache des haies, où l’on casse le charme que l’on prétend mettre en valeur.

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Bref, on urbanise nos terroirs au nom de la verdure, on incite à y venir des gens qui n’en auraient pas eu le désir ni peut-être même l’idée sans toutes ces installations « rassurantes » (infantilisantes ?). Et plus on incite à la fréquentation, plus on est obligés de construire de nouvelles structures (toilettes, restauration, étapes, points d’information, réparations des pneus, etc.), qui elles-mêmes incitent à la surfréquentation.

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Mais jusqu’à quand ? N’y a-t-il aucune limite, aucun endroit où l’on aurait droit au calme, au sauvage, à l’authentique, voire à l’inaccessible ? L’esthétique, notre patrimoine naturel, et les animaux qui en font partie, ont-il donc si peu de valeur aux yeux de ces professionnels de l’exploitation touristique, qui n’ont parlé que pognon et structures pendant tous leurs exposés ?

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Il faut croire que les exemples des plages méditerranéennes ou du Mont-Blanc, fréquentés jusqu’à la saturation, n’ont pas suffi.

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C’est le genre de langage que je leur ai tenu, et – croyez-le ou non – ça n’a pas vraiment plu. Mais au lieu d’une argumentation intéressante et d’un minimum d’ouverture, je n’ai eu droit qu’à un silence glacial, limite agacé, voire franchement hostile. Assez désagréable. Sans compter les quelques outrances d’usage sur « les adorateurs des animaux » ou les « extrémistes ». Aïe aïe aïe, le petit niveau… En tout cas pas de débat, même pas de la part d’un seul des journalistes du tourisme présents en nombre dans cette jolie salle. Pourtant, je croyais qu’un journaliste, ça savait écouter des points de vue différents, faire la part des choses, que c’était curieux. Bein non. Pas tous. Ça ne m’empêchera pas d’aimer le vélo, mais loin de leur barnum.

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Des peaux de saucisson devant les yeux

Des tempêtes à répétition sur les côtes, des inondations catastrophiques avec des millions d’euros de dégâts et des centaines de milliers de personnes sans électricité… L’hiver le plus doux depuis 1968 après un printemps 2013 particulièrement pourri.

 

par Jean-François Noblet

 

Toute personne sensée pourrait constater les preuves des méfaits du dérèglement climatique tels que les dénoncent depuis 20 ans les écologistes, les scientifiques et les associations de protection de la nature.

 

On aurait pu espérer une réaction énergique des Bretons, si prompts à défendre leurs intérêts et leur région. En effet, on se rappelle qu’ils ont été les seuls à obtenir en France l’abandon d’un projet de centrale nucléaire à Plogoff, démontrant ainsi un certain engagement écologique.

 

Mais non, calme plat après les tempêtes. Vous avez entendu des propositions contre le gaspillage énergétique ? Que nenni !

 

Pire encore, c’est tout le contraire. Voila les bonnets rouges mobilisés contre l’écotaxe qui voulait inciter à la diminution du transport routier, l’une des causes du réchauffement climatique.

 

Avez-vous entendu des propositions des Bretons pour replanter les milliers de kilomètres de haies défrichées depuis 30 ans pour lutter contre les inondations ou pour faire respecter la loi littorale qui empêche l’urbanisation des côtes ? Silence dans les rangs !

 

Avez-vous entendu des Bretons demander un plan d’urgence pour enfouir tous les réseaux aériens coupés à chaque coup de vent ? Ce serait un beau chantier pour des chômeurs. Là encore, un silence assourdissant.

 

Ne comptons pas non plus sur le gouvernement qui préfère faire la guerre et construire un nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes.

 

Quant aux médias si prompts à sortir un scoop, ils nous font pleurer avec les commerçants victimes des inondations à répétition et avec les familles qui passent les fêtes à la bougie.

 

Aucune analyse, aucune interrogation. Dormez tranquilles, braves gens !

 

Alors, on pourrait enfin se tourner vers les écologistes qui sont les seuls à se préoccuper du changement climatique et qui proposent une réelle transition énergétique.

 

Mais non, en période électorale, tous les sondages les donnent en perte de vitesse alors que les preuves de la justesse de leurs analyses se multiplient.

 

Faut-il se résigner à considérer que l’espèce humaine n’a vraiment pas l’intelligence de la situation et conclure avec le titre prémonitoire d’un excellent livre d’Yves Paccalet : L’humanité disparaîtra, bon débarras ! 

 

Il est urgent de se réveiller.

 

Le Revenu d’existence universel en débat

Dans toute proposition de l’écologie politique, nous devrions voir mis en évidence son aspect environnemental. Appliquons cette grille de lecture au Revenu d’existence universel qui a fait l’objet de la motion ponctuelle n° 4 pour le congrès EELV en 2013.

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par Michel Sourrouille

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Selon ce texte, ce revenu « se justifie comme un dividende reçu par chacun au nom de la propriété commune de la Terre et de ses biens ». Il s’agit donc d’une conception anthropocentrique et utilitariste. L’espèce humaine est considérée comme « propriétaire » de la Terre et peut donc user et abuser de ses richesses en toute liberté, sans limites préétablies, quitte à diminuer le capital naturel. En tant qu’écologistes, nous savons pourtant que les biens communs connaissent déjà un potentiel fortement dégradé qui nécessite en conséquence une pression moindre sur les ressources. L’expression monétaire de la satisfaction des besoins humains n’est validée que si elle est en adéquation avec les réalités physiques.

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De plus cette notion fait l’impasse sur qui doit bénéficier de cette « propriété commune de la Terre ». S’il s’agit, comme le texte l’indique, de la population en France, en Europe et en Suisse, il faut souligner qu’il s’agit de garantir un pouvoir d’achat à une fraction seulement de la population mondiale. Triste déviance  de l’idée de « propriété commune », il ne s’agit nullement en effet de mettre en place le REU pour « toute citoyenne et pour tout citoyen » comme l’affirme en conclusion cette motion. Remarquons que si ce REU était donné à tous les membres de la communauté mondiale, cela ne ferait sans doute que quelques euros par mois pour chaque Français, une somme dérisoire par rapport aux besoins du Français moyen.

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Cela invalide l’autre justification de ce REU, « permettre d’assurer un niveau de vie décent », qu’on soit chômeur, sans activité particulière ou même salarié (puisque ce revenu est considéré comme cumulable). Le problème, c’est que la notion de « vie décente » est un concept flou. Par exemple faut-il avoir un revenu suffisant pour s’acheter et entretenir une voiture, objet jugé souvent comme indispensable. Faut-il avoir aussi un portable, une carte bancaire, un ordinateur personnel et un lave vaisselle ? Notons que la définition actuelle de seuil de pauvreté est une notion relative au niveau général des revenus dans une société donnée. En d’autres termes, celui qui gagne le revenu social d’autonomie (RSA) en France peut être considéré comme très riche dans un autre pays.

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Analysons maintenant les modalités de cette mesure, un revenu « universel et inconditionnel ». Nous avons déjà montré pourquoi on ne pouvait pas considérer ce revenu comme « universel » puisque non dédié à la population mondiale. C’est une simple résurgence des utopies de l’abondance par la profusion des biens… pour l’égoïsme de certains qui se croient souverains dans leur île. Le REU veut ignorer ce qui est déjà son équivalent « inconditionnel », le revenu de solidarité active (RSA), qui est destiné à assurer un minimum d’au moins 493 euros mensuels aux personnes sans ressources ou disposant de faibles ressources. Il est vrai que la motion pose une définition très large des bénéficiaires du REU, « sans contrôle de ressources ni exigence de contre-partie ». Il permettrait donc à un éternel oisif de « vivre une vie décente » sans jamais rien donner en échange. C’est là une conception vraiment bizarre de la vie communautaire et de la solidarité humaine, c’est nier une loi de l’écologie, la réciprocité. En termes sociologiques, un don ne peut se concevoir sans un contre-don. C’est la triple obligation de donner-recevoir-rendre qui autorise, en créent un état de dépendance, la recréation permanente du lien social. En termes économiques, un REU sera une charge supplémentaire pour les travailleurs, ce qui est difficilement acceptable alors que les prélèvements obligatoires en France atteignent déjà des sommets et que les largesses sociales se font aussi en empruntant. Le REU fait enfin l’impasse sur ce qui existe déjà en France comme le minimum vieillesse, l’allocation d’adulte handicapé. Il s’agit de revenus attribués sous condition à des catégories de population exclues du marché du travail.

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Une telle motion d’un parti qui se dit écologiste semble donc irréaliste et incompréhensible. Prenons un dernier passage du texte, un revenu reçu du « fruit en partage des progrès techniques ». Sachant que ce sont les énergies fossiles qui ont permis non seulement l’explosion technologique, mais aussi le financement des avancées sociales et la profusion d’esclaves énergétiques, un tel texte oublie que la fin du pétrole marquera irrémédiablement la fin de l’abondance.

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Violences anti-loup, violences anti-écologistes, et… incurie des médias ?

Les tirs qui ont suivi le Plan loup, puis le « symposium loup » qui se tenait du 9 au 12 octobre 2013, ont mis le feu aux poudres médiatiques, qui semblent n’avoir attendu que ça. Beaucoup en profitent pour crier au loup, casser de l’écolo au passage, sans montrer de curiosité sur les arguments des protecteurs. Un sondage Ifop nous apprend que 80 % des Français sont contre l’éradication du loup, mais qui s’en soucie ? Et qui se soucie aujourd’hui de protéger la nature en France ?

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par Marc Giraud

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Évidemment, je ne parle pas de vous chers collègues JNE, ni des journalistes qui font bien leur boulot, heureusement on en trouve encore d’excellents, curieux et courageux. Loin de moi également l’idée de taper sur la profession d’éleveur, ni de sous-estimer les difficultés économiques de l’élevage ovin.

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Mais il conviendrait de bien soupeser tous les aspects du problème loup avant de l’aborder, car le prédateur cristallise et réveille toutes les haines, y compris à l’encontre des protecteurs de la nature, et ça n’est ni très rationnel ni très sain. Voici donc quelques arguments que l’on aimerait entendre un peu plus souvent pour rééquilibrer les débats, voire les élever un peu…

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Nous savons tous que la filière ovine va mal, avec ou sans loup, l’affaire du Rainbow Warrior et les importations de viande de mouton néo-zélandais qui ont suivi y sont certainement pour beaucoup. Depuis 1990, l’élevage s’est effondré de 50 % en Poitou-Charentes, où il n’y a pas de loup, contre 26 % en Rhône-Alpes, où le prédateur est installé depuis 1992 !

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La filière ovine va si mal qu’elle est déjà aidée, ce qui n’est satisfaisant pour personne. Les éleveurs touchent des primes à la bête qui s’appuient sur des subventions françaises et européennes, donc avec l’aide des contribuables, qui seraient en droit de demander des comptes sur ce que l’on fait de leur argent. Nombre de protecteurs s’apprêtent d’ailleurs à demander l’arrêt de ces subventions, histoire de clarifier le contexte.

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Avant la création du Parc du Mercantour, il y avait très peu de brebis et essentiellement des vaches. Le pastoralisme n’est donc pas une forte tradition dans la région des loups, il ne rapporte rien localement, en tout cas tellement moins qu’un tourisme nature qui serait fondé sur une biodiversité préservée, et des écoutes de hurlements par exemple.

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Or, le mouton n’est en aucun cas bon pour la biodiversité montagnarde. Le biologiste Gilbert Cochet le compare à un chalut dévastant tout, et rappelle que le surpâturage a appauvri la flore et la faune, en faisant disparaître notamment des orchidées et des papillons. La biodiversité est désormais plus riche – ou moins pauvre – dans les stations de ski que dans les zones de pâturage ! Dans son excellent livre Feral, le journaliste écologue britannique Georges Monbiot lance de son côté une critique forte contre le mouton dans son pays, qu’il considère comme une “vermine laineuse” !

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L’exemple des pays voisins irrite les anti-loups, qui veulent faire croire que les montagnes sont différentes ailleurs (moins verticales sans doute). Rappelons qu’il y a 2 500 loups en Espagne et 24 millions de moutons… Que les loups sont aux portes des villes, comme en Italie à Rome ou à Florence, sans que cela pose plus de problèmes que cela.

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Oui, mais le pauvre berger qui voit ses brebis tuées ? C’est évidemment une catastrophe, qui le nierait ? Mais c’est une catastrophe parmi beaucoup d’autres ; bien plus importantes : chaque année en France, 400 000 à 500 000 brebis de réforme sont envoyées à l’équarrissage. Le loup aura du mal à rivaliser… Mais la brebis égorgée est forte émotionnellement, et ça, ça plaît à la télé. Si les images des loups abattus circulaient aussi facilement, sans doute le réflexe des téléspectateurs s’en trouverait-il fortement modifié…

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On peut aussi se demander à qui appartient la montagne, car nombre de manifestants anti-loup se comportent comme s’ils en étaient les seuls dépositaires. Quid des Français qui n’ont pas la chance, comme eux, de vivre dans des paysages sauvages aussi beaux, et qui exercent des professions tout aussi dures qu’eux ? Quid des générations futures ?

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Ouvrons les yeux : la haine du loup a dépassé le simple problème de la protection des troupeaux. Pourquoi ces arrêtés pour des tirs aux loups alors que les troupeaux redescendent, ou dans des départements où l’on n’a encore aperçu qu’un seul individu ? Notons d’ailleurs que plusieurs arrêtés de tirs ont déjà été annulés suite à des recours de l’Aspas et d’autres associations, ce qui en dit long sur le respect des lois montré par les préfets dans cette affaire. Ah oui : le loup est une espèce protégée, on a tendance à l’oublier…

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Enfin, quelle nature voulons-nous ? Vouloir éliminer le loup, c’est ouvrir la porte aux fourches et aux fusils pour tout ce qui gêne. C’est-à-dire, en gros, tout ce qui ne rapporte pas de pognon à court terme. Avec les loups viennent les ours, les lynx (déjà braconnés jusqu’au dernier dans les Vosges), les vautours, les bouquetins, les renards, les blaireaux, les fouines, les belettes… La liste ne s’arrêtera pas. Voulons-nous juste stériliser la nature pour satisfaire quelques acharnés qui, de toute façon, ne seront jamais satisfaits ?

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Pour ouvrir le débat à d’autres points de vue, les médias ont leur responsabilité. À moins que la destruction de la nature ne leur semble pas quelque chose de si important que ça…

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La biodiversité dans des réservoirs

Il n’y a pas si longtemps, quand on évoquait la nature, il était question d’herbes folles, de marécages mystérieux et de forêts profondes. Et puis notre société a basculé, tout d’un coup. La nature est devenue la biodiversité, un terme technico-administratif qui marque la fin de toute sensibilité.

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par Jean-Claude Génot

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Les protecteurs de la nature farfelus sont devenus des gestionnaires sérieux d’une biodiversité comptabilisée et maîtrisée. La biodiversité est une ressource et la gestion un contrôle. Ont-ils conscience, ces gestionnaires, d’évoluer dans le monde du vocabulaire des financiers (la biodiversité est notre « capital » ; elle rend des « services écosystémiques ») et du management d’entreprises (chaque gestionnaire doit avoir en tête « l’évaluation de son action », appréhender « l’efficacité de la protection des habitats et espèces » et savoir en quoi sa mission a contribué « aux valorisations par les loisirs ou le tourisme »…). Expertise, performance, évaluation.

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Aux générations à venir qui s’intéresseraient encore à la finesse des libellules, à la beauté des oiseaux et à l’ambiance parfumée des tourbières, un seul conseil : fuir le métier de gestionnaire, c’est celui de manager comptable d’une « nature pour nain de jardin » (expression du naturaliste suisse Jacques Rime), gardien d’une nature muséographiée.

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Mais la plus étrange expression employée désormais par les technocrates de la nature, pardon de la biodiversité, est incontestablement celle de « réservoir de biodiversité »*. Une expression qui décrit la situation de la trame verte dans laquelle des coins de nature (les fameux réservoirs) sont censés être reliés entre eux par des corridors écologiques (dans la droite ligne des couloirs humanitaires dont on voit à chaque conflit la difficulté de les mettre en place pour sauver des vies…).

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On connaît les réservoirs d’eau et d’essence, bref de produits utiles aux besoins des hommes. Maintenant, il en est de même avec la biodiversité, devenue une simple ressource au service de la société, prête à servir. N’imaginez pas un seul instant que nos élites et nos gouvernants reconnaissent à la nature une valeur en soi. La nature doit passer par le filtre du tout économique et avoir la place qu’elle mérite : dans un petit coin pour nous servir plus tard. Non pas pour essaimer vers les autres territoires comme le croient naïvement certains écologistes, mais pour servir de réserve d’espace foncier quand tout sera bétonné. L’usage de tous ces termes empruntés au monde économique n’est pas un hasard. Notre société est majoritairement technophile et anti-nature, prête à tout artificialiser.

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Soyons résistant, ne laissons pas les gestionnaires mettre ce qui reste de nature sauvage et spontanée dans des réservoirs pour en faire une nature docile, obéissante et domestiquée. Car alors notre monde sombrerait dans la dépression et les troubles psychiques permanents.

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Mais ne soyons pas si dur, derrière cette planification spatiale technocratique se cache la volonté de mettre sous le vocable de « réservoir de biodiversité » des assemblages de milieux semi-naturels plus ou moins bien conservés (forêts, zones humides, prairies) qu’il faudrait prendre en compte lors de tout aménagement urbain ou d’infrastructure, à la manière des ZNIEFF (zones naturelles d’intérêt écologique faunistiques et floristiques recensées au niveau national). Tout cela figure dans un schéma régional de cohérence écologique (SRCE) issu des réflexions sur la trame verte et bleue.

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Dans les régions comme l’Alsace où ce SRCE est en voie d’être soumis à consultation des acteurs, on sent déjà tous les aménageurs s’opposer à toute contrainte supplémentaire alors que la nature vraiment protégée n’occupe que 2 % de la région. Nous sommes à la croisée des chemins : ou bien laisser la tendance lourde l’emporter et la nature va continuer de disparaître au profit des lotissements, des routes et des zones commerciales ; ou bien freiner l’avancée urbaine. Ce qui se joue aujourd’hui dans certaines régions est la fin d’une mort annoncée, celle de la nature sauvage, spontanée, débordante et autonome. Pour les productivistes de tout bord, pas question de changer de pratiques agricole, sylvicole ou autre pour obtenir une gestion intégrée du territoire et avoir de la nature partout. Là est l’incohérence écologique majeure de ce genre de schéma.

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* Tous les termes cités entre parenthèses proviennent de l’éditorial de la revue Espaces naturels n°42 avril 2103 signé du directeur de d’eau et de la biodiversité du ministère de l’Ecologie.

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La nature a-t-elle besoin de nous * ?

Préférant assister la nature, l’homme se pose de plus en plus comme indispensable à sa survie alors qu’elle a longtemps évolué sans lui, en dépit des périodes glaciaires, des évènements tectoniques et des météorites. En maternant ou en « domestiquant » la faune sauvage, ne sommes-nous pas en train de la fragiliser et de légitimer la destruction de tout ce ne nous semble pas utile ?

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par Christian Weiss

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Avec les nichoirs pour les oiseaux installés tous azimuts, les boules de graisse et autres mangeoires à graines approvisionnées douze mois sur douze, voici que l’on propose aux insectes pollinisateurs des « hôtels » … À quand des charters pour escorter les oiseaux migrateurs, des gîtes trois étoiles pour les loutres et des moufles pour les marmottes ? Accoutumer la faune sauvage à être assistée faute de ressources et pour notre bon plaisir revient à asservir un peu plus la nature en nourrissant et en logeant artificiellement des espèces que nous allons rendre dépendantes de nous.
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Cessons de « disneyiser » la nature en voulant à tout prix la chérir et la caresser ! À force d’incontinence affective orientée vers les animaux, faute d’humanité envers notre voisin, nous n’aurons bientôt plus aucun plumage, aucune fourrure ni aucune élytre à caresser ni à chérir. Quand ces penchants anthropiques prendront fin, il ne restera plus à nos assistés qu’à disparaître, faute de défenses naturelles, d’expérience et de transmission de leurs acquis immémoriaux à leur progéniture.

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Plutôt que de continuer à détruire et à exploiter jusqu’à la roche mère ou aux rémanents forestiers les milieux où nous sommes invités à vivre parmi d’autres espèces, apprenons à respecter et à laisser tranquilles les lambeaux de nature sauvage que nous jugeons « sale », « épineuse », crottée », « pourrissante », « mouvante », « sénescente », « vaseuse », « vermoulue », « moisissante » qui abritent à notre insu nombre d’insectes, de mollusques, d’amphibiens, d’oiseaux, de petits mammifères et où chacun d’eux trouve naturellement sa niche pour s’abriter, se nourrir et se reproduire. Protéger, c’est la plupart du temps, avec de bonnes intentions, pratiquer un apartheid et détruire des associations floristiques et faunistiques dont nous n’avons encore que peu de connaissances.

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À titre d’indice de ces fausses bonnes intentions vis-à-vis de la faune sauvage, une étude récente de l’ONIRIS ** met en garde contre le nourrissage intensif des passereaux, une action qui favorise très probablement la transmission de virus comme la poxvirose des mésanges charbonnières fréquentant les mangeoires et abreuvoirs – à terme, à 80 % mortelle dans ses suites. De même, les nichoirs, bien plus repérables qu’un nid, sont une aubaine pour les prédateurs des oiseaux. Mêmes choses pour les concentrations d’abris à insectes, véritables « supermarchés » pour ceux qui s’en nourrissent et qui apprendront vite à en tirer profit.

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La relation élémentaire de l’homme à la nature est tellement brouillée que la conscience que nous en avons devient de plus en plus confuse. Chacun intègre le fait que c’est l’industrie qui nous fait vivre, oubliant ce qui fait vivre l’industrie : les ressources naturelles au sein des biotopes. Poursuivons leurs saccages et nous disparaîtrons. C’est bien nous qui avons besoin de la nature et de l’ensemble des espèces sauvages.

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* Inspiré librement d’Aldo Leopold, Almanach d’un comté des sables, éd. GF Flammarion.

 

** ONIRIS École nationale vétérinaire, agroalimentaire et de l’alimentation Nantes Atlantique.

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Ce point de vue est paru récemment dans la revue Liaison IDF.

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