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Catégorie ‘Actualités internationales’


Algérie : les associations écologiques maintiennent le cap

L’effervescence qui marque la campagne électorale de la présidentielle du 17 avril 2014 ne dérange pas l’activité des écologistes algériens, comme le montre l’exemple de l’Association écologique de Boumerdès (AEB) qui a tenu, samedi 5 avril, son assemblée générale pour faire son bilan et adopter son programme pour 2014.

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par M’hamed Rebah

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548729_455577794498512_1221175777_nDepuis 25 ans – elle a été créée le 29 août 1989 – l’AEB maintient une activité régulière, malgré les difficultés que rencontre le mouvement associatif. Son projet phare actuellement concerne la réhabilitation d’un écosystème dunaire côtier à Corso, une commune entre Boumerdès-ville et Boudouaou el Bahri, à une cinquantaine de km d’Alger. Il y a environ 2 hectares à sauver de la dégradation pour en faire un bel espace dédié à l’écologie et à l’éducation environnementale. Le couvert végétal de ce site naturel, menacé et vulnérable, doit être renforcé par le reboisement et des travaux d’aménagement, de protection et de salubrité.

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Samedi 29 mars, ils étaient nombreux, et en famille, à participer justement à une action de reboisement organisée par l’AEB. L’Association a l’espoir de déclencher une dynamique citoyenne exemplaire, d’où, la priorité qu’elle accorde à l’action d’information et de sensibilisation, dans le cadre plus global de l’éducation environnementale destinée à ses adhérents, mais aussi et surtout aux riverains du site concerné et plus largement à la population. En 2013, l’AEB a organisé deux sessions de formation (juin et octobre) dans le cadre de ce projet intitulé «Réhabilitation d’une falaise dunaire du Corso». En même temps, l’AEB a l’ambition de remplir un rôle de pionnier. C’est ce qui l’a poussée à tenir, en décembre dernier, un séminaire sur le thème du «bon état écologique», très peu familier en Algérie.

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Pour Nacer Riad Bendaoud, président de l’AEB, « en Algérie, la question de l’environnement reste toujours difficile à aborder, bien que les structures en charge des programmes de développement se voient plus que jamais dans l’obligation de s’en préoccuper ». Il constate que « dans certaines zones, on puise les ressources naturelles sans modération et sans prendre en considération l’impact le plus souvent négatif qui en résulte ». Il reste cependant optimiste et pense qu’il est possible de « définir une stratégie qui implique les institutions et la société civile à travers les ONG pour arriver à un consensus permettant à long terme de réconcilier le développement économique et la conservation de la nature ».

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Cet article est paru dans Reporters (quotidien algérien).

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Les JNE se lancent dans le crowdfunding sur Kiss Kiss Bank Bank pour un voyage sur la transition énergétique au Royaume-Uni

Aidez-nous à financer des reportages à Totnes au Royaume Uni et à montrer que la transition écologique est possible !

Les secrets des arbres décryptés par Francis Hallé

Professeur de botanique basé à Montpellier, Francis Hallé est un spécialiste de l’arbre, et particulièrement de son architecture. Désireux d’étudier la forêt tropicale, il a lancé à la fin des années 1980 les expéditions appelées « radeau des cimes », consistant à déposer à la cime des arbres des boudins gonflés avec des filets, afin d’inventorier la biodiversité de la canopée. Voici le compte-rendu de sa conférence à l’abbaye de l’Epau (Sarthe), le 11 mars 2014.

 

par Roger Cans

 

L’animateur lui demande de définir un arbre. Hallé répond qu’il avait naguère une définition, mais qu’un voyage en Afrique du Sud l’a jeté dans la perplexité : il existe là-bas un arbre souterrain dont les racines et le tronc restent sous terre, et dont le feuillage rampe au sol, en grandes surfaces. Il avoue qu’en matière de biologie, il a commencé par les animaux. Comme dit Francis Ponge, « les animaux, c’est l’oral ; les plantes, c’est l’écrit ». L’arbre est autonome et divisible. « Avec un sécateur, je vous en fais des centaines ». L’homme, en revanche, est indivisible. C’est l’individu. L’animal se fait manipuler par les plantes, qui l’attirent par leurs fleurs et leurs fruits. Sans champignons dans le sol, pas d’arbres.

 

Les eucalyptus d’Australie ont montré la timidité des couronnes, qui ne veulent pas se toucher. L’arbre épargne ses congénères, surtout les grands. En Afrique orientale, les gazelles broutent les feuilles de l’acacia. Mais l’arbre attaqué émet instantanément un signal pour que les autres acacias dégagent des toxines afin de se préserver. Les arbres sous le vent, alertés par l’arbre brouté, échapperont au broutage des gazelles. Il existe donc une forme d’empathie chez les arbres.

 

Un phénomène curieux : dans les jardins de Kew Gardens, dans la banlieue de Londres, les chênes se bouturent au sol par leurs branches basses. En Tasmanie, il existe un arbre de 43.000 ans qui se multiplie par les racines et produit sans cesse des clones. Une forme d’immortalité. L’arbre produit aussi des déchets : la lignine, substance rigide qui forme le cœur de l’arbre.

 

En matière d’architecture de l’arbre, on connaît 22 modèles pour 70.000 espèces. Tout le monde connaît le modèle sapin, bien droit avec ses branches transversales. Pour connaître l’âge d’un arbre, nous avons chez nous les cernes de croissance. Mais ce n’est pas valable partout. Par exemple, l’hévéa fait un cerne tous les 40 jours, et certains arbres d’Asie font des cernes tous les trois ans. Si l’on met à plat toutes les surfaces d’un arbre, on aboutit à des superficies immenses. Un arbre urbain moyen fait 200 hectares !

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« Ma première forêt tropicale ? En Côte d’Ivoire quand j’avais 22 ans. J’étais comme Darwin découvrant la forêt atlantique du Brésil : stupéfait. Quand on a commencé à étudier les insectes de la canopée, on est passé de 3 millions d’espèces à 30 millions ! Il y a là-haut des crabes qui mangent les têtards de rainettes dans le creux mouillé des branches. En 2012, nous avons lancé l’Etoile des cimes au Laos, beaucoup plus légère que le radeau, qui pouvait porter six personnes. Pour la biodiversité, la forêt tropicale est imbattable : la bande équatoriale recèle 75 % de la biodiversité, alors que les mers n’en recèlent que 14 % ! »

 

« Mon dada : l’agroforesterie. » On peut pratiquer l’agriculture en forêt, à condition de connaître les arbres pour les exploiter au mieux et les replanter après. L’arbre est une usine d’épuration, qui capte le CO2 et rejette de l’oxygène. Au Japon, on étudie les réactions de l’arbre avant le séisme, grâce à des électrodes fixées sur les racines. « Je suis pour qu’on plante des arbres dans les cours des prisons. L’univers minéral, 24h sur 24, c’est l’enfer ».

 

Le plus grand arbre d’Afrique ? C’est le moabi. Tailler les arbres les rend dangereux. L’arbre n’a ni queue ni tête. L’arbre mobilier urbain : on l’abat quand il est trop grand, et on le remplace par plusieurs jeunes : c’est une arnaque, car le grand arbre fait partie du patrimoine, et la replantation de jeunes arbres coûte cher (alors que le grand arbre épure l’air gratuitement).

 

Deux importantes espèces animales découvertes en Amazonie

L’annonce de la découverte de deux nouvelles espèces est presque passée inaperçue dans la presse.

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par Pierre Paillard

Dessin du Tapirus kabomani par G. Braga, from Cozzuol et al. (2013). Source : Beauty in the Bones

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C’est un ami biologiste, Benoit Grison, qui m’a fait part de l’évènement, connaissant mon intérêt pour l’Amazonie et le long séjour que j’y ai effectué. Les chercheurs qui sont parvenus à ce résultat sont Brésiliens pour la plupart. Ils étaient forcément intéressés par le sujet.

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Ce n’est pas arrivé depuis un siècle pour des animaux de cette taille. Il s’agit d’un poisson, un arapaima, et d’un mammifère, un tapir. Dans le bassin du grand fleuve Amazone, il existe déjà au moins quatre espèces de tapirs : Tapirus terrestris, T. bairdii, T. pinchaque, T. kabomani… Une espèce habite l’Asie. Le tapir est classé avec les pachydermes, son museau étant déjà en forme de trompe…

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L’arapaima est, lui, un poisson qui atteint, « actuellement » près de deux mètres. Il a une énorme bouche dite « supère », comme l’arowana, a de grosses écailles, contrairement à un autre poisson de grande taille, le silure. Tous avalent aussi leurs proies en surface, les silures vont même les chercher à terre ! C’est mieux puisqu’il n’y a pas seulement que des poissons, mais des poules et autres volatiles ! Les espèces de trois mètres et plus ont, elles, disparu avec la pêche intensive.

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L’information concernant ces découvertes a été publiée en 2013 par l’American Society of Mammalogists et Bio One. Tous deux sont des sites strictement réservés à un usage non commercial. Si celles-ci concernent des animaux de belles tailles, il faut quand même dire qu’un inventaire « antérieur » présenté en 2010 au Japon par le WWF, a rassemblé les récentes découvertes de l’époque, soit 637 plantes, 257 poissons, 216 amphibiens, 55 reptiles, 16 oiseaux et 39 mammifères ! Il est bon de noter que les insectes ne sont pas cités.

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Arapaima leptosoma (adapté de Donald Stewart, Copeia 2013; en fond: the Meyers) – Source : Sci-News

Pour le naturaliste, il n’est besoin que de survoler l’immense forêt amazonienne, en avion de ligne ou en « radeau des cimes », pour espérer que cette liste ne soit pas close ! Il n’empêche que l’homme a causé la destruction d’au moins 17 % de la forêt tropicale amazonienne au cours des cinquante dernières années. Pas seulement à cause de la prospection pétrolière et de l’agriculture intensive, mais par la construction de gigantesques barrages hydroélectriques. Heureusement, même en 2010, une vaste étude publiée à Londres (Census of marine life) fait état d’une profusion de découvertes, mais seulement en ce qui concerne les mers et océans. L’estimation et l’appréciation d’un naturaliste, Jean-Christophe Vié, du programme de l’UICN : « il y a toujours une joie de la découverte », ce qui est vrai, mais toutefois il met en garde, « il faut rester objectif ».

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Selon la liste de l’UICN, une espèce d’amphibien sur trois, plus d’un oiseau sur huit, plus d’un mammifère sur cinq et plus d’une espèce de conifère sur quatre sont menacés d’extinction au niveau mondial.

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Alerte : le Diclofénac arrive en Europe

Très mauvaise nouvelle : le Diclofénac arrive en Europe (Espagne, Italie). C’est l’anti-inflammatoire vétérinaire qui a décimé massivement les vautours du sous-continent indien (lire notre article ici) il y a une quinzaine d’années (ils ne s’en sont jamais remis).

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par Yves Thonnerieux

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Ci-dessous, une lettre (en anglais) du directeur de la Vulture Conservation Foundation.

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Dear friends,

 

I hope this email will find you well. Unfortunately I am bringing you some bad news – Europe´s vultures are now facing one of their greatest challenges ever, possibly even more dangerous and severe than the EU sanitary regulations introduced in the early 2000s: Diclofenac

 

Veterinary diclofenac kills vultures and caused a dramatic (99%) and rapid decline in the vultures in the Indian subcontinent – significant effort has been spent to successfully ban the marketing of this drug in that region, as non-toxic alternatives exist. The appearance of this drug in Europe – it is now legally on sale in Spain and Italy, and has been exported from Italy to countries like Serbia & Turkey – represents a new and significant threat to the European vulture populations, and creates a precedent that can have global impact on the world´s vultures. The Vulture Conservation Foundation (VCF) has been on this case ever since we were alerted about this significant threat. VCF and BirdLife International prepared and sent this week to the EU a formal request to ban this veterinary drug.

 

Veterinary diclofenac is a non-steroid anti-inflammatory drug that could be used to treat cattle. However, diclofenac causes acute renal failure in vultures. In the last 3 decades, the appearance of veterinary diclofenac in the Indian subcontinent led to the massive decline of several species of vulture there – now only 1% of the tens of millions of vultures that occurred in South Asia remain. Population declines in India over the period 1992-2007 ranged between 97,5% and 99,9%, depending on the species .

 

Vultures die from kidney failure within two days of eating tissues of cattle treated with a veterinary dose of diclofenac. In India, less that 1% of cattle carcasses available to vultures would need to contain a lethal level of diclofenac to account for the observed rapid rates of decline. Cost for the Indian society of the vulture crisis there was estimated at 34 billion US$. A vulture-safe alternative anti-inflammatory drug exists, meloxicam.

 

The licensing of veterinary diclofenac drugs for livestock farming, in Italy and recently in Spain (since 2013), poses a significant new threat for these species in our continent. Unfortunately the necessary risk assessments done in the national approval process did not include the potential significant impact on vultures. The situation in Spain in particular is of high risk, as this country hosts the bulk of the European vulture populations – 90% of the European griffons, 97% of the black vultures, 85% of the Egyptian vultures and 67% of the bearded vultures in Europe. These, and in particular griffons and black vultures (the most common), feed often on carcasses of domestic animals left in the fields, or at dedicated vulture feeding points that offer them large amounts of cattle and swine from extensive and intensive unit.

 

Considering the proven impacts of diclofenac on vultures, the feeding habits of European vultures, and the distribution and the status of vultures in Europe, it is clear that we are facing a potential crisis. This also sets dangerous precedents for African and Asian countries, which could import diclofenac from Europe.

 

For the VCF, the case is crystal-clear – it is really a question of learning from what happened in India! In case of risks to the environment or human health, Member States and/or the Commission can launch a Referral procedure to eventually ban a certain drug. The fact that a safe alternative exists, that the EU nature conservation legislation protects these birds, and the EU tax payer has already invested millions of Euros in the conservation of European vultures, should offer no doubt – Veterinary diclofenac must simply be banned from Europe!

 

We have now sent to the EU and to some EU member states a formal request for them to start a Referral procedure for a withdrawal of marketing authorization of diclofenac under Article 35 of Directive 2001/82/EC, based on its risks for vulture populations in Europe. We have also issued a press release. You can find both the press-release and also a full briefing at www.4vultures.org/news

 

Please send the press-release to your press contacts, and help share this information. You can also write to your veterinary and environmental authorities to press the point.

 

News about this are also out in our Facebook and Twitter – please share and retweet.

 

Let´s hope for the best – but prepare for the worst.

 

José Tavares (VCF)
j.tavares@4vultures.org
Vulture Conservation Foundation
Wuhrstrasse 12. CH-8003 Zurich, Switzerland
Tel. +90 532 461 3463 | http://www.4vultures.org/
Together for Vultures

 

 

 

 

La fausse piste du virus

L’identification de l’agent viral – ou supposé tel – frappant les vautours indiens a résisté à toutes les analyses.

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par Yves Thonnerieux

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Jusqu’à la fin de 2003, pour l’ensemble des experts occidentaux et indiens, il ne fait quasiment aucun doute que les vautours asiatiques succombent d’une affection virale à laquelle leur organisme n’avait jamais été confronté précédemment.

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Le Dr Satheesan, sceptique, a pourtant depuis longtemps fait remarquer que leur statut d’éboueurs et de nécrophages les met depuis l’aube des temps en contact avec des germes ; que la thèse du virus paraît du coup peu crédible. L’identification de l’agent viral – ou supposé tel – frappant les vautours indiens résiste d’ailleurs à toutes les analyses entreprises sur place.

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Pendant ce temps, la classe politique indienne s’englue dans un débat de plus d’un an portant sur l’autorisation d’exporter vers l’étranger des tissus biologiques, en vue de leur analyse : surréaliste !…

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Quand la barrière juridique est enfin levée, des bataillons de vétérinaires, microbiologistes et virologistes américains et anglais prennent le relais de leurs homologues asiatiques, sans plus de réussite ! Les spécimens de vautours examinés ont des dépôts blanchâtres dans leurs viscères ; le foie présentant une forte accumulation d’acide urique cristallisé. Une déshydratation générale associée à des troubles digestifs (entérite) a, de toute évidence, précipité leur décès.

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L’extension géographique – déjà vers le Népal et le Pakistan – de la supposée épizootie est de nature à nourrir les plus vives inquiétudes. Les vautours sont de merveilleux voiliers, capables de se laisser dériver au gré des courants aériens, sur de longues distances, sans la moindre dépense énergétique. Imaginer que le « syndrome de la tête baissée » puisse gagner l’Europe et l’Afrique, via le Moyen-Orient, par l’intermédiaire de vautours fauves erratiques, n’est pas un non sens si la piste de l’agent viral se révèle exacte ! Et le petit monde de l’ornithologie planétaire de trembler à l’idée d’une contagion foudroyante de tous les Gyps existants… Jusqu’à ce que la vérité éclate, il y a deux ans environ (lire ici notre texte principal).

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De quels vautours s’agit-il ?

Sur les charniers du sous-continent indien (lire ici notre article), le vautour chaugoun (ou à dos blanc), Gyps bengalensis, s’associe à deux autres représentants du genre Gyps : Gyps indicus et Gyps (indicus) tenuirostris.

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par Yves Thonnerieux

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Le débat est encore passionné entre les ornithologues qui considèrent que ces deux vautours ne sont que deux races d’une même espèce (en français, le vautour indien) et les partisans d’une séparation en deux espèces bien différenciées. Pamela C. Rasmussen de l’Université du Michigan et Steven J. Parry de l’Université de Londres décrivent une cinquantaine de différences anatomiques subtiles et des divergences comportementales plus convaincantes, comme le fait que tenuirostris niche uniquement dans les arbres, alors qu’indicus occupe prioritairement les falaises rocheuses.

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Parti d’effectifs plus faibles, tenuirostris a peut-être déjà atteint le seuil critique d’une inéluctable extinction.

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Inde : le crépuscule des vautours

Les vautours sont à l’Inde ce que les moineaux représentent chez nous : un élément du décor urbain. Bien plus : leur rôle d’éboueurs constitue l’un des plus sûrs remparts contre les épidémies. Mais il aura suffi de quelques années pour les précipiter au seuil de l’extinction. Regards sur un phénomène qui a des répercussions sur de multiples aspects de la vie des humains.

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par Yves Thonnerieux

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Vautours en Inde - Photo Yves Thonnerieux

Vautours en Inde – Photo Yves Thonnerieux

 

Le pilote d’Air India vient de recevoir de l’aéroport de Delhi les dernières consignes d’approche. Piste dégagée et météo favorable : l’atterrissage est prévu dans quelques minutes. A l’intérieur de la cabine, l’atmosphère reste étonnamment sereine, presque détendue. Moins de 10 années auparavant, l’arrivée à Delhi constituait pourtant la hantise de tous les pilotes de ligne. Par ciel clair et température élevée, l’espace aérien de la grande métropole indienne devenait le terrain de jeu préféré des vautours ! Profitant des ascendances thermiques générées par l’air surchauffé du tarmac, jusqu’à 4 000 d’entre eux constituaient autant d’obstacles potentiels pour les avions de tous acabits en phases d’atterrissage ou de décollage.

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Jusqu’en 1997, l’aviation civile et l’armée indienne, excédées par des impacts à répétition, n’en finissaient pas de réclamer aux autorités gouvernementales des mesures d’éradication des oiseaux planeurs ; ceux-ci étant décrits comme « les ennemis jurés des aviateurs en temps de paix ». Avec des dégâts matériels estimés à 70 millions de dollars par an, auxquels s’ajoutaient des pilotes et des passagers blessés, plus quelques accidents mortels, la cohabitation avions-rapaces faisait beaucoup parler d’elle.

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Au milieu de la décennie 80, deux éminents ornithologues locaux, les Docteurs Salim Ali et Robert B. Grubh, avaient étudié, à la demande des autorités en place, les possibilités de recourir à une limitation des populations de vautours, alors en pleine expansion dans les villes indiennes. Il se trouvait alors des responsables pour prôner leur élimination massive, afin de sécuriser le ciel des grands centres urbains. Dans le rapport livré par ces spécialistes de la gent avienne, l’accent avait été mis sur la seule et unique alternative : la dotation pour chaque agglomération indienne d’une certaine importance d’abattoirs modernes et de structures adéquates de traitement des carcasses.

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D’immenses charniers à ciel ouvert

 

L’usage, en Inde du nord, veut en effet que les animaux morts et les restes de boucherie soient transportés vers d’immenses terrains plats où ils sont confiés aux bons offices de deux catégories d’intervenants : les intouchables et les vautours. Les premiers, dans une odeur écœurante de chairs fermentées et de viscères mises à nue, découpent le cuir, scient la corne, lavent les boyaux (ceux-ci entrant dans la fabrication de la gélatine des films d’une industrie cinématographique connue pour sa prodigalité) ; les seconds se chargent d’engloutir dans leur jabot les restes de viande et de tripaille. Arrivé à son terme, le travail des éboueurs ailés laisse à nouveau le champ libre aux humains qui recyclent les os en engrais agricoles et en poudre de céramique. Le spectacle des pauvres hères et des charognards cohabitant de l’aube au coucher du soleil dans ces lieux infâmes constituait sans nul doute l’un des grands chocs culturels auxquels se trouvait confronté le visiteur occidental fraîchement débarqué en Inde.

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En fait, le développement des populations urbaines de vautours se calquait très étroitement sur celui des ressources alimentaires dont ils disposaient en ville. Or, cette manne allait grandissante ; étant à la fois dopée par l’exode rural et un accroissement démographique global (de 16,57 ‰ entre 1995 et 2000).

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Les recommandations d’Ali et Grubh dans leur rapport de 1984 étaient claires : il fallait « couper les vivres » aux vautours en traitant les carcasses dans des locaux aménagés et non plus à l’air libre. Cette mesure refoulerait obligatoirement les charognards à l’écart des cités et induirait une forte mortalité dans leurs rangs, pour cause de disette. A terme, leurs ardeurs reproductrices se verraient tout naturellement tempérées (la pénurie alimentaire se traduisant chez les animaux par des mécanismes internes de régulation des effectifs).

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Prodigués à des autorités qui s’étaient engagées à respecter un calendrier bien précis dans le cadre de leur Septième Plan Quinquennal, ces conseils ne furent jamais suivis d’effets et l’on continue en Inde du Nord, 20 ans plus tard, à déverser les carcasses sur des terrains vagues. Officiellement, par manque de moyens financiers. Mais probablement aussi par crainte des retombées politiques, ainsi que le soulignaient les deux mêmes ornithologues : « Des dizaines de milliers de familles Harijan de toute la plaine indo-gangétique dépendent entièrement de l’aptitude des vautours à nettoyer les carcasses. La disparition des zones de dépeçage à ciel ouvert priverait ces populations humaines d’un partenariat gratuit avec les vautours et pourrait rapidement dégénérer en troubles socio-économiques, voire en crise politique ».

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Des risques sur la santé humaine

 

Aujourd’hui, les vautours ont à peu près totalement disparu des villes indiennes, du moins dans la moitié nord (nous verrons plus bas dans quelles circonstances). Aux abords des centres d’équarrissage et des décharges, l’atmosphère est devenue irrespirable. Les rats investissent les charniers, tandis que des myriades de mouches colonisent les bidonvilles et les quartiers populaires. Ni les milans noirs (au bec trop faible), ni les chiens errants (dont les effectifs en hausse s’accompagnent d’une recrudescence de la rage) ne parviennent à se substituer aux vautours. Et tous ces pauvres gens dont l’activité se superposait à celle des éboueurs du ciel ont perdu l’essentiel de leurs maigres ressources.

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La menace d’épidémies à l’échelle de plus d’un milliard d’habitants commence aussi à délier les langues. Pour le Dr Prakash, « l’anthrax animal sévit de façon endémique en Inde, en l’absence de campagnes de vaccination correctement orchestrées sur le bétail. Les vaches sacrées (sans doute aussi nombreuses que les hommes !) sont un autre réservoir de cette maladie infectieuse mortelle, terriblement contagieuse. Or, aujourd’hui, des centaines de milliers de personnes, dont l’économie de subsistance dépend des carcasses, manipulent des chairs putrides infectées. C’est précisément chez ces populations défavorisées que les cas d’anthrax relevés ces temps-ci sont les plus nombreux. Et d’autres maladies, comme la tuberculose et la fièvre aphteuse, sont aisément transmissibles à l’homme via les carcasses animales abandonnées à l’air libre. »
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Cherche nécrophages désespérément

 

La disparition des vautours indiens a des conséquences annexes dont il est difficile de se faire une idée juste, vu de l’Occident.

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En Inde, les Parsis sont une minorité socio-religieuse largement impliquée dans la vie économique et politique du pays (la célèbre famille Tata, qui a le monopole de la construction automobile, revendique son appartenance à la communauté des Parsis). Au nombre de 85 000, ils sont les descendants de ceux qui ont émigré de Perse, au Xe siècle, en butte aux persécutions. La religion des Parsis, le Zoroastrisme, est fondée sur le dualisme entre les forces du Bien et celles du Mal (les premières l’emportant toujours sur les secondes). La Terre, l’Eau et le Feu incarnent le Sacré. A ce titre, les rites mortuaires traditionnels (inhumation ou crémation) sont inconcevables : on ne pollue pas ce qu’on vénère. Les « Tours du Silence » de la communauté Parsi de Mumbai (anciennement Bombay) sont d’immenses ossuaires. Au sommet d’un promontoire rocheux dominant la cité, les morts sont livrés aux vautours. Leurs os dénudés sont ensuite séchés au soleil puis jetés dans un puits central pour l’éternité.

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Telle était du moins la tradition funéraire des Parsis de Mumbai il y a encore quelques années en arrière. Depuis, la quasi-disparition des vautours indiens est venue semer le trouble et la confusion. Cette situation est vécue comme un drame par la communauté Parsi tout entière. A raison de trois décès quotidiens, une centaine de vautours est ordinairement requise pour remplir le rôle que l’on attend d’eux.

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Plus de 99 % de mortalité en 5 ans

Tout a commencé en 1996 dans la réserve ornithologique de Keoladeo Ghana (ou Bharatpur), près d’Agra, au Rajasthan. Cette année là, le Dr Vibhu Prakash, biologiste réputé en Inde pour ses travaux sur les rapaces, observe un très étrange comportement chez les vautours : posés au sol ou sur les arbres, ils demeurent prostrés, la tête basse. Cette apathie se prolonge ; et chaque jour, le Dr Prakask note que des vautours morts restent suspendus dans les branches, décèdent en couvant ou tombent à terre, privés de vie.

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Vautours en Inde - Photo Yves Thonnerieux

Vautours en Inde – Photo Yves Thonnerieux

Le cas de Bharatpur se généralise bientôt à l’ensemble de l’Inde septentrionale et centrale. Dès novembre 1998, le recensement, « Vulture Alert », lancé par le Dr Asad Rahmani, Directeur de la Bombay Natural History Society, illustre progressivement l’étendue d’un désastre ; et le « syndrome de la tête baissée » déborde rapidement du strict cadre géographique des frontières indiennes pour gagner le Népal et le Pakistan.

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Le climat de cabale alimenté par les partisans d’une éradication des vautours en Inde, au nom de la sécurité du transport aérien, entretient longuement la suspicion : il est tentant de croire, en effet, qu’une campagne d’empoisonnement a été orchestrée au plus haut niveau de l’Etat, dans la clandestinité.

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Le Dr S. M. Satheesan, du WWF-India, défend la thèse de l’empoisonnement massif ; pas forcément sous l’angle d’un acte volontaire, planifié par une autorité influente. Pour Satheesan, les vautours indiens ingèrent des produits toxiques par l’intermédiaire des carcasses et il demande que soit trouvé dans quelles conditions. Mais cette intuition se perd dans les éclats de voix des partisans d’une origine virale qui n’en démordront pas pendant des années (lire ici).

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La véritable origine du mal

La nouvelle tombe en février 2004, après des années de noir absolu : le Dr Lindsay Oaks, travaillant pour l’association The Peregrine Fund (spécialisée dans la protection des oiseaux de proie), finit par isoler un agent chimique qui est à l’origine de l’hécatombe. Son nom – le diclofénac – ne nous est pas familier. Il est pourtant couramment prescrit en thérapeutique humaine pour ses propriétés anti-inflammatoires, notamment en présence d’arthrose et de rhumatismes.

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En Inde et dans les pays limitrophes, ce produit est largement utilisé en usage vétérinaire depuis la fin de la décennie 90. Il apparaît que les vautours du genre Gyps (lire ici) se montrent particulièrement sensibles à cette molécule, même à faible dose, à la différence des autres espèces de nécrophages (milans noirs et vautours appartenant à des genres voisins) qui se nourrissent pourtant sur les mêmes charniers d’abattoirs.

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La science a donc fini par lever le doute ; mais l’effondrement des populations de vautours du sous-continent indien est si forte qu’on se demande si les survivants parviendront à reconstituer leurs effectifs d’avant pour s’inscrire à nouveau dans le cycle de la vie et de la mort que plus d’un milliard d’humains attend d’eux.

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Pour influer favorablement sur le cours de choses, quelques dizaines de vautours rescapés, capturés dans plusieurs états indiens, ont rejoint en 2003 un centre d’élevage situé dans l’Haryana, où on attend d’eux qu’ils se reproduisent. Leur descendance servira de réservoir à de futures réintroductions. Mais à quelle échelle par rapport à l’immensité du territoire qu’il conviendrait de repeupler, sachant que pas moins de 10 millions de vautours sont morts en un rien de temps ? D’ailleurs, n’est-il pas déjà trop tard pour l’un d’entre eux, Gyps (indicus) tenuirostris (lire ici) ?

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Alerte au poisson lièvre sur les côtes algériennes

L’alerte lancée par le ministère algérien de la Pêche sur la présence du poisson lièvre en Méditerranée et sur le risque mortel lié à sa consommation, a permis en même temps d’attirer l’attention sur les espèces invasives, c’est-à-dire celles qui ne sont pas nées en Méditerranée et qui viennent d’ailleurs s’y installer pour longtemps, voire définitivement, souvent au détriment des espèces « locales ».

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par M’hamed Rebah

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La Méditerranée donne l’impression d’une mer fermée ; elle est quasi-fermée, corrige-t-on souvent, car, en fait, elle est ouverte à l’Atlantique par le détroit de Gibraltar et à la mer Noire par les détroits du Bosphore et des Dardanelles, issues naturelles, et, depuis 1869, à la mer Rouge par le Canal de Suez, voie artificielle.

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Les spécialistes estiment que la Méditerranée est la mer la plus envahie du monde. Depuis le percement du canal de Suez, près d’un millier d’espèces exotiques, faune et flore, dont près de 130 espèces de poissons, sont entrées en Méditerranée à partir de la Mer Rouge, et même l’océan Indien, directement ou par le biais du transport maritime (dans les eaux de ballast ou sur les coques des bateaux). Les scientifiques ont donné un nom à ces espèces : lessepsiennes du nom de Ferdinand de Lesseps, ingénieur français, qui fit creuser le canal. Grâce à lui, les espèces de l’Océan indien n’ont plus à faire le tour de l’Afrique après avoir franchi le cap de Bonne Espérance pour passer en Méditerranée par le détroit de Gibraltar.

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Le poisson lièvre n’a pas fait tout ce chemin pour arriver sur nos côtes. Les responsables du secteur de la pêche ont insisté sur la toxicité de ce poisson à la consommation. Il renferme une substance toxique (la tétrodone) qui entraîne la mort en cas d’ingestion. Pour rassurer, ils signalent que ce poisson ne présente pas de danger en cas de contact direct avec l’être humain ni aucun élément de contamination pour les espèces pêchées avec lui. Mais, toutefois, ils appellent à la prudence en recommandant une désinfection. Les pêcheurs algériens semblent partagés sur l’ampleur du danger, certains ignorent jusqu’à l’existence de ce poisson, d’autres disent l’avoir ramené dans leurs filets, mais très rarement. Même si rien n’indique que cette espèce s’est multipliée et s’est établie près de nos côtes, les responsables ne prennent pas le risque à la légère. Ils se sont adressés au public concerné directement d’abord à travers les radios régionales puis les médias nationaux pour mettre en garde les citoyens et notamment des professionnels de la mer pour ne pas pêcher, commercialiser ni, encore moins, consommer ce poisson toxique.
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La question qui se pose maintenant est de savoir s’il est possible d’empêcher la propagation de cette espèce et d’éviter les problèmes posés par son impact dévastateur sur tous les plans et en premier lieu sur le consommateur. Si elle arrive à s’établir, la mission devient presque impossible, avertissait, il y a quelques années, Stefan Kalogirou, un spécialiste du département d’écologie marine à l’Université de Göteborg, en Suède, qui a étudié la structure et le fonctionnement des communautés de poissons dans les prairies sous-marines et sur les fonds sableux côtiers de l’île de Rhodes, dans le sud-est de la Grèce.

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Il est certain que les consommateurs observeront avec la plus grande minutie le contenu du casier avant d’acheter des poissons en vrac.

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Cet article est paru dans Reporters (quotidien algérien).

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La place du couffin en alfa dans l’économie verte en Algérie

En marge de la Conférence ministérielle africaine sur l’économie verte, organisée les 22 et 23 février 2014, par le ministère de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement, à Oran, une exposition était prévue au niveau du Palais des Expositions du centre des conventions d’Oran, en appui aux communications données à cette occasion.

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par M’hamed Rebah

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Une place devait y être réservée aux activités artisanales ancestrales liées à l’alfa et au «doum», «écologiques» par excellence, en plein dans l’économie verte, pour reprendre le concept consacré, et qui courent des sérieux risques d’extinction alors qu’elles étaient très répandues autrefois dans les régions des hauts plateaux en Algérie.
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Dans la wilaya de Tissemsilt que le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, vient de visiter, la chambre de l’artisanat et des métiers (CAM) a mis en œuvre un programme visant à les réhabiliter sur la base d’une étude sur la confection alfatière et de doum. Il sera fait appel aux anciens artisans pour les associer dans l’encadrement d’ateliers de formation gratuite dans ce domaine. Le mouvement associatif participera à ces actions de formation. C’est le cas de l’association « Hawaa de l’Ouarsenis » pour la promotion de la femme, qui se prépare à lancer lancement une action dans ce sens à l’aide de matières extraites de l’alfa et du doum au profit des femmes au foyer.

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L’incitation économique peut venir du projet national de remplacer les sachets en plastique par les couffins d’alfa et de doum. Ce projet est, justement, parrainé par le ministère de l’aménagement du territoire et de l’environnement. La Conférence ministérielle africaine sur l’économie verte offre l’opportunité de faire la promotion de ce projet et de ses objectifs en matière d’économie verte. Des modèles de couffins produits par l’association « Hawaa de l’Ouarsenis » ont été déjà été exposés, apprend-on, au niveau de la CAM et des directions locales de l’aménagement du territoire et de l’environnement, du tourisme et de l’artisanat ainsi que dans les établissements de jeunes.

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Cette conférence de haut niveau donne la possibilité de faire rayonner, au niveau africain et même plus largement international, les produits écologiques du terroir algérien. En effet, cette conférence devait connaître, selon le communiqué des organisateurs, la présence de plus de 800 participants et être rehaussée par la présence de plusieurs ministres africains de l’Environnement et du Développement Durable, d’importantes personnalités et d’éminents experts internationaux. Le thème est tout indiqué pour y inscrire ces produits «verts». En effet, les travaux de la conférence devaient porter sur les sujets en rapport avec la promotion, sur le continent africain, d’une autre voie pour un développement équilibré soucieux de préserver les ressources naturelles de l’Afrique ainsi que la promotion d’une économie respectueuse de l’environnement.

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Selon le communiqué du ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement, « les participants auront à échanger sur une démarche pouvant répondre aux attentes et aux besoins du continent africains en termes de développement humain et de lutte contre la pauvreté, d’accès à l’énergie pour tous, une meilleure santé, une meilleure gestion des déchets et création de chaînes de valeurs vertueuses notamment autour des proposition alternatives visant la promotion des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique dans le cadre du développement durable ». On voit que le projet de remplacement des sacs en plastique par les couffins en alfa a toute sa place dans la thématique de la conférence.

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Cet article est paru dans Reporters (quotidien algérien).

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