Du vert en ville pour lutter contre le réchauffement

Depuis 2004, le congrès international GreenSys réunit tous les deux ans l’avant-garde de l’horticulture mondiale. Cette année, il a lieu pour la première fois en France, du 16 au 20 juin prochain à Angers.

par Jane Hervé

Depuis une quinzaine d’années, les fenêtres et les balcons de nos villes s’ornent d’abord de fleurettes (géraniums, azalées, etc.), puis d’arbustes (palmiers, oliviers, néfliers, sapins, etc.) quand la suspension ou l’espace le permet. Des taches de verdure spontanées surgissent petit à petit. Aujourd’hui, des terrasses s’organisent sur les toits. Des murs végétalisés proposent leurs parois verdies et fleurie sau milieu du béton parisien. Ce dernier phénomène, qui gagne peu à peu du terrain à la verticale, oblige à repenser l’architecture du bâtiment… Et le regard plein d’espoir des passant.es se tournent vers ce vert.

Et puis ça et là, sur la terre – presque ferme – dans les friches urbaines, dans les squares, au carrefour des rues, sur les toits des centres commerciaux, des jardins partagés naissent avec tomates, patates, plantes aromatiques, etc. Là, la reconquête de l’espace à verdir offre en outre une expérience sociale d’échanges et de mixité généreuse. Il y en a ainsi une bonne dizaine de ces jardinets dans le XVe arrondissement. Ils portent des noms où s’engouffrent les rêves urbains : Fleurs de Bitume, Jardin de la Félicité, Jardin aux Petits Oignons, Jardin de l’Emancipation, Jardin’âges, etc. La ville étant jadis la ville (tautologie), nul ne pensait vraiment à installer ces villes à la campagne (hormis Alphonse Allais !) ou à mettre un bout de campagne dans la ville (ex : aménagement de la promenade de petite ceinture, bords de Seine devant le musée d’Orsay, etc.). Dans les années 60, les Parisiens n’étouffaient pas encore en pleine chaleur *. Les puanteurs dangereuses des gaz d’échappement n’agressaient pas les narines et les poumons.

Oui, mais… Il faut aller plus loin. Qu’apporte un tel virage au vert du béton ou des immeubles haussmanniens ? Quel intérêt – hors esthétique – pour le présent ? Des chercheurs angevins d’Agrocampus Ouest se sont penchés sur les effets que ce verdissement a sur la chaleur. L’ingénieur Pierre-Emmanuel Bournet a travaillé sur l’interaction du végétal dans les milieux artificialisés et analysé son impact en milieu urbain. Pour ce faire, les chercheurs ont ni plus ni moins reconstitué dans les locaux d’Agrocampus (Belle-Beille, près d’Angers) une maquette de ville (échelle 1/5e) avec une allée centrale bordée d’arbres miniatures. « On va faire toute une batterie de mesures, étudier le rayonnement, le potentiel du sol, la teneur en eau, la transpiration du végétal, etc. » ** Cet ingénieur-chercheur diplômé de l’École nationale supérieure d’électrotechnique, d’électronique, d’informatique et d’hydraulique de Toulouse, accompagné de ses étudiants, compte combattre le réchauffement climatique sur la base de ses observations. Comment ? « Avoir recours au végétal réduit l’effet du rayonnement par l’ombrage et la transpiration des plantes rafraîchit ». Il faut donc « quantifier ces mécanismes pour évaluer leur impact réel et préconiser des choses aux aménageurs ». Un début prometteur.

Ce chercheur est complet en quelque sorte car… il a travaillé sur l’hydraulique et fait un stage à la Société hydroélectrique du Midi (laquelle fournissait le tiers de l’énergie des réseaux ferrés SNCF) grâce aux barrages dans les Pyrénées et le Massif Central. Il a étudié les eaux du lac du Bourget (sédiments charriés et masses d’eau). Diverses approches pour réfléchir autrement sur la mécanique des fluides (liquide, gaz). En outre, depuis 2001, il a intégré l’Institut national de l’horticulture pour étudier les serres et … la conservation des fruits et légumes sur des palettes réfrigérées. En conséquence, il s’inscrit directement dans le programme européen Nature for Cities (N4C).

Aujourd’hui, P.-E. Bournet prépare (avec Etienne Chantoiseau) le congrès international GreenSys à Angers, du 16 au 20 juin prochain, avec 400 scientifiques et 200 professionnels venus du monde entier. Une première en France ! Depuis 2004, GreenSys réunit l’avant-garde de l’horticulture mondiale tous les deux ans. La dernière édition a eu lieu à Pékin en 2017. « GreenSys a vocation à aborder le système serre dans toutes ses dimensions. Il couvre un large spectre de travaux de recherches relatifs aux cultures protégées et au domaine de l’ingénierie sous abri. Les nouvelles technologies de contrôle de l’environnement, des économies d’énergie, de la production des cultures sous serre et dans les fermes de culture y sont présentées ». Pour être vraiment concrets, les congressistes visiteront même le Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes de Carquefou (pays nantais), une entreprise de production de tomates et concombres et un site de fabrication de serres dans cette région si propice… aux vignobles comme aux châteaux.

* Aujourd’hui après les récentes canicules, Paris teste ainsi un rafraîchisseur qui déversera des gouttelettes d’eau si nécessaire, rue Lecourbe, arrêt du bus 39.

** Courrier de l’Ouest, page Angers, 21 avril 2019, article d’Yves Tréca.

 

Action complémentaire d’une certaine façon, l’institut Momentum participe à un «week-end à la campagne » à Gonesse pour lutter contre l’installation du complexe commercial EuropaCity et d’une gare en plein champ (sur 300 ha de terres fertiles), les 18-19 mai.

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