Perturbateurs endocriniens, ces particules élémentaires qui plombent la vie

Chercher des poux dans la tête est une expression qui date de 1789. Trouver des perturbateurs endocriniens (PE) dans les cheveux a marqué l’année 2017, politiquement et médiatiquement.

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par Anne-Claire Gagnon

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Pourtant le sujet n’est pas neuf : Sciences & Avenir rappelle qu’il publie des enquêtes sur ce thème depuis 2000. Sens & santé y consacre trois pages sur les « ateliers nesting », organisés depuis 7 ans à Grenoble par les sages-femmes, à l’initiative de Women in Europe for a Common Future : on apprend aux futurs parents comment éviter à leurs nouveau-nés les expositions aux substances dangereuses.

Comment échapper aux PE, voilà toute la question. Avec ces substances, on entre dans le domaine de l’infiniment petit, comme avec l’homéopathie ou les phéromones, deux sujets qui hérissent parfois le poil des scientifiques.

Comme cette étude de 60 Millions de Consommateurs, qui a fait polémique en trouvant pas moins de 254 perturbateurs endocriniens dans les mèches de cheveux de nos chères têtes blondes.

L’analyse toxicologique d’une centaine de cheveux est une méthode d’analyse très fiable, qui permet d’obtenir un minéralogramme (bilan des oligo-éléments) mais révèle surtout la présence de stupéfiants, déchets du tabac, et garde la mémoire de notre alimentation, lieu de vie et activité.

En page 33 de l’enquête, épinglé avec un visuel accrocheur de chat, le mot fipronil attire l’attention et cristallise les peurs du lecteur, l’INC l’amalgamant avec les pesticides, que ce médicament vétérinaire insecticide n’est pas.

Toute la difficulté actuelle, c’est d’obtenir des informations claires, objectives, sans pathos. Or, du côté des ONG comme des médias, on met de l’huile sur le feu des grandes peurs – ces substances sont invisibles, potentiellement actives à dose infinitésimale – alors que, du côté des autorités de santé comme des scientifiques, on tient un discours prudent, qui s’apparente parfois à un écran de fumée.

La Commission européenne a renoncé en février 2017 à donner une définition des PE, que l’OMS définit depuis 2002 ainsi :

« Un perturbateur endocrinien est une substance ou un mélange de substances, qui altère les fonctions du système endocrinien et de ce fait induit des effets néfastes dans un organisme intact, chez sa progéniture ou au sein de (sous)-populations. »

A l’aune de cette définition, la pilule, le soja et le tabac font donc partie des perturbateurs endocriniens, identifiés et assumés par leurs consommateurs.

Même si la jeune génération commence à tousser, en refusant le diktat de la pilule et son cortège d’effets indésirables, tout comme les végétariens qui mesurent que les phyto-œstrogènes ne sont pas si inoffensifs que ça.

Pour le tabac, on sait qu’au-delà des effets sur le fumeur, le tabagisme passif (seconde main) est un fléau, tout comme le devient le tabagisme ultrapassif (ou fumée de troisième main). Ce sont toutes les particules de fumée (nitrosamines spécifiques du tabac) déposées sur les meubles, les sols, les poussières, que les jeunes enfants, en raison de leurs comportements particuliers, ingèrent.

Tout comme les animaux de compagnie, au premier rang desquels les chats, qui paient un lourd tribut, ingérant de nombreuses particules, lors du comportement de toilettage, qui, chez eux, frise la maniaquerie.

On sait depuis longtemps qu’un chat de fumeur voit son risque de lymphome multiplié par 3,2, une source de motivation de sevrage pour son propriétaire. Les publications se sont d’ailleurs multipliées récemment ,montrant que l’exposition répétée aux PFAS, PFOS et PFOA qui papillonnent dans nos maisons a aussi vraisemblablement des effets redoutables sur la santé des chats, non seulement sentinelles de la nôtre mais également et surtout victimes. Idem avec les retardateurs de flamme (PDBE) qui les contaminent silencieusement, à petit feu.

Les publications sur la forte augmentation de la prévalence de l’acromégalie chez le chat, du diabète dont elle fait le lit, de l’hyperthyroïdie, etc., nomment désormais l’hypothèse des PE. Ce n’est plus la dose seule qui fait le poison, mais la répétition de l’exposition.

A tel point que le chat pourrait être, comme pour le tabagisme de seconde ou troisième main, une sentinelle impuissante mais efficace de la qualité ou de la pollution de nos foyers.

Soyons curieux comme les chats, ouvrons l’œil sur les publications, pour mieux comprendre et changer nos habitudes. Nous seuls pouvons être le changement que nous souhaitons voir advenir !

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