Vers une marina tropézienne à Quiberon ?

Un projet de « modernisation » du port de Quiberon a vu le jour en 2015. Mais il passe par le bétonnage du domaine maritime.

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par Alain Le Toquin

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Port Haliguen à Quiberon ? Un petit port breton typique, avec ses jetées en pierre et son phare.

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Un lieu béni des peintres et qui a connu un moment de célébrité lors du retour en métropole d’Alfred Dreyfus le 1er juillet 1899.

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Né au milieu du XIXe siècle, il a été ensuite pris en tenaille entre deux bassins à flot créés en 1962 et 1972.

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Les bateaux de pêche ont quitté le vieux port pour le premier tandis que de petites embarcations les remplaçaient et que les voiliers occupaient le second bassin qui leur était destiné.

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Toutes voiles au vent

En promettant tout à la fois le développement économique de la commune, la qualité de vie et une plus grande praticité portuaire, un projet de « modernisation » du Port a vu le jour en 2015.

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Le projet est soutenu par François Goulard (*), Président du Conseil départemental du Morbihan et aussi de la Compagnie des Ports du Morbihan. Son coût ? 18 à 20 millions d’euros pour 3 à 5 ans de travaux, ce qui en fait le plus important projet pour un port de plaisance aujourd’hui en France. Son commanditaire est justement la Compagnie des Ports du Morbihan, une entreprise publique locale au service du développement du Morbihan et gestionnaire de 14 ports.

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En pratique, le mirifique projet promet bien sûr un meilleur accueil des plaisanciers, notamment la création d’un bassin à flot pour l’accueil de bateaux de grande taille, à fort tirant d’eau, mais un bien modeste chiffre de 120 nouvelles places créées pour les plaisanciers s’ajoutant aux 1150 existantes.

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Le tout accompagné des classiques aménagements – promenades, commerces, parkings « paysagers» (250 places), etc.

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Là où le bât blesse

Le projet passe néanmoins par le dévasement du port et le bétonnage du domaine maritime, soit autant de talons d’Achille.

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Le port est fortement envasé, son entretien ayant été négligé durant des décennies.

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La création des bassins à flot y a même participé en modifiant les courants. Bilan, son dévasement, sur lequel tout le monde est d’accord, serait titanesque : 120 000 m3, voire 150 000 m3 de vases à expurger.

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Pire, parmi elles, 30 000 m3 pollués par des métaux lourds (carénages) qu’il sera impossible d’immerger où que ce soit en mer.

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Impossible (?) aussi de les accueillir à terre, le foncier à Quiberon étant trop cher pour le permettre.

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Mais la chance est là pour les aménageurs : une petite plage, toute proche, d’une centaine de mètres de long, coincée entre le vieux port et le bassin à flot des plaisanciers.

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Une fois comblée par les vases toxiques, une belle esplanade – promenade paysagère la recouvrira et le tour sera joué.

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Même si, au passage, l’opération est illégale et le site est totalement dénaturé, contrairement à l’éthique de « la Compagnie des Ports du Morbihan [qui] conçoit et met en œuvre des actions éco-responsables qui visent à respecter l’exceptionnelle beauté de l’environnement des ports du Morbihan dans lesquels nous évoluons »

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La Compagnie ne manque pas de préciser que le projet a été entériné par « les Associations Environnementales » (mais lesquelles ?)

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Touche pas à mon port

Oui mais non. Sitôt le projet connu, une petite association – Port Haliguen Plaisance Patrimoine et Culture – se crée, qui va s’opposer au projet, menée par le Quiberonnais de souche Jean-Claude Le Guennec et Patrick Luco.

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S’appuyant sur la loi Grenelle 2, la loi littoral et le Schéma régional de cohérence écologique, elle dépose très vite une requête en contentieux le 26 septembre 2016 auprès du tribunal administratif de Rennes… en sachant qu’une requête n’est pas suspensive.

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Sa référence est un projet d’urbanisation du Port d’Hyères, « similaire à celui de Port Haliguen », lui aussi autorisé par le Préfet mais successivement annulé par le tribunal administratif de Nice, la Cour d’appel administrative de Marseille et par le Conseil d’État le 17 juin 2015.

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Dans la foulée, l’association lance une pétition sur change.org qui recueillera 1.683 signatures avant de profiter de son référencement par une autre pétition consacrée cette fois à la loi Littoral. Au 6 mars 2017, la pétition est forte de plus de 6.400 soutiens…

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La ministre de l’Environnement, Ségolène Royal, est aussi saisie. En quelques jours, elle contacte le préfet du Morbihan pour explication.

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Sensiblement déstabilisés, les tenants quiberonnais du projet (Association des plaisanciers de Port Haliguen, Yacht-club, Association sportive nautique) répliquent à leur tour et lancent leur propre contre-pétition. Même si, par un surprenant effet de double langage, « n’importe qui peut signer une pétition sur Internet, sans connaître le projet. Il faut rester dans la réalité » ! Au 6 mars 2017, cette pétition est forte de plus de 750 soutiens.

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Les travaux tardent à commencer. Prévus pour l’automne dernier puis pour ces semaines-ci, on ne sait en fait quand ils commenceront.

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Si rien n’est gagné, rien n’est donc perdu.

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Association Port Haliguen Plaisance Patrimoine et Culturel
27, rue du Point du Jour, 56170 Quiberon
phppc.quiberon@gmail.com

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(1) L’association Bretagne vivante n’est plus subventionnée par le département car pour François Goulard, « il s’agit de bon sens, nous ne pouvons subventionner des personnes qui nous assignent en Justice devant le tribunal administratif, comme pour le plan des déchets. On ne s’impose pas comme une vestale (gardienne) de l’environnement. En ce qui concerne les compétences, Bretagne vivante n’est pas un organisme de recherches. Personne n’est indispensable ». La subvention de 55.000 euros à Bretagne vivante a été retirée et 9 collaborateurs ont été mis au chômage.

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CANARD SAUVAGE
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