Protection de l’environnement en Algérie : de «bonnes intentions», sans plus, comme avant

Effet d’annonce, «comme avant», ou réelle détermination, consécutive au mouvement populaire du vendredi, déclenché le 22 février 2019? La question concerne la protection de l’environnement qui est apparue en plein mois d’août, parmi les préoccupations prioritaires du gouvernement algérien.

par M’hamed Rebah

D’abord, le ministre de l’Intérieur – en charge, également, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire – a montré un intérêt inhabituel pour la lutte contre la pollution du littoral provoquée par les rejets industriels. Il a donné instruction aux walis des villes côtières, de sanctionner les entreprises industrielles à l’origine de rejets polluants dans les plages et les oueds. Simultanément, le cadre de vie du citoyen et la préservation de l’environnement ont figuré dans l’ordre du jour de la réunion de l’Exécutif qui a décidé, dans la foulée, la création d’un commissariat des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique, ainsi que le lancement d’une large campagne nationale de reboisement.

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement affiche de «bonnes intentions» pour la protection de l’environnement. En avril 1985, déjà, une communication sur ce thème lui avait inspiré un ambitieux plan d’action… resté sur le papier. Dix ans après, en avril 1995, l’Exécutif a inscrit l’environnement en tête de l’ordre du jour de sa réunion, ce qui est plutôt rare. Une année après, l’environnement sera de nouveau, et à deux reprises, à l’ordre du jour du conseil du gouvernement. A l’époque, les constats établis et les promesses faites dans les communiqués officiels, laissaient l’impression que l’on redémarrait de zéro à chaque fois. Exactement, comme aujourd’hui.

En fait, durant plus d’une trentaine d’années, la démarche du gouvernement en matière de protection de l’environnement a consisté en discours remplis de redondances, «actions-spectacles» médiatisées (au point où des activités officielles étaient retardées parce qu’il n’y avait pas encore l’équipe de la télévision, équipée de sa caméra) et textes juridiques inappliqués. La ministre chargée de l’Environnement a évoqué jeudi soir (au lendemain du Conseil du gouvernement du 14 août 2019), sur le plateau du journal télévisé de la chaîne publique, les difficultés à recouvrer la taxe sur l’enlèvement des ordures ménagères (TEOM), alors que cette taxe annuelle, établie au profit des communes dans lesquelles fonctionne un service d’enlèvement des ordures ménagères, existe depuis 1992. Pourquoi, aucun des ministres qui se sont succédé à la tête de ce département après 1992, à ce jour, n’a pu donner son opérationnalité à ce dispositif fiscal? Ce ne sont pas les cadres de valeur qui ont manqué au secteur de l’environnement. Ils ont élaboré, au début des années 2000, un Programme national de gestion des déchets municipaux (PROGDEM) visant l’éradication des décharges sauvages et la réalisation des CET (Centre d’enfouissement technique) dans le cadre de schémas directeurs de gestion des déchets à l’échelle de la commune, et ont mis en place un dispositif national de collecte, tri et valorisation des emballages et autres matériaux spécifiques (appelé Eco-Jem). Le but : élimination écologique des déchets avec valorisation des déchets recyclables. Le PROGDEM a fait l’objet d’une conférence internationale des bailleurs de fonds, réunie au Club des Pins, à Alger, en mai 2003.

La réalité est aux antipodes de cette démarche : n’importe quel terrain abandonné, en n’importe quel point du pays peut être transformé en un clin d’œil en décharge sauvage; les CET sont mal gérés; la TEOM qui finance les services locaux de collecte et de traitement des déchets, n’est recouverte qu’en très faible partie et il n’est pas évident que son produit parvienne aux communes dans des délais raisonnables. Au fil du temps, il s’est créé, tacitement, une sorte de «compensation» entre d’une part, les autorités locales qui décident sur des domaines qui concernent directement le citoyen, sans le consulter, et ne rendent compte à personne, et d’autre part, le citoyen qui se conduit comme il veut (endirou raina, «on n’en fait qu’à notre tête», selon le slogan de certains jeunes manifestants du vendredi et du mardi), assuré de ne pas être sanctionné s’il est en infraction en matière d’atteinte à l’environnement.

C’est le faux principe de «tout le monde trouve son compte». Personne n’a voulu rompre cet «équilibre», caractéristique du «système» pourtant rejeté dans les slogans des manifestants du vendredi. Ce simple rappel a de quoi alimenter le scepticisme face aux marques d’intérêt pour la protection de l’environnement que veut montrer, actuellement, le gouvernement. Dans ce domaine, rien ne distingue encore, dans les faits, le style d’avant, du style actuel. Ils ont en commun, l’inefficacité. Seulement, aujourd’hui, sur fond de mobilisation populaire permanente, même si elle est inégale selon les périodes et les localités, et d’action anti-corruption menée par le secteur de la justice, fortement encouragé par l’institution militaire, le contexte est favorable aux professionnels de la protection de l’environnement (dont les cadres, ingénieurs et techniciens) qui voudraient, en appui sur les associations écologiques, dépasser l’inertie des institutions. Ils n’ont plus aucune raison d’attendre pour prendre l’initiative d’agir sur le terrain pour, par exemple, freiner la dégradation du cadre de vie agressé de toutes parts (déchets, pollution de l’air, nuisances sonores, eaux usées nauséabondes…).

Cet article a été publié dans La Nouvelle République (Alger) du dimanche 18 août 2019.

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