Le Tribunal Monsanto contre l’agriculture industrielle

 


par Jane Hervé
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Aimant la nature et respectant l’environnement, il est impossible de ne pas se sentir concerné par les événements majeurs qui bouleversent l’histoire de l’homme, des plantes, des semences, des sols, de l’eau. A savoir la fabrication et la commercialisation de produits dont les effets sont néfastes sur toute la chaîne de vie, celle qui conduit de la semence aux plantes, puis s’introduit dans le corps des animaux et des humains.

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L’entreprise américaine Monsanto, productrice de semences OGM, voulant breveter le vivant et commercialisant l’herbicide Round Up, a été jugée/jaugée par un tribunal international réuni à La Haye du 14 au 16 octobre 2016 par des juristes et des écologistes de grande responsabilité (Corinne Lepage, Vandana Shiva, Marie-Monique Robin, Hans Herren, Gilles-Eric Seralini, etc.).

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Une telle démarche – une première pourrait-on dire – est un défi à l’impunité d’une entreprise qui, dans le monde entier, déverse et vend ses productions à la dangerosité désormais reconnue. Les êtres humains sont atteints dans leur chair de mille façons : cancers, malformations, diabète, maladies rénales… La maladie qui les épuise limite leur force de combat lors des procès insupportables menés contre ce monstre.

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Les lobbies de l’entreprise ont une efficacité d’hydre qui pénètre parfois les gouvernements, parfois les entreprises, parfois les groupes d’experts scientifiques. Leurs avocats sont redoutables. Les victimes qui osent se battre sont très seules, même si aujourd’hui elles se regroupent, même si aujourd’hui des experts soutiennent leur point de vue dans la lutte contre ces agrotoxiques. Certains ont, de surcroît, perdu leur emploi.

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Le récent rachat de Monsanto par l’allemand Bayer (fabricant notamment de pesticides néocortinoïdes tels que le Gaucho) accroît nos inquiétudes face aux risques liés à l’agrochimie et à la réduction de la biodiversité qui accompagne son développement. Il s’esquisse ainsi un monde d’êtres mutants que nous subissons sans l’avoir choisi : des hommes, des animaux, des plantes qui ne seraient plus que des produits chimiquement transformés. Ce faisant, subrepticement, nous perdons notre liberté en perdant le contact avec la nature et ses productions (herbes, animaux, hommes).

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Que dire, sinon que nous sommes dans l’attente du jugement des quatre juges et de la Présidente du Tribunal qui ont su écouter avec tant de soin les victimes, les experts scientifiques et les avocats ? Au moins, il y aura là un commencement de reconnaissance de ce que nous refusons vivement : qu’un mastodonte agrochimique fasse régner une dictature d’un nouveau genre. Un simple commencement, car il faudra ensuite définir ce crime nouveau – celui d’écocide – qui déferle sur toute l’humanité.

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Retrouvez notre dossier sur le Tribunal International Monsanto en cliquant ici. Comme tous les éditos du site des JNE, ce texte n’engage que son auteur(e). La photo de Jane Hervé est de Martine Pesez.

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