Algérie : le cadre de vie dégradé en été

La tradition estivale à l’algérienne se maintient en 2018.

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par M’hamed Rebah

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En plus du feuilleton politico-judiciaire de la saison, qui tient en haleine la population, le cadre de vie connaît sa dégradation habituelle : coupures d’eau, plus ou moins longues, et carrément la pénurie pour les habitants placés par la malchance au mauvais endroit ; saleté repoussante des rues (y compris «centrales») et places, amas d’ordures un peu partout sur des trottoirs en mauvais état, parcourus par les eaux usées; nuisances sonores «normales» comme si elles étaient intégrées à l’ordre public, même la nuit, le fameux tapage nocturne qui est devenu impuni, voire «organisé» d’en haut quand il s’agit d’activités «culturelles» ou dites de «loisirs» au milieu d’habitations, sans aucune consultation des riverains tenus dans le mépris le plus total.

La grande inconnue, en l’absence d’études épidémiologiques sérieuses, reste la pollution de l’air due à un parc automobile roulant en très grande partie au gas oil classé cancérigène par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Seule note de satisfaction à Alger, le démantèlement des panneaux publicitaires a mis fin à une pollution visuelle qui portait atteinte dans l’indifférence générale à l’esthétique du paysage urbain (très belles perspectives, vues sur la mer et façades de bâtiments culturels ou historiques, masqués…). Quant à la pollution lumineuse, due à un éclairage public anarchique, personne n’y fait attention.

Dans le malaise urbain, c’est le bruit qui agit comme facteur principal en privant les espaces publics de la tranquillité indispensable aux citadins. En ville, et a fortiori en plein centre, surtout quand il s’agit d’une capitale, comme Alger, les spécialistes estiment que la qualité sonore est un élément fondamental du vivre ensemble dans les espaces publics (places, jardins, squares..) et sur les terrasses des cafés et restaurants autant que sur les balcons des habitations.

Les jeunes pensent que les activités «culturelles» organisées par les autorités sur la voie publique, qui leur sont proposées, ont une motivation politique inavouée (les distraire et les démobiliser), et ils sont alors enclins à appuyer les actes d’«inquisition», à motivation tout aussi politique et inavouée (mobiliser et embrigader les jeunes dans les mouvements islamistes), qui empêchent ces activités de se dérouler.

En plus, dans leur grossière manœuvre de manipulation, les «inquisiteurs» reçoivent le soutien inespéré de riverains excédés par les nuisances sonores et qui estiment que « la fin justifie les moyens » ; l’essentiel, pour eux, est d’obtenir la «délocalisation» des activités bruyantes, musicales ou à caractère commercial et publicitaire, vers des salles insonorisées ou des emplacements éloignés des lieux habités.

Dans le contexte de mal-vie entretenu par l’insuffisance des services publics (approvisionnement en eau et en électricité, ramassage des ordures, nettoiement des rues, transport, soins…) et par les difficultés sociales qui découlent du déficit de projets de développement, contexte alourdi, au sud du pays en particulier, par la canicule, la « culture dans la rue », à partir d’une scène posée sur la voie publique et accompagnée de haut-parleurs, offre un excellent prétexte aux inquisiteurs-manipulateurs qui opèrent alors sur un terrain facile.

Par ailleurs, la presse publie presque chaque jour des articles et reportages de journalistes effarés par le spectacle que présente l’état de l’environnement urbain qui n’a jamais atteint, selon leurs témoignages, un tel niveau de dégradation. Dernièrement, une consœur du Quotidien d’Oran a fait état de la présence en ville de sangliers attirés par la nourriture qu’ils peuvent trouver dans les mini-décharges sauvages qui pullulent dans les quartiers. « Alger vaincue par la saleté », a titré une autre consœur (Le Soir d’Algérie) qui s’interroge : « qui n’a pas remarqué l’amoncellement des ordures dans différents quartiers de la capitale ? ». Ailleurs, plus précisément à Ain El Turck (Le Quotidien d’Oran,  8 juillet 2018), ce sont « des amas de gravats, de sable et de ciment sur les trottoirs et la voie publique ». A Guelma, d’après le correspondant du Soir d’Algérie, la ville ne cesse de « crouler sous les poubelles débordantes et les tas d’ordures qui s’amoncellent sur les trottoirs et parfois même sur la chaussée ».

Les citoyens ont une bonne part de responsabilité dans cette situation. Leur incivisme flagrant est le plus souvent du au manque d’éducation (que leur apprend-on à l’école ?), mais, selon des experts, dans certains cas, il s’apparente à des actes de désobéissance civile, comme forme d’hostilité aux institutions et à l’Etat.

Il est encore possible d’améliorer le cadre de vie urbain à condition d’associer la population à ce qui se fait dans son lieu d’habitation et de faire respecter la loi par tous. Tout récemment, mardi 24 juillet à Saida, le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, Nouredine Bedoui, a indiqué la voie à suivre en faisant savoir aux gestionnaires locaux qui l’ignorent, que « la conjugaison des efforts de l’élu au niveau local, du responsable administratif et des représentants de la société civile nous permettront d’éviter de commettre des erreurs ».

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Cet article a été publié dans La Nouvelle République (Alger) du dimanche 5 août 2018.

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