Le joyau de la côte algéroise méconnaissable

Jadis joyau de la côte algéroise, la plage Franco (actuellement plage Ali La Pointe) de Rais Hamidou (ex-La Pointe Pescade) est aujourd’hui un site en grande partie dénaturé.

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par M’hamed Rebah

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La Journée mondiale de la mer (27 septembre), célébrée en divers points du littoral algérien, le samedi 29 septembre, deuxième jour du week-end en Algérie, s’est transformée en journée d’une grande déception pour les écologistes qui ont choisi d’aller à Rais Hamidou (ex-La Pointe Pescade, dans la proche banlieue d’Alger) pour participer aux activités organisées à cette occasion. Ils pensaient pouvoir redécouvrir la belle plage Franco (plage Ali La Pointe, actuellement) qu’ils ont connue dans leur enfance ou dont ils ont entendu parler. Le spectacle offert à leurs yeux les a horrifiés : à la place de ce qui a longtemps été un joyau de la côte algéroise, ils ont trouvé un site en grande partie dénaturé dans ses deux éléments « historiques » : la belle jetée, qui était en harmonie avec les rochers naturels, est maintenant écrasée par un hideux et immense « mur » de béton qui bouche la vue de l’horizon, et le sable fin, sur lequel les estivants se doraient au soleil à l’époque, a été couvert sur une large bande par l’asphalte, pour les besoins d’une voie carrossable pour voitures et 4/4 roulant au gas oil.

Il y a un décret (datant de 2006) qui fixe « les conditions de réalisation des voies carrossables nouvelles parallèles au rivage » et prévoit une étude d’impact pour permettre « la protection et la préservation des cordons dunaires, des dunes littorales et des parties supérieures des plages concernées », mais il ne concerne pas la route réalisée directement sur le sable de l’ex-plage Franco. Ce n’est pas tout : près du bord, là où apprennent à nager les gosses, aidés par leurs parents, une série de barques à moteur « stationne » tout en laissant fuir dans l’eau, leur carburant – parfois un mélange d’essence et d’huile moteur – qui pollue, en plus, l’air marin; le plan d’eau fait penser à une station-service en mer. Sur cet aspect, l’ex-plage Franco n’est pas une exception, la pollution par l’essence est la même partout où les Jet Skis (scooters des mers) arrivent jusqu’au rivage. Y a-t-il un vide juridique dont profiteraient ces pollueurs de plages ? La loi algérienne interdit et punit tout déversement d’essence en mer. Habituellement, les barques à moteur sont équipées de rames utilisées pour s’éloigner du bord et leur moteur n’est mis en marche que pour « prendre le large ». Sur cette plage de Raïs Hamidou, les rames ont été mises au placard.

D’après les spécialistes, certains moteurs hors bord peuvent déverser jusqu’à 30 % de leur carburant imbrûlé dans l’eau par le tuyau d’échappement. Comment peut-on déguster des sardines grillées dans ce décor ? Les deux belles criques, Sport nautique et La Rascasse, voisines de Franco, ont carrément disparu, et leur espace ressemble à un terrain vague qui attend le béton. Sur place, les pêcheurs sont résignés, personne ne les a consultés avant d’entamer les travaux. Si on l’avait fait, à condition de prendre en compte leur avis, ce qui n’est pas évident, la plage n’aurait pas subi cette agression qui « rivalise » avec celle provoquée de longue date, dans l’environnement local, y compris sur la plage, par la cimenterie située au-dessus et dont les eaux usées mêlées à celles de petites unités artisanales implantées plus haut, se déversent dans un oued qui débouche sur la mer. La conception libérale du « climat des affaires », portée par les pressions des institutions financières internationales, empêche l’application rigoureuse des dispositions légales de protection de l’environnement. Il reste, enfin, à espérer que les belles petites criques de sable et de rochers qui se trouvent en contrebas du front de mer qui mène, sur quelques kilomètres, de Bologhine (ex-Saint-Eugène) à Raïs Hamidou, échappent au regard des « décideurs » obnubilés par l’idée de placer partout, au pied levé, des marinas bétonnées, sources de pollution aux hydrocarbures.

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Cet article a été publié dans La Nouvelle République (Alger) du dimanche 7 octobre 2018.

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