Ecologie : les programmes de Mme Le Pen et M. Macron au banc d’essai

Comment résumer les programmes des deux ultimes candidat sen matière d’écologie ? Pour reprendre à peu près notre formule utilisée lors du débat (à écouter ici sur le site de CO2 Mon Amour) que Denis Cheissoux et moi avons conduit avec Philippe Murer, qui représentait Madame Le Pen, et Corinne Lepage, pour Monsieur Macron : « Macron, c’est l’écologie qui soutient l’économie, Le Pen, c’est l’écologie qui justifie la préférence nationale ». Voyons dans le détail.

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par Frédéric Denhez

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Ecologie patriote…

Marine Le Pen plaque la préférence nationale sur des idées, des initiatives, une philosophie que chacun de nous partage et défend : celle de l’économie sociale, des circuits courts, de l’agriculture plus douce et des entrées de ville moins laides. « La véritable écologie consiste à produire et consommer au plus près, et retraiter sur place ». Nul ne pourrait la contredire. Concrètement, elle prône l’interdiction des produits alimentaires et agricoles qui ne respecteraient pas les normes de production françaises en matière de sécurité sanitaire, de bien-être animal et d’environnement. Tout en soutenant l’exportation de nos produits à haute valeur ajoutée, les labellisés, qui respectent bien mieux l’environnement, les paysans et leurs paysages, les consommateurs, aussi, que les produits banals. Cohérente, Marine Le Pen pousse à une traçabilité totale de l’origine géographique et du lieu de transformation sur l’étiquette. Deux ans après son entrée en fonction, elle ferait établir des prix minimums d’achat aux agriculteurs par les industriels et les hypermarchés, garantis par l’État. Interdiction des fermes géantes, des OGM, du Ceta, du Tafta et des abattages rituels, incompatibles avec le respect du bien-être animal.

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En matière d’énergie, c’est simple : nucléaire prolongé par la filière thorium, vieille lune des ingénieurs atomistes, centrales perpétuées tant qu’on peut, arrêt de l’arrêt de Fessenheim, et promotion de l’hydrogène par électrolyse. Pas au pied des éoliennes, réputées « immondes », y compris sur les horizons marins, et que la candidate d’extrême-droite souhaite suspendre au moyen d’un moratoire immédiat, non, de l’hydrogène fabriqué dans les centrales à thorium. De l’hydrogène qui trouverait naturellement sa place dans les voitures, qu’il ne s’agit néanmoins pas de priver de diesel, afin de ne pas affliger les pauvres. On continue donc le gasoil, en allant vers l’électricité sans passer par le gaz naturel pour véhicule. Normal, Marine Le Pen veut interdire toute exploration et exploitation de gaz de schiste. Quant à l’isolation thermique des bâtiments, au transport des marchandises et à la mobilité, rien, hormis la nationalisation des autoroutes pour en rendre moins cher l’usage et l’interdiction de la concurrence sur les lignes de train.

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… ou écologie libérale ?

Emmanuel Macron partage avec Madame Le Pen la passion du BTP. Tous les deux sont pour le Canal Seine-Nord, lui soutient par ailleurs le tunnel Lyon-Turin tandis qu’elle veut nationaliser les tunnels du Fréjus et du Mont-Blanc. C’est tout pour le fret ferré et fluvial, quant au fret routier, il est résumé à l’hydrogène qui a semble-t-il réponse à tout. À l’inverse de son adversaire, Monsieur Macron soutient la mise en concurrence des trains de voyageurs, il veut même la hâter. Pour la voiture, le candidat d’En Marche ! va plus loin que tout le monde : il dit qu’en 2040, il ne devra plus y avoir un seul véhicule thermique vendu en France. Un pari osé, qu’il espère gagner en taxant le diesel autant que l’essence, en aidant les ménages pauvres à changer d’auto, et en favorisant, lui aussi, devinez quoi, l’hydrogène. Une commune obsession. Mais voilà, les trajets quotidiens, ce n’est pas que du moteur, c’est aussi de l’information. Gérer le trafic et le stationnement en développant l’échange d’informations entre des voitures connectées, des routes connectées, des péages connectés, des parkings connectés de façon à, par exemple, réserver selon le trafic et le niveau de pollution la voie de gauche de l’autoroute aux voitures à trois occupants, entre 7 h 15 et 7 h 25, Emmanuel Macron a compris ce sur quoi travaillent les métropoles pour dissuader chacun de venir travailler tout seul dans son auto.

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La « route intelligente » de Monsieur Macron est en cohérence avec sa maison intelligente. Entendez, la promotion de l’autoconsommation d’énergie. Dans ce domaine comme dans celui de la transition énergétique, le candidat à la présidence de la République est dans la continuité de François Hollande et de Ségolène Royal. Ni plus, et même un peu moins sur les objectifs. Il ne va pas contre le sens du vent, il va même résolument dans celui des éoliennes, qu’il veut développer vraiment en simplifiant les procédures d’autorisation. Y compris pour les champs off-shore, six au total, mais toujours rien à l’horizon, car il reste des écolos et des propriétaires de résidences secondaires pour qui un mât de 2 m de haut dans le champ visuel est une insulte à la nature.

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Emmanuel Macron est plus inventif en matière d’agriculture. Comme tous les candidats, sans exception, il veut renforcer le poids des agriculteurs dans leurs négociations avec les aimables centrales d’achat, dans le cadre d’un Grenelle de l’alimentation qui mettra tout le monde autour de la table. On y pourra aborder par exemple l’objectif de 50 % de bio local et de labels de qualité dans les menus des restaurants scolaires et d’entreprises d’ici la fin du quinquennat. Faut-il interdire les OGM ? Oui. Mais pas la recherche, car on ne sait jamais. De même en ce qui concerne les gaz de schiste et les hydrocarbures non conventionnels : exploiter, non, explorer, oui, afin de ne pas insulter l’avenir. Mais revenons-en à l’agriculture.

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Emmanuel Macron veut instaurer pour les paysans, comme pour tout le monde d’ailleurs, un droit au chômage ainsi qu’un droit à l’erreur. C’est-à-dire qu’il veut substituer au contrôle systématique qui infantilise, et à la sanction immédiate qui décourage, la pédagogie d’une bonne foi qui serait reconnue, sans pénalités. Une révolution dans notre administration dont la complexité des textes place chacun de nous dans l’incapacité d’être bien dans les clous. Le candidat d’En Marche ! souhaite également séparer la vente de matériels agricoles et d’intrants chimiques du conseil, afin que les agriculteurs ne soient plus pieds et poings liés à des interlocuteurs en conflit d’intérêts. Autre élément novateur, un plan d’un modeste 200 millions d’euros pour rémunérer les agriculteurs pour l’entretien des services rendus par les haies, les tourbières, les bandes enherbées etc. Un plan dans un autre beaucoup plus généreux de 5 milliards d’euros dévoué à soutenir et encourager l’innovation agricole, quelle qu’elle soit, tant qu’elle ne nuit pas à l’environnement ni au bien-être animal. Enfin, à l’exemple de la politique agricole américaine, Emmanuel Macron souhaite développer, ainsi que le proposait aussi François Fillon, l’assurance comme moyen de soutenir les prix en cas d’aléa naturel ou économique. Une assurance sous forme d’épargne de précaution individuelle, favorisée d’une façon ou d’une autre par l’État. Une façon de contourner la PAC qui interdit – contrairement au gouvernement fédéral américain – de garantir les prix pour les agriculteurs. Enfin, Emmanuel Macron veut que toute forme d’établissement agricole soit soumise au contrôle des Safer. Il va plus loin que Marine Le Pen, tout en restant dans le sens des choses de Stéphane Le Foll.

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Voilà, faites votre choix. En ayant à l’esprit que sur l’aménagement du territoire, la logistique, la fiscalité, la biodiversité, l’eau, les deux candidats sont aussi flous que le débat du second tour a été embrouillé. Tout de même, ils parlent beaucoup de la mer – dans leurs programmes, pas sur les plateaux – oui, de la mer, enfin reconnue comme essentielle à l’avenir de la France, notre pays qui dispose du premier linéaire côtier d’Europe, de la deuxième surface maritime du monde, qui est la seule puissance à être présente sur tous les continents, sur tous les océans. Ils en parlent mais sans s’y aventurer, comme des baigneurs allongés sur la plage.

Retrouvez ici la version intégrale de cet article sur le blog de Frédéric Denhez sur Mediapart, également diffusée par mail via son Infolettre.

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