La violence symbolique de l’écologie politique

L’écologie politique condamne fermement les jets de pierre et de cocktails Molotov contre les gendarmes stationnant à Notre-Dame-Des-Landes. L’écologie politique veut agir autrement pour faire avancer la conscience collective de l’urgence écologique sans agresser physiquement les personnes.

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par Michel Sourrouille

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La réalité de la dévastation de la planète par les agissements humains est suffisamment établie pour que l’écologiste puisse expliquer à n’importe quelle personne la gravité de la situation ; tous les habitants sur terre ont vocation à devenir écologistes, notre avenir est commun. Il faut surtout essayer de convaincre. Même si certains de nos propositions font partie de l’écologie « punitive », la violence des idées n’est pas une véritable violence. Mais l’imaginaire croissanciste de la société actuelle rend nécessaire l’usage de moyens plus frappants que la simple discussion, l’élaboration de manifestes ou la mise en pratique d’une sobriété personnelle qui servirait d’exemple à suivre. C’est pourquoi la guérilla juridique menée à NDDL depuis des années était indispensable. Les associations de défense de environnement reconnues peuvent ester en justice contre les atteintes à la nature. Il faut mettre en œuvre l’article 2 de la Charte (constitutionnalisée) de l’environnement : « Toute personne a le devoir de prendre part à la préservation et à l’amélioration de l’environnement. » L’autre leçon de NDDL, c’est l’invention de la ZAD (Zone à défendre), l’occupation d’un site pendant des années pour empêcher la réalisation d’un grand projet inutile. S’interposer physiquement contre des « mal-faisants » est une autre caractéristique de l’action non-violente. Entrer dans une certaine illégalité à un moment donné peut être justifié par la légitimité des buts, Gandhi et Martin Luther King ont montré la voie.

Les militants écolos peuvent aller plus loin, porter atteinte aux biens du moment que cela présente une valeur symbolique compréhensible par tous ceux qui veulent réfléchir plus profondément. Les actions de Greenpeace d’intrusion dans une centrale nucléaire, les interpositions musclées de Sea Shepherd pour lutter contre les chasseurs de baleine, les détériorations des « casseurs de pub », les actions de sabotage contre la construction d’une ligne à grande vitesse… relèvent de cette modalité. Certains militants pourraient aller encore plus loin et se situer dans le cas limite de l’écoterrorisme. Au nom de la « contre-violence », Françoise d’Eaubonne (NDLR : écrivaine précurseure de l’éco-féminisme) avait participé à la lutte contre l’énergie nucléaire en commettant avec d’autres un attentat à l’explosif le 3 mai 1975 contre la centrale de Fessenheim, retardant de quelques mois son lancement.

La violence se compose de multiples facettes, comme la non-violence. L’écologie politique se refuse à toute violence contre les personnes car cela ne peut être accepté par une large partie des membres d’une société démocratique. Il a fallu plus de quarante années de terrorisme armé pour que le groupe séparatiste basque ETA se rende compte qu’une volonté d’autonomie territoriale ne vaut pas les 800 morts que cela a provoqués. N’oublions jamais que toute agression physique à court terme contribue à empêcher la réduction de la violence à long terme. Alors, quelle part de violence réside dans la non-violence ? Un discours non conventionnel peut déjà heurter profondément des personnes et être pensé comme une forme de violence. Pas grave, l’esprit humain est normalement ouvert à la reconsidération de ses préjugés. Par contre, la non-violence active pourrait aller jusqu’à détruire des choses matérielles qui portent réellement atteinte au bien commun, à la biodiversité et/ou aux générations futures. Si les dirigeants de notre société n’étaient pas si inertes face aux ravages de la société thermo-industrielle, il serait agréable de s’en tenir à l’action de base, la libre discussion pour faire avancer l’intelligence collective face à l’urgence écologique. Mais ce n’est pas la montée rapide des périls qui doit nous inciter à vouloir mort d’humains car la fin est dans les moyens comme l’arbre dans la semence.

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