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Catégorie ‘Hommage à Jean Carlier’

L’ami Jean

Jean Carlier n’avait pas peur d’avoir raison contre tout le monde.

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par Catherine et Bernard Desjeux

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Jean et Jeanne Charlotte Carlier à Brinon - photo Bernard Desjeux

En évoquant Jean Carlier, je ne sais pas si je dois pleurer ou sourire, il n’aurait pas  aimé que l’on soit triste. Jean était vraiment un cas et c’est pour ça qu’avec Catherine une solide amitié nous liait à lui et sa famille. Un cas comme on les aime : fait comme tout le monde mais qui ne ressemble à personne. Une formation d’instituteur, à l’époque des hussards de la république dont il était très fier, je crois même qu’il était sorti premier, dessinateur au Populaire puis à Combat après la guerre. Un marginal, président de plein de trucs, un journaliste indépendant, directeur de l’information de RTL mais qui se fait pousser dehors pour ces idées saugrenues d’écologie, un solitaire qui participe à la fondation de l’association des JNE. « Journalistes et écrivains avec un trait d’union ».

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Il n’a pas peur d’avoir raison contre tout le monde et il aura de belles récompenses dans ces luttes : le tabac, l’essence sans plomb… Il était doué d’une force vitale à déplacer des montagnes : « je sais de quoi je parle, disait-il ! ». S’en suit tout un déroulé d’arguments puisés sur le terrain, auprès d’interviews et d’une riche documentation. Il a le verbe facile plus que l’écrit et ces interventions dans les débats sont homériques. Grand raconteur d’histoire dont nous ne nous lassions pas : la rencontre avec Brassens chez Patachou, ces interviews de Chirac jeune politique aux dents longues, sa signature de Léon Blum que le Populaire offrait à chaque abonné, un jour c’est Léon Blum lui même qui lui a demandé sa signature, les fins de soirée avec Boris Vian, ses visites en Chine avant qu’elle ne s’éveille, etc.

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Reste une belle amitié avec Jeanne Charlotte et les enfants.

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Salut Jean, merci pour tout.

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Cérémonie en mémoire de Jean Carlier

Roger Cans représentait les JNE à l’enterrement de Jean Carlier, qui a lieu le 9 avril 2011. Voici son compte-rendu.

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par Roger Cans

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Jean Carlier dans le Var - photo Bernard Desjeux

 

L’enterrement, civil à la demande de Jean, s’est déroulé dans le cimetière de Cravent (Yvelines), un village de 300 habitants où sa belle famille, les Monod-Broca, possèdent une grande propriété, et où une de ses filles, Agnès Carlier, pratique l’agriculture bio.

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C’est Corinne Lepage qui a parlé la première, comme ministre ayant remis la légion d’honneur à Jean. Elle a souligné son rôle pionnier en matière d’écologie politique, du temps où son mari Christian Huglo se lançait aussi dans le combat. Christian Brodhag a ensuite pris la parole pour évoquer nombre de rencontres et de souvenirs personnels, en tutoyant notre ami Jean devant son cercueil, couvert de fleurs et surmonté de son portrait photo.

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Jeanne-Charlotte, sa veuve, a ensuite passé la parole à Roger Cans, au nom des JNE. Il a excusé l’absence de Carine Mayo et Laurent Samuel, et a rappelé que Jean avait contribué, en 1968 et 1969, à la création de la FFSPN (devenue FNE) et de l’AJEPNE (devenue JNE). C’est donc un membre fondateur qui nous quitte. Roger Cans n’a connu Jean Carlier qu’en 1983, alors qu’il avait été évincé de RTL, et il n’a donc pas participé à ses combats, comme Jean-Pierre Raffin et François Lapoix, présents dans l’assistance. Mais il a souligné le rôle de Jean dans les voyages de presse des JNE, où il faisait le boute-en-train. Cette jovialité, cette gouaille, ce caractère colérique aussi, marquaient ces voyages. Jean n’avait pas l’écologie triste, comme beaucoup, ce qui ne l’empêchait pas d’avoir des convictions chevillées au corps.

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Jeanne-Charlotte a ensuite exprimé l’amour et l’admiration qu’elle éprouvait pour un homme rencontré en 1968 au cours d’un circuit équestre dans les Alpilles. Malgré leur différence d’origine, lui le socialiste auvergnat agnostique, et elle la protestante parisienne fidèle, ils ont ont vécu 43 ans de bonheur. François Carlier, le fils cadet, a conclu les témoignages pour souligner le caractère bien trempé de son père. La famille Monod a alors chanté deux cantiques de la liturgie protestante. « Jean l’aurait accepté pour faire plaisir à sa femme »…

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Dans l’assistance se trouvaient aussi nos amis Catherine et Bernard Desjeux, qui passent souvent leurs vacances avec les Carlier du côté du Lavandou.

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Obsèques de Jean Carlier

Pour ceux qui souhaiteraient rendre hommage à Jean Carlier, ancien directeur des informations à RTL et vice-président d’honneur des JNE, voici le rendez-vous.

 

Samedi 9 avril à 11h au cimetière de Cravent (78270) qui jouxte l’église (c’est près de Mantes-la-Jolie).

 

Roger Cans y représentera les JNE.

Quelques témoignages sur Jean Carlier

Voici quelques témoignages reçus ces jours derniers sur Jean Carlier, vice-président d’honneur des JNE, décédé le 5 avril 2011.

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M’hamed Rebah
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Si je fais partie aujourd’hui de la famille des JNE, alors que je suis de l’autre côté de la Méditerranée, j’en suis reconnaissant à Jean Carlier qui m’a aidé à participer au congrès de la FIJE d’octobre 1994 à Paris où j’ai rencontré les animateurs des JNE (Claude-Marie Vadrot, Nicole Lauroy, Louisette Gouverne, notamment).

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J’avais fait sa connaissance à Paris, en décembre 1991, à la conférence mondiale des ONG qui préparait la conférence de Rio; il m’avait abordé en voyant, sur mon badge, que je venais d’Algérie; il connaissait mon pays et on en a parlé surtout que l’actualité s’y prêtait, le danger de prise du pouvoir par les intégristes était proche à la veille des élections législatives de décembre 1991. Elles étaient préparées dans des conditions qui favorisaient les intégristes et ne permettaient pas aux démocrates de déployer tous leurs moyens. C’est ce que j’avais expliqué à Jean Carlier qui s’inquiétait pour l’avenir.

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Il m’avait demandé de lui envoyer la page hebdomadaire « Le Matin de l’écologie » que je réalisais dans Le Matin et il m’a souvent écrit par la suite pour m’encourager, il a fait passer mes articles dans les revues Combat Nature et TOS et rendu compte avec beaucoup de gentillesse de mon livre « L’écologie oubliée » dans ces revues. Dans les moments tragiques vécus par les journalistes algériens et tout le peuple algérien, durant les années 1990, ses lettres que j’ai conservées, témoignent de sa solidarité et de son grand humanisme.

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Après notre rencontre de décembre 1991, je ne l’ai revu que deux fois. Je l’ai surtout connu à travers ses lettres. Nos échanges avaient cessé depuis plusieurs années, mais je n’ai jamais oublié son accompagnement fraternel. Il reste vivant dans mes pensées.

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Alain Raveneau

D’abord, j’ai entendu sa voix, l’oreille collé à mon transistor. Une belle voix radiophonique, timbrée, d’une autorité naturelle lorsqu’il animait les débats pendant la présidentielle 1974 sur RTL. Plus tard, je l’ai rencontré aux JNE, moi jeune journaliste à Rustica, lui déjà ancien mais toujours présent quand il s’agissait de défendre la cause environnementale, interpellant souvent de son timbre de bronze, l’homme public ou le contradicteur.

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Je me souviens aussi d’un voyage JNE au Brésil, en 1984, dans le sillage d’Huguette Bouchardeau, alors ministre de l’Environnement. Le tempérament qui faisait l’homme, tonnait à l’occasion, dispensant toujours de bonnes histoires ou quelques anecdotes sur la lutte antinucléaire à Plogoff, contre le camp militaire du Larzac, pour la création du Parc national de la Vanoise.

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Oui, il ne cachait pas ses convictions, journaliste, militant, engagé sur le terrain, dans la presse écrite, à la radio et dans de nombreuses associations.

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Avoir croisé Jean Carlier sur le parcours de ma vie professionnelle fut une chance. Avec mes consoeurs et confrères, je salue la mémoire de ce grand aîné qui aura bien mérité le titre (parmi d’autres) de vice-président d’honneur des JNE.

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Alain Connan

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Je m’appelle Alain Connan, j’ai 78 ans et je suis un Commandant en retraite de la Marine Marchande.

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Je fus sans doute le premier marin professionnel français à avoir pris conscience de ce qu on faisait de la mer dans le début des années 70. J’ai ensuite rejoint Greenpeace où je fus Capitaine sur leurs bateaux puis co-Directeur de Campagne à GPI et President refondateur de Greenpeace en France….. Mon chemin devait imparablement croiser celui de Jean Carlier il y a une trentaine d’années.

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Nous participâmes ensemble à des colloques, nous fûmes intervenants ensemble à plusieurs reprises et Jean me faisait régulièrement participer à des émissions de radio qu’il animait.

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En 1989, je le faisais embarquer sur le Rainbow Warrior pour se rendre aux USA aux Nations Unies et je partais le rejoindre pour que nous déposions ensemble une proposition pour un article des droits de l’homme et de son environnement.

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Sur mon insistance il rejoignit Greenpeace lorsque nous redressions la barre en France et sous la Présidence de Rémi Parmentier, il devint avec moi même un des observateurs sérieux des actions de GPF en qualité de sage.

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Ensemble nous partagions des moments de qualité avec entre autres Théodore Monod.

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Nous nous téléphonions assez régulièrement.

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C’est mon ami Rémi Parmentier qui vient de m’apprendre la triste nouvelle.

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Avec Jean ce furent des moments intenses bien éloignés de ceux qui ont vu le jour avec l’écologie fonds de commerce.

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Merci Jean de m’avoir souvent aidé et encouragé.

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Ton Ami Alain

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Georges Chapouthier (CNRS)

Navré pour cette disparition. Toujours prêt à soutenir les plus jeunes, Jean Carlier fut l’un des premiers à m’accorder une interview à la radio ! Depuis nous nous étions croisés d’innombrables fois, lors des grandes manifestations en faveur de la nature. J’ai de lui le souvenir d’un homme très compétent et aussi particulièrement aimable.

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Loïc Michel

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Jean Carlier fut et restera avant tout une voix !

Il fut l’exemple réussi de l’information grand public, combinée avec l’indignation nécessaire.

Un grand éveilleur de consciences s’est éteint.

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Jean Carlier, pionnier du journalisme militant pour l’écologie

Pionnier du journalisme militant pour l’écologie, Jean Carlier est mort le 5 avril à l’hôpital d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), à l’âge de 83 ans. Il avait participé en 1969 à la fondation de l’Association des journalistes et écrivains pour la nature et l’écologie, connue aujourd’hui sous le sigle JNE.

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par Roger Cans

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Jean et Jeanne Charlotte Carlier - photo Bernard Desjeux

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Né le 24 mai 1922 à Pont-du-Château (Puy-de-Dôme), Jean Carlier s’oriente d’abord vers l’enseignement, après une formation à l’Ecole normale d’Auteuil. Mais c’est la presse qui l’attire, et il commence par donner des dessins et des caricatures aux journaux. Il entre comme journaliste à Radio Luxembourg en 1955, où sa voix grave et bien posée fait merveille. Il y franchit tous les échelons, devenant rédacteur en chef en 1960, puis directeur des informations de 1967 à 1982, date à laquelle il quitte la station devenue RTL.

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Son attachement aux problèmes globaux de la planète remonte à 1948, lorsqu’il adhère au mouvement des citoyens du monde de Garry Davis. Son goût pour la protection de la nature lui vient du tourisme équestre, qu’il pratique en Camargue et dans les Cévennes. Il préfère le cheval à la « bagnole », qui selon lui entraîne la défiguration des paysages.

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En 1969, il mène la fronde contre un projet de station de ski dans le parc national de la Vanoise, aux côtés de François Lapoix et de Théodore Monod. Combat gagné. En 1973, il lance l’idée d’un candidat écologiste pour l’élection présidentielle. Il pense à Philippe Saint-Marc ou Théodore Monod. Il doit se rallier à la candidature de René Dumont, proposée par les Amis de la Terre.

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En 1974, il tient sur RTL une chronique matinale intitulée La qualité de la vie, quotidienne jusqu’en 1978, puis hebdomadaire jusqu’en 1982. Une chronique de plus en plus militante, qui finit par indisposer les dirigeants de la station et provoque son départ.

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En 1979, il participe à la fondation du MEP (Mouvement d’écologie politique). Il plaide pour la candidature de Jacques Cousteau à l’élection présidentielle de 1981. Mais les Amis de la Terre, contre son gré, imposent l’un des leurs, Brice Lalonde. Dès lors, il s’éloigne de l’écologie politique et milite de plus en plus dans les assocations (Rassemblement des opposants à la chasse, Fondation Cousteau, Greenpeace, Comité central contre le tabagisme) et leur presse (Combat Nature, Le Courrier de la nature et Ecologie). Les journalistes qui l’ont connu se rappelleront toujours ses colères homériques et sa gouaille de raconteur d’histoires.

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Jean Carlier raconte son parcours

A l’occasion d’un colloque sur la « bataille » de la Vanoise organisé en 2009 par l’AHPNE (Association pour l’histoire de la protection de la nature et de l’environnement), Jean Carlier avait rédigé ce texte, qu’il avait transmis à Carine Mayo, présidente des JNE.

 



Précision pour comprendre la dernière phrase : le colloque de l’APHNE avait lieu la veille des élections européennes de 2009.

Protégé : Sacré Jean !

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Une interview de René Dumont par Jean Carlier durant la campagne présidentielle de 1974

Lors de la campagne présidentielle de 1974, Jean Carlier, décédé le 5 avril 2011, avait interviewé René Dumont, le candidat écologiste.

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Vous pouvez visionner ce document en cliquant ici sur le site de l’Ina.

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L’occasion de constater que Jean Carlier, alors rédacteur en chef à RTL, était un intervieweur émérite… et René Dumont un interviewé qui ne l’était pas moins !

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Un peu d’histoire : Vanoise, victoire pour demain

Jean Carlier est décédé ce 5 avril 2011. Il avait publié cet article en 2001 dans la revue TOS.

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Par Jean Carlier

Pour commencer par une confidence, l’espoir que j’entretiens pour notre avenir encore fragile, reste encouragé par le titre du livre que j’ai publié il y a trente ans (1), sur un phénomène qui a marqué la seconde moitié du XXe siècle : l’avènement de l’écologie moderne, sortie des laboratoires et descendue dans la rue pour aider à la survie de l’espèce humaine et de toutes les autres espèces, animaux et végétaux de nos écosystèmes qui n’en finissent pas d’être en péril.

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Un combat, qui, contrairement à une erreur encore trop répandue, n’est pas né en 1968 avec les émeutiers qui sciaient les arbres du quartier Latin. Il est né dix ans plus tôt avec la prise en compte devenue indispensable, d’un nouvel aménagement du territoire. Offensive assez urgente pour accélérer les étapes : en 1960, une loi crée les parcs nationaux, en 1967 les parcs naturels régionaux, dès 1964 une loi sur l’eau de plus en plus polluée. Ainsi s’est amorcée la banalisation « historique » du mot « écologie » inventé cent ans plus tôt par un naturaliste darwinien Ernst Haeckel.

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Hélas ! Des prédateurs guettent déjà la naissance de ces parcs naturels. Notamment des industriels du tourisme pressés d’exploiter ce que les mercantis de l’époque baptisent « l’or blanc », la neige qui rapporte gros. En commençant par urbaniser les montagnes. Calcul encouragé par une valeur ajoutée qui devrait gonfler les tarifs, donc les profits, lorsque certains territoires sont « protégés », comme « labellisés ». D’où la ruée vers le premier en date des parcs, le Parc National de la Vanoise créé en 1963 et aussitôt convoité par un homme d’affaires assez persuasif pour convaincre le conseil d’administration de voter une amputation de ce territoire réputé protégé, pour y faire pousser une armée de gratte-ciel, dans la vallée la plus avalancheuse de la région !

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Naissance d’un ministère

Scandaleuse décision finalement bénéfique car elle déclenche une vague de protestations, de manifestations non seulement dans les Alpes, mais en différentes régions de France où l’on affirme que le problème n’est pas seulement régional. Au point d’obliger le président Pompidou à annuler l’amputation décidée. Aussitôt, les « écologistes » tout neufs chantent la « victoire de la Vanoise » qui, entre temps, a provoqué d’autres retombées bénéfiques : en janvier 1969, création simultanée de la FFSPN (Fédération Française des Sociétés de Protection de la Nature) devenue depuis FNE (France Nature Environnement) et de l’AJEPN (Association des Journalistes et Ecrivains pour la Protection de la Nature), devenue en 1981, les JNE (Journalistes-écrivains pour la Nature et l’Ecologie), cofondateurs en 1994 de la FIJE (Fédération Internationale des Journalistes de l’Environnement).

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En janvier 1971, juste avant de rendre au Parc de la Vanoise son intégrité, le président Pompidou crée un ministère de l’Environnement, que nous étions quelques-uns à réclamer. Ministère présent sans interruption depuis 30 ans. Peu après, je lance l’aventure en 1974 du candidat écologiste René Dumont, qui me permet d’obtenir à R. T. L. et d’assurer ensuite pendant huit années la première chronique écologique sous le titre « La qualité de la vie ».

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Bientôt 50 parcs

Finalement en 1977, un ministre de l’Environnement qui a de la mémoire me nomme administrateur du Parc de la Vanoise que nos actions conjointes ont fini par sauver mais n’ont pas définitivement sauvé. Depuis trente ans, ont été admises certaines entorses au strict règlement initial pour permettre la traversée des skieurs et randonneurs entre diverses stations et, de temps à autre, apparaissent des propositions pour faire mieux rimer, croit-on, économie et écologie. Donc, une victoire qui oblige à rester vigilant. J’ai même songé un moment à ajouter un point d’interrogation au titre de mon livre-témoignage « Vanoise, une victoire pour demain » pour alerter les hyper-optimistes.

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Il faut rester vigilant pour les autres parcs aussi, créés depuis, car il est évident que si la Vanoise avait été amputée, les autres risquaient de l’être ensuite. Donc la victoire de la Vanoise a sauvé les autres parcs ciblés d’avance par de nouveaux appétits mercantiles. Bienfait supplémentaire, cet « exemple » de la Vanoise a fini par convaincre les populations hostiles aux parcs dont elles n’attendaient que des contraintes insupportables. Hostilité violente parfois. Certains « Parisiens » envoyés du ministère pour discuter du protocole à signer ont vu crever les pneus de leur voiture par les autochtones jaloux de leurs libertés locales et partisans du « Foutez le camp ! » pour les trouble-fête « étrangers ». Hostilité largement disparue aujourd’hui, l’expérience des autres ayant prouvé que les avantages apportés par les parcs dépassent largement leurs éventuels inconvénients. Alors les candidats, rares au début, se bousculent aujourd’hui. Il existe déjà 7 parcs nationaux dont un à la Guadeloupe, et 38 parcs régionaux, en attendant les autres puisque 8 projets sont à l’étude. Véritable phénomène social, écolo-politico-social de notre fin de siècle débordant sur le suivant. 2001 étant l’année de célébration du centenaire de la loi de 1901 sur la liberté d’association, le mouvement associatif est l’un des moteurs les plus efficaces de l’avènement des parcs naturels.

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Hommes, bouquetins et poissons

Enfin, on aurait tort d’ignorer une critique qui a la peau dure : les « écolos » ne pensent qu’à la nature, aux animaux, aux petites fleurs et aux grands arbres. Ils ne pensent pas au sort des humains. Il est vrai que la couverture de mon livre « Vanoise, victoire pour demain » est ornée d’une tête de bouquetin, fier seigneur des Alpes. Le V de ses énormes cornes souligne même le V du mot « Victoire ». Cependant, il n’est là que pour rappeler la solidarité forcée entre hommes, animaux, végétaux, paysages. Alors, sauver la Vanoise c’est sauver l’Homme qui y vit, mais aussi bouquetins, chamois, marmottes, aigles, ombles et truites, gentianes, génépis, edelweiss, conifères etc. Bref, tout ce qui vit et cohabite. Sinon l’Homme n’est pas sauvé tout seul.

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En 1989, lors du bicentenaire de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (devenu aujourd’hui éco-citoyen), j’ai rédigé un 31ème article à ajouter à la Déclaration des Droits de l’Homme de 1948 qui en comporte 30. Avec l’approbation de plusieurs associations (JNE et autres), je suis allé, invité par Greenpeace sur le « Rainbow Warrior », l’apporter à New-York au siège de l’ONU où j’avais rendez-vous et où l’on m’a très cordialement accueilli. Voici cet article 31 qui, au fond d’un tiroir new-yorkais, attend depuis douze ans déjà, de retrouver la lumière du jour et la chaleur des débats. Sans oublier le second paragraphe sur l’indispensable liberté d’expression.

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Un droit de l’homme et de tous les vivants

Tout être humain a droit au maintien des équilibres écologiques de son milieu de vie, partagé avec tous les autres vivants, animaux et plantes, dont la survie, garante de sa propre survie, doit être assurée.

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Ce droit de chacun implique le devoir pour tous – individus, organisations, Etats – de partager la responsabilité de l’eau propre, de l’air pur, de la terre saine, dans le cadre d’une solidarité planétaire indispensable, et d’exiger dans ce domaine, le respect de l’article 19 de la présente Déclaration ainsi précisé : doit être garantie la libre collecte, expression et diffusion sans restrictions, en toutes circonstances, des informations et des idées.

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1. Vanoise, victoire pour demain, Jean Carlier, collection Examens dirigée par Pierre Dumayet, éd. Calmann-Levy 1972.

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Jean Carlier fut directeur des informations de RTL de 1967 à 1982, et membre du conseil d’administration du Parc de la Vanoise (à partir de 1978). Il a reçu la médaille d’argent de l’Académie d’agriculture pour son livre « Vanoise, victoire pour demain », remise par un certain Jacques Chirac, alors ministre de l’Agriculture !

Le décès de Jean Carlier

Vice-président d’honneur des JNE, Jean Carlier était l’une des plus grandes figures de l’écologie dans la presse française. Il est décédé ce 5 avril 2011.

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par Laurent Samuel

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Grande voix de Radio-Luxembourg (devenu RTL) dans les années 60-70, Jean Carlier fut l’un des tous premiers à imposer des sujets sur la nature et l’écologie dans les médias de masse.

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Au début des années 1970, son rôle fut essentiel dans le combat victorieux pour sauver le Parc national de la Vanoise, menacé par des projets immobiliers (lisez ici l’article de Jean Carlier paru en 2001 dans la revue TOS).

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Jean Carlier fut aussi l’un des initiateurs de la candidature de René Dumont à l’élection présidentielle de 1974, mais pas son directeur de campagne comme l’indique par erreur le site de RTL, puisque cette fonction avait été assurée par Brice Lalonde. Signalons aussi à RTL (et pardon pour ce pointillisme ! ) que le Mouvement d’écologie politique (MEP), dont Jean Carlier fut l’un des fondateurs, a été créé non pas en 1970, mais en 1979.

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Jean Carlier possédait un don rare : celui de rendre vivants et intelligibles des sujets a priori complexes, voire rébarbatifs, comme le sont souvent les questions liées à l’environnement.

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Dans les prochains jours, nous nous efforcerons de lui donner sur ce site l’hommage qu’il mérite, à travers les témoignages de journalistes qui l’ont connu et apprécié.

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Mais nous tenions dès maintenant à exprimer notre émotion et nos condoléances à sa famille et à ses proches.

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Ci-dessous, une interview de Jean Carlier par le sociologue Dominique Allan-Michaud (Réseau Mémoire de l’Environnement), co-produite par le Musée du Vivant (AgroParisTech) et le Réseau Mémoire de l’Environnement.

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Jean Carlier, le grognard auvergnat de l’écologie par AgroParisTech

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