Tri et collecte : le maillon faible du recyclage des déchets plastiques en Algérie

Depuis plusieurs mois, l’attention des observateurs en Algérie est monopolisée par les élections présidentielles d’avril prochain, éclipsant tout le reste, dont, évidemment, les préoccupations écologiques.

par M’hamed Rebah

L’écologie a tout de même fait, en décembre dernier, une brève apparition dans l’actualité, projetée par la saisie, au port de Bejaïa, par la Douane algérienne, de 17 conteneurs de déchets plastiques importés, présentés, au départ, sur les sites électroniques qui ont donné l’information, comme des ordures ménagères, ce qui a eu pour effet immédiat de choquer l’opinion publique, car des déchets de ce type ne manquent pas en Algérie et ils posent même de sérieux problèmes pour leur élimination, beaucoup de centres d’enfouissement technique (CET) étant saturés et l’argent pour en construire de nouveaux, de moins en moins disponible.

Fait curieux : l’industriel-importateur et la banque publique qui l’a accompagné dans cette opération, ignoraient, tous deux, que la législation algérienne interdit l’importation de déchets plastiques. Ils étaient destinés à une unité de fabrication de sangles d’arrimage pour transporter les briques. L’industriel, établi à Biskra, importait ces sangles avant de décider de les fabriquer sur place à l’aide de déchets plastiques, mais il s’est heurté au manque de déchets et a été contraint de les acheter en Espagne (15 conteneurs) et en Allemagne (2 conteneurs), 343 tonnes en tout.

Il justifie son opération d’importation en se référant à la ministre de l’Environnement et des Energies renouvelables qui a, d’après lui, reconnu qu’il y avait un problème de récupération et de recyclage des déchets en Algérie. Une étude de l’Agence nationale des déchets (AND) le confirme. En 2014, à l’échelle nationale, sur une quantité de 11 millions de tonnes de déchets ménagers et assimilés, le taux de recyclage a été de 10 %. Selon cette étude, la quantité enfouie dans le CET de Biskra (dans la commune d’El Outaya) n’a pas dépassé, en moyenne sur l’année, 150 tonnes/jour, dont 18,56 % de déchets plastiques. Autrement dit : en 2014, année de l’étude, un peu plus de 27 tonnes de déchets plastiques ont été acheminés chaque jour vers le CET de Biskra, qui est la ville de l’industriel-importateur. Il avait, tout près, un gisement non négligeable de matière première pour ses sangles. L’étude ne précise pas la quantité de déchets plastiques qui est récupérée et recyclée à partir du CET de Biskra.

Quoiqu’il en soit, pour l’AND, les déchets plastiques sont avant tout un polluant à combattre. La preuve : l’Agence a lancé en novembre dernier un concours orienté vers les Youtubeurs pour les inciter à réaliser des vidéos sur la thématique retenue par l’Organisation des Nations Unies pour la journée mondiale de l’environnement du 5 juin 2018 : « combattre la pollution plastique ».

Par contre, pour le secteur informel, la collecte et le recyclage des déchets plastiques sont une bonne affaire. Notre confrère Le Quotidien d’Oran a fait état dans son édition du samedi 19 janvier 2019, du démantèlement d’un atelier de recyclage du plastique à Gdyel (près d’Oran), qui ne disposait d’aucune autorisation légale d’exercer. Les déchets plastiques collectés étaient entreposés dans un garage puis recyclés à l’aide d’un équipement approprié. L’«opérateur» concerné n’a rencontré aucune des difficultés évoquées par les autres investisseurs qui ont tendance à expliquer leur réticence à se lancer dans ce créneau, par le problème de la collecte des déchets, identifiée de longue date par les spécialistes algériens, comme étant, chez nous, le «maillon faible» dans le processus de recyclage du plastique.

Dans le cas de la bouteille en plastique, ce processus commence au niveau du consommateur pour peu qu’il soit convaincu de la nécessité de trier lui-même ce déchet et pour peu également qu’il trouve à proximité le conteneur réservé aux bouteilles en plastique. On a pu constater, en été, le nombre impressionnant de bouteilles en plastique laissées aux abords des plages, jetées ça et là par les baigneurs qui les ont utilisées pour se rincer les pieds et enlever le sable avant de quitter les lieux. A peu près le même constat peut être fait pour les sachets en plastique abandonnés au gré du vent qui les pousse vers la mer.

Cet article a été publié dans La Nouvelle République (Alger) du lundi 21 janvier 2019.

CANARD SAUVAGE
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