Jean-Marie Pelt, plus de balade dans ton jardin lorrain

Voici le texte de l’hommage à Jean-Marie Pelt lu le 26 décembre 2015 dans CO2 mon amour, l’émission de France Inter dont il était un collaborateur fidèle et émérite.

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par Denis Cheissoux

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Pelt-Cheissoux

Jean-Marie Pelt avec Denis Cheissoux

Ce mercredi d’hiver qui n’en a que le nom, il y eut un léger frémissement dans l’air puis une envolée de pollen vers le ciel. Les abeilles pourtant au repos ont colporté la nouvelle.

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Tes mirabelliers, tes noyers ont compris tout de suite. Dans le monde entier les plantes et les forêts ont su les premières. Avant les hommes. Elles se sont données le pistil, le rhizome, la feuille, la fleur.

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« De battre son cœur s’est arrêté. De battre son cœur s’est arrêté… » … Comme un battement d’aile de papillon. Une traînée de larmes et d’amour. Petit Jean était mort. L’enfant de Dieu qu’il était est parti rejoindre les siens en Lorraine, quelques heures avant la Nativité, avant Noël. Le sens du timing Jean-Marie … tu l’as fait exprès … ? La nature et la foi réunies dans le même amour et le même bonhomme. Petit Jean est toujours resté un enfant, avec sa capacité d’émerveillement, mais aussi son sens critique … mais avant tout un enfant, un Petit Jean.

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Buffon, Linné, Lamarck, Darwin, Théodore Monod,  Robert Schuman…  Tous étaient  là mercredi pour t’accueillir. Tu étais un savant, un encyclopédiste des Lumières, un sage car  tu supportais ce qui ne pouvait  être changé et tu t’efforçais de changer ce qui pouvait l’être.

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Monsanto, les marchands de phyto, Areva, les fabricants d’amiante et d’OGM feront l’économie d’une couronne de fleurs mardi à ton enterrement. « C’est beaucoup  mieux car elles risqueraient d’être arrosées de pesticides. » Bah oui, on riait de notre mort.

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Tu n’as jamais eu peur de la mort, tu savais que tu serais sauvé.

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Tu étais un homme bon, avec tes tourments personnels, mais un homme bon, incapable de faire du mal, éclairé, éclairant, engagé, tenace dans tes combats, visionnaire… Mais avant tout tu étais mon Jean-Marie, j’étais ton Denis, tu étais un frère, un père, mon ami,. Une amitié comme celle du Petit Prince parce qu’il y a 25 ans on s’est reconnus.

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Lundi je dormirai sur ton lit, dans ta chambre remplie de rêves et de mots qui nous servait de studio. Michel Ange esthète avait dessiné ton index potelé qui nous indiquait un chemin possible au milieu des tempêtes.

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Tu étais un médicament naturel sans contrefaçon, un anticyclone de sagesse face à la bêtise et aux cons … « Que l’on est toujours pour quelqu’un d’autre ! » nous empressions-nous d’ajouter. Tu étais un rempart de belle spiritualité face à la consommation effrénée qui décapite le vivant.

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« La croissance économique se fait au prix de la décroissance écologique, comme une tumeur cancéreuse ne s’alimente qu’au détriment de l’organisme qu’elle épuise : dans les deux cas, le bilan final est désastreux »  (L’homme renaturé, 1977).

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Tu avais ton regard de bon toutou et d’enfant qui savait les hommes. On riait de tout. L’amour – dans lequel tu incluais la foi – la beauté et l’humour …  y a que ça qui nous sauve.

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Lucide : « C’est bien joli de vouloir sauver les âmes… encore faut-il que les gens en aient une. »

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Contrairement à ce que pensent certains de tes détracteurs qui n’auront jamais ton aura, tu séparais très bien la science et la foi et condamnais le créationnisme. De la laïcité, tu étais un ardent défenseur … et les critiques se cognaient sur tes rondeurs.

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« Tu comprends Denis : Les églises sont vides, les médias sont pleins, alors je vais dans les médias. Pour relier … les gens entre eux et l’homme à la nature. » C’était ça le grand œuvre de Jean-Marie : ravauder, recoudre sans cesse …

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« Dans la nature, rien ne s’oppose à rien. C’est l’homme qui a introduit la dualité. Et la dualité majeure est celle qui oppose l’homme à la nature. »

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Merci à Pierre Codou et Jean Garretto à l’Oreille en coin de t’avoir proposé les premiers de faire de la radio.

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« Viens, on va regarder le journal à la télé pour voir ce que les hommes ont encore inventé pour bousiller la planète … et après à table ! »

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En conférence, nous avions concocté une formule : « Nous avons deux nouvelles à vous annoncer. Une bonne et une mauvaise. Commençons par la mauvaise : nous n’avons  pas encore touché le fond de la piscine. Passons à la bonne : oui, mais il y a un fond à la piscine … » Nous n’en savons rien mais le croyons.

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Plus de balade dans le jardin lorrain !

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Tu aimais les plantes, les bêtes, ma Lorraine, Jésus, les roses anciennes, les gens, la science, la charcuterie un peu trop. « Non Jean-Marie, je te retire le saucisson ! »« Mais il est bio, Denis ! » « Non ! Sinon ton cœur ressemblera à un foie gras et nous on a besoin de ton cœur, pas de foie gras. » Si tu aimais les fleurs, c’est parce qu’il y avait des hommes pour les regarder.

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T’es parti au solstice d’hiver quand la lumière remonte. On n’aura jamais assez de la tienne, elle est déjà en nous.

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Tu aimais le cosmos, les étoiles, la voie lactée comme une flaque. Alors tenez, quand nous t’aurons accompagné près de tes parents, grands-parents aimés, à Rodemack, au soir de ce prochain mardi, on regardera un petit astéroïde dans ciel, car il porte ton nom, Jean-Marie …

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26 décembre 2015 au matin dans une mare de larmes.

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Vous pouvez écouter l’émission de CO2 mon amour consacrée à Jean-Marie Pelt en cliquant ici.

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