Retour à la terre, une histoire vécue

C’était un village abandonné au cœur de la Charente, perché en haut de la colline, qui ne demandait qu’à revivre.

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par Michel Sourrouille

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Les grosses exploitations ont chassé les paysans, revenir à la terre reste difficile. S’installer c’est compliqué, cela exige d’affronter une administration complexe ; il y a la MSA, la DDT et même la « Direction de la cohésion sociale et de la protection des populations » ! Donc beaucoup de papiers à remplir, c’est jamais clair et les interlocuteurs adaptés restent introuvables. C’est pourtant l’expérience multiple que traverse Pierre Varaillon, un éducateur environnement attiré par le concret du retour à la terre et par l’importance de la relocalisation.

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Dans Lavidaud abandonné, Pierre a voulu créer un élevage de poulet bio. Il est vrai qu’un BTS « gestion et protection de la nature » et des ancêtres agriculteurs aident à avoir foi en la terre. La maison n’avait qu’un seul point d’eau, tout était à refaire. Il vit dans une pièce, avec poêle à bois… mais ordinateur quand même. Il a bénéficié pour les travaux des bras de plusieurs membres de la famille, et bien sûr des copains. Une aventure solitaire a besoin de ressentir qu’on vit toujours en communauté.

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Il faut aussi pouvoir investir, 80 000 euros pour la maison et ses 9 hectares, sans compter la construction des poulaillers, qu’il a réalisés lui-même : 3000 volailles à l’année, ça prend de la place en plein air et on a a besoin quand on est poulet de sa maison refuge. Le déplacement des poulaillers à la fin de chaque lot de volailles permet de détruire tous les germes de maladies par le soleil et la pluie ; ce déplacement permet au lot suivant d’être sur une zone neutre avec un nouvel herbage. Que du bonheur ! Les poulets peuvent vivre le plus possible leur vie de poulet. Leur alimentation provient du travail d’un paysan en agriculture biologique à une quinzaine de kilomètres. Les aliments sont composés principalement de triticale (blé), pois, tourteau de tournesol, maïs et bien sûr tous les insectes et vers de terre présents sur les parcours. Les jeunes poulets raffolent même des orties ! Il faut dans tous les domaines rechercher la proximité pour être heureux.

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Pierre avait besoin de ce contact étroit avec les animaux. Les humains vivent en interrelations, plantes et animaux aussi. Il a un gros chien pour éloigner les renards, trois moutons de race rustique solognote qui ne dédaignent pas de manger ronces et lierre. Les ruches servent à la pollinisation, les arbres fruitiers au milieu des poules servent à digérer l’azote des déjections, culture et élevage sont associés.

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Pierre a donc beaucoup pensé son projet, il le mène à bien depuis octobre 2015. Mais il faut aimer la solitude, loin du vacarme de la ville… et se contenter de peu au niveau de son mode de vie. Une situation professionnelle en production bio n’est jamais idyllique, le poids de l’agriculture industrielle pèse encore sur Pierre. Faire son propre abattage et conditionnement est interdit sauf conditions drastiques, mieux vaut passer par une entreprise spécialisée qui prend quand même 2,44 euros par tête de poulet. Pour les débouchés, Pierre a trouvé en plus de la vente directe une municipalité de tendance écolo à 35 kilomètres qui veut promouvoir le bio par l’intermédiaire de ses cantines sociales et de l’EPHAD. C’est pourquoi il a fallu s’équiper d’une camionnette frigorifique avec certificat ATP (Autorisation de transport de produits). Les circuits courts sont préférables, mais avoir le bio et la proximité à la fois est un objectif encore lointain dans une société française très urbanisée. Il n’empêche que les poulets de Pierre vivent quatre mois en pleine nature alors que les poulets industriels ne connaissent que des cages pendant moins de deux mois.

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L’objectif de Pierre, c’est de vivre en harmonie avec ses convictions : produire sainement, conserver la biodiversité et le rapport au concret, dynamiser nos petites campagnes, et à terme sensibiliser la population à la nature qui nous entoure. Une trop large partie de la population, enfermée dans sa voiture et ses écrans, a oublié notre lien primordial avec la terre, cela doit changer. C’est pourquoi je préfère aller chez lui à pied en 25 minutes, mais tout le monde n’a pas ma disponibilité de retraité… et une maison à la campagne.

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