Une grande enquête sur la pollution lancée en Algérie

Une grande enquête sur la pollution a été lancée en Algérie par le Centre national de toxicologie pour connaître l’impact de l’exposition de la population algérienne aux polluants.

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par M’hamed Rebah

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Selon les explications données par Mme Berkahoum Alamir, directrice du Centre, cette enquête, 8e du genre à l’échelle mondiale mais première à l’échelle africaine, intitulée Bio surveillance de l’exposition de la population algérienne aux polluants, touche un minimum de 1210 ménages, dans la tranche entre 3 et 74 ans, répartis sur 39 wilayas représentatives au niveau national. Elle porte sur une liste de 57 questions (habitudes alimentaires, hygiène, etc.) ainsi que sur leur environnement afin de déterminer l’impact sur la santé d’une vingtaine de substances chimiques (arsenic, mercure, plomb, vanadium, chrome, etc.).

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Les conclusions de l’enquête contribueront à l’identification des populations à risque ainsi que les facteurs associés, les plus importants étant l’alimentation, la qualité de l’eau et de l’environnement. Le manque d’informations sur l’état de l’environnement en Algérie, particulièrement en milieu urbain, rend difficile l’élaboration d’une politique sérieuse dans ce domaine.

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Il existe pourtant un organisme chargé de cette mission. L’Observatoire national de l’environnement et du développement durable (ONEDD) a été créé en 2002 pour répondre aux nombreuses questions sur l’impact grandissant des activités humaines et industrielles sur l’environnement. Il gère les réseaux d’observation et de mesure de la pollution et de surveillance des milieux naturels et c’est sur lui que repose la charge importante et délicate de contrôler les rejets liquides déversés par les différentes unités industrielles dans les milieux naturels et de déterminer le degré de pollution, notamment au niveau des oueds.
L’ONEDD a supervisé jusqu’à 2009 le système de surveillance et d’analyse instantanée de la qualité de l’air, dans quatre grandes villes, à travers le réseau Samasafia (ciel pur). Ce système conçu par le regretté Mohamed Tayeb Aoudia, expert dans ce domaine, avait été inauguré par le président Bouteflika en mai 2002. Il s’est arrêté de fonctionner subitement en 2009. En juin 2014, le panneau placé dans le petit jardin aux pigeons, près du jet d’eau, boulevard Khemisti, face à la Grande Poste, au centre d’Alger, qui affichait les informations fournies par Samasafia sur l’état de la qualité de l’air dans la capitale, a été déboulonné par les autorités locales. Il ne servait plus à rien, personne ne le regardait, mais il gâchait la vue et avait fini par devenir un facteur de pollution visuelle.

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Les dernières mesures de Samasafia remontent à août 2009, si l’on se réfère aux informations mises sur le site de l’ONEDD, qui gérait le réseau. Depuis, rien ne permet d’avoir une idée du niveau de pollution de l’air respiré par les Algérois. C’est le flou complet. En fait, au même titre que les nuisances sonores (qui reviennent en force avec la campagne électorale pour les législatives du 4 mai), la pollution de l’air est sous-estimée en Algérie, voire ignorée, alors qu’elle est au centre des préoccupations environnementales ailleurs dans les grandes villes du monde.

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Pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le problème de la pollution de l’air est une « urgence de santé publique ». L’OMS demande aux gouvernements d’agir contre ce fléau qui entraîne des maladies nécessitant des soins coûteux. Dans le monde, chaque année, la pollution de l’air fait 8 millions de morts, d’après une étude parue il y a quelques mois dans la revue Environmental Science and Technology, qui a révélé que la pollution de l’air tue plus que le sida et le paludisme combinés. En Algérie, en milieu urbain, c’est la circulation automobile qui est à l’origine de cette pollution.

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Cet article a été publié dans La Nouvelle République (Algérie) du lundi 10 avril 2017.

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