Get Adobe Flash player

Catégorie ‘Actualités internationales’

Une tournée forestière au Portugal

L’Association Forêt Méditerranéenne, dont le siège est à Marseille, organise chaque année un voyage d’étude sur le terrain. Cette année, c’était le Portugal.

.

par Roger Cans

.

Pour nous y rendre, nous avons d’abord traversé le nord de l’Espagne, où la forêt se borne à des plantations d’eucalyptus. A gauche de la route, des eucalyptus, à droite de la route, des eucalyptus. Affligeant de monotonie. Ces arbres d’importation se régénèrent maintenant naturellement, de sorte qu’ils sont durablement installés.

.

Au Portugal, il y en a aussi, mais beaucoup moins. Dans l’Alentejo (« l’outre Tage ») où nous avons circulé, les premiers eucalyptus ont été plantés dans les années 1950 pour lutter contre la malaria. Mais, depuis, les grands conglomérats du papier ont vu tout l’intérêt du bois d’eucalyptus pour fabriquer du papier blanc de qualité écriture (alors que les résineux servent pour le papier carton ou le papier journal). Donc, l’eucalyptus fait aussi partie du paysage portugais. Et il ne sert pas qu’au papier. Il m’est arrivé d’acheter en France un manche de pioche en bois d’eucalyptus fabriqué au Portugal !

.

Cependant, l’essentiel des boisements est constitué de chênes verts (80 %) et de chênes liège (20 %). Dans les plaines de l’Alentejo, on ne trouve que de la savane arborée, où la densité d’arbres est très faible : 50 chênes verts à l’hectare et seulement 4 chênes liège à l’hectare (en moyenne). En fait, ce sont de vastes pâtures à vaches ou à moutons, où les arbres ne servent que de parasols. Les grands propriétaires fonciers ne vivent pas de la vente du bois, car le bois de feu (chêne vert) ne trouve plus preneur et le liège a perdu la moitié de sa valeur sur le marché. Ce qui rapporte, c’est la prime à la vache allaitante offerte par l’Union européenne, comme en Corse. Les bovins vivent leur vie seuls dans la savane, avec de l’herbe en hiver et des plantes sèches durant l’été. On ne s’occupe d’eux que pour les vendre. L’Union européenne, qui a décidément bon dos au Portugal, finance aussi des reboisements de chênes liège sur les terres en friche.

.

Pour trouver de la vraie forêt, il faut aller dans la montagne, vers la frontière espagnole. Le maquis de cistes et de chênes verts abrite le chêne liège qui, là, est exploité. La première levée de liège (dit « mâle ») est faite lorsque l’arbre atteint 70 cm de tour. La première récolte ne donne que du liège à broyer pour faire des panneaux ou du matériel isolant. Le liège de repousse (dit « femelle ») sera récolté ensuite tous les neuf ans. C’est avec lui qu’on fait les bouchons de qualité. Les ouvriers chargés du démasclage travaillent avec une simple hache, dont le manche est taillé en pointe pour décoller l’écorce du tronc. Ils doivent faire attention à ne pas toucher l’aubier, sous peine de blesser l’arbre. Ils portent eux-mêmes leur récolte sur l’épaule jusqu’à la remorque d’un tracteur qui pénètre dans le maquis. Nous avons vu la même chose au Maroc, dans les forêts du Rif.

.

L’arbre le plus exploité dans l’Alentejo est l’olivier, pour sa précieuse huile. Mais à la culture traditionnelle de l’olivier qu’on laisse vieillir en le taillant à hauteur d’homme pour faciliter la récolte, se substitue aujourd’hui une nouvelle technique : les oliviers sont plantés très serrés et taillés comme une vigne à 1 m 20, 1 m 30. De loin, on dirait en effet des vignes très denses, mais ce sont de jeunes oliviers qui vont être récoltés mécaniquement et que l’on ne laissera pas vieillir. C’est la culture industrielle de l’olivier…

.

L’autre arbre très exploité est le pin pignon (notre pin parasol), planté par parcelles entières pour produire les pignes, très appréciées dans la cuisine. Mais, comme l’eucalyptus, il prend feu très facilement. L’incendie est la principale menace en « forêt méditerranéenne », même lorsqu’elle est plutôt atlantique.

.

La cigogne est un oiseau omniprésent dans la région. A proximité des points d’eau, on voit des nids sur tous les poteaux télégraphiques (que l’oiseau préfère aux arbres pour sa sécurité). Sur les pylônes de lignes à haute tension, on aperçoit des anémomètres qui tournent constamment : ce sont des dispositifs pour dissuader cigognes et grands rapaces de se poser et de s’électrocuter. Astucieux et économique. Curieusement, on ne trouve pas d’éoliennes dans la région pour exploiter l’énergie du vent. Cela viendra peut-être.

.

Nous visitons un Centre d’études et de sensibilisation à l’environnement, installé sur 200 hectares de collines. On y pratique le reboisement de chênes verts sur « bourrelets à double butée », arrosés par goutte à goutte. On y cultive les plantes aromatiques et médicinales. Des dames sont occupées au tri du fenouil séché, au milieu de cartons pleins de trésors : sachets d’origan, de tilleul, de romarin, de menthe, de sauge, d’immortelle et même de feuilles de frêne. Le Centre élève des ânes, des chèvres, des moutons… et des paons. Le caroubier, ici, est un arbre fourrager. On donne ses gousses chocolatées au bétail.

.
On vante aussi l’architecture bioclimatique avec des constructions en pisé avec toiture reposant sur des cannisses. Le Centre a mis au point une cabane de berger modèle, dont plusieurs exemplaires sont exposés au milieu d’un champ. Les quelques cultures de céréales sont labourées selon les courbes de niveau, pour éviter l’érosion. Malheureusement, l’arrivée des tracteurs a perturbé cette bonne habitude héritée de la traction animale. Dans les collines alentour, bien des labours sont effectués dans le sens de la pente. La sensibilisation ne fait que commencer…
.

.


.

Le Pape François célèbre l’écologie

On l’attendait, elle est enfin arrivée ! L’encyclique du Pape François vient d’être publiée et fera date. Face à la détérioration globale de l’environnement, le souverain pontife s’adresse à chacun, appelant à agir rapidement pour sauver la planète.

.

par Marie-Hélène Léon

EncycliqueEcologie

 

Evoquant notre Terre comme une maison commune, dénonçant les dégâts causés par l’utilisation irresponsable de ses biens, l’exploitation et la domination de l’homme qui s’en croit propriétaire, soulignant les blessures infligées par l’humanité au sol, à l’eau, à l’air, et aux êtres vivants, les quelque 192 pages se déclinent en six parties :
– ce qui se passe dans notre maison ;
– l’Evangile de la Création ;
– la racine humaine de la crise écologique ;
– une Ecologie intégrale ;
– quelques lignes d’orientation et d’action ;
– éducation et spiritualité écologiques.

.

Les parties se lisent comme un parcours éclairant, cherchant à baliser et faciliter les solutions, s’intégrant parfaitement dans la future Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques qui se déroulera cet hiver à Paris. Et ce n’est pas un hasard si le souverain pontife cite Saint François d’Assise, comme l’exemple d’une authentique écologie faite de joie.

.

On peut lire qu’il est possible de « vivre intensément avec peu, surtout quand on est capable d’apprécier d’autres plaisirs et qu’on trouve satisfaction dans les rencontres fraternelles, dans le service, dans le déploiement de ses charismes, dans la musique et l’art, dans le contact avec la nature, dans la prière. Le bonheur requiert de savoir limiter certains besoins qui nous abrutissent, en nous rendant ainsi disponibles aux multiples possibilités qu’offre la vie ». Un appel à la sobriété heureuse…
.

Remerciant à plusieurs reprises, les acteurs de l’engagement écologique (femmes et hommes, associations et institutions), il rappelle également « toute cruauté sur une quelconque créature est contraire à la dignité humaine ».

.

La maison commune est en feu, le pape François a choisi d’affronter les flammes. Et qu’importent les réactions outragées des climato-sceptiques et des exploiteurs de richesses… il faut faire vite ! Sans aucun doute, cette encyclique, écrite en totalité par le Pape François après avoir consulté de nombreux experts internationaux, est la pierre d’angle d’une église catholique verdie et vivifiée.

.
Pour lire ou télécharger l’encyclique : http://w2.vatican.va/content/dam/francesco/pdf/encyclicals/documents/papa-francesco_20150524_enciclica-laudato-si_fr.pdf

.

Un dossier complet sur le site de La Vie, avec des articles d’Olivier Nouaillas et Jean-Claude Noyé des JNE.

.

.


.

Paul Watson, ambassadeur de la mer

Ambassadeur des océans et protecteur des baleines, Paul Watson, après deux interventions en milieux scolaires *, a fait le point sur l’exploitation des dauphins au Japon et révélé « une économie de l’extinction » lors d’une rencontre avec la presse à Aix-en-Provence, juste avant sa conférence publique du 21 mai au Conservatoire Darius Milhaud où il était invité par le Muséum d’Histoire Naturelle, dans le cadre de la Fête de la Nature sur le thème de l’eau, en partenariat avec le Comité pour un Musée des Sciences.

.

par Michel Cros

.

Paul Watson - Photo Michel Cros

Paul Watson – Photo Michel Cros

La nouvelle est tombée le 20 mai, en pleine conférence au Lycée international Georges Duby de Luynes, près d’Aix-en-Provence. L’association japonaise des zoos et aquariums (JAZA), membre de WASA (l’Organisation Mondiale des Zoos et Aquarium),, a décidé de ne plus acheter de dauphins provenant de Taiji, province tristement célèbre pour les massacres de cette espèce marine, révélés au grand public en 2009 dans le film américain The Cove (La baie de la honte).

.

« Pendant des années, nous avons mis la pression à la World Association of Zoos and Aquariums (WASA), car ils ont un code éthique. Mais il n’était pas mis en application », a expliqué Paul Watson le lendemain à la presse.

.

WASA avait donné un ultimatum à la branche japonaise de Zoos et Aquariums (JAZA) : « ou elle accepte de ne plus acheter de dauphins à Taiji, ou elle n’est plus membre de WASA ». « Il y a tout intérêt à faire partie de WASA, car cela permet d’échanger des données et d’être au courant des nouveaux croisements d’espèces », précise Paul Watson.
.

Cette heureuse décision a laissé planer un bref instant de réjouissance dans mon esprit : « est-ce la fin des massacres ? » Mais comme l’a expliqué l’écologiste, « le dauphin reste une importante source de revenus, et le maire de Taiji n’est pas prêt d’arrêter cette exploitation ».

.
Un marché très lucratif

.

« L’exploitation du dauphin a été répertoriée dans trois endroits différents : Iky, Futo abandonnées depuis, et Taiji toujours en activité…A 250 000 $ US pièce, les négociants japonais préfèrent les vendre vivants aux aquariums plutôt que mort spour l’alimentaire, car leur chair n’en rapporterait que 500 $ US », précise Paul Watson.

.

Mais les pêcheurs affirment qu’ils doivent continuer à chasser le dauphin pour nourrir le peuple japonais. « Seulement 2 % de la population en mange, les jeunes et les femmes n’en consomment pas », rétorque Paul Watson.

.

Le Japon recense 62 aquariums et 130 pêcheurs sont impliqués dans ce marché lucratif . Le fondateur de Sea Shepherd Conservation Society (SSCS) pense que la décision de WASA aura une répercussion positive sur l’association des aquariums, bien que 40 d’entre eux n’aient pas de dauphins et contestent l’organisation internationale.

.

Une culture non justifiée

.

« Le Japon essaie de justifier la pêche des dauphins et des baleines en arguant que leur consommation appartient à leur tradition culinaire et que cela fait même partie de leur culture… Or il est à noter que les Japonais n’ont commencé à manger de la viande de dauphin qu’à partir de 1969. Curieusement, les massacres de dauphins à Ity, Futo et Taiji coïncident avec les premières demandes de dauphins pour les aquariums dès 1960 …Ce n’est pas une histoire de culture mais de business  !», poursuit Paul Watson.

.

Il en est de même, dit-il, avec la pêche de la baleine considérée par eux comme culturelle car trois villes japonaises y participent depuis une centaine d’années.

.

Mais affirmer cela, ironise-t-il, reviendrait à dire qu’une pratique qui se ferait à Saint Malo appartiendrait à la culture de la France toute entière !

.

« La chasse à la baleine a été introduite au Japon par des Norvégiens en 1911, avec une station baleinière qui n’employait à l’époque aucun Japonais ». Et l’écologiste de préciser que c’est seulement en 1930 que l’Empire du soleil levant commença à s’y intéresser !

.

« Ceci se poursuivit après la guerre avec le Général Mac Arthur qui créa une station baleinière pour fournir de la viande aux habitants ». Ce qui fait dire à l’écologiste canadien : « si la pêche baleinière fait partie de la culture japonaise, alors l’occupation américaine en fait aussi partie !  »

.

« La tradition sert souvent d’argument », comme avec la tauromachie, qui a commencé en Crète, sans mise à mort du taureau et sous forme de danse… Ou encore la torture et pendaison des lévriers en Espagne perdant leur course ou la défenestration de chèvres du haut des églises espagnoles pour purger les pêchés !

.

« Tout cela n’est que le résultat d’une recherche de bouc émissaire », et Paul ­­­­­Watson de conclure sur ce sujet en disant : « Il ne peut y avoir d’excuse pour la tuerie et la torture d’autres êtres sensibles ».

.
Une économie de l’extinction

.
Si les Japonais n’ont pas chassé la baleine en 2014, suite à leur condamnation l’an dernier par la Cour Internationale de Justice, ils disent qu’ils vont la reprendre dès la fin de cette année. « Le problème, c’est que les Japonais ne veulent jamais se conformer à une décision autre que la leur. Ou alors, s’ils acceptent une décision extérieure, c’est selon leurs propres conditions. Ils ont, en général, une attitude de non compromis… Ils vont devoir se conformer à un quota de pêche qu’ils refusent ! »

.

Paul Watson l’explique par ce qu’il appelle une « économie de l’extinction » : « si la quantité de poissons diminue dans le monde, les prix augmentent ! Un thon bleu d’un mètre de long, peut valoir 75 000 dollars, et certains peuvent être cotés à plus d’1 million de dollars », précise-t-il.

.
« Mitsubishi est l’une des entreprises qui stocke des poissons en congélation pendant 10 à 15 ans. Leur philosophie est simple : plus ils en stockent et moins il y a de poissons dans les océans et leur stock prend de plus en plus de valeur. Même si l’espèce est éteinte », poursuit l’ex-cofondateur de Greenpeace. « Ils en auront toujours pour 10 à 15 ans de plus grâce à leurs congélateurs. Ce qui représente énormément d’argent ! »

.

Car la demande est grande et le défenseur des baleines de se rappeler maintes soirées sur le thème de l’environnement où de la légine australe, un poisson pourtant inscrit sur la liste en danger d’extinction, est allègrement servi aux convives, car très recherché par les grands chefs pour son goût exquis.

.

« Beaucoup de gens dans le monde sont dans une attitude de déni et ne comprennent pas que les poissons sont plus précieux dans la mer que dans leur assiette », déplore le « biocentriste » (lire ici l’explication de ce terme dans notre recension du dernier livre de Paul Watson) .

.

Un équilibre des océans menacé

.

« Les poissons sont les garants de l’équilibre écologique de nos océans. La population de phytoplancton a diminué de 40 % depuis les années cinquante. Sachant que les zooplanctons, qui dépendent des phytoplanctons, produisent 80 % de l’oxygène que nous respirons, l’homme extermine les espèces sans avoir conscience de l’impact que cela a sur l’environnement ».

.

Paul Watson donne alors l’exemple des pêcheurs qui tuent les lions de mer sous prétexte qu’ils mangent trop de poissons, pensant qu’il n’en resterait plus assez pour les hommes. « Or, écologiquement, plus il y a de phoques, plus il y aura de poissons, car baleines, dauphins, phoques et autres rendent à l’océan leurs déjections, qui à leur tour servent de nutriments aux phytoplanctons qui nourrissent les poissons… C’est un équilibre qui fonctionne depuis des millions d’années », poursuit-il en racontant le témoignage d’une expédition dans le Nord Atlantique en 1534 où on ne dénombrait pas moins de 45 000 phoques et aucune pénurie de poissons….

.

« Aujourd’hui, avec seulement 10 % de la population de phoques d’alors, les pêcheurs se plaignent ! Les hommes sont les plus grands prédateurs de l’océan. 40 % des poissons pêchés ne sont pas destinés à nous nourrir, mais à alimenter cochons, chiens et autres animaux domestiques… Les chats mangent plus de poissons que tous les phoques des océans réunis ! », s’indigne le marin écologiste.

.

Les missions de Sea Shepherd Conservation Society

.

« Plusieurs missions ont lieu en différents endroits du monde en même temps », poursuit le commandant de la SSCS : « un bateau dans les îles Féroé pour protéger les baleines, une mission en Honduras, une au Costa Rica et Floride pour les tortues, et une autre mission au large du Mexique pour les petits dauphins. Il y a aussi des campagnes dans les Îles Galápagos et au large de l’Afrique pour empêcher différents trafics. 90 % des gens qui travaillent à Sea Shepherd sont des volontaires. Nous avons une liste de 3 à 4 000 jeunes gens demandant à participer à ces campagnes ».

.

Quant à l’Asie, Watson confirme une mission à Hong Kong pour protéger les requins : « Les Chinois font beaucoup de progrès pour les nouvelles techniques d’innovations et la soupe de requin est bannie des banquets officiels. Finalement, ils sont beaucoup plus ouverts que nous et ont passé des lois pour protéger certaines espèces ».

.

Le réchauffement climatique

.

Paul Watson énumère avec humour quelques paroles d’hommes politiques américains sur ce sujet brûlant…. Un sénateur républicain d’Oklahoma, pourtant à la tête de la Commission pour le changement climatique, a dit : « Le changement climatique n’existe pas parce que Dieu ne le permettra jamais »

.

Puis celle d’un sénateur de l’Etat de Rhode Island qui va au Congrès avec une boule de neige en disant : « Le réchauffement climatique, c’est pas vrai. Je viens de trouver une boule de neige dehors ».

.

Après avoir vu défiler toutes les promesses non tenues lors des précédents sommets sur le changement climatique, Paul Watson reste plutôt sceptique car chaque président en place tient à garder son capital de popularité. « Obama est le plus détesté des présidents des Etats Unis car il essaie de faire changer beaucoup de choses ».

.

Quant à Hollande, a-t-il vraiment une carte à jouer à la prochaine rencontre sur le climat à Paris (COP 21) en décembre 2015 ? Le militant antispéciste canadien l’espère…

.

Et « l’écolo-pirate » réfugié en France (il est toujours sous mandat d’arrestation d’Interpol) de conclure en riant : « si on veut être un président aimé de tous les bords, il ne faut rien faire comme le gouverneur de Victoria en Australie, connu comme le « Do nothing darling ». Et tout le monde l’aime ! ».

.
Pour découvrir comment Paul Watson est devenu « biocentrique », cliquez ici.

.

* Lycée G. Duby et Collège Mignet, grâce à l’association de Parents d’élèves Apelevia.

.

.


.

Dans le nouveau gouvernement algérien, l’environnement rattaché aux ressources en eau

Voici un article sur le remaniement ministériel en Algérie et la nouvelle place de l’environnement dans le gouvernement, publié dans le quotidien algérien Reporters du samedi 16 mai 2015. 

.

par M’hamed Rebah

.
Le remaniement partiel du gouvernement opéré en Algérie, jeudi 14 mai, a touché le ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement (MATE), qui éclate et disparaît, cédant son département Environnement au ministère des Ressources en eau (qui devient MREE), confié à Abdelouahab Nouri. En même temps, la ministre, Dalila Boudjemaa, quitte le gouvernement. Le département Aménagement du territoire est érigé en un ministère qui inclut aussi le  tourisme et l’artisanat.

.

La création, en août 2000, du MATE avait constitué une première en Algérie, mettant fin, pour l’environnement, à plus d’un quart de siècle de «nomadisme» institutionnel, depuis la création, en 1974, du Comité national de l’environnement.

.

En 2015, on a l’impression de revenir à la conception qui avait cours en 1977, quand une réorganisation du gouvernement avait fait apparaître pour la première fois de façon explicite, la « protection de l’environnement » dans l’intitulé d’un ministère chargé également de l’hydraulique et de la mise en valeur des terres.

.

On peut espérer maintenant que les ressources en eau seront dorénavant bien protégées. Leur ennemi n°1 est la pollution, qui vient de partout : habitations non raccordées au réseau d’assainissement ou alors défaillances dans le fonctionnement du système, eaux issues des activités de l’agriculture et surtout les activités industrielles dépourvues de stations d’épuration des eaux usées, comme le montre l’exemple significatif de la contamination par des substances chimiques du lac de Reghaïa, près d’Alger, dont l’eau est utilisée pour l’irrigation des cultures qui sont pratiquées dans son périmètre (lire notre article ici).

.

Dans ce paysage institutionnel remodelé, le risque pour l’écologie est qu’elle soit de nouveau oubliée en Algérie, alors que la protection de l’environnement correspond à l’intérêt de tous. Chacun, à tout âge, peut y contribuer de diverses formes, par exemple, participer aux campagnes de reboisement en plantant des arbres, ou faire preuve de civisme en évitant de jeter les déchets ménagers n’importe où, et en s’abstenant de faire du bruit qui importune le voisinage.

.

Les formes les plus sophistiquées de l’action écologique sont malheureusement, dans notre pays, inaccessibles au plus grand nombre parce qu’elles correspondent à un « niveau de développement humain optimum » que nous n’avons pas encore atteint, comme l’a fait remarquer Iman Houda Feraoun, dans une contribution publiée par un confrère. Cette chercheuse, qui est devenue ministre des PTIC (Postes et Technologies de l’information et de la communication), nous a toutefois rassurés en nous rappelant que nous sommes encore très loin du niveau de développement où « nous nous sentirions coupables devant les accusations de crime contre l’environnement ».

.

Economiser l’eau et l’énergie, prévenir les catastrophes et ne pas construire dans les zones inondables ou à risque sismique, cela reste incompréhensible pour un grand nombre d’Algériens, y compris au sein des institutions, dans un contexte où nous avons toutes les peines du monde à tenir nos villes propres et à respecter le modus vivendi qui est à la base de la cohésion sociale en milieu urbain.

.

L’Algérie est considérée comme un pays « moins regardant » sur les questions écologiques, ce qui se traduit dans notre cadre de vie par la saleté ambiante, la pollution de l’air et le bruit qui empoisonnent la vie des citadins, insensiblement. Le nouveau ministre chargé de l’Environnement, Abdelouahab Nouri, saura-t-il exploiter le potentiel qu’offre le mouvement associatif pour donner une plus grande impulsion aux efforts visant à faire émerger l’éco-citoyenneté et faire renaître le civisme qui existait dans notre pays ?

.

Evidemment, les institutions de l’Etat, particulièrement à l’échelle locale, c’est-à-dire la commune, doivent donner l’exemple en matière de respect des dispositions législatives et réglementaires de protection de l’environnement. Sinon, inutile de se faire des illusions, rien ne changera.

.

Ceci dit, il y a des actions urgentes qui attendent le ministre, notamment revoir le programme national de gestion des déchets ménagers (PROGDEM) ainsi que le plan national de gestion des déchets spéciaux (PNAGDES), remettre en marche et développer le système surveillance de la qualité de l’air (Samasafia), pour ne citer que ces quelques « petits problèmes ».

.

.


.

Les rendements de l’agriculture biologique, un quiproquo tenace

Dans un article récemment publié sur son blog, l’agronome Jacques Caplat, membre des JNE, bat en brèche certaines idées reçues sur l’incapacité supposée de l’agriculture biologique à nourrir une humanité en expansion rapide. Vu l’importance du débat, nous avons jugé utile de reprendre sur le site des JNE le début de ce texte, dont vous trouverez l’intégralité ici sur le blog de Jacques Caplat.

.

par Jacques Caplat

.

Lorsqu’est abordée la question, essentielle, de la lutte contre la faim dans le monde, il est fréquent d’entendre dire que l’agriculture biologique présente des limites à cause de ses rendements inférieurs à ceux de l’agriculture conventionnelle, prétendument démontrés par plusieurs « études scientifiques ». J’ai largement démontré dans mes livres, et résumé dans un précédent article, à quel point ce poncif est faux et trompeur. Il est toutefois utile que je développe ici les raisons pour lesquelles cette idée reçue témoigne d’une approche scientifique archaïque et quels sont les malentendus s’y relient.

.

Pour lire la suite, cliquez ici !

.

.


.

Miguel Arias Cañete et le climat, le fiasco prévisible

L’objectif des Vingt-Huit de réduire d’au moins 40 % leurs émissions d’ici à 2030 n’est qu’un effet d’annonce. Pour en juger, il suffit de lire les réponses au Monde* de Miguel Arias Cañete, commissaire européen à l’action climatique et à l’énergie.

 

par Michel Sourrouille

 
Pourquoi l’Europe s’est-elle orientée vers un marché du carbone et non vers une taxe carbone ?

 

Miguel Arias Cañete : Nous avons mis en place un marché du carbone pour lancer un signal aux entreprises. Si ce signal est puissant, il sera plus facile d’avancer vers la décarbonisation. Des pays comme la Chine ou les Etats-Unis ont eux aussi leur marché carbone, mais notre modèle est le plus organisé au monde, avec son mécanisme de droits d’émission diminuant année après année.

 

Commentaire de Michel Sourrouille : Il est significatif que le commissaire européen ne dit absolument rien sur la taxe carbone pourtant contenue dans la question. Cela veut dire que le meilleur moyen de diminuer nos émissions de gaz à effet de serre, le signal prix constitué par une taxation du carbone, n’est plus une mesure envisagée au niveau européen.
Rappelons aussi que le marché du carbone a été inventé au début des négociations sur le réchauffement climatique par les Américains pour qu’on ne prenne pas de mesures contraignantes. Or les USA, après avoir obtenu toutes les compromissions qu’ils voulaient (marchandisation de l’effet de serre, bluff des puits de carbone…), ont abandonné le protocole de Kyoto dès qu’il s’agissait de signer.
D’une certaine manière, un marché carbone pourrait renchérir l’utilisation des énergies fossiles, donc limiter la consommation. Mais le passé plaide contre cette méthode qui dépend de décisions politiques, l’attribution de quotas, et d’un contexte socio-économique. Avec la crise financière de 2008, le prix du CO2 s’était effondré : 25 euros la tonne en 2008, 7 euros en 2012, puis 5 euros en avril 2013. Comme le Parlement européen avait rejeté une proposition de la Commission européenne de restreindre le nombre de « permis de polluer » pour relever le cours du CO2, le prix de la tonne avait frôlé les 3 euros. Aujourd’hui encore, le prix du carbone fluctue en Europe depuis 18 mois entre 5 et 7 euros la tonne, ce qui est beaucoup trop faible. Loin des propositions de la commission Rocard de juillet 2009 : « Il faut atteindre en 2030 un prix du gaz carbonique émis de 100 euros la tonne en démarrant à 32 euros. »

 

Comment l’Europe espère-t-elle atteindre son objectif de 40 % de réduction de ses émissions globales ?

 

Miguel Arias Cañete : Notre objectif de 40 % a besoin du développement des énergies renouvelables. Nous devons faire aussi d’importants efforts d’efficacité énergétique. Il nous faut également développer les infrastructures de recharge pour populariser les voitures électriques. La Commission est en train de finaliser un paquet transport pour lancer la voiture électrique à l’échelle européenne.

 
Commentaire de Michel Sourrouille : le scénario Négawatt se décline normalement en trois temps : sobriété, efficacité, renouvelables. Pour le commissaire européen, l’idée de sobriété passe complètement à la trappe. Or la réduction de nos besoins est pourtant le moyen le plus efficace de diminuer nos émissions de gaz à effet de serre. Notons aussi que le potentiel maximum des énergies renouvelables est bien moindre que notre consommation actuelle basée sur les énergies fossiles.
Enfin, l’efficacité énergétique, c’est-à-dire des prouesses technologiques plus ou moins réalisables, restera de son côté une cause minime d’économies d’énergie. De toute façon, l’idée d’un passage aux voitures électriques montre que Miguel Arias Cañete ne comprend rien à la problématique de l’énergie. L’électricité n’est pas une source d’énergie, il faut la produire. La voiture électrique n’est donc pas du tout neutre en tant que bilan carbone au niveau mondial. Cela présuppose aussi que nous ne changeons rien à nos habitudes de mobilité. La sobriété énergétique n’est toujours pas à l’ordre du jour.

 

L’Union européenne vient de décider de renforcer ses infrastructures gazières…

 

Miguel Arias Cañete : Oui, car nous devons faire face à un problème de sécurité énergétique important. La situation géopolitique nous contraint à trouver des sources complémentaires aux importations de gaz en provenance de Russie. Il existe d’autres sources, l’hydraulique, le nucléaire, le gaz de schiste. Chaque Etat reste autonome dans le choix de son mix énergétique.

 
Commentaire de Michel Sourrouille : Comme l’ensemble de nos dirigeants actuels, le commissaire européen n’envisage qu’une politique de l’offre et pas une politique de réduction de la demande d’énergie. Si une source d’énergie manque, on en trouvera d’autres ! Or le recours au nucléaire et au gaz de schiste pose d’innombrables problèmes que Miguel Arias Cañete laisse complètement de côté.
Enfin, l’autonomie énergétique proclamée de chaque pays européen montre qu’il ne pourra pas y avoir d’homogénéité dans la vision européenne d’une conférence climatique : il faudra s’aligner sur le moins-disant, réalité fort différente des proclamations chiffrées.

 
Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, veut faire de l’Europe la championne du monde des énergies renouvelables. Est-ce réaliste, avec des pays fortement dépendants des énergies fossiles ?

 
Miguel Arias Cañete : La croissance des énergies renouvelables suppose de gros efforts d’interconnexion électrique, d’infrastructures, de capture et stockage du carbone. Il est impossible de faire une substitution absolue d’un jour à l’autre. Le charbon et le gaz vont rester pour des années encore une source d’énergie pour l’Europe.

 
Commentaire de Michel Sourrouille : Cette réponse est déjà un aveu d’échec. La civilisation de l’après-carbone n’est pas pour demain, et ce n’est pas la conférence sur le climat à Paris en décembre prochain qui changera la donne. Il faudra attendre le prochain choc pétrolier pour enfin prendre conscience que notre mode de vie actuel n’est pas durable. Comme le marché carbone ne fonctionne pas, comme la taxe carbone est mise aux oubliettes par nos gouvernants, comme on est incapable de raisonner en terme de sobriété énergétique, le rationnement par une carte carbone deviendra inéluctable quand la pénurie se fera sentir. C’est ce que nous prévoyons sur notre blog depuis 2009.

 
* Le Monde du 31 mars 2015, « Le rendez-vous de Paris sur le climat sera crucial ».

 

 


 

Les femmes dans le combat pour le développement durable

Le 3 mars, c’était la Journée africaine de l’environnement. Elle est passée inaperçue en Algérie. Cette Journée aurait pu être l’occasion d’un hommage à la Kényane Wangari Maathai, une militante écologiste qui a été désignée prix Nobel de la paix 2004, pour récompenser son combat en faveur de la protection de l’environnement, du développement durable et de la démocratie.

 

par M’hamed Rebah

 

Wangari_Maathai

Wangari Maathai

Wangari Maathai a mis en œuvre un programme qui a permis de planter 30 millions d’arbres dans le cadre du reboisement comme facteur de sécurité alimentaire et de développement durable. Elle avait fondé en 1977 le Green Belt Movement (le Mouvement de la ceinture verte) pour défendre les forêts, menacées par la spéculation immobilière. Son combat non-violent lui a valu d’être à plusieurs reprises emprisonnée, battue par la police avec les militants de son mouvement. En 2002, elle a été vice-ministre de l’Environnement et des Ressources naturelles. Wangari Maathai est décédée le 25 septembre 2011 à l’âge de 71 ans des suites d’un cancer. Elle a été surnommée affectueusement « mama miti », la maman des arbres en swahili.

 

Son mouvement s’était opposé avec succès à des projets de déforestation en résistant à la forte pression des promoteurs et des investisseurs dans le domaine du tourisme qui veulent développer les parcs animaliers au détriment des ressources naturelles et des forêts. Ce n’était pas par rejet aveugle de cette activité économique, mais Wangari Maathai voulait que les projets touristiques respectent le principe du développement normal et ne bouleversent pas la région. Son souci était de protéger les ressources naturelles et de défendre les droits des populations à les exploiter. Elle a réussi à mobiliser les femmes kenyanes dans la lutte pour protéger les forêts face à des projets d’exploitation anti-écologiques. Depuis 2012, la Journée africaine de l’environnement a été baptisée Journée Wangari Maathai.

 

Le combat des femmes pour l’environnement a été mis en évidence, en Algérie, d’une façon totalement inédite, par la présence féminine massive dans le mouvement de contestation des activités d’exploration du gaz de schiste à In Salah. Il ne s’agit pas de femmes qui font partie habituellement de l’élite qui milite dans les partis politiques et dans les associations, mais de femmes simples, dirait-on, qui sont là auprès des hommes et des enfants pour donner plus de poids aux actions initiées par les jeunes qui, eux, sont organisés dans des associations écologiques.
Le 8 mars, peut-on lire dans l’édition du 9 mars 2015 de Reporters, «les femmes ont marché en masse aux côtés des hommes pour dire non au gaz de schiste et pour la poursuite de la protestation quelle que soit la conjoncture. Une femme a pris la parole à la place de la Résistance pour demander à l’assistance de rester mobilisée jusqu’à la satisfaction de leur revendication, à savoir l’arrêt de toute activité de gaz de schiste à In Salah et ailleurs. A Tamanrasset-ville, des centaines de personnes, dont beaucoup de femmes, ont marché dans les rues pour apporter leur soutien aux citoyens d’In Salah ». Cette région n’arrête pas de surprendre ceux qui ne la connaissent pas : à la pointe du combat écologique anti gaz de schiste, In Salah est également un exemple en matière de participation de la femme aux luttes pour le développement durable.

 

Cet article a été publié dans le quotidien algérien Reporters.

 

 


 

Jean-Jacques Annaud, écologiste ?

« Si Pékin est envahi par des nuages de poussière, c’est à cause de la disparition des loups » affirme Jean-Jacques Annaud.

 

par Marc Giraud

 

Jean-Jacques Annaud pendant le tournage du « Dernier Loup » – photo © Mars Distribution

La discussion se déroule à l’inauguration de l’expo du Parc zoologique de Paris, le 16 février dernier. Le réalisateur du Dernier Loup (lire notre critique ici) explique : « Les loups chassent les marmottes (peut-être bien des sousliks) et les empêchent de proliférer. La disparition des prédateurs entraîne un surpâturage qui élimine les herbes protectrices des sols, il ne reste que de la poussière ». Ecologiste, Annaud ? À sa manière. Il aime les paysages grandioses et les animaux impressionnants, et les célèbre incontestablement dans ses œuvres.

 

Supposant que son film témoigne d’une sensibilité au problème, je demande à Annaud ce qu’il pense de la situation du loup en France et de l’utilité de le protéger. Et là, il se montre beaucoup plus prudent, bottant en touche en renvoyant dos à dos bergers et écologistes. Annaud ne s’aventurera pas dans un domaine qu’il ne semble pas connaître, et n’entend pas être « l’étendard d’une cause ». Il préfère conclure : « mes films parlent d’eux-mêmes ». La fiction ne rejoindra pas la réalité.

 

 

SOS lancé par les écologistes d’Oran : le lac Télamine réceptacle des eaux usées des environs

Bien que classé sur la liste Ramsar, le lac Télamine reçoit des eaux polluées provenant des communes environnantes et de la zone industrielle de Hassi Ameur.

 

par M’hamed Rebah

 

« Les zones humides pour notre avenir », c’était le thème, en 2015, de la Journée mondiale qui est consacrée à ces écosystèmes le 2 février de chaque année.  Le bref communiqué de l’Unesco publié à cette occasion, rappelle qu’elles sont souvent traitées comme des espaces à l’abandon et cite un chiffre qui devrait donner à réfléchir sur l’état de la nature : 64 % des zones humides de la planète ont disparu depuis 1900. Elles sont pourtant considérées comme les écosystèmes les plus divers et les plus productifs. Les spécialistes soulignent leur rôle primordial dans la préservation des ressources en eau et la lutte contre les inondations, qui sont des préoccupations majeures dans le contexte actuel d’incertitude causée par les problèmes d’environnement.

 
220px-RAMSAR-logoLa Convention de Ramsar donne la définition suivante des zones humides : ce sont « des étendues de marais, de fagnes, de tourbières ou d’eaux naturelles ou artificielles, permanentes ou temporaires, où l’eau est stagnante ou courante, douce, saumâtre ou salée, y compris des étendues d’eaux marines dont la profondeur à marée basse n’excède pas 6 mètres ».
 
En Algérie, cette définition recouvre les chotts, sebkhas, lacs et marais (eau douce, saumâtre ou salée), oueds, gueltas, oasis et barrage. La convention de Ramsar, ratifiée par l’Algérie en 1982, a pour mission « la conservation et l’utilisation rationnelle des zones humides par des actions locales, régionales et nationales et par la coopération internationale, en tant que contribution à la réalisation du développement durable dans le monde entier ».  L’Algérie s’est engagée dans une démarche pour le classement, la conservation et l’utilisation rationnelle des zones humides, au nombre de quelque 1700 aujourd’hui. Cinquante sites sont classés Ramsar, d’importance internationale, et dix sites prioritaires ont été retenus par le ministère de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement pour être dotés d’un plan de gestion assurant leur gestion rationnelle et durable. Les 50 zones humides inscrites sur la Liste sont reconnues comme ayant une valeur importante non seulement pour l’Algérie, mais aussi pour l’humanité tout entière.
 

L’inscription sur la Liste Ramsar engage le gouvernement algérien à prendre les mesures nécessaires pour garantir le maintien des caractéristiques écologiques qui ont permis le classement des sites concernés. Dans la réalité, en Algérie, ce classement ne protège pas contre les atteintes aux zones humides. La preuve en est donnée par la situation du lac de Telamine (2,3999 hectares), à l’est d’Oran, classé le 12 décembre 2004 sur la Liste Ramsar. Selon le journaliste de Reporters (édition du dimanche 1er février), les usines rejettent à partir de la zone industrielle de Hassi Ameur, des déchets liquides ou solides dans les systèmes d’évacuation des eaux pluviales qui déversent dans le lac Telamine. L’APS (Algérie Presse Service) a rapporté, de son côté, l’appel des participants à une rencontre sur les zones humides, organisée samedi 31 janvier à Gdyel (Oran), à l’arrêt immédiat des déversements des eaux usées, provenant des communes environnantes et de la zone industrielle de Hassi Ameur, dans le lac Télamine. Un membre de l’association Boudour a lancé un véritable cri d’alarme : « Il faut empêcher le plus tôt possible les déversements des eaux usées des communes de Benfréha, Hassiane Toual, Hassi Ben Okba, Hassi Mefsoukh et Gdyel, y compris la zone industrielle de Hassi Ameur qui affluent sans traitement, en moyenne 10.000 mètres cubes par jour, endommageant la faune et à la flore de ce lac ». Ils demandent la mise en place d’une station d’épuration des eaux usées pour éviter la pollution du lac. C’est un projet en cours.

 

Cet article a été publié dans le quotidien algérien Reporters.

 

La stratégie de gestion des zones humides en Algérie

Des ateliers seront organisés pour la société civile et les ONG.

 

par M’hamed Rebah

 

La Direction générale des forêts (DGF) sollicite la participation de la société civile et des associations dans le cadre de sa stratégie nationale multisectorielle pour la préservation des zones humides en Algérie. Des ateliers seront organisés prochainement avec la communauté scientifique, la société civile et les différents secteurs concernés pour vulgariser cette stratégie, a indiqué Ghania Bessah, sous-directrice chargée de la protection des aires protégées à la DGF, citée par l’APS (Algérie Presse Service).

 

« L’objectif final de cette stratégie est d’arriver à un schéma de gouvernance de ces zones humides où tous les secteurs seront représentés, y compris les unités industrielles », a-t-elle souligné le 2 février à Reghaïa, à l’occasion de la cérémonie de célébration de la journée mondiale des zones humides qui s’est déroulée dans le Lac de Reghaïa, en présence du secrétaire général du ministère de l’Agriculture et du Développement rural, Fodhil Ferroukhi, et du directeur général des Forêts, Mohamed Seghir Noual. Selon la DGF, la stratégie actuellement « en cours d’élaboration » vise, au même titre que d’autres activités prévues, la sensibilisation sur les différentes menaces qui pèsent sur les zones humides et qui sont souvent causées par les diverses activités humaines, nécessitant de construire « une réflexion ensemble pour les préserver afin d’assurer notre avenir ».

 
logo-medwetL’initiative de la DGF d’associer les associations écologiques à la stratégie de préservation des zones humides rejoint le projet en cours de lancement du Réseau MedWet de la société civile en Algérie, au Maroc et en Tunisie. Ce projet concerne le renforcement des capacités des organisations de la société civile qui œuvrent dans le domaine de l’environnement, et a pour objectif d’asseoir une collaboration entre les institutions administratives et ces organisations de la société civile autour de la préservation des zones humides.

 
Cette démarche participative est devenue une urgence pour faire face plus efficacement à la dégradation des zones humides et au risque de leur disparition si rien n’est entrepris sérieusement pour leur préservation. Le Lac de Reghaïa, qui se trouve pourtant dans la banlieue de la capitale et qui bénéficie donc, grâce à sa proximité des centres de décision, de toute l’attention des autorités, n’a pas échappé aux menaces de dégradation. Le constat en a été fait une nouvelle fois par le secrétaire général du ministère de l’Agriculture et du Développement rural: « le Lac de Réghaïa subit actuellement une forte pression due à l’extension urbaine et aux unités industrielles implantées autour de cette zone humide ». Il juge que « la situation ne doit pas continuer comme ça. Des dispositions doivent être prises pour que la règlementation soit appliquée rigoureusement ». En fait, les dispositions ont été prises puisque lui-même annonce, selon l’APS, que la wilaya d’Alger a établi un diagnostic et adressé récemment des mises en demeure aux unités industrielles responsables de la pollution du lac de Réghaïa. Les usines polluantes, dont une cinquantaine déversent leurs rejets directement dans le lac, doivent réaliser des stations d’épuration. Il reste à faire appliquer ces dispositions, répétées, force est de le rappeler, à chaque 2 février. Depuis que la zone industrielle de Rouiba-Reghaïa existe, il y a toujours eu des rejets d’eaux polluées, chargées de produits chimiques toxiques, dans le lac via deux cours d’eau.

 
Il faut savoir que le Lac de Reghaïa est inscrit sur la Liste de Ramsar depuis juin 2003. Il doit cette distinction à ses caractéristiques écologiques qui en font le lieu de fréquentation de milliers d’oiseaux d’eau avec en moyenne annuelle 47 espèces locales et migratrices, selon les statistiques du Centre cynégétique qui se trouve dans le site du lac. Cinq écosystèmes différents y cohabitent: marin, marécageux, dunaire, lacustre et forestier. Sa faune est constituée de 206 espèces d’oiseaux (flamant rose, canard souchet, col vert, bécassine,…), de 21 espèces de mammifères (chacal, genette, sanglier, renard famélique, etc.), de 12 espèces de poissons, de 170 espèces d’invertébrés (insectes, arachnides…) et de 71 espèces de reptiles et d’amphibiens. Sa richesse floristique est composée de 233 espèces de plantes inventoriées et de 25 espèces de flore marine. Cet espace exceptionnel, tout près de la capitale, mérite un minimum d’égards. En chiffre, ce minimum doit se traduire, pour la zone industrielle voisine, par « zéro mètre cube d’eaux usées non épurées » à la sortie des usines.

 

Cet article a été publié dans le quotidien algérien Reporters.

 


AJEC21 & COP21
LogoAJEC21

Pour tout savoir sur les négociations climatiques, rendez-vous sur le site de l'AJEC21