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Catégorie ‘Actualités internationales’

Le souci écologique des industriels algériens : sauver les terres agricoles

En Algérie, le ministère de l’Industrie se préoccupe de la préservation des sols. Paradoxal ?

 

par M’hamed Rebah

 

« Pour la sauvegarde des terres agricoles de la bande du littoral, l’investissement industriel sera délocalisé, pour l’essentiel, vers les régions des Hauts plateaux ». Cette orientation qui prend en charge des préoccupations écologiques – la préservation de la ressource-sol et la protection du littoral – est donnée par le ministre algérien de l’Industrie et des Mines, Abdeslam Bouchouareb. On aurait pu l’attendre du ministre de l’Agriculture et du Développement rural, dont les missions sont directement centrées sur le souci de la sécurité alimentaire qui impose de préserver les terres à vocation agricole.

 

Il faut préciser que l’intérêt de l’un et l’autre est dominé par une considération non pas écologique, mais purement économique : la nécessité de réduire la facture des importations de produits alimentaires, un objectif qui ne peut être concrétisé, selon eux, que si l’on respecte l’impératif de la préservation des terres agricoles. Sinon, à quoi servirait l’allocation accordée par le prochain plan quinquennal au développement agricole, qui s’élève, a rappelé Abdesselam Bouchoureb, à plus de 255 milliards de DA pour la seule année 2015 (soit près de 2,5 milliards d’euros).

 

La préoccupation écologique, à travers la préservation des terres agricoles, n’est pas nouvelle au ministère de l’Industrie. Elle était exprimée déjà au plus fort de l’époque de « l’industrie industrialisante », dans les années 1970, mais la structure spécialement dédiée à la protection de l’environnement, et qui était censée prévenir le risque de détournement du foncier agricole pour les besoins des projets industriels, ne pouvait rien face à la volonté de « rattraper le retard » sur les pays développés, traduite sur le terrain en complexes géants dans toutes les branches.

 

Ce que l’industrie a épargné, a été ensuite « bouffé » par les constructions d’habitations, les hangars de stockage et les autres infrastructures de base, comme les routes. Une petite visite dans les zones industrielles et dans les agglomérations urbaines suffit pour constater la disparition des terres agricoles et des cultures qui faisaient leur réputation : orangeraies, vignobles, maraîchages,…Tout cela en violation de la loi, évidemment, car il n’y avait, au moment des faits, le vide juridique qui pouvait permettre un tel détournement des terres agricoles de leur vocation.

 

Il y a moins de deux mois, à l’occasion de l’Assemblée plénière, tenue à Rome, du Partenariat mondial sur les sols (GSP), l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) rappelait que les ressources en sols de la planète sont limitées et insistait sur la nécessité d’arrêter leur dégradation afin que les générations futures puissent répondre à leurs besoins en nourriture, en eau, en énergie et en matières premières. L’éradication de la faim, de l’insécurité alimentaire et de la pauvreté, sont à ce prix, faisait remarquer la FAO.

 

L’avertissement lancé par Maria Helena Semedo, Directrice générale adjointe de la FAO, semble adressé aux Algériens : « Le sol est la base même de l’alimentation humaine et animale, de la production d’énergie et de fibres ». « Sans les sols, ajoute-t-elle, aucune vie sur terre n’est possible, et lorsque des sols disparaissent, ils ne peuvent se renouveler à notre échelle de temps ». Elle a tiré la sonnette d’alarme sur l’accélération du rythme actuel de dégradation des sols qui menace la capacité des générations futures de satisfaire leurs besoins fondamentaux.

 

A retenir : l’ONU a proclamé le 5 décembre Journée mondiale des sols et 2015 Année internationale des sols. Un large travail de communication et de sensibilisation dans ce domaine peut être préparé dès maintenant.

 

Cet article a été publié dans le magazine algérien Reporters.

 

Méditerranée : le mystère des migrations du thon rouge

Quel cheminement suit le thon rouge en Méditerranée ?

 

par M’hamed Rebah

 

Les experts avouent que leurs connaissances à ce sujet sont bien limitées. Ils reconnaissent que « les mouvements migratoires du thon rouge à l’intérieur et à l’extérieur de la mer Méditerranée n’ont pas été suffisamment étudiés ». Or, il est important de le savoir, la Méditerranée étant la principale frayère du thon rouge de l’Atlantique. Des indications ont été recueillies par les spécialistes sur les périodes et les lieux de ponte en Méditerranée, mais ils estiment que « de nombreuses incertitudes ou lacunes subsistent concernant les mouvements migratoires exacts du thon rouge entre l’océan Atlantique et les frayères, la durée de son séjour en Méditerranée, les différences de migrations entre spécimens jeunes et adultes, entre thons résidents en Méditerranée occidentale ou orientale, entre différents individus au sein d’une même zone ».

 

S’agissant d’une espèce très prisée pour sa très grande valeur marchande, la surveillance des stocks de thon rouge est devenue une affaire vitale et la meilleure manière d’observer ce poisson est le marquage afin de collecter les données qui permettent de mieux connaître ses habitudes et de prendre les mesures qui s’imposent pour empêcher son extinction.

 

Un système de gestion du thon rouge a été ainsi mis en place pour une exploitation durable par les pays concernés. Un programme de recherche sur le thon rouge a été également mis en œuvre depuis 2010, sous le nom ICCAT/GBYP, consistant en une campagne de marquage du thon rouge lancée dans l’océan Atlantique et dans la mer Méditerranée. La réussite de l’opération de marquage du thon rouge repose ainsi sur le nombre de marques récupérées.  Depuis son lancement en 2010 par la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (ICCAT), le marquage a concerné 22 000 poissons du côté de la Méditerranée et de l’Atlantique, avec un taux de récupération insignifiant, 1 %, a-t-on appris, malgré les récompenses promises à ceux qui rendent les tags trouvés sur le thon rouge pêché.

 

Les professionnels algériens de la pêche au thon rouge ont été invités à participer à cette opération. Le directeur de projets au bureau d’études français Cofrepêche, Etienne Jarry, est venu spécialement à Alger pour expliquer l’opération aux professionnels algériens. Il l’a fait, mardi 3 septembre 2014, à l’occasion d’une journée d’information et de sensibilisation, initiée par la Chambre algérienne de la pêche et de l’aquaculture (CAPA) et organisée à l’Institut national supérieur de la pêche et de l’aquaculture (INSPA).

 

Les pêcheurs algériens répondront-ils à l’appel d’Etienne Jarry en retournant à l’ICCAT les marques qu’ils trouveront sur le thon rouge ? Toute cette opération vise à donner des bases scientifiques aux décisions de l’ICCAT concernant les quotas de pêche. Cet organisme a décidé de ne pas augmenter les quotas de pêche pour le thon rouge pour 2014 : 13.400 tonnes dans l’Atlantique est et la Méditerranée, et 1.750 tonnes dans l’Atlantique ouest.

 

Cet article a été publié dans le magazine algérien Reporters.

 

Incroyables Comestibles : changement de paradigme en marche ?

Les JNE étaient présents au salon BiObernai 2014, qui se tenait du 14 au 16 septembre. Voici le premier de nos reportages et articles réalisés à cette occasion.

 

par Suzanne Körösi

 

photo Magali Reinert

Une butte de permaculture devant chez François Rouillay, arborant le petit panneau : »Nourriture à partager » – photo Magali Reinert

 

À Colroy-la-Roche (Bas-Rhin), François Rouillay nous reçoit devant sa maison, à côté de son emblématique jardinière où, en 2012, il a planté des légumes et affiché : « Nourriture à partager, servez-vous librement, c’est gratuit ». C’est avec ce bac qu’il a commencé, épaulé par Jean-Michel Herbillon, à faire connaître en Alsace et en France le mouvement Incroyables Comestibles. Les deux amis sont conseillers en développement territorial et cherchent depuis pas mal de temps une réponse à la question de la sécurité alimentaire. L’idée de partage, de solidarité, de coopération les enthousiasme, ils s’engagent dans ce qu’ils appellent l’agriculture urbaine « troisième génération ».

 

Le mouvement Incredible Edible – Incroyables Comestibles en français – a été lancé en 2008 par les habitants de Todmorden, dans le nord de l’Angleterre. Dans cette petite ville de 15 000 âmes, touchée de plein fouet par la crise, un beau jour, hommes, femmes et enfants se mettent à cultiver des légumes à partager, Food To Share. Leurs jardins deviennent des espaces ouverts à tous, des lieux de convivialité.

 

Collectivement ils allègent bien sûr leur budget nourriture, ils découvrent aussi l’intérêt de manger local, sain, avec les voisins. Ils envoient aux oubliettes le vieux principe so british « My home is my castle », et l’échangent avec un autre, celui du buen vivir. Todmorden a changé de visage en quelques années. Cette cité industrielle en déclin retrouve un nouveau dynamisme.

 

Depuis 2012, l’enthousiasme de François et de Jean-Michel ne tarit pas. L’idée prend d’abord à Colroy-la-Roche, puis ils partent à la conquête d’autres villes en France et dans le monde. Ils sont fiers du résultat : dans 22 régions en France métropolitaine et dans les territoires d’Outre-Mer, il y a aujourd’hui des quartiers Incroyables Comestibles; et ils trouvent des partenaires en Palestine et en Afrique.

 

À la Chenaudière, premier Relais & Châteaux créateur d’un jardin partagé, où nous arrivons par un parcours parsemé de joyeuses installations de « Nourriture à partager », on évoque avec François et Jean-Michel d’autres mouvements qui témoignent de l’attention portée à la question de la souveraineté ou autonomie alimentaire.

 

Jusque récemment, cette question ne concernait que les pays pauvres, souffrant des effets du changement climatique, des guerres et du dumping des pays riches, qui bouleverse et étouffe les cultures vivrières locales.

 

Aujourd’hui, une fraction toujours grandissante de la population mondiale vit dans des villes. Avec l’épuisement des énergies fossiles, la pollution généralisée, et les crises économiques, dont on ne sort pas depuis six ans et qui laissent des pans entiers de la société sans ressources, le concept de souveraineté alimentaire fait tilt aussi dans les pays riches.

 

Le mouvement Villes en transition, lui aussi parti d’Angleterre, a également un grand écho international depuis son lancement à Totnes par Rob Hopkins (lire ici le compte-rendu du voyage des JNE à Totnes). On a planté des kilomètres d’arbres fruitiers, entre autres des noyers, des kilomètres carrés de jardins urbains partagés, pour rendre les villes résilientes à la crise actuelle et à celles à venir.

 

D’autres efforts, qui prennent de l’envergure, viennent des municipalités : New York, Toronto, Montréal, Berlin, Leeds, Rennes, pour citer quelques exemples, abordent la question chacune à sa manière, mais elles se mobilisent toutes pour assurer aux citadins l’autosuffisance, l’autonomie alimentaire. Elles cherchent à mettre en place les conditions légales, économiques et urbanistiques du développement de l’agriculture dans la ville et autour de la ville. Elles visent aussi à recréer les ceintures nourricières qui existaient jusqu’aux années 60 autour de la plupart des villes. Elles soutiennent également l’installation de jardins partagés, où citadins et citadines peuvent se réapproprier la production de nourriture.

 

Tormoden, Colroy-la-Roche, les Incroyables Comestibles partout où ils existent, s’inscrivent dans les nouvelles formes de production et consommation de nourriture. Un nouveau paradigme est en marche.

 

Mais ce nouveau modèle – économique, social et culturel – sera-t-il suffisamment fort devant les menaces potentielles des multinationales de l’agro-alimentaire et de la chimie, susceptibles de vouloir mettre la main sur ces aliments, si ces mouvements prennent trop d’ampleur et diminuent leurs profits ? La question reste ouverte.

 

AJEC 21 : les journalistes de l’environnement et de l’écologie unis contre les changements climatiques

C’est une évidence, les changements climatiques sont en cours. Le 5e rapport d’évaluation du GIEC nous rappelle l’ampleur du phénomène et de ses conséquences prévisibles. Publié le 6 septembre, le 4e tome du rapport sur l’évolution du climat de la France annonce, sans ambigüité, des lendemains qui déchanteront dans certaines régions, si nous n’agissons pas dès maintenant.

 

Dans quinze mois, la France sera l’hôtesse de la 21e conférence des parties à la convention de l’ONU sur les changements climatiques. C’est à l’issue de cette 21e « COP » que devrait être conclu un « accord universel » de maîtrise des émissions anthropiques de gaz à effet de serre.

 

Cet accord engagera l’humanité toute entière, des plus grandes nations aux individus. En informant ses milliards de lecteurs, d’auditeurs, de téléspectateurs et d’internautes, la communauté journalistique mondiale sera l’un des rouages de ce changement de paradigme.

 

Pour accélérer le rythme, la communauté française des journalistes spécialisés en environnement s’engage. Ce mardi 16 septembre 2014, leurs deux associations — l’AJE et les JNE — créent l’Association des journalistes de l’environnement et du climat (AJEC 21).

 

L’AJEC 21 accompagnera, dans leur préparation, les journalistes francophones appelés à couvrir la COP 21. Régulièrement, l’AJEC 21 organisera formations, séminaires et reportages pour alourdir le « bagage climatique » de nos consoeurs et confrères et sensibiliser leurs rédacteurs en chef à l’urgence de la situation. Pendant la COP, l’AJEC 21 poursuivra son travail de sensibilisation et d’information en direction du grand public.

 

L’association des journalistes de l’environnement et du climat pour la COP21 (AJEC21) a été créée par l’association des journalistes de l’environnement (AJE) et l’association des journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie (JNE).

 

Face à l’enjeu que représente le sommet sur le climat qui se tiendra à Paris en 2015, les deux associations françaises de journalistes spécialisés en environnement ont décidé d’unir leurs forces et leurs moyens afin de mieux informer le public sur le changement climatique. Dans cette perspective, l’AJEC21 propose d’organiser des sessions de formation à l’attention des journalistes et de recenser les contacts, les manifestations et les articles qui pourront leur être utiles. Elle souhaite également constituer un relais pour les journalistes étrangers pendant la COP21.

 

Co-fondée, en 2014, par l’AJE et les JNE, l’association des journalistes de l’environnement et du climat a pour objectif d’aider les journalistes francophones à préparer et couvrir la COP 21 de Paris. Co-présidée par les présidents des JNE et de l’AJE, elle a vocation à se dissoudre au début de l’année 2016.

 

L’AJE : Crée en 1994, l’Association des journalistes de l’environnement (AJE) a deux vocations : former ses membres, tous journalistes professionnels, et les aider à exercer leur métier dans les meilleures conditions.

Les JNE : Fondée en 1969, l’association des journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie (JNE) regroupe des professionnels de la presse, de l’information et de l’écriture passionnés d’écologie et d’environnement.

 

A SUIVRE

Marche mondiale pour le climat, samedi 21 septembre 2014 à l’appel de nombreuses organisations. A Paris, rendez-vous, place de la République à 14h.

Sommet sur le climat au siège de l’ONU à New York, le 23 septembre 2014.

 

Découvrez dès maintenant ici le site de l’AJEC 21.

 

Vénézuela : le ministère de l’Environnement rayé d’un trait de plume

Au début du mois de septembre, le président vénézuélien Nicolàs Maduro a rayé d’un trait de plume le ministère de l’Environnement. Pour le transformer en secrétariat d’Etat (Vice-ministre) à l’Ecosocialisme.

 

 par Claude-Marie Vadrot

 
Ce qui, outre que cela ne veut rien dire et nous rappelle quelque chose, représente à la fois une nouvelle et très confuse définition de ses attributions ; et surtout une diminution du pouvoir de ce ministère. Par rapport aux autres ministères et à l’ampleur des problèmes environnementaux qui restent à résoudre dans ce pays.

 

Les industries, qu’elles soient sous le contrôle de l’Etat, l’exploitation du pétrole ou du minerai de fer, par exemple, ou aux mains d’entreprises privées, ont pris de mauvaises habitudes depuis longtemps. Y compris sous le règne d’Hugo Chavez. Même lorsque le « développement durable » faisait partie des slogans officiels, sans toutefois réussir à préserver un patrimoine naturel très riche : sur le littoral comme dans le llanos de l’intérieur dans la région d’El Tigre, ou encore dans la forêt amazonienne, le long du fleuve Orénoque, de la Guyane française et du Brésil.

 

Réunies dans le réseau ARA (la Red de Organizaciones Ambientales de Venezuela), les écologistes et les protecteurs de la nature expliquent : « Nous déplorons que se confirme ainsi la disparition progressive et délibérée de l’autorité et des moyens techniques du Ministère de l’Environnement qui était déjà caractérisé par l’absence de contrôle sur la détérioration des écosystèmes, l’absence de mesures sur l’adaptation du pays au réchauffement climatique (…) en dépit de la rhétorique officielle destinée à l’étranger, cette situation signifie l’abandon par le pays du respect de toutes les Conventions internationales dans le domaine de l’environnement ».

 

D’autre part, expliquent ces écologistes, « nous rejetons l’explication simpliste qui consiste à opposer le développement social à la préservation de l’environnement et par là à ignorer que le bien être de la population est étroitement lié à l’accès à l’eau potable, à une alimentation saine produite de façon durable, à la mise en place de sources d’énergies renouvelables et au contrôle des pollutions ainsi qu’à la préservation des écosystèmes ».

 

Dans ses commentaires, le réseau des écologistes affirme également refuser une politique environnementale qui sera conduite sous le seul modèle d’un écosocialisme résultant d’une confrontation politique et d’une ségrégation idéologique. Position qui les conduit à lancer un appel à toutes les organisations environnementalistes et à tous les groupes de citoyens pour qu’ils expriment leur rejet de cette politique « qui est contraire à la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela ».

 

Un appel qui ne semble pas avoir été entendu par le gouvernement puisqu’il a pour l’instant refusé de revenir sur sa décision. Ce qui augure mal de l’avenir environnemental déjà écologiquement très abimé du pays, tant sur le plan des pollutions que sur celui de l’état de la nature et de sa faune.

 

Cet article a été publié dans Politis.

 

Algérie : le message du séisme du 1er août a-t-il été compris ?

De réplique en réplique, la politique de prévention sismique reste très insuffisante en Algérie.

 

par M’hamed Rebah

 

Les Algérois qui ont ressenti la secousse tellurique du samedi matin 8 août 2014, à 11 h 19, ont replongé dans la panique, durant une infime fraction de seconde, même si la magnitude, selon le Centre de recherche en astronomie, astrophysique et géophysique (CRAAG), paraît faible (4 sur l’échelle ouverte de Richter).

 

Cette secousse a suivi celle du jeudi 7 août, à 20 h 31, d’une magnitude de 3.4. Les localisations de l’épicentre dans les deux cas, tous deux au nord-est de Bologhine, respectivement à 22 km et à 15 km, confirment qu’il s’agit de répliques du séisme du vendredi 1er août.

 

Qu’y a-t-il de changé, depuis le 1er août, dans le comportement des Algériens qui vivent dans les zones à risque sismique avéré, particulièrement les Algérois qui ne se sont pas encore totalement relevés du choc du dernier séisme, et plus spécialement les familles dont les habitations peuvent tomber en cas de forte réplique ou carrément d’un nouveau tremblement de terre ?

 

On sait que les six décès liés au séisme du 1er août sont consécutifs à des chutes dues à la panique et n’ont rien à voir avec l’effondrement d’habitations. L’attention accordée jusque là au respect des normes parasismiques dans les constructions commence à porter ses fruits selon les commentaires des responsables officiels qui font remarquer que les nouvelles cités ont tenu le coup.

 

Mais ce qui semble avoir été négligé, comme le montre la leçon qui a été immédiatement tirée des causes des six décès, c’est le travail d’éducation et de sensibilisation sur le comportement à avoir en cas de séisme. Les carences en la matière ont été nettement mises en évidence.

 

L’exemple nippon a été abondamment cité par les médias. Certes, l’Algérie n’est pas le Japon, mais ce pays est la référence concernant le comportement de la population face aux séismes et sur la façon dont elle est préparée à cet événement s’il survient. Ce que fait le Japon dans ce domaine n’est pas un secret ni un brevet protégé par des droits, il suffit de copier, de mettre tout ça dans un guide, de former des formateurs qui apprendront aux enfants, dans les écoles, et aux adultes, sur les lieux de travail, et aux autres, là où ils sont, les gestes qui sauvent.

 

Il ne suffit pas de répéter que le risque sismique est une donnée permanente dans le Nord du pays et s’installer dans la fatalité de ce risque majeur, le plus important en Algérie. Il faut en tirer les conséquences sur les activités de tous les jours. La priorité semble avoir été donnée, à juste titre, au relogement des populations confrontées au risque d’effondrement de leurs habitations. Car, il s’agit, avant tout, de préserver les vies humaines.

 

Cet effort doit s’accompagner par des actions d’éducation et de sensibilisation pour remédier à l’impréparation dans laquelle se trouve encore la population face au séisme. Cela fait partie de la politique de prévention qui permet de réduire le bilan en pertes humaines et en dégâts matériels. Il est important de rappeler avec insistance que la politique de prévention, concernant le risque sismique, mais aussi celui des inondations, doit être bâtie et mise en œuvre avec l’implication active de la population au niveau local.

 

Séismes et inondations sont des phénomènes naturels qui ne sont pas rares en Algérie. La vulnérabilité à ce type de catastrophes est démontrée de jour en jour. Pourtant, beaucoup d’indices montrent qu’il y a une sous-estimation de ces risques, à la fois chez les autorités, mais surtout dans la population. Exemple : l’assurance contre les effets des catastrophes naturelles (CAT-NAT), rendue obligatoire après le séisme de Boumerdès du 21 mai 2003, reste peu connue si l’on en juge par les grands retards dans les souscriptions aux contrats.

 

Cet article a été publié dans le magazine algérien Reporters.

 

Algérie : les élus locaux témoins de la dégradation de l’environnement

A Alger, les visites d’inspection des élus locaux ne semblent guère suivies d’effets sur la qualité de l’environnement.

 

par M’hamed Rebah

 

Incidemment, en faisant le constat de la dégradation du cadre de vie, il arrive aux élus locaux, particulièrement dans la capitale, de soulever des questions environnementales en suspens depuis de longues années alors qu’elles sont perceptibles par tous, citoyens et autorités.

 

Cet été, une délégation de l’Assemblée populaire de wilaya d’Alger (APW) a fait une tournée sur les plages. Que lit-on dans le compte rendu donné par l’Agence officielle de presse (APS) ? « Le constat général des plages du littoral ouest d’Alger est le manque d’hygiène, flagrant, et la mauvaise qualité bactériologique des eaux de baignade, en raison du déversement anarchique des eaux usées en mer ». Il s’agit, ici, des plages autorisées à la baignade, seules concernées par la visite d’inspection des élus. Ce qu’ils ont dû relever aussi, c’est la présence des déchets sur les plages et dans l’eau, constitués en grande partie par les sachets, bouteilles et autres emballages en matière plastique.

 

Les élus vont sans doute faire leur rapport et l’adresser aux autorités concernées, comme c’est la règle. Quelles suites seront données aux recommandations d’usage que comportent en général ces rapports d’inspection ? Pour le savoir, il faut attendre la rentrée scolaire et aller faire un tour dans les établissements d’enseignement pour voir si la visite d’inspection faite par les élus, au début de cette année, dans des écoles primaires, collèges d’enseignement moyen et lycées, a servi à quelque chose.

 

Les élus avaient été surpris de constater « la présence de décharges aussi bien à l’intérieur des écoles que dans les alentours immédiats des établissements ». En face d’un CEM, ils ont vu un oued où sont déversées des eaux usées, un véritable égout à ciel ouvert ; dans la cour d’un autre CEM, une « énorme décharge » à l’intérieur même de l’établissement.

 

Ils venaient de découvrir l’état dégradé de l’environnement dans lequel les élèves poursuivent leurs cours, avec en plus : les trottoirs défoncés squattés par les voitures en stationnement obligeant les enfants à emprunter la chaussée avec le risque d’accidents que cela comporte, le niveau élevé de pollution de l’air avec une grande circulation automobile à vitesse réduite à cause du stationnement et des bouchons qui se forment très vite dans les ruelles où se trouvent ces établissements, et avec les embouteillages, fatalement les coups de klaxons abusifs, interdits par le code algérien de la route.

 

Faut-il conseiller à ces élus algérois d’aller faire leurs courses au marché Redha Houhou, puis remonter la rue Hamani (ex-rue Charras) ou de l’autre côté se diriger vers la rue Khelifa Boukhalfa ? Ils seraient édifiés sur le cadre de vie. Dernièrement, des enfants venus du Canada passer leurs vacances à Alger avec leurs parents algériens, ont exprimé énergiquement leur colère, en public, à leur mère pour les avoir fait passer par l’allée qui longe le marché et qui commence par la benne à ordures qui laisse échapper une odeur nauséabonde insupportable.

 

Les élus ne devraient pas rater le carrefour de la Grande Poste, à Alger, où un écran numérique géant posé sur un camion – lui-même stationné depuis à peu près deux mois, sur le trottoir dont il occupe un espace appréciable enlevé aux passants – projette chaque soir un film à un public qui se réduit à quelques spectateurs assis en face, en fait des gens qui ont l’habitude de passer le temps à cet endroit et qui ne le quittent pas une fois la projection terminée, ce qui prouve qu’ils ne sont pas là spécialement pour voir le film. Un tel constat aurait dû pousser les initiateurs de ces séances de projection à arrêter l’opération devenue inutile, ce qui aurait eu pour effet immédiat de mettre fin aux nuisances sonores imposées aux riverains.

 

Mais, finalement, quel est le but de ces tournées d’inspection si elles ne contribuent pas à améliorer le cadre de vie de la population ? Un peu de propreté, moins de bruit, un air plus respirable, c’est trop demander aux autorités locales ?

 

Cet article a été publié dans le magazine algérien Reporters.

Algérie : l’été révélateur de toutes les nuisances urbaines

Plutôt aléatoire durant le reste de l’année, la gestion des déchets ménagers en Algérie montre toutes ses tares en été, et le résultat est directement perceptible, presque partout, par la vue et par l’odorat.

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par M’hamed Rebah

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Recuperation_et_trio_de_dechetsLa presse algérienne en rend compte quotidiennement dans ses pages régionales. Pris au hasard, voilà ce qu’écrit le correspondant de Reporters à Ain el Beïda (Es Senia, Oran) : « les camions ne passent que rarement pour effectuer le ramassage (des ordures), laissant ainsi les citoyens contraints de se débrouiller comme ils peuvent pour se débarrasser des énormes quantités de déchets qui se forment à travers les artères du quartier ». Les habitants signalent le « danger sanitaire qui guette en permanence et menace la santé des riverains, à cause notamment de la multiplication des insectes nuisibles, des rats et même des serpents ». Ce n’est pas fini : « plus grave encore, les enfants du quartier, ne trouvant pas d’aires de jeux, du coup, s’amusent à proximité des énormes dépotoirs, au risque de contracter des maladies et des allergies diverses ».

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On est loin de l’ambition d’instaurer et de généraliser le tri sélectif sans lequel aucune gestion sérieuse des déchets urbains ne peut être envisagée. Des efforts, «surhumains», serait-on tentés de dire, sont déployés au niveau du ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement, pour atteindre les objectifs du Plan national de gestion intégrée des déchets ménagers qui visent à obtenir une proportion de volume des déchets recyclés de 25 % en 2015 (dans quelques mois à peine) et 50 % en 2016.
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Mais il faut regarder la réalité en face : du côté de la population, le niveau d’éducation est encore très insatisfaisant pour prétendre généraliser les gestes éco-citoyens, et au niveau des collectivités locales, la pauvreté en ressources humaines, flagrante, n’autorise aucun espoir quant à une gestion écologique des déchets urbains. Ce ne sont pas les compétences nationales qui manquent dans ce domaine, mais elles sont marginalisées et personne ne leur fait appel, sans doute parce qu’elles dérangeraient la médiocrité ambiante.

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Pourtant, il est urgent d’aller vers le tri des déchets à la source, pour séparer les matières recyclables comme le papier et le carton, pour lesquels le ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement a donné l’exemple, à la fin de l’année passée, en lançant un projet pilote de tri sélectif nommé « l’Administration Contribue à la Récupération » mis en œuvre par son Agence nationale des déchets (AND) dans le but de généraliser l’opération aux autres administrations centrales.

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En apparence, cette opération ne demande pas grand chose en dehors de la bonne volonté : des bacs de 240 litres, au niveau des étages, et de 770 litres, dans le dépôt de stockage intermédiaire ; en plus des corbeilles existantes au niveau de chaque bureau, une nouvelle corbeille est posée pour accueillir les déchets du type papier/carton. Une fréquence de collecte est définie en fonction du rythme de production et de la capacité du stockage du dépôt intermédiaire et les déchets récupérés sont transportés vers les installations de traitement.
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Le personnel est sensibilisé à l’aide d’affiches et il est aidé grâce à un guide qui explique les consignes du tri sélectif ; des agents sont formés pour mener à bien l’ensemble de l’opération.
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Les ministères, les grandes agences d’Etat, les collectivités locales, les établissements d’enseignement, devraient s’y mettre. Si l’effet d’entraînement se produit, la gestion des ordures ménagères pourrait s’en trouver allégée.

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Cet article a été publié dans le magazine algérien Reporters.

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Expédition Med 2014 : la chasse aux déchets en plastique en mer

La campagne d’exploration Expédition Med Algérie 2014 a été lancée cet été à Oran (Algérie).

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par M’hamed Rebah

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10407073_747983941891482_3930651874917939260_nElle a touché Alger, Bejaïa, Skikda et Annaba, où elle devait s’achever le 11 août par une rencontre destinée à renforcer la prise de conscience de la pollution de la mer Méditerranée par les déchets plastiques, un problème qui concerne l’ensemble des habitants des côtes méditerranéennes.

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L’action de sensibilisation sur les voies et moyens de prévenir cette forme de pollution a débuté à Oran, apprend-on, à travers une exposition organisée au siège de l’association Phenicia qui active au niveau du port dans le cadre de la protection du littoral oranais. Selon l’APS qui rapporte l’information, la direction de l’Education de la wilaya d’Oran a mis à profit cet événement pour présenter les activités entreprises par les clubs bleus et verts dans le cadre de la protection de l’environnement et de leurs projets. Initiative louable : des enfants des zones rurales ont été invités à visiter le port d’Oran qu’ils ont découvert et ont pris connaissance, en même temps, des activités de l’association Phenicia.

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Quant aux scientifiques et universitaires algériens et les écologistes qui militent au sein des associations, ils se sont plutôt intéressés aux travaux d’analyses des microplastiques réalisés à bord du voilier Hainez, aux équipements et moyens utilisés et aux procédés mis en œuvre. Une façon, pour eux, de se préparer à la campagne d’exploration des microplastiques prévue en 2015 dans le littoral algérien, qui sera organisée sous l’égide du ministère de la Pêche et des Ressources halieutiques en collaboration avec des associations et des universités. C’est ce qu’a annoncé le chercheur Emir Berkane, du laboratoire Ecostac de l’université Badji-Moklhtar d’Annaba, initiateur et coordonnateur de l’opération, côté algérien, avec l’association française Expédition Med en danger. Cette campagne d’exploration portera sur des analyses des microplastiques à travers le littoral algérien, a-t-il précisé, cité par l’APS.

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Rappelons que le Hainez est parti de Villefranche-sur-Mer, en France, le 5 juillet et a commencé son travail de recherche en mer liguro-provençale, puis l’a poursuivi dans le Golfe du Lion, aux abords des côtes espagnoles de la Costa Brava, dans les Baléares et enfin le sud de l’Espagne. Cette opération dure 2 mois et concerne la France, l’Espagne, Gibraltar, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, Malte et l’Italie. Cinquante écovolontaires et quinze scientifiques des différents pays du bassin occidental se relayent actuellement sur l’ensemble du parcours des campagnes de l’Expédition MED 2014. Pour Bruno Dumontet, président de l’association française Expédition Med en danger, dont les propos sont rapportés par l’APS, « l’objectif de cette tournée scientifique, qui touche des pays du Sud de la Méditerranée, est de sensibiliser sur les dangers des déchets de plastique qui sont visibles sur les eaux de cette mer et d’appeler les pays du pourtour méditerranéen à travailler ensemble pour trouver une solution à ce problème ».

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Pour leur part, les baigneurs, cet été, ont l’occasion encore une fois de constater cette pollution par les sachets en plastiques qui jonchent les plages, emportés par le vent dès qu’il se met à souffler et déposés en mer ou ils surnagent dans l’eau aux côtés des bouteilles en plastique. M. Dumontet est bien optimiste quand il affirme que l’Algérie est en mesure de figurer aux premiers rangs pour la lutte contre ce genre de pollution.

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Cet article a été publié dans le magazine algérien Reporters.

 

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Conflit entre Texaco-Chevron et l’Equateur : dernières nouvelles (début juillet 2014)

Voici les dernières nouvelles (début juillet 2014) du conflit entre Texaco-Chevron et l’Equateur, dont vous trouverez l’historique ici, et sur lequel nous avons recueilli le témoignage de Maître Pablo Fajardo, avocat des plaignants, et d’une des victimes, Oscar Herrera (c’est là).

 

par Richard Varrault

 

Le 26 juin 2014 à Genève aux Nations-Unies, lors du 26e Conseil des Droits de l’Homme sur la responsabilité des entreprises sur les droits humains, Maître Pablo Fajardo a plaidé la cause des victimes de Chevron en compagnie d’Oscar Herrera.

 

Lien vers le site des interventions en vidéo :

http://justice5continents.net/fc/viewtopic.php?vplay=1&t=1066&nrvid=4

 

 

La conclusion a été l’adoption d’une résolution : « Élaboration d’un instrument international juridiquement contraignant sur les sociétés transnationales et autres entreprises et les droits de l’homme »

 

CETIM (Centre Europe-Tiers Monde) : Communiqué de presse

 

Historique : le Conseil des droits de l’homme ouvre des négociations sur de nouvelles normes internationales contraignantes concernant la responsabilité des sociétés transnationales en matière de droits humains !

 

26 juin 2014

 

Le Conseil des droits de l’homme vient d’adopter une résolution présentée par l’Équateur et l’Afrique du Sud qui établit un groupe de travail intergouvernemental chargé d’élaborer un instrument international juridiquement contraignant pour réglementer les activités des sociétés transnationales.

 

«  Il s’agit là d’une décision historique qui peut potentiellement contribuer à mettre fin à l’impunité dont bénéficient trop souvent les sociétés transnationales pour les violations de droits humains commises, en particulier dans les pays du Sud, et garantir l’accès à la justice aux victimes de leurs activités », a réagi Melik Özden, directeur du Centre Europe-Tiers Monde (CETIM), une organisation basée à Genève qui se bat depuis de nombreuses années pour obtenir de nouvelles normes contraignantes.

 

Les pays occidentaux ont tenté jusqu’à la dernière minute de s’opposer à cette résolution en utilisant tous les moyens pour faire pression sur les autres États membres du Conseil des droits de l’homme. Le vote a été demandé par les États-Unis. Au final, la résolution a été adoptée par 20 voix en faveur, 14 oppositions (dont la France, ndlr) et 13 abstentions. Tous les États occidentaux membres du Conseil des droits de l’homme ont voté contre la résolution. La grande majorité des pays du Sud, dont la plupart des pays africains, ainsi que la Chine, l’Inde et la Russie, se sont prononcés en faveur.

 

« Nous ne pouvons que regretter l’attitude peu constructive des pays occidentaux qui ont choisi de privilégier les intérêts des sociétés transnationales par rapport à la protection des droits humains », a continué M. Özden. « Ils ont d’ailleurs d’ores et déjà annoncé qu’ils ne participeraient pas aux travaux du groupe de travail intergouvernemental. »

Le groupe de travail tiendra sa première session en 2015 pour définir les éléments, l’étendue, la nature et la forme du futur instrument international. « Ce n’est que le début du processus, mais il s’agit déjà une grande victoire pour les peuples du monde, et en particulier pour les victimes dans le Sud, qui réclament depuis des années des normes contraignantes pour mettre fin à l’impunité des sociétés transnationales », a relevé M. Özden.

 

Tandis que les sociétés transnationales disposent de toute une batterie de lois, de mécanismes et d’instruments contraignants pour protéger leurs intérêts, seuls des codes de conduites volontaires et des normes non contraignantes existent pour contrôler leurs impacts sur les droits humains et garantir l’accès à la justice pour les victimes de leurs activités. « Il était temps que le Conseil des droits de l’homme agisse pour corriger cette asymétrie dans le système international qui affecte en premier lieu les pays les plus pauvres et les plus faibles », s’est félicité M. Özden.

 

Depuis plusieurs mois, des centaines d’organisations de la société civile et des mouvements sociaux du Nord comme du Sud se mobilisent en faveur de cette initiative. Nombres d’entre elles ont convergé à Genève pour une semaine de mobilisation du 23 au 27 juin. De nombreux délégués du Sud et de représentants des victimes ont fait le voyage pour réclamer de nouvelles normes contraignantes pour mettre fin à l’impunité des sociétés transnationales. Le CETIM s’est fortement engagé aux côtés de la Campagne mondiale pour démanteler le pouvoir des transnationales et mettre fin à l’impunité. Les cas de Chevron en Équateur, Coca Cola en Colombie, Shell au Nigeria, Glencore-Xstrata aux Phillippines et Oceana Gold au Salvador ont notamment été présentés pour démontrer la nécessité d’un nouvel instrument international.

 

« En 60 ans d’exploitation pétrolière dans le Delta du Niger, les communautés locales n’ont pas connu le repos », a relevé Godwin Ojo des Amis de la Terre Nigeria. « Shell a systématiquement violé les droits humains et détruit l’environnement ainsi que les conditions de vie des communautés, mais ni les campagnes internationales ni les lois et les agences de régulation nationales n’ont été capables de mettre fin à ces pratiques. Ce niveau d’impunité démontre la nécessité d’un instrument international contraignant qui oblige les sociétés transnationales à respecter les droits humains ».

 

« En 26 ans d’exploitation pétrolière en Amazonie équatorienne, Chevron a souillé plus de 450. 000 hectares d’une des zones de la planète les plus riches en biodiversité et détruit les conditions de vie et de subsistance de ses habitants », a expliqué Pablo Fajardo, défenseur et représentant des victimes de Chevron en Équateur. « Or, après 21 ans de litige et malgré une condamnation de la justice équatorienne, Chevron refuse toujours de payer. Et pendant ce temps, les victimes de ses activités en Équateur attendent toujours justice et réparation », a-t-il regretté. « Les codes de conduite volontaires ont montré leurs limites, seul un instrument international contraignant peut mettre fin à l’impunité des sociétés transnationales ».

 

« Des dizaines de syndicalistes sont assassinés chaque année en Colombie en toute impunité », comme l’a souligné M. Javier Correa, président du syndicat Sinaltrainal en Colombie. « Dans le cas de Sinaltrainal, 23 de nos syndicalistes travaillant pour Coca Cola ou Nestlé ont été assassinés ces dernières années. Or, ces sociétés transnationales utilisent des schémas complexes de franchises, de filiales et de sous-traitants pour échapper à la justice. La justice colombienne ne fait pas son travail et les tribunaux aux États-Unis et en Suisse, où ces deux transnationales ont leurs sièges, refusent d’entrer en matière », a-t-il souligné. « Seules des normes internationales contraignantes permettront de tenir les sociétés transnationales responsables de leurs crimes en Colombie ! »

 

Le chemin est encore long, mais aujourd’hui, et après près de 40 ans de discussions et de tentatives infructueuses à l’ONU, le processus est enfin lancé ! Le CETIM tient encore à féliciter les gouvernements de l’Équateur et de l’Afrique du Sud pour leur leadership et également tous les États qui ont voté en faveur de la résolution malgré les nombreuses pressions reçues.