Algérie : les maladies à transmission hydrique prises au sérieux

A l’approche de l’été, le risque d’épidémies de maladies à transmission hydrique (MTH) est pris au sérieux par les pouvoirs publics qui envisagent de traiter sans attendre les «points noirs» sur les réseaux d’alimentation en eau potable et d’assainissement.

par M’hamed Rebah

Un comité national de lutte contre les MTH impliquant, principalement, les ministères chargés des Ressources en eau, des Collectivités locales, de la Santé et de l’Environnement, est prévu pour mettre en œuvre une stratégie nationale dans ce domaine. Il s’agit d’éviter que se reproduise la situation créée l’an dernier, au milieu de l’été, par la pollution de l’oued Beni Azza (Khazrouna, à l’entrée de Blida) qui a entraîné l’apparition de cas de choléra dans un site d’habitats précaires. Au même moment – août 2018- d’autres cas de choléra avaient été enregistrés ailleurs dans le pays. La négligence dans la surveillance de l’état de certains cours d’eau (comme oued Beni Azza), dont les allures d’égout sont pourtant évidentes, est une des causes de la résurgence des MTH.

Les spécialistes algériens ont toujours classé les MTH en première position sur la liste des maladies dues à l’impact de la pollution sur la santé humaine. A la fin des années 1980, l’action énergique du ministère de la Santé par l’intermédiaire de sa direction de la prévention avait permis de casser le cycle spécial du choléra en Algérie. L’éducation sanitaire avait fait reculer les diarrhées infantiles et, par corrélation, le choléra également.

C’est localement que la lutte contre les MTH doit se mener. Le rôle des bureaux d’hygiène communaux est important. L’intervention de la police des eaux peut être décisive, mais, visiblement, elle ne contrôle rien ou pas suffisamment.

Les particuliers qui creusent des puits dans leur propriété sans autorisation et sans respect des normes techniques et sanitaires, constituent une des sources de MTH. Leurs puits, non recensés, peuvent entraîner la pollution de la nappe par les nitrates, les composés organiques solubles et les pathogènes fécaux. A Oran, selon notre confrère Le Quotidien d’Oran (9 avril 2019), les services de la direction de la Santé et les bureaux d’hygiène communaux ont mis en place un dispositif pour la désinfection des puits.

A l’origine des épidémies de MTH, on trouve toujours les eaux usées, soit quand elles s’infiltrent dans les puits ou les nappes, soit quand elles sont utilisées pour l’irrigation de cultures agricoles, ou par «échange» entre les canalisations d’eau potable et les égouts, la fameuse cross-connexion. En Algérie, la loi interdit, de la façon la plus explicite, l’irrigation à l’aide d’eaux usées brutes.

On sait que des quartiers nouveaux, composés pas seulement de cités-dortoirs mais aussi de villas somptueuses, érigés sur des terres détournées de leur vocation agricole, sont restés longtemps dépourvus de réseaux d’assainissement, utilisant des fosses septiques vidées par camions citernes. Le Code de l’eau fait obligation aux villes de plus de 80 000 habitants et aux grandes unités industrielles, d’épurer leurs effluents.

Au risque créé par les eaux usées non épurées, s’ajoute, en été particulièrement, celui des déchets mal gérés. Il y a quelques jours, Le Quotidien d’Oran (12 mai 2019) signalait le malaise vécu par les habitants d’une cité à Relizane, à cause des tas de déchets et détritus jetés dans une benne métallique et des conséquences sur la santé publique, notamment chez les enfants.

L’été, c’est également, la prolifération des déchets plastiques en tous genres. Par méconnaissance de la problématique posée par les déchets plastiques éparpillés dans la nature, les pouvoirs publics et les collectivités locales ne s’investissent pas suffisamment dans leur gestion et dans la protection de l’environnement et de la santé humaine, face à ces nuisances.

Cet article a été publié dans La Nouvelle République (Alger) du samedi 18 mai 2019

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