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Catégorie ‘Editos’


Le rapport du GIEC sur le changement climatique (presque) zappé par les grands médias français

 


par Laurent Samuel,
Vice-Président des JNE

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Des « risques de conflits violents » avec « une aggravation des facteurs classiques que sont la pauvreté et les chocs économiques ». Dans le troisième volet de son rapport sur le climat mondial, consacré à « l’atténuation du changement climatique » *, rendu public le dimanche 13 avril 2014 à Berlin. le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) nous livre une vision de l’avenir bien sombre, avec des pénuries alimentaires à redouter et des risques de maladies accrus. Pour éviter ce scénario noir, le rapport du GIEC, fruit du travail de plusieurs milliers de scientifiques et approuvé par les représentants des Etats du monde entier, prône une « révolution économique », avec une multiplication par 3, voire 4, d’ici à 2050 du recours aux énergies « non carbonées » (dont l’atome, mais avec de sérieuses réserves à son égard, lire l’excellent article de Valéry Laramée de Tannenberg sur le site du Journal de l’Environnement).

 

Un constat et des propositions qui méritent une large information et un débat public. Hélas, les médias français sont restés bien discrets à son sujet. Alerté dimanche après-midi par un premier article sur le site du Monde, on se branche sur BFM TV, qui ne souffle mot de ce rapport dans son édition de 18 h. Même silence radio – bravo, le service public !- dans le 19-20 de France 3 et dans le 20 h de France 2 (qui attendra le lendemain soir pour évoquer ce rapport en prélude à un sujet sur l’hydrogène). De son côté, TF1 profite de l’occasion pour diffuser dans son 20 h de dimanche un sujet documenté sur le bouleversement climatique, sans rapport direct toutefois avec le contenu du rapport.

 

Le lendemain, la consultation des unes de la presse quotidienne nationale (et de celle de la région Aquitaine) nous conduit à un triste constat : aucun titre n’a jugé l’information suffisamment importante pour la « monter » en première page. Libération, qui a préféré titrer « Droguez-vous avec modération » (non, ce n’est pas une parodie !) pour évoquer une étude sur la consommation de substances illicites en Europe, relègue ainsi le rapport du GIEC en page 16 avec un court article. Dans Sud-Ouest, habituellement ouvert sur les questions d’environnement, la sortie du rapport est carrément zappée. Pourtant, le sujet intéresse les lecteurs, puisque l’article du Monde cité plus haut était lundi matin (pas pour longtemps car sur le net comme sur les chaînes info un sujet chasse l’autre…) le plus partagé par les internautes fréquentant le site de ce quotidien…

 

Le 31 mars dernier, la publication du deuxième volet du rapport du GIEC était passée encore plus inaperçue dans les médias français. Au lendemain du second tour des élections municipales, les chaînes et sites d’info étaient polarisés sur les rumeurs relatives au remaniement ministériel Assurément, l’avenir de la planète était ce jour-là moins important que celui de Mmes Duflot ou Royal, et de MM. Ayrault, Valls ou Canfin (un ancien JNE que l’on salue au passage ! )…

 

Bref, en dehors des périodes de tempêtes et d’inondations, où les sujets foisonnent, la question du réchauffement n’est pas (ou plus) considérée comme prioritaire par les grands médias français. Le 27 septembre 2013, ni BFM ni iTélé ni LCI ni France 24 n’avaient jugé bon de diffuser en direct la conférence de presse du GIEC qui présentait le premier volet de son rapport. Pour la suivre, il avait fallu se brancher sur BBC World News.

 

Lassitude après les échecs des conférences internationales sur le sujet (en particulier le sommet de Copenhague, sur lequel trop d’espoirs avaient été placés) ; impact persistant de la crise économique ; retour en force des «climato-sceptiques», que certains médias se croient obligés d’inviter par souci d’« équilibre » ; tendance du « tout info » à privilégier l’actu immédiate au détriment du long terme… Les causes de cette situation, spécifiques à la France, sont à coup sûr complexes et devront être analysées.

 

Alors que notre pays se prépare à accueillir le sommet climatique de 2015, c’est en tout cas le devoir des journalistes spécialisés en environnement que de tirer la sonnette d’alarme et de lancer le débat sur le traitement médiatique de ce sujet capital, ce que notre association s’efforcera de faire dans les prochains mois en coopération avec nos amis de l’AJE (Association des journalistes de l’environnement)….

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Rédacteur en chef du site des JNE, Laurent Samuel collabore à Media Pep’s, qui publie la lettre Options Futurs. Cet édito n’engage que son auteur.

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* L’atténuation désigne les technologies, techniques ou comportements dont la mise en œuvre permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

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Pourquoi l’affaire du viticulteur bio Emmanuel Giboulot a mobilisé les citoyens

 


par Sophie Chapelle

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Son nom a fait le tour de la toile et la Une des médias. Sans l’avoir recherché, Emmanuel Giboulot, viticulteur en biodynamie à Beaune (Côte-d’Or), s’est retrouvé propulsé lanceur d’alerte. Un millier de personnes est venu le soutenir devant le tribunal correctionnel de Dijon le 27 février 2014. Plus de 500 000 personnes ont signé une pétition de soutien.

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Son fait d’arme ? Avoir enfreint un arrêté préfectoral de juin 2013 qui somme les vignerons de traiter leurs ceps avec un insecticide contre la flavescence dorée, une maladie de la vigne. Il s’y refuse car le foyer de flavescence n’est pas avéré dans son département et que le traitement à utiliser, même certifié par le label bio, revient à détruire une partie de la faune auxiliaire de ses vignobles. Pas de chance, Emmanuel Giboulot se fait inspecter puis poursuivre en justice, encourant jusqu’à 30 000 euros d’amende et 6 mois de prison. Le parquet requiert finalement 1 000 euros d’amende dont la moitié avec sursis. « Avec mon avocat, nous continuons cependant à espérer la relaxe, ne serait-ce que pour le côté symbolique », déclare t-il à la sortie de l’audience. La décision est mise en délibéré au 7 avril prochain.

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Dans les médias, l’affaire commence à faire parler d’elle le 25 novembre 2013. Informé par la CAPEN 71 (Confédération des associations de protection de l’environnement et de la nature), le site internet Basta ! raconte la mésaventure d’Emmanuel Giboulot sous le titre – un peu provocateur – « 30 000 euros d’amende pour avoir refusé… de polluer ». L’Agence France Presse appelle le viticulteur. S’ensuit dans les jours suivants une couverture média impressionnante. « Les médias (sont) emballés par l’histoire de cette rébellion, à la fois remake de David contre Goliath ou de Zorro défenseur du bio sur un terroir très réputé, la Bourgogne », analyse le site Arrêts sur Images. Sandrine Bélier, eurodéputée d’Europe Ecologie – Les Verts, publie un communiqué sur son site. Le 2 janvier 2014, un éditorial du New York Times déplore la quantité de pesticides dans le vin français. Et s’étonne que des viticulteurs soient menacés de poursuites judiciaires en France pour refuser de traiter leurs vignobles avec des produits chimiques… L’étincelle repart.

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La relative clémence du parquet doit sûrement aux nombreux soutiens du viticulteur. Un collectif composé d’une vingtaine d’organisations associatives, syndicales et politiques appelle notamment à un rassemblement de soutien devant le tribunal. Dans leur déclaration commune, elles demandent à ce que les viticulteurs, refusant le traitement insecticide systématique, aient la possibilité de suivre des procédures alternatives. Dans la foule, nombreux sont aussi les citoyens revendiquant le droit à une alimentation de qualité, avec le moins d’impacts possibles sur la santé et l’environnement. Des victimes de pesticides, ouvriers viticoles notamment, ont aussi fait le déplacement. « Venir ici, c’est aussi une façon de se sentir soutenus, c’est important pour l’avenir », confie ainsi Pascal, empêtré dans des procédures judiciaires pour obtenir la reconnaissance de la maladie professionnelle.

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L’affaire a bien évidemment mobilisé la profession viticole elle-même. Et divise les consciences. Pour certains viticulteurs, en biodynamie notamment, « le traitement chimique n’est pas la solution, il faut vivre avec cette maladie ». Certains estiment au contraire l’attitude d’Emmanuel Giboulot comme « irresponsable », quand d’autres voient en lui le « héraut des bio-bio ». Beaucoup s’accordent néanmoins sur le manque de pertinence du traitement exigé par l’arrêté. Le Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne semble vouloir prendre les devants. Il vient d’annoncer qu’en 2014, « les traitements [contre la flavescence] seront plus ciblés grâce à la prospection de 2013 par plus de 3000 personnes mobilisées ». Reste à savoir si ces intentions seront suivies d’effets. A la sortie du tribunal, les premiers mots d’Emmanuel Giboulot sont allés vers ses collègues : « J’espère voir la profession dialoguer et ne pas se déchirer. »

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Dernières nouvelles en date du 8 avril 2014 : Le verdict du tribunal correctionnel de Dijon est tombé le 7 avril. Emmanuel Giboulot, viticulteur biologique ayant refusé de se plier à un arrêté préfectoral l’obligeant à épandre un insecticide pour lutter contre une maladie de la vigne, la flavescence dorée, est condamné à 1000 euros d’amende, dont moitié avec sursis. Le juge a donc décidé de suivre les réquisitions du procureur. Le viticulteur compte faire appel de ce jugement qu’il qualifie d’« injustifié » Lisez la suite de l’article de Sophie Chapelle sur Basta en cliquant ici.

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Sophie Chapelle collabore au site Basta ! Vous pouvez la suivre sur Twitter en cliquant ici. Cet édito n’engage que son auteur.

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Autant en emportent les hoax

 


par Laurent Samuel,
Vice-Président des JNE

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Un calamar géant de 50 mètres de long, rendu monstrueux par les radiations de Fukushima, s’est échoué sur une plage de Californie. A Pékin, un écran géant diffuse en permanence des images du Soleil que les habitants ne voient plus jamais à cause de la pollution. Au cours de ces dernières semaines, ces deux « nouvelles » ont été massivement « likées » sur Facebook, partagées, commentées, transmises par mail, postées sur des forums, retweetées. Pourtant, il s’agissait dans un cas comme dans l’autre d’un « hoax ». Selon le site spécialisé (et francophone malgré son nom) Hoaxkiller, ce terme anglais désigne une « information fausse, périmée ou invérifiable propagée spontanément par les internautes ».

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Comme c’est le cas pour les rumeurs, avec lesquelles les hoax partagent leur caractère émotionnel et leur vitesse de propagation, leur origine est souvent difficile à déterminer. Il s’agit souvent de canulars que des internautes crédules prennent pour argent comptant et relaient massivement sans réfléchir. Ainsi, l’histoire du calamar géant, dont la journaliste du Monde Audrey Garric a suivi la trace sur son blog, avait été mise en ligne sur Lightly Braised Turnip, site américain spécialisé dans les fausses informations satiriques (si, si, ça existe et ça a même beaucoup de succès !) comme Gorafi en France. Dans d’autres cas, comme celui de l’écran de Pékin, le hoax découle d’une interprétation abusive ou d’une généralisation hâtive : l’image du Soleil, diffusée par le Daily Mail britannique et reprise par de nombreux médias internationaux, était en fait une pub d’agence de voyages et n’a été montrée que quelques secondes sur un écran situé près de la place Tien An Men.

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Mais avouons qu’il est facile de se laisser prendre aux pièges des hoax, d’autant plus que certaines infos authentiques sont tellement énormes qu’elles ressemblent à des canulars, comme celle selon laquelle 150 000 mètres cubes de neige artificielle ont été stockés à Sotchi pour le cas où la neige naturelle manque à l’appel au cours des J.O. d’hiver.

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Pour les journalistes, et tout particulièrement ceux qui sont spécialisés en environnement, cette inflation incessante de fausses nouvelles devrait être une incitation à respecter l’une des règles de base de leur métier : vérifier chaque information avant de la diffuser. Un principe souvent oublié puisque les hoax sont parfois propagés par des grands médias comme le Daily Mail. Plus grave, des informations tendancieuses, voire mensongères lancées par des groupes de pression ou des entreprises (comme, pour citer un exemple récent, la mise au point d’une technique « propre » pour extraire les gaz de schiste vantée notamment par la navigatrice Maud Fontenoy dans le Parisien) sont trop souvent publiées sans mise en perspective ou analyse critique.

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Mais plus largement, que l’on soit journaliste et/ou citoyen, la multiplication des hoax devrait nous pousser à prendre le temps de réfléchir, à se retenir de cliquer trop vite sur ces icônes magiques nous permettant de partager d’un clic notre indignation à toutes nos connaissances, et, par effet de propagation en chaîne, au monde entier. En d’autres termes, nous devrions accepter de courir le risque de ne pas être le premier à relayer une « information » qui n’en est peut-être pas une, et réapprendre les vertus de la lenteur…

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Laurent Samuel collabore notamment à Media Pep’s, qui publie la lettre Options Futurs.

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Bonne année 2014 … sans croissance !

 


par Olivier Nouaillas
vice-président des JNE

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Avez-vous vu les vœux pour 2014 de François Hollande à la télévision, le 31 décembre au soir ? Il y avait quelque chose à la fois d’incantatoire et de pathétique dans des propos présidentiels qu’on a entendu 1.000 fois depuis le premier choc pétrolier, en 1974 : « la crise s’est révélée plus longue et plus profonde que nous l’avions nous-mêmes prévu », « la tendance (de la baisse du chômage) s’améliore ». Des expressions toutes faites et creuses et qu’on entend depuis « le bout du tunnel », imprudemment annoncé déjà en … 1975 par un certain Jacques Chirac, alors Premier ministre de Valéry Giscard d’Estaing !

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Cela ne nous rajeunit pas et montre à l’évidence, que gauche et droite productivistes confondues sont incapables d’imaginer un autre modèle économique que celui des Trente Glorieuses, qui, comme son nom l’indique, n’a duré que 30 ans. Une petite parenthèse si l’on considère que l’histoire de l’humanité dure tout de même depuis près de 3 millions d’années…

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Pourtant, le livre qui explique le plus l’année qui s’ouvre (et les autres à venir) est paru courant 2013. Il s’appelle La mystique de la croissance (éditions Flammarion, 17 euros) avec comme sous-titre Comment s’en libérer et il a été écrit par Dominique Méda, une sociologue réputée du travail. Dans ce livre d’environ 200 pages, tout est non seulement brillamment décrit, mais surtout mis en perspective : la crise écologique, notamment avec le réchauffement climatique, la fuite en avant du productivisme, la perte du sens des limites et l’absurdité du mode de calcul du PIB, le fameux et désormais de plus en plus introuvable Produit Intérieur Brut.

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A ce propos, connaissez-vous cette courte bande dessinée sur le PIB et publiée par Fakir, un journal alternatif basé à Amiens : «  Vous fumez…vous attrapez le cancer… ? Vous faites des radios, des chimios… votre famille achète un cercueil en chêne…C’est BIEN : vous relancez la croissance ! Vous cultivez votre jardin …, vous faites une tarte à la rhubarbe…, vous l’apportez à votre maman malade…, vous jouez au foot avec votre fils : c’est MAL, vous ne faites rien pour le PIB ! »

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Mais au -delà de cette critique de la croissance et du PIB, c’est surtout la seconde partie du livre de Dominique Méda, intitulée Changer, puis Mettre en œuvre, qui sont intéressantes. Car là se trouvent des pistes de solutions pour inventer un nouveau paradigme, écologiquement soutenable et, à mon avis, plus crédible que ces incantations présidentielles au retour de la croissance, aussi creuses qu’impuissantes. Je vous en cite quelques-unes, rassemblées par Dominique Méda : un nouvel indicateur de richesses pour remplacer le PIB, en finir avec le tout économie, redéfinir le bon usage de la nature, réconcilier la question écologique avec la question sociale, découpler les supposés liens entre croissance et emploi et, enfin, redéfinir la notion même de progrès … Vaste mais indispensable programme.

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A nous, journalistes des JNE, d’ éclairer ces chemins de traverse. Certains l’appellent « décroissance », d’autres « sobriété heureuse », « frugalité » ou encore « simplicité volontaire ». Peu importe les mots. L’essentiel est de faire notre deuil de cette croissance qui ne reviendra pas de sitôt et qui a déjà fait tant de dégâts à l’environnement. Dennis Meadows, l’un des fondateurs du Club de Rome, auteur du fameux rapport publié en 1972 sur « Les limites de la croissance », confiait en 2012 (1) : « Si votre seule politique est fondée sur la croissance, vous ne voulez pas entendre parler de la fin de la croissance. Parce que cela signifie que vous devez inventer quelque chose de nouveau ». Et visiblement, cette nouveauté fait peur à beaucoup d’hommes politiques.

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(1) Interview au Monde du 25 mai 2012.

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Retrouvez Olivier Nouaillas sur son blog en cliquant ici. Cet édito n’engage que son auteur.

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Les médias, acteurs de l’Education à l’environnement


par Eric Samson

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Le Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE) s’est récemment posé la question du « rôle des médias en éducation à l’environnement ». Par extension, il convient de se poser d’autres questions : « Quelle place les médias donnent-ils à l’éducation à l’environnement ? » ou encore « quelle place les médias ont-ils en éducation à l’environnement ? ». La presse régionale, en lien avec des évènements locaux, semble traiter de manière plus spontanée de cette thématique. L’analyse des problématiques liées à l’environnement est plutôt dévolue à la presse nationale, voire à la presse spécialisée dans le domaine. Pour autant, comment les sujets d’éducation à l’environnement sont-ils traités ?

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Notre association, qui rassemble des journalistes pionniers engagés sur les questions environnementales, est un vivier de connaissances et de compétences que nous nous efforçons de valoriser.
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Avant d’être des journalistes, nous sommes des êtres vivants sur cette planète et des citoyens engagés dans la vie de la Cité. A ce titre, nous sommes concernés autant dans notre chair que dans notre conscience, par toutes les questions environnementales. Qui n’est pas interpellé par cette « Airpocalypse » chinoise médiatisée récemment ? Chaque citoyen est-il réellement et suffisamment informé pour se forger sa propre opinion ? Rappelons-nous Fukushima et de la difficulté de croiser les sources d’information pour approcher au plus près de la vérité.

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Nul besoin d’être membre d’un organisme militant pour constater que nos actes quotidiens ont un impact sur la planète, sur tous les êtres vivants qui la composent et dont nous ne sommes que les locataires.
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Notre logique cartésienne nous dicte de protéger la planète pour le bien des générations futures. La Terre est une matrice qui porte en elle notre vie, tout comme celle du lys martagon ou de l’odonate. N’est-ce pas en soi une raison suffisante pour en prendre soin ? Nous usons de l’énergie, buvons l’eau des nappes phréatiques, grimpons les montagnes que nous aimons, jouons dans des forêts de chênes centenaires qui ont vu défiler des générations sous leur ombre.
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User/abuser, comment comprendre les limites, les conséquences, les enjeux ? Comment donner du sens à nos actes ? L’éducation à l’environnement, la sensibilisation, l’information prennent ici toute leur place.

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Médias et journalistes, spécialisés ou non, nous devons assumer le rôle qui est le nôtre : informer de manière indépendante de tout lobby, pour que tout citoyen possède des éléments de compréhension et puisse faire des choix conscients.

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Lorsque l’on parle Education à l’Environnement, on pense automatiquement au monde de l’enfance. Pourtant, les adultes sont aussi concernés. L’éducation à l’environnement, c’est transmettre un amour de la vie pour mieux la respecter et comprendre que tous avons une place qu’il nous faut partager avec d’autres espèces vivantes.

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Eduquer, former, sensibiliser, informer, sans prosélytisme ni jugement. Dans ce processus d’accompagnement, les médias sont essentiels. Alors quand certains se suppriment une rubrique environnement, rechignent à parler de ce viticulteur accusé de ne pas avoir accepté de polluer, ou se disent que l’environnement est une « mode », une « tendance », et que d’avoir un journaliste spécialisé dans sa rédaction ne serait pas rentable, il faut résister et opposer un non catégorique !

 

.A chaque édition des Assises nationales de l’éducation à l’environnement, la place des « médias en éducation à l’environnement » est abordée. Sans doute est-ce pour toutes ces raisons que le 26 novembre 2013, Antoine Dulin et Allain Bougrain Dubourg (JNE), les deux rapporteurs de l’avis sur l’EEDD du Conseil Economique Social et Environnemental (CESE), ont mis en avant l’importance que les médias pouvaient avoir dans la sensibilisation des populations. L’éducation à l’environnement n’est en rien réservée à quelques élites, écologistes convaincus, ou experts de l’éducation. L’éducation à l’environnement est affaire de tous. Philippe Martin, ministre de l’Ecologie, disait au Palais d’Iéna : « L’éducation à l’environnement et au développement durable doit être sérieusement considérée comme une condition de notre survie. ». Ok, bien reçu. On fait quoi maintenant ? On agit ? Le ministre de l’Ecologie disait encore : « l’objectif que nous nous sommes fixés est de tripler, en trois ans, le nombre de projets d’établissement (en EEDD) ». Combien de journalistes, d’analystes politiques suivront ce dossier et en évalueront la réelle mise en œuvre et les moyens qui y auront été associés ?

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Bien sûr, certains journalistes œuvrent pour sensibiliser à l’environnement : livres, guides, films, bandes dessinées, presse jeunesse ou adulte, nous sommes présents. Soyons-le davantage encore. Quand le CESE préconise « une réflexion sur le rôle des médias », là aussi soyons présents. Nous devons être une aide à la compréhension, donner à voir, à entendre et à comprendre au citoyen. Car un citoyen informé et maître de ses choix est un citoyen libre.

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Membre du Conseil d’Administration des JNE, Eric Samson est coordinateur de réseau régional d’éducation à l’environnement… et citoyen engagé. Cet édito n’engage que son auteur.

L’écotaxe, bouc émissaire des problèmes de la Bretagne


par Frédéric Denhez

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C’est à cela qu’on reconnaît la profondeur d’une culture : à la dimension philosophique de ses combats. Voilà pourquoi la larme nous tombe lorsque nous contemplons le Gwenn-ha-Du (NDLR : le drapeau de la Bretagne) battre le vent celte pour défendre Père Dodu, dans le bruit de grillon des triskèles agitées pour protéger les abattoirs Gad contre l’horrible infortune. Même, notre ventre se noue d’émotion et, si nous avions un chapeau, nous le soulèverions en disant « ah, les braves gens ! », face au flot bouleversant de révolutionnaires à bonnet rouge. Ah quel bel hommage aux émeutiers du XVIIe siècle ! Des fâcheux qui, en 1675, se révoltèrent contre un énième haussement de taxes décidé par notre pire dictateur, Louis XIV. La misère était là, mais il fallait bâtir Versailles et alimenter la guerre en Hollande. Alors la Bretagne prit le gourdin, et on la pendit sur les arbres des chemins. Ce fut la Révolte du papier timbré. Aujourd’hui, s’estimant leurs héritiers, des agriculteurs, des routiers, des PME, des hypermarchés sont révoltés contre le portique douanier.

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Tous ensemble, oui ! Bras dessus bras dessous, tous derrière l’heureux Troadec (NDLR : maire de Carhaix, dans le Finistère), qui, naguère, offrit des Vieilles charrues au pauvre Poher et aujourd’hui fait son Poujade, croyant imiter Mélenchon, en crachant sur l’État excessif, l’Impôt affameur et l’Europe sans doute impie. La Bretagne est devenue une fosse à purin, mais c’est notre Bretagne, c’est nous qu’on décide !

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Sortie de la misère par l’agriculture intensive, la Bretagne s’est hissée par la force de sa culture dans l’économie et l’imaginaire français. Nourri aux subventions et aux défiscalisations, son développement a été exceptionnel. Aujourd’hui, la Bretagne, c’est tout autant le porc salopard que l’ingénieur en télécoms, lequel, il est vrai, semble aussi condamné que le poulet dodu. Breizh meurt de ce qui avait fait crever le Nord, la Lorraine et fera demain s’effondrer la Franche-Comté : la spécialisation régionale par la mono-production. Hier la mine, la sidérurgie et le textile, après-demain la bagnole, demain l’élevage intensif. Le génie de l’énarchie planificatrice.

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Comme un homme la tête enfermée dans un sac étouffe par ses expirations, la terre de Bretagne s’est lentement intoxiquée de ses déchets. Elle n’en peut plus. Elle est sale. Elle pue. Elle pollue. Elle est polluée. Elle devient stérile. Ses paysages ont été normalisés, son eau est déconseillée aux femmes enceintes, certains de ses rivages sont impropres aux enfants. Ses travailleurs pleurent leurs fins de mois atteintes avant la quinzaine. Ils hurlent encore contre leur éloignement. Il y a deux Bretagnes, c’est vrai. Celle qui se termine à Rennes, à quelques heures de Paris. Et l’autre, à laquelle seule la mer met fin. Une économie soviétique, tout entière destinée à exporter des carcasses bas de gamme, installée au bout des routes.

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Une économie qui s’effondre, et c’était prévisible. Parce qu’elle s’est asphyxiée en courant toujours plus vite pour rattraper la concurrence toujours moins chère, et s’est usé le genou à quémander à la Grande distribution et aux géants de l’agroalimentaire quelques centimes de plus pour simplement atteindre les prix de revient. La Bretagne crève de produire de la merde et d’être considérée comme de la merde par les hypermarchés, nés en Bretagne, quelle ironie, et les découpeurs de bidoche qui délocalisent leurs couteaux aussitôt qu’on leur retire leurs perfusions de subventions dont la péremption était pourtant indiquée.

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C’est contre ces salopards que les bonnets rouges devraient se battre. C’est les hypers qu’il faut abattre. C’est dans les abattoirs indignes qu’il faut déverser le trop-plein de lisier. C’est sur la face réjouie de certains patrons et syndicats qu’il faut appliquer un cosmétique à l’algue verte. Pas sur les portiques.

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Ceux-là ne sont pour rien dans le malheur breton. Au contraire. Ils ne sont qu’un bouc émissaire, un bâton totem que l’on abat après avoir scandé autour. C’est plus facile. Mais ce n’est pas courageux. C’est grossier et indigne. C’est nul, médiocre, insultant pour les malheureux de 1675, honteux pour la blanche hermine qui s’épuise à pleurer depuis des années. Car l’écotaxe allait enfin donner un prix plus conforme à la réalité du transport. À l’usage de la voirie. Au coût des dégâts. Elle était une façon de réfléchir à deux fois avant d’envoyer un camion sur les routes pour un oui pour un non.

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Cela fait trois ans que je travaille sur la question, que j’anime des débats avec transporteurs et chargeurs, petits et gros. Aucun ne s’est jamais élevé contre l’écotaxe. Au contraire. Pour tous, elle était un moyen d’améliorer les performances, de rationaliser la logistique, de mutualiser moyens et stocks, bref, de perdre moins de sous. Mais voilà, la Grande distribution n’en veut pas. Elle s’en fout. Elle achète presque tout, elle fait tout payer à ses marques, même les grosses, à ses transporteurs, à ses agriculteurs. Même les caisses calibrées dans lesquelles ceux-là lui livrent la salade.

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Pendant que le groupe Hénaff lance discrètement une remarquable offre de mutualisation des moyens avec ses concurrents, dans le cadre d’un GIE, afin de pallier l’éloignement, les taxes, et de relever le col face à la Grande distribution, des réactionnaires poussent les petits à la révolte. Et le gouvernement de la République baisse son pantalon. Et les écolos du gouvernement restent au gouvernement. Plus attachés au pouvoir qu’un pouce-pied à la presqu’île de Quiberon. Et des Saoudiens se proposent de racheter Père Dodu. Une autre dictature obscurantiste et violente. De 1675 à 2013, l’histoire ne s’écrit pas, elle dégueule.

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Frédéric Denhez vient de publier La fin du tout-voiture (éditions Actes Sud) et Nucléaire, le vrai du faux (éditions Delachaux et Niestlé). Cet édito n’engage que son auteur.

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En direct de Ménigoute, la fête de la nature !

 


par Marc Giraud

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Ce mardi 29 octobre 2013, le 29e Festival international du film ornithologique de Ménigoute ouvre ses portes. C’est le grand rendez-vous national des cinéastes animaliers, mais aussi de tous les naturalistes. À suivre en (presque) direct sur la web TV Mainate TV sur Dailymotion tous les soirs, et sur le blog animé par Catherine Levesque (JNE) et sa vaillante équipe. Les JNE sont partenaires du Festival, et actifs…

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Une innovation testée l’année dernière se met gentiment sur les rails : la Web TV, avec les élèves de l’IFFCAM (Institut francophone de formation au cinéma animalier de Ménigoute) et plusieurs animateurs : Catherine Levesque, Philippe Huet et moi-même (JNE), ou encore Jean-Philippe Elme (TF1). Avec des interviews à venir de Michel Rocard, Luc Jacquet, Dominique Brouard (fondateur du Festival), et ce soir 29 octobre les réalisateurs des films d’ouverture Fabien Mazzocco (Au rythme du bocage) et Jérôme Lombard (Aishinnu).

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Cette année, la Présidente du Jury est Dominique Martin-Ferrari (JNE), elle-même productrice et réalisatrice de l’émission Gaïa sur France 5, puis de Gaïa TV, entre autres (cliquez ici pour vous connecter sur son site Media Peps). DMF et les jurés du Festival visionneront 32 films en 6 jours. Les JNE sont très présents et partenaires de cette manifestation, qui proposera le 1er novembre à 10 heures deux conférences JNE : Jean-François Noblet pour son livre La nature au café du commerce, et moi-même (encore, désolé) pour La nature en bord de chemin et Super bestiaire.

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Les fondateurs du Festival de Ménigoute, Dominique et Marie-Christine Brouard, aiment entreprendre et innover. Le Festival marche ? Ils soutiennent d’autres festivals, ils créent d’autres d’entreprises. C’est l’association Mainate et Fifo, le catalogue de vente par correspondance spécialisé nature. C’est l’IFFCAM (unique en Europe). C’est un équivalent de Ménigoute en Pologne. Ce sont des actions au sein du Conseil général des Deux-Sèvres, réellement impliqué dans la défense de la biodiversité, qui devient un exemple en France. L’énergie est communicative…
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Programme : www.menigoute-festival.org

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Retrouvez Marc Giraud sur son blog en cliquant ici.

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La bataille médiatique autour de l’huile de palme

 


par Emmanuelle Grundmann
Grundmann

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Encore confidentielle il y a une dizaine d’années, bien que déjà omniprésente, souvent à notre insu, dans l’essentiel de nos produits de grande consommation (plats cuisinés, margarine, céréales, laits en poudre maternels, pâtisseries industrielles, glaces, cosmétiques, savons…), l’huile de palme est aujourd’hui au centre de diverses polémiques.

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Le palmier à huile, dont on extrait huile de palme et huile de palmiste, est originaire d’Afrique de l’Ouest et se cultive désormais à très grande échelle de l’Amérique latine jusqu’en Asie du Sud-Est en passant par le continent africain. Certains voient dans cette plante un formidable outil de développement des pays de la ceinture tropicale, d’autres un fléau tant environnemental que social. Certains ne tarissent pas d’éloges sur les bienfaits de ces huiles, d’autres les décrient et les accusent de provoquer diverses maladies, cardio-vasculaires notamment.

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La proposition en 2012 de « l’amendement Nutella » par le sénateur Yves Daubigny, visant à augmenter la taxe sur l’huile de palme dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, a provoqué une vaste offensive des producteurs et utilisateurs d’huile de palme et nous avons vu fleurir sur la toile et plus généralement dans les médias de vastes campagnes de communication en faveur de ce produit.

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Voyages de presse côtoyaient divers concours pour gagner un séjour en compagnie des orangs-outans dans la magnifique forêt de Bornéo ou encore créations de pots de pâte à tartiner personnalisables. Une riposte à la hauteur de la puissance d’un lobby pro-palme qui n’hésite pas à pratiquer la désinformation, mais aussi parfois l’intimidation comme en attestent les diverses assignations en justice pour diffamation dont ont été victimes des journalistes et médias français suite à la diffusion de reportages ou d’articles mettant en cause le groupe Bolloré dans les pratiques de la SOCAPALM (une exploitation de palmiers à huile) au Cameroun (pour en savoir plus, lisez les articles du Monde Diplomatique et de Rue89).

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Derrière cet écran de fumée médiatico-lobbyiste se cache une réalité complexe. Oui, l’huile de palme est intéressante, avec une productivité six fois supérieure au soja ; elle résiste à haute température, rancit peu et est beaucoup plus solide que d’autres huiles végétales du fait de sa forte teneur en acides gras saturés, qualités qui sont très recherchées par l’industrie agro-alimentaire. De plus, sa récolte est essentiellement manuelle et, dans les pays de la ceinture tropicales, la main d’œuvre étant très bon marché, la rentabilité finale est assurée.

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Cependant, sa culture se conjugue la plupart du temps avec une déforestation intense, pratiquée via des brûlis d’envergure phénoménale en Indonésie. Les conséquences sur le climat et la biodiversité, immenses, sont pointées du doigt depuis des années tant par des ONG que par d’innombrables chercheurs. Par ailleurs, certaines plantations, avec l’accord des gouvernements, souvent corrompus, n’hésitent pas priver les populations autochtones de leurs droits fonciers pour céder de nouvelles concessions et les conditions de travail au sein même des plantations, qui usent et abusent de la sous-traitance, sont maintes fois déplorables et décriées. Et trop souvent, cette culture qui rime pour certains avec développement, traîne en réalité dans son sillage une accentuation de la paupérisation.

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Quant au volet santé, si l’huile de palme n’est pas plus mauvaise que d’autres huiles riches en acides gras saturés, nous en consommons bien trop. Cette surconsommation dans les pays du Nord va de pair avec une augmentation du risque de surpoids et d’obésité, tous deux provoquant diabète 2 et maladies cardiovasculaires.

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Néanmoins, ces conséquences dramatiques de l’expansion sans limite des cultures d’huile de palme depuis la Malaisie et l’Indonésie vers l’Amérique latine et l’Afrique centrale ne doivent pas occulter ses potentiels avantages. Aujourd’hui, des entreprises travaillent avec des associations telles que le TFT ou Greenpeace pour mettre en place des systèmes de cultures durables tant sur le plan environnemental que social, selon des critères stricts dépassant largement ceux, beaucoup trop laxistes de la RSPO (Table ronde pour l’huile de palme durable). Néanmoins, tandis que ces initiatives encourageantes se dessinent, ailleurs le désastre continue, comme à Bornéo où les feux de forêt ont repris pour faire place nette au palmier ou au Cameroun, où Herakles Farm persiste à empiéter sur des zones protégées pour y installer ses plantations.

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Face à ces situations dans les pays producteurs, trop souvent tétanisés par une corruption à tous les échelons, c’est aux gouvernements des pays importateurs et aux consommateurs qu’il appartient aujourd’hui de faire pression sur les industriels afin que ces pratiques n’aient plus cours. L’argument du développement, aussi louable soit-il, ne peut en aucun cas justifier de telles actions et avoir pour socle de telles injustices et destructions. L’huile de palme doit de toute urgence changer de mode de production afin de prendre le chemin d’une durabilité effective et, nous en sommes malheureusement encore bien loin.

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Emmanuelle Grundmann vient de publier Un fléau si rentable, vérités et mensonges sur l’huile de palme, aux éditions Calmann Lévy. Cet éditorial n’engage pas les JNE.

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Conférence environnementale : la fin d’un tabou ?

 


par Thomas Blosseville

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Ce n’était pas acquis, mais François Hollande a fixé un cap lors de la Conférence environnementale. Il a ainsi entériné une profonde évolution de la société française.

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Ils seront nombreux à juger trop timorées les annonces de l’Exécutif lors de la conférence des 20 et 21 septembre. Trop rares et trop floues. Nombreux à déplorer que la biodiversité, l’eau ou l’éducation à l’environnement soient restées dans l’ombre de la transition énergétique. Ils n’auront pas tort. Mais le bilan doit se dresser à l’aune du rôle que tient cet événement dans le débat français. Ce n’est ni l’alpha et l’omega de la politique, ni l’instance de décision. Plutôt un reflet des rapports de force qui composent la société.

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Sur l’énergie, les lignes ont bougé. François Hollande l’équilibriste s’est évertué à rassurer tant les écologistes que les entreprises et les ménages. Tantôt, servant sur un plateau les mots-clés « compétitivité », « croissance », « pouvoir d’achat »… Tantôt, posant la transition énergétique en démarche « stratégique », en « loi la plus importante du quinquennat ». De l’art de brosser chacun dans le sens du poil pour « orienter les choix du futur » sans sanctionner ceux du passé. Habile. L’heure n’est plus à débattre de la pertinence d’engager la transition, mais à s’assurer qu’une majorité en est partie prenante. Car l’horloge climatique tourne de plus en plus vite. Le Giec le rappellera le 27 septembre en adoptant le premier volet de son 5e rapport.

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Face à cet enjeu, François Hollande a donné un objectif. Réduire de 50 % la consommation d’énergie française à l’horizon 2050. Une cible lointaine ? Non, elle est à l’échelle humaine : les trentenaires d’aujourd’hui auront alors 70 ans. Hors-sujet ? Non, ce fut le cœur du débat national sur la transition énergétique, qui s’est achevé cet été. Entre des baisses de 2 0% et de 50 %, François Hollande a choisi l’option la plus ambitieuse, et tranché en faveur des écologistes au détriment du patronat et des syndicats conservateurs. Une cible symbolique ? Non, elle s’apparente à une sortie du nucléaire.

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François Hollande a posé un jalon intermédiaire : réduire de 30 % les consommations fossiles d’ici 2030. Il y a encore un an, le débat se focalisait sur les moyens de produire l’énergie : quelle part de nucléaire pour quelle part de renouvelables ? Désormais, il porte sur le niveau de consommation, donc sur la sobriété et l’efficacité énergétique. C’est une brèche historique dans le modèle de société du siècle passé. Certes, les objectifs n’engagent que ceux qui cherchent à les atteindre. Les prochaines étapes seront donc à scruter au printemps prochain avec un projet de loi et une conférence bancaire et financière sur la transition énergétique. Mais si la France s’autorise à réinventer son mode de vie pour consommer autrement, c’est qu’un déclic psychologique a déjà eu lieu.

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Thomas Blosseville est chef de rubrique chez Environnement Magazine.

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Cet éditorial n’engage que son auteur.

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La démission d’Hervé Kempf du « Monde », un révélateur de la difficulté de bien informer sur la crise écologique

 


par Laurent Samuel,
Vice-Président des JNE
(pour le Conseil d’administration des JNE)

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Révélée le 30 août par le site Arrêt sur Images, toujours bien informé, la nouvelle a été confirmée le 2 septembre par l’intéressé, sous la double forme d’un communiqué de presse et d’un article sur le site Reporterre dont il est l’un des fondateurs : Hervé Kempf, spécialiste des questions d’environnement, quitte la rédaction du Monde après 15 ans de « maison» et plusieurs mois de conflit avec sa hiérarchie autour de la couverture du conflit de Notre-Dame-des-Landes par le quotidien du soir, dont il affirme avoir été écarté, tandis qu’une de ses chroniques hebdomadaires sur l’écologie était « censurée ».

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A priori, l’information ne devrait guère valoir que quelques lignes dans les rubriques médias. Pourtant, le fait de lui consacrer l’éditorial de rentrée du site de la principale association de journalistes spécialisés en nature et en écologie n’est pas un signe de nombrilisme, encore moins de défense corporatiste d’un confrère membre de longue date de notre association. Car, au-delà des circonstances particulières de cette « rupture conventionnelle » entre un salarié et son employeur, le fait qu’un journaliste spécialisé en environnement quitte un grand quotidien parce qu’il a le sentiment de ne plus pouvoir écrire ce qui lui semble juste sur les sujets qu’il couvre est un coup dur à la fois pour la presse et pour l’écologie. Pour l’écologie, car cela veut dire qu’une voix différente ne peut se faire entendre dans un quotidien national. Et pour la presse, car cela incite les lecteurs qui lisaient le Monde en raison de la pluralité de points de vue incarnée par la présence d’Hervé Kempf à se tourner vers d’autres médias et à délaisser encore un peu plus une presse écrite déjà mal en point.

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Mais, plus globalement, cette affaire met au jour toute une série de tendances, de « logiques perverses » qui contrecarrent les efforts de nombreux confrères pour travailler en toute indépendance, et avec des moyens suffisants, sur les sujets d’environnement. Certes, comme nous l’avons exposé en 2010 dans un numéro spécial du Canard Sauvage sur l’écologie dans les médias, ces thèmes sont incomparablement plus présents aujourd’hui qu’ils ne l’étaient lors de la création de notre association en 1969. A l’époque, il fallait se battre pour faire passer des sujets sur l’écologie. Désormais, du changement climatique aux OGM en passant par les gaz de schiste, les sites internet, les quotidiens, les chaînes d’info, les journaux télévisés « couvrent » abondamment cette actualité. Mais, trop souvent, le traitement de ces thèmes reste événementiel, et manque du recul, de la perspective historique que peuvent apporter des journalistes spécialisés. Et surtout, beaucoup de rédacteurs en chef estiment, à l’instar de nombreux décideurs politiques et économiques, qu’à l’heure de la crise et du chômage de masse, l’écologie est devenue un « luxe » que l’on ne peut plus s’offrir. Ou alors, qu’on doit la réduire à la « croissance verte », elle-même vue quasi exclusivement sous des angles « business », et à la sempiternelle répétition des « petits gestes » censés « sauver la planète ».

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A cela s’ajoute la réduction des budgets accordés aux enquêtes et reportages, auxquels la plupart des rédactions préfèrent la reprise des dépêches d’agences. En outre, certains journalistes se heurtent parfois aux pressions, le plus souvent indirectes, d’actionnaires et de gros annonceurs pour limiter la place accordée à certains sujets, voire les « trapper », ou en favoriser d’autres, ainsi qu’au manque de transparence de certaines entreprises et administrations, tandis que les conflits d’intérêts, pas toujours faciles à débusquer, entachent la crédibilité de certaines études scientifiques, notamment sur les liens entre environnement et santé.

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Pour couronner le tout, nombre de titres et de chaînes ont tendance à préférer les points de vue tranchés et extrêmes, propices au « buzz » et aux reprises via les réseaux sociaux, au détriment des analyses nuancées et des dossiers fouillés. Le traitement de questions complexes comme le bouleversement climatique ou les organismes génétiquement modifiés se trouve trop fréquemment réduit à des affrontements spectaculaires, mais stériles, entre « pro » et « anti ».

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A l’intérieur des rédactions, ces évolutions se déroulent dans un contexte d’une généralisation de « techniques » de « ressources humaines » basées sur l’évaluation et la compétition, contestables dans leur principe et en tout état de cause particulièrement peu adaptées à l’exercice du métier de journaliste. Tandis que les tarifs des piges stagnent ou diminuent, les journalistes en poste sont soumis à des pressions croissantes, et sont parfois conduits à changer de rubrique au bout de quelques années, ce qui nuit au suivi des sujets et à la conservation d’une mémoire.

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Bien sûr, tout n’est pas complètement noir. En particulier, le développement des réseaux sociaux, des blogs et des sites personnels ou collaboratifs (comme celui des JNE) permet aux journalistes (y compris à Hervé Kempf !) de s’exprimer librement en dehors des médias qui les rétribuent. A l’heure d’Internet, il est rare qu’une information puisse être durablement « censurée ».

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En tout cas, le « coup d’éclat » d’Hervé Kempf a l’immense mérite de mettre le doigt « là où ça fait mal » et de lancer le débat sur ces enjeux capitaux, non seulement pour les « professionnels de la profession », mais aussi pour l’ensemble des citoyens. Car la liberté et l’indépendance de l’information, tout particulièrement sur les sujets capitaux liés à l’état de la planète, sont l’une des conditions premières de la démocratie.

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Laurent Samuel collabore notamment au site Media Pep’s.

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