« Chasseur-Tueur-Imposteur ? » : un film-choc sur les abus de la chasse et la souffrance animale

Un film volontairement militant pour révéler les abus de la chasse moderne et montrer au public les souffrances qu’endurent les animaux face aux chasseurs. Un document inédit d’une grande qualité filmique qui devrait permettre de faire évoluer les consciences pour un meilleur respect de la faune sauvage.

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par Michel Cros

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Telle une reporter caméra au poing sur le terrain (suisse et français), Kate Amiguet part à la rencontre de ces hommes en tenue de chasse, traquant le gibier…

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Dans la ligne de mire du chasseur, le sanglier déjà blessé par balles se débat dans tous les sens. La boue est maculée par son sang. Il n’a aucune chance de s’en sortir. L’animal grogne terriblement, tellement la blessure le fait souffrir, mais ses plaintes restent comme lettre morte. La dernière balle lui sera fatale. Pour d’autres, l’agonie durera malheureusement plusieurs jours.

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Tel est ce monde de la chasse, qui est sans égard pour la sensibilité de la bête.

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Pourtant, comme le raconte Allain Bougrain-Dubourg (Président de la LPO et membre des JNE) – parmi les quelques intervenants écologistes qui participent à ce film – il fut un temps (et peut-être subsiste-t-il encore dans certaines tribus) où le respect de l’animal n’était pas incompatible avec l’acte de chasser. Les Amérindiens pour ne pas les citer nous ont laissé maints témoignages de leurs rituels (on se souviendra avec émotion la scène de chasse dans Le Dernier des Mohicans de Fenimore Cooper mis en images par Michael Mann).

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Mais le film de Kate Amiguet n’est pas une fiction, ni de la télé-réalité. Son but n’est pas de nous procurer des sensations fortes ni de nous mentir sur le monde de la chasse. Les images sont dures certes, mais parlent d’elles-mêmes ; des images chocs sur les techniques des chasseurs (déterrage, glu, lecque), mais aussi des révélations sur certaines pratiques mercantiles méconnues du grand public. On aimerait presque revenir aux « temps des secrets » avec les parties de chasse de la saga pagnolesque qui nous attendrissaient aux accents de la Provence, jusqu’à nous faire oublier le triste sort du lièvre ou de la grive voués au repas dominical tant attendu.

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Mais ce n’est pas cette chasse-là que la réalisatrice a voulu nous montrer, non pas qu’elle n’existe plus du tout… juste que l’univers de la chasse s’est orienté vers une autre direction ; celle du loisir et du commerce avec des réseaux de plus en plus sophistiqués comme pour le braconnage sur le gros gibier, déclare Pierre Athanaze (Président d’Action Nature Rewilding France). En effet, celui-ci souligne que cette activité est passée en quelques décennies, d’une chasse de subsistance à une chasse spectacle où il est permis de tuer pour se faire plaisir, avec des trophées de chasse en série qui finissent en grande partie à la poubelle. Alors, si le besoin de nourriture n’est plus la raison vitale, quelle serait alors la motivation profonde d’une partie de chasse ; quel est ce besoin d’aller décharger sa carabine sur des êtres innocents ?

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Y aurait-il deux sortes de chasseurs, un des temps anciens et un des temps modernes ?

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Kate Amiguet ne nous laisse pas le choix, le portrait du chasseur moderne est camouflé dans son titre Chasseur-Tueur-Imposteur ?. Et son portrait-robot est d’emblée révélé au fil des images sur notre écran. Je ne peux m’empêcher d’aller chercher dans la littérature quelques indices de réponses : « Le chasseur vise, et tire sur son malheur, ou sa malchance, en tout cas quelque chose de présent en lui et dont il entend se venger », dit le narrateur de La chasse dans les collines, une nouvelle de l’écrivain japonais Yasushi Inoue.

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Pour Gérard Charollois (Président de la Convention Vie & Nature), tuer pour le plaisir n’est pas sans conséquence sur l’homme. Il est désormais prouvé (c’est appelé le lien) que faire du mal à un animal a des répercussions sur le psychisme qui vont un jour s’activer dans le même sens envers l’humain.

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Il est surprenant voire contradictoire que la classe politique, de plus en plus sensible à toute émergence de la violence, ne prenne pas acte de cette réalité.

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Face à ce constat morbide, car la chasse fait aussi des victimes humaines, on aimerait entendre les chasseurs s’expliquer sur leurs réelles motivations, mais le dialogue semble impossible et la confrontation non sans risques, comme le révèlent certaines séquences de ce film.

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Pourtant, les alternatives à la chasse existent tant en France qu’à l’étranger. Gottlieb Dandliker, inspecteur de la faune à Genève, explique que la chasse a été abolie en 1974 dans le canton genevois. Depuis, des clôtures électriques protègent les cultures.

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Un autre aspect abordé au cours de ce documentaire est que notre biodiversité est arrivée à un point critique. En conséquence, nous ne pouvons plus en tant que citoyens responsables d’une planète en péril, accepter ces pratiques d’un autre âge. Les statistiques le prouvent, mais aussi la conscience citoyenne internationale de plus en plus opposée à de telles pratiques qui ne respectent pas la vie. Affirmer que l’animal ne souffre pas est un non-sens que désapprouve l’opinion publique, de plus en plus sensibilisée par les images sur la maltraitance animale, qu’elle soit domestique ou sauvage.

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Chasseur- Tueur-Imposteur ? devrait apporter des « pièces à conviction » supplémentaires au législateur pour une reconnaissance de la sensibilité de l’animal sauvage. Droit qui ne lui a pas été accordé dans le nouveau statut de l’animal entré en vigueur le 16 février 2015.

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Ce film confirme les réflexions apportées lors du colloque Animal Politique, avec notamment le professeur Jean-Pierre Marguénaud et la philosophe Florence Burgat, qui interpelle l’intérêt financier, voire marchand, lié aux animaux, véritable frein à l’évolution du droit animalier en France.

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« Quelle misère que l’intelligence soit limitée mais la bêtise sans limite ! » avait dit l’ancien chancelier allemand Konrad Adenauer. Souhaitons que ce début du XXIe siècle fasse émerger de nouvelles perspectives entre l’homme et l’animal, pour un meilleur partage du territoire profitable à chacun.

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Réalisatrice : Kate Amiguet
65 minutes, 2016.

Production : AudioVisu-Elle
Diffusion : TV Mart

Vous pouvez visionner le film en cliquant sur le lien ci-dessous
http://www.tvmart.ch/Chasseur-Tueur-Imposteur-LE-FILM_v184.html

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