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Catégorie ‘Actualités internationales’


Algérie : le message du séisme du 1er août a-t-il été compris ?

De réplique en réplique, la politique de prévention sismique reste très insuffisante en Algérie.

 

par M’hamed Rebah

 

Les Algérois qui ont ressenti la secousse tellurique du samedi matin 8 août 2014, à 11 h 19, ont replongé dans la panique, durant une infime fraction de seconde, même si la magnitude, selon le Centre de recherche en astronomie, astrophysique et géophysique (CRAAG), paraît faible (4 sur l’échelle ouverte de Richter).

 

Cette secousse a suivi celle du jeudi 7 août, à 20 h 31, d’une magnitude de 3.4. Les localisations de l’épicentre dans les deux cas, tous deux au nord-est de Bologhine, respectivement à 22 km et à 15 km, confirment qu’il s’agit de répliques du séisme du vendredi 1er août.

 

Qu’y a-t-il de changé, depuis le 1er août, dans le comportement des Algériens qui vivent dans les zones à risque sismique avéré, particulièrement les Algérois qui ne se sont pas encore totalement relevés du choc du dernier séisme, et plus spécialement les familles dont les habitations peuvent tomber en cas de forte réplique ou carrément d’un nouveau tremblement de terre ?

 

On sait que les six décès liés au séisme du 1er août sont consécutifs à des chutes dues à la panique et n’ont rien à voir avec l’effondrement d’habitations. L’attention accordée jusque là au respect des normes parasismiques dans les constructions commence à porter ses fruits selon les commentaires des responsables officiels qui font remarquer que les nouvelles cités ont tenu le coup.

 

Mais ce qui semble avoir été négligé, comme le montre la leçon qui a été immédiatement tirée des causes des six décès, c’est le travail d’éducation et de sensibilisation sur le comportement à avoir en cas de séisme. Les carences en la matière ont été nettement mises en évidence.

 

L’exemple nippon a été abondamment cité par les médias. Certes, l’Algérie n’est pas le Japon, mais ce pays est la référence concernant le comportement de la population face aux séismes et sur la façon dont elle est préparée à cet événement s’il survient. Ce que fait le Japon dans ce domaine n’est pas un secret ni un brevet protégé par des droits, il suffit de copier, de mettre tout ça dans un guide, de former des formateurs qui apprendront aux enfants, dans les écoles, et aux adultes, sur les lieux de travail, et aux autres, là où ils sont, les gestes qui sauvent.

 

Il ne suffit pas de répéter que le risque sismique est une donnée permanente dans le Nord du pays et s’installer dans la fatalité de ce risque majeur, le plus important en Algérie. Il faut en tirer les conséquences sur les activités de tous les jours. La priorité semble avoir été donnée, à juste titre, au relogement des populations confrontées au risque d’effondrement de leurs habitations. Car, il s’agit, avant tout, de préserver les vies humaines.

 

Cet effort doit s’accompagner par des actions d’éducation et de sensibilisation pour remédier à l’impréparation dans laquelle se trouve encore la population face au séisme. Cela fait partie de la politique de prévention qui permet de réduire le bilan en pertes humaines et en dégâts matériels. Il est important de rappeler avec insistance que la politique de prévention, concernant le risque sismique, mais aussi celui des inondations, doit être bâtie et mise en œuvre avec l’implication active de la population au niveau local.

 

Séismes et inondations sont des phénomènes naturels qui ne sont pas rares en Algérie. La vulnérabilité à ce type de catastrophes est démontrée de jour en jour. Pourtant, beaucoup d’indices montrent qu’il y a une sous-estimation de ces risques, à la fois chez les autorités, mais surtout dans la population. Exemple : l’assurance contre les effets des catastrophes naturelles (CAT-NAT), rendue obligatoire après le séisme de Boumerdès du 21 mai 2003, reste peu connue si l’on en juge par les grands retards dans les souscriptions aux contrats.

 

Cet article a été publié dans le magazine algérien Reporters.

 

Algérie : les élus locaux témoins de la dégradation de l’environnement

A Alger, les visites d’inspection des élus locaux ne semblent guère suivies d’effets sur la qualité de l’environnement.

 

par M’hamed Rebah

 

Incidemment, en faisant le constat de la dégradation du cadre de vie, il arrive aux élus locaux, particulièrement dans la capitale, de soulever des questions environnementales en suspens depuis de longues années alors qu’elles sont perceptibles par tous, citoyens et autorités.

 

Cet été, une délégation de l’Assemblée populaire de wilaya d’Alger (APW) a fait une tournée sur les plages. Que lit-on dans le compte rendu donné par l’Agence officielle de presse (APS) ? « Le constat général des plages du littoral ouest d’Alger est le manque d’hygiène, flagrant, et la mauvaise qualité bactériologique des eaux de baignade, en raison du déversement anarchique des eaux usées en mer ». Il s’agit, ici, des plages autorisées à la baignade, seules concernées par la visite d’inspection des élus. Ce qu’ils ont dû relever aussi, c’est la présence des déchets sur les plages et dans l’eau, constitués en grande partie par les sachets, bouteilles et autres emballages en matière plastique.

 

Les élus vont sans doute faire leur rapport et l’adresser aux autorités concernées, comme c’est la règle. Quelles suites seront données aux recommandations d’usage que comportent en général ces rapports d’inspection ? Pour le savoir, il faut attendre la rentrée scolaire et aller faire un tour dans les établissements d’enseignement pour voir si la visite d’inspection faite par les élus, au début de cette année, dans des écoles primaires, collèges d’enseignement moyen et lycées, a servi à quelque chose.

 

Les élus avaient été surpris de constater « la présence de décharges aussi bien à l’intérieur des écoles que dans les alentours immédiats des établissements ». En face d’un CEM, ils ont vu un oued où sont déversées des eaux usées, un véritable égout à ciel ouvert ; dans la cour d’un autre CEM, une « énorme décharge » à l’intérieur même de l’établissement.

 

Ils venaient de découvrir l’état dégradé de l’environnement dans lequel les élèves poursuivent leurs cours, avec en plus : les trottoirs défoncés squattés par les voitures en stationnement obligeant les enfants à emprunter la chaussée avec le risque d’accidents que cela comporte, le niveau élevé de pollution de l’air avec une grande circulation automobile à vitesse réduite à cause du stationnement et des bouchons qui se forment très vite dans les ruelles où se trouvent ces établissements, et avec les embouteillages, fatalement les coups de klaxons abusifs, interdits par le code algérien de la route.

 

Faut-il conseiller à ces élus algérois d’aller faire leurs courses au marché Redha Houhou, puis remonter la rue Hamani (ex-rue Charras) ou de l’autre côté se diriger vers la rue Khelifa Boukhalfa ? Ils seraient édifiés sur le cadre de vie. Dernièrement, des enfants venus du Canada passer leurs vacances à Alger avec leurs parents algériens, ont exprimé énergiquement leur colère, en public, à leur mère pour les avoir fait passer par l’allée qui longe le marché et qui commence par la benne à ordures qui laisse échapper une odeur nauséabonde insupportable.

 

Les élus ne devraient pas rater le carrefour de la Grande Poste, à Alger, où un écran numérique géant posé sur un camion – lui-même stationné depuis à peu près deux mois, sur le trottoir dont il occupe un espace appréciable enlevé aux passants – projette chaque soir un film à un public qui se réduit à quelques spectateurs assis en face, en fait des gens qui ont l’habitude de passer le temps à cet endroit et qui ne le quittent pas une fois la projection terminée, ce qui prouve qu’ils ne sont pas là spécialement pour voir le film. Un tel constat aurait dû pousser les initiateurs de ces séances de projection à arrêter l’opération devenue inutile, ce qui aurait eu pour effet immédiat de mettre fin aux nuisances sonores imposées aux riverains.

 

Mais, finalement, quel est le but de ces tournées d’inspection si elles ne contribuent pas à améliorer le cadre de vie de la population ? Un peu de propreté, moins de bruit, un air plus respirable, c’est trop demander aux autorités locales ?

 

Cet article a été publié dans le magazine algérien Reporters.

Algérie : l’été révélateur de toutes les nuisances urbaines

Plutôt aléatoire durant le reste de l’année, la gestion des déchets ménagers en Algérie montre toutes ses tares en été, et le résultat est directement perceptible, presque partout, par la vue et par l’odorat.

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par M’hamed Rebah

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Recuperation_et_trio_de_dechetsLa presse algérienne en rend compte quotidiennement dans ses pages régionales. Pris au hasard, voilà ce qu’écrit le correspondant de Reporters à Ain el Beïda (Es Senia, Oran) : « les camions ne passent que rarement pour effectuer le ramassage (des ordures), laissant ainsi les citoyens contraints de se débrouiller comme ils peuvent pour se débarrasser des énormes quantités de déchets qui se forment à travers les artères du quartier ». Les habitants signalent le « danger sanitaire qui guette en permanence et menace la santé des riverains, à cause notamment de la multiplication des insectes nuisibles, des rats et même des serpents ». Ce n’est pas fini : « plus grave encore, les enfants du quartier, ne trouvant pas d’aires de jeux, du coup, s’amusent à proximité des énormes dépotoirs, au risque de contracter des maladies et des allergies diverses ».

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On est loin de l’ambition d’instaurer et de généraliser le tri sélectif sans lequel aucune gestion sérieuse des déchets urbains ne peut être envisagée. Des efforts, «surhumains», serait-on tentés de dire, sont déployés au niveau du ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement, pour atteindre les objectifs du Plan national de gestion intégrée des déchets ménagers qui visent à obtenir une proportion de volume des déchets recyclés de 25 % en 2015 (dans quelques mois à peine) et 50 % en 2016.
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Mais il faut regarder la réalité en face : du côté de la population, le niveau d’éducation est encore très insatisfaisant pour prétendre généraliser les gestes éco-citoyens, et au niveau des collectivités locales, la pauvreté en ressources humaines, flagrante, n’autorise aucun espoir quant à une gestion écologique des déchets urbains. Ce ne sont pas les compétences nationales qui manquent dans ce domaine, mais elles sont marginalisées et personne ne leur fait appel, sans doute parce qu’elles dérangeraient la médiocrité ambiante.

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Pourtant, il est urgent d’aller vers le tri des déchets à la source, pour séparer les matières recyclables comme le papier et le carton, pour lesquels le ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement a donné l’exemple, à la fin de l’année passée, en lançant un projet pilote de tri sélectif nommé « l’Administration Contribue à la Récupération » mis en œuvre par son Agence nationale des déchets (AND) dans le but de généraliser l’opération aux autres administrations centrales.

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En apparence, cette opération ne demande pas grand chose en dehors de la bonne volonté : des bacs de 240 litres, au niveau des étages, et de 770 litres, dans le dépôt de stockage intermédiaire ; en plus des corbeilles existantes au niveau de chaque bureau, une nouvelle corbeille est posée pour accueillir les déchets du type papier/carton. Une fréquence de collecte est définie en fonction du rythme de production et de la capacité du stockage du dépôt intermédiaire et les déchets récupérés sont transportés vers les installations de traitement.
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Le personnel est sensibilisé à l’aide d’affiches et il est aidé grâce à un guide qui explique les consignes du tri sélectif ; des agents sont formés pour mener à bien l’ensemble de l’opération.
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Les ministères, les grandes agences d’Etat, les collectivités locales, les établissements d’enseignement, devraient s’y mettre. Si l’effet d’entraînement se produit, la gestion des ordures ménagères pourrait s’en trouver allégée.

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Cet article a été publié dans le magazine algérien Reporters.

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Expédition Med 2014 : la chasse aux déchets en plastique en mer

La campagne d’exploration Expédition Med Algérie 2014 a été lancée cet été à Oran (Algérie).

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par M’hamed Rebah

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10407073_747983941891482_3930651874917939260_nElle a touché Alger, Bejaïa, Skikda et Annaba, où elle devait s’achever le 11 août par une rencontre destinée à renforcer la prise de conscience de la pollution de la mer Méditerranée par les déchets plastiques, un problème qui concerne l’ensemble des habitants des côtes méditerranéennes.

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L’action de sensibilisation sur les voies et moyens de prévenir cette forme de pollution a débuté à Oran, apprend-on, à travers une exposition organisée au siège de l’association Phenicia qui active au niveau du port dans le cadre de la protection du littoral oranais. Selon l’APS qui rapporte l’information, la direction de l’Education de la wilaya d’Oran a mis à profit cet événement pour présenter les activités entreprises par les clubs bleus et verts dans le cadre de la protection de l’environnement et de leurs projets. Initiative louable : des enfants des zones rurales ont été invités à visiter le port d’Oran qu’ils ont découvert et ont pris connaissance, en même temps, des activités de l’association Phenicia.

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Quant aux scientifiques et universitaires algériens et les écologistes qui militent au sein des associations, ils se sont plutôt intéressés aux travaux d’analyses des microplastiques réalisés à bord du voilier Hainez, aux équipements et moyens utilisés et aux procédés mis en œuvre. Une façon, pour eux, de se préparer à la campagne d’exploration des microplastiques prévue en 2015 dans le littoral algérien, qui sera organisée sous l’égide du ministère de la Pêche et des Ressources halieutiques en collaboration avec des associations et des universités. C’est ce qu’a annoncé le chercheur Emir Berkane, du laboratoire Ecostac de l’université Badji-Moklhtar d’Annaba, initiateur et coordonnateur de l’opération, côté algérien, avec l’association française Expédition Med en danger. Cette campagne d’exploration portera sur des analyses des microplastiques à travers le littoral algérien, a-t-il précisé, cité par l’APS.

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Rappelons que le Hainez est parti de Villefranche-sur-Mer, en France, le 5 juillet et a commencé son travail de recherche en mer liguro-provençale, puis l’a poursuivi dans le Golfe du Lion, aux abords des côtes espagnoles de la Costa Brava, dans les Baléares et enfin le sud de l’Espagne. Cette opération dure 2 mois et concerne la France, l’Espagne, Gibraltar, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, Malte et l’Italie. Cinquante écovolontaires et quinze scientifiques des différents pays du bassin occidental se relayent actuellement sur l’ensemble du parcours des campagnes de l’Expédition MED 2014. Pour Bruno Dumontet, président de l’association française Expédition Med en danger, dont les propos sont rapportés par l’APS, « l’objectif de cette tournée scientifique, qui touche des pays du Sud de la Méditerranée, est de sensibiliser sur les dangers des déchets de plastique qui sont visibles sur les eaux de cette mer et d’appeler les pays du pourtour méditerranéen à travailler ensemble pour trouver une solution à ce problème ».

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Pour leur part, les baigneurs, cet été, ont l’occasion encore une fois de constater cette pollution par les sachets en plastiques qui jonchent les plages, emportés par le vent dès qu’il se met à souffler et déposés en mer ou ils surnagent dans l’eau aux côtés des bouteilles en plastique. M. Dumontet est bien optimiste quand il affirme que l’Algérie est en mesure de figurer aux premiers rangs pour la lutte contre ce genre de pollution.

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Cet article a été publié dans le magazine algérien Reporters.

 

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Conflit entre Texaco-Chevron et l’Equateur : dernières nouvelles (début juillet 2014)

Voici les dernières nouvelles (début juillet 2014) du conflit entre Texaco-Chevron et l’Equateur, dont vous trouverez l’historique ici, et sur lequel nous avons recueilli le témoignage de Maître Pablo Fajardo, avocat des plaignants, et d’une des victimes, Oscar Herrera (c’est là).

 

par Richard Varrault

 

Le 26 juin 2014 à Genève aux Nations-Unies, lors du 26e Conseil des Droits de l’Homme sur la responsabilité des entreprises sur les droits humains, Maître Pablo Fajardo a plaidé la cause des victimes de Chevron en compagnie d’Oscar Herrera.

 

Lien vers le site des interventions en vidéo :

http://justice5continents.net/fc/viewtopic.php?vplay=1&t=1066&nrvid=4

 

 

La conclusion a été l’adoption d’une résolution : « Élaboration d’un instrument international juridiquement contraignant sur les sociétés transnationales et autres entreprises et les droits de l’homme »

 

CETIM (Centre Europe-Tiers Monde) : Communiqué de presse

 

Historique : le Conseil des droits de l’homme ouvre des négociations sur de nouvelles normes internationales contraignantes concernant la responsabilité des sociétés transnationales en matière de droits humains !

 

26 juin 2014

 

Le Conseil des droits de l’homme vient d’adopter une résolution présentée par l’Équateur et l’Afrique du Sud qui établit un groupe de travail intergouvernemental chargé d’élaborer un instrument international juridiquement contraignant pour réglementer les activités des sociétés transnationales.

 

«  Il s’agit là d’une décision historique qui peut potentiellement contribuer à mettre fin à l’impunité dont bénéficient trop souvent les sociétés transnationales pour les violations de droits humains commises, en particulier dans les pays du Sud, et garantir l’accès à la justice aux victimes de leurs activités », a réagi Melik Özden, directeur du Centre Europe-Tiers Monde (CETIM), une organisation basée à Genève qui se bat depuis de nombreuses années pour obtenir de nouvelles normes contraignantes.

 

Les pays occidentaux ont tenté jusqu’à la dernière minute de s’opposer à cette résolution en utilisant tous les moyens pour faire pression sur les autres États membres du Conseil des droits de l’homme. Le vote a été demandé par les États-Unis. Au final, la résolution a été adoptée par 20 voix en faveur, 14 oppositions (dont la France, ndlr) et 13 abstentions. Tous les États occidentaux membres du Conseil des droits de l’homme ont voté contre la résolution. La grande majorité des pays du Sud, dont la plupart des pays africains, ainsi que la Chine, l’Inde et la Russie, se sont prononcés en faveur.

 

« Nous ne pouvons que regretter l’attitude peu constructive des pays occidentaux qui ont choisi de privilégier les intérêts des sociétés transnationales par rapport à la protection des droits humains », a continué M. Özden. « Ils ont d’ailleurs d’ores et déjà annoncé qu’ils ne participeraient pas aux travaux du groupe de travail intergouvernemental. »

Le groupe de travail tiendra sa première session en 2015 pour définir les éléments, l’étendue, la nature et la forme du futur instrument international. « Ce n’est que le début du processus, mais il s’agit déjà une grande victoire pour les peuples du monde, et en particulier pour les victimes dans le Sud, qui réclament depuis des années des normes contraignantes pour mettre fin à l’impunité des sociétés transnationales », a relevé M. Özden.

 

Tandis que les sociétés transnationales disposent de toute une batterie de lois, de mécanismes et d’instruments contraignants pour protéger leurs intérêts, seuls des codes de conduites volontaires et des normes non contraignantes existent pour contrôler leurs impacts sur les droits humains et garantir l’accès à la justice pour les victimes de leurs activités. « Il était temps que le Conseil des droits de l’homme agisse pour corriger cette asymétrie dans le système international qui affecte en premier lieu les pays les plus pauvres et les plus faibles », s’est félicité M. Özden.

 

Depuis plusieurs mois, des centaines d’organisations de la société civile et des mouvements sociaux du Nord comme du Sud se mobilisent en faveur de cette initiative. Nombres d’entre elles ont convergé à Genève pour une semaine de mobilisation du 23 au 27 juin. De nombreux délégués du Sud et de représentants des victimes ont fait le voyage pour réclamer de nouvelles normes contraignantes pour mettre fin à l’impunité des sociétés transnationales. Le CETIM s’est fortement engagé aux côtés de la Campagne mondiale pour démanteler le pouvoir des transnationales et mettre fin à l’impunité. Les cas de Chevron en Équateur, Coca Cola en Colombie, Shell au Nigeria, Glencore-Xstrata aux Phillippines et Oceana Gold au Salvador ont notamment été présentés pour démontrer la nécessité d’un nouvel instrument international.

 

« En 60 ans d’exploitation pétrolière dans le Delta du Niger, les communautés locales n’ont pas connu le repos », a relevé Godwin Ojo des Amis de la Terre Nigeria. « Shell a systématiquement violé les droits humains et détruit l’environnement ainsi que les conditions de vie des communautés, mais ni les campagnes internationales ni les lois et les agences de régulation nationales n’ont été capables de mettre fin à ces pratiques. Ce niveau d’impunité démontre la nécessité d’un instrument international contraignant qui oblige les sociétés transnationales à respecter les droits humains ».

 

« En 26 ans d’exploitation pétrolière en Amazonie équatorienne, Chevron a souillé plus de 450. 000 hectares d’une des zones de la planète les plus riches en biodiversité et détruit les conditions de vie et de subsistance de ses habitants », a expliqué Pablo Fajardo, défenseur et représentant des victimes de Chevron en Équateur. « Or, après 21 ans de litige et malgré une condamnation de la justice équatorienne, Chevron refuse toujours de payer. Et pendant ce temps, les victimes de ses activités en Équateur attendent toujours justice et réparation », a-t-il regretté. « Les codes de conduite volontaires ont montré leurs limites, seul un instrument international contraignant peut mettre fin à l’impunité des sociétés transnationales ».

 

« Des dizaines de syndicalistes sont assassinés chaque année en Colombie en toute impunité », comme l’a souligné M. Javier Correa, président du syndicat Sinaltrainal en Colombie. « Dans le cas de Sinaltrainal, 23 de nos syndicalistes travaillant pour Coca Cola ou Nestlé ont été assassinés ces dernières années. Or, ces sociétés transnationales utilisent des schémas complexes de franchises, de filiales et de sous-traitants pour échapper à la justice. La justice colombienne ne fait pas son travail et les tribunaux aux États-Unis et en Suisse, où ces deux transnationales ont leurs sièges, refusent d’entrer en matière », a-t-il souligné. « Seules des normes internationales contraignantes permettront de tenir les sociétés transnationales responsables de leurs crimes en Colombie ! »

 

Le chemin est encore long, mais aujourd’hui, et après près de 40 ans de discussions et de tentatives infructueuses à l’ONU, le processus est enfin lancé ! Le CETIM tient encore à féliciter les gouvernements de l’Équateur et de l’Afrique du Sud pour leur leadership et également tous les États qui ont voté en faveur de la résolution malgré les nombreuses pressions reçues.

 

Bref historique du conflit entre Chevron-Texaco et l’Equateur

Voici un bref historique du conflit entre Chevron-Texaco et l’Equateur, sur lequel vous pouvez lire aussi les interviews de Pablo Fajardo Mendoza, avocat des plaignants, et Oscar Herrera, représentant des victimes, ainsi que des nouvelles récentes (ici).

 

par Richard Varrault

 

Comparaisons économiques

Texaco, société pétrolière étatsunienne, a opéré en Equateur entre 1964 et 1992. Texaco a été rachetée en 2001 par Chevron et constitue aujourd’hui la 2e société pétrolière des Etats-Unis derrière ExxonMobil et la sixième au monde (Chevron est redevenue Chevron Corporation en 2005, Texaco restant une marque du groupe). Son chiffre d’affaires en 2013 est de 229 milliards de dollars et son bénéfice net, en recul de 18 % par rapport à 2012, s’élève à 21,4 milliards de dollars. En comparaison, le PIB de l’Equateur n’est que de 91,41 milliards de dollars.

 

La banque centrale équatorienne prévoit un taux de croissance de l’économie de + 4,5 à + 5 % pour 2014. La monnaie de l’Equateur est le dollar américain.

 

Le pétrole représente 40 % des revenus de l’Etat et 60 % des exportations. Le pays est membre de l’OPEP de 1973 à 1992 et réintègre l’organisation en 2007.

 

Le pétrole

Les opérations de forages ont été réalisées dans le nord du pays dans la province du Sucumbios, région amazonienne frontalière avec la Colombie. Au début de l’exploitation pétrolière, l’Equateur est un pays sous dictature. Elle se terminera à la fin des années 1970. Le pays fut marqué à cette époque par un conflit armé avec le Pérou et par le mouvement des Indiens pour la reconnaissance de leurs droits. Les tribus indiennes paralysèrent le pays par une grève pacifique.

 

Les conditions d’intervention de l’entreprise américaine ont certainement été influencées par la succession de situations politiques et sociales agitées qui ont pu faciliter son influence auprès des différents gouvernements.

 

Il est aujourd’hui reproché à Texaco d’être responsable d’avoir déversé au moins 70 millions de litres de résidus de pétrole et 64 millions de litres de pétrole brut sur un territoire de 2 millions d’hectares de l’Amazonie équatorienne. Eléments qui ont été déterminés par la justice équatorienne après neuf ans de procès. Tout a été pollué, comme le montrent les témoignages et les expertises, l’eau, l’air, les sols, au point que les habitants furent victimes de maladies dégénératives, cancers, malformations, empoisonnements.

 

Plusieurs tribus vivaient dans la région impactée par les 356 puits et leurs stockages de produits et déchets toxiques à ciel ouvert. Deux d’entre elles, les Tetete et les Sansahuari, ont complètement disparu, tuées par les intoxications délétères.

 

La justice

Les premières plaintes ont été portées en 1993. Les plaignants ont voulu que le premier jugement soit rendu à New York, mais Chevron a fait obstruction et poussé politiquement et avec d’autres influences pour qu’il ait lieu en Equateur, pensant mieux contrôler la situation.

 

Finalement, en février 2011, la cour de justice de Lago Agrio a condamné Chevron à verser 19 milliards de dollars pour la remise en état des zones dévastées par ses méthodes de travail et l’indemnisation des victimes. Une des plus lourdes condamnations pour des dégâts environnementaux et pétroliers en particulier.

 

Ce jugement a été cassé à New York en mars 2014 par le juge Lewis Kaplan, en argumentant que les plaignants utilisaient des méthodes mafieuse pour soutirer de l’argent à une entreprise très riche. Un prochain jugement doit intervenir dans les mois qui viennent.

 

L’objectif des plaignants est d’obtenir la saisie des actifs de Chevron dans plusieurs pays. En plus des Etats-Unis et de l’Equateur, d’autres procès se déroulent actuellement au Canada, en Argentine et au Brésil.

 

Le différend s’est également déplacé à la cour permanente d’arbitrage de La Haye (créée en 1899), tribunal privé spécialisé dans la résolution de conflits entre entreprises et entre entreprises et Etats.

 

L’affaire y est enregistrée sous les références suivantes : « Affaire CPA n° 2009-23 ». « La CPA fournit un soutien administratif dans cet arbitrage conduit conformément au Règlement d’arbitrage de la CNUDCI (Commission des Nations Unies pour le droit commercial international, ndlr), en application du Traité entre les États-Unis d’Amérique et la République d’Équateur concernant l’encouragement et la protection réciproque des investissements. »

 

Au plan international, des actions sont engagées pour réduire l’influence des multinationales et accroître la prise en compte des droits humains. Ainsi Pablo Fajardo (avocat des plaignants) est intervenu à la tribune du Conseil des Droits de l’Homme à Genève le 26 juin 2014 et une première résolution a été votée.

 

Lien vidéo

Vous pouvez retrouver une synthèse de ce conflit dans l’intervention de Madame la ministre de la défense de l’Equateur Maria Fernanda Espinosa. Vidéo enregistrée au Sénat le 4 novembre 2013 lors d’une réunion de travail à l’initiative du groupe de projet du Tribunal International de la Nature :

http://www.dailymotion.com/video/x16z03o_senat-4-novembre-2013-maria-fernanda-espinosa-ministre-de-l-equateur_news (durée 9’:11“)

 

Rencontre avec Pablo Fajardo Mendoza, avocat des plaignants dans l’affaire Texaco-Chevron, et Oscar Herrera, représentant des victimes (Equateur)

Depuis près de 20 ans, une succession de procès oppose la compagnie américaine Texaco-Chevron à des habitants touchés par la pollution liée à l’exploitation pétrolière en Equateur. A l’occasion de leur récent passage à Paris, les JNE ont rencontré l’avocat des victimes ainsi que l’un des plaignants. Cet entretien a été réalisé le lundi 16 juin 2014 au siège des JNE.

 

par Richard Varrault

 

 

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A gauche, Maître Pablo Fajardo Mendoza, avocat des plaignants, qui défend les victimes de Chevron auprès de plusieurs cours de justice ainsi qu’au Conseil des Droits de l’Homme des  Nations Unies à Genève. A droite, Oscar Herrera, représentant des victimes qui intervient également auprès d’instances nationales et internationales, lors de l’interview au siège des JNE – photo Richard Varrault

 

Q. Vous avez dit « qu’il fallait qu’on les oblige à payer ». Comment allez-vous faire pour que Chevron vous verse les premiers dollars ?

 

R. Je pense que quelle que soit l’entreprise, même la plus puissante qui soit, celle-ci peut rester dans la légalité. Jusqu’à aujourd’hui, cette société essaie d’échapper à la justice. Comme vous le savez, pour n’importe quel délinquant, on doit le poursuivre jusqu’à l’arrêter. L’entreprise pétrolière Chevron a causé les dégâts les plus importants du monde à l’Amazonie équatorienne. Pour cela, Texaco a été condamné pour ses actes en Equateur. Nous allons faire en sorte que cette entreprise paie les indemnités pour lesquelles elle a été condamnée et nous allons aller dans les pays où Chevron a des actifs. C’est la seule façon de faire afin que la justice soit rendue à la Cour suprême de justice équatorienne qui a condamné Chevron.

 

Une fois Chevron condamnée en Equateur, nous sommes en train de faire valider les condamnations des autres tribunaux sous d’autres juridictions, par exemple auprès de la Cour suprême du Canada. Ensuite, les biens de Chevron seront saisis au Canada ou dans n’importe quel autre pays dans lequel cette affaire aura été jugée et Chevron condamné.

 

Actuellement, il y a un procès en Equateur même. Chevron a fait appel de la décision de justice auprès du Conseil d’Etat de l’Equateur. C’est le dernier recours, mais cela n’aura aucun effet parce que l’affaire est déjà jugée.

 

En même temps, on suit l’exécution du jugement pour s’assurer que les juges agissent concrètement avec ce même ordre d’exécuter la sentence au Canada, en Argentine et au Brésil.

 

Au Canada, Chevron a gagné le 2e appel et le procès est à laCcour suprême du Canada. En novembre 2014, ce sera jugé et on espère que cette procédure permettra de saisir les biens de Chevron qui dispose de 1 500 milliards de dollars d’actifs au Canada.

 

L’autre cas, c’est le jugement à la Cour suprême du Brésil qui est attendu. L’autre Cour suprême est en Argentine, et nous attendons que les verdicts deviennent effectifs.

 

L’Argentine est un peu plus difficile, le pays est plus faible, Chevron peut intervenir auprès des instances judiciaires et le gouvernement argentin est tombé dans ce piège et c’est pour cette raison que c’est plus difficile.

 

Aux Etats-Unis, une fois qu’il a vu qu’il perdra le procès en Equateur, Chevron a essayé de ramener le jugement dans une cour américaine et il a mis en place une autre stratégie judiciaire en accusant les victimes et les avocats de s’être alliés pour escroquer l’entreprise (loi RICO, Racketeer Influenced and Corrupt Organizations Act, loi relative aux organisations corrompues et sous influence).

 

Le 4 mars 2014, Lewis Kaplan a jugé que la cour de l’Equateur a commis une faute et rejeté le jugement équatorien. C’est pour cette raison que nous attendons le jugement d’une autre cour de New York pour casser celui de Kaplan, mais il n’est pas sur que le procès aille jusqu’à la Cour suprême des Etats-Unis. En 2011, il y a eu un procès et le juge Kaplan a pris la décision de ne pas faire appliquer la sentence dans n’importe quel autre endroit du monde. Nous savons bien que ce juge n’a aucun pouvoir pour dire ce qui va se passer dans d’autres juridictions ou cour suprême dans le monde. Imaginez un jugement rendu par la Cour suprême de la France ou de l’Angleterre, un juge des Etats-Unis ne peut pas interdire l’exécution d’une sentence. Ce juge, avec son arrogance, pense pouvoir faire cela. Un juge américain ne peut pas interdire les sentences rendues ailleurs. L’affaire est maintenant dans un deuxième circuit judiciaire de New York.

 

 

M. Fajardo donne la parole à M. Oscar Herrera, représentant des victimes. (Unión de Afectados por Chevron-Texaco – UDAPT)

 

Je suis l’une des 30 000 victimes de l’Amazonie équatorienne. Texaco est l’entreprise responsable d’avoir contaminé des rivières, des lacs, des voies d’accès, il a versé du pétrole brut avec ses gros camions sur les voies d’accès, les mêmes que Texaco a créés et utilisées pour exploiter le pétrole. Et avec la pluie, cela a tout contaminé, l’eau, la terre et les gens.

 

Quand Texaco a quitté sa zone d’exploitation, l’entreprise a tout laissé y compris ses déchets et j’ai travaillé pour brûler ces déchets de pétrole. Les lacs artificiels qui ont été réalisés sans précaution et au lieu de les couvrir avec des bâches spéciales, ils les ont juste recouverts d’un peu de terre. Maintenant, c’est le problème que nous avons pour les maladies et les cancers. Par exemple, la flore et la faune ont disparu et les décès que nous avons eus sont de l’ordre de 15 personnes dans mon petit village et les autres villages sont dans le même cas.

 

Les gaz et les déchets ont tué tout ce qui volait, petits insectes, papillons. Tous les jours jusqu’à 20 cm d’animaux morts sur le sol : c’est ce que j’ai vu depuis 30 ans que j’habite cette région. On demande des investigations plus précises sur ces problèmes. Des études sont faites par des scientifiques sur les familles et la santé et il y a eu plus de 80 études sur les contaminations qui provoquent des cancers et d’autres maladies ; même les scientifiques payés par Chevron ont conclu qu’il y a des contaminations. Cette liste que montre Oscar, c’est celle des personnes décédées de cancers dans les dernières années et sur une autre liste ce sont des gens malades qui sont souvent jeunes, 18-20 ans. Ces populations font partie de nos amis et de nos familles et ce taux élevé de cancers est préoccupant.

 

 

Q. Les personnes touchées par les pollutions pourraient-elles être déplacées ?

 

R. Dans les 7 dernières années, l’Etat a essayé de déplacer ces populations dans des lieux plus sûrs, mais ce n’est pas suffisant. Dans certains endroits, il y a plus de 100 000 personnes, c’est donc impossible. Nous avons des soutiens extérieurs, mais c’est très faible.

 

 

Q. Est-ce que cette situation difficile et tragique est un argument dans la bataille judiciaire contre Chevron ?

 

R. Chevron est la 2e plus grande entreprise des Etats-Unis et la 7e au monde, elle a un pouvoir économique cinq fois plus important que l’état équatorien ; tout seul, l’Equateur ne peut pas faire face à Chevron, on ne peut pas avoir le monde solidaire avec nous. Ce n’est pas une bataille pour l’Equateur, mais pour toute l’humanité. Le monde doit se rendre compte de ce que l’on est en train de faire avec ce jugement. Que cette grande entreprise n’échappe pas à la justice comme n’importe quelle autre entreprise, qu’elle ne reste pas dans l’impunité.

 

Dans ce cas, la solidarité internationale et européenne est importante aussi. Chevron a des entreprises ici en France et beaucoup de gens qui mettent des produits dans leur voiture ne savent pas que ces produits viennent d’une société qui ne respecte pas les droits de l’homme et détruit la planète.

 

Ici, en France, des fonds de retraite publics investissent dans Chevron (voir www.fondsdereserve.fr/fr.ndlr). L’argent des gens honnêtes est investi dans une entreprise criminelle. Et ces personnes ne savent pas que cet argent va dans une entreprise qui ne respecte pas la loi. C’est bien que les gens le sachent. Ensuite, ils pourront retirer leur argent de cette entreprise qui détruit notre planète.

 

Q. Dans l’histoire pétrolière de l’Equateur, la société nationale, Petroecuador, est intervenue dès le début avec Texaco dans les années 1960. Pensez-vous qu’elle puisse avoir une responsabilité dans la situation actuelle ?

 

R. On sait que l’industrie a causé des dégâts, mais on ne peut pas les comparer à ceux causés par Chevron. C’est l’équivalent de l’Exxon Valdes en Alaska, de BP dans le golfe du Mexique, de l’Erika en France… Tous ces désastres étaient accidentels, certains de ces accidents auraient pu être évités. Dans le cas de Chevron, ce n’était pas un accident, cette décision était pour faire des profits.

Aujourd’hui, l’activité de Petroecuador n’est pas comparable à ce qu’a fait Texaco ; on ne peut pas dire que PE ne fait pas de dégâts, après il pourrait y avoir un autre jugement contre PE. Il faut être clair, PE ne jette pas les déchets pétroliers dans la forêt, ne fait pas de piscine artificielle pour verser le pétrole, ce que Texaco a fait par exemple. PE ne rejette pas les déchets contaminants de l’eau vers les fleuves et les rivières.

 

Dans le monde, ce sont les entreprises qui gouvernent. Quand Texaco est arrivé, l’entreprise était obligée de respecter la loi en utilisant les meilleures technologies pour ne pas polluer. Mais Texaco a influencé et corrompu le gouvernement pour qu’il n’y ait pas de contrôle. Il y a des documents qui le montrent. C’est la complicité du gouvernement équatorien (époque de la dictature, ndlr). Texaco a dit pour sa défense qu’il avait respecté l’obligation d’utiliser la meilleure technologie, mais c’est faux. Il y a un livre d’un institut pétrolier des Etats Unis, écrit dans les années 1962 avec un chapitre très spécial qui explique comment on doit traiter les déchets toxiques en les injectant dans le sous-sol pour ne pas contaminer la zone et pour les piscines artificielles on doit poser des isolants (géotextile, ndlr) pour éviter les infiltrations. Il y a des instructions très intéressantes à cette époque là pour ne pas contaminer l’environnement et ce livre donne des leçons dans le monde pour ne pas polluer. Il a été écrit pour les techniciens de Texaco, mais jamais il n’a été appliqué.

 

Q. Le cabinet d’avocats de Philadelphie Khon, Swift & Graf continue-t-il de vous aider dans vos procès ?

 

R. C’est un cas que l’on gère depuis plus de 20 ans. Il y a eu de grosses dépenses dans les 15 premières années. Le cabinet a bien financé cette procédure et dans certains procès la dépense a été moins importante.

 

Mais il faut savoir que Chevron est en train de faire des procès à toutes les personnes ou entreprises qui nous soutiennent, notamment celles qui nous ont donné même 100 $, cela veut dire porter plainte et dire qu’elles sont complices des victimes, ce n’est pas pour l’argent, mais pour bloquer la justice.

 

J’ai été obligé de faire une autre campagne internationale qui s’intitule « Somos Amazonia » (www.facebook.com/Somos.Amazonia & www.chevrontoxico.com ndlr) pour que les gens nous soutiennent, nous fassent des donations et aussi pour démontrer notre détermination à Chevron. Si Chevron fait cette procédure à tous les donateurs, peut-être qu’on arrivera à un million de personnes ; est-ce que Chevron va faire ces procès à un million de personnes individuellement ? Il cherche à supprimer les fonds qui viennent des donateurs et montrer aux victimes qu’il n’y a plus d’argent pour faire valoir leurs droits. Aujourd’hui que cette campagne est lancée, nous allons voir si nous avons des soutiens dans le monde.

 

Q. Vous faites ce voyage en Europe dans ce but ?

 

R. Oui, et aussi pour dénoncer les crimes de Chevron. Demain (17 juin ndlr), il y aura la réunion au Sénat (français, ndlr). La semaine prochaine (du 23 au 30 juin ndlr), ce sera le Conseil des Droits de l’Homme à Genève. On va continuer à dénoncer et à faire connaître les crimes et pouvoir réunir le maximum de personnes pour faire face à cette entreprise. Nous avons aussi des contacts aux Nations Unies pour défendre notre cause.

 

Q. Pensez-vous qu’un jour il y aura une déclaration du secrétaire général des Nations Unies à propos de ce type de crimes ?

 

R. Nous nous efforçons de faire avancer un projet de résolution qui obligera les entreprises à répondre et respecter l’environnement et les droits de l’homme. Si vous regardez, il y a de l’impunité pour les entreprises. La Banque Mondiale, le FMI, l’OMC, toutes ces institutions protègent le capital, la finance et le commerce, mais aucune législation ne protège les droits de l’homme et l’environnement. Tout est fait justement pour seulement protéger le capital. Les Nations Unies le savent bien, mais il faut qu’elles agissent. S’il y a des entreprises irresponsables comme Chevron, il est nécessaire qu’il y ait des accords pour faire qu’elles respectent l’environnement et les droits humains. Notre visite aux Nations Unies sert également à contribuer et témoigner dans ce sens.

 

Q. Le documentaire Crude de l’Américain Joe Berlinger, sorti en 2009, a-t-il influencé favorablement votre combat contre Chevron ?

 

R. Ce film a beaucoup contribué à faire connaître les crimes de Chevron. Mais le réalisateur a été victime des attaques de Chevron. Il a dû rendre une partie des rushes non utilisés du film. Cela a fait beaucoup de bruit aux Etats-Unis, la situation était compliquée. Les documentaires comme celui-ci servent à donner conscience aux gens. Notre problème est qu’il y a cinq avocats en Equateur, on n’arrive pas à trouver d’avocat alors que Chevron a plus de 2 000 avocats, et avec eux de fortes capacités d’obstruction de la justice, ainsi qu’avec l’argent dont dispose l’entreprise.

 

Q. Que va-t-il se passer maintenant ? Avez-vous des attentes, des espoirs positifs pour la suite ?

 

R. Je crois en la justice, je crois dans la lutte du peuple. Je crois qu’on ne peut pas changer les leaders, mais que cela viendra de la réaction sociale, de la base, pour que Chevron paie, nettoie l’Amazonie et indemnise les victimes. Nous sommes à 95 % du jugement, il manque encore 5 %, mais c’est le plus difficile. Il y a des persécutions, des menaces, mais nous allons continuer à attaquer Chevron pour que l’Amazonie soit nettoyée, que le monde connaisse cette affaire et qu’on arrive à exiger le respect de l’environnement.

 

Transcription des échanges d’après la traduction de M. Claudio Chacha (Fondateur et responsable de « Accion por los Ninos de los Andes »)

 

Pour en savoir plus, lisez notre historique (ici) et les dernières nouvelles de l’affaire (là).

 

Compte-rendu d’un atelier de l’AJE sur le cycle du carbone

Voici le compte-rendu d’une matinée organisée par l’AJE (Association des journalistes de l’environnement) au Conservatoire du littoral, le 18 juin 2014.
 par Roger Cans

 

Jean-Luc Fessard (NDLR : également membre des JNE) accueille les participants au nom de l’AJE. Il donne la parole à Philippe Ciais, chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE) à Gif-sur-Yvette. Première constatation : le C02 a une durée de vie très longue. 100 ans après son émission dans l’atmosphère, il en reste 40 %. Et 20 % 1.000 ans après ! Les émissions d’aujourd’hui sont donc pour les générations futures. Ce n’est pas tant le rythme des émissions qui est dangereux, mais son accumulation au fil du temps. Les émissions de méthane, qui semblaient stabilisées, recommencent de plus belle depuis 2005.

 

Global Carbon Project : il s’agit d’évaluer les émissions de carbone depuis l’année de référence (1990, Kyoto). Les émissions de carbone ont depuis baissé en Europe et aux USA, mais elles ont beaucoup augmenté dans les pays émergents, notamment la Chine et l’Inde qui brûlent beaucoup de charbon. Aujourd’hui, le taux d’émissions de carbone par habitant est identique en Chine et en Europe.

 

Global Carbon Atlas : lorsqu’on observe la planète entière, on constate que la moitié des émissions de carbone est absorbée par les océans et la végétation. L’océan absorbe de manière très régulière, mais pas la végétation. Pour maintenir la température moyenne au niveau de + 2° C, il faudrait se limiter à l’émission de 1.000 milliards de tonnes de carbone. Or il en a été émis déjà 500 milliards… En 2014, l’augmentation a été de 3 % par an, alors qu’il faudrait une diminution de 3 % par an.

 

El Nino : il joue le rôle de métronome dans l’océan Pacifique. Le réchauffement global est actuellement moins prononcé que pendant les 20 années précédentes. La dernière décennie a été plus humide et plus froide. Ce qu’on observe, c’est la formidable résilience de la végétation après un stress hydrique (photos des Ghats, en Inde, avant et après). Le cas de l’Australie qui reverdit après la sécheresse. D’une manière générale, les forêts boréales apprécient le réchauffement, alors que les forêts tempérées souffrent de stress hydrique. Le dérèglement climatique multiplie les événements extrêmes, quels qu’ils soient.

 

En juillet 2014, la NASA va lancer le satellite OCO2 pour étudier le CO2 dans l’atmosphère (le lancement précédent avait échoué). Cela devrait apporter les informations qui manquent encore. On observe à l’heure actuelle une extension de la zone tropicale. Le résultat, c’est davantage de pluies à l’Equateur, et davantage de sécheresse en zone subtropicale.

 

On aborde le rôle des océans avec Laurent Bopp. Les puits de carbone de la mer absorbent environ un quart des émissions. Le carbone anthropique est concentré dans l’Atlantique nord, car le CO2 se dissout mieux dans l’eau froide. On assiste donc à l’acidification des océans, qui relève de quatre facteurs : la température de surface, le PH de surface, l’appauvrissement en oxygène et une baisse de la production de phytoplancton. L’acidification, sous forme de « neige océanique », peut descendre jusqu’à 4.000 m de profondeur et donc nuire aux milieux riches en diversité biologique. L’océan stocke 95 % de la chaleur additionnelle totale.

 

Avec Nicolas Viovy, on s’intéresse au rôle de la végétation et des sols, aux flux biosphériques, c’est-à-dire aux échanges entre l’air et la terre. On constate les effets bénéfiques du CO2 sur la photosynthèse, donc une croissance favorisée par la température et une meilleure résistance au stress hydrique. Pour mesurer les effets du CO2 sur la végétation, on édifie des tours expérimentales dans la forêt qui diffusent le gaz carbonique sur un périmètre bien délimité. C’est le cas aux Etats-Unis, mais aussi en Chine et au Brésil. On observe une augmentation très rapide de la croissance avec un doublement de CO2. Mais il faut pour cela un minimum d’azote (oxydes d’azote de l’air) et de phosphore dans le sol.

 

Le CO2 est donc bénéfique pour la végétation. Le réchauffement prolonge la saison de végétation dans le Nord. Le dégel du permafrost dégage du CO2 en plus. Il faut aussi tenir compte des feux, qui ont un puissant impact. Le carbone terrestre est aussi transporté par les rivières. Mais la plus grande masse est sédimentée avant d’arriver à la mer.

 

Le méthane est produit pour moitié dans les zones tropicales inondées, et pour moitié par les activités humaines comme les mines de charbon et surtout l’élevage. Le méthane peut être « nettoyé » par les hydroxydes (OH), un élément très puissant mais en quantité infime.

 

Une question est posée sur l’agriculture bio, qui serait la solution. « Pas forcément, répond Philippe Ciais. Au mètre carré cultivé, oui, mais il faudra beaucoup plus de surface. » Il observe qu’il faut dix fois plus de surface pour les protéines animales que pour les protéines végétales.

 

Une victoire juridique pour les défenseurs du parc national du Serengeti en Tanzanie

Le parc national du Serengeti en Tanzanie reste l’un des plus extraordinaires espaces naturels du monde avec la fameuse migration de millions de gnous, zèbres et antilopes qui viennent du Kenya proche et y repartent ensuite.

 

par Jean-François Noblet

 

190234_451969394845774_48898027_nUn projet de route goudronnée financée par les Chinois devait couper en deux ce parc pour rejoindre le lac Victoria et menace concrètement cette migration.Dans le monde entier, des associations se battent contre cette route et elles viennent de gagner une manche. En effet, la cour de justice de l’Afrique de l’Est vient de s’y opposer.

 

Le gouvernement allemand propose de financer un projet de route alternatif passant au sud du parc.

 

Informations complémentaires : Friends of Serengeti info@savetheserengeti.org

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Tous ceux qui ont connu ce paradis, tous ceux qui rêvent de le connaitre doivent soutenir les protecteurs du Sérengeti.

 

Un site sur l’agent orange

C’est un sujet dont on parle peu, et pourtant il a fait des ravages.

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par Carine Mayo

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L’agent orange, puissant défoliant utilisé par les Américains pendant la guerre du Vietnam pour traquer les combattants cachés dans la jungle, est aujourd’hui reconnu par un grand nombre d’études comme étant à l’origine de nombreuses pathologies : cancers, malformations congénitales…

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Mais si les vétérans américains ont été indemnisés, il n’en est pas de même pour les victimes vietnamiennes de ce produit contenant de la dioxine, une molécule qui s’accumule dans l’environnement et dans la chaîne alimentaire.

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Mise en page 1

 

Alors qu’une Française d’origine vietnamienne engage des poursuites contre les fabricants de ce produit (Dow Chemical, Monsanto…), un site, créé par André Bouny, auteur du livre Agent orange apocalypse Vietnam (éd. Demi-lune) apporte un éclairage détaillé sur ce sujet.

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