Choléra, inondations : un été de négligences «écologiques» en Algérie

Le bilan «écologique» de l’été 2018 montre, encore une fois, que le rôle de la prévention dans la gestion des risques majeurs, en Algérie, est négligé, malgré les leçons données par les catastrophes qui n’arrêtent pas de surprendre et de faire des dégâts là où on s’y attend le moins.

par M’hamed Rebah

Le délégué national aux risques majeurs auprès du ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, Tahar Melizi, a implicitement reconnu cette lacune après les inondations qui ont frappé mercredi 19 septembre la région de Hamma Bouziane (une quinzaine de km au nord-est de Constantine). Les pluies diluviennes attendues habituellement en octobre et novembre sont venues plus tôt, mais à Constantine, on sait que le risque de glissement de terrain est avéré à cause du ruissellement des eaux, aggravé par une urbanisation anarchique.

Les images impressionnantes des flots emportant sur leur passage des files de véhicules, vues à la télévision ou sur les vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, ressemblent à celles prises quelques jours avant à Tebessa et à Oum El Bouaghi (à l’est du pays comme Constantine) et rappellent la catastrophe, d’une toute autre dimension (en pertes humaines et en dégâts matériels et destruction d’habitations), due également aux eaux de pluies qui ont dévasté Bab El Oued le 10 novembre 2001. La catastrophe de Bab El Oued a résulté de la violence des pluies combinée aux erreurs d’aménagement et à l’urbanisation anarchique, pas de respect de la réglementation et pas d’infrastructures de protection.

Il n’est pas question d’empêcher les intempéries, phénomène naturel, mais il est possible d’éviter le pire par des mesures de prévention. Les plans de prévention des risques naturels prévisibles concernent les inondations et consistent d’abord à recenser les facteurs aggravants, notamment les constructions illicites et les habitations dans les lits de cours d’eau, ainsi que la vérification de l’état des réseaux d’assainissement. Les spécialistes algériens ne cessent pas de tirer la sonnette d’alarme sur la persistance à continuer à construire dans les zones inondables et les zones accidentées, notamment les lits d’oued et les terrains glissants, trompeurs en période de sécheresse. Leurs localisations sont certainement connues.

L’exploitation des images du satellite algérien Alsat-1B répond aux objectifs liés à la prévention et à la gestion du risque d’inondations

Il y a deux ans, l’Agence spatiale algérienne (ASAL) a annoncé que l’exploitation des images d’Alsat-1B (un des trois satellites algériens avec Alsat-2B et Alsat-1N, qui venaient d’être lancés), répondrait entre autres aux objectifs liés notamment à la prévention et la gestion du risque d’inondations. Le risque d’inondations, classé deuxième en Algérie après le séisme, est une priorité du ministère des Ressources en eau qui s’est donné pour objectif d’endiguer ce phénomène. Dans ce but, l’Etat a mobilisé 81 milliards de dinars (environ 500 millions d’euros) durant les deux plans quinquennaux 2005-2009 (21 milliards de dinars) et 2010-2014 (60 milliards de dinars), pour doter l’Algérie d’une stratégie nationale de protection contre les inondations avec un système de prévision et d’alerte de crue. L’Agence nationale des ressources hydriques (ANRH) a engagé, pour sa part, une étude pour établir une cartographie des zones inondables et déterminer l’ensemble des villes exposées aux inondations, qui sont, par ailleurs, prévisibles et annoncées par des bulletins météorologiques spéciaux (BMS).

Cet été, il n’y a pas eu que les inondations pour rappeler l’importance de la prévention. L’épidémie de choléra, maladie des eaux sales que l’on croyait définitivement disparue du paysage algérien, a également mis en évidence le recul de la politique de prévention en matière de santé publique. Le choléra, réintroduit en Algérie en 1971, avait fait partie, à cette époque, de la liste officielle des maladies à transmission hydrique. Son point culminant a été atteint en 1986, qui a été véritablement l’année du choléra au vu de son bilan effrayant, une catastrophe passée sous silence par les médias publics (les seuls existants, à cette époque) soumis à la censure. L’action énergique du ministère de la Santé par l’intermédiaire de sa direction de la prévention, avait permis de casser le cycle spécial du choléra en Algérie. Il n’y a plus eu d’épidémie après 1990, année où on a enregistré 1556 cas. En 1991, ce chiffre est descendu à 162 cas, dont 154 pour la seule wilaya d’Adrar, et 4 décès. Les 149 cas enregistrés en 1994 relevaient de défections sur les réseaux d’assainissement. Les spécialistes de la prévention étaient alors optimistes : le choléra ne montrera plus le bout du nez, disaient-ils. Ils se basaient sur la corrélation entre le choléra et les diarrhées infantiles ; celles-ci avaient connu un recul spectaculaire grâce à l’éducation sanitaire. En 2018, à partir de l’oued Beni Azza (Blida, à 50 km d’Alger), pollué à l’extrême et longé d’habitats précaires, le choléra a resurgi pour marquer un été de négligences en matière de prévention. Que nous réserve l’automne qui a commencé dimanche 23 septembre ?

Cet article a été publié le dimanche 23 septembre 2018 dans La Nouvelle République (Alger).
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