Une balade écologique dans le Jardin des Plantes en compagnie de Marc Giraud

Folâtrer dans le Jardin des Plantes en compagnie de Marc Giraud (JNE), naturaliste de terrain, donne une vie imprévue à la verdure.

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par Jane Hervé

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Balade botanique au Jardin des Plantes de Paris le 28 mars 2017 autour de Marc Giraud (2e en partant de la gauche) – photo Sunmi Kim

La promenade collective initiée par l’auteur de Fleurs et arbres en bord de chemin * (lire ici la recension de ce livre par Danièle Boone), transmet – au hasard des rencontres de plantes -, un double savoir. Elle apprend à découvrir le monde autrement, tout d’abord au ras des pâquerettes (le vécu de la plante en quelque sorte !), puis au-delà de ses feuilles/racines/houppiers vers l’émergence d’échanges avec le monde extérieur (autres plantes, animaux, hommes). Ainsi s’esquisse subrepticement une perception comportementaliste d’une flore dont on perçoit peu à peu la « logique » behavioriste ?

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A quoi aboutissent les observations objectives des naturalistes de terrain ? A une première strate. Tout d’abord la personnalité (en quelque sorte) des plantes ? Les plantes ont une intelligence « dans les racines » dont Darwin estimait qu’elles leur étaient un cerveau. Les arbres ont une « timidité », car ils essaient de ne pas se toucher et laissent un espace entre eux. Les plantes « voient » deux couleurs, le rouge et le bleu. Elles distinguent le rouge lointain du crépuscule et se ferment, puis le rouge pâli de l’aube et s’ouvrent. La couleur bleu les incite à s’orienter vers la lumière. Certaines possèdent des bourgeons qui peuvent être dominants. Ainsi quand on coupe les plantes par le haut : le bourgeon supérieur inhibe les autres (épicéa, conifères). De même, si le haut du rosier est taillé, la base de la plante s’exprime et s’étale.

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Les plantes fixes assurent une fonction de photosynthèse, à partir de la lumière le sucre assure croissance et la vie. Une vie qui nous vient des plantes car nous ne saurions pas exister sans elles. Fixes, elles testent leur environnement par leurs extrémités. Certes il faut reconnaître qu’elles ne vont pas « à la même vitesse » que nous : les racines cherchent leur chemin, cherchent un support, tel un organisme vivant (cf. animaux lents).

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Ensuite les attitudes (toujours en quelque sorte) entre elles. Elles s’entraident : les algues sorties de l’eau se muent en champignons souterrain, puis en lichens. Elles font des échanges : un partenariat « mystérieux »s’installe entre racines et champignons (mycorhize). Les plantes communiquent entre elles : ainsi le vieil arbre nourrit le plus jeune, tandis que l’arbre attaqué avertit les autres. Parfois les arbres se regroupent en colonies, sans avoir toujours le même patrimoine végétal. Même l’herbe qui se fait « brouter » réagit.

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Gaillet gratteron – photo Marc Giraud

Au fil de la promenade dans le Jardin des Plantes, se découvre le bugle rampant qui pousse à terre – en rase motte – pour éviter les dents des herbivores avant de se redresser d’un jet. Les ornithogales, surnommées « dames de onze heures » qui est celle de l’ouverture des fleurs (ça marche aussi à 10 h 30, heure de notre passage !). L’hellébore blanche qui, lorsqu’elle est noire, se nomme rose de Noël. La chélidoine toxique, dont le suc orange est efficace sur les verrues (mais fait gonfler l’inflammation du bout du doigt de la journaliste qui le teste, ce qui prouve au moins a contrario que ce n’est pas une verrue !) Et le foutu gaillet, ce gratteron invasif à la fois comestible et médicinal.

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Selon une seconde strate d’observation, la flore invite à observer la faune qui hante son territoire. Ici une corneille mécontente, là une mésange castafiore, ici un merle qui fouine de feuilles mortes, là un pigeon dodu qui plastronne sur une branche, ici un geai des chênes opportunément nommé garrulus glandarius car il se goinfre de glands, etc. A l’heure des amours et des pariades, les nids s’élaborent avec un réel enthousiasme, brindille par brindille.

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Qu’en conclure, sinon que les plantes donnent des leçons de biodiversité et de comportement (entraide, échange, etc.), j’oserais dire avec audace… civique. A nous d’en prendre de la graine ! Au terme d’un tel parcours (conforté par l’opportune consultation du livre de Marc Giraud, dense, vivant et illustré d’aguichantes photos) s’opère une inversion du rapport homme-nature. L’homme cesse de la dominer et de la maîtriser, c’est la nature qui devient première, qui s’observe, qui observe et surveille. Reste que c’est un humain qui met au jour ces « comportements » !!! Le livre de la nature ne pouvant l’être qu’avec ces mots de la nature que sont des racines et des feuilles….qui ne sont pas encore de papier.

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Fleurs et arbres en bord de chemin. Texte Marc Giraud. Photographies Fabrice Cahez et Marc Giraud, Editions Delachaux et Niestlé, 2017, 24,90 €.

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