Algérie : la lutte biologique encore à ses débuts

Qu’en est-il de l’emploi des pesticides dans l’agriculture algérienne ?

par M’hamed Rebah

« L’agriculture algérienne ne fait pas recours aux pesticides et autres produits chimiques. Nous avons la chance d’avoir à notre portée un pays qui cultive des fruits et légumes bio ». C’est ce qu’a affirmé, selon notre confrère Le Temps, le président du Club Agora des Dirigeants France-Algérie, Karim Zeribi, lors d’une rencontre avec des opérateurs algériens, tenue lundi 19 mars, au siège du Forum des chefs d’entreprise (FCE), à Alger. Or, il y a un peu plus d’un mois, le 18 février, interviewé par Fayçal Metaoui sur le site électronique d’informations TSA, le Professeur Kamel Bouzid, président de la Société algérienne d’oncologie médicale, déclarait, au contraire, que, « dans le monde, l’Algérie est le pays qui consomme le plus de pesticides par habitant » et il mettait en garde contre les risques de cancers, à la fois les agriculteurs qui manipulent ces produits chimiques dangereux et les consommateurs de fruits et légumes contaminés. Des agronomes font remarquer qu’en Algérie « tous les fruits et légumes cultivés, notamment en exploitation sous serre, subissent de nombreux traitements chimiques ». Ils attirent l’attention sur le fait que les résidus de pesticides présents à une certaine dose dans les fruits et légumes sont dangereux pour la santé des consommateurs.

Selon des experts algériens, des produits interdits par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), comme les néonicotinoïdes et le glyphosate, étaient utilisés en Algérie. Ils se réfèrent à l’index de 2015, des produits phytosanitaires autorisés à être commercialisés en Algérie, où figure le glyphosate. Il serait, dit-on, largement utilisé en Algérie, sous le nom commercial Mamba 360 SL, dans les cultures maraîchères, les vergers d’agrumes, les palmeraies, la vigne et l’arboriculture. Les spécialistes, diététiciens et nutritionnistes, sont convaincus qu’« un usage anarchique, abusif et irresponsable des pesticides se pratique par certains agriculteurs algériens pour améliorer les rendements agricoles ».

Evidemment, derrière cette fièvre productiviste, il y a la recherche du profit à tout prix, au mépris de toute autre considération comme la santé des populations ou, encore moins, la protection de l’environnement. Mais, si cette démarche «mercantiliste» donne des résultats quand elle est appliquée au consommateur algérien, tout heureux de trouver au marché ce qu’il cherche et de ne pas s’entendre dire « makach ! Nous n’avons pas ! », elle peut être ruineuse dès que le produit passe la frontière dans une opération d’exportation. Le Soir d’Algérie rapportait le 7 janvier dernier, dans son Periscoop, l’information suivante, citant des « sources informées », mais sans plus de détails ni précisions : « Les autorités sanitaires qataries viennent de renvoyer une cargaison de tomates d’Algérie pour sa trop haute teneur en pesticides ». Notre confrère ajoutait, et c’est là que réside tout le mystère : « Pourtant, nous explique-t-on, cette cargaison était censée être exportée par un producteur privé sous le label «bio»». Les services concernés n’ont pas démenti l’information.

La question que l’on peut alors se poser concerne le sort réservé à ces tomates : ont-elles été détruites ou placées sur le marché domestique pour finir dans nos assiettes ? Au début de cette année, le correspondant régional du Soir d’Algérie à Ain Defla, a fait état d’une intervention sur la radio locale d’un représentant des services agricoles concernant des tomates qui portent les stigmates visibles de l’utilisation excessive des pesticides. Des réunions sont organisées par les services régionaux du ministère de l’Agriculture pour donner des conseils pratiques aux agriculteurs sur l’utilisation des pesticides afin de leur éviter les dangers liés à cette manipulation, et pour les amener également à respecter les périodes minimales entre l’utilisation du produit et la récolte. Les associations de consommateurs se mettent également à informer et à sensibiliser sur l’utilisation des pesticides dans l’agriculture et sur leurs effets néfastes sur la santé humaine et sur l’environnement. Un confrère a fait savoir récemment que de nombreux apiculteurs de la région de Chlef (à l’ouest d’Alger) ont tiré la sonnette d’alarme, suite à la mortalité d’abeilles due à l’utilisation d’insecticides appartenant à la famille des néonicotinoïdes et la mort subite d’oiseaux ayant consommé des grains contaminés ou traités aux pesticides. L’utilisation des pesticides biologiques n’est pas encore généralisée en Algérie. Des initiatives sont prises dans ce sens par l’Institut national de protection des végétaux (INPV) qui incite à réduire les intrants chimiques dans l’agriculture et insiste sur la prévention des maladies et le recours à la lutte biologique.

.Cet article a été publié dans La Nouvelle République, Alger, du jeudi 22 mars 2018.

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