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Catégorie ‘ACTUALITES’

Dans l’antre d’un maître en peintures naturelles

L’entreprise Peinture Fischer est l’un des six établissements français à être labélisés « entreprise du patrimoine vivant ». Véritable alchimiste, Patrick Fischer y retrouve les recettes de la peinture d’avant la chimie du pétrole.

 

par Magali Reinert

 

Patrick Fischer dans son atelier - photo Carine Mayo

Patrick Fischer dans son atelier – photo Carine Mayo

 

En arrivant devant cette entreprise de peinture, rien ne permet de prédire la magie qui va s’opérer quelques minutes plus tard. Un bâtiment bleu défraichi au bord la route, et derrière les portes en verre dépoli, un bureau austère, banal. Mais déjà l’œil s’arrête sur un prix accroché au mur.

 

L’entreprise fait partie des six établissements français à être labélisés « entreprise du patrimoine vivant » (EPV). Une marque décernée par l’Etat pour distinguer les entreprises aux savoir-faire artisanaux d’excellence.

 

Le dédale de pièces qui suit est encore plus surprenant. Mais avant de se perdre dans l’atelier du fabricant de peinture, revenons sur le personnage. Sans crier gare, avec sa blouse blanche tachée, son allure discrète, Patrick Fischer commence à nous raconter son histoire. Et on reste suspendu à ses lèvres, pour un voyage qui nous conduira de la Renaissance italienne aux grottes de Lascaux, d’un monastère crétois aux usines désaffectées de Sienne.

 

Le prêt à l’emploi made in US

 

Patrick Fischer a grandi avec l’odeur de térébenthine dans l’entreprise paternelle « Peinture Fischer ». Mais la mécanographie – l’informatique à l’heure des cartes perforées – lui semble plus dans l’air du temps. Adieu pots de peinture. Le charme de la bureautique n’a pourtant qu’un temps. Recruté par les chasseurs alpins, il trouve sa voie. Pas celle de l’armée, non. Mais les expéditions lui offrent parfois l’occasion de mettre à profit son talent de restaurateur de vieilles boiseries acquis dans le giron Fischer.

 

Et quand son père le rappelle près de lui pour reprendre l’affaire familiale, il est prêt. Appliqué, il suit des études sur la fabrication de la peinture. Et passe son brevet de compagnon. Son maitre-peintre est de la vieille école. Le prêt à l’emploi made in US n’a pas l’heur de le séduire. Et il assène à son élève : « prépare ta peinture toi-même pour savoir ce qu’il y a dedans ».

 

Mais si son CV s’allonge, une nouvelle expérience vient chambouler le jeune étudiant. Alors qu’il repeignait le mur d’une classe, il entend un professeur demander à son élève aveugle de lui désigner la feuille rouge. Choqué par cette attitude, Patrick Fischer intervient. Et alors patatras. Le spectre des couleurs se brouille. Il réalise que cet enfant, sans y voir, est capable de reconnaître les couleurs en passant sa main sur les feuilles. La couleur prend alors toutes ses dimensions : ondes, rayons, pigments, lumières, matières…

 

Le trésor des moines orthodoxes

 

Le jeune homme décide alors de redécouvrir la peinture. Par des chemins détournés. Un jour, alors qu’il guide une expédition dans les montagnes crétoises, il va découvrir un trésor. Les marcheurs trouvent le gîte dans un vieux monastère orthodoxe. Là, Patrick Fischer remarque rapidement que les moines préparent eux-mêmes leurs peintures avec des œufs, de la crème fraiche, des pigments naturels. Voyant la réticence des moines à partager leur secret, il leur propose un marché : « Je vous montre comment restaurer les vieilles fresques ternies de votre chapelle et vous me donnez vos recettes ». Les moines lui confient alors leur bibliographie d’ouvrages du XIVe et du XVe siècle.

 

Et voilà comment les peintures Fischer s’inspirent des recettes de Giotto ou de Michel-Ange. Cire d’abeille, crème fraîche, chaux, poussière de marbre, savon noir, lait, bière… L’alchimiste Fischer redécouvre et améliore les recettes. Le laboratoire de fabrication des peintures ressemble d’ailleurs à une cuisine, avec casseroles, mixeurs, balances. Où les solvants toxiques et les colorants chimiques sont bannis.

 

Une autre pièce de l’atelier est digne d’une boutique d’apothicaire. Des pots d’ocres et de graines s’alignent en dégradé. Ces pigments sont le fruit d’une quête permanente. Lors d’un voyage à Sienne, Patrick Fischer met la main dans une ancienne usine désaffectée sur 50 kg de terre de sienne, une ressource aujourd’hui épuisée. Alors, il les garde précieusement comme repère pour retrouver cette couleur. Il parcourt aussi d’anciennes carrières où il va gratter des ocres méconnues. Et depuis quelques années, le peintre s’est fait jardinier. Dans son jardin botanique poussent garance, ortie et autres plantes utiles pour leurs pigments bigarrés.

 

100 m2 de béton et Michel-Ange

 

Patrick Fischer travaille avec une douzaine d’employés, devenus maîtres dans l’application de ses peintures naturelles. L’absence de solvant et de conservateur rend leur maniement difficile. L’entreprise refuse d’ailleurs de vendre les peintures si elle n’assure pas le chantier, car les techniques d’application sont complexes. A moins que le client accepte de suivre une formation.

 

Pour les particuliers, le devis est parfois rédhibitoire. Impossible pour l’entreprise artisanale de s’aligner sur les prix de la peinture en bâtiment. Mais l’artisan a des arguments. Outre la qualité des textures et des couleurs, il nous rappelle l’intérêt écologique des peintures naturelles. Car les étiquettes A+++ collés sur les pots ne devraient pas nous convaincre : elles contiennent encore 40 % de produits chimiques.

 

Fort du label EPV, Fischler et son équipe assurent aussi des chantiers de restauration, comme celui des peintures murales du couvent du Mont Saint-Odile. Et pour boucler la boucle, le peintre en bâtiment travaille avec des artistes pour réaliser des projets contemporains. 100 m2 de béton dans l’église Sainte-Marie à Colmar sont recouverts grâce à une technique empruntée à Michel-Ange.

 

Ce reportage a été réalisé dans le cadre d’un voyage JNE au Salon BiObernai 2014.

 

Le souci écologique des industriels algériens : sauver les terres agricoles

En Algérie, le ministère de l’Industrie se préoccupe de la préservation des sols. Paradoxal ?

 

par M’hamed Rebah

 

« Pour la sauvegarde des terres agricoles de la bande du littoral, l’investissement industriel sera délocalisé, pour l’essentiel, vers les régions des Hauts plateaux ». Cette orientation qui prend en charge des préoccupations écologiques – la préservation de la ressource-sol et la protection du littoral – est donnée par le ministre algérien de l’Industrie et des Mines, Abdeslam Bouchouareb. On aurait pu l’attendre du ministre de l’Agriculture et du Développement rural, dont les missions sont directement centrées sur le souci de la sécurité alimentaire qui impose de préserver les terres à vocation agricole.

 

Il faut préciser que l’intérêt de l’un et l’autre est dominé par une considération non pas écologique, mais purement économique : la nécessité de réduire la facture des importations de produits alimentaires, un objectif qui ne peut être concrétisé, selon eux, que si l’on respecte l’impératif de la préservation des terres agricoles. Sinon, à quoi servirait l’allocation accordée par le prochain plan quinquennal au développement agricole, qui s’élève, a rappelé Abdesselam Bouchoureb, à plus de 255 milliards de DA pour la seule année 2015 (soit près de 2,5 milliards d’euros).

 

La préoccupation écologique, à travers la préservation des terres agricoles, n’est pas nouvelle au ministère de l’Industrie. Elle était exprimée déjà au plus fort de l’époque de « l’industrie industrialisante », dans les années 1970, mais la structure spécialement dédiée à la protection de l’environnement, et qui était censée prévenir le risque de détournement du foncier agricole pour les besoins des projets industriels, ne pouvait rien face à la volonté de « rattraper le retard » sur les pays développés, traduite sur le terrain en complexes géants dans toutes les branches.

 

Ce que l’industrie a épargné, a été ensuite « bouffé » par les constructions d’habitations, les hangars de stockage et les autres infrastructures de base, comme les routes. Une petite visite dans les zones industrielles et dans les agglomérations urbaines suffit pour constater la disparition des terres agricoles et des cultures qui faisaient leur réputation : orangeraies, vignobles, maraîchages,…Tout cela en violation de la loi, évidemment, car il n’y avait, au moment des faits, le vide juridique qui pouvait permettre un tel détournement des terres agricoles de leur vocation.

 

Il y a moins de deux mois, à l’occasion de l’Assemblée plénière, tenue à Rome, du Partenariat mondial sur les sols (GSP), l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) rappelait que les ressources en sols de la planète sont limitées et insistait sur la nécessité d’arrêter leur dégradation afin que les générations futures puissent répondre à leurs besoins en nourriture, en eau, en énergie et en matières premières. L’éradication de la faim, de l’insécurité alimentaire et de la pauvreté, sont à ce prix, faisait remarquer la FAO.

 

L’avertissement lancé par Maria Helena Semedo, Directrice générale adjointe de la FAO, semble adressé aux Algériens : « Le sol est la base même de l’alimentation humaine et animale, de la production d’énergie et de fibres ». « Sans les sols, ajoute-t-elle, aucune vie sur terre n’est possible, et lorsque des sols disparaissent, ils ne peuvent se renouveler à notre échelle de temps ». Elle a tiré la sonnette d’alarme sur l’accélération du rythme actuel de dégradation des sols qui menace la capacité des générations futures de satisfaire leurs besoins fondamentaux.

 

A retenir : l’ONU a proclamé le 5 décembre Journée mondiale des sols et 2015 Année internationale des sols. Un large travail de communication et de sensibilisation dans ce domaine peut être préparé dès maintenant.

 

Cet article a été publié dans le magazine algérien Reporters.

 

Méditerranée : le mystère des migrations du thon rouge

Quel cheminement suit le thon rouge en Méditerranée ?

 

par M’hamed Rebah

 

Les experts avouent que leurs connaissances à ce sujet sont bien limitées. Ils reconnaissent que « les mouvements migratoires du thon rouge à l’intérieur et à l’extérieur de la mer Méditerranée n’ont pas été suffisamment étudiés ». Or, il est important de le savoir, la Méditerranée étant la principale frayère du thon rouge de l’Atlantique. Des indications ont été recueillies par les spécialistes sur les périodes et les lieux de ponte en Méditerranée, mais ils estiment que « de nombreuses incertitudes ou lacunes subsistent concernant les mouvements migratoires exacts du thon rouge entre l’océan Atlantique et les frayères, la durée de son séjour en Méditerranée, les différences de migrations entre spécimens jeunes et adultes, entre thons résidents en Méditerranée occidentale ou orientale, entre différents individus au sein d’une même zone ».

 

S’agissant d’une espèce très prisée pour sa très grande valeur marchande, la surveillance des stocks de thon rouge est devenue une affaire vitale et la meilleure manière d’observer ce poisson est le marquage afin de collecter les données qui permettent de mieux connaître ses habitudes et de prendre les mesures qui s’imposent pour empêcher son extinction.

 

Un système de gestion du thon rouge a été ainsi mis en place pour une exploitation durable par les pays concernés. Un programme de recherche sur le thon rouge a été également mis en œuvre depuis 2010, sous le nom ICCAT/GBYP, consistant en une campagne de marquage du thon rouge lancée dans l’océan Atlantique et dans la mer Méditerranée. La réussite de l’opération de marquage du thon rouge repose ainsi sur le nombre de marques récupérées.  Depuis son lancement en 2010 par la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (ICCAT), le marquage a concerné 22 000 poissons du côté de la Méditerranée et de l’Atlantique, avec un taux de récupération insignifiant, 1 %, a-t-on appris, malgré les récompenses promises à ceux qui rendent les tags trouvés sur le thon rouge pêché.

 

Les professionnels algériens de la pêche au thon rouge ont été invités à participer à cette opération. Le directeur de projets au bureau d’études français Cofrepêche, Etienne Jarry, est venu spécialement à Alger pour expliquer l’opération aux professionnels algériens. Il l’a fait, mardi 3 septembre 2014, à l’occasion d’une journée d’information et de sensibilisation, initiée par la Chambre algérienne de la pêche et de l’aquaculture (CAPA) et organisée à l’Institut national supérieur de la pêche et de l’aquaculture (INSPA).

 

Les pêcheurs algériens répondront-ils à l’appel d’Etienne Jarry en retournant à l’ICCAT les marques qu’ils trouveront sur le thon rouge ? Toute cette opération vise à donner des bases scientifiques aux décisions de l’ICCAT concernant les quotas de pêche. Cet organisme a décidé de ne pas augmenter les quotas de pêche pour le thon rouge pour 2014 : 13.400 tonnes dans l’Atlantique est et la Méditerranée, et 1.750 tonnes dans l’Atlantique ouest.

 

Cet article a été publié dans le magazine algérien Reporters.

 

Les « Hybridations » d’Alexis Tricoire


Les grandes serres du Jardin des Plantes à Paris accueillent une étonnante exposition du designer et scénographe Alexis Tricoire


par Christine Virbel

Expo
Des pièces issues du recyclage de l’industrie et de l’artisanat français des brosses se sont installées parmi les plantes, apportant une vision nouvelle du naturel. Les brosses composent un nouvelle mise en scène des paysages reconstitués dans les serres et les subliment. Ces éléments industriels permettent également de repenser la dualité nature/culture et de réaliser combien le développement industriel s’inspire de la nature. Ainsi, des lianes de brosses comme des lianes végétales entourent des branches d’arbres. Des fleurs métalliques en brosse rondes forment des fleurs exotiques aussi chatoyantes que les naturelles.

Muséum National d’Histoire Naturelle – Grandes Serres du Jardin des Plantes – www.mnhn.fr
jusqu’au 24 novembre

Alerte chez les castors

Dans le Cher, une mortalité anormale des castors sur l’axe ligurien inquiète les associations naturalistes locales.

par Danièle Boone

Castor mort en bordure de Loire © Alain Favrot

Castor mort © Alain Favrot


Habitué à descendre la Loire en canoë, Yvan Thibaudat, de Loire Nature Découverte, comptait chaque année 3 ou 4 cadavres de castors. Mais cette année, au dixième cadavre découvert, il a suspecté un problème et alerté l’ONCFS (Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage). Tous les naturalistes qui arpentent le Bec d’Allier ont fait la même constatation : les chantiers des rongeurs étaient bien moins actifs. La famille que je suivais personnellement a été réduite à un seul individu dès avril. Ce dernier a visiblement disparu en août. Après en avoir trouvé un, mort sur une grève du Bec d’Allier, Alain Favrot, vice président de Nature 18, a recherché des indices d’activité habituellement très nombreux au Bec en différents endroits. Il n’a trouvé que quelques baguettes fraîchement écorcées au nord de l’étang le plus en amont de la carrière, c’est tout ! Il a également été trouvé un cadavre dans la Réserve Naturelle Nationale du Val de Loire.


A ce jour hélas, le mystère demeure entier. Selon l’ONCFS, les cadavres trouvés n’étant pas assez frais, aucune analyse n’a pu être réalisée. Pour François Moutou (JNE), épidémiologiste et mammologiste, « il est dommage que ces cadavres n’aient pas été conduits vers le laboratoire départemental d’analyse vétérinaire pour faire faire une autopsie. Un traumatisme reste visible sur un cadavre un certain temps et certaines molécules chimiques (cas d’empoisonnement volontaire ou non) restent décelables également quelque temps. »

Christophe Renaud, de l’ONCFS, se veut rassurant : « Les conditions ont été très particulières cette année. Avec les crues en plein été, certains castors ont pu être noyés dans les terriers ou bien les terriers ont été fragilisés. Les castors ont peut-être quittés l’axe ligurien pour se réfugier en amont. Bien sûr, ce ne sont que des hypothèses. »

Mammifère

Castor © Danièle Boone

Les castors sont réapparus dans le département du Cher vers 1985 à la suite des réintroductions réalisées dans le Loir-et-Cher. Les premiers recensements datent de 1990-1991. Depuis, leur expansion est continuelle. Ils ont colonisé de nombreux affluents jusqu’en Champagne berrichonne. Depuis 2001, on les trouve sur l’axe Cher à Quincy, Saint-Florent, Villeneuve… et chaque année, y compris en 2014, des indices de présence dans un nouveau lieu sont découverts. D’après Christophe Renaud, il est probable qu’un jour, on les trouve sur toutes les rivières du département.


La pression des observations est particulièrement forte sur l’axe ligurien. C’est sans doute pourquoi ce phénomène inquiétant qui préoccupe les associations naturalistes du département a été rapidement détecté. Il serait sans doute bon de savoir si, sur le reste du département, tout va bien. Un appel a été fait par Nature 18 auprès de ses adhérents pour qu’ils fassent part de leurs observations via sa base de données Visionature.

 

La Grande Galerie de l’Evolution fête les 20 ans de sa réouverture

Le 16 septembre dernier, une conférence de presse était organisée à la Grande Galerie avec Paul Chemetov, l’un des deux architectes ayant remporté le concours pour la rénovation des lieux avec Borja Huidobro, et Thomas Grenon, Directeur général du MNHN (Muséum national d’Histoire naturelle).

 

par Marc Giraud

 

La maquette de la Grande Galerie du Muséum national d'histoire naturelle - photo Marc Giraud

La maquette de la Grande Galerie du Muséum national d’histoire naturelle – photo Marc Giraud

 

Thomas Grenon, qui est issu du monde de la culture, entend rouvrir les grands escaliers historiques, qui ne sont pas utilisés aujourd’hui. Paul Chemetov a expliqué son projet, qui voulait de l’intimité, de la sobriété, et une jonction entre le passé et l’avenir.

 

Dans le cadre des Grands Travaux, François Mitterrand inaugurait la Grande Galerie en 1994. Celle-ci met en scène 7000 spécimens naturalisés, y compris des espèces disparues comme le thylacine, et a déjà attiré quelque 13 millions de visiteurs depuis son ouverture. Un vrai succès, qui a des répercussions positives sur l’ensemble du Jardin des Plantes. Notons que 65 % des visiteurs des la Grande Galerie ont moins de 12 ans.

 

Les anciens, qui ont connu les lieux avant la restauration, quant à eux, regretteront certainement la profusion fantastique d’espèces qui étaient exposées, et l’émotion face à ces vitrines remplies de bestioles et d’oiseaux à l’infini. On n’y allait pas forcément pour apprendre, mais pour découvrir, pour s’émerveiller. Aujourd’hui, le bâtiment restauré est somptueusement éclairé et mis en valeur, magnifique, mais plus froid, plus sage, dénué de sauvagerie. La fréquentation humaine prend désormais plus d’espace sur les collections animales, à l’image de la nature aujourd’hui…

 

Loups, requins, ours, et compagnie : plaidoyer pour les mal-aimés

 


par Yves Paccalet

 

Partout dans le monde, notamment en France, les mauvaises nouvelles se succèdent : les espèces sauvages sont malmenées, attaquées, empoisonnées, piégées, vendues en captivité, mitraillées, bétonnées, éliminées avec une fureur obsessionnelle. Notre espèce ne supporte plus ce qui lui semble étranger, ce qui la gêne, ce qui lui coûte un peu d’argent, ce qui perturbe sa folle illusion du bonheur par la « croissance ».

 

En France, les voix les plus haineuses s’élèvent pour que soient massacrés les bouquetins du Bargy, les loups partout et les ours dans les Pyrénées. Hélas, les autorités de l’État, poussées par quelques politiciens à courte vue et quelques groupes d’éleveurs ou de chasseurs braillards, autorisent ce que jamais je n’aurais cru possible : des « prélèvements », des « campagnes d’assainissement » ou des « tirs d’effarouchement » (ah ! ces litotes !) d’espèces protégées jusque dans des parcs nationaux !

 

Les grands animaux sont les victimes offertes de cet holocauste. Ils sont indispensables à l’équilibre des grands milieux naturels. Mais il y a peut-être plus important : ils font partie de nos rêves.

 

En anéantissant ces splendeurs qui, parfois, nous blessent ou signent notre mort, nous perdrions bien davantage. Nous nous couperions des racines mêmes de notre culture. Nous renierions une large part de notre civilisation.

 

Yves Paccalet développe cette idée dans son essai Éloge des mangeurs d’hommes, qui paraît le 1er octobre aux Éditions Arthaud, et dont vous pouvez découvrir un extrait en cliquant ici.

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Cet éditorial, comme tous ceux de ce site, n’engage que son auteur.

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Incroyables Comestibles : changement de paradigme en marche ?

Les JNE étaient présents au salon BiObernai 2014, qui se tenait du 14 au 16 septembre. Voici le premier de nos reportages et articles réalisés à cette occasion.

 

par Suzanne Körösi

 

photo Magali Reinert

Une butte de permaculture devant chez François Rouillay, arborant le petit panneau : »Nourriture à partager » – photo Magali Reinert

 

À Colroy-la-Roche (Bas-Rhin), François Rouillay nous reçoit devant sa maison, à côté de son emblématique jardinière où, en 2012, il a planté des légumes et affiché : « Nourriture à partager, servez-vous librement, c’est gratuit ». C’est avec ce bac qu’il a commencé, épaulé par Jean-Michel Herbillon, à faire connaître en Alsace et en France le mouvement Incroyables Comestibles. Les deux amis sont conseillers en développement territorial et cherchent depuis pas mal de temps une réponse à la question de la sécurité alimentaire. L’idée de partage, de solidarité, de coopération les enthousiasme, ils s’engagent dans ce qu’ils appellent l’agriculture urbaine « troisième génération ».

 

Le mouvement Incredible Edible – Incroyables Comestibles en français – a été lancé en 2008 par les habitants de Todmorden, dans le nord de l’Angleterre. Dans cette petite ville de 15 000 âmes, touchée de plein fouet par la crise, un beau jour, hommes, femmes et enfants se mettent à cultiver des légumes à partager, Food To Share. Leurs jardins deviennent des espaces ouverts à tous, des lieux de convivialité.

 

Collectivement ils allègent bien sûr leur budget nourriture, ils découvrent aussi l’intérêt de manger local, sain, avec les voisins. Ils envoient aux oubliettes le vieux principe so british « My home is my castle », et l’échangent avec un autre, celui du buen vivir. Todmorden a changé de visage en quelques années. Cette cité industrielle en déclin retrouve un nouveau dynamisme.

 

Depuis 2012, l’enthousiasme de François et de Jean-Michel ne tarit pas. L’idée prend d’abord à Colroy-la-Roche, puis ils partent à la conquête d’autres villes en France et dans le monde. Ils sont fiers du résultat : dans 22 régions en France métropolitaine et dans les territoires d’Outre-Mer, il y a aujourd’hui des quartiers Incroyables Comestibles; et ils trouvent des partenaires en Palestine et en Afrique.

 

À la Chenaudière, premier Relais & Châteaux créateur d’un jardin partagé, où nous arrivons par un parcours parsemé de joyeuses installations de « Nourriture à partager », on évoque avec François et Jean-Michel d’autres mouvements qui témoignent de l’attention portée à la question de la souveraineté ou autonomie alimentaire.

 

Jusque récemment, cette question ne concernait que les pays pauvres, souffrant des effets du changement climatique, des guerres et du dumping des pays riches, qui bouleverse et étouffe les cultures vivrières locales.

 

Aujourd’hui, une fraction toujours grandissante de la population mondiale vit dans des villes. Avec l’épuisement des énergies fossiles, la pollution généralisée, et les crises économiques, dont on ne sort pas depuis six ans et qui laissent des pans entiers de la société sans ressources, le concept de souveraineté alimentaire fait tilt aussi dans les pays riches.

 

Le mouvement Villes en transition, lui aussi parti d’Angleterre, a également un grand écho international depuis son lancement à Totnes par Rob Hopkins (lire ici le compte-rendu du voyage des JNE à Totnes). On a planté des kilomètres d’arbres fruitiers, entre autres des noyers, des kilomètres carrés de jardins urbains partagés, pour rendre les villes résilientes à la crise actuelle et à celles à venir.

 

D’autres efforts, qui prennent de l’envergure, viennent des municipalités : New York, Toronto, Montréal, Berlin, Leeds, Rennes, pour citer quelques exemples, abordent la question chacune à sa manière, mais elles se mobilisent toutes pour assurer aux citadins l’autosuffisance, l’autonomie alimentaire. Elles cherchent à mettre en place les conditions légales, économiques et urbanistiques du développement de l’agriculture dans la ville et autour de la ville. Elles visent aussi à recréer les ceintures nourricières qui existaient jusqu’aux années 60 autour de la plupart des villes. Elles soutiennent également l’installation de jardins partagés, où citadins et citadines peuvent se réapproprier la production de nourriture.

 

Tormoden, Colroy-la-Roche, les Incroyables Comestibles partout où ils existent, s’inscrivent dans les nouvelles formes de production et consommation de nourriture. Un nouveau paradigme est en marche.

 

Mais ce nouveau modèle – économique, social et culturel – sera-t-il suffisamment fort devant les menaces potentielles des multinationales de l’agro-alimentaire et de la chimie, susceptibles de vouloir mettre la main sur ces aliments, si ces mouvements prennent trop d’ampleur et diminuent leurs profits ? La question reste ouverte.

 

AJEC 21 : les journalistes de l’environnement et de l’écologie unis contre les changements climatiques

C’est une évidence, les changements climatiques sont en cours. Le 5e rapport d’évaluation du GIEC nous rappelle l’ampleur du phénomène et de ses conséquences prévisibles. Publié le 6 septembre, le 4e tome du rapport sur l’évolution du climat de la France annonce, sans ambigüité, des lendemains qui déchanteront dans certaines régions, si nous n’agissons pas dès maintenant.

 

Dans quinze mois, la France sera l’hôtesse de la 21e conférence des parties à la convention de l’ONU sur les changements climatiques. C’est à l’issue de cette 21e « COP » que devrait être conclu un « accord universel » de maîtrise des émissions anthropiques de gaz à effet de serre.

 

Cet accord engagera l’humanité toute entière, des plus grandes nations aux individus. En informant ses milliards de lecteurs, d’auditeurs, de téléspectateurs et d’internautes, la communauté journalistique mondiale sera l’un des rouages de ce changement de paradigme.

 

Pour accélérer le rythme, la communauté française des journalistes spécialisés en environnement s’engage. Ce mardi 16 septembre 2014, leurs deux associations — l’AJE et les JNE — créent l’Association des journalistes de l’environnement et du climat (AJEC 21).

 

L’AJEC 21 accompagnera, dans leur préparation, les journalistes francophones appelés à couvrir la COP 21. Régulièrement, l’AJEC 21 organisera formations, séminaires et reportages pour alourdir le « bagage climatique » de nos consoeurs et confrères et sensibiliser leurs rédacteurs en chef à l’urgence de la situation. Pendant la COP, l’AJEC 21 poursuivra son travail de sensibilisation et d’information en direction du grand public.

 

L’association des journalistes de l’environnement et du climat pour la COP21 (AJEC21) a été créée par l’association des journalistes de l’environnement (AJE) et l’association des journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie (JNE).

 

Face à l’enjeu que représente le sommet sur le climat qui se tiendra à Paris en 2015, les deux associations françaises de journalistes spécialisés en environnement ont décidé d’unir leurs forces et leurs moyens afin de mieux informer le public sur le changement climatique. Dans cette perspective, l’AJEC21 propose d’organiser des sessions de formation à l’attention des journalistes et de recenser les contacts, les manifestations et les articles qui pourront leur être utiles. Elle souhaite également constituer un relais pour les journalistes étrangers pendant la COP21.

 

Co-fondée, en 2014, par l’AJE et les JNE, l’association des journalistes de l’environnement et du climat a pour objectif d’aider les journalistes francophones à préparer et couvrir la COP 21 de Paris. Co-présidée par les présidents des JNE et de l’AJE, elle a vocation à se dissoudre au début de l’année 2016.

 

L’AJE : Crée en 1994, l’Association des journalistes de l’environnement (AJE) a deux vocations : former ses membres, tous journalistes professionnels, et les aider à exercer leur métier dans les meilleures conditions.

Les JNE : Fondée en 1969, l’association des journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie (JNE) regroupe des professionnels de la presse, de l’information et de l’écriture passionnés d’écologie et d’environnement.

 

A SUIVRE

Marche mondiale pour le climat, samedi 21 septembre 2014 à l’appel de nombreuses organisations. A Paris, rendez-vous, place de la République à 14h.

Sommet sur le climat au siège de l’ONU à New York, le 23 septembre 2014.

 

Découvrez dès maintenant ici le site de l’AJEC 21.

 

Vénézuela : le ministère de l’Environnement rayé d’un trait de plume

Au début du mois de septembre, le président vénézuélien Nicolàs Maduro a rayé d’un trait de plume le ministère de l’Environnement. Pour le transformer en secrétariat d’Etat (Vice-ministre) à l’Ecosocialisme.

 

 par Claude-Marie Vadrot

 
Ce qui, outre que cela ne veut rien dire et nous rappelle quelque chose, représente à la fois une nouvelle et très confuse définition de ses attributions ; et surtout une diminution du pouvoir de ce ministère. Par rapport aux autres ministères et à l’ampleur des problèmes environnementaux qui restent à résoudre dans ce pays.

 

Les industries, qu’elles soient sous le contrôle de l’Etat, l’exploitation du pétrole ou du minerai de fer, par exemple, ou aux mains d’entreprises privées, ont pris de mauvaises habitudes depuis longtemps. Y compris sous le règne d’Hugo Chavez. Même lorsque le « développement durable » faisait partie des slogans officiels, sans toutefois réussir à préserver un patrimoine naturel très riche : sur le littoral comme dans le llanos de l’intérieur dans la région d’El Tigre, ou encore dans la forêt amazonienne, le long du fleuve Orénoque, de la Guyane française et du Brésil.

 

Réunies dans le réseau ARA (la Red de Organizaciones Ambientales de Venezuela), les écologistes et les protecteurs de la nature expliquent : « Nous déplorons que se confirme ainsi la disparition progressive et délibérée de l’autorité et des moyens techniques du Ministère de l’Environnement qui était déjà caractérisé par l’absence de contrôle sur la détérioration des écosystèmes, l’absence de mesures sur l’adaptation du pays au réchauffement climatique (…) en dépit de la rhétorique officielle destinée à l’étranger, cette situation signifie l’abandon par le pays du respect de toutes les Conventions internationales dans le domaine de l’environnement ».

 

D’autre part, expliquent ces écologistes, « nous rejetons l’explication simpliste qui consiste à opposer le développement social à la préservation de l’environnement et par là à ignorer que le bien être de la population est étroitement lié à l’accès à l’eau potable, à une alimentation saine produite de façon durable, à la mise en place de sources d’énergies renouvelables et au contrôle des pollutions ainsi qu’à la préservation des écosystèmes ».

 

Dans ses commentaires, le réseau des écologistes affirme également refuser une politique environnementale qui sera conduite sous le seul modèle d’un écosocialisme résultant d’une confrontation politique et d’une ségrégation idéologique. Position qui les conduit à lancer un appel à toutes les organisations environnementalistes et à tous les groupes de citoyens pour qu’ils expriment leur rejet de cette politique « qui est contraire à la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela ».

 

Un appel qui ne semble pas avoir été entendu par le gouvernement puisqu’il a pour l’instant refusé de revenir sur sa décision. Ce qui augure mal de l’avenir environnemental déjà écologiquement très abimé du pays, tant sur le plan des pollutions que sur celui de l’état de la nature et de sa faune.

 

Cet article a été publié dans Politis.