A la découverte de l’arboretum de Grignon

Le « triangle botanique » de Grignon nous livre quelques-uns de ses secrets.

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par Roger Cans

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Arboretum de Grignon @ DRAC IDF

En ce samedi 4 juin 2016, sous ciel couvert, nous commençons par aller visiter le « triangle botanique » de Grignon, c’est-à-dire l’arboretum. Créé en 1873 par un professeur de l’Ecole, Pierre Mouillefert, cet arboretum devait compléter la collection du parc de Chèvreloup, en bordure du parc de Versailles. Le professeur Mouillefert a publié en 1896 un état des semis de 1871 et décrit certains arbres âgés de 25 ans. Malheureusement, le plan et le catalogue ont disparu lors de l’exode de 1940.

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Les deux arboretums étaient les plus riches d’Ile-de-France, jusqu’à la tempête de décembre 1999 qui les a décimés. Avant la tempête, la collection de Grignon comptait 230 sujets (65 % de feuillus et 35 % de conifères). La tempête a couché 23 arbres et en a abîmé 16.

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Sous la conduite de Fabrice Salvatoni, professeur de botanique, le petit groupe pénètre dans le périmètre enclos (0,8 ha) où subsistent les arbres qui n’ont pas été abattus par la tempête. A l’origine, en 1871, on avait installé 2.000 plants, en alignements très serrés (trop serrés). La chute des plus grands arbres a créé des clairières, où l’herbe est haute.

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Nous commençons par un beau sorbier ou alisier blanc. Cet arbre, sans doute hybride, fructifie sans fécondation de ses fleurs. Le sorbier blanc est spontané dans le sud de la France, avec un minimum d’altitude (l’arboretum est à 130 m). L’alisier blanc est aussi endémique en forêt de Fontainebleau et se retrouve jusqu’en Alsace. D’où son nom spécifique d’alisier de Fontainebleau.

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Deuxième arrêt devant un abondant bouquet de rejets de souche. Il s’agit d’un arbre de fer de Perse, abattu par la tempête en 1999. Le tronc a été coupé et la souche maintenue sur place. Pour bien faire, il faudrait couper les rejets et n’en garder qu’un ou deux, pour refaire un arbre. Les « arbres de fer », il y en a beaucoup d’espèces dans le monde : il suffit que son bois soit dur et imputrescible pour bénéficier de cette qualification. Celui-ci, le Parrotia persica, prospère sur le mont Ararat. D’où peut-être la construction de la fameuse arche de Noé…

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On s’attarde au pied d’un tronc élancé et couvert de longues épines. C’est un Gleditsia triacanthos, ou févier à trois épines. Cet arbre américain produit de très grandes gousses, qui ont du succès dans les jardins publics. Mais, pour des raisons de sécurité, les pépiniéristes ont mis au point un févier sans épines ! Nous rendons visite à un érable sycomore, pourvu d’une boule de gui, ce qui est rare. Cet érable, naguère confiné aux reliefs du nord-est de la France, est devenu une espèce invasive qui colonise le pays entier, comme le robinier faux acacia qui s’installe dans les lisières puis dans tout un massif forestier.

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Nous parvenons alors dans l’alignement des hêtres. Le hêtre pourpre, le plus gros, est mort sur pied et a été découpé sur place. Sa souche montre un énorme champignon, témoin de son affaiblissement puis de sa mort. Les autres hêtres, en revanche, sont en bonne santé, bien qu’ils soient le résultat de manipulations génétiques : un hêtre à feuillage en dentelle, le seul hêtre au feuillage transparent. A côté, un hêtre pleureur, dont les rameaux tombent jusqu’au sol. Et enfin un hêtre pleureur et tortueux (Fagus sylvatica « tortuosa ») ou fau de Verzy, comme les arbres de la montagne de Reims sauvés par les moines. L’arbre forme une sorte de cabine végétale, portée par un tronc serpentin qu’on dirait torturé. Mais non, c’est naturel, après sélection.

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On s’attarde devant un orme de Sibérie (ou du Caucase) dont le plus gros tronc, malade, a été coupé à la base pour ne pas contaminer son tronc jumeau, très élancé et en bonne santé. Le Zelkova carpinifolia est-il résistant à la graphiose qui a tué nos ormes ? On se pose la question. L’orme restant, avec son écorce très lisse, ne semble pas pouvoir être attaqué par les scolytes. Mais comme son jumeau a été attaqué…

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Nous parvenons alors à la vedette de l’arboretum, un Sophora japonica « pendula » ou arbre aux pagodes. C’est en effet une curiosité rare : un tronc massif, trapu et très noueux, dont les branches elles aussi tordues portent des rameaux qui tombent au sol. C’est un tronc de sophora normal qui a muté en tortillard et a été greffé en pleureur. Ses branches lourdes, en partie mortes, ont été jugées dangereuses pour le public et la décision avait été prise de l’abattre. On a réussi à le conserver en installant un enclos et un étiquetage mettant le public en garde. Dans une des grandes allées du château, un double alignement de sophoras du Japon montre ce qu’est l’arbre au naturel.

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Dans l’alignement des résineux, dont plusieurs décimés, on s’arrête devant un superbe pin Laricio de Corse, toujours très droit, et un cèdre de l’Atlas, très beau aussi. Les pépiniéristes s’efforcent d’obtenir des aiguilles bleutées, prisées par la clientèle, alors que, au naturel, les aiguilles des cèdres du Liban et des cèdres de l’Atlas sont vertes. Et l’on termine par les ginkos bilobas, supposés « fossiles » parce qu’ils existent de fait depuis des millions d’années. Un arbre sacré en Extrême-Orient, devenu encore plus sacré après la bombe d’Hiroshima, à laquelle il aurait résisté. L’arbre femelle produit des fruits dont la pourriture dégage une odeur pestilentielle. Il vaut donc mieux planter des mâles !

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